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Zombie World-Le champion des vers

Histoire complète en 96 pages, écrite par Mike Mignola et dessinée par Pat McEown. Parution aux US en 1997, publication anniversaire en France chez 404 Comics, le 03/11/2022.

En Vers, et contre tout

Dans un musée de Whistler, Massachussets, le directeur M. Zorsky jubile. Son établissement, jusqu’ici de piètre envergure, va bientôt accueillir une toute nouvelle aile dédiée aux reliques hyperboréenne, une civilisation si ancienne et si avancée qu’elle a été reléguée au rang de mythe.

Toutefois, M. Zorsky doit composer avec Miss Dean, la fille de son généreux mécène, qui souhaite dicter sa conduite au directeur de musée. En effet, Miss Dean souhaite ouvrir la nouvelle aile le plus vite possible, et se passerait bien de l’avis des soit-disant experts de l’occulte venus enquêter sur les phénomènes étranges qui perturbent le musée depuis qu’un certain sarcophage hyperboréen a été ajouté à la collection.

L’équipe spécialisée dans l’occulte, dirigée par le Major Damson, est composée de Roman, escogriffe taciturne, Eustace SaintJohn, médium aveugle, et Malka Ravenstein, impétueuse femme d’action. Bien vite, l’équipe se rend compte que le sarcophage renfermait un mal antédiluvien qui s’est échappé, un nécromancien nommé Azzul Gotha. Son but est d’offrir le monde en pâture à d’obscures divinités maléfiques, qui prennent la forme de vers colossaux, qui lui ont donné le pouvoir de réveiller les morts.

Partout dans le musée, les momies et autres dépouilles fossilisées reprennent vie, piégeant les agents et les deux civils dans un cauchemar de non-vie. Comment empêcheront-ils Azzul Gotha de détruire le monde ?

Il faut bien l’avouer, cette sortie chez 404 Comics est surprenante à plus d’un titre. Tout d’abord, il s’agit d’une réédition d’une mini-série écrite assez tôt dans la carrière de Mike Mignola, devenu entre temps célèbre pour sa création Hellboy. Le second point de surprise est du au fait qu’elle n’est pas dessinée par l’auteur, mais par Pat McEown, dessinateur canadien ami de Mignola. Donc, si vous êtes du genre à juger un livre par le biais de sa couverture, vous vous payez en quelque sorte un billet pour Surprise Land.

Dans ce Zombie World, on retrouve bien sûr de multiples influences, parmis lesquelles les favorites de Mignola. Il y a donc une ambiance fortement lovecraftienne, mais également un parfum de Robert Howard et une touche résoluement européenne. Car on aura beau aborder cet album de la façon la plus neutre possible, les lecteurs avertis ne pourront s’empêcher de déceler des idées embryonnaires qui ont plus tard germé dans Hellboy et dans BPRD.

En premier lieu, l’utilisation de la mythique Hyperborée, qui joue un rôle central dans la mythologie d’Hellboy. Ensuite, bien entendu, les enqueteurs du paranormal rappelant justement les agents du BPRD, avec un Major Damson qui serait un prototype de Trévor Brutenholm, Eustace qui serait une sorte de condensé entre Abe Sapiens et Johan Krauss, et enfin Malka, qui est aussi badass que Liz Shermann. Lors du final, il est même question d’un pouvoir contenu dans une main droite, ce qui finit d’enfoncer le clou. On peut également extrapoler, en faisant un parallèle entre les fameux vers géants et les Ogdru Hem contre lesquels les agents du BPRD luttent si désespérément.

Pour autant, Zombie World n’est pas entièrement calquée sur la série phare de Mignola. On peut en effet distinguer les deux séries par leur ton, Hellboy étant résolument plus sombre tandis que ZW est parcourue par des petites touches d’humour potache et baigne dans le second degré. Petite ombre au tableau, cependant, l’histoire se termine de façon très ouverte en ne clôturant pas l’intrigue. La série a bien engendré une suite à l’époque, mais les douze numéros qui se sont succédés, réalisés par d’autres auteurs, s’éloignaient trop du concept original et ne sont à ma connaissance pas publiés en France.

Concernant la partie graphique, surprise là encore, car le trait de Pat McEown emprunte au style ligne claire, ce qui donne l’impression d’un croisement entre Tintin et Lovecraft. L’objet en lui-même est très réussi, ce qui n’est en soit pas étonnant car les éditions 404 se sont jusqu’ici illustrés par le soin apporté à la facture de leurs livres.

Oeuvre pouvant être considérée comme un proto-Hellboy, mais pas tout à fait, Zombie World trouvera une place de choix dans la bédéthèque des amateurs du genre lovecraftien. Avec en prime un bel objet à prix plus que raisonnable.

**·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Carambolla #1: sang noir

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BD de Barbara Baraldi et Emiliano Tanzillo
Soleil (2022), 100p., série en cours, collection Métamorphose.

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bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur fidélité.

Sur l’île de Carambola le peuple se contente des restes des fruits de la mer quand le haut château profite de ses bienfaits. Mais le joug de l’usurpateur semble proche de sa fin. Est-ce cet étranger muet échoué sur les plages de l’île et doté d’étonnants pouvoirs qui y mettra fin ou la cheffe des séditieux qui clame l’injustice et fait la nique aux soldats du faux-roi? La prophétie, elle, ne fait guère de doute…

Sang noir (par Barabara Baraldi et Emiliano Tanzillo) Tome 1 de la sérieCe Carambolla venu d’Italie avait beaucoup d’atout pour être une nouvelle révélation transalpine: une fable à l’aspect original reprenant l’idée des marées basses faites de coquillages et de mollusques, un conte noir dressé sur une prophétie, un trait élégant teint de sepia et inspiré par le style d’Alessandro Barbucci… C’était oublier qu’il s’agit ici pratiquement d’un premier album, qui souffre des défauts du manque d’expérience lancé dans une fresque ambitieuse. Cette lecture fait penser à celle de Talion où la passion et le travail ne suffisent pas totalement à combler une complexité narrative et un dessin qui oublie d’être au service du récit.

L’album a bien des qualités, comme cet univers graphique incontestablement élégant, des personnages marquants et un Mythe classique mais structurant basé sur des schémas toujours porteurs, ceux d’une tyrannie et d’une révolte appuyée sur un héros mystérieux sorti des eaux sans souvenirs. Malheureusement les auteurs peinent à actionner une machine par trop cryptique, que certaines fautes techniques du dessinateur n’aident pas à délayer. Comme souvent le format large de cent pages dispense de la concision et si le voyage imaginaire est dépaysant on n’est pas certain de vouloir connaître le destin de ces personnages malgré un cliffhanger révélateur. Avec un aspect de première œuvre pleine de passion mais imparfaite, Carambolla vous emportera (ou pas) sur ses rivages  selon que vous tomberez amoureux du style graphique. Avec beaucoup de manques pour faire véritablement un bon album.

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***·BD·Littérature·Nouveau !·Service Presse

Proies et prédateurs

La BD!
BD de JD Morvan, Yang Weilin et Hiroyuki Ooshima (coul.)
Delcourt (2022), 108p., one shot. Collection « Les futurs de Liu Cixin » #6.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur fidélité.

La fin du monde est proche. le Dévoreur, gigantesque vaisseau-générationnel de la taille d’une planète arrivera dans un siècle pour absorber les ressources de la Terre. C’est inéluctable. Alertés par un peuple victime de ces destructeurs de mondes et par un émissaire impitoyable, les humains sont résignés à négocier au moins la survie d’un fragment d’humanité. Si ce n’était un officier bien décidé à démontrer que la dernière heure des humains n’est pas venue…

Proies et Prédateurs (Les) (par Jean David Morvan, Hiroyuki Ooshima, YangContinuant à alterner auteurs européens confirmés et fine fleur de la BD chinoise, la collection des Futurs de Liu Cixin parvient à construire une anthologie SF d’une qualité assez remarquable. A la fois modeste par l’adaptation de nouvelles nécessairement condensées dans leur développement et ambitieux par les thèmes abordés par le maître de la SF chinois, ces albums ont le mérite de nous ouvrir à d’autres modes de narration et installent les obsessions et techniques narratives de l’auteur: un déroulé sur un temps très long (plusieurs siècles ici), un traitement hard-science très intéressant, la destruction de la Terre et de l’humanité.

L’adaptation par le chevronné JD Morvan est perturbante en ce que sur cent pages il arrive à installer cette chronique de l’apocalypse sur un temps très long tout en brusquant le récit par des sauts brutaux. Problématique des adaptation, on ne sera pas si c’est la source qui pose problème ou son adaptation (mais le fait que la nouvelle soit plus courte que la BD laisse une idée…). Ce qui est intéressant c’est que les auteurs nous plongent immédiatement dans un récit d’anticipation où l’humanité dispose déjà de vaisseaux spatiaux capables de la projeter dans le système solaire mais se retrouve confrontée à un adversaire dont la taille semble rendre vain tout espoir. Sur la partie la plus intéressante on nous relate le modus operandi des dévoreurs basé sur des explications scientifiques de ce qu’il se produirait sur le plan astro-physique si un corps de taille équivalente à la Terre venait se positionner tout proche. Très vite pourtant débarque sans avertissement cet émissaire d’aspect saurien, parlant la langue universelle et étonnamment kitsch, nous faisant passer en quelques pages de hard-science à un space-opera pulp nihiliste. Morvan n’aide pas beaucoup à ce stade, sur des dialogues parfois très primaires qui nous sortent là aussi du réalisme recherché.

LES FUTURS DE LIU CIXIN - PROIES ET PRÉDATEURS (Jean-David Morvan / Yang  WeiLin) - Delcourt - SanctuaryOn navigue donc tout le long dans cet entre-deux incarné par cet officier stratège que rien ne semble dompter malgré la force infiniment supérieure des envahisseurs et ce dragon vulgaire qui ricane et croque des humains pour l’apéritif. Si le tout sera justifié et expliqué à la fin, rendant l’album très cohérent, on ne peut s’empêcher de regretter ces quelques freins qui empêchent de pleinement savourer un matériau par ailleurs assez passionnant. A l’image de dessins par moment très alléchant mais dotés d’une colorisation très old-school qui les affadissent. Semblant par ailleurs mal à l’aise avec un format batard, les auteurs digressent par moment comme sur ce combat final qui s’étend plus que de raison. Peut-être prisonniers d’un objectif par trop sombre, Morvan et Weilin peinent à donner un sens à cette profusion d’idées parfois lancées de façon trop exposées quand certains enchaînements de planches (comme cette quadruple page décidément à la mode) nous rappellent pourquoi on aime le cinéma de Roland Emmerich.

Proies et prédateurs est ainsi à la fois un des plus solides récits de la collection de par sa démesure et sa profusion de thèmes et un des plus frustrants de par les lacunes narratives de la source ou de l’adaptation. Il reste une lecture SF tout à fait recommandable et un parfait spécimen de l’esprit d’un plus grands auteurs de SF contemporains.

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****·East & West·Manga·Nouveau !·Numérique

Ex-arm #14

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Manga de Shinya Komi et HiRock
Delcourt (2022), 232 p., série terminée.

Alors que la menace de Beta semblait éliminée définitivement, les armes lancées par les armées japonaises et américaines pour confiner le danger se retrouvent piratées. Les alliés d’Akira sont épuisés par tous ces affrontements et la capacité même du certeau de l’adolescent a atteint ses limites, alors que se profile rien de moins qu’un apocalypse nucléaire mondial…

badge numeriqueQuel final mes aïeux, et quelle montée en puissance pour cette série! Rembobinons un peu: En 2015 l’ancien assistant du grand Masakazu Katsura (qui partage avec l’auteur de DNA2 et Zetman) publiait un one-shot que l’éditeur Delcourt/Tonkam teasait avec le titre de la nouvelle de Philippe K.Dick à l’origine du film Blade Runner. Devant le succès le Ex-Arm 14 (par Shinya Komi et HiRock) Tome 14 de la série Ex-Armone-shot devenait l’année suivante une série qui s’achève donc au bout de quatorze volumes… pour ce premier arc, un nouveau (baptisé Ex-Arm EXA) venant de débuter avec la même équipe au Japon et devrait suivre très vite en France au vu de la réactivité de Delcourt sur cette série depuis le début. Tant mieux pour nous! Entre temps des romans et un Anime sont sortis, suivant le circuit classique des manga à succès.

Pourtant on peut dire que la mangasphère comme l’éditeur n’ont étonnamment jamais été en ébullition autour de cette série qui comporte certes des défauts mais que la qualité technique incroyable et les références rendent hautement sympathique. D’autant plus surprenant qu’avec cet habillage techno-robotique, militaire et sexy la série a tout pour plaire à un très large public.

CaptureSur un format idéal de moins de vingt tomes, la série aura su monter en puissance, débutant sur des sortes d’enquêtes solo à la Ghost in the shell pour installer progressivement son intrigue au long court ajoutant à chaque étape couche sur couche pour faire d’une gentille récréation une forme de tentative syncrétique d’hommage à toutes les meilleures références manga et SF des trente dernières années. Si Otomo et Shirow restent tout le long les grands mentors d’Ex-Arm, ce dernier volume tout orienté vers un chaos terroriste déclenché par des IA lorgne vers la radicalité folle d’Ajin et son inéluctable supériorité des méchants…

Ce qu’on aura pu reprocher à cette série c’est son inconstance, avec l’impression d’une construction progressive qui densifie et complexifie les thèmes de l’intrigue brique par brique. Ainsi sur les questions d’IA nous avons vu apparaître de l’espionnage, des manipulations financières et autres conflits géopolitiques, les questions familiales et les équilibres criminels de la pègre asiatique. Rarement les combats SF auront été si léchés dans un manga, ce qui me fait dire que techniquement  Ex-Arm apparaît aujourd’hui comme une des références en la matière, ayant su s’inspirer de Shirow pour le sublimer.Ex-Arm T. 14 - Par HiRock & Shin-ya Komi - Delcourt/Tonkam - ActuaBD

Il faudrait se replonger en détail sur l’ensemble des volumes pour tirer toutes les qualités de cet imparfait chef d’œuvre(?)… mais le mieux est de rattraper votre retard en enchaînant cette luxueuse enquête de l’unité anti ex-arm avant l’arrivée de la suite!

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Dark Ages: l’Âge Sombre

Mini-série en 6 chapitres, pour un total de 160 pages, écrite par Tom Taylor et dessinée par Iban Coello. Parution en France chez Panini Comics le 22/06/22.

Rejoins-moi du côté obscur, on a plus d’électricité

Ce n’est pas un scoop, le monde moderne est désespérément dépendant de la technologie. Le monde Marvel ne fait évidemment pas exception, avec sa ribambelle de héros dont les capacités accrues sont issues de l’usage direct ou indirect d’une forme de technologie. Que se passerait-il si la technologie, avec une grand T, venait à être abolie ?

C’est le postulat choisi par Tom Taylor pour la mini-série Dark Ages. Après une bataille désespérée contre le Décréateur, une machine antédiluvienne retenue prisonnière au centre de la Terre, les héros ont obtenu une victoire à la Pyrrhus, en ouvrant un portail dimensionnel qui a rendu inutilisable l’électricité et la technologie sur toute la planète. Cette catastrophe en a bien sûr entrainé d’autres, telles que des guerres et des morts en masse. Mais après une période de trouble, le monde a fini par se reconstruire, en apprenant à se passer de technologie. De façon assez surprenante, ce monde nouveau et florissant s’est bien développé, mais c’était sans compter sur les maléfices concoctés par En Sabah Nur, alias Apocalypse, qui règne depuis sur l’Europe toute entière. Nos héros parviendront-ils à empêcher Apocalypse de provoquer… l’apocalypse ?

Après une longue lignée d’events spectaculaires qui promettent des bouleversements en trompe l’œil, Marvel s’est décidé à faire preuve d’un peu plus de franchise dans son marketing en proposant Dark Ages, un récit global impliquant tous les super-héros de la maison, mais qui a la chance de ne pas être inclus dans la continuité classique. Ce qui signifie que le scénariste, Tom Taylor a pour ainsi dire carte blanche. Et c’est une bonne nouvelle, car Tom Taylor a gagné en notoriété après être passé chez DC pour y faire un brin de ménage par le vide, lors de sagas telles que DCseased. Lorsqu’il le peut, l’auteur n’hésite donc pas à sacrifier des personnages, ce qui apporte généralement un impact supplémentaire à ses histoires.

Le tout commence de façon assez classique, et selon un modèle déjà utilisé par d’autres auteurs: un mal ancien, antédiluvien est enfoui au plus profond de la planète (confère le premier volume des Avengers par Jason Aaron, où il se passe plus ou moins la même chose avec un Céleste), et se réveille pour tout détruire. Ce qui suit est une bataille désespérée pour le vaincre, mais le combat en lui-même est brossé en quelques pages. C’est ici que l’auteur fera le plus de victimes, afin de bien nous montrer la gravité du danger qu’il a concocté pour cette saga.

Le coeur de la mini-série explore ensuite les conséquences de cette bataille, narrées par Spider-Man en personne, et montre comment une civilisation globalisée et interdépendante, basée sur l’exploitation massive des ressources et la circulation des biens, parvient à se réinventer pour s’adapter au nouveau paradigme. Pour le reste, on ne peut se départir d’une certaine impression de manichéisme, avec un méchant très méchant qui veut devenir encore plus méchant, et tutti quanti.

Le choix d’Apocalypse comme antagoniste dans ce futur post-apocalyptique n’est pas en soi inopportun ni dénué de sens, mais il ignore les évolutions récentes du personnages vues dans les X-men de Jonathan Hickman, et pose également un voile sur le nouveau statu quo des mutants. En effet, on voit dans les séries X-men depuis House of X, que la nation de Krakoa ne dépend pas des formes actuelles de technologie ni de l’électricité, ce qui aurait modifié le cours des événements prévus par Tom Taylor.

Certes, l’aspect hors-continuité permet de prendre des libertés, mais il y a d’autres éléments, plus classiques, que l’auteur semble avoir ignoré ou omis. Par exemple, le nombre de personnages dont les pouvoirs sont basés sur l’électricité, qui auraient pu jouer un rôle dans l’histoire mais qui ne sont pas mentionnés: Thor ? Electro ? L’Eclair Vivant ? Zzzax ? Spectrum ? Il y en a toute un ribambelle, mais l’auteur semble sciemment les ignorer pour une obscure raison, d’autant plus obscure qu’il montre par ailleurs que l’usage de l’électricité et toujours possible, via le personnage de Tornade. Un groupe de personnages dotés de tels pouvoirs, dans ce monde privé d’électricité, aurait sûrement représenté un enjeu de taille, tant pour les héros que pour notre Apocalypse régressif, qui est sensé croire en la survie du plus apte et à l’évolution.

Outre ces défauts (antagoniste bateau et concept sous-exploité), il y a un autre point sur lequel l’auteur était attendu et sur lequel il nous laisse sur notre faim, c’est le taux de mortalité des personnages. S’il y a bien une hécatombe initiale, le reste de l’intrigue se déroule assez sagement, avec certes un mort ça et là, mais pas grand-chose de plus…

En revanche, la partie graphique est assurée avec brio par Iban Coello, qui fait partie d’une génération d’auteurs repérés par Marvel pour constituer la nouvelle garde de leurs dessinateurs attitrés.

Pour résumer, Dark Ages, malgré quelques défauts, est un récit d’action simple et divertissant, une lecture pop-corn qui contient néanmoins un message intéressant sur l’usage de la technologie et la dépendance qu’elle provoque.

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Clevatess #1

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Manga de Yuji Iwahara
Ki-oon (2022), série en cours, 1/3 tomes parus

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bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur fidélité.

Clevatess est l’un des rois-démons majeurs qui règnent dans l’ombre sur la terre d’Edthea. Lorsque les 13 héros mythiques lancent l’offensive il décide de contre-attaquer en ravageant de toute sa puissance les terres des hominidés. Pourtant, lorsqu’un mourant lui demande d’épargner un nourrisson, le démon doute. Pourquoi les humains veulent-ils le tuer? La responsabilité de la société hominidé peut-elle reposer sur les épaules d’un nouveau né? Il décide d’épargner l’enfant et de l’élever jusqu’à l’âge adulte afin de déterminer si les hommes sont tous à éliminer…

Les Trésors du Nain Clevatess Tome 1  Avis Review Critique Yuji Iwahara Ki-oon éditions Démon Dark Fantasy Synopsis Présentation De par leur format (long) les manga sont souvent un peu longuets à entrer en matière. J’avais déjà bien apprécié l’ouverture de Frieren qui proposait également une variation sur la thématique éculée de la lutte entre héros et démons dans la fantasy. Et je dois dire que la ligne « peu mais bien » qui décrit la politique éditoriale des éditions ki-oon continue de faire des merveilles puisque cela fait très longtemps qu’un premier tome de manga ne m’avait autant convaincu de la première à la dernière page! Pour cela l’auteur révèle une étonnante maîtrise du rythme de l’intrigue dans un récit pas si simple à mettre en route. En effet, au-delà de l’introduction visant à briser (comme c’est la mode depuis quelques temps) le schéma traditionnel de la lutte du bien contre le mal, il parvient à présenter de façon assez détaillée son décors, introduire ses personnages, ficeler la problématique de façon intelligible, tout cela en se permettant une première sous-intrigue et le tout en deux-cent pages. Et le tout fonctionne, s’enchaîne, avec quelques impressionnants panorama de destruction et un design du démon franchement réussi…

L’intelligence de Iwahara est de ne pas se reposer sur son seul pitch d’une victoire du démon surpuissant mais d’adopter véritablement (pour l’instant) son point de vue en nous plongeant dans ses réflexions intérieures sur les raisons qui poussent ces si frêles créatures bipèdes à s’attaquer à lui. En vouant l’héroïne déchue au rang de servante honteuse l’auteur ne tombe pas non plus dans le sadisme courant chez les Clevatess - Maju no O to Akago to Kabane no Yusha Manga Chapter 4mangaka mais se contente d’un récit cru d’un monde violent où les bandits sont vraiment rudes et les gens se font vraiment viol(anter)… Sur un ton plutôt sérieux on voit ainsi ce trio se constituer entre le démon ayant pris forme humaine, la servante et le bébé. Le risque dans lequel l’auteur ne tombe pas aurait été de trouver un motif improbable pour cette expérience que mène Clevatess sur les humains. On imagine ainsi cette puissance supérieure, quasi-divine choisir de se rendre parmi ces fourmis pour tenter de saisir leur spécificités et de déterminer si un enfant naïf est mauvais par essence ou le deviendra. Sacré retournement de paradigme! Mine de rien on voit ainsi poindre des thèmes aussi complexes que celui de l’apprentissage, la prédestination sociale, le mythe national, et l’origine de la violence, le tout traité avec la pirouette ironique d’un démon par essence destructeur (comme on le voit sur les premières impressionnantes séquences de chaos), dont la supériorité n’est pas que physique mais aussi intellectuelle, le poussant à chercher à comprendre. On suit donc la naissance d’une variante du candide, le (mauvais) sage observant ses contemporains pour déterminer le sort final qu’ils méritent. Une base extrêmement solide, un dessin très élégant et un potentiel sacrément élevé pour ce démarrage qui risque surtout de pâtir de l’habitude à la brièveté de l’auteur. Ce récit mériterait un certain développement. Espérons que Yuji Iwahara tordra ses principes pour nous livrer une potentielle série majeure.

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X of Swords volume 4/4

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Suite et fin du crossover Marvel X of Swords, avec Jonathan Hickman aux commandes. Parution en France le 06/10/21 chez Panini Comics.

On ne compare pas les épées-sœurs

La nation mutante de Krakoa est en grand danger. Confrontée à sa jumelle Arakko, peuplée de mutants cruels et endurcis par des siècles de lutte contre les démons d’Amenth, la population krakoane est contrainte de participer à un tournoi au coeur de l’Outremonde, royaume magique et instable, au cours duquel il affronteront leur homologues arakkii.

Pour cela chaque combattant se dote d’une épée bien spécifique, que la prophétie de Saturnyne, l’organisatrice du tournoi, lui a attribué. Après deux tomes de tension croissante, le volume 3 du Dix d’Epées prenait les attentes du lecteur à rebours en plaçant les x-men et leurs alliés dans des situations où le combat à l’épée n’était pas nécessairement de mise. Certaines épreuves se révélèrent même assez rocambolesques, donnant un ton sensiblement plus léger que celui auquel on pouvait s’attendre.

Le tournoi se poursuit donc dans ce quatrième volume, avec toujours ce changement de ton, qui peut être perturbant par moments. Il est possible que cela soit du à la multiplicité des équipes créatives qui sont intervenues sur l’event, car on sent bien la différence de traitement entre les séries comme Excalibur ou Hellions, et la série principale X-Men.

La final, en revanche, reste dynamique et surfe sur une vague épique mettant à profit les éléments préparés en amont. Les rebondissements pré-climax, la cavalerie de dernière minute (plusieurs!), nous avons droit à tous les ingrédients qui font un bon chapitre final.

Pour résumer ce X-marathon, nous avons là un event relativement long (22 chapitres), qui met en place une menace crédible (Amenth et les Quatre Cavaliers), sans oublier d’approfondir des personnages passionnants (Apocalypse), tout en modifiant encore le statu quo des mutants. On peut cependant s’interroger sur le changement de ton durant le second acte, notamment au cours des épreuves, qui peut faire perdre de vue les enjeux et faire que le lecteur ne redoute plus, ou moins, les conséquences du tournoi. Heureusement, le chapitre final replace adéquatement les choses et promet de belles pistes pour la suite.

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X of Swords volume 3/4

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Troisième volume de la saga X-men X of Swords, parution en France chez Panini Comics le 06/10/2021.

Tranchera bien qui tranchera le dernier

Autrefois unies, les îles vivantes Arakko et Krakoa sont aujourd’hui adversaires et séparées par l’Outremonde, un royaume magique où convergent toutes les réalités. Les mutants qui les peuplent se livrent une guerre sans merci pour la suprématie, jusqu’à ce que la régente de l’Outremonde, Opal Luna Saturnyne, ne décide d’arbitrer le conflit à ses propres fins en organisant un tournoi.

Dix combattants de chaque île, munis de dix épées spéciales, doivent donc se faire face dans l’arène de l’Outremonde. Wolverine, Tornade, Cable, Cypher, Captain Britain, Captain Avalon, Magie, Gorgon, et Apocalypse s’en vont donc en guerre contre les redoutables Premiers Cavaliers d’Apocalypse. Mais le tournoi risque de réserver quelques surprises à nos chers mutants.

Et des surprises, on en a bel et bien au cours de ce tournoi pour le moins singulier. Opal Luna Saturnyne étant une puissante magicienne, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle agisse en trickster et qu’elle détourne les règles du tournoi selon son bon vouloir, en fonction de l’issue qui arrange le mieux ses affaires.

Après deux tomes passés à anticiper, jusqu’à se languir, des combats, on a droit à quelques événements inattendus et des épreuves qui ne se déroulent pas comme prévu. Ce genre de retournement est à double tranchant: d’une part, il peut aliéner certains lecteurs, qui attendaient des duels sanglants entre mutants et pourraient ainsi quitter la série en cours (comme ce type qui quitte la séance de cinéma en plein milieu parce que « ça bombarde pas assez! »), et d’autre part, il permet de subvertir ce type d’attente, qui une fois comblée, entraine généralement la déception ou la lassitude. C’est vrai, après tout, qu’y a-t-il de plus ennuyeux de se voir servir exactement ce qu’on a demandé ?

Comme pour les deux premiers tomes, ce qui fait paradoxalement l’intérêt de X of Swords n’est pas le tournoi à l’épée, mais les enjeux liés aux sorts de Krakoa et Arakko, leur réunification éventuelle, ainsi que les émotions des personnages, tels qu’Apocalypse, qui tire décidément son épingle du jeu dans cette saga. Les révélations relatives au sort de son épouse et de ses enfants est certes quelque peu attendue mécaniquement parlant, mais permet d’approfondir la traitement du personnage et de la thématique de la séparation/réunification.

Ce troisième tome n’est donc pas la clé de voute de la saga, mais il contient déjà son lot de rebondissements, de combats, d’émotion, et même des morts. Suite et fin dans le quatrième tome !

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X of Swords volume 2

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Second volume comprenant l’ensemble des séries reliées à l’évènement. 130 pages, parution en France chez Panini Comics le 15/09/2021.

Quand faut y aller, faut y aller

Il faut croire que le sort s’acharnera toujours contre les mutants. C’est ce qu’avait d’ailleurs découvert Moira McTaggert, l’alliée des X-men que l’on pensait humaine mais qui est en réalité une mutante dont la faculté est de pouvoir vivre dix vies successives en revenant systématiquement à son point de départ après sa mort.

Lors de la saga House of X/Powers of X, Moira s’était servi de ce pouvoir pour chercher une issue favorable au conflit qui oppose depuis toujours humains et mutants, et se trouvait immanquablement confrontée à une implacable réalité: les mutants seront toujours persécutés jusqu’à l’extinction, que ce soit par l’Humanité ou par l’intelligence artificielle qui la supplantera. C’est la raison pour laquelle elle s’est servie de ces différentes vies pour arranger l’échiquier selon la meilleure combinaison, manipulant Xavier pour qu’il abandonne ses rêves pacifistes et prenne les choses en main.

C’est ce qu’il fit en fondant la nation mutante de Krakoa, havre de paix pour tous les mutants du monde. Sur cette île vivante, les mutants sont accueillis à bras ouverts, et sont invités à y vivre selon les lois mutantes et non humaines. Parmi tous les bienfaits de Krakoa, le plus grand est la capacité pour les mutants de ressusciter (enfin, d’une certaine façon qui a fait couler beaucoup d’encre sur l’internet), faisant de ces parias des nouveaux dieux, selon les termes de Magneto.

Malheureusement, ce cadre idyllique ne va pas durer pour les mutants. En effet, l’histoire de Krakoa est pour le moins complexe et va venir rattraper nos pauvres malheureux mutants. En effet, Krakoa a une « soeur jumelle », l’île d’Arakko, dont elle a été séparée il y a très longtemps, lorsqu’elle était sous la garde du mutant Apocalypse, vieil adversaire des X-men aujourd’hui ressortissant Krakoan.

L’île d’Arakko, tout comme Krakoa, forme un pont vers l’Outremonde, sorte de nexus vers lequel convergent toutes les réalités. Les habitants d’Arakko, dont font partie les Quatre premiers Cavaliers d’Apocalypse, ses propres enfants, sont venus en découdre avec leurs homologues Krakoans et rêvent de conquête. Mais la Majestrix Opal Luna, régente de l’Outremonde, préfère régler le conflit selon ses termes et décide d’organiser un tournoi entre les champions des deux îles. Chaque champion a trois jours pour retrouver l’épée qui lui a été attribuée par la prophétie et se présenter dans l’arène. Le seul hic, c’est que les mutants, qui s’étaient fort bien accommodés de la résurrection, ne pourront plus compter dessus, car qui meurt dans l’Outremonde ne revient pas.

L’épée-ripéties des mutants

Comme on pouvait s’y attendre, ce second volume nous entraîne dans une quête effrénée des différentes épées que vont devoir utiliser les mutants lors du fameux tournoi. Tornade retourne au Wakanda pour convaincre son ex-mari, la Panthère Noire, de la laisser utiliser Brise-Ciel, une puissante épée de Vibranium. Wolverine a déjà récupéré le sabre Muramasa, Magie a également son épée, de même que Cable et Cypher. En revanche, le mutant capable de déchiffrer tous les langages n’est pas ce qu’on pourrait appeler un combattant, il doit donc profiter du peu de temps qu’il lui reste afin de s’entraîner. Pendant ce temps sur Avalon, le royaume magique qui constitue une province de l’Outremonde, les Captain Britain doivent déterminer lequel d’entre eux doit participer au tournoi.

Cette partie est un passage obligé dans le crossover, mais ne s’étire pas pour autant en longueur, puisqu’à la fin de ce second volume, l’ensemble des participants sera en possession des épées. Des idées intéressantes sont néanmoins distillées, comme par exemple le plan sournois de Mr Sinistre pour mettre fin au tournoi avant qu’il ne commence en sabordant les chances de l’ennemi d’y participer.

Il faut dire que le nouveau statu quo des X-men permet d’assister à des situations plutôt coquasses dont on aurait pas osé rêver il y a encore quelques années, comme voir des ennemis jurés se rallier à eux (je pense à Sinistre, Sebastian Shaw, ou Apocalypse). En parlant d’Apocalypse, ce dernier obtient une part congrue du temps d’écran, étant au tapis depuis sa défaite sur Arrako. Néanmoins, son apparition en fin de volume constitue la meilleure partie de l’album. Le mutant immortel et charismatique gagne en profondeur et en background, même si ce qui est révélé frôle davantage le retcon que la pure révélation. On ressent malgré tout la volonté des auteurs d’humaniser le personnage tout en faisant le lien avec ses éléments constitutifs, comme les racines de sa philosophie darwiniste et nietzschéenne (la « survie du plus fort »).

Comme je l’évoqué il y a peu dans l’article sur les Éternels, les passages successifs des scénaristes ajoutent des couches de background qui ne sont pas toujours digestes ou même cohérentes. En effet, on sait depuis plusieurs années déjà qu’En Sabah Nur était un gardien de l’évolution, un serviteur de la volonté des Célestes, supposé guider les mutants vers sa vision de l’excellence évolutive sous peine de voir la planète rasée par les dieux de l’espace. Or ici, l’explication de son approche darwiniste est, bien que compréhensible et humaine, bien plus prosaïque à mon sens. Malgré tout, cette exploration du nouveau passé d’Apocalypse constitue pour le moment tout le sel de l’intrigue de X of Swords.

Je ne sais pas encore ce que réserve la suite, mais il se dégage néanmoins quelques options si l’on prend en compte ce que l’on sait déjà. On sait par exemple que les Cinq et Professeur X peuvent ressusciter un mutant, en créant d’abord une nouvelle enveloppe corporelle identique à la précédente, puis en insufflant une copie des souvenirs du mutant décédé, faite par Cerebro, dans ce nouveau corps. Si une mort dans l’Outremonde corrompt la copie de Cérébro, il suffirait alors d’anticiper en créant une « copie » de chaque participant au tournoi, et de les envoyer combattre à la place des originaux (qui sont pour la plupart, déjà des copies en un certain sens, puisque déjà passés par le protocole de résurrection). En tout cas, c’est que je proposerai si j’étais chauve et télépathe. Wait and see !

***·Comics·East & West·Nouveau !

X of Swords volume 1/4

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Premier volume de 144 pages contant les épisodes X-men 12, X of Swords: creation 1, X-Factor 4, Wolverine 6, et X-Force 13. Parution en France chez Panini Comics le 15/09/2021.

Terra Incognita, Terra Separata

Lors de la saga House of X / Powers of X, l’espèce mutante, qui jusqu’ici avait frôlé l’extinction après des décennies de persécution, a connu une sorte d’épiphanie, sous l’égide de celui qui fut souvent traité de faux prophète par ses détracteurs, le Professeur Charles Xavier.

Xavier, alias Professeur X, fondateur des X-Men, s’est accroché longtemps à son rêve de coexistence pacifique entre humains et mutants. Mais après de nombreux sacrifices, dont ceux de ses élèves, d’innombrables revers et défaites cuisantes, il a lui-même fini par céder et a abandonné ses anciennes méthodes, au profit d’un projet plus radical qui libèrerait les mutants de leurs entraves humaines.

Après un manifeste psychique annoncé à l’Humanité entière, le Professeur X a déclaré la création de la nation mutante. Cela avait déjà été tenté auparavant, sur Genosha et Utopia, avec les résultats tragiques que l’on connaît. Mais cette fois, Xavier était sur de lui: son nouveau foyer pour les mutants incompris et détestés, ce serait sur Krakoa qu’il prendrait forme.

Malheureusement, les humains n’ont pas dit leur dernier mot, et ne sont pas décidés à abandonner le combat évolutif qui les opposent à leurs rivaux génétiques. Orchis, l’organisation rassemblant des scientifiques de tous horizons, était sur le point de finaliser la Sentinelle suprême qui donnerait naissance à Nimrod, un cauchemar technologique synonyme de fin pour l’engeance mutante.

Krakoa est une île vivante, avec laquelle les X-men ont eu maille à partir par le passé (voir la saga Deadly Genesis par exemple). En s’entourant des bons mutants, Xavier est parvenu à communiquer avec Krakoa, lui permettant de mettre en place un pacte bénéficiant aux deux parties. Grâce à Krakoa, le leader mutant a pu mettre au point des remèdes miraculeux, des portails interdimensionnels et d’autres prodiges, qui garantissent la prospérité des mutants sur Terre.

Après un déchirant sacrifice, les X-men parviennent, au prix de la vie de nombre d’entre eux, à stopper l’émergence de Nimrod. Et c’est là que la véritable ascension des mutants fut révélée: dans le secret de Krakoa, Xavier et les Cinq (les mutants Proteus, Goldballs, Tempus Elixir, et Hope Summers) ont crée le Protocole de Résurrection, qui permet à n’importe quel mutant de revenir d’entre les morts.

Élevés au rang de dieux vivants, les mutants ont désormais leur place dans le monde. Xavier a laissé de côté sa naïveté sans pour autant céder à la violence, et est parvenu à unifier les mutants sous une même bannière. Mais les dangers continuent de guetter, et pourrait provenir des fondements même de la nouvelle société Krakoane.

Diplomatie et cartomancie

Plus récemment, Apocalypse, qui a rallié Krakoa, a également retrouvé son petit-fils, l’Invocateur, ce qui l’a forcé à révéler les liens ancestraux qui l’unissent à l’île vivante. Il y a des milliers d’années, Apocalypse a également tenté de créer un havre pour les mutants, mais sa quête s’est soldée par une guerre interdimensionnelle qui l’a forcé à séparer l’île en deux, Krakoa d’une part, Arakko d’autre part. Les mutants présents sur Arakko, parmi lesquels l’épouse et les enfants d’Apocalypse, ont du évoluer seuls, isolés du reste du monde et encerclés par les démons d’Amenth, une dimension hostile. Et ils reviennent aujourd’hui avec un fort sentiment d’amertume et une grosse envie de conquête.

Le théâtre de cette guerre est l’Outremonde, le nexus des différentes réalités, où l’ont peut transiter grâce aux portails des deux îles. La régente de l’Outremonde, Opal Luna Saturnyne, décide de régler la querelle entre les deux îles au travers d’un tournoi. Dix combattants de chaque camp devront trouver dix épées, pour s’affronter dans l’Arène et ainsi décider du sort des deux peuples.

Petit souci, et pas des moindres, toute mort qui survient dans l’Outremonde ne peut être contournée par le biais de la résurrection, et sera donc frappée du sceau de l’irrévocabilité. Les enchères viennent donc d’augmenter sévèrement pour les mutants !

L’univers des X-men s’est sensiblement complexifié depuis la refonte opérée par Jonathan Hickman. Cette reprise en main, aisément comparable, en terme d’ampleur et d’impact à celle de Chris Claremont à l’époque, a introduit un nouveau paradigme, largement en faveur de nos mutants favoris. Ce bouleversement du statu quo est donc le bienvenu. A priori, il n’est pas nécessaire d’avoir lu l’entièreté de Dawn of X pour saisir les enjeux de ce cross over.

Ce premier volume sert avant tout à exposer le passé d’Apocalypse, étonnamment lié à Krakoa, ainsi qu’à établir les enjeux du tournoi. En Sabah Nur, le premier mutant, a toujours été un personnage charismatique de la galaxie X. Doté d’une identité graphique forte, ce colosse bleu et gris en armure se démarquait également par sa philosophie darwiniste, qui le plaçait au-delà d’un manichéisme pourtant de mise pour ce type de personnage. Cet aspect anti-héroïque fut d’autant plus marqué lorsqu’on apprit qu’il était un serviteur de la volonté des Célestes, chargé d’accompagner l’évolution sous peine d’annihilation totale par les dieux de l’espace. Toutefois, avec ce nouveau retcon, nul Céleste, nul darwinisme en jeu, mais un enjeu plus personnel pour Apocalypse. A la réflexion, il est un peu abusif de parler de retcon pour un personnage aussi vieux qu’En Sabah Nur, puisque les éléments biographiques révélés dans cette saga ne viennent pas nécessairement contredire les faits déjà en place.

Quant à l’intrigue en elle-même, il paraissait relativement évident, que pour un tournoi à mort, les auteurs auraient la clairvoyance de mettre hors-jeu le procédé qui permet, depuis deux ans maintenant, aux mutants de revenir. Cela a pour avantage non négligeable de nous faire redouter l’issue des combats, ce qui n’était plus le cas jusqu’alors (sauf si l’on considère que le protocole de résurrection n’est rien d’autre que du clonage).

Graphiquement parlant, Pepe Larraz nous démontre encore une fois qu’il est name of the game chez Marvel actuellement. En revanche, j’ai été assez surpris, en lisant la partie consacrée à la quête du sabre Muramasa par Wolverine, de constater que ce n’était pas Greg Capullo qui dessinait mais Viktor Bogdanovich.

En tout cas, ce premier volume s’il ne regorge pas encore de combats dantesques, a le mérite de nous faire saliver à l’évocation d’un tournoi qui promet d’être sanglant !