*****·Actualité·BD·Documentaire

Le choix du chômage

Le Docu BD

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BD de Benoît Collombat et Damien Cuvillier
Futuropolis (2021), 269p., noir et blanc, one-shot.

Coup de coeur! (1)Dans quatre jours c’est le premier mai, fête du travail et période idéale pour aborder ce monument de la BD documentaire, trop peu mis en avant lors de sa sortie l’an dernier et que bon nombre d’électeurs auraient bien fait de lire… Les deux-cent soixante-neuf pages d’une densité impressionnantes rappellent l’énorme travail des auteurs de La Bombe, dont la complexité et la profondeur rejoint l’enquête de Collombat du Cuvillier. Dépassant de loin la norme moyenne des documentaires en BD, cet ouvrage est une somme à la lecture indispensable qui revient sur soixante-dix ans de construction européenne et d’essor d’une pensée dominante marquée par un ordolibéralisme assumé. Le choix du chômage n’est pas une question mais une certitude après avoir refermé cet album.

La sélection parfaite pour se fâcher avec vos proches : politique &  religion sous le feu de l'investigation BD - Bubble BD, Comics et MangasOrganisé en quatre partie volumineuses traitant des théories néolibérales, du pouvoir socialiste de François Mitterrand, de la construction européenne et la crise de 2008, les auteurs s’appuient sur les témoignages d’un très grand nombre d’acteurs de premier plan, de Jean-Pierre Chevènement à Pascal Lamy (ancien directeur de l’OMC) en passant par toute une galerie de directeurs de cabinet, hauts-fonctionnaires et responsables financiers. Le journaliste d’investigation multi-primé qui a enquêté sur l’affaire Boulin et sur les affaires de Bolloré en Afrique est déjà à l’origine du réputé Cher pays de notre enfance avec Davodeau. Sa neutralité journalistique est indéniable et la portée de ce nouvel ouvrage va bien plus loin que le précédent en ce qu’elle jette une lumière aveuglante non seulement sur le choix de favoriser l’inflation basse et un chômage haut en France (les mécanismes économiques opposant les deux) comme en Europe mais plus largement l’adoption d’une vision néolibérale par l’ensemble des acteurs de la construction européenne, des dirigeants français des quarante dernières années et le caractère assumé d’une supranationalité qui ne s’encombre pas de choix démocratiques comme le résumait en 2015 le président de la Commission Juncker. L’esprit chrétien de la prédestination et du mérite infuse une idée selon laquelle le peuple est dangereux dans ses passions et a besoin d’être forcé dans ses choix. Comme le font les auteurs de Res Publica, la quantité de citations in extenso des personnes qui ont été aux manettes ne laisse pas place au doute.

Le choix du chômage », une enquête sur les racines d'un fléau françaisLa lecture de l’album reste néanmoins ardue de part la densité des informations et la complexité des thèmes abordés. On parle en effet de mécanismes économiques comme d’arbitrages de cabinets, d’influence diplomatique entre Etats-Unis et gouvernements européens en reconstruction. Il faut s’accrocher par moment tant la précision est chirurgicale et le journaliste peut fort heureusement s’appuyer sur le talent indéniable de son dessinateur qui excelle tant dans sa qualité graphique sur les portraits des témoins clés que sur les mises en scènes illustratives au format dessin de presse. Rarement un documentaire aura autant profité de son dessin pour fluidifier le contenu sans oublier l’aspect artistique du format BD.

S’il est choc, le titre est pourtant un peu trompeur en ce qu’il n’est qu’un lancement pour décrire la construction d’une Union européenne néolibérale dont le caractère non démocratique apparaît malheureusement inhérent au projet initial. Ne s’attardant malheureusement pas sur l’espoir qu’à fait naître l’esprit de l’Etat social lors du rejet du Traité constitutionnel de 2005, le projet de Collombat et Cuvillier est totalement déprimant tant il décrit un itinéraire autoritaire et manipulateur dans lequel il ne De Pompidou à Macron, les dirigeants ont fait le choix du chômagesemble pas y avoir d’échappatoire sauf à attendre le fascisme. Un fascisme dont s’accomode parfaitement le Capitalisme comme l’expérience chilienne nous l’a montré et comme l’expliquent la plupart des historiens et économistes hétérodoxes. Une conclusion qui fait refléchir pour un album sorti un an avant le funeste scrutin que nous venons de vivre et qui interroge sur une méfiance peut-être pas si franchouillarde de la population française envers une Union européenne que nombre de citoyens ont sans doute perçus comme loin de l’idéal présenté.

Il y a des ouvrages qui éclairent et des ouvrages qui bouleversent la perception du monde et de l’Histoire. Le Choix du chômage est de ces derniers tant vous ne pourrez plus regarder les politiques, les élections et l’Union Européenne avec le même regard. Un regard que ce magnifique album peut réveiller d’une longue torpeur pour nombre d’entre nous.

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**·***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

BD en vrac #26: Nautilus #2 – La chute #2

La BD!

 

  • Nautilus #2: Mobilis in Mobile (Mariolle-Grabowski/Glénat) – 2021, 54p., 1/3 volumes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

couv_431435Le premier Nautilus avait été une des excellentes surprises du printemps. Seulement quelques mois plus tard Mariolle et Grabowski (pour sa première BD!) ne nous laissent pas moisir comme le capitaine Némo et dévoilent enfin le mythique Nautilus! Et quel design les enfants! Le cahier graphique final laisse à ce sujet quelques points de frustration tant le dessinateur s’est régalé à créer l’intérieur du célèbre vaisseau sous-marin, dont on ne voit finalement que quelques éléments mécaniques (peut-être pour le grand final?) mais dont la coque est remarquablement élégante. Si l’intrigue de ce second volume peut paraître plus linéaire et moins surprenante que l’ouverture (en se résumant à une chasse avec pour but de découvrir le traître à bord…) on profite néanmoins de belles joutes verbales entre le héros et le sombre capitaine, pas aussi flamboyant qu’attendu mais parfaitement construit psychologiquement. Moins surprenant que le premier volume, cette suite semble aussi légèrement moins solide graphiquement, avec des décors intérieurs et sous-marins qui n’aident pas forcément. On reste cependant dans de la BD de grande qualité, de la grande aventure que l’on aimerait voir plus souvent dans le neuvième art. Vite la conclusion!

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  • La chute #2 (Muralt/Futuropolis) – 80p., 2021

couv_413919Sorti en plein début de crise du COVID le premier tome de La Chute avait beaucoup fait parler de lui, avec son style très documentaire, rugueux, sur les premiers jours du déclenchement d’une crise sans zombies ni guerre civile. Une pandémie normal, réaliste, froide. L’arrivée de se second tome et sa très belle couverture était donc attendu… et douche un peu les attentes. Après une entrée en matière dynamique menant ses personnages vers les montagnes dans une ambiance inspirée par le chef d’œuvre La Route, l’auteur semble patiner dans la neige en centrant sa focale sur l’ainée de la fratrie alors que le père blessé sort du jeu. Refusant toute violence graphique cinématographique, Muralt installe sa pesanteur dans la situation psychologique d’un chacun pour soi et d’une dureté relationnelle. Sur ce point on ressent la détresse des deux enfants. En revanche le contexte est un peu vaporeux avec ce village pas vraiment fortifié mais rejetant tout de même ce qu’ils appellent les « touristes » les citadins fuyant les villes ». Faute peut-être d’une caractérisation plus lisible et de dessins plus précis, on a le sentiment que la situation n’avance guère et l’on finit par s’ennuyer un peu. Espérons que l’auteur rebondisse après cet intermède peut-être nécessaire dans son scénario mais trop étiré sur quatre-vingt pages car son projet est sérieux et reste intéressant.

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Littérature·Rétro·Un auteur...

Page noire

BD de Frank Giroud, Denis Lapière, Ralph Meyer et Caroline Delabie (coul.)
Futuropolis (2010), 102 p., one-shot.

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Kerry Stevens est une critique littéraire débordant d’ambition, déterminée à bousculer son destin vers la gloire. Pour cela elle est déterminée à dénicher le grand romancier Carson MacNeal, qui vent des millions de volumes mais que personne n’a jamais vu et qui ne donne jamais d’interviews. Loin de là Afia se bat avec sa mémoire torturée, traumatisée par son passé et tombée dans la spirale de la drogue et la prostitution… Rien ne relie ces deux personnes. Leur itinéraire va pourtant converger vers ce Carson MacNeal qui semble aimanter bien des intérêts…

Amazon.fr - Page Noire - Frank Giroud, Denis Lapierre, Caroline Delabie,  Ralph Meyer - LivresAvant Undertaker (la série qui l’a consacré et dont le dernier volume vient de sortir –  chronique la semaine prochaine ) et après Berceuse assassine (celle qui l’a révélé, avec le défunt Tome, scénariste mythique des meilleurs Spirou!), Ralph Meyer avait réalisé cet étonnant polar entièrement construit dans une mise en abyme vertigineuse entre récit et fiction, auteur et création… Meyer n’est pas encore une star mais participe déjà à de gros projets, notamment le premier XIII mystery où il rencontre Dorison, son futur scénariste sur Asgard et Undertaker donc.

Alternant deux récits qui vont progressivement converger, Meyer et sa coloriste attitrée Caroline Delabie proposent deux univers graphiques tranchés: le premier encré dans le style habituel du dessinateur et colorisé en palette bleutée, le second en couleur directe, peu encré et habillé de rouge-rosé… avant de converger dans un croisement très discret et révélateur, entre ces deux styles. Etonnant! Joignant le graphisme à l’écriture sophistiquée des deux scénaristes chevronnés Lapière et Giroud, les planches nous font ainsi suivre deux jeunes femmes qui ne semblent reliées en rien, l’une aux Etats-Unis, l’autre que l’on imagine en France, l’une mordant la vie avec morgue, l’autre détruite et acceptant difficilement de l’aide. Un peu perdu (moins que chez Urasawa…) mais acceptant de suivre deux récits juxtaposés, on comprend que le fil conducteur est bien l’histoire de la blonde Kerry. Parvenant un peu trop facilement à ses fins, on commence alors à plonger dans le texte lui-même. Dès les premières pages de l’album on nous insère des vues du roman en cours de Carson MacNeal qui nous font progressivement douter de la frontière entre fiction et réalité. Comme au cinéma, tout le plaisir de l’image est de la rendre mensongère, laissant le lecteur se débattre entre ce qui est vrai, ce qui est fictif, la narration principale et la secondaire… On prend alors plaisir à voir s’entrecroiser ces trois personnages en doutant toujours de quel récit s’insère dans quel autre, en rejoignant les effets du polar où l’auteur s’amuse à laisser son lecteur se construire des scénarii. On est ainsi par moment proche de l’atmosphère des Nymphéas noirs où époques et réalité s’enchevêtrent brillamment.

Page noire » par Meyer, Giroud et Lapière | BDZoom.comA ce récit dans le récit les auteurs approfondissent l’immersion en nous faisant pénétrer dans le processus créatif, partiellement autobiographique comme souvent, du romancier. Par les yeux de Kerry on observe l’homme derrière le nom, ce qui inspire, les fulgurances nocturnes et finalement l’interrogation sur l’invention créative en nous posant la question: toute invention n’est-elle pas directement inspirée par l’expérience de son auteur, que ce soit ses lectures, rencontres, sa propre vie? L’expérience est passionnante et personnellement je n’avais jamais lu de BD aussi bien pensée sur le travail d’auteur, sachant allier un vrai polar avec une expression des créateurs sur leur propre travail. Comme je le dis souvent sur ce blog, il est important pour que la BD puisse rester un média artistique, que ses lecteurs se questionnent sur ce qu’ils lisent et ne se contentent pas de consommation simple et infinie. Comme support grand public le neuvième art rejoint les éternels questionnements du cinéma entre art et entertainment consumériste. Des albums comme Page noir, en sachant proposer une vraie histoire littéraire immersive qui joue sur les récits tout en s’interrogeant, associe le ludique et le réflexif. L’alchimie que tout amateur de BD recherche?

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La délicatesse

BD de Cyril Bonin
Futuropolis (2021), 92p., one-shot.
Adapté du roman de David Foenkinos.

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Nathalie est un ange. Alors que tout lui réussit, un drame la plonge dans une fuite en avant professionnelle où la vie et les relations humaines semblent lui être désormais interdites. Jusqu’à ce qu’elle rencontre Markus, petit employé de son entreprise chez qui rien ne l’attire. Mais la vie réserve des surprises…

Très peu attiré par ce genre de littératures pas plus que ce genre de BD, je suis tombé sur La Délicatesse par hasard, intrigué par l’adaptation d’un best-seller de l’édition et ces teintes pastelles plutôt agréables. Et je me suis laissé prendre à cette histoire simple comme la vie et racontée principalement en narration. Ne vous arrêtez pas au pitch semblant destiné à une adaptation ciné dans le mode cliché des oppositions. Cyril Bonin ne se laisse pas avoir par la tentation d’appuyer sur l’idée de la Belle et la Bête. Si son héroïne est bien présentée comme un ange, belle, délicate, brillante, elle n’en est pas pour autant suffisante. Markus lui n’est pas si moche, pas si médiocre qu’on aurait pu le craindre. L’auteur préfère mettre en contact deux personnes qui ne semblaient pas faits l’un pour l’autre mais que la vie fait se rencontrer. Comme le mari de Nathalie rencontré dans la rue. 

La Délicatesse, bd chez Futuropolis de Foenkinos, BoninComme souvent dans ce genre d’histoire c’est par les textes, les dialogues et les récitatifs, que se noue l’étincelle. Un peu comme sur Le tueur, on contemple la vie de Nathalie et les jolies formules qui font prendre de la hauteur. Le dessin n’est pas particulièrement marquant (Bonin vient pourtant des Arts Décoratifs….) mais accompagne le texte avec un sens du cadrage très élégant, en se focalisant essentiellement sur les regards. Et cela fonctionne malgré la simplicité du trait. Car de par l’omniprésence du texte on est pris par une musique permanente qui nous fait glisser sur les cases. A noter que la BD a été réalisée après la sortie du film (que je n’ai pas vu) qui l’a sans doute influencé tant on sent le caractère cinématographique du projet.

La Delicatesse c’est l’histoire de la simplicité, de la spontanéité de ce suédois semblant tombé de la Lune que la perfection de sa belle n’impressionne pas plus que ne le fait son gros directeur dominateur. C’est la convention bousculée déclenchée par une pulsion venue d’on ne sait où. C’est la vie qui prends le dessus sur le deuil et sur la norme et c’est cela qui est très beau dans cet album… délicat.

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***·Comics·Nouveau !

The shaolin cowboy #3

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Comic de Geof Darrow et Dave Steward (coul.)
Futuropolis (2020) – Burlyman (2004-2007) – Dark Horse (2015-2018), 3/3 albums parus.

Pour l’historique de publication je vous renvoie au billet des deux premiers tomes. Ce dernier ouvrage confirme le magnifique travail éditorial de Futuropolis. Contrairement aux deux précédents, celui-ci se concentre exclusivement sur de la BD et n’ajoute qu’une grosse galerie d’illustration originales en fin d’ouvrage (avec notamment un dessin de maître Moebius!).

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Laissé pour mort après son combat contre la horde de zombies, le Shaolin Cowboy doit pourtant se resaisir  car le Roi Crabe le recherche activement et la vie du Shaolin cowboy dissolue dans les affres de la matérialité lui a créé beaucoup d’ennemie. Beaucoup…

Comme il va être compliqué de constituer une collection pas trop chaotique avec cette série TOTALEMENT chaotique de Geof Darrow… Si le premier volume est ce qui s rapproche le plus d’une BD (et donc très clairement si vous ne devez investir que dans un tome c’est celui-là), si le second est un exercice de style, comme un carnet d’exercices anatomiques (… mais avec des zombies!), ce troisième et dernier volume, relativement proche de la parution originale, est un pahmplet contre une Amérique abhorrée, l’Amérique des rednecks, du smartphone, de la vulgarité… l’Amérique de Trump. Et comme d’habitude, avec son influence Métal Hurlant, sans aucune retenue et un mauvais goût affirmé, Darrow se met au niveau de sa cible et envoie du pâté. L’histoire est simple: le Shaolin Cowboy est en très mauvais état et va devoir se tapder deux derniers adversaires pour en finir: un cochon géant ninja dont le Cowboy a tué la mère et le Big Boss, le crabe shaolin, décité à se venger… Comme l’histoire on s’en fout, elle pourrait bien continuer éternellement comme nous l’indique la fin. Bref.

Si cet album se suit plus facilement que le second, il est un poil décevant niveau combat arès un meurtre de vautour digne du héros. Car Darrow a surtout envie de se défouler sur une Amérique dépeinte comme un immnse tas d’immondices parcouru par des enseignes de magasins de cul et habité par des beaufs tatoués et bardés d’armes. Tout est dégueulasse sur ces planches toujours monstrueuses de détails… Le grand n’importe quoi se poursuit donc mais en un poil moins classe que sur le premier où les chorégraphies avaient sommes toutes de la gueule! Ici l’amusement vient de la critique omniprésente pour un pays qu’il rejette en masse et à la grosse Bertha. Du coup les Comic The Shaolin Cowboy: Who'll Stop the Reign? issue 2derniers combats semblent un peu futiles par rapport à ce qu’on a pris dans les dents jusqu’ici. Alors ok le cochon est énorme et lance des pets toxiques (oui, oui!) et S.C. joue du nunchak’ avec deux clébards aux pattes en couteaux (hum…), mais question action Darrow a fait mieux.

On ne peut pourtant pas dissocier cette trilogue superbement éditée par Futuropolis et mise en couleur par Dave Stewart tant chaque volume reflète à la fois une envie de l’auteur et revêt un aspect très différent. Les amoureux du graphisme et de la radicalité de l’auteur prendront un immense plaisir à parcourir cette odyssée (Darrow parle de ballade sur la longue interview qu’il a donné au site 9° art et que je vous invite vivement à lire pour comprendre le personnage). Les moins fans pourront donc en rester au premier tome déjà bien foutraque et, donc, le meilleur.

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***·Actualité·BD·Nouveau !·Rapidos

La chute #1

La BD!

BD de Jared Muralt
Futuropolis (2020), 56 p., série en cours.

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La sortie en pleine crise de COVID de cet album dystopique décrivant la chute de la civilisation a marqué les esprit et profité d’un excellent buzz médiatique. Avec un peu de recul que faut-il penser de cette série dont le thème n’est pas franchement neuf mais dont j’adore lire et voir les variations de différents auteurs? Ainsi j’ai récemment critiqué la très bonne adaptation de Julia Verlanger L’autoroute sauvage, mais aussi la version Grindhouse Amazing Grace (avec l’aspect famille), Soleil froid et Les Dominants dont le tome deux sort ce mois d’août.

La chute de Jared Muralt : une série prémonitoire ? - ComixtripLe dessin d’abord est assez classique, pas affolant, mais l’auteur propose un détail remarquable sur ses décors et arrières-plans. Son travail de description réaliste d’une hypothétique pandémie aux conséquences majeures s’appuie ainsi sur des éléments de vrai permettant de raccrocher ce que nous lisons à notre quotidien. Le thème de la famille évidemment, assez éculé depuis le choc La Route mais toujours marquant en nous faisant ressentir (pour ceux qui ont des enfants) le drame de voir ses plus proches subir cela avec la tentation de cacher une vérité pourtant patente. La femme est emportée par cette grippe et l’on voit rapidement l’Etat se déliter avec une préoccupation première pour les personnages, celle de trouver à manger alors que rapidement des groupes structurés se mettent en place pour compenser l’absence d’autorité. Sur le pourquoi de l’évolution on ne saura rien, nous laissant dans le même expectative que Liam, le héros.

La chute, le cauchemar luxueux et actuel de Jared Muralt, paru ...

Le rythme est assez lent, avec très peu d’action, presque contemplatif en portant un regard presque journalistique sur ces dernières heures de la civilisation au travers du regard de Jared en père devant tenir le choc. Si le travail de fonds est notable et la réalisation sans faute notamment sur le domaine émotionnel, ce premier album est donc tout à fait classique, sans apport majeur à un genre déjà très fourni. La suite nous le dira mais sa particularité semble être le refus de tout fantastique ou SF, ce qui est louable. Beaucoup d’albums de ce genre évoluent progressivement en Mad Max, ce qui serait dommage. L’aspect Covid peut apporter un plus en montrant la qualité de l’analyse de l’actualité de notre monde par l’auteur, mais personnellement j’essaye de regarder les albums pour ce qu’ils sont et ce qu’ils seront dans dix ans. Sur ce point pour son second album de BD Jared Muralt réussit donc son pari, un peu sage peut-être, quelques scènes choc ou d’action auraient pu renforcer l’accroche du lecteur à ce drame. Mais l’album mérite amplement le détour surtout si vous n’êtes pas familiers avec ce genre.

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****·Comics·Nouveau !·Un auteur...

The shaolin cowboy #1-2

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Comic de Geoff Darrow
Futuropolis (2020) – Burlyman (2004-2007) – Dark Horse (2015-2018), 2/3 albums parus.

L’histoire éditoriale de cet OBNI est aussi complexe que le dessin de son auteur… Le premier volume de cette édition a été publié chez Burlyman avec une traduction chez Panini en 2008-2009). Le second volume correspond à la suite directe publiée chez Dark Horse (2015). Le troisième volume (à paraître) intitulé « qui arrêtera leur règne? » est également paru chez Dark Horse en 2017. Les éditions reliées des trois volumes sont parues chez Dark Horse (le premier après les deux autres…) et correspondent à cette édition Fututopolis. Le premier volume a été nominé aux Eisner Awards pour la meilleure nouvelle série, meilleur dessinateur, meilleure couleur. Darrow a obtenu un de ses trois Eisner sur ce tome comme meilleur auteur réaliste.

L’édition proposée par Futuro est franchement royale avec de magnifiques volumes au papier épais et du contenu additionnel. Cela aurait été parfait su l’éditeur avait eu la bonne idée d’un texte explicatif au premier volume aidant le suivi sur les trois tomes. On est un peu abandonné dans le cerveau fou de Darrow

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Le Shaolin cowboy parcourt les terres désertes d’une Amérique réactionnaire, déchue et parsemée de créatures improbables. Sur son mulet à casquette bavard et équipé d’un arsenal improbable, il affronte tout ce que le monde fait de timbrés et de démons… pour sauver sa vie. Et la philosophie on y pensera plus tard…

SNEAK PEEK: Darrow's Original SHAOLIN COWBOY Back in Print | 13th ...Geoff Darrows appartient à une mouvance d’illustrateurs nés au mauvais endroit! Avec les Richard Corben (Grand prix d’Angoulême 2018), Simon Bisley et ses peintures barbares dantesques qui ont influencé notamment Olivier Ledroit, l’italien Liberatore , la mouvance ultra-réaliste trash japonaise, et plus récemment les albums d’Eric Powell il fait partie des auteurs en liberté totale dont l’amitié avec Moebius n’est pas anodine tant son travail semble tout droit sorti du magazine Métal Hurlant. Son nom est sorti du cercle des initié en 1999 lorsque les sœurs Wachowski l’embauchent avec les yeux de Chimène pour mettre en place l’univers visuel et le storyboard des films Matrix. Quand on voit la finesse de son travail on les comprend…

Ce double album (j’y reviens) est un trip sous acide, un mélange entre le artbook déchaîné d’un auteur maniaque, le storyboard détaillé d’un film d’animation qui n’existe pas et une grosse farce sacrément gonflée. Ne cherchez pas de message, de sous-texte ou je ne sais quelle vision! Geoff Darrow utilise son Shaolin Cowboy pour latter du gang dégénéré, du zombie, du requin géant et du cadavre possédé… Vaguement frustrant du fait de la structure totalement apocalyptique du « récit », l’ouvrage est d’une générosité graphique folle car l’auteur ne connaît pas la contrainte. Ainsi le second volume, outre un texte de trois pages relatant des évènements potentiellement précédents et une nouvelle de soixante pages en fin d’ouvrage, reprend le récit au travers d’une sidérante séquence de démontage de zombie sur… cent pages! Cent pages muettes de baston virtuose, le plus long plan séquence de l’histoire du cinéma qui n’en est pas un, bref, quelque chose de jamais vu et qui ne sera certainement jamais refait. Gonflé, d’une précision diabolique, un peu lassant au bout de cinquante pages, mais quelle expérience!

Shaolin Cowboy #01 by Geof Darrow | Fumetti

Si le second volume est donc dispensable hormis pour les fana de Darrow et les collectionneurs, le premier est un délire totalement foutraque qui enchaîne les dialogues absurdes avec des personnages débiles à l’aspect surréaliste avant d’entamer des hostilités où le Shaolin cowboy fait parler sa technicité au combat en découpant des tranches de cou au katana, expulsant un cœur d’un coup de paume ou donc entamant une danse mortelle armé de son bâton à double tronçonneuse… Tout au long de la lecture on est sidéré autant par le grand n’importe quoi permanent que par le détail des Le Shaolin Cowboy T3 : Dans les entrailles de la ville (0), comics ...immenses planches qui nous donnent parfois le sentiment d’être dans un album « Où est Charlie » pour adulte. Car Shaolin Cowboy est pour les âmes solides et les adeptes du mauvais goût (il est étonnant que Fluide Glacial n’ait pas cherché à éditer ces ouvrages tant ils correspondent à l’esprit sale gosse de l’éditeur).

Le sourire aux lèvres et émerveillé à la fin du premier tome on est franchement frustré à la fin du second. Le troisième tome à paraître semble beaucoup plus narratif, proche du pamphlet contre l’Amérique de Trump et fidèle au premier. L’éditeur a choisi une étrange stratégie de publication  en deux fournées (les tomes 1 et 2 puis le trois) avec bien peu de communication qui ne facilitera pas la transmission au public d’une œuvre qui nécessite d’être accompagnée. J’espère avoir un petit peu contribué à cet accompagnement tant l’œuvre de Darrow mérite que l’amateur de BD s’y intéresse et tant on a rarement vu un album aussi généreux. Si vous aimez l’esprit Fluide, si vous aimez les zombies, si vous aimez Tarantino, si vous aimez les Monthy Python… foncez!

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***·Comics·East & West·Nouveau !

Black Badge

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Roman graphique de 290 pages, réunissant les 12 épisodes de la série écrite par Matt Kindt et dessinée par Tyler Jenkins, parue initialement aux US chez BOOM! Studios, publié en France depuis le 04/03/2020 aux éditions Futuropolis.

Charlie et ses drôles de drames

Les organisations occultes et les agents secrets foisonnent dans les œuvres de fiction, que l’on parle du SHIELD, du BPRD, de Mission: Impossible ou du Kingsman. Elles sauvent invariablement le monde de catastrophes diverses au prix de nombreux sacrifices, la rédemption du monde étant leur seule récompense.

Et si une de ces organisations se dissimulait sous des atours simples, voire improbables ? Et si une confrérie inoffensive aux yeux de tous façonnait notre monde en secret ? Et si…les Scouts étaient de redoutables espions ?

C’est la prémisse choisie par Matt Kindt pour Black Badge, où il raconte le parcours de Kenny, Cliff, Mintz et Willy, jeunes membres de la division secrète éponyme, dont le rôle consiste à mener à bien des missions de sabotage, d’exfiltration ou d’assassinats sous couverture. Leur jeunesse est leur meilleur atout: en effet, qui se soucierait d’une bande d’adolescents, et a fortiori, qui les penserait capables de telles actions ?

Cependant, Black Badge doit faire face à des menaces bien plus insidieuses et subversives que les terroristes lambdas qu’ils affrontent ordinairement. Au cours de leurs missions, les jeunes scouts vont croiser le chemin d’autres cellules occultes, aux ambitions perfides. Mais, en matière d’espionnage, la réalité n’est bien souvent qu’un voile qui dissimule d’autres vérités, ce qui va forcer nos héros à remettre en question leur crédo.

Les Quatre Scout-tastiques

Matt Kindt nous plonge dans un monde dangereux et opaque, reprenant avec habileté la triste thématique des enfants-soldats. Comme c’était le cas dans la réalité, les protagonistes sont des orphelins ou des jeunes que l’on a soustraits à leur foyer, pour les conditionner et les envoyer prendre des risques au nom des adultes.

Nos audacieux Black Badges, tels les X-Men du Professeur Xavier, sont donc de dévoués soldats, conditionnés qu’ils sont à de pas questionner les ordres. C’est pourtant là le propre de la jeunesse, aussi nos héros vont-ils progressivement dévoiler le mystère qui entoure leur unité de Scouts, au fil des missions et des épreuves rythmées par les douze chapitres. La lecture qu’a Kindt du jeune soldat que l’on sous-estime m’a fait penser à celle qu’avait Ed Brubaker concernant Bucky, l’acolyte de Captain America lors des flash-backs de la saga du Winter Soldier.

Graphiquement, on doit reconnaître à Tyler Jenkins une constance certaine sur presque 300 pages. Les couleurs qu’il emploie, posent un filtre rétro sur cette aventure aux tons et aux circonvolutions parfois désuètes, fleurant bon les récits d’espionnages de la grande époque.

Si vous aimez les récits à tiroirs, les faux-semblants et le camping derrière les lignes ennemies, alors Black Badge est fait pour vous !

****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Mattéo – 5° époque

BD du mercredi
BD de Jean-Pierre Gibrat
Futuropolis (2020), 60 p. Série Mattéo, 5 tomes parus.

couv_377558Le tome précédent a été chroniqué sur le blog avec un petit rappel des épisodes précédents. Je ne détaille pas la fabrication et édition, toujours superbes avec notamment des illustrations de couvertures à tomber et que l’on aimerait bien avoir en tirage encadré… A noter que l’éditeur a sorti une intégrale du premier cycle (tomes un et deux) et que chaque volume existe en grand format. La pagination des albums de la série a tendance à baisser… Je ne vais pas râler car il est toujours préférable qu’un auteur n’en mette pas trop mais dans l’absolu avec treize pages de moins que le tome trois on pourrait attendre un prix de vente légèrement diminué…

Le village d’Alceteria a été pris et la République socialiste et anarchiste peut installer ses idées dans cette enclave. Propulsé au rang de chef, Mattéo prend le temps de discuter avec le vieux franquiste en fauteuil roulant qui occupe le bas de l’hacienda où il réside avec ses compagnons d’arme… lorsqu’il ne doit pas calmer les ardeurs guerrières de la belle Aneschka. Mais rapidement les nuages s’annoncent sur leur utopie quand la guerre civile se rappelle à eux…

Les textes de cette série sont grands! De ceux qui respirent l’énergie intelligente, à la fois très politiques, drôles, sans doute écrits avec facilité par un auteur dans son jardin. Je rappelle régulièrement combien être scénariste ne s’improvise pas et que beaucoup de dessinateurs confondent les deux rôles. Comme son confrère Bourgeon il fait partie des pas si nombreux auteurs de BD à part entière dont les scénarios sont au moins aussi excellents que les dessins.

Nous n’écoutons pas les mêmes hymnes, peut-être pouvons-nous nous accorder sur les bruits…

Aux beuveries désinvoltes du précédent volumes qui faisaient écho à un esprit naïf de ces guerres idéologiques du XX° siècle, cette cinquième époque apporte l’hiver de la dure réalité de la guerre. Celle des morts et de la défaite. Si le texte reste léger et cynique comme son narrateur, le drame est réelle et le lecteur un peu historien le sait inéluctable. Il n’y a rien de plus amère que de revoir ce qui aurait pu être, de voir dans les magnifiques aquarelles de Gibrat cette utopie anarchiste naître et mourir. J’avais été surpris de voir la série emprunter aussi fermement (presque trois tomes sur le sujet) les sentiers de la guerre civile espagnole après deux albums assez thématiques (la première guerre mondiale et la révolution russe). Or, plus sans doute que la russe, cette guerre entre deux systèmes radicalement opposés parle pour tout le siècle et nous voyons l’importance de ce qui se joue. Utilisant sans cesse des rappels au conflit fondamental, civilisationnel, entre le collectif, le libertarisme, l’athéisme, la démocratie face au fascisme allié à l’Eglise, l’auteur donne une dimension majeure à sa série. Il a créé son personnage comme témoin destiné à traverser la sombre première moitié du XX° siècle, utile rappel d’enjeux jamais résolus.

Un premier passage juste pour voir, un second juste pour tuer… dieu n’avait sans doute jamais vu autant d’anarchistes courir à l’église…

Dans ce volume Mattéo voit revenir Amélie dont il imagine le calvaire de la captivité chez les phalangistes. En couple avec Aneschka il tente d’assumer son rôle de chef en organisant la défense du village alors que le hasard rappelle sa généalogie et l’histoire cachée de son espagnol de père… La finesse du scénario, jouant sans cesse entre l’intime, la petite histoire et la grande Histoire, reste toujours aussi remarquable. En cinq volumes rarement une série aura maintenu un niveau d’excellence aussi haut.

N’osant parler de chef d’oeuvre (plus facile à attribuer à un one-shot), je qualifierais néanmoins Mattéo de très grande série alliant beauté formelle jusque dans l’édition, dialogues dignes d’un Audiard sans jamais tomber dans la facilité et importance dramatique. Avec finalement assez peu de textes, beaucoup de plans muets voir contemplatifs, cet album clôt le second cycle et annonce un troisième à partir de 1939 et une seconde guerre mondiale qui va sans doute être plus difficile pour le héros dont le cynisme risque de se confronter à la froide dureté de cet holocauste. On souhaite à Gibrat de trouver l’angle qui permettra de maintenir ce peps et le plaisir de lecture qui nous donne envie de suivre Mattéo jusque très loin dans le siècle…

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**·***·*****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD et vrac #12

BD du mercredi

  • Ira Dei #3: Fureur normande (Brugeas/Toulhoat/Dargaud) – 2019, 3 vol parus.

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J’avais déjà émis quelques réserves sur le tome 1 de la série… avant de me déjuger tant le tome 2 était flamboyant. Cette seule couverture (qui part illico dans mon top thématiques de l’année) suffit à m’émoustiller en illustrant l’art de la mise en scène extravertie de Ronan Toulhoat. Comme j’essaye de rester objectif, je dois reconnaître que cette fureur normande souffre de l’habitude que l’on a à la lecture de ces auteurs: la réalisation globale est excellente, c’est bien dessiné, bien écrit (bien qu’un peu obscure en matière de stratégie),… mais il manque un sel, peut-être un personnage, peut-être un retournement, je ne sais. Cette série s’inscrit dans l’exotisme d’une période méconnue du grand public et dans la finesse des manigances politiques. Le premier cycle a montré combien il fallait juger du double album-cycle dans son intégralité tant cette histoire est imbriquée, aussi je me garderais de rabaisser ce tome 3, mais j’ai éprouvé des difficultés avec une introduction où il est difficile de comprendre si l’on se place dans la suite directe (et dans ce cas pourquoi une narration) ou dans une variation. Sans-doute ais-je du mal à saisir le concept d’une série qui reste néanmoins fort agréable à lire.

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  • Car l’enfer est ici #1: 508 statues souriantes (Brunschwig/Hirn/Nouhaud/Futuropolis) – 2011
    Le pouvoir des innocents, cycle 2 tome 1.

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La parution des trois cycles du Pouvoir des Innocents a été assez compliquée à suivre avec dès ce tome et le passage chez Futuropolis, la sortie des albums des cycles II et III en croisé. J’ai fait le choix de continuer chronologiquement avec donc ce début de cycle II dessiné par un très bon David Nouhaud. L’histoire débute quelques mois après la fin dramatique du premier cycle qui a vu l’élection de l’idéaliste Jessica Rupert à la mairie de New-York et l’incendie de la villa du boxeur Providence qui a traumatisé une grande partie de la population. Joshua Logan, en fuite avec sa femme est l’ennemi public numéro 1… jusqu’à ce qu’il se rende à la police pour dénoncer la conspiration des 508. Alors que tout l’édifice qui a permis l’élection de Rupert menace de s’effondrer l’avocat qui accepte de le défendre va mettre le nez dans un engrenage très dangereux… Avec le déroulé toujours aussi complexe de Brunschwig, cette suite nous place dans les meilleures conditions possible pour prolonger une intrigue qui s’annonce plus politique que jamais: le changement de dessinateur marque un saut graphique très appréciable. Le péché originel installé par le premier cycle laisse présager des réflexions profondes sur les buts du pouvoirs et les moyens mis en oeuvre et leurs justifications. Ce tome est une mise en bouche qui donne très envie de continuer cette très particulière saga.
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  • Le dernier Pharaon (Schuiten, Gunzig, Van Dormael/Blake et mortimen) – 2019, Hors-série.

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mediathequeJe ne parlerais pas de déception concernant cette aventure Hors-série de Blake&Mortimer car je n’en attendais pas grand chose et ne l’ai lue qu’en raison du battage médiatique fait autour de sa sortie, avec notamment trois éditions (classique, à l’italienne et grand format), une exposition et une importante couverture presse. Comme souvent la justification d’un album à part est difficile à trouver hormis la seule envie des auteurs. Et contrairement à Valérian dont les hors-série sont aussi originaux que truculents, ce Dernier Pharaon n’est ni un Blake et Mortimer ni un Schuiten. Trop de décalages pour un album qui se veut hommage et bourré de références. Si l’on devine l’esprit derrière certaines séquences, le dessin de Schuiten est trop éloigné, trop statique et contemplatif pour nous faire admirer autre chose que cette fascinante Bruxelle post-apocalyptique. On a malheureusement la désagréable impression d’un entre-soi belge qui fait de la capitale belge le centre du monde en nous balançant en quelques cases le plus grand plan jamais sorti d’un album de B&M… L’envie de dessiner la palais de justice de Bruxelles ne suffit pas à faire un album et tant l’époque adoptée (trop moderne) que l’esprit écologiste dénotent trop. Alors l’album se laisse lire et est plutôt joli. Mais un mauvais projet bien réalisé reste toujours un mauvais projet.

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  • La gazette du château #3 (Dorison/Delep/Casterman) – 2019 3 épisodes parus.

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Mes avis sur cette excellente adaptation de la fable politique d’Orwell La ferme des animaux sont ici et . La parution au format gazette (couleur, très grand format avec rédactionnel exclusif) se fait en trois épisodes par album cartonné. Le premier tome relié vient juste de paraître et la « saison deux » au format gazette doit se poursuivre dès début 2020.

Pour une fois le format feuilleton s’agence parfaitement puisque les trois parties semblent adopter la structure du scénario. En effet, après une mise en place brutale dans le premier épisode et l’irruption du tiers perturbateur dans le second, voici venu le temps de l’action pour Miss B qui va apprendre à déplacer le conflit sur le plan de la dérision… Difficile de parler de cette publication qui reprends les mêmes qualités au niveau de l’album (texte très proche du propos d’Orwell, dessin superbe) et sur le format gazette (pages immenses, maquette élégante, textes à lire après la BD qui prolongent parfaitement l’esprit totalitaire. Pour l’amateur de politique que je suis c’est bien évidemment un des albums marquants de l’année que j’hésite à acheter au format relié…

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