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The Seven Deadly Sins

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Histoire complète en 152 pages, écrite par Tze Chun et dessinée par Artyom Trakhanov. Parution en France chez Panini le 03/02/2021.

S’y prendre comme un Comanche

La Guerre de Sécession a laissé des marques indélébiles en Amérique. A peine terminée, elle hante encore les esprits et pousse certains à commettre de nouvelles atrocités au nom de leur grande cause.

Certains profitent du chaos pour poursuivre leurs propres idéaux, tels le père Threadgill. Ce missionnaire fanatique s’est mis en tête de purger le Grand Ouest de la présence des Comanches, qui résistent à la mission salvatrice du Livre depuis trop longtemps. Convaincu de son bienfondé, Threadgill a commis plusieurs attaques, qui ont entraîné en retour des exactions sanglantes du plus terrible des Comanches, Nuage Noir.

Le Père Antonio, qui souhaite arranger les choses et éviter de nouveaux bains de sang, se lance dans une mission des plus périlleuses à l’insu de son mentor Threadgill. Muni d’une forte somme en billets verts, il fait évader une tripotée de bandits tous promis à la potence, pour les persuader de se lancer dans une mission risquée ,qui consiste à l’escorter, ainsi que sa fille Grace, en territoire Comanche. Entre la pendaison et les flèches indiennes, le choix n’a pas l’air bien difficile. Et pourtant, Jericho Marsh et les autres, contre toute attente, vont s’assembler pour mener à bien cette mission. Ce groupe hétéroclite, dont chaque membre est censé s’adonner à l’un des pêchés mortels, va dont parcourir les terres indiennes au péril de leur vie.

Priez, pauvres pêcheurs.

Encore une fois, nous sommes ici face à une prémisse alléchante, porteuse d’aventure, de vengeance et surtout, d’une bonne dose de plomb et d’hémoglobine. Sur ce dernier point, il n’y a pas de quoi être déçu. En revanche, Seven Deadly Sins déçoit sur tout le reste, notamment à cause d’une construction narrative laissant à désirer.

Le thème, vous l’aurez deviné, repose sur les éponymes Sept Pêchés Capitaux, ce qui a déjà été évoqué en fiction, avec brio (en cinéma et en manga), si bien que l’on ne peut s’empêcher de faire la comparaison. Bien employé, un thème est une force qui parcourt le scénario et lui donne une direction claire et satisfaisante. Ici, ce n’est malheureusement pas le cas, et cela se traduit par un sentiment de cacophonie et d’incomplétude.

Les Sept Pêchés capitaux sont-ils bien illustrés chez les personnages ? Passablement, si bien que l’on a du mal, hormis la gourmandise (facile), à les distinguer. Par exemple, on comprend que Jericho Marsh est censé incarner la Colère, mais rien dans son comportement ne vient l’illustrer: pas d’emportement, pas d’attitude tempétueuse qui mettrait la mission en danger. Pareil pour l’Envie, l’Avarice, la Luxure, et compagnie, l’auteur ne vient pas puiser dans le riche vivier des pêchés afin d’en tirer des obstacles pour les protagonistes. Le seul à mettre la mission en danger est le type à qui l’on attribue la Luxure, qui retourne sa veste non pas pour assouvir son fameux pêché, mais pour avoir la vie sauve (comme dans un banal western, donc).

Ceci révèle bien qu’à aucun moment, ce qui est censé caractériser les personnages ne vient nourrir le récit. Donc, en somme, cette histoire aurait pu avoir un autre nom, et ne parler aucunement des Sept Pêchés Capitaux, le résultat aurait été le même.

Le gore et la violence qui émaillent le récit ne viennent pas rattraper l’absence d’intérêt thématique de l’ensemble. Graphiquement, même principe, le trait de Trakhanov semble attrayant au premier abord, c’est notamment grâce à l’agréable mise en couleur de Giulia Brusco, cependant, une lecture prolongée fait apparaître des approximations qui desservent le tout.

The Seven Deadly Sins possède tous les ingrédients d’un bon récit d’action, mais une écriture paresseuse et une mise en scène bancale ont fait office d’excellents saboteurs.

**·***·****·Comics·Edition·Nouveau !·Rétro

Printemps des comics Marvel

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Mélange d’albums anciens de 2001 (Spiderman bleu, Daredevil Jaune), de Fresh start de 2018 (Venom Rex, la Vie de Captain marvel, immortal Hulk), NOW! de 2016 (Mighty thor), Marvel Legacy de 2018 (Thanos gagne).

Chaque volume comprend une introduction de contexte, un récapitulatif du personnage et une bio des auteurs. Les couvertures originales des issues sont présentes en entrées de chapitres et le volume se termine par des propositions d’albums pour prolonger sur le personnage et un rappel des autres titres de la collection. A noter que les titres le correspondent pas toujours exactement au titre original. Sinon rien à redire, c’est très bien fabriqué, solide, joli et bien conçu pour l’objectif de faire découvrir des séries (et acheter les suites derrière).

Couverture de Le printemps des comics (Panini 2021) -2- Venom - RexCouverture de Le printemps des comics (Panini 2021) -4- Thor - La déesse du tonnerreCouverture de Le printemps des comics (Panini 2021) -5- Ultimates - Super-humain

Couverture de Le printemps des comics (Panini 2021) -6- Thanos - Thanos gagneCouverture de Le printemps des comics (Panini 2021) -7- Immortal Hulk - Ou est-il les deux ?Couverture de Le printemps des comics (Panini 2021) -8- Captain Marvel - La vie de Captain Marvel

Serie Daredevil : Jaune [BDNET.COM]

  • #2 Venom  – Rex (Cates-Stegman)

Venom Gets a New Power and a New LookVénom est à l’origine un méchant de l’univers Spider-man, symbiote extra-terrestre un temps fusionné avec le tisseur et qui lui donna son mythique costume noir mis à l’écran par Sam Raimi dans le laborieux Spider-man III (c’était le monde d’avant MCU, celui où seuls les X-men et les films de Raimi parvenaient à tirer les super-héros de la masse des blockbusters). Depuis, Venom est arrivé au cinéma sous la peau de Tom Hardy, dans le semble t’il catastrophique film de 2018 et s’apprête à remettre le couvert en se foutant sur la gueule avec l’autre symbiote (rouge), Carnage… Pas franchement convaincu par les myriades d’excuses de Marvel pour sortir des albums sur n’importe quel personnage j’ai entamé ce Venom Rex grâce aux dessins franchement sympathiques de Ryan Stgman, habitué du symbiote adepte du syndrome de la Tourette. Et je dois dire que j’ai pris un grand plaisir à découvrir cet univers sombre où une entité divine maléfique souhaite récupérer ses ouailles dont fait partie Venom. Dans un intrigue qui a l’immense mérite de s’interfacer avec l’énorme diptyque du Massacreur de dieux en développant l’origine de l’arme de Gorr (que l’on s’apprête à découvrir dans le prochain film Thor Love and Thunder), on voit passer rapidement Spidey-Morales pour une alliance temporaire bien sympa. C’est fort joli, sombre, ça bastonne et c’est plutôt bien écrit dans le carcan des multiples dialogues télépathiques habituels des comics et last but nos least ça peut tout à fait se lire en mode one-shot bien qu’il s’agisse d’une introduction d’arc. Du coup mission accomplie pour cette découverte qui fait le job de nous donner envie de prolonger sur les trois autres volumes.

 

  • #4 Thor, la déesse du tonnerre (Aaron-Dauterman)

Mighty Thor T.1 – Par Jason Aaron, Russell Dauterman & Jorge (...) - ActuaBDDécouvrez la nouvelle incarnation (inattendue!) de Thor après que ce dernier soit devenu indigne de porter Mjolnir… L’album avait déjà été chroniqué sur le blog:

Passé le buzz de la sortie de l’album autour de ce Thor féminin, que vaut cet arc par l’auteur du génial Massacreur de dieux? Le premier volume est assez étrange puisque les deux-tiers du volume dessinés par Russel Dauterman sont un enchaînement de bastons parcourues de bons mots et sans grand intérêt en l’absence de dimension épique. Thor est un dieu, il est déjà mort, est immortel, on ne sait plus trop, bref. Pour peu que vous suiviez un petit peu l’actu des comics vous savez déjà qui est cette Thorette et perdrez donc beaucoup du pseudo mystère qu’essaye d’instiller Aaron. Les dessins de Dauterman, assez banales ne permettent pas de dépasser ce niveau correcte mais sans plus. Dès la fin du volume en revanche, sur la section dessinée par un Jorge Molina en forme, l’ouverture des discussions cosmologiques entre dieux, les stratégies d’un Odin en mode dictateur ne supportant pas le port de Mjolnir par une femme, on se réveille soudain, titillé par un scénario que Jason Aaron semblait avoir oublié. Si le pseudo-féminisme à la mode ricain fait un peu sourire par son ambition minimaliste, les relations familiales de cette famille et l’aspect très négatif donné à Odin suffisent à donner envie de continuer cette série pour voir ce qu’elle a dans le ventre.

 

  • #5 Ultimates (Millar-Hitch)

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est panini-comics-2017-(-marvel-2002)-1494059315.jpgAprès avoir frôlé la banqueroute à l’aube du millénaire, Marvel a su remonter la pente et a entrepris de revenir sur le devant de la scène, grâce à des opérations moins risquées que leurs derniers débâcles (La Saga du Clone, Onslaught, c’est vous qu’on regarde !), ou en tous cas plus réfléchies. Le but était d’attirer de nouveaux lecteurs, sans les rebuter avec des lustres de continuité. Ainsi est née la gamme Ultimates, un univers Marvel alternatif présentant des héros avec un nouveau point de départ, c’est-à-dire des origines remises au goût du jour par des auteurs possédant une vision audacieuse. Cette ligne éditoriale pensée pour les lecteurs nouveaux a été, avec le recul, couronnée de succès et a permis de relancer la Maison des Idées, ouvrant la voie aux adaptations cinématographiques. Mark Millar, sale gosse notoire des comics, s’est fait connaître pour son style impertinent, comme beaucoup d’autres auteurs britanniques. Alors dans l’ombre des X-men, c‘est sans doute à partir de ce point que les Vengeurs ont repris du galon, jusqu’à revenir sur le devant de la scène en 2005 grâce à Brian Bendis (autre ponte du ultimate universe). Le scénariste n’hésite pas, surtout à cette époque, à retourner les codes des comics en y injectant un bonne dose de trash talk via des dialogues ciselés au style très reconnaissable, notamment lors des phases d’exposition. Sous sa houlette, Captain America devient un réactionnaire dépassé par le 21e siècle, Tony Stark un milliardaire excentrique en mal de frissons, Hank Pym un dépressif rongé par un complexe d’infériorité, tout comme Banner, que le reste de l’équipe s’échine à rabaisser, et Thor, un illuminé new age flirtant avec l’imposture. En gros, Millar prend la substantifique moelle de chaque héros, et le « flanderise » (terme faisant référence au traitement réservé à Ned Flanders au fil de la série The Simpsons) afin de servir son propos tantôt ironique, tantôt cynique. Ce tome introductif donne le ton du premier volume, dont la suite compte parmi les meilleurs travaux de Millar chez Marvel D’ailleurs, la série ne survivra pas au départ de l’écossais puisqu’elle perd tout intérêt après son volume 2. ce premier chapitre de The Ultimates est un classique de ce début de siècle, un des meilleurs travaux de Millar chez Marvel…

 

  • #6 Thanos gagne (Cates-Shaw)

Thanos Wins - Les Ailes ImmortellesTous les spectateurs des films Marvel connaissent maintenant Thanos l’immensément charismatique méchant de Marvel dont le principal point-faible narratif est sa puissance semble t-il infinie. Et dont acte pour Donny Cates qui aime décidément chroniquer les méchants (il est à l’œuvre sur le Venom Rex chroniqué plus haut) et nous raconte ce qui se passera quand le titan fou aura réussi son génocide galactique (d’une dimension autrement plus systématique que le gentil claquement de la guerre de l’Infinité!). Sur ce vrai one-shot Thanos se retrouve embarqué par le Ghost-rider, héraut de la vengeance, vers un futur où un vieux roi-Thanos a gagné son pari d’apporter à sa dulcinée – la Mort elle-même! – ses hordes d’âmes… Comme vous le comprenez on a là un récit galactique proche encore une fois des passages futuristes du Massacreur de dieux où le roi Thor s’associait avec le jeune Thor pour combattre l’invincible Gorr. Déjà vu donc mais superbement illustré et pas trop éclaté dans sa narration pour nous faire profiter de combats dantesques avec le Surfer, le Rider ou Hulk en une sorte de Requiem doté de quelques visions réellement inspirées lorsque la Mort survient. Avec les défauts de sa brièveté, Thanos gagne est un très sympathique What-if, un des meilleurs de la sélection Panini.

 

  • #7 Immortal Hulk (Ewing-Bennette et collectif)

The Stack – Best Of The Best: 2018 – COMICONArc assez réputé, ce premier Immortal hulk est une assez franche déception, tant par ses dessins, correctes mais terriblement classiques que par une intrigue un peu bancale. Cela démarre au milieu du gué avec un Bruce Banner semble t’il revenu d’entre les morts. Hulk désormais doté de la parole terrorise les petites frappes du pays avant que l’on bascule sur un évènement raconté par les témoins d’une journaliste dans un épisode alternant les styles graphiques. On connait l’idée, pas forcément mauvaise, mais cela n’aide pas à construire une continuité narrative où survient ensuite le Sasquatch, sorte d’alter-ego poilu en canadien de Hulk (les canadiens sont décidément tous bestiaux après Logan…) qui va se mettre des mandales avec le géant vert et nous ouvrir sur une histoire surnaturelle de passage entre les mondes. J’avoue que si j’aime bien voir Hulk tout casser j’ai toujours été sceptique sur la capacité du personnage à porter une histoire à lui seul. Sans doute la raison pour laquelle le géant n’est qu’un personnage secondaire dans le MCU… La suite permet peut-être de donner du corps à cette histoire mais je reconnais que pour qui ne serait pas familier avec la mythologie du monstre on est un peu balloté sur des concepts à la fois très peu originaux et un peu kitsch. Album très dispensable donc, sauf si vous êtes un fanatique de Hulk. 

 

  • #8 La vie de Captain Marvel (Stohl-Pacheco)

La vie de Captain de Marvel : Carol Danvers succombera-t-elle aux secrets  de son passé ? [avis] - Top ComicsSans doute une des plus mal connue des héroïnes Marvel, le personnage a une histoire compliquée, changeant de nom et d’identité plusieurs fois avant de se stabiliser sous la forme de Carole Danvers. En lisant ce one-shot assez touchant vous constaterez néanmoins que les distorsions entre comics et films restent importantes, signe d’un manque de fonds pour ce personnage… Pourtant doté d’attributs graphiques très réussis, cet ersatz de superman version marvel fonctionne parfaitement à l’image avec un look sexy élégant et une once de féminisme bienvenu. Cette fausse origin story a la bonne idée de ne pas nous plomber avec une lente progression pour lui préférer les flashback familiaux qui reprennent clairement le modèle de l’originaire de Krypton: après un gros coup de blues, Carole Danvers retourne dans sa ville natale (en mode Smallville) où elle renoue avec ses amis et sa famille, loin des turpitudes des Avengers malgré les appels répétés de Tony Stark. Alors qu’elle gère un drame, un alien débarque en mode chasseur et révèle un secret qui bouleverse ce que nous savons de ce personnage. A la lecture très agréable, alternant les styles graphiques tout en gardant une homogénéité, j’ai eu une impression de déjà-vu avec le récent Naomi chez DC. L’album dont on parle étant plus ancien, les auteurs de Naomi (Bendis, tiens…) ont clairement copié bien que la trame ne soit pas à proprement parler révolutionnaire. Au final, si cet album ne pousse pas plus que cela à prolonger sur d’autres titres, il reste tout à fait réussi, comme une pause bienvenue dans le monde si dark et violent des super-héros…

  • #10 Daredevil jaune (Loeb-Sale)

Appartenant à la très réputée série des couleurs du duo Tim Sale/Jeph Loeb qui proposait des origin-story rétro sur un certain nombre de héros Marvel à l’orée des années 2000 (Spider-man bleu que vous trouvez dans la sélection Panini de cette année, mais aussi Hulk Grey et Captain america White), Jaune est un des plus grands chefs d’œuvre des comics Marvel, rejoignant les mythes des Daredevil par Miller ou les saga X-men de Claremont par exemple. Sur un one-shot parfait le duo rappelle le premier costume du diable de Hell’s Kitchen qui deviendra rouge, dans un opéra urbain autour de la figure du père. Très touchant, sublime graphiquement dans ces lavis uniques du dessinateur daltonien Tim Sale qui sortait de l’énorme saga Batman Un long Halloween, Jaune est sans aucun doute le chef-d’œuvre du duo et le meilleur album de cette sélection. Un must have!

Amazing splash page by Tim Sale from “Daredevil:Yellow” (2001) : comicbooks

 

Voilà, après ces quelques review il ne vous reste plus qu’à faire votre choix… et nous devons dire que si personnellement nous n’avons pas pris toute la sélection, pour un fois on ne pourra que donner raison aux collectionneurs tant Panini a fait un travail remarquable tant pour le choix des volumes que pour le boulot éditorial de montage! De quoi donner une sacrée pression aux collègues d’Urban en pleine préparation de leur opé estivale

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BD en vrac #19: Le moine mort – Ira Dei 4 – Jylland

La BD!

Salut les bdvores! Fournée de BD médiévales aujourd’hui, avec deux dessinateurs très graphiques et une découverte en terre viking.

  • Le moine mort #1 (Morvan-ScieTronc/Glénat) – 2021, 48p., série en cours.

badge numeriqueJe suis de plus en plus difficile avec Jean-David Morvan… comme avec tous les autres très bons scénaristes devenus plus solo-éditeurs que créateurs en perdant de vue le travail de préparation et de sélection de ce qu’est un bon album et en croyant pouvoir être sur tous les fronts. Quand on dit auteur prolifique ce n’est pas toujours en bien. Morvan aligne les projets personnels en mettant le pied à l’étrier à de jeunes auteurs et c’est tout à son honneur. Mais défricher les talents n’exige pas forcément d’aligner les scénarii sur ses épaules au risque de se noyer et de perdre en qualité… Bref, admettre des erreurs chez des primo scénaristes c’est normal quand on chronique un album. Chez un vétéran il n’y a pas d’excuse à proposer une simple introduction, si belles soit elle, sur un album entier au prix où sont aujourd’hui les BD. Surtout, la place et le confort doivent être justifiés par une progression narrative. Ce qui manque clairement à ce premier tome du Moine mort!

Le récit prend la forme désormais classique du narrateur monastique modèle Le Nome de la rose qui témoigne de la croisade fondamentaliste d’une Église imaginaire mais bien inspirée du pire de notre Histoire. Sous des pinceaux réellement inspirés du jeune ScieTronc (qui avait déjà impressionné sur le premier Boris Vian, déjà scénarisé par Morvan), on en restera donc là après 48 pages où l’on ne fait que découvrir l’univers tout en architectures et contre-plongées visiblement inspiré par les dessins du Piranese (qui donne son nom au héros). C’est beau mais c’est maigre. C’est vraiment dommage car graphiquement l’univers mis en place accroche réellement notre intérêt en s’appuyant peut-être sur le design semi-historique de la série Game of Thrones, mais surtout sur un sens du cadrage qui permet de donner un cachet fou à la plupart des cases. Il n’aurait fallu que quelques séquences de plus pour semer l’envie de découverte au lieu de quoi l’effet retombe un peu comme un soufflet en oubliant l’envie. Difficile donc de se prononcer sur une série pas vraiment commencée. Il faudra donc attendre le second tome pour se faire réellement un avis.

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  • Ira Dei #4:  mon nom est Tancred (Brugeas-Toulhoat/Dargaud) – 2021, 54p., 2 cycles parus.

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Alors que le Strategos Maniakès revient sur le terrain les dissensions continuent entre les différents chefs mercenaires alors que le moine revient assisté d’un sicaire dont la cible reste mystérieuse…

Toujours compliqué de rester objectif lorsque j’ai entre les mains un album du duo Brugeas-Toulhoat qui propose toujours un niveau de réalisation très professionnel. C’est tout leur mérite quand on repense à la complexité du contexte et de l’intrigue qui évite toute linéarité. Avec ma formation d’historien j’imagine la difficulté d’appréhension de cette histoire de stratégie médiévale pour un lecteur qui n’aurait pas les références historiques. On peut prendre cela comme de la fantasy 100% imaginaires mais ça reste assez ardu. Reste donc une écriture tout à fait fluide et surtout ces planches explosives que seul Ronan Toulhoat propose parmi les dessinateurs réalistes actuels! En héritier de Lauffray, son plaisir du dessin se transmet dans des découpages toujours originaux, libres, rageurs, dont on ne se lasse pas. La finesse des détails et des décors habillent un encrage sauvage qui ne donne qu’une envie, continuer à savourer ses albums quoi qu’ils traitent! Si la stratégie machiavélique ravira les amateurs, le déroulement de ce tome reste un peu chaotique en ballotant le lecteur qui ne sait pas trop pourquoi on nous présente telle scène et pourquoi tel personnage disparaît soudain. Ce volume manque un peu de continuité, ce qui participe à l’inconfort sans doute recherché. La conclusion anticipée de la série a probablement joué également pour précipiter une fin un peu au milieu du gué qui ne résout vraiment rien. On sort ainsi de ces deux cycles (qu’il vaut mieux voir comme une vraie quadrilogie tant les quatre albums sont liés) vaguement déçu avec l’impression d’avoir participé par une fenêtre à une séquence historique sans début et sans fin. Un peu frustrant même si la qualité de ces albums restent dans le haut du panier en matière de bd médiévale.

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  • Jylland #1: Magnulv le bon (De Roover-Klosin/Anspach) – 2021, 44p., série prévue en 4 tomes.

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bsic journalismMerci aux éditions Anspach pour cette découverte.

Dans un thème très à la mode (appuyé sur des séries TV à succès), Jylland nous propose une nouvelle incursion dans l’univers des vikings, peuple qui ne cesse de fasciner les créateurs. Pour ses débuts en BD le polonais autodidacte Przemyslaw Klosin propose des planches sacrément pro. Si les couleurs n’arrangent pas forcément un dessin classique mais parcouru de visages très caractérisée, l’ensemble ne souffre pas de défauts majeurs dans une technique tout à fait remarquable. Ainsi le personnage principal, un machiavel à tresses, fils d’un roi viking mourant qui a choisi d’adopter la religion catholique et de renoncer aux coutumes du northland, imprime sa marque par une trogne brutale sans être caricaturale.  Si les autres personnages se distinguent surtout par leur coiffure (qui peut du coup prêter à confusion entre deux personnages), on sent un effort d’identification sur les rôles.

L’originalité de ce premier tome est donc le traitement de la christianisation pour ce peuple attaché aux traditions. L’itinéraire de ce second fils revanchard fait se rejoindre la jalousie familiale et le rejet de la nouvelle religion pacifique. Le scénariste lance des pistes intéressantes sur la sédentarisation et le passage de ce peuple de pilleur à un peuple commerçant, qui sera peut-être développé dans la suite de l’histoire. D’une lecture agréable, ce premier Jylland est donc une plutôt bonne surprise qui parvient à nous intéresser dans un océan d’albums sur les navigateurs de drakkars.

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Manga en vrac #10: Alpi the soulsender 4 – Egregor 6 – Le Tetsu & Doberman 1 – L’ile entre deux mondes 1

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Petite pioche aujourd’hui avec des séries qui peinent un peu à prendre leur envol après quelques volumes déjà parus…

  • Alpi the soulsender #4 (Rona/ki-oon) – 2021, 4/5 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

alpi-soul-sender-4-ki-oonPetit accident dans ce quatrième volume qui passe un peu à côté avec cette histoire de bibliothécaire fou qui entraîne 2/3 de volumes en mode slasher gentillet et pas très intéressant… Cela permet tout de même d’approfondir de futurs antagonistes mais on lit ce volume en baillant et en attendant le retour des beaux dessins et un approfondissement de l’univers des soulsenders. C’est dommage car le volume précédent nous a renseigné sur les capacités martiales d’Alpi… qui seront finalement bien peu utilisées et son caractère qui a muri après le récit de Sersella ne semble pas avoir évolué ici. Cette intrigue un peu simpliste a tout de même le mérite de nous parler des traditions de colportage (que Magus of the Librarian traite plus en profondeur). C’est bien maigre et la quasi-absence d’Esprit divin sur ce tome est fort surprenante quand on se rappelle de la structure assez géométrique des tomes jusqu’ici avec deux esprits à chaque fois. On reprends espoir avec la confirmation d’un groupe désirant la suppression de toute religion en se disant que ce quatrième opus n’était qu’une introduction à un grand arc plus solide…

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  • Egregor, le souffle de la foi #6 (Skwar-Jae Hwan/Meian) – 2021, 6 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour leur confiance.

egregor-6-meianComme attendu, ce tome marque une certaine pause en concluant les multiples combats entamés précédemment et en reprenant l’itinéraire des jeunes héros de cette saga foisonnante. On l’avait déjà constaté, Jay Skwar a une ambition très élevée pour sa série et a tendance à se noyer (et nous avec) dans une intrigue qu’il maintient toujours très cryptique et une ribambelle de personnages que l’on finit par avoir du mal à identifier malgré l’indispensable dramatis personae d’introduction d’album. De même pour une fort jolie carte (conçue par l’auteur d’Albator) pas assez détaillée pour nous assister dans la géographie d’Egregor. L’action continue installée depuis le début permettait de maintenir une accroche, malheureusement lors des pauses on souffre un peu à la lecture de dialogues parfois très « djeun’z » et qui manquent de relecture. Si les dessins restent tout à fait agréables à l’œil et assez lisibles avec des designs toujours réussis, ils ne suffisent pas à compenser une histoire qui peine à s’installer. Du coup on espère la prochaine scène d’action en attendant que les auteurs nous aident à nous attacher un peu à quelques personnages dans ce maelstrom permanent.

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  • L’île entre deux mondes #1 (Ishii/Pika) – 2021, 1/2 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Pikacouv_421997 pour leur confiance.

Tatsumi revient sur son île natale pour enseigner dans le seul établissement scolaire d’Aoshima. Parti à quatre ans, il souhaite renouer avec un passé paradisiaque, en communion avec les éléments. Désormais adulte, il va vivre des expériences inexplicables le rapprochant d’un monde spirituel qui semble naturel aux habitants…

L’ile entre deux mondes est entre le feel-good album et le contemplatif onirique, de ces créations japonaises qui rappellent la richesse des traditions dans la culture et l’identité d’un peuple schizophrène toujours tiraillé entre une hypermodernité mortifère et un passé animiste proche de Gaïa. Sur des planches sublimes tant par les encrages subtiles que les blancs lumineux l’artiste Asuka Ishii (dotée d’une formation artistique solide et également peintre) s’insère dans une atmosphère proche des films de Naomi Kawase où la spontanéité des relations interpersonnelles tranche avec la rigueur sociale habituelle du Japon et où les ambiances, les odeurs, les sensations priment. Sa maîtrise graphique parvient à nous immerger dans ce paradis insulaire fait de langueur et de communion, elle nous fait ressentir la chaleur du soleil, le bruissement des feuils, toutes ces sensations universelles qui ressurgissent ici des pages du manga. Le héros (cultivé) est relativement passif dans ce premier tome où il semble soumis aux impulsions des autres personnages, sa jeune collègue et les deux élèves de sa classe tout comme aux manifestations (peut-être) surnaturelles de la nature. Les évènements étranges qu’il expérimente ne trouvent pas d’explication immédiate mais l’autrice nous maintient dans le récit par ses images qui évitent l’hermétisme que peut recouvrir ce genre de récit. Du coup on prend un grand plaisir à parcourir les plages de l’île, à ressentir le brouillard humide ou à s’immerger dans les flots d’une cascade…

Le découpage en deux volumes et l’attente d’une explication temporisent une note de 5/5 qui sera peut-être réévaluée à la conclusion du diptyque (prévue en juillet). On est très très proche du coup de cœur (parce qu’on est difficiles!).

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  • Tetsu & Doberman #1 (Ohno/Doki-Doki) – 2021, 1/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance.

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Tsutomu Ohno est assurément un jeune mangaka à suivre! Avec sept manga à son actif et seulement Buchimaru Chaos paru en France avant cette nouvelle série courte en trois tomes, Doki-Doki tient une potentielle poule aux œufs d’or tant on sent un potentiel (graphiquement évident et à voir sur le plan narratif). Jamais engagé sur des séries longues, l’auteur nous propose avec ce premier volume une introduction résolument sympathique sur un pitch simple: un jeune orphelin se retrouve pris sous sa coupe par un homme-chien, légende des limiers d’une corporation de chasseurs associant un humain et un chien humanoïde. Qui dit shonen dit baston, pouvoirs spéciaux issus de l’interaction entre les deux éléments du duo et intrigue simple basée sur l’apprentissage, l’héritage familial et de méchants conspirationnistes. Ce qui marque dès les premières planches ce sont déjà les dessins très maîtrisés et dynamiques, mais également un humour proche de celui de Radiant et qui fait mouche sur une traduction très réussie. Le design général permet aussi de se projeter dans une intrigue qui ne fait ici que commencer, avec un méchant chasseur à peine aperçu mais qui intrigue fortement. Tête brûlée décidée à devenir un super-chasseur pour protéger son orphelinat de la destruction de méchants capitalistes, Tetsu est le héros type de shonen. Légère déception pour Doberman qui, s’il est graphiquement réussi, reste assez en retrait alors que je l’attendais comme un vrai héros légendaire. A la décharge de l’auteur, ce volume de moins de deux-cent pages avance à cent à l’heure, ne nous laissant pas le temps de s’ennuyer, avec le corollaire d’aller toujours un peu vite. On sent dans ce premier volume les mêmes qualités et défauts que dans le récent Demon Tune, avec un manga qui pourrait devenir excellent pour peu qu’il soit parti sur un format plus confortable. Après le très sympathique Ballade de Ran, Doki-Doki montre qu’avec une ambition limitée, Bamboo arrive également à trouver sa place dans le rayon fortement concurrentiel du manga.

A partir de 10 ans.

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The Resistance

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Album de 141 pages comprenant les six épisodes de la série écrite par J. Michael Straczinsky et dessinée par Mike Deodato Jr. Parution le 17/03/2021 aux éditions Panini Comics

Pandémie, Pan ! T’es mort !

Depuis l’an dernier l’éditeur Panini, connu pour distribuer les comics Marvel, s’est donné pour mission d’élargir son panel en dénichant des comics indépendants issus d’éditeurs américains moins connus du grand public français. En ce début d’année, le thème des Indy est clairement d’actualité, puisqu’après Year Zéro, qui nous rejouait l’apocalypse zombie, on trouve The Resistance, qui traite une nouvelle fois d’une pandémie mondiale touchant l’Humanité. 

L’histoire débute lors de l’apparition du virus XV1N1, un pathogène mortel à plus de 95% dont l’apparition et la propagation demeurent un mystère. En quelques mois, le virus qui a pris tous les gouvernements au dépourvu (tiens, tiens) a fait 400 millions de victimes, et laissé le monde dans un état plus précaire encore qu’avant la pandémie. Le plus préoccupant, c’est que personne ne parvient à comprendre pourquoi ni comment la pandémie a pris fin. Du jour au lendemain, les personnes infectées, qui jusque là mourraient en quelques heures, se relèvent, exemptes de symptômes. 

Cerise dramatique sur le gâteau médico-scientifique, il s’avère qu’une certaine frange de la population ayant survécu au virus a développé des capacités surhumaines. L’Humanité se réveille donc de cette tragédie avec 400 millions d’âmes en moins, mais avec 10 millions de mutants dotés de super pouvoirs. Quels sont les rouages de cette évolution ? Quels phénomènes sinistres cache-t-elle ? Comment l’ordre mondial va-t-il se réorganiser après tout ça ? Les masques seront-ils toujours obligatoires ? 

Un remède à la vie ?

JM Straczinsky est un auteur reconnu pour ses travaux sur Amazing Spider-Man, Supreme Power ou encore Rising Stars. Malheureusement, ce qui fait un bon auteur peut aussi le défaire, puisque dans le cas présent, The Resistance souffre de la comparaison avec chacun de ses précédents travaux. Un événement singulier qui donne des pouvoirs en masse (Rising Stars et son météore, Supreme Power et le nanovirus apporté par Hyperion, l’auteur se permet même d’opérer un mix des deux!), des héros nouveaux qui doivent trouver leur place face à des gouvernements suspicieux voire carrément fascistes (idem, Rising Stars et SP sont en plein dedans), et ainsi s’organiser, l’héroïne rédemptrice qui se sacrifie pour le bien commun…  

Le pitch reste intéressant notamment par sa résonance avec l’actualité et le traitement pseudo-réaliste qu’il fait de la place du super-héros dans le monde et du danger qu’il représente en vérité. D’autres œuvres s’y sont déjà essayées: Watchmen et Miracleman d’Alan Moore, Injustice, Supreme Power encore, The Authority, Planetary, No Hero, Black Summer, de Warren Ellis, Irrécupérable de Mark Waid, The Boys de Garth Ennis, la liste est longue et montre bien que le genre super-héroïque n’a pas attendu The Resistance pour s’autodigérer et opérer une remise en question. 

De surcroît, le débat philosophique est d’ailleurs relativement fade puisque l’on s’éparpille dans plusieurs thématiques sans que se dégage un protagoniste fort ni un discours cohérent. On passe par la peur des gouvernements (Watchmen, Authority), à la volonté de contrôler les êtres dotés de pouvoirs (Supreme Power) puis à la coercition, avec un bref passage par l’instrumentalisation et l’entertainement (The Boys). Tout cela sent donc le réchauffé, même si un début de réflexion lancé par l’auteur sur le fait que les pouvoirs ne sont finalement qu’un amplificateur de la nature profonde de celui qui les possède, n’est pas réellement exploité, à tort. 

Le dessin de Deodato Jr, s’il comporte un gimmick distrayant, celui de doter ses personnages des traits de certaines célébrités (j’ai repéré Ed Harris en POTUS, notamment), comporte depuis quelques temps déjà des incongruités anatomiques qui vont à rebours de l’immersion ciné génique qu’induit son style réaliste. 

En conclusion, JMS nous sert une version COVID de ses précédents travaux, un argument de vente osé de la part de Panini qui jusque là avait sur dégoter des petites pépites indé. 

**·BD

Les Chroniques d’Under York #3: Confrontations

La BD!

Troisième tome de la série écrite par Sylvain Runberg et dessinée par Mirka Andolfo. Parution le 08/07/2020 aux éditions Glénat.

Un ver dans la Grosse Pomme

Conclusion de la bataille qui oppose le démon babylonien Marduk aux sorciers de l’Under York, ce microcosme souterrain ancré dans les fondations de la Grosse Pomme. 

Allison Walker, qui s’était imposé l’exil à la surface pour ne pas avoir à subir le joug de sa famille, a remis le couvert et s’est lancée, accompagnée de son frère Bayard, dans une mission dangereuse visant à stopper le démon avant qu’il ne s’empare de la ville. 

Alors que les deux précédents tomes abordaient habilement les thèmes de l’acceptation de soi et de l’empowerment féminin, grâce à une habile prémisse, ce troisième volume se concentre sur la conclusion du récit, avec en base thématique le sacrifice. 

Car en magie, on le sait, tout est question d’équilibre et de prix à payer. Le souci qui s’impose toutefois ici, et qui pointait déjà le bout de son nez dans l’album précédent, est que ces règles ne sont peu ou pas expliquées par l’auteur. Bien qu’implicites, elles  auraient gagné à être rappelées dans le cadre du récit, qui aurait ainsi gagné en puissance et en cohérence lors de sa conclusion. 

A la lecture de Confrontations, on est vite submergé par une sensation de hâte, voire de lassitude, que l’on imagine partagée par l’auteur, qui s’empresse d’enchaîner les événements, comme pour franchir enfin la ligne d’arrivée. Les sorciers parviennent à leurs fins, certes, mais de façon mécanique et sans grand intérêt, étant donné le système de « magie douce » qui rend tous les affrontements superfétatoires.

Il aurait été bien plus intéressant qu’Allison et Bayard formulent un plan durant le deuxième tome, grâce à une connaissance acquise chèrement, puis que ce plan, ô surprise, ne survive pas au contact de Marduk, qui au lieu d’assister passivement à la vampirisation du NYPD à la façon d’un rentier qui surveille narquoisement son cash flow mensuel, aurait justement œuvré pour éviter de revivre la même défaite que jadis.

Ceci aurait forcé Allison, Bayard et les autres sorciers à puiser en eux-mêmes pour vaincre le démon en usant d’un autre procédé et le sacrifice final n’en aurait été que plus fort. Une telle articulation, pourtant pas si savante, aurait dynamisé ce troisième acte quelque peu brouillon. 

Le dessin de Mirka Andolfo n’est ici pas en cause, puisqu’il reste dynamique et d’agréable facture, comme pour les deux précédents tomes. Les Chroniques d’Under York se terminent donc par une fausse note, la dysharmonie est d’autant plus forte que la série débutait très bien. 

Gageons que le scénariste Sylvain Runberg a raté cet album, occupé qu’il doit être à confectionner le prochain Wonder Woman avec Miki Montllo… 

**·***·****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #18

La BD!

Salut les bdvores! Pour démarrer cette jolie (et froide) semaine je vous propose une fournée spéciale SF avec une nouveauté Drakoo, le retour de Travis, ma série chouchou de chez Duval, la suite de la reprise Sillage par le virtuose Pierre-Mony Chan  et une découverte one-shot bien sympa…

  • Akkad (Clarke/Le Lombard) – 2021, 120p., one shot.

En 2027 la Terre n’est plus qu’un champ de ruine, depuis l’apparition d’aliens géants surgissant d’un autre espace-temps et « gelant » des pans entiers de la planète… La dernière chance de l’Humanité réside dans un programme secret visant à doter de jeunes gens de capacités intellectuelles dépassant les normes de l’espèce…

Cet album fait partie des inspirations librairies, ces feuilletages rapides qui vous disent « prends moi » sans rien en savoir, avec un résultat à quitte ou double. Avec l’activité du blog et le suivi de l’actualité ces moments deviennent rares et j’en profite chaque fois que cela se présente… Si la couverture reflète très bien ce one-shot de SF « temporelle » (genre que j’adore, au même titre que Brane Zéro, Unité Z ou Alter), présentant les cinq « enfants » mutants, un ton gris bien froid qui habille toutes les cent pages du volume, et la grosse bébête… elle en résume aussi les limites comme pas mal de blockbusters ciné qui mettent tout dans leur affiche. Bon public, j’ai beaucoup aimé le trait épuré mais précis de Clarke qui rappelle les bonnes SF Delcourt des années 2000 (la seule première page montre la maîtrise technique du dessinateur sur les éléments mécaniques et architecturaux) et n’ai pas souffert d’une certaine monotonie des décors de destruction du fait de cadrages serrés provoquant le huis-clos et mettant en valeur des encrages Akkad - BDfugue.comprofonds très chouettes. Les quelques séquences d’action pas du tout centrales donnent une respiration à une narration construite sur le mystère constant, la technique scientifique et les allusions cryptiques des scientifiques. Les codes du récit conspirationniste sont maîtrisés et le tout est heureusement porté par un art des dialogues tout à fait percutant. Et bien tout ça semble bien sympa vous dites vous! Oui, avec les limites inhérentes au genre et au format. Tout le monde n’est pas Bajram et à ma connaissance hormis quelques adaptations de romans SF magistraux, UW1 reste une singularité dans un genre qui exige une maîtrise scientifique et scénaristique très élevée. Comme les volumes cités plus haut Akkad jouit des mêmes atouts pour qui aime les concepts SF sophistiqués mais aussi des mêmes manques à savoir une conclusion frustrante qui fait tirer la moue devant le nombre de questions laissées en suspens et quelques facilités dans la résolution d’une intrigue par définition compliquée. Reste pourtant une réalisation sans faute, élégante, rythmée, fort alléchante et assez lisible qui titille suffisamment notre envie d’énigmes spatio-temporelles.

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  • Teleportation .inc #1: perdus en translation (Latil-Sordet/Drakoo) – 2021, 48p., tome 1/2 paru.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Drakoo alterne entre les très bonnes surprises issues des collaborations avec des auteurs de romans reconnus et des séries à la qualité et à l’originalité plus discutables dans le sillage du grand manitou Arleston. Teleportation inc. me faisait plutôt envie au vu des premières planches et du pitch qui proposait une idée assez novatrice, celle d’agent de récupération d’usagers de téléporteurs en fuite. Après lecture, si les dessins sont plutôt rigolo et efficaces malgré un aspect un peu plat (… ce qui n’avait pas empêché le Warship Jolly Rogers de Miki Montllo d’être une superbe série) et des des décors vides, c’est surtout sur le déroulé de l’intrigue que ça coince avec une enquête à laquelle on a du mal à accrocher du fait d’ellipses et d’une narration assez erratiques. Si l’humour et l’action sont au rendez-vous, les auteurs ne nous donnent pas franchement les clés pour suivre les séquences qui s’enchaînent sans qu’on comprenne bien de quoi il retourne. On finit la lecture un peu frustré avec l’impression d’une lecture-consommation. Laissons une chance au tome deux qui arrive très vite (au mois d’août prochain) et qui pourra peut-être donner une cohérence à l’ensemble.

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  • Travis #15: La femme qui en savait trop (Quet/Duval) – 2021, 46p., cycle 5 tome 2.

Bon, je vous préviens tout de suite, Travis fait partie de mes séries chouchoutes mitonnées par l’orfèvre Fred Duval dont le talent commence à ressembler à celui d’un Van Hamme quand on voit ce qu’il arrive à faire sur des thèmes a priori tout à fait déjà vus… Après un cycle mexicain en demi-teinte, Travis repartait pour l’espace il y a un an vers la Mission Europe dont on entend parler depuis le tout premier cycle. De l’art de jointer des trames diverses et surtout de réunir les deux univers jumeaux, celui du camionneur rouquin et celui de la plus mortelle des hispano-irlandaises, Carmen MacCallum. Car l’équipe créative de Travis n’avait jamais été aussi loin dans le crossover, si bien qu’on se demande si Carmen ne va pas finir par pointer le bout de son nez sous les dessins toujours parfaitement efficaces de Quet. Ce volume est très orienté action puisqu’il consiste en une chasse (très prenante) de la blondasse transformée en serveur biologique des données cryptées du machiavel Dario Fulci par la tueuse Thundercat… Sous la protection de Vlad qui s’en prend plein la poire sans ses nanomachines, on traverse l’Europe, on bave devant les joujou techno de la tueuse et on réfléchit (quand-même) aux implications des manipulations génétiques qui ont abouti à la création de véritables créatures fantastiques (Centaures entre autres!) dans un univers SF. On pourra tiquer, les lecteurs de la série Carmen ne seront pas surpris, mais il reste que Travis est toujours une valeur sure de l’anticipation grand public et un vrai bon plaisir de BD! Ce cycle s’avère plutôt bon et on a hâte de lire la suite!

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  • Travis #15: La femme qui en savait trop (Quet/Duval) – 2021, 46p., cycle 5 tome 2.

La série Sillage se vend très bien depuis son premier tome et a mené à l’apparition d’une galaxie de séries parallèles qui risquent de vous perdre comme moi si vous n’êtes pas un habitué malgré un avertissement en page de titre indiquant que ce tome se situe entre les tomes 2 et 3 de la série mère. Pour résumer: la série principale suit les enquêtes de l’agent spécial Nävis et compte 20 tomes. Les Chroniques de sillage fait venir une ribambelle de guest graphiques pour des short-stories (6 tomes). Nävis raconte la jeunesse de l’héroïne avec Munuera aux dessins (6 tomes).

Ces Premières armes sont des histoires solo présentant les premières missions de l’agent Nävis et dont le mérite premier est de permettre un retour du virtuose Pierre-Mony Chan, tellement apprécié sur l’excellente série Cross fire. Ce second opus se situe dans l’univers des pirates de l’espace et s’adresse clairement à un public Young adult avec une jeune Nävis invincible, directe, irrespectueuse, bien décidée à régler cette affaire qui lui fait perdre son temps… C’est donc bien sur les planches que vous allez baver devant une technique et un design parfaits du dessinateur qui semble se régaler en proposant des cases d’une minutie… encore améliorée par la colorisation sublime d’Alice Picard. L’attelage des deux auteurs est clairement une pépite graphique derrière laquelle se range le vétéran Morvan sur des textes un peu (trop) bavards et langage d’jeunz. Quand on voit la dynamique du dessin très influencé par le Manga, on est surpris que le format manga n’ait pas été essayé par l’éditeur pour élargir le public dans une démarche proche de celle d’Urban.

On prend donc un superbe plaisir visuel autant que thématique avec tout de même une perte d’informations croisées pour ceux qui ne suivent pas la série principale à laquelle on fait fréquemment référence… Une bonne série, qui a le mérite du format one-shot mais sur laquelle les auteurs devraient faire attention à ne pas réserver leurs intrigues au seul public fidèle.

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**·Comics·East & West

Spider-Man (Mavel Legacy): Le retour des Sinister Six

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Album de 160 pages comprenant les épisodes 234 à 240 de la série Spider-Man. Brian Michael Bendis au scénario, Oscar Bazaldua et Sara Pichelli au dessin. Parution le 04/09/2019 aux éditions Panini Comics.

Araignée Nouvelle

Crée par Brian M. Bendis en 2011 dans les pages de Ultimate Spider-Man, Miles Morales a rapidement gagné une grande popularité aux yeux des fans de l’Araignée, qu’il avait été crée pour remplacer.

Quelques années plus tard, en 2015, l’univers Ultimate dans lequel Miles évoluait en tant que Spider-Man fut détruit lors de Secret Wars, mais le jeune héros échappa miraculeusement à l’annihilation, et intégra l’univers 616, soit la continuité Marvel classique. Ainsi, Miles a pu prouver sa valeur auprès du Spider-Man original (les deux personnages s’étaient toutefois déjà croisés lors d’un crossover entre univers parallèles) et même remplacer son aîné en tant que protecteur de New York lorsque ce dernier embarqua pour des aventures plus globales.

En tant que Spider-Man, Miles a également intégré les Avengers, avec Miss Marvel, Nova, Vision, Iron Man et Captain America. Cette collaboration fut de courte durée puisqu’elle pris fin l’année suivante lors de la seconde Guerre Civile des super-héros. Miles, déçu par le comportement des héros séniors, va dans la foulée former, avec d’autres jeunes héros, les Champions, désireux de s’affranchir de la tutelle des adultes.

En parallèle, Miles doit s’adapter à ce nouvel univers, en menant du mieux qu’il peut la vie d’un adolescent new-yorkais. Ce quotidien au fragile équilibre sera perturbé lorsque Miles verra resurgir une figure de son passé récent.

Affaires de Famille

Car Miles n’est pas le seul transfuge de l’univers Ultimate. Lorsqu’il lui a épargné l’effacement à l’issue de Secret Wars, Molecule Man a aussi permis aux proches du jeune homme de subsister. Ce qui inclue Aaron Davis, son oncle, malfrat autrefois connu sous le nom du Rôdeur.

Revenu à la vie, Aaron compte bien profiter de cette nouvelle chance et prépare un coup audacieux avec une équipe de Sinisters nouvellement constituée. Sa route va bien sûr croiser celle de son neveu, ce qui promet un conflit de loyauté pour la petite Araignée.

Brian Bendis est ici aux commandes de l’un de ses personnages fétiches, dont il préside à la destinée depuis plusieurs années, et pour lequel il raccroche ici les gants. Nous sommes donc en droit d’attendre une aventure épique et émouvante, condensant tous les meilleurs aspects du personnage, à l’instar de la fin du run de Dan Slott sur Amazing Spider-Man.

Néanmoins, rien dans l’album ne laisse transparaître l’amour du scénariste pour son personnage. L’arc en lui-même est plutôt banal, le scénariste nous ayant habitué à mieux en terme d’action et de rebondissements. L’équipe de méchants, menée par l’oncle de Miles, n’a rien de très impressionnant, et sert même par moment de ressort comique, ce qui nuit clairement à la tension dramatique. L’aspect « film de casse » que l’on pourrait attendre du pitch est mis de coté ou tout simplement bâclé, ce qui rend finalement ces nouveaux Sinister Six regrettablement anecdotiques.

Bien évidemment, on retrouve les tics habituels de l’auteur, notamment les dialogues vifs et ciselés, presque tarantiniens, et une intervention finale à la limite du deus ex machina (c’était le cas dans sa mini-série Spider-Woman, mais aussi dans la mini-série Moon Knight et d’autres exemples du même genre). Cependant, ces petits artifices, qui peuvent agrémenter le récit, ne parviennent pas à faire monter la mayonnaise.

Tout ceci donne un goût d’inachevé à ce qui aurait du être une histoire poignante et haletante, mais qui contrevient finalement à la réputation de l’auteur et de son personnage.

**·****·Documentaire·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #8

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  • Le discours de la méthode (Naha/Kurokawa) – 2021, one shot, collection Kurosavoirs.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

Pour la présentation du format de la collection de manga de vulgarisation Kurosavoirs je vous renvoie au billet sur le précédent volume dédié à Maltus.

Petite déception à la lecture de cet album visant à vulgariser la pensée de Descartes… Si le précédent réussissait très bien à proposer une vraie histoire permettant de s’immerger dans les concepts de l’économiste (la base de la vulgarisation), cette fois-ci il faut s’accrocher pour comprendre les concepts philosophiques du mathématicien… Après une introduction vaguement fantastique et franchement forcée voyant Descartes débarquer dans le logement d’un petit employé japonais baptisé « lambda », on nous explique plutôt simplement le contexte dans lequel le français a entamé son cheminement intellectuel. C’est la partie la plus intéressante même si graphiquement on reste sur du très basique. Voulant découper l’explication en suivant le plan du Discours de la Méthode, le grand œuvre du philosophe, l’auteur du manga peine à simplifier une logique philosophie basée sur des concepts et cheminements logiques pour lesquels il aurait sans doute fallu plus d’allégories et schémas pour les faire passer. On se retrouve donc dans la situation d’un élève de terminale à essayer de ne pas se noyer et surtout on perd assez vite l’idée de base de la collection, la simplification graphique. Fort dommage. En fin d’ouvrage une ouverture salutaire permet de prendre un recul critique sur certains éléments de la pensée de Descartes (comme ces « animaux-mécaniques », théorie fort datée à l’heure des animalistes), mais globalement on reste franchement sur sa faim en ayant l’impression de ne pas avoir bien plus avancé dans la compréhension du fondateur du cartésianisme et de la méthode scientifique. Le fait que cet album soit l’un des rares de la collection à ne pas être réalisé par la Team Banmikas n’est peut-être pas pour rien dans ces difficultés…

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  • Alpi the soulsender (Rona/Ki_oon) – 2021, série en cours (5 tomes parus au Japon au format webcomics).

bsic journalismMerci aux éditions Ki_oon pour leur confiance.

Ce troisième tome (en six mois) reprend au milieu de l’affrontement contre l’esprit divin de la foudre rencontré au tome précédent. La confrontation entre la jeune Alpi et l’expérimentée Sersela fait beaucoup évoluer la maturité de l’héroïne dans sa compréhension du rôle des Soul senders et l’équilibre écologique entre humains et forces de la nature. Ce volume se concentre sur la jeunesse de Sersela et le récit de sa rencontre déterminante avec les parents d’Alpi (un gros flashback donc) avant de voir cette dernière se rendre dans la Cité-bibliothèque (tiens, on retrouve des éléments de l’Atelier des sorciers et de Magus of the librarian et ce n’est pas pour me déplaire!) pour retrouver leur trace… On reste ici sur la base de deux esprits purgés comme dans chaque volume), avec toujours les superbes dessins sous la jaquette et dans les pages intérieures qui restent un ravissement sur chaque page. Un peu d’action point également alors qu’on découvre les capacités martiales de la jeune fille. La série commence à prendre son rythme avec la densification de la personnalité de l’héroïne et l’apparition de personnages secondaires qui font avancer l’intrigue. Manque encore peut-être un grand antagoniste pour ajouter du drame à tout cela (… qui est peut-être justement sur le point d’apparaître) pour achever de faire de cette série un must-read.

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  • Blue period #1 (Yamagushi/pika) – 2021, série en cours (9 volumes parus au Japon)

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

blue-period-1-pikaSérie qui me faisait très envie de par le sujet (la peinture et son apprentissage) et une superbe couverture, je remercie Pika pour ce nouveau partenariat qui me permet de découvrir un album qui a énormément fait parler de lui sur les réseaux sociaux à sa sortie et qui a raflé plusieurs prix importants au Japon. Et pour cause puisque cette introduction est tout à fait prenante en plus d’être (surprise pour moi) tout à fait pédagogique. Sur des dessins assez épurés au trait fin que j’attendais un peu plus impressionnants, l’auteur nous surprend d’entrée de jeu en brisant le modèle du manga de lycée avec un héros qui n’est non pas introverti mais plutôt la star du lycée, beau, brillant dans toutes les matières, parfaitement socialisé et curieux qui plus est. Le gendre idéal! Mine de rien ça change des habitudes et attise tout de suite l’intérêt en posant un récit très positif qui cherche plus à creuser la naissance d’une passion que d’appuyer le pathos. Le récit nous perturbe également en proposant un personnage de travesti qui semble parfaitement inséré dans son milieu, si bien qu’on doute tout le long d’avoir bien compris qu’il s’agit d’un garçon à l’apparence d’une fille. Dans un Japon aux codes conservateurs on se surprend à tiquer avec nos codes occidentaux sur cette normalité inhabituelle… De façon très posée, simple, le héros va donc d’abord découvrir les émotions graphiques puis le club d’arts plastiques où une professeur passionnante va délicatement lui ouvrir l’esprit, ce qui va éveiller en lui la possibilité de s’inscrire dans une université de beaux-arts alors que la voie lui était tracée vers une école d’élite scientifique. Cela permet de jolis passages de vulgarisation qui parleront aux amateurs de manga en les titillant sur leur consommation qui pourrait déboucher sur de la création, pour peu qu’ils aient envie de s’entraîner sur des techniques simples mais qui nécessitent un travail comme toute autre discipline. Une très belle introduction, très maîtrisée, qui a tout dans sa besace pour devenir une grande série. 

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  • Elio le fugitif #1(Hosokawa/Glénat) – 2021, série en 5 volumes, terminée au Japon

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

elio-le-fugitif-1-glenatClassée en Shonen par l’éditeur, Elio le fugitif m’a vaguement déçu sur cette introduction, qui a néanmoins le mérite de ne pas perdre de temps (la vertu des séries courtes) puisque dès les toutes premières pages on découvre le héros, adolescent ayant grandit en prison pour le meurtre de son frère, gagner sa liberté en remportant son millième combat contre d’autres détenus. On comprend donc immédiatement que ce frêle jeune homme est doté de facultés martiales exceptionnelles qui lui permettent de rivaliser avec n’importe quel bretteur dans cette Castille du XIV° siècle. Très vite il va rencontrer une autres victime d’accusation abusive, une jeune noble qu’il sauve de l’échafaud. Commence donc une fuite dans le désert rigoureux de la Castille, d’abord pourchassés par les gardes puis par de redoutables assassins révélant un complot contre la jeune fille. Il s’agit donc d’une histoire plaçant un super-combattant au coeur d’une intrigue plus grande que lui et qui va devoir bien évidemment dépasser son égoïsme survivaliste pour la protection des plus faibles. Schéma classique du Ronin transposé en Castille médiévale. Graphiquement c’est assez correcte, notamment lors des combats. Ca ne défrise pas les mirettes mais la bonne gestion du cadrage, très serré, permet de ne pas avoir à se préoccuper de décors un peu pauvres. Je disais que j’en attendais plus car le contexte historique est vraiment très décoratif et n’apporte à peu près rien à l’intrigue et si l’album se lit sans ennui il reste très orienté action et ne révolutionne en rien le genre déjà rempli de pléthore de récits pseudo-historiques. Attendons la suite…

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**·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Dceased: hope at world’s end

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Comic de Tom Taylor, Renato Guedes, Dustin Nguyen et collectif.
Urban (2021) 176p.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour cette découverte.

L’ouvrage présente les évènements précédents en ouverture, les personnages intervenant et une double page de planches encrées. Tout à fait minimaliste d’autant que la thématique Dceased a fortement inspiré les très talentueux artistes DC…

L’équation d’anti-vie est en train de se répandre à grande vitesse sur Terre et les héros de la Justice League sont démunis. En différents endroits les derniers survivants de l’Apocalypse utilisent leurs pouvoirs pour sauver ce qui peut l’être…

Avec le Harleen de Sejic, Dceased avait été la grosse claque comics de l’an dernier, montrant que malgré les nombreuses abominations que la Distinguée concurrence produit un petit pas de côté permet toujours des miracles. Las, afin de laisser le temps à l’équipe Taylor/Hairsine de réaliser la suite (annoncée pour septembre chez Urban) l’éditeur a lancé deux spin-off: l’un centré sur les méchants (Unkillable) et l’autre que voici, centré sur la JL ou plutôt la Young JL et autres personnages très secondaires du catalogue DC. Avec trois très bons dessinateurs en les personnes de Dustin Nguyen, Renato Guedes et Carmine Di Giandomenico (entre autres) on savait déjà que ce qui s’avère un bouche-trou tout à fait commercial serait graphiquement qualitatif (ce qui permet de maintenir deux Calvin sur cette chronique). Si Guedes propose des personnages un peu figés et perd le côté novateur qu’il avait dernièrement chez Valiant, les autres artistes font un bon job qui permet de ne pas s’ennuyer sur l’aspect purement récréatif.DCeased Hope At World's End #5, cover

Car en matière de surprise et d’intérêt, hormis comme introduction à l’univers des Young Justice que la marque aux deux lettres tente de lancer avec un joli matraquage on peux passer son chemin. Le principal intérêt de ces quelques séquences relativement dissociées est de découvrir des personnages peu connus et notamment les ouvertures politiquement correcte de DC vers la « diversité » avec des couples de héros homo. Pas sur que ce soit un argument de vente suffisant… En outre, comme toujours avec l’alternance des dessinateurs on perd la puissance graphique que la présence de Trevor Hairsine seul permettait sur Dceased. Aucune tension dramatique ici avec un ton volontairement « teen » adopté par Taylor qui assume le public cible. Etrange quand on regarde la couverture, dans la ligne des précédentes très belles réalisations de Francesco Mattina et qui tranche résolument avec les aventures de teen Batman, teen superman, teen WonderWoman, la famille Flash et Krypto le chien Kryptonien… Désolé d’enfoncer le clou, certains accrochent peut-être mais j’avoue qu’après Starro l’étoile de mer sur Batman Metal je coince un peu sur les délires les plus absurdes de DC. En matière de renouvellement on préfèrera le travail de Sean MurphyDCeased – Hope At World's End 002 (2020) | Read All Comics Online For Free

Au final ce qui devait être une rustine dans le calendrier DC reste une rustine et même si je n’ai pas lu Unkillable je gage qu’il vaut mieux choisir soit de lire tout le pack par soucis d’exhaustivité soit de faire l’impasse sur les deux spin-off et profiter de la réedition en intégrale d’Injustice pour profiter d’un vrai bon travail de Tom Taylor.

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