***·BD·Nouveau !·Service Presse

Movie Ghosts

Premier tome du diptyque écrit par Stephen Desberg et dessiné par Attila Futaki. 72 pages, parution le 27/04/2022 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur fidélité.

Les étoiles ne meurent jamais

Jerry Fifth est un détective privé qui écume les boulevards de Los Angeles. Depuis le temps, il connaît tous les sales petits secrets de ses habitants les plus fortunés, des divas d’Hollywood ou même des prostituées de Sunset Boulevard. Jerry Fifth gagne son pain en retrouvant des victimes, des bourreaux, des époux infidèles et des enfants illégitimes. La ville des stars lui a montré son vrai visage, mais ce n’est pas ce qui tourmente notre enquêteur.

Depuis aussi longtemps qu’il se souvienne, Jerry est parasité par des acouphènes, des sons qu’il ne parvient pas à étouffer. Lorsqu’il s’y penche de plus près, Jerry constate que ce ne sont pas de simples bruits parasites mais bien des voix, évanescentes et désincarnées, qui appellent à l’aide.

Malgré ce qu’il pourrait croire, le détective n’est pas fou: il entend bien des voix fantomatiques, celles d’anciennes stars décédées au faîte de leur gloire ou bien dans la déchéance, mais toujours avec des regrets et des secrets honteux. Alors qu’il explore ce don particulier, Jerry fait la rencontre des fantômes d’Hollywood auxquels il décide de venir en aide. Il va ainsi explorer le passé de Los Angeles et découvrir que ce qu’il savait déjà n’était que la partie émergée de l’iceberg…

Fantômes sur pellicule

Les lecteurs réguliers de polars connaissent bien la formule et ses éléments incontournables: son détective désabusé, sa ville tentaculaire, parfois corrompue mais toujours emplie de secrets, et sa voix-off aussi amère que sombre. Ajoutez-y une demoiselle en détresse et/ou une femme fatale, mélangez le tout et vous obtiendrez la recette consacrée du polar.

Stephen Desberg (IRS, Le Scorpion, Empire USA) se plie à l’exercice et semble bien connaître ses gammes. Son protagoniste Jerry Fifth se conforme en effet à l’archétype du détective solitaire et désabusé (sans le côté alcoolique), et Los Angeles représente le terrain idéal (voir sine qua none) de tout polar qui se respecte.

La cité des Anges y est représentée comme un personnage à part entière, fondée sur l’âge d’or d’Hollywood, l’auteur nous faisant traverser ses lieux emblématiques, du Sunset Boulevard à l’Observatoire Griffith. Les personnages qu’on y croise sont tantôt fascinants, tantôt inquiétants, et rappellent tous des figures archétypales de la ville, des acteurs, des magnats du cinéma, des malfrats…

L’intrigue prend néanmoins du temps à décoller, Jerry menant au cours de l’album deux enquêtes distinctes, ce qui peut créer un sentiment de césure à même de nuire à la globalité et au rythme. Alors que le pitch promet une rencontre entre Sixième Sens et Chinatown, l’aspect surnaturel n’est pas encore le point de mire du scénariste dans ce premier album, qui préfère se concentrer sur l’ambiance toute particulière du L.A. by night.

L’histoire d’amour que l’on voit naître dans les pages de ce tome 1 est bien pensée, mais, elle paraît quelque peu forcée et prétexte au regard du rythme et de la direction que semble prendre l’intrigue. L’idée d’une romance entre un être immatériel et un être de chair et de sang a déjà été explorée avec brio dans des films tels que Her ou Blade Runner 2049, et il faut avouer que la mise en image du lien entre Jerry et son love interest spectral n’a pas la même puissance que dans ces deux récits.

Sur le plan graphique, l’histoire de Stephen Desberg est magnifiquement servie par le dessin crépusculaire d‘Attila Futaki, que l’on avait déjà croisé l’an dernier dans le Tatoueur.

Sur ce premier tome, Movie Ghosts marque des points sur l’ambiance, mais doit encore se démarquer sur le second tome en prenant une direction plus originale et en explorant davantage l’aspect surnaturel de sa prémisse.

**·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

The Last Detective

Histoire complète en 72 pages écrite par Claudio Alvarez et dessinée par Geraldo Borges. Parution en France le 02/03/2022 grâce aux éditions Drakoo.

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Polar équatorial

New Amazonia n’est pas une utopie, loin de là. Corrompu jusqu’à l’os et gangrénée par le fléau de la drogue, ce district, dont l’économie est basée sur l’exploitation du vitrium, se regarde sombrer peu à peu dans le chaos et l’anarchie, sans qu’aucune mesure concrète ne soit prise.

Joe Santos le sait bien. Estropié depuis vingt ans, cet ancien flic de haut vol était partie prenante dans la lutte contre les cartels de la drogue, tirant d’abord, posant des questions ensuite. Résolu à neutraliser Black Joao, un insaisissable baron de la drogue qui a inondé les rues d’une nouvelle drogue de synthèse, Santos a pris tous les risques pour mener sa mission à bien.

Cette traque s’est soldée par la mort de sa coéquipière, Simone Madureira, lors d’une explosion accidentelle qui lui a aussi couté un bras. Accusé à tort, Joe fut disgracié, le forçant à un exil au fin fond de la jungle amazonienne avec son lapin Horace.

Vingt ans plus tard, la situation ne s’est pas arrangée. New Amazonia est toujours un cloaque corrompu, les drogues inondent toujours les rues, surtout le vitrium, dont l’effet principal est de rendre les gens beaux et attirants, au prix d’une mort atroce au bout de quelques jours.

La commissaires Madureira, qui pleure toujours sa sœur Simone, n’a pas d’autre choix: elle doit rappeler Joe Santos afin qu’il reprenne du service et traque le nouveau fournisseur de vitrium. Mais ce dernier, qui a régressé jusqu’à ne devenir qu’une ombre pathétique de l’homme qu’il était alors, sera bien difficile à convaincre.

Zizanie en Amazonie

Les auteurs de BD sud-américains sont suffisamment rares pour susciter la curiosité, comme c’était le cas avec Far South en 2020. Ici, le pitch promet un ambiance futuriste et quasi apocalyptique, à la Mad Max premier du nom, un limier désabusé à la Deckard de Blade Runner, le tout sur fond de lutte contre les cartels à la Sicario. Un clin d’œil à la couverture nous promet même un duo flic robot/flic humain à la Robocop, ce qui finit d’aiguiser l’intérêt pour cette histoire complète.

Malheureusement, il s’avère difficile pour les auteurs de dissimuler, sous cette pluie de références pop, la mollesse du récit, qui démarre certes sans ambages mais patine dans des poncifs assez éculés, qui fleurent de surcroît le premier degré. En effet, les eighties et nineties étant passées par là, tout héros aux allures d’ours mal léché qui n’est pas écrit avec un tant soit peu de recul ou d’autodérision s’embourbe fatalement dans le cliché, ce que ne manque pas de faire Monsieur Santos.

Bougon et récalcitrant, il ne gagne de dimension humaine et sympathique qu’au travers de la perte de Simone, qui n’apparaît cependant que sur une photo en page 1, puis sur une page de flash back un peu plus tard. Ce qui signifie que l’ancrage émotionnel du protagoniste ne se fait (grosso modo) que sur une page, soit 1/72e du scénario (soit 1.39%). Et je ne parle pas des dialogues, qui sont généralement assez pauvres, et que le directeur éditorial, Arleston, aurait, de son propre aveu, « rewrité » par souci d’adaptation…

Puisque l’on en est encore au personnage principal, il faut également aborder son évolution. Elle est certes palpable, puisque Santos affronte son passé et les échecs dont il porte encore les stigmates, ce qui est propice à une tension dramatique supplémentaire.

Le fait d’adjoindre un robot à un ancien flic solitaire qui ne supporte pas son infirmité et ses prothèses robotiques est en soi une bonne idée, mais l’aspect buddy cops movie suggéré par cette prémisse (très eighties encore une fois) n’est exploité qu’avec grande maladresse, puisque l’évolution de la relation entre Santos et son équipier robot est écrite de façon très déconcertante.

Pour citer un exemple concret, dans un premier temps, les interactions entre Santos et le robot se limitent à des insultes et des injonctions à la fermer de la part du policier bougon, qui semble détester les robots et n’avoir que faire d’un partenaire. Une scène plus tard, le robot se fait tirer dessus et…. Santos hurle, une expression d’horreur sur le visage, traitant de « salaud ! » l’auteur du coup de feu… Or, rien entre temps ne vient suggérer une évolution du positionnement du héros par rapport à sa partenaire, par exemple, le fait qu’elle lui rappelle celle qu’il a perdue autrefois.

Rassurez-vous, c’est la même chose du côté de l’antagoniste (Black Joao ? Je vous mets au défi de ne pas piaffer en disant ce nom à haute voix, on dirait un pseudonyme d’acteur de films pour adultes), qui malgré une tentative de twist final, n’a ni saveur, ni charisme, ni grand projet à mettre sur son CV.

Bref, on se trouve ici face à une intrigue plutôt plate qui enchaine les facilités d’écriture et qui semble éviter soigneusement d’étoffer ses personnages. Si Drakoo se lance dans le rachat de droits et l’importation de comics indé, il va falloir choisir avec plus de soin !

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***·BD·Littérature·Nouveau !·Service Presse

Cadres Noirs #1

La BD!

Premier tome de 72 pages d’une trilogie écrite par Pascal Bertho, d’après le roman de Pierre Lemaître. Dessins de Giuseppe Liotti, parution le 16/02/22 aux éditions Rue de Sèvres.

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Merci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance!

Prise d’autre âge

A première vue, Alain Delambre a tout d’un homme heureux. Cadre dans une entreprise, il gagne suffisamment bien sa vie pour offrir à sa famille un environnement prospère et éloigner les problèmes.

Toutefois, rien n’est vraiment acquis dans la vie et Alain l’apprend à ses dépens lorsqu’il est licencié. Commence alors une lente désocialisation, qui l’éloigne de l’emploi et précarise l’ensemble de la famille. Heureusement pour notre quinquagénaire, ses deux filles sont grandes et ont fini leurs études. Mais Alain, lui, ne parvient pas à retrouver de travail dans sa branche d’activité, et se voit contraint d’accepter des jobs précaires pour lesquels il est surqualifié.

Un jour, Alain voit passer une opportunité dans les petites annonces. Un job taillé pour lui, qui représente l’espoir d’une seconde chance. Galvanisé de nouveau, Alain se prépare comme jamais pour décrocher ce poste, mais il doit avant cela passer une série d’entretiens et de tests, dont certains s’avèrent illégaux.

Car la mission qu’on lui propose, c’est de simuler une prise d’otage parmi un groupe de cadres candidats, afin de déterminer les plus aptes à gérer les situations de crise et de pression extrême. Plutôt que de renoncer, Alain s’immerge complètement dans le rôle et s’endette même auprès d’une de ses filles pour pouvoir gérer la logistique de cette fausse prise d’otage. Mais quelque chose tourne mal, la situation vire au drame et des gens sont blessés. Pris pour un forcené, Alain est interpellé et placé en détention provisoire, dans l’attente de son jugement.

Quelle sombre vérité se cache derrière cette prise d’otage ? Comment Alain parviendra-t-il à assurer sa défense ?

Des fentes aux enfers

Publié en 2010, le roman de Pierre Lemaître a remporté un franc succès, notamment pour sa description sans concession de l’univers cynique des grandes entreprises, gangrénées par la cupidité et les techniques modernes de management. L’adaptation BD, assurée par Pascal Bertho et Giuseppe Liotti, prend le même

Cadres noirs - Tome 1 - Cadres noirs - Pascal Bertho, Pierre Lemaitre,  Giuseppe Lotti - cartonné, Livre tous les livres à la Fnac

chemin et dresse un portrait peu ragoutant du monde moderne du travail. A noter que l’histoire a été adaptée à la télé dans la série Dérapages (visible sur Arte et Netflix).

La fongibilité des employés, la recherche du profit et de la performance au détriment de l’éthique et du bien-être des individus, tout est mis en exergue pour expliquer la descente aux enfers d’Alain, travailleur qualifié typique auquel il est aisé de s’identifier.

Cependant, si l’intrigue est immersive et articulée autour de révélations amenées de façon cohérente, j’ai été quelque peu gêné par certains détails qui ont empêché une totale immersion. Je parle principalement de l’environnement carcéral, qui comprend des erreurs et/ou clichés non conformes à la réalité: les parloirs ne sont pas organisés comme dans l’album, il n’y a évidemment pas de réfectoire dans les prisons françaises, sans parler des liens avec le surveillant d’étage, les gradés, et le SPIP qui n’est même pas mentionné… J’espère que la suite sera mieux documentée, tant sur l’environnement pénitentiaire que sur la procédure judiciaire, car cela permettra d’apprécier encore mieux les méandres de cette intrigue policière ainsi que sa critique sociale.

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*·Comics·East & West

The Banks

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Histoire complète en 152 pages, écrite par Roxane Gay et dessinée par Ming Doyle pour TKO Studio. Parution en France chez Panini Comics le 25/08/2021

Family Business

Dans le Chicago des années 60, Clara fait la rencontre de Melvin Banks, un jeune homme charmeur immédiatement séduit par le charisme de la jeune femme. Mais le sympathique courtisant s’apercevra que Clara ne s’en laisse pas compter, ce qui ne fait qu’ajouter à sa détermination. Au fil du temps, Clara se laisse apprivoiser, mais finit par découvrir la vérité sur Melvin: c’est un cambrioleur, plutôt futé et doué de ses mains, qui ne volent qu’aux blancs et ne se laisse jamais guider par la cupidité.

Bientôt, Clara et Melvin forment un couple uni, ayant promis de ne jamais se mentir et de rester fidèles à leurs principes. Alors que naît leur fille Cora, Melvin et Clara poursuivent leur carrière criminelle, enchaînant les vols avec grâce et maîtrise, jusqu’au jour où Melvin se sacrifie lors d’un cambriolage qui tourne court. Après quelques mois de prison, le jeune Melvin retrouve les femmes de sa vie, et reprend le cours de sa chapardeuse existence.

Les années passent, Cora se marie et donne naissance à une fille, Celia, qui grandit en ignorant tout du business familial. Bien que toujours fidèle à son crédo, Melvin assume les risques du métiers lorsqu’il est contraint de travailler pour un baron de la drogue qui cherche à récupérer de la marchandise perdue. Un cambriolage raté plus tard, le voici redevable à l’un des pires criminels du coin, qui se venge de façon sanglante. Désormais veuve, Clara Banks doit utiliser tout son savoir faire pour poursuivre son mode de vie, avec sa fille Cora. Mais la petite-fille Celia, qui est devenue entre-temps une financière à succès, s’est éloignée d’eux pour suivre sa route. Lorsque Celia subit un revers professionnel, elle a l’idée de se venger en utilisant les compétences familiales, pour un coup juteux, mais aussi très dangereux, qui mettrait la famille à l’abri tout en rendant justice à Melvin.

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Repue depuis quelques années déjà grâce à son monopole sur l’adaptation des comics Marvel, Panini poursuit son exploration des catalogues indés, entamée auparavant par des éditeurs comme Urban, Glénat ou Delcourt.

TKO Studio est aux US, un éditeur dynamique et touche-à-tout, dont on a pu voir l’an dernier quelques titres de très bonne facture, comme Sara ou encore Sentient. Ici, TKO donne sa chance à Roxane Gay, auteure, essayiste éditorialiste américaine. Cette dernière optimise donc cette tribune pour mettre en exergue des thèmes sociétaux comme le racisme, le sexisme et le harcèlement au travail, en enveloppant le tout dans une intrigue criminelle.

Malheureusement, si le scénario en lui-même semble convenable, on note une faiblesse importante du côté des personnages, qui manquent d’épaisseur autant que de crédibilité. Cela commence par la motivation de Celia, qui, à la manière d’un Michael Corleone, commence l’histoire en étant éloignée autant que possible de sa famille criminelle, pour ensuite plonger elle-même dans le crime et prendre la tête des opérations. Or, si le futur parrain est doté d’une psychologie crédible et d’un parcours qui l’amène malgré lui à devenir un criminel, ici, la pauvre Celia échoue dans le crime de façon trop soudaine, à la suite d’une déception professionnelle que l’on a d’ailleurs du mal à justifier. Ce point de départ foireux laisse plus tard la place à la vengeance, mais de façon trop tardive, si bien que l’on a à ce stade ni attachement ni sympathie pour la cause familiale.

Certaines incongruités d’écriture et de mise en scène, comme par exemple la fâcheuse habitude qu’ont plusieurs personnages de penser à voix haute pour décrire leurs intentions de façon assez plate, finissent de nous sortir d’un récit qui se voulait pourtant immersif, comme la majorité des polars.

On tombe aussi assez facilement dans le fameux piège du show, don’t tell, notamment lorsqu’il s’agit des skills de la famille Banks. On comprend que ce sont de talentueux voleurs parce que la scénariste nous le dit, mais sans nécessairement le montrer: en introduction, on voit le couple Celia/Melvin rentrer sans grande difficulté dans une maison, ouvrir un coffre comme qui rigole, sans qu’aucun obstacle n’ait besoin d’être surmonté.

Prenez d’autres films de casse, comme L’affaire Thomas Crown, ou même Ant-Man. On ne nous dit pas seulement que Crown et Scott Lang sont des cambrioleurs géniaux, on nous le montre au travers de séquences inventives, au cours desquels les protagonistes déploient des trésors d’ingéniosité, d’inventivité, et de préparation pour mener à bien leurs méfaits. Dans The Banks, on a droit aux obligatoires rebondissements, genre « le coffre est vide », « la cible est au courant », etc, sans que cela n’amène rien coté suspense et cambriolage. Tout ça pour mener à un happy end confondant de naïveté.

Et que dire des antagonistes, qui ne sont définis que par un ou deux traits distinctifs (cupidité et priapisme, plutôt caricatural). Coté graphique, Ming Doyle nous sort la totale: proportions inappropriées, personnages inexpressifs ou dont l’expression n’est pas en adéquation avec les dialogues…il en ressort une sensation d’amateurisme qui finit d’achever l’album. Bref, quand c’est raté, c’est raté !

*****·BD·Nouveau !

Seul le silence

La BD!
BD de Fabrice Colin et Richard Guerineau
Petit à petit (2021), 100p., One-shot.

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Coup de coeur! (1)Quand on a passé vingt ans à dessiner le Chant des Stryges la suite de carrière n’est pas forcément simple à négocier. La série qui avait débuté dans la mouvance des mythiques X-files aura marqué son temps avec une ambition parfois démesurée et aura fait de son dessinateur un des plus importants artistes du monde franco-belge. Depuis Richard Guérineau (dont le style s’est un peu épuré) a opté pour des récits iconoclastes, tantôt contemplatifs comme avec le magnifique western Après la nuit tantôt pour des farces historiques avec Jean Teulé. Associé au scénariste et romancier Fabrice Colin, il propose peut-être avec cet ouvrage l’un de ses plus beaux albums.

L’enfance de Joseph Vaughan ressemble à celle de tous les américains de ces années trente, celle d’une campagne chaude et pauvre, celle de la Grande dépression où la misère, les errants et le racisme créent une peur et une haine si oppressante. Enfant naïf, il découvre abasourdi comme tout le village les premiers corps de jeunes filles atrocement mutilées. Les meurtres se multiplient et plus personne ne semble pouvoir assumer cette folie dont le shérif ne parvient pas a arrêter le flot. Trop près, trop jeune, Joseph semble marqué d’une malédiction par ces corps, qui le suivent tout au long de sa vie, où qu’il aille, quoi qu’il fasse. Jusqu’à se demander s’il n’aurait pas quelque responsabilité dans ces crimes…

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2021/10/Seul-le-silence-1.jpgLes histoires sur la Grande dépression il y en a régulièrement. Cette atmosphère si particulière faite de pauvreté, de simplicité chrétienne permet de parler à la fois de drames humains et de ces espaces ouverts proches du western et ses instincts primaires. Si l’entrée en matière se fait assez rapidement, toute la structure narrative de l’album nous happe de bout en bout dans une sorte de long cauchemar dans lequel est condamné à errer ce pauvre type qui ne comprend pas bien pourquoi le monde semble s’abattre sur lui. Petit gars simple, les crimes abominables (âmes sensibles s’abstenir, même si la violence n’est pas graphiquement montrée) le marquent plus qu’il ne le voudrait et semblent impacter son environnement jusqu’à ces demi-reproches qu’il ne comprend pas. Car l’histoire se fait de non-dits qui parsèment la vie de Vaughan à mesure qu’il tente de tisser le puzzle qui pourrait expliquer ses malheurs.

A pas feutrés, essentiellement par une narration extérieure, on suit ce jeune homme qui semble du reste savoir avancer dans l’existence. Il aurait même droit au bonheur, tombant sur des femmes aimantes, sur de vrais amis, et ce don… le don de l’écriture qui se révèle dès l’enfance grâce à une institutrice qui le pousse à participer à des concours. Il y a donc deux récits dans Seul le silence. Celui de cet écrivain que l’on suit de l’enfance au grand âge. Et celui de ce serial killer qui continuera son œuvre tout le long, dans l’ombre de Vaughan. Pourchassé moralement, ne sachant pas s’il est maudit ou s’il a droit d’être libre, Vaughan reviendra régulièrement vers l’origine des crimes pour essayer de comprendre…BD'Calé - Seul le Silence : le cauchemar de R.J. Ellory passe à la BD

D’une ambiance difficilement explicable, cet album envoûte de la première à la dernière page en survolant cette chronique où il ne faudra pas nécessairement chercher de sens. C’est sans doute ce personnage dramatique qui passionne, sa ténacité d’honnête homme qui avance dans la vie malgré les malheurs, ne se laisse pas sombrer dans le désespoir malgré l’ombre qui le pourchasse, cet homme qu’on aimerait voir atteindre le vrai bonheur et qui à la toute fin repensera aux anges partis trop vite…

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****·BD·Nouveau !·Service Presse

Saint-Elme #1-2

La BD!
BD de Serge Lehman et Frederik Peeters
Delcourt (2021), 78p./album., série en cours 2 vol. parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Dans la petite ville lacustre de Saint-Elme règne le clan Sax, puissants industriels qui dirigent l’usine d’eau minérale qui fait vivre la population. Mais pas que… Le détective Franck Sangaré est missionné pour retrouver un fils à papa fugueur avant de découvrir que la pègre qui rode dans les bas-fonds de la ville n’est pas totalement étrangère à la famille Sax. Dans cet endroit hors du temps où les éléments semblent se comporter étrangement un voile obscure recouvre les apparences…

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2021/10/Saint-Elme-2.jpgSans vouloir revenir sur un sujet abordé maintes fois ici on pourra dire qu’avec la nouvelle série de Lehman et Peeters, Delcourt n’a pas misé sur le commercial, avec des couvertures à la ligne graphique certes cohérente, que d’aucune qualifieront de gonflées et que je rapprocherais plutôt du suicidaire. Reconnaissons que l’Homme gribouillé (que je n’ai malheureusement pas encore lu) ne proposait pas non plus de couverture vendeuse ce qui ne lui a pas empêché d’être un carton. Espérons que les seules réputations des deux auteurs suffira à ne pas dissuader les lecteurs.

Car on peut dire qu’en matière de maîtrise graphique comme scénaristique on est dans le top niveau. Si vous parvenez à dépasser la couverture et la colorisation totalement criardes vous voilà plongés Saint-Elme T. 1 : La Vache brûlée - Par Serge Lehman et Frederik (...) -  ActuaBDdans une sorte de Twin peaks dans cette bourgade suissomorphe où la pluie est prévisible à la seconde près, où les grenouilles pleuvent et où les vaches s’enflamment. L’aspect étrange est omniprésent dans cette série qui démarre sans que l’irruption fantastique ne soit déclarée. On parlera plutôt d’une physique parallèle qui participe à une atmosphère opaque, poisseuse et incertaine, comme tout bon polar.

Le personnage du détective Sangaré, caché derrière ses lunettes de soleil vintage, est fort réussi, accompagné d’une madame Dombre qui semble sortie des Contes de la pieuvre. S’ouvrant sur une réunion de truands qui tourne mal, Saint-Elme lance son héros dans cet univers maîtrisé par une famille dysfonctionnelle aux personnages très jouissifs. si l’action est tout à BD] Saint-Elme, tome 1 : la nouvelle claque de Serge Lehman et Frederik  Peeters (Delcourt)fait présente et réussie, c’est bien la galerie d’affreux allant du débile fini à l’homme de main bas du front en passant par le psychopathe de service, qui rendent la lecture très addictive. Comme toute bonne histoire ce sont les interactions qui font la sève d’un récit, a fortiori dans un polar archi-balisé où l’on retrouve tout un tas de marqueurs connus.

Je reviens un moment sur les dessins, bien entendu incroyables de Frederik Peeters. J’ai déjà parlé récemment de sa technique et de son inspiration incroyables malgré son insistance à croquer des sales gueules et une simplification du trait. Si elle instaure bien sur une part de cette ambiance crasseuse type néon glauque de bar underground j’ai trouvé que la colorisation en aplats affadissait des planches pourtant magnifiques. C’est un parti-pris osé que j’estime contre-productif et c’est vraiment dommage.Tumblr media

Hormis cela Saint-Elme est une superbe plongée vaguement surréaliste dans un polar montagnard et provincial qui ne fait pas dans la dentelle (âmes sensibles s’abstenir). Perso j’adore les personnages déglingués. On peut dire qu’ici on en regorge et que les héros vont passer un mauvais quart d’heure…

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****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Gannibal #5-6

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Manga de Ninomiya Masaaki
Meian (2021) , 192p./volume, volume 7/13.

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Merci aux éditions Meian pour leur confiance!

Laissé au cœur du domaine Goto et en très mauvaise posture, Daigo est sauvé in extrémis et découvre que la police départementale est beaucoup plus impliquée qu’il ne l’avait cru dans l’affaire Goto. Bien décidé à aller au bout de sa démarche pour sauver les enfants, il se lance dans le plongée dans l’antre de ces supposés cannibales alors que nous sont révélées les racines familiales…

gannibal_6_meianOn continue l’odyssée en apnée permanente dans ce thriller toujours impressionnant d’efficacité dans son montage désormais connu mais si percutant. Le fait de savoir que la série est désormais achevée et que l’on est déjà à la moitié permet d’accepter ces aller-retour sur la structure des séries TV où l’on croit à chaque album arriver au dénouement ultime avant qu’un twist ne nous renvoie à nos pénates pour savoir ce que font vraiment les GOTO dans leur domaine et si le héros va enfin parvenir à stopper ces horreurs…

Le volume cinq approfondit pas mal la source du Mal en nous révélant des informations sur la mère de l’enfant au visage dévoré (l’informateur majeur des précédents tomes), mais aussi sur Keisuke qui se confirme comme un élément perturbateur dans le code familial du clan. En élargissant le contexte à la police départementale on monde d’un cran dans l’échelle de l’intrigue mais l’on perd aussi la peur de la cellule familiale isolée au milieu des fous, qui fonctionnait à merveille au début. Ce n’est pas grave car si Daigo se retrouve un peu en retrait, ces volumes paraissent comme une densification tant attendue autour de la figure démoniaque de Gin Goto, la vieille peau à l’influence de gourou qui régissait aux destinée du clan.

Ainsi le volume six voir une nouvelle confrontation avec Lui… bien évidemment aussitôt aperçu, aussitôt disparu. Ninomiya Masaaki contrôle toujours précisément ses révélations et ses secrets enchevêtrés. Maintenant que le rôle de Gin et de Keisuke sont dévoilés et que les tensions inhérentes au clan apparaissent, on garde le gros morceau pour la fin, bien dérangeant et bien flippant bien sur… Certains relèveront l’abus de ce montage en saccades. Pourtant cela devient familier et l’on n’attend plus vraiment de longues séquences explicatives, habitués à des surgissements d’un autre temps, d’un autre lieu. En revanche on attend le retour du héros et l’on n’ose frémir en croyant difficilement que sa petite famille soit définitivement à l’abri de la menace. Un sentiment de paranoïa tout à fait approprié et signe que l’on est résolument pris dans les filets d’un auteur en pleine forme!

***·BD·Nouveau !

Noir burlesque 1/2

La BD!
BD de Enrico Marini
Dargaud (2021), 96p., 1/2 volumes parus.

Une édition limitée avec couverture alternative et maigre cahier graphique est éditée par les librairies Momie.

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Etats-Unis, années 50. Slick revient du Front après avoir laissé la belle Caprice. Dans ce monde où tout est possible la rouquine ambitionne de devenir star. Slick lui veut récupérer son bien. Entre flics et mafieux, il se fond dans les ombres des ruelles humides, bien déterminé à se glisser entre les hommes de mains du puissant Rex…

Noir Burlesque - Tome 1 - Noir burlesque - Enrico Marini, Enrico Marini -  cartonné - Achat Livre ou ebook | fnacJe ne sais plus depuis quand Enrico Marini a commencé à communiquer sur son projet de roman noir, au moins depuis fin 2019. Très doué en teasing, il a su allécher les lecteurs qui piaffaient d’impatience pour découvrir ce qu’allait donner l’immersion du maître de l’aquarelle dans le schéma hyper stylisé des polars noirs. Son Batman et bien avant cela sa série Rapaces avaient donné le ton de son amour pour l’art-déco et les ambiances sombres.

Au lieu du gros one-shot de cent-cinquante pages annoncé nous aurons droit à deux volumes de quatre-vingt-dix pages, avec une césure qui sied parfaitement au genre hautement cinématographique. Car Noir burlesque sonne avant tout comme un magnifique hommage au cinéma d’époque, fait de nabots teigneux, de magnats du crime en peignoirs de soie, de femmes fatales et de héros taciturnes et vaguement misogyne. Les personnages de Marini l’ont toujours été, des héros à l’ancienne qui se soucient peu du féminisme et de #meeto. Espérons qu’il ne s’attire jamais les foudres d’Internet… Personnellement j’aime quand des auteurs assument des registres parfois datés, que ce soit dans le kitsch ou dans la réalité d’une époque, sans tordre des marqueurs inhérents au genre.

Sortie BD : Noir Burlesque, Marini nous la joue polar sexyL’intrigue importe peu. Une histoire de vengeance, de passé trouble et d’amour malsain entre ce héros qui ne sait pas être raisonnable et cette femme sublime qui ne sait choisir entre la sécurité matérielle de son puissant mari et l’amour (vrai?) pour Slick. On connait le schéma et c’est le cadre qui importe. Et en la matière on peut dire que le pari est hautement réussi tant on plonge avec langueur et plaisir dans ce monde nocturne au son du jazz et des cabarets brillants. Le plaisir à décrire une époque élégante transpire des pages au papier épais. Les lavis font ressortir évidemment des touches de rouge qui ponctuent l’ensemble et l’artiste fait un effort pour ne pas déballer trop facilement ses gueules recyclées dans la plupart de ses albums. Le projet tient au bonhomme et on ne peut que constater l’amour du travail bien fait.

Alors oui on pourra tiquer sur des dialogues parfois maladroits, lourdaud qui ne font pourtant pas tache dans l’atmosphère de sales gueules et de brutasses. Au final, si le projet ne vise pas à nous bluffer par une intrigue retorse (Marini n’est pas scénariste), sa maîtrise cinématographique, la qualité de ses peintures et le style bien connu de l’italien nous offrent le plaisir simple attendu. Les exigeants et les haters se feront un plaisir de balancer le bel objet. Les amateurs de Marini et de belles BD d’ambiance plongeront avec plaisir dans cette première partie pas surprenante mais envoutante.

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****·BD·Nouveau !

Sangoma, les damnés de Cape Town

La BD!
BD de Caryl Ferey et Corentin Rouge
Glénat (2021), 144p., one-shot.

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L’Apartheid est de l’histoire ancienne… pourtant si proche avec une mémoire encore vive des sud-africains et des tensions politiques entre blancs et noirs qui n’attendent qu’une étincelle pour remettre le feu à la Nation arc-en-ciel. C’est dans ce brasier que l’inspecteur Shepperd, aventurier au sang chaud recherche le meurtrier d’un ouvrier agricole noir…

J’ai découvert le dessinateur Corentin Rouge sur Rio et ai immédiatement été subjugué par la force de son trait, la véracité de ses visages, la précision de ses décors. Comme ses comparses des art décoratifs sa technique mérite les louanges et nous plonge instantanément dans une vérité documentaire digne d’un film. Ca tombe bien, le romancier de polars Caryl Ferey aime comme son collègue les pays du Sud sortis du tiers-monde mais encore touchés par la violence, la pauvreté et un passé rude, avec un style cinématographique qui a poussé Jerome Salle à adapter un de ses romans, Zulu, au cinéma. Sangoma est donc bel et bien un films sur papier, de ce que la BD à de plus proche avec le septième Art.

Sangoma - BD, informations, cotesDès les premières pages on nous plonge dans une chasse au nègre et le fouet qui va avec, histoire de nous maintenir à l’esprit que la fin de l’Apartheid est encore toute fraiche. Le décors navigue entre ces immenses fermes agricoles où le nouveau système égalitaire, comme aux Etats-Unis après l’abolition de l’esclavage, n’a changé que le statut légal des noirs mais aucunement leur condition de vie, soumis au diktat d’employeur des propriétaires blancs. Très vite des séquences à l’Assemblée Nationale nous indiquent que malgré le storytelling de la réconciliation impulsée par Mandela, la possibilité de vivre ensemble reste très compliquée tant nombre de blancs restent revanchards et que les partis noirs radicaux refusent tout nouveau compromis et exigent des restitutions historiques…

Arrive alors dans ce foutoir un des personnages de BD les plus réussis de ces dernières années! Le lieutenant Shane Shepperd est un chaud lapin, un franc-tireur libre comme l’air qui a eu la mauvaise idée de coucher avec la fille du président (noir) du Parlement, elle-même maîtresse du chef du parti Afrikaner… Un joyeux bordel qui semble plus amuser ce cow-boy par ailleurs très compétent qui n’hésite pas à foncer au volant de sa Ford Mustang au cœur de l’enfer, les bidonville du Cape où les balles pleuvent aussi vite que dans les favelas de Rio. Sacré personnage disais-je qui prend vie sous les pinceaux diaboliques de Corentin Rouge et qui donnent envie une fois l’album refermé de poursuivre l’aventure sur toute une série. Espérons que les auteurs seront conscients de la qualité de leur personnage pour donner des petites sœurs à cet album pour le moment prévu comme un one-shot.

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH880/sangoma_ville-e2b81.png?1629131856La complexité de la politique sud-africaine n’a rien à envier à celle de la société patchwork faite de mélange inévitable entre les membres de ces groupes que tout devait séparer. Ferey n’est pas naïf en nous montrant nombre de noirs ignares, soit gangsters, soit suiveurs abêtis des sorciers locaux. Le réalisme de ce contexte est marquants et parle autant que les odeurs et poussières que l’on croit ressentir en parcourant les planches. Maîtrisant à la perfection les techniques du récit polar, le scénariste nous embarque dans un format idéal où le dévoilement d’une enquête plus sociale que criminelle (néo-polar oblige) alterne les narrations, les flashback et les grosses séquences d’action dignes d’un grand film policier.

Huilé comme une grosse cylindrée, techniquement parfait, ce gros album allie l’intelligence d’un contexte riche, complexe et l’originalité d’un pays dont on parle finalement peu. Et une excellente occasion de découvrir le travail du fils prodigue Corentin Rouge encore trop peu connu au regard de son talent…

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***·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Un assassin à New-York

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Manga de Jinpachi Mori et Jiro Taniguchi
Pika (2021) – (1995), 209p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance!

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Benkei est un peintre japonais installé à New-york. Il est aussi « vengeur », un assassin qui élimine les personnes coupables d’atrocités. Expert dans son art, il n’en a pas moins une vie personnelle qu’il tente de protéger des dangers de la pègre autour de laquelle il gravite…

Un assassin à New York, manga chez Pika de Môri, TaniguchiQuelle surprise de voir Pika graphic (le label one-shot d’auteurs des éditions Pika) annoncer un Taniguchi sur un polar des années quatre-vingt-dix! Pour ceux qui ne connaissent pas, Jiro Taniguchi est un des mangaka les plus célèbres en France, édité chez Casterman dès la première vague des manga en France en même temps qu’Akira, Dragonball et Tonkam. C’est pourtant dans les années deux-mille qu’il atteint la notoriété littéraire avec Quartier lointain et le Sommet des dieux (tout juste adapté en film d’animation par des… français) qui parviennent à intéresser la presse classique à des manga qui correspondent aux codes de la BD « sérieuse » et à faire admettre tout le genre comme de la BD à part entière. Cela car après des mangas tout à fait dans les codes, l’auteur francophile (alors peu populaire chez lui) migre vers un style épuré, contemplatif et très proche de la BD franco-belge, si bien que la plupart de ses œuvres sont éditées en France dans le sens de lecture européen sans que cela ne pose de problème. L’auteur est malheureusement décédé à à l’aube de ses soixante-dix ans en 2017.

Benkei in New York 6 Page 15 - a hard boiled story by Taniguchi | New york,  York, CartoonOn retrouve ainsi dans cet assassin à NY une patte tout à fait 90’s, un style graphique très précis notamment dans les décors et les séquences d’actions redoutables d’efficacité et qui démontrent combien Taniguchi était un grand technicien. La distorsion entre la bonhommie non feinte du tueur et son efficacité imparable fonctionne parfaitement. On entre progressivement dans son intimité, sautant d’affaire en affaire. C’est là le principal problème de ce très bel album, sa narration entrecoupée qui malgré un réel fil rouge, nous donne le sentiment d’assister à des séquences isolées. Il manque un certain liant entre ces histoires qui voient le héros tenter de protéger sa compagne gogo danseuse et prostituée à ses heures et naviguer entre sa peinture et ses assassinats. On ne voit pas bien où le scénariste veut en venir, dans une atmosphère toute orientale sans vraiment de linéarité.

Au final cet ouvrage vaut pour son caractère patrimonial et rate le statut d’incontournable que l’on aurait attendu au regard de son sujet (on aime toujours ces portraits de tueurs solitaires redresseurs de torts!). Les amoureux de Taniguchi y trouveront leur compte et les dévoreurs de manga une pause originale dans le monde des tueurs nocturnes.

Retrouvez aussi l’avis de l’apprenti Otaku.