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BD en vrac #26: Nautilus #2 – La chute #2

La BD!

 

  • Nautilus #2: Mobilis in Mobile (Mariolle-Grabowski/Glénat) – 2021, 54p., 1/3 volumes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

couv_431435Le premier Nautilus avait été une des excellentes surprises du printemps. Seulement quelques mois plus tard Mariolle et Grabowski (pour sa première BD!) ne nous laissent pas moisir comme le capitaine Némo et dévoilent enfin le mythique Nautilus! Et quel design les enfants! Le cahier graphique final laisse à ce sujet quelques points de frustration tant le dessinateur s’est régalé à créer l’intérieur du célèbre vaisseau sous-marin, dont on ne voit finalement que quelques éléments mécaniques (peut-être pour le grand final?) mais dont la coque est remarquablement élégante. Si l’intrigue de ce second volume peut paraître plus linéaire et moins surprenante que l’ouverture (en se résumant à une chasse avec pour but de découvrir le traître à bord…) on profite néanmoins de belles joutes verbales entre le héros et le sombre capitaine, pas aussi flamboyant qu’attendu mais parfaitement construit psychologiquement. Moins surprenant que le premier volume, cette suite semble aussi légèrement moins solide graphiquement, avec des décors intérieurs et sous-marins qui n’aident pas forcément. On reste cependant dans de la BD de grande qualité, de la grande aventure que l’on aimerait voir plus souvent dans le neuvième art. Vite la conclusion!

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  • La chute #2 (Muralt/Futuropolis) – 80p., 2021

couv_413919Sorti en plein début de crise du COVID le premier tome de La Chute avait beaucoup fait parler de lui, avec son style très documentaire, rugueux, sur les premiers jours du déclenchement d’une crise sans zombies ni guerre civile. Une pandémie normal, réaliste, froide. L’arrivée de se second tome et sa très belle couverture était donc attendu… et douche un peu les attentes. Après une entrée en matière dynamique menant ses personnages vers les montagnes dans une ambiance inspirée par le chef d’œuvre La Route, l’auteur semble patiner dans la neige en centrant sa focale sur l’ainée de la fratrie alors que le père blessé sort du jeu. Refusant toute violence graphique cinématographique, Muralt installe sa pesanteur dans la situation psychologique d’un chacun pour soi et d’une dureté relationnelle. Sur ce point on ressent la détresse des deux enfants. En revanche le contexte est un peu vaporeux avec ce village pas vraiment fortifié mais rejetant tout de même ce qu’ils appellent les « touristes » les citadins fuyant les villes ». Faute peut-être d’une caractérisation plus lisible et de dessins plus précis, on a le sentiment que la situation n’avance guère et l’on finit par s’ennuyer un peu. Espérons que l’auteur rebondisse après cet intermède peut-être nécessaire dans son scénario mais trop étiré sur quatre-vingt pages car son projet est sérieux et reste intéressant.

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****·Comics·East & West·Jeunesse·Nouveau !

Jonna

Premier tome de la série écrite par Chris et Laura Samnee et dessinée par Chris Samnee. Parution en France aux éditions 404 le 09/09/2021.

Plus dure sera leur chute

L’un des grands défauts de l’Homme est de se persuader que la Terre lui appartient. C’est faux, elle appartient à ceux qui auront la force de s’en emparer, et Homo Sapiens ne sera pas toujours sur la première marche du podium. La jeune Rainbow en a eu la preuve tout récemment, lorsque d’immense créatures ont surgi des entrailles de la terre pour tout piétiner sur leur passage.

Prise dans les tremblements de terre et les glissements de terrain, Rainbow a perdu sa sœur Jonna ce jour-là. Sauvage, taciturne et intrépide, la petite Jonna s’est évaporée lorsque les monstres ont surgi, mais un an après, Rainbow a encore l’espoir de la retrouver saine et sauve. Aussi, elle parcourt les terres désolées à la recherche de Jonna, jusqu’à effectivement tomber presque par hasard sur la petite, qui depuis une année entière, s’est débrouillée entièrement seule pour survivre…

Comment renouer avec elle ? Comment la convaincre de rejoindre la civilisation alors qu’elle semble épanouie dans ce nouveau monde ? C’est tout le questionnement que Rainbow traversera durant l’album, alors que les deux sœurs seront pourchassées par les monstres et rejoindront un groupe de survivants qui fait route vers un camp protégé.

Après un passage remarqué chez Marvel, Chris Samnee joint ses ressources créatives à celles de son épouse pour mettre sur pied un univers post apocalyptique bigarré et attractif, à mi-chemin entre le Kamandi de Jack Kirby et les films de Kaijus nippons. Visuellement, c’est peu de dire que l’album est une réussite. Loin du style réaliste qu’auraient privilégié d’autres auteurs dans le genre foisonnant du post-apo, Chris Samnee arrondit les traits, il élargit ses perspectives pour donner toute la mesure et le gigantisme de ses monstres.

L’écriture n’est pas en reste puisqu’on retrouve des protagonistes attachantes, tirées du fameux duo archétype Rouge/Bleu: le rouge est dynamique, extraverti, le bleu plus mesuré, plus réservé: on pense par exemple à Bagheera/Baloo (Le Livre de la Jungle), Frozone/Mr Indestructible (Les Indestructibles, Woody/Buzz l’Éclair (Toy Story), Marty McFly/Doc Brown (Retour vers le futur), Tyler Durden/Le Narrateur (Fight Club), Hellboy/Abde Sapiens (Hellboy), Riggs/Murtaugh (L’arme fatale), Captain America/Iron Man (Avengers), Batman/Superman, etc…

Jonna tient quant à elle du héros naïf et puissant, comme San Goku ou Gon Freecs, faisant de cette BD un savant mélange de plusieurs influences. En revanche, on se doit de souligner que cet album se lit très vite, ce qui, conjugué à sa qualité, pourrait laisser beaucoup de lecteurs sur leur faim. En effet, l’univers de Jonna n’est ici qu’esquissé, sans que les auteurs ne s’attardent sur les éléments de background. Ce n’est pas un point négatif, car après tout, le lore se doit d’être secondaire par rapport aux personnages et aux enjeux. Mais il reste à espérer que le reste de la série saura approfondir des bases qui semblent déjà solides.

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BD en vrac #23: Raven #2 – Elecboy #2 – Sa majesté des Ours #2

La BD!

Attention, fournée de très grosses nouveautés avec les seconds volumes de séries qui font partie des plus grosses ventes BD, et trois artistes reconnus et dans la pleine maîtrise de leur art. Globalement les trois albums confirment les qualités et points faibles ressentis sur le premier volume. Le détail c’est par là:

  • Raven #2: les contrées infernales (Lauffray/Dargaud) – 2021, 62p./volume, 2/3 tomes parus.

couv_431658Le premier volume m’avait laissé mitigé de par le parti-pris d’un personnage rocambolesque d’anti-héros foireux, avec un dessin et des séquences qui faisaient la part belle à l’humour. Lauffray vise-t’il commercialement le très grand public ou sa fréquentation de Lupano lui a t’elle donné des envies de s’émanciper de son univers noir…?

Ce second tome de la trilogie enchaîne directement et va s’orienter vers une fuite de Raven, Darksee et ses sbires dans les tréfonds de l’île (aux jungles impénétrables et aux décors grandioses bien sur), jusque dans les entrailles du volcan, vers un trésor dont seul Raven sait s’il est réel ou chimérique… En parallèle aux évènements se déroulant dans le fort et la jeune femme et son fils au tempérament bien trempé, on est par moment pas loin du looney toones de par les cabrioles qui tirent plus vers les Pirates des Caraïbes que vers un réalisme à la Aguire. Perso j’aime bien la grande aventure irréel, pour peu que l’enchaînement et le rythme soient solides. Or ce tome confirme que Lauffray n’est pas Dorison et ses pages subissent un certain nombre de coupures sèches qui brisent le rythme de l’action et font hésiter dans sa lecture. Même si l’on voit où l’auteur veut nous emmener, le personnage de Raven n’est du reste pas particulièrement sympathique, du coup on consomme ce tome avec une forme de plaisir industriel propre au cinéma blockbuster mais on l’achève sans supplément d’âme, ni graphique ni scénaristique. Avec un peu le même sentiment que sur le UCC Dolorès de Tarquin, ces contrées infernales restent bien réalisées mais ne laisseront pas la trace indélébile que de précédentes réalisation de l’auteur de Long John Silver ont marquées dans l’histoire de la BD.

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  • Elecboy #2: révélations #1/2 (Tanabe/Ki-oon) – 2021, collection Les chefs d’œuvre de Lovecraft.

couv_431657Avec trois parutions cette année Jaouen Salaün est prolifique! Le premier tome de son Elecboy avait marqué les esprits en début d’année, notamment par une partition graphique franchement impressionnante bien qu’un peu monotone dans les atmosphères. Avec un trait et une colorisation réalistes appuyés sur un design fort réussi, son Mad Max mâtiné d’Oblivion avait à moitié convaincu du fait d’un frein très appuyé sur la progression et la révélation des secrets. On avance dans une totale continuité avec ce second opus puisque dans une même structure scénaristique on démarre très fort avec une belle séquence d’action SF autour d’un voyageur très puissant avant de dérouler les affres du héros et de ses pouvoirs cachés. Globalement tout y est pour nous accrocher, avec un abominable méchant, des relations familiales complexe, une SF ambigüe entre éléments très technologiques et un environnement tout à fait wastlands. Pourtant l’auteur continue d’appuyer sur le frein pour des raisons qui m’échappent, comme cette rencontre entre les anges et le héros, brutalement coupée avant qu’elle ne s’affiche… La force du hors champ peut être redoutablement efficace quand elle est utilisée avec parcimonie. Ici elle casse le rythme en nous frustrant tout le long dans notre envie de rentrer dans le vif du sujet. Salaün semble assumer ce faux rythme. Cela n’enlève pas les grandes qualités de cette série post-apo mais l’empêche malheureusement d’être un blockbuster immédiat. Frustrant je disais…

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  • Sa majesté des ours #2: nous tomberons ensemble (Vatine-Cassegrain-Dobbs/Comixburo) – 2021, série en cours.

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Merci aux éditions Comixburo pour leur confiance!

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Le premier volume de la nouvelle saga fantasy de Vatine et Cassegrain m’avait enthousiasmé en début d’année. On reprend directement après la dernière scène du précédent, alors que nos héros étaient enlevés par un Goliath éléphantesque soudainement arraché de sa roche… pour voir cette vision dantesque mise à bas immédiatement. On est un peu frustré de voir ce souffle mis sous l’étouffoir alors que la Fantasy est un genre exigeant de la démesure, de l’espace… et de la lumière. Et l’on retrouve le même problème d’éclairage des planches de Didier Cassegrain. Du coup, avec une intrigue qui se tourne vers une structure de one-shot avec la capture et l’affrontement d’un clan de crocodiles ce deuxième volume est un ton en dessous du précédent en se refermant sur des enjeux moins politiques et un terrain plus étroit. Notre héros recherche en effet ses amis avec l’aide d’une Léopard-sorcière sans aller bien loin dans sa quête et en nous donnant un peu l’impression d’un intermède (déjà?) dans la grande intrigue. Nous découvrons toutefois des informations sur l’humain et quelques passages chez les Ours font un peu avancer le schmilblick mais pas suffisamment pour maintenir l’enthousiasme initial. La difficulté permanente des tomes deux pour toute série… On savourera donc quand-même les jolies séquences d’action, les dialogues très bien tournés et tout de même les dessins du maître, en espérant un retour à l’épique dans le troisième volume.

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La baleine blanche des mers mortes

La BD!
BD d’Aurélie Wellenstein et Olivier Boiscommun
Drakoo (2021), 88p., One-shot.

L’ouvrage comporte un cahier graphique humoristique en forme de journal intime, en fin d’album. La couverture comporte un vernis sélectif.

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bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Les mers sont mortes. Disparues. Asséchées. La faune et la flore qui les habitaient sont partis avec elles, ne laissant qu’une terre dévastée, des cités au sein desquelles des poignées d’humains s’efforcent de survivre, à la faim mais aussi aux fantômes. Car loin d’avoir été oubliées, les mers reviennent hanter les vivants par des vagues d’esprits marins aspirant les âmes. Là, Bengal et Chrysaora, deux étranges voyageurs vont rencontrer l’esprit de la Baleine…

https://publikart.net/wp-content/uploads/2021/10/9782490735709_p_3.jpegContinuant la très intéressante démarche initiale des éditions Drakoo, cet album voit l’auto-adaptation de son neuvième roman par Aurélie Wellenstein, déjà lauréate de plusieurs prix fantastiques dont celui des Imaginales. L’autrice propose pour le coup une vraie adaptation du livre, modifiants certains paramètres afin de s’adapter au format (court) d’un unique album tout en proposant une super ambiance à son partenaire.

Graphiquement on retrouve Olivier Boiscommun à son meilleur niveau en repassant sur sa technique habituelle en couleur directe et encrages légers, après l’expérimentation peu concluante de la trilogie Danthrakon scénarisée par le boss Arleston. On sent l’artiste particulièrement inspiré par l’atmosphère marine comme l’Ether des spectres inquiétants qui parcourent le ciel. Dans des gammes de couleurs très tranchées selon les séquences, son style sied parfaitement avec l’ambiance vaporeuse faite de flux mystiques comme aqueux où Boiscommun parvient à inspirer l’idée des créatures marines dans les costumes, les chevelures, les décors. Lorsque surviennent les fantômes de poissons on entre dans une ambiance de zombies, originaux pour le coup, et qui prennent une dimension très intéressants lorsque surviennent les séquences de rêverie/souvenirs très https://www.idboox.com/wp-content/uploads/2021/09/BALEINE-BLANCHE-3.jpgmarquantes en nous montrant les massacres des baleiniers et la disparition progressive de ce fantastique foyer de vie sur Terre. Malgré la profusion de créateurs bretons, ils ne sont pas si nombreux les albums de BD qui abordent sans détours le drame que la pollution, la surpêche et le réchauffement climatique font vivre au poumon de la planète. On pense par moments au Niourk de Vatine dont l’introduction sonnait comme un uppercut.

Projet très solide bâti sur un univers existant et un propos écologiste déterminé, La baleine blanche des mers mortes est une nouvelle réussite de l’éditeur, tant graphique que d’écriture, en déroulant une intrigue pas si facile à exposer et en tenant jusqu’au bout un suspens qui conclut très logiquement et poétiquement cette histoire. La brièveté du format et l’ambition modérée du projet ne se ressentent pas sur un travail (et ce n’est pas si fréquent sur ce format) parfaitement réalisé et qui sait proposer de la nouveauté dans le paysage éditorial BD. Une jolie trouvaille que je vous invite à découvrir.

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Manga en vrac #20: Carol & Tuesday #1-2 – The cave king #1 – Alma #2-3

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  • Carole & Tuesday (Yamataka/Nobi-Nobi) – 2019-2021, série terminée en 3 tomes.

mediathequeCarole & Tuesday est à l’origine une série d’animation  en une saison, du studio d’animation Bones (qui produit My Hero Academia et autrefois Fullmetal Alchemist), visible en France sur Netflix. Simultanément une version manga est lancée, faisant de la licence un crossmedia.

Série très courte, C&S m’a attiré par son graphisme et l’univers de la musique. Et j’ai été très surpris en déroulant les premières pages (le manga se lit très vite) de voir un contexte SF puisque l’environnement est une planète Mars colonisée et où l’intégralité des industries culturelles sont le fait d’IA. Avant d’entamer les aventures très Shojo des deux filles issues de milieux radicalement opposés (l’une est une émigrée, l’autre une fille de la haute bourgeoisie), on saisie directement la critique très intéressante des industries musicales actuelles qui imposent à une jeunesse formatée des tubes formatés à coups d’Autotune. Si le titre reste bien gentil et très prévisible, le graphisme est plutôt élégant et l’idée de suivre deux jeunes passionnées confrontant leur passion et leur sincérité à une industrie déshumanisée m’a bien plu. Au final C&S est un titre sans prétention mais qui plaira à son public cible (une histoire de copines…) avec quelques perches pour les faire réfléchir un peu à ce qu’elles consomment.

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  • The cave king (Demise-Naehara/Doki Doki) – 2021, série en cours, 2/2 volumes parus.

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Merci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance!

thecaveking-1-dokiAprès le sympathique Shangri-la Frontier chez Glénat je tente un autre shonen formaté pour les gamers avec ce Cave King qui ambitionne de proposer une histoire manga reprenant les codes des Mining-games comme Minecraft. Et je dois dire que sur ce premier volume le concept prend plutôt bien en évitant les longueurs dans une mise en place extrêmement simple (aussi basique qu’un scénario de jeu vidéo) mais très fun. En sautant carrément l’étape d’introduction on comprend que les auteurs ne vont pas traîner en route et enchaînent les découvertes de pouvoirs qui permettent au héros de se comporter comme un joueur de Minecraft et de miner et façonner son île (on devrait plutôt dire « rocher »). Le dessin n’a rien de transcendant mais reste lisible, dans le style type de la fantasy avec quelques bébêtes et une bande de gobelins qui fait office de compagnons pour le personnage. Du coup même s’il manque une intrigue on ne s’ennuie pas, ça rebondit sur une bonne dizaine d’étapes sur le modèle de DR. Stone et la lecture avance sans forcer, à fortiori pour un public Shonen et encore plus pour de jeunes gamers. Très sincèrement, si l’on enlève la comparaison graphique, ce titre n’a pour le moment pas grand chose à envier à la série post-apo de Boichi. A suivre…

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  • Alma #2-3 (Mito-Panini) – 2019-2021, série terminée en 4 tomes.

couv_431117Toujours partant pour une nouvelle aventure SF post-apo avec des machines, j’avais plutôt accroché avec le premier Alma, série courte qui se termine en novembre avec le quatrième tome. Bon format pour une histoire simple je dirais. Je dois dire que si l’introduction, assez linéaire, était fort alléchante, le second tome se complexifie en développant l’univers post-apo fait d’une post-Union européenne dominée par la Russie, la Turquie et l’Allemagne, dans une dernière cité humaine protégeant les quelques centaines de milliers de survivants aux grandes guerres du passé contre les Gajin, ces androïdes dont le système de sécurité a sauté jadis, ce qui a provoqué le génocide… On pardonnera à l’auteur dont c’est le premier manga les quelques difficultés du dessin, notamment anatomiques pour se concentrer sur une volonté de décrire de très beaux designs de vaisseaux et bâtiments et de densifier le background. Côté construction en revanche, comme souvent en SF, la structure faite de visions déstructurées et de bulles à l’auteur pas toujours clair complique la lecture pour pas grand chose mais en créant un ralentissement inutile. Quelques scènes d’actions (pas toujours justifiées) viennent pourtant mettre du rythme jusqu’à l’assaut final du tome trois qui nous rappelle la rage désespérée du final de Matrix. L’épilogue attendu viendra apporter des réponses finales attendues après un cliffhanger assez sympa et des révélations pas révolutionnaires mais cohérentes. Oeuvre perfectible, Alma manque quelque peu de questionnements philosophiques pour hisser son propos, mais arrive à sortir du tout venant par quelques qualités réelles qui plairont aux amateurs de SF. Les autres pourront plutôt se reporter sur des oeuvres plus matures comme Heart gear ou Origin.

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Les brumes écarlates #1

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Manhua de Wu Quigsong
Glénat (2021), 192 p., série en cours.

La maquette de ce premier tome a été particulièrement soignée et il est indéniable que cette couverture à la fois mystérieuse, rageuse et dotée de l’esthétique toujours fort agréable des calligraphies chinoises dorées, marque la rétine sur un étalage. Dans un format comics on a un résumé très parlant qui met l’accent sur la grande force du volume, le design incroyable créé par l’auteur et un aperçu du style graphique qui évite de se reposer sur la seule couverture (qui reste très proche des planches intérieures). L’intérieur de couverture présente une carte géographique des royaumes et des lieux… qui si elle est fort utile pour appréhender la complexe géopolitique du lieu, reste un peu confuse car elle n’indique pas tous les sites nommés dans l’histoire. Du coup on se perd un peu à rechercher des zones qui restent introuvables. Après une citation de l’inévitable Lao Tseu, nous aurons ensuite droit à un prologue et cinq chapitres, avant de refermer le volume sur un cahier graphique de quatre illustrations. Même si on aurait aimé un cahier final plus étoffé, l’ensemble mérite un Calvin pour la qualité générale de l’habillage très soigné.

planches_75851

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Depuis l’apparition des mystérieuses et mortelles Brumes écarlates il y a trois siècle le monde des hommes (ou ce qu’il en reste…) s’est réorganisé en états perché sur les hauteurs, protégés du danger. Pourtant les jalousies et rivalités restent omniprésente… Alors qu’une alliance matrimoniale semble marquer un apaisement dans les relations diplomatiques des royaumes, la réapparition des Brumes sème le chaos, dont profite une troupe de maraudeurs pour enlever la princesse…

Brumes écarlates T1 : Les rebelles (0), bd chez Glénat de Qingsong,  Haiyang, XinjiangLes auteurs chinois ont décidément le vent en poupe dans notre pays car après le sublime ouvrage de Golo Zhao, Glénat nous propose la première création solo de Wu Qingsong. Cet auteur formé aux Beaux-arts a déjà publié plusieurs séries en France. Les Brumes écarlates est la traduction du projet The rebels paru en 2019… ce qui laisse penser qu’il ne faudra pas être pressé pour en lire la suite (non encore sortie en VO donc), d’autant que Qingsong a été embarqué dans la frénésie d’adaptations de l’auteur majeur de la SF chinoise, Liu Cixin (avec notamment la version graphique de l’ouvrage qui l’a propulsé au firmament, Le problème à trois corps, lauréat du prix Hugo en 2015).

Il est indéniable que sur le plan graphique l’école chinoise alliant technique BD  et graphisme classique inspiré par les estampes et les paysages contemplatifs liés à la culture chinoise propose une qualité impressionnante. Bien plus proche de la culture franco-belge que du manga, le Manhua se lit de gauche à droite et adopte un découpage occidental influencé par la culture hong-kongaise et Taïwannaise. Ainsi l’approche pour le public français est très simple et ne souffre pas des écarts culturels que peut apporter le manga. On trouve en revanche dans Les Brumes écarlates l’attrait de nombre de récits chinois pour les grandes manigances de palais et intrigues géostratégiques issues de l’histoire féodale fort compliquée de l’Empire du Milieu.

Capture d’écran du 2021-09-18 18-43-03L’album commence comme un rêve de lecteur de BD, avec des planches à tomber tant par leur esthétique que par leur cadrage très intéressant. Très vite on constate que cet univers fantasy adopte un design là encore très inspiré et teinté de steampunk via des armures dont on ne comprend pas encore les facultés. Car si l’auteur aime à détailler de complexes dialogues stratégiques il reste un peu chiche dans les explications d’univers, ce qui est frustrant car si les visuels sont somptueux de bout en bout on reste un peu sur sa faim dans la compréhension de ce qui se déroule sous nos yeux. Le syndrome des illustrateurs-scénaristes en somme…

Les brumes écarlates a ainsi beaucoup d’atours d’un très classique récit médiéval chinois où l’on retrouve des dialogues pas forcément très inspirés et très manichéens (avec le gros général très brut et l’androgyne chevalier adepte de la finesse, l’éternel Ying et Yang). En tant que lecteurs occidentaux on aura un peu de mal avec cet aspect. Heureusement que les dessins emprunts d’estampe comme de l’univers des premiers Miyazaki (grosse influence du manga Nausicaa) rehaussent fortement l’intérêt comme le design des combats posant les chorégraphies dans le graphisme.

Ce premier volume apparaît comme une introduction où hormis l’apparition du héros et de sa troupe de soldats « ronin » intervenant dans les interstices entre les gigantesques armées des royaumes on ne saura pas grand chose de ces Brumes écarlates et l’on s’accrochera à saisir les subtilités de la politique locale. Une séquence de présentation des personnages où l’on comprend que la politique est sale et sans morale et que certains guerriers adoptent leur propre stratégie. Guère plus…Capture d’écran du 2021-09-18 20-08-14

Restent ces grandioses panoramas fantastiques, ces couleurs parfaites et une partition graphique sans faute qui hisse cet album parmi les top 2021 dans la catégorie dessins. Il sont nombreux les albums de très grande dessinateurs restés lettre morte (je pense au Dernier loup d’Oz de Lidwin) après un premier tome flamboyant. L’artiste semble conscient de la nécessité de ne pas travailler seul puisqu’il s’est adjoint l’aide d’un collaborateur au scénario. Cet univers doté d’armures steampunk étranges, de poupées animées et de rhinocéros de guerre mérite la plus grande attention tant il flatte nos imaginaires avec un potentiel absolument énorme. Ce ne seront pas les quelques difficultés de mise en place et des dialogues manquant de percussion qui effaceront cette impression qu’il faudra donc confirmer assez rapidement pour éviter de devenir un énième joli one-shot sans lendemains.

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***·BD·Nouveau !

La Tour #1

La BD!

Premier tome de 62 pages, d’une série en trois parties écrite par Jan Kounen et Omar Ladgham, et dessiné par Mr Fab. Parution chez Comix Buro le 09/06/2021.

La Tour de la question

Dans un futur relativement proche, la civilisation humaine s’est (encore!) effondrée, anéantie par une bactérie ravageuse à laquelle seuls 2746 humains sont parvenus à échapper. Ces miraculés doivent leur survie à quelques milliers de tonnes de béton, d’acier et de verre, qui prennent la forme d’une immense tour.

Conçue pour être autonome, cet édifice, géré par l’ordinateur Newton, abrite donc les derniers survivants de l’Humanité depuis une trentaine d’années, dernier rempart se dressant entre l’Humanité et l’anéantissement. Certaines excursions sont organisées et menées par les chasseurs, dont la mission est de ramener du gibier tout en évaluant l’hostilité de l’environnement. Malgré tout, le temps passe et accomplit son œuvre sur la Tour, qui, de fleuron technologie européen, est passé lentement à cloaque vétuste menaçant de s’effondrer.

Si le matériel a subi les outrages du temps, les habitants ne sont pas en reste non plus. Confinée depuis trois décennies, la population vieillissante ne promet pas un avenir des plus radieux pour le genre humain. Seulement, voilà, il existe désormais toute une frange de la population qui n’a connu que le confort reclus de la Tour, et qui n’a jamais mis les pieds à l’extérieur. Ces « intras » comme on les surnomme, ont en eux une fougue et un ressentiment qui pourrait semer le chaos dans l’équilibre toujours plus précaire de la Tour.

Nul ne peut se prévaloir de sa propre Tour-pitude

Dans un bref préambule, Jan Kounen et Omar Ladgham, issus tous deux du monde audiovisuel, précisent que La Tour était initialement un projet de série TV, qui a plus tard été adapté en BD. On a tendance à les croire, tant ce premier tome fait ressurgir des images et des lieux communs (plus ou moins) emblématiques issus de longs métrages du même genre.

La séquence d’ouverture, par exemple, nous évoque immédiatement des films comme Je suis une légende, grâce au décor urbain envahi par la nature. La tour éponyme, son design et les tensions qui croissent entre les habitants semblent émaner du film High-Rise, tandis que le thème du dernier refuge de l’Humanité, de la survie confinée et de la lutte des classes nous rappelle le célèbre univers du Snowpiercer. Les auteurs opèrent donc un mélange de plusieurs concepts sans qu’il s’en dégage nécessairement une impression de déjà vu.

Néanmoins, là où Snowpiercer établissait clairement et dès le premier acte les enjeux humains et politiques à bord du train, La Tour se permet de rester plus évasive sur les réalités du pouvoir au sein de de son édifice. Qui détient le pouvoir ? Est-ce un régime autocratique ? Peu d’éléments permettent de répondre à cette question, si bien que la révolte des intras ne parvient pas à se hisser au niveau de la révolution des sans-classe du Transperceneige, étant donné que les jeunes révoltés n’ont pas vraiment d’adversaire politique ni d’oppresseur désigné.

Certes, les conditions de vie dans la Tour sont de plus en plus difficiles, mais on ne ressent pas à la lecture d’injustice ni de différences de traitement. Lorsqu’un étage devient inhabitable, on sent l’urgence et le manque de moyens, mais à aucun moment on ne nous présente d’éléments venant justifier la rébellion des intras.

Il aurait donc fallu autre chose que le « teen spirit » pour faire adhérer le lecteur à la cause intra. D’autant plus que, et c’est pourtant un des points positifs de l’album, une partie de l’exposition est consacrée à démontrer la dangerosité du monde extérieur et le risque mortel encouru par tous les survivants. Avec cette information en tête, on a donc d’autant plus de mal à adhérer à cette révolte, qui fait jette effectivement une lumière défavorable sur les jeunes confinés.

Côté graphique, le style réaliste de Mr Fab est tout à fait opportun, même s’il surprend parfois sur quelques cases, étrangement dépouillées. Sur d’autres plans, notamment les plans de foule, les visages, pourtant bien dessinés et détaillés, on a tout de même une impression d’interchangeabilité. En revanche, le design de la tour et les décors urbains décrépits permettent à l’artiste d’exprimer son talent.

Espérons que la suite de la série approfondira davantage et de façon plus cohérente l’univers riche promis par son concept.

*****·East & West·Manga

Eden, It’s an endless world (perfect) #1-3

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BD de Hiroki Endo
Panini (2021) – 1998, 484 p./volume, 4 volumes parus sur 9 (doubles tomes).

Cette édition d’un classique de la SF me permet une petite remarque sur la culture des éditions spéciales entre manga et franco-belge. Pour ne pas tirer sur une ambulance je ne pointerais pas Panini en particulier mais remarque simplement que si cette habitude de ressortir les meilleurs mangas (et plus grosses ventes passées…) en Perfect édition est une très bonne chose pour vulgariser auprès d’un public jeune assez marqué par l’immédiateté des sorties du moment, elle reste très peu ambitieuse en se restreignant la plupart du temps à simplement éditer les manga dans une impression et un format correcte. Le format manga est à la base peu qualitatif, de fait puisque les œuvres sont publiées dans des journaux. Adapter les volumes à un format plus proche de nos habitudes européennes (comme la démarche d’Urban de sortir certains titres de comics indé en format franco-belge) est cohérente et permet à un marché assez saturé de continuer à croître sur des titres anciens. De bonne guerre dirais-je. Pourtant accompagner les volumes de dessins couleur, croquis, interviews, analyses et autres ajouts ne coûterait pas bien plus cher et justifierait l’appellation d’édition spéciale. Au regard des collectors de la franco-belge, le surcoût est moyennement justifié. Bref…

Concernant Eden on a donc une jaquette avec vernis sélectif, résumé avec quelques personnages du volume en main, table des matière des chapitres et deux intéressants mais anecdotiques textes de réflexions de l’auteur sans aucune mise en perspective. Sur un matériaux aussi riche on aurait voulu des commentaires sur l’univers ou les thèmes abordés. Edition juste correcte donc.

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Coup de coeur! (1)

Le virus Closure a éradiqué 15% de la population mondiale, provoquant un effondrement des états tels que nous les connaissions et l’émergence de narco-états. Face à eux l’organisation du Propater entre en chasse d’un adolescent héritier de données informatiques que tous semblent convoiter. Alors que seule la force militaire et numérique semblent pouvoir régenter ce monde de chaos, des combattants et victimes se retrouvent associés dans un Grand jeu qui les dépasse…

Mon grand âge fait que j’ai eu le privilège de découvrir les premiers manga en France avec l’arrivée d’Akira en kiosque dans les années quatre-vingt-dix, un choc adolescent que j’ai prolongé sur les œuvres de Masamune Shirow et notamment Appleseed. Akira est largement cité pour présenter Eden et l’influence de son auteur. Shirow également mais en citant de manière erronée Ghost in the shell… que je trouve loin thématiquement même si certains aspects cyberpunk peuvent y faire penser. Je confirme après lecture des trois premiers numéros que l’oeuvre de Hiroki Endo est un parfait mélange entre Akira et Appleseed, une vraie création de fan qui a mis tout ce qu’il a adoré dans ses glorieux ancêtres. Il est marquant de voir comme certains styles graphiques sont datés en Manga, comme en franco-belge. C’est le cas avec Eden dont la technique semi-réaliste se précise avec les volumes et propose par moment des planches vraiment impressionnantes et d’une précision chirurgicale y compris dans les décors (point de repère pour évaluer la profondeur du travail sur tous les ouvrages que je lis).

Eden : It's an Endless World ! (Perfect Edition) (tome 2) - (Hiroki Endo) -  Seinen [BDNET.COM]Il y a plusieurs types d’auteurs de manga. Les otaku (Boichi), les techniciens sur des productions industrielles, les artisans (Urasawa) et les intello. Endo fait partie de cette dernière catégorie, avec une ambition et réflexion globale sur son projet rarement vus. Ainsi la construction des premiers tomes est surprenante et déstabilisante. Un très gros prologue d’une centaine de pages nous plonge dans cet univers en nous présentant Enoa Ballard après la Chute, avant de nous projeter vingt ans plus tard avec seulement quelques épisodes de flashback sur pages noires qui développeront épisodiquement certains personnages dans le passé. Nous avons donc l’histoire d’une famille, du père Chris impliqué dans l’apparition du virus, à son fils devenu devenu patron d’un des plus gros narco-cartels de la planète et que l’on ne voit pas adulte au cours des trois premiers tomes de l’édition Perfect (équivalent à six tomes donc) et suivons le dernier descendant, Elijah, jeune homme faible ballotté dans des conflits qui le dépassent et gérant difficilement son héritage familial. Le nom du héros n’est pas anodin, la série est parsemée de références bibliques et de réflexions philosophiques plus accessibles que chez Shirow. A ce titre l’équilibre entre les thématiques scientifiques et cyberpunk pointues (l’auteur s’est remarquablement documenté et est très précis), les commentaires sur la civilisation, l’homme et Dieu, les équilibres géopolitiques et sujets sociétaux comme la pauvreté ou la prostitution… est incroyablement solide! C’est le cœur et l’intérêt des œuvres de SF me direz-vous. Oui bien sur, mais c’est très rarement maîtrisé à ce point.

Alt236 Twitterissä: "Ensuite : "Eden Its an Endless World" de Hiroki Endo.  Ca parle Pandémie et trucs pas net, mercenaire et post-infection, si j'ai  bien compris. A voir mais les images interpellent !…Eden est radical sur tout les plans et c’est une de ses très grandes qualités. Endo montre et dit ce qu’il souhaite sans se censurer. Il en découle des séquences gores et violentes qui participent à créer un univers sombre et réaliste, sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le fan-service. Si l’on voit des nus ce n’est jamais montré de façon sexy, de même que la violence militaire illustre simplement (comme dans Akira) la rudesse de ce monde. Ambitionnant de montrer les effets du nouveau contexte entre deux scènes d’action, Endo tisse une trame qui va se densifier en un tout.

Je parlais de construction déstabilisante. Ainsi après le prologue on entre dans une phase militaire avec une équipe de mercenaires chargés de récupérer des données informatiques et qui entrent en contact avec Elijah. S’ensuit une longue séquence de conflit techno-militaire d’une réalisation magistrale. La galerie de personnages d’Eden est impressionnante et leur disparition (par la mort ou le changement de contexte du récit) est très efficace pour nous maintenir en haleine. De la même manière que le personnage d’Enoa Ballard est présent en filigranes tout le long sans jamais se montrer, l’auteur joue de son lecteur qui ne sait jamais quels personnages vont durer ou non. Si la séquence mafieuse du troisième tome est un peu en retrait au niveau de l’intérêt, chaque chapitre reste intéressant en tant que tel et nous implique émotionnellement sans jamais pouvoir anticiper l’intrigue ou le destin d’un personnage.

Eden Volume 1: It's an Endless World! TPB :: Profile :: Dark Horse ComicsContrairement à Shirow qui pouvait devenir un peu soporifique dans ses digressions philosophiques Hiroki Endo ne laisse jamais l’action bien loin. De façon crue et très létale,  il montre des adversaires redoutables, jusqu’au troufion de base. Chez Endo la force des héros ne repose pas sur la faiblesse de leurs adversaires. Il en ressort des affrontements magistraux où même les crac ne ressortent pas indemne.

L’aspect cyberpunk commence à peine avec l’irruption d’une IA extrêmement puissante. Avant cela nous sommes confrontés à des cyborgs chargés de la guerre électronique en support aux troupes et de terrifiants humanoïdes guerriers issus de manipulations génétiques. Si l’on nous parle de l’organisation religieuse Propater depuis les premières pages on ne sait toujours pas quel est son but hormis qu’il se confronte à plusieurs organisations, dont une confédération musulmane et une zone « agnostique » structurée par les organisations mafieuses.

Oeuvre impliquante, s’intéressant autant à des sujets de garçons (les super-soldats, la technologie militaire, les robots) qu’aux drames humains (on parle des indiens, mais aussi de filles-mères, des relations familiales et des problématiques du tiers-monde…), Eden est comme toutes les grandes œuvres de science-fiction un projet global impressionnant de solidité tant graphique que dans son écriture. Aucune faute de goût n’est à relever et on dévore les centaines de pages avec le plaisir de savoir que Panini a prévu une publication serrée des neuf tomes. Maintenant il ne vous reste plus qu’à foncer en librairie pour vous plonger dans ce must-read pour tout lecteur de manga!

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*****·Comics·East & West·Service Presse

Lucky boy: coquin de sort

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BD de Bill Presing
Ankama (2021) 2021, 72 p., one-shot…?

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bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)Mille ans après l’effondrement l’humanité a quasiment disparu. Seul un groupe de jolies jeunes femmes brillantes travaille pour maintenir la civilisation. Le dernier représentant du genre masculin semble être ce petit vieillard lubrique qui les pourchasse. jusqu’au jour où un jeune naufragé apparaît sur les rivages…

Lucky Boy : Coquin de Sort - (Bill Presing) - Comédie [BDNET.COM]Quelle poilade les amis et quelle découverte! Après le chinois Golo Zhao et sa sensibilité découverts hier on passe aujourd’hui de l’autre côté du Pacifique avec un autre jeune talent qu’il faudra suivre. L’américain Bill Presing vient de l’animation et notamment chez Pixar où il est storyboarder… et ça se voit sur son album tant les cadrages et l’esprit général des merveilles du studio à la lampe transpire de Lucky boy! Dès la couverture on est émerveillé par ces couleurs et une composition qui sont la très grande force de cet album inattendu. Sous un pitch simplissime et résolument coquin (c’est dans le titre!), il enchaîne une succession se séquences très bien huilées et qui évitent le risque de ce genre d’album à savoir la juxtaposition. Glissant du mystère d’explorateur dans ce « monde d’après » sur le début on passe ensuite à des thématiques de savant fou avant de virer en survival post-apo. Bon, tout ça ce sont les thèmes support, le principal intérêt ce sont bien entendu les rencontres hilarantes entre ce pauvre petit vieux obsédé (et on le comprend!) par cet aréopage de déesses aussi belles qu’intelligentes. Ressentant une injustice terrible lorsque survient l’élément dérangeant (une sorte de jeune néandertalien qui n’a que la jeunesse pour lui) le vieillard finit par se résigner à une ambition de simple otaku: faire pouet-pouet et voler des clichés des poules sur son appareil photo…

Presing tient plus son humour des manga que du cartoon américain même si son ouvrage reste à la croisée. Il remplit ses pages de citations évidentes, des saignements de nez d’un Tortue génial à la quête de la culotte qui rappelle les noisettes de Scrat le paléo-écureuil de l’Age de glace. Sur le plan formel on est très proche d’un manga Ecchi à cela près que tout étant du second degré et regardé à hauteur du personnage, on n’est jamais dans le vulgaire. Comme un Frank Cho, Presing aime les jolies filles idéalisées et se fait plaisir au travers de formes presque géométriques qu’il donne à ses donzelles et et New Arrivals :: Lucky Boy: Tempting Fate - Pre-Orderd’une gestion des éclairages et brillances remarquables via une technique toute traditionnelle qui apporte une douceur difficile à obtenir en numérique. Entre les yeux kawaï, les poses langoureuses à l’envie et des dialogues très drôles, on enchaîne les pages avec un grand plaisir.

Pour son second album (il a publié une histoire pulp de chasseur de nazi chez Akiléos) et quelques sketchbooks (un chez comixburo) Bill Presing montre une technique et une maturité dans le récit qui impressionnent par leur fluidité. Comme souvent l’animation propose les meilleures formations et les passages à la BD sont généralement réussis. Ayant digéré le meilleur du sketch US et de l’humour japonais, il nous régale avec son Coquin de sort en proposant une vraie histoire pulp qui lui permet de dérouler son humour et ses poupées. Avec une fin étonnamment tragique et une galerie de personnages fort réussies, cet album ressemble plus au prologue d’une longue série qu’à un simple one-shot. Si l’auteur en a envie  et que le public est au rendez-vous il y a de la matière pour de nombreux albums pour développer cet univers désormais en place. 

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**·BD·Jeunesse

Green Class #3: Chaos Rampant

La BD!

Troisième tome de la série écrite par Jérôme Hamon et dessinée par David Tako. Parution aux éditions du Lombard le 23/04/2021.

Rempart K.O.

Pour Naïa, Noah, Lucas, Sato, Beth et Linda, le temps de l’insouciance est loin, si tant est que ces jeunes marginaux canadiens aient déjà été insouciants. Retenus malgré eux en Amérique durant une classe verte, ils ont assisté à l’avènement d’un virus mortel transformant ses victimes en créatures mi-fongiques, mi-bestiales.

Sans pouvoir rien y faire, le groupe s’est retrouvé enfermé dans une zone de quarantaine supposée contenir, derrière une immense muraille, l’infection galopante. Malheureusement, Noah a été infecté, et s’est inexorablement transformé, au grand désespoir de sa sœur. Au fil du temps, Noah a développé d’étranges facultés lui permettant de contrôler les autres infectés. Bien vite, l’armée a mis son grain de sel, laissant nos héros penser qu’elle n’était pas étrangère à l’apparition de ce virus.

A l’issue du tome 2, Noah était cependant brutalement démembré par d’autres infectés, plongeant nos héros juvéniles dans le désespoir le plus total. Que vont faire les survivants maintenant que leur ami n’est plus ? Vers qui se tourner dans un monde hostile où chaque faction semble avoir des choses à cacher ?

Lovecraft va à l’H.P. (SPOILER)

Pour ce troisième tome, Jérôme Hamon change de braquet et prend les attentes du lecteur à rebours en dévoilant les origines de la pandémie. Attention spoiler, l’auteur va lorgner directement et sans concession dans le lore lovecraftien pour expliquer les événements des deux premiers tomes. Ce qui s’annonçait comme un teenage survival post-apocalyptique devient donc un space horror directement inspiré du créateur du genre.

Plus tôt cette année, Créatures, de Stéphane Betbeder et Djief, amorçait également ce virage lovecraftien sur un terrain jeunesse. La révélation intervenait cependant dès le premier tome, ce qui empêchait le lecteur de se projeter et d’anticiper sur la suite du scénario.

Jérôme Hamon prend donc ici un risque considérable puisqu’il fait prendre à sa série un virage susceptible d’en altérer à la fois le message et la portée. En effet, introduire cet élément au troisième tome implique d’implémenter des règles et des concepts qui nécessiteront forcément une nouvelle exposition, ce qui risque de brouiller le lecteur.

Après vérification, il semblerait que les œuvres de H.P. Lovecraft soient tombées dans le domaine public il y a déjà quelque temps, ce qui permettra à d’autres auteurs d’intégrer l’écrivain de Providence dans leurs propres récits.

Si la référence directe est la principale preuve d’amour que l’on puisse faire à Lovecraft, elle peut aussi être à la longue perçue comme le signe d’une paresse scénaristique ou d’un manque d’originalité. Perdu dans un scénario pandémique dont on ne sait pas comment se dépatouiller ? Pas envie de passer les origines du mal sous silence, comme dans The Walking Dead ou Y, The Last Man ? Pas de problème, sortez votre Lovecraft en poudre pour une solution instantanée !

Les fans du genre seront contents, les autres y verront peut-être un éclair de génie, et, avantage ultime, il devient superfétatoire de caractériser les antagonistes, puisqu’après tout, un Grand Ancien reste un Grand Ancien, sa malveillance cosmique intrinsèque suffit pour avoir envie de détruire la planète.

Sur le reste de l’intrigue, alors que les deux premiers tomes étaient centrés sur la protection de Noah, on doit avouer ici que sa disparition plonge le scénar dans un gentil chaos (haha) qui force nos héros soit à la neurasthénie (deuil oblige), soit à une course ventre-à-terre dont les enjeux s’aliènent (sauver Noah, sauver le monde ? empêcher le méchant prêcheur de remplir son objectif…).

Il faudra donc lire la suite de la série pour voir si l’auteur parvient à faire fructifier sa référence au maître de l’horreur cosmique pour remettre son récit sur les rails.