**·Comics·Numérique·Rapidos·Rétro

Luthor

Comic de Brian Azzarello, Lee Bermejo et David Stewart+ Jose Villarubia
Urban (2006-2019), 114 p. one-shot.

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Lee Bermejo fait partie de la Top list des dessinateurs virtuoses les plus réputés du circuit et comme beaucoup de membres de cette liste… il a très peu publié. Plus illustrateur de couvertures que de planches intérieures (ce qui est compréhensible au vu de sa technique photo réaliste et de sa colorisation très poussée), il est connu surtout pour son énorme Joker avec son comparse Brian Azzarello. Poussant l’idée de ce dernier sur la Némésis de Superman, le duo propose une analyse psychologique centrée sur un méchant et comme sur Joker, Batman comme superman sont quasi absents de ce one-shot. Nightwing Falling Quotes. QuotesGramSouffrant des mêmes difficultés que toutes les histoires de superman que j’ai lu (hormis Red son et Injustice, et pour cause: Kal El y passe du côté des méchants…), Luthor fait un peu du surplace avec un personnage bien connu pour son idéalisme humain et sa jalousie envers ce Dieu tombé du ciel. Le scénario d’Azzarello ne va pas plus loin que le pitch de départ et si le début (qui a peut-être inspiré Zack Snyder sur Dawn of justice…?) nous accroche avec justement une alliance entre Lex et Bruce qui aurait pu être le cœur de l’intrigue, l’histoire se prolonge avec la classique création d’un super-humain voué à contrer l’homme d’acier. Le scénariste semble ne pas avoir su choisir entre ces différentes directions et sur une relativement courte pagination on passe d’une micro-histoire à une autre. Le dessin de Bermejo est moins poussé, moins inspiré que sur Joker, plus épuré aussi avec une évolution de sa colorisation qui aboutira à son style actuel, photoréaliste très impressionnant vu sur Damned ou sur la cover très alléchante de ce Luthor. Etrangement les séquences les plus efficaces sont celles mettant en action Batman et superman, la vision de ce dernier, très sombre, proche du faciès de Darkseid (le grand méchant de l’univers DC), l’image presque naïve de Luthor nous laissant un peu impliqués.

Inabouti, ce projet semble n’avoir pas su dépasser le concept lancé avec succès sur Joker alors que le personnage focus ne recouvre pas du tout la même psychologie. L’album se lit néanmoins sans ennui, notamment pour profiter des dessins tout de même très agréables. A réserver aux fanas de Bermejo ou de Superman.

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****·Manga·Rapidos·Service Presse

Demon Tune #3

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Manga de Yuki Kodama,
Kurokawa (2020) – 2/4 volume paru.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

Yukimaru s’est réveillé et menace de dévoiler le véritable responsable de son état! Pendant que l’équipe de Zeth est sur le point de mettre la main sur le Rouleau du Cataclysme, le jeune Koyukimaru va voir son puvoir de ninja, le Ninpô, se révéler…

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Ma relation aux manga est toujours un peu complexe puisque cherchant à éviter les séries longues, je suis souvent chagriné de devoir attendre plusieurs volumes pour être accroché. La lecture de Demon tune est pour cela un vrai plaisir puisque sa lecture se déroule sans forcer, avec de vraies qualités et une profondeur d’intrigue franchement inattendus. Parvenant à se glisser dans un interstice entre le Seinen noir et le Shonen rigolo, le manga progresse sans coups de mou, en donnant envie d’en savoir plus alors même que tous les tenants et aboutissants semblent avoir été révélés à la conclusion de ce troisième volume. DJ9Ximdj7k3jKz9Kdxps5nYt8pHpzZVCC3W22cMwCela s’appuie sur une intrigue simple qui justifie la brièveté du manga, une action omniprésente et une galerie de personnages à la fois resserrée et très réussis. Outre le charisme du chef du MBI et la figure amusante de Shinka qui provoque des séquences où l’on rit franchement, c’est bien entendu l’enfant ninja Koyukimaru qui est abordé ici sous un angle beaucoup plus psychologique avec une interrogation sur son perfectionnisme et sa relation au père qui le pousse à refuser son statut d’enfant pour viser un mythe inatteignable. Je trouve souvent les réflexions sur les jeunes assez manichéennes dans les manga et ce n’est pas le cas ici. De même avec la complexité psychologique du méchant qui fait entrer dans des strates psychanalytiques de l’émergence du Mal, très intéressant! Le curseur entre simplicité, concision et justesse sont réunis pour une série qui pourrait viser les cinq Calvin avec des graphismes plus ambitieux.

Avant de lire le quatrième et dernier tome je n’ai aucune inquiétude tant l’ensemble des volumes est jusqu’ici d’une remarquable solidité.

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*****·BD·Rapidos

Renaissance #3: permafrost

La BD!
BD de Fred Duval, Emem et Fred Blanchard (design)
Dargaud (2018-2020), 54p./album, premier cycle terminé en 3 volumes.

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badge numeriqueIl y a trois ans le dessinateur Emem, formé sur les séries de Fred Duval publiait une illustration de couverture sur fonds de langage alien, qui marquait les esprit par un design et une composition parfaitement fascinants. S’en suivent deux autres albums aux couvertures structurées de la même façon, tout aussi magnifiques, et un premier cycle se termine déjà. Quand nombre de séries s’étirent indéfiniment sur plusieurs décennies, la science de Duval lui dicte de concentrer à l’essentiel pour donner de la force, de l’ambition à son projet.

Renaissance tome 3 - BDfugue.comCertaines BD respirent l’alchimie parfaite entre scénariste et dessinateur(s). C’est le cas de Renaissance qui dans cette conclusion parvient à nous captiver en résolvant tranquillement les quelques intrigues ouvertes précédemment, en n’oubliant pas de réfléchir à chaque case sur le devenir de notre planète, les comportements sociaux humains ou la prospective du fonctionnement d’une société parfaite. Avec cette série Duval invente la dystopie utopique, en bon humaniste il ne se contente pas de nous proposer une vision cataclysmique et totalement crédible de notre futur mais par l’existence même de cette force extra-terrestre nous montre l’espoir. Sans mièvrerie, sans mauvais goût, il montre qu’on peut dénoncer une situation en indiquant qu’elle n’est pas inéluctable. La SF est souvent très nihiliste. Pas ici.

L’intelligence est omniprésente dans cette BD, que ce soit dans des dessins très détaillés et extrêmement lisibles, tant des les scènes d’actions convaincantes que dans les débats diplomatiques subtiles entre grands pontes de l’Agora alien qui devisent dans un mémorial des guerres passées. Nous parlions récemment d’une certaine lourdeur appuyée sur le second tome des Dominants. C’est l’inverse ici où les auteurs savent jouer de l’apparence, parfois étrange, parfois repoussantes des aliens, qui ne reflétera pas forcément leur caractère. La richesse de cette série est à l’aune de toute la bibliographie d’un scénariste qui arrive à traiter simplement un grand nombre de sujets dans cent cinquante pages de BD, sur des thèmes aussi larges que l’intelligence artificielle, le libre arbitre, la dualité nature/culture, sans oublier de s’amuser avec l’Histoire de notre planète. Sans déflorer une intrigue riche qui sait se conclure de façon satisfaisante en ouvrant la porte à de futurs cycles, on arrive naturellement à la résolution du drame familiale d’une des deux humaines et à l’arrestation des fautifs. La perfection de la société-Renaissance n’est pas si évidente et pousse les aliens à l’humilité dans un échange civilisé, alors que ce qu’il reste des Nations du monde finissent par réagir à cette irruption sidérante. En se permettant, cerise sur le gâteau, de l’humour linguistique, Duval montre une nouvelle fois qu’il est l’empereur de l’Anticipation. Et on l’espère pour longtemps!

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***·BD·Nouveau !·Rapidos

Luminary #2: Black power

La BD!
BD de Luc Brunschwig et Stephane Perger
Glénat (2020), 120 p., série en cours, 2 vol. paru.

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Privé de ses pouvoirs, Darby se retrouve seul et sans ressources dans un monde hostile. Il trouve refuge dans un squat de junkies où il trouve un réconfort inattendu. Côtoyant la misère, il ne réalise pas les évènements graves qui se produisent alors qu’une véritable guerre civile couve entre noirs et blancs depuis la mise en accusation des Black Panther pour l’explosion de la clinique polytraumatique de New-York…

LUMINARY t.1-2 (Luc Brunschwig / Stéphane Perger) - Glénat (Albin /  Drugstore / Zenda) - SanctuaryLuminary avait été un de mes coups de cœur de l’année passée tant ce premier gros opus transpirait l’inspiration des séries sures de leur réussite. Et bien pour ne pas faire durer le suspens le second tome, malgré une magnifique couverture d’un graphisme et d’une efficacité  folle, déçoit assez fortement… Plus haut on est monté plus dure est la chute comme on dit, tout au long de la lecture de cet album de transition (je crois que la série est prévue en trois tomes de cent-vingt pages tout de même, soit l’équivalent de quatre albums) on a le sentiment que Luc Brunschwig laisse le frein à main en souhaitant ménager ses effets après une conclusion du premier volume tonitruante. L’auteur aime parle du social et de politique, il aime parle des pauvres, des démunis, des parias. En proposant l’histoire d’un infirme bossu, d’une prostituée junkie et d’un jeune noir dans une Amérique uchronique très raciste il sait tenir la face sombre et dense de son histoire de super-héros. Malheureusement si dans l’introduction l’équilibre était parfait entre ces deux faces, on bascule dans « Black power » dans une chronique sociale pure où la plus grande noirceur des films américains des années soixante-dix ressurgit violemment. C’est intéressant bien que très nihiliste (un Fabien Nury aurait pu écrire ce scénario)… mais sur l’équivalent de presque trois albums cela fait beaucoup et hormis la conspiration militaire qui aboutit au gros (et efficace) coup de théâtre de l’album on finit par se lasser. La promesse de Black panther n’arrive jamais vraiment et l’histoire de cette junkie se liant avec le personnage principal a du mal à passionner. Le propos du premier volume était éminemment politique et l’on perd cet aspect en même temps que pratiquement toute la charge fantastique qui revient dans les toutes dernières pages sans plus qu’on l’attende.

LUMINARY t.1-2 (Luc Brunschwig / Stéphane Perger) - Glénat (Albin /  Drugstore / Zenda) - SanctuaryCôté graphique si le trait et la technique sont toujours aussi forts, avec une variété de tons jouant sur différentes époques pour proposer une belle variété de mise en couleur, niveau découpage c’est également très sage. Finies les cases en étoile et autres explosions qui déstructuraient magnifiquement les doubles pages. Dans ce récit classique on a droit à un cadrage classique jusqu’au retour de Luminary qui désorganise ces cases sur la fin. L’esthétique générale reste tout à fait impressionnante quand on connait la propriété rebelle de l’aquarelle (comparez les planches de Stephane Perger avec celles de Dustin Nguyen sur Descender pour vous en rendre compte) et le dessinateur peut produire des visions magnifiques à tout moment… et notamment lorsque surgit le fantastique! Les pages de chapitre empruntées aux épisodes de comics suffisent à montrer la puissance graphique de l’auteur.

L’équilibre entre le grand spectacle et l’intime et réflexif est toujours compliqué à trouver dans les BD de genre. Alan Moore ou M. Night Shyamalan ont montré depuis longtemps que c’est par le fonds que les œuvres super-héroïques se hissaient au chef d’œuvre. Luc Brunschwig connait ses gammes et s’intéresse aux humains abimés avant tout, c’est tout à son honneur. Il reste que ce second volume souffre d’un manque de souffle, d’un rythme parfait qu’il avait su trouver dans le précédent avec cette narration en décompte. On attend les moments forts que les quelques scènes d’action ne parviennent pas à combler et le pathos très lourd du squat et de la prostituée semblent un peu trop appuyés dans une BD dont ce n’est pas le sujet. Du coup on survole à peine le très réussi personnage de Mila et on finit par se lasser du langage de prolo qui accroche la lecture à force de contractions. Le réveil des dernières pages semble un peu tardif et l’on espère que ce n’est là qu’un petit loupé intermédiaire avant un épilogue grandiose.

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**·BD·Nouveau !·Rapidos

Les dominants #2: les dieux stellaires

La BD!
BD de Sylvain Runberg et Marcial Toledano
Glénat (2020), 58p. + cahier graphique de 6p., couleur, 2 volumes parus, série en cours.

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In aliens we trust

Dans un futur proche, l’Humanité a été ravagée par un virus répertorié sous le nom de Grande Souche. Les survivants ont ensuite assisté à la conquête de la Terre par des êtres vivants jusqu’alors inconnus, présumés d’origine extraterrestre.

Ces êtres, nommés les dominants, se distinguent en plusieurs catégories, selon l’effet qu’ils produisent sur les humains qui les approchent, ou bien en fonction de leur comportement: nausées, migraines… Face à ce phénomène sans précédent, les humains ont montré trois grands types de réaction: survivaliste, néo-religieuse, ou belliqueuse.

Andrew Kennedy est un américain ex-agent du FBI, qui a tout perdu dans cette crise. Du moins le croyait-il. En effet, le premier tome se concluait par la découverte par Kennedy de la survie de sa fille, tombée dans l’escarcelle des résistants !

Devenue une féroce guerrière (tout comme la sœur de Yorick dans Y, The Last Man), la fille d’Andrew a été endoctrinée pour être une tueuse impitoyable à la solde d’Adam, le chef des Résistants. Andrew a donc pris le parti d’abandonner son groupe de survivants afin de suivre sa fille, espérant la convaincre de quitter le groupe et partir avec lui.

Cthulhu Président

Pour ce second tome, Sylvain Runberg continue de nous faire profiter de son worldbuilding et après nous avoir fait partager le quotidien des survivants, fait la lumière sur la faction des Dévots tout en continuant de nous faire la démonstration de la cruauté des Résistants, dont le fanatisme n’a finalement rien à envier à celui de leurs ennemis naturels. Les journaux illustratifs en fin d’album continuent d’ailleurs (… dans une écriture pas forcément des plus subtiles).

Les enjeux montent donc d’un cran, tant pour le héros que pour l’ensemble de l’Humanité. Tandis qu’Andrew fait tout ce qu’il peut pour s’intégrer chez les Résistants, ces derniers préparent un assaut d’envergure tout en continuant leurs exactions particulièrement impitoyables contre les Dévots qui communient avec les créatures. Si l’action-héro et les relations humaines étaient particulièrement bien sentis sur le précédent volume, le scénariste nous laisse cette fois un peu perdu avec ce personnage-marionette qui ne semble plus avoir guère de psyché et une certaine lourdeur dans la façon d’appuyer sur le côté manichéen des relations entre groupes.

L’album contient donc son lot de tension, bien qu’il ne tente pas d’apporter de réponses aux questions qui taraudent le lecteur depuis le premier tome, avec un léger sentiment de surplace. Qu’à cela ne tienne, l’action est bien présente, et, si le cliffhanger de fin n’est pas de nature à vous retourner l’estomac, l’intérêt pour l’univers de la série est bien présent, notamment autour de ces fascinantes créatures alien au design et concept très intéressants.

Côté graphique, on a tout de même l’impression que Marcial Toledano s’est mis sur la réserve, comme s’il souhaitait inconsciemment s’économiser, peut être pour une série qui s’annonce sur le long cours. Impression générale de baisse de niveau donc sur ce second tome sorti très (trop?) vite en ramenant une série très bien partie dans le peloton pléthorique des BD SF post-apo. En espérant que les auteurs redressent la barre d’une série qui a du potentiel.

***·East & West·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Skyward #2

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Comic de Joe Henderson, Lee Garbett et Antonio Fabela
Hi comics (2020)  2 vol paru en France. Série achevée en 3 volumes aux USA. 136 pages/volume.

bsic journalismMerci aux éditions Hi comics pour leur fidélité.

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En fuite, Willa et Edison se retrouvent coincés au milieu de la campagne et découvrent l’étonnante évolution de la faune hors des villes. La belle histoire que Barrow a raconté aux citadins est bien loin de la réalité…

J’étais sorti un peu frustré de ma lecture du premier volume qui malgré un très bon démarrage et un personnage principal fort sympathique avait du mal à développer une intrigue véritablement originale et péchait par des planches un peu pauvres. Avec les mêmes limites ce second volume nous propose de déplacer le cadre vers la forêt occupée par des insectes ayant fortement grandi du fait de l’absence de gravité et de la contrainte liée. L’humanité se retrouve ainsi bien faible face à de tels monstres voraces et doit apprendre à utiliser certains animaux pour résister. MYSTERY COMICS: SKYWARD #7, de Joe Henderson et Lee GarbettCette aération du background fait du bien en ouvrant le champ des possibles avant que le grand méchant machiavélique arrive pour se rappeler à notre bon souvenir. L’intrigue est construite autour d’un triangle « amoureux » assez classique entre la foldingue Willa, le chétif Edison en mode bon copain et le colosse chez des fermiers qui semble recouvrer toutes les caractéristiques du héros parfait et qui ne laisse pas la demoiselle de marbre. Vous l’aurez compris, ni la structure ni l’intrigue ne révolutionnent le genre (des insectes géants ce n’est pas forcément révolutionnaire en SF…) et ce sont bien les interactions entre personnages qui permettent de s’intéresser à cette série. Les dialogues sont en effet assez savoureux (avec une très bonne traduction) et les auteurs s’amusent à créer des situations décalées qui nous décochent souvent un sourire. Pour le reste l’équipe a du savoir faire, sait gérer ses rebondissements et révélations… mais on a le sentiment qu’ils ne décollent jamais vraiment d’une ambition fort modeste accrochée au seul objectif hypothétique de rétablir la gravité grâce au carnet du papa de Willa. Si le scénario en profite pour nous rappeler à des thématiques écologiques fort actuelles (l’industrie agro-alimentaire opaque, le mythe du progrès, la séparation entre villes et champs, plus prégnante que jamais dans les Etats-Unis de Trump…), l’ensemble des conflits reposent sur l’intérêt pour les uns et pour les autres à maintenir cette situation zéro-G ou de l’abolir. L’idée de départ est intéressante mais c’est un peu court pour tenir trois longueurs. Il en est de même côté visuel avec une étonnante difficulté à gérer des séquences d’action profitant de l’élément physique pour créer des jeux de découpage et des mouvements innovants. On termine ainsi cet album comme le premier, un peu frustré et toujours en attente du coup de folie qui ferait sortir cette série de la vaste moyenne des comics juste sympa.

A noter que l’édition reliée du dernier volume est sortie en aout aux Etats-Unis, ce qui peut laisser envisager une conclusion chez nous en début d’année prochaine. Une édition intégrale est également annoncée pour mars aux Etats-Unis.

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***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Unité Z

La BD!

BD de mOTUS et Heri Shinato
Des bulles dans l’Océan (2020), 72p., one-shot.

bsic journalism Merci aux éditions Des bulles dans l’Océan pour cette découverte.

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Quelque part au cœur de la France, une brume mortelle s’est abattue. En ce lieu, des spectres mortels étendent leur territoire, menaçant l’humanité… Des unités de l’armée sont envoyées pour réduire ces foyers, au péril de leurs vies. L’unité Z est la meilleure. Jusqu’à ce quelqu’un de ses membres soit touché. Le voile des réalités bascule alors dans un monde proche de la folie…

La toute petite maison d’édition réunionnaise Des bulles dans l’océan (DBDO pour les intimes) publie peu mais avec une exigence qui force le respect. En lançant un Pelaez ou les frères Morellon sur lesquels il faudra compter, la maison assume un niveau graphique qui rivalise avec les grandes maisons sur les étales des librairies. La couverture de cet Unité Z confirme cela en atterrissant directement sur ma sélection des plus réussies de l’année (et il y a de la concurrence!).

Unité Z, bd chez Des bulles dans l'océan de mOTUS, ShinatoContre toute attente il faut rattacher ce one-shot à la mythologie Lovecraft puisque le cœur du scénario repose bien sur l’incertitude quand à l’univers psychologique du personnage principal et sa transposition dans des planches qui tordent la réalité en une boucle déstabilisante. Le thème SF n’est donc qu’un habillage qui montre l’envie des auteurs de proposer une belle aventure techno avec une escouade de soldats harnachés d’équipement ultra-sophistiqués et l’inévitable conseil scientifique top secret qui ne dit pas tout. Le risque de ce type d’intrigue est de rester trop cryptique… et c’est malheureusement le principal défaut de ce courageux album que de nous perdre à force d’en trop peu dire. Comme dans un David Lynch ou le dernier Nolan on profite d’une narration intello mais l’on est frustré de ne pas tout comprendre. En forme d’exercice de style (on en a déjà vu des BD de ce type) avec l’originalité de l’habillage SF, mOTUS commence son histoire comme un survival SF avant de développer un relationnel psychologique entre les personnages de cette « famille » militaire (l’unité Z) pour brutalement tomber dans le grand vortex de la folie lovecraftienne. On voit la progression, bien vue et logique, mais la brisure de la réalité est trop peu accompagnée et l’on ère un peu sur la fin sans bien comprendre la finalité.

Heureusement l’album s’appuie sur un talentueux dessinateur (dont c’est apparemment le premier ouvrage pro) qui a les défauts techniques de la jeunesse mais propose un excellent découpage et de très réussis design SF autant que fantastiques, avec des créatures impressionnantes, notamment lors de l’entrée dans la faille. Je n’ai pas pour habitude sur ce blog de critiquer des dessinateurs dont la progression technique sera évidente (je me souviens trop de ce qu’était Toulhoat sur Block 109 avant d’aboutir au Roy des Ribauds!) et il convient de souligner les grandes qualités d’un album à l’envie.

Avec ses défauts, son ambition peut-être un peu trop gourmande (quels grands auteurs ont déjà pleinement réussi un album de ce type à part Ledroit?), Unité Z attire pourtant la sympathie d’une série B SF lovecraftienne que tous les amateurs de Lovecraft et de SF ne pourront qu’apprécier. Avec pour principale limite de rester sur l’exercice de style, l’album propose quelques belles visions, un petit roller-coaster narratif et tout de même un plaisir de lecture non forcé.

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****·BD·Documentaire·Rapidos

Homicide #2-3

Le Docu du Week-End

BD Philippe Squarzoni
Delcourt (2016-2020), série en cours, 4 volumes parus sur 5.

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Lire la critique du premier volume.

Totalement accroché par le premier volume je n’ai pas eu l’occasion de mettre la main sur le reste de la série depuis un an… ce qui est terrible étant donnée la structure de la narration, en format journal. Je ne saurais donc trop vous conseiller d’attendre la sortie du (a priori) dernier tome en octobre pour lire l’intégralité de la série d’une traite. Ma reprise a été compliquée car on saute rapidement d’un enquêteur à un autre, reprenant les problématiques laissées au volume précédent mais séparées par plusieurs enquêtes et personnages depuis. A moins des faire des fiches de lecture on est ainsi un peu perdu lorsque après plusieurs pages immergé dans la traque d’un violeur de fillette on saute sans prévenir sur une autre affaire. Le suspens est suspendu mais on ne sait pas quand on va y revenir et c’est un peu frustrant. Ce qui est intéressant dans le choix de l’auteur Homicide, tome 3 – Philippe Squarzonic’est que chaque agent permet de développer une des multiples problématiques du métier, entre les découvertes liées à l’enquête elle-même, la morale personnelle du flic impliqué personnellement ou la pression de la hiérarchie qui revient sur les statistiques de résolution catastrophique de la brigade. Dans ces quelques jours où tous les moyens sont mis sur la recherche du violeur (en déshabillant Paul pour habiller Pierre) on continue d’être passionné par ces réflexions intimes d’officiers droits, professionnels avec quelques passages particulièrement sympathiques comme ces interrogatoires successifs où l’agent nous montre ses ficelles psychologiques et le véritable jeu d’acteur nécessaire pour parvenir à faire se condamner le prévenu de lui-même… On navigue sur ces deux tomes entre l’enquête principale (qui ne s’achève pas ici), les états d’âme de l’agent travaillant sur l’exécution d’un collègue et quelques autres affaires. Les albums se dévorent comme les films de police réalistes mais avec l’avantage de ne jamais tomber dans le pathos lourdingue de vies ratées de policiers qui vivent dans la fange. Chez Squarzoni les policiers sont juste des fonctionnaires qui font leur boulot dans un contexte difficile. Presque jamais on nous parle de leur vie privée, de leurs névroses. Le documentaire se porte sur l’enquête, rien que l’enquête. Et on en redemande.

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**·BD·Nouveau !·Numérique·Rapidos

Hope one #2

La BD!
BD de ‘Fane et Grelin
Comix Buro/Glénat (2020), 68p. couleur, 2/2 volumes parus.

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badge numeriqueLe premier tome de  Hope One avait été une réussite dans le genre efficace du huis-clos spatial qui s’achevait par un twist en apnée. Le second a pris beaucoup de retard puisqu’il était annoncé la même année que le premier et on le retrouve donc après un délai plus classique… avec la surprise de voir un nouveau dessinateur prendre en charge les planches. Et la surprise ne s’arrête pas là puisque l’on change totalement de registre avec une très classique enquête policière dans l’Amérique profonde (et neigeuse) des années soixante-dix! Je ne sais si ‘Fane a très bien caché son jeu mais de mémoire de bdvore je n’ai jamais assisté à un tel retournement de style dans une même série. Pour gonflé c’est gonflé et passée la surprise on se laisse porter https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2020/08/Hope-One-2-1-800x1098.jpg.webppar cette recherche de disparus en suivant un agent du FBI alcoolique et tout à fait antipathique accompagné par une policière de bourgade plus habituée à régler les querelles de voisinage que de retrouver des morts. Surtout quand l’un des disparus est son cher papa… le sheriff du bled! On connait le talent de ‘Fane pour les dialogues et les personnages couillus depuis son excellent Streamliner. On retrouve cette patte ici et le changement de dessinateur perturbe un peu en matière de style (on n’est pas du tout dans le même registre que le tome 1) mais sans perte de qualité. La principale qualité de l’album est donc cette ambiance proche des frères Cohen et la dynamique verbale entre les personnages, franchement réussie. On en oublierait presque que les deux tomes sont liés. Malheureusement la jointure est parfaitement téléphonée (il aurait été compliqué de faire autrement au vu du Grand Canyon qui sépare les deux intrigues) et on repose l’ouvrage un peu nostalgique des promesses (déçues) du début de diptyque et sans bien comprendre ce qu’a voulu faire l’auteur. Une fausse bonne idée probablement…

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*****·Manga·Rapidos·Service Presse

Radiant #14

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Manga de Tony Valente,
Ankama (2020) – 184 p., coul+ nb, 14 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Le volume comprend comme tous les manga une jaquette couleur, un sommaire, cinq pages couleur en introduction et pour la première fois un résumé associé à un dramatis personae bien utile pour s’y retrouver dans tous les personnages. Il se termine par le coutumier Toum stak (courrier des lecteurs) et les pages perdues sont utilisées en publicité vers les autres manga de l’éditeur.

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