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Odyssée sous contrôle

La trouvaille+joaquim

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BD de Dobbs et Stephane Perger
Ankama (2016), 54p., one-shot, collection « Les univers de Stefan Wul »

Avant de débarquer sur la planète Emeraude, l’agent Michel Maistre fait la rencontre de la belle Inès Darle, dont il va tomber éperdument amoureux. Malheureusement ils vont se retrouver tous deux impliqués dans un complot extra-terrestre. Lancé à la recherche de la belle kidnappée, l’agent va vite se retrouvé confronté à une réalité parallèle qui va remettre en question jusqu’à son être même…

badge numeriqueJ’ai découvert l’immense qualité graphique de Stephane Perger sur la série Luminary qui vient de s’achever et souhaitais découvrir ses précédentes productions. La très inégale collection Les univers de Stefan Wul n’a pas donné que des chefs d’œuvre (sans doute du fait d’adaptations de romans pas forcément géniaux bien qu’ayant eu une immense influence sur une génération d’artistes) même si elle permet d’apprécier les traits de Vatine, Adrian, Varanda, Reynès ou Cassegrain et je ne vais pas le cacher, cette Odyssée sous contrôle vaut principalement pour les planches somptueuses de Perger. Alors que d’autres romans ont été adaptés en plusieurs volumes celui-ci, du fait de son traitement, aurais sans doute dû en passer par là…

Odyssée sous contrôle – Artefact, Blog BDLa faute sans doute à une ambition scénaristique un peu démesurée sur une base pulp. Dobbs fait ainsi le choix de troubler le lecteur dès la première page en ne suivant aucune structure séquentielle logique afin de créer un effet de confusion similaire à celui du héros. Hormis les poulpes alien qui semblent fasciner Wul (voir Niourk) on n’a pas grande chose auquel se rattacher, les personnages changeant d’identité, des seconds couteaux apparaissant de nulle part sans que l’on sache si l’on est censé les connaître et le déroulement du temps se faisant de façon très chaotique. La volonté est évidente. Certains apprécieront cette lecture compliquée. Il n’en demeure pas moins que comme album BD on aura fait plus lisible. Peut-être également en cause la technique de Perger qui si elle est très agréable à l’œil, ne permet pas toujours de compenser les ellipses et devinettes narratives que nous jette le scénariste. Lorsque le scénario est flou il faut un dessin extrêmement clair et évocateur (comme sur le sublime Saison de sang) pour garder le lecteur dans les rails.

Au final on a un album assez frustrant habillé de superbes séquences et de quelques idées terrifiantes, d’un design rétro très fun et d’une promesse d’espionnage vintage, ensemble de propositions qui surnagent avec une impression de pages perdues. Une fausse bonne idée en somme qui à force de ne pas dérouler son histoire ne la commence jamais vraiment. Dans la collection on ira plutôt voir du côté de La mort vivante ou Niourk.

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Aïda

Histoire complète en 200 pages écrite et dessinée par Sergio Gerasi. Parution en France chez Ankama le 15/04/2022.

Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Détresse virginale

Aïda, ce n’est pas qu’un opéra de Verdi. C’est aussi une jeune femme prise dans un tourbillon de détresse existentielle, dont on va suivre le parcours qui la mènera à l’accomplissement et à l’émancipation. Étouffée par une mère qu’elle ne voit pourtant que très peu, incertaine quant à son avenir et incapable de se détacher de son passé, Aïda passe son temps à écouter ses amis Ludo et Tancrède s’épancher sur leurs faux problèmes d’enfants gâtés. Côté études, ce n’est pas la joie non plus car elle peine à avancer dans la rédaction de son mémoire. En attendant, Aïda parcourt la ville, pour voir le monde à travers l’objectif de son appareil photo.

Pour Aïda, les photos ne mentent pas. Elles montrent le monde tel qu’il est, avec ses failles et ses atours, mais toujours avec authenticité. Pour fuir ses problèmes, il suffit à Aïda de retirer ses lunettes, et laisser sa myopie lui cacher le reste. Mais fuir ce qui ne nous plaît pas ou ce qui nous cause du souci, ce n’est pas une bonne façon d’avancer dans la vie, en tous cas, pas si l’on veut aller quelque part. Aïda ne dort plus, elle ne mange plus, et pourtant, elle continue d’être écrasée par le poids de son corps.

C’est dans cet état de stagnation mortifère qu’Aïda fait la rencontre, presque par hasard, d’un mystérieux groupuscule de marginaux, se faisant appeler The Virus. Cette bande de joyeux drilles s’est donné pour mission de larder le contrat social en dénonçant certaines de ses hypocrisies, à travers des actions mi révolutionnaires, mi artistiques, savamment orchestrées et mises en scènes. Petit à petit, ces actions prennent de l’ampleur et commencent à défrayer la chronique. Aïda pense avoir enfin trouvé le sujet de son mémoire, mais elle pourrait en fait avoir trouvé bien plus que cela. Peut-être que ce Virus est en réalité le remède à tous ses problèmes.

This Revolution will not be televised

Run, girl, run

Sergio Gerasi frappe fort avec cet album. Grâce à une héroïne extrêmement attachante, il parvient à traiter de thèmes sociétaux qui peuvent paraître éloignés les uns des autres, mais qui forment pourtant un tout cohérent dans le récit. La mal-être existentiel vécu par Aïda a quelque chose de très millenial, cette génération confrontée aux affres d’un monde moderne en perte de sens, exposée à un flot d’informations toujours croissant et en même temps à la perte de confiance dans les institutions et dans l’avenir. Malgré les écueils évidents de ce type d’approche, qui aurait pu verser dans le spleen forcé et malhabile, l’auteur parvient à rendre palpable et crédible la détresse de sa protagoniste, et à nous embarquer dans un parcours initiatique très bien structuré et sans temps mort.

Avec pudeur mais sans misérabilisme, il trouve même les ressources pour évoquer des troubles sérieux et souvent mal compris comme l’anorexie et la dépression, et catalyse le changement chez son héroïne au travers des actions concrètes de ce groupe révolutionnaire, qui fait penser à un mélange entre Banksy et les Anonymous. Sur le plan graphique, impossible de ne pas être séduit par le traitement radical des couleurs, qui répond tout à fait au thème de la photographie, dont Aïda est adepte, ainsi qu’à sa vision déformée par la myopie.

On trouve même au fil des pages une mise en scène inventive, qui permet d’accentuer le ressenti et les émotions d’Aïda, qui étouffe sous les injonctions de sa mère et sous le poids d’une vie trop étriquée.

Écriture maîtrisée, graphismes assumés et couleurs magnifiques, moi je dis que ça vaut bien 5 calvin.

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Adlivun

Histoire complète en 168 pages, écrite et dessinée par Vincenzo Balzano. Parution en France le 04/02/2022 chez Ankama.

Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Terreur des glaces

Le Capitaine Briggs, à la tête du Mary Céleste, décide de quitter la torpeur du port de Douvres, en 1847, et embarque son équipage dans une quête périlleuse qui ne comprend qu’une alternative: rentrer couvert d’or, ou ne pas rentrer du tout.

En effet, une généreuse récompense est offerte par la Marine Royale à qui ramènera sains et saufs les marins du Terror et de l’Erebus, deux navires partis en exploration dans le cercle polaire. De nombreuses rumeurs courent à propos de ces deux bâtiments et des eaux glacées dans lesquelles ils semblent s’être perdus. Mais cela n’arrête pas Briggs, et ce malgré la réticence de Jack, son second et médecin de bord.

Le Mary Céleste reprend donc la mer, pour une mission de sauvetage incertaine, qui va confronter son équipage à des secrets enfouis depuis longtemps sous les glaces polaires. Bien vite, Jack, Briggs et les autres vont être assaillis par des visions spectrales, des réminiscences morbides qui pourraient être les pauvres hères du Terror et de l’Erebus…

Après Clinton Road, Vincenzo Balzano revient pour explorer des évènements réels sous un angle fantastique. Cette fois-ci, nulle route maudite, mais des vaisseaux fantômes victimes de malédiction, et un capitaine taciturne qui ne révèle pas tout à son équipage. L’auteur puise cette fois-ci dans le folklore inuit, pour nous plonger dans une aventure contemplative qui ne met pas de côté l’épouvante.

S’il parvient à créer une ambiance pesante et immersive grâce à son dessin à l’aquarelle, Vincenzo Balzano semble toutefois moins à l’aise avec les règles qui régissent la magie inuit ici à l’œuvre. En effet, les révélations faites sur les origines de la malédiction m’ont paru quelque peu confuses, bien qu’elles semblent maîtrisées par l’artiste.

Un peu comme pour Clinton Road, l’auteur semble ici plus conteur visuel que véritable narrateur, la force de son récit provenant en premier lieu de l’impact des planches et du dessin, davantage que sur l’intrigue en elle-même.

Avec ses très belles planches et sa thématique, qui rappellent le Moby Dick de Sienkiewicz, Adlivun mêle habilement aventure contemplative et épouvante, malgré quelques soucis d’exposition quant aux aspects fantastiques de son intrigue.

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La fille de la mer – Hammerdam #2 – Sacha et tomcruz #4

Salut à tous! Grosse fournée jeunesse de grande qualité aujourd’hui avec le nouveau one-shot de la toujours talentueuse Molly Ostertag, la conclusion du petit miracle Hammerdam et la série Sacha et Tomcruz qui mine de rien construit son petit bonhomme de chemin parmi les grandes. On commence, c’est par là:

  • La fille de la mer (Molly Ostertag/Kinaye) – 2022, 256p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour leur confiance!

9782357991095_1_75Je ne remercierais jamais assez l’éditeur Kinaye de nous avoir fait découvrir cette autrice majeure du comic jeunesse dont la trilogie du Garçon sorcière (une de ses toutes premières œuvres) fut une des meilleures BD lues ces dernières années, tout simplement!

Cette fois elle nous revient sur un one-shot à la lecture agréable et assez rapide, qui aborde de façon partiellement autobiographique les difficultés relationnelles d’une adolescente qui se découvre un amour homosexuel et doit composer avec son groupe d’amies et le qu’en dira t’on. Ajoutons à cela un soupçon de fantastique puisque la-dite fille de la mer est une selkie, ces créatures métamorphes (tiens-tiens, on retrouve ce thème du Garçon sorcière) appartenant aux deux mondes… Sur une narration toujours extrêmement lisible permettant une lecture facile, on savoure ce dessin simple et coloré qui sait transcrire les émotions d’un personnage qui ne parvient pas à gérer ses deux univers, comme reflet d’un âge où l’on change, entre enfance et âge adulte et où les identités sexuelles s’affirment. Les relations entre la selkie très franche et l’héroïne plus renfermée reprend le personnage très fort de Charlie (dans le Garçon sorcière) de même que le sujet de la famille et des relations avec un frère difficile transcrivent une problématique identitaire qui si elles est assumée ne verse jamais dans le dramatique. C’est la grande force d’Ostertag de savoir aborder sans gnangnan des sujets profonds et complexes touchant à la psychologie et à l’identité transmise/construite. Destiné à un publie un peu plus âgé que la précédente trilogie, cette Fille de la mer est une nouvelle réussite pleine de sensibilité et qui fait mouche.

A partir de 10 ans.

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  • Hammerdam #2 (Enrique Fernandez/Ankama) – 2022, 80p., série achevée en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance!couv_438632

Coup de coeur! (1)Le premier tome de ce diptyque m’avait enchanté de par son univers foutraque et la tendresse de ses situations. Ce tome de conclusion ne souffre pas de la mise en place un peu vaporeuse du premier et profite à plein de sa galerie de personnages géniale et des relations très sensibles qui parleront aux jeunes lecteurs. Jouissant des mêmes qualités qu’un Ultralazer, Hammerdam arrive à utiliser les éléments absurdes et les personnages hyper-caractérisés pour transmettre des idées et émotions simples mais si vraies. Parlant de franchise, d’amitié, de la lâcheté des groupes et du pouvoir du rêve, Enrique Fernandez réussit pleinement son pari en développant son univers fait de bric et de broc, en inventant des créatures et pouvoirs très originaux semblant sortis d’un atelier de marionnettiste fou ou d’un coffre à jouet. Semblant par moment à une version sous acide du Magicien d’Oz, cet Hammerdam régale parents comme enfants avec un voyage initiatique où la vérité du cœur peut surmonter toutes les difficultés. C’est cela le véritable pouvoir du marteau!

A partir de 8 ans.

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  • Sacha et Tomcruz #4: cambriolage sur le Nil (Halard-Quignon/Soleil) – 2022, 64p., série en cours, 4 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance!

couv_434353Entrée en matière pas évidente pour moi sur cette série puisque si j’ai bien lu il y a quelques temps le premier volume de cette série qui jouit d’un très bon succès d’estime, j’ai été contraint de me renseigner succinctement sur les évènements qui se déroulent dans les tomes deux et trois. Le format de la série est calé sur le one-shot en mode voyage temporel avec retour à la case départ à la fin (chez les Vikings pour le premier, chez le Roi-soleil au second et en Chine médiévale pour le troisième)… mais ce Cambriolage sur le Nil s’ouvre alors que Sacha, sa copine Jade et son chien tomcruz sont coincés dans le passé. Soudain une idée et hop, les voilà transportés en Egypte où ils vont devoir cambrioler le trésor du grand Pacha local. Intrigue idéale pour dérouler les inventions scientifiques de Sacha (petit cousin du japonais Senku…) et un plan machiavélique à la Ocean’s eleven. Si le graphisme aux crayons gras est toujours aussi élégant et la célèbre maquette de la collection Métamorphose donnent un écrin fort agréable, on pourra trouver le déroulé de l’intrigue un peu forcé avec force raccourcis. Dans le genre jeunesse on n’en tiendra pas rigueur et on suivra volontiers la suite des aventures du Chihuahua et son maître dans un prochain album.

A partir de 7 ans.

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BD en vrac #29: Maudit sois-tu #3 – Les 5 terres #7 – Machines de guerre #5

La BD!Bienvenue pour une nouvelle semaine BD sur l’Etagère! Comme vous le constatez pas de C’est lundi… mais désormais des billets tout ce qu’il y a de plus classiques (je reviendrais sur ce changement dans le prochain bilan mensuel, qui remplacera ce rendez-vous hebdomadaire.

Au menu donc, trois albums de séries, avec la conclusion du très littéraire Maudit sois-tu par le prolifique et très en vue Philippe Pelaez, le commencement du nouveau cycle des 5 terres et une découverte sur le thème des tank…

Demain ce sera le retour des tortues pizzavores, mercredi un docu sur la répression à Hong-Kong, jeudi un Batman (… on se rapproche du film!), vendredi un nouveau Kurosavoir sur Marie-Antoinette, samedi des manga en vrac et dimanche mon retour sur la série d’animation phénomène, Arcane sur Netflix!

C’est parti!…

    • Maudit sois-tu #3: Shelley (Pelaez-Puerta/Ankama) – 2022, 54p., série achevée en 3 tomes.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance!

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Nous voici arrivés à la conclusion-début de ce projet un peu fou et diablement ambitieux de Philippe Pelaez. Si le second tome centré sur l’amour dramatique de Mary Shelly pour John Polidori (premier à utiliser le personnage du vampire dans la littérature fantastique) avait paru un peu redondant avec le premier, cette conclusion change radicalement de trame pour adopter le schéma de l’amant maudit dans une approche résolument dramatique et romantique. Si l’on peut saluer le changement, on perd l’efficacité de ces groupes de personnages historiques et du savant fou pour ne garder que la passion folle de Polidori pour sa belle. L’album a le mérite de boucler parfaitement avec le récit précédent  (et valide le cahier des charges initial dans une technique scénaristique assez brillante) mais nous perd un peu notamment du fait des problèmes de visages issus de la technique photographique de Carlos Puerta. La relecture a minima du second tome et au mieux des trois volumes dans l’ordre chronologique sont absolument conseillées mais malgré ces liens ce troisième tome apparaît comme le plus faible du fait de la disparition de l’aspect fantastique et de la chasse, axe fort du projet depuis le début. Proposant un texte très inspiré et extrêmement agréable à lire, Pelaez pèche sans doute par une pointe d’élitisme, bien peu de ses lecteurs auront initialement la connaissance littéraire pour apprécier toutes les références aux personnages et à leurs œuvres. Maudit sois-tu n’en reste pas moins un projet inclassable, particulièrement ambitieux, qui s’il ne s’accomplit que moyennement, propose tout de même une très belle immersion dans l’âge du gothique passionné…

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  • Les 5 terres #7 (Collectif/Delcourt) – 2021, 58p., cycle 1 achevé. Cycle 2 1/6 tomes parus.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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La fin du cycle d’Angléon (les félins) voyait le retour de l’otage Kéona dans son pays de Lys. Ce second cycle parmi le peuple primate entame directement à sa descente du bateau alors qu’elle est accueillie avec une très froide étiquette par la famille royale. Mais c’est bien la retour de la terrible Alissa que l’on suivra dans ce volume. Enfermée depuis cinq ans, la chef du clan du sistre qui règne sur les bas-fonds de cette société matriarcale, sa colère et sa force ne demandent qu’à exploser…

Le changement dans la continuité, le projet des 5 Terres ne me rendait pas particulièrement inquiet (et même plutôt impatient) à ce changement de continent. Intrigué de savoir comment les auteurs allaient relier les différents cycles, on est désormais rassurés: la continuité chronologique n’est pas rompue et l’enjeu sera bien plutôt d’entrecroiser les différentes intrigues. Si Angléon avait proposé quelques échappées chez les reptiles et chez les ours, on reste ici très concentré quasiment exclusivement dans la grande cité et très fixés sur cette Alissa que je n’ai pas trouvé très charismatique. Si la technique rutilante de la série reste évidente, on est moins enjoué à la conclusion de ce premier tome, pour plusieurs raisons. Tout d’abord l’utilisation des types de singes semble moins riche que chez les félins, rendant les personnages graphiquement moins intéressants. Si les multiples intrigues ne nous perturbent plus guère, cela semble moins fort que précédemment, moins prenant, en raison d’un enjeu qui nous échappe encore grandement. Hormis le couple à la recherche d’un remède pour son enfant, peu d’émotion transparaît dans ce début de cycle. Enfin, l’idée d’une société matriarcale s’incarne de façon évidente dans la langue avec ce parti-pris très perturbant de changer la faveur masculine du collectif par un féminin. Le texte en devient très étrange à lire, ce qui ne doit pas faciliter l’immersion. Fausse bonne idée ou coup de génie? Encore trop tôt pour le dire mais il est certain qu’il faudra d’autres concrétisations de cette innovation pour en faire autre chose qu’un gadget.

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  • Machines de guerre #5: Le Loup gris (Pécau-Mavric/Delcourt) – 2022, 56p., série de one-shot en cours

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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Jean-Pierre Pécau s’est spécialisé depuis pas mal d’années dans les séries semi-historiques basées sur des uchronies notamment sur la période de la seconde guerre mondiale. Avec Les machines de guerre il propose ainsi depuis 2016 des one-shot à la gloire des plus célèbres tank du conflit mondial. On passera sur une fascination militaire qui peut intriguer (mais apparemment ça se vend bien…) pour aborder cet album pour ce qu’il est. Traitent d’un prototype de méga-tank jamais utilisé sur le terrain d’opération et illustrant le délire de puissance du régime Nazi et d’Hitler, ce Loup gris nous plonge sur le Front Est au sein du camp russe où une commandante de tank va tenter de chasser ce fantôme qui semble apparaître et disparaître en semant la mort sans résistance possible parmi les troupes rouges. Comme beaucoup de récits de chasse on prend plaisir à cette immersion à la fois réaliste dans une dureté du régime soviétique où tout soldat devait sa vie pour la cause à l’aspect du thriller vaguement mystique. Adoptant le thème du croquemitaine, l’histoire permet aux auteurs de faire joujou avec plusieurs tank où l’on découvre les subtilités des manœuvres de ces engins si particuliers. On notera quelques enchaînements de découpage capricieux mais les dessins sont très réussis dans un genre réaliste-historique même si l’on reste loin de la virtuosité en technicolor d’un Romain Hugault et ses avions. L’album s’achève (un peu en ornière je dois dire…) avec un cahier technique qui revient sur les éléments techniques de la conception de ce mastodonte allemand. Au final on a là un album qui se laisse lire sans déplaisir même s’il passionnera surtout les fana de technique militaire. A noter tout de même une maquette particulièrement originale et élégante pour cette collection.

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Kong Crew #2 – Blacksad #6

Pour finir la semaine on continue dans le registre années 50 ouvert par le Noir Burlesque de Marini mercredi et fort bien accompagné par deux excellentes séries, le désormais patrimonial Blacksad qui revient en grande forme et le run Pulp d’Eric Herenguel Kong Crew. Enjoy!

  • Kong Crew #2: Hudson Megalodon (Herenguel/Ankama) – 2021, 2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

couv_435691Comme pour le précédent volume Ankama et Herenguel ont peaufiné une très belle édition qui met dans d’excellentes dispositions pour continuer la lecture de cette pulpissime série. Pas de bonus particulier hormis deux couvertures alternatives (plutôt mieux que celle retenue pour l’album). Eric Herenguel aime les dinos et vous comme le montre l’illustration, vous allez en avoir pour votre argent! Retrouvez la critique du premier volume (en format comics) ici.

Après ce qui ressemblait plus à une introduction dans le premier tome, on rentre en plein dans l’action en retrouvant Virgil aux prises avec la reine des Amazones. Alors qu’un commando spécial est envoyé dans la Jungle de Manhattan et proprement décimé en mode survival la fille du colonel lance un plan pour sauver le chien-héros… On reste donc proche du n’importe quoi avec un sens diablement élevé du cadrage cinématographique de la part d’Eric Herenguel qui confirme que Kong est un gros décors scénarisé présent par des surgissements épisodiques pour laisser planer une menace gigantesque. Les personnages ont pourtant affaire principalement aux dinos bien méchants et on peut dire que comme dans les modèles du septième Art (on pense à Predator ou aux Jurassic Park) ça meurt beaucoup à Manhattan! L’histoire avance bien dans un scénario très bien huilé qui distille les infos régulièrement sur des protagonistes qui avaient été survolés jusqu’ici. Qui est bon, qui est méchant? Hormis les passages avec la fille du colonel qui ont vocation à maintenir de l’humour dans cette grande aventure mais qui ne sont pas franchement passionnants, on est tout à fait pris dans ce superbe blockbuster, fantasme géant miraculeusement sorti de l’imaginaire d’Herenguel. On en redemande!

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  • Blacksad #6: Alors tout tombe (Canales-Guarnido/Dargaud) – 2021, Première partie d’une histoire en deux volumes.

couv_431431Cela faisait huit ans que nous n’avions plus de nouvelles du ténébreux détective John Blacksad! Prenant leur temps pour développer de très profondes chroniques de l’Amérique des années cinquante, Guarnido et Canales se lancent pour la première fois dans un diptyque qui, surprise, se trouve lié avec le troisième tome Ame Rouge, le meilleur de la série selon moi. Plus passif, le détective se retrouve engagé comme garde du corps d’un syndicaliste qui dérange les projets immobiliers du maire de New-York et son éminence grise, jamais à cours d’un mauvais coup. Entre un milieu intellectuel autour duquel gravite Blacksad et les enquêtes journalistiques de Weekly et sa nouvelle copine, les planches de Guarnido claquent toujours autant et montrent que le dessinateur espagnol n’a rien perdu de sa passion pour le mouvement et le détail. Comme d’habitude l’enquête du héros est prétexte à aborder mille et une facette de cette société florissante d’un pays tiraillé entre utopie intellectuelle et pouvoir fascisant. Entre ces deux veille le chat et ses neuf vies…

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***·****·*****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #21: Radiant #15 – FMA #8 – Le Cauchemar d’Innsmouth 1/2

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Trois tomes de séries en cours, très attendus avec une qualité variable mais sur des séries qui restent absolument majeures dans les publications actuelles et passées.

  • Radiant #15 (Valente/Ankama) – 2021, série  en cours.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance!

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C’est le chaos à Bôme, capitale du Pharénos, où les Domitor et leur chef Adhès mène une attaque directement contre le roi et les généraux de l’Inquisition. Alors que les amis de Seth se réunissent, ce dernier parvient à faire évader son frère Diabal avant d’affronter les terribles dompteurs de Némesis…

Il se sera fait attendre celui-là! Alors que Tony Valente nous avait gratifié de deux volumes par ans depuis plusieurs années, ce quinzième Radiant a été retardé plusieurs fois et sort plus d’un an après le précédent. Pour un lectorat habitué à des publications rapproché, cela risque de bousculer les habitudes…. Alors ne boudons pas notre plaisir en plongeant dans ce qui nous enchante depuis le premier volume, à savoir un dessin superbe (bien qu’un peu minutieux pour le format type manga), un humour toujours efficace, une action effrénée et surtout un design et worldbuilding qui ne cesse de s’étoffer, au risque de subir le syndrome GRR Martin… Si la fin de la série ne semble toujours pas pour demain, on sent depuis l’arrivée à Bôme que l’on est entré dans le dur avec les rôles de chacun des groupes qui se clarifie: Inquisiteurs d’un côté, Domitors de l’autre, sorciers enfin parmi lesquels Seth et sa fratrie font office de danger pour l’équilibre en place… Ce volume est ainsi l’occasion d’une sacrée avancée dans la connaissance de l’univers et de son passé même si l’auteur se plait à nous jeter toujours de nouveaux cliffhanger et pistes avec – SCOOP! – le retour tant attendu de Grimm. La qualité est donc toujours au rendez-vous et on est prêts à patienter le temps qu’il faut pour chaque nouveau volume de cette magistrale série. Tony Valente est un sacré créateur et sait seul ce qu’il faut pour que ses épisodes soient parfaits.

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  • le cauchemar d’Innsmouth #1/2 (Tanabe/Ki-oon) – 2021, 204p., collection Les chefs d’œuvre de Lovecraft.

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Merci aux éditions Ki-oon pour leur confiance!

image-1629709044Avec ce deuxième Chef d’oeuvre de Lovecraft de l’année on se rapproche de la fin de la collection, avec la première partie de ce qui est considéré comme un des points majeurs de l’oeuvre du génie de Providence. Et malheureusement pour le coup Ki-oon aurait été bien inspiré de compacter les deux volumes originaux en un gros tome car la construction très progressive de l’intrigue nous laisse un peu sur notre faim à la conclusion de ce manga. Encore une fois un jeune homme (décidément pas beaucoup de femmes dans l’univers de Lovecraft!) voit sa curiosité l’entraîner à explorer une étrange bourgade, port de pêche peuplé d’adorateurs de Dagon (aperçu dans la très courte section sur le volume paru en mars) à l’apparence indicible… Si quelques visions de personnages cracra font leur effet et la maîtrise de Tanabe de la progression fantastique reste très efficace, on manque un peu de ce qui plait tant dans le Mythe de Cthulhu: les architectures folles, les regards perdus, l’irruption de l’impossible dans le réel. Car Innsmouth semble à la fois trop proche de la société des hommes et trop vide pour réellement nous happer. Sans doute le cliffhanger final marque-t’il la bascule vers l’horreur mais après deux-cent pages on reste sagement dans l’attente… A noter qu’après le second volume attendu il nous restera à découvrir L’abomination de Dunwich, dernière adaptation en date du japonais.

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  • Fullmetal Alchemist #8  (Arakawa/Kurokawa) – 2021, 8/18 volumes parus.

Coup de coeur! (1)bsic journalism Merci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

couv_432978Si la qualité éditoriale et la fabrication de ces volumes de la Perfect edition me ravissent à chaque sortie, j’ai toujours des moments de flottements avec un rythme un peu erratique voulu par l’autrice qui dilue un peu son action pour maintenir un suspens et faire durer le plaisir. Il y a bien sur l’effet Shonen et j’admet me placer un peu de côté par rapport au public cible bien que le ton relativement sombre du manga ne cesse de me surprendre. Ce huitième tome (on est presque à la moitié) m’a pourtant emporté de la première à la dernière page sans baisse de rythme, jusqu’à un coup de cœur que je ne pensais plus vraiment possible sur FMA! On ne le rappelle jamais assez, une bonne histoire n’existe qu’avec un bon méchant et si l’Ishval Scar avait marqué les esprits au tout début de l’histoire on l’avait pas mal perdu de vue jusqu’ici. Et on peut dire que l’autrice aime son personnage autant si ce n’est plus que le redoutable président Bradley. Terriblement féroce, martialement imbattable, il est parcouru d’une tension émotionnelle immense qui fait écho aux touchants passages parlant des enfants orphelins et de la douleur des mutilés et traumatisés de guerre, sujets on ne peu plus rares dans des shonen. En miroire à la densification de son récit, Arakawa nous régale graphiquement dans de superbes actions qui proposent comme d’habitude un cadrage et un découpage absolument libres. L’humour reste en retrait ce qu’il faut et l’intrigue se simplifie maintenant que les protagonistes se sont un peu stabilisés. Des personnages jusqu’ici  mystérieux entrent sur scène et avec quel panache! 

Ce huitième volume est clairement le meilleur depuis le démarrage en montrant que les très nombreuses trames et personnages secondaires proposés jusqu’ici peuvent converger vers un récit qui justifie son statut culte. Vite la suite!

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Eli & Gaston #2 La Forêt des souvenirs

Second tome de la série écrite par Ludovic Villain et dessinée par Céline Dérégnaucourt. Parution le 17/09/2021 aux éditions Ankama.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Voir sans oublier

Eli et son chat Gaston sont inséparables. La jeune fille espiègle est revenue passer les vacances d’automne chez sa grand-mère Jo, qui vit à l’orée d’une immense forêt. Un soir, alors qu’Eli confesse son ennui à son félin ami, Mia, une chatte sauvage qui ne laisse pas Gaston insensible, débarque pour prévenir ses amis qu’un voleur est entré dans la maison.

Le sang d’Eli ne fait qu’un tour et la voilà descendue dans la cave, où une silhouette masquée est effectivement en train de fouiller les affaires de Jo. Malgré leur ardeur, ni Eli, ni Gaston, ni Mia ne parviendront à stopper le voleur, qui prend la poudre d’escampette avec une mystérieuse carte. Après quelques investigations, Eli découvre l’identité du coupable: Hermine, une jeune fille au caractère revêche, qui vit en plein cœur de la forêt avec son grand-père Edmond, qui est l’un de ses derniers gardiens.

Hermine et Edmond sont à la recherche de la Fleur de Lune, qui ne pousse qu’une fois tous les 100 ans, et qui permet à celui qui la cueille de retrouver tous ses souvenirs. Et le vieil homme, gagné par la sénescence, en a bien besoin afin de transmettre son vaste (et nébuleux) savoir à sa petite-fille qui doit lui succéder. Eli & Gaston s’engagent donc dans une quête sylvestre pour trouver la Fleur de Lune. Quels dangers devront-ils braver pour atteindre leur but ?

Le premier tome d’Eli & Gaston faisait mouche grâce à un univers à la fois naïf et profond, des personnages attachants et de belles thématiques, mises en valeurs par le trait accueillant et enfantin de Cécile Dergnaucourt. La recette est ici la même, avec quelques ingrédients supplémentaires qui satisferont les lecteurs séduits par le premier tome.

Le ton est léger, mais les enjeux sont clairement établis et le danger, s’il ne fait jamais réellement craindre pour la vie de notre duo, reste quand même suffisamment sérieux pour conserver notre intérêt jusqu’à la fin de l’album. L’album, qui peut se lire indépendamment du premier, traite avec poésie de sujets intéressants, comme celui de la transmission du savoir et des traditions, la discipline et la volonté d’apprendre, ou encore le lien qu’un individu conserve avec son propre passé et qui constitue une part même de son identité.

Graphiquement très travaillé, cet album jeunesse doux et philosophe ravira sans doute les jeunes lecteurs et lectrices.

*****·Comics·East & West·Service Presse

Lucky boy: coquin de sort

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BD de Bill Presing
Ankama (2021) 2021, 72 p., one-shot…?

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bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)Mille ans après l’effondrement l’humanité a quasiment disparu. Seul un groupe de jolies jeunes femmes brillantes travaille pour maintenir la civilisation. Le dernier représentant du genre masculin semble être ce petit vieillard lubrique qui les pourchasse. jusqu’au jour où un jeune naufragé apparaît sur les rivages…

Lucky Boy : Coquin de Sort - (Bill Presing) - Comédie [BDNET.COM]Quelle poilade les amis et quelle découverte! Après le chinois Golo Zhao et sa sensibilité découverts hier on passe aujourd’hui de l’autre côté du Pacifique avec un autre jeune talent qu’il faudra suivre. L’américain Bill Presing vient de l’animation et notamment chez Pixar où il est storyboarder… et ça se voit sur son album tant les cadrages et l’esprit général des merveilles du studio à la lampe transpire de Lucky boy! Dès la couverture on est émerveillé par ces couleurs et une composition qui sont la très grande force de cet album inattendu. Sous un pitch simplissime et résolument coquin (c’est dans le titre!), il enchaîne une succession se séquences très bien huilées et qui évitent le risque de ce genre d’album à savoir la juxtaposition. Glissant du mystère d’explorateur dans ce « monde d’après » sur le début on passe ensuite à des thématiques de savant fou avant de virer en survival post-apo. Bon, tout ça ce sont les thèmes support, le principal intérêt ce sont bien entendu les rencontres hilarantes entre ce pauvre petit vieux obsédé (et on le comprend!) par cet aréopage de déesses aussi belles qu’intelligentes. Ressentant une injustice terrible lorsque survient l’élément dérangeant (une sorte de jeune néandertalien qui n’a que la jeunesse pour lui) le vieillard finit par se résigner à une ambition de simple otaku: faire pouet-pouet et voler des clichés des poules sur son appareil photo…

Presing tient plus son humour des manga que du cartoon américain même si son ouvrage reste à la croisée. Il remplit ses pages de citations évidentes, des saignements de nez d’un Tortue génial à la quête de la culotte qui rappelle les noisettes de Scrat le paléo-écureuil de l’Age de glace. Sur le plan formel on est très proche d’un manga Ecchi à cela près que tout étant du second degré et regardé à hauteur du personnage, on n’est jamais dans le vulgaire. Comme un Frank Cho, Presing aime les jolies filles idéalisées et se fait plaisir au travers de formes presque géométriques qu’il donne à ses donzelles et et New Arrivals :: Lucky Boy: Tempting Fate - Pre-Orderd’une gestion des éclairages et brillances remarquables via une technique toute traditionnelle qui apporte une douceur difficile à obtenir en numérique. Entre les yeux kawaï, les poses langoureuses à l’envie et des dialogues très drôles, on enchaîne les pages avec un grand plaisir.

Pour son second album (il a publié une histoire pulp de chasseur de nazi chez Akiléos) et quelques sketchbooks (un chez comixburo) Bill Presing montre une technique et une maturité dans le récit qui impressionnent par leur fluidité. Comme souvent l’animation propose les meilleures formations et les passages à la BD sont généralement réussis. Ayant digéré le meilleur du sketch US et de l’humour japonais, il nous régale avec son Coquin de sort en proposant une vraie histoire pulp qui lui permet de dérouler son humour et ses poupées. Avec une fin étonnamment tragique et une galerie de personnages fort réussies, cet album ressemble plus au prologue d’une longue série qu’à un simple one-shot. Si l’auteur en a envie  et que le public est au rendez-vous il y a de la matière pour de nombreux albums pour développer cet univers désormais en place. 

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****·BD·Nouveau !·Service Presse

Doggybags #17

La BD!

Dix-septième et dernier tome de la série d’anthologie créée par RUN, avec Nikho, Florent Maudoux, Diego Royer au scénario, Nikho, Allanva et Petit Rapace au dessin. Parution le 21/05/21 au Label 619 des éditions Ankama.

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Merci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

This is the end

Clap de fin pour la série phare du Label 619, qui aura su au fil des numéros s’iconiser toujours plus tout en conservant son crédo d’origine, à savoir intégrer et mettre en avant de jeunes auteurs désireux de revisiter le genre grindhouse.

Ce chant du cygne version 619 nous réserve trois histoires courtes, dans autant de genres différents: De Monocerote, Birds of a Leather et Ténéré.

Le premier chapitre nous ramène chez ces bons vieux vikings, qui se disputent, de gentille arnaque en trahison fratricide, une corne prise à une créature légendaire : la Licorne. Lui prêtant des vertus magiques, les guerriers norrois vont se la disputer égoïstement, aveuglés par leurs désirs de grandeur, avec de bien funestes résultats. Ce récit met en exergue l’avidité intrinsèque de l’homme et la toxicité de ce dernier au sein même des sociétés qu’il a érigées. Le dessin de Nikho s’est amélioré depuis Horseback 1861, mais contient toujours des approximations anatomiques, que l’on pardonne davantage sur un format court tel que celui-ci. On ne peut toutefois s’empêcher de noter que l’auteur a du recourir au script doctoring de Mathieu Bablet, ce qui, conjugué à sa marge de progression manifeste sur Horseback, nous laisse penser qu’il n’est pas encore tout à fait mûr pour se lancer en solo et livrer un album qualitatif.

Le second chapitre, nous plonge dans les méandres de la folie, à travers le regard d’Helen, une femme de sénateur vivant dans l’ombre de la défunte épouse de ce dernier, et victime d’une sorte de délire lui faisant endosser les forces totémiques des fourrures animales qu’elle aime arborer. Ce récit-là nous rappelle un cruel paradoxe qui veut que seuls les humains sont capables d’actes inhumains, les animaux, régis le plus souvent par l’instinct (mais aussi par des émotions, détrompons-nous), n’agissant quant à eux jamais par malice. Si l’on prolonge la réflexion, on s’aperçoit alors qu’il est un tant soit peu malhonnête d’affubler des caractéristiques animales à des traits exclusivement humains (les vautours pour l’opportunisme et l’ambition crasse, par exemple, ou la vanité pour le paon). Au niveau de la narration, Bird of a Leather souffre d’un certain hermétisme lors de la première lecture, mais gagne néanmoins à être lu une seconde fois pour en saisir les subtilités.

La troisième partie prend place au cœur du Sahara, où une famille de touristes inquiets et leur guide sont traqués par des Touaregs. L’attrait de cette dernière histoire réside moins dans son twist final, décelable dès les premières pages, que dans son ambiance inquiétante et son rythme enlevé.

Cette charge finale rend honneur à l’ensemble de la série sans toutefois la transcender. Ce dernier numéro nous rappelle malgré tout l’impact important du Label 619 dans le paysage éditorial français, et l’espace que laisse Doggybags, après dix ans d’existence tonitruante, devra certainement être comblé d’une façon ou d’une autre.