Comics·Rétro·East & West·*****

Batman: Amère victoire

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Comic de Jeff Loeb et Tim Sale
Urban (2012) – DC (2000), 392p., série terminée.

L’édition chroniquée est la première version reliée chez Urban, après les quatre volumes SEMIC souples parus en 2002 juste après l’édition originale. Une version n&b « anniversaire 75 ans » est sortie en 2014 toujours chez Urban. Il s’agit de la suite directe de Un long Halloween, mythique album et Prix Eisner du meilleur album. L’édition comprend une préface de Tim Sale (malheureusement disparu l’an dernier…), un résumé du volume précédent, deux pages de croquis et l’épisode bonus « Un chevalier servant« . Édition correcte qui mérite surtout pour la qualité de fabrication des éditions Urban et l’histoire elle-même.

Il y a un an (lors des évènements relatés dans Un long Halloween) le tueur se faisant appeler Holliday a terrorisé Gotham. Lors de l’enquête le procureur Harvey Dent, défiguré par de l’acide, est devenu Double-face, un psychopathe schizophrène. Alors que Batman et le commissaire Gordon n’ont pas fait le deuil de leur amitié avec Dent, des crimes reprennent, ciblant cette fois la police de Gotham. Holliday est-il de retour?

image-10Batman - Amère victoire (Dark Victory) - BD, avis, informations, images,  albums - BDTheque.comQue vous découvriez les BD de Batman ou soyez novice en comics de super-héros, vous tenez une pépite. Lorsque j’ai commencé à lire du  Batman j’ai recherché les albums les plus faciles d’accès parmi les plus cités, la difficulté étant la subjectivité des fans pas toujours lucides sur l’accessibilité de leurs monuments. Et je peux vous dire que le diptyque de Loeb et Sale est un véritable miracle tant graphique que dans l’écriture, qui condense la substantifique moelle de l’univers gothique de Batman, de l’origin story fluide, en proposant le même plaisir à des nouveaux venus, aux spécialistes et aux amateurs d’indé. La seule réserve sera peut-être pour de jeunes lecteurs biberonnés aux dessins très techniques d’un Jorge Jimenez ou de Capullo, qui pourront tiquer sur l’ambiance rétro.

Amère victoire reprend les mêmes qualités que le volume précédent en les simplifiant dans une épure encore plus accessible. Sous la forme d’une enquête autour d’un serial killer qui reprend le même schéma narratif que les meurtres aux fêtes nationales du Long Halloween (ici concentrés sur des membres véreux du GCPD), les auteurs continuent subtilement d’introduire le personnage de Robin sur la fin de la série, en Batman (tome 1) - (Tim Sale / Jeph Loeb) - Super Héros [BDNET.COM]parallèle évident avec le deuil du jeune Bruce Wayne. Si le monde mafieux est toujours très présent (le récent film The Batman reprend à la fois la famille Falcone et le lien de Catwoman avec ces criminels), le découpage se veut moins complexe en atténuant un peu le formidable jeu des séquences simultanés et amputées qui instillaient brillamment le doute sur l’identité du tueur. Ici ce sont Harvey Dent, la nouvelle procureur et même Catwoman qui sont dans le viseur du lecteur…

Beaucoup plus technique qu’il n’en a l’air, le dessin de Tim Sale est mis en valeur par le format large du volume Urban où l’on profite des grandes cases (à ce titre, la grosse pagination ne doit pas vous effrayer, l’album se lit assez rapidement du fait d’un découpage aéré et de textes favorisant les ambiances), voir de doubles pages et où les très élégants aplats de couleurs font ressortir le travail de contrastes du dessinateur (agrémenté de quelques lavis sur des flashback). Avec un montage diablement cinématographique (Loeb a scénarisé un certain nombre de séries de super-héros et produit les séries Daredevil et Defender de Netflix) on plonge dans les bas-fonds, les bureaux éclairés de lames de stores et les gargouilles des sommets de Gotham avec un plaisir permanent.

Amère Victoire – Comics BatmanProposant autant de suspens que d’action, utilisant à l’envi le freakshow d’Arkham sans en faire le centre de l’histoire, Amère victoire offre une galerie de personnages aussi archétypaux que le nécessite la mythologie Batman, avec un joyau super: Catwoman, aussi pétillante que touchante malgré son absence d’une bonne partie de l’histoire (… pour cause d’aventures à Rome narrées dans le chef d’œuvre du même duo, Catwoman à Rome, tout juste réedité). L’art de Loeb est de prêter un style oral à chaque personnage, reconnaissable et que l’on a envie de retrouver. Et finalement la résolution du coupable deviens assez secondaire dans le projet tant il y a de prétendants et une atmosphère que l’on regrette dans les récents comics Batman. On pourra d’ailleurs des liens à travers les âges en trouvant des proximités avec le récent White Knight: Harley Quinn… dont les couleurs sont réalisées par le grand Dave Stewart… qui avait officié sur Catwoman à Rome. Les grande se retrouvent!

Chef d’œuvre parmi les chef d’œuvres, bien moins cité et bien meilleur que le Dark Knight de Miller, cet Amère Victoire est un classique à avoir impérativement bien au chaud dans sa bibliothèque.

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Nouveau !·Rétro·Service Presse

Sanctuary (perfect) #1

La trouvaille+joaquim

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Manga de Sho Fumimura (« Buronson ») et Ryoichi Ikegami
Glénat (1990)/(2022), 460p, 1/6 tomes parus.

Sous l’appellation « Perfect » de l’éditeur se cache plus simplement une réédition intégrale regroupant deux tomes par volumes, sans ajout particulier ni retravaille du master vieilli. Glénat avait ouvert la publication en 1996 avant de l’abandonner au bout de deux tomes, les éditions Kobuto reprenant la série pour publier les douze volumes entre 2004 et 2005, introuvables désormais. Alors que Glénat republie le chef d’œuvre de Ikegami en apéritif à la nouveauté Trillion game (chronique demain), on peut gager que la ressortie de l’autre monument, Crying Freeman ne tardera pas, avec, espérons, un travail éditorial plus conséquent.

bsic journalismMerci aux  éditions Glénat pour leur confiance.

Asami et Hojo sont deux jeunes ambitieux. L’un officie dans l’ombre des politiciens, l’autre dans celle des Yakuza. Alors qu’une commissaire est nommée sur le territoire du second, elle va bientôt apprendre que beaucoup de choses relient les deux hommes…

CaptureRyoichi Ikegami est un des monstres sacrés du manga, notamment dans les années 80-90 où il officia sur les best-sellers Crying Freeman (avec le scénariste du mythique de Lone Wolf &Cub qui vient de ressortir en édition perfect), adapté au cinéma par Christophe Gans, et donc ce Sanctuary scénarisé l’auteur de Ken le survivant (Hokuto no Ken) qui accompagnera Ikegami sur la plupart de ses autres séries.

Ce qui marque immédiatement en ouvrant ce manga de Yakuza qui a probablement inspiré Boichi sur son Sun-ken Rock c’est le style graphique très crayonné où des éphèbes rivalisent d’intelligence et de détermination, l’un du côté des Yakuza, l’autre du côté politique, pour parvenir à leurs fins. Comme tout vieux film de Scorsese ou de John Woo (on est un peu entre les deux) les costards d’époque, les Mercedes et les coiffures vintage marquent leur temps et participent à l’atmosphère d’un Japon corrompu jusqu’à la moelle et écrasé par une classe de vieux mandarins que ces jeunes gens veulent bouter du pouvoir.

Et c’est là la modernité la plus notable dans le scénario: ces deux auteurs de quarante ans dynamitent la gérontocratie japonaise, comme Masamune Shirow et Katsuhiro Otomo dans leurs monuments Appleseed et Akira du reste. Alliant une radicalité dans la violence graphique (sexuelle comme physique) ils montrent un monde politique plus détestable encore que celui de la pègre en ce qu’il est réputé œuvrer au bien commun. Ici Capture1on achète les circonscriptions électorales à coup de millions et de grands « présidents » décident de tout entre jeux de jambes en l’air avec des gaminettes et parties de golf. Si le monde des Yakuza n’est guère reluisant, il semble moins pointé du doigt (qui reprocherait à des criminels leur manque de morale?).

Sur ce premier tome remarquable d’équilibre nous apprenons donc qu’un lien ancien existe entre ces deux impétrants et que la commissaire va être le grain de sable dans le plan parfaitement huilé du duo pour gravir le sommet et changer le monde. Résolument adulte, le scénario ne s’encombre pas de scories familiales et d’intrigues secondaires faciles. Dur tout en sachant être léger, Buronson et Ikegami dressent un tableau très réaliste d’une époque et de deux mondes qui semblent naviguer de concert au-dessus d’une société bien délaissée au regard des enjeux de pouvoir. Doté de personnages charismatiques, d’une narration millimétrée, d’action régulière et de dessins superbes (bien que mal mis en valeur par une technique d’impression d’époque), Sanctuary est un must-read qui n’a vraiment pas vieilli et montre pourquoi l’œuvre de Ryoichi Ikegami est majeur dans l’univers du manga.

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****·BD·Nouveau !·Rapidos

Kong Crew #2 – Blacksad #6

Pour finir la semaine on continue dans le registre années 50 ouvert par le Noir Burlesque de Marini mercredi et fort bien accompagné par deux excellentes séries, le désormais patrimonial Blacksad qui revient en grande forme et le run Pulp d’Eric Herenguel Kong Crew. Enjoy!

  • Kong Crew #2: Hudson Megalodon (Herenguel/Ankama) – 2021, 2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

couv_435691Comme pour le précédent volume Ankama et Herenguel ont peaufiné une très belle édition qui met dans d’excellentes dispositions pour continuer la lecture de cette pulpissime série. Pas de bonus particulier hormis deux couvertures alternatives (plutôt mieux que celle retenue pour l’album). Eric Herenguel aime les dinos et vous comme le montre l’illustration, vous allez en avoir pour votre argent! Retrouvez la critique du premier volume (en format comics) ici.

Après ce qui ressemblait plus à une introduction dans le premier tome, on rentre en plein dans l’action en retrouvant Virgil aux prises avec la reine des Amazones. Alors qu’un commando spécial est envoyé dans la Jungle de Manhattan et proprement décimé en mode survival la fille du colonel lance un plan pour sauver le chien-héros… On reste donc proche du n’importe quoi avec un sens diablement élevé du cadrage cinématographique de la part d’Eric Herenguel qui confirme que Kong est un gros décors scénarisé présent par des surgissements épisodiques pour laisser planer une menace gigantesque. Les personnages ont pourtant affaire principalement aux dinos bien méchants et on peut dire que comme dans les modèles du septième Art (on pense à Predator ou aux Jurassic Park) ça meurt beaucoup à Manhattan! L’histoire avance bien dans un scénario très bien huilé qui distille les infos régulièrement sur des protagonistes qui avaient été survolés jusqu’ici. Qui est bon, qui est méchant? Hormis les passages avec la fille du colonel qui ont vocation à maintenir de l’humour dans cette grande aventure mais qui ne sont pas franchement passionnants, on est tout à fait pris dans ce superbe blockbuster, fantasme géant miraculeusement sorti de l’imaginaire d’Herenguel. On en redemande!

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  • Blacksad #6: Alors tout tombe (Canales-Guarnido/Dargaud) – 2021, Première partie d’une histoire en deux volumes.

couv_431431Cela faisait huit ans que nous n’avions plus de nouvelles du ténébreux détective John Blacksad! Prenant leur temps pour développer de très profondes chroniques de l’Amérique des années cinquante, Guarnido et Canales se lancent pour la première fois dans un diptyque qui, surprise, se trouve lié avec le troisième tome Ame Rouge, le meilleur de la série selon moi. Plus passif, le détective se retrouve engagé comme garde du corps d’un syndicaliste qui dérange les projets immobiliers du maire de New-York et son éminence grise, jamais à cours d’un mauvais coup. Entre un milieu intellectuel autour duquel gravite Blacksad et les enquêtes journalistiques de Weekly et sa nouvelle copine, les planches de Guarnido claquent toujours autant et montrent que le dessinateur espagnol n’a rien perdu de sa passion pour le mouvement et le détail. Comme d’habitude l’enquête du héros est prétexte à aborder mille et une facette de cette société florissante d’un pays tiraillé entre utopie intellectuelle et pouvoir fascisant. Entre ces deux veille le chat et ses neuf vies…

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**·***·****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #19: Shangri-la frontier #1 – Eden #4 – 008:Apprenti espion #3

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  • Shangri-la  (Katarina-Fuji/Glénat) – 2021 série en cours, 1/5 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

couv_432073Sunraku est un hardcore gamer un peu particulier: il ne joue qu’à des « bouses », ces jeux buggés ou trop lourds qui font planter les serveurs des jeux en réseau. Lorsqu’on lui propose de s’essayer à Shangri-la, blockbuster des jeux massivement multi-joueurs, il est d’abord sceptique, avant de redécouvrir les plaisirs simples de la découverte d’un jeu fonctionnel et très bien conçu…

Digne représentant du sous-genre phare des Shonen, les Isekai, Shangri-la frontier est aussi un crossmedia puisque la scénariste est également autrice d’un roman participatif du même nom publié en ligne depuis 2018 et dont ce manga est l’adaptation. Assez peu friand de ce genre ciblé sur un public très particulier j’étais un peu inquiet et surpris du plan com’ important déployé par Glénat pour accompagner une de ses grosses sorties de septembre. A la lecture je reconnais que j’ai passé un très bon moment sur des dessins dans la moyenne haute qui mettent bien sur l’accent sur le chara-design et la fluidité des séquences d’action. Le gros avantage de ce manga c’est le fait de s’inscrire dans un jeu vidéo (où chacun trouvera ou pas des références selon sa culture propre de gamer) et donc de justifier tous les manichéismes et archétypes inhérents au média. Étonnamment on se prend au jeu de regarder le héros découvrir ce système de jeu, sur le même mode que la série française Bolchoi Arena, et s’il serait abusif de dire que l’intrigue nous happe, même totalement extérieur au monde des jeux vidéo on pourra apprécier cette série (au moins au démarrage) par un calibrage grand public qu’oublient trop souvent les Isekai…

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  • Eden, it’s an endless world #4 (Endo/Panini) – 1998/2021, 4/9 tomes parus (edition Perfect).

eden-perfect-4-paniniVous pouvez trouver mon billet de découverte.. et coup de cœur ici.

Après une entrée en matière aussi dantesque que les deux premiers volumes, le troisième entamait ensuite l’arc de la prostitution et des narcotrafiquants. Ce quatrième volume continue donc sur le même ton, à la fois très réaliste, cru parfois, mais assez éloigné des préoccupations SF avancées jusqu’ici. Une sorte d’intermède alors que la mère d’Elijah et l’escouade de Nazarbaïev sont convalescents. C’est donc l’occasion pour l’auteur d’approfondir son regard sur une société violente où ceux qui ne veulent pas être des agneaux sacrifiés décident d’intégrer des meutes, de mafieux, de prostituées, de miliciens,… L’intrigue tourne donc autour d’Helena après son agression par le mafieux Perdo. Confirmant son refus obstiné du manichéisme, Hiroki Endo va ainsi nous raconter comment cet affreux salopard en est arrivé là, comment la drogue pousse des mères à vendre leurs enfants, comment certains ne veulent tout simplement pas être sauvés. Et s’il faut le reconnaître, ce volume est beaucoup plus posé et moins prenant que les précédents, la série n’en perd pas sa force qui réside dans une complexité de tous les instants interdisant le lecteur à pouvoir anticiper quoi que ce soit tant les pulsions humaines poussent tous ces protagonistes dans leurs actions. On ne peux pas parler de pessimisme mais plutôt d’un réalisme froid tant dans la représentation des copulations en maison close que dans les assassinats qui sont légion… Alors qu’on découvre enfin Enoia Ballard, on profite de cette relative accalmie comme un reportage sombre sur les bas-fonds de l’âme humaine et des bas-fonds des grandes villes. En retenant notre respiration pour le prochain tome qui sera sans aucun doute un nouveau choc!

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  • 008: Apprenti espion #3 (Matsuena/Kurokawa) – (2018) 2021 série en cours, 3/14 volumes parus.

Manga - Manhwa - 008 Apprenti Espion Vol.3En revenant dans le lycée on s’attend à découvrir les différents professeurs découverts au volume précédent, tous plus délirants les uns que les autres. Le volume remplit partiellement cet office puisque après un cours avec la prof de guerre psychologique (comprendre: utilisation des charmes féminins pour déstabiliser l’adversaire) on va trouver Eight et ses amis affronter quelques épreuves et partir en mission sur le terrain avec l’un des prof. Si le tome ne tombe pas dans la douleur du second volume, on comprend pourtant que la gestion du second degré reste difficile (puisqu’il faut tenir une série au long cours) et l’articulation entre fan-service, humour et intrigue-action reste laborieuse. Quelques séquences rigolotes, quelques personnages sexy ou bad-ass… et c’est à peu près tout. On a décidément du mal à s’intéresser à cet anti-héros et si précédemment les actions d’éclat de la ninja à forte poitrine permettait de rester dans la course, on finit par se lasser d’attendre quelque chose qui nous décroche un peu la mâchoire. Pour ma part je pense m’arrêter là. Les adolescents pré-pubères (japonais si possibles…) pourront trouver quelque intérêt mais au regard de la concurrence pléthorique, cet agent 008 reste tout de même très faible…

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****·Comics·East & West·Nouveau !

Basketful of heads

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Histoire complète en sept chapitres, écrits par Joe Hill et dessinés par Léomacs. Parution chez DC Comics au sein du Black Label, publication en France chez Urban Comics depuis le 02/04/2021.

Une histoire à en perdre la tête

L’été 1983 commençait très bien sur Brody Island, dans le Maine. June Branch, jeune étudiante en psychologie, sort depuis quelques temps avec Liam Ellsworth, qui a passé son été en tant qu’adjoint au sheriff Clausen. Le jeune homme en a vu de dures, mais son service est enfin fini et il va pouvoir roucouler avec l’élue de son cœur. Cependant, la loi de Murphy s’en mêle et va peut-être même donner à cette idylle estivale une tournure bien plus dramatique…

En effet, alors qu’une tempête frappe l’île comme jamais auparavant, quatre détenus s’évadent après avoir faussé compagnie à leur convoi pénitentiaire. Animé par de mauvaises intentions, le quatuor criminel va débarquer sans crier gare et enlever Liam avant que l’un d’entre eux ne s’en prenne à June. Littéralement au pied du mur, June choisit comme arme pour se défendre, une hache viking trônant dans la collection du sheriff. Sans le savoir, June vient de s’armer d’un objet maudit, qui maintient en vie les têtes coupées de ses victimes. Autant dire que ce soir, à Brody Island, des têtes vont tomber !

Le reste de cette nuit tempétueuse va voir June aux prises avec la vermine qui arpente l’île, et qui n’est pas forcément celle que l’on attendait. La jeune survivante fera néanmoins tout pour secourir son boyfriend en détresse, quitte à faire tomber, littéralement, quelques têtes parlantes au passage.

La tête sans les épaules

Joe Hill n’a désormais rien à prouver quant à la qualité de son travail d’auteur. Le rejeton de Stephen King a su se démarquer de la notoriété paternelle tout en assumant son héritage, et s’est fait un nom dans l’industrie du comics, en commençant pas l’incontournable Locke & Key. Hill s’est ensuite vu confier par DC la création de son propre label, Hill House au sein duquel l’auteur dispose d’une liberté totale quant à ses créations. Durant l’été, nous avions chroniqué Plunge, sorti concomitamment à cet album. Hill y montrait déjà la maîtrise de son écriture ainsi que des codes du genre, par le biais de références bien senties et pertinentes à des œuvres incontournables.

Joli swing !

King junior procède ici de la même façon, en nous plongeant immédiatement dans un récit fleurant bon le slasher cher aux années 80. L’auteur ne se repose pas pour autant sur l’aspect fantastique, qui ne sert pas de colonne vertébrale à l’intrigue, cette dernière demeurant centrée autour de personnages intéressants car dotés de profondeur. La hache maudite et les têtes qui parlent ne sont finalement qu’un accessoire, un assaisonnement qui achève la qualité de l’ensemble.

Le ton semble parfaitement équilibré grâce à certaines touches d’humour. Il ne faut cependant pas avoir peur du grotesque dans certaines situations, car il faut bien avouer que l’auteur s’en donne à cœur joie, que ce soit au travers des dialogues ou des péripéties proprement dites. Le tout parvient donc à maintenir un rythme soutenu, haletant, grâce à de judicieux cliffhangers, tout en conservant un esprit irrévérencieux (mais pas outrancier).

L’émancipation de June, accélérée par la cruauté de l’intrigue, reste engageante pour le lecteur, même si, à titre personnel, j’ai moins adhéré à une certaine décision finale de la protagoniste, qui m’a parue un brin disproportionnée.

Basketful of head reste un grand plaisir de lecture, à réserver aux lecteurs avertis, bien sûr, à moins de vouloir…perdre la tête.

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Monsieur Vadim #2: Supplément frites et sulfateuse

La BD!

Second tome du diptyque écrit par Gihef et dessinée par Morgann Tanco. Parution le 18/08/21 chez Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

La vieillesse, ce naufrage

Vadim en a vu de dures pendant toutes ses années de services au sein de la Légion étrangère. Pourtant, ce n’est que récemment que ses conditions de vie se sont dégradées. Le militaire retraité a perdu sa fille, victime de l’emprise d’un proxénète, et son ex-gendre douteux l’empêche de voir son petit-fils Sasha.

Pire encore, son curateur l’a spolié de toutes ses ressources, ce qui a obligé la papi légionnaire à quitter sa maison de retraite de façon impromptue. Soutenu par une jeune assistante sociale naïve et entraveé par les lourdeurs du système administratif, Vadim tente de retomber sur ses pattes, mais finit par attirer l’attention du Belge, un voyou dont l’appétit n’a d’égal que l’ambition, et qui espère détrôner la Trinité, l’organisation criminelle qui a la mainmise sur la Côte d’Azur.

Voici notre vieux briscard qui reprend du service, se réinventant en tueur à gages pour reprendre sa vie en main. Mais tout ne se passe pas comme prévu, d’abord parce que Vadim n’est plus dans sa prime jeunesse, et ensuite car un concours de circonstances fait que Sasha est présent sur les lieux du contrat, ce qui fait perdre ses moyens à l’ancien tireur d’élite.

Papy flingueur

Vu que le premier tome prenait fin sur un cliffhanger à l’issue duquel Vadim se retrouvait suspendu à un arbre, il était logique que ce second tome s’ouvre sur une scène tendue nous faisant craindre pour l’avenir de notre octogénaire protagoniste. Vadim s’en sort assez facilement, même si c’est de peu. Le reste de l’album est un polar assez typique qui nous donne à voir corruption suivie de rédemption, vengeance sur fond de justice poétique, sans oublier une petite dose d’humour impertinent.

On pourrait toutefois reprocher à l’album de ne pas aller au bout de sa prémisse. En effet, placer un vieil homme qui a passé son apogée de loin, dans une situation à la fois injuste et dangereuse, aux prises avec des gangsters, promet des scènes d’actions décalées et traitant avec malice du naufrage de la vieillesse.

Mais l’accent n’est pas assez mis sur cet aspect, l’arthrose et la vieillesse ne constituant pas un élément déterminant durant les scènes d’action. L’ambiance générale, avec son casting de gangsters reste toutefois agréable à suivre, ce qui est du aussi en grande partie au capital sympathie de Monsieur Vadim.

Cette satire sociale déguisée en polar décalé s’avère donc une bonne lecture, pour peu que l’on ne soit pas allergique au plombs ni aux crevettes.

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No body (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale de la première saison je vous propose de relire ma chronique:

BD de Christian De Metter
Soleil-Noctambule (2016-2018), 72 p./album, 1 saison de 4 épisodes parue.

Les couvertures, le format comics, le découpage en épisodes et saisons, tout dans le projet de Christian De Metter vise à reprendre les principes d’une série TV américaine. Les livres sont élégants, on aurait aimé des commentaires de l’auteur ou de la documentation sur l’époque. A l’heure où de plus en plus d’éditeurs fournissent un travail éditorial (chez Urban ou dans les formats gazette par exemple) ce type de projet mériterait un peu plus de « hors texte ».

Je suis venu par accident sur cette série dont les dessins et l’ambiance ne m’attiraient pas. J’avais pourtant adoré la série True detectives dont No body s’inspire fortement, cette ambiance hyper-réaliste d’une Amérique post-rêve américain, sans vernis hollywoodien, une Amérique des bas-fonds, des familles détruites, des drogues et des névroses profondes, l’Amérique dépressive des films de boxe pluvieux et des guerres contre la drogue sans règles (comme le film Sicario)… Un pote me les a fourgué dans les mains en me disant « tu va voir… ». Et il avait raison! No Body est une très excellente série, qui contrairement à ce que laisse entendre sa numérotation se termine en 4 volumes. Quels sont les projets de l’auteur pour d’autres saisons, je n’en sais rien pour l’instant…

Résultat de recherche d'images pour "de metter no body"Je vais commencer cette chronique par le trait de De Metter: une sorte de crayonné poussé, rehaussé de peintures et crayons de couleurs qui donnent une texture assez artistique qui peut faire étrange sur une histoire policière hyper-réaliste. Derrière ce vernis un peu crado se cache un trait très maîtrisé, que ce soit dans les expressions des personnages ou dans les mouvements des corps. Ainsi ses planches sont assez colorées mais imprécises, ce qui renforce systématiquement les personnages. Pas très fan au début, je m’y suis fait et constate une étonnante évolution sur le quatrième tome de la série avec un gros saut qualitatif, plus classique mais que je préfère. On aimera ou pas le style graphique de Christian De Metter mais force est de reconnaître que sa démarche est originale et que le bonhomme sait tenir un crayon!

Mais la grande qualité de No Body est bien sa construction scénaristique basée sur une technique éprouvée: le récit d’un ancien super-flic qui va nous raconter ce qui l’a amené au crime dont il s’accuse lui-même. Technique toute cinématographique, permettant des aller-retour chronologiques entre le récit (le temps présent) et les récits, à différentes époques. Bien entendu tout ce récit est maîtrisé par le narrateur, avec quelques questions de la psychiatre permettant au lecteur de prendre le recul. Grace au graphisme et au rythme on est happé dans cette histoire violente de l’Amérique des années 60: le Vietnam, la contestation étudiante, les gangs de Bikers, Kennedy et les programmes noirs du FBI… cette époque est fascinante et l’ouvrage est relativement documenté bien que romancé. L’histoire de ce flic malgré lui sera celle d’un système sécuritaire sans limite faisant face à des criminels sans limite. Cela convient à notre homme, boxeur traumatisé par la disparition de son frangin au Vietnam et traversant son époque comme un fantôme, bras armé de l’Etat subissant tous les coups de ses opérations clandestines qu’il parcoure comme Dante les cercles de l’Enfer, citation assumée par le scénario et très bien utilisée.

https://chezmo.files.wordpress.com/2017/04/nobody0203.jpgL’histoire est dure. Pour le héros d’abord. Homme solide souhaitant simplement l’amour, la police lui tombera dessus et le liera pour toujours au destin des plus sombres criminels du pays. Sans états d’âme il la verra, son âme, s’assombrir sans que l’on ne sache jamais s’il est devenu insensible ou si la conséquence de ses actes et des dégâts collatéraux aura une incidence sur ses actes. Le personnage semble maudit, voyant mourir tout ce qu’il aime, tout ce qui l’entoure hormis les monstres, ses commanditaires ou les criminels. Il se justifiera en éliminant des ordures sans foi ni loi. Mais reste t-on indemne en vivant uniquement dans les bas-fonds à côtoyer le mal?

Formidable voyage dans une Amérique bien sombre autant que dans les tréfonds de l’âme humaine, histoire assez nihiliste d’un roc au cœur tendre, No Body parvient à atteindre le très difficile équilibre entre le ludique (le policier), le réflexif (l’Histoire), le symbolique (Dante) et le drame humain.

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Le tueur – Affaires d’Etat #1

BD du mercredi
BD de Jacamon et Matz
Casterman (2020), 56 p., série en cours, 1 vol. paru.

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour cette lecture.

9782203191143Après trois cycles de la série originale, les auteurs reviennent avec leur héros dans une nouvelle série qui reprend sa numérotation à zéro… bien qu’il s’agisse bien d’une suite. On ne va pas chipoter, personnellement je trouve cela plus clair qu’une série en cinquante tomes. Le sous-titre « affaires d’Etat » est précis tout en se rattachant à la série mère. La couverture montrant le tueur au bureau est raccord avec l’album bien qu’elle ne soit pas la plus réussie de la série, pas hyper accrocheuse. Sur le plan éditorial c’est propre et bien mené. Rien à dire. A noter qu’avec moins de douze euros par album le Tueur reste une série assez peu chère au regard des tarifs actuels de la BD.

On ne disparaît jamais vraiment quand on a été un effaceur. Dans une carrière qui l’a amené à travailler avec tout type de pouvoir, mafieux comme politique, rien d’anormal pour le tueur d’entrer (malgré lui) au service des renseignements français. Mais comme toujours sa couverture de col blanc dans une société portuaire lui fait constater beaucoup de zones d’ombres entre ce qu’on lui raconte et la réalité. Aux trousses d’un élu corrompu on va bientôt lui demander d’utiliser ses talents au service de la raison d’Etat…

J’ai découvert le Tueur sur le tard et lu l’intégralité de la série en plusieurs phases en bibliothèque. Cette série est remarquable par sa qualité générale sur la durée avec pas moins de treize albums faisant la jonction entre deux époques spécifiques de la BD sur une décennie entière, avec une marque de fabrique, celle du découpage très inspiré et des monologues cyniques et philosophes du héros. Si le premier cycle était plutôt urbain et assez novateur, le second était ensoleillé et marqué par la lumière et les couleurs de la tablette graphique de Jacamon.

Ce nouveau cycle/série revient à la grisaille des cités françaises, ce qui n’est pas forcément un gain graphique puisque le dessinateur semble avoir du mal à trouver un angle d’attaque dans ces décors mornes et monotones. Du coup il saute sur les occasions pour rajouter des touches de couleur vives. Comme sur les derniers tomes le dessin est donc tout à fait maîtrisé, plutôt précis, technique dans les décors (ce que j’aime), plus brut sur les personnages mais moins intéressant par manque de sujets graphiques vraiment accrocheurs. Le découpage reste rythmé, avec quelques scènes Résultat de recherche d'images pour "traitement négatif jacamon""d’action, mais à la fin de l’album on ressent autant visuellement que scénaristiquement que nous avons affaire à une mise en place qui doit se développer. Volontaire ou non, cette relative monotonie sert l’ambiance puisque l’on se retrouve dans l’état d’esprit du tueur, animal à sang froid qui a besoin de mouvement.

L’idée de Matz saute très vite aux yeux et l’on pense tout de suite aux récentes séries d’espionnage réaliste comme le Bureau des légendes. Cela tombe bien car ce rythme d’attente réflexive, d’anti-blockbuster a toujours été dans l’ADN du Tueur qui continue ainsi de nous entraîner sur son analyse froide et critique du mode de vie de ses contemporains. Si l’histoire de politiciens véreux peine à nous accrocher faute d’os à Résultat de recherche d'images pour "le tueur affaire d'etat""ronger du fait de la rétention volontaire d’informations par le scénariste, on aime toujours autant lire ces vérités en miroir sur le monde très proche qui nous entoure, sur nos vies rangées, nos vies de famille, etc. L’album arrive ainsi à nous maintenir en éveil avec un cahier des charges risqué et instille des doutes, des hypothèses chez le lecteur, basées sur des détails qui nous font douter de tout. Tels le Tueur on en devient paranoïaque en cherchant le loup dans cette normalité, cette simplicité apparente. Touché juste ou non, on aime ça et l’on referme l’album un peu frustré d’en savoir si peu et impatients de savoir si le Tueur a été doublé par celui-là ou par celui-ci…

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*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Jusqu’au dernier

BD du mercredi

BD de Jérôme Felix et Paul Gastine
Grand Angle (2019), 72 pages, one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

couv_374030L’édition de cet album est minimaliste (pour l’édition classique), avec pour unique bonus la couverture de l’édition luxe en dernière page. Le dossier presse très intéressant donne des infos très sympathique sur la création et la relation entre les deux auteurs ainsi que sur le boulot sur la couverture qui n’a pas été une mince affaire. La grosse pagination peut expliquer la réticence de l’éditeur à augmenter encore les frais mais c’est toujours dommage de ne pas proposer quelques prolongements sur les éditions classiques. Concernant la couverture je trouve qu’étrangement c’est loin d’être la plus intéressante et percutante qui a été retenue, tant sur une question de couleur que d’ambiance graphique. Outre la version classique ce sont donc trois versions qui sortiront: la collector grand-format avec un cahier graphique de huit pages environ et deux éditions de libraires (Slumberland et Bulle du mans). A noter enfin que les auteurs prolongeront l’aventure western avec un album intitulé A l’ombre des géants et semblant se dérouler dans la neige…

L’ère des cowboys touche à sa fin avec l’arrivée du train qui va rendre inutiles les longues transhumances à travers le continent. Russel le sait et il a préparé sa retraite. Mais lorsque le hasard met un gamin dans ses pattes il se retrouve pris dans un engrenage où la réalité cupide de son époque le rattrape et où la vengeance va le sommer de faire des choix violents…

Résultat de recherche d'images pour "jusqu'au dernier gastine"Je trouvais jusqu’ici l’année BD un peu faiblarde après la sortie du magnifique Nympheas noirs dès janvier… puis plus grand chose de très remarquable. La fin d’année étant propice aux grosses sorties, je n’attendais pourtant pas ce joyau de western classique qui montre que les grande genres (western, SF, fantastique) accouchent souvent des plus grands albums et que la différence entre un très bon album et un grand album tient à peu de choses. Jérôme Felix est un scénariste d’expérience avec quelques vingt ans de carrière derrière lui. On sent ainsi dans la solidité d’une intrigue mince comme un western ce savoir faire dans l’agencement des cases et de la narration. Tous les grands films du genre au cinéma l’ont montré, ce sont les atmosphères, les regards, les interactions qui distinguent ces mille et unes histoires similaires de vengeances. Ses personnages sont très solides dans Jusqu’au dernier et l’on ne sait jamais si la caractérisation tient au travail graphique phénoménal de son comparse, au sien ou aux deux… Le rôle du scénariste est toujours ingrat lorsque l’on a devant les yeux de telles planches qui nous incitent à oublier le travail amont pour ne voir que le jeu des acteurs.

Résultat de recherche d'images pour "jusqu'au dernier gastine"Car Paul Gastine est un sacré bosseur. Contrairement à d’autres virtuoses du dessin il n’est pas passé par les prestigieuses écoles Emile Cohl, les Gobelins ou les Arts décoratifs. Comme Ronan Toulhoat il part d’un dessin amateur pour devenir après quelques albums l’un des tout meilleurs dessinateurs en activité dans la BD franco-belge. Il suffit de voir l’évolution de son dessin entre le premier tome de sa précédente série l’Héritage du diable et ce western pour voir le chemin parcouru. Cela fait longtemps que je n’ai vu une telle qualité technique et artistique. Pourtant l’excellent Dimitri Armand nous a comblé avec son Texas Jack l’an dernier. Mais le travail de Gastine sur les visages, les regards (le cœur des westerns), la physionomie de chaque personnage qui semble vivre à chaque déformation du visage, à chaque geste sont sidérants de justesse. Certains dessinateurs Résultat de recherche d'images pour "paul gastine"travaillent à partir de véritables romans-photos redessinés. Ce n’est probablement pas le cas ici au vu de la technique (très classique) utilisée et pourtant l’on a l’impression à chaque case de voir une séquence de film. Ce trait réaliste est en outre rehaussé par un choix de couleurs extrêmement élégantes et adaptées au moment. Que ce soit sur ses décors (les mille et un petits détails comme cet effet de plongeon lors de la chute du pont) ou les « acteurs », le dessinateur a pris un plaisir perfectionniste manifeste.

Felix et Gastine ont produit avec Jusqu’au dernier leur chef d’œuvre classique, digne d’un Howard Hawkes, et il n’est pas dit qu’ils puissent rééditer cet exploit tant on approche de la perfection en BD. Ils le savent certainement. A partir de ce niveau il est dangereux de poursuivre sur la même piste au risque de se répéter (c’est le cas de Brugeas et Toulhoat dernièrement). Personnellement je partirais très volontiers sur un prochain western avec eux en attendant d’autres univers et vous invite très vivement à monter sur votre cheval direction Sundance…

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Et un aperçu de l’évolution du dessinateur entre le premier et le dernier tome de l’Héritage du diable

 

****·BD·Nouveau !

Jazz Maynard #7: Live in Barcelona

BD de Raul et Roger
Dargaud (2019), 46 p. couleur. Série finie en 7 tomes.

couv_372120Il est vraiment dommage que Roger produise à chacun des albums des couvertures très peu engageantes pour qui n’aurait pas encore fait connaissance avec Jazz Maynard. Sa colorisation tout à fait dispensable écrase la puissance de ses dessins et la spécificité de l’exercice « couverture » lui échappe. Il se fait plaisir mais le rôle d’accroche de la couverture n’est pas rempli. Vraiment dommage et quand on voit la place du dernier tome de cette série d’exception dans les ventes d’albums cela confirme que la communication autour du cambrioleur trompettiste est bien en-deça de ce qu’elle devrait être…

Retour à El Raval pour Jazz et Téo après leur périple islandais. Là, dans la chaleur des nuits barcelonaises Jazz s’apprête à sortir son premier album… si son passé lui en laisse le temps. Car lorsque l’on est aussi de la rue il est difficile de s’en couper définitivement…

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"Ce Live in Barcelona est un Requiem. Un étonnant objet qui sonne comme le chant du cygne d’une série que ses auteurs n’ont pas vu évoluer et qu’ils n’ont pas su comment clôturer. Fermant en un one-shot trop court deux trilogies très différentes mais ô combien ébouriffantes il commence sur une note optimiste, sorte de tombé de rideau revenant au titre de la série et au nom d’un personnage que l’on n’a que trop peu vu jouer de l’instrument… avant de se précipiter en une poursuite mortifère. On y revoit des têtes familières, le commissaire, la clocharde, les grands-parents, mais trop vite, fugacement et sans lendemain. La question se pose alors dès l’étonnante dernière page: fallait-il ce dernier album? Ou plutôt ne fallait-il pas rester sur un rythme ternaire?

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"La puissance visuelle de ce dernier tome est au niveau de ses prédécesseurs, soit ce qui se fait de mieux en dessin actuellement. Personnellement je considère les albums de Jazz Maynard comme des Art-book dont je savoure chaque case. On ne peut guère critiquer un scénario cohérent, sombre et violent, comme la série. Cette histoire en deux temps (le repos du guerrier et l’appel de la vengeance) est logique au regard de la série. Il n’y a guère d’optimisme à El Raval, quartier gangréné par la corruption et la criminalité dont seul Jazz semblait s’être sorti. La fin également, si elle est extrêmement frustrante, ne peut être qualifiée de bâclée comme on le lira de-ci de-là. Non, je dirais plutôt que, comme le laissait entendre Raul dans l’intégrale NB les personnages et la série ont échappé aux auteurs, qui ont couru derrière ce lièvre sans trop savoir comment construire son histoire, un peu comme la rupture de cet album, imprévue, brutale donnant presque l’impression que l’on a raté plusieurs pages. Si la trilogie barcelonaise se tient, la suivante était étrange, avec une moitié flashback où l’on avait très envie de savoir comment Jazz avait acquis ses compétences incroyables et une enquête très noire mais un peu décalée. Avec ce Live in Barclona les auteurs avaient la possibilités de revenir à l’essence de leur envie et de laisser se reposer leur héros. Ils ont fait le choix du noir, de la nuit. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir…

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