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Jukebox Motel #1: la mauvaise fortune de Thomas Shaper

La BD!

Premier tome d’un diptyque écrit par Tom Graffin, adapté de son roman éponyme. Marie Duvoisin au dessin et à la couleur, parution le 28/04/21 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Contre mauvaise fortune bon cœur

Pour réaliser son rêve, Thomas Shaper a dû s’affranchir des attentes paternelles, et a quitté son Québec natal pour aller vivre à New York étudier aux Beaux-Arts. Son père, qui espérait que son fils reprendrait l’exploitation familiale, était loin d’approuver ce voyage, forçant Thomas à partir sous l’opprobre de ceux qu’il aime.

Une fois l’amertume passée, Thomas se jette à corps perdu dans la peinture, et fait la rencontre de Joan, dont il tombe éperdument amoureux. A force de travail, Thomas finit par attirer l’attention d’Andy Warhol himself après un coup d’éclat graphique, ce qui le propulse sous le feu des projecteurs, à son grand désarroi.

Pris dans l’engrenage nauséabond du marché de l’art, Thomas reçoit une forte somme d’argent en acompte, en échange de dix nouvelles toiles. Des billets verts plein les bras, incertain de sa capacité à reproduire l’exploit qui l’a fait connaître, Thomas décide de faire un break, et prend la route vers la Californie.

Apparemment destiné à croiser des célébrités, Thomas fait une nouvelle rencontre fortuite, avec rien de moins que Johnny Cash ! Le chanteur, désabusé lui aussi par le succès, a taillé la route, à la recherche d’un endroit où se retrouver. Pris d’une amitié soudaine, ou simplement d’humeur joueuse, Cash met au défi Thomas de trouver pour lui ce « diable d’endroit« , ce havre pour les âmes en peine.

I walk the house

Comme nous le disions, Tom Griffin adapte lui-même son roman éponyme, grâce au concours de Marie Duvoisin. Nous plongeant dans les affres du processus créatif et des angoisses propres aux artistes, l’auteur nous fait traverser les tourments de son protagoniste, au travers duquel il est permis de penser qu’il s’est projeté lors de l’écriture.

L’ascension fulgurante de Thomas est un parallèle évident aux nombreux artistes qui ont sombré peu de temps après leur accès à la notoriété. Jukebox pose donc une question essentielle et paradoxale de la vocation artistique: et après ? Quelle finalité accorder au geste de création artistique ?

Au cours de l’histoire, Thomas est en effet confronté à cet épineux problème: comment dompter l’inspiration authentique ? Incapable de peindre sur commande, Thomas choisit la fuite, afin de se trouver, et de régénérer cette partie de lui qu’il sacrifie à chaque fois qu’il peint une toile. Il en va de même pour Johnny Cash, qui recherche cette étincelle perdue, cette volonté de chanter avant tout pour lui et non plus pour courir après l’approbation du public.

Jukebox Motel nous interroge donc sur une composante essentielle de la création artistique, et mettant en lumière le paradoxe entre création authentique et mercantilisation de l’art.

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Le Tatoueur

La BD!

Histoire complète en 46 pages, écrite par Matz et dessinée par Attila Futaki. Parution chez Grand Angle le 31/03/2021. 

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Oh, le Zoli Tatouaz !

Bien malgré lui, Zoli est un vagabond, qui navigue de ville en ville pour vivre de son art du tatouage. L’homme aux aiguilles a du quitter sa Hongrie natale pour d’obscures raisons, et vit depuis sur le fil du rasoir, toujours inquiet de ce passé qui aurait tôt fait de le rattraper. Heureusement pour lui, Zoli est un excellent tatoueur, pourvu d’un réseau et d’une clientèle qui lui permettent de travailler n’importe où, et surtout, discrètement. 

Car outre le graphisme épidermique, Zoli a une autre passion, celle de survivre. Conscient qu’un homme qui a des habitudes est un homme vulnérable, il s’ingénie à déjouer de façon préventive toute tentative de filature, en n’empruntant jamais deux fois le même chemin et en ne se faisant jamais déposer devant son domicile. Un soir comme un autre, après avoir tatoué un nouveau riche client, Zoli, enfoncé nonchalamment dans la banquette arrière d’un taxi parisien, écoute distraitement les diatribes du chauffeur, Laszlo, qui, concours de circonstance, est également d’origine hongroise. 

Laszlo déblatère sur un grand projet qui, à coup sûr, va faire trembler les fondations du pays et remettre le statu quo en question. Zoli, peu intéressé, pense qu’il est encore tombé sur un hurluberlu. Mais la paranoïa latente du tatoueur va semer la graine lancinante du doute dans son esprit. Qui sont ces « ils » dont parle Laszlo ? Savent-ils vraiment tout sur tout le monde ? Ont-ils autant de pouvoir que Laszlo le prétend ? 

Invasion of the taxi snatchers

Bien vite, Zoli a la preuve que les élucubrations de Laszlo étaient plus sérieuses qu’il ne voulait le croire. Le président du Sénat est assassiné, et dans les jours qui suivent, d’autres hommes supposément influents tombent sous les balles d’assaillants anonymes. La paranoïa de Zoli a donc du bon, puisqu’elle lui évite, pour un temps du moins, d’être alpagué par les révolutionnaires conspirateurs, qui se révèlent être…des chauffeurs de taxi. 

Matz s’est inspiré d’une anecdote personnelle pour créer ce polar à la fois sombre et délirant. Partant du principe que les chauffeurs de taxi sont les plus à même, de par leur profession et leur nombre, de récolter des informations sensibles sur tout le monde (adresses, habitudes, petits secrets inavouables), il imagine ces mêmes chauffeurs former une confrérie et fomenter une révolution (ou un coup d’État, le récit n’est pas très clair là-dessus). 

Le pitch est donc WTF comme on les aime, et promet un récit paranoïaque à la Invasion Los Angeles (They Live! de John Carpenter) ou encore l’Invasion des Profanateurs (Invasion of the body snatchers de Philip Kaufman), en moins surnaturel, bien entendu. En somme, un récit où le protagoniste met à jour une conspiration secrète et se rend compte qu’il ne peut compter que sur lui-même, le danger pouvant provenir de n’importe où et de n’importe qui. Chaque licence de taxi serait un danger potentiel, chaque mine patibulaire derrière un volant augmenterait la sensation d’oppression du protagoniste et l’intensité du danger. Monter à l’arrière d’un taxi reviendrait alors à jouer sa vie, pour peu que l’on soit un homme influent ou détenant des informations capitales. 

Le thème est donc bien suggéré par la prémisse, seulement voilà, tous ces éléments sont absents de l’album. Tout ce à quoi on aura droit, ce sont deux conversations relativement cordiales entre Zoli et Lazslo à l’arrière de son taxi. Puis, en guise de développement, on trouvera les conspirateurs-taxis réunis en mode clandestins, avec même un « mouahahaha » résolument cliché en fin de scène. Rien ne vient vraiment approfondir ni même expliquer leur plan ou leurs motivations, ce qui gâche un peu l’ensemble. 

Certes, ils sont décrits comme dangereux et tuent des personnalités publiques, mais ces actions en soi n’ont rien de spécifique à ce que pourrait faire un chauffeur de taxi (on aurait pu avoir par exemple, conduire son « client » dans une allée déserte avant de le supprimer, piéger des faux taxis pour les faire exploser, ou faire une embuscade lors d’une opération escargot, exploiter spécifiquement les informations compromettantes, que sais-je !), et c’est dommageable à l’ensemble du récit. Encore une fois, nous sommes donc en présence d’un concept assez fort et très original (et d’autant plus angoissant que sa base, à savoir que les taxis peuvent en apprendre beaucoup sur les gens, est relativement vraisemblable!), qui ne va pas au bout de ses possibilités. 

Concernant la thématique et la faiblesse de son traitement, vient également se poser le problème du protagoniste, qui donne son titre à l’album. Le tatouage, étant donnée la mystique qui l’entoure, et l’art qu’il représente, devrait être un sujet à part entière. Ici, le scénario tente, assez difficilement, de se partager, entre le complot des taxis d’une part, et une réflexion sur l’art du tatouage, sans parvenir à les faire briller, car ce sont deux éléments qui ne sont pas liés dans le récit, et qui ne se mêlent pas efficacement, comme si l’auteur avait versé à la fois de l’eau et de l’huile dans son verre narratif, en espérant un mariage des deux. 

Le constat est simple: le tatouage n’a pas sa place dans ce récit aux forts accents de polar. Rien ne vient justifier le fait que Zoli soit tatoueur, cette profession n’ayant d’ailleurs que peu, voire pas, d’impact sur le reste de l’intrigue. Le héros, aurait du/pu être un opposant politique en fuite, ou même un chauffeur de taxi, ou tout autre chose qui aurait fait écho au thème de la conspiration et du coup d’État. Ou à l’inverse, il aurait été gratifiant que le tatouage de Zoli soit utilisé d’une façon ou d’une autre dans l’intrigue (il aurait pu être débusqué grâce à l’un de ses singuliers tatouages par exemple). 

Bref, le Tatoueur présentait toutes les caractéristiques d’un bon polar à la fois sombre et déjanté, mais la greffe thématique n’a pas pris, preuve que les bons bouchers n’ont pas toujours que de la bonne viande sur leur étal. 

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Fausses pistes

La BD!BD de Duhamel
Grand Angle (2021), 76 p, one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Son nom est Jake « wild faith » Johnson, il est Marshall de Woodstone. Il fait régner la loi dans l’Ouest sauvage… En fait il n’est que l’adjoint de son frère Morgan, et un fieffé fils de p… Frank incarne la légende et il va découvrir l’histoire réécrite à la gloire du mythe américain. Cela fait quinze ans qu’il est le Marshall. Quinze ans ça fait vieux au pays des coyotes et Frank ne sait plus trop dans quelle réalité il évolue…

Fausses pistesBruno Duhamel est de ces auteurs qui attirent une sympathie par leur entièreté, leurs doutes et le recul permanent qu’il accordent à leur œuvre. Ce qu’on appelle un auteur. Depuis qu’il est passé au statut d’auteur complet sur Le retour il impressionne par sa maîtrise de l’art séquentiel et par la variété de ses sujets tout en restant dans un écosystème de personnages au caractère bien trempé. Toujours porté sur des marginaux et proie au doute identitaire, il baisse d’un ton dans le registre de l’humour au vitriol pour nous proposer une envie d’Ouest sauvage en même temps que de regard acide sur le mythe américain et sur sa population. En créant ce personnage d’acteur de show western il crée tout au long de l’album en effet de miroir entre le passé sanglant fait de crapules devenues shériff par la simple apposition d’une étoile au veston, de généraux génocidaires et de citations indiennes inventées. Envoyé en voyage touristique Frank se retrouve confronté à des spécimen de l’Amérique sur lesquels la finesse de l’auteur impressionne. Loin de vouloir pointer le vilain militaire trumpiste confronté à la gentille guide mexicaine et aux sympathiques retraités bio il tire un peu sur tout le monde, retranchés dans leur habit bien pensant plus ou moins assumé. La vulgarité de Vegas nous saute aux yeux comme la beauté des paysages de la vallée de la mort.

Fausses pistes : les difficiles vies d'une légende de l'Ouest - Bubble BD,  Comics et MangasSi l’élégance des dessins (et surtout des couleurs) est désormais connue et repérable dans un découpage et un format d’album spacieux, la qualité des dialogues impressionne! Avec une aisance évidente, Duhamel claque ses répliques comme des morsures de pistolet ou de crotale en nous faisant enchaîner la lecture avec un plaisir continu. Le quasi-double format se lit très rapidement et on regrette presque d’arriver à la conclusion tant la galerie de personnages nous donne envie de rester en famille. Si le héros est moins marquant que les précédents personnages de Duhamel, son histoire n’en est pas moins touchante. Plus profond que ses autres albums, moins farceur,  Fausses pistes nous fait passer par différents univers, différents sujets avant de prendre la forme, dans sa dernière partie, d’un thriller (jamais trop sérieux tout de même) assez haletant. Ne tombant jamais dans la facilité, l’auteur profite de chaque scène pour trouver un décalage soit drôle soit critique avec une exigence qui fait sa marque de fabrique. Celle d’un auteur dont on peut acheter les albums les yeux fermés.

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Ecoline

BD de Stephen Desberg et Teresa Martinez
Grand Angle (2021), 72p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

couv_421378Esprit sensible, la chienne Ecoline se retrouve chassée de la ferme familiale où elle était destinée à devenir chien de garde. Réfugiée à Paris elle découvre l’univers des peintres de Montmartre et se découvre un talent artistique autant qu’une des facultés relationnelles. Mais lorsqu’elle tombe sur le redoutable chien policier Fédor son avenir s’assombrit…

Délaissant l’univers du thriller politique dans lequel il place la plupart de ses BD, le scénariste du Scorpion propose avec Ecoline un joli conte animalier dans le Paris impressionniste. Auteur chevronné, il nous fait suivre l’itinéraire de cette très sympathique chienne jaune chassée par son père car elle ne correspond pas aux critères voulus pour un chien de garde, au gré d’un récit en flashback plutôt efficace. Fin manieur de langue, Desberg alterne entre bulles de dialogues et phylactères narratifs très Ecoline, bd chez Bamboo de Desberg, Martinez Alanisélégants, qui participent à l’immersion dans ce Paris de carte postale. Les décors se situent à Montmartre, au Moulin rouge, ou sous la Tour Eiffel mais ne propose guère de croisement entre le monde des hommes et celui des animaux. Plutôt, le scénariste a choisi un univers parallèle, sorte de transposition classique à la mode Walt Disney. Sa dessinatrice colle d’ailleurs avec ce thème et propose quelques fort jolies planches avec cadrages recherchés. On saisit l’ambition de reproduire en BD l’effet impressionniste à la palette graphique, mais quelques petite défauts dans les tracés empêchent une immersion attendue. C’est dommage car la sublime illustration de couverture (qui part directement dans le top des plus belles couvertures de 2021!) et la maîtrise des couleurs laissait ambitionner un album sublime. Pour un premier album BD Teresa Martinez s’en sort cependant très bien et gageons que le public jeune auquel se destine principalement ce conte ne lui en tiendra pas rigueur. Le succès de l’album déterminera si one série est en train de naître. Le matériau le permettrait avec une jolie galerie de personnages et une héroïne fort réussie sur un thème original qui méritera d’être un peu poussé. Pour l’aspect immersion historique on pourra lui préférer la série des Violette, mais dans le champ de la jeunesse cette Ecoline ravira sans aucun doute les jeunes lecteurs!

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Ennemis # 2: Blanc

La BD!

Dernier tome de 56 pages du diptyque de Kid Toussaint et Tristan Josse, parution chez Grand Angle le 28/04/21.

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

La revanche des incapables

Alors que la Guerre de Sécession fait rage entre les États de l’Union et les États Confédérés, le Colonel Cooke, de l’Union, charge son homme de confiance, le Lieutenant Kaine, de mener un escadron ayant pour mission de capturer Jeb Stuart, officier confédéré dont les troupes harcèlent l’Union.

Cependant, le Colonel Cooke a omis de mentionner à Kaine que son escadron ne serait composé que de cinq soldats, et pas des foudres de guerre. Ainsi le valeureux nordiste embarque-t-il avec Livingstone, dandy égotiste, le robuste Noto, porté sur la boisson, Kaverin, artificier mutique, l’atrabilaire Reilly, et le jeune Watkins. Il y a des missions qui ressemblent à des missions-suicides. Et d’autres qui SONT des missions suicides.

Lors du premier tome, le scénariste distillait des indices et des pistes, laissant penser qu’aucun des membres de l’équipe n’était digne de confiance. En effet, chacun d’entre eux a un vécu singulier, et a quelque chose qui pourrait, ou pas, le lier au camp adverse.

Fidèle à la méthode employée dans le premier tome, KT utilise donc de nombreux flash-back afin d’entrecroiser les destinées de ces pieds-nickelés en tunique bleue. A première vue, il n’en ressort pas un sentiment de complétude, comme c’est le cas dans les bons récits chorals, mais plutôt d’heureux hasard.

L’action n’en demeure pas moins intéressante, notamment grâce au face-à-face final entre nos héros et les forces confédérées. Les sous-titres des deux albums, Blanc et Noir, laissaient entendre une éventuelle inversion de point de vue, mais il n’en est rien, l’attention est bel et bien maintenue sur Kane et sur ses hommes.

On parlait plus haut d’un final spectaculaire, mais on déplore qu’il ne se fasse qu’au prix de la résolution de certaines des sous-intrigues, qui sont expédiées en fin d’album, comme on le voit souvent sur un format de 56 planches.

Le diptyque s’impose néanmoins comme une aventure sympathique et débrouillarde, mêlant action et suspense.

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Total Combat, round 1

La BD!

Premier tome du diptyque crée par Jack Manini, parution le 03/03/2021 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

T’ar ta gueule à la récré

Jimmy Perez est un jeune homme à l’avenir prometteur. Pratiquant assidu des Arts Martiaux Mixtes (MMA), il s’entraîne ardemment sous la houlette de son coach, aux côtés de son ami Esteban. Les deux compères sont mus par une saine émulation qui les pousse à se dépasser pour s’attirer les faveurs de Jazlyne, la fille du coach.

L’entraîneur sent que le moment est venu pour ses poulains de jouer dans la cour des grands. Toutefois, seul le meilleur d’entre eux pourra disputer un match dans l’octogone face à l’ancien champion Brent Duty. Suite à un concours de circonstances, c’est Jimmy qui s’y colle, et crée la surprise en terrassant Duty dès le premier round. L’ascension ne fait que commencer pour le jeune Pérez…

Bien qu’il ne puisse pas partager sa joie avec son Grand-père, qui ne doit rien savoir des prouesses martiales de son petit-fils adoré, Jimmy peut néanmoins savourer sa victoire dans les bras de Jazlyne, si tant est que le coach accepte de leur donner sa bénédiction.

Malheureusement, le bonheur sera de courte durée pour le jeune combattant. Terrassé non pas par les poings d’un adversaire transpirant, mais par une méningite foudroyante, Jimmy va frôler la mort pour n’émerger qu’après un long coma qui l’aura privé d’une partie de ses fonctions psychomotrices. A son réveil, il apprend que Jazlyne a succombé au même mal, et que son grand-père a tout perdu en essayant d’assumer les frais médicaux.

Rocky bat le boa

D’outsider à challenger, Jimmy a fini par dégringoler au statut d’underdog, dans une situation pire qu’au départ. Ses capacités d’antan envolées, Jimmy doit réapprendre à marcher, à parler, bref, à vivre. Mais avec le soutien de son grand-père, le jeune homme prouve qu’il n’est pas qu’un combattant dans la cage, c’est aussi un bagarreur de la vie, qui prend les problèmes un par un en leur cassant les rotules.

Le jeune Perez, armé de sa seule volonté, apprivoise de nouveau son corps, mais cela ne veut pas dire qu’il toujours ce qu’il faut pour être champion. Qu’à cela ne tienne, le Papy va remotiver son petit en lui révélant une partie de ses origines: il a le combat dans le sang, car son père, et son père avant lui, étaient des champions de Ju-jitsu brésilien, discipline qui domine le game lorsqu’on parle de MMA. Jimmy, qui découvre une nouvelle facette de l’ancêtre, s’entraîne avec lui, apprenant les arcanes d’un nouvel art. C’est alors que, poussé par la nécessité de faire bouillir la marmite, Jimmy rencontre un mécène fortuné amateur de combats en cage, qui va faire de lui son nouveau poulain.

Jack Manini livre ici un diptyque solo centré autour de sa passion pour le MMA. Vous vous en douterez, la thématique du jeune combattant sous-estimé, voire mésestimé, a déjà été traitée dans des films devenus cultes, et d’autres à la facture et à l’intérêt un peu moins certains. Toujours est-il que les films traitant du MMA sortis à ce jour ne se sont pas encore démarqués…

Le pari de Jack Manini n’était donc pas gagné d’avance, et l’auteur savait certainement qu’il lui faudrait miser sur une intrigue solide et un protagoniste attachant pour gagner l’adhésion du public. Il commence par la rivalité amoureuse en enchainant ensuite avec une brève romance pour finalement faire dégringoler son héros et le priver de tous ses espoirs: une tactique qui a fait ses preuves lorsqu’il s’agit de gagner du capital sympathie. Instinctivement, on a donc envie de voir Jimmy se relever et revenir dans l’octogone après avoir dépassé les pires obstacles.

Car là est le premier intérêt de cette première partie: confronter la figure du combattant à l’une de ses pires craintes, celle de ne pas être à la hauteur, celle d’être dépossédé de la force qui le définit en tant qu’être. Jimmy fait face assez dignement, et se remet d’ailleurs assez (trop?) rapidement de sa convalescence. Le cliffhanger de fin a un caractère surprenant, mais perd en vraisemblance lors d’une seconde lecture, à moins que l’auteur ait prévu son coup pour expliquer logiquement ce qu’il lance en fin d’album.

Graphiquement, Manini maîtrise son découpage, offrant des scènes de combat fluides qui n’ont rien à envier à des mangas comme Free Fight. En conclusion, Total Combat, malgré un titre un peu kitch et un pitch assez risqué, s’en sort avec les honneurs notamment grâce à la sympathie attirée par le personnage principal.

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Ennemis #1: Noir

La BD!

Premier tome de 48 planches d’un diptyque écrit par Kid Toussaint et dessiné par Tristan Josse, avec Vera Daviet à la couleur. Parution le 03/03/2021 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Une Guerre Si Vile

Alors que la Guerre de Sécession fait rage entre les États de l’Union et les États Confédérés, le Colonel Cooke, de l’Union, charge son homme de confiance, le Lieutenant Kaine, de mener un escadron ayant pour mission de capturer Jeb Stuart, officier confédéré dont les troupes harcèlent l’Union.

Cependant, le Colonel Cooke a omis de mentionner à Kaine que son escadron ne serait composé que de cinq soldats, et pas des foudres de guerre. Ainsi le valeureux nordiste embarque-t-il avec Livingstone, dandy égotiste, le robuste Noto, porté sur la boisson, Kaverin, artificier mutique, l’atrabilaire Reilly, et le jeune Watkins. Il y a des missions qui ressemblent à des missions-suicides. Et d’autres qui SONT des missions suicides.

Les Dix petites tuniques bleues du Sécession Express

Comme si cela ne suffisait pas, il s’avère que l’équipe de Kane comporte très certainement un traître, fidèle aux confédérés et à la fameuse Cause Perdue. Au fil des pages, chacun des protagonistes aura donc droit à un portrait, dressé par les autres soldats de la compagnie du Colonel Cooke, nous révélant leur potentiel de traitrise. Cependant, au cœur d’une période aussi troublée, avoir des liens avec l’autre camp est presque inévitable et ne saurait être une preuve de sédition…à moins que ?

Ce début d’année voit le scénariste Kid Toussaint s’imposer avec pas moins de trois albums parus à quelques jours d’intervalles (Absolument Normal, Love Love Love et Ennemis). Pour celui-ci, l’auteur s’empare du contexte historique de la guerre de Sécession pour construire une aventure autour d’un aréopage de marginaux disparates comme on les aime généralement en fiction (qui en est généralement très friande, pensez à la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, Armageddon, les Sept Mercenaires, Inglorious Bastards, Gardiens de la Galaxie, etc). Avec le thème de la taupe infiltrée, KT ajoute en sus un peu de mystère, façon Agatha Christie. Y-a-t-il bien un traître dans l’équipe ? Le sont-ils tous ? Le second album devra nous apporter la réponse.

Le thème choisi par l’auteur permet d’explorer une nouvelle fois les ramifications de l’esclavage au sein de la nation américaine et la dichotomie entre le Nord industrialisé et le Sud plus agricole donc plus dépendant de la main d’œuvre contrainte. Une guerre civile est avant tout une guerre fratricide, la Civil War n’est pas en reste puisqu’elle a causé pas moins de 750000 morts, déchirant des familles et des états en deux.

Côté graphique, Tristan Josse, dont c’est le deuxième album, se débrouille très bien en jonglant entre un style caricatural et des scènes au ton plutôt grave/violent.

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Monsieur Vadim #1: Arthrose, crime & crustacés

Premier album de 56 pages d’un diptyque écrit par Gihef et dessiné par Morgann Tanco. Parution le 03/02/2021 aux éditions Grand Angle.

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Ô vieillesse ennemie

Au sein de sa maison de retraite de la Côte d’Azur, Vadim est de ces pensionnaires taciturnes mais attachant que le personnel prend en charge avec une distance respectueuse mais empreinte d’affection. Le vieil homme coule donc des jours tranquilles jusqu’à ce qu’on se rende compte que son curateur, un homme peu scrupuleux , l’a spolié de ses maigres ressources.

A la rue du jour au lendemain, Vadim se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment, lorsque l’établissement dans lequel il espérait se restaurer est braqué. Bien malgré lui, ses vieux réflexes de combattant lui reviennent, et le vieil homme neutralise à lui tout seul trois malfrats, ce qui ne manque pas d’attirer l’attention de la police et de la pègre locale.

La proposition du « Belge« , le propriétaire du restaurant susmentionné, ne se fait pas attendre. Le bandit wallon aimerait louer les services de Vadim, pour se débarrasser d’une concurrence plutôt tenace. Qu’à cela ne tienne, Vadim a pris sa retraite il y a un moment. Mais le besoin d’argent est là, surtout que le vieux légionnaire polonais aimerait pouvoir continuer à assurer l’avenir de Sacha, son petit-fils.

Seulement, même pour un ancien légionnaire, il y a vouloir, et il y a pouvoir. Vadim n’est plus dans sa prime jeunesse, et son arthrose risque bien de lui causer quelques soucis lorsqu’il faudra appuyer sur la gâchette…

La retraite vous va si bien

Voilà de retour le prolifique Gihef au commande d’une série qui détone avec sa série actuelle. Ici, le pitch est simple mais accrocheur, puisqu’il a déjà fait ses preuves ailleurs: un ancien soldat doit reprendre du service pour une raison personnelle. Toutefois, le scénariste prend la chose sous un angle différent, et pour ainsi dire plus terre à terre. Que ferait un badass à la retraite s’il devait remettre le couvert ? Son corps usé le lui permettrait-il ?

Ce postulat permet des situations cocasses et/ou dramatiques, en ce sens que Vadim pourrait ne pas être à la hauteur de la tâche, tant par ses limites que par la férocité de ses adversaires. L’album se termine par un cliffhanger habilement pensé qui nous fait attendre la suite impatiemment !

Monsieur Vadim oscille entre un Bryan Mills et un Léon pantouflard pour le plus grand plaisir du lecteur. Un diptyque de qualité !

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L’Or du bout du monde #1: Laureen

La BD!

Premier album de 50 pages d’une série écrite par Jérôme Félix et dessinée par Xavier Delaporte. L’explorateur Philippe Esnos est crédité, de façon posthume, pour son apport personnel au scénario. Parution le 03/02/2021 aux éditions Grand Angle.

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L’appel de l’aventure

Il est des personnes sur lesquelles l’infortune s’acharne telle une malédiction. Et il est des fortunes dont la malédiction pousse certaines personnes à s’acharner. C’est le cas pour le trésor d’Atahualpa, le dernier empereur inca, dont le trésor et la dépouille momifiée attendraient patiemment d’être découverts dans la jungle équatoriale.

De nombreux hommes sont morts, ou se sont entre-tués, pour espérer mettre la main sur ces gargantuesques richesses. Pour Laureen, jeune domestique irlandaise du début 20e, tout ceci ne constitue guère que des rêveries, elle qui passe son temps libre à lire des romans d’aventure et chasse au trésor. Malheureusement pour elle, Laureen va subir les affres d’une société de classes hypocrite et bigote. Ainsi, la jeune femme va tomber enceinte après avoir été contrainte de coucher avec le fils de son maître. Mise à la porte avec son bébé illégitime, Laureen va devoir retourner chez elle, ou elle subira l’opprobre des siens et sera contrainte d’abandonner son enfant.

Mais la chance va tourner, sous la forme d’un mystérieux parchemin hérité de son père abandonnique. Cet étrange document, que l’on pourrait confondre avec un MacGuffin sorti d’un de ses livres d’aventure favori, indique l’emplacement du trésor d’Atahualpa. Laureen se prend alors à rêver: avec ne serait-ce qu’une fraction du trésor, elle aurait de quoi vivre une vie de rêve, avec son enfant. Finies, la honte et la misère ! Mais comment exploiter cette carte, elle qui jamais n’a voyagé ?

La dernière Or

Laureen décide donc d’aller à Dublin, afin d’obtenir l’aide de Sir Burton, un célèbre explorateur habitué à chasser des trésors. Malheureusement, le filon est trop juteux pour que Burton daigne le partager. Conquis par l’avidité comme d’autres avant lui, il s’empare de la carte et s’emploie à trouver lui-même le trésor.

Laureen va donc devoir partir elle aussi à la poursuite du trésor, et va pour s’embarquer pour le plus périlleux des voyages.

Connu récemment pour l’excellent Jusqu’au dernier, Jérôme Félix nous plonge dans une nouvelle aventure à la trame classique, mais abordée sous un angle réaliste. Aidé dans sa conception par un véritable aventurier, le scénariste met toutes les chances de son côté en réunissant tous les ingrédients d’une bonne histoire: une protagoniste sympathique que l’on a envie d’encourager, une motivation solide et compréhensible, et des personnages secondaires nuancés et crédibles.

La partie graphique assurée par Xavier Delaporte comporte une touche de classicisme qui sied bien au genre. Son trait réaliste lui permet d’offrir des décors très réussis ainsi que des plans large maîtrisés. J’émets des réserves sur la colorisation, qui, bien que moderne et prenant le contre-pied du dessin, le dessert quelque peu.

Rassurez-vous cependant, L’Or du bout du monde a tout d’un solide récit d’aventure. Les bonus sur la vie de Philippe Esnos sont aussi très instructifs, et nous montrent qu’il existera toujours des esprits indomptables en quête de découverte et de liberté.

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L’homme sans sourire

La BD!
BD de Stéphane Louis, Stéphane Hirlemann et Vera Daviet (coul.)
Grand Angle (2021), 72p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

BD L'HOMME SANS SOURIRE

Dans la ville du roi le rire est interdit et réprimé par la Police du rire. Nourrisson rigolard, Hubert s’est retrouvé torturé à sa naissance et recousu pour lui interdire tout sourire. Des années plus tard le frère déchu du roi fomente depuis les bas-fonds une révolution qui nécessitera l’implication de la princesse et de son amoureux secret, le pauvre Hubert…

Résultat de recherche d'images pour "hirlemann homme sans sourire"Cette couverture, une des plus réussies de l’année dernière et ce titre m’avaient accroché dès sa première annonce de sortie sans connaître particulièrement le pitch de cet album d’un scénariste très éclectique et qui propose régulièrement des projets originaux. Les fables dystopiques sont souvent intéressantes par leur propos politique et contestataire en miroir de notre société.

Malheureusement sous le vernis tout à fait référencé (on pense évidemment au Roi et l’Oiseau ainsi qu’à la galaxie de paraboles sur le totalitarisme) se cache un projet tout à fait personnel (voir autobiographique) de l’auteur qui en oublie du coup ses gammes dans le déroulé d’une bonne histoire. Le projet porte une certaine ambition dans l’originalité du récit, basé sur un narrateur omniprésent et un jeu de rimes, pas forcément brillant mais qui donne une touche sympathique aux textes. Comme souvent dans ce genre de cas d’histoire simple la pagination ne fait pas forcément du bien, avec presque un double album qui étire ces effets de langue et ces architectures vertigineuses dans une ville rétro-futuriste.

Pour son premier album Stephane Hirlemann s’en sort plutôt bien avec des personnage de farce dans un design totalitaire fait d’éléments industriels, d’uniformes de cuir et de zeppelins parcourant le ciel d’une ville très réussie. La verticalité des planches est efficace bien que seulement graphique, le rôle du dessin se perdant un peu dans un propos qui tarde à venir.

Résultat de recherche d'images pour "hirlemann homme sans sourire"Car le principal problème de cet album est qu’il tarde à se dévoiler. Jusqu’aux toutes dernières pages. Le scénariste en est conscient en nous reprenant en main plusieurs fois via son narrateur pour nous dire de ne pas nous lasser, que la conclusion arrive et que tout est prévu. Du coup on se retrouve titillé par cette adresse directe qui rompt le quatrième mur et l’on tient bon… sans autres élément auquel s’intéresser, faute d’un héros (ou anti-héros) identifié et avec une intrigue annoncée très vite (le coup d’État du frère) et qui traîne franchement à arriver. Rien n’est fait pour nous intéresser à la princesse malgré son tempérament lumineux, Hubert est insignifiant jusqu’au bout et les deux frères n’évoluent pas suffisamment pour nous donner envie de suivre leur affrontement. Du coup seule la promesse du narrateur nous tient un tant soi peu en haleine, jusqu’à un épilogue surprenant… mais qui ne m’a pas du tout convaincu à titre personnel, comme vous l’avez compris en lisant cette chronique.

Le concept gonflé pourra intéresser certains lecteurs mais sur le plan du récit l’auteur passe à côté de son public, laissant son dessinateur malheureusement un peu démuni. Le potentiel graphique aurait pu maintenir le projet mais de bonnes idées (visibles dans le cahier graphique) semblent avoir été écartées pour un design plus habituel dans la thématique dystopie totalitaire. On ressort à la fin de la lecture avec l’impression d’avoir assisté à une thérapie personnelle qui ne s’adresse pas à un public, avec un certain ennui. Dommage.

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