****·Comics·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Antiheros

Rufus Stewart
Comic de Kate Karyus Quinn, Demetria Lunetta et Maca Gill,
Urban (2021), 154p., one-shot
La collection Urban Kids vise à introduire les plus jeunes dans l’univers pas si évident des super-héros et des comics en général. Sous des licences plus larges que le seul catalogue DC, Urban propose ainsi essentiellement des on-shot très graphiques mais aussi quelques séries courtes issues des séries d’animations mythiques de Paul Dini. Les  autrices de cet album travaillent habituellement dans la littérature adulte et pour les trois c’est leur premier album de comics.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance.

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!
  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à treize ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball, FMA ou Flying Witch…

Tout oppose Piper et Sloane, deux collégiennes de Gotham East… hormis le fait que la nuit elles enfilent leur costume de super-héroïnes! Jusqu’au jour où un mystérieux artefact les envoie chacune dans le corps de l’autre! Elles vont être obligées de s’ouvrir l’une à l’autre pour résoudre ce mystère et espérer retrouver leur entièreté…

Salut Talia! Aujourd’hui on découvre deux nouvelles super-héroïnes. Avant toute chose peux-tu nous dire ce que tu connais de l’univers DC et de ses héros? Colors - Sarah SternJ’ai lu Harleen, le Batman de Marini, Wonder Woman année 1, j’ai vu les films du DCEU… Peux-tu maintenant nous présenter Piper et Sloane, le jour et dans leur identité secrète? Piper est une super-héroïne qui essaye d’empêcher les méchants mais avec sa super-force elle casse tout sur son passage  du coup les policiers l’appellent la « Chips au fromage » (par-ce qu’elle aime grignoter) ou le « boulet de démolition ». Elle n’aime pas du tout ces surnoms! A l’école elle a du mal mais le vit plutôt bien mais sa grand-mère trouve qu’elle devrait travailler plus. Son tonton est policier et a affaire à elle le soir sans savoir que c’est Piper. Ses parents sont partis depuis longtemps pour travailler et elle aimerait les revoir, ce qui provoque des sujets de dispute avec sa grand-mère. Sloane est une super-vilaine qui cambriole. Elle a un super-cerveau qui la rend super-intelligente. Elle a une IA qui l’aide, des drones qui obéissent à sa voix. Elle travaille pour son grand-père qui est un truand et par-ce que sa mère ne peut pas travailler mais la maman ne le sait pas. Le jour elle est très forte à l’école mais elle n’a pas d’amis notamment par-ce que sa famille a mauvaise réputation. Est-ce que Batman et les autres héros sont impliqués? Anti/Hero Asks You to Walk a Mile in Someone Else's Secret Identity | DCBatman apparaît rapidement mais il n’intervient pas dans le combat contre l’Ours. Le changement de personnalité est un peu compliqué à suivre, non? Oui! On a tendance à s’y perdre car on ne sait plus qui est qui: elles gardent la même apparence mais le texte change de personnalité. Mais c’est plutôt drôle à lire… Au début on nous présente Piper comme une justicière et Sloane plutôt comme une vilaine. Est-ce que ça se confirme? Après s’être rencontré Piper convainc Sloane que ce n’est pas bien de cambrioler et sa mère essaye de la dissuader de travailler pour l’Ours. Piper de son côté réalise qu’elle doit faire attention à ne pas détruire les biens des autres quand elle intervient  comme le Colibri. Elles réalisent toutes les deux les incidences de leurs actions. Après avoir changé plusieurs fois leurs corps elles réalisent qu’elles peuvent y arriver même là où elles ne sont pas très douées. Merci pour ton avis et à bientôt pour un prochain Avis des kids! Voilà pour Talia… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit? Il y a quelques années je cherchais des comics destinés aux jeunes en permettant d’ouvrir cet univers des Batman, Superman et Wonder Woman (mais plus largement des super-héros) à des enfants, sans la complexité inhérente au genre… et j’avais été très surpris en discutant avec des libraires de découvrir que rien n’était réellement prévu pour ce lectorat. Sans doute conscients que toute une génération geek était maintenant parent les éditeurs ont commencé à développer ce genre d’ouvrages en ouvrant comme ici (sur une même stratégie payante que Drakoo en franco-belge) leurs pages à des auteurs qui ne viennent pas de l’univers des comics. Chez DC c’est partiellement rangé dans la très qualitative collection Urban Kids mais cela déborde sur le créneau adolescent ou young adult comme sur la nouvelle héroïne Naomi par exemple.Review: Anti/Hero | LaptrinhX / News Le schéma de ce one-shot prenant place à Gotham dans l’ombre de Bruce Wayne (dont il est fait référence et qui apparaît brièvement) est celui de l’inversion des rôles entre deux personnalités très différentes. Outre le très amusant jeu du qui est qui (pendant toute une partie les deux héroïnes alternent puis ré-alternent, brouillant les pistes pour le lecteur), j’ai été surpris par une autre inversion: l’héroïne « lumineuse » est brise-fer, bordélique et un peu bouboule (pas franchement des marqueurs positifs) quand Sloane est une brillante jeune fille marquée par une vie familiale difficile. Comme sur le Garçon-sorcière on creuse bien plus profondément dans la psychologie des personnages principaux que dans les comics habituels et je pense que ça parlera aux jeunes lecteurs (les personnages sont collégiennes). Surtout la situation sociale et familiale est Anti/Hero — Demitria Lunettadéterminante pour faire comprendre au lecteur pourquoi l’une est du mauvais côté de la loi (un peu comme Batman tiens!) et l’autre est une justicière. Le contexte est très américain avec un aspect ethnique marqué tout comme des familles compliquées (parents absents pour l’une, mère au chômage pour l’autre). Les valeurs mises en avant sont classiques et attendues: la découverte de l’autre, l’amitié, la collaboration. C’est classique mais pas trop appuyé pour éviter la bien-pensance. Graphiquement c’est franchement sympathique avec des dessins simples plutôt colorés qui évitent un aspect dessin-animé plat que l’on trouve dans beaucoup de BD jeunesse. Les personnages des deux héroïnes (et leurs trombines) sont agréables et expressifs, notamment dans les séquences inversées. Au final on passe un très agréable moment qui a la bonne idée de ne pas prolonger au-delà du format one-shot et permettra sans s’engager ni besoin de connaître le background DC, d’entrer dans le monde des héros. note-calvin1note-calvin1note-calvin1 A partir de 7 ans
****·Comics·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Once and future #2

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Comic de Kieron Gillen, Dan Mora et Tamara Bonvillain (coul.)
Delcourt (2021) – BOOM Studios (2020), 134p., série prévue en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

L’album comprend les chapitres 7 à 12 et commence par un bref résumé du pitch de la série. Il se conclut par les habituelles couvertures des issues originales, une bio des auteurs et un lexique des références légendaires dans lesquelles la série prends sa source. Etrangeté: le titre de volume « vieil angloys » est inséré sur la page de titre qui ouvre l’épilogue… A noter la ligne des trois couvertures des éditions reliées, très élégantes et avec une belle thématique. couv_418078

Le portail a été refermé et la menace semble s’éloigner… mais ce n’est que partie remise lorsque Merlin et ses alliés convoquent une nouvelle légende pour mettre le monde des humains à feu et à sang…

The Science Ninja TurtleC’est souvent le tome deux qui déçoit après des entames tonitruantes… c’est l’inverse ici après un premier volume dont l’intrigue m’avait laissé mitigé. Car les reproches faits disparaissent ici dans un album qui assume enfin le côté totalement gore et action débridée… qui est quand-même ce pourquoi on est là! La coloration arthurienne reste donc dans l’Outremonde avec un Arthur toujours aussi benêt ; si l’on attendait peut-être Merlin (au design tout aussi réussi que ses comparses de la Geste de Camelot) un peu plus présent et central, le prix du méchant le plus charismatique revient à Beowulf, le légendaire guerrier conté dans un poème épique du premier millénaire de notre ère et dont le combat contre le démon Grendel donne le prétexte au scénario de ce tome. Car maintenant que la problématique (qu’on oublie assez vite) et les personnages sont posés, place à la baston avec une mamy Bridgette toujours aussi bavarde et maîtresse dans le lattage de cul d’entité maléfique. Accrochez-vous, les cente-trente pages passent à deux-mille à l’heure! C’est rock’n’roll, ça tranche et les auteurs vont jusqu’à convier des références du cinéma populaire britannique dans un caméo tordant! L’équilibre entre histoire et déconne est toujours compliqué dans des séries de ce type avec l’envie tout de même de faire partager un pan Once And Future #11 — You Don't Read Comicsde la culture mythologique anglo-saxone. C’était un peu trop le cas dans les précédents chapitres et Kieron Gillen peut désormais lâcher la bride à son dessinateur qui se fait plaisir (avec toujours autant de clase et de lisibilité) dans ce qui peut rappeler le cinéma d’horreur foutraque à la Peter Jackson. On enchaîne donc entre les sévices subits par le bellâtre Galaad, le très trapu et pas finaud Beowulf qui aime beaucoup crier très fort qu’il est MECHAAAANT! et la famille Grendel qui a faim et saigne beaucoup (enfin, je veux dire BEAUCOUP!!). Les armes utilisées par mamie MacGuire vont du filament au fusil de sniper en passant par l’inévitable tronçonneuse et la poêle à frire, le tout entrecoupé de bons mots décalés. On se marre bien tout le long et le jeu des acteurs fonctionne à merveille pour donner la réplique à cette héroïne du troisième âge dont on n’a qu’une envie: connaître dans les prochaines années les aventures de jeunesse… Désormais sur d’excellents rails de VHS rayon horreur bis, Once & Future fait un excellent job tant graphique que dialogué. Comme précédemment on regrettera simplement un vide de décors et une colo flashy un peu spéciale que l’envie de B peut justifier de la part des auteurs. Et comme précédemment, le cliffhanger royal étend un univers jusqu’ici un peu restreint en laissant présager un joyeux feu d’artifice sur l’ancestrale terre de Brittany… note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1
*****·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Ajin, semi-humain #15-16

East and west

Manga de Gamon Sakurai
Glénat (2015-2021) – ed. japonaise Kodansha (2012). 228 p., 16 volumes parus (série finie en 17 vol.).

bsic journalism

 

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

 

couv_414624La base d’Iruma dévastée, Sato dans son Jet, son bras a été récupéré et inséré dans le piège qui doit mettre un point final à l’odyssée de ce génie du crime… Mais alors que Kei Nagaï et son équipe ne voient toujours pas le retour de Sato, le doute étreint le jeune homme: est-il seulement possible de vaincre Sato? Son esprit n’est-il pas tout simplement supérieur au leur?

Attention Spoilers! Il vaut mieux être à jour avant de lire cette chronique…

Scan Ajin 78 VF scan • one piece scanEn miroir des héros d’Ajin, le lecteur qui entame les trois derniers volumes (de ce qui est pour moi la meilleure série manga depuis Akira!) doute en se demandant comment l’auteur va pouvoir boucler son intrigue avec un dix-septième tome paru au Japon… Quand on aime se faire manipuler par des scénarii minutieux on ne peut bouder son plaisir devant cette série qui a donné le jour à rien de moins que le plus charismatique méchant jamais vu en BD… Cela permet de maintenir le lecteur sur la brèche, ne sachant jamais où va tourner le vent.

Après une nouvelle bataille épique dans une base exsangue l’intervention de l’équipe anti-Ajin semble boucler le plan infaillible de Kei Nagaï. Personne ne voit comment Sato peut s’en sortir… et pourtant! Avec toujours un coup d’avance ce dernier décide de quitter le Japon pour poursuivre son oeuvre révolutionnaire aux Etats-Unis… Le fil est tout trouvé pour réintroduire le professeur Ogura, le très désinvolte spécialiste des Ajin qui révéler des sa vision de l’origine des Ajin. A ce moment, surpris de ces révélations tardives alors même que l’intrigue semble loin d’être finie, on assiste à l’apparition d’un Flood, cette génération spontanée évoquée plus tôt dans la série par le professeur et qui crée une situation proche d’un apocalypse zombie…

AJIN: Demi-Human No.74.5 - Comics de comiXology: WebA ce stade, toujours sidéré par la précision des dessins et une action effrénée dans la maîtrise des corps et du mouvement on imagine que la conclusion de la série ne peut être que le commencement d’un autre cycle, plus vaste? J’ai eu le sentiment que les dessins des derniers volumes avaient évolué, notamment le visage de Nagaï, adolescent au début du manga et qui semble avoir acquis une physionomie adulte arrivé au seizième tome. Est-ce juste une progression technique de l’auteur ou une volonté d’exprimer dans les corps les effets de toutes ces morts et mutilations? Toujours est-il que rien à ce stade ne laisse penser dans le déroulement des opérations comme dans la structure du récit (qui propose un nouveau flash-back et des concepts sur les Ajin) que l’on arrive à la fin. Du coup la tension est à un niveau insoutenable avant d’entamer un dernier tome que l’on imagine probablement très frustrant… conclusion dans quelques mois!

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***·Comics·Nouveau !

The shaolin cowboy #3

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Comic de Geof Darrow et Dave Steward (coul.)
Futuropolis (2020) – Burlyman (2004-2007) – Dark Horse (2015-2018), 3/3 albums parus.

Pour l’historique de publication je vous renvoie au billet des deux premiers tomes. Ce dernier ouvrage confirme le magnifique travail éditorial de Futuropolis. Contrairement aux deux précédents, celui-ci se concentre exclusivement sur de la BD et n’ajoute qu’une grosse galerie d’illustration originales en fin d’ouvrage (avec notamment un dessin de maître Moebius!).

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Laissé pour mort après son combat contre la horde de zombies, le Shaolin Cowboy doit pourtant se resaisir  car le Roi Crabe le recherche activement et la vie du Shaolin cowboy dissolue dans les affres de la matérialité lui a créé beaucoup d’ennemie. Beaucoup…

Comme il va être compliqué de constituer une collection pas trop chaotique avec cette série TOTALEMENT chaotique de Geof Darrow… Si le premier volume est ce qui s rapproche le plus d’une BD (et donc très clairement si vous ne devez investir que dans un tome c’est celui-là), si le second est un exercice de style, comme un carnet d’exercices anatomiques (… mais avec des zombies!), ce troisième et dernier volume, relativement proche de la parution originale, est un pahmplet contre une Amérique abhorrée, l’Amérique des rednecks, du smartphone, de la vulgarité… l’Amérique de Trump. Et comme d’habitude, avec son influence Métal Hurlant, sans aucune retenue et un mauvais goût affirmé, Darrow se met au niveau de sa cible et envoie du pâté. L’histoire est simple: le Shaolin Cowboy est en très mauvais état et va devoir se tapder deux derniers adversaires pour en finir: un cochon géant ninja dont le Cowboy a tué la mère et le Big Boss, le crabe shaolin, décité à se venger… Comme l’histoire on s’en fout, elle pourrait bien continuer éternellement comme nous l’indique la fin. Bref.

Si cet album se suit plus facilement que le second, il est un poil décevant niveau combat arès un meurtre de vautour digne du héros. Car Darrow a surtout envie de se défouler sur une Amérique dépeinte comme un immnse tas d’immondices parcouru par des enseignes de magasins de cul et habité par des beaufs tatoués et bardés d’armes. Tout est dégueulasse sur ces planches toujours monstrueuses de détails… Le grand n’importe quoi se poursuit donc mais en un poil moins classe que sur le premier où les chorégraphies avaient sommes toutes de la gueule! Ici l’amusement vient de la critique omniprésente pour un pays qu’il rejette en masse et à la grosse Bertha. Du coup les Comic The Shaolin Cowboy: Who'll Stop the Reign? issue 2derniers combats semblent un peu futiles par rapport à ce qu’on a pris dans les dents jusqu’ici. Alors ok le cochon est énorme et lance des pets toxiques (oui, oui!) et S.C. joue du nunchak’ avec deux clébards aux pattes en couteaux (hum…), mais question action Darrow a fait mieux.

On ne peut pourtant pas dissocier cette trilogue superbement éditée par Futuropolis et mise en couleur par Dave Stewart tant chaque volume reflète à la fois une envie de l’auteur et revêt un aspect très différent. Les amoureux du graphisme et de la radicalité de l’auteur prendront un immense plaisir à parcourir cette odyssée (Darrow parle de ballade sur la longue interview qu’il a donné au site 9° art et que je vous invite vivement à lire pour comprendre le personnage). Les moins fans pourront donc en rester au premier tome déjà bien foutraque et, donc, le meilleur.

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***·BD·Guide de lecture

Lastman cycle 2 (#7 – #12)

BD de Balak, Vivès, Sanlaville
Casterman (2013-2019), env. 200p./vol., série finie en 12 volumes.
Un album préquelle Lastman Stories est paru en 2018. Une série animée Netflix est également disponible (1 saison)

[Atention Spoilers!]

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Cela fait dix ans que Richard Aldana croupit dans les cachots de la vallée des rois. Dix ans que Marianne a été tuée et qu’Adrian a disparu. Dans ce nouveau monde Paxtown est devenue une ville respectable dirigée d’une main de fer par le maire Tomie Katana et la vallée des rois est devenue une tyrannie où la justice est devenue expéditive après la réactivation de la Garde royale. Aldana a l’art de se trouver au mauvais moment au mauvais endroit. Lorsqu’on le fait évader ce nouvel équilibre va rapidement voir surgir le feu et le sang…

mediathequeCe second cycle est un sacré pari tant il est dissocié du premier par une ellipse temporelle assez vertigineuse de dix ans, qui rebat tout ce que nous avons pu découvrir précédemment. Comme en forme de reboot, on démarre très fort avec un premier volume situé essentiellement dans la Vallée et l’on retrouve le constat fait sur les tomes passés: c’est ce contexte qui développe l’intrigue la plus dramatique, la plus solide, la plus intéressante.

LastMan -9- Tome 9Après un sérieux passage à vide sur le tome huit franchement inintéressant en forme de soap basé sur les retrouvailles des personnages, on repart de plus belle en mode feu d’artifice et surtout avec les réparties terribles d’Aldana! Car ce personnage est décidément une belle réussite d’anti-héros qui parvient à apporter à un genre qui a transformé ces personnages en archétypes assez banals. Résolus à surprendre à chaque instant en prenant le lecteur à contre-pied, les auteurs accentuent le côté looser du héros qui ne cesse de s’attirer les foudres de tout le monde avec sa propension à se trouver au pire endroit au pire moment, victime d’injustices à répétition. Mais le barbu à la couenne solide même si l’on prend pitié pour ce pauvre gars bien sympa et bien moins égoïste qu’il ne veut bien le faire croire…

Le problème de ce cycle c’est qu’à force de ruptures on en vient à casser un rythme pourtant redoutablement efficace. Ainsi tous les deux volumes un changement de narration rompt l’itinéraire inéluctable vers un grand n’importe quoi apocalyptique. Ce que j’avais apprécié sur le débilissime Fléau vert de Sanlaville (tout seul) se confirme ici avec du shoot de zombie, du fight de prisonniers évadés, des dragons, des vaisseaux volants, des hommes en jarretelles ou en slip, des barbus, encore des barbus, un peu de cyborg… et toujours cette dynamique folle dans l’action grâce à une technique de dessin d’une immense maîtrise. Le tome dix se consacre à un gros flashback, pas inintéressant hormis le fait d’être narré d’une seule traite, mais adoptant un effet estompé qui n’est pas moche en soi mais qui sur cent-cinquante pages est un peu lassant visuellement. Le double album final (avec cette sympathique couverture séparée en deux parties) reprend dans une Vallée des rois infernale où tout le monde est mort ou presque et une nouvelle réalité est apparue. En ayant laissé la bande d’Aldana presque deux volumes avant on se retrouve un peu perdu. Le grand méchant caché est apparu et le combat final survient, tenant toutes ses promesses bien que l’on ait par moment l’impression d’une improvisation scénaristique avec des deus-ex machina qui passent parce qu’on est dans une série B-Z et parce que le talent brut est là mais qui donnent un peu un sentiment de facilité.Lastman T12 par LABANDEDU9 - La bande du 9 : la communauté du 9ème art

Loin de moi l’envie de laisser une mauvaise impression sur ce second et dernier cycle d’une série inclassable, iconoclaste, qui si elle est bourrée de défauts a pour elle une sympathie et une entièreté d’artistes qui font joujou en pariant que leur amusement sera communicatif. Lastman a les qualités de ses défauts, à savoir l’aspect foutraque, le grand magasin rempli de tout ce qui plait à ces garçons. La perte de Marianne est un vrai gros point noir dans ce cycle et clairement les meilleurs passages sont autour du héros quand le retour d’Adrian est assez transparent et décevant. Si l’émotion du début de cycle fonctionne, elle s’estompe à mesure qu’on perd de vue Aldana et Adrian.  Non que les histoires de magiciens noirs ne soient pas intéressantes mais disons que cela devient plus banal que ce que nous ont proposé les auteurs jusque là. Si vous avez adoré le premier cycle vous pouvez sans soucis continuer, le plaisir (et les personnages!) reste là. Si l’aspect déstructuré du premier cycle vous a chagriné il n’est pas forcément nécessaire de continuer, l’histoire pouvant absolument se passer de sa prolongation.

***·BD·Nouveau !·Un auteur...

Sang royal (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale d’une des dernières séries de Jodoroswky, magnifiquement mise en image par Liu Dongzi, je vous propose de relire ma chronique de la série:

BD de Jodorowsky et Dongzi Liu
Glénat (2010-2020), 2 cycles de 2 tomes parus, 54p. par album.

Je remercie les éditions Glénat qui m’ont permis de lire la version numérique du dernier tome de la série.

badge numeriqueLe projet original comprenait deux albums, suite à quoi un second cycle a été publié avec sept ans d’attente entre le troisième et le quatrième. Le premier cycle suit donc la tragédie d’un roi incestueux et le second sa descendance destinée à le tuer…

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Le roi Alvar est un conquérant né qui ne tolère pas la défaite. Semblant enfanté des dieux, il va pourtant tomber sous le coup d’une malédiction après la trahison de son cousin. Indomptable, soumis à aucune morale, Alvar prendra femmes et enfantera pour la gloire de son titre et peut-être pour l’amour véritable. Mais le monde des hommes est plein de duplicité et c’est en croyant suivre son destin qu’il ira à sa ruine. Découvrez la légende d’Alvar, le roi mendiant, le plus grand d’entre les grands…

Cette courte série qui aura attendue longtemps sa conclusion, sans doute en raison de la flamboyance graphique du chinois Liu Dongzi, est au cœur de l’œuvre de Jodorowsky, vieux maître qui n’en finit plus de nous proposer son univers fait de sang et de sexe, une œuvre sans morale, blasphématoire, provocatrice. Il y a les adeptes de Jodo et ceux qui le fuient, las de ses outrances sanglantes, de sa fascination pour les mutilations, pour les relations incestueuses et les amours impossibles. La profusion de séries BD qu’il a créé se répète bien entendu… mais ne serait-ce que par-ce qu’il a un vrai talent pour attirer de grands dessinateurs et transposer dans différents contextes ses obsessions, il arrive souvent à nous transporter dans son monde, avec plaisir.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""On retrouve beaucoup de choses déjà vues dans Sang Royal. La force de la série (outre donc des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres) c’est sa concision et sa cohérence. Conçue comme un drame en deux actes (pour chaque cycle), la série nous présente la sauvagerie du roi, prêt à tout pour assouvir ses envies dont un amour improbable avec une paysanne va enclencher l’engrenage infernal qui le mènera à sa perte à la toute fin. Si le premier diptyque est assez sobre question fantastique et se concentre sur les relations incestueuses d’Alvar avec sa fille, le second voit poindre des créatures surnaturelles et gagne en héroïsme guerrier. L’ensemble reste très homogène y compris graphiquement malgré l’écart entre le premier et le dernier album.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Ce qui m’a plu également c’est l’absence totale de d’autocensure de Jodorowsky, qui assume de montrer ce qui doit être, de façon moins malsaine que dans certaines saga (les Méta-Barons pour le pas les citer). Les scènes de sexe sont élégantes, les batailles sont des boucheries réalistes et rapides, les mutilations sont soit racontées soit intégrées à l’histoire avec un rôle central pour la suite. L’œuvre de Jodo n’est pas pour les fillettes et Sang Royal n’échappe pas à la règle. Le sang et l’épée siéent parfaitement à cette histoire sans héros, où le mythe s’incarne dans la force brute et où le roi tout puissant se trouve victime de ses pulsions amoureuses en considérant ses enfants avec bien peu d’égard. C’est également une série épique avec un art du dessinateur pour raconter les combats entre corps parfaits. Cet auteur est fascinant dans son radicalisme… Série graphiquement superbe avec un dessin qui esthétise l’horreur en l’atténuant, Sang Royal est surprenante en ce que jamais l’on ne sait ce que le scénariste va imposer à ses personnages. Étonnamment méconnue, elle mérite d’être découverte en attendant peut-être une prochaine collaboration avec le prodige Liu Dongzi.

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***·Manga·Nouveau !·Service Presse

Once and future #1

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Comic de Kieron Gillen, Dan Mora et Tamara Bonvillain (coul.)
Delcourt (2020) – BOOM Studios (2019), 134p., série prévue en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

L’album comporte une galerie de couvertures originales (absolument superbes) reprenant le même thème du reflet et un lexique des personnages de la Geste arthurienne afin de s’y retrouver dans une trame un peu touffue et très référencée. cgvoqkyavy

Briggette McGuire s’ennuie profondément dans sa maison de retraite. Lorsqu’elle apprend l’assassinat d’un archéologue sur un chantier, elle file à l’anglaise retrouver son cher petit-fils Duncan pour reprendre une mission qu’elle n’aurait jamais dû arrêter: la chasse aux monstres. Car l’attentat cache le vol d’un artefact à même de ramener une sombre force dont la légende est racontée dans la Geste du roi Arthur…

Once And Future (2019-) Chapter 2 - Page 16Parmi les surprises de cette fin d’année, surgit cette trilogie à la parution très récente puisqu’elle remonte à moins d’un an dans le décidément exceptionnel catalogue de BOOM Studios, déjà à l’origine du génial Skybourne de Frank Cho… qui s’avère très proche dans l’esprit, de ce Once and Future. Le scénariste a plutôt bossé chez Marvel et sur des indé un peu cracra et a plutôt bonne réputation comme The wicked+the divine. Mais le gros plus de l’album est le Costa-Ricain Dan Mora qui avait déjà fait forte impression sur Klaus, variation sur la légende du père Noël et qui propose ici des planches de toute beauté et génialement colorisées par Tamara Bonvillain. Outre les dessins il y a deux bonnes idées pour ce pitch de départ: lancer une mamie super bad-ass qui tchatche sans arrêter de botter des culs de monstres et démons, et retourner le mythe arthurien pour surprendre en donnant des rôles inattendus aux différents protagonistes. Le concept est connu, de faire d’un gentil connu un méchant et de révéler au lecteur que ce qu’on lui a raconté jusqu’ici n’était que contes pour enfants… Ca marche plus ou moins ici. Plus car sur un concept plutôt action et déconne on ne se chagrine pas trop d’une trame un peu facile couvant des ficelles généalogiques assez touffues. Depuis les premières pages qui balancent le gentil petit-fils rugbyman mais conservateur de musée dans les griffes d’une absurde chimère sortie d’on ne sait où on déroule une poursuite du méchant sans guère de répits ni trop le temps de réfléchir si cela a queue ou tête. Le pitch est lancé tôt, le méchant (au design terriblement réussi!) révélé et le scénariste nous balade de Review – Once And Future #1 (BOOM! Studios) – BIG COMIC PAGEportail en portail vers un monde parallèle d’où ne doit surtout pas s’échapper le croque-mitaine (sur le même schéma que le Empress de Millar). Le moins est que la coloration arthurienne devient assez vite un prétexte sommes toutes sympathique mais qui semble assez artificiel. Il faudra voir à la lecture de l’ensemble du triptyque si la suite sait élever une véritable intrigue, le cliffhanger final est pour le moment assez efficace pour laisser le bénéfice du doute. En écho à un scénario qui ressemble beaucoup à un Mark Millar, très fort pour lancer un pitch mais un peu creux dans le fonds, les planches de Dan Mora sont à la fois superbes quand il s’agit de dessiner des personnages, de designer les costumes ou de nous faire rire aux expressions faciales de la famille McGuire, en même temps que franchement vides pour les décores et paysages. En utilisant l’artifice du monde parallèle habillé de couleurs psychédéliques et tout en ombres il s’économise des arrière-plans qui n’en sont pas moins vides. C’est un peu dommage du coup car les planches semblent à moitié remplies et abaissent la qualité générale. Les séquences d’action sont également vaguement décevantes car assez vite expédiées en semblant hésiter entre la vraisemblance (le petit-fils n’a rien d’un action-man!) et le bad-ass total qu’assumait, lui, tout à fait franchement Cho dans sa version de la renaissance arthurienne, le jouissif Skybourne. Et on ne peut pas Once And Future #4 — You Don't Read Comicsaccuser pour le coup le dessinateur, Mora étant tout à fait capable de rivaliser avec le maître sur un album de BD. Il ressort à la lecture de ce premier tome l’impression que les auteurs n’ont pas vraiment su comment développer leur idée de départ ou n’ont su prendre le temps de développer une belle grosse BD non tenue par un rythme de parution classique. A la fois enthousiasmant par plein de côté et frustrant par l’écart entre ce qui pourrait être et ce qui est livré, Once and Future m’a laisse le sentiment mitigé d’un album sur les freins dont les grosses ficelles ne sont pas suffisamment compensées par de bonnes grosses scènes d’action boom-boom. La relation verbale entre les personnage, très réussie ne suffit pas dans un projet taillé pour l’action. Skybourne 1 – Once and Future 0. Suite au prochain épisode… note-calvin1note-calvin1note-calvin1
***·Manga·Service Presse

Egregor #1-4

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Manhwa de Jay Skwar et Kim Jae Hwan
Meian (2019-2020), 2010 p./volumes, Nb et couleur, 5 volumes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour leur confiance.

Egregor est le reboot de l’adaptation en manga du roman fantasy de l’auteur  français Jay Swar. Une première série Egregor est sortie en 2017 avant ce Reboot avec le dessinateur coréen de la version manga de Warcraft. C’est donc un Global Manga, type d’édition particulière qui voit des auteurs français publier des manga en France ou asiatiques publier nativement chez des éditeurs français (confirmant le poids du marché manga dans notre pays!). Après le Tsugumi project de chez ki-oon, c’est donc Meian qui sortait comme son premier titre cette saga de fantasy très originale. Le projet inclut un « journal de Foa » sur internet, comprenant déjà 185 pages et visant à détailler l’univers d’Egregor en prolongeant la lecture volume par volume. Excellente idée transmedia qui démontre l’ambition et le travail passionné du scénariste.

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Le monde de Soteria est marqué par les « Moissons » lors desquelles des villes et villages entiers sont massacrés par les Faucheurs, guerriers impitoyables et inarrêtables. Un corps de chevaliers, les Egides, a été constitué pour protéger les populations de ce fléau. Lors d’une de ces moissons Foa un jeune forgeron et ses amis assistent à un évènement inhabituel et réchappent au massacre. Ils vont bientôt être emmenés pour être formés au sein des différents corps de combattants de Soteria pour assurer la relève…

Très étonnante série qu’Egregor, dont les illustrations de couverture absolument sublimes sont parmi les plus remarquables des étalages des librairies de manga! Il est surprenant que la série ne soit pas plus connue tant elle se démarque de ce à quoi on a l’habitude dans le secteur manga. Orienté vers un public d’adolescents (je ne parlerais toutefois pas de Shonen), Egregor reprend une esthétique empruntée à la fois aux RPG de jeux vidéo japonais, à l’univers de la Fantasy et à l’animation. Le scénariste explique dès les premiers tomes qu’il a été marqué par Game of Thrones, ce qui se ressent à la fois dans l’ambition du projet mais aussi dans son aspect sombre et complexe. Au sortir des quatre premiers volumes je dois dire que si le premier tome est un peu confus du fait de la plongée sans avertissement dans les effets des pouvoirs des Egides, la complexité des dialogues et la profusion de personnages et lieux géographiques rendent la lecture plutôt passionnante et concentrée sans jamais ressentir une influence trop voyante du modèle. Lire la suite « Egregor #1-4 »

****·Comics·Nouveau !·Un auteur...

The shaolin cowboy #1-2

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Comic de Geoff Darrow
Futuropolis (2020) – Burlyman (2004-2007) – Dark Horse (2015-2018), 2/3 albums parus.

L’histoire éditoriale de cet OBNI est aussi complexe que le dessin de son auteur… Le premier volume de cette édition a été publié chez Burlyman avec une traduction chez Panini en 2008-2009). Le second volume correspond à la suite directe publiée chez Dark Horse (2015). Le troisième volume (à paraître) intitulé « qui arrêtera leur règne? » est également paru chez Dark Horse en 2017. Les éditions reliées des trois volumes sont parues chez Dark Horse (le premier après les deux autres…) et correspondent à cette édition Fututopolis. Le premier volume a été nominé aux Eisner Awards pour la meilleure nouvelle série, meilleur dessinateur, meilleure couleur. Darrow a obtenu un de ses trois Eisner sur ce tome comme meilleur auteur réaliste.

L’édition proposée par Futuro est franchement royale avec de magnifiques volumes au papier épais et du contenu additionnel. Cela aurait été parfait su l’éditeur avait eu la bonne idée d’un texte explicatif au premier volume aidant le suivi sur les trois tomes. On est un peu abandonné dans le cerveau fou de Darrow

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Le Shaolin cowboy parcourt les terres désertes d’une Amérique réactionnaire, déchue et parsemée de créatures improbables. Sur son mulet à casquette bavard et équipé d’un arsenal improbable, il affronte tout ce que le monde fait de timbrés et de démons… pour sauver sa vie. Et la philosophie on y pensera plus tard…

SNEAK PEEK: Darrow's Original SHAOLIN COWBOY Back in Print | 13th ...Geoff Darrows appartient à une mouvance d’illustrateurs nés au mauvais endroit! Avec les Richard Corben (Grand prix d’Angoulême 2018), Simon Bisley et ses peintures barbares dantesques qui ont influencé notamment Olivier Ledroit, l’italien Liberatore , la mouvance ultra-réaliste trash japonaise, et plus récemment les albums d’Eric Powell il fait partie des auteurs en liberté totale dont l’amitié avec Moebius n’est pas anodine tant son travail semble tout droit sorti du magazine Métal Hurlant. Son nom est sorti du cercle des initié en 1999 lorsque les sœurs Wachowski l’embauchent avec les yeux de Chimène pour mettre en place l’univers visuel et le storyboard des films Matrix. Quand on voit la finesse de son travail on les comprend…

Ce double album (j’y reviens) est un trip sous acide, un mélange entre le artbook déchaîné d’un auteur maniaque, le storyboard détaillé d’un film d’animation qui n’existe pas et une grosse farce sacrément gonflée. Ne cherchez pas de message, de sous-texte ou je ne sais quelle vision! Geoff Darrow utilise son Shaolin Cowboy pour latter du gang dégénéré, du zombie, du requin géant et du cadavre possédé… Vaguement frustrant du fait de la structure totalement apocalyptique du « récit », l’ouvrage est d’une générosité graphique folle car l’auteur ne connaît pas la contrainte. Ainsi le second volume, outre un texte de trois pages relatant des évènements potentiellement précédents et une nouvelle de soixante pages en fin d’ouvrage, reprend le récit au travers d’une sidérante séquence de démontage de zombie sur… cent pages! Cent pages muettes de baston virtuose, le plus long plan séquence de l’histoire du cinéma qui n’en est pas un, bref, quelque chose de jamais vu et qui ne sera certainement jamais refait. Gonflé, d’une précision diabolique, un peu lassant au bout de cinquante pages, mais quelle expérience!

Shaolin Cowboy #01 by Geof Darrow | Fumetti

Si le second volume est donc dispensable hormis pour les fana de Darrow et les collectionneurs, le premier est un délire totalement foutraque qui enchaîne les dialogues absurdes avec des personnages débiles à l’aspect surréaliste avant d’entamer des hostilités où le Shaolin cowboy fait parler sa technicité au combat en découpant des tranches de cou au katana, expulsant un cœur d’un coup de paume ou donc entamant une danse mortelle armé de son bâton à double tronçonneuse… Tout au long de la lecture on est sidéré autant par le grand n’importe quoi permanent que par le détail des Le Shaolin Cowboy T3 : Dans les entrailles de la ville (0), comics ...immenses planches qui nous donnent parfois le sentiment d’être dans un album « Où est Charlie » pour adulte. Car Shaolin Cowboy est pour les âmes solides et les adeptes du mauvais goût (il est étonnant que Fluide Glacial n’ait pas cherché à éditer ces ouvrages tant ils correspondent à l’esprit sale gosse de l’éditeur).

Le sourire aux lèvres et émerveillé à la fin du premier tome on est franchement frustré à la fin du second. Le troisième tome à paraître semble beaucoup plus narratif, proche du pamphlet contre l’Amérique de Trump et fidèle au premier. L’éditeur a choisi une étrange stratégie de publication  en deux fournées (les tomes 1 et 2 puis le trois) avec bien peu de communication qui ne facilitera pas la transmission au public d’une œuvre qui nécessite d’être accompagnée. J’espère avoir un petit peu contribué à cet accompagnement tant l’œuvre de Darrow mérite que l’amateur de BD s’y intéresse et tant on a rarement vu un album aussi généreux. Si vous aimez l’esprit Fluide, si vous aimez les zombies, si vous aimez Tarantino, si vous aimez les Monthy Python… foncez!

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***·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Les 7 ninja d’Efu #4-5

Salut, à tous! Exceptionnellement pas de C’est lundi cette semaine. En remplacement, une fournée de manga et comics très récents (et franchement WTF!) grâce à nos partenaires,  avec les derniers Teenage Mutant Ninja Turtles et Rick &Morty de chez Hicomics, le dingue Shaolin Cowboy et on terminera la semaine avec un nouveau guide de lecture sur le cycle de Shaïgan de Thorgal et le dernier Dr. Stone!

Allez, on commence tout de suite avec la suite de l’étonnant 7 Ninja d’Efu proposé par Meian.

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Manga de Takayuki Yamaguchi,
Meian (2019-), 190 p./tome, 5 tomes parus en VF (9 en VO).

Les volumes comprennent en introduction un résumé et un sommaire des chapitres et des cycles, qui aide bien à s’y retrouver dans cette histoire aux coupures sèches entre les parties. Je vous renvoie au billet sur le début de la série pour la description physique des volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour leur fidélité.

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  • Tome 4:

Efu no Shichinin - Raw chap 25, Read Efu no Shichinin - Raw chap ...On termine l’intrigue commencée sur les îles Ryukyu situées à l’extrême sud de l’archipel japonais avec la trahison du seigneur fou Hideyori Toyotomi qu’une armée est venue sauver. Soumettant son ancien allié (et désormais considéré comme un « chien » à d’atroces sévices, il provoque la naissance d’un nouvel (et dernier) Onshin. Comme depuis le début, la description physique de certains personnages, le nombre de ceux-ci et le rythme très rapide de l’histoire fait que l’on peut avoir du mal à distinguer certains protagonistes et s’y perdre un peu. Il faut donc rester vigilants malgré des planches tournées vers l’action et à la lecture rapide.

Le volume démarre ensuite le « cycle des guerriers légendaires et des démons » où l’apparition d’un ronin légendaire va simplifier l’histoire, plus linéaire et plus facile à suivre. Son affrontement contre un démon rattaché à une chrétienne va occuper le reste du tome. Comme depuis le début, âmes sensibles s’abstenir, l’auteur fait œuvre de grande cruauté et de manipulations corporelles que ne renierait pas David Cronenberg…

  • Tome 5:

Efu no Shichinin - Raw chap 25, Read Efu no Shichinin - Raw chap ...Ce volume comprend la fin du récit du guerrier Musashi (l’histoire la plus simple et la meilleure jusqu’ici) et continue sur deux chapitres traitant de l’armure géante Burokken. L’aspect « mecha » par les différentes armures et carapaces d’Onshin prend de l’importance et accentue l’originalité de cette étonnante série dont la complexité narrative ne doit pas cacher une vraie création artistique, parfois sensiblement influencée par Berserk. L’aspect organique des dessins, très en phase avec un pan de l’imagerie manga et les magnifiques couvertures couleurs donnent une vraie particularité à une série qui demande un peu de patience, le temps que l’intrigue se mette véritablement en route.

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