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Et ou tuera tous les affreux…

La BD!
BD de JD Morvan et Ignacio Noé,
Glénat (2021),  104p. , One-shot, collection Boris Vian.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Cette adaptation avec toujours Morvan au clavier et cette fois l’argentin Ignacio Noé aux crayons est le dernier des quatre albums prévus pour une sortie rapprochée pour les vingt ans de la mort de Vian. Lire le préambule de mon premier billet sur cette série pour les détails éditoriaux. Du fait du Covid la parution des quatre tomes prévus en 2020 a été décalée.

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Rock est beau comme un dieu. Toutes les femmes veulent son corps. Mais cet esprit décidé s’est promis de ne pas perdre sa virginité avant ses vingt ans. Lorsqu’il est enlevé et forcé à donner sa semence, commence une enquête autour de disparitions, qui les mènera lui et ses amis dans le sillage d’une bien étrange clinique…

Et on tuera tous les affreux - cartonné - Jean-David Morvan, Ignacio Noé, Ignacio  Noé - Achat Livre ou ebook | fnacFort surprenant albums que celui-ci, qui navigue entre enquête de détective, série Z érotique et science-fiction impliquée… Comme je l’avais signalé sur le premier opus il est difficile de savoir dans quelle mesure la matière première contraint le scénariste de cette histoire totalement absurde, rocambolesque et pour finir assez ridicule… On comprend assez rapidement l’aspect parodique de la chose, avec ces très beaux – et très numériques – dessins de Noé (qui a déjà travaillé avec JD Morvan sur les Chroniques de sillage et les trois tomes d’Helldorado). L’argentin a été recrutée pour sa science anatomique et on peut dire que ces Ken et Barbies sont plantureux, beaux, parfaits, comme cette Amérique d’Epinal qui nous est présentée, les personnages arborant soit un sourire « émail-diamant » (pour les gentils) soit des trognes patibulaires et grognant (pour les méchants). Si les écrits de Vian sont souvent marqués par leur aspect érotique, Ignacio Noé est en terrain connu, lui qui excelle dans l’exercice avec sa carrière commencée dans les histoires d’humour très chaudes.

Si les planches sont globalement assez agréables (on passera sur des arrière-plans ébauchés avec des techniques numériques un peu faciles…), l’histoire se perd progressivement du fait d’une pagination obèse pour un tel projet. La première moitié (soit l’équivalent d’un album) se laisse lire avec plaisir pour peu qu’on entre dans la parodie appuyée. Mais une fois l’enquête en mode club des cinq aboutie, on se perd dans des longueurs qui insistent sur des traits des personnages déjà bien compris, des invraisemblances assez dommageables à la linéarité de l’intrigue et des successions de planches de nu et de sexe qui deviennent franchement lassantes avec des personnages exclusivement nus sur plus de trente pages. J’avais trouvé cela lourdingue sur le Conan de Gess, il en est de même ici. On pourra arguer le plaisir des yeux et que dans le deux cas on a affaire à des adaptations d’écrits pas très subtiles. Il reste qu’en tant qu’album de BD une pagination classique aurait permis de condenser ces scories (tiens, comme sur le premier!).Docteur Boris et Mister Sulli…Vian : la java des bombes graphiques –  Branchés Culture

La parodie est un art compliqué. Sur le récent Valhalla hotel ou sur Lastman ça passe assez bien. Ici on finit par douter du second degré. J’aime pourtant les histoires de savants fous et de SF déglinguée, pour peu quelles soient vues comme des loisirs à la lecture facile. Et on tuera tous les affreux adopte une structure trop longue et compliquée (avec ses césures en mode feuilleton) pour nous maintenir à flot. Dommage car en plus condensé l’ouvrage aurait beaucoup gagné.

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***·Comics·Nouveau !

The shaolin cowboy #3

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Comic de Geof Darrow et Dave Steward (coul.)
Futuropolis (2020) – Burlyman (2004-2007) – Dark Horse (2015-2018), 3/3 albums parus.

Pour l’historique de publication je vous renvoie au billet des deux premiers tomes. Ce dernier ouvrage confirme le magnifique travail éditorial de Futuropolis. Contrairement aux deux précédents, celui-ci se concentre exclusivement sur de la BD et n’ajoute qu’une grosse galerie d’illustration originales en fin d’ouvrage (avec notamment un dessin de maître Moebius!).

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Laissé pour mort après son combat contre la horde de zombies, le Shaolin Cowboy doit pourtant se resaisir  car le Roi Crabe le recherche activement et la vie du Shaolin cowboy dissolue dans les affres de la matérialité lui a créé beaucoup d’ennemie. Beaucoup…

Comme il va être compliqué de constituer une collection pas trop chaotique avec cette série TOTALEMENT chaotique de Geof Darrow… Si le premier volume est ce qui s rapproche le plus d’une BD (et donc très clairement si vous ne devez investir que dans un tome c’est celui-là), si le second est un exercice de style, comme un carnet d’exercices anatomiques (… mais avec des zombies!), ce troisième et dernier volume, relativement proche de la parution originale, est un pahmplet contre une Amérique abhorrée, l’Amérique des rednecks, du smartphone, de la vulgarité… l’Amérique de Trump. Et comme d’habitude, avec son influence Métal Hurlant, sans aucune retenue et un mauvais goût affirmé, Darrow se met au niveau de sa cible et envoie du pâté. L’histoire est simple: le Shaolin Cowboy est en très mauvais état et va devoir se tapder deux derniers adversaires pour en finir: un cochon géant ninja dont le Cowboy a tué la mère et le Big Boss, le crabe shaolin, décité à se venger… Comme l’histoire on s’en fout, elle pourrait bien continuer éternellement comme nous l’indique la fin. Bref.

Si cet album se suit plus facilement que le second, il est un poil décevant niveau combat arès un meurtre de vautour digne du héros. Car Darrow a surtout envie de se défouler sur une Amérique dépeinte comme un immnse tas d’immondices parcouru par des enseignes de magasins de cul et habité par des beaufs tatoués et bardés d’armes. Tout est dégueulasse sur ces planches toujours monstrueuses de détails… Le grand n’importe quoi se poursuit donc mais en un poil moins classe que sur le premier où les chorégraphies avaient sommes toutes de la gueule! Ici l’amusement vient de la critique omniprésente pour un pays qu’il rejette en masse et à la grosse Bertha. Du coup les Comic The Shaolin Cowboy: Who'll Stop the Reign? issue 2derniers combats semblent un peu futiles par rapport à ce qu’on a pris dans les dents jusqu’ici. Alors ok le cochon est énorme et lance des pets toxiques (oui, oui!) et S.C. joue du nunchak’ avec deux clébards aux pattes en couteaux (hum…), mais question action Darrow a fait mieux.

On ne peut pourtant pas dissocier cette trilogue superbement éditée par Futuropolis et mise en couleur par Dave Stewart tant chaque volume reflète à la fois une envie de l’auteur et revêt un aspect très différent. Les amoureux du graphisme et de la radicalité de l’auteur prendront un immense plaisir à parcourir cette odyssée (Darrow parle de ballade sur la longue interview qu’il a donné au site 9° art et que je vous invite vivement à lire pour comprendre le personnage). Les moins fans pourront donc en rester au premier tome déjà bien foutraque et, donc, le meilleur.

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No body (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale de la première saison je vous propose de relire ma chronique:

BD de Christian De Metter
Soleil-Noctambule (2016-2018), 72 p./album, 1 saison de 4 épisodes parue.

Les couvertures, le format comics, le découpage en épisodes et saisons, tout dans le projet de Christian De Metter vise à reprendre les principes d’une série TV américaine. Les livres sont élégants, on aurait aimé des commentaires de l’auteur ou de la documentation sur l’époque. A l’heure où de plus en plus d’éditeurs fournissent un travail éditorial (chez Urban ou dans les formats gazette par exemple) ce type de projet mériterait un peu plus de « hors texte ».

Je suis venu par accident sur cette série dont les dessins et l’ambiance ne m’attiraient pas. J’avais pourtant adoré la série True detectives dont No body s’inspire fortement, cette ambiance hyper-réaliste d’une Amérique post-rêve américain, sans vernis hollywoodien, une Amérique des bas-fonds, des familles détruites, des drogues et des névroses profondes, l’Amérique dépressive des films de boxe pluvieux et des guerres contre la drogue sans règles (comme le film Sicario)… Un pote me les a fourgué dans les mains en me disant « tu va voir… ». Et il avait raison! No Body est une très excellente série, qui contrairement à ce que laisse entendre sa numérotation se termine en 4 volumes. Quels sont les projets de l’auteur pour d’autres saisons, je n’en sais rien pour l’instant…

Résultat de recherche d'images pour "de metter no body"Je vais commencer cette chronique par le trait de De Metter: une sorte de crayonné poussé, rehaussé de peintures et crayons de couleurs qui donnent une texture assez artistique qui peut faire étrange sur une histoire policière hyper-réaliste. Derrière ce vernis un peu crado se cache un trait très maîtrisé, que ce soit dans les expressions des personnages ou dans les mouvements des corps. Ainsi ses planches sont assez colorées mais imprécises, ce qui renforce systématiquement les personnages. Pas très fan au début, je m’y suis fait et constate une étonnante évolution sur le quatrième tome de la série avec un gros saut qualitatif, plus classique mais que je préfère. On aimera ou pas le style graphique de Christian De Metter mais force est de reconnaître que sa démarche est originale et que le bonhomme sait tenir un crayon!

Mais la grande qualité de No Body est bien sa construction scénaristique basée sur une technique éprouvée: le récit d’un ancien super-flic qui va nous raconter ce qui l’a amené au crime dont il s’accuse lui-même. Technique toute cinématographique, permettant des aller-retour chronologiques entre le récit (le temps présent) et les récits, à différentes époques. Bien entendu tout ce récit est maîtrisé par le narrateur, avec quelques questions de la psychiatre permettant au lecteur de prendre le recul. Grace au graphisme et au rythme on est happé dans cette histoire violente de l’Amérique des années 60: le Vietnam, la contestation étudiante, les gangs de Bikers, Kennedy et les programmes noirs du FBI… cette époque est fascinante et l’ouvrage est relativement documenté bien que romancé. L’histoire de ce flic malgré lui sera celle d’un système sécuritaire sans limite faisant face à des criminels sans limite. Cela convient à notre homme, boxeur traumatisé par la disparition de son frangin au Vietnam et traversant son époque comme un fantôme, bras armé de l’Etat subissant tous les coups de ses opérations clandestines qu’il parcoure comme Dante les cercles de l’Enfer, citation assumée par le scénario et très bien utilisée.

https://chezmo.files.wordpress.com/2017/04/nobody0203.jpgL’histoire est dure. Pour le héros d’abord. Homme solide souhaitant simplement l’amour, la police lui tombera dessus et le liera pour toujours au destin des plus sombres criminels du pays. Sans états d’âme il la verra, son âme, s’assombrir sans que l’on ne sache jamais s’il est devenu insensible ou si la conséquence de ses actes et des dégâts collatéraux aura une incidence sur ses actes. Le personnage semble maudit, voyant mourir tout ce qu’il aime, tout ce qui l’entoure hormis les monstres, ses commanditaires ou les criminels. Il se justifiera en éliminant des ordures sans foi ni loi. Mais reste t-on indemne en vivant uniquement dans les bas-fonds à côtoyer le mal?

Formidable voyage dans une Amérique bien sombre autant que dans les tréfonds de l’âme humaine, histoire assez nihiliste d’un roc au cœur tendre, No Body parvient à atteindre le très difficile équilibre entre le ludique (le policier), le réflexif (l’Histoire), le symbolique (Dante) et le drame humain.

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Luminary #2: Black power

La BD!
BD de Luc Brunschwig et Stephane Perger
Glénat (2020), 120 p., série en cours, 2 vol. paru.

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Privé de ses pouvoirs, Darby se retrouve seul et sans ressources dans un monde hostile. Il trouve refuge dans un squat de junkies où il trouve un réconfort inattendu. Côtoyant la misère, il ne réalise pas les évènements graves qui se produisent alors qu’une véritable guerre civile couve entre noirs et blancs depuis la mise en accusation des Black Panther pour l’explosion de la clinique polytraumatique de New-York…

LUMINARY t.1-2 (Luc Brunschwig / Stéphane Perger) - Glénat (Albin /  Drugstore / Zenda) - SanctuaryLuminary avait été un de mes coups de cœur de l’année passée tant ce premier gros opus transpirait l’inspiration des séries sures de leur réussite. Et bien pour ne pas faire durer le suspens le second tome, malgré une magnifique couverture d’un graphisme et d’une efficacité  folle, déçoit assez fortement… Plus haut on est monté plus dure est la chute comme on dit, tout au long de la lecture de cet album de transition (je crois que la série est prévue en trois tomes de cent-vingt pages tout de même, soit l’équivalent de quatre albums) on a le sentiment que Luc Brunschwig laisse le frein à main en souhaitant ménager ses effets après une conclusion du premier volume tonitruante. L’auteur aime parle du social et de politique, il aime parle des pauvres, des démunis, des parias. En proposant l’histoire d’un infirme bossu, d’une prostituée junkie et d’un jeune noir dans une Amérique uchronique très raciste il sait tenir la face sombre et dense de son histoire de super-héros. Malheureusement si dans l’introduction l’équilibre était parfait entre ces deux faces, on bascule dans « Black power » dans une chronique sociale pure où la plus grande noirceur des films américains des années soixante-dix ressurgit violemment. C’est intéressant bien que très nihiliste (un Fabien Nury aurait pu écrire ce scénario)… mais sur l’équivalent de presque trois albums cela fait beaucoup et hormis la conspiration militaire qui aboutit au gros (et efficace) coup de théâtre de l’album on finit par se lasser. La promesse de Black panther n’arrive jamais vraiment et l’histoire de cette junkie se liant avec le personnage principal a du mal à passionner. Le propos du premier volume était éminemment politique et l’on perd cet aspect en même temps que pratiquement toute la charge fantastique qui revient dans les toutes dernières pages sans plus qu’on l’attende.

LUMINARY t.1-2 (Luc Brunschwig / Stéphane Perger) - Glénat (Albin /  Drugstore / Zenda) - SanctuaryCôté graphique si le trait et la technique sont toujours aussi forts, avec une variété de tons jouant sur différentes époques pour proposer une belle variété de mise en couleur, niveau découpage c’est également très sage. Finies les cases en étoile et autres explosions qui déstructuraient magnifiquement les doubles pages. Dans ce récit classique on a droit à un cadrage classique jusqu’au retour de Luminary qui désorganise ces cases sur la fin. L’esthétique générale reste tout à fait impressionnante quand on connait la propriété rebelle de l’aquarelle (comparez les planches de Stephane Perger avec celles de Dustin Nguyen sur Descender pour vous en rendre compte) et le dessinateur peut produire des visions magnifiques à tout moment… et notamment lorsque surgit le fantastique! Les pages de chapitre empruntées aux épisodes de comics suffisent à montrer la puissance graphique de l’auteur.

L’équilibre entre le grand spectacle et l’intime et réflexif est toujours compliqué à trouver dans les BD de genre. Alan Moore ou M. Night Shyamalan ont montré depuis longtemps que c’est par le fonds que les œuvres super-héroïques se hissaient au chef d’œuvre. Luc Brunschwig connait ses gammes et s’intéresse aux humains abimés avant tout, c’est tout à son honneur. Il reste que ce second volume souffre d’un manque de souffle, d’un rythme parfait qu’il avait su trouver dans le précédent avec cette narration en décompte. On attend les moments forts que les quelques scènes d’action ne parviennent pas à combler et le pathos très lourd du squat et de la prostituée semblent un peu trop appuyés dans une BD dont ce n’est pas le sujet. Du coup on survole à peine le très réussi personnage de Mila et on finit par se lasser du langage de prolo qui accroche la lecture à force de contractions. Le réveil des dernières pages semble un peu tardif et l’on espère que ce n’est là qu’un petit loupé intermédiaire avant un épilogue grandiose.

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****·BD·Nouveau !

L’homme qui tua Chris Kyle

Le Docu du Week-End
BD de Fabien Nury et Brüno
Dargaud (2020), 162p., one-shot.

Chris Kyle fut le sniper le plus « efficace de l’histoire de l’armée américaine. Véritable « héros américain », sa vie a été racontée au cinéma par un autre héros américain, Clint Eastwood, dans son film American Sniper. En 2013 Kyle est assassiné par un autre vétéran. La légende se retrouva confrontée au réel et l’Amérique obligée de regarder l’envers du beau miroir…

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Fabien Nury aime parler des vilaines histoires, les histoires sans héros qui confrontent ce que l’Histoire laisse comme trace et la chienne de vie que chante le rock punk. Il est un maître pour effacer les vernis créés par les récits mythiques, nationalistes et pour aller titiller l’humanité là où ça fait mal. On peut parler de nihilisme et il est vrai que les lectures de ses albums ne sont pas véritablement des parties de plaisir, comme ce formidable triptyque Katanga dont on ressortait lessivé par tant de vilainie et d’absence d’espoir. Dans sa grande saga Il était une fois en France il parvenait à accrocher à personnage de « héros » même s’il s’agissait d’un anti-héros, bien gris, bien complexe, comme l’est la véritable Histoire.

L'homme qui tua Chris Kyle – SambaBD

Avec son compère Brüno qui l’accompagne depuis dix ans maintenant il a choisi cette fois de dézinguer le mythe américain en nous racontant l’histoire de ce qui s’en rapproche le plus, à la façon d’un documentaire télévisuel. Le style du dessinateur, très figé mais redoutable dans la reprise des cadrages et cinéma (Brüno n’a pas illustré pour rien le volume de la BDthèque des savoirs abordant le Nouvel Hollywood…) renforce cet aspect en évacuant tout réalisme graphique qui pourrait nous détourner du propos. Dans L’homme qui tua Chris Kyle ( titre emprunté bien évidemment au célèbre film de John Ford) les auteurs dressent le portrait réel d’une vraie légende. Quitte à écorner sur les bords le récit de cette vie qui semble valider l’american way of life et le mode de pensée des redneck dans l’Amérique de Trump (l’album ne sort bien évidemment pas cette année pour rien), ils ne remettent pas en question ce que représenta cet homme dont les choix et la réussite semblent valider totalement la mythologie de la vie par la volonté et les valeurs… simples si possible. Le propos est plutôt de gratter le traitement par l’Amérique, ses plateaux de chez Fox news, ses grands éditeurs qui fabriquent les best-sellers alimentant le mythe du héros tué par un lâche et de la veuve courageuse qui défend la mémoire de son mari, de présenter l’évidence brute, documentaire pour ensuite nous donner une interprétation plus complexe de ces évènements. Ainsi ils dressent le parcours du héros, puis de son assassin, vétéran comme lui mais comme son négatif à qui rien n’a réussi alors qu’ils avaient le même parcours… jusqu’à fréquenter le même lycée. Ensuite la veuve qui fructifie sur son mari pour endosser un statut national héroïque et l’argent qui va avec. Enfin le traitement judiciaire expéditif. Tout cela de façon presque clinique, sans commentaire ou presque, laissant le lecteur européen s’amuser tout seul des monstruosité du système médiatique américain que nous adorons détester.

L'homme qui tua Chris Kyle - Lire, Écouter, regarder...

C’est seulement dans l’épilogue que le scénariste sort de sa réserve pour proposer son explication de texte. Non, celui qui a été présenté comme un raté n’est pas devenu assassin tout seul. Le traumatisme qu’il a vécu sur le terrain l’a laissé démuni, baladé entre des hospitalisations sans lendemain et sans réaction de l’administration des vétérans face aux multiples alertes violentes démontrant le besoin de le soigner. Ainsi la victime du système est-elle devenue assassin du mythe lorsqu’elle a du affronter le terrible miroir déformant. Nury nous envoie à la figure cette Amérique de papier glacé qui réussit à quelques uns en laissant tous les autres rêver sans véritable espoir d’en être. La subtilité du traitement de cet ouvrage est très impressionnante. Avec un sujet improbable qui laisse circonspect en ouvrant l’album, il arrive à extraire la substantifique moelle de l’analyse documentaire en mettant en exergue un très grand nombre de sujets touchant à cette Amérique, mais également à des valeurs universelles. S’il est facile de ricaner devant l’adoration des armes à feu, les auteurs respectent tout autant ce héros qui croit dans un idéal des pères fondateurs, des pionniers partageant une nature pléthorique… même si c’est en 4X4. Ou sa femme qui est intimement convaincue que dans un monde où il y aura toujours des méchants, il faut de bons fusils pour sauver leurs victimes. Des raisonnements d’enfants désarmants mais sincères. C’est cela l’Amérique de Trump.

D’un récit simple, cristallin, parlant à l’intelligence de son lecteur (européen), L’homme qui tua Chris Kyle propose ainsi un impressionnant documentaire qui en parlant d’une histoire américaine touche l’universel. En attendant que monsieur Nury lâche ses stylos pour une véritable caméra.

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****·BD·Documentaire·Rapidos

Homicide #2-3

Le Docu du Week-End

BD Philippe Squarzoni
Delcourt (2016-2020), série en cours, 4 volumes parus sur 5.

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Lire la critique du premier volume.

Totalement accroché par le premier volume je n’ai pas eu l’occasion de mettre la main sur le reste de la série depuis un an… ce qui est terrible étant donnée la structure de la narration, en format journal. Je ne saurais donc trop vous conseiller d’attendre la sortie du (a priori) dernier tome en octobre pour lire l’intégralité de la série d’une traite. Ma reprise a été compliquée car on saute rapidement d’un enquêteur à un autre, reprenant les problématiques laissées au volume précédent mais séparées par plusieurs enquêtes et personnages depuis. A moins des faire des fiches de lecture on est ainsi un peu perdu lorsque après plusieurs pages immergé dans la traque d’un violeur de fillette on saute sans prévenir sur une autre affaire. Le suspens est suspendu mais on ne sait pas quand on va y revenir et c’est un peu frustrant. Ce qui est intéressant dans le choix de l’auteur Homicide, tome 3 – Philippe Squarzonic’est que chaque agent permet de développer une des multiples problématiques du métier, entre les découvertes liées à l’enquête elle-même, la morale personnelle du flic impliqué personnellement ou la pression de la hiérarchie qui revient sur les statistiques de résolution catastrophique de la brigade. Dans ces quelques jours où tous les moyens sont mis sur la recherche du violeur (en déshabillant Paul pour habiller Pierre) on continue d’être passionné par ces réflexions intimes d’officiers droits, professionnels avec quelques passages particulièrement sympathiques comme ces interrogatoires successifs où l’agent nous montre ses ficelles psychologiques et le véritable jeu d’acteur nécessaire pour parvenir à faire se condamner le prévenu de lui-même… On navigue sur ces deux tomes entre l’enquête principale (qui ne s’achève pas ici), les états d’âme de l’agent travaillant sur l’exécution d’un collègue et quelques autres affaires. Les albums se dévorent comme les films de police réalistes mais avec l’avantage de ne jamais tomber dans le pathos lourdingue de vies ratées de policiers qui vivent dans la fange. Chez Squarzoni les policiers sont juste des fonctionnaires qui font leur boulot dans un contexte difficile. Presque jamais on nous parle de leur vie privée, de leurs névroses. Le documentaire se porte sur l’enquête, rien que l’enquête. Et on en redemande.

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*****·Comics·La trouvaille du vendredi·Rétro·Un auteur...

Uncle sam

La trouvaille+joaquim

Comic de Steve Darnal et Alex Ross
Semic/Panini (2001/2010), 96., one-shot.

La dernière édition en date est une version deluxe chez Panini, datant de dix ans, qui est peut-être la version française de la Collected édition reliée comprenant trente-deux pages de plus avec des illustrations originales et des textes de contexte. J’ai personnellement la version SEMIC brochée de 2001.

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Ma récente lecture du plutôt réussi Strange fruit m’a donné envie de me replonger dans les ouvrages du grand Alex Ross, chef de file de l’école hyper-réaliste des comics de super-héros et peut-être le plus iconique des dessinateurs de l’écurie DC. Connu pour ses deux plus grands ouvrages, le mythique (et encyclopédique…) Kindgome Come et donc, cet Uncle Sam. Ce dernier arrive assez tôt dans la carrière de Ross et a le grand mérite de se présenter comme un véritable roman-graphique, relativement court, qui marque le style de Ross avec cette colorisation directe et ce très grand sens de la mise en scène. Surtout, il nous dispense d’un côté kitsch que revêt l’oeuvre d’Alex Ross de part son style, son rattachement exclusif aux héros classiques de DC et au Golden Age.

Uncle Sam - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.comRésumer l’intrigue d’Uncle Sam est ardu mais surtout inutile car il s’agit d’un concept, d’une allégorie visant à faire parcourir par l’Oncle Sam, l’âme de l’Amérique, l’histoire de son pays, des idéaux de la guerre d’indépendance aux renoncements et perversions qui ont abouti à une corruption généralisée des âmes et des esprits… Véritable pamphlet politique d’une même force que les films de Michael Moore, cet album est exigeant (comme tous les ouvrages d’Alex Ross du reste…) en ce que sa narration encrée dans un délire fait d’aller retours entre la mémoire du personnage et ce qu’il observe de nos jours insère alterne pensées et bruits erratiques de ce qui l’entoure. Sous la forme d’un vieux clochard décrépi et halluciné, Oncle Sam subit chaque violence du quotidien comme un choc qui le ramène à ce que devait être l’Amérique et à une déviance qui a finalement commencé très tôt… dès les premières escarmouches avec les anglais! Les auteurs ont un propos très dur sur ce qu’est devenu leur pays et cela a d’autant plus de force que la carrière du dessinateur s’est faite entièrement sur l’iconographie nationaliste des super-héros de l’Age d’Or et leur idéal de justice et de droiture.

Uncle Sam, comics chez Semic de Darnall, RossSi certains passages sont évidents (on assiste à l’assassinat de Kennedy à la Ford Hunger March de 1932 qui vit la police tirer sur une manifestation d’ouvriers Ford ou l’attentat d’Oklahoma city), d’autres nécessitent une bonne connaissance de l’histoire américaine. Chacun prendra ce qu’il peut mais l’essentiel du propos (sublimement mis en images cela va sans dire) reste très clair. Sur la dernière partie Sam entame un dialogue avec sa version féminine, Columbia, incarnant l’Etat, avec la pauvre Marianne française aussi désespérée que lui par ce qu’est devenue sa République ou encore l’ours soviétique aussi mal en point que les autres, avant de rencontrer ce que les américains ont fait de lui, sorte de pendant négatif mettant face à face l’idéal et la réalité du mythe américain…

(Re)lire aujourd’hui Uncle Sam donne une portée assez sidérante lorsqu’on mets en parallèle l’Amérique de Trump, considéré par beaucoup comme la pire présidence de l’histoire du pays, et cet album qui aurait pu sortir aujourd’hui alors qu’il a vingt ans… Cet écart renforce le propos de l’ouvrage qui nous assène que l’Amérique est un mythe mort-né et que les tragiques épisodes de son histoire ne sont pas des incidents mais la logique directe des choix politiques de générations de dirigeants avec la complicité passive d’une population qui préfère lire des BD de super-héros en slip plutôt que de s’interroger sur la manière de reprendre les rennes de ce navire à la dérive…

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Actualité·BD·Comics·Guide de lecture·Rétro

#Blacklivesmatter: la ségrégation aux USA en BD

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Le sujet n’est pas nouveau, les crimes racistes aux Etats-unis parsèment l’histoire du pays sans que l’on ne voit de changement fondamental poindre. La mort de George Floyd a provoqué une vague de fonds sans précédent dans le pays mais également dans le monde. Pour m’associer modestement à ce combat de dénonciation je voulais vous signaler quelques billets du blog traitant d’albums de grande qualité qui abordent frontalement la question raciale aux Etats-unis, du documentaire historique au fantastique…

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****·Comics·East & West·Rétro

Strange fruit

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Comic de Mark Waid et J.G. Jones.
Delcourt (2017), 128p., one-shot.

L’ouvrage comporte une préface d’un critique  américain qui revient sur la portée politique de l’album quand au positionnement des comics sur le racisme anti-noir aux Etats-Unis (et qui rappelle le récent Bitter-root), une post-face de Mark Waid, une bio des auteurs et un carnet graphique fourni (vingt pages) comportant plein de couvertures originales et alternatives ainsi que des storyboards et planches en cours de réalisation qui permettent de voir l’important changement de ligne avec le précédent titre sous-titré « black colossus ». Rarement un cahier aussi intéressant aura été proposé, permettant d’entrer véritablement dans le processus de création graphique et d’ambiance de J.G. Jones alors qu’aucun texte ne vient détailles le projet.L’édition française reprend la première cover américaine et l’on peut voir, outre la portée politique de l’ouvrage, l’importance du contexte, le dessinateur ayant travaillé sur un design résolument futuriste reprenant les affiches de propagande des années vingt. Magnifique édition très complète donc!

couv_300866Chatterlee, Mississippi, 1927. La crue historique du fleuve tempétueux menace la ville et toute la population se mobilise pour bâtir à bras d’hommes des digues dérisoires. Alors que les esprits s’échauffent entre blancs et noirs dans cette terre du Klan, surgit un géant noir, muet et doté d’une force herculéenne. Qui est cet homme qui menace la domination suprémaciste en ces temps troublés?

The White Privilege, White Audacity, and White Priorities of ...Étant tombé sur les magnifiques planches de J.G. Jones sur internet j’ai découvert cet ouvrage qui m’a paru au premier abord comme une variation noire de Superman Red son, le chef d’œuvre de Mark Millar… or il n’en est rien! Ne vous trompez pas donc sur ces origines qui rappellent l’arrivée de Kal-el sur notre bonne Terre, le « strange fruit » ce titan arrivé par accident au milieu d’une chasse ségrégationniste n’est donc qu’un prétexte, la coloration super-héro inhérente au genre Comics pour dresser un puissant pamphlet contre le racisme et la ségrégation raciale du Sud américain. Référence directe à la mythique chanson de Billie Holliday, elle-même référence aux « fruits étranges » pendus aux arbres par le Ku Kux Klan, le titre donne le ton.

Nous plaçant comme témoins d’une situation installée, Mark Waid utilise son évènement fantastique comme seule barrière évitant à cette intrigue de basculer dans l’horreur. Ainsi alors que le fleuve semble intenable et que l’ingénieur noir envoyé par Washington pour aider les autorités locales (très apprêté et incongru en cette terre d’injustice) ne parvient pas à convaincre les locaux blancs, l’annonce de la disparition d’un enfant blanc met le feu aux poudres. Les hommes du Klan passent faire un razzia d’ouvriers noirs afin de les forcer à travailler sur la digue… Car l’eau ne menace finalement que les terres des propriétaires et ces journaliers préfèrent se divertir que de sauver leurs maîtres. C’est intolérable pour les blancs qui se jettent sur l’un d’eux, désigné  coupable de la disparition de l’enfant…

Strange Fruit's complicated, controversial place in comics ...Rarement un comic non documentaire n’aura abordé aussi frontalement le sujet et de façon aussi violente. Attention il ne s’agit pas ici de choquer ou de montrer l’horreur visuelle de ces fascistes. Les auteurs sont dans la peinture froide d’une époque. Le style hyper-réaliste du dessinateur (qui rappelle évidemment le Alex Ross de Uncle Sam) renforce énormément cet aspect documentaire en appuyant sur les visages très expressifs. J’ai été surpris par la surexposition des planches, voulues par l’auteur mais qui atténuent à mon avis la puissance de ces peintures. Il aurait été inspiré d’imprimer Strange Fruit est disponible !sur papier noir sans doute afin de renforcer le contraste, d’autant que l’histoire se déroulant pendant une période de pluies une atmosphère sombre aurait été plus appropriée. Malgré cela les planches éclatent au visage, de précision, de réalisme, accompagnées par un découpage très dynamique n’hésitant pas à envoyer des pleines pages et des lames biseautant des doubles pages.

Je n’ai presque pas parlé de ce venu d’ailleurs, ce géant noir que l’on comprend rapidement venir d’une autre planète. Il est bien présent sur un certain nombre de séquences mais muet il ne peut agir que par sa force brute. Utilisé comme deus ex machina d’une intrigue dont on imaginait la fin, on nous donne quelques indications homéopathiques sur son origine et ses capacités. Les fondus de super-héros pourront rester sur leur faim. Ce serait dommage tant cet album apparaît comme une inattendue alchimie d’histoire de super-héros adulte osant aborder un sujet qui fâche.

Strange fruit est une vraie réussite qui aurait certainement mérité un développement plus conséquent (la pagination impliquant une intrigue très linéaire et simple). Et un nouvel exemple que la meilleure façon de parler de super-héros c’est avec des sujets sérieux.

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STRANGE FRUIT -3 - Comics ZoneStrange Fruit 2 Issues (2015 - 2016) (Boom! Studios)

***·BD·Documentaire·Nouveau !·Numérique

La bombe

Le Docu du Week-End

BD de Didier Alcante, Laurent-Frederic Bollée et Denis Rodier
Glénat (2020), one shot, 472 p., noir et blanc.

 

badge numeriquecouv_385597Ce monumental album comprend un prologue, un épilogue et quatre chapitres séparés par une page de titre. En fin d’ouvrage trois post-faces de chacun des auteurs relatent l’origine du projet. Pour Didier Alcante il s’agit de son histoire personnelle avec un japonais rencontré dans l’enfance qui lui a permis de découvrir le drame de Hiroshima, pour Denis Rodier il s’agit d’expliquer comment se lancer dans un projet comportant autant de pages à réaliser, quand à LF Bollée il tisse des liens avec le film Hiroshima mon amour d’Alain Resnais. Une bibliographie très conséquente de trois page, illustrant la solidité du travail documentaire, est proposée enfin ainsi qu’un flashcode renvoyant vers des vidéos en ligne.

Cet ouvrage est sans doute le plus impressionnant documentaire BD qu’il m’ait été donné de lire. Par sa seule pagination, correspondant à une série de dix albums, on a du mal à comprendre comment une poignée d’années un groupe de seulement trois auteurs a pu accoucher d’une telle somme, d’un livre si ambitieux, voulu par Didier Alcante comme l’ouvrage BD définitif sur le sujet avec un ligne de mire les soixante-quinze ans de la double attaque nucléaire sur Hiroshima et Nagasaki en aout 1945.

La Bombe, bd chez Glénat de Alcante, Bollée, RodierLe très talentueux dessinateur québecois Denis Rodier (déjà vu sur l’excellent Arale) a réalisé ces quelques quatre-cent planches seul. L’absence de couleur s’imposait à la fois pour gagner du temps de réalisation, mais aussi pour profiter de ses encrages très forts et se justifiait par le côté documentaire et sérieux de l’affaire. Dans un style semi-classique mais très technique à la fois dans la représentation des très nombreux personnages que sur les décors et représentations d’éléments techniques, Rodier n’oublie pas qu’il réalise un album de bande-dessinée et de placer des respirations graphiques sur des pleines pages ou des digressions artistiques symboliques. L’expérience joue beaucoup pour ne pas assommer le lecteur après des dizaines de pages représentant dialogues au téléphone, débats dans les laboratoires et dans les antichambres ministérielles, avec un risque réel de monotonie et d’ennui. Or, si la lecture se fait en plusieurs étapes comme tout gros ouvrage, jamais on ne ressent de l’ennui et c’est un premier tour de force.

La Bombe - cartonné - Alcante, Laurent-Frédéric Bollée, Denis ...Sans doute car les auteurs ne sont aucunement des scientifiques ou spécialistes du sujet. En simples auteurs curieux et documentés, ils se mettent au niveau du lecteur dans la recherche d’équilibre entre précision historique et vulgarisation narrée. Le seul choix contestable selon moi est cette idée de faire parler la bombe, l’atome, en une récurrence de pages qui reviennent épisodiquement ou celle-ci devient narrateur. Cela permet donc ces aérations graphiques mais semble trop décalé par rapport au reste du récit et n’apporte pas grand chose. Des encarts plus philosophiques ou poétiques des auteurs aurait été plus percutants.

Cette somme qui va de 1933 et la fuite du hongrois Léo Szilard vers les Etats-Unis aux conséquences de l’explosion atomique sur le cours de la politique mondiale après-guerre est passionnant et nous apprend une quantité impressionnante de choses de façon agréable. Sans jamais mettre en lumière un protagoniste plus qu’un autre, les auteurs nous font rencontrer à la fois intimement et historiquement un grand nombre de personnes éminentes qui ont participé à ce projet hors norme: si Einstein est presque absent, intervenant à la demande de Szilard pour La Bombe - cartonné - Alcante, Laurent-Frédéric Bollée, Denis ...utiliser sa notoriété pour influer sur un  gouvernement américain qui ne prends pas très vite la mesure de ce qu’il se joue, défilent des noms connus comme Oppenheimer, Fermi, Roosvelt, Staline et d’autres inconnus comme ce passionnant général Groves, redoutable cerbère en conflit ouvert tout au long de cette aventure scientifico-militaire avec Szilard, premier à avoir pensé l’idée d’une arme atomique (et prix nobel de la paix en 1962) et totalement inconnu pour ma part! On sent tout au long de la lecture que les auteurs se passionnent pour ces deux personnages, totalement opposés mais sans qui rien n’aurait été possible. On voit Werner Heisenberg, le découvreur de la physique quantique, prisonnier des américains au sortir de la guerre sans que l’on ne sache jamais si, en tant que responsable important du projet nucléaire nazi, il s’est avéré incompétent dans ce secteur ou s’il a volontairement ralenti le projet allemand. On assiste à l’aventure de la destruction de l’usine d’eau lourde de Norvège par les Alliés, relatée dans le film Les héros de Télémark avec Kirk Douglas. Et bien d’autres…

Là où l’album est le plus passionnant c’est lorsque certains protagonistes, petits ou grands anticipent les incidences de leurs décisions pour l’histoire. Comme cet espion soviétique qui assume son acte non pour la gloire du régime soviétique mais car il a compris qu’aucune nation ne devait se retrouver seule à posséder une arme si terrible. La situation de guerre-froide est envisagée très sérieusement bien avant 1945 par ces Amazon.fr - La Bombe - Alcante, Bollée, LF, Rodier, Denis - Livresscientifiques dont tous ne sont pas des pacifistes éclairés. Le sujet à hauteur d’homme nous montre ainsi Enrico Fermi, prix Nobel de physique promouvoir jusqu’au bout l’utilisation de la bombe et assumant la position de domination américaine. Bien entendu il s’agit là d’interprétations des auteurs mais cette absence de manichéisme donne toute sa force à l’ouvrage.

Alliant la qualité de la prise d’information avec un vrai talent de récit et (ce n’est pas si fréquent en BD documentaire) un graphisme classique de tout premier niveau, La bombe est assurément un des grands albums de l’année 2020. Le travail accompli force le respect et saura sans doute intéresser au-delà du cercle des passionnés d’histoire ou de physique, pour peu que l’obstacle de la taille du bébé ne rebute pas. L’éditeur Glénat maintient un prix raisonnable pour une telle pagination et je ne saurais que conseiller cette lecture qi sait être une BD en plus d’un documentaire…

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