***·BD·Rétro

Le fléau vert

BD de Michael Sanlaville
Casterman (2012), 150 p. format comic relié. One-shot.

couv_161657On commence une semaine « animation » avec un OBNI sous amphet’ signé Michael Sanlaville. L’idée remonte à ma lecture du Mécanique Celeste de Merwan et des liens graphiques très forts entre une troupe d’auteurs passés par l’animation et dont le dessin respire une énergie de mouvement très intéressante. Il n’est pas surprenant que certains lecteurs crachent sur des planches qu’ils considèrent comme pas finies. L’envie de ces auteurs est de créer une dynamique permanente en s’éloignant souvent des canons techniques d’anatomie ou de perspective. Déformant leurs formes, créant des effets de caméra improbables ils cherchent à rendre l’effet des métrages d’animation sur papier. Ce n’est pas toujours heureux car si un dessin d’intervale peut justifier ses libertés par son association avec l’animation globale, sur un dessin fixe cela peut paraître exagéré. Un peu punk sur les bords, la troupe assume sa culture et se jette dans des projets pas franchement grand-public et qui parviennent parfois à le devenir. Je commence donc cette semaine spéciale par ce Fléau vert, nanarissime histoire tout droit sortie d’une mauvaise VHS section SF des années 70…

La prophétie de la Grande plante s’est réalisée: surgie des profondeurs de la terre, une racine cannibale a dévoré la totalité du genre masculin, laissant la Terre  gouvernée par un régime matriarcal autoritaire dirigé par Hildegarde. Les deux derniers survivants, le macho Murphy et le gamin Abdou, vont devoir faire équipe avec un transexuel et une bonne sœur pécheresse pour mettre à bas le régime de Hildegarde et la menace du Fléau vert…

Résultat de recherche d'images pour "fléau vert sanlaville"J’avais découvert Michael Sanlaville sur le très bon premier tome du Rocher rouge où j’avais pu apprécier son identité nanaresque et son approche graphique exagérée. Rencontré à l’occasion d’un salon de BD j’ai tenté l’aventure du Fléau vert en attendant de démarrer Lastman. Je savais à peu près le style de BD que j’avais sous la main mais j’avoue avoir été passablement surpris par la liberté totale et l’énergie de cet album que l’on imagine réalisé rapidement tant le dynamisme transpire chaque page que l’on imagine mal ciselée laborieusement. A l’inverse de Gatignol sur les Ogres-dieux et ses décors flamboyants, Sanlaville prépare ici ce qu’il fera sur la série à succès LastMan en tirant vers la simplification du trait dans la suite de Bastien Vivès.

La séquence d’introduction mets KO comme savent le faire les séquences rapides des films d’animation. Ne s’embêtant pas de superflu, l’auteur rend pourtant chaque case parfaitement lisible (ce ne sera pas toujours le cas sur l’album) avec une maîtrise technique qui permet de suggérer un décors ou une mécanique par quelques traits. L’utilisation de floutés en premiers plans illustre la culture ciné et une profondeur de champ Résultat de recherche d'images pour "fléau vert sanlaville"que la BD classique permet rarement. Si le Manga a apporté le mouvement à la BD, ce type d’albums montre que l’on peut briser l’image fixe par la suggestion. Le principe du cinéma.

Passé ce choc on découvre une histoire totalement déglingue avec tous les poncifs du nanar: le savant-fou moustachu à l’esthétique issue de la culture homo et maniant la tronçonneuse, un héros blond, très Blond, roulant en 4X4, une chaste bonne-soeur très sexy ou un hélicoptère de combat soviétique…  Dès les premières scènes l’irruption parfaitement gore de la plante cannibale qui bouffe les parties génitales des hommes en les coupant en deux pose le décors. L’auteur se fait plaisir en mettant tous ce qu’il a envie de dessiner sans soucis de cohérence particulier. On nous raconte une histoire dont on n’a que faire et vole de bulle en bulle dans des dialogues tantôt marrants de dixième degré tantôt jouant de typographie pour produire des textes-onomatopées. Bref, un gros lâchage bien sympathique. Attention, c’est une BD de garçon, rempli de hordes de filles nues, de bite, de sperme, de bave et de sang. La modération, Michael Sanlaville ne connait pas et c’est tant mieux. Je remarque souvent dans mes chroniques que le plaisir éprouvé par les auteurs à réaliser leurs albums se ressent à la lecture, quelle que soit la qualité de l’histoire ou des dessins. C’était le cas du Ramirez de Petrimaux ou du Streamliner de ‘Fane (en beaucoup plus travaillé). C’est le cas ici, dans toute la démesure et l’efficacité du dessin. Si quelques passages semblent néanmoins mal raccrochés avec la fuite de Murphy et ses copains, l’auteur parvient même à proposer une fin étonnamment pertinente, réfléchie, cohérente après ce grand n’importe quoi. La preuve qu’un auteur inspiré peut partir en vrille tout en restant parfaitement lisible.

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***·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Les 7 ninja d’Efu #1-3

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Manga de Takayuki Yamaguchi,
Meian (2019-), 190 p./tome, 4 tomes parus en VF (8 en VO).

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour cette découverte.

L’édition est magnifique avec de superbes couvertures sur chaque tome, qui attirent vraiment l’œil et donnent envie de plonger dans cet univers barbare et sensuel. La jaquette comporte un effet brillant sur le titre. Le résumé de l’album est compris en quatrième de couverture et un résumé des épisodes précédents sur le rabat. Certains termes japonais (nombreux dans la série) sont expliqués en notes de bas de page. Les volumes se terminent par des pub pour les autres publications de Meian. Rien à redire, du travail éditorial très propre.

L’histoire commence avec le shogunat Tokugawa dont le fondateur décrète l’extermination de tous les samuraï rattachés à l’ancien régime. Des milices sanguinaires sont envoyées dans les campagnes pour dénicher toute personne, homme, femme, enfant relié de près ou de loin aux Toyotomi. A travers le Japon, différents guerriers tués par ces chasseurs se voient réincarnés en démons-guerriers dotés de terribles pouvoirs…

Résultat de recherche d'images pour "yamaguchi 7 ninja d'efu"Comme la plupart des mangas de Bushido il faut s’intéresser à la culture et l’histoire japonaise pour bien apprécier cette nouvelle série fantastique. Non que l’objet de l’auteur soit une véracité historique stricte, les 7 ninja d’Efu est avant tout une série fantastique parlant de démons, de pouvoirs et de combats impressionnants de créatures s’éloignant souvent d’un réalisme humain. L’approche est donc historico-mythologique et si le point de départ prends son origine dans un événement majeur de l’histoire de l’archipel (l’ère Edo qui mène du XVI° au XIX° siècle et l’isolement total), l’univers est résolument magique, ne serait-ce que dans le comportement des corps que le mangaka se plait à torturer et à soumettre à des traitements extrêmes (dépeçage vivant, découpages en règle et explosions,…). Que les héros soient des Ninja Onshin (guerriers-démons vengeurs) ne limite pas ces traitements atroces aux créatures fantastiques. Dans ce monde les guerriers du Bakufu (gouvernement militaire du Shogun) sont dotés d’armures pas très éloignées de celles des Chevaliers du Zodiaque et certains simples humains sont dotés d’une force ou d’une résistance permettant de briser une lame de katana avec son crane nu…

Résultat de recherche d'images pour "7 ninja d'efu"Le graphisme est étonnant, un peu daté années quatre-vingt mais très fouillé avec une très faible utilisation de trames, remplacées par des hachures très sophistiquées et une attention portée sur les objets, armes et armures. L’auteur est perfectionniste et on peut dire qu’il y a un sacré boulot graphique. On aime ou pas ce style extrême mais ça reste très plaisant visuellement. Les couvertures sont magnifiques et font regretter que tout le manga ne soit pas en couleur pour nous aider à distinguer la multitude d’éléments des dessins. C’est très fouillé avec une attention particulière de l’auteur aux tissus très décorés de motifs élégants, ce qui permet une vraie originalité. Le point faible est les personnages dont l’expressivité est assez limitée et la physionomie plus que caricaturale. C’est volontaire et fait référence au théâtre populaire traditionnel japonais fait d’outrances. Pour qui a l’habitude de lire des mangas vous ne serez pas surpris.

Résultat de recherche d'images pour "7 ninja d'efu"La complexité des termes, noms et organisations politique et géographique nous perdent un peu, comme souvent dans les mangas de genre Bushido. Il faut rester accroché, d’autant que l’aventure avance assez vite. L’auteur semble très intéressé également par l’utilisation du folklore et contes légendaires du Japon, ce qui permet de découvrir un peu plus cette culture si étrange. La structure des premiers tomes consiste à présenter la mort très gore des fameux ninja d’Efu et leur renaissance, en même temps que l’apparition des plus gros méchants (Au terme des trois premiers volumes cinq ninja d’Efu sont apparus).  Je dis « plus gros » car en seulement trois volumes on a un nombre de morts des deux côtés de l’affrontement assez phénoménal, et bien malin est celui qui peut dire qui sera un personnage récurent ou juste un méchant de passage. Tous semblent dotés d’une puissance phénoménale… avant de mourir en une case. Vous l’aurez compris, les 7 ninja d’Efu tranche sévère et fait partie des mangas très violents où l’auteur s’arrête longuement sur les supplices perpétrés par les abominables suppôts du Shogun. Dans la foulée, les scènes de nu virant parfois au Ecchi absurde (comme ce démon androgyne qui découpe ses victimes… avec son membre!). C’est un tout et si l’exagération vous dérange il vaut mieux passer votre chemin. Ce serait pourtant dommage car ce démarrage attire l’attention par bien des aspects et il faut reconnaître à l’auteur la sincérité de son projet.Résultat de recherche d'images pour "7 ninja d'efu"

Réservé à un public de garçons un peu initiés à un pan violent de la culture manga, les 7 ninja d’Efu donne envie de poursuivre, ne serait-ce que par-ce qu’à ce stade l’histoire a à peine commencé. On devine des combats dantesque à venir entre créatures increvables. En se concentrant un peu sur une histoire qui devrait se structurer vous prendrez un plaisir un peu burlesque a suivre les trouvailles anatomiques et guerrières de Takayuki Yamaguchi.

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Un auteur...

Sang royal

BD du mercredi
BD de Jodorowsky et Dongzi Liu
Glénat (2010-2020), 2 cycles de 2 tomes parus, 54p. par album.

Je remercie les éditions Glénat qui m’ont permis de lire la version numérique du dernier tome de la série.

badge numeriqueLe projet original comprenait deux albums, suite à quoi un second cycle a été publié avec sept ans d’attente entre le troisième et le quatrième. Le premier cycle suit donc la tragédie d’un roi incestueux et le second sa descendance destinée à le tuer…

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Le roi Alvar est un conquérant né qui ne tolère pas la défaite. Semblant enfanté des dieux, il va pourtant tomber sous le coup d’une malédiction après la trahison de son cousin. Indomptable, soumis à aucune morale, Alvar prendra femmes et enfantera pour la gloire de son titre et peut-être pour l’amour véritable. Mais le monde des hommes est plein de duplicité et c’est en croyant suivre son destin qu’il ira à sa ruine. Découvrez la légende d’Alvar, le roi mendiant, le plus grand d’entre les grands…

Cette courte série qui aura attendue longtemps sa conclusion, sans doute en raison de la flamboyance graphique du chinois Liu Dongzi, est au cœur de l’œuvre de Jodorowsky, vieux maître qui n’en finit plus de nous proposer son univers fait de sang et de sexe, une œuvre sans morale, blasphématoire, provocatrice. Il y a les adeptes de Jodo et ceux qui le fuient, las de ses outrances sanglantes, de sa fascination pour les mutilations, pour les relations incestueuses et les amours impossibles. La profusion de séries BD qu’il a créé se répète bien entendu… mais ne serait-ce que par-ce qu’il a un vrai talent pour attirer de grands dessinateurs et transposer dans différents contextes ses obsessions, il arrive souvent à nous transporter dans son monde, avec plaisir.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""On retrouve beaucoup de choses déjà vues dans Sang Royal. La force de la série (outre donc des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres) c’est sa concision et sa cohérence. Conçue comme un drame en deux actes (pour chaque cycle), la série nous présente la sauvagerie du roi, prêt à tout pour assouvir ses envies dont un amour improbable avec une paysanne va enclencher l’engrenage infernal qui le mènera à sa perte à la toute fin. Si le premier diptyque est assez sobre question fantastique et se concentre sur les relations incestueuses d’Alvar avec sa fille, le second voit poindre des créatures surnaturelles et gagne en héroïsme guerrier. L’ensemble reste très homogène y compris graphiquement malgré l’écart entre le premier et le dernier album.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Ce qui m’a plu également c’est l’absence totale de d’autocensure de Jodorowsky, qui assume de montrer ce qui doit être, de façon moins malsaine que dans certaines saga (les Méta-Barons pour le pas les citer). Les scènes de sexe sont élégantes, les batailles sont des boucheries réalistes et rapides, les mutilations sont soit racontées soit intégrées à l’histoire avec un rôle central pour la suite. L’œuvre de Jodo n’est pas pour les fillettes et Sang Royal n’échappe pas à la règle. Le sang et l’épée siéent parfaitement à cette histoire sans héros, où le mythe s’incarne dans la force brute et où le roi tout puissant se trouve victime de ses pulsions amoureuses en considérant ses enfants avec bien peu d’égard. C’est également une série épique avec un art du dessinateur pour raconter les combats entre corps parfaits. Cet auteur est fascinant dans son radicalisme… Série graphiquement superbe avec un dessin qui esthétise l’horreur en l’atténuant, Sang Royal est surprenante en ce que jamais l’on ne sait ce que le scénariste va imposer à ses personnages. Étonnamment méconnue, elle mérite d’être découverte en attendant peut-être une prochaine collaboration avec le prodige Liu Dongzi.

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Muertos

BD du mercredi
BD de Pierre Place
Glénat (2020), 149p., one-shot.

couv_381406badge numeriqueOn continue la semaine avec une histoire américaine après Le serpent et la lance, le nouveau pavé aztèque de Hub, je vous invite au Mexique zapatiste pour une nouvelle histoire de zombies par un auteur qui a tout à fait digéré les codes de ses prédécesseurs…

Dans l’hacienda les bourgeois festoient… pendant que les contremaîtres cuvent leur vin… et que les peon meurent. Dans le Mexique du XX° siècle naissant les morts se révoltent conter une injustice sociale terrible et mettent à bas une nation. Mais s’agit-il bien de morts? Un groupe de survivants entame une fuite éperdue devant la vague de mort, pendant laquelle l’humanité de chacun est questionnée et les faux-semblants tombent…

Résultat de recherche d'images pour "muertos place"Encore une découverte graphique avec cet album d’un dessinateur passé par les Arts décoratifs (encore un!) qui propose avec Muertos ce que j’attendais d’un Dominique Bertail (leur style est très proche) depuis longtemps. Étonnante idée que celle d’une histoire de zombies dans un contexte mexicain. Si ce cadre aurait très bien pu être placé ailleurs, l’utilisation du contexte social (sociétal) pour développer l’intrigue correspond entièrement à l’essence du projet romérien. Georges Romero, dès le film qui a créé le genre, la Nuit des morts vivants, a pour objet d’interpeller la société, ses valeurs et ses (des)équilibres sociaux. Ce n’est pas le fait de montrer des attaques de morts qu’il a inventé comme genre mais celui d’utiliser l’invasion inexplicable et inexpliquée pour briser les codes, les constantes de la société dans une approche sulfureuse et politiquement incorrecte. Hormis le premier film du réalisateur jamais on n’explique l’origine du phénomène et cela n’a (presque) jamais intéressé les repreneurs du sujet. Ainsi the Walking dead marche sur ce chemin à l’inverse de World War Z qui travaille un background qui éloigne l’oeuvre du projet de Romero.

Résultat de recherche d'images pour "muertos place"Pierre Place se situe donc bien dans le sillage du maître en ce que dès les premières sections (l’album est découpé par des titres mettant le focus sur un groupe ou un moment) il traite des relations amoureuses sans lendemain, des mœurs honteuses des riches, de la misère des peons, bref, de tout ce qui fait la société et permettra de créer des tensions dramatique dans la course effrénée devant l’avancée biblique des morts. Ce qui est intéressant dans cette variation c’est qu’on doute assez vite de la nature de ces « calaveras« : si leur aspect est indéniablement morbide, décharné, plusieurs éléments tentent de nous expliquer une cause rationnelle, tantôt maladie, tantôt émeute paysanne,… La galerie de personnages est suffisamment fournie pour permettre (autre constante des histoires de zombies) des pertes régulières sans que l’on n’ait jamais l’assurance de qui va durer et qui va tomber. Le dessinateur est du reste étonnamment sobre dans la démonstration de gore, laissant souvent au second plan les massacres. De l’action il y en a bien, avec notamment le chef des contremaîtres qui aurait tout du héros si ce n’était un salaud de la dernière espèce. Un salaud d’un autre type que les autres, plus violent, plus primaire, mais finalement pas bien pire que l’ensemble des autres humains engagés avec lui dans la survie. Place n’utilise pas ce prétexte pour nous le rendre sympathique ni proposer un côté badass. Il préfère rester dans la zone grise et un peu déstabilisante d’un spectateur qui ne sait décidément pas où le mène cette odyssée sanglante.

Résultat de recherche d'images pour "muertos place"Graphiquement on est donc dans une école plutôt humoristique, proche de Fluide glacial, mais ici dans un dessin assez réaliste où la technique transparaît de toute évidence et où la grosse pagination laisse la place à l’auteur de faire admirer ses encrages profonds (on est dans une bichromie avec un gris très agréable) et par moment des visions hyper-graphiques en ombres chinoises. Le niveau de détail est impressionnant et l’on imagine la quantité de boulot qu’a du représenter un ouvrage si volumineux. Les aperçus n’en donnent pas une très bonne idée mais cet album est une très grande réussite graphique, du niveau d’implication d’un Shagri-la.

Je ne connaissais pas du tout cet auteur qui réussit sans aucun doute son grand œuvre ici avec ce vrai western grand public d’action intelligente qui maintient sa qualité jusqu’à une conclusion peu évidente mais très cohérente. Si j’adore la culture pulp j’ai tendance à considérer les histoires de zombies comme un peu dérisoires notamment du fait de leur absence de background et de leur destinée circulaires. Pierre Place est parvenu à m’accrocher tout le long par un travail de ses personnages, une générosité dans les sujets et une qualité de dialogues et de dessin remarquables. Ma première excellente lecture de l’année.

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Maestros #1

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Comic de Steve Skroce
Hi Comics (2019) – Image (2018), 167 p. 1 volume paru, série en cours.

badge numeriquecouv_357320Le Maestro et toute sa famille ont été massacrés après la libération du plus dangereux démon enfermé par celui qui était le plus puissant sorcier de l’univers. L’héritier est un fils humain, banni il y a des années. Le problème c’est que le Maestro était une ordure, un tyran, macho, dominateur, imbu de sa personne, et que son fils le déteste…. Une révolution des pratiques se prépare dans les différents mondes où cet humain désormais doté de pouvoirs absolus a bien l’intention d’appliquer les utopies politiques humaines à un univers basé sur la force… 

Steve Skroce n’a pas une très longue biblio, ayant fait ses armes chez Marvel et du storyboard de cinéma (notamment sur Matrix!) avant de partir sur de l’indé qui semble bien mieux lui convenir quand on voit le plaisir qu’il a à insérer des scènes gores et vaguement chaudes dans ses planches. Avant Maestros il a dessiné avec Brian K Vaughan une uchronie où les USA envahissent le canada. On saisit déjà l’amour des renversements.

Résultat de recherche d'images pour "skroce maestros"Comme dessinateur Skroce s’en tire plus qu’honorablement, livrant des dessins assez classiques (on pense parfois à du Frank Quitely) mais très propres techniquement et très au-dessus de la moyenne des dessins de comics. Le gars sait tenir un crayon et se permet des expérimentations formelles en habillant ses pages un peu à la manière d’un Olivier Ledroit. Car son univers est basé sur les codes de la Fantasy avec magiciens à chapeau pointu, dragons, ogres et monstres en tous genres. C’est assez cliché mais c’est voulu, afin de créer un clivage entre ces images de contes et un langage très fleuri, des exécutions tout sauf douces et un univers noyé dans la violence, la force brute et le sexe.

Du coup, si l’univers est vraiment sympa (même s’il reprend pas mal l’idée de décalage d’un Millar sur Jupiter’s Legacy), une fois passés les premiers chapitres vraiment réussis, on tombe progressivement dans une pseudo histoire d’amour un peu mièvre et irréelle au regard de l’univers et du projet. Plusieurs fois on se dit que l’auteur va nous balancer une chute destabilisante pour constater qu’il ne s’agit bien que d’une banale vengeance du vizir contre son sultan… on a connu idée plus novatrice.Résultat de recherche d'images pour "skroce maestros"

Du coup ce premier tome d’une série annoncée commence de façon tonitruante pour finir assez sagement, comme si Skroce avait oublié en cours de route qu’il était dans du comic indé adulte et n’avait plus à se censurer. Un peu dommage tant l’ouvrage commence sous de très bons auspices tant graphiques que scénaristiques en se livrant à de très joyeux et nombreux massacres bien rouges et bien réalistes que tous les amateurs de films d’horreur apprécieront. Résultat de recherche d'images pour "skroce maestros"On se marre pas mal sur les dialogues de sales gosses, profite des jolis dessins et se demande quel sort galactique le Maestro et ses adversaires vont s’envoyer à la tronche. Construit en allers-retours entre la nouvelle vie du héros et son difficile et douloureux apprentissage, le comic se lit assez rapidement et avec plaisir. Il est juste dommage qu’il arrive après un certain Jupiter’s Legacy dont la comparaison en nombre d’idées et de radicalisme n’ira pas en faveur de l’ouvrage de Steve Skroce. Ce n’est pas honteux tant le maître est haut et de nombreux auteurs ont fait les éloges de cet album clairement au-dessus de la moyenne mais qui n’est pas non plus le choc que certains ont annoncé. Peut-être que la suite sera plus délirante encore, c’est tout ce qu’on peut souhaiter à cette série.

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****·Cinéma·Manga·Nouveau !

Visionnage: Alita, Battle angel

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Comme beaucoup j’étais très sceptique à la sortie de cette adaptation du célèbre manga Gunm (l’un des premiers sortis en France par Glénat dans les années 1990, à l’époque d’Akira, Appleseed et autres Dragonball) tant, de mémoire, aucune adaptation live de manga n’a jamais été faite suffisamment sérieusement pour mériter un visionnage. Les noms de Robert Rodriguez et de James Cameron à la production ne suffisaient pas pour justifier une adaptation réussie et le débat sur les yeux surdimensionnésyeux surdimensionnés de l’héroïne à la sortie n’ont pas aidé à donner plus envie que cela.

Résultat de recherche d'images pour "alita battle angel movie concept art"Pour rappel, le manga Gunm (intitulé Alita, Battle Angel aux Etats-Unis) se déroule sur trois séries: Gunm, Last Order et Mars Chronicles. Le film de Rodriguez, en développant assez largement le background (bien plus que le premier manga il me semble) semble vouloir s’orienter vers une saga reprenant l’univers global de la BD et c’est la première bonne nouvelle. Le manga d’origine proposait une version très trash de Rollerball en mode cyberpunk avec des cyborg dans un univers où la limite entre robot et humain est bien faible et où toute morale organique a disparu. L’ambiance glaçante du manga se retrouve étonnamment dans ce film grand public où les deux auteurs (réalisateur et producteur) ont recherché une grande fidélité avec le matériau d’origine en aucunement une transposition dans des codes susceptibles de plaire au public nord-américain.Image associée C’est la second réussite du film. Si l’on reste sur l’intrigue du premier arc avec ce tronc semi-humain reconstruit par le professeur Edo, génie de la robotique et déchu de la cité haute de Zalem, et qui devient la plus redoutable des chasseuse de prime et joueuse de Motorball. La quantité de sujets issus plus ou moins directement du manga est impressionnante pour un film d’action et la gestion du rythme est à ce titre assez impressionnante, en parvenant sans ennui, sans ventre mou, à lier l’ensemble, sans frustration et avec une grosse envie de découvrir plus. La troisième réussite du film est de dépasser visuellement le manga (je n’ai personnellement jamais accroché avec le style du mangaka) avec un univers, certes tout à fait numérique, cohérent, un jeu des acteurs convaincants et une tension dramatique qui n’a pas l’artificialité de beaucoup de films à images de synthèses. Pour un métrage porté par une actrice numérique c’est un sacré succès et une nouvelle preuve que WETA est la meilleure compagne d’effets spéciaux du monde.

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Le box-office a très logiquement abouti à un semi échec directement issu de cette ambition artistique: les américains ont boudé le film, le reste du monde s’est laissé tenter. Les journalistes cinéma envisagent difficilement une suite facilement négociée avec les studios mais plutôt une possibilité selon les envies de James Cameron (qui porte le projet depuis de très nombreuses années) après le pactole que ne manqueront pas de rapporter les suites d’Avatar. On ne peut donc qu’attendre avec frustration tant personne n’attendait rien de ce projet et tant ce film a montré qu’avec de la passion et un respect créatif (contrairement à la citation qu’a été le Ghost in the shell de Rupert Sanders) une adaptation de manga est possible. Sachant qu’un certain Akira est en production…

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Tremen/ The world

BD du mercredi
  • The world: Valentin Seiche – Kinaye (2019), 88 p. monochrome.bsic journalism
  • Tremen: Pim Bos -Dadrgaud (2019), 64 p., monochromebadge numeriquebsic journalism

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Hasard des publications, deux ouvrages étranges sont parus à quelques semaines d’écart, avec de grandes similitudes à la fois graphiques et dans la démarche de leurs auteurs. Deux prises de risque des éditeurs également puisque nous avons affaire à des albums ayant vaguement la forme de BD mais sans texte (ou quasi) et adoptant une narration qui rappelle plus l’art-book que la BD. Pas évident de trouver son public et super occasion que de voir ces objets hybrides. Qu’est-ce qu’on a donc?

Résultat de recherche d'images pour "tremen pim bos"Dans les deux cas il s’agit de projets d’illustrateurs, le français Valentin Seiche pour The World, le néérlandais Pim Bos pour Tremen. Tous deux travaillent dans l’animation et cela s’en ressent par l’importance du seul graphisme pour installer une atmosphère. Dans The World une petite narration pose le récit d’une guerre ancestrale entre robots et magiciens et de l’évolution du monde depuis, alors que Tremen (qui signifie « passage ») est totalement muet. Pour ce dernier la post-face de Marc Caro incite à aller voir le court métrage Ghozer de l’auteur… qui ne vous en apprendra pas beaucoup plus pour la simple raison que l’album édité par Dargaud vise avant tout à illustrer des visions graphiques dans un univers cohérent. Et c’est en cela qu’il est intéressant. Beaucoup de com’ a été faite sur une pseudo-filiation avec l’Arzach de Moebius. Personnellement je ne vois pas l’intérêt de ce parallèle tant l’itinérance surréaliste et muette n’a pas été inventée par le dessinateur de l’Incal. Il est certain que Metal Hurlant a influencé Pim Bos, comme toute une galaxie d’illustrateurs qui publient chaque jour sur internet des foules d’images fabuleuses mais le projet est bien de donner vie au monde intérieur de l’auteur.

Résultat de recherche d'images pour "tremen pim bos"Il est indéniable que le trait de l’auteur est fort, dans une tonalité grise, mettant en scène une galerie de créatures biomécaniques où la thématique du vers, de la torture et de la violence froide ne sont pas absents. J’ai trouvé l’album plus soft que le court-métrage, plus accessible bien qu’il ne soit pas destiné à tous les yeux. Je ne pense pas qu’il faille chercher de sens à cette pérégrination d’un humanoïde avec sa monture (l’insertion de Hopper dans ce monde montre de simples envies graphiques qui n’ont pas nécessairement de raison d’être), et l’on peut s’interroger sur le format BD (comme pour Zao Dao du reste). Je pense que l’éditeur aurait pu proposer un bel ouvrage au format à l’italienne donnant de la place pour découvrir cet univers fascinant. Il n’est pas nécessaire de beaucoup d’intrigue pour faire une BD et il aurait suffi d’un peu de travail d’écriture à Pim Bos pour donner une véritable histoire à son Tremen. L’auteur a préféré reprendre le format des courts-métrages d’animation et du coup c’est un peu frustrant.

Résultat de recherche d'images pour "seiche the world"Valentin Seiche lui fait un peu le chemin inverse puisqu’il début son monde par des cartons très explicatifs sur des images puissantes de guerre entre créatures mécaniques gigantesques et châteaux tortueux. Là aussi la vision est très inspirante et l’on sent l’influence forte des jeux vidéo dans la conception des planches en vue aérienne comme des cartons de personnages placés à la fin de l’ouvrage. Progressivement la narration disparaît pour laisser la place à quelque chose de plus difficile à suivre à mesure qu’il mets en scène des humains, dans un dessin qui rappelle beaucoup Singelin et son PTSD jusque dans le cadrage et le découpage. On est alors dans l’influence manga. Les cartons finaux font remonter l’intérêt en nous laissant penser que son projet pourrait donner lieu à d’autres albums puisqu’il parle de plusieurs époques d’évolution technologique jusqu’au Steampunk, confirmant l’esprit worldbuilding des jeux vidéo.

Chacun à leur façon, avec des techniques très différentes et l’envie de faire travailler le lecteur, Seiche et Bos proposent de fascinantes lucarnes sur des univers lointains, souvent durs et froids, sans doute en réponse à leur époque. On touche à la fois à la liberté totale du graphiste et aux limites de l’absence de récit. Pour le fan d’imaginaire et de graphisme que je suis, ça suffit à me satisfaire et je me dis que cela aura pu être un premier pied à l’étrier de la BD pour ces jeunes auteurs. Doivent-ils adopter ce média particulier et exigeant? Pas certains, beaucoup de dessinateurs se sont cassés les dents en perdant leur sève créatrice. Nous verrons dans les années à venir mais il est certain que l’imaginaire est infini et fascine toujours.Résultat de recherche d'images pour "valentin seiche the world"

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