Actualité·Graphismes

The ink Link: un collectif engagé

Actu
The Ink Link - collectif BD engagé

Salut la compagnie ! Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler d’un projet artistique militant que j’ai découvert lors du dernier festival BD de Lyon, lors de laquelle j’ai eu la chance d’être invité à assister à la journée professionnelle.

A l’origine de Ink link se trouve l’inévitable Wilfried Lupano (associé à Laure Garancher et Mayana Itoïz), que les plus anciens d’entre vous connaissent pour le caractère très engagé de la plupart de ses scénarii. En 2016, alors auréolé du succès de ses premières BD (Alim le tanneur est terminé, Les vieux fourneaux, Azimut sont commencées, Un océan d’amour et le Singe de Hartlepool sont sortis…), il s’associe avec d’autres auteurs pour partir en Amazonie sur une mission humanitaire où ils pensent que la compétence narrative d’auteurs BD peut aider les ONG à nouer le lien avec les populations concernées. Partant du constat que le milieu humanitaire actionne traditionnellement sa communication via des agences de communication calées sur des schémas formatés, ils croient dans le caractère universel du récit, avec l’immense avantage de la BD : elle peut pratiquement se passer de texte et sait raconter des histoires. Les ONG utilisent des codes graphiques occidentaux pour parler au monde entier, parfois de manière inadaptée avec quelques vrais problèmes culturels découverts sur le tas, comme ces cochons-tirelires utilisés sur des dessins pour des pays musulmans… Le dessin permet de se passer de la vidéo et de la langue. Il anonymise (et donc protège) également les gens par le dessin, rend plus facile l’acceptation de ces occidentaux arrivant parfois dans des régions très reculées et très éloignées de nos modes de communication.

Au départ artisanale, l’association est devenue très pro avec l’implication d’auteurs confirmés : Aurélie Neyret (Carnets de Cerise), Paul Cauuet (les vieux fourneaux), Jérémie Moreau (la saga de Grimr)… Généralement deux créatifs partent en mission, accompagnés par des humanitaires et parfois des aides techniques. L’association engage des auteurs BD ayant déjà publié au moins un album et les rémunère selon la convention professionnelle des auteurs BD. Le collectif tient a faire avec les personnes sur place et pas simplement sur commande d’organismes. Mais cela prend du temps, de longues discussions, appuyées par le dessin. Cela s’approche de la thérapie par moment lorsqu’il s’agit de comprendre les drames vécus par des réfugiés de guerre. Tous les projets ne sont pas au bout du monde et beaucoup de structures françaises ou européennes ont fait appel à ces services, comme le Planning familial belge par exemple. La réalisation a proprement parler du rendu se fait en France. Tout un travail de documentation est à ramener, incluant photos, vidéos,textes, plans, etc. C’est au final un vrai travail documentaire équivalent à celui nécessaire pour réaliser un album docu, qui est créé par ces artistes, éditeurs, scénaristes. Les produits rendus sont de tous types (vous pouvez avoir un aperçu sur le très complet site du collectif) : BD, clips d’animation, dessins.

Ink link a remporté l’année de son lancement le prix Hors-case lors décerné au festival BD de Lyon en partenariat avec Le Monde et la SOFIA. Depuis, plus de 100 projets ont été lancés avec l’AFD, l’OMS, Medecins sans frontière et bien d’autres plus petites. En cette fin d’année où les formidables lecteurs BD se tâtent sur où faire leurs dons déductibles vous pouvez profiter de cette belle occasion pour faire un acte citoyen en promouvant ce génial projet artistique !

Actualité·BD

Lyon BD festival 2022

Actu

Lyon BD 2022 : un festival avec un nouvel horizon - ActuaBD

Pour sa dis-septième édition, le festival BD de Lyon a pu profiter pendant trois jours d’un superbe temps et du cadre très agréable de l’Hôtel de ville pour ses séances de dédicaces avec pas moins de 168 auteurs invités, que ce soit sur les stand d’éditeurs, ceux du festival ou ceux des librairies partenaires. Avec plus de vingt exposants et autant d’expositions sur le mois (le IN se déroule sur un week-end + une journée professionnelle et le Off sur le mois de juin complet), il s’agit d’un des plus gros festivals français sur le neuvième art, qui ne jouit pourtant pas de la renommée médiatique que permettent les prix d’Angoulême ou de Saint-Malo. Les organisateurs travaillent plutôt sur la création et les expérimentations, comme cette fresque peinte en directe par Keum Suk Gendry-Kim dans une superbe chapelle où l’on pouvait trouver les petits éditeurs donc les incroyables éditions de la Cerise et leurs si beaux livres-objets. Nombre de concerts-BD, Battles et autres « ateliers » d’auteurs ont montré la variété des interactions avec le public et de l’interfaçage entre l’art séquentiel et le spectacle vivant.20220612_120102

Cette édition a été l’occasion d’inaugurer le tout nouveau dispositif de rémunération des auteurs en dédicace, serpent de mer d’un secteur qui ne cessait de constater une concentration éditoriale, une hausse exponentielle des profits (sous la poussée du manga notamment) et de gentils auteurs acceptant de venir bénévolement passer des journées de dédicaces en échange de quelques coupes de champagne gracieusement offertes par leurs généreux financeurs. Sur une gestion de la SOFIA (organisme de gestion des droits d’auteurs qui a pu faire une présentation en compagnie de Marc-Antoine Boidin, vice-président du syndicat des auteurs BD, lors de la journée professionnelle), le dispositif verse un forfait de 226€ à tous les auteurs présents sur un salon adhérent, qu’ils soient dessinateur, scénariste, coloriste, qu’il dédicace ou participe à une conférence. L’ensemble est financé en tiers par le salon ou l’éditeur invitante, la SOFIA et le CNL. C’est encore très modeste au regard des rentrées d’argent des éditeurs sur les salons et non contraignant, mais c’est une évolution à saluer il me semble, qui a vocation à monter en charge et qui devrait limiter (je l’espère) le principe des dédicaces payantes qui avait tendance à se développer faute d’alternative. Ce qui est intéressant c’est que cela ne remet pas en question les ventes de « commissions » (dédicaces payantes en directe avec l’auteur), plus qualitatives tout en maintenant l’esprit du « cadeau » artistique lié à l’échange et en forme de remerciement des lecteurs pour leur soutien. Les deux vont de paire et créent un écosystème plutôt vertueux.20220612_140217

Niveau dédicaces ce fut assez riche avec un aréopage de grosses pointures (Neyret, Lupano, Lafebre, Petrimaux, Reynes, Cruchaudet, …) comme d’auteurs plus confidentiels et toujours cet étrange sentiment que le lien entre affluence et qualité artistique n’est jamais évident. Voir des Nicolas Siner, Adrian ou Bundgen attendant le chaland est toujours très surprenant quand on connaît leurs qualités… Etrangement le festival traine une réputation de mauvaise organisation notamment sur les dédicaces. Il est vrai que peu d’infos étaient lisibles sur le cadre (nombre d’albums par personne, achats obligatoires, etc.) mais je dois dire que je ne m’en plaint pas puisque le tout ressemblait plutôt à un open-bar bon enfant sans trop de queue et du coup une excellente qualité d’échange avec les auteurs, ce pour quoi on se rend dans ces salons.

20220612_115734

Je m’arrête là sur ce retour général et vous invite si vous habitez dans la région à tenter la prochaine édition ou le petit voisin de la Bulle d’or (plus ancien) organisé à l’automne dans la banlieue lyonnaise. Deux salons de taille humaine auxquels il ne manquerait qu’un prix artistique qui permettrait d’attirer un grand invité à chaque édition.

Actualité·BD·Graphismes

Thorgal: nouvelle colorisation

Actu

Salut la compagnie!

On va débuter cette nouvelle semaine par une actu éditoriale qui m’intéresse particulièrement puisque Thorgal reste une de mes séries préférées et parce que je suis toujours de près les démarches des éditeurs visant à réactiver des fonds de catalogue. Déformation professionnelle de bibliothécaire sans doute, c’est le même esprit qui anime ce blog lorsqu’on s’efforce de tisser des liens entre des séries, des auteurs et des genres ou pour rappeler à vos bons souvenirs des pépites qui méritent toujours l’intérêt des années après leur sortie.

L’info n’a pas vraiment fait les gros titres malgré le statut de série majeure dans les ventes de BD franco-belge depuis de longues décennies. Lorsque le Lombard a annoncé la recolorisation des premiers volumes de la saga du Ulysse scandinave beaucoup de spécialistes, fins connaisseurs ou patrimonialistes (les gardiens du temple) ont crié au loup, à l’opération commerciale cupide qui dénature affreusement l’œuvre du maître Rosinski. S’il est vrai que certaines expériences passées assez peu justifiées ont laissé des traces. Quand Casterman a colorisé le Grand pouvoir du Chninkel, œuvre majeur de la collection (A suivre) il n’y avait pas d’autre intérêt que de ressortir un fond de catalogue un peu oublié en croyant que les jeunes lecteurs allaient plus facilement plonger avec de belles couleurs. Pour rappel l’album était paru volontairement en n&b et on a pu comparer cela à la colorisation des Tontons flingueurs, autre œuvre choisie en monochrome par ses auteurs. La légitimité avait été garantie en clamant le soutien de Rosinski mais le découpage en trois volumes reliés ne pouvait que pointer l’aspect commercial.

Pour Thorgal ce n’est pas tout à fait la même chose puisqu’il faut reconnaitre que les tout premiers volumes de la série étaient dotés de colorisations typiques de l’époque (et de la technologie d’impression d’alors), souvent criardes et parfois baveuses. Ainsi le comparatif des premières pages de l’Ile des mers gelées donne plutôt envie de relire la nouvelle version qui modernise beaucoup les planches. Je ne fais pas partie des puristes qui crient au loup et à la trahison de « l’esprit » quand le résultat est amélioré. Ainsi les deux premiers tomes peuvent profiter de cette colo il est vrai très réussie (Gaetan Georges officie déjà depuis plusieurs années sur les séries Thorgal) mais dès Les trois vieillards du pays d’Aran (le tome trois) on touche les limites de l’exercice puisque hormis un assombrissement manifeste des ambiances (voulue pour manifester les cieux gris de scandinavie?) on ne voit pas bien ce qu’apportent les nouvelles teintes. Grzegorz Rosinski n’était pas un grand coloriste avant de se mettre en couleurs directes mais s’est amélioré tout le long et on n’imagine pas l’éditeur aller même jusqu’à reprendre le magnifique travail sur le cycle du Pays Qâ.

En discutant avec un libraire il me faisait remarquer un effet pervers de cette opération, qui donnait le sentiment de lire un album paru en 2020, en perdant un côté désuet d’origine. Si je ne regretterais jamais les jaunes fluo d’époque, je reconnais que cela procure une certaine uniformisation pas anodine, le coloriste allant bien plus loin qu’un simple changement de teintes en rajoutant ombres et effets de lumière. Je remarque souvent que des dessinateurs moyens peuvent se trouver très agréables à l’œil après le passage d’un grand coloriste. Pourquoi pas mais cela interroge sur la création de l’auteur.

Pour inverser le problème j’ai constaté que la version n&B de la série publiée par les éditions Niffle (comportant quatre tomes par intégrale) était très qualitative, peu chère (moins de dix euros par tome) et dans une version très qualitative puisque grand format. On a trop l’habitude des tirages de tête et éditions spéciales à prix luxe pour collectionneurs pour ne pas saluer cette initiative très grand public qui permet de profiter de la qualité incroyable des dessins bruts de Rosinski.

Pour conclure ne je peux qu’inviter ceux qui ne connaissent pas encore cette magistrale série à profiter de l’expérience (a cinq euros l’album, on ne peux pas dire que ce soit ruineux) sur les nouvelles couleurs avant de basculer, si cela vous plait, sur les albums classiques dès le cycle des Ombres. Vous pouvez d’ailleurs consulter les guides de lecture que j’avais chroniqué à partir de ce cycle.

*****·Actualité·BD·Documentaire

Le choix du chômage

Le Docu BD

couv_419385
BD de Benoît Collombat et Damien Cuvillier
Futuropolis (2021), 269p., noir et blanc, one-shot.

Coup de coeur! (1)Dans quatre jours c’est le premier mai, fête du travail et période idéale pour aborder ce monument de la BD documentaire, trop peu mis en avant lors de sa sortie l’an dernier et que bon nombre d’électeurs auraient bien fait de lire… Les deux-cent soixante-neuf pages d’une densité impressionnantes rappellent l’énorme travail des auteurs de La Bombe, dont la complexité et la profondeur rejoint l’enquête de Collombat du Cuvillier. Dépassant de loin la norme moyenne des documentaires en BD, cet ouvrage est une somme à la lecture indispensable qui revient sur soixante-dix ans de construction européenne et d’essor d’une pensée dominante marquée par un ordolibéralisme assumé. Le choix du chômage n’est pas une question mais une certitude après avoir refermé cet album.

La sélection parfaite pour se fâcher avec vos proches : politique &  religion sous le feu de l'investigation BD - Bubble BD, Comics et MangasOrganisé en quatre partie volumineuses traitant des théories néolibérales, du pouvoir socialiste de François Mitterrand, de la construction européenne et la crise de 2008, les auteurs s’appuient sur les témoignages d’un très grand nombre d’acteurs de premier plan, de Jean-Pierre Chevènement à Pascal Lamy (ancien directeur de l’OMC) en passant par toute une galerie de directeurs de cabinet, hauts-fonctionnaires et responsables financiers. Le journaliste d’investigation multi-primé qui a enquêté sur l’affaire Boulin et sur les affaires de Bolloré en Afrique est déjà à l’origine du réputé Cher pays de notre enfance avec Davodeau. Sa neutralité journalistique est indéniable et la portée de ce nouvel ouvrage va bien plus loin que le précédent en ce qu’elle jette une lumière aveuglante non seulement sur le choix de favoriser l’inflation basse et un chômage haut en France (les mécanismes économiques opposant les deux) comme en Europe mais plus largement l’adoption d’une vision néolibérale par l’ensemble des acteurs de la construction européenne, des dirigeants français des quarante dernières années et le caractère assumé d’une supranationalité qui ne s’encombre pas de choix démocratiques comme le résumait en 2015 le président de la Commission Juncker. L’esprit chrétien de la prédestination et du mérite infuse une idée selon laquelle le peuple est dangereux dans ses passions et a besoin d’être forcé dans ses choix. Comme le font les auteurs de Res Publica, la quantité de citations in extenso des personnes qui ont été aux manettes ne laisse pas place au doute.

Le choix du chômage », une enquête sur les racines d'un fléau françaisLa lecture de l’album reste néanmoins ardue de part la densité des informations et la complexité des thèmes abordés. On parle en effet de mécanismes économiques comme d’arbitrages de cabinets, d’influence diplomatique entre Etats-Unis et gouvernements européens en reconstruction. Il faut s’accrocher par moment tant la précision est chirurgicale et le journaliste peut fort heureusement s’appuyer sur le talent indéniable de son dessinateur qui excelle tant dans sa qualité graphique sur les portraits des témoins clés que sur les mises en scènes illustratives au format dessin de presse. Rarement un documentaire aura autant profité de son dessin pour fluidifier le contenu sans oublier l’aspect artistique du format BD.

S’il est choc, le titre est pourtant un peu trompeur en ce qu’il n’est qu’un lancement pour décrire la construction d’une Union européenne néolibérale dont le caractère non démocratique apparaît malheureusement inhérent au projet initial. Ne s’attardant malheureusement pas sur l’espoir qu’à fait naître l’esprit de l’Etat social lors du rejet du Traité constitutionnel de 2005, le projet de Collombat et Cuvillier est totalement déprimant tant il décrit un itinéraire autoritaire et manipulateur dans lequel il ne De Pompidou à Macron, les dirigeants ont fait le choix du chômagesemble pas y avoir d’échappatoire sauf à attendre le fascisme. Un fascisme dont s’accomode parfaitement le Capitalisme comme l’expérience chilienne nous l’a montré et comme l’expliquent la plupart des historiens et économistes hétérodoxes. Une conclusion qui fait refléchir pour un album sorti un an avant le funeste scrutin que nous venons de vivre et qui interroge sur une méfiance peut-être pas si franchouillarde de la population française envers une Union européenne que nombre de citoyens ont sans doute perçus comme loin de l’idéal présenté.

Il y a des ouvrages qui éclairent et des ouvrages qui bouleversent la perception du monde et de l’Histoire. Le Choix du chômage est de ces derniers tant vous ne pourrez plus regarder les politiques, les élections et l’Union Européenne avec le même regard. Un regard que ce magnifique album peut réveiller d’une longue torpeur pour nombre d’entre nous.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Actualité

Aujourd’hui on vote!

Élection présidentielle 2022 : les dates clés | Vie publique.fr

Salut les bdvores! 

Si vous suivez mes réseaux sociaux vous avez vu que je suis passé en mode campagne, car ce scrutin est historique pour qui promeut une société culturelle, bienveillante et un avenir positif pour notre pays… Comme ce blog reste un blog de BD et mais que la campagne officielle est terminée et oblige à une certaine réserve je profite de ce jour pour vous proposer une très jolie BD documentaire réalisée en 2017 et actualisée cette année par le dessinateur Reno (Aquablue). C’est très beau, pédagogique, ça dédramatise le projet pour ceux qui penseraient encore qu’il s’agit de mettre en place une dictature soviétique.

 

https://bd.laec.fr/

Profitez donc de ce dimanche électoral pour vous informer en BD et surtout, SURTOUT, n’oubliez pas d’aller voter! On se retrouve demain pour un très beau docu sur Roberto Saviano et, je l’espère, une France pleine d’espoir…

****·Actualité·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Zaï-Zaï-Zaï-Zaï

La trouvaille+joaquim

BD de Fabcaro
6 pieds sous Terre (2015), 70p., one-shot.

L’album a reçu de nombreux prix en festival BD et critiques, il a été adapté à la radio, au théâtre et au cinéma.

couv_247241

C’est l’histoire d’un type qui en oubliant sa carte du magasin devient ennemi public numéro un. C’est l’histoire d’une société qui ne sait plus ce qui est grave de ce qui ne l’est pas. C’est l’histoire d’une République où le buzz médiatique détermine la manière de penser des citoyens. C’est l’histoire d’un road-movie en absurdistan qui dézingue une France terrorisée par son ombre…

Seule l’humour permet d’aborder des questions centrales, profondes, sans avoir à se confondre en excuses pour les gros mots et la radicalité de l’uppercut. Véritable phénomène (… dans le milieu des lecteurs de BD, soyons raisonnables!), le court album de Fabcaro jouit d’une réputation qui dépasse ses seuls lecteurs. Partant d’un postulat absurde l’auteur déroule sa dissection d’une société qui n’a plus de boussole au fil de séquences qui prennent le format de magazines d’humour. Sur un schéma très proche de ce que proposent Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud sur leur série Faut pas prendre les cons pour des gens dans Fluide Glacial, Fabcaro fait rire, avec un fond. Si l’absurde est toujours la source du rire, il pointe toujours des formules, des raisonnements télécommandés et surtout l’absence totale de réflexion de nos concitoyens qui passent sans transition d’une crainte de terroristes cachés parmi nous à la terreur d’un virus avant de s’indigner du sort d’un peuple soudain frère aux portes de l’Europe. Ici un vigile menace de faire des roulades arrières, les voitures Renault font des cabrioles et les parents déconnent avec leurs enfants sur le danger de tomber sur un Nordhal Lelaldais en sortant de l’école…

Bédéthèque idéale #92 : “Zaï zaï zaï zaï”, le goût pour l'absurde de FabcaroLa force de l’absurde est de créer des parallèles évidents, incontestables, de rendre immédiatement grossiers des schémas de pensée pourtant quotidiens aujourd’hui. Ici l' »autre » dangereux, étrange car différent est l’auteur de BD (la petite touche autobio pour déconner). Transposez les discours gentiment racistes en remplaçant « migrant » ou « musulmans » par « auteur de BD » et vous avez évidemment des séquences tordantes d’absurdité et bêtise. La technique est connue mais toujours aussi mordante et efficace.Zaï Zaï Zaï Zaï de Fabcaro : la BD la plus drôle du monde

Notre époque use et abuse du comique (notamment au cinéma) en ayant totalement oublié sa dimension politique, dans un politiquement correcte usant. L’humour n’est jamais aussi bon que lorsqu’il attaque, qu’il dénonce, comme le montre un Wilfried Lupano tout au long de sa bibliographie. Tout juste adapté au cinoche, Zaï-zaï-zaï-zaï (et grand merci à l’auteur pour la rédaction fort aisée de son titre…) est une lecture nécessaire qui joint le salubre à l’agréable.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Actualité·BD·Cinéma·Comics·Guide de lecture·Manga

8 mars: journée internationale des droits des femmes

ActuA l’occasion de la journée international des droits des femmes nous vous proposons une sélection d’albums qui parlent des luttes pour l’égalité ou sur des figures féministes et de femmes remarquables…

couv_339701 shi-tome-1-au-commencement-etait-la-colere marie-antoinette-kurokawa

 couv_386229  

 couv_437101 couv_311648

couv_368329 couv_350530 9782344020166-l

couv_331599 Résultat de recherche d'images pour "les indestructibles 2" couv_360594

couv_322070 couv_403976 couv_310910

****·Actualité·Cinéma·Comics·Guide de lecture

The Batman: les comics qui l’ont inspiré…

The Batman : un poster et un logo officiels et artistiques pour le film de  Matt Reeves - GAMERGEN.COM

La sortie d’un film Batman est un évènement. Le plus célèbre des super-héros en slip n’a finalement pas tant de version que cela si l’on exclue l’anomalie commise par Joël Schumacher dans les années quatre-vingt dix. Pour accompagner ce qui semble la proposition la plus fidèle à l’univers sombre et mythologique des comics depuis Tim Burton les éditions Urban (éditeur officiel de DC comics en France) proposent une liste de comics « officiels » dont se sont inspirés (voir plus…) les créateurs du film.

Vous trouverez le lien vers les articles sur les couvertures des albums que nous avons chroniqués. Bonne lecture et bon film!

****·Actualité·Cinéma·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Batman: Imposter

Recueil de 152 pages de la mini-série écrite par Matson Tomlin et dessinée par Andréa Sorrentino. Parution en France aux éditions Urban Comics, collection Black Label, le 25/02/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Beware the Bat

Depuis trois ans, la ville de Gotham subit une campagne violente, menée par un homme anonyme dont certains doutent même de l’existence. Le but apparent de cette figure nocturne est de lutter contre la criminalité et la corruption qui gangrènent la cité depuis des décennies, quitte à se mettre à dos la police et se mettre au ban d’une société devenue apathique.

Cet homme, déterminé, entraîné et disposant de ressources considérables, n’est autre que Bruce Wayne, héritier de la fortune colossale de ses défunts parents, assassinés sous ses yeux dans une ruelle sordide. Mû par une colère dévorante, Bruce est devenu le Batman, le justicier de l’ombre craint par les criminels et méprisé par le système.

Batman est peu à peu devenu le symbole d’une justice alternative, qui ne fait pas de compromis, remportant une certaines adhésion populaire malgré la traque officielle qui lui est donnée. Et contre toute attente, les efforts colossaux de Bruce ont fini par porter leurs fruits, car pour la première fois depuis 54 ans, le crime recule à Gotham. C’est même la première fois, ce soir-là, qu’aucun crime violent n’est répertorié dans la cité. Une vraie consécration, que tout homme censé aurait pris le temps de célébrer.

Mais vous l’aurez compris, Bruce n’a rien d’un homme censé. Noyé dans sa croisade, il ignore sciemment ses limites jusqu’à être grièvement blessé, par deux crétins anonymes qui s’en vont sans demander leur reste. A cours d’options, Bruce échoue chez la Docteure Leslie Thompkins, qui l’avait suivi enfant. Leslie découvre ainsi avec effroi que le jeune patient qu’elle connaissait est en réalité un justicier ultra violent. Partagée entre sa volonté de sauver Bruce de lui-même et les enjeux liés à sa croisade contre le crime, elle décide de l’aider en lui imposant des séances de psychothérapie, auxquelles le jeune homme devra se plier au risque d’être dénoncé par sa psy.

Malheureusement, ce n’est pas le seul problème que va devoir affronter notre héros. Un autre justicier, arborant lui aussi le symbole de la chauve-souris, exécute des criminels, franchissant ainsi la seule limite que le véritable Batman s’impose. Harcelé de tous cotés, traqué par le GCPD et par les élites corrompues de Gotham, Batman n’aura peut-être pas l’occasion de laver son nom et d’attraper l’imposteur.

Le film le plus attendu de l’année, The Batman, débarque dans nos salles obscures, poussé par une vague de hype comme en voit que pour les icones de la pop-culture. Ça tombe bien, l’Homme Chauve-Souris en est une, avec ses éléments clés, ses poncifs et piliers, que de nombreux auteurs, en 80 ans de continuité, se sont amusés à manier et remanier. Après des interprétations toujours plus excentriques (Batman, la série télé avec Adam West, Batman Forever et le trèèès controversé Batman & Robin), Christopher Nolan est entré en scène et a livré une trilogie qui a redéfini en profondeur le personnage et sa mythologie aux yeux du public.

Son leitmotiv ? Une approche sombre et réaliste, centrée sur les tourments et la psychologie ambigüe de son héros. Dans quel but un homme peut-il se lancer dans une telle croisade ? Quelle motivation, quelles ressources et quel entrainement cela requiert-il ? Narrativement parlant, Nolan n’est bien sûr par le premier à tenter cet angle d’approche, puisque des auteurs comme Frank Miller l’avaient déjà envisagé 20 ans auparavant (Batman Year One, The Dark Knight Returns, etc). Ces œuvres ont d’ailleurs servi de base de référence à Nolan pour sa trilogie.

Aujourd’hui, c’est Matt Reeves qui s’attaque au problème Batman, après une brève passade de Zack Snyder, avec le concours d’un Ben Affleck qui n’a pas fait l’unanimité parmi les fans. Le scénario du film de Reeves est cosigné par Mattson Tomlin, jeune auteur et réalisateur américain qui s’est d’abord fait la main sur The Imposter, dans lequel il développe la vision réaliste en vogue pour le justicier de Gotham.

Il s’agit donc ici d’explorer le coût personnel de la croisade du Chevalier Noir contre le crime, avec le plus de vraisemblance possible. Première idée imposée par le scénariste, son Batman est seul: ni Alfred, ni Gordon pour le soutenir ou appuyer ses actions. En effet, il est assez difficile d’imaginer que les proches d’un justicier, à plus forte raison un homme en colère comme Bruce, cautionneraient un tel comportement. Idem pour Gordon: un fonctionnaire de police qui collaborerait avec un homme en marge de la loi n’y laisserait-il pas sa carrière ?

La seconde idée est que la santé mentale et l’équilibre d’un justicier seraient réellement compromis, au point que l’on puisse douter de la cohérence de ses actions. Pour le reste, Tomlin met en lumière les fondamentaux de Batman, à savoir la préparation mentale et physique, les talents d’enquêteur et la dangerosité de Gotham. Il marque aussi des points en faisant rapidement de Bruce Wayne le suspect n°1 de l’enquêtrice chargée de traquer Batman.

Sur le plan graphique, Andrea Sorrentino, passé maître dans l’art de poser des ambiances glauques, est ici tout à fait à son aise. Inventif dans son découpage, il laisse la mise en scène au service de l’écriture mais n’excelle pas véritablement lors des phases d’action.

En résumé, Batman the Imposter est une exploration immersive de la psyché batmanienne, un avant-goût prometteur du film !

*****·Actualité·BD·Documentaire·Nouveau !·Service Presse

Res Publica : cinq ans de résistance 2017-2021

Le Docu BD
BD de David Chauvel et Malo Kerfrieden
Delcourt (2022), 344p., One-shot.

3422_couv

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)

Le temps passe, la mémoire trépasse. Ce très volumineux et dense album est là pour nous le rappeler. Cruellement, salutairement, comme un uppercut démocratique qui nous réveille d’un trop long cauchemar. Dès sa préface, le scénariste des 5 Terres et de Robilar (où il proposait déjà sa version du monument La ferme des animaux d’Orwell) se fait modeste, ne se réclamant ni du journalisme ni du politologue, demandant la bienveillance des lecteurs qui trouveront quelques facilités, quelques erreurs de dates dans cette quantité phénoménale de sources (dont les références seront listées en fin d’album). Il y a deux ans La Bombe marquait les lecteurs BD par sa pagination, par son travail pédagogique et historique très important, avec le succès attendu et mérité. Sorti opportunément juste avant les élections présidentielles, ce Res Publica qui résonne dans un premier temps comme un pamphlet et s’avère bien plus, est de salubrité publique alors que le storytelling sondagier proclame déjà Emmanuel Macron réélu face à Marine Le Pen.

L’ouvrage s’ouvre sous le patronage du Larousse en nous rappelant ce que signifie République. Et tout au long de ces trois-cent quarante pages le scénariste en colère revient aux fondamentaux, que les coups réguliers des dirigeants depuis vingt ans ont fait perdre de vue à leurs concitoyens. Ce faisant il questionne à la suite des Gilets jaunes le principe même de démocratie représentative. Ce débat tranché temporairement lors de la Révolution française entre la démocratie directe et celle, plus bourgeoise des élus, a été ramené plus vif que jamais par cette révolte populaire, la plus importante sans doute depuis celles du XIX° siècle.

Si Res Publica n’est pas un album sur les gilets jaunes, la couleur de sa couverture et sa bichromie en font bien évidemment un axe central d’analyse de ce quinquennat présenté comme le plus grand hold-up de la finance et de la bourgeoisie conservatrice de notre histoire. Revenant avec minutie sur ce qui a amené Macron à la tête de l’Etat, Chauvel permet via d’omniprésentes citations de comprendre ce que le bruissement du monde et la frénésie médiatique ont noyé. Non seulement Emmanuel Macron n’a jamais été du « centre » mais son agenda était annoncé et lisible (contrairement à son prédécesseur) et son arrivée à la Présidence de la République a été confisquée par ces circonstances déjà subies en 2002, face à l’extrême-droite. Ainsi ce président le plus mal élu de la V° République (et donc minoritaire dans la population) plaça immédiatement des chefs d’entreprise (dits « société civile »), dont sept millionnaires, dans son gouvernent, pour produire pas moins que ce que le duo infernal des années quatre-vingt Thatcher-Reagan proposèrent au monde: une rupture définitive avec l’héritage de la Libération et le concept d’Etat-providence.

Les moins à gauche des lecteurs tiqueront par moment sur l’orientation, la radicalité du propos. Il est certain qu’un bon montage de citation et d’évènements permet de faire dire à peu près ce que l’on veut à des personnes. Les médias nous le montrent tous les jours et les auteurs le décortiquent très finement quand au traitement médiatique fort déloyale de la révolte jaune. En cela l’album est bien un pamphlet qui ne vise aucunement la neutralité. Et pourtant… Le travail journalistique est immense: le cœur du projet est bien de se baser sur les faits, déclarations, séquences filmées, pour les mettre en perspective. C’est à ce titre que l’ouvrage est d’une lecture indispensable pour rappeler à tout citoyen qui s’apprête à voter ce que notre président s’est permis, à commencer par une violence sans pareil en régime démocratique de la part de l’appareil policier.

Entrecroisant le déroulé chronologique de quelques témoignages de gilets jaunes, les auteurs permettent de saisir (comme l’a très bien fait le récent Mon rond-point dans ta gueule) la réalité d’un mouvement populaire et d’une France définitivement scindée d’une élite aveugle. On parle depuis des années d’une France des Quartiers en marge de la République. Le géographie Christophe Giuly parle de la France périphérique depuis les années deux-mille. Les Gilets jaunes et le niveau inédit des partis contestataires dans les intentions de vote montrent comme jamais qu’une rupture est en train de survenir, qui rend plus incertain que jamais le prochain scrutin présidentiel.

Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort – Emmanuel Macron, 2015.

Les faits mis bout à bout sont choquants et interrogent sur la possibilité démocratique qu’un tel projet soit maintenu au pouvoir. La rupture entre des élites coupées d’un peuple qui ne profite pas du néo-libéralisme est évidente à la lecture de l’ouvrage. Un ouvrage que tous les citoyens devraient lire d’ici avril pour se rappeler que seul le peuple détient le pouvoir. Notamment lors de l’élection présidentielle.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1