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Locke & Key Hors Série: Ciel et Terre

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Recueil de trois histoires courtes reliées à la série Locke & Key, écrite par Joe Hill et dessinée par Gabriel Rodriguez. Parution le 16/06/21 aux éditions HiComics

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Merci aux éditions Hi-comics pour leur confiance.

Une clef pour chaque serrure

Après le décès brutal de leur père, les trois orphelins Locke emménagent dans la vieille demeure familiale, située sur l’île de Lovecraft, Massachussetts, et vont y découvrir d’étranges pouvoirs contenus dans des clefs, disséminées à travers la maison. Ces clefs vont bien évidemment attirer la convoitise de personnes mal intentionnées, et il reviendra alors à la fratrie Locke d’assumer son rôle de gardiens des clefs.

La série Locke & Key, publiée en France par HiComics, est un des succès retentissants ces dernières années en terme de comics indépendants. Abouti et fascinant par son ambiance, Locke & Key réussit le savant mélange entre horreur et teen drama, démontrant ainsi que le talent, chez les King en tous cas, peut passer d’une génération à l’autre. 

Après la conclusion de la série au sixième tome, les auteurs décident de prolonger l’aventure avec une série d’histoires courtes faisant office de préquels et mettant le focus sur les aïeux de la famille Locke ou bien sur leur célèbre manoir du comté de Lovecraft, le bien nommé Keyhouse. La première partie, poétique, nous fait remonter d’un siècle pour rencontrer des ascendants de la famille Locke, dont le fils aîné est malade. Son père va alors réaliser l’impossible pour l’embarquer dans le voyage le plus mémorable qui soit tout en tentant de le préserver.

La seconde partie, plus tendue et anxiogène, montre comment des Locke ont du se défendre contre des home invaders braqueurs de banque et redoutablement retors. Bien évidemment, les plus dangereux ne sont pas ceux que l’on croit. La troisième partie, enfin, nous met en présence de Tyler, Kinsey et Bode, les héros de la série principale, qui vont encore se confronter brièvement au pouvoir des clefs. 

Une serrure pour chaque clef

Autant le dire tout de suite, ce hors-série Locke & Key vous laissera sur votre faim. Après une intrigue aussi dense, ingénieuse et aboutie, il est normal de nourrir un niveau élevé d’attente, même pour des one-shots de ce calibre. Toutefois, à part quelques rappels des clefs incontournables de la série et quelques ajouts, rien de significatif ne vient renforcer l’attrait de ce recueil. 


Bien que les trois histoires bénéficient de la qualité d’écriture de Joe Hill, elles se révèlent finalement anecdotiques. Décrocher la Lune, n’en demeure pas moins émouvante et poétique, tandis que Grindhouse sa tout du huis-clos tendu à souhait, mais Petit coin, qui conclue l’album et met en scène les héros de la série, n’apporte paradoxalement rien en terme de contenu. 
Ce HS ne constitue donc pas un point d’entrée idéal pour les nouveaux lecteurs, mais sera à réserver aux fans hardcore ET complétistes de la série principale. 

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The Plot #1

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Premier tome comprenant les 4 premiers chapitres (sur 8) de la mini-série écrite par Tim Daniel, Michael Moreci, et dessinée par Josh Hixson. Parution en France chez HiComics le 19/05/2021.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

La hantise du Bayou

Après la mort brutale de son frère et sa belle-soeur, Chase Blaine se voit confier la garde de sa nièce Mackenzie et de son neveu Zach. En plus de devoir gérer le deuil de ce frère qu’il ne voyait plus depuis des années, Chase va donc devoir faire de la place à cette nouvelle famille, qu’il ne connait pas davantage. Ces événements vont le ramener sur la parcelle familiale, où se situe la maison des Blaine. Très vite, des secrets enfouis dans les marécages environnants, et les fondations même de la demeure, vont tenter de refaire surface. Des secrets liés de près à la mort de son frère et au destin de sa famille…

Le récit d’horreur est un exercice périlleux, surtout si l’on prend en compte les contraintes du médium utilisé. Le thème du retour à la maison est un lieu commun presque inévitable du genre, qui est presque indissociable de celui des secrets de famille, qui sert de colonne vertébrale à The Plot, sans que l’auteur ne donne, pour le moment, d’indice prégnant quant à la nature du pêché à l’origine du récit. Le deuil, bien sûr, est toujours un terrain propice à l’horreur et au surnaturel, tout comme l’exploration des dynamiques familiales (l’oncle éloigné qui récupère la garde de ses jeunes neveux orphelins rappelle le film Mama).

Vous l’aurez donc compris, The Plot s’inscrit dans le genre horrifique sans le révolutionner nécessairement. La tension est pourtant bien présente, au moyen de jump scares séquentiels bien utilisés, et d’une ambiance graphique immersive due à l’encrage lourd de Hixson et aux couleurs de Jordan Boyd.

Néanmoins, il apparaît évident que ces quatre premiers chapitres présentés tels quels font office de premier acte, les quatre derniers ayant certainement davantage de révélations et autres coups de théâtres en réserve (on soupçonne un pacte avec une entité engendrant une dette des Blaine). Il n’aurait donc pas été incongru de proposer les huit chapitres d’emblée en intégrale, au lieu de se contenter d’un premier tome d’exposition en espérant avoir accroché le public pour le second tome.

Étant donné sa nature essentiellement introductive, il n’y a donc pas énormément de choses à souligner sur ce premier tome de The Plot, si ce n’est sa correcte exécution et un mystère qui donne envie d’être découvert.

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Invisible Kingdom #2: La Bordure

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Second tome de 110 pages de la série écrite par G. Willow Wilson et dessinée par Christian Ward. Parution le 19/05/21 aux éditions HiComics.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Le prix de la rébellion

Dans le premier tome, nous faisions la connaissance de Vess, une jeune Rooliane qui quittait le confort relatif de son foyer pour s’engager auprès de l’église de la Renonciation, un culte intergalactique aux milliards de fidèles. Ce faisant, Vess savait qu’elle faisait défaut aux attentes placées en elle par son peuple, dont les traditions exigeaient d’elle qu’elle se reproduise pour perpétuer l’engeance Rooliane.

Alors qu’elle découvrait les arcanes secrètes de la Renonciation, qui prône le détachement matériel et la frugalité, Vess fit la rencontre de Grix et de son équipage, qui travaillent pour comme livreurs galactiques pour la méga-corporation Lux.

Lux est une métaphore à peine dissimulée de géants commerciaux bien réels comme Amazon, qui s’oppose depuis toujours aux idéaux prônés par la Renonciation. Toutefois, Vess découvre bien malgré elle un lien secret entre les deux entités, rendant caduc tout ce en quoi elle croyait. Depuis le début, Lux et l’église conspirent ensemble pour manipuler les foules planétaires, et maintenir un équilibre dont eux seuls semblent bénéficiaires. Consommez par-ci, mais renoncez par-là, les habitants de la galaxie semblent piégés dans cette seule alternative.

Témoins gênantes et alliées bien malgré elles, Vess et Grix sont poursuivies par la corporation à travers la Bordure, et échouent dans une région inhospitalière, où le vaisseau de Grix, véritable épave spatiale, tombe en rade. Était-ce là le prix de leur révolte ?

On retrouve donc dans ce tome 2 nos protagonistes en fâcheuse posture, perdues au milieu d’un champ de débris, promise à une lente agonie, et surtout, la proie des pirates qui écument la région. Désormais prisonnières, les deux rebelles vont devoir lutter pour leur survie, en mettant de côté leurs différends, alors même quelque chose de nouveau semble poindre entre elles…

Après un premier tome qui offrait une métaphore acerbe sur notre société de consommation et sur la assujettissement des masses, Invisible Kingdom met la contestation et le débat philosophique en pause pour se consacrer au développement de la relation entre ses deux héroïnes. Tout en augmentant les enjeux de leur survie, la scénariste se consacre à semer les graines de leur romance, une romance quelque peu attendue et qui n’offre pas de grande surprise en soi.

Ce tome 2 donne donc la sensation de n’être qu’un interlude, puisque l’équipage de Grix se retrouve durant un bon moment dans une situation passive, eux qui avaient pris dans le premier tome une décision courageuse. Lux et La Renonciation sont bien évidemment citées, mais de telle façon qu’on ne peut qu’avoir l’impression de s’éloigner de l’intrigue principale.

Si une histoire est traditionnellement découpée en trois actes, le second est classiquement considéré comme celui où l’auteur tient ses promesses, celles faites dans le premier acte. Or, ici, force est de constater que ce n’est pas le cas. Espérons que le troisième tome se recentrera sur l’intrigue principale, celle qui fait tout l’intérêt d’Invisible Kingdom.

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Shanghaï Red

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Histoire complète avec Christopher Sebela au scénario, Joshua Hixson au dessin. Parution en France le 21/04/2021 aux éditions Hicomics.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

L’enfer n’est rien face à la femme qu’on a shanghaïée

Molly « Red » Wolfram est une femme marquée par la vie à plus d’un titre. Après le départ de son père, Red a du assumer seule le rôle du soutien de famille, veillant sur sa mère et sa sœur tandis qu’elles faisaient route vers Portland. La particularité de la jeune femme est que pour subsister aux besoins des siens et intimider d’éventuels prédateurs, elle a pris l’habitude de se grimer en homme, se faisant appeller Jack.

Un soir où « Jack » alla noyer ses turpitudes dans l’alcool, il fut piégé par des hommes peu scrupuleux qui l’ont drogué, et emmené contre son gré sur le Bellwood, un navire où Jack et d’autres ont travaillé de force deux années durant. Après tous ces mois d’infernale navigation, le capitaine du Bellwwod laisse une alternative à ses marins captifs: débarquer à Shanghaï et rentrer par leurs propres moyens en Amérique, ou poursuivre leur odyssée déplaisante sur le bateau, cette fois sous contrat.

Ce choix ne satisfait pas du tout Jack/Red, qui choisit une troisième option: se rebeller et massacrer tout l’équipage, à l’exception des autres esclaves. Désormais maîtresse de son destin et capitaine de son âme, pour paraphraser Henley, Red se met en tête de regagner Portland pour retrouver sa famille, et obtenir sa vengeance contre ceux dont l’avidité l’ont condamnée à ces deux ans de supplice.

Red is raide

La vengeance et la double identité sont décidément deux items narratifs complémentaires tant on les retrouve en fiction (Le Comte de Monte Cristo et ses adaptations, par exemple). Comme beaucoup d’autres œuvres auparavant, Shanghaï Red choisit la voie sanglante comme catharsis pour son héroïne aux deux visages, qui va trancher, empaler, brûler ses ennemis les uns après les autres sur le chemin qu’elle s’imagine devoir emprunter.

Car en effet, après avoir vu la dévastation causée par son absence, Red ne concevra alors plus qu’un tonitruant massacre en guise de vengeance, seule façon pour elle d’obtenir réparation pour le grief subi sur le Bellwood.

L’histoire nous embarque rapidement dans cette épopée vengeresse, dans laquelle l’auteur donne à voir une Amérique corrompue et violente, tout juste sortie de la Conquête de l’Ouest. On peut toutefois regretter que la dichotomie entre Red et Jack ne soit pas davantage exploitée au service de l’intrigue. Elle est certes mentionnée et évoquée longuement au cours du récit, mais ne sert pas vraiment d’élément moteur pour ce dernier, car si l’on y réfléchit, l’intrigue se serait déroulée sensiblement de la même manière si Red était restée Red. L’alter-égo Jack est donc une bonne idée, mais sous-exploitée dans l’ensemble.

En revanche, la prose et les dialogues de Sebela sonnent rudement juste, chose suffisamment rare pour être mentionnée. Les dessins de Hixson, quant à eux, donnent aux texte une manifestation sombre, grâce à des enrages lourds et des palettes de couleur savamment choisies. Côté édition, on peut s’interroger sur l’utilité de mettre en avant le lettreur de la version originale, tout en sachant que la version française-pas terrible, avouons-le-est venue détricoter son travail.

Shanghaï Red est un récit de vengeance amer et sombre, qui noie les tourments de son héroïne dans un tourbillon de sang et une prose talentueuse.

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Rick et Morty tome 10

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Dixième tome de la série inspirée du show du même nom crée par Dan Harmon et Justin Roiland. Tini Howard et Kyle Starks au scénario, Marc Ellerby au dessin, parution le 17 mars 2021 aux éditions HiComics

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

This is a Rick’s world

En apparence, le scientifique Rick Sanchez a tout d’un savant fou. Alcoolique, irresponsable, il vit aux crochets de sa fille Beth et méprise copieusement son gendre Jerry. Rick repousse même les limites de l’inconséquence puisqu’il embarque, depuis 4 saisons maintenant, son petit-fils Morty dans des aventures spatiales et dimensionnelles toutes plus dangereuses les unes que les autres. 

Toutefois, Rick n’est pas qu’un ivrogne sans vergogne. On pourrait même dire que tout ceci n’est qu’une façade, visant à cacher les blessures profondes d’un homme esseulé, que son génie isole encore davantage du reste du monde. Le show nous montre ainsi, entre deux blagues potaches et deux situations abracadabrantes, les tourments internes de cet homme brillant, qui est si lucide sur la vacuité de la vie et de l’univers qu’il se réfugie dans l’alcool et la contrebande inter dimensionnelle. 

A n’en pas douter, donc, Rick & Morty redéfinit et redynamise la série animée, en allant plus loin encore qu’une série comme Futurama. 

En parallèle de cet indéniable succès, le comic Rick & Morty tente de prolonger le plaisir en couchant les aventures du duo générationnel sur papier. 

Un Rick-anement Morty-fère

Ce dixième tome nous fait découvrir un énième délire de Rick, qui, pour souffler et catharsiser  ses émotions négatives, a construit un parc parcouru par des androïdes, sur lesquels il peut se défouler, à la manière d’un certain parc à thème mettant en scène des cyborgs dans l’Ouest Sauvage… 

Le comic book marche donc sur les traces de son ainé télévisuel en reprenant un concept SF déjà usité et en y ajoutant une bonne dose d’impertinence, voire de cynisme. La philosophie nihiliste de Harmon et Roiland semble avoir contaminé les scénaristes du comic book, qui reprennent donc allègrement les parangons de pop culture (ici, la série Wesworld, vous l’aurez compris) pour les tordre, les détourner de façon drôlement cruelle, ou cruellement drôle. 

Mention particulière pour l’épisode spécial, qui en l’espèce reprend verbatim le concept d’un épisode de la série, dans lequel Morty redécouvre les souvenirs traumatisants que Rick lui a retirés à sa demande. Comme dans l’animé, c’est l’occasion de rire face aux mésaventures tantôt humiliantes, tantôt horrifiantes du jeune paltoquet, qui est toujours condamné à revivre de façon récursive les mêmes traumas. 

Entre détournement des poncifs SF et cruauté froide d’un univers indifférent, les amateurs de la série animée sauront savourer ce tome 10 en attendant la prochaine saison du show !

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TMNT #13: Les grands remèdes

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Treizième volume de la série Teenage Mutant Ninja Turtles, écrite par Tom Waltz et Kevin Eastman, dessinée par Mateus Santolouco. Comprend les numéros 66 à 70 de la série, parution le 17/02/2021 aux éditions HiComics.

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Merci aux  éditions Hicomics pour leur confiance.

Seuls contre tous

Après avoir du gérer une crise impliquant le Clan des Foot, désormais dirigé par Maître Splinter, et d’autres dangereuses factions telles que les Dragons Pourpres et les Fantômes des rues, le Clan Hamato, composé de Léonardo, Raphael, Michelangelo et Donatello doit désormais affronter de nouveaux ennemis, qui travaillent cette fois sous la Bannière Étoilée.

Ces nouveaux défis vont mettre à l’épreuve les quatre frères à carapace, ces derniers ayant des choses à se prouver depuis que Splinter les a laissés prendre leur envol. Seront-ils les dignes protecteurs de cette ville ? Et surtout, le seront-ils tout en gardant leur intégrité et en restant solidaires ?

Alliances inattendues

Alors que l’Agent Bishop rassemble ses forces pour la contre-offensive, Raphael ouvre l’album par une rapide excursion en Alaska afin de retrouver son amie Alopex, qui lutte encore contre l’influence de la démoniaque Kitsune.Une fois de retour, le guerrier farouche, qui paradoxalement n’aspire qu’au repos, va devoir se battre de nouveau au coté de ses frères. Léonardo, quant à lui, hésite et flanche face au poids de ses nouvelles responsabilités. Et ce n’est qu’en unissant leurs forces que les frères pourront échapper à la traque sans merci de Bishop et de sa nouvelle arme, Slash.

Slash était un ami-ennemi occasionnel des Tortues, désormais sous la coupe de l’agent. Guerrier inarrêtable, il va donner du fil à retordre aux frères Hamato ainsi qu’à sa famille d’adoption, les Mutanimaux.

Encore une fois, Tom Waltz, accompagné de Kevin Eastman, co-créateur des tortues, convoque habilement le lore des TMNT pour créer une trame cohérente et familière à la fois. En effet, les initiés reconnaîtront l’ensemble du casting, qui est dépeint assez fidèlement. La qualité graphique, déjà présente sur le reste de la série, est au rendez-vous ici aussi.

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Alienated

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Comic de Simon Spurrier, Chris Wildgoose et André May (coul.)

Hicomics (2020) – Boom! studio (2020), 156p., One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

L’édition comprend la traditionnelle galerie de couvertures alternatives et trois pages de recherches graphiques de Chris Wildgoose. Jolie couverture qui reflète bien le sujet Edition sérieuse mais rien de particulièrement notable à mettre en avant.

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Samuel, Samantha et Samir sont trois lycéens abimés qui se sont construit une carapace sociale pour survivre dans le monde, ses normes, ses regards. Lorsqu’ils tombent sur un œuf alien ils se retrouvent soudain connectés les uns aux autres par la pensée. Ils découvrent vite que l’alien leur procure des pouvoirs jouant avec la réalité. Ce qui commence comme un jeu finit par prendre un tour plus dramatique quand les tensions intérieures des adolescents se retrouvent avoir des incidences physiques sur la réalité…

ALIENATED #1-6 (Simon Spurrier / Chris Wildgoose) - Boom! Studio - SanctuaryHicomics est décidément un éditeur particulier. Alors que les éditions Braguelonne (la maison mère) vient tout juste de lancer son label Manga, le versant comics publie peu mais avec un niveau qualitatif particulièrement remarquable dans le registre Indé. Piochant beaucoup chez l’excellent Boom! studio, Hicomics a traduit pas moins de deux lauréats des Eisner Awards 2020, excusez du peu… Avec une portée politique souvent appuyée, leurs comics donnent à réfléchir sur le monde moderne et les évidences dans lesquelles on vit via l’artifice du fantastique.

Ne vous arrêtez pas au pitch de ce magnifique album (des histoires sur les problèmes d’ado mal dans leur peau et d’artefact alien qui donne des pouvoirs on a effectivement déjà vu ça mille fois). Le premier choc (qui demande un peu de concentration) c’est le type d’écriture qui nous balance sans prévenir dans une voix off, celle de Samuel, youtuber sans grande audience qui rêve d’être sélectionné par la star des réseaux, Waxy. Très rapidement (puisque c’est l’idée centrale) les trois protagonistes vont se retrouvés liés par l’Alien et nous livrent leurs pensées avec une couleur différente par personnage. A ce stade la structure des planches se retrouve de plus en plus destructurées à mesure que l’emprise de l’entité sur les esprits tourmentés des ado augmente. Capables de tout, voir ailleurs, créer des objets ou faire disparaître des gens, cet extra-terrestre est encore un bébé avide de connaissance et d’émotions. C’est là toute la subtilité de l’album que de nous présenter l’utilisation de ces facultés toutes puissantes par des ado dans l’âge de la recherche, du doute et de la toute puissance justement, sans que l’on ne sache jamais si ce à quoi nous assistons n’est qu’issu de leur psyché ou influencée par l’alien. Dans un rythme ternaire, les trois personnages se retrouvent l’un après l’autre capable d’assouvir ses envies et ses pulsions, jusqu’au drame.  Ne voyant qu’un bébé alien passif et semblant subir la violence des pensées des humains, le lecteur est placé dans une incertitude permanente de la cause…

PREVIEW: Samantha confronts her ex in ALIENATED #3 - The BeatSam-Sam-Sam sont des ado perturbés qui ne reflètent pas la majorité bien entendu. Sous des airs plutôt cool ils cachent tous trois des failles béantes et pas forcément la solidité pour gérer leur nouveau pouvoir. Au travers de ses trois (anti?)héros, Simon Spurrier profite du récit pour envoyer aux adultes, aux décideurs de violentes charges sur la marche du monde. En phase avec le discours de rébellion adolescente, il pointe Trump au détour d’une case (c’est facile mais rapide) mais aussi la bigoterie de ses compatriotes… comme des migrants, l’addiction des jeunes aux réseaux sociaux et l’absence de personnalité qui les rend dépendants du regard des autres (les likes), etc. Dans leurs failles, les héros ne s’en vautrent pas moins dans un narcissisme de la souffrance et de la vengeance qui rend particulièrement subtile et intéressante cette expérience.

Cette complexité se transpose superbement dans les dessins de Chris Wildgoose, classiques mais très inspirés dans le design et surtout le jeu omniprésent sur la réalité. Tordant et déchirant les cases il n’en garde pas moins une lisibilité remarquable. C’est un tour de force car avec cette narration triple, ces trois voix à la temporalité pas toujours évidente et cette déstructuration de l’image on aurait pu se perdre dans les têtes de Sam-Sam-Sam. Loin de là on est hypnotisés par ces couleurs, ces bulles ouvragées et ces séquences graphiques qui renforcent le texte.

Dans un habillage tout ce qu’il y a de plus classique, Spurrier et Wildgoose nous proposent une fascinante immersion dans le monde des adolescents de 2020, d’une intelligence visuelle folle et empli de réflexions sur un monde fou. Loin de faire la morale ils utilisent le prétexte SF pour nous questionner sur notre égo et notre prise de responsabilité dans une société du regard et de l’irresponsabilité. Puissant, beau et intelligent, un coup de cœur!

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Power Rangers & Tortues Ninja

Histoire complète en 128 pages, écrite par Ryan Parrot et dessinée par Simone Di Meo. Parution chez HiComics le 14/10/2020.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Union Barée

Les Power Rangers ont une mission difficile: protéger la Terre des convoitises malsaines de Rita Répulsa, tyran cosmique ayant à sa solde une armée disparates de monstres prêts à ravager la planète.

Les cinq adolescents cherchent donc un équilibre entre leur vie au lycée et leurs obligations de Rangers, ce qui n’est pas chose évidente.

Pendant ce temps, à New York, une autre bande d’adolescents sur qui repose parfois le sort du monde poursuit son combat. Les Tortues Ninja continuent leur croisade contre Shredder et son Clan des Foot et affrontent sans le savoir Tommy, le Ranger Vert, qui a déserté son groupe et rejoint le clan. Cette situation va conduire les deux groupes de héros à une rencontre plutôt musclée. Les Tortues et les Rangers sauront-ils mettre leurs différends de côté pour contrer les plans machiavéliques de Shredder et Consorts ?

Sixth Ranger Traitor

Nous évoquions dans un précédent article la façon la plus commune de répartir les rôles et les archétypes dans une dynamique de groupe. Les Power Rangers ne font pas exception à cette règle et le groupe se trouve toujours régi par les mêmes archétypes: -le Leader (Jason, Ranger Rouge), -le Rebelle (Zack, Ranger Noir), -le Génie (Billy, Ranger Bleu), -le Costaud (Trini, Ranger Jaune), et -la Fille (Kim, Ranger Rose).

A quelques ajustements près, les Tortues peuvent aussi rentrer dans ce moule: Leonardo le Leader, Raphaël le Rebelle/Le Costaud, Donatello le Génie, et Mike la…fille ?

Après être toutes les deux passées par de multiples incarnations, ces deux franchises phares des années 90 sont (de nouveau) réunies pour un crossover popcorn dont toute la saveur réside dans l’effet miroir de ces deux équipes. Voir les emblématiques tortues et les célèbres rangers relève pour beaucoup de la pure nostalgie, ce que le scénariste Ryan Parrot a bien compris puisqu’il convoque dans ces cinq chapitres tous les éléments clefs des deux univers.

La fusion fonctionne, même si l’histoire n’a en elle-même rien de transcendant. L’ensemble est mené tambour battant, sans temps mort, si bien que l’on en ressort avec une sensation d’inachevé, comme si ce rythme enlevé ne servait qu’à enchainer les moments fanservice les uns après les autres.

En effet, on aurait aimé avoir quelques scènes durant lesquelles Léo et Jason évoquent le poids du leadership dont ils souffrent dans leurs séries respectives, ou d’autres échanges du même acabit entre les héros. Les interactions existent et font plaisir à voir, mais il faut reconnaître que le casting pléthorique empêche d’aller plus loin en terme de relations entre les personnages, quitte à en laisser certains sur la touche au fil des chapitres.

La partie graphique, quant à elle, est assurée avec brio par Simone Di Meo, qui a réussi à faire l’amalgame d’univers distincts sans perdre le lecteur.

Ne boudons donc pas notre plaisir, l’action et les moments de bravoure, ça ne se refuse pas, surtout quand le facteur nostalgie entre en ligne de compte !

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Invisible Kingdom #1: Le Sentier

Premier tome de 120 pages d’une série écrite par G. Willow Wilson et dessinée par Christian Ward. Parution le 14/10/20 en France chez HiComics

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ÉCONOMIE DE LA FOI

Lux sait ce qui est bon pour vous. Lux, en quelques clics seulement, peut faire votre bonheur en vous prodiguant tout ce que vous désirez. Les bottes antigravité qui feront parler de vous au bureau ? Pas besoin d’attendre votre anniversaire, Lux peut vous les dénicher n’importe où dans la galaxie. L’écran plat dont vous rêvez depuis une semaine ? Plus besoin d’attendre, il est déjà sur le pas de votre porte, prêt à être déballé. 

Grix sait déjà tout ça. Non pas qu’elle y croit, mais elle sait que la mégacorporation fera tout son possible pour inonder le marché de ses produits en les rendant indispensables aux yeux de ses clients, avant de leur livrer sans délai partout dans le système solaire. Grix est une sorte de livreuse de l’extrême, embarqué dans son vaisseau le Sundog, épaulée par un équipage disparate de personnalités marginales. Habituée aux galères, elle est néanmoins heureuse de pouvoir compter sur ce job, qui lui permet de garder son petit frère avec elle, même si cela implique de travailler non-stop pour un salaire de misère, dans des conditions qui confinent à l’esclavage. 

Vess, elle, n’a rien connu de tout ça. Issue d’une famille aisée, elle a pris le contre-pied de son éducation et décidé de rejoindre le culte de la Renonciation, une religion prépondérante dans le système solaire. La Renonciation exhorte ses initiés à se détacher du monde matériel et de la surconsommation suggérée par Lux, pour se rapprocher du Royaume Invisible, où seule la foi et la pureté de l’esprit comptent, pas l’accumulation des biens. Depuis toujours, Vess est animée par une foi inébranlable qui la conduit à rejoindre le culte interplanétaire, malgré l’assentiment de ses parents. 

Ce fragile équilibre, ce sourd antagonisme entre Lux et la Renonciation, va être remis en question lorsque, chacune de son coté, Grix et Lux vont lever le voile sur une conspiration qui pourrait bien lier les deux entités dans le mensonge. Grix va dès lors entamer une course ventre-à-terre pour sa survie et celle de son équipage, tandis que Vess devra faire le choix entre l’obéissance aveugle à sa mère supérieure et la quête de vérité.

Jesus he buys me

La quête de Vérité est un pan inévitable de la psyché humaine moderne. Longtemps, elle fut détenue par quelques initiés, puis répandue verticalement aux pauvres âmes pour le salut du plus grand nombre. Les différentes églises qui se sont succédées ou qui cohabitent encore aujourd’hui se veulent toutes dépositaires de la seule et unique Vérité sur le monde qui nous entoure. Cependant, aujourd’hui, la Vérité n’est plus simplement une quête spirituelle. A mesure que le monde progresse dans la modernité, l’information se complexifie, et avec elle, la notion même de Vérité. Chacun peut détenir la sienne, certains peuvent même jouer avec de façon si convaincante qu’elle finira par perdre son caractère objectif. 

Au milieu de cet affaiblissement de la Vérité, il ne reste plus aux individus qu’à étouffer leurs questionnements existentiels à grands renforts d’achats en ligne. Là où la Vérité était autrefois révélée, du haut vers le bas, elle nous est aujourd’hui jetée en pâture, dans des petites boîtes en carton dont le contenu est censé nous rappeler le meilleur moyen d’obtenir la salut. Si la religion est l’opium proverbial du peuple, la consommation en est assurément devenue la morphine. 

G. Willow Wilson a voulu, dans son Royaume Invisible, nous mener à une réflexion -pas si subtile, certes, mais comment l’être dans ces circonstances-sur les dérives consuméristes du monde moderne, tout en n’hésitant pas à attaquer l’institution religieuse. Ici, le thème centrale de la série est une collusion secrète entre les deux, une corruption de l’une par l’autre. Dans quel but ? Que couvrent les mensonges de Lux et de la Renonciation ? Espérons que le tome 2 nous donnera quelques pistes sur les enjeux réels de cette mascarade. 

Si les thèmes abordés par G. Willow Wilson paraissent riches et profonds, ils sont pour le moment drapés dans une histoire généreuse en action, courses-poursuites et batailles spatiales. Les dessins de Christian Ward sont très bons, bien qu’honnêtement je les aie trouvés légèrement surcotés (Ward a néanmoins gagné l’Eisner Award 2020 du meilleur artiste numérique).

Une bien belle découverte qui nous amène à nous interroger sur notre monde, vivement la suite ! 

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TMNT #11: Leatherhead

Onzième volume de 128 pages de la série de Kevin Eastman, Bobby Curnow et Tom Waltz (scénario) et Mateus Santolouco et Dave Watcher (dessin). Parution le 21/08/20 aux éditions HiComics.

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Merci aux éditions HIcomics pour leur confiance.

Crocodile Dandy

Après un dixième tome réussi, voici la suite des rocambolesques aventures des célèbres Tortues Ninja. Alors que Maître Splinter continue sa régence du Clan Foot, Leo, Raph, Donnie et Mike retournent sur l’île où git le Technodrome, gigantesque engin de guerre du Général Krang, laissé après la défaite des Utroms.

Les quatre frères, convoqués sur l’île par leur ami Fugitoïde, vont devoir prendre toutes les précautions car l’île a été terraformée pour n’être habitable que par des Utroms. Sur place, ils vont entreprendre de libérer des Utroms pacifiques, et rencontreront un nouvel allié de circonstance: Leatherhead, un saurien mutant gardien de l’île.

Guerre des clans

Tandis que les Tortues s’échinent à régler la question Utrom, Splinter doit faire face aux machinations ourdies par l’immortelle Kitsune. La Clan Hamato sera-t-il à la hauteur sur les deux fronts ?

Encore une fois, les auteurs s’amusent à nous embarquer dans l’univers fou et décalé des Tortues Ninja, sorte de grand fourre-tout dans lequel des ninjas peuvent côtoyer des extra-terrestres et des pigeons mutants sans que cela ne nuise à la cohérence de l’ensemble. Dans ce tome 11, l’introduction de Leatherhead reprend le caractère ambigu du personnage initial, tantôt ami, tantôt ennemi.

Kevin Eastman et consorts reprennent donc efficacement le lore des TMNT pour refondre une série moderne et bien rythmée, dont les enjeux nous donnent envie de découvrir la suite !