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Huntr #2: la Brousse

Second tome de la série écrite par Sarah Morgan, Jordan Morris, et dessinée par Tony Cliff. Publication chez Albin Michel le 05/01/2022.

Retour au bercail

Après avoir fait leurs preuves de chasseurs de xémons, Morgan, sa colocataire Annie, son ami d’enfance Van et le doux rêveur Mitch sont désormais associés dans la chasse aux monstres afin de préserver les habitants de la Bulle. Mandatés par Bonnie, directrice de Tandem, le groupe se prépare à faire une excursion dans la Brousse, le monde hostile empli de monstres extraterrestres, afin de remettre la main sur une pierre radioactive extrêmement dangereuse, subtilisée par le père de Morgan, un survivaliste de la Brousse qui a appris à Morgan tout ce qu’elle sait.

Mais si la chasse aux monstres au sein de la Bulle n’était déjà pas une partie de plaisir, survivre à la Brousse relève du défi ! Nos quatre joyeux drilles seront-ils à la hauteur ? Et plus inquiétant encore, peut-on faire confiance à Tandem ?

Changement de décor pour ce second tome de la comédie d’action concoctée par Sarah Morgan et Jordan Morris. Après avoir exploré le cadre urbain de la Bulle, les auteurs plongent ainsi notre quatuor de héros hipsters en pleine nature hostile, revisitant par la même occasion le passé de Van et Morgan.

C’est donc l’occasion pour la protagoniste de se confronter à son père et aux valeurs qu’il lui a inculqué, approfondissant ainsi son background. Les interactions entre les personnages sont tout aussi savoureuses que dans le tome 1, et les séquences de combat toujours aussi divertissantes. On est donc dans la continuité du premier tome, parfait mélange entre comédie et action, mais les auteurs n’oublient pas d’incorporer un message critique sur les travers de la start-up nation et de ses codes.

Considéré dans sa globalité, Huntr est donc une vraie réussite, foncez, vous ne serez pas déçus !

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Sweet Home #1

Webtoon de Kim Carny et Hwang Youngchang
Ki-oon (2022), webtoon (2020), série en cours, 1/12 volumes parus.

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bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur fidélité.

Adolescent renfermé sur ses jeux vidéo, Hyeon-Su se retrouve soudain seul au monde lorsque sa famille disparaît dans un accident de voiture. Propulsé dans une gestion d’adulte il emménage dans une résidence qui doit lui permettre de subvenir à ses besoins. Lorsqu’une catastrophe inexplicable survient à l’extérieur il se retrouve confronté aux voisins et à une menace invisible et terrifiante…

Sweet Home (Kim) -1- Tome 1Les toujours excellentes éditions Ki-oon poursuivent dans dynamique des webtoon puisque après le best-viewer Bâtard ils nous proposent la nouvelle série du dessinateur Hwang Youngchang. De quoi continuer la semaine dans le numérique puisque dimanche Dahaka vous parlait d’une adaptation américaine cette fois d’un webcomic.

Ce qui surprend au premier abord c’est très logiquement la mise en page et le découpage puisqu’il sont pensés pour un défilement sur écran et non sur un enchaînement de pages. Cela a certainement une incidence sur le rythme de lecture mais cela ne se ressent pas négativement. Avec un dessin assez simple et une colorisation minimaliste, c’est donc bien le scénario qui importe dans cette entame qui flatte les maîtres du suspens à commencer par Hitchcock ou Carpenter. En effet, la tension est maintenue très longtemps puisque après une mise en place de contexte qui aide à entrer tranquillement dans le bain, on se retrouve dans un huis-clos glacial à la première personne où les interactions étranges avec les voisins feront avancer le récit, dans une montée de la tension sur une menace impalpable. Le cadre est connu: un immeuble très impersonnel en forme de labyrinthe de béton , une poignée de survivants enfermés en lutte pour leur survie, une menace terrifiante et indicible, tout est bon pour une tension sur les onze prochaine tomes de la série.Sweet Home (Webtoon de Youngchan HWANG, CARNBY Kim) - Sanctuary

Si l’aspect graphique n’est pas à proprement parler joli, il fait le job en permettant de se concentrer sur l’enchaînement des séquences, jouant sur les silences et la confrontation des tempéraments des survivants. Et sur le plan de l’intrigue les auteurs connaissent leurs gammes puisqu’on est happé de la première à la dernière page avec juste ce qu’il faut d’informations pour ne pas s’ennuyer au long de cette avancée lente vers l’horreur. n’en gardant pas trop sous le coude, on achève donc cette entame bien accroché, avec le déclencheur horrifique qui ne se sera pas trop fait attendre, des personnages installés et une chasse qui peut commencer. Y’a plus qu’à enchaîner pour cette très bonne surprise qui confirme que les jeunes auteurs ont souvent la fraicheur qui manque aux grosses cylindrées!

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Les 5 terres #8

La BD!
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BD de David Chauvel, Jerome Lereculey et collectif
Delcourt (2021), 56p., série en cours, 1 cycle achevé, 2 tomes parus sur le second cycle
Série prévue en 5×6 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Le premier tome du second cycle de la série évènement des trois dernières années m’avait laissé dans un intérêt poli. Ce second devait permettre de vraiment relancer la machine et retrouver la diablerie scénaristique d’Angléon. Malheureusement, si le cliffhanger du précédent permettait d’espérer un peu de rebondissements, on Les 5 terres T8 : Plus morte que morte (0), bd chez Delcourt de Lewelyn,  Lereculey, Martinosse retrouve ici avec plusieurs intrigues croisées qui poursuivent tranquillement leur chemin sans grands contrecoups (avec même l’histoire de la quête archéologique qui tourne littéralement en rond) et avec une linéarité qui fait plus que surprendre. Avec l’intelligence constatée depuis six tomes on ne peut envisager que les auteurs aient réellement perdu leur cap et on attend donc toujours de comprendre où ils nous mènent. A ce stade on ne peut faire que des conjectures en anticipant des intrigues longues qui se croisent ou un incident majeur capable de survenir à tout moment avec une volonté de varier les rythmes entre les cycles. Malheureusement l’idée intéressante de garder une atmosphère vaporeuse qui sied à l’âme orientale ne permet pas d’accrocher le lecteur, qui cherche toujours un enjeu majeur, un personnage réellement charismatique et tout simplement un drame. Keona semble être ce vecteur qui nous rattache à la politique, mais cela reste bien ténu. Il est vivement temps que les auteurs se réveillent car on est déjà retombé dans un classicisme assez banal de la fantasy made in Delcourt. De qualité mais éculée.

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Au nom de la République #1: mission Bosphore

La BD!
BD de Jean-Claude Bartoll, Gabriel Guzman et Silvia Fabris (coul.)
Soleil (2022), 60p., série en cours.

couv_448232Voilà qui débute une nouvelle série d’espionnage qui s’inspire fortement de la série télé à succès Le Bureau des légendes. L’habillage général est alléchant en proposant un thriller hyper-réaliste plongeant dans les arcanes des opérations spéciales et clandestines des Renseignements extérieurs sur fond de terrorisme islamiste. Avec ses tampons « confidentiel défense », ses décors urbains banales entre Allemagne, France et Maroc, avec sa quatrième de couverture annonçant une cellule clandestine chargée d’éliminer les plus hauts responsables du terrorisme international on est alléché et en attente d’action et d’espionnage radical.

Mission Bosphore (par Jean-Claude Bartoll, Silvia Fabris et Gabriel Guzman)Sur l’aspect action on est plutôt servi avec une histoire qui commence par l’élimination à Istanbul d’une équipe de la DGSE par sa cible, un groupe djihadiste préparant un attentat. Le dessin et la colo sont plutôt correctes et efficaces et l’action revient à intervalle régulier tout au long de l’aventure. Rapidement le héros nous est présenté, sorte d’alter-ego du personnage de Malotru dans le Bureau, capable d’intervenir sur le terrain, déguisé ou non, comme d’élaborer une stratégie de contre-attaque avec les pontes du Renseignement. Là où on perd un peu pied c’est lorsqu’on réalise qu’il y a maldonne entre le titre, le pitch de la série et le déroulé de l’album. En effet, loin d’opérations d’assassinat ciblé sur fond de contournement de la loi on nous livre bien une énième série suivant un super-agent (au nom de code du « Renard ») en oubliant l’importance des personnages secondaires. Une grosse partie de l’intrigue suit d’ailleurs plutôt les djihadistes sans nous offrir grand chose pour raccrocher les wagons d’une intrigue qui semble prise en cours de route. Les dialogues se veulent techniques mais sont assez appuyés et trop didactiques pour une série de ce genre qui semble hésiter entre un aspect pointu et une version grand-public. Le secteur est très occupé depuis le onze septembre et les vagues d’attentats en Europe et si ce premier tome se laisse lire, ni les dessins, ni le texte ni l’intrigue apportent suffisamment de nouveauté pour donner envie de poursuivre. Au nom de la République sera donc à réserver aux fana du sujet.

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Manga en vrac #29: FMA 10 – Shagahime 2&3 – Appare Ranman 2

  • Fullmetal Alchemist (Perfect edition) #10 (Arakawa/Kurokawa) – 2022, 248 p./volume. 10/17 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

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Étonnante et perturbante entrée en matière pour ce dixième tome (on se rapproche de la fin!) puisqu’on se trouve dans un flashback lors de la « rencontre » entre Lin et Greed qui ont fusionné à la fin du précédent volume. Après un intermède assez creux qui retombe dans les quelques séquences longuettes du début on part pour la guerre d’Ishval où on se rappelle que tant sur les thèmes abordés que sur le traitement assez cru des évènements FMA n’est pas vraiment un Shonen… Cette seconde moitié est donc passionnante avec beaucoup de commentaires sur la guerre et la communication nationaliste. L’intrigue elle-même progresse également puisque nous allons brutalement découvrir l’origine des liens entre le colonel Mustang, Maes Hughes et Hawkeye mais également l’Alchimie très particulière des orientaux de Xing. Petit coup de mou qui manque un peu d’action donc mais qui rebondit pourtant bien vite et maintient la tension très haut sans jamais savoir où tout cela va nous mener.

  • Shigahime #2 et 3 (Hirohisa/Mangetsu) – 2022, 208p./volume, 3/5 volumes parus (série achevée en 5 volumes).

bsic journalismMerci aux éditions Mangetsu pour leur confiance.

shigahime_3_mangetsuAprès une amorce redoutable de violence et de crudité, on continue avec deux nouveaux tomes de cette courte série vampirique centrée sur les familiers des immortels. Atmosphère toujours aussi vénéneuse qui suit donc ce « héros » incapable d’utiliser ses nouveaux pouvoirs de chasseur et se refusant à perdre totalement son humanité pour servir sa patronne, une « originelle ». Les liens entre cette Miwako (plus sage que dans le premier volume) et son protégé sont très ambigus, abordent les thèmes classiques de la sexualité des jeunes dans les manga avec cette femme présentée comme une prédatrice sexuelle corrompant la pureté juvénile de deux lycéens. Si les thématiques sociales sont importantes dans Shigahime, on regrettera un peu des combats assez mineurs par rapport à ce qui nous était promis. La tension dramatique n’en est pas moins très bonne et l’univers graphique et thématique de ces créatures de la nuit suffisamment original pour nous maintenir en éveil pour la suite.

  • Appare Ranman #2/3 (Ahndongshik-Apperacing/Doki-Doki) – (2020) 2022, 208p., série finie en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

appare_ranman_2_dokiLe premier tome de cette courte série m’avait bien séduit et après une rapide introduction des personnages et la préparation de la course nous voilà parti sur les chapeaux de roue pour cette transaméricaine sauvage. Avec des dessins toujours aussi réussis dans un esprit Lupin III, ce qui surprend dans ce second opus c’est la part relativement réduite des séquences automobiles! Avec une importante galerie de personnages les auteurs préfèrent en effet se concentrer sur les interactions et manigances pour modifier l’ordre de la course. C’est un peu dommage même si l’optimisation de l’étonnant véhicule à vapeur d’Appare reste un fil rouge et que les séquences secondaires enchaînent très vite. Bref, on ne s’ennuie pas une seconde dans cette adaptation d’un anime de 2020 qui malgré une ambition modeste (seulement trois tomes) profite de sa brièveté pour ne pas perdre de temps en intermèdes et nous propose tout ce qui est attendu: des trognes bigger than life, des gunfight, des rebondissements en veux tu en voilà,… La conclusion arrive très vite chez nous puisqu’on connaîtra le dénouement début juillet chez Doki-Doki.

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Scurry #2

Comic de Mac Smith

Delcourt (2022), 2/3 tomes parus.

Publication papier suite à la parution en webcomic.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur fidélité.

Wix continue sa quête pour sauver son amie enlevée par un corbeau. Cela va l’emmener bien loin de sa zone de chasse. Confronté aux énormes bêtes sauvages qui renvoient les chats à l’état de gentille peluche, il va découvrir le royaume des Castors, îlot préservant la vie des petits rongeurs mais menacé par un poison invisible…

Si le premier épisode de cette sublime aventure animalière laissait un peu dans l’expectative, ce second clarifie tout de suite les choses: oui Mac Smith nous propose bien une grande aventure pleine de traîtres, de rois fous et de prédateurs géants qui vont demander tout l’héroïsme du monde à nous deux souris! Un peu sur la réserve dans son introduction engoncée dans les débats politiques et le huis-clos de la maison, l’auteur ouvre ici les vannes du grand périple, appuyé sur la carte du monde qui aide le lecteur à suivre le parcours des protagonistes. ALL-NEW X-MEN HS 2 : DEADPOOL V GAMBIT | UniversComics : Le Mag'Avec une intrigue simple et linéaire, Scurry vous mène sur des rails dont le vernis animalier sur un schéma de quête fantasy apporte une vraie originalité. Comme dit précédemment on reste dans une structure Disney mais débarrassé de ses atours enfantins. Ici les animaux sont inquiétants, féroces, on saigne et le monde vu à hauteur de souris est très très menaçant… Comme toujours la galerie de personnages structure le récit et son intérêt et en la matière l’album est fort généreux: horde de souris sauvages timbrées par-ci, colosse Orignal par-là, armée de castors rigoureux et faux-frère de Grimma langue de serpent dans l’antre du roi, on n’a pas le temps de souffler entre deux attaques de loups et de serpent. La fin du tome laisse espérer une once de fantastique alors que la quête de Wix se rapproche d’une quête arthurienne et on en redemande. Tant mieux, l’éditeur Delcourt a choisi de conclure la chose dès le mois prochain! Vive Scurry!

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Manga en vrac #28: La Métamorphose – La Divine comédie – L’Iliade et l’Odyssée

Le Docu BD

Format mixte aujourd’hui puisque je vous propose une fournée de manga documentaires issus des différentes collections des éditeurs Kurokawa et Soleil, collection dont vous avez probablement déjà entendu parler en parcourant ce blog…

  • La métamorphose (Sugahara-Kafka/Kurokawa) – 2022, 176p., collection Kurosavoirs, one-shot.

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Merci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

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Après quelques très bonnes pioches chez Kurosavoirs, notamment avec la nouvelle sous-collection des Grandes figures de l’Histoire et sa réalisation de grande qualité, on tombe très bas avec cette « adaptation » de la Métamorphose de Kafka dont les dessins sont franchement rebutant. En choisissant de transposer l’intrigue de cette fable absurde dans le Japon contemporain, on perd en outre l’aspect documentaire et historique qui aurait pu permettre de s’appuyer sur des éléments vintage. Si l’histoire suit assez fidèlement le court roman, aucune analyse ne vient aider à comprendre l’intérêt de cette absurdité. Le choix de cette œuvre pour une adaptation manga aurait justement nécessité soit des dessins de qualité soit une variation dans l’horreur. Or les auteurs ont choisi la forme d’un manga semi-humoristique grossier. La lecture en devient pénible et on ne garde pas grand chose, encore moins l’envie de lire l’original, c’est un comble!

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  • La divine comédie (team Banmikas/Soleil) – 2021 (2008), 192p./volume, one-shot, collection « Classiques en manga ».

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

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La Team Banmikas s’est spécialisé depuis plus de dix ans dans l’adaptation manga de grands classiques de la littérature ou de la pensée scientifique. Si leurs manga ne brillent pas par une technique graphique très sophistiquée, ils ont acquis l’expérience de rendre (souvent) accessibles des œuvres pointues, comme cette Divine Comédie, Chant médiéval en huitains  développant autant l’importance de la foi chrétienne que les actions de nombreux personnages contemporains de Dante. La bonne idée du studio est d’avoir regroupé dans un manga court les trois chants (L’Enfer, le Purgatoire et le paradis)  en synthétisant à l’extrême, ce qui aboutit à une grande partie du volume dédiée aux cercles de l’Enfer. Cette première partie de l’œuvre est en effet la plus « graphique » et propice à quelques visions des peines que subissent les pécheurs. Le récit est donc totalement linéaire, Dante n’étant qu’un spectateur de son propre voyage accompagné du poète latin Virgile, à la recherche de son âme sœur Beatrice. Sans grand intérêt graphique, cette proposition aura néanmoins le mérite de permettre facilement à un large public d’avoir une idée de ce qu’est cet ouvrage majeur de la littérature mondiale, faute de montrer son influence (là aussi majeure) sur l’imaginaire graphique jusqu’à aujourd’hui. Une lecture facile bien que très modeste. Pour info Go Nagaï (l’auteur de Goldorak) a déjà proposé une version de la Divine Comédie.

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  • L’iliade et l’Odyssée (Banmikas/Soleil) – 2021 (2011), 224p./volume, série finie en 4 tomes.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

iliade_odyssee_soleilOn termine par une bonne surprise, cette version (très) compacte des deux récits d’Homère, qui fait un très bon boulot de vulgarisation en condensant à l’extrême les quarante-huit chants des deux œuvres. Si les dessins sont minimalistes mais tout à fait acceptables, le travail de condensation a impliqué des coupes assez franches qui surprennent parfois la lecture. Cela est renforcé par l’articulation narrative originellement entrecroisée, voir chaotique, des œuvres, ainsi lorsqu’on commence l’Odyssée sans grande explication de ce que fait Ulysse sur l’ile de Calypso. Il ne faut donc pas en vouloir aux auteurs du manga même s’ils auraient pu retravailler leur intrigue pour la rendre plus fluide. On reconnaîtra donc une démarche de grande fidélité au matériau d’origine tout en permettant une lecture assez accessible malgré la profusion de personnages et de peuples. L’adaptation partie de la source n’a pas dû être facile! Certaines coupes franches ont en revanche été faites sur la partie la plus sympa, l’aventure d’Ulysse, où sont passés sous silence le passage de l’Hadès, les Lotophages, Circé ou Charybde et Sylla pour n’aborder que le retour à Ithaque. Un peu frustrant sur la seconde partie donc mais l’Iliade permet de réviser ses classiques et à certains de découvrir ces récits majeurs de la littérature mondiale.

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Une histoire de voleurs et de trolls #3: le doigt de la sorcière

La BD!
BD de Ken Broeders
Drakoo (2022), 55p./album, série finie en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

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Pour sa conclusion (avec trois tomes en un an) de sa série parue en 2019 en Belgique, Ken Broeders s’affirme comme un auteur sur lequel il faudra compter dans les années à venir. Un peu comme le duo allemand qui avait su renouveler un genre archi-éculé (l’apocalypse zombie) dans Gung-Ho le belge aura non seulement Une histoire de voleurs et de trolls -3- Le doigt de la sorcièreproposé une aventure haute en couleur avec voyage entre les mondes et mille créatures très graphiques mais aura également créé un personnage que l’on espère retrouver bien vite dans des aventures solo. Ce Delric, magnifique anti-héros qui rappelle par moment un Han Solo dans avec ses airs de faux égoïste est une vraie réussite qui restera jusqu’au bout un peu en retrait mais dont chaque intervention est marquée d’éclats dans les dialogues ou dans l’action.

Car si la maîtrise graphique de Broeders est l’évidence qui marquera le plus vite le lecteur, il est surtout un excellent conteur d’histoires dont la liberté de la jeunesse jaillit à chaque invention. Un peu perturbé par une progression inhabituelle entre les trois tomes, le lecteur constatera que le grand final, immense bataille magique pleine de feux d’artifice, de blagues de sale driftwereld 3 een verhaal over een heks - moors magazinegosse et de morceaux de bravoure donne toute satisfaction en concluant (chose loin d’être systématique en BD…) toutes ses pistes ouvertes et notamment l’origine de cette mystérieuse sorcière après laquelle on court depuis le premier volume. Emmené avec les personnages dans un roller-coaster magique qui nous balade entre fées, élémentaux et mondes parallèles, on se laisse prendre dans un voyage plein d’originalité, comme des enfants, avec les yeux qui brillent. Les aventures aussi jolies, aussi loin des canons du genre et aussi maîtrisées ne sont finalement pas légion et placent cette Histoire de voleurs et de trolls comme une des pépites du catalogue Drakoo que je vous invite vivement à découvrir.

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**·Comics·Rapidos·Rétro

Spider-men

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Comic de Brian M. Bendis et Sara Pichelli
Panini (2022), Marvel (2012), one-shot.

Album présenté dans la collection anniversaire du printemps des comics Panini 2022.

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Lors d’une patrouille Peter-Parker tombe sur Mystério… qui le propulse dans une autre dimension. Dans ce monde semblable au sien il va faire la rencontre d’un autre spider-man…

A Spoiler-Free Review of Bendis and Pichelli's 'Spider-Men' #1Dans la recherche permanente de nouveaux publics et de renouvellement, Marvel a lancé dans les années deux-mille un nouvel univers nommé Ultimate permettant de réinventer ses personnages hors de la continuité historique. Jusqu’en 2015 et le crossover Secret wars on a pu ainsi voir apparaître plein de nouvelles versions des super-héros, dont ce fameux Miles Morales, une des initiatives les plus rafraichissantes depuis pas mal de décennies dans le monde des super-slip.  Avant de donner naissance au Spider-verse deux ans après, cet album sélectionné dans la très historique collection anniversaire Spider-man de cette année a surtout valeur patrimoniale pour plusieurs aspects.

D’abord les auteurs. A peu près inconnu lorsqu’il crée l’univers Ultimate, Brian M. Bendis est aujourd’hui un des grands manitou de l’industrie, à l’origine notamment Spider-Man Artdes event majeurs House of M (chez les X-men) et Secret invasion (dont la série adaptée s’apprête à sortir sur les écrans Disney). Sara Pichelli est elle une débutante dans l’industrie et deviendra une des principales dessinatrice du tisseur toutes ces années, considéré comme une des dessinatrices les plus importantes dans le genre super-héroïque? Ensuite la création du personnage de Miles Morales est un évènement historique: d’une part en assumant de changer radicalement l’identité du personnage le plus iconique de la Maison des idées les auteurs ouvrent la porte à toute une série de bascules que nous voyons encore aujourd’hui, y compris au MCU avec le passage de témoin du bouclier de Capitain America ou Jane Foster devenant Thor. Ce changement crée en outre un nouveau héros noir, ce qui est encore très loin d’être le cas, rajeunissant encore un peu plus le juvénile Spidey. Enfin en créant de fait le multivers moderne (on sa connaissance par Nick Fury et les Avengers), ce spider-men est une charnière majeure de l’histoire récente des super-héros et de leur interface avec le MCU.Spider-Men » par Brian M.Bendis & Sara Pichelli | 9emeArt.fr

Pour l’album en tant que tel l’intrigue tient sur un timbre-post et ne revêt pas grande émotion, retournement ou action marquante. Les dessins de Pichelli sont très agréables, les personnages et les dialogues comportent leur lot de fun, le méchant est pathétiquement insignifiant, bref, nous avons là la parfaite excuse en pilote automatique pour consommer du spider-man. Un peu le pendant graphique du récent film No way home et son fan-service totalement inutile. Pour la réinvention et l’originalité on foncera plutôt sur le Spider-Verse de Coipel et le Spider-Island de Ramos et Camuncoli.

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Crusaders #4: Spin

La BD!
BD de Christophe Bec, Leno Carvalho et Simon Champlovier (coul.)
Delcourt (2022), 64p., série en cours.

Attention, ce billet contient des spoilers!

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bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Victime d’une « graine de Largan » la Terre a été détruite… Terrassée, la commandante de la délégation humaine Natalia Tarkowski va entrer en rébellion et obtenir des informations confidentielles sur les Emanants qui remettent en doute l’objectif de cette race supérieure…

Chose rare, on arrive à l’avant-dernier tome de cette monumentale saga spatio-quantique de Christophe Bec, qui aura su condenser son propos sur un format tout à fait digeste (contrairement à ce que je lis de-ci-de là sur cette série). Je suis pourtant un déçu des magnifiques concepts de l’auteur qui m’ont dégoûté (notamment sur Prométhée) à devoir attendre dix tomes avant de passer la seconde. Le vocabulaire scientifique qui lui est reproché est pourtant essentiel à l’approche hard-science de Crusaders tome 4 - BDfugue.comla série et finalement pas bien différent de l’autre grande série SF du moment, le Renaissance de Duval, auquel on ne reproche pas tant. Moins fluide que la série dessinée par Emem, Crusaders arrive pourtant à nous emporter dans ces paysages si lointains, ces dimensions si énormes que l’on en oublie (grâce aux très talentueux dessins de Carvalho) l’ambition du projet et l’aspect vertigineux des idées physiques abordées. Alors oui bien sur on se perd par moment dans certains dialogues (c’est recherché) mais je reprocherais plutôt une certaine insistance à pointer l’insignifiance des humains dans la pyramide de l’évolution galactique. Ce n’est donc pas tant la construction scientifique de l’album que la simple progression de l’intrigue qui peuvent indiquer que le moment est venu de conclure. On ne sait du reste pas grand chose de plus qu’au début et une fois passée la sidération devant les voyages subatomiques, les univers-bulles et la maestria destructrice à laquelle nous convient les auteurs, on aimerait bien savoir où tout cela finit étant donnée l’impuissance chronique des humains là-dedans.

Ca tombe bien puisque le sixième sera le dernier, en espérant que la tentation de conclure pour recommencer un nouveau cycle ne prenne pas monsieur Bec.

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