**·***·*****·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

BD en vrac #29: Maudit sois-tu #3 – Les 5 terres #7 – Machines de guerre #5

Bienvenue pour une nouvelle semaine BD sur l’Etagère! Comme vous le constatez pas de C’est lundi… mais désormais des billets tout ce qu’il y a de plus classiques (je reviendrais sur ce changement dans le prochain bilan mensuel, qui remplacera ce rendez-vous hebdomadaire.

Au menu donc, trois albums de séries, avec la conclusion du très littéraire Maudit sois-tu par le prolifique et très en vue Philippe Pelaez, le commencement du nouveau cycle des 5 terres et une découverte sur le thème des tank…

Demain ce sera le retour des tortues pizzavores, mercredi un docu sur la répression à Hong-Kong, jeudi un Batman (… on se rapproche du film!), vendredi un nouveau Kurosavoir sur Marie-Antoinette, samedi des manga en vrac et dimanche mon retour sur la série d’animation phénomène, Arcane sur Netflix!

C’est parti!…

    • Maudit sois-tu #3: Shelley (Pelaez-Puerta/Ankama) – 2022, 54p., série achevée en 3 tomes.

bsic journalism

Merci aux éditions Ankama pour leur confiance!

couv_438633

Nous voici arrivés à la conclusion-début de ce projet un peu fou et diablement ambitieux de Philippe Pelaez. Si le second tome centré sur l’amour dramatique de Mary Shelly pour John Polidori (premier à utiliser le personnage du vampire dans la littérature fantastique) avait paru un peu redondant avec le premier, cette conclusion change radicalement de trame pour adopter le schéma de l’amant maudit dans une approche résolument dramatique et romantique. Si l’on peut saluer le changement, on perd l’efficacité de ces groupes de personnages historiques et du savant fou pour ne garder que la passion folle de Polidori pour sa belle. L’album a le mérite de boucler parfaitement avec le récit précédent  (et valide le cahier des charges initial dans une technique scénaristique assez brillante) mais nous perd un peu notamment du fait des problèmes de visages issus de la technique photographique de Carlos Puerta. La relecture a minima du second tome et au mieux des trois volumes dans l’ordre chronologique sont absolument conseillées mais malgré ces liens ce troisième tome apparaît comme le plus faible du fait de la disparition de l’aspect fantastique et de la chasse, axe fort du projet depuis le début. Proposant un texte très inspiré et extrêmement agréable à lire, Pelaez pèche sans doute par une pointe d’élitisme, bien peu de ses lecteurs auront initialement la connaissance littéraire pour apprécier toutes les références aux personnages et à leurs œuvres. Maudit sois-tu n’en reste pas moins un projet inclassable, particulièrement ambitieux, qui s’il ne s’accomplit que moyennement, propose tout de même une très belle immersion dans l’âge du gothique passionné…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

  • Les 5 terres #7 (Collectif/Delcourt) – 2021, 58p., cycle 1 achevé. Cycle 2 1/6 tomes parus.

bsic journalism

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_436146

La fin du cycle d’Angléon (les félins) voyait le retour de l’otage Kéona dans son pays de Lys. Ce second cycle parmi le peuple primate entame directement à sa descente du bateau alors qu’elle est accueillie avec une très froide étiquette par la famille royale. Mais c’est bien la retour de la terrible Alissa que l’on suivra dans ce volume. Enfermée depuis cinq ans, la chef du clan du sistre qui règne sur les bas-fonds de cette société matriarcale, sa colère et sa force ne demandent qu’à exploser…

Le changement dans la continuité, le projet des 5 Terres ne me rendait pas particulièrement inquiet (et même plutôt impatient) à ce changement de continent. Intrigué de savoir comment les auteurs allaient relier les différents cycles, on est désormais rassurés: la continuité chronologique n’est pas rompue et l’enjeu sera bien plutôt d’entrecroiser les différentes intrigues. Si Angléon avait proposé quelques échappées chez les reptiles et chez les ours, on reste ici très concentré quasiment exclusivement dans la grande cité et très fixés sur cette Alissa que je n’ai pas trouvé très charismatique. Si la technique rutilante de la série reste évidente, on est moins enjoué à la conclusion de ce premier tome, pour plusieurs raisons. Tout d’abord l’utilisation des types de singes semble moins riche que chez les félins, rendant les personnages graphiquement moins intéressants. Si les multiples intrigues ne nous perturbent plus guère, cela semble moins fort que précédemment, moins prenant, en raison d’un enjeu qui nous échappe encore grandement. Hormis le couple à la recherche d’un remède pour son enfant, peu d’émotion transparaît dans ce début de cycle. Enfin, l’idée d’une société matriarcale s’incarne de façon évidente dans la langue avec ce parti-pris très perturbant de changer la faveur masculine du collectif par un féminin. Le texte en devient très étrange à lire, ce qui ne doit pas faciliter l’immersion. Fausse bonne idée ou coup de génie? Encore trop tôt pour le dire mais il est certain qu’il faudra d’autres concrétisations de cette innovation pour en faire autre chose qu’un gadget.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

  • Machines de guerre #5: Le Loup gris (Pécau-Mavric/Delcourt) – 2022, 56p., série de one-shot en cours

bsic journalism

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_438728

Jean-Pierre Pécau s’est spécialisé depuis pas mal d’années dans les séries semi-historiques basées sur des uchronies notamment sur la période de la seconde guerre mondiale. Avec Les machines de guerre il propose ainsi depuis 2016 des one-shot à la gloire des plus célèbres tank du conflit mondial. On passera sur une fascination militaire qui peut intriguer (mais apparemment ça se vend bien…) pour aborder cet album pour ce qu’il est. Traitent d’un prototype de méga-tank jamais utilisé sur le terrain d’opération et illustrant le délire de puissance du régime Nazi et d’Hitler, ce Loup gris nous plonge sur le Front Est au sein du camp russe où une commandante de tank va tenter de chasser ce fantôme qui semble apparaître et disparaître en semant la mort sans résistance possible parmi les troupes rouges. Comme beaucoup de récits de chasse on prend plaisir à cette immersion à la fois réaliste dans une dureté du régime soviétique où tout soldat devait sa vie pour la cause à l’aspect du thriller vaguement mystique. Adoptant le thème du croquemitaine, l’histoire permet aux auteurs de faire joujou avec plusieurs tank où l’on découvre les subtilités des manœuvres de ces engins si particuliers. On notera quelques enchaînements de découpage capricieux mais les dessins sont très réussis dans un genre réaliste-historique même si l’on reste loin de la virtuosité en technicolor d’un Romain Hugault et ses avions. L’album s’achève (un peu en ornière je dois dire…) avec un cahier technique qui revient sur les éléments techniques de la conception de ce mastodonte allemand. Au final on a là un album qui se laisse lire sans déplaisir même s’il passionnera surtout les fana de technique militaire. A noter tout de même une maquette particulièrement originale et élégante pour cette collection.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

**·Comics·East & West·Nouveau !

King in Black

esat-west

Mini-série en quatre volumes, avec Donny Cates au scénario, secondé par Jason Aaron, Al Ewing, Clay Mc Leod Chapman, Seanan Mcguire, Christopher Cantwell, et Torunn Gronbekk. Au dessin, Ryan Stegman, Danilo Beyruth, Vakueva, Nina, Vilanova, Guiu. Parution en France chez Panini Comics, de juillet à octobre 2021.

Les symbiotes ça dépote

Tiré de son sommeil millénaire par Kletus Casady, tueur en série plus connu sous le nom de Carnage, le dieu des symbiotes, Knull, s’est dit qu’il était temps de rendre une petite visite à la planète bleue, histoire de la raser entièrement à l’aide de son armée de symbiotes dragons et de sa célèbre Nécro-épée. La Terre, qui se remet à peine de la guerre entre les Skrulls, les Krees et les Cotatis (confère War of the Realms), doit mobiliser une nouvelle fois ses héros pour faire face à cette menace.

Ce sont donc encore une fois les Avengers dans leur entièreté qui vont se dresser, mais également les X-men et les Quatre Fantastiques, menés de façon étonnante par Eddy Brock, le fameux Venom, réuni pour la première fois depuis longtemps avec son symbiote éponyme. Pour les lecteurs peu familiers du marvelverse, les symbiotes, dont le véritable nom est Klyntars, sont une espèce vivante intelligente et semi-parasitique, dont les individus doivent, pour survivre, se lier à un hôte dont ils amplifient les capacités.

Après des décennies de mystère quant aux origines véritables des symbiotes, on découvre qu’ils ont été créés par Knull, une entité primordiale personnifiant l’abysse qui précédait la création. En guerre contre les Célestes à ce sujet, Knull a façonné la Nécro-épée, le tout premier symbiote, pour décimer les géants de l’espace au cours d’une guerre cosmique. Blessé, Knull perdra un temps son arme, qui atterrira plus tard dans les mains d’un certain Gorr, qui donnera du fil à retordre à Thor. Trahi par ses symbiotes, Knull sera enfermé par ces derniers, qui se sacrifieront en masse afin de l’emprisonner dans une gigantesque structure symbiotique, qui de loin pourrait passer pour un corps astral, la fameuse planète Klyntar.

Donc, réveillé par les machinations de Carnage, Knull se dirige vers la Terre, ayant quelques comptes à régler avec certains de ses habitants. Nos héros parviendront-ils à lutter encore contre cette armée de monstres et leur invincible créateur ?

La saga commence par le grand débarquement de Knull et de ses symbiotes-dragons. Décrit comme une menace mortelle depuis plusieurs mois maintenant, son retour a effectivement de quoi être attendu par le lecteur. Nos héros, résolus à sauver le plus de monde possible, lancent une frappe préventive en utilisant les carcasses piégées de vaisseaux krees et skrulls encore en orbite autour de la Terre après les évènements de War of the Realms.

L’attaque ne fait que ralentir la progression de Knull, c’est pourquoi Captain America prend les devants et joue son va-tout en envoyant Sentry. La sentinelle dorée, figure controversée du marvelverse, va rapidement faire les frais de ce mécanisme narratif, qui veut que pour établir à quel point un antagoniste est badass, il doit mettre au tapis un personnage réputé puissant (pensez par exemple à Thanos au début d‘Infinity War, qui met une raclée à rien de moins que Hulk, dont ce sera la seule véritable défaite durant tout le MCU). Après avoir connu les affres de la mort et de la résurrection et démontré son incapacité à mourir (Thor l’a jeté dans le Soleil à l’issue de la saga Siege, et ça n’a pas suffi à l’époque), Sentry se voit infliger une mort tout à fait ironique, car elle rappelle simultanément deux de ses grands moments, à savoir la fois où il a déchiré Carnage en deux (New Avengers), et celle où il a fait la même chose à Arès (Siege).

Une fois cette formalité accomplie, on passe à la phase suivante qui veut que tout dégringole assez rapidement. Knull englobe la Terre dans un impénétrable dôme symbiotique et entreprend la dévastation de la planète. Il prend également possession, via ses symbiotes, de la première vague de héros, ne laissant que quelques survivants pour affronter ses hordes. Eddy Brock, quant à lui, était visiblement destiné, par Donny Cates, à être le protagoniste de cette saga de crise, celui qui, après une franche rédemption, œuvrerait pour vaincre Knull. Mais Cates crée la surprise en supprimant son héros dès le début de la crise, peu après que toutes les options prévues par les héros aient échoué.

Des ténèbres sorties de Knull-part

Le reste de l’histoire est réparti dans des ties-in, qui narrent les évènements secondaires se déroulant durant l’invasion des symbiotes: Spider-Gwen, munie d’un symbiote artificiel, affronte son amie Mary Jane possédée par un nouveau Carnage, tandis que le Black Knight affronte les monstres en Chine et attire l’attention de Knull en utilisant sa Lame D’Ébène, Spider-Man se demande comment affronter cette catastrophe dont il se sent responsable, Black Panther défend son pays comme à l’accoutumée et les Valkyries découvrent l’origine de la puissance de la Nécro-épée.

Pris dans leur ensemble, ces ties-in n’ont qu’un intérêt tout relatif, et peuvent même, dans certains cas, contredire la série principale. Ainsi, dans le numéro 3, le Silver Surfer déplore que le dôme symbiotique qui emprisonne la Terre soit infranchissable, alors que Black Panther, dans son tie-in, parvient à y percer un trou bien avant l’arrivée du Surfeur.

La série principale quant à elle, manque assez cruellement d’originalité, puisqu’encore une fois, elle met en scène un vilain surpuissant sans respecter la continuité ni les échelles de puissance, et qui n’affiche pas un charisme extraordinaire. Pour tout dire, Knull, qui était mentionné depuis un long moment et dont on était censés redouter la venue, s’avère unidimensionnel, relativement plat et les quelques apparitions qu’il fait ne sont pas de nature à marquer les esprits.

C’est d’autant plus regrettable lorsqu’on considère la montée en puissance et l’accumulation de tension dramatique dont il avait fait l’objet jusque-là. Pire encore, la résolution, qui intervient dans le cinquième numéro présent dans le quatrième volume, a de forts relents de deus ex machina. En effet, Donny Cates, ne sachant certainement plus comment se dépêtrer de son tout-puissant vilain, utilise sa carte « continuité rétroactive » (je déteste cette carte) pour sortir de son chapeau la Force Enigma et en faire l’opposé de Knull, dans un affrontement classique de lumière vs ténèbres. Mieux amené, cela aurait pu être une bonne révélation, si on ignore le fait que dans la continuité classique, les hôtes successifs de Captain Universe n’ont jamais été montrés comme étant mûs par le besoin de lutter contre les symbiotes ou les ténèbres de Knull.

Nous sommes donc dans un cas assez classique de « Sorti du chapeau » qui finit d’enfoncer le clou mortifère dans le cercueil symbiotique. Tel qu’il est écrit, Knull est soit invincible pour on ne sait quelle raison et tue des personnages dont le niveau de puissance préétabli ne devrait pas le permettre, soit il meurt en quelques pages après un power-up de dernière minute sorti de nulle part.

Vous l’aurez compris, inutile de vous encombrer avec les quatre volumes de King in Black, qui déçoit par de nombreux aspects après une préparation qui était pourtant prometteuse.

note-calvin1
note-calvin1
**·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Farcry, les larmes d’Esperanza

La BD!
BD de Mathieu Mariolle, Salahdin Basti et Afif Khaled
Glénat (2021), 96p., One-shot.

couv_438321

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur fidélité.

Après quelques tentatives de manga Isekaï me voilà à essayer un album parfaitement calibré, commercial, ce qu’on appelle une commande. On pourra appeler cela un projet crossmedia. Le fait est surtout qu’avec un vivier de gamers dans ce qui est depuis quelques années la première industrie culturelle mondiale, la major du jeu vidéo Ubisoft et l’un des premiers éditeurs de BD mondiaux s’associent pour un album en forme de prologue au jeu. De là à dire qu’il s’adresse principalement voir exclusivement aux joueurs de Farcry il n’y a qu’un pas que je franchis sans hésiter…

Far cry- Far cry - Les larmes d'EsperanzaEntendons nous bien, dans l’industrie culturelle des projets calibrés ne veulent absolument pas dire mauvaise qualité (pour preuve les franchises cinéma telles que le MCU ou Starwars) et avec une équipe d’auteurs chevronnés et l’envie d’une aventure fun on pouvait tout à fait avoir un bon blockbuster BD de la fin d’année dernière (l’album est sorti deux mois après le jeu). Je ne connais pas la franchise vidéoludique mais crois savoir que le point commun est l’envoi d’un mercenaire dans des pays exotiques en proie à une dictature bien cracra. C’est l’histoire qui nous sera ici contée.

Le premier élément qui dénote dans la BD est l’aspect graphique surprenant puisqu’outre l’utilisation de trames destinées à donner un aspect vintage, la colorisation se fait en aplats qui écrasent pas mal une ambiance que les graphismes des jeux veulent très lumineuses et colorées. Le parti pris graphique est donc décevant tant le très bon dessinateur Afif Khaled nous a habitué à des planches très numériques et chatoyantes dans ses précédents réalisations. Le dessin paraît souvent figé notamment dans les séquences d’action, ce qui est problématique pour un projet loisir. Ensuite le texte et l’intrigue semblent issus… d’un jeu vidéo (oui je sais c’est cliché, plein de jeux vidéo ont aujourd’hui des scénarios bien plus intéressants que pas mal de films…). Le côté caricatural des personnages et des postures ne sont pas en cause (série B oblige) mais un certain nombre de réparties sont très attendues et un peu lourdes. En outre on sent régulièrement le cahier des charges liant probablement la BD et le jeu. Enfin et surtout, le personnage principal qui devait être la carte maîtresse  du projet (un expert es guérilla alcoolique et doté d’une boule de cristal) n’est pas spécialement accrocheur. Au final on a donc un album de consommation très banal qui pourra mériter une hausse de la note pour les amateurs de la licence Ubisoft mais donc la lecture sera difficile à justifier pour les « simples » lecteurs de BD.

note-calvin1note-calvin1

**·***·****·*****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #24: Dragonball Super #15 – Shangri-la Frontier #2 – Alma #4 – Centaures #6 – Fullmetal Alchemist (perfect) #9

esat-west

Attention très grosse fournée manga aujourd’hui pour rattraper un retard important pris en fin d’année! Des séries en cours avec quelques déceptions et de surprenants anciens qui font de la résistance…

  • Dragonball Super #15 (Toriyama-Toyotaro/Glénat) – 2021, 192p., 15/17 volumes parus.

bsic journalism

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

dragon_ball_super_15_glenatDécidément quelle capacité de rebondissement chez maître Toriyama! Alors que le précédent tome paraissait mener vers un ultime essoufflement, ce quinzième remets avec malice une pièce dans la machine… La fin du combat contre Moro d’abord, qui arrive, chose incroyable, à proposer de l’originalité (vous aurez du mal à me croire je sais…) avec encore de très bonnes idées qui, insérées entre les poncifs, maintiennent le plaisir de lecture et le suspens des combats. Puis l’on bascule soudain sur un tout autre arc. Ces ruptures brutales font toujours bizarre mais en changeant radicalement le contexte, les personnages et le style dans un braquage spatial digne des meilleurs films d’action, l’auteur nous accroche immédiatement. On apprendra plus tard que ce nouvel arc est le premier de la série SUPER à être totalement décroché des animés et c’est plutôt bon signe tant certains volumes ont paru forcés par un cadre contraint. On va donc retrouver les Sayan (oui-oui, il, semble en rester) et un adversaire du passé convoqué de manière cohérente à notre plus grand plaisir. Une fraicheur qui pousse jusqu’à quatre Calvin, une sacrée perf pour une série aussi éculée!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

  • Shangri-la Frontier #2 (Katarina-Fuji/Glénat) – 2021, 192p., 2/6 volumes parus.

bsic journalism

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

shangri-la_frontier_2_glenatTrès sceptique sur tout manga se réclament du genre Isekai j’avais été obligé de reconnaître la pertinence du choix de Glénat de publier ce qui est calibré comme un blockbuster.

Je ne vais pas m’attarder sur le scénario (on reste intégralement à l’intérieur du jeu pendant ce volume) mais insisterais sur la grande qualité de dessins d’une lisibilité remarquable que ce soit dans les incessantes séquences de baston que dans la présentation des personnages, lieux, et tout ce qui fait ce jeu de rôle massivement multijoueur. La richesse du système et de l’univers donne vraiment le sentiment de lire un guide illustré d’un jeu existant réellement. On se demande d’ailleurs si les auteurs n’ont pas produit cette série dans le seul but d’être recrutés par un studio de jeux vidéo majeur! Hormis les allergiques à la logique du gaming (qu’on peut résumer par: découvrir, optimiser, combattre, discuter), tout le monde se prendra au jeu d’une série qui confirme sa grande proximité avec le franco-belge Bolchoi Arena (avec la part dramatique en moins). Ce second opus confirme donc totalement la bonne réception du premier et déroule sans forcer, avec plaisir, sans réfléchir. Du très bon manga détente dont j’attend la suite.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

  • Alma #4 (Mito/Panini) – 2021, 208p., 4/4 volumes parus.

alma-4-paniniLe volume se compose donc de la conclusion de la série plus neuf pages d’illustrations bonus, une Bible d’univers de trente pages, d’une post-face sur la genèse et de l’histoire courte qui a donné naissance à la série.

Très bien commencé, un peu empêtré en son milieu, Alma se conclut un peu piteusement avec un final centré sur Trice et sa rencontre avec Ray, en forme de flashback. Doté de références patchwork, peinant à donner une ligne claire et se perdant par moment dans des réflexions compliquées, Alma est le type de première œuvre très ambitieuse mais dont l’auteur n’aura pas maîtrisé tout le potentiel. Ce final n’est pas inintéressant mais une fois les révélations majeures sorties dans le volume précédent on se perd un peu dans des prolongations qui semblent superflues et un message type des manga pour ado et leur message de vie… Dommage, certains design étaient vraiment élégants et quelques idées sur la post-humanités inspirées. On attendra donc la prochaine série de l’auteur qui aura sans doute muri et son trait et son propos.

note-calvin1note-calvin1

  • Centaures #6 (Sumiyoshi/Glénat) – 2021, 192p., 6/6 volumes parus.

bsic journalism

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

centaures_6Même constat que sur le cinquième tome (qui ouvrait le dernier cycle de la jeunesse) et sur Ashidaka: l’autrice bourrée de talent a bien du mal à mener de front autant de projets et sa grande technique ne suffit pas à habiller des pages résolument vides et à l’apparence de crobars (certes très élégants mais vraiment rapides). En outre ce volume est scindé en son milieu entre la fin de l’histoire de Matsukasze (nous expliquant comment le jeune centaure un peu benêt est devenu le démon rouge qui terrorise les humains) et celle de Kohibari. Frustrant car on arrive un peu tard sur ce personnage qui ne nous apprend guère plus que le premier cycle sur son origine. Ce volume semble avoir été réalisé sur la forme d’historiettes prolongeant les précédents, avec ici pour objet de reboucler avec des premières pages de la série certes percutantes mais un peu abruptes. On lui saura donc gré de rendre plus intelligible le premier tome (avec nécessité de le relire donc!) mais il faudra vraiment qu’avec la fin de cette série l’autrice se recentre et prenne le temps de finaliser ses albums. Son talent l’exige!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

  • Fullmetal Alchemist (Perfect edition) #9 (Arakawa/Glénat) – 2021, 308p., 9/18 volumes parus.

bsic journalism

Merci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

fullmetal_alchemist_perfect_9_kurokawaCoup de coeur! (1)Last but not least, vous avez sous les yeux braves gens pas moins que le meilleur tome de FMA depuis le commencement (jusqu’ici en tout cas)! Dans une lente progression, la saga de Arakawa est passée tranquilou-bilou de trois à quatre Calvin avant d’aboutir à ce coup de cœur de noirceur qui exploite l’action incessante et les cliffhangers éhontés (mais tellement savoureux) pour nous laisser en apnée sur des révélations majeures. A la moitié de la série il fallait bien cela! On dira que tout le dramatis personae est en place et que la grande bataille peut commencer, avec des héros multiples et dans de beaux draps. Maîtrisant comme personne la nécessité de produire de magnifiques méchants, l’autrice nous envoie Ed dans un combat rageur contre Glutony avant de le confronter à nouveau avec la Porte. Le roller-Coster émotionnel est à son comble et si certains volumes ont parfois trainé en explications politiques, il ne faut ici pas moins des trois-cent pages pour avancer ce tome bourré d’action. Il est très rare que je mette une telle note à un shonen et l’édition décidément superbe apporte en outre des informations très intéressantes sur les personnages dans les croquis inclus sur la reliure.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

**·***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

BD en vrac #26: Nautilus #2 – La chute #2

La BD!

 

  • Nautilus #2: Mobilis in Mobile (Mariolle-Grabowski/Glénat) – 2021, 54p., 1/3 volumes parus.

bsic journalism

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

couv_431435Le premier Nautilus avait été une des excellentes surprises du printemps. Seulement quelques mois plus tard Mariolle et Grabowski (pour sa première BD!) ne nous laissent pas moisir comme le capitaine Némo et dévoilent enfin le mythique Nautilus! Et quel design les enfants! Le cahier graphique final laisse à ce sujet quelques points de frustration tant le dessinateur s’est régalé à créer l’intérieur du célèbre vaisseau sous-marin, dont on ne voit finalement que quelques éléments mécaniques (peut-être pour le grand final?) mais dont la coque est remarquablement élégante. Si l’intrigue de ce second volume peut paraître plus linéaire et moins surprenante que l’ouverture (en se résumant à une chasse avec pour but de découvrir le traître à bord…) on profite néanmoins de belles joutes verbales entre le héros et le sombre capitaine, pas aussi flamboyant qu’attendu mais parfaitement construit psychologiquement. Moins surprenant que le premier volume, cette suite semble aussi légèrement moins solide graphiquement, avec des décors intérieurs et sous-marins qui n’aident pas forcément. On reste cependant dans de la BD de grande qualité, de la grande aventure que l’on aimerait voir plus souvent dans le neuvième art. Vite la conclusion!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

 

  • La chute #2 (Muralt/Futuropolis) – 80p., 2021

couv_413919Sorti en plein début de crise du COVID le premier tome de La Chute avait beaucoup fait parler de lui, avec son style très documentaire, rugueux, sur les premiers jours du déclenchement d’une crise sans zombies ni guerre civile. Une pandémie normal, réaliste, froide. L’arrivée de se second tome et sa très belle couverture était donc attendu… et douche un peu les attentes. Après une entrée en matière dynamique menant ses personnages vers les montagnes dans une ambiance inspirée par le chef d’œuvre La Route, l’auteur semble patiner dans la neige en centrant sa focale sur l’ainée de la fratrie alors que le père blessé sort du jeu. Refusant toute violence graphique cinématographique, Muralt installe sa pesanteur dans la situation psychologique d’un chacun pour soi et d’une dureté relationnelle. Sur ce point on ressent la détresse des deux enfants. En revanche le contexte est un peu vaporeux avec ce village pas vraiment fortifié mais rejetant tout de même ce qu’ils appellent les « touristes » les citadins fuyant les villes ». Faute peut-être d’une caractérisation plus lisible et de dessins plus précis, on a le sentiment que la situation n’avance guère et l’on finit par s’ennuyer un peu. Espérons que l’auteur rebondisse après cet intermède peut-être nécessaire dans son scénario mais trop étiré sur quatre-vingt pages car son projet est sérieux et reste intéressant.

note-calvin1note-calvin1

 

**·****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #23: Eden #5 – Ashidaka #3

esat-west

  • Ashidaka #3 (Sumiyoshi/Glénat) – 2021, 192p., série en cours 3/4 tomes parus.

bsic journalism

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

ashidaka_3-glenatOn enclenche la troisième pour cette série que l’autrice aligne en même temps que sa grosse série Centaures. On avait laissé Ashidaka sur un très gros cliffhanger contre un adversaire au design impressionnant. Dans ce volume très orienté action et qui laisse très peu de place au développement d’un scénario on retrouve les mêmes marqueurs fortement shonen et les mêmes limites, à savoir une lisibilité souvent très moyenne dans l’action et des arrières-plans totalement dépouillés. La perte des textures et environnement forestier foisonnant de Centaures donne des planches où la virtuosité technique réelle de l’autrice ne compense pas une rapidité de réalisation qui risque de faire tiquer. Le déroulé alterne donc entre des apparitions de nouveaux personnages qui à la manière d’un jeu vidéo, ponctuent la progression, où la volonté hors norme et la bonté fondamentale du héros fait face à un nihilisme conflictuel de ses antagonistes. Le personnage en prend plein la poire face à des méchants vraiment très forts et plutôt bien caractérisés. C’est très simple, un peu court et les quelques très beaux dessins de personnages, le design techno-organique franchement intéressant dans ses possibilités et le groupe de guerriers plutôt réussis suffisent à peine à justifier de continuer une série qui doit passer la vitesse supérieur assez vite pour ne pas lasser.

note-calvin1note-calvin1

  • Eden, it’s an endless world #5 (Endo/Panini) – 2021, 5/9 volumes parus.

eden_perfect_edition_5_paniniChoc annoncé, le cinquième Perfect d’Eden nous balance d’entrée de jeu dans une prise d’otage qui confirme la grosse avancée dans la connaissance du background géopolitique. Il faut dire qu’on est déjà à la moitié de la série et on appuierait presque sur les freins tellement la perspective de se rapprocher de la conclusion… On connaît désormais la méthode scénaristique d’Hiroki Endo qui nous fait sauter sans coup férir d’un personnage à un autre, sur des ellipses de plusieurs mois voir années, voir sur la disparition brutale régulière d’un personnage. C’est diablement efficace et l’intelligence de l’auteur qui n’est plus à démontrer (il suffit de lire ses réflexions en fin de volume) rend chaque dialogue, chaque sujet abordé, passionnant. Les séquences d’action sont absolument énormes, les thèmes SF très réalistes et l’envie de proposer une anticipation quasiment documentaire  permanente. On sent la documentation importante de l’auteur qui apporte un sérieux mais sait aussi proposer de l’humour avec ce nouveau personnage de flic que l’on a très envie de suivre. La qualité des personnages d’Eden fait qu’il est quasi impossible de savoir si untel sera un personnage secondaire, deviendra central, ou disparaîtra subitement. Eden est une immense série, de celles qui rendent l’attente très très longue…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

**·BD·Nouveau !·Service Presse

Carthago #13 : Abzu est notre seul dieu

La BD!

Treizième tome de 52 pages de la série écrite par Christophe Bec et dessinée par Ennio Bufi. Parution chez les Humanos le 03/11/2021.

bsic journalism

Merci aux Humanos pour leur fidélité.

We’re gonna need a bigger world

Après s’être accordé le temps nécessaire à un flashback (tomes 11 et 12), Carthago revient à ses moutons, ou plutôt à ses requins-géants-dévoreurs-de-moutons. Dans le tome 10, nous assistions à un contact historique entre l’Humanité et une race surnommée les Tritons Antiques, espèce intelligente qui a colonisé le plancher océanique.

Recyclant le ressort dramatique d’une autre de ses séries SF, Christophe Bec avait placé sur l’univers de Carthago un compte à rebours mortel, sous la forme d’une explosion nucléaire sous-marine, à même de provoquer la fin du monde. Grâce à la coopération entre les humains et les tritons, l’apocalypse sismo-nucléaire était évitée de peu. Lou Melville, protagoniste de ce nouveau cycle de la série, découvrait ainsi ses origines et embrassait son héritage en restant avec les tritons pour veiller sur les Mégalodons.

Le tome 13 opère une certaine ellipse et nous emmène dans un monde ravagé par des explosions nucléaires, ce qui rend caducs les exploits du tome 10. Lou, craignant pour le bien-être des Mégalodons prisonniers, plaide leur cause auprès des tritons, qui acceptent de les relâcher dans la nature, en donnant pour consigne à Lou, qui peut communiquer télépathiquement avec eux, de ne pas les approcher de la surface de l’océan.

Les choses ne se passent évidemment pas comme prévu et Lou se retrouve échouée à la surface. Recueillie in extremis, elle se réveille sur une plateforme pétrolière désaffectée, occupée aujourd’hui par des moines qui en ont fait un monastère flottant afin de fuir les pillards qui écument le continent. Remise de sa convalescence, Lou s’acclimate et reprend des forces, mais ne peut s’empêcher de s’interroger sur ce lieu singulier, où règne une ambiance pesante, sans parler des allées et venues nocturnes de certains moines.

Les blues des abysses

Certaines tendances ont la vie dure, ce tome de 13 de Carthago ne fait pas exception. Encore une fois, Christophe Bec, se reposant sur un concept attractif, délaye son propos en faisant en deux tomes ce qui aurait pu tenir en un seul. Certes, il tisse des intrigues secondaires (le sous-marin, le retour du Centenaire des Carpates) qui porteront leurs fruits plus tard, mais l’action présente s’en trouve amoindrie, et peut malheureusement se résumer en quelques mots (Lou échoue sur une plateforme occupée par des moines dont certains se sont mis à vénérer les Mégalodons), ce qui donne la sensation de beaucoup d’images pour au final peu d’action.

Si l’on considère ce diptyque du Bagarreur comme une histoire en soi, auto contenue, alors ses trois actes seraient répartis entre les deux tomes. Or, ce premier tome fait office au mieux de premier acte, ce qui risque de déboucher sur un déséquilibre, qui aurait pu être évité en condensant et le scénario et le découpage, dont on ne saurait dire s’il est cinématique ou dilatoire.

Graphiquement, la qualité est toujours présente grâce à Ennio Bufi, qui s’est désormais imposé comme identité graphique de la série. De plus, il nous gratifie d’une sublime couverture, à mi-chemin entre King Kong et l’Appel de Cthullu.

Carthago se relance donc sur de nouveaux rails mais risque de perdre des lecteurs en cours de route, la faute à un scénario dilué et un rythme morne.

note-calvin1
note-calvin1
**·BD·Nouveau !

Olympus Mons #8 Le syndrome de Sheppard

La BD!

Huitième tome de 46 pages de la série écrite par Christophe Bec et dessinée par Stefano Raffaele. Parution chez Soleil le 20/10/2021.

Y en a assez de la panacée

Aidée de l’androïde Einstein, et du médium Aaron Goodwin, la cosmonaute Elena Chevtchenko est parvenue à sauver la Terre d’un cataclysme, rien que ça. Perchée sur les hauteurs de l’Olympus Mons, sur la planète Mars, Elena a par la même occasion découvert l’existence d’une vie extraterrestre, ou plutôt de vies extraterrestres.

Deux civilisations ennemies se sont affrontées dans l’immensité des étoiles, jusqu’à échouer dans notre système solaire, laissant derrière elles des épaves, dont l’une d’elle a coulé au fond de la mer des Barents et failli détruire la planète. Une autre s’est écrasée sur les pentes du Mont Ararat en Turquie, et enfin, une dernière sur l’Olympus Mons.

Une fois la crise réglée, l’Humanité a compris qu’elle devrait gagner sa place dans l’ordre des choses, plutôt que de s’entretuer sur des sujets futiles. C’est ce qui donna naissance à un nouveau programme spatial, exploitant les ressources extraites des épaves extraterrestres, et basé sur des indices donnés par Einstein sur l’existence d’un remède universel sur la planète Farout. Et voici notre courageuse Elena à la tête d’une nouvelle mission, tandis qu’Aaron, sur Terre, est toujours harcelé par des visions apocalyptiques.

Une fois la planète Farout atteinte, les choses s’avèrent plus compliquées que prévues pour les astronautes d’Elena. En effet, Farout, en plus d’être inhospitalière, semble être en réalité une construction artificielle, qui plus est étroitement surveillée par une ou des intelligences extraterrestres. Malgré tout, le remède universel est à portée de main. Aaron, de son côté commence à glaner des indices extrasensoriels qui pourraient lui laisser penser que ce remède tient davantage de la boite de Pandore que de la véritable Panacée.

On peut l’admettre sans rougir, Christophe Bec est un auteur aguerri. Habitué aux séries au long cours comme aux one shot, il semble se donner du mal pour distiller son suspense afin de maintenir l’intérêt du lecteur. Hélas, ça ne fonctionne pas à chaque fois, si bien qu’avec le recul, un certain nombre de ses albums s’avère accessoire quant à l’intrigue, voire superfétatoire. Plutôt que d’attiser le suspense et faire monter la tension, il nous a semblé que le rythme assez faible des révélations avait tendance à frustrer et laisser un sentiment d’inachevé.

De là à y déceler une volonté dilatoire et mercantile, il n’y a qu’un pas, que je ne me permettrais pas de franchir. Néanmoins, ce rythme irrégulier vient poser la question de la viabilité du format 46 planches, à l’heure des romans graphiques et autres pavés de 100+ pages.

Pour ce huitième tome, les soucis techniques restent les mêmes, à savoir un charisme trop faible chez l’ensemble du casting, hormis bien sûr Aaron et Elena. On note également une tirade mystico-philosophique en plein milieu de l’album, qui déstabilise par son opacité, comme si Bec s’était pris l’espace d’un instant pour Jonathan Hickman. ll va falloir attendre la suite pour estimer l’importance de ce passage ésotérique vis à vis du reste de l’intrigue.

Vous l’aurez compris, Olympus Mons devient symptomatique de ce qui peut être reproché à un auteur qui donne l’impression d’être en pilote automatique: pas nécessairement mauvais, plutôt éloigné de son apogée, et donc forcément clivant.

**·****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #22: Les architectes de Babel – L’ile entre deux mondes #2 – Wombs #1

esat-west

  • Les architectes de Babel (Ashimo/Glénat) – 2021, 544p., one-shot.

bsic journalism

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

architectes_de_babel_glenatAï! Quand on tient un blog on lis énormément d’albums et on sélectionne par définition ce qui nous tente. Parfois on tombe sur de mauvais albums, parfois on se trompe de clientèle… Ce très gros volume (regroupant les deux tomes japonais originaux) était une de mes grosses attentes de cet automne, avec une envie d’Histoire et d’architecture… las, je suis tombé sur un assez laborieux shonen pas très bien dessiné et qui hormis quelques idées graphiques comme la représentation du roi Hammourabi et le personnage de Nimrod, n’apporte pas grand intérêt ni dans un esprit d’aventure ni dans un esprit historique.  On pourra être indulgent avec un auteur semi-pro dont c’est la première production éditée (à l’origine réalisée sur le web), mais je suis sceptique sur le créneau de cet album. Un vrai loupé quand au potentiel que pouvait procurer cette histoire…

note-calvin1note-calvin1

  • L’Ile entre deux mondes (Ishii/Pika) – 2021, 2/2 volumes parus.

bsic journalism

Merci aux éditions Pika pour leur confiance!

couv_425710Le premier volume de cette histoire m’avait subjugué par ses planches d’une qualité graphique rare. Ne se contentant pas de dérouler de beaux paysages et visions très graphiques, l’autrice y proposait un découpage très sophistiqué, esthétisant jusqu’aux cases et leur agencement. La lecture d’une histoire en deux parties est toujours compliquée car le plus souvent la césure est plus d’ordre externe (le boulot de l’auteur) que justifiée par le scénario. Ce second volume reprend donc les mêmes qualités que son prédécesseur, à savoir une atmosphère onirique apaisante, une nature magnifique et une cohésion de ce petit monde avec les forces de la Nature. Avec une séquence dans le passé qui déstabilise légèrement la concentration du lecteur, on n’est à la fin de l’histoire pas certain d’avoir tout compris mais néanmoins conquis par cette beauté éternelle qui reflète totalement l’idée d’une harmonie entre les époques, les générations et entre les espèces vivantes… Une des plus belles bouffées de positif de cette année!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

  • Wombs #1  (Shirai/Akata) – 2021, 224p., 3/5 volumes parus.

wombs-1-akataSur une planète lointaine, une guerre coloniale fait rage avec pour enjeu la préservation de l’environnement. L’un des belligérants a mis au point une technologie utilisant les propriétés d’une graine indigène qui, implantée dans l’uterus de femmes-soldats, leur donne la faculté de téléporter tout ce qui se trouve dans leur environnement. Un pouvoir redoutable, qui exige des sacrifices…

badge numeriqueJ’avais vu un très bon bouche à oreille sur cette série du petit éditeur Akata et ai profité du jury BDGEST pour me lancer dans le premier volume, avec plaisir. Si j’ai mis quelques dizaines de pages à me faire aux dessins (et surtout à la « colorisation » numérique franchement grossière et pas très élégante), j’ai fini par entrer dans cet univers à la fois dur mais proposant une idée SF très intéressante. Surtout, le mystère est maintenu subtilement sur la véritable nature de ces graines alors que l’on suit l’entraînement d’une troupe de jeunes porteuses. Le parallèle entre l’inquiétude de la grossesse chez les jeunes femmes et cette hypothèse SF est intéressant et laisse le lecteur seul responsable de son analyse, l’autrice se contentant de développer son propos froidement. Une entrée en matière qui donne bien envie de poursuivre l’aventure,  sans risque sur un format court de cinq volumes.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

**·***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

BD en vrac #25: De Ira – Lanfeust de troy #9 – Le tueur, Affaires d’Etat #3

La BD!

  • De ira (Hirlemann/Delcourt) – 2021, 140p., niveau de gris, one-shot.

bsic journalism

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_431661L’année 2021 est tout à fait prolifique pour Stephane Hirlemann puisque pour son entrée dans le monde de la BD le dessinateur propose pas moins de trois albums. Sans doute du fait des reports éditoriaux dus au COVID, mais cela montre une envie palpable. Après le plutôt raté Homme sans sourire qui était sauvé par des dessins où Hirlemann était à son aise dans une atmosphère de dystopie d’opérette issue d’Orwell, il propose avec ce one-shot un très gros coup de gueule gonflé mais risqué pour un premier album. 

S’inscrivant dans une ribambelle d’ouvrages s’inscrivant dans la colapsologie (avec des albums comme La Chute ou Carbone et Cilicium), De Ira (« de colère ») nous présente un groupe de rebelles anarchistes contestant la marche de leur société vers l’injustice, l’oppression des faibles et la progression inéluctable vers le fascisme, en affrontant parfois brutalement les tenants du système. Opérations coup de poing dans un camp de migrant, attaque de flics ou invasion d’amphithéâtres universitaires, ils sont déterminés à ne pas laisser faire…

On sent la rage de l’auteur devant une actualité qui mérite d’être effectivement condensée en des ouvrages qui nous rappellent l’anormalité des temps que nous vivons et le drame de l’indifférence. Ouvrage rebelle, anarchiste, De Ira est touchant par sa rage qui rappelle par moments le très sympathique Renato Jones. Maladroit, le scénario nous fait suivre sans trop de structure ces actions de rébellion avant d’approfondir un propos (y compris graphique) dans la seconde partie, plus intéressante. Le dessin propose un surprenant niveau de gris fort dommage et qui cache une rapidité d’exécution à la qualité très irrégulière. Ouvrage maladroit, pamphlet politique anarchiste intéressant, De Ira reste tout de même très imparfait et aurait mérité sans doute un peu plus de bouteille.

note-calvin1note-calvin1

bsic journalism

Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

  • Lanfeust de Troy #9: la forêt noiseuse  (Arleston-Tarquin/Soleil) – 54p., 2021

couv_434346Retour au bercail pour les deux golden-boy de la naissance de Soleil! Après deux excellents cycles de huit tomes (Lanfeust de Troy puis sa suite directe SF Lanfeust  des Etoiles), les auteurs avaient lancé en 2009 un troisième cycle Odyssey prévu justement sur des diptyques permettant de ne pas étirer éternellement la recette… avant de changer de braquet pour partir sur le plus gros cycle (en dix tomes) très redondant qui avait fini par me lasser. Partis depuis faire l’éditeur avec Drakoo pour Arleston et sur sa série space-op solo pour Tarquin, le duo se reforme pour reprendre la suite directe de Lanfeust de Troy avec ce tome « 9 » en format one-shot. On ne comprend pas bien l’utilité de raccrocher cette Forêt noiseuse au cycle premier mais le format reste la meilleure idée qu’ils aient eu depuis dix ans.

Si l’idée de faire vieillir Lanfeust de treize ans d’un coup et de transformer Hébus en un érudit bibliothécaire fait un peu forcée, celle de contester le conservatisme d’Eckmül avec ce méchant siphonnant la magie du Magohamoth pour la redistribuer à sa guise est alléchante. Si les auteurs ne vont finalement pas plus loin que l’aventurette pleine de jeux de mots et de séquences débiles, on sent une dynamique toujours présente dans la tête d’Arleston et qui pourrait proposer des choses fort sympathiques par la suite, pour peu que le cadre one-shot soit respecté. Redémarrage forcément commercial donc, mais qui permet clairement à la jeune génération de découvrir cet univers toujours drôle et aux anciens de retrouver, parfois avec délectation, ces personnages qui ont bercé nos jeunesse BD.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

bsic journalism

Merci aux éditions Casterman pour leur confiance!

  • Le tueur – affaires d’Etat #3:   (Matz/Jacamon/Casterman) – 64p., 2021

Quatrième cycle achevé en trois tomes. Le billet du premier volume est ici.

couv_433983Ce nouveau cycle court laisse un gout incertain dans la bouche. Les qualités et les défauts sont ceux décrits précédemment, notamment la pauvreté des décors où malheureusement le scénariste ne parvient pas à offrir à son dessinateur beaucoup de vues architecturales susceptibles de mettre du peps dans cette monotonie urbaine. Le propos de Matz concernant le cœur du sujet (le politicien populiste) est très ambigu et c’est cela qui intéresse le plus: présenté par tous les personnages comme une crapule, son discours ne laisse pourtant pas le lecteur désintéressé en disant des vérités sur le système politique et le discours mainstream médiatique. Loin de se contenter d’un ersatz raciste de Marine Le Pen, il semble bien convaincu par son rôle de poil à gratter. L’utilisation des caïd pour mettre de l’huile sur le feu et permettre un contexte qui lui est favorable n’annule pas pour autant des vérités qui rejoignent les pensées lucides du tueur. Sans nous guider particulièrement, Matz sème donc le doute en laissant son lecteur réfléchir tout seul sans savoir vraiment ce que pensent les auteurs de tout ceci. Le duo de flics est également un des points forts de cette intrigue où le Tueur reste bien passif et où on ne nous donnera pas beaucoup d’éléments sur les visées des services de renseignements et des affrontements internes à l’Etat. C’est le principal regret que l’on pourra avoir sur ces Affaires d’Etat que l’on aura espéré avoir plus d’ampleur. Si l’on regarde les cycle du pétrole on aura été beaucoup plus proche de ces affaires internationales mêlant politique, argent et enjeux économiques que sur cette trilogie. L’aspect froid et lent fait partie des codes du Tueur. On prend donc toujours du plaisir avec ce qui a plu jusqu’ici, un cran en dessous pourtant. Espérons que la suite aura plus d’envergure.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1