Actualité·BD·Guide de lecture

Sélection Journée mondiale pour le climat

Actu

Salut les lecteurs! aujourd’hui c’est la journée mondiale pour le climat. Alors que notre planète crame les auteurs se sont inspirés depuis longtemps de cette catastrophe, essentiellement en SF, pour aborder le sujet sous différents angles. Entre BD documentaire et blockbusters, profitez de l’occasion pour découvrir ces bonnes BD et réfléchir sur la portée de notre activité de consommateurs.

En en cause en commentaires quand vous voulez…

 

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Saison brune 2.0

Le Docu du Week-End
BD de Philippe Squarzoni
Delcourt (2022), 264p. , n&b.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur fidélité.

CaptureAlors que le réchauffement climatique nous explose à la figure, l’auteur de Saison Brune revient dix ans après pour une prolongation de son ouvrage lanceur d’alerte. Et ce billet a pour moi une valeur un peu sentimentale car il s’agissait d’un des tous premiers albums que je chroniquais en ouvrant le blog en 2018… L’auteur de la magistrale adaptation policière Homicide a fait quelque peu évoluer son trait vers une épure encrée. A la fois plus précises et plus poétiques que sur le premier tome, il reprend la technique qui a fait l’efficacité de son ouvrage en alternant les illustrations libres de concepts et les séquences d’interactions entre lui et sa fille à Lyon, pendant le confinement. On pourra noter que les précédentes interventions de spécialistes face caméra n’ont plus lieu ici, comme si le découvreur naïf de 2012 ne ressentait plus le besoin de s’appuyer sur ses pairs et pouvait expliciter les problématiques via les lectures références citées en fin d’ouvrage. Cette assurance permet aussi à l’ouvrage de maigrir puisque nous sommes désormais sur un format plus classique en documentaire (264 pages contre 480 sur le précédent).

L’ouvrage se concentre sur la fiction « greenwashing » d’innovations numériques proposées aux consommateurs et aux gouvernements du monde par les GAFAM comme une solution miracle à la problématique du réchauffement climatique, désormais incontestable. Lorsque le film d’Al Gore sort au cinéma les climatosceptiques sont nombreux. Aujourd’hui hormis les allumés trumpistes et promoteurs de réalité alternative tout le monde reconnaît l’ampleur de la crise. Mais le capitalisme fonctionnant sur la transformation permanente il tente de présenter une fiction d’une dématérialisation qui permettrait de ne plus ponctionner la planète tout en assouvissant l’appétit incessant et insatiable des consommateurs-citoyens pour les technologiques, internet et les loisirs. Ainsi plus de papier, plus de déplacements grâce au télétravail qui s’est démultiplié pendant la crise du COVID et une optimisation des performances productives. Dans cette image d’Epinal à laquelle on pourrait facilement ajouter les voitures électriques d’Elon Musk ou les nouvelles technologies nucléaires mises en avant par notre Président il n’y a pas matière à s’inquiéter puisque grâce à des investissements massifs et l’appui des Etats, ces entreprises du numériques résoudraient rapidement notre dépendance aux énergies carbones.

Capture1Le soucis, que démontre très précisément Squarzoni dans l’album) c’est que la consommation énergétique des technologies du numérique croit de façon exponentielle de même que la consommation d’appareils par les utilisateurs. Appareils miniaturisés qui nécessitent des quantités très importantes de matériaux essentiellement non recyclables et qui dépendent de serveurs informatiques et de câbles sous-marins tout à fait matériels qui eux-aussi polluent et sont très énergivores. Comme pour la voiture individuelle la question de la hausse des performances des équipements est loin de compenser la croissance de la production. Sans qu’il n’aborde frontalement l’aspect civilisationnel d’une société de décroissance on comprend très aisément à la lecture que c’est bien le principe de croissance capitalistique qui est en cause dans le pillage de la planète, pillage producteur de dérèglement climatique. Alors que nous sortons d’un été qui semble marquer le point de bascule vers une époque annoncée de chaos climatique très palpable les rappels de Philippe Squarzoni tombent particulièrement bien pour réveiller les consciences.

L’aspect autobiographique est marqué par les séquences de vie quotidienne sous confinement de l’auteur et sa fille à Lyon. Comme tout parent il discute avec son enfant de ce qu’il faut éviter, des responsabilités individuelles, des incohérences de chacun. En tant qu’artiste on imagine le poids important d’internet et de l’outil informatique au quotidien pour Squarzoni et le dilemme que cela crée. Etre conscient de notre action climaticide en regardant des films Netflix ou en se renseignant sur le net nous oblige t’il à cesser ces Captureactivités alors que ce sont les industries et les choix politiques qui sont de très loin les plus criminels dans la pollution de notre planète? Le pouvoir de citoyen-consommateur d’orienter les GAFAM en impactant leur chiffre d’affaire est-il suffisant? Dois-je me sanctionner pour les actions de ceux qui peuvent? Puis-je m’extraire de toute responsabilité de ce fait en regardant ailleurs? L’auteur de Saison brune 2.0 ne donne pas d’avis mais comme toujours questionne les consciences, convaincu que ces choix ne peuvent qu’être inviduels. Il est en revanche bien plus offensif qu’auparavant concernant le rôle des politiques publiques et le vote qui les déclenche.

Avec le talent pédagogique qu’on lui connaît et de belles séquences dessinées illustrant son propos, Philipe Squarzoni aborde brillamment la problématique majeure de la pollution numérique et des chimères de la Start-up Nation à l’heure du COVID. Il questionne nos actions, que chaque citoyen devrait évaluer sans culpabilité mais avec responsabilité, notamment chaque blogueur et utilisateur de réseaux sociaux dont les heures ne sont pas sans conséquences pour le climat. Des questions qui ne font pas plaisir, complexes, mais essentielles.

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Actualité·BD·Nouveau !

Sélection Halloween 2022

Actu

Bouuuuu quelles belles BD bien cracra on va bien pouvoir lire pour cet Halloween 2022? Blondin et Dahaka veillent au grain et vous proposent comme chaque année une fournée de BD d’horreur et d’épouvante: 

celui-que-tu-aimes-dans-les-tenebresAlbum idéal pour cette sélection puisqu’il parle d’une maison hantée par un fantôme quelque peu possessif envers l’artiste qui y réside… L’atmosphère est ombreuse à souhait avec sa dose de fantastique et les violons qu’on entend presque crisser. Brrrr!


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Impossible de faire l’impasse comme chaque année sur LA série manga d’horreur dans la luxueuse collection Ki-oon des Chefs d’œuvres de Lovecraft. Si cet opus reste mineur par rapport aux autres de la collection il n’en renferme pas moins tout ce qu’il faut pour faire frissonner, plus que le diptyque du Cauchemar d’Innsmouth, plus construit mais moins « Halloween ».


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Incursion orientale dans le panthéon hindou, ce très élégant one-shot vous manipulera à souhait dans les turpitudes des dieux et démons dans l’Inde coloniale britannique. Une des belles découvertes de l’année.


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Gore à souhait, malsaine au possible, la courte série de Mangetsu dépoussière le mythe vampirique autour d’un très piteux trio amoureux adolescent. Ames sensibles s’abstenir… ça tombe bien c’est Halloween!


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Quand un dessinateur de la qualité d’Eric Powell relance ses enquêteurs de l’étrange en les lançant à la chasse aux nazi on ne peut pas bouder son plaisir pulp…


Plus horreur que halloween, ce magistral hommage à John Carpenter est un parfait manuel de frisson dans le froid de l’espace…


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Nous l’avions chroniqué juste après Halloween 2021, donc séance de rattrapage évidente pour la seconde adaptation d’un classique de la littérature gothique par l’immense Georges Bess (alors que son sublime Dracula ressort en édition « ultime »).


 

Le spin-off de Something is killing the children par le « eisnerisé James Tynion.

Parce qu’il faut aussi des histoires de fantômes pour les jeunes, la série Spirite est une très bon représentant du genre.

Relaunch de la mythique saga de Neil Gaiman, portée par la surdouée brésilienne Bilquis Evely qui sidère dans sa fantasmagorie des rêves… et des cauchemars!

Une fraternité étudiante, de jeunes gens plein de sève, un rituel satanique, c’est tout ce qu’il faut pour un bon gros slasher!

Virée sociale pour ce cauchemar Body-horror bien cracra que ne renierait pas le cinéma bis…

A propos...·Actualité

Sondage: pour mieux vous connaître!

Actu

Toujours plus nombreux sur ce blog, nous échangeons avec certains et avons des statistiques de consultation générales mais nous aimerions en savoir plus sur vous, votre pratique de ce blog, ce qui est bien, ce qui l’est moins… Merci de prendre un moment pour nous aider à rendre ce blog plus conforme à vos attentes!

Ca se passe ici:

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Actualité·Graphismes

The ink Link: un collectif engagé

Actu
The Ink Link - collectif BD engagé

Salut la compagnie ! Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler d’un projet artistique militant que j’ai découvert lors du dernier festival BD de Lyon, lors de laquelle j’ai eu la chance d’être invité à assister à la journée professionnelle.

A l’origine de Ink link se trouve l’inévitable Wilfried Lupano (associé à Laure Garancher et Mayana Itoïz), que les plus anciens d’entre vous connaissent pour le caractère très engagé de la plupart de ses scénarii. En 2016, alors auréolé du succès de ses premières BD (Alim le tanneur est terminé, Les vieux fourneaux, Azimut sont commencées, Un océan d’amour et le Singe de Hartlepool sont sortis…), il s’associe avec d’autres auteurs pour partir en Amazonie sur une mission humanitaire où ils pensent que la compétence narrative d’auteurs BD peut aider les ONG à nouer le lien avec les populations concernées. Partant du constat que le milieu humanitaire actionne traditionnellement sa communication via des agences de communication calées sur des schémas formatés, ils croient dans le caractère universel du récit, avec l’immense avantage de la BD : elle peut pratiquement se passer de texte et sait raconter des histoires. Les ONG utilisent des codes graphiques occidentaux pour parler au monde entier, parfois de manière inadaptée avec quelques vrais problèmes culturels découverts sur le tas, comme ces cochons-tirelires utilisés sur des dessins pour des pays musulmans… Le dessin permet de se passer de la vidéo et de la langue. Il anonymise (et donc protège) également les gens par le dessin, rend plus facile l’acceptation de ces occidentaux arrivant parfois dans des régions très reculées et très éloignées de nos modes de communication.

Au départ artisanale, l’association est devenue très pro avec l’implication d’auteurs confirmés : Aurélie Neyret (Carnets de Cerise), Paul Cauuet (les vieux fourneaux), Jérémie Moreau (la saga de Grimr)… Généralement deux créatifs partent en mission, accompagnés par des humanitaires et parfois des aides techniques. L’association engage des auteurs BD ayant déjà publié au moins un album et les rémunère selon la convention professionnelle des auteurs BD. Le collectif tient a faire avec les personnes sur place et pas simplement sur commande d’organismes. Mais cela prend du temps, de longues discussions, appuyées par le dessin. Cela s’approche de la thérapie par moment lorsqu’il s’agit de comprendre les drames vécus par des réfugiés de guerre. Tous les projets ne sont pas au bout du monde et beaucoup de structures françaises ou européennes ont fait appel à ces services, comme le Planning familial belge par exemple. La réalisation a proprement parler du rendu se fait en France. Tout un travail de documentation est à ramener, incluant photos, vidéos,textes, plans, etc. C’est au final un vrai travail documentaire équivalent à celui nécessaire pour réaliser un album docu, qui est créé par ces artistes, éditeurs, scénaristes. Les produits rendus sont de tous types (vous pouvez avoir un aperçu sur le très complet site du collectif) : BD, clips d’animation, dessins.

Ink link a remporté l’année de son lancement le prix Hors-case lors décerné au festival BD de Lyon en partenariat avec Le Monde et la SOFIA. Depuis, plus de 100 projets ont été lancés avec l’AFD, l’OMS, Medecins sans frontière et bien d’autres plus petites. En cette fin d’année où les formidables lecteurs BD se tâtent sur où faire leurs dons déductibles vous pouvez profiter de cette belle occasion pour faire un acte citoyen en promouvant ce génial projet artistique !

Actualité·BD

Lyon BD festival 2022

Actu

Lyon BD 2022 : un festival avec un nouvel horizon - ActuaBD

Pour sa dis-septième édition, le festival BD de Lyon a pu profiter pendant trois jours d’un superbe temps et du cadre très agréable de l’Hôtel de ville pour ses séances de dédicaces avec pas moins de 168 auteurs invités, que ce soit sur les stand d’éditeurs, ceux du festival ou ceux des librairies partenaires. Avec plus de vingt exposants et autant d’expositions sur le mois (le IN se déroule sur un week-end + une journée professionnelle et le Off sur le mois de juin complet), il s’agit d’un des plus gros festivals français sur le neuvième art, qui ne jouit pourtant pas de la renommée médiatique que permettent les prix d’Angoulême ou de Saint-Malo. Les organisateurs travaillent plutôt sur la création et les expérimentations, comme cette fresque peinte en directe par Keum Suk Gendry-Kim dans une superbe chapelle où l’on pouvait trouver les petits éditeurs donc les incroyables éditions de la Cerise et leurs si beaux livres-objets. Nombre de concerts-BD, Battles et autres « ateliers » d’auteurs ont montré la variété des interactions avec le public et de l’interfaçage entre l’art séquentiel et le spectacle vivant.20220612_120102

Cette édition a été l’occasion d’inaugurer le tout nouveau dispositif de rémunération des auteurs en dédicace, serpent de mer d’un secteur qui ne cessait de constater une concentration éditoriale, une hausse exponentielle des profits (sous la poussée du manga notamment) et de gentils auteurs acceptant de venir bénévolement passer des journées de dédicaces en échange de quelques coupes de champagne gracieusement offertes par leurs généreux financeurs. Sur une gestion de la SOFIA (organisme de gestion des droits d’auteurs qui a pu faire une présentation en compagnie de Marc-Antoine Boidin, vice-président du syndicat des auteurs BD, lors de la journée professionnelle), le dispositif verse un forfait de 226€ à tous les auteurs présents sur un salon adhérent, qu’ils soient dessinateur, scénariste, coloriste, qu’il dédicace ou participe à une conférence. L’ensemble est financé en tiers par le salon ou l’éditeur invitante, la SOFIA et le CNL. C’est encore très modeste au regard des rentrées d’argent des éditeurs sur les salons et non contraignant, mais c’est une évolution à saluer il me semble, qui a vocation à monter en charge et qui devrait limiter (je l’espère) le principe des dédicaces payantes qui avait tendance à se développer faute d’alternative. Ce qui est intéressant c’est que cela ne remet pas en question les ventes de « commissions » (dédicaces payantes en directe avec l’auteur), plus qualitatives tout en maintenant l’esprit du « cadeau » artistique lié à l’échange et en forme de remerciement des lecteurs pour leur soutien. Les deux vont de paire et créent un écosystème plutôt vertueux.20220612_140217

Niveau dédicaces ce fut assez riche avec un aréopage de grosses pointures (Neyret, Lupano, Lafebre, Petrimaux, Reynes, Cruchaudet, …) comme d’auteurs plus confidentiels et toujours cet étrange sentiment que le lien entre affluence et qualité artistique n’est jamais évident. Voir des Nicolas Siner, Adrian ou Bundgen attendant le chaland est toujours très surprenant quand on connaît leurs qualités… Etrangement le festival traine une réputation de mauvaise organisation notamment sur les dédicaces. Il est vrai que peu d’infos étaient lisibles sur le cadre (nombre d’albums par personne, achats obligatoires, etc.) mais je dois dire que je ne m’en plaint pas puisque le tout ressemblait plutôt à un open-bar bon enfant sans trop de queue et du coup une excellente qualité d’échange avec les auteurs, ce pour quoi on se rend dans ces salons.

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Je m’arrête là sur ce retour général et vous invite si vous habitez dans la région à tenter la prochaine édition ou le petit voisin de la Bulle d’or (plus ancien) organisé à l’automne dans la banlieue lyonnaise. Deux salons de taille humaine auxquels il ne manquerait qu’un prix artistique qui permettrait d’attirer un grand invité à chaque édition.

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Thorgal: nouvelle colorisation

Actu

Salut la compagnie!

On va débuter cette nouvelle semaine par une actu éditoriale qui m’intéresse particulièrement puisque Thorgal reste une de mes séries préférées et parce que je suis toujours de près les démarches des éditeurs visant à réactiver des fonds de catalogue. Déformation professionnelle de bibliothécaire sans doute, c’est le même esprit qui anime ce blog lorsqu’on s’efforce de tisser des liens entre des séries, des auteurs et des genres ou pour rappeler à vos bons souvenirs des pépites qui méritent toujours l’intérêt des années après leur sortie.

L’info n’a pas vraiment fait les gros titres malgré le statut de série majeure dans les ventes de BD franco-belge depuis de longues décennies. Lorsque le Lombard a annoncé la recolorisation des premiers volumes de la saga du Ulysse scandinave beaucoup de spécialistes, fins connaisseurs ou patrimonialistes (les gardiens du temple) ont crié au loup, à l’opération commerciale cupide qui dénature affreusement l’œuvre du maître Rosinski. S’il est vrai que certaines expériences passées assez peu justifiées ont laissé des traces. Quand Casterman a colorisé le Grand pouvoir du Chninkel, œuvre majeur de la collection (A suivre) il n’y avait pas d’autre intérêt que de ressortir un fond de catalogue un peu oublié en croyant que les jeunes lecteurs allaient plus facilement plonger avec de belles couleurs. Pour rappel l’album était paru volontairement en n&b et on a pu comparer cela à la colorisation des Tontons flingueurs, autre œuvre choisie en monochrome par ses auteurs. La légitimité avait été garantie en clamant le soutien de Rosinski mais le découpage en trois volumes reliés ne pouvait que pointer l’aspect commercial.

Pour Thorgal ce n’est pas tout à fait la même chose puisqu’il faut reconnaitre que les tout premiers volumes de la série étaient dotés de colorisations typiques de l’époque (et de la technologie d’impression d’alors), souvent criardes et parfois baveuses. Ainsi le comparatif des premières pages de l’Ile des mers gelées donne plutôt envie de relire la nouvelle version qui modernise beaucoup les planches. Je ne fais pas partie des puristes qui crient au loup et à la trahison de « l’esprit » quand le résultat est amélioré. Ainsi les deux premiers tomes peuvent profiter de cette colo il est vrai très réussie (Gaetan Georges officie déjà depuis plusieurs années sur les séries Thorgal) mais dès Les trois vieillards du pays d’Aran (le tome trois) on touche les limites de l’exercice puisque hormis un assombrissement manifeste des ambiances (voulue pour manifester les cieux gris de scandinavie?) on ne voit pas bien ce qu’apportent les nouvelles teintes. Grzegorz Rosinski n’était pas un grand coloriste avant de se mettre en couleurs directes mais s’est amélioré tout le long et on n’imagine pas l’éditeur aller même jusqu’à reprendre le magnifique travail sur le cycle du Pays Qâ.

En discutant avec un libraire il me faisait remarquer un effet pervers de cette opération, qui donnait le sentiment de lire un album paru en 2020, en perdant un côté désuet d’origine. Si je ne regretterais jamais les jaunes fluo d’époque, je reconnais que cela procure une certaine uniformisation pas anodine, le coloriste allant bien plus loin qu’un simple changement de teintes en rajoutant ombres et effets de lumière. Je remarque souvent que des dessinateurs moyens peuvent se trouver très agréables à l’œil après le passage d’un grand coloriste. Pourquoi pas mais cela interroge sur la création de l’auteur.

Pour inverser le problème j’ai constaté que la version n&B de la série publiée par les éditions Niffle (comportant quatre tomes par intégrale) était très qualitative, peu chère (moins de dix euros par tome) et dans une version très qualitative puisque grand format. On a trop l’habitude des tirages de tête et éditions spéciales à prix luxe pour collectionneurs pour ne pas saluer cette initiative très grand public qui permet de profiter de la qualité incroyable des dessins bruts de Rosinski.

Pour conclure ne je peux qu’inviter ceux qui ne connaissent pas encore cette magistrale série à profiter de l’expérience (a cinq euros l’album, on ne peux pas dire que ce soit ruineux) sur les nouvelles couleurs avant de basculer, si cela vous plait, sur les albums classiques dès le cycle des Ombres. Vous pouvez d’ailleurs consulter les guides de lecture que j’avais chroniqué à partir de ce cycle.

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Le choix du chômage

Le Docu BD

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BD de Benoît Collombat et Damien Cuvillier
Futuropolis (2021), 269p., noir et blanc, one-shot.

Coup de coeur! (1)Dans quatre jours c’est le premier mai, fête du travail et période idéale pour aborder ce monument de la BD documentaire, trop peu mis en avant lors de sa sortie l’an dernier et que bon nombre d’électeurs auraient bien fait de lire… Les deux-cent soixante-neuf pages d’une densité impressionnantes rappellent l’énorme travail des auteurs de La Bombe, dont la complexité et la profondeur rejoint l’enquête de Collombat du Cuvillier. Dépassant de loin la norme moyenne des documentaires en BD, cet ouvrage est une somme à la lecture indispensable qui revient sur soixante-dix ans de construction européenne et d’essor d’une pensée dominante marquée par un ordolibéralisme assumé. Le choix du chômage n’est pas une question mais une certitude après avoir refermé cet album.

La sélection parfaite pour se fâcher avec vos proches : politique &  religion sous le feu de l'investigation BD - Bubble BD, Comics et MangasOrganisé en quatre partie volumineuses traitant des théories néolibérales, du pouvoir socialiste de François Mitterrand, de la construction européenne et la crise de 2008, les auteurs s’appuient sur les témoignages d’un très grand nombre d’acteurs de premier plan, de Jean-Pierre Chevènement à Pascal Lamy (ancien directeur de l’OMC) en passant par toute une galerie de directeurs de cabinet, hauts-fonctionnaires et responsables financiers. Le journaliste d’investigation multi-primé qui a enquêté sur l’affaire Boulin et sur les affaires de Bolloré en Afrique est déjà à l’origine du réputé Cher pays de notre enfance avec Davodeau. Sa neutralité journalistique est indéniable et la portée de ce nouvel ouvrage va bien plus loin que le précédent en ce qu’elle jette une lumière aveuglante non seulement sur le choix de favoriser l’inflation basse et un chômage haut en France (les mécanismes économiques opposant les deux) comme en Europe mais plus largement l’adoption d’une vision néolibérale par l’ensemble des acteurs de la construction européenne, des dirigeants français des quarante dernières années et le caractère assumé d’une supranationalité qui ne s’encombre pas de choix démocratiques comme le résumait en 2015 le président de la Commission Juncker. L’esprit chrétien de la prédestination et du mérite infuse une idée selon laquelle le peuple est dangereux dans ses passions et a besoin d’être forcé dans ses choix. Comme le font les auteurs de Res Publica, la quantité de citations in extenso des personnes qui ont été aux manettes ne laisse pas place au doute.

Le choix du chômage », une enquête sur les racines d'un fléau françaisLa lecture de l’album reste néanmoins ardue de part la densité des informations et la complexité des thèmes abordés. On parle en effet de mécanismes économiques comme d’arbitrages de cabinets, d’influence diplomatique entre Etats-Unis et gouvernements européens en reconstruction. Il faut s’accrocher par moment tant la précision est chirurgicale et le journaliste peut fort heureusement s’appuyer sur le talent indéniable de son dessinateur qui excelle tant dans sa qualité graphique sur les portraits des témoins clés que sur les mises en scènes illustratives au format dessin de presse. Rarement un documentaire aura autant profité de son dessin pour fluidifier le contenu sans oublier l’aspect artistique du format BD.

S’il est choc, le titre est pourtant un peu trompeur en ce qu’il n’est qu’un lancement pour décrire la construction d’une Union européenne néolibérale dont le caractère non démocratique apparaît malheureusement inhérent au projet initial. Ne s’attardant malheureusement pas sur l’espoir qu’à fait naître l’esprit de l’Etat social lors du rejet du Traité constitutionnel de 2005, le projet de Collombat et Cuvillier est totalement déprimant tant il décrit un itinéraire autoritaire et manipulateur dans lequel il ne De Pompidou à Macron, les dirigeants ont fait le choix du chômagesemble pas y avoir d’échappatoire sauf à attendre le fascisme. Un fascisme dont s’accomode parfaitement le Capitalisme comme l’expérience chilienne nous l’a montré et comme l’expliquent la plupart des historiens et économistes hétérodoxes. Une conclusion qui fait refléchir pour un album sorti un an avant le funeste scrutin que nous venons de vivre et qui interroge sur une méfiance peut-être pas si franchouillarde de la population française envers une Union européenne que nombre de citoyens ont sans doute perçus comme loin de l’idéal présenté.

Il y a des ouvrages qui éclairent et des ouvrages qui bouleversent la perception du monde et de l’Histoire. Le Choix du chômage est de ces derniers tant vous ne pourrez plus regarder les politiques, les élections et l’Union Européenne avec le même regard. Un regard que ce magnifique album peut réveiller d’une longue torpeur pour nombre d’entre nous.

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Actualité

Aujourd’hui on vote!

Élection présidentielle 2022 : les dates clés | Vie publique.fr

Salut les bdvores! 

Si vous suivez mes réseaux sociaux vous avez vu que je suis passé en mode campagne, car ce scrutin est historique pour qui promeut une société culturelle, bienveillante et un avenir positif pour notre pays… Comme ce blog reste un blog de BD et mais que la campagne officielle est terminée et oblige à une certaine réserve je profite de ce jour pour vous proposer une très jolie BD documentaire réalisée en 2017 et actualisée cette année par le dessinateur Reno (Aquablue). C’est très beau, pédagogique, ça dédramatise le projet pour ceux qui penseraient encore qu’il s’agit de mettre en place une dictature soviétique.

 

https://bd.laec.fr/

Profitez donc de ce dimanche électoral pour vous informer en BD et surtout, SURTOUT, n’oubliez pas d’aller voter! On se retrouve demain pour un très beau docu sur Roberto Saviano et, je l’espère, une France pleine d’espoir…

****·Actualité·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Zaï-Zaï-Zaï-Zaï

La trouvaille+joaquim

BD de Fabcaro
6 pieds sous Terre (2015), 70p., one-shot.

L’album a reçu de nombreux prix en festival BD et critiques, il a été adapté à la radio, au théâtre et au cinéma.

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C’est l’histoire d’un type qui en oubliant sa carte du magasin devient ennemi public numéro un. C’est l’histoire d’une société qui ne sait plus ce qui est grave de ce qui ne l’est pas. C’est l’histoire d’une République où le buzz médiatique détermine la manière de penser des citoyens. C’est l’histoire d’un road-movie en absurdistan qui dézingue une France terrorisée par son ombre…

Seule l’humour permet d’aborder des questions centrales, profondes, sans avoir à se confondre en excuses pour les gros mots et la radicalité de l’uppercut. Véritable phénomène (… dans le milieu des lecteurs de BD, soyons raisonnables!), le court album de Fabcaro jouit d’une réputation qui dépasse ses seuls lecteurs. Partant d’un postulat absurde l’auteur déroule sa dissection d’une société qui n’a plus de boussole au fil de séquences qui prennent le format de magazines d’humour. Sur un schéma très proche de ce que proposent Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud sur leur série Faut pas prendre les cons pour des gens dans Fluide Glacial, Fabcaro fait rire, avec un fond. Si l’absurde est toujours la source du rire, il pointe toujours des formules, des raisonnements télécommandés et surtout l’absence totale de réflexion de nos concitoyens qui passent sans transition d’une crainte de terroristes cachés parmi nous à la terreur d’un virus avant de s’indigner du sort d’un peuple soudain frère aux portes de l’Europe. Ici un vigile menace de faire des roulades arrières, les voitures Renault font des cabrioles et les parents déconnent avec leurs enfants sur le danger de tomber sur un Nordhal Lelaldais en sortant de l’école…

Bédéthèque idéale #92 : “Zaï zaï zaï zaï”, le goût pour l'absurde de FabcaroLa force de l’absurde est de créer des parallèles évidents, incontestables, de rendre immédiatement grossiers des schémas de pensée pourtant quotidiens aujourd’hui. Ici l' »autre » dangereux, étrange car différent est l’auteur de BD (la petite touche autobio pour déconner). Transposez les discours gentiment racistes en remplaçant « migrant » ou « musulmans » par « auteur de BD » et vous avez évidemment des séquences tordantes d’absurdité et bêtise. La technique est connue mais toujours aussi mordante et efficace.Zaï Zaï Zaï Zaï de Fabcaro : la BD la plus drôle du monde

Notre époque use et abuse du comique (notamment au cinéma) en ayant totalement oublié sa dimension politique, dans un politiquement correcte usant. L’humour n’est jamais aussi bon que lorsqu’il attaque, qu’il dénonce, comme le montre un Wilfried Lupano tout au long de sa bibliographie. Tout juste adapté au cinoche, Zaï-zaï-zaï-zaï (et grand merci à l’auteur pour la rédaction fort aisée de son titre…) est une lecture nécessaire qui joint le salubre à l’agréable.

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