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L’Ogre Lion #2: Les trois lions

La BD!

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Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance!

Nous avions laissé le roi-lion déchu et amnésique Kgosi se diriger vers un shaman susceptible de l’aider dans sa quête de mémoire et de rédemption. Le second tome de L’ogre lion enchaine donc directement dans la cabane du sorcier pour un volume qui est construit très intelligemment comme un flashback sur les origines du lion et de son démon allié, l’écorché Bakham Tyholi. C’est la grande surprise de ce second tome (prévu en trois…?) où l’on n’attendait pas autant de révélations de sitôt, l’épisode précédent étant présenté sur une base simple envisageant des révélations progressives. Un risque aussi, probablement calculé au vu du format en trilogie et qui déséquilibre un peu l’aspect fantasy-barbare du titre puisque l’on perd sur la plus grosse partie du tome l’équilibre remarquable de la petite trouve formée par le lion et ses amis.

On sort ainsi de cette aventure au fait des responsabilités de Ngosi dans la mort de ses enfants, du rôle de son frère qui apparaissait comme le traitre à la fin du précédent épisode, et des origines du démon cornu. Avec ce parti pris inhabituel il est incontestable que le lecteur aura bien avancé dans l’intrigue, intéressante, centrée sur la tyrannie féline contre les herbivores, qui développe le thème du racisme sous la forme d’une parabole animalière. Fort impliqué dans son projet (au point de délaisser l’attendu second tome du très réussi Amazing Grace avec Aurélien Ducoudray), Bruno Bessadi dispose d’une intrigue politique détaillée autour de différents peuples (notamment un mystérieux peuple simien) et il n’est pas du tout impossible au vu du développement, du plaisir manifeste de l’auteur dans le travail de son projet et du potentiel que la trilogie s’élargisse dans quelque chose de plus ambitieux.

Si l’album marque une petite faute de gout – qui confirme les questionnements de Dahaka sur la chronique du premier tome concernant le type de public visé entre le grand public et la barbarie hyboréenne – lorsque l’impitoyable démon incarné Bakham Tyholi devient sensible aux amitiés des vivants, on n’a que peu de choses à reprocher à un album qui respire l’implication, la confiance et le professionnalisme. Bessadi croit en son grand œuvre et il n’est pas impossible qu’il le tienne au vu des qualités qu’il a montré jusqu’ici, suffisamment pour entrainer le public avec lui en tout cas dans ce qui est aujourd’hui un des tous meilleurs titres du catalogue Drakoo.

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*·Comics·East & West·Manga·Nouveau !·Rapidos

Sakamoto days #1

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Manga de Yuto Suzuki

Glénat (2022), 192, 5/9 volumes parus.

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Taro Sakamoto est un assassin légendaire qui s’est retiré du monde après avoir rencontré l’amour. Vivant désormais paisiblement comme épicier avec sa femme et sa fille, il va soudain voir débarquer la fine fleur des tueurs de la pègre mondiale bien décidés à lui faire la peau. L’étrange bonhomme cache pourtant encore bien des talents que vont découvrir les candidats à sa succession…

mediathequeParé d’excellents avis et d’une com’ en grandes pompes de Glénat lors de la sortie des deux premiers volumes au printemps dernier, je me suis laissé tenter par l’expérience Sakamoto days lors d’un passage en médiathèque. L’esprit décalé et le look wtf du super-tueur épicier avaient du potentiel et sans beaucoup d’exigence il suffisait d’un bon enchaînement d’action pour combles les attentes. Et je dois dire que mon envie a été assez rapidement douchée en constatant qu’on était loin des glorieux ainés du shonen… Bien Sakamoto Days (tome 1) - (Yuto Suzuki) - Shonen [CANAL-BD]que le design global des personnages et de Sakamoto soit sympathique, un chara-design ne suffit pas à faire une bonne série et on constate rapidement d’importantes lacunes dans un dessin approximatif, y compris dans les séquences de baston (nombreuses). Mais le nerf d’une bonne BD étant toujours son scénario, c’est là que le bas blesse le plus puisque dans la volonté d’aller vite, on ampute toute progressivité en balançant en quelques pages l’origin-story du personnages pour ensuite enchaîner sur des chapitres presque one-shot qui ont vocation à constituer une « Team Sakamoto » faite d’anciens assassins ou mafieux repentis. Du coup aucune trame longue n’est proposée et le volume enchaîne les combats sans enjeux du fait de la toute puissance du personnage et de la reproductivité des assassins lancés à ses trousses. Le seul point qui pourrait titiller l’envie repose sur l’étonnante capacité de télépathe de l’acolyte de Sakamoto, qui permet quelques jolies trouvailles humoristiques lorsque ce dernier ne cesse de « tuer en pensées » de la plus affreuse manière tout ce qui se trouve autour de lui. Malheureusement, si des DR. Slump, Tortue génial et mille autres petits-gros redoutables parsèment le monde du manga, Sakamoto semble manquer de bien des atouts pour creuser son sillon hormis comme seule consommation Shonen. Doté de trop peu d’atouts et de trop d’incohérences, c’est une vraie mauvaise pioche et la quantité de parutions manga ne justifient pas d’y passer plus de temps.

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***·BD·Nouveau !

Korokke et l’esprit sous la montagne

Second tome de la série écrite par Josep Busquet et dessinée par Jonathan Cantaro. 104 pages, parution le 27/05/22 grâce à Spaceman Project.

Sauce Samouraï

Korokke, l’Oni rouge et bravache, parcourt le Japon en compagnie de son ami Fugu, un renard afin de se confronter aux meilleurs combattants du pays et ainsi, devenir les meilleurs lames nippones de tous les temps. Au cours de leur pérégrinations, Korokke et Fugu croisent la route de Negi, une nonne désespérée qui cherche par tous les moyens à sauver son temple, promis à la destruction par l’immonde Nobunaga.

Le conquérant, qui a sous ses ordres une armée de plus de vingt-cinq mille hommes, qu’il sacrifierait jusqu’au dernier pour accéder au trésor gisant sous la montagne qui abrite le fameux temple. Negi, qui n’a pas de quoi se payer les services de ronins aguerris, va faire des pieds et des mains pour bénéficier du secours de ce duo de sabreurs magiques. Mais Korokke, trop absorbé par sa quête de perfection, et déjà lésé autrefois par la malice des humains, n’est pas prêt à accorder sa confiance une nouvelle fois, et déboute la nonne éplorée.

Décidée à sauver son temple quoi qu’il en coûte, notamment en souvenir de son grand-père, va ruser pour convaincre l’oni et son ami renard de s’associer à sa cause. Ainsi vont commencer les nouvelles aventures de Korokke pour sauver l’esprit sous la montagne !

On peut compter sur les éditions Spaceman Project pour dégoter des projets originaux, variés, et leur donner leur chance via le financement participatif. Korokke, qui avait déjà été plébiscité par les lecteurs lors de la campagne de financement du premier tome, a reçu pour cette suite plus de 120% de participations.

Le protagoniste, Korokke, est un « oni », des démons issus du folklore japonais que l’on pourrait considérer comme des mélanges entre ogres occidentaux et djinns orientaux. Il est généralement admis que les oni rouges sont turbulents, agressifs, extravertis et fortes-têtes, tandis que les bleus seraient plus bienveillants, réfléchis et sereins. On trouve des duos oni rouge / oni bleu à de nombreuses reprises dans la pop culture, comme par exemple Captain America (bleu) et Iron Man (rouge), Superman (rouge) et Batman (bleu), Sonic et Knuckles, Leonardo (bleu) et Raphael (rouge), Hellboy et Abe Sapiens.

En parlant de Hellboy, on peut aisément faire le rapprochement avec Korokke, deux démons rouges au grand cœur qui parcourent le pays et affrontent des adversaires magiques. L’auteur mène cependant son intrigue sans trop de rebondissements ni coups de théâtre, jusqu’à un final qui fleure bon le deus ex machina. Cette fin gâchera quelque peu le plaisir de lecture aux lecteurs pointilleux, mais l’ensemble est suffisamment bien mené pour pour garder son sceau qualitatif.

Entre Hellboy et les Sept Samouraïs, Korokke emportera l’adhésion des amateurs de folklore japonais et d’aventures sabreuses.

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Zojaqan

Histoire complète écrite par Jackson Lanzing et Collin Kelly, dessinée par Nathan Gooden. Parution aux US chez Vault comics, publication en France grâce au concours de Komics Initiative le 25/02/2022.

Shannon la Barbare

Bercée par les vagues, Shannon Kind s’éveille, et elle ignore où elle est. Rassérénée par la douce chaleur qui l’enveloppe, elle pense d’abord rêver, jusqu’à ce qu’elle atteigne un étrange rivage qui semble bien éloigné de sa contrée natale.

Bientôt, Shannon doit se rendre à l’évidence: elle ne rêve pas, et elle n’est pas sur Terre. Après quelques temps d’exploration, la jeune femme endeuillée s’aperçoit qu’elle foule une terre primordiale, hostile, parcourue par une dangereuse race de prédateurs, des créatures vicieuses qui se délectent de la peur qu’elles provoquent chez leurs victimes.

Mais depuis le décès de son fils Luther, Shannon n’a rien à perdre. Donc, Shannon n’a pas peur. Qu’à cela ne tienne, elle fera tout pour survivre dans ce nouveau monde, ne serait-ce que pour priver les monstres de la satisfaction de la voir baigner dans une marre de son propre sang. Sur son chemin, Shannon va croiser de fragiles créatures, qui n’ont pas encore de nom mais qui vont rapidement s’attacher à elle, elle qui est la seule à tenir tête aux prédateurs. Peu à peu, la jeune femme va s’ériger en protectrice de ces petits animaux aux allures porcines, dont la peau rosée ne servait jusque-là que de festin à des créatures plus fortes et plus déterminées.

Cependant, Shannon est frappée par un étrange phénomène: régulièrement, elle perd connaissance, et à son réveil, le temps semble avoir accéléré sa course, si bien qu’elle ne reconnaît ni les paysages, ni ses petits camarades, qui ont entre-temps évolué de façon stupéfiante. Désormais doués d’intelligence, elle s’aperçoit que ses amis, baptisés les Zojas, ont bâti grâce à elle une civilisation, dont elle est la pierre angulaire, « Shan« . Vénérée comme une déesse depuis des milliers d’années, Shannon va, au gré de ses sauts dans le temps, assister à l’évolution de ses protégés, qui connaitront grandeur et décadence, toujours en tentant d’interpréter les messages de leur guide Shan.

Ce que Shannon ignore toutefois, c’est que les prédateurs, de leur côté, poussés par la pression évolutive provoquée par l’hécatombe de Shannon dans leurs rangs, vont eux aussi profiter des siècles pour s’organiser, muter, et devenir eux aussi autre chose que ce qu’ils était destinés à devenir. Et en parallèle se pose la question: Shannon rêve-t-elle ? Est-elle morte ? Ce qu’elle voit et ressent dans ce monde étrange résulte-t-il d’une interprétation faite par son cerveau agonisant de ce qui s’apparenterait à l’au-delà ?

Depuis quelques temps déjà, les éditions Komics Initiative dénichent des comics indépendants échappant au carcan des grandes maisons d’édition américaines, à savoir Marvel et DC. Entre les deux géants, fourmille un monde dans lequel les auteurs sont libres d’explorer des concepts originaux, comme c’est le cas avec Zojaqan. Dès le début de l’histoire, nous adoptons le point de vue de Shannon, qui découvre en même temps que le lecteur le monde étrange dans lequel elle a été parachutée. Nous avançons donc pas à pas avec elle, et devons recoller les morceaux de l’intrigue en usant des bribes d’informations et des déductions dont nous disposons.

Les deux scénaristes utilisent le thème du deuil et de la nécessité de le surmonter, d’évoluer, et mettent ce thème en abyme en montrant Shannon aux prises avec une quête d’identité et de rédemption poignante. La trame de l’album est aussi l’occasion de prendre du recul sur l’évolution humaine, sur l’ascension et la chute des civilisations, mais aussi sur le rapport qu’entretient l’Homme avec ses icônes.

En effet, on constate au fil de la lecture et des époques qui défilent, que des propos et des concepts religieux peuvent être facilement détournés, extrapolés, voire déviés de leur intention originelle, par des gens qui ont en tête leur intérêt propre, ou qui agissent par ultracrépidarianisme. Bien qu’aucun de nous n’ait dans son CV une expérience en tant que prophète, on peut du coup imaginer le désarroi de Shannon lorsqu’elle voit ses enseignements détournés par les Zojas.

Sur le plan graphique, nous avons droit grâce à Nathan Gooden à de très belles planches, dynamiques, qui font la part belle aux décors étranges et oniriques du monde de Shannon, sans oublier des designs très réussis concernant les monstres. Une belle découverte !

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Rage #1: le rideau de Titane

La BD!
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BD de Tome et Dan
Kennes (2020), 78p., série en cours.

Le Rideau de Titane est une barrière infranchissable qui sépare les terres désolées de la mythique An-Ahm. Dans ce monde mort les réfugiés tentent le tout pour le tout dans le but de reprendre une vie meilleure dans la cité que l’on dit paradisiaque. Mais avant cela il y a le Mur. Les laser. Les drones. La mort. Jin crains la mort, comme tout le monde. Mais il n’a plus le choix car son aimée Saakhi est passée de l’autre côté. Il doit braver le danger et tenter le tout pour le tout…

Rages - BD, informations, cotesLe monde de l’édition est rempli de petites maisons qui tentent de trouver la perle rare qui comme Lanfeust en son temps lui permettra de trouver une place sur les présentoirs de des librairies. Assez mineures en BD puisque hormis les deux succès critiques Putain de chat et Ninn peu de leurs séries sont connues, les éditions belges Kennes ont réussi à attirer un vétéran, le mythique Tome, scénariste de Soda et surtout de la meilleure période de Spirou avec son compère Janry avant de lancer Ralph Meyer (actuel cador du dessin sur Undertaker) sur l’excellent polar Berceuse assassine. Pour rester en famille, le dessinateur de ce Rages n’est autre que l’assistant de Janry sur les petit Spirou. Tout ça pour dire que vous trouverez dans cette ouverture d’une série conçue sur plusieurs volumes énormément de l’esprit des Spirou version Tome&Janry dans son aspect le plus sombre et adulte. Cela avant la disparition soudaine du scénariste à soixante-deux ans seulement en 2019…

Dans cette introduction à un monde post-apo animalier dépressif les planches claquent au visage avec la fraîcheur des premiers albums. Un souvenir du Block 109 de Toulhoat ou du Brane zéro de Mathieu Thonon où malgré quelques lacunes techniques on sentait une passion pour la mise en scène et une entièreté créative qui ne calcule pas. L’alchimie de cet album repose ainsi sur la science du découpage hautement cinématographique Rages - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.comde Tome et sur la passion de Dan qui propose une étonnante variation de techniques dans ce survival. Car si le début nous narre une expédition pour franchir le mur infranchissable on arrive très rapidement dans le cœur de cet album plus d’ambiance qu’explicatif: l’arène des gladiateurs. On retrouve ainsi le désespoir et la rage d’une autre série dépressive: Solo. On connaît les ressorts: une aimée perdue, un eldorado qui n’est qu’un mirage, une dictature qui s’appuie sur des jeux du cirque pour apaiser sa population, un héro qui sait montrer la vertu de la collaboration dans un monde d’égoïsme et de violence.

Proposant quelques superbes visions dystopiques, Rages est une enthousiasmante entrée en matière qui propose ce qu’on aime dans la BD SF: des références en veux-tu en voilà au cinoche des années quatre-vingt, de la radicalité dépressive, des combats d’arène rageurs, violents, désespérés. La conclusion aussi logique qu’engageante pour la suite nous laisse dans l’attente d’un développement de l’univers vers ce qu’on imagine comme une révolte populaire à l’issue des exploits de notre panda-guerrier. Toutes les bases sont posées, teasées, pour une grande série post-apo. Pour peu que la disparition du scénariste et les ventes incitent l’éditeur à poursuivre l’aventure.Certaines séries ont particulièrement besoin des lecteurs pour se poursuivre. Rages en fait partie et je vous invite vivement à tenter le combat.

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**·Comics·East & West·Nouveau !

3Keys #1

Premier tome de 144 pages, écrit et dessiné par David Messina. Parution en France aux éditions Shockdom le 14/01/2022.

Les Grands Anciens, c’est plus ce que c’était

Randolph Carter, le voyageur du Multivers, est parvenu, au cours de ses aventures, à entrer en possession des trois Clés d’Argent, trois armes capables de vaincre les Grands Anciens et leurs innommables rejetons. Après s’être volatilisé, ces armes semblaient perdues, mais elles ont été retrouvées par les trois derniers guerriers d’Ulthar. Ces armes ne pouvant être utilisées que par la lignée des Carter, les trois guerriers se sont séparés, pour retrouver les trois dernières descendantes de Randolph, et ainsi les seconder dans la tâche ardue qu’est la défense du Multivers.

Sacrés arguments de vente

En effet, les Grands Anciens sont de retour, et la Contrée du Rêve, dont sont issus les trois guerriers, a été ravagée. Peu à peu, les monstres s’insinuent dans notre réalité, en passant pas les rêves et les cauchemars des humains, qui sombrent peu à peu dans la folie. Il est donc urgent pour les cousines Carter d’intervenir ! Mais Noah, accompagnée de son mentor Theon, n’a pas toujours la tête à combattre des monstres…

Le dessinateur italien David Messina s’est fait connaître dans l’industrie du comics, chez Marvel, DC, IDW Publishing, avant de se lancer en tant qu’auteur complet avec 3Keys. En guise de worldbuilding, il reprend le mythe de Cthullu, en y ajoutant des guerrières sexy et des hommes-tigres, pour créer un univers décalé.

Néanmoins, si l’aspect graphique est indéniablement sublime, avec une maitrise évidente du trait et des postures, des créatures bien travaillées et des scènes d’action, il paraît clair que l’écriture ne suit pas. La mise en scène, passable par moments, ne sert en rien l’intrigue ni l’évolution des personnages, qui est ici quasi inexistante. Ce point ne serait pourtant pas rédhibitoire si le second degré et l’aspect cartoon étaient plus assumés, voire outranciers. Ici, on se retrouve avec un duo certes improbable, mais dont la dynamique tombe un peu à plat. L’héroïne badass et (trop) sûre d’elle peut être un atout, voire une base solide pour un arc narratif intéressant, mais ici, l’auteur ne semble pas saisir la pleine mesure des enjeux de son récit et passe vite d’une scène à l’autre, éparpillant d’autant plus l’intérêt du lecteur.

Cela donne donc des scènes d’action parfois brouillon, quelques tentatives d’humour qui ne font pas toujours mouche, et bien entendu, des retournements de situation pour lesquels on peine à trouver du sens.

Il n’y a pas grand chose d’autre à dire sur ce 3Keys, si ce n’est qu’il contenait tous les éléments d’une recette efficace, mais que l’auteur n’a pas eu les moyens entiers de sa politique. On peut donc proposer l’octroi de deux Calvin, éventuellement un troisième pour les fans de Lovecraft et pour la qualité des dessins.

***·BD·Jeunesse·Nouveau !

Katsuo #1: Le Samouraï Noir

Premier tome de 58 pages de la série écrite par Franck Dumanche et Stéphane Tamaillon, dessinée par Raoul Paoli. Parution chez Jungle le 23/09/2021.

Kat sue, sang et eau

Le jeune japonais Katsuo n’a pas une existence trépidante, mais elle lui convient tout à fait comme elle est: chiller dans sa chambre et jouer aux jeux vidéos, telles sont ses aspirations du moment. Cependant, sa mère et son grand-père ne le voient pas de cet œil. Pour eux, Katsuo gâche son potentiel, alors qu’il pourrait poursuivre son entraînement au Kendo et ainsi reprendre, le moment venu, la direction du dojo familial.

En effet, le grand-père, quelque peu rigide et à cheval sur les traditions, insiste pour que Katsuo se plie au sacerdoce de la famille, et veille sur l’institution fondée par leur ancêtre Honjo il y a plusieurs siècles. L’adolescent, lui, traîne des pieds en allant s’entraîner et préfère ses écrans aux sabres de bois.

Un soir cependant, Katsuo est intrigué par les allées et venues de son grand-père au sous-sol du dojo, et décide d’aller y jeter un oeil. Alors qu’il pose la main sur le sabre révéré par le vieil homme, il se retrouve mystérieusement transporté dans le japon médiéval, où il fait la rencontre d’un jeune homme nommé Honjo, qui n’a alors rien d’un farouche guerrier, et qui est lui-même confronté aux attentes démesurées de son père.

Car il se trouve que le grand-père d’Honjo, et donc l’ancêtre de Katsuo, était parmi les quatre valeureux guerriers qui ont mis fin au règne de terreur du Samouraï Noir, un guerrier affublé d’une armure magique qui a semé le chaos dans l’achipel sous l’ère d’Azuchi Momoyama (1582). Katsuo a donc voyagé dans le temps, alors même que les quatre vieux guerriers sont attaqués et tués les uns après les autres. Le Samouraï Noir serait-il de retour ?

Aventures à la sauce Samouraï

A priori, le lecteur ne sera pas dépaysé à la lecture du pitch de Katsuo: un jeune garçon a priori lambda mais attachant, va sortir de sa zone de confort et être confronté à une situation extraordinaire qu’il devra résoudre en utilisant un pouvoir magique. Rien de bien neuf sous le soleil, même si l’on ajoute le paramètre du voyage dans le temps, qui promet des situations cocasses de décalage et d’incongruité.

Le thème des traditions et de l’impact qu’elles doivent et peuvent avoir sur la jeune génération reste néanmoins intéressant, la culture nippone, elle-même partagée entre tradition et modernité, étant un terreau idéal pour exploiter cette dichotomie.

On pourra reprocher un manque d’originalité dans l’antagoniste, qui, sous ses airs assumés de Shredder, n’apporte pas grand chose à la thématique du récit. On aurait sans doute préféré un adversaire plus étoffé, et qui, pourquoi pas, aurait lui-même été confronté à une sorte de pression familiale. Au lieu de ça, on a quelque chose de plus basique, et donc, de moins mémorable.

Ce petit manichéisme mis à part, le rythme de l’album reste dynamique, avec une introduction rapide, même si l’exposition est quelque peu pataude, ou en tous cas, très explicite, par moments. Difficile de déterminer si les auteurs ont pris ce parti en raison du lectorat cible ou bien par maladresse, toujours est-il que certains éléments auraient du être amenés avec plus de subtilité.

Une fois Katsuo projeté dans le passé, les actions s’enchaînent de façon fluide et rapide, amenant à un climax bref mais survitaminé. Côté graphique, Raoul Paoli fait le choix de la clarté et de la décompression pour ses planches, usant d’un trait résolument orienté manga, avec des expressions typiques de ce médium et des poses dynamiques.

En bref, un album jeunesse agréable à lire, quand bien même il ne révolutionne pas le genre.

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Ultraman: les origines

Premier tome de 144 pages de la série Marvel écrite par Kyle Higgins et Mat Groom, et dessinée par Francisco Manna. Parution en France le 06/04/22 chez Panini Comics.

« Gaffe où je mets les pieds… »

Sur les épaules des géants

Vous ne le savez sans doute pas, mais notre monde est foutu. Enfin, pas tout à fait, disons plutôt qu’il est au bord d’un gouffre intersidéral d’où se déversent sans discontinuer des hordes de kaijus, des monstres géants qui ne rêvent que de piétiner rageusement toute zone habitée par des petits êtres insignifiants qu’on appelle des humains, qui agitent leurs bras pathétiques et impuissants alors que leur monde s’embrase.

Bien heureusement, le commun des mortels n’est pas au fait du danger, et peut continuer sa vie paisible et relativement courte sans se soucier de rien d’autre, grâce aux héros de la PSU, la Patrouille Scientifique Unie. Chaque jour, nos agents de la PSU se lèvent de leur petit lit et trouvent en eux la résolution de combattre ces monstres, grâce à une technologie avancée qui leur permet de lutter efficacement et en toute discrétion.

Depuis qu’elle a réussi le concours d’entrée, Kiki Fuji est cantonnée au Quartier Général, et se contente d’essayer de comprendre comment fonctionnent les armes de la PSU, sans parvenir à grand chose. Personne ne peut lui révéler la provenance de cette technologie, mais l’astucieuse Kiki commence à subodorer quelque chose de singulier derrière tous ces mystères. Un jour, elle est conviée en intervention, et ne doit son salut qu’à l’intervention impromptue de Shin Hayata, son meilleur ami casse-cou qui aimerait bien se la jouer lui aussi Men In Black. Malheureusement, Shin n’a pas réussi le concours d’entrée et ne peut donc pas rejoindre l’effort collectivement secret de lutte contre les kaijus.

Cependant, un concours de circonstances fait qu’il est appelé pour intervenir avec Kiki sur les lieux d’un crash, qui rappelle celui qui a eu lieu en 1966 et qui a coûté la vie au meilleur agent de la PSU. Shin va alors commettre une erreur qui pourrait mettre en danger la planète entière, en blessant mortellement un allié inattendu alors qu’il s’extirpe de son vaisseau. En faisant la rencontre de cet être céleste nommé Ultra, Shin va devoir mettre sa vie en jeu pour le sauver et réparer son erreur. Ce faisant, il endossera une responsabilité bien plus grande que ce qu’il aurait pu imaginer et devenir Ultraman, dernière ligne de défense de la Terre face au kaijus !

La taille, ça COMPTE !

Ultraman est une icône pop de la culture nippone, un précurseur du genre Tokusatsu, créée par Eiji Tsuburaya en 1966. Cette série télé feuilletonesque a initié le format du « monster of the week« , dans lequel chaque épisode est une histoire auto contenue mettant en scène un antagoniste différent. Ultraman est donc en quelque sorte le premier superhéros japonais, et il est intéressant de noter qu’Eiji Tsuburaya est également connu pour avoir co-crée le célèbre Godzilla.

Le personnage rouge et blanc, sorte de titan qui affronte des monstres géants, a été décliné en dessins animés, en mangas, et en série, la dernière en date étant diffusée sur la plateforme au grand N rouge. Face à une telle icône pop, que vaut cette adaptation chez Marvel ?

Eh bien, il faut avouer que le pari est sensiblement gagnant, grâce au travail des scénaristes, qui parviennent à recréer une dynamique intéressante entre le protagoniste humain et son binôme venu des étoiles. Toutes les composantes de bases du personnage se retrouvent donc dans le comic book, à commencer par la fusion entre les deux héros. Il faut noter cependant que la tendance est ici renversée par les auteurs, car initialement, c’était Ultra qui, responsable de la mort de Hayata, le ressuscitait en fusionnant avec lui. On retrouve aussi la fameuse limite de temps, qui ne donnait dans la série télé que 3 minutes à Ultraman pour vaincre son ennemi, sous peine de voir son énergie vitale disparaître.

Ce premier volume de Rise of Ultraman offre aussi des révélations métas sur la nature véritable des kaijus, qui ne sont pas sans rappeler leur signification réelle et sur le plan artistique. La présence d’Ultra, un être issu d’une civilisation très avancée, est l’occasion de regarder de haut nos travers humains, avec tout de même un espoir de rédemption, procédé également utilisé dans Renaissance, que nous chroniquions le mois dernier.

Sur le plan graphique, Francisco Giuseppe Manna s’en sort avec les honneurs grâce à un trait moderne et agréable qui emprunte ce qu’il faut aux codes du manga sans en faire trop. Entre batailles spectaculaires contre des monstres géants, clins d’oeils et références à la série d’origine et modernisation du mythe, ce premier tome ouvre correctement le bal, et nous rappelle que la sortie d’Ultramega chez Delcourt est pour très bientôt.

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Yojimbot #2: Nuits de rouille

Second tome de 152 pages de la série écrite et dessinée par Sylvain Repos, paru le 04/02/2022 chez Dargaud.

Il est Bô le Robot

A l’occasion du premier tome, nous faisions la connaissance du jeune Hiro, pourchassé par une horde de robots meurtriers et de soldats sanguinaires, au cœur d’une île qui était autrefois un parc d’attraction géant dédié au japon féodal et à ses célèbres samouraïs.

Laissé à l’abandon, le parc était encore habité par toute une population de robots, programmés pour se comporter comme des samouraïs afin de faire des démonstrations de duels aux visiteurs ébahis. Après que son père fut abattu, Hiro trouve refuge auprès de l’unité 063, qui, étonnamment, prend la protection du garçon très à cœur. Au fur et à mesure de leurs péripéties, le robot, baptisé Sheru, et Hiro trouveront de nouveaux compagnons robotiques, qui ne seront pas de trop s’il veulent échapper au sadique Topu qui cherche à capturer le garçon.

Le tome 2 s’ouvre sur une ellipse de plusieurs mois, au cours de laquelle Hiro a bien changé. Désormais endurci, le jeune garçon s’est trouvé un nouveau protecteur, mais cherche toujours un moyen de réparer ses premiers compagnons, en fouillant l’île à la recherche de pièces détachées et de batteries. La vie est dure sur l’île, d’autant que Topu et les autres n’ont pas renoncé à leur traque. Mais il reste encore un espoir de fuir cet enfer, à condition d’atteindre l’ancien port et de trouver un bateau.

Narrativement parlant, ouvrir sur une ellipse est un pari quelque peu risqué car il coupe par définition le rythme du récit, et rend implicite certains événements qui peuvent diminuer l’immersion, voire nuire à la compréhension, ce qui a un impact indéniable sur l’adhésion du lecteur. Pour un récit centré autour de la relation entre un garçon et son protecteur, où chaque interaction doit être au service de leur relation, cela représente autant d’occasions manquées de construire leurs relations, et donne l’impression d’avoir raté quelque chose.

Du coup, après un premier tome au rythme survitaminé, où les enjeux vitaux étaient intrinsèquement liés au fait de quitter l’île, on se retrouve donc avec une situation qui s’est enlisée dans le temps, et que de surcroît l’auteur n’a pas jugé opportun de nous montrer. Sylvain Repos opte donc pour un rythme plus lent, au risque d’aliéner les lecteurs en quête d’adrénaline.

S’agissant du world-building, si le premier tome était avare en informations, ici quelques révélations viennent éclairer notre lanterne, ce qui compense l’effet indésirable de l’ellipse. En revanche, la partition graphique est toujours aussi virtuose, tant dans le découpage que dans le trait, montrant ainsi l’aboutissement de plusieurs influences.

Espérons qu’après le cliffhanger du tome 2, le tome 3 saura allier action et développement des personnages pour conclure cette super aventure.

***·Comics·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Solo: Alphas

esat-westComic d’Oscar Martin et Juan Alvarez
Delcourt (2021), 108 p. one-shot, univers commun avec la série mère Solo.

L’album au format franco-belge (contrairement à la série Solo qui est au format Comics), comprend un cahier de recherches graphiques de six pages, ainsi qu’une préface d’Oscar Martin clamant son amour au talent de son associé graphique Juan Alvarez. L’illustration d’intérieur de couverture est très réussie et montre la finesse du travail de ce dernier.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

La lecture du premier tome de Solo m’avait enthousiasmé mais je n’ai pas eu le loisir de poursuivre (ce sera fait à la suite de ce one-shot qui m’a bien donné envie de me replonger dans cet univers barbare). Présenté comme une histoire complète, la conclusion raccroche néanmoins directement avec le second cycle de la série mère en en faisant une origin story.

Je ne vais pas vous mentir, cet album est un fan-service destiné à la fois à donner encore plus de Solo aux lecteurs et de mettre le pied à l’étrier d’un jeune auteur qui a développé son dessin au sein des concours organisés par Martin pour faire vivre son univers et son lectorat. Je ne me suis pas particulièrement penché Solo : Alphas - (Juan Alvarez / Oscar Martin) - Heroic Fantasy-Magie  [BÉDÉRAMA, une librairie du réseau Canal BD]sur cet aspect mais cette série et son auteurs sont un nouvel exemple de ce que peut produire une passion lente et tenace pour créer de toute pièce un univers solide avec une base de fans solide, en s’exonérant totalement des cadres éditoriaux classiques.

Nous avons donc l’histoire d’un chien (ce monde est peuplé de créatures animales humanoïdes) que son clan tente d’éliminer et qui décide de se venger en récupérant sa belle à l’occasion. Traqué, il va mettre à profit sa rage et sa compétence guerrière pour recréer une communauté basée sur la confiance et non sur la seule force d’Alpha. Nous retrouvons donc cet univers désespéré fait de guerriers, de combats archi-sanglants, de bêtes sauvages et de combats ininterrompus. Et sur ce plan on est régalé avec de très belles chorégraphies et de la rage bien comme il faut. Sans ambition particulière l’album montre donc la qualité graphique du dessinateur, qui sait se démarcher un peu de son maître et se lit comme une bonne BD d’action, pour ce qu’elle est. Cela ne donnera pas forcément envie aux néophytes de se lancer dans la série mère mais si vous y êtes déjà la lecture vaut le coup en attendant la suite…

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