BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi

Blue note

La trouvaille+joaquim
BD de Mathieu Mariolle et Mickaël Bourgoin
Dargaud (2013) 148 p. 2 vol et 1 intégrale, série finie.
Couverture de Blue Note -INT- Blue note

Concept très original, Blue note nous propose de suivre les destins croisés de deux personnages, un boxeur et un guitariste de Blues, dans les dernières heures de la Prohibition. Le premier album suit le boxeur, le second le musicien. Ils se croiseront à peine mais interagirons dans la même temporalité. On retrouve un peu l’idée de Vortex que j’avais chroniqué dans cette rubrique il y a quelques temps. A noter que pour une fois l’illustration de l’intégrale est moins belle que celles des deux albums originaux. En outre une édition de luxe n&b tirée à 260 ex chez Bruno Graff existe. Un peu chère mais les le boulot d’encrage de Mickaël Bourgoin peut justifier une petite folie sur cet album si vous le trouvez.

Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin"Blue note est une bd d’auteurs. Deux artistes inspirés par l’envie de nous faire vivre une ambiance, celle des nuits pluvieuses de la Prohibition, de ses clubs de jazz tenus par des Parrains et de ses match de boxe truqués. Ce qui saute aux yeux à l’ouverture de l’album ce sont les encrages de Mickaël Bourgoin, élément essentiel dans le visuel de ce projet (dès la page des crédits le dessinateur l’annonce). Pour sa deuxième série publiée le dessinateur a souhaité se lancer dans le grand bain, inspiré par Toppi et Breccia et on peut dire que la prise de risque s’est avérée pertinente tant l’ensemble respire la fumée, les atmosphères et livre quelques pleines pages absolument sublimes lorsqu’il s’agit d’illustrer la magie de la musique du personnage de guitariste virtuose R.J. A ce titre, il est dommage qu’une version grand format n&b n’ait pas été prévue par l’éditeur (hormis le tirage de tête en nombre limite et au coût élevé) tant ces planches auraient mérité plus de place.

Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin dargaud"

On écarquille donc les yeux sur la beauté de ces petites cases très minutieuses et prends le temps d’admirer les quelques pages où les auteurs prennent leur place. Le trait peut ressembler par moment à celui de Gary Gianni, avec cet effet plume d’oie doublant les traits et surtout ces volutes incroyable qui désintègrent par moment les dessins dans une inspiration vraiment atypique et magnifique. C’est tellement réussi que l’album paraît parfois trop sage et l’on imagine un Bourgoin jouant des cadres de cases avec des débordements volontaires… J’ai vraiment découvert un illustrateur de très grand talent qui propose quelque chose de neuf que je ne saurais rattacher à une école graphique. Il n’a pour le moment rien réalisé d’autre en BD mais je guette un prochain projet!

Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin dargaud"L’intrigue (réalisée à quatre mains) aurait pu être basique, classique. Le simple fait de poser le contexte du dernier mois d’une époque bien connue permet de borner l’intrigue en densifiant la tension. L’histoire est celle de l’ambition, celle de RJ, guitariste d’exception à qui tout sourit ; celle de Jack, ancienne légende des rings contraint de reprendre les gants en fuyant la gloire. Deux destins croisés qui se croiseront effectivement tout au long de ce double album construit en miroir. La subtilité de l’imbrication des deux histoires est une vraie réussite car ce n’était pas évident d’en dire si peu tout en maintenant des révélations en deux temps tout au long du récit. Chaque album a son unité, son héros, qui rencontre brièvement l’autre, avant que tout se rejoigne en toute fin du second volume. C’est une histoire triste que l’on nous narre, celle de personnages mangés par la ville, par leur ambition et celle des autres. Des talents qui ne seront jamais réellement libres, soit car ils sont en avance sur leur époque soit car ils appartiennent au passé. C’est un peu trois périodes qui se rencontrent dans Blue note: celle d’un âge d’or d’avant la Prohibition, celle finissante de la Prohibition, la nouvelle ère ouverte par RJ.Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin"

Les meilleures BD sont souvent celle que l’on n’attend pas, celles qui nous surprennent. Blue note en fait partie en réussissant incroyablement l’alliance du texte et de l’image, de personnages forts portés par des thèmes passionnants, iconiques (le musicien de blues noir, le boxeur irlandais) et une époque hautement visuelle et familière dans l’imaginaire collectif. C’est une très belle histoire, dure et inspirée que nous proposent Bourgoin et Mariolle, un blues à l’encre de nuit, une BD qui fait honneur à une bibliothèque et que l’on relit régulièrement.

Une interview des auteurs a été réalisée par le site Bdgest.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml

Publicités
Comics·East & West·Nouveau !

Black Magick #2: passé recomposé

esat-west
Comic de Greg Rucka et Nicola Scott
Glénat (2018) – Image (2015), 2 volumes parus, série en cours.
9782344020173-l

Comme souvent  dans les éditions comics françaises après un premier tome bien chargé en bonus, la suite est pauvre, voir inexistante. Heureusement, le sérieux de suivi de maquette chez Glénat comics assure un bel album en couverture non pelliculée (j’aime bien) et une illustration de couverture intrigante et qui révèle la violence de l’album.

Les forces occultes se sont révélées à Rowan et ses amies sorcières et à mesure que son enquête de police progresse elle constate les pouvoirs inouïs de ces puissances. Que lui veulent-elles? Que recherche également l’Aira, ce groupe de chasseurs de sorcières dont les motivations ne semblent pas correspondre à ce qu’en sait Rowan? A mesure que chacun se révèle il viendra le temps pour notre héroïne d’assumer ses pouvoirs et son statut de sorcière…

Résultat de recherche d'images pour "black magick 2 scott"Ce qui m’a plu dans le premier volume de Black Magick c’est le traitement inhabituel, tout en douceur, l’intérêt des auteurs sur les personnages, leurs relations, plus que sur le background fantastique ou l’action. Bien sur il y a de l’action, également dans cette suite qui reprend le même schéma que l’album précédent. Bien sur il y a de la magie, qui monte en puissance cette fois-ci après la révélation à la fin du précédent. Contrairement à la mise en place du « Reveil » les différentes factions sont connues et commencent à se rencontrer. Le tome est axé sur la prise de contact entre l’Aira (que nous a fait découvrir le long récit fictif de fin du premier tome) et les deux sorcières. La structure enquête policière/confrontation magique/irruption de l’Aira reste inchangée. On monte seulement d’un cran dans la connaissance de l’intrigue et des protagonistes. Cet épisode semble marquer une rupture dans l’équilibre en place en début de série alors que les tensions avec son équipier augmentent et que l’héroïne découvre que les forces du mal ont des projets pour elle…

Sur le plan graphique, on continue de se régaler devant les dessins de Nicola Scott qui use à merveille de ses tons gris-sépia avec quelques irruptions numérique de couleurs pour des effets spéciaux de flammes ou de magie très élégants. La dessinatrice est aussi à l’aise dans les nombreuses scènes intimistes que dans les séquences d’action. L’esthétique générale « côte est » faite de pull-over confortables, de thé au coin du feu et de jolies maisons enneigées participe à l’ambiance ouatée de la série.Résultat de recherche d'images pour "black magick 2 scott"

Hormis les deux séquences introductives nous relatant l’initiation de Rowan aux vies passées  et la disparition de sa mère, on est dans la droite continuité du début de la série et il faudrait que le prochain tome passe la seconde vitesse pour entrer dans l’action, au risque de finir par lasser le lecteur. Mais pour l’instant la recette fonctionne dans un confort certain, comme l’épisode hebdomadaire de la série du moment où l’on retrouve avec plaisir des personnages attachants.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

badge-cml

Comics·East & West·Nouveau !

Black Magick #1

esat-west
Comic de Greg Rucka et Nicola Scott
Glénat (2018) – Image (2015), série en cours.
9782344020166-l

Cela fait quelques comics indé Glénat que je lis et je dois dire que l’éditeur soigne ses ouvrages. La couverture est non pelliculée, maquette extérieure harmonisée entre les volumes, couvertures originales des épisodes, couvertures alternatives assez dispensables en fin de volume ainsi qu’un très long texte pseudo-historique détaillant la chasse aux sorcières au Moyen-Age et faisant office de prologue (et que je conseille vivement de lire pour poser le contexte historique de cet univers). Je ne trouve pas la couverture ni parlante pour ce volume ni particulièrement réussie, dommage pour une illustratrice du talent de Nicola Scott. Globalement du bon boulot d’édition.

Rowan Black est une sorcière. Elle est aussi flic à Baltimore (vous savez, la ville de The Wire…). Lorsque ses deux vies se retrouvent emmêlées elle devra comprendre la menace qui plane sur elle, une menace qui vient du fond des âges et transgresse les règles en utilisant le Magick

Lorsque ce volume est sorti j’ai été accroché par les aperçus des planches intérieures, plus que par la couverture ou le sujet qui ne semblait pas très original (les histoires de sorcières on en a vu pas mal…). Je ne l’avais pas alors remarqué mais l’illustratrice, Nicola Scott (quoi, une illustratrice dans l’univers des comics de super-héros? Çà existe? Yessss!) est à l’origine des magnifiques couvertures de Wonder Woman Rebirth. Côté scénariste, je n’avais rien lu de Greg Rucka et je viens tout juste de me forcer à lire le premier Lazarus, série encensée mais horriblement dessinée… Avec de très bons échos et une histoire policière assez classique, j’ai décidé de me lancer sur Black Magick.

Résultat de recherche d'images pour "scott black magick"Et très bien m’en a pris tant cet album à l’esprit résolument européen est réussi et inspiré! C’est la première réflexion que je me suis faite en fermant ce tome sur un cliffhanger très réussi: une sensibilité, une atmosphère étonnante pour une histoire de guerre occulte sur fonds de magie noire. Ce tome a des similarités avec une autre série, franco-belge (ou italo-belge…): Rapaces. Le dessin d’abord, très proche de la technique de Marini, faite de beaux visages, de couleurs au lavis dans un cadre très dessiné. Scott comme Marini ont une parfaite maîtrise anatomique qui leur permet de dessiner les contours des personnages et quelques traits intérieurs mais c’est  le pinceau qui donne de la. Cela donne un habillage vraiment superbe. Malgré la présence d' »assistants » indiqués en crédit, cette méthode est toute européenne et très éloignée des habitudes industrielles séparant dessin/encrage/couleur. Idem pour la planche d’homme nu, aussi naturelle que dans un Marini ou toute autre album européen et qui renvoie la récente affaire de la bite de Batman au rayon de vaste rigolade infantile…

Résultat de recherche d'images pour "scott black magick"Le scénario également démarre sur les mêmes bases: une enquêtrice et son super collègue se retrouve confrontée au fantastique. On part sur de l’enquête policière dans ce qu’il y a de plus traditionnel (preuves, légiste, témoignages,…) mais la principale différence ici est que contrairement à Rapaces dès les premières pages nous savons que Rowan est une sorcière. La question qui se pose sera de savoir qui lui en veut et la mise en place d’une conspiration entre factions occultes. A ce titre, l’irruption d’un « agent allemand » donne lieu à deux pages… en allemand non traduit! Le soucis c’est que les dialogues sont très importants pour comprendre à qui nous avons affaire et je n’explique pas que l’éditeur se soit dispensé d’une traduction…

Généralement c’est sur les scénarii que l’on remarque avec la plus grande évidence la différence entre les auteurs hommes et femmes. Sur Black Magick, sans connaître le scénariste j’aurais parié sur un duo féminin, en raison d’un rythme, d’une attention donnée à des détails d’ambiance et de relations entre les personnages. Sur ce plan le duo formé par Rowan et Morgan, son équipier, dans une relation toute en regards (magnifiquement et très subtilement rendus par Nicola Scott) est vraiment intéressant, nous laissant deviner un amour platonique, à moins que l’héroïne ne se fasse des idées, son confrère attendant tout juste un enfant et semblant par ailleurs très heureux en couple… Résultat de recherche d'images pour "scott black magick"Les auteurs posent très discrètement des jalons vers une montée en tension, reposant sur la protection par la sorcière de ce cadre familial idéal que l’on imagine devoir être bientôt menacé…

Ce que j’ai aimé dans cet album, c’est vraiment la délicatesse des dessins et des ambiances (pourtant il y a bien des cadavres, un esprit démoniaque et des tensions). Les visages mélancoliques de Scott y font beaucoup et la perfection des traits et des planches globalement ajoutent à ce bien être du lecteur pour un album vraiment agréable à découvrir. On part donc sur des bases très qualitatives, qui peuvent aboutir à une très grande série si le tout reste aussi maîtrisé dans les prochains tomes. Un des tout meilleurs comics de l’année!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

badge-cml

BD·Mercredi BD·Nouveau !

No body

BD du mercrediBD de Christian De Metter
Soleil-Noctambule (2016-2018), 72 p./album, 1 saison de 4 épisodes parue.

Couverture de No Body -4- Épisode 4/4 La Spirale de DanteLes couvertures, le format comics, le découpage en épisodes et saisons, tout dans le projet de Christian De Metter vise à reprendre les principes d’une série TV américaine. Les livres sont élégants, on aurait aimé des commentaires de l’auteur ou de la documentation sur l’époque. A l’heure où de plus en plus d’éditeurs fournissent un travail éditorial (chez Urban ou dans les formats gazette par exemple) ce type de projet mériterait un peu plus de « hors texte ».

Je suis venu par accident sur cette série dont les dessins et l’ambiance ne m’attiraient pas. J’avais pourtant adoré la série True detectives dont No body s’inspire fortement, cette ambiance hyper-réaliste d’une Amérique post-rêve américain, sans vernis hollywoodien, une Amérique des bas-fonds, des familles détruites, des drogues et des névroses profondes, l’Amérique dépressive des films de boxe pluvieux et des guerres contre la drogue sans règles (comme le film Sicario)… Un pote me les a fourgué dans les mains en me disant « tu va voir… ». Et il avait raison! No Body est une très excellente série, qui contrairement à ce que laisse entendre sa numérotation se termine en 4 volumes. Quels sont les projets de l’auteur pour d’autres saisons, je n’en sais rien pour l’instant…

Résultat de recherche d'images pour "de metter no body"Je vais commencer cette chronique par le trait de De Metter: une sorte de crayonné poussé, rehaussé de peintures et crayons de couleurs qui donnent une texture assez artistique qui peut faire étrange sur une histoire policière hyper-réaliste. Derrière ce vernis un peu crado se cache un trait très maîtrisé, que ce soit dans les expressions des personnages ou dans les mouvements des corps. Ainsi ses planches sont assez colorées mais imprécises, ce qui renforce systématiquement les personnages. Pas très fan au début, je m’y suis fait et constate une étonnante évolution sur le quatrième tome de la série avec un gros saut qualitatif, plus classique mais que je préfère. On aimera ou pas le style graphique de Christian De Metter mais force est de reconnaître que sa démarche est originale et que le bonhomme sait tenir un crayon!

Mais la grande qualité de No Body est bien sa construction scénaristique basée sur une technique éprouvée: le récit d’un ancien super-flic qui va nous raconter ce qui l’a amené au crime dont il s’accuse lui-même. Technique toute cinématographique, permettant des aller-retour chronologiques entre le récit (le temps présent) et les récits, à différentes époques. Bien entendu tout ce récit est maîtrisé par le narrateur, avec quelques questions de la psychiatre permettant au lecteur de prendre le recul. Grace au graphisme et au rythme on est happé dans cette histoire violente de l’Amérique des années 60: le Vietnam, la contestation étudiante, les gangs de Bikers, Kennedy et les programmes noirs du FBI… cette époque est fascinante et l’ouvrage est relativement documenté bien que romancé. L’histoire de ce flic malgré lui sera celle d’un système sécuritaire sans limite faisant face à des criminels sans limite. Cela convient à notre homme, boxeur traumatisé par la disparition de son frangin au Vietnam et traversant son époque comme un fantôme, bras armé de l’Etat subissant tous les coups de ses opérations clandestines qu’il parcoure comme Dante les cercles de l’Enfer, citation assumée par le scénario et très bien utilisée.

https://chezmo.files.wordpress.com/2017/04/nobody0203.jpg?w=340&h=467L’histoire est dure. Pour le héros d’abord. Homme solide souhaitant simplement l’amour, la police lui tombera dessus et le liera pour toujours au destin des plus sombres criminels du pays. Sans états d’âme il la verra, son âme, s’assombrir sans que l’on ne sache jamais s’il est devenu insensible ou si la conséquence de ses actes et des dégâts collatéraux aura une incidence sur ses actes. Le personnage semble maudit, voyant mourir tout ce qu’il aime, tout ce qui l’entoure hormis les monstres, ses commanditaires ou les criminels. Il se justifiera en éliminant des ordures sans foi ni loi. Mais reste t-on indemne en vivant uniquement dans les bas-fonds à côtoyer le mal?

Formidable voyage dans une Amérique bien sombre autant que dans les tréfonds de l’âme humaine, histoire assez nihiliste d’un roc au cœur tendre, No Body parvient à atteindre le très difficile équilibre entre le ludique (le policier), le réflexif (l’Histoire), le symbolique (Dante) et le drame humain.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

BD·Documentaire

La petite bdthèque des savoirs #7

Le Docu du Week-End
Le nouvel Hollywood
BD de Jean-Baptiste Thoret et Brüno
Le Lombard (2016), 98 p., La petite bdthèque des savoirs #7

couv_279621Dans mes prospections sur la BD documentaire j’avais repéré cette collection encyclopédique format BD au Lombard. Du coup je commence la collection par le volume 7 dessiné par Brüno, sur le Nouvel Hollywood.

La collection Bdthèque des savoirs a commencé en 2016 et sort quatre numéros par trimestre, en associant un spécialiste reconnu d’un sujet et un illustrateur de BD, avec pour ambition de ne pas se limiter sur les sujets. Des illustrateurs comme Brüno, Alfred, Guerineau ou Marion Montaigne ont déjà publié dans cette collection qui leur permet de sortir de la rigueur des cases de BD pour illustrer une thématique.

Résultat de recherche d'images pour "le nouvel hollywood brüno"Le numéro sur le Nouvel Hollywood est écrit par Jean-Baptiste Thoret, spécialiste du cinéma américain tendance « Inrockuptible ». Sa connaissance semble sans fin tant l’album raconte dans les plus grands détails cette période passionnante de Hollywood, entre la fin du classicisme et l’émergence de la Réaction reaganienne à l’arrivée des années 80. On y parle de films connus: Easy Rider, considéré comme le film qui lança cette tendance des golden-boys d’Hollywood souhaitant importer la Nouvelle vague française dans l’industrie des studios américains. Les Copolla, Scorsese, Friedkin, Peckinpah, Terrence Malick,… bref, ceux qui sont considérés aujourd’hui comme les monstres sacrés du cinéma américain mais qui ont connu pour la plupart des heures bien difficiles après cette poignée d’années de succès et de révolution culturelle.

Résultat de recherche d'images pour "le nouvel hollywood brüno"L’intérêt de ce récit est qu’il nous montre en quoi le cinéma a transposé des évolutions sociétales américaines sur les écrans, en concomitance avec le mouvement des droits civiques et le Flower Power. Ces réalisateurs ont été ensuite rejetés car ils ont cherché à briser le vernis du mythe américain en narrant les histoires de ratés, de déviants, celles du vrai peuple et non seulement des seigneurs et importants. Certains films ont été censurés et certains réalisateurs du Nouvel Hollywood ont totalement disparu par la suite. On découvre alors que pour Thoret celui qui a mis fin (malgré lui) à cet espoir c’est Georges Lucas (qui a pourtant imaginé sa production galactique hors des studios et donc bien dans l’esprit du Nouvel Hollywood): en produisant un succès mondial via une histoire archétypale, mythologique et manichéenne, en inventant le merchandising et la promo TV, il a remis toutes les clés dans les mains des producteurs…

Image associéeLa mise en image de Brüno est efficace et s’appuie sur l’imagerie contrastée des affiches des films des années 70-80. Je ne suis pas fan de son trait en général mais il faut reconnaître qu’ici ses planches sont très évocatrices. Sa documentation sur les photos et promo des films de l’époque est très importante et vaut pour l’aspect documentaire. Contrairement à des albums d’enquête ou de reportage (type Davodeau), je suis néanmoins dubitatif sur ce qu’apporte le dessin dans des bouquins de ce type. Une iconographie classique dans un livre encyclopédique aurait proposé des affiches et photos de films. Ici ces dernières sont désignées par la pattes de l’illustrateur mais a moins d’être fan de l’auteur cela ne donne pas franchement de valeur ajoutée. Il faudrait voir sur d’autres numéros de la Bdthèque des savoirs si la remarque vaut toujours…

Le projet est néanmoins très intéressant pour qui aime le dessin et la BD et personnellement je soutiens toujours les démarches qui aident à élargir le public BD via des ouvrages de ce type. Je conseille en outre vivement le bouquin à tout amateur de cinéma et d’histoire du cinéma, tant on y apprend de choses dans un récit parfaitement équilibré.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

Résultat de recherche d'images pour "bonnie and clyde affiches"Résultat de recherche d'images pour "french connection affiches"

Image associée

Comics·East & West·Numérique·Service Presse

Shadowman

esat-west

Comic de Justin Jordan, Patrick Zircher, Peter Milligan, Roberto de la Torre, …
Bliss comics (2018) – Valiant (2012), 608 p.

couvs_shadowman_rv-1-600x922

Shadowman est une étrange série qui demande de la patience… que remplit parfaitement l’intégrale proposée par Bliss, l’éditeur des comics Valant! Ce très gros volume est très bien mis en page (quelques coquilles néanmoins), notamment sur le plan graphique avec l’ensemble des couvertures originales des épisodes (j’adore celles de Johnson, dont l’illustration choisie pour la couverture de l’intégrale) et une véritable orgie d’illustrations (couvertures alternatives et planches n&b). Malgré une page d’aide de lecture pour raccrocher la suite des aventures du Shadowman dans les autres séries Valiant, on aurait aimé un peu plus d’éditorial comme une introduction à l univers du personnage et à son histoire éditoriale. A noter que la dernière page laisse entendre un reboot en 2019… La série Shadowman est parue en 1992 et a été relancée en 2012 avec six volumes présents dans cette intégrale.

Résultat de recherche d'images pour

Jack Boniface est un cajun de la Nouvelle-Orléans, orphelin placé en centre d’accueil et ayant appris à se débrouiller seul. Mais il est aussi l’héritier des Shadowman, généalogie de porteurs de l’esprit vaudou (Loa) « ombre » qui combattent les créatures des ténèbres. Son père, le dernier porteur, à été tué dans son combat avec le très puissant maîtres des arts obscures Darque. Happé malgré lui dans un monde de magie, d’ombres et d’esprits, il apprendra la guerre occulte que se livres des groupes humains, la réalité des liens entre monde des morts et celui de ses vivants… mais surtout il apprendra à retrouver un passé enfoui est une relation complexe entre amour et mort…

Reprenant des éléments de Batman dans un univers vaudou complexe, Shadowman apporte une vraie originalité dans la relation que le porteur du Loa Jack Boniface assume avec cet esprit violent qui en fait le fléau des esprits maléfiques …mais aussi de ses contemporains! La part d’ombre et la violence intrinsèque du héros le rapprochent du Bruce Wayne tourmenté chassant ses chimères.

Résultat de recherche d'images pour

La première partie qui entre en matière très rapidement introduit le porteur de Shadowman et son ascendance ainsi que le grand méchant Darque, une des grandes forces du comics! L’intrigue est très classique mais permet d’introduire les différents personnages et l’univers magique de la série.

Puis un second arc voit Darque tenter une bonne fois pour toute de rompre la barrière entre les mondes. Le fait de laisser son rôle très mystérieux en regard de sa puissance qui rend le Shadowman relativement dérisoire, apporte une tension inattendue. Si les pages se déroulant dans le monde réel sont très correctes graphiquement, celles situées dans l’autre monde sont remarquable, la technique utilisée instaurant une atmosphère voilée et sombre très originale et bien vues.

Résultat de recherche d'images pour

L’intégrale nous propose ensuite de découvrir l’origine de Darque. Cette partie arrive a point nommé pour réactiver la connaissance de cet univers. L’un des meilleurs moments de l’intégrale.

Les épisodes suivants sont très anecdotiques, histoires courtes du Shadowman de couplées de l’intrigue principale, avec des dessins très inégaux. C’est un peu le principe d’une intégrale que d’avoir l’ensemble des histoires qu’elle que soit sa qualité.

Le gros arc s’oriente sur un Jack Boniface luttant avec son Loa, esprit qui le hanté et le rend violent… on continue à avoir une explication progressive de l’univers de Shadowman. C’est appuyé par des dessins remarquables de Roberto De la Torre qui avait introduit les séquences du monde des morts sur le premier arc.

Si le destin de maître Darque et de Dox sont très surprenants, ils prennent cohérence une fois toute la série achevée. Commençant en série d’action avec des dessins chouettes mais assez classiques notamment sur la colorisation, Shadowman évolue dans sa seconde de partie vers un drame plus intimiste, liant l’histoire tragique de Jack avec la malédiction familiale appuyée par un graphisme plus adulte, plus complexe et une chute à la fois inéluctable, tragique et permettant une prolongation passionnante.

Résultat de recherche d'images pour
Cette intégrale paraîtrait au final presque comme une introduction à une large saga qui ne ferait que commencer. Quel plaisir en tout cas de voir une BD de super-héros ( mais en est-ce une?) aussi mâture et assumant des choix scénaristiques risqués.

Bliss vient de sortir le crossover ninjak/shadowman Rapture, qui devrait prolonger le récit. Après des hauts et des bas pendant la lecture, dus notamment aux nombreux changements de dessinateurs, à l’entrée en matière assez abrupte et aux quelques épisodes dispensables en milieu de volume, cette intégrale, outre le fait d’être un beau bouquin, est au final une très belle expérience, une belle découverte graphique et une immersion dans un univers fascinant que l’on n’a que très rarement l’occasion de voir en BD. Du coup j’attends avec impatience de lire ce qu’il adviendra de Jack Boniface…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

Et la critique vidéo de Sweepincomics.

East & West·Manga·Rapidos·Service Presse

Sanctum

esat-westMagna de Boichi et Masao Yajima
Glénat (2012), série finie (5 volumes).

Lu en numérique grâce à Iznéo.

150597_cJ’ai découvert Boichi avec Sun-Ken Rock puis Wallman, et chacune des traduction de ses publications (tout récemment Dr. Stone) donne lieu à un gros engouement. Il faut dire que le coréen possède un style graphique très alléchant et puissant.

Sanctum, série courte, propose une immersion dans le monde de l’ésotérisme eschatologique chrétien et toute l’iconographie fantastique que cette mythologie recouvre: conspiration de sectes occultes dans un contexte d’arrivée de la Fin des Temps… Le cadre est classique chez Boichi: une jeune japonaise voit sa famille mourir devant ses yeux et se retrouve liée avec un démon (aux courbes loin d’être démoniaques…) par un pacte. Ce premier volume à la progression complexe (plusieurs sauts dans le temps entre le récit directe et des récits secondaires de certains personnages) est plus dans la comédie familiale naïve typique de Boichi que dans le fantastique. Pourtant l’on a déjà quelques fulgurances visuelles de l’auteur et l’environnement général est en place en attendant de comprendre quel va être le rôle de l’héroïne: un trio d’amis (le blond voué au célibat, le brun marrant, la fille orpheline), une société multinationale impliquée dans l’armement, un démon qui fait commettre des crimes à des hommes faibles, une organisation secrète liée au Vatican et une secte organisant des orgies mystiques…

Ce volume est donc une mise en place mais suffisamment accrocheuse visuellement et thématiquement pour donner envie de lire la suite, surtout que l’on ne part pas pour une série fleuve. Pour ceux qui ne connaissent pas Boichi ça peut être une bonne porte d’entrée: des personnages caricaturaux, un humour visuel appuyé en même temps que des séquences très réalistes et belles, un peu de baston et quelques courbes féminines. L’album est en outre agrémenté de quelques pages finales expliquant quelques termes « techniques » autour de l’Ancien Testament et les éléments mystiques autour des prophéties millénaristes.