****·BD·Nouveau !·Service Presse

Indians ! L’ombre noire de l’homme blanc

La BD!
BD de Tiburce Oger et collectif.
Grand Angle (2022), 92p., One-shot.

couv_459328

bsic journalism Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

L’an dernier le dessinateur Tiburce Oger (Gorn, Ghost kid) passait de l’autre côté de la page en réunissant la fine fleur des dessinateurs de BD pour une anthologie historique sur la Conquête de l’Ouest. Orienté sur les figures de pionniers, Go west young man fut une très belle réussite qui a attiré pas moins de cinquante-mille lecteurs. Beau résultat mérité pour une recette jamais évidente en format très court.

INDIANS (Tiburce Oger / Collectif) - Bamboo - SanctuaryOger remets donc le couvert cette année (avant un probable troisième volume plus tard) avec une moitié de récidivistes et autant de nouveaux, dont de sacrées pointures, qui font de ce second tome axé sur les amérindiens un album encore plus impressionnant graphiquement. Tiburce Oger écrivant l’ensemble des histoires, la réalisation est paradoxalement courte puisqu’il a fallu six moins pour concevoir l’album, certains artistes ayant eu le loisir de choisir leur scénario quand d’autres sont arrivés en dépannage du fait de l’indisponibilité de quelques pointures envisagées. Et rançon du succès il semble de plus en plus facile d’embarquer de grands noms sur ce navire de poussière et de larmes, ce qui nous allèche fort dans l’attente d’un nouveau projet.

La difficulté dans cet album comme dans le précédent c’est de suivre la chronologie (qui va de la Conquête du seizième siècle à l’aube du XX° siècle) et certaine personnages aperçus à différents âges de leur vie, voir leur descendance. Cela permet néanmoins de créer un lien entre ces séquences qui nous apprennent beaucoup de choses sur l’histoire des Etats-Unis de ces peuples martyrs amérindiens: quel certains s’interrogent encore sur l’appellation de génocide concernant le destin des « peaux-rouges » nous révolte une fois que l’on a refermé ce livre qui profite de la passion encyclopédique de l’auteur pour l’Ouest.

Indians ! - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.comSi j’ai beaucoup aimé le précédent, j’ai eu le sentiment que les histoires étaient ici plus solides, moins tranche de vie, en s’intéressant non seulement aux évènements mais bien à la complexité de la galaxie des tribus, de leurs multitudes de langues, des mille incidences de la Conquête sur des peuples qui avaient finalement pour principal point commun d’être victimes communes de l’extermination par les blancs. Car ce qu’on retient après avoir refermé Indians c’est que les seules indiens que nous connaissons sont des tribus irrémédiablement marquées dans leur mode de vie par cette confrontation: ce peuple cavalier, nomade, l’est devenu de par l’arrivée du cheval avec les espagnols, les métissages furent précoces, complexes et déterminants pour des individus que la Destinée Manifeste avait décidé de dissoudre culturellement dans la « Civilisation » européenne. Ce qu’ils eurent été sans l’arrivée des blancs nous ne le saurons jamais.

On profite ainsi de la très grande expertise narrative des collaborateurs de Tiburce Oger qui forment une grande cohérence visuelle et une sorte de hall of fame des conteurs graphiques, dans des formats de quelques pages qui exige la plus grande lisibilité et évocation des dessins. Tout à la fois art-book de luxe, documentaire et BD de western, Indians confirme magnifiquement le talent d’entraînement d’Oger et que l’on n’a jamais fini de trouver des choses intéressantes à raconter même dans les genres les plus éculés.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Littérature·Nouveau !·Service Presse

Le Bossu de Montfaucon #2: Notre-Père

Seconde partie du diptyque de Philippe Pelaez et Eric Stalner, 57 pages, parution le 25/05/22 aux éditions Grand-Angle.

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Bosse-toi de là

Dans le précédent tome, nous assistions à la quête de vengeance de Pierre d’Armagnac, enfant bâtard dont le père fut trahi par des nobles avides de pouvoir. Afin de mettre ses plans à exécution, Pierre sauve Quasimodo, un colosse difforme au cœur d’or, et se met au service de Louis d’Orléans, qui convoite le Trône de France, occupé par le jeune Charles VIII sous la régence de sa perfide sœur Anne de Beaujeu.

D’Armagnac sait se rendre indispensable. En effet, lui seul est capable de remettre la main sur deux lettres marquées du sceau royal prouvant la bâtardise du Duc d’Orléans, ce qui l’empêcherait d’accéder au Trône après avoir renversé Charles. Or l’insurrection des Bretons fait rage et pourrait bien provoquer l’abdication du jeune monarque, à moins que la régente n’ait son mot à dire…

Philippe Pelaez ne ménage pas ses efforts et nous propose son huitième album de l’année, venant boucler le diptyque historico-romanesque que ne renieraient ni Alexandre Dumas ni Victor Hugo. Le premier tome promettait des intrigues de cour et des complots sanglants, et il faut bien avouer que ce second tome tient ses promesses. Néanmoins, le flot de l’intrigue est quelque peu perturbé par des retours en arrière, dont la survenue importune est susceptible de faire perdre le fil au lecteur.

On sent que l’auteur avait encore beaucoup d’informations à nous délivrer et que le cadre contraignant d’un 57 pages a posé problème. Néanmoins, le romanesque est là, les évènements historiques sont détaillés avec soin et l’intrigue se conclue proprement.

On pourrait toutefois déplorer une fausse note sur la fin, mais il convient de la détailler dans une partie spoiler en bas d’article.

A l’issue de sa campagne vengeresse, Pierre d’Armagnac, le héros, s’apprête à quitter la scène pour enfin vivre sa vie, libéré du poids qui pesait sur ses épaules (même s’il déclame le fameux discours-obligatoire mais résolument cliché-de « la vengeance n’arrange rien »). Il a même mis la main sur les lettres compromettantes, permettant ainsi au Duc d’Orléans d’étouffer l’affaire. Et là, alors qu’il devrait savoir qu’il n’est désormais rien de plus qu’un témoin gênant pour cet homme perfide, il se départit de sa vivacité d’esprit, de ses capacités d’analyse, enfin, d’à-peu-près tout ce qui lui a permis de survivre jusqu’ici, pour se vautrer dans les bras d’une fille clairement envoyée pour le distraire par son ennemi/commanditaire, boire un vin qui pourrait vraisemblablement être empoisonné, et, au final, provoque sa propre fin, ce qui est pour le moins frustrant.

Hormis cette fin, Le Bossu de Montfaucon est un diptyque plus qu’intéressant, bien documenté et porté par un grand souffle romanesque.

***·BD·Jeunesse·Littérature·Nouveau !·Service Presse

Arsène Lupin contre Sherlock Holmes #1/2

Premier album du diptyque écrit par Jérôme Félix et dessiné par Alain Janolle, parution le 29/06/2022 aux éditions Grand Angle.

Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Le (presque) gendarme et le (pas trop) voleur

On ne présente plus Arsène Lupin, création de Maurice Leblanc, monument national de littérature, ayant à son actif moult adaptations dans divers médias. Ce gentleman, redresseur de tort, est également connu pour ses talents de cambrioleur, lui qui aime s’introduire dans les demeures les plus luxueuses pour y dérober les biens les plus précieux des nantis de France et de Navarre.

Si vous connaissez le plus célèbre des voleurs français, alors vous devez également connaître le plus célèbre des détectives anglais, Sherlock Holmes de Baker Street, l’un des esprits les plus brillants de son époque, qui fit le succès de Sir Arthur Conan Doyle. figurez-vous que ces deux-là ce sont déjà croisés auparavant, mais il était grand temps de remettre des deux géants de la littérature face à face. De l’audace française ou du flegme britannique, qui l’emportera ?

Depuis des années, Sherlock Holmes traque l’insaisissable Arsène Lupin, sous ses différentes identités. En effet, alors que le gentleman cambrioleur nargue les forces de police et leur échappe grâce à son incroyable talent pour le déguisement, Holmes, lui, ne se laisse pas berner, grâce à son don pour la déduction et son esprit acéré. Sentant le sol se dérober sous ses pieds, et poussé par son amour pour Raymonde, Arsène prend la décision de raccrocher, et s’apprête à prendre sa retraite, échappant ainsi à ses poursuivants.

Mais Sherlock ne l’entend pas de cette oreille. Incapable d’envisager la défaite face à Arsène, le détective lâche la rampe et prend sa mère adoptive en otage. Il en résulte une confrontation violente durant laquelle Holmes laisse exploser sa rage, et tue accidentellement Raymonde alors que c’est le cambrioleur qu’il visait. Des années plus tard, alors que plus personne n’entend parler de Sherlock Holmes, Arsène Lupin, lui, continue de faire des étincelles. N’ayant plus aucune raison de sortir du crime, Arsène s’est replongé dans ses mesquineries, commettant des vols toujours plus audacieux, sans personne pour l’arrêter. Alors qu’il se rend à Rouen, Arsène découvre qu’un vieil alchimiste aurait, juste avant sa mort, percé à jour le secret de la transmutation du plomb en or. Il n’en faut pas davantage à notre cambrioleur pour faire ressortir son côté gentleman et à se mettre en chasse. Mais Sherlock risque bien de ressortir du bois, pour finir ce qu’il avait commencé, à savoir mettre un terme définitif à la carrière de Lupin.

En entamant la lecture de cet album, alléché par la perspective d’un duel au sommet entre deux personnages connus pour leur roublardise et leur esprit vif, j’ai été quelque peu étonné par le parti-pris affiché, de faire de Sherlock Holmes l’antagoniste revanchard. Cette image est en effet à contre-courant du rôle habituellement attribué à Holmes, dont l’intelligence et la froide analyse engendrent souvent un détachement émotionnel.

Le voir donc aux abois, prenant en otage une vieille dame innocente pour atteindre son adversaire en vociférant, a quelque chose de déroutant. Une fois passé cet élément de caractérisation surprenant, on est pas au bout de nos surprises, puisqu’après la fameuse ellipse de quatre ans, on a de nouveau droit à des choix hasardeux de caractérisation. Je m’explique.

Page 11, Arsène s’introduit dans une demeure, expliquant qu’il est venu chercher un bien spécifique, en l’espèce un tableau de Velasquez, et assène à son fidèle acolyte « c’est mon métier de savoir ». Cette phrase, prononcée sur un ton péremptoire, est supposée nous indiquer qu’Arsène est un professionnel du cambriolage, qu’il est bien informé et qu’il ne laisse vraisemblablement rien au hasard.

Puis, sur la même page, Arsène semble surpris de constater que le tableau est un faux. Cette révélation vient annihiler l’image du cambrioleur virtuose qui maîtrise tout, puisque si c’est « son métier de savoir », comment pouvait-il ignorer qu’il lorgnait sur un tableau contrefait ?

L’exemple ne s’arrête pas là, puisqu’à la page suivante, la page 12, Arsène poursuit son exploration de la maison et décide, qu’en lot de consolation, il volera l’argenterie et les bijoux…avant de se raviser après être tombé sur une médaille militaire qui prouve que le propriétaire des lieux est un héros de guerre, ce qui lui fait changer d’avis. Là encore, le voleur qui est supposé détenir toutes les informations nécessaires à la bonne exécution de son forfait ignorait paradoxalement le statut de sa cible, et repart bredouille !

Ce genre d’éléments peut paraître anecdotique au premier abord, mais il relève malheureusement d’une erreur d’écriture qui peut, si elle se répète, nuire à la qualité de l’ensemble. Je sais toutefois que l’auteur souhaitait avant tout montrer que Lupin vole selon un code moral strict auquel il ne déroge pas, ce qui le met en opposition directe avec Holmes, qui, bien qu’il soit situé du bon côté de la loi, n’hésite pas à commettre des actes répréhensibles pour atteindre son objectif. Mais cette dichotomie pouvait être montrée autrement, sans prendre le risque de se contredire sur la caractérisation et la cohérence des personnages.

Le reste de l’album se déroule néanmoins sans encombres, et se concentre sur la dynamique familiale autour du fameux alchimiste, ainsi que sur la mascarade employée par Lupin pour parvenir à ses fins. On s’amuse d’ailleurs en même temps que lui de la crédulité du « meilleur limier de France », et l’on attend avec impatience le retour de Sherlock, qui ne semble pas avoir complètement lâché la rampe.

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Bagnard de guerre

Second volume de la série écrite par Philippe Pelaez et dessinée par Francis Porcel. Parution chez Grand Angle le 30/03/2022.

Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Des tranchées au coupe-gorge

Ce début d’année marque le passage en force de Philippe Pelaez, car après Pinard de guerre et plus récemment Le Bossu de Montfaucon, nous le retrouvons aux commandes de Bagnard de guerre, où il préside à la destinée de Ferdinand Tirancourt, le protagoniste de Pinard.

Après avoir fait profit en temps de guerre en vendant du vin au poilus prisonniers des tranchées, Ferdinand finit par payer son arrogance et se retrouve, par une série de péripéties, obligé de subir lui aussi le feu allemand, les pieds embourbés dans la gadoue. C’est pourtant un acte altruiste qui le conduit à être exilé au bagne en Guyane, un enfer tropical dont peu reviennent. Encerclé par des bagnards que la rudesse des conditions de vie aura transformés en tueurs, Ferdinand devra également frayer avec les surveillants, dont certains rêvent déjà de le suriner…

Le scénariste renoue avec la veine historique qui faisait l’intérêt du premier volume, en explorant cette fois l’enfer du bagne guyanais, selon les codes du récit d’évasion. On pense d’emblée au film Papillon, inspiré du célèbre prisonnier (ou son remake de 2018), ou encore à l’Évadé d’Alcatraz, ou la Grande Évasion, qui contiennent eux aussi leur lot de tortionnaires et de prisonniers que le désespoir rend violents.

Cette échappée exotique donne un nouveau souffle à la série et évite les redites, puisque le champ des possibles s’ouvre à nouveau et permet de poursuivre l’arc narratif de rédemption de Ferdinand Tirancourt. En effet, on tient là un véritable anti-héros, que l’on adore détester dès les premières pages de Pinard, et que l’on se surprend à soutenir à la fin de l’album. Ce passage-là ne fait pas exception, sans pour autant que le protagoniste soit devenu un ange entre-temps.

D’ailleurs, il est aisé de tracer un parallèle entre les soldats du front que côtoyait le héros, et les bagnards: les deux sont des participants involontaires, envoyés contre leur gré dans un environnement hostile par une administration indifférente, voire nocive. Il y a même une sorte de continuité entre les deux volumes, au travers des personnages de Sacha (Pinard) et de David (Bagnard), qui sont deux éléments incongrus qui n’ont rien à faire sur le front ou au bagne et qui y auront pourtant une influence positive sur le héros, constituant ainsi pour lui une sorte de boussole morale.

Comme vous le voyez, l’écriture de Philippe Pelaez conserve sa grande qualité, et Francis Porcel ne démérite pas sur le plan graphique, grâce à des décors immersifs et des personnages charismatiques.

*·BD·Nouveau !·Service Presse

Le Journal, les premiers mots d’une nation

Histoire complète en 56 pages écrite par Patrice Ordas et dessinée par Philippe Tarral.

Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Origines du quatrième pouvoir

En 1781, le jeune Nathan Prius combat les anglais lors de la guerre d’indépendance. Étant l’un des seuls soldats de sa compagnie capable de lire et écrire, il se voit confier la tâche de tenir le journal de bord pour le compte du général La Fayette. Et ça tombe bien, car Nathan a des ambitions journalistiques. En effet, Nathan, au civil, travaille pour Georges Ellis, le propriétaire du Richmond News, journal renommé en Virginie.

Cependant, Ellis est un homme intéressé, vil, et corrompu, qui exploite le talent de Nathan sans le rétribuer à sa juste valeur. Profitant du succès de ses articles, Ellis entend bien s’enrichir sur le dos du jeune soldat journaliste sans se soucier de son devenir. Mais de retour du front, Prius réclame la reconnaissance qui lui est due, ce qui fait naître entre les deux hommes une rivalité qui s’envenimera au fil des ans, l’un tentant de fonder son propre journal tandis que l’autre n’aura de cesse de torpiller ses efforts.

Le sujet de Le Journal arbore une juste résonance avec des thématiques actuelles. Alors que le partage et la fiabilité de l’information sont sans cesse remis en question, ce qui a ébranlé les fondations de certaines démocraties, il était de bon ton de se plonger dans le passé du contre-pouvoir le plus important, à savoir la presse. La réalité étant souvent plus épique encore que la fiction, cela aurait pu donner une chronique captivante sur les coulisses des grands empires éditoriaux américains.

Malheureusement, le conditionnel restera de mise pour cet album. En effet, il m’a paru difficile de ne pas m’ennuyer à la lecture de cette histoire de rivalité, sur fond de dynamique persécuteur/persécuté. Ce genre de ressort scénaristique n’est pas mauvais en soi, bien au contraire, il se trouve que nous avons tous une sympathie naturelle envers les outsiders. Cependant, ici, la narration décousue, à base d’ellipses régulières, et le manque de caractérisation de la majorité des personnages rendent le tout assez indigeste.

Graphiquement, rien de honteux mais un style plutôt désuet (en phase avec le thème historique me direz-vous), qui finit d’opacifier le tout. En résumé, Le Journal tape un peu à côté, ce qui est bien dommage compte tenu du sujet abordé et de son lien avec l’actualité.

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Le Bossu de Montfaucon

Premier tome de 56 pages de la série écrite par Philippe Pelaez et dessinée par Eric Stalner. Parution le 23/02/22 aux éditions Grand Angle.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance!

Ça bosse dur

Fin du XVe siècle, le royaume de France est en proie au déchirement et aux querelles de pouvoir. Suite au trépas de Louis XI, c’est son fils, Charles VIII, qui hérite de la couronne. Mais son jeune âge l’empêche de régner, aussi, c’est à sa sœur Anne de Baujeu, que l’on confie la régence du royaume, jusqu’à la majorité du nouveau roi. Tout comme son père, Anne de Baujeu est retorse, perfide, et adepte des manoeuvres les plus fourbes. Sa régence n’augure donc rien de bon pour la France.

Toutefois, Louis II d’Orléans, prince de sang et second prétendant au trône après Charles, n’entend pas rester sur la touche. Exilé, il se réfugie en Bretagne, d’où il prépare son plan ambitieux pour monter enfin sur le trône. Ce que Louis ignore encore, c’est que ses rêves de conquête du trône en toute légitimité vont être broyés, tués dans l’oeuf par sa rivale Anne. En effet, Louis d’Orléans reçoit la visite impromptue d’un homme, Pierre d’Armagnac, dit le Bâtard, qui dit avoir connaissance d’un document prouvant que Louis ne peut légitimement prétendre au trône.

Quand t’as pas d’amis, prends un mâchicoulis.

Fait notable, Pierre est accompagné par un bossu, dont la difformité dissimule un cœur d’or, et que l’on a déjà vu arpenter les anfractuosités de Notre-Dame-de-Paris, un certain…Quasimodo.

Pierre et Quasimodo vont donc se lancer à la recherche du fameux document, mais vont devoir pour cela devancer Axel Lochlain, redoutable assassin à la solde des Beaujeu. Quelles sont les motivations réelles du Bâtard ? Et l’ambitieux Louis d’Orléans vaut-il la peine pour nos héros de risquer ainsi leurs vies ?

Big Bosse

Après le très bon Pinard de Guerre, nous retrouvons Philippe Pelaez aux commandes d’un récit de cape et d’épées sur fond historique, qui s’amuse à reprendre la fin de Notre Dame de Paris de Victor Hugo. Si le roman unit tragiquement Quasimodo et Esméralda dans la mort, ici, Pierre retrouve le bossu endeuillé juste avant qu’il n’expire aux côtés de sa bien-aimée, et le recueille ainsi pour tirer avantage de sa force prodigieuse.

La suite n’a cependant pas grand chose de romanesque puisque l’intrigue reprend les événements historiques de la Guerre folle. Le travail de documentation est donc palpable et profite même de l’excellente écriture de Philippe Pelaez, qui livre une fois de plus une prose maîtrisée. S’il faut du temps pour appréhender les nombreux personnages et leurs rôles respectifs, on apprécie toutefois rapidement les méandres de l’intrigue politique qui n’a rien à envier à GOT. Comme quoi, la réalité a souvent ce qu’il faut pour dépasser la fiction, surtout si l’on y ajoute de la fiction !

Pour le moment, il est difficile de juger de l’impact de l’emprunt à Victor Hugo, pour une série qui aurait très bien pu se contenter de coller à la vérité historique. Mais gageons que la plus-value de Quasimodo se fera sentir dès le second tome.

***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

La petite voleuse de la Tour Eiffel

La BD!

Histoire complète en 62 pages, écrite par Jack Manini et Hervé Richez, et dessinée par David Ratte. Parution aux éditions Grand Angle le 01/09/2021.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Volera bien qui volera le dernier

En 1904, le parvis de la Tour Eiffel attirait déjà les badauds, qui par milliers venaient admirer la grande dame de fer parisienne. Une aubaine pour un voleur habile, qui, chaque midi, profite du coup de canon tiré chaque jour pour détrousser les passants. Portefeuilles, sacoches, bijoux, tout y passe ! Rien n’échappe à la pickpocket, tandis qu’elle échappe sans cesse aux policiers lancés à ses trousses depuis plusieurs semaines.

Bien embêté par cette affaire, Jules Dormoy, inspecteur parisien introverti mais compétent, va se retrouver malgré lui aux prises avec un complot menaçant les fondations mêmes de la République, lorsque la mauvaise sacoche sera dérobée à la mauvaise personne…

Gente dame cambrioleuse

Plus tôt cette année, nous avions croisé Jack Manini pour Total Combat, qui se voulait être une immersion dans la discipline favorite de l’auteur, le MMA. On peut dire ici que le changement d’ambiance est radical, puisqu’on change de lieu, d’époque est de de genre. Assez étonnamment, les auteurs basent leur histoire sur un scandale connu de la IIIe République (que je ne connaissais pas), romancé pour la cause, et bâtissent autour un récit choral reprenant certains personnages du Canonnier de la Tour Eiffel. Le ton est léger et vaudevillesque, mêlant récit policier et comédie romantique. Cela aboutit, grâce à des personnages bien campés et attachants, à un scénario ingénieux, émouvant mais non dénué d’humour.

L’aspect politique et les remous de l’affaire en elle-même sont peut-être délicats à saisir réellement, mais il faut bien avouer que ce qui fait le sel de l’album, ce sont bien les quiproquos et les situations romanesques, que l’on prend un plaisir croissant à suivre.

David Ratte, au dessin, nous donne l’impression d’être très à l’aise dans l’exercice. Son Paris de la belle époque fait plaisir à voir et participe en grande partie à l’immersion proposée par le duo de scénariste.

Un album léger, à la fois drôle et émouvant, plongée agréable dans le Paris du siècle dernier !

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Pinard de Guerre

La BD!

Premier tome d’un diptyque écrit par Philippe Pelaez et dessiné par Francis Porcel. Parution le 01/09/2021 aux éditions Grand Angle.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

C’était pas sa guerre !

Ferdinand Tirancourt est ce que l’on peut appeler un opportuniste. Alors que la Grande Guerre fait rage, et que les Poilus donnent leur vie par millions dans d’immondes tranchées, Ferdinand, lui, reste bien à l’abri derrière les lignes de front. En revanche, on ne peut pas lui reprocher de ne pas contribuer à l’effort de guerre. Son activité principale, à Ferdinand, c’est le commerce de vin, le fameux « Pinard », qu’il achemine jusque dans les tranchées afin d’étancher la soif des soldats condamnés.

Le contrebandier de l’extrême le sait bien, il faut bien une dose supplémentaire de courage, voire de folie, induite par l’ivresse afin de se lancer de son plein gré sous le feu ennemi. Alors qu’il se remplit les fouilles, Ferdinand, goguenard et cynique tout plein, voit la guerre se dérouler sans plus d’états-d’ âme. Mais le mensonge de Ferdinand quant à sa supposée infirmité va bientôt lui causer bien des ennuis, propulsant notre anti-héros au coeur des tranchées qu’il s’échinait à éviter. Désormais témoin direct des atrocités de la guerre et du lien de ses compatriotes soldats avec le vin dont il les abreuve, Ferdinand changera-t-il d’opinion, ou son cynisme sera-t-il ancré trop profondément ?

De l’effet revigorant du vin

Vin mal acquis ne profite jamais

La guerre est un thème malheureusement universel, que l’auteur Philippe Pelaez a déjà abordé lors de ses précédentes œuvres. La déshumanisation, le cynisme et la barbarie prennent leur essor dans les périodes les plus sombres, ce qu’illustre parfaitement le personnage de Ferdinand Tirancourt. Détestable et puant, l’auteur parvient, en quelques cases, à nous le rendre tout à fait antipathique, tant il représente certains des traits les plus vils de l’homme moderne.

Cupide, sournois, menteur et égoïste, il n’en est que plus satisfaisant de le voir, quelques pages plus loin, patauger dans la gadoue avec ceux-là mêmes dont il exploite les turpitudes. Cependant, et c’est là tout le talent de l’auteur, Ferdinand n’est pas unidimensionnel, et la superficialité qu’il affiche lors du premier acte va progressivement s’estomper pour laisser la place à des failles et des doutes qui l’humaniseront. C’est donc un tour de force de la part du scénariste, que de parvenir à changer ainsi la perception qu’a le lecteur d’un personnage, de façon cohérente et au sein du même album. La rédemption est encore loin pour Ferdinand, mais son parcours narratif a tout de même de quoi servir d’exemple à ceux ou celles qui souhaiteraient écrire un personnage d’anti-héros.

La partie graphique est assurée par Francis Porcel, qui avait déjà collaboré l’an dernier avec le scénariste sur l’album Dans mon village, on mangeait des chats. L’alchimie entre les deux auteurs a donc déjà fait des étincelles, et cela se reproduit ici de façon très efficace. Couleurs ternes et décors boueux, tout est fait par l’artiste pour nous plonger dans l’ambiance glauque des tranchées.

En conclusion, on retrouve dans Pinard de Guerre une réalité historique assez méconnue, romancée de telle sorte qu’elle offre un voyage inattendu dans les tréfonds de l’abjection humaine.

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Monsieur Vadim #2: Supplément frites et sulfateuse

La BD!

Second tome du diptyque écrit par Gihef et dessinée par Morgann Tanco. Parution le 18/08/21 chez Grand Angle.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

La vieillesse, ce naufrage

Vadim en a vu de dures pendant toutes ses années de services au sein de la Légion étrangère. Pourtant, ce n’est que récemment que ses conditions de vie se sont dégradées. Le militaire retraité a perdu sa fille, victime de l’emprise d’un proxénète, et son ex-gendre douteux l’empêche de voir son petit-fils Sasha.

Pire encore, son curateur l’a spolié de toutes ses ressources, ce qui a obligé la papi légionnaire à quitter sa maison de retraite de façon impromptue. Soutenu par une jeune assistante sociale naïve et entraveé par les lourdeurs du système administratif, Vadim tente de retomber sur ses pattes, mais finit par attirer l’attention du Belge, un voyou dont l’appétit n’a d’égal que l’ambition, et qui espère détrôner la Trinité, l’organisation criminelle qui a la mainmise sur la Côte d’Azur.

Voici notre vieux briscard qui reprend du service, se réinventant en tueur à gages pour reprendre sa vie en main. Mais tout ne se passe pas comme prévu, d’abord parce que Vadim n’est plus dans sa prime jeunesse, et ensuite car un concours de circonstances fait que Sasha est présent sur les lieux du contrat, ce qui fait perdre ses moyens à l’ancien tireur d’élite.

Papy flingueur

Vu que le premier tome prenait fin sur un cliffhanger à l’issue duquel Vadim se retrouvait suspendu à un arbre, il était logique que ce second tome s’ouvre sur une scène tendue nous faisant craindre pour l’avenir de notre octogénaire protagoniste. Vadim s’en sort assez facilement, même si c’est de peu. Le reste de l’album est un polar assez typique qui nous donne à voir corruption suivie de rédemption, vengeance sur fond de justice poétique, sans oublier une petite dose d’humour impertinent.

On pourrait toutefois reprocher à l’album de ne pas aller au bout de sa prémisse. En effet, placer un vieil homme qui a passé son apogée de loin, dans une situation à la fois injuste et dangereuse, aux prises avec des gangsters, promet des scènes d’actions décalées et traitant avec malice du naufrage de la vieillesse.

Mais l’accent n’est pas assez mis sur cet aspect, l’arthrose et la vieillesse ne constituant pas un élément déterminant durant les scènes d’action. L’ambiance générale, avec son casting de gangsters reste toutefois agréable à suivre, ce qui est du aussi en grande partie au capital sympathie de Monsieur Vadim.

Cette satire sociale déguisée en polar décalé s’avère donc une bonne lecture, pour peu que l’on ne soit pas allergique au plombs ni aux crevettes.

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Jukebox Motel #1: la mauvaise fortune de Thomas Shaper

La BD!

Premier tome d’un diptyque écrit par Tom Graffin, adapté de son roman éponyme. Marie Duvoisin au dessin et à la couleur, parution le 28/04/21 aux éditions Grand Angle.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Contre mauvaise fortune bon cœur

Pour réaliser son rêve, Thomas Shaper a dû s’affranchir des attentes paternelles, et a quitté son Québec natal pour aller vivre à New York étudier aux Beaux-Arts. Son père, qui espérait que son fils reprendrait l’exploitation familiale, était loin d’approuver ce voyage, forçant Thomas à partir sous l’opprobre de ceux qu’il aime.

Une fois l’amertume passée, Thomas se jette à corps perdu dans la peinture, et fait la rencontre de Joan, dont il tombe éperdument amoureux. A force de travail, Thomas finit par attirer l’attention d’Andy Warhol himself après un coup d’éclat graphique, ce qui le propulse sous le feu des projecteurs, à son grand désarroi.

Pris dans l’engrenage nauséabond du marché de l’art, Thomas reçoit une forte somme d’argent en acompte, en échange de dix nouvelles toiles. Des billets verts plein les bras, incertain de sa capacité à reproduire l’exploit qui l’a fait connaître, Thomas décide de faire un break, et prend la route vers la Californie.

Apparemment destiné à croiser des célébrités, Thomas fait une nouvelle rencontre fortuite, avec rien de moins que Johnny Cash ! Le chanteur, désabusé lui aussi par le succès, a taillé la route, à la recherche d’un endroit où se retrouver. Pris d’une amitié soudaine, ou simplement d’humeur joueuse, Cash met au défi Thomas de trouver pour lui ce « diable d’endroit« , ce havre pour les âmes en peine.

I walk the house

Comme nous le disions, Tom Griffin adapte lui-même son roman éponyme, grâce au concours de Marie Duvoisin. Nous plongeant dans les affres du processus créatif et des angoisses propres aux artistes, l’auteur nous fait traverser les tourments de son protagoniste, au travers duquel il est permis de penser qu’il s’est projeté lors de l’écriture.

L’ascension fulgurante de Thomas est un parallèle évident aux nombreux artistes qui ont sombré peu de temps après leur accès à la notoriété. Jukebox pose donc une question essentielle et paradoxale de la vocation artistique: et après ? Quelle finalité accorder au geste de création artistique ?

Au cours de l’histoire, Thomas est en effet confronté à cet épineux problème: comment dompter l’inspiration authentique ? Incapable de peindre sur commande, Thomas choisit la fuite, afin de se trouver, et de régénérer cette partie de lui qu’il sacrifie à chaque fois qu’il peint une toile. Il en va de même pour Johnny Cash, qui recherche cette étincelle perdue, cette volonté de chanter avant tout pour lui et non plus pour courir après l’approbation du public.

Jukebox Motel nous interroge donc sur une composante essentielle de la création artistique, et mettant en lumière le paradoxe entre création authentique et mercantilisation de l’art.