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La Tour #1

La BD!

Premier tome de 62 pages, d’une série en trois parties écrite par Jan Kounen et Omar Ladgham, et dessiné par Mr Fab. Parution chez Comix Buro le 09/06/2021.

La Tour de la question

Dans un futur relativement proche, la civilisation humaine s’est (encore!) effondrée, anéantie par une bactérie ravageuse à laquelle seuls 2746 humains sont parvenus à échapper. Ces miraculés doivent leur survie à quelques milliers de tonnes de béton, d’acier et de verre, qui prennent la forme d’une immense tour.

Conçue pour être autonome, cet édifice, géré par l’ordinateur Newton, abrite donc les derniers survivants de l’Humanité depuis une trentaine d’années, dernier rempart se dressant entre l’Humanité et l’anéantissement. Certaines excursions sont organisées et menées par les chasseurs, dont la mission est de ramener du gibier tout en évaluant l’hostilité de l’environnement. Malgré tout, le temps passe et accomplit son œuvre sur la Tour, qui, de fleuron technologie européen, est passé lentement à cloaque vétuste menaçant de s’effondrer.

Si le matériel a subi les outrages du temps, les habitants ne sont pas en reste non plus. Confinée depuis trois décennies, la population vieillissante ne promet pas un avenir des plus radieux pour le genre humain. Seulement, voilà, il existe désormais toute une frange de la population qui n’a connu que le confort reclus de la Tour, et qui n’a jamais mis les pieds à l’extérieur. Ces « intras » comme on les surnomme, ont en eux une fougue et un ressentiment qui pourrait semer le chaos dans l’équilibre toujours plus précaire de la Tour.

Nul ne peut se prévaloir de sa propre Tour-pitude

Dans un bref préambule, Jan Kounen et Omar Ladgham, issus tous deux du monde audiovisuel, précisent que La Tour était initialement un projet de série TV, qui a plus tard été adapté en BD. On a tendance à les croire, tant ce premier tome fait ressurgir des images et des lieux communs (plus ou moins) emblématiques issus de longs métrages du même genre.

La séquence d’ouverture, par exemple, nous évoque immédiatement des films comme Je suis une légende, grâce au décor urbain envahi par la nature. La tour éponyme, son design et les tensions qui croissent entre les habitants semblent émaner du film High-Rise, tandis que le thème du dernier refuge de l’Humanité, de la survie confinée et de la lutte des classes nous rappelle le célèbre univers du Snowpiercer. Les auteurs opèrent donc un mélange de plusieurs concepts sans qu’il s’en dégage nécessairement une impression de déjà vu.

Néanmoins, là où Snowpiercer établissait clairement et dès le premier acte les enjeux humains et politiques à bord du train, La Tour se permet de rester plus évasive sur les réalités du pouvoir au sein de de son édifice. Qui détient le pouvoir ? Est-ce un régime autocratique ? Peu d’éléments permettent de répondre à cette question, si bien que la révolte des intras ne parvient pas à se hisser au niveau de la révolution des sans-classe du Transperceneige, étant donné que les jeunes révoltés n’ont pas vraiment d’adversaire politique ni d’oppresseur désigné.

Certes, les conditions de vie dans la Tour sont de plus en plus difficiles, mais on ne ressent pas à la lecture d’injustice ni de différences de traitement. Lorsqu’un étage devient inhabitable, on sent l’urgence et le manque de moyens, mais à aucun moment on ne nous présente d’éléments venant justifier la rébellion des intras.

Il aurait donc fallu autre chose que le « teen spirit » pour faire adhérer le lecteur à la cause intra. D’autant plus que, et c’est pourtant un des points positifs de l’album, une partie de l’exposition est consacrée à démontrer la dangerosité du monde extérieur et le risque mortel encouru par tous les survivants. Avec cette information en tête, on a donc d’autant plus de mal à adhérer à cette révolte, qui fait jette effectivement une lumière défavorable sur les jeunes confinés.

Côté graphique, le style réaliste de Mr Fab est tout à fait opportun, même s’il surprend parfois sur quelques cases, étrangement dépouillées. Sur d’autres plans, notamment les plans de foule, les visages, pourtant bien dessinés et détaillés, on a tout de même une impression d’interchangeabilité. En revanche, le design de la tour et les décors urbains décrépits permettent à l’artiste d’exprimer son talent.

Espérons que la suite de la série approfondira davantage et de façon plus cohérente l’univers riche promis par son concept.

***·Manga·Service Presse

Astra, lost in space 2-5

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Manga de Kenta Shinohara
Nobi-Nobi (2016) 2019, 240 p./volume, série finie en 5 volumes.

Un billet de découverte du premier volume est disponible ici. La maquette nobi-nobi est très didactique en proposant en fin de jaquette un résumé, la tomaison des cinq volumes, l’âge recommandé et les thématiques abordées. L’intérieur comporte des séquences dont le texte a été détourné humoristiquement. En début d’albums nous avons droit à un résumé général, un rappel des personnages et une jolie double illustration couleur à chaque tome. Également chaque volume se termine par quelques strips humoristiques reprenant les personnages dans des situations décalées. Globalement une édition très solide qui accompagnement parfaitement la lecture. A noter que la série a fait l’objet d’une adaptation animée.

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bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

J’avais accueilli favorablement le premier tome de cette série déjà un peu ancienne, parue chez Nobi-nobi, label des éditions Pika développant un catalogue jeunesse. A ce titre, si Astra est indiqué en jeunesse on peut noter que les thématiques traitées au final des révélations sont relativement pointues dans la gamme SF et touchent résolument le Seinen. Ainsi la particularité de cette série remarquablement maîtrisée est de proposer en simultané deux genres assez éloignés: le récit de lycée et d’apprentissage sur un ton léger, et un thriller spatial et SF qui va assez loin dans les réflexions sur notre futur et assez sombre dans son traitement adulte. Et ce qui étonne le plus c’est que cet alliage très improbable fonctionne presque parfaitement tout le long des volumes de taille inégale (le dernier comporte plus de deux-cent cinquante pages quand les autres tournent autour de deux-cent).

Ainsi l’aventure commence sur un ton léger en nous promettant la visite de planètes tout à fait exotiques permettant d’imaginer faunes, flores et systèmes planétaires crédibles. L’aspect pédagogiques du shonen est très bien mené en donnant plein d’explications scientifiques simples sur la biologie via le personnage de Charce, spécialiste scientifique. La répétition de ces explorations planétaires serait sans doute devenue lassante si l’auteur n’avait pas adopté un rythme assez rapide, ne traînant pas sur les intermèdes plutôt dédiés aux relations entre personnages. Et en la matière il y a de quoi faire puisque avec neuf membres d’équipage les interactions sont nombreuses, que ce soit la résolution de sous intrigues, de tensions ou les découvertes de leurs passés… qui sont bien entendu directement liés à l’intrigue principale.

Si on constate quelques longueurs (selon l’âge auquel on va lire le manga, j’imagine que des adolescents seront plus pris que moi par les relations (amoureuses?) entre personnages) notamment sur le second volume, bien vite des éléments de résolution du thriller s’ajoutent et font monter la tension et l’envie d’avancer. Kenta Shinohara montre un remarquable talent pour disséminer les informations choc parfaitement réparties pour éviter que chacun des éléments de sa série ne prenne le dessus sur les autres. Auteur d’une précédente série de lycée humoristique, il est à l’aise dans son traitement des personnages et l’humour fonctionne ici encore très bien pour maintenir un esprit léger même après les moments les plus dramatiques. On est surpris de l’ambition du projet et de la profondeur des problématiques dans une série aussi courte, sans jamais avoir le sentiment d’un trop ou d’éléments inaboutis. Après la longue conclusion du cinquième volume (à l’entrée duquel on est un peu inquiet tant les révélations sont nombreuses) on referme cette série avec l’assez rare Astra Lost in Spaceimpression que tout a été dit, traité, conclu. Il est difficile de vous parler des problématiques au cœur de l’intrigue sans déflorer l’intérêt du manga mais l’identité que l’on se construit, la norme sociale et la liberté individuelle de se choisir un avenir sont bien l’essence du message que veut porter l’auteur. Ce sont les bases de tout manga de lycée mais en situant ses personnages dans un contexte de crise et de SF cela permet d’aller plus loin que les simples tempéraments archétypaux de départ. En post-face l’auteur indique qu’il voulait se mettre en danger avec ce manga en abordant un contexte SF qu’il maîtrisait mal. Et l’on peut dire que son projet est sur ce point parfaitement maîtrisé en rendant intéressant un traitement d’un futur possible assez original.

Projet risqué et hybride, Astra – lost in space s’avère une grande réussite thématique et scénaristique légèrement freiné par des dessins un peu simples (notamment pour les arrières-plans) malgré un chara-design très sympathique. Cela ne gène pourtant en rien un plaisir de lecture qui vous fera dévorer ces cinq tomes que vous soyez féru de SF ou novice dans le thème. Et en cela aussi c’est une fort belle découverte.

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Invisible Kingdom #2: La Bordure

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Second tome de 110 pages de la série écrite par G. Willow Wilson et dessinée par Christian Ward. Parution le 19/05/21 aux éditions HiComics.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Le prix de la rébellion

Dans le premier tome, nous faisions la connaissance de Vess, une jeune Rooliane qui quittait le confort relatif de son foyer pour s’engager auprès de l’église de la Renonciation, un culte intergalactique aux milliards de fidèles. Ce faisant, Vess savait qu’elle faisait défaut aux attentes placées en elle par son peuple, dont les traditions exigeaient d’elle qu’elle se reproduise pour perpétuer l’engeance Rooliane.

Alors qu’elle découvrait les arcanes secrètes de la Renonciation, qui prône le détachement matériel et la frugalité, Vess fit la rencontre de Grix et de son équipage, qui travaillent pour comme livreurs galactiques pour la méga-corporation Lux.

Lux est une métaphore à peine dissimulée de géants commerciaux bien réels comme Amazon, qui s’oppose depuis toujours aux idéaux prônés par la Renonciation. Toutefois, Vess découvre bien malgré elle un lien secret entre les deux entités, rendant caduc tout ce en quoi elle croyait. Depuis le début, Lux et l’église conspirent ensemble pour manipuler les foules planétaires, et maintenir un équilibre dont eux seuls semblent bénéficiaires. Consommez par-ci, mais renoncez par-là, les habitants de la galaxie semblent piégés dans cette seule alternative.

Témoins gênantes et alliées bien malgré elles, Vess et Grix sont poursuivies par la corporation à travers la Bordure, et échouent dans une région inhospitalière, où le vaisseau de Grix, véritable épave spatiale, tombe en rade. Était-ce là le prix de leur révolte ?

On retrouve donc dans ce tome 2 nos protagonistes en fâcheuse posture, perdues au milieu d’un champ de débris, promise à une lente agonie, et surtout, la proie des pirates qui écument la région. Désormais prisonnières, les deux rebelles vont devoir lutter pour leur survie, en mettant de côté leurs différends, alors même quelque chose de nouveau semble poindre entre elles…

Après un premier tome qui offrait une métaphore acerbe sur notre société de consommation et sur la assujettissement des masses, Invisible Kingdom met la contestation et le débat philosophique en pause pour se consacrer au développement de la relation entre ses deux héroïnes. Tout en augmentant les enjeux de leur survie, la scénariste se consacre à semer les graines de leur romance, une romance quelque peu attendue et qui n’offre pas de grande surprise en soi.

Ce tome 2 donne donc la sensation de n’être qu’un interlude, puisque l’équipage de Grix se retrouve durant un bon moment dans une situation passive, eux qui avaient pris dans le premier tome une décision courageuse. Lux et La Renonciation sont bien évidemment citées, mais de telle façon qu’on ne peut qu’avoir l’impression de s’éloigner de l’intrigue principale.

Si une histoire est traditionnellement découpée en trois actes, le second est classiquement considéré comme celui où l’auteur tient ses promesses, celles faites dans le premier acte. Or, ici, force est de constater que ce n’est pas le cas. Espérons que le troisième tome se recentrera sur l’intrigue principale, celle qui fait tout l’intérêt d’Invisible Kingdom.

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Doggybags One Shot #4: Dirty Old Glory

La BD!

Histoire complète en 97 pages, écrite par Mud et dessinée par Prozeet. Parution le 23/04/2021 au sein du Label 619 d’Ankama.

La survie du plus fou

D.O.G nous plonge dans une Amérique ravagée par une nouvelle guerre civile. Après l’élection contestée du président Holster, le pays s’est embrasé dans les flammes de la dissension jusqu’à ce que six états proclament leur sédition. Cet acte à conduit le président à ordonner une intervention armée, qui a rencontré une forte résistance.

Parmi les milices encore actives, se trouve Chuck Hudson, qui a réuni autour de lui une communauté de survivants grâce à ses connaissances pointues en matière de survie. En effet, Hudson est ce que l’on nomme un « prepper« , un individu se préparant assidument à la chute des institutions et à la défaillance des structures étatiques, qui exposeront fatalement les individus à la loi du plus fort et à des dangers constants.

Parmi ses partisans les plus fervents, on trouve l’équipage du Pin-Up, un tank lourdement armé qui défend les dissidents contre les troupes du Président: Carl, Enapay, Ben, Pulp et Fritz. Lorsqu’une mission de sauvetage tourne mal, les cinq combattants vont se retrouver piégés dans leur tank, sous une montagne de débris. Commence alors pour eux un huis clos éprouvant, durant lequel chaque heure écoulée diminue d’autant leurs chances d’être secourus. Sous la pression, les personnalités vont se révéler, les secrets jalousement gardés par chacun vont refaire surface, avec des conséquences, on s’en doute, dramatiques.

What you are in the dark

Dans un pays qui s’est effondré, il n’est pas étonnant de croiser des femmes et des hommes aux destins brisés. Cependant, les apparences sont proverbialement trompeuses: les âmes les plus torturées ne sont pas celles que l’on croit. Les jours s’écoulant au sein du cercueil blindé, les failles de chacun vont se faire jour, et l’enjeu de la survie va bientôt éclipser les idéaux politiques et la camaraderie redneck.

Doggybags-One shot 4 : Dirty Old Glory – SambaBD

L’album s’ouvre sur une séquence d’action nerveuse et brutale qui donne le ton de l’album: une logique inique et cruelle, qui ne donne pas aux personnages ce qu’il leur faut, mais au lecteur ce qu’ils méritent. A l’image de sa conclusion, tout aussi cruelle et retorse, et qui s’inscrit dans la droite lignée de la collection Doggybags. Sur le plan graphique, Prozeet fait un excellent travail, qui oscille entre traitement réaliste de la violence et outrance caricaturale. Mud, vis à vis du scénario, puise encore une fois dans son vivier d’idées américaines pour créer un contexte dystopique glaçant de plausibilité. La tension du huis clos peut retomber par moments du fait des flash-back qui entrecoupent le calvaire de nos anti-héros, mais l’angoisse demeure présente sur l’ensemble de l’album malgré tout.

Dirty Old Glory mêle donc huis clos et dystopie pour livrer un nouvel album coup de poing dans l’escarcelle de Doggybags.

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Year Zero #1

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Album de 110 pages comprenant les cinq volumes de la mini-série Year Zero, écrite par Benjamin Percy et dessinée par Ramon Rosanas. Parution en France chez Panini Comics le 17/03/2021.

Dur, dur d’être un zombie

En cette période pour le moins singulière où chacun de nous est un survivant, Panini Comics a jugé opportun de lancer deux nouveaux albums sur le thème de la pandémie. Cet argument de vente, certes opportun, d’en comporte pas moins des promesses de frissons, et, pourquoi pas après tout, de bonnes lectures.

Dans ce Year Zero, nous allons suivre les mésaventures d’un certain nombre de protagonistes, répartis dans le monde et ayant chacun leur manière d’affronter cette fin du monde.

Sara Lemons est en mission dans le cercle polaire, afin d’étudier les couches glaciaires. Elle espère y trouver un remède aux maux qui agitent notre siècle, qu’ils soient climatiques, énergétiques, sociétaux ou médicaux.

A Mexico, Daniel Martinez, jeune orphelin des rues, fait ce qu’il peut pour survivre et échapper aux cartels qui ont tué sa mère, convaincu qu’il survit par la grâce divine.

Saga Watanabe, lui, tue des gens pour vivre, principalement à Tokyo. Il exécute un dernier contrat censé lui offrir une porte de sortie, une retraite bien méritée avec l’amour de sa vie.

Fatemah Shah, quant à elle, vit en Afghanistan, où elle sert d’interprète et d’informatrice aux soldats américains.

B.J. Hool, enfin, est un américain moyen, un survivaliste nihiliste qui a passé sa vie à se préparer à ce genre d’événement.

Comment ces gens très différents vont-ils réagir lorsque les morts vont se relever, victimes d’un pathogène qui en fait des zombies anthropophages ? La réponse est simple: plutôt mal. Mais ça n’empêchera aucun d’eux de poursuivre ses objectifs ou de s’en trouver de nouveaux, car la vie, au contraire de la mort, n’a rien de permanent et évolue sans cesse.

Vaut mieux vivre avec des vrais morts qu’avec des regrets

Il apparaît assez vite après le premier chapitre que ces protagonistes ne sont pas destinés à se rencontrer. Oublions-donc tout de suite la perspective d’un récit choral ou de survie à la Walking Dead. Chacun des protagonistes possède sa propre ligne narrative, qui ne croise à aucun moment celle des autres, excepté celle de Sara Lemons, qui se déroule un an avant la pandémie, et qui influe donc sur le reste.

Les sauts et ellipses entre les différents personnages dynamise le rythme du récit mais donne également une sensation de survol, l’auteur se concentrant sur l’essentiel de sa narration sans étoffer davantage certains points qui auraient mérité de l’être.

Year zero - BDfugue.com

Le point de vue interne des protagonistes reste tout de même très intéressant, chacun d’entre eux ayant des croyances et un vécu qui définissent leur vision du monde, et nécessairement, leur réaction face l’apocalypse zombie. Saga Watanabe et Daniel Martinez recherchent la vengeance, tandis que Fatemah cherche l’émancipation et la rédemption. BJ Hool quant à lui, a vécu isolé toute sa vie et ne découvre que maintenant l’intérêt de créer du lien avec une autre personne.

Le parcours de Sara, qui sert de préquel, a des relents de The Thing (la base polaire, une créature sortie de la glace) mais n’exploite malheureusement pas le vivier horrifique que recèle cette prémisse, du fait des ellipses et du peu de temps consacré à cette partie. Le reste des trames individuelles est ô combien classique, hormis sans doute celle du nerd survivaliste qui tombe amoureux, qui comporte son lot d’ironie et d’humour grinçant.

Year Zero vous sera sans aucun doute un peu survendu par Panini Comics en raison du contexte pandémique, mais pas d’affolement: nous ne sommes pas en présence d’un incontournable du récit de zombies, même si l’exécution reste bonne et agréable à suivre. A priori, un deuxième volume est sorti aux US et ne devrait pas tarder à traîner des pieds jusqu’ici pour tous nous dévorer.

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Sentient

Roman graphique de 168 pages, écrit par Jeff Lemire et dessiné par Gabriel Hernandez Walta. Parution chez Panini Comics le 02/12/2020.

Nouvelle frontière, défis d’antan

Alors que l’Humanité glisse lentement vers le chaos et l’asphyxie sur Terre, ce qu’elle compte d’explorateurs et d’âmes volontaires est envoyé à travers les étoiles, afin d’établir une colonie qui sera le nouveau foyer de l’espèce humaine. L’équipage de l’U.S.S. Montgomery abrite un équipage de colons en route vers la colonie en cours de construction, avec parmi eux des enfants appelés à devenir les bâtisseurs de demain.

Seulement, aucun des moments de crise qu’à traversé l’Humanité ne s’est déroulé sans conflit. Entre la colonie et les gouvernements terrestres gronde un conflit larvé qui s’apprête à prendre une tournure bien plus funeste. Alors que le voyage interstellaire de l’U.S.S. Montgomery suit son cours, un sabotage commis par une séparatiste cause la mort de tous les membres adultes de l’équipage, n’épargnant les mineurs que de justesse. Les enfants livrés à eux-mêmes, c’est à Val, l’intelligence artificielle du vaisseau, qu’il revient d’en prendre soin afin de les faire arriver à destination.

Mère de substitution

Commence alors une éprouvante odyssée durant laquelle les enfants vont devoir faire face à des problèmes d’adultes, aidés et chapeautés par Val, dont la principale directive contenue dans son programme la poussera à veiller coûte que coûte sur son jeune équipage. L’on suivra plus particulièrement le parcours de Lil, impétueuse aînée du groupe, et d’Isaac, dont la mère est responsable du désastre.

Au fil des mois qui suivent, Val devient donc une figure parentale et tutélaire, apprenant aux enfants comment survivre sans les adultes et comment faire parvenir le vaisseau à bon port. Ainsi, pour survivre, Val et ses protégés devront se dépasser et aller au-delà de ce qui est attendu d’eux. Malheureusement, même parmi des millions de kilomètres de vide sidéral, peuvent se cacher des obstacles mortels, que même l’IA ne peut anticiper. Il reviendra alors aux petits explorateurs en herbe de s’adapter, et encore une fois, de faire preuve d’une sagesse tragiquement précoce.

Jeff Lemire, qui a déjà prouvé son talent grâce à des séries originales et bien pensées, nous emmène avec lui dans une odyssée spatiale paradoxalement intimiste. Reprenant le thème délicieusement SF de l’IA-parent (que l’on peut voir-subtilement-dans Alien avec Maman, l’ordinateur de bord du Nostromo, ou encore-pas si subtilement-dans le film I am Mother, ou la série Raised By Wolves), l’auteur de Sweet Tooth offre un scénario touchant sur la réalisation de soi et la nature de la conscience, loin des poncifs du genre voulant que l’IA soit mauvaise ou devienne hostile à l’humain.

Gabriel Hernandez Walta, dont on avait pu admirer le travail sur la série Vision, donne à voir encore une fois une très belle performance. Son coup de crayon est palpable, ce qui donne une matière certaine et non calibrée au dessin, notamment sur les plans rapprochés qui traduisent très bien les expressions des personnages (du moins, tant qu’ils sont vivants, bien sûr !)

Un très beau one-shot écrit par un scénariste très talentueux, cruel dans son exécution mais poétique dans son développement.

**·Manga·Service Presse

Mist gears blast

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Manga de Hajime TANAKA et Yoichi AMANO
Delcourt/Tonkam (2021), 192p. – Série achevée en 2 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt/Tonkam pour leur confiance.

Mist gears Blast est un projet transmedia de deux nouveaux venus dans le secteur puisqu’il s’agit du premier projet du scénariste et du second du dessinateur. Outre les deux volumes du manga (sortir simultanément par Delcourt), un roman est semble t’il paru  ainsi qu’un jeu vidéo pour smartphone, annoncé sur Android et IOS… mais indisponible sous nos latitudes. Du coup la démarche de l’éditeur français est un peu étrange puisque nous n’avons pas accès à la totalité du projet, ce qui est assez dommageable dans un univers conçu comme se répondant…

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Il y a 70 ans la Brume est apparue, tuant les humains et transformant les animaux en monstres féroces… Réfugiés sous terre, les hommes ont appris à vivre (ou plutôt survivre) dans ce nouveau contexte, loin de la sécurité car victimes de fuites de plus en plus fréquentes dans leurs refuges. Nagi est une jeune fille très déterminée qui décide un jour d’affronter l’interdit et de monter à la surface pour secourir son père disparu et rechercher ce qui pourra protéger le reste de l’humanité…

Mist Gears Blast Chapter 7 - Page 2Avec un pitch rappelant LOW et bien d’autres histoires post-apo, un design steampunk absolument réussi et des dessins dans le haut du panier, Mist Gears blast avait tout pour être un sympathique petit manga de baston grand public. Ca commence plutôt pas mal puisque, sur un rythme très rapide vue la très courte pagination globale, on démarre en pleine action après un historique concis, complet, qui ne recherche pas la complexité. Avant toute chose, je précise que ce diptyque est bien un Shonen qui s’adresse directement à des jeunes joueurs de jeux vidéo. Si l’on se range dans ce public on devrait apprécier cette histoire un peu décousue qui hésite tout le long entre la construction d’une intrigue et de personnages et le simple prétexte à des bourre-pif monumentaux dans des gueules de monstres titanesques…

Tout l’effort graphique est porté sur les personnages dans un Chara-design totalement inspiré des jeux-vidéo et absolument convainquant! Le dessinateur est franchement bon, assez minutieux et très varié dans un découpage qui joue entre pleines pages percutantes, cases destructurées et décors qui font le job. Du coup on est dans l’utilitaire classe avec des armes alimentées par la fameuse brume (pratique!) et maniées par un corps d’élite (les Gears) hiérarchisé avec cinq escouades dotées toutes d’un chef particulièrement travaillé et bien entendu totalement archétypal. Dans ce projet illustratif les justifications sont minimalistes et l’on trouve l’héroïne recrutée dans le quatrième escadron de Gears quelques pages après être sortie de son village de naissance. On ne traîne pas! On ne nous expliquera jamais comment cette mioche peut être aussi forte à terrasser d’une mandale des monstres géants et à bondir à quinze mètres de haut…

Sur le plan du « scénario » on alterne donc les séquences de baston montrant combien l’union fait la force et l’utilité des combo. Quelques onces de background nous narrent des identités masquées du royaume de l’extérieur et bien sur un papa disparu qui va inévitablement avoir un rôle inattendu. Les dialogues ne sont pas honteux (à l’inverse d’une nouvelle finale censée conclure l’intrigue avec moultes clichés misogynes et platitudes adolescentes) mais cassent quelque peu un rythme qui était tout à fait justifié à se contenter de l’action permanente. On ne comprend pas bien pourquoi le scénariste a tenu à développer un bourgeon d’histoire avec seulement deux volumes et une motivation originale qui n’en avait pas besoin.

Mist Gears Blast Chapter 1 - Read Mist Gears Blast Chapter 1 Online |  MangaRock.OnlineL’impression finale est celle d’un projet mal ficelé mais à la réalisation plutôt sympatoche. D’abord parce que, conçu comme trans-média, l’absence du jeu-vidéo en France pour appuyer cette petite histoire saborde l’aspect teasing en faisant du manga une finalité, qu’il n’avait pas lieu d’être. Originalement publié en épisodes dans un magazine on comprend bien le côté goodies et le format manga pose question. Ensuite parce que nous n’aurons jamais la fin de l’histoire! Delcourt a traduit les jaquettes originales indiquant l’existence du roman… en japonais (merci!). La nouvelle de sept pages insérée en fin ne résout rien alors que les deux tomes du manga avaient mené (au pas de charge mais sans grand soucis) l’histoire au seuil de la résolution avec promesse de bonnes grosses batailles, fort alléchés que nous sommes par les combats déjà vus. Du coup on ressort très frustrés par un tiers de projet qui en restera vraisemblablement là. Vraiment dommage car le transmedia est vraiment un concept novateur et intéressant et parce que le manga en lui-même s’en sort pas si mal. Gros appel à l’éditeur français donc pour qu’il traduise très rapidement le roman et diffuse le jeu sur les smartphones français!

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***·Comics·East & West·Jeunesse·Nouveau !

Giants: Brotherhood

Récit complet en 128 pages, écrit par Carlos Valderrama et dessiné par Miguel Valderrama. Parution le 25/09/2020 aux éditions Urban Comics, collection Urban Link (format comics).

Kaiju-palooza !

Il y a de nombreuses années déjà, le monde s’est écroulé sous les pas des géants. Des monstres à la peau impénétrables, qui ont rasé ce que l’homme tenait pour acquis et qui l’ont forcé à se cacher profondément sous terre. De cette catastrophe a émergé une nouvelle société, post-apocalyptique, violente, régie seulement pas la loi du plus fort.

C’est dans cet environnement hostile, contrôlé par des gangs en guerre perpétuelle, qu’ont grandi Gogi et Zédo. Deux jeunes orphelins réunis par le destin, prêts à affronter ensemble toutes les galères, mus par un simple rêve: faire partie du gang des Bloodwolves.

Pour ça, les deux survivants vont se voir confier une mission, déguisée en rite de passage: remonter à la surface, et mettre la main sur de l’ambrenoir, une ressource rare et puissante, issue du corps même des monstres géants. L’ambrenoir donne l’avantage à ceux qui la possède, et ici-bas, ne sert qu’à faire la guerre.

Gogi et Zédo vont donc embarquer pour leur périlleuse mission en territoire kaiju, impatient à l’idée de rapporter le trésor qui leur vaudra de faire enfin partie d’une famille, aussi toxique soit-elle. Mais les deux jeunes ne sont pas prêts pour ce qui les attend en haut. Leur fraternité sera-t-elle à l’épreuve des monstres ? Et d’ailleurs, qui sont les véritables monstres ?

L’Homme est un kaiju pour l’Homme

Dans les œuvres post-apocalyptiques, il est intéressant de voir ce que ce serait devenue l’Humanité si elle avait faire face à l’éventualité de son extinction. Comment les sociétés et les institutions se seraient réorganisées, la résurgence de la loi du plus fort dans un monde dévasté, sont autant de sujets fascinants et traités à l’envi dans ce genre transmédia.

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas vraiment le cas dans Giants. Les frères Valderrama mettent le focus sur la relation entre leurs deux protagonistes, et ne livrent que le strict minimum concernant le background. Tout ce que l’on apprendra dans la série, c’est que des gangs de jeunes s’affrontent dans des villes sous-terraines, tandis qu’à la surface, règnent des (deux?) monstres géants qui se livrent eux aussi bataille.

Où sont les adultes ? Quid du pouvoir politique dans ces villes ? Si l’ambrenoir est une source de combustion, est-elle utilisée autrement que pour la baston ?

Si l’idée de base est intéressante (on retrouve la thématique des bandes de jeunes et le duo d’orphelins post-apo comme dans Akira), elle donne l’impression de n’être qu’effleurée, sans que les auteurs ne prennent la peine de la contextualiser. Les monstres non plus n’ont pas droit à un traitement en profondeur (ce qui est parfois le cas dans certains films de kaijus, Cloverfield en tête), même si leur design reste intéressant en évitant les poncifs reptiliens du genre. On retrouve d’ailleurs, en parlant de Cloverfield, l’idée des parasites de kaijus, sortent de puces monstrueuses et agressives.

Giants exhibe donc ses influences de façons assez ostentatoires, sans nécessairement en tirer profit sur la longueur du récit. La dynamique des frères ennemis est traitée de façon classique, mais assez efficacement pour que l’on s’attache aux personnages et à leur sort.

Giants: Brotherhood reste une lecture agréable, que l’on aurait aimé voir traitée plus en profondeur, au vu des influences évidentes citées plus haut.

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Les Dominants #1: la grande souche

La Grande Souche, premier tome de 54 planches d’une série écrite par Sylvain Runberg, dessinée par Marcial Toledano, paru le 08/01/2020 aux éditions Glénat.

 

Merci aux éditions Glénat pour cette découverte.

 

L’ouvrage est très classieux, avec une belle maquette, un design de titre travaillé, un pitch de quatrième de couverture efficace et une couverture très attirante (et pas trompeuse!). L’album comprend huit pages de bonus, recherches de personnages, storyboard et texte journalistique agrémenté de descriptions des Dominants. On n’apprend rien de plus que dans l’album (dommage) mais ça reste toujours très agréable. Le travail éditorial des auteurs et de l’éditeur sont de ceux qui mettent dans d’excellentes conditions et atténuent l’impression de classicisme qui ressort de ce premier volume.

The end is here

Il y aura toujours différentes façons d’envisager la fin de notre monde. Les récits eschatologiques divers nous renseignent tous sur la façon dont notre réalité tirera sa révérence, à grands renforts de cataclysmes cosmiques et de tables rases divines, sur fonds de Jugement Dernier purificateurs.

Et si la fin n’était pas aussi tonitruante que ce que l’on s’imagine ? Et si notre civilisation, note engeance humaine, s’éteignait sans bruit, dans le mutisme plat d’un univers indifférent ? Que se passerait-il si cette hécatombe silencieuse était scrutée par des êtres Résultat de recherche d'images pour "toledano dominants"inconcevables arpentant la Terre pour témoigner de notre chute ?

C’est l’intrigante prémisse choisie par Sylvain Runberg et Marcial Toledano pour l’entrée en matière de leur nouvelle série, Les Dominants.

Ce que beaucoup craignaient est arrivé: un mal d’origine inconnue, nommé « la Grande Souche« , a fait son apparition en 2020. En l’absence de remède efficace, l’épidémie s’est répandue au-delà de toutes les prévisions, pour finir en une pandémie qui a ravagé les populations de par le monde.

Les conséquences furent sévères: des milliards de morts, ce qui a précipité la chute du monde tel que nous le connaissions. Parmi les ruines, errent les survivants, qui ont du de surcroît faire face un nouveau problème: des organismes extra-terrestres, débarqués en masse après la pandémie, évoluent sur Terre, toisant de façon insondable une Humanité déclinante qui, face à ces bouleversements, se divisent en trois grandes catégories. Les Résistants sont ceux qui ont choisi de se battre contre ces envahisseurs muets, certains de leurs intentions néfastes, et déterminés à reprendre le contrôle de leur planète. Les Croyants sont quant à eux mus par une ferveur religieuse à l’endroit de ces créatures, considérés comme de nouvelles divinités à qui il faut vouer un culte. Résultat de recherche d'images pour "les dominants toledano"Enfin, on trouve les Survivants, pour qui seule compte la perspective d’un jour de plus passé en vie.

Au sein de ce monde à la fois nouveau et au bord de l’agonie, Andrew Kennedy fait ce qu’il peut pour tirer son épingle du jeu. Écumant les musées à la recherche d’œuvres d’art lui rappelant sa famille perdue, il vit au jour le jour en aidant une communauté de survivants, sorte de famille de fortune réunie autour de quelques terres cultivables. Cependant, s’il est possible de composer avec les mystérieux envahisseurs, certains groupes d’humains optent pour une approche plus radicale de la survie…

 

La Gigantomachie n’aura pas lieu

 

Les Dominants est une énième entrée dans le genre désormais pléthorique du Post-Apocalyptique. Seulement, cette série, en jouant sur ses codes, parvient à créer l’intérêt dès les premières pages en cultivant le mystère, notamment autour du bestiaire original crée par le scénariste.

En effet, les fameux Dominants, que ce soit par leur stature, leurs formes relevant parfois de l’étrange, voire de l’indicible, ou leurs indéchiffrables motivations, captent immédiatement l’intérêt du lecteur: d’où viennent-ils ? pourquoi la Terre ? quel lien avec l’épidémie ? Autant de questions qui vont certainement nous tenir en haleine tout au long de la série. L’insertion en début et fin d’album des chroniques d’une journaliste avant et après la pandémie permet de perturber notre chronologie des évènements. C’est bien vu même si cela rend du coup certaines explications des personnages redondantes. On se demande si ce texte n’est pas le projet envoyé à l’éditeur et il aurait peut-être été préférable de l’insérer en bonus final.

Certaines créatures m’ont rappelé les fameux Ogdru Hem de l’univers Hellboy et du B.P.R.D., notamment de par leur design empruntant à la fois à l’insectoïde et au crustacéen.

Là où Les Dominants reste classique en revanche, c’est dans les luttes claniques qui agitent les survivants. En effet, comparés à certains individus violents et/ou fanatiques, les aliens s’apparentent davantage à une nuisance, ou à des forces semi-naturelles avec lesquelles il faut composer. Car c’est bien connu, et suffisamment ressassé dans les œuvres de fiction, lorsque tombent les carcans légaux et les structures étatiques, l’Homme laisse libre cours à ses pulsions basiques quitte à se retourner contre les siens (Hobbes avait raison, vive le Léviathan !), tout en cherchant à instaurer un semblant d’ordre par la force.

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Sylvain Runberg, à l’instar d’un Kirkman au travers du personnage de Negan, illustre ce propos grâce à la caste des Résistants, qui tyrannisent tout le monde au nom d’un intérêt commun qu’ils sont les seuls à concevoir. On retrouve également la thématique de la très bonne série du duo Toulhoat/Brugeas Chaos Team où l’irruption extra-terrestre est surtout là pour rebattre les cartes de l’équilibre socio-politique mondial.

Le rythme du récit est très justement dosé (bien que d’un didactisme un peu appuyé), l’exposition que représente ce premier album distillant adéquatement les informations essentielles tout en cheminant progressivement vers un cliffhanger très bien amené, et dont la teneur m’a immédiatement rappelé Y, Le Dernier Homme.

Sylvain Runberg et Marcial Toledano nous offrent le début d’une série très prometteuse, au pitch inventif et à l’exécution accrocheuse, dont on attend la suite !

Billet écrit à quatre mains par Dahaka et Blondin

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Gung-Ho – Intégrale #1

BD de Benjamin Von Eckartsberg et Thomas Von Kummant
Paquet (2013-). série en cours, 4 albums parus et 1 intégrale.
La présente intégrale comprend les trois premiers volumes. Le billet est la mise à jour du billet paru sur la version album.

bsic journalismMerci aux éditions Paquet pour leur confiance.

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L’intégrale comprend les trois premiers volumes de la série en format compact (proche des comics), même maquette, pagination continue sur 248 p., couvertures de chaque tome intercalée et intérieur de couverture qui montre le plan du camp de base de la communauté. On aurait aimé quelques bonus mais à 35€ contre 51 pour l’équivalent en album cela vaut le coup, surtout que contrairement à certains éditeurs Paquet annonce la couleur et permet un très large choix (album classique, grand format, intégrale) ce que je trouve extrêmement appréciable. J’apporterais juste un bémole sur le HS d’une trentaine de pages qui aurait parfaitement pu intégrer cette intégrale pour en faire un volume vraiment intéressant hormis le prix et la facilité à le ranger dans la bibliothèque. A noter que la série en est actuellement au tome 4, ce qui laisse entendre soit que la série se cloturera au sixième, soit que l’éditeur prévoit d’intégrer ce HS dans la seconde intégrale…wait and see!

Dans un futur proche, ce qu’il reste de l’humanité s’est réfugié dans des villes fortifiées et des colonies qui tentent de recoloniser le territoire en se protégeant du fléau blanc, les Rippers. Lorsque arrivent dans la communauté très réglementée de Fort Apache deux orphelins, Archer et Zack, ils se retrouvent confrontés à l’acceptation de ces règles, à leur transgression par leurs pulsions d’adolescents et au défi de se construire dans ce monde hostile.

gung_ho_page02_blogGung-Ho est une BD post-apocalyptique dans la veine de Walking Dead… sauf qu’ici pas de zombies. Le contexte préalable n’est que faiblement évoqué et si l’on apprend tardivement ce que sont les Rippers, l’on ne sait même pas s’ils sont à l’origine de la réduction de la population. Ce qui intéresse les deux auteurs ce sont les relations entre les personnages et notamment entre groupe des adolescents et des adultes. Cette mini société est absolument passionnante par ce qu’elle transpose en concentré les impératifs de toute société entre justice, liberté et ordre. Derrière ces concepts, les adultes et les adolescents n’ont pas les mêmes visions et vont souvent tester la réactivité de cette société expérimentale et communautaire. Les personnages 9641ee1d5a597fd6db0382413ba5e9f8-gung-ho-manga-comicssont vraiment nombreux et caractérisés à la fois graphiquement et par le scénario. Hormis quelques exceptions (le méchant corrompu), tous sont subtiles et crédibles, le lecteur comprenant leurs motivations qui ne sont jamais simples à condamner. Cela car le travail de contexte est important et la pagination permet de prendre le temps de soigner chaque figure. L’élément déclencheur de l’intrigue est l’arrivée des deux jeunes frères et notamment d’Archer, le joli rocker tête-brûlée (en préambule à chaque album les auteurs nous rappellent que Gung-Ho signifie « tête brulée »), qui ne respecte aucun code et va par ce fait mettre l’équilibre de la communauté et de ses lois en danger. Certaines personnalités sont plus alléchantes, comme la jeune asiatique experte en maniement du sabre ou le chef militaire du groupe. Mais tous semblent vivre leur vie entre les cases.

Ce qui a marché dans Walking dead (la transposition de la société dans une situation de crise extrême) fonctionne aussi ici avec l’accent mis sur l’adolescence et les thèmes qui lui sont liés (la transgression, la musique, le flirt, l’alcool, le passage au stade adulte,…). En revanche, si la série de Robert Kirkman est dotée de dessins loin d’être virtuoses, ici Thomas Van Kummant (passé par le design et l’infographie) fait des miracles avec sa palette graphique. maxresdefaultSi vous êtes allergiques au dessin numérique vous pouvez passer votre chemin… pourtant vous aurez tort! Comme Miki Montllo sur la formidable série Warship Jolly Rogers (leur technique est proche, entre des formes plates et des textures et contrastes très sophistiqués) il parvient à donner une grande expressivité aux visages et une harmonie improbable quand on regarde les dessins à la loupe. Élément par élément on peut même trouver cela moche, mais l’ensemble est très léché, entre le photoréalisme des arrière-plans et les éclats de couleur des personnages. Comme Bastien Vivès, Van Kummant parvient à donner un réalisme à ses dessins en faisant appel à notre mémoire visuelle, transformant quelques traits ou touches de peinture en une anatomie et mouvement très parlant. Mais surtout les auteurs nous donnent un vrai plaisir à suivre tous ces personnages, pas seulement les héros. L’esprit est celui d’une bonne série TV que l’on veut voir durer des années. Ainsi sur un canevas simple ils parviennent à nous attraper, nous faire craindre pour untel, souhaiter un avenir à un autre, etc.

ckizmgtwsaa2j5oGung-Ho est une vraie réussite et une très bonne surprise sur tous les plans, tant graphique que thématique. Deux auteurs inconnus arrivent à confirmer l’essai d’un projet montrant que l’on peut raconter mille fois la même histoire en intéressant toujours différemment. Par l’intelligence et la spécificité de chaque auteur tout simplement.

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