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Dark Ages: l’Âge Sombre

Mini-série en 6 chapitres, pour un total de 160 pages, écrite par Tom Taylor et dessinée par Iban Coello. Parution en France chez Panini Comics le 22/06/22.

Rejoins-moi du côté obscur, on a plus d’électricité

Ce n’est pas un scoop, le monde moderne est désespérément dépendant de la technologie. Le monde Marvel ne fait évidemment pas exception, avec sa ribambelle de héros dont les capacités accrues sont issues de l’usage direct ou indirect d’une forme de technologie. Que se passerait-il si la technologie, avec une grand T, venait à être abolie ?

C’est le postulat choisi par Tom Taylor pour la mini-série Dark Ages. Après une bataille désespérée contre le Décréateur, une machine antédiluvienne retenue prisonnière au centre de la Terre, les héros ont obtenu une victoire à la Pyrrhus, en ouvrant un portail dimensionnel qui a rendu inutilisable l’électricité et la technologie sur toute la planète. Cette catastrophe en a bien sûr entrainé d’autres, telles que des guerres et des morts en masse. Mais après une période de trouble, le monde a fini par se reconstruire, en apprenant à se passer de technologie. De façon assez surprenante, ce monde nouveau et florissant s’est bien développé, mais c’était sans compter sur les maléfices concoctés par En Sabah Nur, alias Apocalypse, qui règne depuis sur l’Europe toute entière. Nos héros parviendront-ils à empêcher Apocalypse de provoquer… l’apocalypse ?

Après une longue lignée d’events spectaculaires qui promettent des bouleversements en trompe l’œil, Marvel s’est décidé à faire preuve d’un peu plus de franchise dans son marketing en proposant Dark Ages, un récit global impliquant tous les super-héros de la maison, mais qui a la chance de ne pas être inclus dans la continuité classique. Ce qui signifie que le scénariste, Tom Taylor a pour ainsi dire carte blanche. Et c’est une bonne nouvelle, car Tom Taylor a gagné en notoriété après être passé chez DC pour y faire un brin de ménage par le vide, lors de sagas telles que DCseased. Lorsqu’il le peut, l’auteur n’hésite donc pas à sacrifier des personnages, ce qui apporte généralement un impact supplémentaire à ses histoires.

Le tout commence de façon assez classique, et selon un modèle déjà utilisé par d’autres auteurs: un mal ancien, antédiluvien est enfoui au plus profond de la planète (confère le premier volume des Avengers par Jason Aaron, où il se passe plus ou moins la même chose avec un Céleste), et se réveille pour tout détruire. Ce qui suit est une bataille désespérée pour le vaincre, mais le combat en lui-même est brossé en quelques pages. C’est ici que l’auteur fera le plus de victimes, afin de bien nous montrer la gravité du danger qu’il a concocté pour cette saga.

Le coeur de la mini-série explore ensuite les conséquences de cette bataille, narrées par Spider-Man en personne, et montre comment une civilisation globalisée et interdépendante, basée sur l’exploitation massive des ressources et la circulation des biens, parvient à se réinventer pour s’adapter au nouveau paradigme. Pour le reste, on ne peut se départir d’une certaine impression de manichéisme, avec un méchant très méchant qui veut devenir encore plus méchant, et tutti quanti.

Le choix d’Apocalypse comme antagoniste dans ce futur post-apocalyptique n’est pas en soi inopportun ni dénué de sens, mais il ignore les évolutions récentes du personnages vues dans les X-men de Jonathan Hickman, et pose également un voile sur le nouveau statu quo des mutants. En effet, on voit dans les séries X-men depuis House of X, que la nation de Krakoa ne dépend pas des formes actuelles de technologie ni de l’électricité, ce qui aurait modifié le cours des événements prévus par Tom Taylor.

Certes, l’aspect hors-continuité permet de prendre des libertés, mais il y a d’autres éléments, plus classiques, que l’auteur semble avoir ignoré ou omis. Par exemple, le nombre de personnages dont les pouvoirs sont basés sur l’électricité, qui auraient pu jouer un rôle dans l’histoire mais qui ne sont pas mentionnés: Thor ? Electro ? L’Eclair Vivant ? Zzzax ? Spectrum ? Il y en a toute un ribambelle, mais l’auteur semble sciemment les ignorer pour une obscure raison, d’autant plus obscure qu’il montre par ailleurs que l’usage de l’électricité et toujours possible, via le personnage de Tornade. Un groupe de personnages dotés de tels pouvoirs, dans ce monde privé d’électricité, aurait sûrement représenté un enjeu de taille, tant pour les héros que pour notre Apocalypse régressif, qui est sensé croire en la survie du plus apte et à l’évolution.

Outre ces défauts (antagoniste bateau et concept sous-exploité), il y a un autre point sur lequel l’auteur était attendu et sur lequel il nous laisse sur notre faim, c’est le taux de mortalité des personnages. S’il y a bien une hécatombe initiale, le reste de l’intrigue se déroule assez sagement, avec certes un mort ça et là, mais pas grand-chose de plus…

En revanche, la partie graphique est assurée avec brio par Iban Coello, qui fait partie d’une génération d’auteurs repérés par Marvel pour constituer la nouvelle garde de leurs dessinateurs attitrés.

Pour résumer, Dark Ages, malgré quelques défauts, est un récit d’action simple et divertissant, une lecture pop-corn qui contient néanmoins un message intéressant sur l’usage de la technologie et la dépendance qu’elle provoque.

****·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Clevatess #1

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Manga de Yuji Iwahara
Ki-oon (2022), série en cours, 1/3 tomes parus

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bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur fidélité.

Clevatess est l’un des rois-démons majeurs qui règnent dans l’ombre sur la terre d’Edthea. Lorsque les 13 héros mythiques lancent l’offensive il décide de contre-attaquer en ravageant de toute sa puissance les terres des hominidés. Pourtant, lorsqu’un mourant lui demande d’épargner un nourrisson, le démon doute. Pourquoi les humains veulent-ils le tuer? La responsabilité de la société hominidé peut-elle reposer sur les épaules d’un nouveau né? Il décide d’épargner l’enfant et de l’élever jusqu’à l’âge adulte afin de déterminer si les hommes sont tous à éliminer…

Les Trésors du Nain Clevatess Tome 1  Avis Review Critique Yuji Iwahara Ki-oon éditions Démon Dark Fantasy Synopsis Présentation De par leur format (long) les manga sont souvent un peu longuets à entrer en matière. J’avais déjà bien apprécié l’ouverture de Frieren qui proposait également une variation sur la thématique éculée de la lutte entre héros et démons dans la fantasy. Et je dois dire que la ligne « peu mais bien » qui décrit la politique éditoriale des éditions ki-oon continue de faire des merveilles puisque cela fait très longtemps qu’un premier tome de manga ne m’avait autant convaincu de la première à la dernière page! Pour cela l’auteur révèle une étonnante maîtrise du rythme de l’intrigue dans un récit pas si simple à mettre en route. En effet, au-delà de l’introduction visant à briser (comme c’est la mode depuis quelques temps) le schéma traditionnel de la lutte du bien contre le mal, il parvient à présenter de façon assez détaillée son décors, introduire ses personnages, ficeler la problématique de façon intelligible, tout cela en se permettant une première sous-intrigue et le tout en deux-cent pages. Et le tout fonctionne, s’enchaîne, avec quelques impressionnants panorama de destruction et un design du démon franchement réussi…

L’intelligence de Iwahara est de ne pas se reposer sur son seul pitch d’une victoire du démon surpuissant mais d’adopter véritablement (pour l’instant) son point de vue en nous plongeant dans ses réflexions intérieures sur les raisons qui poussent ces si frêles créatures bipèdes à s’attaquer à lui. En vouant l’héroïne déchue au rang de servante honteuse l’auteur ne tombe pas non plus dans le sadisme courant chez les Clevatess - Maju no O to Akago to Kabane no Yusha Manga Chapter 4mangaka mais se contente d’un récit cru d’un monde violent où les bandits sont vraiment rudes et les gens se font vraiment viol(anter)… Sur un ton plutôt sérieux on voit ainsi ce trio se constituer entre le démon ayant pris forme humaine, la servante et le bébé. Le risque dans lequel l’auteur ne tombe pas aurait été de trouver un motif improbable pour cette expérience que mène Clevatess sur les humains. On imagine ainsi cette puissance supérieure, quasi-divine choisir de se rendre parmi ces fourmis pour tenter de saisir leur spécificités et de déterminer si un enfant naïf est mauvais par essence ou le deviendra. Sacré retournement de paradigme! Mine de rien on voit ainsi poindre des thèmes aussi complexes que celui de l’apprentissage, la prédestination sociale, le mythe national, et l’origine de la violence, le tout traité avec la pirouette ironique d’un démon par essence destructeur (comme on le voit sur les premières impressionnantes séquences de chaos), dont la supériorité n’est pas que physique mais aussi intellectuelle, le poussant à chercher à comprendre. On suit donc la naissance d’une variante du candide, le (mauvais) sage observant ses contemporains pour déterminer le sort final qu’ils méritent. Une base extrêmement solide, un dessin très élégant et un potentiel sacrément élevé pour ce démarrage qui risque surtout de pâtir de l’habitude à la brièveté de l’auteur. Ce récit mériterait un certain développement. Espérons que Yuji Iwahara tordra ses principes pour nous livrer une potentielle série majeure.

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X of Swords volume 4/4

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Suite et fin du crossover Marvel X of Swords, avec Jonathan Hickman aux commandes. Parution en France le 06/10/21 chez Panini Comics.

On ne compare pas les épées-sœurs

La nation mutante de Krakoa est en grand danger. Confrontée à sa jumelle Arakko, peuplée de mutants cruels et endurcis par des siècles de lutte contre les démons d’Amenth, la population krakoane est contrainte de participer à un tournoi au coeur de l’Outremonde, royaume magique et instable, au cours duquel il affronteront leur homologues arakkii.

Pour cela chaque combattant se dote d’une épée bien spécifique, que la prophétie de Saturnyne, l’organisatrice du tournoi, lui a attribué. Après deux tomes de tension croissante, le volume 3 du Dix d’Epées prenait les attentes du lecteur à rebours en plaçant les x-men et leurs alliés dans des situations où le combat à l’épée n’était pas nécessairement de mise. Certaines épreuves se révélèrent même assez rocambolesques, donnant un ton sensiblement plus léger que celui auquel on pouvait s’attendre.

Le tournoi se poursuit donc dans ce quatrième volume, avec toujours ce changement de ton, qui peut être perturbant par moments. Il est possible que cela soit du à la multiplicité des équipes créatives qui sont intervenues sur l’event, car on sent bien la différence de traitement entre les séries comme Excalibur ou Hellions, et la série principale X-Men.

La final, en revanche, reste dynamique et surfe sur une vague épique mettant à profit les éléments préparés en amont. Les rebondissements pré-climax, la cavalerie de dernière minute (plusieurs!), nous avons droit à tous les ingrédients qui font un bon chapitre final.

Pour résumer ce X-marathon, nous avons là un event relativement long (22 chapitres), qui met en place une menace crédible (Amenth et les Quatre Cavaliers), sans oublier d’approfondir des personnages passionnants (Apocalypse), tout en modifiant encore le statu quo des mutants. On peut cependant s’interroger sur le changement de ton durant le second acte, notamment au cours des épreuves, qui peut faire perdre de vue les enjeux et faire que le lecteur ne redoute plus, ou moins, les conséquences du tournoi. Heureusement, le chapitre final replace adéquatement les choses et promet de belles pistes pour la suite.

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X of Swords volume 3/4

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Troisième volume de la saga X-men X of Swords, parution en France chez Panini Comics le 06/10/2021.

Tranchera bien qui tranchera le dernier

Autrefois unies, les îles vivantes Arakko et Krakoa sont aujourd’hui adversaires et séparées par l’Outremonde, un royaume magique où convergent toutes les réalités. Les mutants qui les peuplent se livrent une guerre sans merci pour la suprématie, jusqu’à ce que la régente de l’Outremonde, Opal Luna Saturnyne, ne décide d’arbitrer le conflit à ses propres fins en organisant un tournoi.

Dix combattants de chaque île, munis de dix épées spéciales, doivent donc se faire face dans l’arène de l’Outremonde. Wolverine, Tornade, Cable, Cypher, Captain Britain, Captain Avalon, Magie, Gorgon, et Apocalypse s’en vont donc en guerre contre les redoutables Premiers Cavaliers d’Apocalypse. Mais le tournoi risque de réserver quelques surprises à nos chers mutants.

Et des surprises, on en a bel et bien au cours de ce tournoi pour le moins singulier. Opal Luna Saturnyne étant une puissante magicienne, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle agisse en trickster et qu’elle détourne les règles du tournoi selon son bon vouloir, en fonction de l’issue qui arrange le mieux ses affaires.

Après deux tomes passés à anticiper, jusqu’à se languir, des combats, on a droit à quelques événements inattendus et des épreuves qui ne se déroulent pas comme prévu. Ce genre de retournement est à double tranchant: d’une part, il peut aliéner certains lecteurs, qui attendaient des duels sanglants entre mutants et pourraient ainsi quitter la série en cours (comme ce type qui quitte la séance de cinéma en plein milieu parce que « ça bombarde pas assez! »), et d’autre part, il permet de subvertir ce type d’attente, qui une fois comblée, entraine généralement la déception ou la lassitude. C’est vrai, après tout, qu’y a-t-il de plus ennuyeux de se voir servir exactement ce qu’on a demandé ?

Comme pour les deux premiers tomes, ce qui fait paradoxalement l’intérêt de X of Swords n’est pas le tournoi à l’épée, mais les enjeux liés aux sorts de Krakoa et Arakko, leur réunification éventuelle, ainsi que les émotions des personnages, tels qu’Apocalypse, qui tire décidément son épingle du jeu dans cette saga. Les révélations relatives au sort de son épouse et de ses enfants est certes quelque peu attendue mécaniquement parlant, mais permet d’approfondir la traitement du personnage et de la thématique de la séparation/réunification.

Ce troisième tome n’est donc pas la clé de voute de la saga, mais il contient déjà son lot de rebondissements, de combats, d’émotion, et même des morts. Suite et fin dans le quatrième tome !

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X of Swords volume 2

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Second volume comprenant l’ensemble des séries reliées à l’évènement. 130 pages, parution en France chez Panini Comics le 15/09/2021.

Quand faut y aller, faut y aller

Il faut croire que le sort s’acharnera toujours contre les mutants. C’est ce qu’avait d’ailleurs découvert Moira McTaggert, l’alliée des X-men que l’on pensait humaine mais qui est en réalité une mutante dont la faculté est de pouvoir vivre dix vies successives en revenant systématiquement à son point de départ après sa mort.

Lors de la saga House of X/Powers of X, Moira s’était servi de ce pouvoir pour chercher une issue favorable au conflit qui oppose depuis toujours humains et mutants, et se trouvait immanquablement confrontée à une implacable réalité: les mutants seront toujours persécutés jusqu’à l’extinction, que ce soit par l’Humanité ou par l’intelligence artificielle qui la supplantera. C’est la raison pour laquelle elle s’est servie de ces différentes vies pour arranger l’échiquier selon la meilleure combinaison, manipulant Xavier pour qu’il abandonne ses rêves pacifistes et prenne les choses en main.

C’est ce qu’il fit en fondant la nation mutante de Krakoa, havre de paix pour tous les mutants du monde. Sur cette île vivante, les mutants sont accueillis à bras ouverts, et sont invités à y vivre selon les lois mutantes et non humaines. Parmi tous les bienfaits de Krakoa, le plus grand est la capacité pour les mutants de ressusciter (enfin, d’une certaine façon qui a fait couler beaucoup d’encre sur l’internet), faisant de ces parias des nouveaux dieux, selon les termes de Magneto.

Malheureusement, ce cadre idyllique ne va pas durer pour les mutants. En effet, l’histoire de Krakoa est pour le moins complexe et va venir rattraper nos pauvres malheureux mutants. En effet, Krakoa a une « soeur jumelle », l’île d’Arakko, dont elle a été séparée il y a très longtemps, lorsqu’elle était sous la garde du mutant Apocalypse, vieil adversaire des X-men aujourd’hui ressortissant Krakoan.

L’île d’Arakko, tout comme Krakoa, forme un pont vers l’Outremonde, sorte de nexus vers lequel convergent toutes les réalités. Les habitants d’Arakko, dont font partie les Quatre premiers Cavaliers d’Apocalypse, ses propres enfants, sont venus en découdre avec leurs homologues Krakoans et rêvent de conquête. Mais la Majestrix Opal Luna, régente de l’Outremonde, préfère régler le conflit selon ses termes et décide d’organiser un tournoi entre les champions des deux îles. Chaque champion a trois jours pour retrouver l’épée qui lui a été attribuée par la prophétie et se présenter dans l’arène. Le seul hic, c’est que les mutants, qui s’étaient fort bien accommodés de la résurrection, ne pourront plus compter dessus, car qui meurt dans l’Outremonde ne revient pas.

L’épée-ripéties des mutants

Comme on pouvait s’y attendre, ce second volume nous entraîne dans une quête effrénée des différentes épées que vont devoir utiliser les mutants lors du fameux tournoi. Tornade retourne au Wakanda pour convaincre son ex-mari, la Panthère Noire, de la laisser utiliser Brise-Ciel, une puissante épée de Vibranium. Wolverine a déjà récupéré le sabre Muramasa, Magie a également son épée, de même que Cable et Cypher. En revanche, le mutant capable de déchiffrer tous les langages n’est pas ce qu’on pourrait appeler un combattant, il doit donc profiter du peu de temps qu’il lui reste afin de s’entraîner. Pendant ce temps sur Avalon, le royaume magique qui constitue une province de l’Outremonde, les Captain Britain doivent déterminer lequel d’entre eux doit participer au tournoi.

Cette partie est un passage obligé dans le crossover, mais ne s’étire pas pour autant en longueur, puisqu’à la fin de ce second volume, l’ensemble des participants sera en possession des épées. Des idées intéressantes sont néanmoins distillées, comme par exemple le plan sournois de Mr Sinistre pour mettre fin au tournoi avant qu’il ne commence en sabordant les chances de l’ennemi d’y participer.

Il faut dire que le nouveau statu quo des X-men permet d’assister à des situations plutôt coquasses dont on aurait pas osé rêver il y a encore quelques années, comme voir des ennemis jurés se rallier à eux (je pense à Sinistre, Sebastian Shaw, ou Apocalypse). En parlant d’Apocalypse, ce dernier obtient une part congrue du temps d’écran, étant au tapis depuis sa défaite sur Arrako. Néanmoins, son apparition en fin de volume constitue la meilleure partie de l’album. Le mutant immortel et charismatique gagne en profondeur et en background, même si ce qui est révélé frôle davantage le retcon que la pure révélation. On ressent malgré tout la volonté des auteurs d’humaniser le personnage tout en faisant le lien avec ses éléments constitutifs, comme les racines de sa philosophie darwiniste et nietzschéenne (la « survie du plus fort »).

Comme je l’évoqué il y a peu dans l’article sur les Éternels, les passages successifs des scénaristes ajoutent des couches de background qui ne sont pas toujours digestes ou même cohérentes. En effet, on sait depuis plusieurs années déjà qu’En Sabah Nur était un gardien de l’évolution, un serviteur de la volonté des Célestes, supposé guider les mutants vers sa vision de l’excellence évolutive sous peine de voir la planète rasée par les dieux de l’espace. Or ici, l’explication de son approche darwiniste est, bien que compréhensible et humaine, bien plus prosaïque à mon sens. Malgré tout, cette exploration du nouveau passé d’Apocalypse constitue pour le moment tout le sel de l’intrigue de X of Swords.

Je ne sais pas encore ce que réserve la suite, mais il se dégage néanmoins quelques options si l’on prend en compte ce que l’on sait déjà. On sait par exemple que les Cinq et Professeur X peuvent ressusciter un mutant, en créant d’abord une nouvelle enveloppe corporelle identique à la précédente, puis en insufflant une copie des souvenirs du mutant décédé, faite par Cerebro, dans ce nouveau corps. Si une mort dans l’Outremonde corrompt la copie de Cérébro, il suffirait alors d’anticiper en créant une « copie » de chaque participant au tournoi, et de les envoyer combattre à la place des originaux (qui sont pour la plupart, déjà des copies en un certain sens, puisque déjà passés par le protocole de résurrection). En tout cas, c’est que je proposerai si j’étais chauve et télépathe. Wait and see !

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X of Swords volume 1/4

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Premier volume de 144 pages contant les épisodes X-men 12, X of Swords: creation 1, X-Factor 4, Wolverine 6, et X-Force 13. Parution en France chez Panini Comics le 15/09/2021.

Terra Incognita, Terra Separata

Lors de la saga House of X / Powers of X, l’espèce mutante, qui jusqu’ici avait frôlé l’extinction après des décennies de persécution, a connu une sorte d’épiphanie, sous l’égide de celui qui fut souvent traité de faux prophète par ses détracteurs, le Professeur Charles Xavier.

Xavier, alias Professeur X, fondateur des X-Men, s’est accroché longtemps à son rêve de coexistence pacifique entre humains et mutants. Mais après de nombreux sacrifices, dont ceux de ses élèves, d’innombrables revers et défaites cuisantes, il a lui-même fini par céder et a abandonné ses anciennes méthodes, au profit d’un projet plus radical qui libèrerait les mutants de leurs entraves humaines.

Après un manifeste psychique annoncé à l’Humanité entière, le Professeur X a déclaré la création de la nation mutante. Cela avait déjà été tenté auparavant, sur Genosha et Utopia, avec les résultats tragiques que l’on connaît. Mais cette fois, Xavier était sur de lui: son nouveau foyer pour les mutants incompris et détestés, ce serait sur Krakoa qu’il prendrait forme.

Malheureusement, les humains n’ont pas dit leur dernier mot, et ne sont pas décidés à abandonner le combat évolutif qui les opposent à leurs rivaux génétiques. Orchis, l’organisation rassemblant des scientifiques de tous horizons, était sur le point de finaliser la Sentinelle suprême qui donnerait naissance à Nimrod, un cauchemar technologique synonyme de fin pour l’engeance mutante.

Krakoa est une île vivante, avec laquelle les X-men ont eu maille à partir par le passé (voir la saga Deadly Genesis par exemple). En s’entourant des bons mutants, Xavier est parvenu à communiquer avec Krakoa, lui permettant de mettre en place un pacte bénéficiant aux deux parties. Grâce à Krakoa, le leader mutant a pu mettre au point des remèdes miraculeux, des portails interdimensionnels et d’autres prodiges, qui garantissent la prospérité des mutants sur Terre.

Après un déchirant sacrifice, les X-men parviennent, au prix de la vie de nombre d’entre eux, à stopper l’émergence de Nimrod. Et c’est là que la véritable ascension des mutants fut révélée: dans le secret de Krakoa, Xavier et les Cinq (les mutants Proteus, Goldballs, Tempus Elixir, et Hope Summers) ont crée le Protocole de Résurrection, qui permet à n’importe quel mutant de revenir d’entre les morts.

Élevés au rang de dieux vivants, les mutants ont désormais leur place dans le monde. Xavier a laissé de côté sa naïveté sans pour autant céder à la violence, et est parvenu à unifier les mutants sous une même bannière. Mais les dangers continuent de guetter, et pourrait provenir des fondements même de la nouvelle société Krakoane.

Diplomatie et cartomancie

Plus récemment, Apocalypse, qui a rallié Krakoa, a également retrouvé son petit-fils, l’Invocateur, ce qui l’a forcé à révéler les liens ancestraux qui l’unissent à l’île vivante. Il y a des milliers d’années, Apocalypse a également tenté de créer un havre pour les mutants, mais sa quête s’est soldée par une guerre interdimensionnelle qui l’a forcé à séparer l’île en deux, Krakoa d’une part, Arakko d’autre part. Les mutants présents sur Arakko, parmi lesquels l’épouse et les enfants d’Apocalypse, ont du évoluer seuls, isolés du reste du monde et encerclés par les démons d’Amenth, une dimension hostile. Et ils reviennent aujourd’hui avec un fort sentiment d’amertume et une grosse envie de conquête.

Le théâtre de cette guerre est l’Outremonde, le nexus des différentes réalités, où l’ont peut transiter grâce aux portails des deux îles. La régente de l’Outremonde, Opal Luna Saturnyne, décide de régler la querelle entre les deux îles au travers d’un tournoi. Dix combattants de chaque camp devront trouver dix épées, pour s’affronter dans l’Arène et ainsi décider du sort des deux peuples.

Petit souci, et pas des moindres, toute mort qui survient dans l’Outremonde ne peut être contournée par le biais de la résurrection, et sera donc frappée du sceau de l’irrévocabilité. Les enchères viennent donc d’augmenter sévèrement pour les mutants !

L’univers des X-men s’est sensiblement complexifié depuis la refonte opérée par Jonathan Hickman. Cette reprise en main, aisément comparable, en terme d’ampleur et d’impact à celle de Chris Claremont à l’époque, a introduit un nouveau paradigme, largement en faveur de nos mutants favoris. Ce bouleversement du statu quo est donc le bienvenu. A priori, il n’est pas nécessaire d’avoir lu l’entièreté de Dawn of X pour saisir les enjeux de ce cross over.

Ce premier volume sert avant tout à exposer le passé d’Apocalypse, étonnamment lié à Krakoa, ainsi qu’à établir les enjeux du tournoi. En Sabah Nur, le premier mutant, a toujours été un personnage charismatique de la galaxie X. Doté d’une identité graphique forte, ce colosse bleu et gris en armure se démarquait également par sa philosophie darwiniste, qui le plaçait au-delà d’un manichéisme pourtant de mise pour ce type de personnage. Cet aspect anti-héroïque fut d’autant plus marqué lorsqu’on apprit qu’il était un serviteur de la volonté des Célestes, chargé d’accompagner l’évolution sous peine d’annihilation totale par les dieux de l’espace. Toutefois, avec ce nouveau retcon, nul Céleste, nul darwinisme en jeu, mais un enjeu plus personnel pour Apocalypse. A la réflexion, il est un peu abusif de parler de retcon pour un personnage aussi vieux qu’En Sabah Nur, puisque les éléments biographiques révélés dans cette saga ne viennent pas nécessairement contredire les faits déjà en place.

Quant à l’intrigue en elle-même, il paraissait relativement évident, que pour un tournoi à mort, les auteurs auraient la clairvoyance de mettre hors-jeu le procédé qui permet, depuis deux ans maintenant, aux mutants de revenir. Cela a pour avantage non négligeable de nous faire redouter l’issue des combats, ce qui n’était plus le cas jusqu’alors (sauf si l’on considère que le protocole de résurrection n’est rien d’autre que du clonage).

Graphiquement parlant, Pepe Larraz nous démontre encore une fois qu’il est name of the game chez Marvel actuellement. En revanche, j’ai été assez surpris, en lisant la partie consacrée à la quête du sabre Muramasa par Wolverine, de constater que ce n’était pas Greg Capullo qui dessinait mais Viktor Bogdanovich.

En tout cas, ce premier volume s’il ne regorge pas encore de combats dantesques, a le mérite de nous faire saliver à l’évocation d’un tournoi qui promet d’être sanglant !

***·BD·Nouveau !·Service Presse

La grande peste

La BD!
BD de Cedric Simon et Eric Stalner
les Arènes (2021), série achevée en deux volumes (128p et 113p.)

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Merci aux éditions Les Arènes pour leur confiance!

Entre 1347 et 1352 la Peste noire ou Mort noire s’étend sur l’Europe, emportant 25 millions d’habitant et laissant les territoires déserts et ravagés. Baldus et Alixe sont témoins de ces évènements. Victimes et bourreaux, ils incarnent leur époque et pourchassent le quatrième Cavalier de l’Apocalypse par qui dit-on arrive la Grande Peste…

La grande Peste - BD, informations, cotesEric Stalner est féru d’histoire et incarne dans son style graphique un passage entre la BD historique classique de chez Glénat et une évocation fantastique plus proche des Lauffray, Montaigne et Alice époque Troisième Testament. Dans un thème proche (l’odyssée de témoins d’un grand évènement historique) sa Saint-Barthélémy m’avait beaucoup plu dans sa capacité à créer une histoire intéressante qui ne soit pas qu’un prétexte.

Allié à Cedric Simon depuis plusieurs albums qui adaptent le patrimoine littéraire national, Stalner revient donc pour un diptyque inégal dont on ne comprend pas toujours la structure. Si le premier gros volume – qui laisse de la place à l’artiste pour s’exprimer confortablement et globalement avec un grand plaisir pour le lecteur – intéresse sous sa forme de cours d’histoire très pédagogique et illustratif de différents évènements qui accompagnèrent la Peste (les buchers de sorcières, les sectes de flagellants, les danses de Saint-guy qui ont inspiré Guérineau récemment), la bascule du second tome vire au quasi-fantastique et laisse un peu dubitatif quand à l’objectif des auteurs. Accompagnant son scénario de cartes destinées à appuyer historiquement son contexte, Cedric Simon réussit ainsi comme historien, moins comme scénariste. La Grande Peste T. 2 - Par Éric Stalner et Cédric Simon - Les (...) -  ActuaBDCar si le démarrage est plutôt inspiré en proposant des fièvres graphiques impliquant le Cavalier de l’Apocalypse dans des allégories parlantes, la quête qui s’ensuit autour d’un artefact lié à cette fin du monde et aux personnages semble un peu hors sol et nous sortir de l’intérêt du contexte. Ce qui fonctionne c’est bien d’illustrer (comme dans Saint-Barthélémy) la réalité crue d’une époque ravagée, là où Stalner excelle avec ses gueules de gueux et ses féroces chevaliers.

En outre l’itinéraire mental des personnages devient peu cohérent entre les deux tomes. Si l’on comprend le traumatisme du rescapé Baldus et la vengeance de la féministe Alixe, on ne sait ensuite plus bien si l’on a migré dans un récit fantastique, la contextualisation se délitant et l’intérêt avec. On ne comprend ainsi pas bien le découpage en deux volumes qui semblent ne pas viser le même projet. Si le plaisir est là dans le tome un (notamment pour les amateurs de Stalner), on est un peu perdu dans cette quête artificielle et vaguement grandguignolesque dans le second volume où les beaux paysages et ma maîtrise graphique du dessinateur ne suffisent plus à maintenir notre attention. Inégal disais-je…

 

***·Comics·Nouveau !·Rapidos

Dceased #2: dead planet

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Comic de Tom Taylor et Trévor Hairsine
Urban (2021) – (DC (2020), one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance!

Publié sous le titre Dceased 2 par Urban, ce volume rassemble les épisodes de Dceased: Dead Planet. Après les épisodes intercalaires (très dispensables) Unkillable et A Hope at world’s end, nous voyons revenir l’équipe créative initiale pour la véritable suite et fin de la saga de l’anti-vie.

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Tout ce qui a commencé doit finir, dit-on. Après s’être fait connaître sur la très grosse série Injustice (dont le dernier tome de l’Intégrale sort cette semaine également), Tom Taylor avait repris sa recette éprouvée sur une variation zombie dans le premier Dceased qui proposait un franc rafraîchissement dans l’univers scans_daily | DCeased: Dead Planet #1planplan de la Justice League. Si le premier tome marquait à nouveau par la liberté très gonflée de Taylor dans le destin définitif des héros, la nécessité de conclure son histoire était un très gros risque de revenir dans la normalité lassante de l’éditeur DC. La question de la réversibilité des décisions scénaristique se posait et je ne vais pas prendre plus de temps pour vous confirmer qu’elle est maintenue! Habitués au Multivers et autres renaissances, préparez-vous, chez Taylor les morts le sont définitivement et sans tabou! La grande force de cette série est donc assumée en s’autorisant à tuer les plus grands héros de la Terre (voir de l’Univers). C’est du reste logique à compter du moment où la mécanique même de Dceased repose (un peu comme dans GOT, toujours lui) sur l’alternance régulière de morts inconcevables. Sur ce point (ainsi que sur les dessins toujours présents sous la talentueuse plume de Trevor Hairsine) le contrat est rempli et le plaisir toujours là.

Malheureusement, outre l’idée d’un happy end incongru, le cahier des charge éditorial revient s’imposer sur ce second volume avec une migration vers les Teen Titans, ligne générale de la plupart des publications DC depuis quelques temps. La pirouette permet aux figures héroïques de ne pas disparaître totalement malgré la mort de leurs porteurs avec les fistons Wayne et El qui prennent la suite de leurs papa (je ne parle pas du Green Lantern dont l’anneau peut choisir un porteur à tout moment). L’intrigue suit donc un retour des héros sur Terre pour chercher un antidote à l’anti-vie. L’idée est clairement bof et casse beaucoup l’atmosphère « je casse mes DCeased: Dead Planet (2020-) Chapter 2 - Page 18jouets » si jouissive précédemment. Très axé sur l’univers de la magie et l’inénarrable John Constantine (le gros point fort de l’album, comme dans toutes les publi où il intervient!), ceux qui ont lu Injustice retrouveront les mêmes ficelles qui, même si elles sont plutôt amusantes, reprennent là encore les défauts de la plupart des publi DC avec une ribambelle de créatures immortelles, défiant les lois de la Nature, et pourtant à mettre au tapis par de simples bourre-pifs… magiques. La toute puissance de Constantine est heureusement compensée par ses réparties toujours drôles.

N’évitant pas quelques étranges blancs dans la continuité des intrigues secondaires qui laissent imaginer des résolutions dans des publications annexes (que deviennent Darkseid et les Néo-dieux?), finissant un peu facilement face à des méchants franchement ridicules, Dceased 2 est donc clairement un ton en-dessous de son prédécesseur. Pourtant malgré le carcan commercial qui le contraint, Tom Taylor reste un des scénaristes américains les plus intéressants dans le genre superslip. Appuyé sur une très belle création graphique il permet de savourer cet album comme une sympathique récréation en pouce café. Dceased aurait clairement pu s’arrêter à la fin du premier tome. Le second n’est pas honteux pour autant.

*****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Le Grand mort

BD de Loisel, Djian, Mallié et Lapierre (coul.).
Glénat (2008-2019), 474p., Intégrale des huit tomes.

Le Grand Mort - Intégrale Tomes 05 à 08

Coup de coeur! (1)Lorsque Pauline débarque au fin fond de la Bretagne pour bosser son mémoire, elle ne se doute pas de l’aventure qu’elle va vivre. Une aventure intime et temporelle où elle trouvera l’amour, un enfant, et se retrouvera confrontée à des enjeux dépassant l’imagination et mettant le monde en péril lorsqu’un déséquilibre surviendra entre les deux réalités… 

Vincent Mallié - le site officielDe Régis Loisel on a plus lu d’albums en tant que scénariste que comme dessinateur. Parmi les Grands Anciens de la BD il a pourtant posé une marque indélébile sur toute une génération de dessinateurs et l’on retrouve souvent son style graphique sur les planches de ses collaborateurs… ce qui pose quelques questions tout de même. Si le cycle Avant la Quête vise logiquement à inscrire une filiation graphique avec le cycle mythique dessiné par Loisel, sur le Grand mort on peut s’interroger sur un certain narcissisme à demander à un artiste chevronné comme Vincent Mallié (qui a alors dix ans de carrière, un style solide et la très belle série Les Aquanautes sur son CV) de singer sa patte. Mallié s’en sort excellement en rappelant des aspects si connus du style Loisel, fait de hachures, de créatures aux yeux rouges et de pulpeuses donzelles. Là n’est donc pas le problème. Mais on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi Loisel n’a pas dessiné lui-même la série. Bref…

Dossier Le grand mort T.4 - INTERVIEW DE LOISEL, DJIAN & MALLIÉJ’entends parler depuis fort longtemps de cette série qui au-delà de l’aspect patrimonial de son auteur bankable jouit d’une aura tout à fait remarquable, celle d’un classique de la BD. Je dois dire que sur le démarrage j’ai eu un peu peur, le premier tome (et le pitch) faisant craindre une énième histoire de passage entre deux mondes. Pourtant, si certains dialogues peuvent sembler faiblards sur le premier volume, dès le second et le retour dans notre univers s’installe la dramaturgie nécessaire alors que la quête d’Erwan pour retrouver sa belle s’étire. Va t’on retourner voir le Petit peuple? Que s’est -il passé pendant le « voyage » pour que le monde que l’on connaît sombre progressivement dans un chaos pré-apocalyptique? La progression vers le sombre est remarquablement bien menée et le triptyque de personnages fonctionne à merveille jusqu’à la moitié de la série où les explications sur les liens entre les univers et la finalité du Plan est révélée. Très malin, le scénario utilise donc un premier tome pour proposer une normalité du fantastique plutôt triviale et quelques heures de l’autre côté où tout va se jouer sans que l’on ne puisse en percevoir grand chose. Ainsi la bascule progressive dans le chaos de ce qu’il faut bien appeler une Fin du monde est d’autant plus choquante que la découverte s’étire sur un récit itinérant visant à faire se rejoindre au bout des huit tomes les deux groupes que constituent Erwan et l’enfant d’un côté, le duo de copines de l’autre, traversant une Bretagne où elles observent les effets de la catastrophe.

Preview BD Le Grand Mort T7 : Dernières migrations - GlénatUne des grandes réussites de la série repose sur des personnages pas si caricaturaux qu’ils ne semblent. A commencer par une relations étrange, dérangeante, entre la mère et la fille. Fécondée on ne sait comment, Pauline soupçonne très tôt sa fillette au faciès si étrange d’être liée aux catastrophes qui l’entourent. Erwan de son côté, semble peu touché par le chaos environnant et les étrangetés qui surviennent. Nouant un lien plus facile avec la fillette, il finit par réaliser que sa bienveillance naturelle est peu de choses face à la noirceur de l’enfant… Au-delà des thématiques sociales esquissées, du handicap, de l’adoption ou des relations parentales, c’est bien le principe de l’Antéchrist qui est convoqué par Loisel et Djian dans Le Grand mort (titre qui reste d’ailleurs énigmatique jusqu’à la conclusion…). Un Antéchrist que l’on a peine à accepter enfant, marqués que nous sommes par les schémas narratifs évoluant inéluctablement vers une forme de rédemption, de pardon. Or chez Loisel (comme sur son Peter Pan d’ailleurs) peu d’appétence pour le manichéisme et les bons sentiments. Son enfant est noire, criminelle, maléfique. Sans jugement puisque cela a une raison expliquée, mais avec Erwan nous finissons par reconnaître que cela ne peut pas continuer ainsi et qu’aux grands maux les grands remèdes… dérangeant disais-je!

Le Grand mort – Tome 8 – Renaissance | Un Amour de BDIl en est de même avec les deux copines dont on soupçonne un début de jalousie… qui n’ira pas dans le sens attendu. Très difficile d’anticiper une évolution des personnages dans Le Grand mort tant une forme de réalisme englobe le tout. Cette lecture à l’ère du Covid est particulièrement marquante car on aura rarement disséqué aussi longuement et finement la disparition de nos sociétés. Le genre post-apo prévoit généralement un avant ou un après… très rarement le déroulé de la Fin. Fervent partisan de la mise en scène de l’apocalypse (avec en point d’orgue la fameuse scène cataclysmique d’Akira), depuis le Chninkel ou Universal war one j’ai rarement été autant soufflé par la pertinence et la force d’une telle mise en scène… qui n’est pas là que pour le spectacle mais bien pour décrire les conséquences concrètes d’un délitement civilisationnel.

Laissant finalement le Petit peuple et son esthétique de créatures « à la Loisel » dans un coin, la série se déroule ainsi très majoritairement dans notre monde en mettant en scène des êtres humains dans la tourmente. Jusqu’à la toute fin on ne saura ni pourquoi ni comment en finir, et finalement, est-ce bien le but? Œuvre remarquable d’intelligence et de radicalité, Le Grand Mort est pour l’heure le chef d’œuvre de Loisel à égalité avec La Quête de l’Oiseau du Temps (et pour des raisons assez similaires quand on y regarde de près…), sur les dessins toujours efficaces de Vincent Mallié, dessinateur injustement méconnu et dont la précision s’affine série après série et donne envie de se plonger dans le tout récent Ténébreuse qui vient de paraître chez Dupuis.

Le second et dernier tome de l’intégrale sort ne 17 novembre chez Glénat-Vent d’ouest

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***·Comics·East & West·Nouveau !·Numérique

Future State: Justice League

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Recueil de 360 pages, comprenant les épisodes US Future State Flash #1 et #2, Future State: Teen Titans #1 et #2, Future State Aquaman #1 et #2, Future State La Ligue des Ténèbres #1 et #2, Future State Wonder Woman #1 et #2, Future State Suicide Squad #1 et #2. Parution le 24/09/2021 aux éditions Urban Comics.

État de l’union

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Les futurs possibles de l’univers DC n’ont jamais été très enthousiasmants. Dans le cas présent, ils riment pour ainsi dire tous avec apocalypse, fin du monde, et destruction du monde tel que nous le connaissons. Quel futur prévaudra ? Quels héros sortiront indemnes de ces confrontations ?

De son côté, Barry Allen, anciennement Flash, poursuit son ancien protégé Wally West, qui, après avoir perdu l’esprit, est devenu l’invincible avatar du cavalier de la Famine. Afin de neutraliser son ancien ami, Barry, désormais privé de la Force Véloce, doit collecter une à une les armes de tous ses ennemis, afin de constituer un arsenal à même de vaincre un bolide tel que Wally. Sa résolution sera mise à rude épreuve pendant cette quête, alors que ses autres amis tombent comme des dominos face à ce danger mortel qui a ravagé le monde.

Les Teen Titans, quant à eux, affrontent également les cavaliers, et vont devoir utiliser toutes leurs ressources pour les neutraliser. Alors que Nightwing ressemble toujours davantage à son mentor Batman, les autres titans, dont certains sont inexpérimentés et sous-armés, se rassemblent sous le leadership de Starfire.

Le grand Shazam, lui, se retrouve lui aussi aux prises avec les puissantes entités, qu’il doit maîtriser au prix de grands sacrifices. On assistera alors à la réelle dichotomie entre Billy Batson et le Mortel le plus puissant de la Terre.

La Justice League Dark est également confrontée à une fin du monde, mais cette fois des mains de Merlin en personne, qui a siphonné la magie pour l’asservir à sa cause. Dr Fate, Zatanna, Constantine, Etrigan et Détective Chimp doivent redoubler de ruse pour doubler rien de moins que le maître de la magie.

Toutes ces histoires ne convergent pas encore totalement, mais plongent les héros du moment dans le pire futur possible pour la majorité d’entre eux. L’idée est intéressante, et permet de voir ce que chacun d’eux devient une fois au pied du mur.

L’intérêt varie cependant en fonction des histoires, si bien que celles de Wonder Woman et du Suicide Squad palissent un peu en comparaison du reste. Il reste donc à voir ce que réservent les autres méandres du futur dans les tomes suivants.