East & West·Manga·Rapidos·Service Presse

Sanctum

esat-westMagna de Boichi et Masao Yajima
Glénat (2012), série finie (5 volumes).

Lu en numérique grâce à Iznéo.

150597_cJ’ai découvert Boichi avec Sun-Ken Rock puis Wallman, et chacune des traduction de ses publications (tout récemment Dr. Stone) donne lieu à un gros engouement. Il faut dire que le coréen possède un style graphique très alléchant et puissant.

Sanctum, série courte, propose une immersion dans le monde de l’ésotérisme eschatologique chrétien et toute l’iconographie fantastique que cette mythologie recouvre: conspiration de sectes occultes dans un contexte d’arrivée de la Fin des Temps… Le cadre est classique chez Boichi: une jeune japonaise voit sa famille mourir devant ses yeux et se retrouve liée avec un démon (aux courbes loin d’être démoniaques…) par un pacte. Ce premier volume à la progression complexe (plusieurs sauts dans le temps entre le récit directe et des récits secondaires de certains personnages) est plus dans la comédie familiale naïve typique de Boichi que dans le fantastique. Pourtant l’on a déjà quelques fulgurances visuelles de l’auteur et l’environnement général est en place en attendant de comprendre quel va être le rôle de l’héroïne: un trio d’amis (le blond voué au célibat, le brun marrant, la fille orpheline), une société multinationale impliquée dans l’armement, un démon qui fait commettre des crimes à des hommes faibles, une organisation secrète liée au Vatican et une secte organisant des orgies mystiques…

Ce volume est donc une mise en place mais suffisamment accrocheuse visuellement et thématiquement pour donner envie de lire la suite, surtout que l’on ne part pas pour une série fleuve. Pour ceux qui ne connaissent pas Boichi ça peut être une bonne porte d’entrée: des personnages caricaturaux, un humour visuel appuyé en même temps que des séquences très réalistes et belles, un peu de baston et quelques courbes féminines. L’album est en outre agrémenté de quelques pages finales expliquant quelques termes « techniques » autour de l’Ancien Testament et les éléments mystiques autour des prophéties millénaristes.

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East & West·Manga·Numérique·Service Presse

Ajin, semi-humain #1

East and west

Manga de Tsuina Miura et Gamon Sakurai
Glénat (2015) – ed. japonaise Kodansha (2012). 228 p., 11 volumes parus (série en cours).

couv_250672Les couvertures des albums (assez ternes mais très homogènes) m’avaient attiré l’œil et j’avais mis ce titre de côté (je lis peu de manga et j’essaye de sélectionner vraiment la qualité). A l’occasion d’une critique pour Iznéo j’ai sauté le pas et c’est une excellente surprise. D’abord par la rapidité de l’introduction: en moins de 10 pages l’on sait qu’il y a sur terre des Ajin, humains ressuscités que les Etats tentent de récupérer afin de les étudier. Le Japon en a trois et fait des expériences barbares sur eux. Un jeune lycéen perd la vie et se révèle un Ajin, désormais en fuite avec l’aide de son ami d’enfance…

Alors que nombre de BD et de Manga mettent plusieurs volumes à faire durer le suspens, rarement une série m’avait aussi rapidement et pédagogiquement immergé dans son background. Le premier volume nous a déjà installé dans une poursuite entre le héros, des agences gouvernementales, des factions d’Ajin, les pouvoirs que l’on découvre progressivement, etc. De même, les manga tournent souvent autour du seul japon; ici dès les premières pages l’on nous parle de cette course entre nations pour avoir ses Ajin et en découvrir les secrets. Le contexte de fonds est à la fois clairement révélé mais garde bien certains mystères évoqués. Le lecteur n’a pas la crainte d’une intrigue au long cours tant les événements et les informations s’enchaînent, sans aucune difficulté à les digérer. Je dois dire que par ce traitement à la fois frontal, conspirationniste et à la divulgation d’info maîtrisée me fait fortement penser à X-files. Les auteurs ne tournent pas autour du pot puisque le lecteur connaît le pitch. Celui-ci est donc balancé en quelques planches pour s’attaquer directement au développement de l’intrigue. Je trouve ça super agréable!

 

Résultat de recherche d'images pour "ajin tome 1"Ajin nous présente donc une intrigue classique mais que personnellement j’adore: certains humains ressuscitent et se trouvent dotés de pouvoirs. L’on comprend que loin d’être un petit nombre, beaucoup n’ont pas été repérés par les autorités et s’organisent dans l’ombre d’une guerre entre factions dans une guerre occulte. La réflexion sur l’attitude des humains qui ne cherchent que gloire et argent en « attrapant un Ajin » permet d’élever le manga au-dessus du simple fantastique. Très vite se pose la question de qui est humain et qui ne l’est pas, les actes rendent-ils humains, tout le monde n’est-il pas un Ajin en puissance?Résultat de recherche d'images pour "ajin tome 1"

Les dessins sont standards dans le genre manga mais plutôt de bon niveau, notamment au niveau des mouvements (peu étonnant vu le média). Je scrute régulièrement les séries manga à succès et suis rarement accroché par ce que j’en lis. Ici je comprends le succès de cette série qui sait se sortir de la masse des publications. Si vous aimez le fantastique et les conspirations cela devrait vous plaire.

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BD·Rapidos

Lord of burgers

Pour garder une homogénéité au thème de ce blog (l’imaginaire et le graphisme) sans oublier les lectures moins glorieuses, je vais désormais publier des billets courts sur mes lectures, notamment prises en bibliothèque. Ça permettra d’être plus exhaustif.

Lord of Burgers c’est une série (plutôt pour ado) en 4 tomes d’Arleston et Barbucci (en directeur créatif: entendre « coach de jeunes illustrateurs qui n’en veulent »… puis en illustrateur principal sur les tomes 3 et 4). Un grand chef est assassiné alors que son fils bosses dans le burger pour le faire ch… et sa fille se passionne pour les lames japonaises. Ils se retrouvent contraints de reprendre le resto pour faire face aux dettes. En somme l’histoire du film « Ratatouille » mais en BD.LORD OF BURGER T01NEW[GL].indd.pdf

Et donc? Ben c’est sympa et original et se déguste plus comme un bon hamburger que comme un repas trois étoiles. On est en plein dans l’humour manga à base de grimaces et d’exagérations too much. Le dessin est correcte sans plus et l’arrivée aux crayons de Barbucci ne rehausse en rien la qualité (qui reste homogène sur les 4 volumes). L’esprit jeune branché est clairement destiné aux ado et l’on imagine plus cette série en lecture d’été dans Lanfeust Mag qu’en tirage de tête précieux dans votre bibliothèque. Une bonne lecture de bibliothèque en somme.

East & West·Manga

Ascension

East and west

Manga de Shin’ichi Sakamoto (dessin) et Yoshio Nabeta (scénario)
Editions Delcourt (2008-2011)17 volumes .

113598_cCe manga de taille raisonnable est édité en France par la collection Manga de Delcourt. La qualité reste celle du manga (pour le prix du manga…) mais la BD est agrémentée dans chaque volumes de cahiers vraiment intéressants puisqu’ils consistent en un lexique de termes d’escalade et d’une interview d’un alpiniste japonais chevronné. L’intérêt de ce manga résidant justement dans sa fidèle description de l’univers de l’alpinisme, pour le coup c’est du bonus qui ne fait pas gadget comme souvent chez les éditeurs de manga. Sinon, le découpage du dessinateur étant assez aéré, l’on a une impression d’espace fort agréable lorsqu’on lit les aventures de Buntaro Mori.

Ascension est un Seinen et prends pour point de départ la découverte de l’escalade par un lycéen solitaire et la révélation qu’elle lui procure. Mori a un don pour l’escalade et l’on va très vite quitter l’univers du lycée pour celui, adulte et professionnel, de l’alpinisme, avec son esprit de compétition et de dépassement de soi. Le récit décrit l’évolution psychologique de ce garçon aux capacités exceptionnelles et ses difficultés à entrer dans le monde des adultes.

kokou_no_hito_2182375Ma connaissance des manga reste basée sur les grands chefs-d’œuvre de Masamune Shirow et Kastuhiro Otomo et je découvre progressivement les bonnes séries qui se rapprochent des habitudes du lecteur  de BD franco-belge. La plupart des Manga sont l’œuvre d’un seul auteur et le fait qu’Ascension soit une adaptation littéraire et créé par un duo scénariste-illustrateur n’est sans doute pas pour rien dans l’attrait de la série. S’il est certain que le trait de Shin’ichi Sakamoto est particulier, à la fois terriblement élégant et parfois très dur dans les élans fantasmagoriques que l’on peut également trouver dans sa série sur la révolution française, l’intérêt principal réside dans la précision chirurgicale de l’univers des grimpeurs. Le trait est extrêmement technique sur les très nombreuses cases présentant du matériel de montagne. Les visages androgynes sont plus coutumiers des manga et donnent un côté exotique à une histoire qui aurait parfaitement pu être racontée depuis l’Europe.

477549kokounohito2228781Cette série est une véritable découverte, à la fois graphique et scénaristique. La France est le second marché du Manga et il faut en profiter vue la richesse et la variété de ce qui est disponible. Ascension est une vraie bonne série (l’un des meilleurs manga que j’ai lu) qui dépasse largement la BD de consommation que l’on trouve dans pas mal de manga.

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Fiche BDphile

 

East & West·Jeunesse·Manga

Jaco, the galactic patrolman

East and west

Akira Toriyama
Glénat (2015)
(version japonaise Shueisha 2013)

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L’ouvrage est au format manga avec lecture dans le sens original, sur une relativement petite pagination de 247 pages. Une jaquette reprenant la couverture et la quatrième équipe l’album. L’histoire est découpée en 11 chapitres plus un épilogue faisant la liaison avec la série Dragonball. L’impression est faite en Italie. Sur la fabrication rien à redire, c’est de la qualité manga (moyenne), mais l’impression reste de grande qualité et les traits et trames diverses du studio de Toriyama ressortent parfaitement.

Cet album sorti tardivement (presque 20 ans après la fin de parution de la série phare) propose une introduction douce à l’univers d’Akira Toriyama et à celui de Dragonball. L’on retrouve tout ce qui fait la force de l’auteur: l’humour décalé, la qualité du trait et des arrières-plans, le dynamisme et l’esprit d’amitié entre les personnages. L’on se prend ainsi à redécouvrir la précision des cases et un certain classicisme de Toriyama dans le découpage contrairement aux lacérages d’un Shirow par exemple. Et si les mangaka ont l’avantage de travailler en studio, la rectitude de tous les éléments architecturaux et perspectives rappelleront aux auteurs et éditeurs occidentaux que la BD reste un art total qui ne se limite pas aux personnages…

L’histoire est assez anecdotique (même si l’on trouve une foule de clins d’œil à Dragonball suffisamment mystérieux pour attiser l’imagination) mais la lecture plaira autant aux jeunes découvreurs de Dragonball qu’aux fans de l’auteur désireux de découvrir ses œuvres mineures. A ce titre, Glénat assure son rôle d’animateur de l’édition manga en France en permettant une exceptionnelle distribution des œuvres majeures en français, sans démarche commerciale exagérée. Une rafraîchissante introduction à un monument de la BD mondiale.

Fiche BDphile

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Comics·East & West

Tokyo Ghost

East and west

Comic de Rick Remender, Sean Murphy, Matt Hollingsworth
Urban comics – Indies (2016) version US Image comics 2015

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Ouvrage au format proche du comics, compact, élégant reprenant les cinq premiers volumes des fascicules américains. On notera avec plaisir le délai très court de l’adaptation française par Urban, avec une traduction très correcte. La couverture de l’édition française reprend celle du cinquième volumes américain. L’ouvrage est imprimé en Roumanie. Un cahier de 18 pages de bonus est inclus à la fin, reprenant l’ensemble des couvertures américaines, des croquis sur la création du logo, celle des personnages, sur la mise en couleur (toujours fascinant!) et des biographies des auteurs. La quatrième de couverture indique une histoire en deux volumes, information toujours précieuse. C’est (comme souvent chez Urban) un très bon boulot d’édition.

Rick Remender est l’étoile du comics indépendant du moment, avec des séries comme Fear Agent, Low ou Black science. Les choix d’association graphique de l’auteur ont la particularité d’être particulièrement homogènes et de se rapprocher d’un style européen. Il en est de même des thèmes et traitements que l’on pourra qualifier de « crus »… Il ne s’agit absolument pas d’une BD pour enfants tant les auteurs n’assument aucune contraintes dans leurs souhaits scénaristiques. C’est trash, gore, directe, sans compromis… et très loin du puritanisme codifié des grands éditeurs américains. Un esprit européen à 100% Et on aime!

Les thèmes de Remender ne sont pas nihilistes comme on peut le lire. S’ils sont clairement très noirs, il ressort toujours une forte note d’optimisme. Une clarté forte dans un univers très noir en somme. Dans Tokyo Ghost, nous suivons le chemin sanglant de Led Dent, une sorte de super-tueur à moitié cybernisé et sa dulcinée »tech-free ». Ce duo improbable parcourt un univers cauchemardesque où TF1 a gagné et zombifié l’ensemble de la population devant des programmes télé omniprésents, hyperviolents et pornographiques. Toute ? Pas tout à fait. Au japon survivrait un havre vierge de toute technologie que la multinationale Flak ne tolère plus… L’ensemble de la BD tourne autour de cette dualité technologie/nature. L’idée rappelle le film Wall-E avec ses humains obèses vissés devant leurs écrans, mais dans un esprit plus qu’adulte cette fois. Si un Black science patinait un peu dans ses premiers volumes, le cheminement de ce premier volume de Tokyo Ghost est particulièrement bien équilibré (bien que très tourné vers les carnages) et laisse peu de regrets une fois la dernière page tournée. On attend la suite avec impatience.

Addendum juin 2017: Le second et dernier volume est sorti et confirme largement les espoirs mis dans cette série, la meilleure de Remender à ce jour selon moi. Il est rare d’avoir des séries US aussi courtes et maîtrisées. C’est radical jusqu’au bout et intelligent en diable. Du coup on est pas loin des 5 « Calvin » de notation…

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Fiche BDphile