BD·Service Presse·Nouveau !·Rapidos·**

Le troisième œil #2: le veilleur du crépuscule

La BD!
BD d’Olivier Ledroit
Glénat (2022), 144 p., série prévue en 3 volumes.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Ce second tome (sur trois) est l’exemple caricatural de ce que peut donner un dessinateur de talent en roue libre et sans contrainte ni d’un scénariste ni d’un scénario et repose la question du rôle de l’éditeur dans la cohérence d’un projet éditorial. Car ce Troisième œil ne semble pas être un projet éditorial mais uniquement une envie graphique. Situation étonnante lorsqu’on se souvient qu’après la trilogie Sha, Ledroit s’était aventuré sur une série SF post-apo en solitaire qui s’était arrêtée au tome un faute d’un lectorat suffisant et un parti pris risqué. Le troisième oeil tome 2 - BDfugue.comSérie injustement avortée qui jouissait d’une structure scénaristique très correcte, cette Porte écarlate fera peut-être réfléchir l’auteur alors qu’il entame le tome de conclusion d’une série où il aura mis pas moins de deux-cent pages avant de commencer son histoire. De mémoire de lecteur BD je n’ai jamais vu un tel phénomène (hormis sans doute en manga), qui risque fort logiquement de dissuader beaucoup de monde de s’aventurer sur une série aussi bancale. C’est bien simple, si le premier tome (de cent pages) correspond à l’ouverture d’un album généralement réglée en une dizaine de planches, le second met le même nombre de planches (certes très belles) à reproduire grosso-modo la même structure: une itinérance nocturne semi-psychédélique à contempler à travers son troisième œil le paris occulte et le voile surnaturel qui couvre notre monde. On pourra reconnaitre la tendre histoire d’amour qui donnera au héros un motif de se battre (les passages les plus solides au niveau de l’intrigue, les plus impliquant et, guère surprenant, les plus solides graphiquement) et des combats très brefs, avant de déclencher les personnages secondaires, l’enquête de police sur les cadavres étranges et les antagonistes quarante pages seulement avant la conclusion…

Cette chute très crue, lorgnant vers la radicalité d’un Requiem Chevalier-vampire, n’est certes pas fine (on aura oublié avec Wika combien Ledroit règne sur un monde de cuir gothique nihiliste) mais a enfin les atours d’une BD et donne envie de Preview] Le Troisième OEil T2 - Le Veilleur du crépusculedémarrer enfin cette série. L’avantage c’est qu’avec l’inflation vraisemblable on peut s’attendre à cent-cinquante voir deux-cent pages d’un combat chaotique grandiloquent qui peut suffire à sauver in-extrémis cette trilogie. Les cadres sont là et hormis l’interrogation du pourquoi des deux-cent pages perdues on est parés pour un gros ride sous acide bien gore, bien déviant, pour un apocalypse new-Age en grande pompe. Les quelques fulgurances de mise en scène et la liberté absolue de l’auteur peuvent laisser optimistes et la qualité indéniable des planches devraient suffire à trainer les réticents. Pour la cohérence générale et la place prise sur les étagères on demandera une immense tolérance. A ce stade on est donc sur le fil entre la possibilité d’une bonne série et l’achèvement d’un nanar psycho-ésotérique. Morale de l’histoire: l’équilibre scénariste-dessinateur est souvent justifié…

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***·BD·Mercredi BD·Rapidos·Service Presse

Jamais #2: le jour J

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BD de Duhamel
Grand Angle (2022), 54 p. one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

En 2019 on découvrait Madeleine, sorte de grande sœur des vieux fourneaux qui se retranchait dans sa maison au bord du précipice tels les gaulois d’Asterix. Après quelques albums revoilà la mamie que l’auteur Bruno Duhamel avait promis de venir retrouver. Alors comment relancer la machine maintenant que le point de fixation (la maison) était libéré et sans redondance? C’est bien là la question et la limite de cet album qui comme toute suite de ce qui n’était à l’origine pas prévu en série, trouve le risque de refaire le précédent mais sans la découverte.

Jamais (tome 2) - (Bruno Duhamel) - Comédie [CANAL-BD]Car pour la mécanique tout baigne: les dialogues sont toujours aussi mordants, les personnages juste ce qu’il faut de caricatural sans oublier le petit vernis d’actualité politique via cet opposant au maire tout droit issu du Rassemblement National. En perdant une part de l’absurde et de la mise en place, Duhamel compense par une dose d’aventure lorsque le maire, personnage central de l’intrigue, se retrouve à explorer des galeries dans la falaise en mode Club des 5 après un sauvetage branquignole d’une gamine forte tête. Le jour J du titre fait bien entendu référence au Débarquement et permet une liaison avec le mari décédé de Madeleine, avec une part d’histoire locale qu’a tout blède de France et, malin, de faire la liaison avec l’affreux facho de l’album, son crane chauve et son œil déviant. Graphiquement la colo est toujours aussi élégante et le trait semi-réaliste efficace même si le thème ne permet guère de « belles » planches comme ce fut le cas sur d’autres albums.

Chez Bruno Duhamel tout le monde en prend pour son grade, des babos aux jeunes technophiles (on l’avait compris dans #Nouveau contact_) et les maisons connectées. Le monde est peuplé de crétins et hormis les chats personne ne mérite beaucoup de compassion. C’est le point de vue de Madeleine et de son auteur. C’est souvent juste et très rigolo. On sent que l’auteur s’est fait plaisir, alors pourquoi bouder le notre?

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*****·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Valhalla hotel #3/3: overkill

La BD!
BD de Pat Perna et Fabien Bedouel
Comixburo – Glénat (2021), 54 p., série en trois tomes.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)Quatre pages. C’est le moment de calme pré-générique que vous accordent Perna et Bedouel avant un run final à fond sur le champignon. Quatre pages qui vous décrocheront une banane qui ne vous quittera pas tout le long tellement on nage dans une accumulation de tous les clichés débiles que l’on aime voir dans ces séries B en VHS qui font les plaisirs coupables du cinoche et de la Pop culture. Les deux auteurs ne vous épargneront rien (sauf Chuck Norris, désolé…) avec l’intelligence de limiter les vraies références à quelques gags en évitant la surenchère… si je puis dire. Car aussitôt la page de titre passée la technique de Fabien Bedouel explose littéralement à coups de KLASH, de FWOOM, de THUMTHUMTHUM et de KRAK. Tant qu’on friserait l’indigestion devant tant d’aberration si les séquences n’alternaient pas aussi vite que la rotation d’une Gateling.

Preview] BD Valhalla Hotel T3 : Overkill - GlénatComme on l’a vu précédemment ne cherchez pas d’explication au fait qu’El Loco cache son armurerie sous ses toilettes sèches ou que les nazis aient un mécha télécommandé dans leur base (pas de spoil, c’est sur la couverture): les auteurs en avaient envie alors ils l’ont mis. Comme son titre l’indique en double sens, ça défouraille à mort dans ce troisième Valhalla, ça explose pour un rien, les bagnoles sont rutilantes et font du bruit, les méchantes nazi sont sexi en combi, les agents du FBI s’appellent Johnson et à la fin les gentils gagnent. Les dessins et l’action auraient presque suffi à notre bon plaisir mais les dialogues s’en mêlent aussi, tordants de troisième degré. Car au Valhalla plus c’est énorme plus ça fait marrer et plus ça rend l’ensemble cohérent. Du coup ce riff est tellement généreux qu’il passe trop vite et n’a pas le temps de tout traiter, comme cette petite fille aux pouvoirs électriques qui reste sur le carreau avec une fin ouverte permettant heureusement une suite. Vu le plaisir communicatif que les auteurs ont pris à la réalisation je n’ai guère de doute que les aventures d’El Loco et Betty se prolongent un de ces quatre, probablement pas sous le même titre. Mais le monde regorgeant de nazis en planque en Amérique du sud, de soviétiques  infiltrés  et d’espions en tous genres, ce ne sera pas trop compliqué de nous dégoter quelque chose d’aussi fun!

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BD·Nouveau !·Rapidos·****

Tenebreuse #2/2

La BD!
BD de Hubert et Vincent Mallié
Dupuis (Air- Libre) (2022), 69p., 2/2 volumes parus.

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Isla est apparue sous sa forme monstrueuse à Arzhur et au monde. Obligés de fuir, les deux parias se retrouvent seuls dans une nature hostile. Que vont-ils faire, eux qui ne se connaissent même pas? Retourner sur les terres de la famille du chevalier? Peut-être. Au risque de devoir affronter un passé qu’il souhaiterait oublier, alors qu’une attirance impossible naît entre eux…

Comme je le disais sur la chronique du premier tome, quel dommage que d’avoir vu publiée cette fort belle (et sombre) histoire en deux parties alors que la pagination aurait permis un unique volume. Gageons que Air Libre ressorte rapidement une intégrale et en attendant maintenant que l’histoire est complète les lecteurs pourront la découvrir comme il faut.

Ténébreuse (tome 2) - (Vincent Mallié / Hubert) - Heroic Fantasy-Magie  [CANAL-BD]Car si le faux-rythme reste la marque de fabrique de Hubert, la dureté du propos, le pessimiste des destins de ces deux êtres seuls contre tout tiennent en haleine dans cette fuite en avant où les soupçons de bonheur naissants semblent rapidement voués au néant dans une forme de tragédie d’un amour impossible par nature. Les héritages familiaux semble inéluctablement condamner les deux amants. La belle est en réalité une bête, finissant par douter de l’impossibilité de toute relation humaine grâce à Arzhur, le passé du héros va finir de rompre ce qui est possible. Pour toujours? Il faudra lire l’album pour le savoir… 

Ce qui fonctionne mieux que sur la première partie c’est la complexité des itinéraires et des psychologies. Ainsi pris de pitié pour cette fille de démon on bascule ensuite dans une compassion pour ce pauvre guerrier pas si coupable au regard des mœurs médiévales et des comportements des autres protagonistes. Laissant la révélation (déjà vue) sur le tard, les auteurs parviennent à l’enrober d’un habillage qui fait oublier le classicisme. On peut dire merci à Mallié dont les dessins puissants et la mise en scène soignée donnent à cette histoire le cachet de l’élite.

Cette seconde partie ne change donc pas une intrigue peu originale mais en lui apportant le tragique qui manquait et appuyée sur des dessins de haute volée elle en fait une très bonne BD que les fans de Hubert hisseront au firmament et que les autres classeront dans les bonnes fantasy agréables à l’œil.

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****·BD·Nouveau !·Rapidos

Shi #5: Black Friday

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BD de Zidrou et Homs
Dargaud (2022), 56 p., Second cycle.

Jay et Kita sont les ennemis publics numéro 1 de l’Empire. Après les évènements des docks que tout le monde semble pressé d’oublier, elles ont entrepris un militantisme radical (que la bourgeoisie victorienne appelle Terrorisme), bâtissant une organisation clandestine appuyée sur les gamins des rues. Mais la police de l’Impératrice n’a pas dit son dernier mot…

Black Friday (par Zidrou et José Homs) Tome 5 de la série ShiRetour de la grande série socio-politique avec un second cycle que l’on découvre, surpris, annoncé en deux albums seulement. Reprenant la construction temporelle complexe juxtaposant les époques sans véritables liens, Zidrou bascule ensuite dans un récit plus linéaire et accessible où l’on voit l’affrontement entre la naissance du mouvement des Suffragettes  et la société bourgeoise qui ne peut tolérer cette contestation de l’Ordre moral qui étouffe le royaume. Les lecteurs de la série retrouveront ainsi les séquences connues, à la fois radicales, intimistes, sexy et violentes. Et toujours ces planches sublimes où Josep Homs montre son art des visages.

L’itinéraire de Jay et Kita se croise donc avec un échange épistolaire original à travers les années avec la fille de Jay, sorte de fil rouge très ténu qui court depuis le début sans que l’on sache sur quoi il va déboucher. L’écho contemporain bascule cette fois dans les années soixante (on suppose) où un policier enquête sur une disparition qui le mène sur la piste des Mères en colère. Pas plus d’incidence que précédemment mais l’idée est bien de rappeler que les évènements du XIX° siècle débouchent sur un combat concret à travers les époques.

Avec la même élégance textuelle comme graphique, Shi continue son chemin avec brio et sans faiblir. On patiente jusqu’au prochain avec gourmandise!

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**·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Lord Gravestone #2/3: Le Dernier Loup d’Alba

La BD!
BD de Jérôme Le Gris et Nicolas Siner
Glénat (2022), 55p., 2/3 tomes parus.

Attention spoilers!

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Zut, mille fois zut! J’ai une vraie tendresse pour Nicolas Siner, aussi talentueux qu’adorable et modeste et étais ravi de voir enfin arriver une nouvelle série aussi assumée dans le registre gothique. Malheureusement, si le premier tome réussissait parfaitement son entrée en matière entre fan-service vampirique et background travaillé, cet album charnière tome assez à plat en ne parvenant pas à relier l’introduction au combat final contre l’empereur du Mal. L’action tonitruante précédente laisse ici la place à une fort longue convalescence du héros Hauts-Loups d'Alba (Les) (par Jérôme Le Gris et Nicolas Siner) Tome 2 de lamordu une fois par Camilla la vampire qui cherche à se venger de sa lignée mais qui va commencer à douter de la malfaisance de ce chasseur de dentus. Outre un rythme qui oublie d’alterner révélations historiques, action et scène intimistes pour laisser dérouler une assez interminable romance dans un château en ruine, l’intrigue tombe dans pas mal d’incohérences logiques: des loups-garou du titre on n’en entendra finalement guère parler, de la redoutable vampire transformée en douce servante on a du mal à imaginer le cœur guimauve qui la fait désobéir à la loi de la Nuit,… Alors soyons juste, de belles idées surgissent comme cet état d’Incube en sursis entre l’état d’homme et celui de vampire et les dessins magistraux de Nicolas Siner qui nous plongent dans une Ecosse où le jour ne semble jamais se lever. C’est d’autant plus dommage que l’on voit bien où voulait en venir Jérôme le Gris dans un format ternaire en faisant de cet héritier lisse un héros tragique en rupture avec son héritage, en liant le bon et le mal. Mais il semble se prendre les pieds dans son déroulé, gardant sans doute trop pour le final ce qui aurait dû alléger la linéarité sur ce second tome. Rien n’est perdu puisqu’avec un joli matériau graphique comme thématique la pente peut être remontée sur le final. Surtout avec une conclusion qui replace un état dramatique nécessaire en rendant le héros soudain plus intéressant. Le rythme est décidément un bien dur exercice en matière de scénario…

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Manga·Nouveau !·Rapidos·****

Gannibal #7-10

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gannibal_t10_faceManga de Ninomiya Masaaki
Meian (2021) , 192p./volume, volume 10/13. Série terminée au Japon.

Sauvé in extremis par le prêtre, Daigo est plus déterminé que jamais à confronter « Lui », maintenant qu’il détient la marque de ses dents permettant de l’identifier. Alors que l’assaut final sur le clan Goto pour libérer les enfants commence, le nouveau chef de clan, Keisuke, doit louvoyer entre son amour pour la fille de Kano et sa fidélité au clan…

20220901_104750Grosse séquence rattrapage pour cette série qui, sortie assez confidentiellement chez un petit éditeur, créée par un nouveau venu dans le monde du manga, monte à chaque tome dans un succès d’estime qui commence à faire parler de lui. Et c’est mérité tant Ninomiya apparaît désormais comme un sacré maître dans la mise en scène manipulatoire. Il faudra compter sur lui dans les années à venir!

Alors qu’on approche de la fin les tomes 7 à 9 forment la fin d’une grosse séquence en engageant enfin résolument la grosse action attendue entre les forces de police et les Goto. Ainsi les trois tomes sont marqués par d’importantes phases d’action, fusillades et massacres bien gores, toujours décortiqués dans un montage atroce qui nous balance d’un personnage à un lieu ou un temps sans nous laisser de répit et toujours cette incertitude du qui/quand/où. Bien entendu les personnages que l’on croyait sécurisés ne le sont jamais vraiment et l’auteur se permet toujours l’introduction de nouveaux personnages, comme cette fliquette très coriace qui contre un temps les redoutables Goto, toujours aussi terrifiants dans leur négation de l’autorité de l’Etat. Cette approche de contestation brutale de tout ordre extérieur à leur propre clan les rend totalement imprévisibles, place une menace omniprésente et fait brillamment fonctionner le thriller.

20220901_104444Marquant ensuite une pause alors que l’intrigue est pratiquement conclue, l’auteur nous lance ensuite sur les derniers tomes de la série (à partir du tome 10 donc) dans un gros flashback sur l’origine du Mal et de la figure de Gin Goto dans sa jeunesse. Restant dans la même ambiance tortionnaire, Ninomiya change donc radicalement de cadre tout en créant des prolongements avec certains ancêtres des villageois ou des Goto qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à leurs descendants… On est un peu surpris de cet abandon des héros (… qui auront été finalement assez peu mis en avant par l’auteur qui les traite plus comme faire valoir de ses affreux) mais on marche à plein dans ces explications toujours cohérentes de cette tentaculaire histoire familiale. Il y a simplement à craindre que différentes intrigues secondaires soient un peu laissées sur le côté de la route d’ici la conclusion mais on frémit à la découverte de l’origine de « Lui » en attendant de voir comment le retour à l’époque principale va pouvoir malmener une dernière fois nos personnages, tant ces increvables Goto semblent impossibles à effacer de la surface de la terre…

A noter qu’alors que la série s’est terminée au Japon en début d’année, une série live est en cours de production au pays du soleil levant. Difficile d’imaginer qu’elle ne soit pas édulcorée (elle sera diffusée sur Disney plus…) mais attendons de voir. De là à rêver d’un film adapté par un David Fincher…

***·BD·Nouveau !·Rapidos

L’écluse

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BD de Philippe Pelaez et Gilles Aris
Grand Angle (2022), 64p., one-shot.

image-13Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance

Quelque part dans la campagne française de 1960 dans le village de Douelles les sangs s’échauffent alors que les cadavres s’additionnent dans l’écluse du simplet Octave. Entre rumeurs anciennes, secrets gardés et violence macho, le calme provincial nécessite de fouiller très profond pour arrêter l’hémorragie. Mais les deux policiers débarqués de Cahors sont tenaces…

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH976/planchea_448157-00410.jpg?1660158741Philippe Pelaez aime parler des petites gens, de ce peuple où médiocrité et bassesse allie le cœur et la détermination. On aura plutôt la première partie sur ce one-shot qui s’inspire des polar provinciaux où l’étranger (la police) vient mettre le nez dans des secrets locaux et tente de se confronter aux traditions et lois rurales. L’histoire et la politique ne sont jamais loin chez l’auteur comme lorsque les forts en gueulent proclament la création d’une milice plus à même de protéger « nos filles » qu’une police vue comme exogène. Le schéma est classique mais vrai et efficace.

La maîtrise de la narration est comme toujours réelle chez Pelaez. Pourtant si l’on est tenu en haleine tout le long du récit on ne peut que constater la trop grande linéarité d’un déroulé qui insiste sans doute trop sur les salauds du coin en hésitant entre la chronique sociale noire et l’exercice de style type Nympheas noirs. Du coup on attend le coup d’éclat, le retournement de situation, qui arrive bien tardivement et brutalement, sans transition. Peut-être empêtré dans les fils de son plan, le scénariste expédie ainsi sa chute trop brutalement, tant et si bien qu’on se prend à relire plusieurs fois les dernières pages pour être sur de ne rien avoir raté.

La partie graphique, si elle est elle aussi assez propre techniquement ne porte que trop peu le récit par ses gueules décousues, presque cubistes, donnant l’impression que les deux compères ont peut-être trop appuyé le trait de ces gueux. Alors oui l’atmosphère est pesantes, étouffante, mais les hésitations entre plusieurs styles, tant de graphisme que de scénario font qu’on reste, en reposant l’ouvrage, un peu dubitatifs quand à ce que l’on vient de lire. Les amateurs d’atmosphère et de communautés villageoises vénéneuses pourront y trouver leur compte mais pour le grand public cet album rate un peu le coche. Rare chez Philippe Pelaez.

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*****·East & West·Manga·Rapidos

Eden, It’s an endless world (perfect) #8

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BD de Hiroki Endo
Panini (2022) – 1998, 484 p./volume, 8 volumes parus sur 9 (1,5 tomes/volume).

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Il vaut mieux être à jour sur la série pour lire cet article!

L’exfiltration de Mana se poursuit lors d’un affrontement qui voit les forces redoutables du Propater et d’Elijah se neutraliser avec des dommages irrémédiables dans chaque camp. Bientôt l’IA Maya intervient, alors qu’une catastrophe mondiale se prépare, qui va bouleverser les équilibres…

Coup de coeur! (1)

Si vous ne l’avez pas encore compris Eden est un manga absolu, un miracle qui se hisse au-dessus de tout ce qui a été fait dans le pays de Tezuka. Pour que ce soit clair, à l’approche de la conclusion cette série dépasse par son ambition et sa réalisation Akira et tous les manga que je concevais comme des chefs d’œuvres…

Chapter 99 - Eden: It's an Endless World! - Manga1s.com - Read and download  Manga Online for Free!Je ne reviendrais pas sur les schémas narratifs de l’auteur qui continuent ici avec toujours autant d’efficacité pour me concentrer sur les thèmes de cet avant-dernier volume. Si on a largement abordé précédemment les déviances urbaines que sont la prostitution, les drogues et les mafias mais également les guerres civiles africaines, ici le scénario approfondit la question des religions en lien avec le concept d’IA et du Colloïde comme nouvelle entité de l’Evolution qui fusionne les questions de la singularité humaine et du rôle de Dieu.

Dans ce monde dévasté (et qui ne finit pas de l’être dans les mains de Hiroki Endo) Maya interroge plusieurs personnages sur le sens de leur vie comme entité individuelle et sur la proposition de fondre sa personnalité dans le collectif du Colloïde. Il pointe en cela directement la promesse non aboutie des religions qui laissaient transparaître dans l’Au-Delà une telle fusion. Dieu restant invisible et son action sur le monde manifestement peu efficace, le Colloïde convainc un nombre croissant d’humains qui voient dans sa matérialité et sa propagation une réalité tangible.

Eden: It's an Endless World! - Chapter 110L’auteur aboutit ainsi sur ce volume l’apport de la Gnose sur son œuvre (que hormis les théologiens et les érudits bien peu avaient pu percevoir jusqu’ici). Cette vision/réflexion est encore passionnante par sa modernité très concrète et son lien avec l’idée SF d’IA. Dans le paradigme futuriste on aura vu les cerveaux transférés dans des corps robotiques et des IA se matérialiser inversement. Il ne reste plus qu’à imaginer un transfert de l’esprit d’un humain dans un cyberespace collectif (idée vue récemment dans l’excellent Chappie de Neill Blomkamp) pour boucler avec le relativisme de la singularité démiurgique de l’Homme. Sans aucun prosélytisme, uniquement poussé par sa curiosité et son cartésianisme absolu, l’auteur ne cesse de jongler entre le plaisir de la BD et l’expression de ses analyses sur l’histoire des hommes, sur l’état du monde lorsqu’il écrit son œuvre (… qui n’a malheureusement guère évolué depuis). En lisant Eden on se sent plus intelligent, on réfléchis sans cesse aux vies très réalistes de cette multitude de personnages, à notre monde et au caractère très mortel et remplaçable des humains. Eden est une œuvre profondément nihiliste, froide, mais d’une richesse folle. Il ne reste plus qu’à conclure…

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**·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos

Isola #2

esat-westComic de Brendan Fletcher, Karl Kerschl et Msassyk (coul.)
Urban (2022), 116 p., série en cours, 2 volumes parus.

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La reine Olwyn et sa protectrice Rooke continuent leur voyage vers l’île d’Isola, un étrange itinéraire entre deux mondes. Alors que la guerre se prépare, fuyant la mystérieuse menace venue du ciel elles tombent sur une jeune femmes très accueillante. Trop accueillante sans doute…

Isola : long chemin d'une souveraine et sa protectrice - ComixtripComme beaucoup j’avais été impressionné par les planches du premier tome de cette odyssée (présentée officiellement comme une version moderne du mythe d’Orphée et Eurydice) dans un style Animation très élégant et un design des personnages et des créatures qui m’avait plutôt envoûté… malgré une intrigue assez brumeuse. Et malheureusement ce second tome continue avec les mêmes qualités de mise en scène dynamique avec un univers plutôt fantasy attrayant mais une terrible propension à se complaire dans le cryptique, laissant le lecteur seul sur l’essentiel de la l’album. L’amour platonique et la fidélité de la soldate Rook envers sa reine sont touchants et restent le cœur de l’intrigue, le mystère des transformations et le brouillage de la réalité entre monde des hommes et monde des esprits sont attrayants … Mais jamais les auteurs ne nous donnent de pistes pour comprendre où l’on va et qui est quoi, nous laissant naviguer entre le monde des esprits et celui des hommes, entre métamorphoses et visions subliminales. Quelques passages sont étrangement linéaires, permettant de se raccrocher à certains codes narratifs en nous contextualisant, avant de nous replonger dans des allusions bien opaques. On comprend l’envie des auteurs de nous faire naviguer entre deux réalités au gré des transformations et des visions. Si le premier volume parvenait à nous maintenir en haleine avec ses sauts dans le passé, ici on a cependant l’impression d’assister à un épisode complémentaire, dispensable et ne faisant guère avancer l’ensemble. De quoi achever de perdre l’intérêt pour cette série bien mal embarquée, semblant ne pas avoir été construite sur autre chose qu’une ambiance. Fort dommage et bien maigre. Faute d’un sacré sursaut au prochain tome il est malheureusement probable que peu de monde reste disposé à suivre cette certes sublime, mais trop vaporeuse aventure de deux amantes improbables.

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