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Pain in black

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #2
BD de Florent Maudoux
Ankama (2014), 86 p. 4 volumes parus.

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J’ai beaucoup aimé le premier tome, du coup j’enchaîne (toujours plus confortable de lire une série dans la foulée). Pour le descriptif matériel se reporter à la critique du tome 1. La tranche du premier volume arborait un profile de Spartacus, ici celui de l’Araignée et l’ensemble proposera une frise continue du plus bel effet. J’aime toujours quand l’éditeur porte attention au rangement des séries dans l’étagère.

Une idée en passant, vu que l’on est sur un format comics et que la série principale regorge d’annexes texte et images originaux, ce serait très agréable d’avoir des bonus, sur Funérailles…

Les deux frères ont été séparés, l’un envoyé à l’académie formant l’élite dirigeante  de Rem, l’autre au camp militaire où l’on prépare la chair à canon des légions de la République. Ne perdant pas de vue leur serment de faire tomber cette République, ils poursuivent leur apprentissage tout en tisant des liens avec de futurs alliés. Pendant ce temps, leur mère, ravagée par le désespoir de l’exécution de Spartacus, retourne dans le château familial où des révélations l’attendent auprès de la matriarche du clan…

https://i.pinimg.com/originals/75/f9/85/75f985837ed0773a3611e29498adafb3.jpgLa structure du récit de se second tome est assez simple, répartie entre Scipio d’un côté, Pretorius de l’autre, la veuve noire enfin. Les deux héros vont parfaire leurs capacités et démontrer qu’ils sont des leaders. L’album s’attarde plus sur Pretorius dont la conviction en fait une menace pour l’institution militaire qui ne considère les gueules cassées que comme de la piétaille bonne à aller mourir sur le champ de bataille. L’inspiration de cette partie est clairement celle des films sur le Vietnam, comme l’illustre le titre inspiré de la chanson des Stones (et rattachée à la guerre asiatique) et les jeux de mots (toujours!) sur le Nam’, qui est ici la République de Namor, éternel rivale de Rem. On a ici une ambiance de caserne qui colle bien à l’humour de l’auteur et correspond plus à la série mère que les séquences dans la haute société. La grande force de la série reste les personnages, divers, attachants et bien caractérisés. On est ici en terrain connu mais les différentes séquences de constitution d’un groupe de fidèles à Pretorius sont parfaitement menées et intéressantes.

https://i0.wp.com/chrysopee.dd1.free.fr/Img_PAO/Matos_BD/FreaksSqueeleFun%E9arailles_T2_pl1.jpgLa partie sur Scipio nous révèle de nouvelles informations concernant le fonctionnement de la République et voit l’arrivée d’un alter-égo, Aelius le héros parfait que le caractère rebelle de Scipio mets en danger malgré leur amitié. Cette partie nous propose surtout une magnifique séquence d’action magique sur des planches noir et blanc tramées (style manga) qui donnent un effet très original et permettent d’apprécier les encrages toujours aussi magnifiques de Maudoux. Les manigances autour de l’Araignée permettent enfin de comprendre la conspiration politique qui a lieu pour la prise de pouvoir sur la religion d’État et nous en apprennent plus sur les règles génétiques très particulières de cette société: il semblerait que les femmes n’accouchent pas toujours de jumeaux et que ceux-ci fusionnent parfois en un seul être tel Janus…

daed46f13a632f7d2087c202f8506ff6.jpgFlorent Maudoux élargit sa palette sur cet album en proposant une variété très riche (qui prépare son futur Vestigiales): une couverture peinte de toute beauté, des intérieurs tantôt colorisés, tantôt noir et blanc, des planches en effet crayonné, d’autres très encrées… tout cela est très riche et varié avec une qualité moyenne très élevée. Je remarque également l’utilisation d’effets de flous et d’une économie sur certains arrière-plans quand d’autres (architecturaux notamment) sont très fouillés. Ce n’est pas du tout problématique et l’aspect général est vraiment très beau, avec quelques séquences sexy pour agrémenter le tout.

Cette série est décidément remarquable d’équilibre, chaque tome étant très bien défini et abordant un genre spécifique tout en faisant progresser l’intrigue générale et la découverte de l’univers. Si j’avais quelques réticences sur Freak’s Squeele, Funerailles montre que Florent Maudoux est un remarquable scénariste et j’ai hâte de continuer ma découverte de la geste de Scipio et Pretorius!

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BD·Mercredi BD·Rétro

Fortunate sons

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #1
BD de Florent Maudoux
Ankama (2013), 80 p. 4 volumes parus.

couv_186772L’album reprend la maquette classique de la série, sur le même papier épais, format comics, mais sur une maquette et pages à base noires. Une carte du monde et de ses nations est insérée en intérieur de couverture et pose les base de cette intrigue géopolitique. Les tranches donnent un aspect très élégant à la collection une fois insérée dans la bibliothèque. Enfin, ces couvertures…. donnent envie d’avoir des exemplaires grand format sous verre!

Dans la légendaire république de Rem le jeune héros à la tête de l’armée et sa compagne pressentie pour prendre la direction du Culte donnent la vie à des jumeaux. Or la loi de la République organise une séparation stricte entre haute classe composée d’être « parfaits » et ceux qui sont dotés d’une tare. Les deux enfants vont se retrouver séparés par cette société d’apartheid rongée par la corruption. Mais le même sang qui coule dans leurs veines va les mener à affronter ces lois iniques et bouleverser l’ordre établi…

Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles tome 1"Ma découverte de l’auteur Florent Maudoux et son univers de Freak’s Squeele remonte à quelques années, en tombant sur les couvertures des premiers albums du Spin-off Funerailles, que j’avais trouvé vraiment sublimes. Intrigué par ce titre imprononçable je ne m’étais pas précipité après feuilletage, ne sachant pas si j’avais affaire à une BD pour ado, un manga, un comic,… L’an dernier j’ai entrepris la lecture de la série mère qui m’a laissé le même goût indéfini, ne sachant pas où situer cette série pourtant très rafraîchissante. Un attrait prononcé pour le langage djeun’z et la culture SMS cohabitant avec une mythologie très intéressante et une vraie personnalité graphique, bref, Freak’s Squeele m’a donné l’impression d’un cadavre exquis avec lequel j’ai finalement moyennement accroché.

Le personnage de Funerailles, qui a donné naissance à la première série dérivée, était l’un des point d’intérêt de la première série, par son design sombre, sa caractérisation complexe et le hors champ important qu’il recouvrait. Le fait qu’il soit le cœur de la série dérivée et que celle-ci soit présentée comme plus sombre m’a donné envie de la lire.

Image associéeNous avons donc ici une série d’inspiration médiéval fantastique avec une touche de steampunk ou même de SF, proposant un univers improbable où magie, créatures mythologiques et technologie télévisuelle cohabitent. On a les bases d’une saga de dark fantasy, avec ses guerres lointaines, ses héros en armures épiques, ses conspirations de confréries occultes et ses secrets enfouis dans les fondements même de la République. Le principe original (qui rattache avec le concept de Freak) est donc cette loi qui fait que la plupart des bébés naissent avec une défaillance physique plus ou moins importante et vivent dans les bas-fonds, travaillant pour l’armée ou pour la société qui les exploite. Une minorité est « parfaite » et vouée à la meilleure éducation. Sans déflorer l’intrigue (on l’apprend assez vite) une anomalie apparaît lorsque deux jumeaux naissent parfaits et risquent ainsi de briser la règle antédiluvienne en reproduisant ce qu’annonce une vieille prophétie…

Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles"Le premier volume s’attarde sur cette séparation de classes, sur l’apprentissage parallèle de ces deux enfants, l’un en haut, l’autre en bas, tous deux très doués, et sur leur rencontre. Autour de cela ce sont les manigances de certains personnages pour orienter et maintenir un ordre très réglé mais pas toujours accepté. Cette partie se lit d’une traite, remarquablement bien écrite avec un scénario sage mais très bien ordonné: une longue introduction expliquant le contexte, puis la naissance et l’apprentissage. Beaucoup de découvertes donc, très intéressantes et beaucoup de portes ouvertes, sur un ton effectivement moins déconneur que la série mère. Personnellement je préfère. Quelques traits d’humour et de subtiles éléments (les soldats de plomb rappelant les bonhommes de pain d’épice, l’immortel) raccrochent cette série à la première mais on reste globalement assez éloigné tant par le ton que par l’intrigue.

Les dessins de Florent Maudoux progressent par rapport aux déjà très bons premiers albums de Freak’s Squeele, notamment grâce à l’apport de la couleur. Dommage que nous restions sur ce papier épais qui atténue la précision des encrages vraiment remarquables. Le design général de cet univers est classique (fantasy épique) mais très élégant, avec ces palais aux architectures antiques et ces costumes voilés. L’immersion dans les bas-fonds donne lieu à un autre aspect de cette République et seul le côté techno dénote un peu, sans que cela soit gênant.  Le format comics, la base noire des pages et le style assez minutieux du trait de Maudoux rendent les planches assez sombres, ce qui n’est pas pour me déplaire même si cela peut nécessiter de se concentrer sur certaines cases pour bien comprendre et voir les détails. Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles"Comme je l’avais remarqué sur Vestigiales Florent Maudoux est vraiment un des tous meilleurs dessinateurs actuels, à la marge de progression encore conséquente, ce qui laisse augurer du sublime pour la suite. Le format choisi pour la série est sympa mais je pense que l’idée de proposer des versions grand format serait intéressante pour profiter de ces très belles planches.

Je dirais donc mission accomplie pour ce premier tome de Funerailles qui m’a enfin accroché à cet univers en recalibrant le curseur aventures/graphisme/ambiance. Ce ne sera donc sans pas le même publique qui appréciera les deux séries mais les passerelles entre les deux ont un côté intéressant en proposant plusieurs aspects de ce monde que l’auteur a construit, très original et qui, sans proposer une BD Fantasy comme on en trouve chez soleil, permet grâce aux graphismes et un certain côté décalé de sortir du lot.

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Manga

Manga en vrac #4

Radian #9

Résultat de recherche d'images pour "radiant 9 valente"La guerre fait rage en Cyfandir: la situation est plus désespérée que jamais, l’alliance entre les barons marchands et l’Inquisition ayant bloqué toute utilisation du Fantasia et donc toute protection aux chevaliers-sorciers. La défaite semble inexorable pour la reine Boadicée qui tente une charge désespérée contre les puissants Thaumaturges… ces derniers n’ont pourtant pas livré toute l’étendue de leur puissance. Ce volume est « l’Empire contre-attaque » de la série de Tony Valente! La convergence des forces de ce vaste et mystérieux univers magique donne lieu à une magnifique bataille épique au possible, faite de désespoir, de trahisons et de l’héroïsme forcené de set et ses alliés. L’originalité des pouvoirs est toujours aussi grande et on est immergé comme jamais (j’avais trouvé la première bataille de Rumble Town un peu brouillon) dans l’action avec mille interventions et rebondissements. L’équilibre entre action/histoire/Humour est toujours aussi réglé. Du très très bon manga!

Green blood #1-2:

Résultat de recherche d'images pour "green blood manga"Ce manga en cinq volumes propose de découvrir (un peu à la manière du Gangs of New-York de Scorsese) la préhistoire de la Grosse pomme: une ville boueuse où arrivent par bateaux des hordes d’immigrants crève la faim et prêts à tour pour survivre. Un sous-prolétariat qui va permettre l’essor d’un capitalisme débridé… Dans le manga, le « green blood » est le sang irlandais, basse couche de ce prolétariat, localisé aux Five points, quartier où règlent les gangs sur les bordels et toute l’activité économique. Le Grim Reaper est le tueur du gang des Grave Diggers. Il travaille la nuit pour récolter l’argent qui lui permettra d’échapper à cette misère avec son jeune frère. Cette double vie et les mensonges qui l’accompagne vont faciliter la tâche à ses adversaires… Ce manga a le grand mérite de nous proposer un propos assez politique sur une période mal connue. Dans les premiers volumes la couleur western est assez ténue pour prendre plus la forme d’un polar noire, très noir, ne serai-ce que par le graphisme qui semble sorti d’un film d’horreur, avec des rictus absolument atroces et une violence crue et sans détour.

Sun-Ken Rock #14-16:

Résultat de recherche d'images pour "sun-ken rock 16"Le combat contre le groupe de Ban-Phuong, téléguidé par le gang yakuzas du dragon blanc dirigé par le père de Yumin… commence. Réfugié dans une tour désaffectée (a l’aspect d’un donjon) le gang semble imbattable. A différents niveaux les membres de la sun-ken rock affrontent un adversaire doté d’une technique spécifique.

Comme lors du précédent combat majeur dans l’hôtel, le manga s’oriente vers un format jeu vidéo avec des niveaux et des boss dotés d’une technique particulière. Étant donnée le côté manichéen de l’intrigue ce que le lecteur attend c’est bien cette mise en scène optimale des combats dans un décors tragique et barbare de ruines urbaines. La série Sun-ken Rock a des hauts et des bas, mais depuis l’épisode 14 l’on sent que l’on rentre dans le dur, la couenne: l’affrontement final pour le leadership en Corée. Le graphisme se fait très sombre, les cases s’élargissent pour des combats furieux dans des décors décadents. Du coup on enchaîne les pages et les volumes sans temps mort et avec quelques retours de l’humour lourdingue mais sympathique de l’auteur. Enfin!

 

BD·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Vestigiales

BD du mercrediBD de Florent Maudoux
Ankama (2018), 80 p.

881632_w450Le livre comprend une préface et une poste-face en forme de descriptif des passions humaines… L’album est un one-shot dérivé de la série mère Freak’s Squeele, dans le même univers que Rouge  et Funerailles (ce dernier est sur ma PAL). Vestigiales fait référence à une fonction ancienne de certains organes qui n’a plus lieu d’être et renvoie à l’état primitif de l’homme. L’album propose donc d’aborder l’intime mystique des deux personnages de sa série phare, Ombre et Xiong Mao.

Vestigiales a été annoncé assez mystérieusement par son auteur au printemps dernier, comme un Spin-off érotique… Après lecture je ne pense pas qu’érotique soit le terme le plus approprié et je qualifierais plutôt l’album comme un essai mystico-baston sur l’identité sexuelle de ses personnages… Le projet est (comme la série mère d’ailleurs) assez personnel et le texte post-face est bienvenu pour détailler l’objet et l’appréhender pour autre chose qu’une simple digression baston sexy.

vestigiales1.jpgD’un premier abord, outre une couverture assez chaude, dans la ligne de l’évolution des couvertures de Maudoux (de plus en plus belles et de plus en plus « nues »!), cet album nous propose assez vite des combats dans le monde des rêves, via un voyage initiatique d’Ombre et Xiong Mao. L’auteur peut se faire plaisir et nous faire plaisir en dénudant franchement ses protagonistes lors des combats par ailleurs très bien menés. Dans la série principale l’on sentait une envie frustrée sans doute par le public assez large de la BD. La qualité du trait de Florent Maudoux et la sensualité graphique du personnage de Xiong Mao étaient ainsi couverts par l’histoire déglingos de Freak’s Squeele malgré quelque scènes de nu. La parution de la série Funérailles a vu une évolution des couvertures, très sexy, qui amènent très directement cet album.

Le principal intérêt de Vestigiales est donc son graphisme sublime, notamment du fait d’une colorisation très agréable et naturelle. Les entrelacs de corps féminins plus ou moins transformés en créatures imaginaires proposent de superbes planches au sein d’un univers noir et blanc qui permet pour la première fois de découvrir le talent brut, sans trame ni couleur, de Florent Maudoux qui est l’un des tout meilleurs illustrateurs de sa génération et que je m’impatiente de voir sortir de l’univers qu’il a créé pour voir ce qu’il peut proposer d’autre. L’encrage est très beau et les décors très élégants, le contraste entre arrières-plans et personnages étant ainsi renforcé. Vestigiales est un plaisir des yeux, un bonbon graphique!

jjp.jpgHeureusement, sa raison d’être n’est pas qu’une envie graphique (…ce qui aboutit généralement à quelque chose de joli mais a ranger rapidement au fond de l’étagère). Le projet est finalement assez ambitieux car s’il vise (selon son auteur) à combler un trou de son histoire, c’est surtout une réflexion sur le couple et sur l’identité intime de chacun qui est proposée. Présenté comme un rêve initiatique dans le passé des personnages, l’album les voit combattre des membres de leur famille ou des incarnations d’archétypes (féminin/masculin, Destruction/fertilité,…) jusqu’à envisager la vieillesse dans une sorte de nid primordial où est convoquée la vénus de Willendorf. les références sont nombreuses et subtiles et l’on sent que l’auteur pense ses histoires pour leur donner une symbolique qui dépasse la simple BD d’action.

Sans titre.jpgLe propos de Maudoux sur l’identité masculine notamment est vraiment intéressant et poussé, surprenant dans un spin-off de série grand-public à l’inspiration manga/comics. La prolongation de la réflexion dans le texte final détaille l’idée d’une révolution identitaire du mâle occidental dans un monde où les rites initiatiques ont disparu et laissent l’homme sans cadre pour se construire une identité sexuée…

La création de cet auteur est décidément inclassable (sans doute pour cela que j’ai eu un peu de mal à m’y immerger dans Freak’s Squeele), bancale par moments, mais visuellement superbe et permet de découvrir un bonhomme qui réfléchit son art. Ça donne indubitablement envie de se plonger plus loin dans sa biblio. Pour moi ça commence très bientôt avec Funerailles!

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Graphismes·La trouvaille du vendredi·Rétro

La BD animalière: Love/Pride of Bagdad/Gon

La trouvaille+joaquim

J’étais parti sur une numérotation des billets de la rubrique « Trouvaille du vendredi » mais je me demande si, avec les logos de rubrique, ce ne serait pas plus parlant de mettre le titre des albums comme pour les autres rubriques… Qu’en pensez-vous?

Du coup pour cette 18° édition (pfiouuu, je pensais pas tenir ce rythme!) je vous ai déniché trois magnifiques BD qui parlent des animaux mais surtout de la dure Loi de la Nature! Et en plus (c’est pas fait exprès) on a une illustration des visions européenne, japonaise et américaine du sujet… En bonus (pas fait exprès non plus mais ça signifie surement que mon Moi est très organisé à l’intérieur…) le billet de mercredi parle aussi des animaux, avec la nouvelle BD de Dorison.

Couverture de Pride of Baghdad

  • Pride of Bagdad
Comic de Brian Vaughan et Niko Henrichon – Panini/Vertigo (2006), 130 p.

Pride of Bagdad proposait en 2006 soit juste après la seconde guerre d’Irak une parabole sur la guerre, le conditionnement, la sauvagerie… au travers de l’escapade (inspirée de faits réels) des lions du zoo de Bagdad libérés lors de l’attaque de la Ville par les forces américaines. J’aime la BD américaine (je préfère parler de BD en ce qui concerne les « graphic novels » comme ils disent… par-ce que « comics » est tout de même très très connoté super-héros) quand elle balance ainsi des paraboles puissantes, radicales, violentes, sans compromissions. Comme souvent les animaux permettent de parler des hommes en se centrant, par cet artifice du changement de prisme, sur le sujet brut. Ici le cheminement des animaux tiraillés entre leurs instincts dégradés par des années (voir une vie) de captivité et l’incompréhension des effets de la guerre qu’ils constatent, nous focalise sur ces visions d’apocalypse d’une cité plurimillénaire déserte. Résultat de recherche d'images pour "henrichon pride of baghdad"Outre les éléments sur le sort des animaux de cage, c’est bien le contexte politico-militaire de cet événement majeur des vingt dernières années qui donne toute la force au propos. Prédateur ultime, le lion ne comprend pas ce qui se passe, ce que sont ces animaux de fer lancés en furie, détruisant arbres et maisons, ce qu’est ce palais magnifique (celui de Saddam Hussein) doté de piscines et de peintures gigantesques. Créatures puissantes mais ingénues, ils sont observateurs de panoramas que peu d’œuvres ont permis de voir. A ce moment la BD se fait documentaire, prenant le recule de dépasser l’orgie d’images TV de l’époque. Les auteurs profitent des lumières du désert, de l’orient, de la finesse des félins. Dans le monde des animaux tout n’est que violence. Mais si petite au regarde de la violence des hommes, qui n’interviennent qu’à la toute fin, si cruelle, si terrible. Si bête.

  • Gon
Manga de Masashi Tanaka – Casterman/Kodansha (1995-2003), 7 volumes, 156 p. par volume, n&b.

Couverture de Gon - Tome 1Gon est l’une de mes premières lectures Manga, à une époque reculée où l’éditeur Glénat tenta d’introduire ces étranges BD petit format en noir et blanc, à l’époque des Akira, Appelseed, Dragonball,… Gon doit être l’un des tous premiers manga publiés par Casterman à cette époque et je dois dire que c’était assez gonflé tant cet ovni est particulier. Gon est un dinosaure… mais en format « SD« ! Dans une époque reculée ressemblant à l’Amérique du Nord, ce tyran absolu doté d’une force démentielle parcourt la nature en cherchant de la nourriture, mais aussi à exploiter les animaux qu’il rencontre. Et quand on dit exploiter, cela signifie les violenter férocement pour les mettre à sa merci. Il faut voir des grizzly et autres lions rendus à l’état de chatons pour éviter de subir les foudres de Gon. Ce dernier est également capable de bons que ne renierait pas un Résultat de recherche d'images pour "gon tanaka"certain Hulk et de raser une foret en quelques coups de dents. Bref, la terreur de l’ancien temps, le caïd du règle animal, j’ai nommé Gon! Le dessin très réaliste et les décors magnifiques participent de la qualité de ce manga muet (de fait) qui n’a jamais été copié et illustre la sensibilité toujours très particulière de nos amis nippons. Totalement burlesque, un (gros) brin sadique, Gon procure un sourire un peu gêné et demande à ne pas être allergique à l’humour noir.

  • Love
BD de Brrémaud et Bertolucci – Ankama (2011), 79 p.

Couverture de Love (Bertolucci) -1- Le tigreLa plus récente des BD de cette sélection (… ou plutôt série, quatre volumes étant parus: Tigre, Renard, Lion, Dinosaures) propose au travers de graphismes absolument magnifiques et colorés, un reportage animalier en suivant à chaque album un animal sauvage dans ses activités quotidiennes. Ici nous suivons un tigre qui cherche à manger. Le dessin est réaliste et particulièrement réussi, on adore voir les têtes de peluches des félins, singes et autres animaux de la jungle. Album sans dialogues, Love nous illustre la dure loi de la Nature: manger ou être mangé, et où être le plus fort n’indique pas nécessairement que vous mangerez à votre faim… Maintes techniques de filoutage permettent à des animaux d’attraper une proie et généralement les plus malins, ceux qui attendent dans l’ombre de profiter du travail des autres sont récompensés. C’est aussi passionnant qu’un reportage animalier de France 5, très drôle et doté d’une morale succulente. Ça se dévore trop vite mais l’on n’a qu’une envie, d’aligner les autres albums de la série!

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East & West·Manga·Rapidos

Manga en vrac #3

East and west

Couverture de Radiant -7- Tome 7 Radiant#7: Seth se retrouve enfermé dans la forêt de Myr et s’y entraîne en compagnie du lutin qui lui révèle la nature du Fantasia et de l’Inquisition… Suite de l’arc chez les chevaliers-sorciers et qui oriente de plus en plus Radiant vers la fantasy écologique. Le personnage d’Ocoho prend de l’importance alors que Grimm a disparu… Comme pour la question des migrants dans le début de la série, la question de l’occupation de la terre par les hommes, de la cupidité du commerce (les barons marchands) et de la cohabitation avec la nature est assumée comme un sujet politique en phase avec la situation du monde réel. Radiant est pour cela un manga intelligent qui pose de vraies questions tout en restant ludique.

Radiant#8: La grande bataille de Cyfandir commence alors qu’on vient juste d’apprendre la conspiration des barons-marchands. Cet album semble une fin d’arc tant s’accumulent les révélations. La grande bataille est très impressionnante, le nombre de personnages conséquent et Tony Valente maîtrise parfaitement l’art d’en laisser sous le coude avec par exemple ces Thaumaturges dont on sait encore bien peu à dont chaque nouveau pouvoir semble plus puissant que le précédent… Visiblement Radiant est parti pour être une série longue puisque dans les échanges avec les lecteurs (en fin de chaque album) l’auteur semble confesser qu’il n’a encore abordé qu’une toute petite partie de l’univers de sa série. Tant mieux car tout ça est fort agréable à chaque tome! Et le tome 9 vient tout jute de sortir

Innocent #9: La première série Innocent se clôture d’étrange manière: reprenant à la césure du tome 8, l’histoire voit Charles-Henri remporter traitreusement son duel sur sa sœur pour la contraindre au mariage. On constatera qu’il est devenu la figure autoritaire et perverse de son père, gardien d’une lignée maudite mais que Marie-Joseph n’a pas dit son dernier mot en ayant parfaitement maîtrisé la situation des femmes et du pouvoir en cette fin de XVIII° siècle. Après des passages vraiment spéciaux inspirés des comédies musicales et des élucubrations sur la vie de cour autour de Marie-Antoinette, les auteurs nous redonnent envie sur la fin avec l’irruption d’une ancienne connaissance, idéaliste projetant d’ouvrir des écoles du peuple pour étendre les Lumières, accompagné d’une réflexion sur les régimes politiques en Occident. Il était temps, cette pourtant excellente série commençait à s’embourber dans les visions un peu farfelues des auteurs. Si la suite Innocent Rouge s’oriente vers la noirceur et la réflexion sociétale des premiers tomes je la lirais très volontiers.

Sun-ken rock #12: le volume s’ouvre sur la fin de la baston contre KG et enchaîne sur une dépucelage de la bande à Ken dans un bordel (ça faisait longtemps que le mangaka n’avait pas eu le loisir de dessiner des filles à poil). On enchaîne sur des histoires de cuisine puis sur l’intro du nouvel arc où la bande va s’engouffrer dans l’immobilier.

Encore un album à oublier. Je ne comprends pas ce qui amène Boichi à se perdre ainsi, loin de son histoire mafieuse ouverte il y a presque six volumes. Les lecteurs aiment SKR pour ses mafieux en costards poseurs, ses bastons dantesque et sa radicalité…

MANGA SUN-KEN ROCKSun-ken rock #13: les choses sérieuses commencent pour la Sun-Ken rock team avec l’arrivée d’une équipe d’assassins professionnels qui ont pour mission d’éliminer ces éléments gênants. Le colosse de la bande se retrouve à affronter un trio de tueurs redoutables. Ouf! ce qui me plaisait dans cette série reprends sur les chapeaux de roue après un peu trop de volumes dispensables. Le sens de l’action, du mouvement, la puissance des dessins de Boichi s’expriment dans les combats. Quelle matière dans ces visages hurlant de toutes leurs veines, appuyés par des traits insaisissables… J’espère que cela ne va plus s’arrêter et que l’auteur va arrêter avec ses délires culinaires ou sexuels…

Sun-ken rock #14: Tae-Soo  découvre que le soutien politique du gang (corrompu) est tombé et tente de savoir qui est derrière la menace alors que l’attitude de Ken fait vaciller la confiance de la Pioche. Alors que Tae-Soo planifie  une embuscade, le Boss prépare la contre-offensive pour montrer aux assassins mais aussi au Hakuryu-kai.

Mine de rien cette série construit à mesure des volumes une photographie sociale et politique de la Corée assez intéressante, avec l’histoire du pays avec ses voisins, la corruption politique, l’immobilier galopant… Étonnant manga avec ses côté vraiment « fan service » ou redondants (la bouffe…), caricaturaux et la noirceur de certaines séquences, la puissance des scènes d’action et la réflexion finalement assez ambitieuse.

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Manga en vrac #2

East and west

Petit marathon Ajin et Radiant en ce lundi matin puisque je n’ai pas pu m’empêcher de passer tous les albums sortis en tête de lecture… C’est trop bon et je crois que je vais être obligé de préparer un petit billet synthèse sur Ajin en comparatif avec Akira auquel cette série me fait vraiment beaucoup penser!

Manga - Manhwa - Ajin Vol.7Ajin #7: Le septième tome se structure sur le début d’une nouvelle attaque pour assassiner le PDG de la société de sécurité Forge, ce dernier convaincu qu’il empêchera le plan des Ajin rebelles. Alors que l’opération commence et que le groupe de Kei Nagaï (qui se révèle le véritable cerveau de l’équipe montée par Tosaki) prépare son piège, des flashback reviennent sur le passé militaire de Sato ainsi que sur son enfance, nous permettant de mieux cerner la psychologie de ce très charismatique méchant. Gamon Sakuraï parvient à alterner dans sa série (en seulement 11 tomes parus, c’est dire le rythme) des moments de respiration et des séquences d’action endiablées. Ici l’assaut par l’équipe de Sato démontre s’il le fallait l’intelligence scénaristique rare de l’auteur: le principe de l’immortalité permet des astuces vraiment originales dans le déroulement des combats (pour faire clair: l’un des Ajin est chargé pendant l’attaque de « réinitialiser » les autres en les tuant s’ils venaient à se prendre une fléchette tranquillisante… mais ce n’est pas tout!). Tout ceci garde un étrange aspect de banalisation de la mort dans un univers totalement bouleversé par la découverte de ces « créatures ». Le nombre de sujets abordés dans chaque volume, subrepticement, par une séquence, par une case, est vraiment énorme et donne une richesse de background gigantesque. Sakuraï est en train de construire un monument du manga!

Manga - Manhwa - Ajin Vol.8Ajin #8: L’édition Glénat comprend en début de volume un « who is who » et un salutaire résumé en image, bien plus efficace qu’un texte et c’est donc une très bonne idée. L’assaut touche à sa fin et pour la première fois l’équipe de Sato se voit contrecarrer par le plan de Nagaï, obligeant Sato à se déplacer pour finir le travail. Alors que depuis le début de la série, Sato, véritable croque-mitaine invincible ayant toujours trois coups d’avance sur ses adversaires, créait un sentiment d’inéluctabilité, le lecteur découvre que l’affrontement de l’intelligence risque de durer. Le rôle des différents protagonistes se mets en place, chacun doté de caractéristiques qui, alliés, leur permettront peut-être de contrer le génie du mal qu’ils ont face à eux. Dans un assaut toujours dynamique où Nagaï (dont le père a été absent) se lie avec Hirasawa, le vieux chef des humains de l’équipe Tosaki, le lecteur découvre une nouvelle capacité des Ajin via leur mode de régénération. La cohérence de la science des Ajin est remarquable depuis le début dans cette série et c’est un grand plaisir que de lire un manga d’une telle intelligence dans chaque séquence, chaque idée. Graphiquement le trait évolue vers un plus grand réalisme, des visages en gros plans assez absents au début de la série permettent de voir l’influence Otomo de plus en plus grande, et c’est tant mieux.

Manga - Manhwa - Ajin Vol.9Ajin #9: Sato parvient inéluctablement à ses fins, quel que soit le moyen. Pourtant, dans ce combat où Nagaï est entré en action directement alors qu’il se contentait jusqu’ici de planifier, des ruptures apparaissent, avec Tanaka notamment qui n’est pas aussi impitoyable que son chef et ressent de la compassion pour certains humains, ce qui l’amène à contester la décision de Sato. Son affrontement avec Izumi par fantômes interposés permet également de voir les capacités de combat de l’aide de camp de Tosaki. Enfin, la relation entre Nagaï et le jeune Nakano évolue alors qu’ils se retrouvent liés dans les combats et doivent se faire confiance mutuellement. Entre le héros et son jeune protégé, la relation à la mort et à l’empathie n’est pas la même, Nakano raccrochant Nagaï à sa part humaine quand il voudrait devenir insensible comme Sato. Alors que les assassinats vont se poursuivre comme prévu, le gouvernement reconnaît son échec et change sa position vis à vis des Ajin. Les cartes sont en train de bouger.

Manga - Manhwa - Ajin Vol.10

Ajin #10: Dans ce volume l’on découvre la maman de Nagaï, qui comme la plupart des personnages de la série rompt avec des habitudes manga d’archétypes genre « femmes au foyer traditionnelle soumise »… Ajin est une série résolument moderne, à la fois dans son traitement de l’actualité et des thèmes comme le terrorisme ou le racisme, mais également avec tout un pan de la société japonaise que Gamon Sakuraï dynamite avec grand plaisir. Alors que les séquences d’assaut sont dans une sorte de phase d’armistice, l’auteur nous emmène aux Etats-Unis découvrir ce qu’est allé y faire le professeur Ogura: nouvelle révélation (dans un manga qui n’en manque pas!) sur un mode de gestion du problème Ajin résolument différent entre le Japon et les Etats-Unis. Chez Sakuraï on sent la même volonté que Katsuhiro Otomo d’internationaliser (élargir la perspective) l’intrigue de son récit et d’introduire un conflit entre deux visions de ce que permet le pouvoir. Si le parallèle avec Akira fonctionne pour la critique du complexe politico-militaire, l’œuvre de Sakuraï est beaucoup plus acerbe ne serait-ce que par-ce qu’elle ne date pas son récit, apportant une proximité immédiate avec le Japon d’aujourd’hui.

Manga - Manhwa - Ajin Vol.11Ajin #11: Pour le dernier volume paru en France (en ce mois d’avril!), on sent la fin approcher, alors que le nombre de sujets effleurés est énorme. Sato joue double ou triple jeu et son esprit machiavélique semble impossible à anticiper, même pour Nagaï. Le gouvernement a fait un premier pas en acceptant une négociation, mais peut-on faire confiance à ce génie du crime qu’est Sato? Gamon Sakuraï, comme depuis le début de sa série, sait manœuvrer des temps de pause qui nous font admirer ses magnifiques dessins entre des séquences d’action ou de suspens à la tension digne des meilleurs films d’espionnage! La diffusion de films et d’une série sur Netflix devrait inciter l’auteur et l’éditeur à prolonger le plaisir, tant l’univers développé est gigantesque et l’équilibre entre l’avancée d’une intrigue principale à grand spectacle et l’insertion de multiples éléments intime, socio-politiques (la démocratie, les médias,…) ou purement géopolitiques simplement parfaite.

Manga - Manhwa - Innocent Vol.8Innocent #8: Le conflit entre Charles-Henri et son excentrique sœur Marie-Joseph atteint son point culminant alors que la série s’approche de sa fin. L’affrontement aura bien lieu. Pendant ce temps l’auteur nous raconte l’arrivée de Marie-Antoinette en France et la crudité des règles de cour faisant de la femme une simple génitrice. Sakamoto a toujours entretenu une ambiguïté sexuelle sur ses personnages présentant de nombreux androgynes et homosexuels et transpose à la cour les perversions ou blocages sexuels. Malgré des thèmes toujours intéressants et un traitement graphique très poétique, la série ne parvient pas à retrouver la tension des premiers volumes et son discours sur la peine de mort.

Manga - Manhwa - Radiant Vol.4Radiant #4: Les thaumaturges de Torque débarquent sur Rumble Town alors que le combat contre Hameline touche à sa fin. De nombreux et très puissants personnages apparaissent et la série prends une tournure nouvelle. Durant ces affrontements très joliment mis en image l’on perd un peu de la fraîcheur et de l’humour ravageur qui faisait le charme de Radiant. Dès le prochain volume on repart pour un ton plus léger, tant mieux.

 

 

Radiant #5: Tony Valente arrive à se renouveler en élargissant fortement le périmètre du monde de son manga avec un voyage de Seth dans le monde des chevaliers-sorciers et des princes-marchands. Cela permet de découvrir de nouveaux personnages soit très drôles soit terriblement réussis niveau design. On retrouve également avec plaisir Alma et le Bravery Quartet qui me fait bien rigoler. Très joli rebonds pour la série que ce tome 5 qui retrouve l’équilibre action/aventure/humour.

 

Résultat de recherche d'images pour "radiant 6 valente"Radiant #6: L’arc s’oriente vers une forêt hors du temps (inspirée de Broceliande?) où Seth se retrouve entraîné par le lutin Myr, en nous rappelant fortement l’entraînement de Sangoku dans Dragonball… On quitte le monde des mages et chevaliers pour celui des esprits de la Nature avec quelques révélations sur ce qu’est le Fantasia. Dans le même temps les alliés de Seth se retrouvent confrontés l’un au Thaumaturge Dragunov, l’autre à la reine Boadicé. Épisode de transition où Seth en prend encore plein la poire.