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Lost Lad London #1 – Clevatess #2 – Fool night #3

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Salut les mangavores! On monte en qualité sur ce billet avec trois volumes sortis récemment: une déception sur la pourtant grosse com’ de Ki-oon sur Lost Lad London, un Clevatess confirme la qualité de son ouverture et un Fool Night qui confirme sur ce dernier volume de l’année qu’il est peut-être la série de 2022…

  • Lost Lad London #1 (Shinya/Ki-oon) – 2022 (2019), 224p., volume, 1/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

lost_lad_london_1_ki-oonLe maire de Londres a été assassiné dans le métro. Au mauvais endroit au mauvais moment, Al se retrouve avec le couteau du crime dans la poche et un des plus fins limiers de New Scotland Yard sur le dos. Mais le vieil inspecteur a du flair et ne sent pas de coupable dans ce jeune étudiant. Il décide de faire équipe avec ce qu’il faut bien appeler le principal suspect du meurtre…

Une fois n’est pas coutume, cette nouvelle série courts lancée par les très bons Ki-oon… m’a parue vraiment un ton en dessous de leurs habitudes. En annonçant une approche très européenne du fait du séjour de l’autrice en Angleterre l’éditeur semble justifier un dessin absolument minimaliste qui empêche selon moi de parler véritablement de BD, voir de manga. Le scénario et les personnages sont assez sympathique bien que l’on ne saisisse pas encore tout à fait l’intérêt de cet attelage entre un flic bourru dans le plâtre et un jeune adulte issu d’adoption. On lit donc l’album sans aucun soutien graphique et si l’on ne s’ennuie pas il faut avoir une vraie vibration soit pour les polar, soit pour le graphisme de l’autrice, pour trouver un intérêt de poursuivre sur la série. Pas mauvais mais manquant cruellement de quelque chose de plus, Lost Lad London est une surprise, mais pas dans le sens attendu…

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    • Clevatess #2 (Iwahara/Ki-oon) – 2022 (2020), 224p., 2/5 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

clevatess_2_ki_oonLe premier tome de cette nouvelle série de Dark-fantasy Ki-oon avait fait l’effet d’un électrochoc! Très curieux de voir ce que pouvait donner ce switch initial qui voit la toute puissance du Démon (dans un esprit qui rappelle Le dernier des dieux) j’avais été surpris à la fois par des dessins aux encrages magnifiques et par une rudesse inhabituelle. On reprend immédiatement après le premier opus qui avait laissé l’héroïne démembrée juste revenue à la vie par le sang maléfique du démon. S’ensuit une première partie de manga très énergique alors qu’Alicia tente d’éliminer les redoutables bandits. Cela nous donnera l’occasion de découvrir la détermination, les talents guerriers de cette championne mal en point mais aussi un artefact très puissant qu’elle devra conquérir en affrontant un démon ancien tapi au fond du lac. Totalement pris par le rythme on bascule ensuite dans des considérations stratégiques moins rythmées et qui, si elles permettent de développer l’univers (avec l’émergence d’un grand méchant très réussi), font un peu retomber la hype de lecture. Alors que le manga en est déjà à son cinquième tome au Japon on patientera en se disant que le passage du second volume est souvent synonyme de ralentissement et qu’avec une telle qualités moyenne basée sur un potentiel très riche on n’est pas du tout inquiet sur l’ambition de l’auteur de bâtir une mythologie et un récit fort en personnages et disruptif.

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  • Fool night #3 (Yasuda/Glénat) – 2022 (2020), 208p., 3/5 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

fool_night_3_glenatEn assumant l’orientation Polar de la série, Katsumi Yasuda développe les différentes factions de cette société, entre la police bien décidée à éliminer le sanctiflore assassin, l’Institut de transfloraison lancé dans la récupération de ce spécimen unique grâce à une milice privée ou l’arrivée d’un nouveau venu dans ces militants anti-transfloraison… juste évoqués. Est-ce que l’auteur est en train de construire un projet au grand format en prenant le temps de poser son cadre? Toujours est-il que si le personnage de Yomiko (et le duo un peu gnan-gnan qu’elle formait avec Toshiro) est absent de ce volume pour cause d’hôpital suite à l’agression précédente, ce volume reste plein d’action et surtout de planche absolument à tomber dans son style aussi technique que minimaliste. On savoure chaque ombre et la minutie des détails pour un niveau de précision loin des canons de l’édition manga. La corolaire de cela c’est que la parution s’étire et qu’il faudra attendre le mois de mai pour connaitre la suite des aventures dramatiques de Toshiro. On serait proche du 5 Calvin si ce n’était la très surprenante arrivée du méchant qui sonne vraiment baclée, tellement que l’on revient en arrière pour s’assurer que l’on n’a pas loupé des pages. Vraiment étrange au regard de très grande maitrise générale de Yasuda depuis le début. Erreur de jeunesse sans doute qui n’obère en rien le statut de révélation de l’année manga pour ce Fool Night.

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**·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Carambolla #1: sang noir

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BD de Barbara Baraldi et Emiliano Tanzillo
Soleil (2022), 100p., série en cours, collection Métamorphose.

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bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur fidélité.

Sur l’île de Carambola le peuple se contente des restes des fruits de la mer quand le haut château profite de ses bienfaits. Mais le joug de l’usurpateur semble proche de sa fin. Est-ce cet étranger muet échoué sur les plages de l’île et doté d’étonnants pouvoirs qui y mettra fin ou la cheffe des séditieux qui clame l’injustice et fait la nique aux soldats du faux-roi? La prophétie, elle, ne fait guère de doute…

Sang noir (par Barabara Baraldi et Emiliano Tanzillo) Tome 1 de la sérieCe Carambolla venu d’Italie avait beaucoup d’atout pour être une nouvelle révélation transalpine: une fable à l’aspect original reprenant l’idée des marées basses faites de coquillages et de mollusques, un conte noir dressé sur une prophétie, un trait élégant teint de sepia et inspiré par le style d’Alessandro Barbucci… C’était oublier qu’il s’agit ici pratiquement d’un premier album, qui souffre des défauts du manque d’expérience lancé dans une fresque ambitieuse. Cette lecture fait penser à celle de Talion où la passion et le travail ne suffisent pas totalement à combler une complexité narrative et un dessin qui oublie d’être au service du récit.

L’album a bien des qualités, comme cet univers graphique incontestablement élégant, des personnages marquants et un Mythe classique mais structurant basé sur des schémas toujours porteurs, ceux d’une tyrannie et d’une révolte appuyée sur un héros mystérieux sorti des eaux sans souvenirs. Malheureusement les auteurs peinent à actionner une machine par trop cryptique, que certaines fautes techniques du dessinateur n’aident pas à délayer. Comme souvent le format large de cent pages dispense de la concision et si le voyage imaginaire est dépaysant on n’est pas certain de vouloir connaître le destin de ces personnages malgré un cliffhanger révélateur. Avec un aspect de première œuvre pleine de passion mais imparfaite, Carambolla vous emportera (ou pas) sur ses rivages  selon que vous tomberez amoureux du style graphique. Avec beaucoup de manques pour faire véritablement un bon album.

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**·BD·Jeunesse·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Mimiphisto – le fils du diable

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BD de Pierre-Henry Laporterie
Soleil (2022), 84p., one-shot, collection Metamorphose.

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bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur fidélité.

Mimiphisto est le fils du Diable, Méphistophélès. Futur héritier du trône des enfers il se doit d’apprendre à contrôler les âmes au travers de la musique. Mais pour apprendre il faut un peu de confiance, et Mimiphisto en manque diablement, surtout quand son terrible père reste si lointain…

Généralement la qualité moyenne des albums de BD jeunesse est assez élevée, de part la créativité très libre permise par le genre, l’histoire nécessairement condensée et le besoin de réflexions compréhensibles mais poétiques. La collection Métamorphose de Soleil est elle aussi gage de qualité sur quasiment tous ses albums. Aussi voir arriver un album regroupant les deux catégories et parlant du fils du diable, cela ne pouvait qu’être bon…

Mimiphisto - Le fils du Diable - BD, informations, cotesMalheureusement pour son premier album solo l’auteur Pierre-Henry Laporterie semble s’être trompé de format et aurait manifestement dû opter pour un album de littérature jeunesse plutôt qu’une BD. Car si l’on sent l’amour de la construction d’univers graphiques (il a été designer en jeux-vidéo et sur l’excellent film d’animation l’Illusionniste), niveau histoire c’est la grande confusion tant dans la finalité du propos que dans une narration qui nous présente l’évolution de l’histoire sur les pages de chapitres avant de lancer son personnage dans des pages certes très belles mais où rien ne bouge. Un album muet aurait pu profiter de l’imaginaire du lecteur et un album de littérature jeunesse classique justifier la simplicité de l’intrigue. Mais du début à la fin Mimiphisto est passif, déprimé et aucun évènement ne semble créer de causalité logique menant le personnage d’un point A à un point B… avec la très désagréable impression d’un auteur qui n’a pas su créer de récit entre des visions graphiques. Il en ressort une lecture assez ennuyeuse, moyennement originale graphiquement et surtout destiné à un lectorat très très jeune. Je n’ai pas pour coutume de parler aussi crument d’une création artistique qui demande un gros travail et de l’implication de l’auteur mais je suis obligé de pointer que sur cet album l’éditeur a manifestement raté quelque chose dans sa collaboration avec cet artiste…

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**·Comics·East & West·La trouvaille du vendredi·Rapidos

Invincible (intégrale) #1

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Comic de Robert Kirkman et collectif.

Delcourt (2020), 400p. comprend les volumes 1 et 2 de la série en 25 volumes. 7/13 volumes d’intégrale parus.

Mark Grayson est le fils du plus grand super-héros de la Terre. Arrivé à l’adolescence ses pouvoirs se révèlent. Grisé par ses nouvelles capacités qui le rendent à peu près invincible, il s’engage dans une équipe de jeunes héros et doit apprendre à jongler entre sa vie de lycéen et celle de vigilant…

badge numeriqueRobert Kirkman est un des papes du comics US depuis le lancement de son monument The Walking Dead, sa seconde série. Avant cela il avait démarré une histoire de super-héros, peut-être moderne pour l’époque en ce qu’elle racontait les tribulations domestiques et la vie quotidienne des super-héros. On avait déjà vu ça au moins dans Spider-man mais bon, cette série est devenue un phénomène qui s’est achevé en France il y a trois ans au bout de vingt-cinq tomes. Entre temps une série animée est sortie sur Amazon et Delcourt a commencé la publication de l’intégrale dans la foulée.

Invincible tome 1 - BDfugue.comInvincible jouit d’un buzz extrêmement positif à l’image de Solo ou de TMNT, avec un vivier de fans qui soutiennent la publi. Je me suis donc laissé tenter malgré un graphisme franchement fruste et des couleurs informatiques très datées. L’aspect général me rappelle un bon délire de l’époque où Casterman s’était lancé dans les comics avec une collection assez qualitative, notamment sur Atomic Robo. Sauf que le second degré délire du dernier ne se retrouve pas vraiment dans les quatre cent premières pages d’Invincible qui brillent par un premier degré surprenant. On voit ainsi ce gentil ado s’amuser, se faire des copains, castagner quelques gros méchants, voir sa mère inquiète quand son père disparaît plusieurs mois dans une autre dimension,… Mais le flagrant manque d’antagonisme sur deux volumes entiers et le caractère invincible du personnage interdisent tout drama et tout impact émotionnel chez le lecteur.

Sur une série aussi longue on peut envisager qu’il ne s’agit que de l’introduction (ce que le réseau des blogueurs comics laisse penser) et que la hype peut s’enclancher à partir du second tome de l’intégrale. Reste la désagréable impression que Robert Kirkman, en bon homme d’affaire, sait faire traîner en longueur comme tout bon producteur de série qui avance homéopathiquement en faisant rentrer l’argent dans les caisses. En outre l’appellation « intégrale » a plus du coffret puisque même si la couverture est redesignée vous ne trouverez rien d’autre que les planches des deux premiers volumes dans cet opus. Même si on n’est pas encore dans une réedition d’un « Age d’or« , quelques bonus explicatifs n’auraient pas fait de mal.

En conclusion je ressors de cette (longue) lecture franchement dubitatif sur les qualités de la série. Je reconnais que d’autres saga ont eu du mal à démarrer (par exemple Solo qui a révélé ses qualités après plusieurs tomes) mais l’aspect très ricain et le manque de provo que l’on peut trouver dans Injustice ou d’actualité sur un Ignited ou Alienated ne me laissent pas très optimiste.

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**·BD·Documentaire·Nouveau !

Prison

Histoire complète en 80 pages, écrite par Fabrice Rinaudo, dessinée par Sylvain Dorange et Anne Royant. Parution chez La Boite à Bulles le 05/10/2022.

Avis aux lecteurs de l’Étagère: cet article ne sera pas une simple critique d’album, mais abordera un champ plus large, car votre serviteur n’est pas tout à fait neutre vis à vis du sujet, il est même carrément concerné ! Explications plus bas, si vous le voulez bien.

Taule Story

Vous vous devez d’être prévenus, chers lecteurs assidus de l’Étagère Imaginaire, cette chronique aura une coloration particulière, mais pas seulement à cause du sujet traité dans cet album. Certes, les univers judiciaire, et carcéral plus particulièrement, nourrissent, par nature, des craintes, des fantasmes, et des préconceptions parmi lesquels il est parfois difficile de déterminer l’authenticité.

Cela est dû au fait que la prison est intrinsèquement liée au phénomène endogène de toute société, à savoir le crime. Le crime est vu à raison comme une déviance, un comportement qui s’inscrit en opposition avec la loi, cette norme supposément connue de tous qui régit les rapports entre les individus, ainsi que les rapports entre l’individu et les institutions. La prison elle-même est une institution, il est donc logique qu’elle soit régie par des lois qui encadrent de façon stricte son champ d’intervention et son pouvoir sur les individus qui y sont ostracisés.

Le terme d’ostracisme est à ce titre très révélateur, car il nous vient de l’Antiquité, et désigne le bannissement d’un individu hors de la Cité. Alors qu’aux débuts de la civilisation, les hommes punissaient leur déviant prochain en l’excluant du lieu de vie commun pour l’exposer aux dangers de la solitude et de la nature, aujourd’hui, ils le punissent en le gardant au cœur même de la Cité, dans un lieu bondé où il doit renoncer à un droit fondamental, celui d’aller et venir. Toutefois, si cette dichotomie est assez frappante pour être soulignée, elle ne constitue pas le fond de cet album, ni même de cette chronique.

Alors, Prison, de qui ça parle ? Cet album, labellisé « Témoignages-Documentaires » porte-t-il vraiment le sceau de l’authenticité ? C’est ce que nous allons voir…

Hassan, Guy, et Vic sont tous les trois détenus dans une prison anonyme, et partagent la même cellule. L’exiguïté ne facilite pas la cohabitation, mais dans l’ensemble, les choses se passent plutôt bien pour les trois codétenus. Enfin, aussi bien que possible compte tenu des circonstances: addictions, violences, maladie, sont autant de fléaux absurdes qui viennent s’ajouter à l’enfermement.

Jean, Patrick et Toufik sont aussi dans le même bateau, plongés dans un univers violent qui ne répond qu’à ses propres codes. Si on ajoute à ça les problématiques psychiatriques, on peut obtenir un cocktail explosif. Audrey et Fred, quant à eux, luttent pour préserver leur liaison, interdite par le règlement. Mais il y a aussi Antonio, dont c’est le premier séjour, Alex qui débute sa carrière de surveillant dans un uniforme trop grand pour lui, et des milliers d’autres anonymes, dont le quotidien nous est relaté par le trio d’auteurs.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, la déception que j’ai ressentie en fermant cet album était proportionnelle aux attentes que j’avais en le débutant. J’en attendait énormément, car, en douze ans de carrière dans l’administration pénitentiaire, j’ai souvent été confronté aux préconceptions et à la méconnaissance du public quant à ce domaine d’intervention si particulier.

Et après tout, c’est compréhensible: la prison est un univers opaque, ce qui est bien commode pour qui mène une existence normale: personne ne veut véritablement savoir de quels rouages sont faites les institutions judiciaires et carcérales, personne n’a réellement envie d’aller chercher la vérité au-delà de ses préconçus. Nous sommes tous persuadés, intimement, d’être de bonnes personnes, nous sommes convaincus que nous sommes intelligents, raisonnables, autonomes dans nos choix. Et si cela s’applique à nous, alors il doit en être de même pour tout le monde, pas vrai ? Si aujourd’hui, j’ai un travail, un logement, une famille, des amis, cela résulte nécessairement de mes choix et de ma valeur intrinsèque ! Par voie de conséquence, tous ceux qui engorgent les commissariats, puis les tribunaux, et enfin les prisons, ont fait leurs propres choix, de façon autonome, ils doivent mériter ce qui leur arrive !

Ne soyez pas choqués de penser ça, c’est un discours que je retrouve souvent lorsque j’évoque le sujet autour de moi. A l’autre bout du spectre de l’opinion publique, on trouve le raisonnement anticonformiste qui veut que la prison broie des innocents chaque jour, qu’entre ses murs s’épanouissent des tortionnaires qui ne font que perpétuer à coups de matraque la fameuse « école du crime« …. Tout cela n’a fait que me convaincre qu’avoir une vision réaliste du milieu judiciaire, cela demande des connaissances, des informations que tout un chacun n’a pas forcément l’occasion d’aller chercher.

J’attendais donc de cet album qu’il apporte un autre son de cloche, une vision neuve et plus proche de la réalité que ce que l’on entend dans les conversations de comptoir ou encore, et surtout, à la télévision. Et c’est avec grand regret que j’ai du dresser le constat, page après page, que les auteurs ont soit sciemment biaisé leur propos, ce qui ferait de leur album non pas un documentaire, mais une banale chronique-fiction dilettante, soit qu’ils se sont mal, mais alors très mal, documentés sur un sujet qu’ils ne maîtrisaient pas en pensant faire des « révélations choc » sur la prison.

Car, si le propos général visant à alerter les consciences sur les conditions totalement inappropriées de détention dans certains établissements vétustes est tout à fait adéquat, le reste, en revanche, ne peut pas, ne doit pas être validé. On trouve en effet toute une série d’approximations, qui peuvent passer inaperçues pour le tout-venant des lecteurs, mais qui font grincer les dents du professionnel.

Par exemple, dans Prison, un détenu qui purge une peine de perpétuité côtoie un autre détenu condamné à 10 mois. Cela va à l’encontre du principe des établissements pour peine (centres de détention, centres pénitentiaires, maisons centrales) et des maisons d’arrêt. On trouve aussi des approximations grossières sur le régime d’exécution des peines: l’un des personnages, justement celui qui purge 10 mois, reçoit une lettre de son avocat lui annonçant qu’il a bénéficié « d’une remise de peine de 3 mois pour bonne conduite« . Or, en réalité, le régime des remises de peine ne fonctionne pas ainsi. C’est le juge de l’application des peines qui décide d’octroyer ou non, des remises de peine, selon un ensemble de critères qu’il serait trop long de détailler ici. Sachez seulement qu’on distingue les crédits de réduction de peine (voués à disparaître), octroyés automatiquement dès l’écrou, et les remises de peines supplémentaires. Antonio, avec ses 10 mois, aurait immédiatement bénéficié de 70 jours (2 mois et 10 jours) de crédit de réduction de peine, ce qui aurait porté son reliquat à 7 mois et 20 jours. Sur ce reliquat, Antonio aurait pu prétendre à 49 jours (1 mois et 19 jours) de remise supplémentaires de peine. Et ce n’est pas un courrier de l’avocat qui notifie ce genre d’information, mais bien le greffe pénitentiaire. Cependant, ces éléments relèvent davantage de l’anecdote à côté de ce qui suit.

J’en viens maintenant au plus grand affront que fait cet album à tous les professionnels: à aucun moment, aucune case, aucun phylactère, n’est mentionné le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation. Pourtant constitué de milliers de professionnels qui consacrent tous plus d’un tiers de leur vie à leurs fonctions, il est inexistant dans Prison, alors qu’ils interviennent dans chaque établissement pénitentiaire, et même en milieu ouvert. Créés en 1999, les SPIP ont un éventail de missions centrées autour de la prévention de la récidive. En milieu fermé, les SPIP agissent pour atténuer les effets désocialisant de l’incarcération, maintenir le lien avec l’extérieur, et, très important, préparer la sortie via des projets d’aménagement de peine, tels que décrits par la nouvelle Loi de Programmation de la Justice ainsi que par les Règles Pénitentiaires Européennes. Insertion et Probation, tout est dit dans l’intitulé. Les SPIP participent également à l’évaluation du risque criminologique, afin d’identifier les facteurs de risque et agir sur la réceptivité des personnes placées sous main de justice.

Mais ça, Fabrice Rinaudo semble l’ignorer complètement. Un détenu qui passerait plusieurs mois/années en détention serait nécessairement vu par le SPIP, et pas seulement par des surveillants pénitentiaires et des médecins. Cela relève soit de la mauvaise foi, soit de l’amateurisme le plus caractérisé. Je mets donc au défi l’auteur, de m’affirmer qu’il a bien mis les pieds dans un établissement et qu’il s’est correctement renseigné avant d’écrire son scénario.

Consacrons maintenant quelques lignes sur le fond de l’album, si ça ne vous fait rien. Vouloir dénoncer un système dépassé, des infrastructures vétustes, une Justice indifférente, est une intention louable pour un auteur engagé. Il faut parfois jeter un pavé dans la mare, en espérant que les remous assainiront les consciences et contribueront à faire évoluer les choses. Mais l’auteur se prend les pieds dans le tapis en surjouant un contexte empli de clichés, quelques situations ubuesques qui écornent le caché « réaliste » dont il veut s’affubler, sans oublier une vision quelque peu angélique, voire naïve, du phénomène criminel et de ses composantes.

On ne peut pas nier que la prison a le pouvoir de broyer des individus que rien ne déterminait au départ à intégrer ce milieu. Il faudrait être hypocrite ou de mauvaise foi pour ignorer le fait que beaucoup de détenus relèvent des soins psychiatriques plus que de la détention. La violence est aussi un phénomène intolérable face auquel l’administration se trouve souvent dépourvue. Mais la description qu’en fait Fabrice Rinaudo tient le plus souvent de l’ultracrépidarianisme que de la vision claire et objective de ce microcosme qu’est la prison. Si je tiens ces propos intransigeants, c’est avant tout parce que depuis plus d’une décennie maintenant, je consacre mon énergie au quotidien à lutter contre la récidive (je ne lis pas que de la BD ! 🙂 ), avec les moyens du bord, et pour une fois qu’un artiste s’intéressait à ces enjeux, il se rate et passe à côté d’un pan important, primordial, du sujet auquel il s’est attelé. Ce qui est d’autant plus rageant que le tout est né de l’initiative d’une avocate, Maître Lendom Rosanna, qui n’a même pas été fichue de vérifier que le propos de l’auteur était complet et frappé du sceau de l’authenticité.

On met deux Calvin, essentiellement pour saluer le magnifique travail graphique de Sylvain Dorange et d’Anne Royant.

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Hurlevent #2/3

La BD!
BD de Fred Duval, Nicolas Créty et Jerome Maffre (coul.).
Delcourt (2022), 46p., Série prévue en 3 tomes.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

Malheureusement les défauts constatées sur le premier tome de cette trilogie s’avèrent en réalité des lacunes originelles d’un projet mal ficelé et ce qui titillait l’intérêt s’évapore ici sous les coups de cette menace magique que sont les enfants du magma. Les projets ratés de Fred Duval ne sont pas légion mais l’auteur est sans doute victime soit d’un début de tarissement soit d’une trop grande profusion de projets comme son confrère JD. Morvan par exemple.

Enfants du magma (Les) (par Stéphane Créty, Fred Duval et Jérôme Maffre)  TomeLe worldbuilding, le personnage du noble déchu devenu médecin en mode docteur-justice, le design très châtié ainsi qu’une forme de mystère autour de cette chasse à l’animal sacré étaient autant d’éléments positifs qui permettaient d’attendre d’en savoir plus. La, dans ce second tome, en plus d’une couverture vraiment pas inspirée, la narration explose entre plusieurs groupes qui se retrouvent à parcourir le continent hostile sans que l’on n’entende plus parler du chantier, sans qu’aucun des groupes ne voit son objectif, le tout poursuivi par ces éruptions magmatiques qui fleurent bon le gros deus ex machina jamais préparé, jamais expliqué, jamais intéressant. Les quelques points mis en place volent littéralement en éclat et l’ouverture sur la Capitale et le roi semblent balancés au lecteur sans motivation aucune. On n’a donc plus grand chose à laquelle s’accrocher, les évènements et relations prolongeant simplement ce qui était en place sans apport nouveau et l’on s’ennuie assez ferme sous des tons assez ternes qui ne permettent même pas de profiter des très beaux paysages. Certaines séries sont longues à démarrer, certaines demandent des réglages, Hurlevent semble juste être un projet sans objectif, qui fait quelque peu penser à un autre ratage de Duval, la série Nevada.

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BD·Jeunesse·Nouveau !·**

Green Class #4: l’Eveil

Jérôme Hamon au scénario, David Tako au dessin, Jon Lankry aux couleurs, 54 pages, parution aux éditions du Lombard le 26 aout 2022.

Y-a-t-il un Lovecraft pour sauver l’album ?

 NaïaNoahLucasSatoBeth et Linda sont cinq adolescents marginaux canadiens emmenés aux states par leur éducateur pour une classe verte. Les choses dégénèrent assez rapidement lorsque survient une mystérieuse pandémie, qui transforme les gens en créatures monstrueuses.

Peu de temps après, alors que la quarantaine a empêché nos jeunes sauvageons de regagner leur pays, Noah est infecté par le virus et devient un monstre, d’un genre tout particulier car il a le don de commander aux autres infectés. Cette particularité attire l’attention de l’armée, qui semble impliquée dans cette catastrophe nationale.

Les malversations du gouvernement conduisent ensuite à la mort tragique de Noah, tué par ses congénères infectés. Toutefois, son esprit semble avoir survécu dans un autre plan d’existence, comme le découvre Naïa, qui depuis le début fait tout ce qu’elle peut pour sauver son frère. Le groupe découvre finalement, dans le tome 3, que tout ça est le fait de Lyauthey, un méchant tout de noir vêtu qui a pour projet d’invoquer les Grands Anciens, des divinités cosmiques susceptibles d’annihiler le genre humain. Les infectés, qui répondent en fait au nom de Shoggoths, sont des créations de ces êtres omnipotents, mais leur rôle reste encore nébuleux.

Si vous suivez Green Class, alors vous savez que l’avis de l’Etagère sur la série s’est gentiment dégradé à l’occasion du tome 3. En effet, l’introduction du lore lovecraftien ne s’était pas faite sans mal, en l’espèce au détriment du rythme et de la cohérence de l’ensemble.

Le survival post-apo cède donc le terrain à l’horreur cosmique, mais le souffle de la série semble avoir disparu. L’action s’enlise, entre captures maladroites, fuites désespérées et recaptures, le tout sur un rythme qui se veut urgent mais qui relève finalement davantage de l’hystérie.

L’auteur semble avoir oublié que pour faire avancer l’intrigue, il faut introduire une nouvelle information, qui pousse un ou plusieurs personnages à prendre des décisions et agir en cohérence avec un objectif clair, avant de confronter lesdits personnages aux conséquences de ce choix, ce qui mène à une nouvelle information… et ainsi de suite. Ce tome 4 se révèle donc très laborieux, et le manque de charisme de l’antagoniste n’aide évidemment pas, à tel point qu’il est délicat après lecture de déterminer quel événement majeur est intervenu.

On note aussi un peu de flou concernant le plan du méchant, dont on se doute, sur la base d’une réplique et d’un regard larmoyant posé sur une photo de famille, qu’il a des raisons valables d’agir de la sorte. Son plan général paraît certes compréhensible (invoquer les Grands Anciens), mais sa méthode reste nébuleuse, à moins que je n’ai raté quelque chose. Par quel biais invoquer le portail ? comment compte-t-il communiquer avec eux, quel rôle précis jouent les Shoggoths ?

Malheureusement, sur ce coup, l’abondance des interrogations a tendance à diluer l’intérêt du lecteur plutôt que d’éveiller sa curiosité.

Côté graphique en revanche, David Tako demeure irréprochable et constitue l’atout principal en cette période délicate pour la série. L’intervention de Jon Lankry sur les couleurs permet d’ajouter un tonalité crépusculaire qui sied bien au ton de l’album.

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Le troisième œil #2: le veilleur du crépuscule

La BD!
BD d’Olivier Ledroit
Glénat (2022), 144 p., série prévue en 3 volumes.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Ce second tome (sur trois) est l’exemple caricatural de ce que peut donner un dessinateur de talent en roue libre et sans contrainte ni d’un scénariste ni d’un scénario et repose la question du rôle de l’éditeur dans la cohérence d’un projet éditorial. Car ce Troisième œil ne semble pas être un projet éditorial mais uniquement une envie graphique. Situation étonnante lorsqu’on se souvient qu’après la trilogie Sha, Ledroit s’était aventuré sur une série SF post-apo en solitaire qui s’était arrêtée au tome un faute d’un lectorat suffisant et un parti pris risqué. Le troisième oeil tome 2 - BDfugue.comSérie injustement avortée qui jouissait d’une structure scénaristique très correcte, cette Porte écarlate fera peut-être réfléchir l’auteur alors qu’il entame le tome de conclusion d’une série où il aura mis pas moins de deux-cent pages avant de commencer son histoire. De mémoire de lecteur BD je n’ai jamais vu un tel phénomène (hormis sans doute en manga), qui risque fort logiquement de dissuader beaucoup de monde de s’aventurer sur une série aussi bancale. C’est bien simple, si le premier tome (de cent pages) correspond à l’ouverture d’un album généralement réglée en une dizaine de planches, le second met le même nombre de planches (certes très belles) à reproduire grosso-modo la même structure: une itinérance nocturne semi-psychédélique à contempler à travers son troisième œil le paris occulte et le voile surnaturel qui couvre notre monde. On pourra reconnaitre la tendre histoire d’amour qui donnera au héros un motif de se battre (les passages les plus solides au niveau de l’intrigue, les plus impliquant et, guère surprenant, les plus solides graphiquement) et des combats très brefs, avant de déclencher les personnages secondaires, l’enquête de police sur les cadavres étranges et les antagonistes quarante pages seulement avant la conclusion…

Cette chute très crue, lorgnant vers la radicalité d’un Requiem Chevalier-vampire, n’est certes pas fine (on aura oublié avec Wika combien Ledroit règne sur un monde de cuir gothique nihiliste) mais a enfin les atours d’une BD et donne envie de Preview] Le Troisième OEil T2 - Le Veilleur du crépusculedémarrer enfin cette série. L’avantage c’est qu’avec l’inflation vraisemblable on peut s’attendre à cent-cinquante voir deux-cent pages d’un combat chaotique grandiloquent qui peut suffire à sauver in-extrémis cette trilogie. Les cadres sont là et hormis l’interrogation du pourquoi des deux-cent pages perdues on est parés pour un gros ride sous acide bien gore, bien déviant, pour un apocalypse new-Age en grande pompe. Les quelques fulgurances de mise en scène et la liberté absolue de l’auteur peuvent laisser optimistes et la qualité indéniable des planches devraient suffire à trainer les réticents. Pour la cohérence générale et la place prise sur les étagères on demandera une immense tolérance. A ce stade on est donc sur le fil entre la possibilité d’une bonne série et l’achèvement d’un nanar psycho-ésotérique. Morale de l’histoire: l’équilibre scénariste-dessinateur est souvent justifié…

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BD·Nouveau !·**

Convoi

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BD de Kevan Stevens et Jef
Soleil (2022), 114p., one-shot.

J’ai découvert Jef récemment, en 2021 sur son trip sous acide Gun crazy. Extrêmement productif il a remis le couvert en ce début d’année sur l’excellent Mezkal, accompagné déjà de Kevan Stevens. Chez Jef un album ça fait minimum cent pages. Et on ne peut pas dire qu’il chôme tant le découpage est travaillé et les cases fourmillant de détails. Pourtant il faut parfois savoir faire court, surtout quand le projet est simple.

Convoi (Jef)- ConvoiCar ce Convoi au titre aussi limpide que son pitch, se résume en une course folle à la sauce Mad Max Fury Road matinée de dialogues tarantinesques fatigués. Le chef d’oeuvre de George Miller a fortement inspiré la galaxie des artistes graphiques et on comprend bien que certains aient eu envie de se faire un petit plaisir coupable. Le problème c’est que dans un Mad Max l’épure scénaristique s’appuie sur une virtuosité graphique. Jef est un bon dessinateur, là n’est pas le problème. Mais son dessin rapide s’inscrit dans un univers personnel et peut devenir lassant sur des plans larges et des étendues grises désolées. Je ne sais pas quand a été réalisé cet album mais l’on sent un niveau d’implication bien moindre que sur le précédent Mezkal où l’émotionnel nous touchait malgré l’habillage défouloir.

De même, les dialogues à la cons à base de grossièretés et de bons mots ne font pas un album et finissent par devenir lassant en donnant l’impression d’avoir confié les textes à un collégien en rupture scolaire. L’esprit fou de cette France post-apo se reflète dans ces dialogues comme dans les trognes totalement débiles des marionnettes qui font office de personnages. En roue libre, les auteurs nous abreuvent de critiques tous azimut sur les exagérations de notre société en fin de cycle, du végétarisme aux interrogations sur le genre. En 2074 les pingouins parlent, les poissons fument, les frères Bogdonaff sont trois, l’héroïne porte le blouzon de Michael Jackson sur Thriller et Tortue Géniale dirige une place-forte en zone iradiée…

Illustrant la formule qu’un concept ne fait pas un scénario, les deux auteurs du Convoi échouent là où ils avaient réussi en début d’année pour une raison simple: Mezkal s’appuie sur un scénario habillé de WTF quand le convoi pose un WTF en se dispensant de scénario. Si vous voulez du délire lisez Gun Crazy, si vous voulez un film lisez Mezkal. Si vous êtes archi-doingues des Wasteland le Convoi peut se tenter. Pour les autres on attendra un projet plus solide.

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**·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Lord Gravestone #2/3: Le Dernier Loup d’Alba

La BD!
BD de Jérôme Le Gris et Nicolas Siner
Glénat (2022), 55p., 2/3 tomes parus.

Attention spoilers!

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Zut, mille fois zut! J’ai une vraie tendresse pour Nicolas Siner, aussi talentueux qu’adorable et modeste et étais ravi de voir enfin arriver une nouvelle série aussi assumée dans le registre gothique. Malheureusement, si le premier tome réussissait parfaitement son entrée en matière entre fan-service vampirique et background travaillé, cet album charnière tome assez à plat en ne parvenant pas à relier l’introduction au combat final contre l’empereur du Mal. L’action tonitruante précédente laisse ici la place à une fort longue convalescence du héros Hauts-Loups d'Alba (Les) (par Jérôme Le Gris et Nicolas Siner) Tome 2 de lamordu une fois par Camilla la vampire qui cherche à se venger de sa lignée mais qui va commencer à douter de la malfaisance de ce chasseur de dentus. Outre un rythme qui oublie d’alterner révélations historiques, action et scène intimistes pour laisser dérouler une assez interminable romance dans un château en ruine, l’intrigue tombe dans pas mal d’incohérences logiques: des loups-garou du titre on n’en entendra finalement guère parler, de la redoutable vampire transformée en douce servante on a du mal à imaginer le cœur guimauve qui la fait désobéir à la loi de la Nuit,… Alors soyons juste, de belles idées surgissent comme cet état d’Incube en sursis entre l’état d’homme et celui de vampire et les dessins magistraux de Nicolas Siner qui nous plongent dans une Ecosse où le jour ne semble jamais se lever. C’est d’autant plus dommage que l’on voit bien où voulait en venir Jérôme le Gris dans un format ternaire en faisant de cet héritier lisse un héros tragique en rupture avec son héritage, en liant le bon et le mal. Mais il semble se prendre les pieds dans son déroulé, gardant sans doute trop pour le final ce qui aurait dû alléger la linéarité sur ce second tome. Rien n’est perdu puisqu’avec un joli matériau graphique comme thématique la pente peut être remontée sur le final. Surtout avec une conclusion qui replace un état dramatique nécessaire en rendant le héros soudain plus intéressant. Le rythme est décidément un bien dur exercice en matière de scénario…

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