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X of Swords volume 4/4

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Suite et fin du crossover Marvel X of Swords, avec Jonathan Hickman aux commandes. Parution en France le 06/10/21 chez Panini Comics.

On ne compare pas les épées-sœurs

La nation mutante de Krakoa est en grand danger. Confrontée à sa jumelle Arakko, peuplée de mutants cruels et endurcis par des siècles de lutte contre les démons d’Amenth, la population krakoane est contrainte de participer à un tournoi au coeur de l’Outremonde, royaume magique et instable, au cours duquel il affronteront leur homologues arakkii.

Pour cela chaque combattant se dote d’une épée bien spécifique, que la prophétie de Saturnyne, l’organisatrice du tournoi, lui a attribué. Après deux tomes de tension croissante, le volume 3 du Dix d’Epées prenait les attentes du lecteur à rebours en plaçant les x-men et leurs alliés dans des situations où le combat à l’épée n’était pas nécessairement de mise. Certaines épreuves se révélèrent même assez rocambolesques, donnant un ton sensiblement plus léger que celui auquel on pouvait s’attendre.

Le tournoi se poursuit donc dans ce quatrième volume, avec toujours ce changement de ton, qui peut être perturbant par moments. Il est possible que cela soit du à la multiplicité des équipes créatives qui sont intervenues sur l’event, car on sent bien la différence de traitement entre les séries comme Excalibur ou Hellions, et la série principale X-Men.

La final, en revanche, reste dynamique et surfe sur une vague épique mettant à profit les éléments préparés en amont. Les rebondissements pré-climax, la cavalerie de dernière minute (plusieurs!), nous avons droit à tous les ingrédients qui font un bon chapitre final.

Pour résumer ce X-marathon, nous avons là un event relativement long (22 chapitres), qui met en place une menace crédible (Amenth et les Quatre Cavaliers), sans oublier d’approfondir des personnages passionnants (Apocalypse), tout en modifiant encore le statu quo des mutants. On peut cependant s’interroger sur le changement de ton durant le second acte, notamment au cours des épreuves, qui peut faire perdre de vue les enjeux et faire que le lecteur ne redoute plus, ou moins, les conséquences du tournoi. Heureusement, le chapitre final replace adéquatement les choses et promet de belles pistes pour la suite.

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X of Swords volume 3/4

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Troisième volume de la saga X-men X of Swords, parution en France chez Panini Comics le 06/10/2021.

Tranchera bien qui tranchera le dernier

Autrefois unies, les îles vivantes Arakko et Krakoa sont aujourd’hui adversaires et séparées par l’Outremonde, un royaume magique où convergent toutes les réalités. Les mutants qui les peuplent se livrent une guerre sans merci pour la suprématie, jusqu’à ce que la régente de l’Outremonde, Opal Luna Saturnyne, ne décide d’arbitrer le conflit à ses propres fins en organisant un tournoi.

Dix combattants de chaque île, munis de dix épées spéciales, doivent donc se faire face dans l’arène de l’Outremonde. Wolverine, Tornade, Cable, Cypher, Captain Britain, Captain Avalon, Magie, Gorgon, et Apocalypse s’en vont donc en guerre contre les redoutables Premiers Cavaliers d’Apocalypse. Mais le tournoi risque de réserver quelques surprises à nos chers mutants.

Et des surprises, on en a bel et bien au cours de ce tournoi pour le moins singulier. Opal Luna Saturnyne étant une puissante magicienne, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle agisse en trickster et qu’elle détourne les règles du tournoi selon son bon vouloir, en fonction de l’issue qui arrange le mieux ses affaires.

Après deux tomes passés à anticiper, jusqu’à se languir, des combats, on a droit à quelques événements inattendus et des épreuves qui ne se déroulent pas comme prévu. Ce genre de retournement est à double tranchant: d’une part, il peut aliéner certains lecteurs, qui attendaient des duels sanglants entre mutants et pourraient ainsi quitter la série en cours (comme ce type qui quitte la séance de cinéma en plein milieu parce que « ça bombarde pas assez! »), et d’autre part, il permet de subvertir ce type d’attente, qui une fois comblée, entraine généralement la déception ou la lassitude. C’est vrai, après tout, qu’y a-t-il de plus ennuyeux de se voir servir exactement ce qu’on a demandé ?

Comme pour les deux premiers tomes, ce qui fait paradoxalement l’intérêt de X of Swords n’est pas le tournoi à l’épée, mais les enjeux liés aux sorts de Krakoa et Arakko, leur réunification éventuelle, ainsi que les émotions des personnages, tels qu’Apocalypse, qui tire décidément son épingle du jeu dans cette saga. Les révélations relatives au sort de son épouse et de ses enfants est certes quelque peu attendue mécaniquement parlant, mais permet d’approfondir la traitement du personnage et de la thématique de la séparation/réunification.

Ce troisième tome n’est donc pas la clé de voute de la saga, mais il contient déjà son lot de rebondissements, de combats, d’émotion, et même des morts. Suite et fin dans le quatrième tome !

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X of Swords volume 2

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Second volume comprenant l’ensemble des séries reliées à l’évènement. 130 pages, parution en France chez Panini Comics le 15/09/2021.

Quand faut y aller, faut y aller

Il faut croire que le sort s’acharnera toujours contre les mutants. C’est ce qu’avait d’ailleurs découvert Moira McTaggert, l’alliée des X-men que l’on pensait humaine mais qui est en réalité une mutante dont la faculté est de pouvoir vivre dix vies successives en revenant systématiquement à son point de départ après sa mort.

Lors de la saga House of X/Powers of X, Moira s’était servi de ce pouvoir pour chercher une issue favorable au conflit qui oppose depuis toujours humains et mutants, et se trouvait immanquablement confrontée à une implacable réalité: les mutants seront toujours persécutés jusqu’à l’extinction, que ce soit par l’Humanité ou par l’intelligence artificielle qui la supplantera. C’est la raison pour laquelle elle s’est servie de ces différentes vies pour arranger l’échiquier selon la meilleure combinaison, manipulant Xavier pour qu’il abandonne ses rêves pacifistes et prenne les choses en main.

C’est ce qu’il fit en fondant la nation mutante de Krakoa, havre de paix pour tous les mutants du monde. Sur cette île vivante, les mutants sont accueillis à bras ouverts, et sont invités à y vivre selon les lois mutantes et non humaines. Parmi tous les bienfaits de Krakoa, le plus grand est la capacité pour les mutants de ressusciter (enfin, d’une certaine façon qui a fait couler beaucoup d’encre sur l’internet), faisant de ces parias des nouveaux dieux, selon les termes de Magneto.

Malheureusement, ce cadre idyllique ne va pas durer pour les mutants. En effet, l’histoire de Krakoa est pour le moins complexe et va venir rattraper nos pauvres malheureux mutants. En effet, Krakoa a une « soeur jumelle », l’île d’Arakko, dont elle a été séparée il y a très longtemps, lorsqu’elle était sous la garde du mutant Apocalypse, vieil adversaire des X-men aujourd’hui ressortissant Krakoan.

L’île d’Arakko, tout comme Krakoa, forme un pont vers l’Outremonde, sorte de nexus vers lequel convergent toutes les réalités. Les habitants d’Arakko, dont font partie les Quatre premiers Cavaliers d’Apocalypse, ses propres enfants, sont venus en découdre avec leurs homologues Krakoans et rêvent de conquête. Mais la Majestrix Opal Luna, régente de l’Outremonde, préfère régler le conflit selon ses termes et décide d’organiser un tournoi entre les champions des deux îles. Chaque champion a trois jours pour retrouver l’épée qui lui a été attribuée par la prophétie et se présenter dans l’arène. Le seul hic, c’est que les mutants, qui s’étaient fort bien accommodés de la résurrection, ne pourront plus compter dessus, car qui meurt dans l’Outremonde ne revient pas.

L’épée-ripéties des mutants

Comme on pouvait s’y attendre, ce second volume nous entraîne dans une quête effrénée des différentes épées que vont devoir utiliser les mutants lors du fameux tournoi. Tornade retourne au Wakanda pour convaincre son ex-mari, la Panthère Noire, de la laisser utiliser Brise-Ciel, une puissante épée de Vibranium. Wolverine a déjà récupéré le sabre Muramasa, Magie a également son épée, de même que Cable et Cypher. En revanche, le mutant capable de déchiffrer tous les langages n’est pas ce qu’on pourrait appeler un combattant, il doit donc profiter du peu de temps qu’il lui reste afin de s’entraîner. Pendant ce temps sur Avalon, le royaume magique qui constitue une province de l’Outremonde, les Captain Britain doivent déterminer lequel d’entre eux doit participer au tournoi.

Cette partie est un passage obligé dans le crossover, mais ne s’étire pas pour autant en longueur, puisqu’à la fin de ce second volume, l’ensemble des participants sera en possession des épées. Des idées intéressantes sont néanmoins distillées, comme par exemple le plan sournois de Mr Sinistre pour mettre fin au tournoi avant qu’il ne commence en sabordant les chances de l’ennemi d’y participer.

Il faut dire que le nouveau statu quo des X-men permet d’assister à des situations plutôt coquasses dont on aurait pas osé rêver il y a encore quelques années, comme voir des ennemis jurés se rallier à eux (je pense à Sinistre, Sebastian Shaw, ou Apocalypse). En parlant d’Apocalypse, ce dernier obtient une part congrue du temps d’écran, étant au tapis depuis sa défaite sur Arrako. Néanmoins, son apparition en fin de volume constitue la meilleure partie de l’album. Le mutant immortel et charismatique gagne en profondeur et en background, même si ce qui est révélé frôle davantage le retcon que la pure révélation. On ressent malgré tout la volonté des auteurs d’humaniser le personnage tout en faisant le lien avec ses éléments constitutifs, comme les racines de sa philosophie darwiniste et nietzschéenne (la « survie du plus fort »).

Comme je l’évoqué il y a peu dans l’article sur les Éternels, les passages successifs des scénaristes ajoutent des couches de background qui ne sont pas toujours digestes ou même cohérentes. En effet, on sait depuis plusieurs années déjà qu’En Sabah Nur était un gardien de l’évolution, un serviteur de la volonté des Célestes, supposé guider les mutants vers sa vision de l’excellence évolutive sous peine de voir la planète rasée par les dieux de l’espace. Or ici, l’explication de son approche darwiniste est, bien que compréhensible et humaine, bien plus prosaïque à mon sens. Malgré tout, cette exploration du nouveau passé d’Apocalypse constitue pour le moment tout le sel de l’intrigue de X of Swords.

Je ne sais pas encore ce que réserve la suite, mais il se dégage néanmoins quelques options si l’on prend en compte ce que l’on sait déjà. On sait par exemple que les Cinq et Professeur X peuvent ressusciter un mutant, en créant d’abord une nouvelle enveloppe corporelle identique à la précédente, puis en insufflant une copie des souvenirs du mutant décédé, faite par Cerebro, dans ce nouveau corps. Si une mort dans l’Outremonde corrompt la copie de Cérébro, il suffirait alors d’anticiper en créant une « copie » de chaque participant au tournoi, et de les envoyer combattre à la place des originaux (qui sont pour la plupart, déjà des copies en un certain sens, puisque déjà passés par le protocole de résurrection). En tout cas, c’est que je proposerai si j’étais chauve et télépathe. Wait and see !

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X of Swords volume 1/4

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Premier volume de 144 pages contant les épisodes X-men 12, X of Swords: creation 1, X-Factor 4, Wolverine 6, et X-Force 13. Parution en France chez Panini Comics le 15/09/2021.

Terra Incognita, Terra Separata

Lors de la saga House of X / Powers of X, l’espèce mutante, qui jusqu’ici avait frôlé l’extinction après des décennies de persécution, a connu une sorte d’épiphanie, sous l’égide de celui qui fut souvent traité de faux prophète par ses détracteurs, le Professeur Charles Xavier.

Xavier, alias Professeur X, fondateur des X-Men, s’est accroché longtemps à son rêve de coexistence pacifique entre humains et mutants. Mais après de nombreux sacrifices, dont ceux de ses élèves, d’innombrables revers et défaites cuisantes, il a lui-même fini par céder et a abandonné ses anciennes méthodes, au profit d’un projet plus radical qui libèrerait les mutants de leurs entraves humaines.

Après un manifeste psychique annoncé à l’Humanité entière, le Professeur X a déclaré la création de la nation mutante. Cela avait déjà été tenté auparavant, sur Genosha et Utopia, avec les résultats tragiques que l’on connaît. Mais cette fois, Xavier était sur de lui: son nouveau foyer pour les mutants incompris et détestés, ce serait sur Krakoa qu’il prendrait forme.

Malheureusement, les humains n’ont pas dit leur dernier mot, et ne sont pas décidés à abandonner le combat évolutif qui les opposent à leurs rivaux génétiques. Orchis, l’organisation rassemblant des scientifiques de tous horizons, était sur le point de finaliser la Sentinelle suprême qui donnerait naissance à Nimrod, un cauchemar technologique synonyme de fin pour l’engeance mutante.

Krakoa est une île vivante, avec laquelle les X-men ont eu maille à partir par le passé (voir la saga Deadly Genesis par exemple). En s’entourant des bons mutants, Xavier est parvenu à communiquer avec Krakoa, lui permettant de mettre en place un pacte bénéficiant aux deux parties. Grâce à Krakoa, le leader mutant a pu mettre au point des remèdes miraculeux, des portails interdimensionnels et d’autres prodiges, qui garantissent la prospérité des mutants sur Terre.

Après un déchirant sacrifice, les X-men parviennent, au prix de la vie de nombre d’entre eux, à stopper l’émergence de Nimrod. Et c’est là que la véritable ascension des mutants fut révélée: dans le secret de Krakoa, Xavier et les Cinq (les mutants Proteus, Goldballs, Tempus Elixir, et Hope Summers) ont crée le Protocole de Résurrection, qui permet à n’importe quel mutant de revenir d’entre les morts.

Élevés au rang de dieux vivants, les mutants ont désormais leur place dans le monde. Xavier a laissé de côté sa naïveté sans pour autant céder à la violence, et est parvenu à unifier les mutants sous une même bannière. Mais les dangers continuent de guetter, et pourrait provenir des fondements même de la nouvelle société Krakoane.

Diplomatie et cartomancie

Plus récemment, Apocalypse, qui a rallié Krakoa, a également retrouvé son petit-fils, l’Invocateur, ce qui l’a forcé à révéler les liens ancestraux qui l’unissent à l’île vivante. Il y a des milliers d’années, Apocalypse a également tenté de créer un havre pour les mutants, mais sa quête s’est soldée par une guerre interdimensionnelle qui l’a forcé à séparer l’île en deux, Krakoa d’une part, Arakko d’autre part. Les mutants présents sur Arakko, parmi lesquels l’épouse et les enfants d’Apocalypse, ont du évoluer seuls, isolés du reste du monde et encerclés par les démons d’Amenth, une dimension hostile. Et ils reviennent aujourd’hui avec un fort sentiment d’amertume et une grosse envie de conquête.

Le théâtre de cette guerre est l’Outremonde, le nexus des différentes réalités, où l’ont peut transiter grâce aux portails des deux îles. La régente de l’Outremonde, Opal Luna Saturnyne, décide de régler la querelle entre les deux îles au travers d’un tournoi. Dix combattants de chaque camp devront trouver dix épées, pour s’affronter dans l’Arène et ainsi décider du sort des deux peuples.

Petit souci, et pas des moindres, toute mort qui survient dans l’Outremonde ne peut être contournée par le biais de la résurrection, et sera donc frappée du sceau de l’irrévocabilité. Les enchères viennent donc d’augmenter sévèrement pour les mutants !

L’univers des X-men s’est sensiblement complexifié depuis la refonte opérée par Jonathan Hickman. Cette reprise en main, aisément comparable, en terme d’ampleur et d’impact à celle de Chris Claremont à l’époque, a introduit un nouveau paradigme, largement en faveur de nos mutants favoris. Ce bouleversement du statu quo est donc le bienvenu. A priori, il n’est pas nécessaire d’avoir lu l’entièreté de Dawn of X pour saisir les enjeux de ce cross over.

Ce premier volume sert avant tout à exposer le passé d’Apocalypse, étonnamment lié à Krakoa, ainsi qu’à établir les enjeux du tournoi. En Sabah Nur, le premier mutant, a toujours été un personnage charismatique de la galaxie X. Doté d’une identité graphique forte, ce colosse bleu et gris en armure se démarquait également par sa philosophie darwiniste, qui le plaçait au-delà d’un manichéisme pourtant de mise pour ce type de personnage. Cet aspect anti-héroïque fut d’autant plus marqué lorsqu’on apprit qu’il était un serviteur de la volonté des Célestes, chargé d’accompagner l’évolution sous peine d’annihilation totale par les dieux de l’espace. Toutefois, avec ce nouveau retcon, nul Céleste, nul darwinisme en jeu, mais un enjeu plus personnel pour Apocalypse. A la réflexion, il est un peu abusif de parler de retcon pour un personnage aussi vieux qu’En Sabah Nur, puisque les éléments biographiques révélés dans cette saga ne viennent pas nécessairement contredire les faits déjà en place.

Quant à l’intrigue en elle-même, il paraissait relativement évident, que pour un tournoi à mort, les auteurs auraient la clairvoyance de mettre hors-jeu le procédé qui permet, depuis deux ans maintenant, aux mutants de revenir. Cela a pour avantage non négligeable de nous faire redouter l’issue des combats, ce qui n’était plus le cas jusqu’alors (sauf si l’on considère que le protocole de résurrection n’est rien d’autre que du clonage).

Graphiquement parlant, Pepe Larraz nous démontre encore une fois qu’il est name of the game chez Marvel actuellement. En revanche, j’ai été assez surpris, en lisant la partie consacrée à la quête du sabre Muramasa par Wolverine, de constater que ce n’était pas Greg Capullo qui dessinait mais Viktor Bogdanovich.

En tout cas, ce premier volume s’il ne regorge pas encore de combats dantesques, a le mérite de nous faire saliver à l’évocation d’un tournoi qui promet d’être sanglant !

***·BD·Nouveau !·Service Presse

La grande peste

La BD!
BD de Cedric Simon et Eric Stalner
les Arènes (2021), série achevée en deux volumes (128p et 113p.)

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Merci aux éditions Les Arènes pour leur confiance!

Entre 1347 et 1352 la Peste noire ou Mort noire s’étend sur l’Europe, emportant 25 millions d’habitant et laissant les territoires déserts et ravagés. Baldus et Alixe sont témoins de ces évènements. Victimes et bourreaux, ils incarnent leur époque et pourchassent le quatrième Cavalier de l’Apocalypse par qui dit-on arrive la Grande Peste…

La grande Peste - BD, informations, cotesEric Stalner est féru d’histoire et incarne dans son style graphique un passage entre la BD historique classique de chez Glénat et une évocation fantastique plus proche des Lauffray, Montaigne et Alice époque Troisième Testament. Dans un thème proche (l’odyssée de témoins d’un grand évènement historique) sa Saint-Barthélémy m’avait beaucoup plu dans sa capacité à créer une histoire intéressante qui ne soit pas qu’un prétexte.

Allié à Cedric Simon depuis plusieurs albums qui adaptent le patrimoine littéraire national, Stalner revient donc pour un diptyque inégal dont on ne comprend pas toujours la structure. Si le premier gros volume – qui laisse de la place à l’artiste pour s’exprimer confortablement et globalement avec un grand plaisir pour le lecteur – intéresse sous sa forme de cours d’histoire très pédagogique et illustratif de différents évènements qui accompagnèrent la Peste (les buchers de sorcières, les sectes de flagellants, les danses de Saint-guy qui ont inspiré Guérineau récemment), la bascule du second tome vire au quasi-fantastique et laisse un peu dubitatif quand à l’objectif des auteurs. Accompagnant son scénario de cartes destinées à appuyer historiquement son contexte, Cedric Simon réussit ainsi comme historien, moins comme scénariste. La Grande Peste T. 2 - Par Éric Stalner et Cédric Simon - Les (...) -  ActuaBDCar si le démarrage est plutôt inspiré en proposant des fièvres graphiques impliquant le Cavalier de l’Apocalypse dans des allégories parlantes, la quête qui s’ensuit autour d’un artefact lié à cette fin du monde et aux personnages semble un peu hors sol et nous sortir de l’intérêt du contexte. Ce qui fonctionne c’est bien d’illustrer (comme dans Saint-Barthélémy) la réalité crue d’une époque ravagée, là où Stalner excelle avec ses gueules de gueux et ses féroces chevaliers.

En outre l’itinéraire mental des personnages devient peu cohérent entre les deux tomes. Si l’on comprend le traumatisme du rescapé Baldus et la vengeance de la féministe Alixe, on ne sait ensuite plus bien si l’on a migré dans un récit fantastique, la contextualisation se délitant et l’intérêt avec. On ne comprend ainsi pas bien le découpage en deux volumes qui semblent ne pas viser le même projet. Si le plaisir est là dans le tome un (notamment pour les amateurs de Stalner), on est un peu perdu dans cette quête artificielle et vaguement grandguignolesque dans le second volume où les beaux paysages et ma maîtrise graphique du dessinateur ne suffisent plus à maintenir notre attention. Inégal disais-je…

 

***·Comics·Nouveau !·Rapidos

Dceased #2: dead planet

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Comic de Tom Taylor et Trévor Hairsine
Urban (2021) – (DC (2020), one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance!

Publié sous le titre Dceased 2 par Urban, ce volume rassemble les épisodes de Dceased: Dead Planet. Après les épisodes intercalaires (très dispensables) Unkillable et A Hope at world’s end, nous voyons revenir l’équipe créative initiale pour la véritable suite et fin de la saga de l’anti-vie.

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Tout ce qui a commencé doit finir, dit-on. Après s’être fait connaître sur la très grosse série Injustice (dont le dernier tome de l’Intégrale sort cette semaine également), Tom Taylor avait repris sa recette éprouvée sur une variation zombie dans le premier Dceased qui proposait un franc rafraîchissement dans l’univers scans_daily | DCeased: Dead Planet #1planplan de la Justice League. Si le premier tome marquait à nouveau par la liberté très gonflée de Taylor dans le destin définitif des héros, la nécessité de conclure son histoire était un très gros risque de revenir dans la normalité lassante de l’éditeur DC. La question de la réversibilité des décisions scénaristique se posait et je ne vais pas prendre plus de temps pour vous confirmer qu’elle est maintenue! Habitués au Multivers et autres renaissances, préparez-vous, chez Taylor les morts le sont définitivement et sans tabou! La grande force de cette série est donc assumée en s’autorisant à tuer les plus grands héros de la Terre (voir de l’Univers). C’est du reste logique à compter du moment où la mécanique même de Dceased repose (un peu comme dans GOT, toujours lui) sur l’alternance régulière de morts inconcevables. Sur ce point (ainsi que sur les dessins toujours présents sous la talentueuse plume de Trevor Hairsine) le contrat est rempli et le plaisir toujours là.

Malheureusement, outre l’idée d’un happy end incongru, le cahier des charge éditorial revient s’imposer sur ce second volume avec une migration vers les Teen Titans, ligne générale de la plupart des publications DC depuis quelques temps. La pirouette permet aux figures héroïques de ne pas disparaître totalement malgré la mort de leurs porteurs avec les fistons Wayne et El qui prennent la suite de leurs papa (je ne parle pas du Green Lantern dont l’anneau peut choisir un porteur à tout moment). L’intrigue suit donc un retour des héros sur Terre pour chercher un antidote à l’anti-vie. L’idée est clairement bof et casse beaucoup l’atmosphère « je casse mes DCeased: Dead Planet (2020-) Chapter 2 - Page 18jouets » si jouissive précédemment. Très axé sur l’univers de la magie et l’inénarrable John Constantine (le gros point fort de l’album, comme dans toutes les publi où il intervient!), ceux qui ont lu Injustice retrouveront les mêmes ficelles qui, même si elles sont plutôt amusantes, reprennent là encore les défauts de la plupart des publi DC avec une ribambelle de créatures immortelles, défiant les lois de la Nature, et pourtant à mettre au tapis par de simples bourre-pifs… magiques. La toute puissance de Constantine est heureusement compensée par ses réparties toujours drôles.

N’évitant pas quelques étranges blancs dans la continuité des intrigues secondaires qui laissent imaginer des résolutions dans des publications annexes (que deviennent Darkseid et les Néo-dieux?), finissant un peu facilement face à des méchants franchement ridicules, Dceased 2 est donc clairement un ton en-dessous de son prédécesseur. Pourtant malgré le carcan commercial qui le contraint, Tom Taylor reste un des scénaristes américains les plus intéressants dans le genre superslip. Appuyé sur une très belle création graphique il permet de savourer cet album comme une sympathique récréation en pouce café. Dceased aurait clairement pu s’arrêter à la fin du premier tome. Le second n’est pas honteux pour autant.

*****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Le Grand mort

BD de Loisel, Djian, Mallié et Lapierre (coul.).
Glénat (2008-2019), 474p., Intégrale des huit tomes.

Le Grand Mort - Intégrale Tomes 05 à 08

Coup de coeur! (1)Lorsque Pauline débarque au fin fond de la Bretagne pour bosser son mémoire, elle ne se doute pas de l’aventure qu’elle va vivre. Une aventure intime et temporelle où elle trouvera l’amour, un enfant, et se retrouvera confrontée à des enjeux dépassant l’imagination et mettant le monde en péril lorsqu’un déséquilibre surviendra entre les deux réalités… 

Vincent Mallié - le site officielDe Régis Loisel on a plus lu d’albums en tant que scénariste que comme dessinateur. Parmi les Grands Anciens de la BD il a pourtant posé une marque indélébile sur toute une génération de dessinateurs et l’on retrouve souvent son style graphique sur les planches de ses collaborateurs… ce qui pose quelques questions tout de même. Si le cycle Avant la Quête vise logiquement à inscrire une filiation graphique avec le cycle mythique dessiné par Loisel, sur le Grand mort on peut s’interroger sur un certain narcissisme à demander à un artiste chevronné comme Vincent Mallié (qui a alors dix ans de carrière, un style solide et la très belle série Les Aquanautes sur son CV) de singer sa patte. Mallié s’en sort excellement en rappelant des aspects si connus du style Loisel, fait de hachures, de créatures aux yeux rouges et de pulpeuses donzelles. Là n’est donc pas le problème. Mais on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi Loisel n’a pas dessiné lui-même la série. Bref…

Dossier Le grand mort T.4 - INTERVIEW DE LOISEL, DJIAN & MALLIÉJ’entends parler depuis fort longtemps de cette série qui au-delà de l’aspect patrimonial de son auteur bankable jouit d’une aura tout à fait remarquable, celle d’un classique de la BD. Je dois dire que sur le démarrage j’ai eu un peu peur, le premier tome (et le pitch) faisant craindre une énième histoire de passage entre deux mondes. Pourtant, si certains dialogues peuvent sembler faiblards sur le premier volume, dès le second et le retour dans notre univers s’installe la dramaturgie nécessaire alors que la quête d’Erwan pour retrouver sa belle s’étire. Va t’on retourner voir le Petit peuple? Que s’est -il passé pendant le « voyage » pour que le monde que l’on connaît sombre progressivement dans un chaos pré-apocalyptique? La progression vers le sombre est remarquablement bien menée et le triptyque de personnages fonctionne à merveille jusqu’à la moitié de la série où les explications sur les liens entre les univers et la finalité du Plan est révélée. Très malin, le scénario utilise donc un premier tome pour proposer une normalité du fantastique plutôt triviale et quelques heures de l’autre côté où tout va se jouer sans que l’on ne puisse en percevoir grand chose. Ainsi la bascule progressive dans le chaos de ce qu’il faut bien appeler une Fin du monde est d’autant plus choquante que la découverte s’étire sur un récit itinérant visant à faire se rejoindre au bout des huit tomes les deux groupes que constituent Erwan et l’enfant d’un côté, le duo de copines de l’autre, traversant une Bretagne où elles observent les effets de la catastrophe.

Preview BD Le Grand Mort T7 : Dernières migrations - GlénatUne des grandes réussites de la série repose sur des personnages pas si caricaturaux qu’ils ne semblent. A commencer par une relations étrange, dérangeante, entre la mère et la fille. Fécondée on ne sait comment, Pauline soupçonne très tôt sa fillette au faciès si étrange d’être liée aux catastrophes qui l’entourent. Erwan de son côté, semble peu touché par le chaos environnant et les étrangetés qui surviennent. Nouant un lien plus facile avec la fillette, il finit par réaliser que sa bienveillance naturelle est peu de choses face à la noirceur de l’enfant… Au-delà des thématiques sociales esquissées, du handicap, de l’adoption ou des relations parentales, c’est bien le principe de l’Antéchrist qui est convoqué par Loisel et Djian dans Le Grand mort (titre qui reste d’ailleurs énigmatique jusqu’à la conclusion…). Un Antéchrist que l’on a peine à accepter enfant, marqués que nous sommes par les schémas narratifs évoluant inéluctablement vers une forme de rédemption, de pardon. Or chez Loisel (comme sur son Peter Pan d’ailleurs) peu d’appétence pour le manichéisme et les bons sentiments. Son enfant est noire, criminelle, maléfique. Sans jugement puisque cela a une raison expliquée, mais avec Erwan nous finissons par reconnaître que cela ne peut pas continuer ainsi et qu’aux grands maux les grands remèdes… dérangeant disais-je!

Le Grand mort – Tome 8 – Renaissance | Un Amour de BDIl en est de même avec les deux copines dont on soupçonne un début de jalousie… qui n’ira pas dans le sens attendu. Très difficile d’anticiper une évolution des personnages dans Le Grand mort tant une forme de réalisme englobe le tout. Cette lecture à l’ère du Covid est particulièrement marquante car on aura rarement disséqué aussi longuement et finement la disparition de nos sociétés. Le genre post-apo prévoit généralement un avant ou un après… très rarement le déroulé de la Fin. Fervent partisan de la mise en scène de l’apocalypse (avec en point d’orgue la fameuse scène cataclysmique d’Akira), depuis le Chninkel ou Universal war one j’ai rarement été autant soufflé par la pertinence et la force d’une telle mise en scène… qui n’est pas là que pour le spectacle mais bien pour décrire les conséquences concrètes d’un délitement civilisationnel.

Laissant finalement le Petit peuple et son esthétique de créatures « à la Loisel » dans un coin, la série se déroule ainsi très majoritairement dans notre monde en mettant en scène des êtres humains dans la tourmente. Jusqu’à la toute fin on ne saura ni pourquoi ni comment en finir, et finalement, est-ce bien le but? Œuvre remarquable d’intelligence et de radicalité, Le Grand Mort est pour l’heure le chef d’œuvre de Loisel à égalité avec La Quête de l’Oiseau du Temps (et pour des raisons assez similaires quand on y regarde de près…), sur les dessins toujours efficaces de Vincent Mallié, dessinateur injustement méconnu et dont la précision s’affine série après série et donne envie de se plonger dans le tout récent Ténébreuse qui vient de paraître chez Dupuis.

Le second et dernier tome de l’intégrale sort ne 17 novembre chez Glénat-Vent d’ouest

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***·Comics·East & West·Nouveau !·Numérique

Future State: Justice League

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Recueil de 360 pages, comprenant les épisodes US Future State Flash #1 et #2, Future State: Teen Titans #1 et #2, Future State Aquaman #1 et #2, Future State La Ligue des Ténèbres #1 et #2, Future State Wonder Woman #1 et #2, Future State Suicide Squad #1 et #2. Parution le 24/09/2021 aux éditions Urban Comics.

État de l’union

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Les futurs possibles de l’univers DC n’ont jamais été très enthousiasmants. Dans le cas présent, ils riment pour ainsi dire tous avec apocalypse, fin du monde, et destruction du monde tel que nous le connaissons. Quel futur prévaudra ? Quels héros sortiront indemnes de ces confrontations ?

De son côté, Barry Allen, anciennement Flash, poursuit son ancien protégé Wally West, qui, après avoir perdu l’esprit, est devenu l’invincible avatar du cavalier de la Famine. Afin de neutraliser son ancien ami, Barry, désormais privé de la Force Véloce, doit collecter une à une les armes de tous ses ennemis, afin de constituer un arsenal à même de vaincre un bolide tel que Wally. Sa résolution sera mise à rude épreuve pendant cette quête, alors que ses autres amis tombent comme des dominos face à ce danger mortel qui a ravagé le monde.

Les Teen Titans, quant à eux, affrontent également les cavaliers, et vont devoir utiliser toutes leurs ressources pour les neutraliser. Alors que Nightwing ressemble toujours davantage à son mentor Batman, les autres titans, dont certains sont inexpérimentés et sous-armés, se rassemblent sous le leadership de Starfire.

Le grand Shazam, lui, se retrouve lui aussi aux prises avec les puissantes entités, qu’il doit maîtriser au prix de grands sacrifices. On assistera alors à la réelle dichotomie entre Billy Batson et le Mortel le plus puissant de la Terre.

La Justice League Dark est également confrontée à une fin du monde, mais cette fois des mains de Merlin en personne, qui a siphonné la magie pour l’asservir à sa cause. Dr Fate, Zatanna, Constantine, Etrigan et Détective Chimp doivent redoubler de ruse pour doubler rien de moins que le maître de la magie.

Toutes ces histoires ne convergent pas encore totalement, mais plongent les héros du moment dans le pire futur possible pour la majorité d’entre eux. L’idée est intéressante, et permet de voir ce que chacun d’eux devient une fois au pied du mur.

L’intérêt varie cependant en fonction des histoires, si bien que celles de Wonder Woman et du Suicide Squad palissent un peu en comparaison du reste. Il reste donc à voir ce que réservent les autres méandres du futur dans les tomes suivants.

**·BD

Larkia

La BD!

Histoire complète en 84 pages, écrite par Ingrid Chabbert et dessinée par Patricio Angel Delpeche. Parution le 24/03/2021 aux éditions Glénat.

Sad Max: Sorry Road

Dans les ruines d’une cité décrépite, la jeune Larkia traverse la plus forte des épreuves: elle donne la vie pour la première fois, avachie sur une banquette de voiture, tandis que la vieille Thésy, dont on peut douter de la clarté d’esprit, entonne des prières à qui mieux-mieux. L’accouchement est sanglant, difficile, mais Larkia survit et peut enfin tenir son enfant dans ses bras. 
Cependant, quelque chose cloche: le bébé n’ouvre pas les yeux. A peine recousue à l’aide d’un hameçon trouvé sur place, Larkia doit fuir avec son nouveau-né, traquée implacablement par une milice armée et prête à tout pour mettre la main sur l’enfant. Ce sera le début d’une course-poursuite à travers les terres désolées, avec pour enjeu la survie de la mère et de son bébé aux yeux clos. 

Dans sa note d’intention, Ingrid Chabbert explique avoir été impressionnée par le chef-d’oeuvre de George Miller, Mad Max Fury Road, ce qui lui aurait inspiré cette histoire post-apocalyptique boostée à l’adrénaline. En effet, mue par une saine émulation, la scénariste a eu pour but de créer une héroïne aussi captivante que Furiosa, la deutéragoniste de Fury Road, qui, incarnée par Charlize Théron, crevait l’écran dans le long-métrage. Le problème qui se pose ici, est que n’est pas George Miller qui veut. Apparemment, il ne suffit pas de s’extasier (à raison!) devant un excellent film de genre pour être ensuite capable d’en produire un fac-similé qui soit à la fois original et respectueux du matériau d’origine. Sinon, tous les fanboys de la Terre seraient d’excellents auteurs, ce qui est loin d’être le cas.


Ingrid Chabbert s’est donc ingéniée à vider toute la substantifique moelle du long métrage, pour n’en retenir que des éléments superficiels, en pensant que cela suffirait à produire un récit riche et un univers intéressant. Ce processus homéopathique dessert grandement l’album, puisqu’en lieu et place d’une héroïne forte et intéressante (Furiosa), on se retrouve à suivre les péripéties invraisemblables (par exemple, elle pilote un hélicoptère, sans que cet élément ne soit ni préparé (on montre qu’elle est serveuse, mais pas militaire), ni exploité par la suite) d’un personnage assez creux et unidimensionnel. Cette écriture à l’emporte-pièce n’a pas porté préjudice qu’au personnage central, mais également à l’univers qui sous-tend le récit. 

Où sont les symboles forts de Fury Road (la lutte pour les fluides: Eau, Sang, Lait et Pétrole; la symbolique des quatre Cavaliers) ? Que dit l’effondrement des sociétés évoqué dans l’album sur notre propre monde ? Aucune de ces questions centrale ne trouve de réponse, ce qui est inentendable pour un one-shot. En cherchant bien, toutefois, on peut trouver d’autres sources d’inspirations probables, comme Les Fils de l’Homme, mais là encore, il ne suffit pas de poser au milieu de l’histoire un nourrisson poursuivi par des méchants pour qu’elle devienne instantanément digne d’intérêt. 

Les flash-back qui émaillent le récit tentent de donner un semblant de justification à ce qu’il se passe ensuite, sans toutefois que cela fasse grand sens au regard de l’intrigue générale. Côté graphique, toutefois, on doit reconnaître le talent de Patricio Angel Delpeche, qui use de plans très cinématographiques et d’un dessin très vif, qui rehausse complètement les scènes d’action. 

Une écriture décousue, une intrigue pauvre et invraisemblable, et surtout, un personnage central mal pompé sur un parangon du genre, voilà ce à quoi vous aurez droit en lisant cet album.

***·Comics·East & West·Nouveau !

Year Zero #1

esat-west

Album de 110 pages comprenant les cinq volumes de la mini-série Year Zero, écrite par Benjamin Percy et dessinée par Ramon Rosanas. Parution en France chez Panini Comics le 17/03/2021.

Dur, dur d’être un zombie

En cette période pour le moins singulière où chacun de nous est un survivant, Panini Comics a jugé opportun de lancer deux nouveaux albums sur le thème de la pandémie. Cet argument de vente, certes opportun, d’en comporte pas moins des promesses de frissons, et, pourquoi pas après tout, de bonnes lectures.

Dans ce Year Zero, nous allons suivre les mésaventures d’un certain nombre de protagonistes, répartis dans le monde et ayant chacun leur manière d’affronter cette fin du monde.

Sara Lemons est en mission dans le cercle polaire, afin d’étudier les couches glaciaires. Elle espère y trouver un remède aux maux qui agitent notre siècle, qu’ils soient climatiques, énergétiques, sociétaux ou médicaux.

A Mexico, Daniel Martinez, jeune orphelin des rues, fait ce qu’il peut pour survivre et échapper aux cartels qui ont tué sa mère, convaincu qu’il survit par la grâce divine.

Saga Watanabe, lui, tue des gens pour vivre, principalement à Tokyo. Il exécute un dernier contrat censé lui offrir une porte de sortie, une retraite bien méritée avec l’amour de sa vie.

Fatemah Shah, quant à elle, vit en Afghanistan, où elle sert d’interprète et d’informatrice aux soldats américains.

B.J. Hool, enfin, est un américain moyen, un survivaliste nihiliste qui a passé sa vie à se préparer à ce genre d’événement.

Comment ces gens très différents vont-ils réagir lorsque les morts vont se relever, victimes d’un pathogène qui en fait des zombies anthropophages ? La réponse est simple: plutôt mal. Mais ça n’empêchera aucun d’eux de poursuivre ses objectifs ou de s’en trouver de nouveaux, car la vie, au contraire de la mort, n’a rien de permanent et évolue sans cesse.

Vaut mieux vivre avec des vrais morts qu’avec des regrets

Il apparaît assez vite après le premier chapitre que ces protagonistes ne sont pas destinés à se rencontrer. Oublions-donc tout de suite la perspective d’un récit choral ou de survie à la Walking Dead. Chacun des protagonistes possède sa propre ligne narrative, qui ne croise à aucun moment celle des autres, excepté celle de Sara Lemons, qui se déroule un an avant la pandémie, et qui influe donc sur le reste.

Les sauts et ellipses entre les différents personnages dynamise le rythme du récit mais donne également une sensation de survol, l’auteur se concentrant sur l’essentiel de sa narration sans étoffer davantage certains points qui auraient mérité de l’être.

Year zero - BDfugue.com

Le point de vue interne des protagonistes reste tout de même très intéressant, chacun d’entre eux ayant des croyances et un vécu qui définissent leur vision du monde, et nécessairement, leur réaction face l’apocalypse zombie. Saga Watanabe et Daniel Martinez recherchent la vengeance, tandis que Fatemah cherche l’émancipation et la rédemption. BJ Hool quant à lui, a vécu isolé toute sa vie et ne découvre que maintenant l’intérêt de créer du lien avec une autre personne.

Le parcours de Sara, qui sert de préquel, a des relents de The Thing (la base polaire, une créature sortie de la glace) mais n’exploite malheureusement pas le vivier horrifique que recèle cette prémisse, du fait des ellipses et du peu de temps consacré à cette partie. Le reste des trames individuelles est ô combien classique, hormis sans doute celle du nerd survivaliste qui tombe amoureux, qui comporte son lot d’ironie et d’humour grinçant.

Year Zero vous sera sans aucun doute un peu survendu par Panini Comics en raison du contexte pandémique, mais pas d’affolement: nous ne sommes pas en présence d’un incontournable du récit de zombies, même si l’exécution reste bonne et agréable à suivre. A priori, un deuxième volume est sorti aux US et ne devrait pas tarder à traîner des pieds jusqu’ici pour tous nous dévorer.