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Total Combat, round 1

La BD!

Premier tome du diptyque crée par Jack Manini, parution le 03/03/2021 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

T’ar ta gueule à la récré

Jimmy Perez est un jeune homme à l’avenir prometteur. Pratiquant assidu des Arts Martiaux Mixtes (MMA), il s’entraîne ardemment sous la houlette de son coach, aux côtés de son ami Esteban. Les deux compères sont mus par une saine émulation qui les pousse à se dépasser pour s’attirer les faveurs de Jazlyne, la fille du coach.

L’entraîneur sent que le moment est venu pour ses poulains de jouer dans la cour des grands. Toutefois, seul le meilleur d’entre eux pourra disputer un match dans l’octogone face à l’ancien champion Brent Duty. Suite à un concours de circonstances, c’est Jimmy qui s’y colle, et crée la surprise en terrassant Duty dès le premier round. L’ascension ne fait que commencer pour le jeune Pérez…

Bien qu’il ne puisse pas partager sa joie avec son Grand-père, qui ne doit rien savoir des prouesses martiales de son petit-fils adoré, Jimmy peut néanmoins savourer sa victoire dans les bras de Jazlyne, si tant est que le coach accepte de leur donner sa bénédiction.

Malheureusement, le bonheur sera de courte durée pour le jeune combattant. Terrassé non pas par les poings d’un adversaire transpirant, mais par une méningite foudroyante, Jimmy va frôler la mort pour n’émerger qu’après un long coma qui l’aura privé d’une partie de ses fonctions psychomotrices. A son réveil, il apprend que Jazlyne a succombé au même mal, et que son grand-père a tout perdu en essayant d’assumer les frais médicaux.

Rocky bat le boa

D’outsider à challenger, Jimmy a fini par dégringoler au statut d’underdog, dans une situation pire qu’au départ. Ses capacités d’antan envolées, Jimmy doit réapprendre à marcher, à parler, bref, à vivre. Mais avec le soutien de son grand-père, le jeune homme prouve qu’il n’est pas qu’un combattant dans la cage, c’est aussi un bagarreur de la vie, qui prend les problèmes un par un en leur cassant les rotules.

Le jeune Perez, armé de sa seule volonté, apprivoise de nouveau son corps, mais cela ne veut pas dire qu’il toujours ce qu’il faut pour être champion. Qu’à cela ne tienne, le Papy va remotiver son petit en lui révélant une partie de ses origines: il a le combat dans le sang, car son père, et son père avant lui, étaient des champions de Ju-jitsu brésilien, discipline qui domine le game lorsqu’on parle de MMA. Jimmy, qui découvre une nouvelle facette de l’ancêtre, s’entraîne avec lui, apprenant les arcanes d’un nouvel art. C’est alors que, poussé par la nécessité de faire bouillir la marmite, Jimmy rencontre un mécène fortuné amateur de combats en cage, qui va faire de lui son nouveau poulain.

Jack Manini livre ici un diptyque solo centré autour de sa passion pour le MMA. Vous vous en douterez, la thématique du jeune combattant sous-estimé, voire mésestimé, a déjà été traitée dans des films devenus cultes, et d’autres à la facture et à l’intérêt un peu moins certains. Toujours est-il que les films traitant du MMA sortis à ce jour ne se sont pas encore démarqués…

Le pari de Jack Manini n’était donc pas gagné d’avance, et l’auteur savait certainement qu’il lui faudrait miser sur une intrigue solide et un protagoniste attachant pour gagner l’adhésion du public. Il commence par la rivalité amoureuse en enchainant ensuite avec une brève romance pour finalement faire dégringoler son héros et le priver de tous ses espoirs: une tactique qui a fait ses preuves lorsqu’il s’agit de gagner du capital sympathie. Instinctivement, on a donc envie de voir Jimmy se relever et revenir dans l’octogone après avoir dépassé les pires obstacles.

Car là est le premier intérêt de cette première partie: confronter la figure du combattant à l’une de ses pires craintes, celle de ne pas être à la hauteur, celle d’être dépossédé de la force qui le définit en tant qu’être. Jimmy fait face assez dignement, et se remet d’ailleurs assez (trop?) rapidement de sa convalescence. Le cliffhanger de fin a un caractère surprenant, mais perd en vraisemblance lors d’une seconde lecture, à moins que l’auteur ait prévu son coup pour expliquer logiquement ce qu’il lance en fin d’album.

Graphiquement, Manini maîtrise son découpage, offrant des scènes de combat fluides qui n’ont rien à envier à des mangas comme Free Fight. En conclusion, Total Combat, malgré un titre un peu kitch et un pitch assez risqué, s’en sort avec les honneurs notamment grâce à la sympathie attirée par le personnage principal.

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Ennemis #1: Noir

La BD!

Premier tome de 48 planches d’un diptyque écrit par Kid Toussaint et dessiné par Tristan Josse, avec Vera Daviet à la couleur. Parution le 03/03/2021 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Une Guerre Si Vile

Alors que la Guerre de Sécession fait rage entre les États de l’Union et les États Confédérés, le Colonel Cooke, de l’Union, charge son homme de confiance, le Lieutenant Kaine, de mener un escadron ayant pour mission de capturer Jeb Stuart, officier confédéré dont les troupes harcèlent l’Union.

Cependant, le Colonel Cooke a omis de mentionner à Kaine que son escadron ne serait composé que de cinq soldats, et pas des foudres de guerre. Ainsi le valeureux nordiste embarque-t-il avec Livingstone, dandy égotiste, le robuste Noto, porté sur la boisson, Kaverin, artificier mutique, l’atrabilaire Reilly, et le jeune Watkins. Il y a des missions qui ressemblent à des missions-suicides. Et d’autres qui SONT des missions suicides.

Les Dix petites tuniques bleues du Sécession Express

Comme si cela ne suffisait pas, il s’avère que l’équipe de Kane comporte très certainement un traître, fidèle aux confédérés et à la fameuse Cause Perdue. Au fil des pages, chacun des protagonistes aura donc droit à un portrait, dressé par les autres soldats de la compagnie du Colonel Cooke, nous révélant leur potentiel de traitrise. Cependant, au cœur d’une période aussi troublée, avoir des liens avec l’autre camp est presque inévitable et ne saurait être une preuve de sédition…à moins que ?

Ce début d’année voit le scénariste Kid Toussaint s’imposer avec pas moins de trois albums parus à quelques jours d’intervalles (Absolument Normal, Love Love Love et Ennemis). Pour celui-ci, l’auteur s’empare du contexte historique de la guerre de Sécession pour construire une aventure autour d’un aréopage de marginaux disparates comme on les aime généralement en fiction (qui en est généralement très friande, pensez à la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, Armageddon, les Sept Mercenaires, Inglorious Bastards, Gardiens de la Galaxie, etc). Avec le thème de la taupe infiltrée, KT ajoute en sus un peu de mystère, façon Agatha Christie. Y-a-t-il bien un traître dans l’équipe ? Le sont-ils tous ? Le second album devra nous apporter la réponse.

Le thème choisi par l’auteur permet d’explorer une nouvelle fois les ramifications de l’esclavage au sein de la nation américaine et la dichotomie entre le Nord industrialisé et le Sud plus agricole donc plus dépendant de la main d’œuvre contrainte. Une guerre civile est avant tout une guerre fratricide, la Civil War n’est pas en reste puisqu’elle a causé pas moins de 750000 morts, déchirant des familles et des états en deux.

Côté graphique, Tristan Josse, dont c’est le deuxième album, se débrouille très bien en jonglant entre un style caricatural et des scènes au ton plutôt grave/violent.

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Monsieur Vadim #1: Arthrose, crime & crustacés

Premier album de 56 pages d’un diptyque écrit par Gihef et dessiné par Morgann Tanco. Parution le 03/02/2021 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux  éditions Grand Angle pour leur confiance.

Ô vieillesse ennemie

Au sein de sa maison de retraite de la Côte d’Azur, Vadim est de ces pensionnaires taciturnes mais attachant que le personnel prend en charge avec une distance respectueuse mais empreinte d’affection. Le vieil homme coule donc des jours tranquilles jusqu’à ce qu’on se rende compte que son curateur, un homme peu scrupuleux , l’a spolié de ses maigres ressources.

A la rue du jour au lendemain, Vadim se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment, lorsque l’établissement dans lequel il espérait se restaurer est braqué. Bien malgré lui, ses vieux réflexes de combattant lui reviennent, et le vieil homme neutralise à lui tout seul trois malfrats, ce qui ne manque pas d’attirer l’attention de la police et de la pègre locale.

La proposition du « Belge« , le propriétaire du restaurant susmentionné, ne se fait pas attendre. Le bandit wallon aimerait louer les services de Vadim, pour se débarrasser d’une concurrence plutôt tenace. Qu’à cela ne tienne, Vadim a pris sa retraite il y a un moment. Mais le besoin d’argent est là, surtout que le vieux légionnaire polonais aimerait pouvoir continuer à assurer l’avenir de Sacha, son petit-fils.

Seulement, même pour un ancien légionnaire, il y a vouloir, et il y a pouvoir. Vadim n’est plus dans sa prime jeunesse, et son arthrose risque bien de lui causer quelques soucis lorsqu’il faudra appuyer sur la gâchette…

La retraite vous va si bien

Voilà de retour le prolifique Gihef au commande d’une série qui détone avec sa série actuelle. Ici, le pitch est simple mais accrocheur, puisqu’il a déjà fait ses preuves ailleurs: un ancien soldat doit reprendre du service pour une raison personnelle. Toutefois, le scénariste prend la chose sous un angle différent, et pour ainsi dire plus terre à terre. Que ferait un badass à la retraite s’il devait remettre le couvert ? Son corps usé le lui permettrait-il ?

Ce postulat permet des situations cocasses et/ou dramatiques, en ce sens que Vadim pourrait ne pas être à la hauteur de la tâche, tant par ses limites que par la férocité de ses adversaires. L’album se termine par un cliffhanger habilement pensé qui nous fait attendre la suite impatiemment !

Monsieur Vadim oscille entre un Bryan Mills et un Léon pantouflard pour le plus grand plaisir du lecteur. Un diptyque de qualité !

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L’Or du bout du monde #1: Laureen

La BD!

Premier album de 50 pages d’une série écrite par Jérôme Félix et dessinée par Xavier Delaporte. L’explorateur Philippe Esnos est crédité, de façon posthume, pour son apport personnel au scénario. Parution le 03/02/2021 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

L’appel de l’aventure

Il est des personnes sur lesquelles l’infortune s’acharne telle une malédiction. Et il est des fortunes dont la malédiction pousse certaines personnes à s’acharner. C’est le cas pour le trésor d’Atahualpa, le dernier empereur inca, dont le trésor et la dépouille momifiée attendraient patiemment d’être découverts dans la jungle équatoriale.

De nombreux hommes sont morts, ou se sont entre-tués, pour espérer mettre la main sur ces gargantuesques richesses. Pour Laureen, jeune domestique irlandaise du début 20e, tout ceci ne constitue guère que des rêveries, elle qui passe son temps libre à lire des romans d’aventure et chasse au trésor. Malheureusement pour elle, Laureen va subir les affres d’une société de classes hypocrite et bigote. Ainsi, la jeune femme va tomber enceinte après avoir été contrainte de coucher avec le fils de son maître. Mise à la porte avec son bébé illégitime, Laureen va devoir retourner chez elle, ou elle subira l’opprobre des siens et sera contrainte d’abandonner son enfant.

Mais la chance va tourner, sous la forme d’un mystérieux parchemin hérité de son père abandonnique. Cet étrange document, que l’on pourrait confondre avec un MacGuffin sorti d’un de ses livres d’aventure favori, indique l’emplacement du trésor d’Atahualpa. Laureen se prend alors à rêver: avec ne serait-ce qu’une fraction du trésor, elle aurait de quoi vivre une vie de rêve, avec son enfant. Finies, la honte et la misère ! Mais comment exploiter cette carte, elle qui jamais n’a voyagé ?

La dernière Or

Laureen décide donc d’aller à Dublin, afin d’obtenir l’aide de Sir Burton, un célèbre explorateur habitué à chasser des trésors. Malheureusement, le filon est trop juteux pour que Burton daigne le partager. Conquis par l’avidité comme d’autres avant lui, il s’empare de la carte et s’emploie à trouver lui-même le trésor.

Laureen va donc devoir partir elle aussi à la poursuite du trésor, et va pour s’embarquer pour le plus périlleux des voyages.

Connu récemment pour l’excellent Jusqu’au dernier, Jérôme Félix nous plonge dans une nouvelle aventure à la trame classique, mais abordée sous un angle réaliste. Aidé dans sa conception par un véritable aventurier, le scénariste met toutes les chances de son côté en réunissant tous les ingrédients d’une bonne histoire: une protagoniste sympathique que l’on a envie d’encourager, une motivation solide et compréhensible, et des personnages secondaires nuancés et crédibles.

La partie graphique assurée par Xavier Delaporte comporte une touche de classicisme qui sied bien au genre. Son trait réaliste lui permet d’offrir des décors très réussis ainsi que des plans large maîtrisés. J’émets des réserves sur la colorisation, qui, bien que moderne et prenant le contre-pied du dessin, le dessert quelque peu.

Rassurez-vous cependant, L’Or du bout du monde a tout d’un solide récit d’aventure. Les bonus sur la vie de Philippe Esnos sont aussi très instructifs, et nous montrent qu’il existera toujours des esprits indomptables en quête de découverte et de liberté.

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L’homme sans sourire

La BD!
BD de Stéphane Louis, Stéphane Hirlemann et Vera Daviet (coul.)
Grand Angle (2021), 72p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

BD L'HOMME SANS SOURIRE

Dans la ville du roi le rire est interdit et réprimé par la Police du rire. Nourrisson rigolard, Hubert s’est retrouvé torturé à sa naissance et recousu pour lui interdire tout sourire. Des années plus tard le frère déchu du roi fomente depuis les bas-fonds une révolution qui nécessitera l’implication de la princesse et de son amoureux secret, le pauvre Hubert…

Résultat de recherche d'images pour "hirlemann homme sans sourire"Cette couverture, une des plus réussies de l’année dernière et ce titre m’avaient accroché dès sa première annonce de sortie sans connaître particulièrement le pitch de cet album d’un scénariste très éclectique et qui propose régulièrement des projets originaux. Les fables dystopiques sont souvent intéressantes par leur propos politique et contestataire en miroir de notre société.

Malheureusement sous le vernis tout à fait référencé (on pense évidemment au Roi et l’Oiseau ainsi qu’à la galaxie de paraboles sur le totalitarisme) se cache un projet tout à fait personnel (voir autobiographique) de l’auteur qui en oublie du coup ses gammes dans le déroulé d’une bonne histoire. Le projet porte une certaine ambition dans l’originalité du récit, basé sur un narrateur omniprésent et un jeu de rimes, pas forcément brillant mais qui donne une touche sympathique aux textes. Comme souvent dans ce genre de cas d’histoire simple la pagination ne fait pas forcément du bien, avec presque un double album qui étire ces effets de langue et ces architectures vertigineuses dans une ville rétro-futuriste.

Pour son premier album Stephane Hirlemann s’en sort plutôt bien avec des personnage de farce dans un design totalitaire fait d’éléments industriels, d’uniformes de cuir et de zeppelins parcourant le ciel d’une ville très réussie. La verticalité des planches est efficace bien que seulement graphique, le rôle du dessin se perdant un peu dans un propos qui tarde à venir.

Résultat de recherche d'images pour "hirlemann homme sans sourire"Car le principal problème de cet album est qu’il tarde à se dévoiler. Jusqu’aux toutes dernières pages. Le scénariste en est conscient en nous reprenant en main plusieurs fois via son narrateur pour nous dire de ne pas nous lasser, que la conclusion arrive et que tout est prévu. Du coup on se retrouve titillé par cette adresse directe qui rompt le quatrième mur et l’on tient bon… sans autres élément auquel s’intéresser, faute d’un héros (ou anti-héros) identifié et avec une intrigue annoncée très vite (le coup d’État du frère) et qui traîne franchement à arriver. Rien n’est fait pour nous intéresser à la princesse malgré son tempérament lumineux, Hubert est insignifiant jusqu’au bout et les deux frères n’évoluent pas suffisamment pour nous donner envie de suivre leur affrontement. Du coup seule la promesse du narrateur nous tient un tant soi peu en haleine, jusqu’à un épilogue surprenant… mais qui ne m’a pas du tout convaincu à titre personnel, comme vous l’avez compris en lisant cette chronique.

Le concept gonflé pourra intéresser certains lecteurs mais sur le plan du récit l’auteur passe à côté de son public, laissant son dessinateur malheureusement un peu démuni. Le potentiel graphique aurait pu maintenir le projet mais de bonnes idées (visibles dans le cahier graphique) semblent avoir été écartées pour un design plus habituel dans la thématique dystopie totalitaire. On ressort à la fin de la lecture avec l’impression d’avoir assisté à une thérapie personnelle qui ne s’adresse pas à un public, avec un certain ennui. Dommage.

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L’oiseau rare #2: La grande Sarah

La BD!

BD de Cedric Simon, Eric Stalner et Florence Fantini.
Grand Angle (2021), 53 p., série en 2 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Ce second tome comprend un résumé de l’épisode précédent et un cahier graphique de cinq pages.

BD L'OISEAU RARE

Tibor emprisonné et les économies de la bande passées dans la paye de l’avocat, c’est tout le rêve d’Eugénie qui s’est envolé. Alors qu’arrive le défi lancé par la Grande Sarah, la jeune fille n’a pas dit son dernier mot…

Second volume très différent d’un premier qui réussissait plutôt bien sa description historique en parvenant avec difficulté à s’envoler. Ici on change de registre en délaissant la chronique sociale pour un scénario d’arnaque. Eugénie avait dit à la fin du tome un qu’elle allait « faire raquer » la grande Sarah et sa supériorité pédante, voici donc son plan assez subtilement présenté par le scénariste, suffisamment pour qu’on n’y voit que du feu. Par l’enchevêtrement de séquences qu’il ne lie pas, Cédric Simon parvient progressivement à mener son histoire comme un agencement de saynètes que la conclusion fera se rejoindre. Le risque de ces schémas est celui du Deus ex Machina, de la conclusion un peu facile, un peu fabriquée. Cependant les personnages sont suffisamment installés (tant dans l’écriture que graphiquement) pour nous détourner l’attention comme les pickpockets qu’ils sont, le temps que la magie fasse son effet.

L'Oiseau rare T2 : La grande Sarah (0), bd chez Bamboo de Simon, Stalner,  FantiniTout part donc de ce défi lancé par Sarah Bernhardt à Eugénie, qu’elle va relever haut la main. La déception va pourtant être de mise lorsqu’elle réalise que c’est comme boniche du théâtre de l’actrice que la truande est embauchée. Alors qu’elle cherche des informations sur l’incendie de l’Oiseau rare, Constantin s’éloigne de l’équipe pour mener ses petites magouilles. L’histoire va donc alterner entre l’itinéraire de ce dernier et celui d’Eugénie.

Sans grande tension, l’intrigue se suit néanmoins avec plaisir, progressivement, à l’image du dessin d’Eric Stalner, fidèle à lui-même, croquant de superbes gueules pas toujours très différenciées mais magnifiquement encrées et réhaussées par une très jolie colorisation de Florence Fantini. La rupture entre les deux tomes et la grande différence de style ne permet pas de créer une continuité qui puisse tirer parti de la place laissée par le format en diptyque. Du coup on a le sentiment de lire deux épisodes séparés d’une même série avec un petit manque de souffle. Mais globalement il n’y a pas grand chose à redire sur les qualités intrinsèques de cet album bien dessiné, bien construit et aux dialogues plutôt efficaces. L’Oiseau rare se conclut comme une petite histoire très bien réalisée qui comblera les amateurs de Stalner et des chroniques historiques à la mode Glénat.

BD·Bilan·Comics·Manga

Bilan 2020, compte à rebours: les plus délires

Copie de Le Bilan 2019

L’humour c’est difficile, surtout vers la fin. Peu d’albums parviennent à assumer comédie et esprit de sale gosse…

  • La sélection de Blondin:

couv_396022 J’ai hésité à présenter d’autres albums que le Shaolin cowboy dans cette sélection tant on est à un niveau stratosphérique de n’importe-quoi rarement atteint depuis Demon. Avec une édition grand luxe et les trois volumes parus cette année, tout ce qui vient après semble du plus grand sérieux…

 

Glouton -2- La boule des neiges Et pourtant avec le Glouton, on a rarement autant ri depuis le Grand méchant renard!

 

couvlola-713x1024-1 Et difficile de ne pas citer la ressortie d’un OBNI, là encore dans une très belle édition, en mode décérébré!

  • La sélection de Dahaka:

Les aventures rocambolesques d’un duo d’exploratrices urbaines dans un monde fantasy totalement déjanté. 

 

 Post-apo débridée très bien réalisée.



… et voilà pour ce second round. Rendez-vous lundi pour les meilleurs design!

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Marius #2

La BD!
BD de Serge Scotto, Eric Stoffel et Sebastien Morice
Grand Angle (2019), 56 p., série finie en deux volumes. Trilogie marseillaise prévue en trois diptyques.

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur fidélité.

Magnifique édition et très belle maquette que celle de la collection Pagnol des éditions Grand-Angle, avec une fois n’est pas coutume un nouveau cahier documentaire bien fourni de cinq pages centré sur les adaptations cinématographiques de la pièce agrémentées de nombreuses images de l’auteur et des films. L’ouvrage s’ouvre à nouveau sur une préface du petit-fils de Marcel Pagnol et un résumé de l’épisode précédent. Rien à redire, c’est beau, bien fait, ça mérite un Calvin.

BD MARIUS

Malgré de très belles images et un travail extrêmement sérieux de Sébastien Morice j’avais été moyennement conquis par le premier volume de Marius, qui se conclut ici avant d’enchaîner sur deux albums pour Fanny puis deux autres pour César – on est donc parti avec grand plaisir pour encore quelques années en compagnie de cette belle équipe d’auteurs! Il est toujours compliqué de lire et de critiquer une adaptation d’œuvre dans un autre format sans avoir lu l’original. Je serais donc bien incapable de détricoter les apports des auteurs de la BD par rapport au matériau original hormis l’évidence (confirmée par le dossier documentaire) que l’adaptation cinéma avec Raimucar plusieurs versions en langues étrangères ont vu le jour en simultané – a beaucoup influencé la vision graphique.

Marius - 2. Marius 2ème Partie | BdphileEtonnamment, cette seconde partie est assez différente de la première, beaucoup moins linéaire et partant, beaucoup plus surprenante de par une construction comportant plusieurs ellipses temporelles qui créent un vrai suspens sur les décisions de Marius et de Fanny. Le premier volume avait posé simplement la problématique d’une fille amoureuse d’un jeune homme lui-même attiré par le vent du large marin. L’amour des deux semble sincère bien que pudique et l’affaire semble tracée pour un dénouement heureux. Or le second tome joue brillamment avec le lecteur qui alterne les séquences sans jamais vraiment savoir qui s’impose à qui et quel enjeu prendra le dessus. Le tout coupé par quelques séquences avec les deux parents et surtout, cette magnifique, truculente, tordante partie de cartes qui fait exploser l’art de la répartie théâtral pour notre plus grand plaisir!

Graphiquement, dès la couverture l’inspiration de Sebastien Morice est évidence, présentant les deux personnages en miroir par rapport à la couverture du premier tome. La qualité et la précision de la reconstitution des décors avait été signalée dans la première critique. Or il n’y a pas que le documentaire mais la finesse des dessins dans les moindres détails que n’explique pas la seule vue 3D préparatoire. Je le dis souvent, ce qui distingue les beaux albums des grands albums Captureréside dans le détail, ces vis, ces tuiles, ces lattes de plancher, tout ce qui distingue un décors a peu près d’un décors qui nous immerge. Et sur ce plan Morice réalise un travail de titan qui mettrait presque au second plan les personnages, pourtant très réussis. Si la technique du dessinateur breton éclate pleinement (et je ne parle pas des couleurs auxquels il nous a habitué depuis de nombreux albums), mes réserves sur l’expressivité des personnages tombent avec des visages qui n’hésitent ici pas à aller vers la farce, le cartoon parfois. Le dessinateur semble être plus à l’aise, plus naturel dans ses personnages. Peut-être un confort acquis après un premier album, toujours est-il que tout coule naturellement, vrai, beau, drôle.

Vous l’aurez compris, ce second tome fait monter un niveau déjà très bon, vers l’excellence. Comme public lambda j’ai pris énormément de plaisir à la fois littéraire, comique, dramatique et visuel à la lecture de ce diptyque qui m’a permis de découvrir la qualité de l’œuvre originale et donné très envie, outre de poursuivre les prochains ouvrages BD du trio bien évidemment, de visionner les films et pourquoi pas prolonger vers le texte de Marcel Pagnol.

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Ellis Island #1: Bienvenue en Amérique !

Premier tome de 56 pages, d’un diptyque écrit par Philipe Charlot et dessiné par Miras. Parution le 30/09/2020 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Terre d’écueils

En 1907, Tonio est un jeune idéaliste, débarqué en Amérique grâce au soutien des habitants de son village sicilien. Étant enfant, son infirmité lui a évité les travaux manuels et lui a permis de rester étudier à l’école, lui donnant ainsi accès à de meilleures fonctions. De plus, il a appris l’anglais auprès de Nadia, belle jeune femme qui a aussi ravi son cœur.

Comme tous les immigrants de cette époque, il doit transiter, avec son compagnon de traversée Giuseppe, par Ellis Island, là où il sera fixé sur la durée de son séjour américain. Toutefois, les choses ne se passeront pas tout à fait comme prévu pour le jeune immigrant. Alors que son entrée a été validée par les services fédéraux de l’immigration, il intervient pour sauver la mise à Giuseppe, auprès d’un agent qui remarque sa claudication, critère qui justifie d’ordinaire le rejet d’un candidat…

Giuseppe et Tonio se retrouvent donc déboutés, attendant leur réembarquement vers la Sicile. Mais la chance ne sourit pas forcément qu’aux audacieux, sinon, l’Amérique n’existerait pas. Vito, un avocat peu scrupuleux car/et sicilien, a repéré le potentiel de Tonio, grâce à sa maîtrise de l’anglais, peu commune chez les immigrants. Aussi lui propose-t-il de travailler pour lui sur l’île, le temps que son propre dossier soit réglé.

Soucieux de ne pas décevoir tous ceux qui ont placé leurs espoirs en lui, Tonio se voit contraint d’accepter la proposition. Durant de longues semaines, il sert donc de rabatteur à Vito, qui s’adonne allègrement à un trafic d’influence auprès des immigrants, voire, à de l’extorsion pure et simple. Jusqu’où ira Tonio pour réaliser son rêve américain ? Ressortira-t-il américain d’Ellis Island ?

Rêve Amer(icain)

Depuis ses fondations mythifiées, l’Amérique fascine le Vieux Monde. Alors que le reste du monde s’engouffrait dans le marasme, les États-Unis prospéraient, forts d’un dynamisme propre à la jeunesse, tant et si bien que des millions de personnes, Ulysse des temps modernes, ont tenté leur propre Odyssée vers cette terre pleine de promesse.

Ellis Island tome 1 - BDfugue.com

Tonio ne fait ici pas exception. Son fardeau à lui est d’ailleurs plus lourd à porter, puisque de nombreuses personnes se sont sacrifiées pour l’envoyer là-bas, y faire fortune et en faire profiter le village en retour. Le jeune sicilien se sent donc responsable, avec le succès pour seule option.

De la même manière qu’un Dennis Nash, héros du film 99 Homes, Tonio l’ingénu va devoir se compromettre pour préserver son rêve d’une vie meilleure. Comme lui, il est victime d’un système qu’il va par la suite contribuer à imposer à des gens comme lui. La victime, devenue bourreau, l’arnaqué devant arnaqueur.

L’histoire de Philippe Charlot porte en elle toute la symbolique d’Ellis Island, comme lieu de passage obligé, sorte de purgatoire avant le paradis promis par la grande dame de bronze. On y voit la joie, l’opportunité d’une vie nouvelle, mais également la désillusion, le désespoir, les rêves brisés et les compromis que l’on est prêts à faire pour les maintenir en l’état. Le second tome nous donnera-t-il à voir un Tonio inévitablement corrompu par son séjour sur l’île ?

Réponse sous peu, avec toujours les superbes dessins de Miras !

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Les Mentors

Série en cours, écrite par Zidrou et dessinée par Francis Porcel. Deux tomes de 44 pages parus en 2019 et 2020 aux éditions Grand Angle.

Jamais sans mon fils

Ana était jadis une jeune fille à qui l’avenir souriait. Mais alors qu’elle allait donner naissance à son enfant, un commando fit irruption dans la salle d’accouchement, et, après avoir massacré le personnel soignant, lui déroba le nouveau-né, laissant à sa place une bombe à laquelle Ana ne réchappa que par miracle.

Vingt ans plus tard, Ana n’est plus que l’ombre d’elle-même. Traumatisée par cet incident, elle souffre d’autant plus que personne ou presque ne crut à ses allégations sur le mystérieux commando. Depuis lors, le seul objectif d’Ana fut de retrouver la trace de son enfant, quoi qu’il lui en coûte. La mère éplorée n’hésite pas à recourir aux services d’une agence de détectives internationaux, dans l’espoir qu’il pourront glaner des informations sur des rapts similaires, en vain.

Non loin de là, Joye tente de s’extirper des milieux interlopes dans lesquels elle naviguait en tant qu’escort girl, afin de repartir de zéro à l’étranger. Pour cela, il va lui falloir échapper aux griffes de son ancien souteneur, qui en plus de vouloir récupérer sa « marchandise », a un compte personnel à régler avec Joye.

Le destin va réunir ces deux femmes que tout oppose, l’une sans attache et fuyant vers l’avant, l’autre, bloquée dans le passé et incapable de surmonter la perte de son enfant.

Lève-toi et marche

La série du prolifique Zidrou débute comme un thriller psychologique, avec cette pauvre jeune femme à qui l’on a pris son enfant pour des raisons inexpliquées. L’auteur parvient, au travers de dialogues incisifs dont il a le secret, à nous plonger dans cet univers tout en éveillant un début d’empathie pour Ana, qui bien que totalement dévastée, n’en demeure pas moins poignante.

La seconde partie opère un franc virage vers le fantastique, sans que cela ne dénature le propos ni la cohérence de l’intrigue en elle-même. Le sous-texte religieux évident donne même de la consistance à l’ensemble, en inscrivant les déboires d’Ana dans un contexte historico-fictionnel qui pose autant de questions qu’il n’en résout.

Par certains aspects, la série Les Mentors rappelle d’autres œuvres récentes, la série Messiah en tête. Dans ces deux tomes, l’auteur ne s’embarrasse certes pas encore des chamboulements géopolitiques que causerait l’arrivée d’un être messianique, mais la thématique reste présente néanmoins.

Les dessins de Francis Porcel font dans l’efficacité, et posent bien le cadre réaliste voulu par le scénariste. Les Mentors offrent donc une intrigue prenante, agréablement mise en image et fort bien dialoguée, à lire !