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Saint-Elme #1-2

La BD!
BD de Serge Lehman et Frederik Peeters
Delcourt (2021), 78p./album., série en cours 2 vol. parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Dans la petite ville lacustre de Saint-Elme règne le clan Sax, puissants industriels qui dirigent l’usine d’eau minérale qui fait vivre la population. Mais pas que… Le détective Franck Sangaré est missionné pour retrouver un fils à papa fugueur avant de découvrir que la pègre qui rode dans les bas-fonds de la ville n’est pas totalement étrangère à la famille Sax. Dans cet endroit hors du temps où les éléments semblent se comporter étrangement un voile obscure recouvre les apparences…

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2021/10/Saint-Elme-2.jpgSans vouloir revenir sur un sujet abordé maintes fois ici on pourra dire qu’avec la nouvelle série de Lehman et Peeters, Delcourt n’a pas misé sur le commercial, avec des couvertures à la ligne graphique certes cohérente, que d’aucune qualifieront de gonflées et que je rapprocherais plutôt du suicidaire. Reconnaissons que l’Homme gribouillé (que je n’ai malheureusement pas encore lu) ne proposait pas non plus de couverture vendeuse ce qui ne lui a pas empêché d’être un carton. Espérons que les seules réputations des deux auteurs suffira à ne pas dissuader les lecteurs.

Car on peut dire qu’en matière de maîtrise graphique comme scénaristique on est dans le top niveau. Si vous parvenez à dépasser la couverture et la colorisation totalement criardes vous voilà plongés Saint-Elme T. 1 : La Vache brûlée - Par Serge Lehman et Frederik (...) -  ActuaBDdans une sorte de Twin peaks dans cette bourgade suissomorphe où la pluie est prévisible à la seconde près, où les grenouilles pleuvent et où les vaches s’enflamment. L’aspect étrange est omniprésent dans cette série qui démarre sans que l’irruption fantastique ne soit déclarée. On parlera plutôt d’une physique parallèle qui participe à une atmosphère opaque, poisseuse et incertaine, comme tout bon polar.

Le personnage du détective Sangaré, caché derrière ses lunettes de soleil vintage, est fort réussi, accompagné d’une madame Dombre qui semble sortie des Contes de la pieuvre. S’ouvrant sur une réunion de truands qui tourne mal, Saint-Elme lance son héros dans cet univers maîtrisé par une famille dysfonctionnelle aux personnages très jouissifs. si l’action est tout à BD] Saint-Elme, tome 1 : la nouvelle claque de Serge Lehman et Frederik  Peeters (Delcourt)fait présente et réussie, c’est bien la galerie d’affreux allant du débile fini à l’homme de main bas du front en passant par le psychopathe de service, qui rendent la lecture très addictive. Comme toute bonne histoire ce sont les interactions qui font la sève d’un récit, a fortiori dans un polar archi-balisé où l’on retrouve tout un tas de marqueurs connus.

Je reviens un moment sur les dessins, bien entendu incroyables de Frederik Peeters. J’ai déjà parlé récemment de sa technique et de son inspiration incroyables malgré son insistance à croquer des sales gueules et une simplification du trait. Si elle instaure bien sur une part de cette ambiance crasseuse type néon glauque de bar underground j’ai trouvé que la colorisation en aplats affadissait des planches pourtant magnifiques. C’est un parti-pris osé que j’estime contre-productif et c’est vraiment dommage.Tumblr media

Hormis cela Saint-Elme est une superbe plongée vaguement surréaliste dans un polar montagnard et provincial qui ne fait pas dans la dentelle (âmes sensibles s’abstenir). Perso j’adore les personnages déglingués. On peut dire qu’ici on en regorge et que les héros vont passer un mauvais quart d’heure…

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Gannibal #5-6

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Manga de Ninomiya Masaaki
Meian (2021) , 192p./volume, volume 7/13.

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Merci aux éditions Meian pour leur confiance!

Laissé au cœur du domaine Goto et en très mauvaise posture, Daigo est sauvé in extrémis et découvre que la police départementale est beaucoup plus impliquée qu’il ne l’avait cru dans l’affaire Goto. Bien décidé à aller au bout de sa démarche pour sauver les enfants, il se lance dans le plongée dans l’antre de ces supposés cannibales alors que nous sont révélées les racines familiales…

gannibal_6_meianOn continue l’odyssée en apnée permanente dans ce thriller toujours impressionnant d’efficacité dans son montage désormais connu mais si percutant. Le fait de savoir que la série est désormais achevée et que l’on est déjà à la moitié permet d’accepter ces aller-retour sur la structure des séries TV où l’on croit à chaque album arriver au dénouement ultime avant qu’un twist ne nous renvoie à nos pénates pour savoir ce que font vraiment les GOTO dans leur domaine et si le héros va enfin parvenir à stopper ces horreurs…

Le volume cinq approfondit pas mal la source du Mal en nous révélant des informations sur la mère de l’enfant au visage dévoré (l’informateur majeur des précédents tomes), mais aussi sur Keisuke qui se confirme comme un élément perturbateur dans le code familial du clan. En élargissant le contexte à la police départementale on monde d’un cran dans l’échelle de l’intrigue mais l’on perd aussi la peur de la cellule familiale isolée au milieu des fous, qui fonctionnait à merveille au début. Ce n’est pas grave car si Daigo se retrouve un peu en retrait, ces volumes paraissent comme une densification tant attendue autour de la figure démoniaque de Gin Goto, la vieille peau à l’influence de gourou qui régissait aux destinée du clan.

Ainsi le volume six voir une nouvelle confrontation avec Lui… bien évidemment aussitôt aperçu, aussitôt disparu. Ninomiya Masaaki contrôle toujours précisément ses révélations et ses secrets enchevêtrés. Maintenant que le rôle de Gin et de Keisuke sont dévoilés et que les tensions inhérentes au clan apparaissent, on garde le gros morceau pour la fin, bien dérangeant et bien flippant bien sur… Certains relèveront l’abus de ce montage en saccades. Pourtant cela devient familier et l’on n’attend plus vraiment de longues séquences explicatives, habitués à des surgissements d’un autre temps, d’un autre lieu. En revanche on attend le retour du héros et l’on n’ose frémir en croyant difficilement que sa petite famille soit définitivement à l’abri de la menace. Un sentiment de paranoïa tout à fait approprié et signe que l’on est résolument pris dans les filets d’un auteur en pleine forme!

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Noir burlesque 1/2

La BD!
BD de Enrico Marini
Dargaud (2021), 96p., 1/2 volumes parus.

Une édition limitée avec couverture alternative et maigre cahier graphique est éditée par les librairies Momie.

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Etats-Unis, années 50. Slick revient du Front après avoir laissé la belle Caprice. Dans ce monde où tout est possible la rouquine ambitionne de devenir star. Slick lui veut récupérer son bien. Entre flics et mafieux, il se fond dans les ombres des ruelles humides, bien déterminé à se glisser entre les hommes de mains du puissant Rex…

Noir Burlesque - Tome 1 - Noir burlesque - Enrico Marini, Enrico Marini -  cartonné - Achat Livre ou ebook | fnacJe ne sais plus depuis quand Enrico Marini a commencé à communiquer sur son projet de roman noir, au moins depuis fin 2019. Très doué en teasing, il a su allécher les lecteurs qui piaffaient d’impatience pour découvrir ce qu’allait donner l’immersion du maître de l’aquarelle dans le schéma hyper stylisé des polars noirs. Son Batman et bien avant cela sa série Rapaces avaient donné le ton de son amour pour l’art-déco et les ambiances sombres.

Au lieu du gros one-shot de cent-cinquante pages annoncé nous aurons droit à deux volumes de quatre-vingt-dix pages, avec une césure qui sied parfaitement au genre hautement cinématographique. Car Noir burlesque sonne avant tout comme un magnifique hommage au cinéma d’époque, fait de nabots teigneux, de magnats du crime en peignoirs de soie, de femmes fatales et de héros taciturnes et vaguement misogyne. Les personnages de Marini l’ont toujours été, des héros à l’ancienne qui se soucient peu du féminisme et de #meeto. Espérons qu’il ne s’attire jamais les foudres d’Internet… Personnellement j’aime quand des auteurs assument des registres parfois datés, que ce soit dans le kitsch ou dans la réalité d’une époque, sans tordre des marqueurs inhérents au genre.

Sortie BD : Noir Burlesque, Marini nous la joue polar sexyL’intrigue importe peu. Une histoire de vengeance, de passé trouble et d’amour malsain entre ce héros qui ne sait pas être raisonnable et cette femme sublime qui ne sait choisir entre la sécurité matérielle de son puissant mari et l’amour (vrai?) pour Slick. On connait le schéma et c’est le cadre qui importe. Et en la matière on peut dire que le pari est hautement réussi tant on plonge avec langueur et plaisir dans ce monde nocturne au son du jazz et des cabarets brillants. Le plaisir à décrire une époque élégante transpire des pages au papier épais. Les lavis font ressortir évidemment des touches de rouge qui ponctuent l’ensemble et l’artiste fait un effort pour ne pas déballer trop facilement ses gueules recyclées dans la plupart de ses albums. Le projet tient au bonhomme et on ne peut que constater l’amour du travail bien fait.

Alors oui on pourra tiquer sur des dialogues parfois maladroits, lourdaud qui ne font pourtant pas tache dans l’atmosphère de sales gueules et de brutasses. Au final, si le projet ne vise pas à nous bluffer par une intrigue retorse (Marini n’est pas scénariste), sa maîtrise cinématographique, la qualité de ses peintures et le style bien connu de l’italien nous offrent le plaisir simple attendu. Les exigeants et les haters se feront un plaisir de balancer le bel objet. Les amateurs de Marini et de belles BD d’ambiance plongeront avec plaisir dans cette première partie pas surprenante mais envoutante.

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****·BD·Nouveau !

Sangoma, les damnés de Cape Town

La BD!
BD de Caryl Ferey et Corentin Rouge
Glénat (2021), 144p., one-shot.

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L’Apartheid est de l’histoire ancienne… pourtant si proche avec une mémoire encore vive des sud-africains et des tensions politiques entre blancs et noirs qui n’attendent qu’une étincelle pour remettre le feu à la Nation arc-en-ciel. C’est dans ce brasier que l’inspecteur Shepperd, aventurier au sang chaud recherche le meurtrier d’un ouvrier agricole noir…

J’ai découvert le dessinateur Corentin Rouge sur Rio et ai immédiatement été subjugué par la force de son trait, la véracité de ses visages, la précision de ses décors. Comme ses comparses des art décoratifs sa technique mérite les louanges et nous plonge instantanément dans une vérité documentaire digne d’un film. Ca tombe bien, le romancier de polars Caryl Ferey aime comme son collègue les pays du Sud sortis du tiers-monde mais encore touchés par la violence, la pauvreté et un passé rude, avec un style cinématographique qui a poussé Jerome Salle à adapter un de ses romans, Zulu, au cinéma. Sangoma est donc bel et bien un films sur papier, de ce que la BD à de plus proche avec le septième Art.

Sangoma - BD, informations, cotesDès les premières pages on nous plonge dans une chasse au nègre et le fouet qui va avec, histoire de nous maintenir à l’esprit que la fin de l’Apartheid est encore toute fraiche. Le décors navigue entre ces immenses fermes agricoles où le nouveau système égalitaire, comme aux Etats-Unis après l’abolition de l’esclavage, n’a changé que le statut légal des noirs mais aucunement leur condition de vie, soumis au diktat d’employeur des propriétaires blancs. Très vite des séquences à l’Assemblée Nationale nous indiquent que malgré le storytelling de la réconciliation impulsée par Mandela, la possibilité de vivre ensemble reste très compliquée tant nombre de blancs restent revanchards et que les partis noirs radicaux refusent tout nouveau compromis et exigent des restitutions historiques…

Arrive alors dans ce foutoir un des personnages de BD les plus réussis de ces dernières années! Le lieutenant Shane Shepperd est un chaud lapin, un franc-tireur libre comme l’air qui a eu la mauvaise idée de coucher avec la fille du président (noir) du Parlement, elle-même maîtresse du chef du parti Afrikaner… Un joyeux bordel qui semble plus amuser ce cow-boy par ailleurs très compétent qui n’hésite pas à foncer au volant de sa Ford Mustang au cœur de l’enfer, les bidonville du Cape où les balles pleuvent aussi vite que dans les favelas de Rio. Sacré personnage disais-je qui prend vie sous les pinceaux diaboliques de Corentin Rouge et qui donnent envie une fois l’album refermé de poursuivre l’aventure sur toute une série. Espérons que les auteurs seront conscients de la qualité de leur personnage pour donner des petites sœurs à cet album pour le moment prévu comme un one-shot.

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH880/sangoma_ville-e2b81.png?1629131856La complexité de la politique sud-africaine n’a rien à envier à celle de la société patchwork faite de mélange inévitable entre les membres de ces groupes que tout devait séparer. Ferey n’est pas naïf en nous montrant nombre de noirs ignares, soit gangsters, soit suiveurs abêtis des sorciers locaux. Le réalisme de ce contexte est marquants et parle autant que les odeurs et poussières que l’on croit ressentir en parcourant les planches. Maîtrisant à la perfection les techniques du récit polar, le scénariste nous embarque dans un format idéal où le dévoilement d’une enquête plus sociale que criminelle (néo-polar oblige) alterne les narrations, les flashback et les grosses séquences d’action dignes d’un grand film policier.

Huilé comme une grosse cylindrée, techniquement parfait, ce gros album allie l’intelligence d’un contexte riche, complexe et l’originalité d’un pays dont on parle finalement peu. Et une excellente occasion de découvrir le travail du fils prodigue Corentin Rouge encore trop peu connu au regard de son talent…

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Un assassin à New-York

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Manga de Jinpachi Mori et Jiro Taniguchi
Pika (2021) – (1995), 209p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance!

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Benkei est un peintre japonais installé à New-york. Il est aussi « vengeur », un assassin qui élimine les personnes coupables d’atrocités. Expert dans son art, il n’en a pas moins une vie personnelle qu’il tente de protéger des dangers de la pègre autour de laquelle il gravite…

Un assassin à New York, manga chez Pika de Môri, TaniguchiQuelle surprise de voir Pika graphic (le label one-shot d’auteurs des éditions Pika) annoncer un Taniguchi sur un polar des années quatre-vingt-dix! Pour ceux qui ne connaissent pas, Jiro Taniguchi est un des mangaka les plus célèbres en France, édité chez Casterman dès la première vague des manga en France en même temps qu’Akira, Dragonball et Tonkam. C’est pourtant dans les années deux-mille qu’il atteint la notoriété littéraire avec Quartier lointain et le Sommet des dieux (tout juste adapté en film d’animation par des… français) qui parviennent à intéresser la presse classique à des manga qui correspondent aux codes de la BD « sérieuse » et à faire admettre tout le genre comme de la BD à part entière. Cela car après des mangas tout à fait dans les codes, l’auteur francophile (alors peu populaire chez lui) migre vers un style épuré, contemplatif et très proche de la BD franco-belge, si bien que la plupart de ses œuvres sont éditées en France dans le sens de lecture européen sans que cela ne pose de problème. L’auteur est malheureusement décédé à à l’aube de ses soixante-dix ans en 2017.

Benkei in New York 6 Page 15 - a hard boiled story by Taniguchi | New york,  York, CartoonOn retrouve ainsi dans cet assassin à NY une patte tout à fait 90’s, un style graphique très précis notamment dans les décors et les séquences d’actions redoutables d’efficacité et qui démontrent combien Taniguchi était un grand technicien. La distorsion entre la bonhommie non feinte du tueur et son efficacité imparable fonctionne parfaitement. On entre progressivement dans son intimité, sautant d’affaire en affaire. C’est là le principal problème de ce très bel album, sa narration entrecoupée qui malgré un réel fil rouge, nous donne le sentiment d’assister à des séquences isolées. Il manque un certain liant entre ces histoires qui voient le héros tenter de protéger sa compagne gogo danseuse et prostituée à ses heures et naviguer entre sa peinture et ses assassinats. On ne voit pas bien où le scénariste veut en venir, dans une atmosphère toute orientale sans vraiment de linéarité.

Au final cet ouvrage vaut pour son caractère patrimonial et rate le statut d’incontournable que l’on aurait attendu au regard de son sujet (on aime toujours ces portraits de tueurs solitaires redresseurs de torts!). Les amoureux de Taniguchi y trouveront leur compte et les dévoreurs de manga une pause originale dans le monde des tueurs nocturnes.

Retrouvez aussi l’avis de l’apprenti Otaku.

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Autopsie d’un imposteur

La BD!
BD de Vincent Zabus et Thomas Campi
Delcourt (2021), 88p., One-shot.

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bsic journalism Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Louis Dansart est un jeune étudiant en droit dans le Bruxelles des années cinquante. Il est surtout issu de classes populaires et cette origine lui colle à la peau comme une tâche indélébile qui semble braquer tous les regards de la bourgeoisie bruxelloise à laquelle il aspire de se hisser. Il lui faudra bientôt faire un choix entre sa morale personnelle et son besoin de reconnaissance…

J’ai découvert le duo Campi/Zabus sur le très joli documentaire Les larmes du seigneur afghan, paru il y a quelques années chez Air Libre puis sur l’excellent biopic sur le créateur de Superman. Cette fois nous partons sur une pure fiction qui s’inscrit dans un rétro semi nostalgique semi critique des auteurs belges sur la capitale du royaume au sortir de la Guerre (je pense notamment à La bête ou au spin-off sur Blake & Mortier). S’ils sont tout à fait légitimes pour aborder le passé de leur pays, cet environnement m’a personnellement laissé un peu hors du récit. Le contexte n’est pas le seul intérêt de cet album bien sur mais comme un genre à part entière il donne la couleur recherchée dont l’intrigue et la construction ne sont que le fil de fer.

Si l’aspect un peu glauque de ce jeune homme contraint à se prostituer ne m’a pas passionné, la critique de la société bourgeoise corsetée dans les apparences fait mouche en revanche. Comme toute critique sociale cette autopsie d’un imposteur met mal à l’aise avec un destin qu’on imagine difficilement finir positivement. Peut-être trop court pour vraiment dépasser la satire semi-allégorique, l’album nous empêche de nous intéresser sérieusement au destin de cet étudiant. C’est dommage car l’aspect graphique comme la construction proposent de belles idées, comme ce jeu sur les masques et surtout ce dialogue entre le héros et le narrateur. Dès le prologue on voit ainsi le personnage de Louis se confronter à ce discours lui traçant un destin. Outre l’aspect ludique, on ressent alors cette rage de ne pas se laisser soumettre à un destin qui se confirmera dans les actes de Louis. La galerie de personnages est aussi assez intéressante avec ce maître chanteur dont on ne saura jamais s’il est réel ou produit des délires du personnage.

Construit comme un cauchemar absurde (avec notamment une absence de temporalité qui nous perd volontairement dans les perceptions de Dansart) l’album atteint son but et se laisse lire avec plaisir… pour peu que l’on accepte cette plongée plutôt pessimiste dans l’itinéraire d’une jeunesse incapable de s’en sortir par elle-même sans se salir au passage.

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Le Dernier Atlas #3

La BD!

Dernier tome de 254 pages de la série écrite par Fabien Vehlmann, Gwen De Bonneval et dessinée/designée par Hervé Tanquerelle, Fred Blanchard, et Laurence Croix. Parution le 03/09/21 aux éditions Dupuis.

Le poids du monde sur les épaules

Coup de coeur! (1)
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Ismaël Tayeb, truand nantais dont l’ingéniosité et le charisme lui avaient permis de grimper les échelons du banditisme, a eu une révélation lors d’une mission en apparence peu commune. Chargé par le dangereux Legoff de récupérer la pile nucléaire contenue dans la carcasse du Georges Sand, le dernier des robots Atlas aujourd’hui tombés en désuétude, il a entrevu une catastrophe à même d’entraîner la chute de l’Humanité.

Cette catastrophe prit la forme d’un être étrange et d’origine inconnue, ayant la faculté d’altérer son environnement , de causer des tremblements de terre, des ondes électromagnétiques ainsi que des retombées radioactives, sans parler des altérations génétiques chez des nouveau-nés.

Pour Ismaël, la vision qu’il a eue, alors qu’il se tenait au bord du gouffre qui vit émerger la créature, était on ne peut plus claire. Le destin du dernier Atlas n’était pas de satisfaire les lubies d’un baron du crime, mais de servir une dernière fois pour stopper cette menace, surnommée l’UMO. Tayeb s’est donc entouré d’une équipe, constituée d’anciens pilotes d’Atlas et d’ingénieures indiennes, afin de remettre le mécha sur pied pour la grande bataille, toujours surveillé par Legoff.

Pendant ce temps, Françoise Halfort, reporter d’investigations, assiste aux perturbations provoquées par l’UMO, et en fait même personnellement les frais. Malgré une ménopause intervenue des années auparavant, Françoise tombe enceinte, d’une enfant qui se révélera très particulière. Alors qu’elle fuit le gouvernement français qui souhaite mettre la main sur sa fille Françoise va croiser la route de David et Hamid, alliés d’Ismaël, qui cherchent à échapper à Legoff et à ses hommes.

Après moult péripéties, le Georges Sand et son équipage feront face à l’UMO en Algérie. La créature, profondément inhumaine et insondable, ne montrera pas de réel signe d’hostilité lors de cette première confrontation et finira même par disparaître assez rapidement, au grand désarroi de l’équipage, qui entre temps s’est déchiré, littéralement, sur la meilleure stratégie à adopter.

Heal the world

Alors que le monde sombre peu à peu dans le chaos, l’UMO surprend tout le monde en réapparaissant, en France cette fois. Mue par une force invisible, la créature/structure mobile se déplace, attirée semble-t-il par la fille de Françoise Halfort, laissant dans son sillage radiations et perturbation telluriques en tous genres. Le dernier Atlas doit donc se préparer pour un second round. Mais Tayeb, lui, doit manœuvrer pour se soustraire au courroux de Legoff, qui n’en a pas fini avec celui qu’il considérait déjà comme son protégé, sinon son successeur.

En effet, vexé d’avoir été doublé par Tayeb, Legoff retient en otage son père ainsi que son épouse, contraignant le gangster algéro-nantais à jouer à un jeu de dupes.

Après quinze longs mois d’attente, voici la conclusion du récit-fleuve mêlant habilement polar, SF et intrigues politiques. Sur fond d’uchronie, les auteurs nous plongent dans un récit haletant et addictif, dont les enjeux augmentent progressivement au fil des chapitres qui le ponctuent. Cet aspect feuilletonesque permet un développement sans faute des nombreux personnages, dont les destins se croisent de sorte à former une toile cohérente et dense.

La conclusion du récit, vient apporter des éléments de réponse obtenus assez logiquement dans sa diégèse sans alourdir le propos. On regrette simplement que Tayeb, désigné assez naturellement comme le protagoniste, ne soit toutefois pas celui qui mette un terme au règne de Legoff. La dernière séquence, cependant, rattrape cette impression en nous offrant un final digne du Parrain, rien que ça.

Ce dernier volume reste donc dans la lignée des deux précédents, et son contenu a de quoi le faire entrer dans le panthéon de la franco-belge de ces dernières années.

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Bleed them dry – Harley Quinn: Black+white+red

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Salut la compagnie! Aujourd’hui petite fournée de deux nouveautés estivales et très graphiques, venues de chez DC et Vault comics, que je vous propose en mode rapidos.

  • Comic de Eliott Rahal, Dike Ruan et Miguel Muerto (coul.) – Hicomics (2021), 164p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

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Dans le futur, l’humanité vit pacifiquement avec les vampires, dans une cité idéale et technologique. Mais une série de meurtres remet en cause les équilibres lorsqu’il apparaît que malgré leur apparente intégration les vampires ne sont pas que de doux collègues…

Sous les atours d’un polar très classique transposé dans une cité futuriste, Bleed them dry propose une variation Ninja du thème du vampire que l’on connait, sa puissance bestiale, sa manipulation mentale et sa victime déchirée entre ses nouvelles capacités et le deuil de son ancienne vie. Etrange projet qui boucle une intrigue sur seulement six chapitres en nous laissant un peu sur notre faim. Alors que le récent These savage shores du même éditeur parvenait à instiller une nouveauté envoutante dans cette trame éculée, l’habillage techno et les dessins superbes du jeune prodige Dike Ruan, s’ils font passer un bon moment en mode Blockbuster bad-ass ne suffisent pas à nous enthousiasmer réellement dans cette trame qui n’a ni le temps ni l’envie de développer un background. On nous raconte bien l’histoire cachée derrière cette cité idéale et les affrontements comme les dialogues sont tout à fait fun mais lorsque l’on aborde un genre aussi fréquenté que le thème du vampire nocturne il est important de proposer un décalage novateur. C’est sans doute ce qui manque à ce donc fort joli album, qui défouraille et tranche sévère. Un conseil, débranchez vos neurones pour apprécier à plein cette « enquête » qui mord…

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  • Comic collectif – Urban (2021), 240p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance!

couv_428643En 2016 DC comics proposait à une ribambelle d’auteurs de BD de proposer leur vision du chevalier noir en mode court, avec comme seule consigne le noir et blanc. Cette année rebelotte avec la plus foldingue des copines des anti-héroïnes de Gotham qui reprend le même format en lui adjoignant (bien évidemment) le rouge. A noter que l’heure est aux anthologies puisque vient de sortir également un Batman The World qui vise à proposer cette fois le Dark Knight à un panel d’artistes non américains, histoire de montrer l’universalisme du personnage.

Au travers de dix-neuf courtes histoires d’une dizaine de pages chacune, c’est une sacrée brochette de stars (mais aussi de jeunes talents) de l’industrie du comics qui nous permet de découvrir une grande variété de styles. Premier constat qui ne surprendra pas les habitués des BD DC, la quantité d’artistes non américains est conséquente, ce qui ne cesse de nous interroger sur la destinée d’une école graphique américaine qui semble en déshérence (ou peut-être orientée plutot vers l’Indé?). J’ai constaté depuis pas mal de temps combien ces étrangers biberonnés à la culture US élèvent le niveau graphique en apportant une sensibilité nécessaire, et c’est tant mieux. Le second constat c’est que les scénarios sont résolument orientés humour avec un personnage de Harley complètement foldingue, qui aime raconter des histoires en mode petite fille trash. Et c’est souvent très drôle. Pour qui entre dans cet univers, on constate également combien l’ex-copine du Joker (oui-oui c’est déjà fini!) a évolué depuis sa naissance dans la série animée des années quatre-vingt-dix, désormais plus ou moins en couple avec Poison Ivy voir chef d’une équipe de super-héros/super-vilains -on ne sait jamais vraiment avec Harley). Au final cette anthologie navigue entre la vraie découverte dans un format idéal, quelques interventions de stars un peu au forceps (on pense au Stjepan Sejic ou au trop rare Adam Hughes) et le produit d’appel destiné à lancer le très très attendu spin-off de Batman White knight: Harley Quinn. Chaque lecteur y verra son intérêt mais on peut dire que l’offre est généreuse et devrait trouver un public assez large.

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Littérature·Rétro·Un auteur...

Page noire

BD de Frank Giroud, Denis Lapière, Ralph Meyer et Caroline Delabie (coul.)
Futuropolis (2010), 102 p., one-shot.

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Kerry Stevens est une critique littéraire débordant d’ambition, déterminée à bousculer son destin vers la gloire. Pour cela elle est déterminée à dénicher le grand romancier Carson MacNeal, qui vent des millions de volumes mais que personne n’a jamais vu et qui ne donne jamais d’interviews. Loin de là Afia se bat avec sa mémoire torturée, traumatisée par son passé et tombée dans la spirale de la drogue et la prostitution… Rien ne relie ces deux personnes. Leur itinéraire va pourtant converger vers ce Carson MacNeal qui semble aimanter bien des intérêts…

Amazon.fr - Page Noire - Frank Giroud, Denis Lapierre, Caroline Delabie,  Ralph Meyer - LivresAvant Undertaker (la série qui l’a consacré et dont le dernier volume vient de sortir –  chronique la semaine prochaine ) et après Berceuse assassine (celle qui l’a révélé, avec le défunt Tome, scénariste mythique des meilleurs Spirou!), Ralph Meyer avait réalisé cet étonnant polar entièrement construit dans une mise en abyme vertigineuse entre récit et fiction, auteur et création… Meyer n’est pas encore une star mais participe déjà à de gros projets, notamment le premier XIII mystery où il rencontre Dorison, son futur scénariste sur Asgard et Undertaker donc.

Alternant deux récits qui vont progressivement converger, Meyer et sa coloriste attitrée Caroline Delabie proposent deux univers graphiques tranchés: le premier encré dans le style habituel du dessinateur et colorisé en palette bleutée, le second en couleur directe, peu encré et habillé de rouge-rosé… avant de converger dans un croisement très discret et révélateur, entre ces deux styles. Etonnant! Joignant le graphisme à l’écriture sophistiquée des deux scénaristes chevronnés Lapière et Giroud, les planches nous font ainsi suivre deux jeunes femmes qui ne semblent reliées en rien, l’une aux Etats-Unis, l’autre que l’on imagine en France, l’une mordant la vie avec morgue, l’autre détruite et acceptant difficilement de l’aide. Un peu perdu (moins que chez Urasawa…) mais acceptant de suivre deux récits juxtaposés, on comprend que le fil conducteur est bien l’histoire de la blonde Kerry. Parvenant un peu trop facilement à ses fins, on commence alors à plonger dans le texte lui-même. Dès les premières pages de l’album on nous insère des vues du roman en cours de Carson MacNeal qui nous font progressivement douter de la frontière entre fiction et réalité. Comme au cinéma, tout le plaisir de l’image est de la rendre mensongère, laissant le lecteur se débattre entre ce qui est vrai, ce qui est fictif, la narration principale et la secondaire… On prend alors plaisir à voir s’entrecroiser ces trois personnages en doutant toujours de quel récit s’insère dans quel autre, en rejoignant les effets du polar où l’auteur s’amuse à laisser son lecteur se construire des scénarii. On est ainsi par moment proche de l’atmosphère des Nymphéas noirs où époques et réalité s’enchevêtrent brillamment.

Page noire » par Meyer, Giroud et Lapière | BDZoom.comA ce récit dans le récit les auteurs approfondissent l’immersion en nous faisant pénétrer dans le processus créatif, partiellement autobiographique comme souvent, du romancier. Par les yeux de Kerry on observe l’homme derrière le nom, ce qui inspire, les fulgurances nocturnes et finalement l’interrogation sur l’invention créative en nous posant la question: toute invention n’est-elle pas directement inspirée par l’expérience de son auteur, que ce soit ses lectures, rencontres, sa propre vie? L’expérience est passionnante et personnellement je n’avais jamais lu de BD aussi bien pensée sur le travail d’auteur, sachant allier un vrai polar avec une expression des créateurs sur leur propre travail. Comme je le dis souvent sur ce blog, il est important pour que la BD puisse rester un média artistique, que ses lecteurs se questionnent sur ce qu’ils lisent et ne se contentent pas de consommation simple et infinie. Comme support grand public le neuvième art rejoint les éternels questionnements du cinéma entre art et entertainment consumériste. Des albums comme Page noir, en sachant proposer une vraie histoire littéraire immersive qui joue sur les récits tout en s’interrogeant, associe le ludique et le réflexif. L’alchimie que tout amateur de BD recherche?

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Monsieur Vadim #2: Supplément frites et sulfateuse

La BD!

Second tome du diptyque écrit par Gihef et dessinée par Morgann Tanco. Parution le 18/08/21 chez Grand Angle.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

La vieillesse, ce naufrage

Vadim en a vu de dures pendant toutes ses années de services au sein de la Légion étrangère. Pourtant, ce n’est que récemment que ses conditions de vie se sont dégradées. Le militaire retraité a perdu sa fille, victime de l’emprise d’un proxénète, et son ex-gendre douteux l’empêche de voir son petit-fils Sasha.

Pire encore, son curateur l’a spolié de toutes ses ressources, ce qui a obligé la papi légionnaire à quitter sa maison de retraite de façon impromptue. Soutenu par une jeune assistante sociale naïve et entraveé par les lourdeurs du système administratif, Vadim tente de retomber sur ses pattes, mais finit par attirer l’attention du Belge, un voyou dont l’appétit n’a d’égal que l’ambition, et qui espère détrôner la Trinité, l’organisation criminelle qui a la mainmise sur la Côte d’Azur.

Voici notre vieux briscard qui reprend du service, se réinventant en tueur à gages pour reprendre sa vie en main. Mais tout ne se passe pas comme prévu, d’abord parce que Vadim n’est plus dans sa prime jeunesse, et ensuite car un concours de circonstances fait que Sasha est présent sur les lieux du contrat, ce qui fait perdre ses moyens à l’ancien tireur d’élite.

Papy flingueur

Vu que le premier tome prenait fin sur un cliffhanger à l’issue duquel Vadim se retrouvait suspendu à un arbre, il était logique que ce second tome s’ouvre sur une scène tendue nous faisant craindre pour l’avenir de notre octogénaire protagoniste. Vadim s’en sort assez facilement, même si c’est de peu. Le reste de l’album est un polar assez typique qui nous donne à voir corruption suivie de rédemption, vengeance sur fond de justice poétique, sans oublier une petite dose d’humour impertinent.

On pourrait toutefois reprocher à l’album de ne pas aller au bout de sa prémisse. En effet, placer un vieil homme qui a passé son apogée de loin, dans une situation à la fois injuste et dangereuse, aux prises avec des gangsters, promet des scènes d’actions décalées et traitant avec malice du naufrage de la vieillesse.

Mais l’accent n’est pas assez mis sur cet aspect, l’arthrose et la vieillesse ne constituant pas un élément déterminant durant les scènes d’action. L’ambiance générale, avec son casting de gangsters reste toutefois agréable à suivre, ce qui est du aussi en grande partie au capital sympathie de Monsieur Vadim.

Cette satire sociale déguisée en polar décalé s’avère donc une bonne lecture, pour peu que l’on ne soit pas allergique au plombs ni aux crevettes.