****·BD·Nouveau !·Service Presse

Rage #1: le rideau de Titane

La BD!
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BD de Tome et Dan
Kennes (2020), 78p., série en cours.

Le Rideau de Titane est une barrière infranchissable qui sépare les terres désolées de la mythique An-Ahm. Dans ce monde mort les réfugiés tentent le tout pour le tout dans le but de reprendre une vie meilleure dans la cité que l’on dit paradisiaque. Mais avant cela il y a le Mur. Les laser. Les drones. La mort. Jin crains la mort, comme tout le monde. Mais il n’a plus le choix car son aimée Saakhi est passée de l’autre côté. Il doit braver le danger et tenter le tout pour le tout…

Rages - BD, informations, cotesLe monde de l’édition est rempli de petites maisons qui tentent de trouver la perle rare qui comme Lanfeust en son temps lui permettra de trouver une place sur les présentoirs de des librairies. Assez mineures en BD puisque hormis les deux succès critiques Putain de chat et Ninn peu de leurs séries sont connues, les éditions belges Kennes ont réussi à attirer un vétéran, le mythique Tome, scénariste de Soda et surtout de la meilleure période de Spirou avec son compère Janry avant de lancer Ralph Meyer (actuel cador du dessin sur Undertaker) sur l’excellent polar Berceuse assassine. Pour rester en famille, le dessinateur de ce Rages n’est autre que l’assistant de Janry sur les petit Spirou. Tout ça pour dire que vous trouverez dans cette ouverture d’une série conçue sur plusieurs volumes énormément de l’esprit des Spirou version Tome&Janry dans son aspect le plus sombre et adulte. Cela avant la disparition soudaine du scénariste à soixante-deux ans seulement en 2019…

Dans cette introduction à un monde post-apo animalier dépressif les planches claquent au visage avec la fraîcheur des premiers albums. Un souvenir du Block 109 de Toulhoat ou du Brane zéro de Mathieu Thonon où malgré quelques lacunes techniques on sentait une passion pour la mise en scène et une entièreté créative qui ne calcule pas. L’alchimie de cet album repose ainsi sur la science du découpage hautement cinématographique Rages - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.comde Tome et sur la passion de Dan qui propose une étonnante variation de techniques dans ce survival. Car si le début nous narre une expédition pour franchir le mur infranchissable on arrive très rapidement dans le cœur de cet album plus d’ambiance qu’explicatif: l’arène des gladiateurs. On retrouve ainsi le désespoir et la rage d’une autre série dépressive: Solo. On connaît les ressorts: une aimée perdue, un eldorado qui n’est qu’un mirage, une dictature qui s’appuie sur des jeux du cirque pour apaiser sa population, un héro qui sait montrer la vertu de la collaboration dans un monde d’égoïsme et de violence.

Proposant quelques superbes visions dystopiques, Rages est une enthousiasmante entrée en matière qui propose ce qu’on aime dans la BD SF: des références en veux-tu en voilà au cinoche des années quatre-vingt, de la radicalité dépressive, des combats d’arène rageurs, violents, désespérés. La conclusion aussi logique qu’engageante pour la suite nous laisse dans l’attente d’un développement de l’univers vers ce qu’on imagine comme une révolte populaire à l’issue des exploits de notre panda-guerrier. Toutes les bases sont posées, teasées, pour une grande série post-apo. Pour peu que la disparition du scénariste et les ventes incitent l’éditeur à poursuivre l’aventure.Certaines séries ont particulièrement besoin des lecteurs pour se poursuivre. Rages en fait partie et je vous invite vivement à tenter le combat.

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**·Comics·East & West·Nouveau !

3Keys #1

Premier tome de 144 pages, écrit et dessiné par David Messina. Parution en France aux éditions Shockdom le 14/01/2022.

Les Grands Anciens, c’est plus ce que c’était

Randolph Carter, le voyageur du Multivers, est parvenu, au cours de ses aventures, à entrer en possession des trois Clés d’Argent, trois armes capables de vaincre les Grands Anciens et leurs innommables rejetons. Après s’être volatilisé, ces armes semblaient perdues, mais elles ont été retrouvées par les trois derniers guerriers d’Ulthar. Ces armes ne pouvant être utilisées que par la lignée des Carter, les trois guerriers se sont séparés, pour retrouver les trois dernières descendantes de Randolph, et ainsi les seconder dans la tâche ardue qu’est la défense du Multivers.

Sacrés arguments de vente

En effet, les Grands Anciens sont de retour, et la Contrée du Rêve, dont sont issus les trois guerriers, a été ravagée. Peu à peu, les monstres s’insinuent dans notre réalité, en passant pas les rêves et les cauchemars des humains, qui sombrent peu à peu dans la folie. Il est donc urgent pour les cousines Carter d’intervenir ! Mais Noah, accompagnée de son mentor Theon, n’a pas toujours la tête à combattre des monstres…

Le dessinateur italien David Messina s’est fait connaître dans l’industrie du comics, chez Marvel, DC, IDW Publishing, avant de se lancer en tant qu’auteur complet avec 3Keys. En guise de worldbuilding, il reprend le mythe de Cthullu, en y ajoutant des guerrières sexy et des hommes-tigres, pour créer un univers décalé.

Néanmoins, si l’aspect graphique est indéniablement sublime, avec une maitrise évidente du trait et des postures, des créatures bien travaillées et des scènes d’action, il paraît clair que l’écriture ne suit pas. La mise en scène, passable par moments, ne sert en rien l’intrigue ni l’évolution des personnages, qui est ici quasi inexistante. Ce point ne serait pourtant pas rédhibitoire si le second degré et l’aspect cartoon étaient plus assumés, voire outranciers. Ici, on se retrouve avec un duo certes improbable, mais dont la dynamique tombe un peu à plat. L’héroïne badass et (trop) sûre d’elle peut être un atout, voire une base solide pour un arc narratif intéressant, mais ici, l’auteur ne semble pas saisir la pleine mesure des enjeux de son récit et passe vite d’une scène à l’autre, éparpillant d’autant plus l’intérêt du lecteur.

Cela donne donc des scènes d’action parfois brouillon, quelques tentatives d’humour qui ne font pas toujours mouche, et bien entendu, des retournements de situation pour lesquels on peine à trouver du sens.

Il n’y a pas grand chose d’autre à dire sur ce 3Keys, si ce n’est qu’il contenait tous les éléments d’une recette efficace, mais que l’auteur n’a pas eu les moyens entiers de sa politique. On peut donc proposer l’octroi de deux Calvin, éventuellement un troisième pour les fans de Lovecraft et pour la qualité des dessins.

BD·Jeunesse·Nouveau !·***

Katsuo #1: Le Samouraï Noir

Premier tome de 58 pages de la série écrite par Franck Dumanche et Stéphane Tamaillon, dessinée par Raoul Paoli. Parution chez Jungle le 23/09/2021.

Kat sue, sang et eau

Le jeune japonais Katsuo n’a pas une existence trépidante, mais elle lui convient tout à fait comme elle est: chiller dans sa chambre et jouer aux jeux vidéos, telles sont ses aspirations du moment. Cependant, sa mère et son grand-père ne le voient pas de cet œil. Pour eux, Katsuo gâche son potentiel, alors qu’il pourrait poursuivre son entraînement au Kendo et ainsi reprendre, le moment venu, la direction du dojo familial.

En effet, le grand-père, quelque peu rigide et à cheval sur les traditions, insiste pour que Katsuo se plie au sacerdoce de la famille, et veille sur l’institution fondée par leur ancêtre Honjo il y a plusieurs siècles. L’adolescent, lui, traîne des pieds en allant s’entraîner et préfère ses écrans aux sabres de bois.

Un soir cependant, Katsuo est intrigué par les allées et venues de son grand-père au sous-sol du dojo, et décide d’aller y jeter un oeil. Alors qu’il pose la main sur le sabre révéré par le vieil homme, il se retrouve mystérieusement transporté dans le japon médiéval, où il fait la rencontre d’un jeune homme nommé Honjo, qui n’a alors rien d’un farouche guerrier, et qui est lui-même confronté aux attentes démesurées de son père.

Car il se trouve que le grand-père d’Honjo, et donc l’ancêtre de Katsuo, était parmi les quatre valeureux guerriers qui ont mis fin au règne de terreur du Samouraï Noir, un guerrier affublé d’une armure magique qui a semé le chaos dans l’achipel sous l’ère d’Azuchi Momoyama (1582). Katsuo a donc voyagé dans le temps, alors même que les quatre vieux guerriers sont attaqués et tués les uns après les autres. Le Samouraï Noir serait-il de retour ?

Aventures à la sauce Samouraï

A priori, le lecteur ne sera pas dépaysé à la lecture du pitch de Katsuo: un jeune garçon a priori lambda mais attachant, va sortir de sa zone de confort et être confronté à une situation extraordinaire qu’il devra résoudre en utilisant un pouvoir magique. Rien de bien neuf sous le soleil, même si l’on ajoute le paramètre du voyage dans le temps, qui promet des situations cocasses de décalage et d’incongruité.

Le thème des traditions et de l’impact qu’elles doivent et peuvent avoir sur la jeune génération reste néanmoins intéressant, la culture nippone, elle-même partagée entre tradition et modernité, étant un terreau idéal pour exploiter cette dichotomie.

On pourra reprocher un manque d’originalité dans l’antagoniste, qui, sous ses airs assumés de Shredder, n’apporte pas grand chose à la thématique du récit. On aurait sans doute préféré un adversaire plus étoffé, et qui, pourquoi pas, aurait lui-même été confronté à une sorte de pression familiale. Au lieu de ça, on a quelque chose de plus basique, et donc, de moins mémorable.

Ce petit manichéisme mis à part, le rythme de l’album reste dynamique, avec une introduction rapide, même si l’exposition est quelque peu pataude, ou en tous cas, très explicite, par moments. Difficile de déterminer si les auteurs ont pris ce parti en raison du lectorat cible ou bien par maladresse, toujours est-il que certains éléments auraient du être amenés avec plus de subtilité.

Une fois Katsuo projeté dans le passé, les actions s’enchaînent de façon fluide et rapide, amenant à un climax bref mais survitaminé. Côté graphique, Raoul Paoli fait le choix de la clarté et de la décompression pour ses planches, usant d’un trait résolument orienté manga, avec des expressions typiques de ce médium et des poses dynamiques.

En bref, un album jeunesse agréable à lire, quand bien même il ne révolutionne pas le genre.

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****·Comics·East & West·Nouveau !

Ultraman: les origines

Premier tome de 144 pages de la série Marvel écrite par Kyle Higgins et Mat Groom, et dessinée par Francisco Manna. Parution en France le 06/04/22 chez Panini Comics.

« Gaffe où je mets les pieds… »

Sur les épaules des géants

Vous ne le savez sans doute pas, mais notre monde est foutu. Enfin, pas tout à fait, disons plutôt qu’il est au bord d’un gouffre intersidéral d’où se déversent sans discontinuer des hordes de kaijus, des monstres géants qui ne rêvent que de piétiner rageusement toute zone habitée par des petits êtres insignifiants qu’on appelle des humains, qui agitent leurs bras pathétiques et impuissants alors que leur monde s’embrase.

Bien heureusement, le commun des mortels n’est pas au fait du danger, et peut continuer sa vie paisible et relativement courte sans se soucier de rien d’autre, grâce aux héros de la PSU, la Patrouille Scientifique Unie. Chaque jour, nos agents de la PSU se lèvent de leur petit lit et trouvent en eux la résolution de combattre ces monstres, grâce à une technologie avancée qui leur permet de lutter efficacement et en toute discrétion.

Depuis qu’elle a réussi le concours d’entrée, Kiki Fuji est cantonnée au Quartier Général, et se contente d’essayer de comprendre comment fonctionnent les armes de la PSU, sans parvenir à grand chose. Personne ne peut lui révéler la provenance de cette technologie, mais l’astucieuse Kiki commence à subodorer quelque chose de singulier derrière tous ces mystères. Un jour, elle est conviée en intervention, et ne doit son salut qu’à l’intervention impromptue de Shin Hayata, son meilleur ami casse-cou qui aimerait bien se la jouer lui aussi Men In Black. Malheureusement, Shin n’a pas réussi le concours d’entrée et ne peut donc pas rejoindre l’effort collectivement secret de lutte contre les kaijus.

Cependant, un concours de circonstances fait qu’il est appelé pour intervenir avec Kiki sur les lieux d’un crash, qui rappelle celui qui a eu lieu en 1966 et qui a coûté la vie au meilleur agent de la PSU. Shin va alors commettre une erreur qui pourrait mettre en danger la planète entière, en blessant mortellement un allié inattendu alors qu’il s’extirpe de son vaisseau. En faisant la rencontre de cet être céleste nommé Ultra, Shin va devoir mettre sa vie en jeu pour le sauver et réparer son erreur. Ce faisant, il endossera une responsabilité bien plus grande que ce qu’il aurait pu imaginer et devenir Ultraman, dernière ligne de défense de la Terre face au kaijus !

La taille, ça COMPTE !

Ultraman est une icône pop de la culture nippone, un précurseur du genre Tokusatsu, créée par Eiji Tsuburaya en 1966. Cette série télé feuilletonesque a initié le format du « monster of the week« , dans lequel chaque épisode est une histoire auto contenue mettant en scène un antagoniste différent. Ultraman est donc en quelque sorte le premier superhéros japonais, et il est intéressant de noter qu’Eiji Tsuburaya est également connu pour avoir co-crée le célèbre Godzilla.

Le personnage rouge et blanc, sorte de titan qui affronte des monstres géants, a été décliné en dessins animés, en mangas, et en série, la dernière en date étant diffusée sur la plateforme au grand N rouge. Face à une telle icône pop, que vaut cette adaptation chez Marvel ?

Eh bien, il faut avouer que le pari est sensiblement gagnant, grâce au travail des scénaristes, qui parviennent à recréer une dynamique intéressante entre le protagoniste humain et son binôme venu des étoiles. Toutes les composantes de bases du personnage se retrouvent donc dans le comic book, à commencer par la fusion entre les deux héros. Il faut noter cependant que la tendance est ici renversée par les auteurs, car initialement, c’était Ultra qui, responsable de la mort de Hayata, le ressuscitait en fusionnant avec lui. On retrouve aussi la fameuse limite de temps, qui ne donnait dans la série télé que 3 minutes à Ultraman pour vaincre son ennemi, sous peine de voir son énergie vitale disparaître.

Ce premier volume de Rise of Ultraman offre aussi des révélations métas sur la nature véritable des kaijus, qui ne sont pas sans rappeler leur signification réelle et sur le plan artistique. La présence d’Ultra, un être issu d’une civilisation très avancée, est l’occasion de regarder de haut nos travers humains, avec tout de même un espoir de rédemption, procédé également utilisé dans Renaissance, que nous chroniquions le mois dernier.

Sur le plan graphique, Francisco Giuseppe Manna s’en sort avec les honneurs grâce à un trait moderne et agréable qui emprunte ce qu’il faut aux codes du manga sans en faire trop. Entre batailles spectaculaires contre des monstres géants, clins d’oeils et références à la série d’origine et modernisation du mythe, ce premier tome ouvre correctement le bal, et nous rappelle que la sortie d’Ultramega chez Delcourt est pour très bientôt.

***·BD·Nouveau !·Rapidos

Yojimbot #2: Nuits de rouille

Second tome de 152 pages de la série écrite et dessinée par Sylvain Repos, paru le 04/02/2022 chez Dargaud.

Il est Bô le Robot

A l’occasion du premier tome, nous faisions la connaissance du jeune Hiro, pourchassé par une horde de robots meurtriers et de soldats sanguinaires, au cœur d’une île qui était autrefois un parc d’attraction géant dédié au japon féodal et à ses célèbres samouraïs.

Laissé à l’abandon, le parc était encore habité par toute une population de robots, programmés pour se comporter comme des samouraïs afin de faire des démonstrations de duels aux visiteurs ébahis. Après que son père fut abattu, Hiro trouve refuge auprès de l’unité 063, qui, étonnamment, prend la protection du garçon très à cœur. Au fur et à mesure de leurs péripéties, le robot, baptisé Sheru, et Hiro trouveront de nouveaux compagnons robotiques, qui ne seront pas de trop s’il veulent échapper au sadique Topu qui cherche à capturer le garçon.

Le tome 2 s’ouvre sur une ellipse de plusieurs mois, au cours de laquelle Hiro a bien changé. Désormais endurci, le jeune garçon s’est trouvé un nouveau protecteur, mais cherche toujours un moyen de réparer ses premiers compagnons, en fouillant l’île à la recherche de pièces détachées et de batteries. La vie est dure sur l’île, d’autant que Topu et les autres n’ont pas renoncé à leur traque. Mais il reste encore un espoir de fuir cet enfer, à condition d’atteindre l’ancien port et de trouver un bateau.

Narrativement parlant, ouvrir sur une ellipse est un pari quelque peu risqué car il coupe par définition le rythme du récit, et rend implicite certains événements qui peuvent diminuer l’immersion, voire nuire à la compréhension, ce qui a un impact indéniable sur l’adhésion du lecteur. Pour un récit centré autour de la relation entre un garçon et son protecteur, où chaque interaction doit être au service de leur relation, cela représente autant d’occasions manquées de construire leurs relations, et donne l’impression d’avoir raté quelque chose.

Du coup, après un premier tome au rythme survitaminé, où les enjeux vitaux étaient intrinsèquement liés au fait de quitter l’île, on se retrouve donc avec une situation qui s’est enlisée dans le temps, et que de surcroît l’auteur n’a pas jugé opportun de nous montrer. Sylvain Repos opte donc pour un rythme plus lent, au risque d’aliéner les lecteurs en quête d’adrénaline.

S’agissant du world-building, si le premier tome était avare en informations, ici quelques révélations viennent éclairer notre lanterne, ce qui compense l’effet indésirable de l’ellipse. En revanche, la partition graphique est toujours aussi virtuose, tant dans le découpage que dans le trait, montrant ainsi l’aboutissement de plusieurs influences.

Espérons qu’après le cliffhanger du tome 2, le tome 3 saura allier action et développement des personnages pour conclure cette super aventure.

***·Comics·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Solo: Alphas

esat-westComic d’Oscar Martin et Juan Alvarez
Delcourt (2021), 108 p. one-shot, univers commun avec la série mère Solo.

L’album au format franco-belge (contrairement à la série Solo qui est au format Comics), comprend un cahier de recherches graphiques de six pages, ainsi qu’une préface d’Oscar Martin clamant son amour au talent de son associé graphique Juan Alvarez. L’illustration d’intérieur de couverture est très réussie et montre la finesse du travail de ce dernier.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

La lecture du premier tome de Solo m’avait enthousiasmé mais je n’ai pas eu le loisir de poursuivre (ce sera fait à la suite de ce one-shot qui m’a bien donné envie de me replonger dans cet univers barbare). Présenté comme une histoire complète, la conclusion raccroche néanmoins directement avec le second cycle de la série mère en en faisant une origin story.

Je ne vais pas vous mentir, cet album est un fan-service destiné à la fois à donner encore plus de Solo aux lecteurs et de mettre le pied à l’étrier d’un jeune auteur qui a développé son dessin au sein des concours organisés par Martin pour faire vivre son univers et son lectorat. Je ne me suis pas particulièrement penché Solo : Alphas - (Juan Alvarez / Oscar Martin) - Heroic Fantasy-Magie  [BÉDÉRAMA, une librairie du réseau Canal BD]sur cet aspect mais cette série et son auteurs sont un nouvel exemple de ce que peut produire une passion lente et tenace pour créer de toute pièce un univers solide avec une base de fans solide, en s’exonérant totalement des cadres éditoriaux classiques.

Nous avons donc l’histoire d’un chien (ce monde est peuplé de créatures animales humanoïdes) que son clan tente d’éliminer et qui décide de se venger en récupérant sa belle à l’occasion. Traqué, il va mettre à profit sa rage et sa compétence guerrière pour recréer une communauté basée sur la confiance et non sur la seule force d’Alpha. Nous retrouvons donc cet univers désespéré fait de guerriers, de combats archi-sanglants, de bêtes sauvages et de combats ininterrompus. Et sur ce plan on est régalé avec de très belles chorégraphies et de la rage bien comme il faut. Sans ambition particulière l’album montre donc la qualité graphique du dessinateur, qui sait se démarcher un peu de son maître et se lit comme une bonne BD d’action, pour ce qu’elle est. Cela ne donnera pas forcément envie aux néophytes de se lancer dans la série mère mais si vous y êtes déjà la lecture vaut le coup en attendant la suite…

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L’Ogre Lion #1: Le Lion Barbare

La BD!

Premier tome de 56 pages, écrit et dessiné par Bruno Bessadi. Parution le 19/01/2022 aux éditions Drakoo. La première édition comporte un cahier graphique de recherches de 8 pages. Série prévue en 3 tomes.

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Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance!

Le Lion est fort ce soir

Dans un monde peuplé d’animaux anthropomorphes, le jeune Wilt, qui a été arraché à sa famille par une congrégation fanatique adoratrice du Dieu Cornu, fait la rencontre fortuite d’un féroce lion, qui pris de folie, s’est jeté du haut d’une falaise. Alors que le camp est attaqué par une meute de loups sanguinaires, le lion se relève et change de forme, pour devenir une bête à cornes tout à fait similaire au dieu cornu.

Ce monstre, un esprit vengeur qui sème la mort parmi les carnivores, se nomme Bakham Tyholi et a pris le lion pour hôte car sa condition toute particulière d’esprit n’est pas compatible avec l’atmosphère du monde physique. On devine aussi dans ce choix d’un hôte carnivore la volonté de le faire souffrir et de lui faire expier ses crimes.

Wilt, qui souhaite échapper à la servitude et retrouver sa famille, a tôt fait de convaincre le lion de cheminer avec lui vers le Sud, afin de retrouver leurs foyers respectifs. Mais le lion, qui se nomme Kgosi Bombataa Begazi, ne se rappelle plus grand chose de son passé. Hanté par des cauchemars où ils voient les siens mourants, Kgosi ne sait plus comment il en est arrivé à errer dans les contrées du Nord, et redoute même d’apprendre la vérité. Notre duo enfant/badass (confère cet article sur une précédente publication Drakoo) prend donc la route du Sud et va commencer à braver les différents obstacles qui vont se dresser, au fil des trois tomes de la série.

O Wimoé, O Wimoé

On aborde cet Ogre Lion avec une première impression étrange, teintée d’une pointe d’inquiétude. En effet, on constate d’emblée que l’univers posé par l’auteur prend la direction de l’anthropomorphisme. Or, cette voie a récemment été explorée avec Sa Majesté des Ours, puis avec Les 5 Terres, on peut donc facilement imaginer que les trois trajectoires narratives vont se télescoper dans un grand fracas de redite et de redondante redondance.

A l’occasion des premières pages, on distingue déjà des influences notables, comme l’inénarrable Conan le Barbare, au travers notamment de son héros badass et taciturne, violent et muni d’une grosse épée (être un lion, c’est bien connu, ça ne suffit pas). L’auteur ajoute les fameuses cartes du Passé Mystérieux et de l’Amnésie Karmique pour donner du corps à son protagoniste et inciter le lecteur à en chercher davantage. On pense aussi par moments à Elric, torturé par son épée (ici le démon cornu).

L' Ogre Lion - vol. 01/3 | DRAKOO

Et il faut dire que cela fonctionne, même si la dynamique entre Wilt et Kgosi paraît forcée par moments. Le côté attachant et l’expressivité assez Kawaï du petit chevreau accrochent d’emblée et permettent au héros de s’attirer par la même occasion notre sympathie. Le passé sanguinaire de ce Lion Barbare nous a rappelé les origines du Savage Dragon , personnage de Image comics qui lui aussi, commence sa série avec une amnésie et finit par découvrir qu’il était auparavant un tyran impitoyable et sadique. Ce tome se présente comme une constitution de compagnonnage, avançant vite pour réunir autour du lion ceux qui le rendront sans doute humain au travers de drames à venir.

On peut donc prédire sans trop se tromper que Kgosi traversera, durant les deux prochains tomes, une crise identitaire, qui verra ses deux personnalités s’antagoniser à la lumière de ses actes passés et de son comportement présent. Il est possible, à ce titre, que Kgosi redevienne momentanément un méchant avant de compléter son arc narratif par une belle petite rédemption des familles, ou en tout cas qu’il renie celui qu’il était autrefois.

Le déroulement de l’intrigue en lui-même ne contient pas d’aberration, et permet même d’exploiter adroitement l’amnésie du héros, qui rencontre d’anciennes accointances et des ennemis, qui complotent contre lui alors qu’il ne se rappelle pas d’eux ni des différends qui les opposaient. Que ce soit au travers des croquis préparatoires ou

L'Ogre Lion: fantasy classique mais fantasy épique - Bubble BD, Comics et  Mangas

des différents éléments présentés ici observe un background riche avec un excellent potentiel… qui interroge seulement sur le curseur de violence et de crudité que vise Bessadi. Pour le moment on reste assez accessible malgré les irruptions sanguinolentes du démon mais les influences du projet pourraient le pousser vers quelque chose de plus adulte…

En résumé, on a avec cet Ogre Lion un album bien rythmé, construit certes sur des archétypes bien connus et des mécanismes déjà éprouvés, mais qui fonctionne tout à fait, porté par un dessin remarquable qui donne envie de lire une version Noir et blanc tant les encrages sont travaillés. Issu de l’école Lanfeust mag, Bruno Bessadi a maturé sa technique (que l’on trouvait déjà très agréable sur l’Amazing Grace dont on attend la suite ce printemps) qui est ici dans le haut du panier avec notamment une minutie qui fait vivre son univers et donne envie de s’arrêter sur les cases.

Evitant les pièges nombreux de ce projet, l’auteur réussit son pari avec talent (tant dans l’écriture que dans le dessin) en proposant une belle aventure fantasy référencée et grand public. Et du coup on attend de lire la suite avec impatience.

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TMNT #15: L’invasion des Tricératons

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Quinzième tome de la série écrite par Kevin Eastman, Tom Waltz, et Bobby Curnow, dessinée par Damian Couceiro et Brahm Revel. Parution en France chez HiComics le 05/01/2022.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

Un dinosaure, ça trompe énormément

Alors qu’ils reviennent de la dimension X où ils se sont assurés que Krang, le tyran interdimensionnel, soit jugé pour ses innombrables crimes, Les Tortues Ninja doivent faire face à un nouveau défi. Les Tricératons, une espèce mutante issue de spécimens de dinosaures prélevés sur Terre il y a près de 70 millions d’années, se téléportent à New York et sèment la zizanie.

Pourtant, les guerriers Tricératons, lassés par toutes les guerres auxquels Krang les a contraint à participer, viennent sur Terre animés par des intentions pacifiques, cherchant simplement à retourner chez eux. Mais leur quête d’un foyer va bien vite percuter la malice des maîtres actuels de la petite planète bleue, les humains.

Accueillis par la Force de Protection de la Terre, Zom et ses soldats à trois cornes subissent un quiproquo qui va mener très rapidement à une escalade de la violence, culminant à une guérilla urbaine en plein New-York. Les Tortues Ninja vont devoir contrer la belligérance de la FPT pour éviter le pire, mais leur plus grand défi consistera à s’opposer à leur père Splinter, qui entend bien résoudre ce conflit grâce à la violence du clan des Foot dont il a pris la tête.

Nouvel arc narratif pour les Tortues de Eastman et Waltz. Après un interlude divertissant dans la dimension X consacré au procès de Krang, les auteurs mettent de nouveau nos héros à carapace dans une situation périlleuse et agrémentent le tout d’un conflit de loyauté puisqu’en plus de devoir gérer une invasion, Léo, Raph, Donnie et Mike auront à tenir tête à leur propre père.

C’est sans doute l’élément le plus intéressant de cet arc, qui est tout de même relativement court puisqu’il ne couvre que cinq numéros de la série. Malgré le potentiel qu’il y avait pour un nouveau crisis crossover, il en ressort néanmoins une impression plutôt décevante, comme si le tout était expédié et traité en surface et que la série était en vitesse de croisière, voire en pilote automatique.

On entend par là des obstacles assez peu convaincants (les Tricératons de la série originelle sont sensiblement plus costauds), et une résolution un peu facile, malgré l’escarmouche intrafamiliale du clan Hamato.

Malgré ces défauts, on reste dans une lecture divertissante qui a le mérite d’exploiter tout le bestiaire de l’univers des TMNT. En ce sens, la série fait penser à Savage Dragon, série Image Comics dont le succès ne se dément pas depuis plus de vingt ans, et qui possède désormais un vaste univers composé de centaines de personnages et dont l’auteur, Erik Larsen, parvient encore à utiliser de manière créative.

TMNT a donc le potentiel d’une série qui dure dans le temps, à condition de se réinventer régulièrement et de proposer des histoires plus engageantes, comme cela a été le cas auparavant.

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Avengers #5: Le défi des Ghost Riders

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Cinquième tome de la série, qui comprend les épisodes 22 à 25. Jason Aaron à l’écriture et Stefano Caselli au dessin. Parution le 10/11/2021 aux éditions Panini Comics.

Highway to Hell

Dans le premier tome des Avengers par Jason Aaron, nous assistions aux débuts du jeune Robbie Reyes dans l’équipe. Le jeune américano-hispanique est depuis peu le détenteur des pouvoirs du Ghost Rider, une lignée de motards fantômes crachant le feu de l’Enfer et dédiés à la vengeance. Chaque Rider doit avoir sa monture, et celle de Robbie est quelque peu singulière, puisque c’est une voiture démoniaque qui semble avoir une personnalité propre, comme on a pu le voir à quelques reprises durant les précédentes aventures du groupe.

Depuis un moment déjà, Robbie sent que quelque chose cloche avec ses pouvoirs de Rider. Contrôlé par le roi des vampires dans le tome 3, il est depuis en grande remise en question et se persuade qu’il n’est pas digne de rester dans l’équipe des plus grands héros de la Terre. Notre Ghost Rider débutant va malheureusement se retrouver confronté aux dérangeantes vérités qui se cachent derrière son crâne enflammé et sa voiture démoniaque.

Bien entendu, lorsqu’un Avenger est en difficulté, il peut compter sur le soutien de ses frères et sœurs d’arme, qui vont le suivre jusqu’en Enfer… littéralement.

En effet, Robbie Reyes est convoqué au royaume des damnés, dirigé par un ancien Ghost Rider, le bien nommé Johnny Blaze. Le Roi de l’Enfer provoque Robbie en duel, une course avec en jeu ses pouvoirs de Rider. Si Blaze l’emporte, il cumulera ses pouvoirs avec ceux de Reyes et sera ainsi capable de régner entièrement sur les légions des damnés. Et si les desseins de Blaze étaient initialement vertueux, on peut être quasiment certains que la charge du Trône Infernal l’aura corrompu jusqu’à l’os.

Après un quatrième tome assez dispensable, Jason Aaron revient à ses moutons et met en lumière un des personnages les plus prometteurs de sa nouvelle mouture des Avengers. Robbie Reyes, héros réticent, subissant un pouvoir qui confine davantage à la malédiction et dont il commençait progressivement à tester les limites. On découvre donc à l’occasion de ce défi des Ghost Riders les différentes facettes du pouvoir de Robbie.

Jason Aaron s’amuse clairement comme un petit fou avec cette série. Dans chaque nouvel arc, il implémente de nouvelles idées originales, et ce Défi ne fait pas exception, avec moult incarnations de Riders, une course folle en Enfer et des drakkars customisés. En parallèle, l’intrigue liée aux Avengers préhistoriques avance de façon significative, sans que l’on sache encore clairement de quoi il retourne et ce qui lie les deux époques.

En résumé, ce cinquième volume relance la série avec un cocktail d’action et d’intrigue, comme Jason Aaron nous y a habitué.

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X of Swords volume 4/4

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Suite et fin du crossover Marvel X of Swords, avec Jonathan Hickman aux commandes. Parution en France le 06/10/21 chez Panini Comics.

On ne compare pas les épées-sœurs

La nation mutante de Krakoa est en grand danger. Confrontée à sa jumelle Arakko, peuplée de mutants cruels et endurcis par des siècles de lutte contre les démons d’Amenth, la population krakoane est contrainte de participer à un tournoi au coeur de l’Outremonde, royaume magique et instable, au cours duquel il affronteront leur homologues arakkii.

Pour cela chaque combattant se dote d’une épée bien spécifique, que la prophétie de Saturnyne, l’organisatrice du tournoi, lui a attribué. Après deux tomes de tension croissante, le volume 3 du Dix d’Epées prenait les attentes du lecteur à rebours en plaçant les x-men et leurs alliés dans des situations où le combat à l’épée n’était pas nécessairement de mise. Certaines épreuves se révélèrent même assez rocambolesques, donnant un ton sensiblement plus léger que celui auquel on pouvait s’attendre.

Le tournoi se poursuit donc dans ce quatrième volume, avec toujours ce changement de ton, qui peut être perturbant par moments. Il est possible que cela soit du à la multiplicité des équipes créatives qui sont intervenues sur l’event, car on sent bien la différence de traitement entre les séries comme Excalibur ou Hellions, et la série principale X-Men.

La final, en revanche, reste dynamique et surfe sur une vague épique mettant à profit les éléments préparés en amont. Les rebondissements pré-climax, la cavalerie de dernière minute (plusieurs!), nous avons droit à tous les ingrédients qui font un bon chapitre final.

Pour résumer ce X-marathon, nous avons là un event relativement long (22 chapitres), qui met en place une menace crédible (Amenth et les Quatre Cavaliers), sans oublier d’approfondir des personnages passionnants (Apocalypse), tout en modifiant encore le statu quo des mutants. On peut cependant s’interroger sur le changement de ton durant le second acte, notamment au cours des épreuves, qui peut faire perdre de vue les enjeux et faire que le lecteur ne redoute plus, ou moins, les conséquences du tournoi. Heureusement, le chapitre final replace adéquatement les choses et promet de belles pistes pour la suite.