Manga·Service Presse·Nouveau !·East & West·****

Leviathan #1

esat-west

leviathan_kuroi_shiro_1948422

Manga de Shiro Kuroi
Ki-oon (2022), 172p., 1/3 volumes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance!

Un équipage de pilleurs d’épaves flotte dans le vide spatial, le gigantesque navire Leviathan, éventré, à sa merci. Dans le vaisseau vide ils découvrent un carnet de bord tenu par un collégien parti en voyage scolaire à bord du vaisseau. A mesure de leur progression dans les entrailles du Léviathan ils découvrent qu’une macabre danse s’est formée parmi les survivants du naufrage et que leur équipée de routine risque bien de s’avérer plus dangereuse que prévu…

📚 Rémi 📚 on Twitter: "Shiro Kuroi (@Kuroi_Siro) va publier "Léviathan"  chez @ki_oon_Editions en 2021. Une aventure qu'il a commencée en amateur en  vendant des fascicules comprenant les premières pages au Comitia.Continuant sa très ambitieuse politique d’édition de mangas originaux sous sa bannière (après Tsugumi project ou Roji! par exemple), Ki-oon a annoncé tôt l’année dernière ce manga prépublié dans son magazine et dont les premiers aperçus ont impressionné la mangasphère. Ce premier tome comprend quatre chapitres (dont quatre pages couleur en introduction) et un court cahier bonus final en forme de dramatis personae.

Premier album publié de l’auteur, Leviathan impressionne par sa forme graphique. Influencé par Otomo et Miyazaki, Shiro Kuroi travaille dans un style très européen (voir italien) fait de hachures enchevêtrées avec des trames tout à fait adaptées et invisibles dans son dessin. Dès l’image de jaquette on est attiré par cette jeune fille au regard énigmatique et un élément technologique derrière elle qui nous renvoie immédiatement à l’univers mental de HR Giger, le papa d’Alien. Si les décors du vaisseau, en forme de huis-clos) restent relativement plats, ce sont les gros plans et costumes qui impressionnent de précision et de matière. Encore soumis à quelques imprécisions techniques, le mangaka déroule une intrigue simple mais diablement bien construite avec pour ambition de créer une tension de thriller entre le Battle Royal et les dix petits nègres. Assez vite on comprend en effet que la survie des naufragés repose sur un secret dont la connaissance va entraîner la mort dans son sillage…

Léviathan #1 | BoDoï, explorateur de bandes dessinées - Infos BD, comics,  mangasSur une trame très proche du très bon Astra, Leviathan s’en détache par l’aspect huis-clos qui change résolument l’approche et l’ambiance délétère. Si l’on a bien l’idée d’un groupe d’adolescents terrifiés, l’arrivée de morts violentes pose l’atmosphère recherchée par l’auteur: un danger de tous les instants, une bataille à mort, des relations psychologiques manipulatoires malsaines.

Je m’attendais à lire un manga d’exploration spatiale et il s’avère que (pour le moment) l’équipage de pilleurs n’est que le témoin du récit, le scénario alternant régulièrement entre les deux trames temporelles. A mesure que la population du journal de bord va se réduire on peut imaginer que la première intrigue va inversement grossir. Il reste que malgré de très légers défauts que l’on pardonnera bien volontiers à une première œuvre, Leviathan nous happe de bout en bout dans son fiel inquiétant et impressionne par sa maîtrise générale qui n’a rien à envier à des auteurs chevronnés. L’éditeur a bien compris le potentiel de cette série et a lancé une grosse com’ justifiée. Un auteur à suivre et une nouveauté tout à fait enthousiasmante que je vous invite à entamer sans délai!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

 

**·***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

BD en vrac #26: Nautilus #2 – La chute #2

La BD!

 

  • Nautilus #2: Mobilis in Mobile (Mariolle-Grabowski/Glénat) – 2021, 54p., 1/3 volumes parus.

bsic journalism

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

couv_431435Le premier Nautilus avait été une des excellentes surprises du printemps. Seulement quelques mois plus tard Mariolle et Grabowski (pour sa première BD!) ne nous laissent pas moisir comme le capitaine Némo et dévoilent enfin le mythique Nautilus! Et quel design les enfants! Le cahier graphique final laisse à ce sujet quelques points de frustration tant le dessinateur s’est régalé à créer l’intérieur du célèbre vaisseau sous-marin, dont on ne voit finalement que quelques éléments mécaniques (peut-être pour le grand final?) mais dont la coque est remarquablement élégante. Si l’intrigue de ce second volume peut paraître plus linéaire et moins surprenante que l’ouverture (en se résumant à une chasse avec pour but de découvrir le traître à bord…) on profite néanmoins de belles joutes verbales entre le héros et le sombre capitaine, pas aussi flamboyant qu’attendu mais parfaitement construit psychologiquement. Moins surprenant que le premier volume, cette suite semble aussi légèrement moins solide graphiquement, avec des décors intérieurs et sous-marins qui n’aident pas forcément. On reste cependant dans de la BD de grande qualité, de la grande aventure que l’on aimerait voir plus souvent dans le neuvième art. Vite la conclusion!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

 

  • La chute #2 (Muralt/Futuropolis) – 80p., 2021

couv_413919Sorti en plein début de crise du COVID le premier tome de La Chute avait beaucoup fait parler de lui, avec son style très documentaire, rugueux, sur les premiers jours du déclenchement d’une crise sans zombies ni guerre civile. Une pandémie normal, réaliste, froide. L’arrivée de se second tome et sa très belle couverture était donc attendu… et douche un peu les attentes. Après une entrée en matière dynamique menant ses personnages vers les montagnes dans une ambiance inspirée par le chef d’œuvre La Route, l’auteur semble patiner dans la neige en centrant sa focale sur l’ainée de la fratrie alors que le père blessé sort du jeu. Refusant toute violence graphique cinématographique, Muralt installe sa pesanteur dans la situation psychologique d’un chacun pour soi et d’une dureté relationnelle. Sur ce point on ressent la détresse des deux enfants. En revanche le contexte est un peu vaporeux avec ce village pas vraiment fortifié mais rejetant tout de même ce qu’ils appellent les « touristes » les citadins fuyant les villes ». Faute peut-être d’une caractérisation plus lisible et de dessins plus précis, on a le sentiment que la situation n’avance guère et l’on finit par s’ennuyer un peu. Espérons que l’auteur rebondisse après cet intermède peut-être nécessaire dans son scénario mais trop étiré sur quatre-vingt pages car son projet est sérieux et reste intéressant.

note-calvin1note-calvin1

 

****·Comics·East & West·Jeunesse·Nouveau !

Jonna

Premier tome de la série écrite par Chris et Laura Samnee et dessinée par Chris Samnee. Parution en France aux éditions 404 le 09/09/2021.

Plus dure sera leur chute

L’un des grands défauts de l’Homme est de se persuader que la Terre lui appartient. C’est faux, elle appartient à ceux qui auront la force de s’en emparer, et Homo Sapiens ne sera pas toujours sur la première marche du podium. La jeune Rainbow en a eu la preuve tout récemment, lorsque d’immense créatures ont surgi des entrailles de la terre pour tout piétiner sur leur passage.

Prise dans les tremblements de terre et les glissements de terrain, Rainbow a perdu sa sœur Jonna ce jour-là. Sauvage, taciturne et intrépide, la petite Jonna s’est évaporée lorsque les monstres ont surgi, mais un an après, Rainbow a encore l’espoir de la retrouver saine et sauve. Aussi, elle parcourt les terres désolées à la recherche de Jonna, jusqu’à effectivement tomber presque par hasard sur la petite, qui depuis une année entière, s’est débrouillée entièrement seule pour survivre…

Comment renouer avec elle ? Comment la convaincre de rejoindre la civilisation alors qu’elle semble épanouie dans ce nouveau monde ? C’est tout le questionnement que Rainbow traversera durant l’album, alors que les deux sœurs seront pourchassées par les monstres et rejoindront un groupe de survivants qui fait route vers un camp protégé.

Après un passage remarqué chez Marvel, Chris Samnee joint ses ressources créatives à celles de son épouse pour mettre sur pied un univers post apocalyptique bigarré et attractif, à mi-chemin entre le Kamandi de Jack Kirby et les films de Kaijus nippons. Visuellement, c’est peu de dire que l’album est une réussite. Loin du style réaliste qu’auraient privilégié d’autres auteurs dans le genre foisonnant du post-apo, Chris Samnee arrondit les traits, il élargit ses perspectives pour donner toute la mesure et le gigantisme de ses monstres.

L’écriture n’est pas en reste puisqu’on retrouve des protagonistes attachantes, tirées du fameux duo archétype Rouge/Bleu: le rouge est dynamique, extraverti, le bleu plus mesuré, plus réservé: on pense par exemple à Bagheera/Baloo (Le Livre de la Jungle), Frozone/Mr Indestructible (Les Indestructibles, Woody/Buzz l’Éclair (Toy Story), Marty McFly/Doc Brown (Retour vers le futur), Tyler Durden/Le Narrateur (Fight Club), Hellboy/Abde Sapiens (Hellboy), Riggs/Murtaugh (L’arme fatale), Captain America/Iron Man (Avengers), Batman/Superman, etc…

Jonna tient quant à elle du héros naïf et puissant, comme San Goku ou Gon Freecs, faisant de cette BD un savant mélange de plusieurs influences. En revanche, on se doit de souligner que cet album se lit très vite, ce qui, conjugué à sa qualité, pourrait laisser beaucoup de lecteurs sur leur faim. En effet, l’univers de Jonna n’est ici qu’esquissé, sans que les auteurs ne s’attardent sur les éléments de background. Ce n’est pas un point négatif, car après tout, le lore se doit d’être secondaire par rapport aux personnages et aux enjeux. Mais il reste à espérer que le reste de la série saura approfondir des bases qui semblent déjà solides.

*****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Le Grand mort

BD de Loisel, Djian, Mallié et Lapierre (coul.).
Glénat (2008-2019), 474p., Intégrale des huit tomes.

Le Grand Mort - Intégrale Tomes 05 à 08

Coup de coeur! (1)Lorsque Pauline débarque au fin fond de la Bretagne pour bosser son mémoire, elle ne se doute pas de l’aventure qu’elle va vivre. Une aventure intime et temporelle où elle trouvera l’amour, un enfant, et se retrouvera confrontée à des enjeux dépassant l’imagination et mettant le monde en péril lorsqu’un déséquilibre surviendra entre les deux réalités… 

Vincent Mallié - le site officielDe Régis Loisel on a plus lu d’albums en tant que scénariste que comme dessinateur. Parmi les Grands Anciens de la BD il a pourtant posé une marque indélébile sur toute une génération de dessinateurs et l’on retrouve souvent son style graphique sur les planches de ses collaborateurs… ce qui pose quelques questions tout de même. Si le cycle Avant la Quête vise logiquement à inscrire une filiation graphique avec le cycle mythique dessiné par Loisel, sur le Grand mort on peut s’interroger sur un certain narcissisme à demander à un artiste chevronné comme Vincent Mallié (qui a alors dix ans de carrière, un style solide et la très belle série Les Aquanautes sur son CV) de singer sa patte. Mallié s’en sort excellement en rappelant des aspects si connus du style Loisel, fait de hachures, de créatures aux yeux rouges et de pulpeuses donzelles. Là n’est donc pas le problème. Mais on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi Loisel n’a pas dessiné lui-même la série. Bref…

Dossier Le grand mort T.4 - INTERVIEW DE LOISEL, DJIAN & MALLIÉJ’entends parler depuis fort longtemps de cette série qui au-delà de l’aspect patrimonial de son auteur bankable jouit d’une aura tout à fait remarquable, celle d’un classique de la BD. Je dois dire que sur le démarrage j’ai eu un peu peur, le premier tome (et le pitch) faisant craindre une énième histoire de passage entre deux mondes. Pourtant, si certains dialogues peuvent sembler faiblards sur le premier volume, dès le second et le retour dans notre univers s’installe la dramaturgie nécessaire alors que la quête d’Erwan pour retrouver sa belle s’étire. Va t’on retourner voir le Petit peuple? Que s’est -il passé pendant le « voyage » pour que le monde que l’on connaît sombre progressivement dans un chaos pré-apocalyptique? La progression vers le sombre est remarquablement bien menée et le triptyque de personnages fonctionne à merveille jusqu’à la moitié de la série où les explications sur les liens entre les univers et la finalité du Plan est révélée. Très malin, le scénario utilise donc un premier tome pour proposer une normalité du fantastique plutôt triviale et quelques heures de l’autre côté où tout va se jouer sans que l’on ne puisse en percevoir grand chose. Ainsi la bascule progressive dans le chaos de ce qu’il faut bien appeler une Fin du monde est d’autant plus choquante que la découverte s’étire sur un récit itinérant visant à faire se rejoindre au bout des huit tomes les deux groupes que constituent Erwan et l’enfant d’un côté, le duo de copines de l’autre, traversant une Bretagne où elles observent les effets de la catastrophe.

Preview BD Le Grand Mort T7 : Dernières migrations - GlénatUne des grandes réussites de la série repose sur des personnages pas si caricaturaux qu’ils ne semblent. A commencer par une relations étrange, dérangeante, entre la mère et la fille. Fécondée on ne sait comment, Pauline soupçonne très tôt sa fillette au faciès si étrange d’être liée aux catastrophes qui l’entourent. Erwan de son côté, semble peu touché par le chaos environnant et les étrangetés qui surviennent. Nouant un lien plus facile avec la fillette, il finit par réaliser que sa bienveillance naturelle est peu de choses face à la noirceur de l’enfant… Au-delà des thématiques sociales esquissées, du handicap, de l’adoption ou des relations parentales, c’est bien le principe de l’Antéchrist qui est convoqué par Loisel et Djian dans Le Grand mort (titre qui reste d’ailleurs énigmatique jusqu’à la conclusion…). Un Antéchrist que l’on a peine à accepter enfant, marqués que nous sommes par les schémas narratifs évoluant inéluctablement vers une forme de rédemption, de pardon. Or chez Loisel (comme sur son Peter Pan d’ailleurs) peu d’appétence pour le manichéisme et les bons sentiments. Son enfant est noire, criminelle, maléfique. Sans jugement puisque cela a une raison expliquée, mais avec Erwan nous finissons par reconnaître que cela ne peut pas continuer ainsi et qu’aux grands maux les grands remèdes… dérangeant disais-je!

Le Grand mort – Tome 8 – Renaissance | Un Amour de BDIl en est de même avec les deux copines dont on soupçonne un début de jalousie… qui n’ira pas dans le sens attendu. Très difficile d’anticiper une évolution des personnages dans Le Grand mort tant une forme de réalisme englobe le tout. Cette lecture à l’ère du Covid est particulièrement marquante car on aura rarement disséqué aussi longuement et finement la disparition de nos sociétés. Le genre post-apo prévoit généralement un avant ou un après… très rarement le déroulé de la Fin. Fervent partisan de la mise en scène de l’apocalypse (avec en point d’orgue la fameuse scène cataclysmique d’Akira), depuis le Chninkel ou Universal war one j’ai rarement été autant soufflé par la pertinence et la force d’une telle mise en scène… qui n’est pas là que pour le spectacle mais bien pour décrire les conséquences concrètes d’un délitement civilisationnel.

Laissant finalement le Petit peuple et son esthétique de créatures « à la Loisel » dans un coin, la série se déroule ainsi très majoritairement dans notre monde en mettant en scène des êtres humains dans la tourmente. Jusqu’à la toute fin on ne saura ni pourquoi ni comment en finir, et finalement, est-ce bien le but? Œuvre remarquable d’intelligence et de radicalité, Le Grand Mort est pour l’heure le chef d’œuvre de Loisel à égalité avec La Quête de l’Oiseau du Temps (et pour des raisons assez similaires quand on y regarde de près…), sur les dessins toujours efficaces de Vincent Mallié, dessinateur injustement méconnu et dont la précision s’affine série après série et donne envie de se plonger dans le tout récent Ténébreuse qui vient de paraître chez Dupuis.

Le second et dernier tome de l’intégrale sort ne 17 novembre chez Glénat-Vent d’ouest

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Nouveau !

La Tour #1

La BD!

Premier tome de 62 pages, d’une série en trois parties écrite par Jan Kounen et Omar Ladgham, et dessiné par Mr Fab. Parution chez Comix Buro le 09/06/2021.

La Tour de la question

Dans un futur relativement proche, la civilisation humaine s’est (encore!) effondrée, anéantie par une bactérie ravageuse à laquelle seuls 2746 humains sont parvenus à échapper. Ces miraculés doivent leur survie à quelques milliers de tonnes de béton, d’acier et de verre, qui prennent la forme d’une immense tour.

Conçue pour être autonome, cet édifice, géré par l’ordinateur Newton, abrite donc les derniers survivants de l’Humanité depuis une trentaine d’années, dernier rempart se dressant entre l’Humanité et l’anéantissement. Certaines excursions sont organisées et menées par les chasseurs, dont la mission est de ramener du gibier tout en évaluant l’hostilité de l’environnement. Malgré tout, le temps passe et accomplit son œuvre sur la Tour, qui, de fleuron technologie européen, est passé lentement à cloaque vétuste menaçant de s’effondrer.

Si le matériel a subi les outrages du temps, les habitants ne sont pas en reste non plus. Confinée depuis trois décennies, la population vieillissante ne promet pas un avenir des plus radieux pour le genre humain. Seulement, voilà, il existe désormais toute une frange de la population qui n’a connu que le confort reclus de la Tour, et qui n’a jamais mis les pieds à l’extérieur. Ces « intras » comme on les surnomme, ont en eux une fougue et un ressentiment qui pourrait semer le chaos dans l’équilibre toujours plus précaire de la Tour.

Nul ne peut se prévaloir de sa propre Tour-pitude

Dans un bref préambule, Jan Kounen et Omar Ladgham, issus tous deux du monde audiovisuel, précisent que La Tour était initialement un projet de série TV, qui a plus tard été adapté en BD. On a tendance à les croire, tant ce premier tome fait ressurgir des images et des lieux communs (plus ou moins) emblématiques issus de longs métrages du même genre.

La séquence d’ouverture, par exemple, nous évoque immédiatement des films comme Je suis une légende, grâce au décor urbain envahi par la nature. La tour éponyme, son design et les tensions qui croissent entre les habitants semblent émaner du film High-Rise, tandis que le thème du dernier refuge de l’Humanité, de la survie confinée et de la lutte des classes nous rappelle le célèbre univers du Snowpiercer. Les auteurs opèrent donc un mélange de plusieurs concepts sans qu’il s’en dégage nécessairement une impression de déjà vu.

Néanmoins, là où Snowpiercer établissait clairement et dès le premier acte les enjeux humains et politiques à bord du train, La Tour se permet de rester plus évasive sur les réalités du pouvoir au sein de de son édifice. Qui détient le pouvoir ? Est-ce un régime autocratique ? Peu d’éléments permettent de répondre à cette question, si bien que la révolte des intras ne parvient pas à se hisser au niveau de la révolution des sans-classe du Transperceneige, étant donné que les jeunes révoltés n’ont pas vraiment d’adversaire politique ni d’oppresseur désigné.

Certes, les conditions de vie dans la Tour sont de plus en plus difficiles, mais on ne ressent pas à la lecture d’injustice ni de différences de traitement. Lorsqu’un étage devient inhabitable, on sent l’urgence et le manque de moyens, mais à aucun moment on ne nous présente d’éléments venant justifier la rébellion des intras.

Il aurait donc fallu autre chose que le « teen spirit » pour faire adhérer le lecteur à la cause intra. D’autant plus que, et c’est pourtant un des points positifs de l’album, une partie de l’exposition est consacrée à démontrer la dangerosité du monde extérieur et le risque mortel encouru par tous les survivants. Avec cette information en tête, on a donc d’autant plus de mal à adhérer à cette révolte, qui fait jette effectivement une lumière défavorable sur les jeunes confinés.

Côté graphique, le style réaliste de Mr Fab est tout à fait opportun, même s’il surprend parfois sur quelques cases, étrangement dépouillées. Sur d’autres plans, notamment les plans de foule, les visages, pourtant bien dessinés et détaillés, on a tout de même une impression d’interchangeabilité. En revanche, le design de la tour et les décors urbains décrépits permettent à l’artiste d’exprimer son talent.

Espérons que la suite de la série approfondira davantage et de façon plus cohérente l’univers riche promis par son concept.

***·Manga·Service Presse

Astra, lost in space 2-5

esat-west

Manga de Kenta Shinohara
Nobi-Nobi (2016) 2019, 240 p./volume, série finie en 5 volumes.

Un billet de découverte du premier volume est disponible ici. La maquette nobi-nobi est très didactique en proposant en fin de jaquette un résumé, la tomaison des cinq volumes, l’âge recommandé et les thématiques abordées. L’intérieur comporte des séquences dont le texte a été détourné humoristiquement. En début d’albums nous avons droit à un résumé général, un rappel des personnages et une jolie double illustration couleur à chaque tome. Également chaque volume se termine par quelques strips humoristiques reprenant les personnages dans des situations décalées. Globalement une édition très solide qui accompagnement parfaitement la lecture. A noter que la série a fait l’objet d’une adaptation animée.

astra-lost-in-space-5-nobi

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

J’avais accueilli favorablement le premier tome de cette série déjà un peu ancienne, parue chez Nobi-nobi, label des éditions Pika développant un catalogue jeunesse. A ce titre, si Astra est indiqué en jeunesse on peut noter que les thématiques traitées au final des révélations sont relativement pointues dans la gamme SF et touchent résolument le Seinen. Ainsi la particularité de cette série remarquablement maîtrisée est de proposer en simultané deux genres assez éloignés: le récit de lycée et d’apprentissage sur un ton léger, et un thriller spatial et SF qui va assez loin dans les réflexions sur notre futur et assez sombre dans son traitement adulte. Et ce qui étonne le plus c’est que cet alliage très improbable fonctionne presque parfaitement tout le long des volumes de taille inégale (le dernier comporte plus de deux-cent cinquante pages quand les autres tournent autour de deux-cent).

Ainsi l’aventure commence sur un ton léger en nous promettant la visite de planètes tout à fait exotiques permettant d’imaginer faunes, flores et systèmes planétaires crédibles. L’aspect pédagogiques du shonen est très bien mené en donnant plein d’explications scientifiques simples sur la biologie via le personnage de Charce, spécialiste scientifique. La répétition de ces explorations planétaires serait sans doute devenue lassante si l’auteur n’avait pas adopté un rythme assez rapide, ne traînant pas sur les intermèdes plutôt dédiés aux relations entre personnages. Et en la matière il y a de quoi faire puisque avec neuf membres d’équipage les interactions sont nombreuses, que ce soit la résolution de sous intrigues, de tensions ou les découvertes de leurs passés… qui sont bien entendu directement liés à l’intrigue principale.

Si on constate quelques longueurs (selon l’âge auquel on va lire le manga, j’imagine que des adolescents seront plus pris que moi par les relations (amoureuses?) entre personnages) notamment sur le second volume, bien vite des éléments de résolution du thriller s’ajoutent et font monter la tension et l’envie d’avancer. Kenta Shinohara montre un remarquable talent pour disséminer les informations choc parfaitement réparties pour éviter que chacun des éléments de sa série ne prenne le dessus sur les autres. Auteur d’une précédente série de lycée humoristique, il est à l’aise dans son traitement des personnages et l’humour fonctionne ici encore très bien pour maintenir un esprit léger même après les moments les plus dramatiques. On est surpris de l’ambition du projet et de la profondeur des problématiques dans une série aussi courte, sans jamais avoir le sentiment d’un trop ou d’éléments inaboutis. Après la longue conclusion du cinquième volume (à l’entrée duquel on est un peu inquiet tant les révélations sont nombreuses) on referme cette série avec l’assez rare Astra Lost in Spaceimpression que tout a été dit, traité, conclu. Il est difficile de vous parler des problématiques au cœur de l’intrigue sans déflorer l’intérêt du manga mais l’identité que l’on se construit, la norme sociale et la liberté individuelle de se choisir un avenir sont bien l’essence du message que veut porter l’auteur. Ce sont les bases de tout manga de lycée mais en situant ses personnages dans un contexte de crise et de SF cela permet d’aller plus loin que les simples tempéraments archétypaux de départ. En post-face l’auteur indique qu’il voulait se mettre en danger avec ce manga en abordant un contexte SF qu’il maîtrisait mal. Et l’on peut dire que son projet est sur ce point parfaitement maîtrisé en rendant intéressant un traitement d’un futur possible assez original.

Projet risqué et hybride, Astra – lost in space s’avère une grande réussite thématique et scénaristique légèrement freiné par des dessins un peu simples (notamment pour les arrières-plans) malgré un chara-design très sympathique. Cela ne gène pourtant en rien un plaisir de lecture qui vous fera dévorer ces cinq tomes que vous soyez féru de SF ou novice dans le thème. Et en cela aussi c’est une fort belle découverte.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

**·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Invisible Kingdom #2: La Bordure

esat-west

Second tome de 110 pages de la série écrite par G. Willow Wilson et dessinée par Christian Ward. Parution le 19/05/21 aux éditions HiComics.

bsic journalism

Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Le prix de la rébellion

Dans le premier tome, nous faisions la connaissance de Vess, une jeune Rooliane qui quittait le confort relatif de son foyer pour s’engager auprès de l’église de la Renonciation, un culte intergalactique aux milliards de fidèles. Ce faisant, Vess savait qu’elle faisait défaut aux attentes placées en elle par son peuple, dont les traditions exigeaient d’elle qu’elle se reproduise pour perpétuer l’engeance Rooliane.

Alors qu’elle découvrait les arcanes secrètes de la Renonciation, qui prône le détachement matériel et la frugalité, Vess fit la rencontre de Grix et de son équipage, qui travaillent pour comme livreurs galactiques pour la méga-corporation Lux.

Lux est une métaphore à peine dissimulée de géants commerciaux bien réels comme Amazon, qui s’oppose depuis toujours aux idéaux prônés par la Renonciation. Toutefois, Vess découvre bien malgré elle un lien secret entre les deux entités, rendant caduc tout ce en quoi elle croyait. Depuis le début, Lux et l’église conspirent ensemble pour manipuler les foules planétaires, et maintenir un équilibre dont eux seuls semblent bénéficiaires. Consommez par-ci, mais renoncez par-là, les habitants de la galaxie semblent piégés dans cette seule alternative.

Témoins gênantes et alliées bien malgré elles, Vess et Grix sont poursuivies par la corporation à travers la Bordure, et échouent dans une région inhospitalière, où le vaisseau de Grix, véritable épave spatiale, tombe en rade. Était-ce là le prix de leur révolte ?

On retrouve donc dans ce tome 2 nos protagonistes en fâcheuse posture, perdues au milieu d’un champ de débris, promise à une lente agonie, et surtout, la proie des pirates qui écument la région. Désormais prisonnières, les deux rebelles vont devoir lutter pour leur survie, en mettant de côté leurs différends, alors même quelque chose de nouveau semble poindre entre elles…

Après un premier tome qui offrait une métaphore acerbe sur notre société de consommation et sur la assujettissement des masses, Invisible Kingdom met la contestation et le débat philosophique en pause pour se consacrer au développement de la relation entre ses deux héroïnes. Tout en augmentant les enjeux de leur survie, la scénariste se consacre à semer les graines de leur romance, une romance quelque peu attendue et qui n’offre pas de grande surprise en soi.

Ce tome 2 donne donc la sensation de n’être qu’un interlude, puisque l’équipage de Grix se retrouve durant un bon moment dans une situation passive, eux qui avaient pris dans le premier tome une décision courageuse. Lux et La Renonciation sont bien évidemment citées, mais de telle façon qu’on ne peut qu’avoir l’impression de s’éloigner de l’intrigue principale.

Si une histoire est traditionnellement découpée en trois actes, le second est classiquement considéré comme celui où l’auteur tient ses promesses, celles faites dans le premier acte. Or, ici, force est de constater que ce n’est pas le cas. Espérons que le troisième tome se recentrera sur l’intrigue principale, celle qui fait tout l’intérêt d’Invisible Kingdom.

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Doggybags One Shot #4: Dirty Old Glory

La BD!

Histoire complète en 97 pages, écrite par Mud et dessinée par Prozeet. Parution le 23/04/2021 au sein du Label 619 d’Ankama.

La survie du plus fou

D.O.G nous plonge dans une Amérique ravagée par une nouvelle guerre civile. Après l’élection contestée du président Holster, le pays s’est embrasé dans les flammes de la dissension jusqu’à ce que six états proclament leur sédition. Cet acte à conduit le président à ordonner une intervention armée, qui a rencontré une forte résistance.

Parmi les milices encore actives, se trouve Chuck Hudson, qui a réuni autour de lui une communauté de survivants grâce à ses connaissances pointues en matière de survie. En effet, Hudson est ce que l’on nomme un « prepper« , un individu se préparant assidument à la chute des institutions et à la défaillance des structures étatiques, qui exposeront fatalement les individus à la loi du plus fort et à des dangers constants.

Parmi ses partisans les plus fervents, on trouve l’équipage du Pin-Up, un tank lourdement armé qui défend les dissidents contre les troupes du Président: Carl, Enapay, Ben, Pulp et Fritz. Lorsqu’une mission de sauvetage tourne mal, les cinq combattants vont se retrouver piégés dans leur tank, sous une montagne de débris. Commence alors pour eux un huis clos éprouvant, durant lequel chaque heure écoulée diminue d’autant leurs chances d’être secourus. Sous la pression, les personnalités vont se révéler, les secrets jalousement gardés par chacun vont refaire surface, avec des conséquences, on s’en doute, dramatiques.

What you are in the dark

Dans un pays qui s’est effondré, il n’est pas étonnant de croiser des femmes et des hommes aux destins brisés. Cependant, les apparences sont proverbialement trompeuses: les âmes les plus torturées ne sont pas celles que l’on croit. Les jours s’écoulant au sein du cercueil blindé, les failles de chacun vont se faire jour, et l’enjeu de la survie va bientôt éclipser les idéaux politiques et la camaraderie redneck.

Doggybags-One shot 4 : Dirty Old Glory – SambaBD

L’album s’ouvre sur une séquence d’action nerveuse et brutale qui donne le ton de l’album: une logique inique et cruelle, qui ne donne pas aux personnages ce qu’il leur faut, mais au lecteur ce qu’ils méritent. A l’image de sa conclusion, tout aussi cruelle et retorse, et qui s’inscrit dans la droite lignée de la collection Doggybags. Sur le plan graphique, Prozeet fait un excellent travail, qui oscille entre traitement réaliste de la violence et outrance caricaturale. Mud, vis à vis du scénario, puise encore une fois dans son vivier d’idées américaines pour créer un contexte dystopique glaçant de plausibilité. La tension du huis clos peut retomber par moments du fait des flash-back qui entrecoupent le calvaire de nos anti-héros, mais l’angoisse demeure présente sur l’ensemble de l’album malgré tout.

Dirty Old Glory mêle donc huis clos et dystopie pour livrer un nouvel album coup de poing dans l’escarcelle de Doggybags.

***·Comics·East & West·Nouveau !

Year Zero #1

esat-west

Album de 110 pages comprenant les cinq volumes de la mini-série Year Zero, écrite par Benjamin Percy et dessinée par Ramon Rosanas. Parution en France chez Panini Comics le 17/03/2021.

Dur, dur d’être un zombie

En cette période pour le moins singulière où chacun de nous est un survivant, Panini Comics a jugé opportun de lancer deux nouveaux albums sur le thème de la pandémie. Cet argument de vente, certes opportun, d’en comporte pas moins des promesses de frissons, et, pourquoi pas après tout, de bonnes lectures.

Dans ce Year Zero, nous allons suivre les mésaventures d’un certain nombre de protagonistes, répartis dans le monde et ayant chacun leur manière d’affronter cette fin du monde.

Sara Lemons est en mission dans le cercle polaire, afin d’étudier les couches glaciaires. Elle espère y trouver un remède aux maux qui agitent notre siècle, qu’ils soient climatiques, énergétiques, sociétaux ou médicaux.

A Mexico, Daniel Martinez, jeune orphelin des rues, fait ce qu’il peut pour survivre et échapper aux cartels qui ont tué sa mère, convaincu qu’il survit par la grâce divine.

Saga Watanabe, lui, tue des gens pour vivre, principalement à Tokyo. Il exécute un dernier contrat censé lui offrir une porte de sortie, une retraite bien méritée avec l’amour de sa vie.

Fatemah Shah, quant à elle, vit en Afghanistan, où elle sert d’interprète et d’informatrice aux soldats américains.

B.J. Hool, enfin, est un américain moyen, un survivaliste nihiliste qui a passé sa vie à se préparer à ce genre d’événement.

Comment ces gens très différents vont-ils réagir lorsque les morts vont se relever, victimes d’un pathogène qui en fait des zombies anthropophages ? La réponse est simple: plutôt mal. Mais ça n’empêchera aucun d’eux de poursuivre ses objectifs ou de s’en trouver de nouveaux, car la vie, au contraire de la mort, n’a rien de permanent et évolue sans cesse.

Vaut mieux vivre avec des vrais morts qu’avec des regrets

Il apparaît assez vite après le premier chapitre que ces protagonistes ne sont pas destinés à se rencontrer. Oublions-donc tout de suite la perspective d’un récit choral ou de survie à la Walking Dead. Chacun des protagonistes possède sa propre ligne narrative, qui ne croise à aucun moment celle des autres, excepté celle de Sara Lemons, qui se déroule un an avant la pandémie, et qui influe donc sur le reste.

Les sauts et ellipses entre les différents personnages dynamise le rythme du récit mais donne également une sensation de survol, l’auteur se concentrant sur l’essentiel de sa narration sans étoffer davantage certains points qui auraient mérité de l’être.

Year zero - BDfugue.com

Le point de vue interne des protagonistes reste tout de même très intéressant, chacun d’entre eux ayant des croyances et un vécu qui définissent leur vision du monde, et nécessairement, leur réaction face l’apocalypse zombie. Saga Watanabe et Daniel Martinez recherchent la vengeance, tandis que Fatemah cherche l’émancipation et la rédemption. BJ Hool quant à lui, a vécu isolé toute sa vie et ne découvre que maintenant l’intérêt de créer du lien avec une autre personne.

Le parcours de Sara, qui sert de préquel, a des relents de The Thing (la base polaire, une créature sortie de la glace) mais n’exploite malheureusement pas le vivier horrifique que recèle cette prémisse, du fait des ellipses et du peu de temps consacré à cette partie. Le reste des trames individuelles est ô combien classique, hormis sans doute celle du nerd survivaliste qui tombe amoureux, qui comporte son lot d’ironie et d’humour grinçant.

Year Zero vous sera sans aucun doute un peu survendu par Panini Comics en raison du contexte pandémique, mais pas d’affolement: nous ne sommes pas en présence d’un incontournable du récit de zombies, même si l’exécution reste bonne et agréable à suivre. A priori, un deuxième volume est sorti aux US et ne devrait pas tarder à traîner des pieds jusqu’ici pour tous nous dévorer.

****·Comics·East & West·Nouveau !

Sentient

Roman graphique de 168 pages, écrit par Jeff Lemire et dessiné par Gabriel Hernandez Walta. Parution chez Panini Comics le 02/12/2020.

Nouvelle frontière, défis d’antan

Alors que l’Humanité glisse lentement vers le chaos et l’asphyxie sur Terre, ce qu’elle compte d’explorateurs et d’âmes volontaires est envoyé à travers les étoiles, afin d’établir une colonie qui sera le nouveau foyer de l’espèce humaine. L’équipage de l’U.S.S. Montgomery abrite un équipage de colons en route vers la colonie en cours de construction, avec parmi eux des enfants appelés à devenir les bâtisseurs de demain.

Seulement, aucun des moments de crise qu’à traversé l’Humanité ne s’est déroulé sans conflit. Entre la colonie et les gouvernements terrestres gronde un conflit larvé qui s’apprête à prendre une tournure bien plus funeste. Alors que le voyage interstellaire de l’U.S.S. Montgomery suit son cours, un sabotage commis par une séparatiste cause la mort de tous les membres adultes de l’équipage, n’épargnant les mineurs que de justesse. Les enfants livrés à eux-mêmes, c’est à Val, l’intelligence artificielle du vaisseau, qu’il revient d’en prendre soin afin de les faire arriver à destination.

Mère de substitution

Commence alors une éprouvante odyssée durant laquelle les enfants vont devoir faire face à des problèmes d’adultes, aidés et chapeautés par Val, dont la principale directive contenue dans son programme la poussera à veiller coûte que coûte sur son jeune équipage. L’on suivra plus particulièrement le parcours de Lil, impétueuse aînée du groupe, et d’Isaac, dont la mère est responsable du désastre.

Au fil des mois qui suivent, Val devient donc une figure parentale et tutélaire, apprenant aux enfants comment survivre sans les adultes et comment faire parvenir le vaisseau à bon port. Ainsi, pour survivre, Val et ses protégés devront se dépasser et aller au-delà de ce qui est attendu d’eux. Malheureusement, même parmi des millions de kilomètres de vide sidéral, peuvent se cacher des obstacles mortels, que même l’IA ne peut anticiper. Il reviendra alors aux petits explorateurs en herbe de s’adapter, et encore une fois, de faire preuve d’une sagesse tragiquement précoce.

Jeff Lemire, qui a déjà prouvé son talent grâce à des séries originales et bien pensées, nous emmène avec lui dans une odyssée spatiale paradoxalement intimiste. Reprenant le thème délicieusement SF de l’IA-parent (que l’on peut voir-subtilement-dans Alien avec Maman, l’ordinateur de bord du Nostromo, ou encore-pas si subtilement-dans le film I am Mother, ou la série Raised By Wolves), l’auteur de Sweet Tooth offre un scénario touchant sur la réalisation de soi et la nature de la conscience, loin des poncifs du genre voulant que l’IA soit mauvaise ou devienne hostile à l’humain.

Gabriel Hernandez Walta, dont on avait pu admirer le travail sur la série Vision, donne à voir encore une fois une très belle performance. Son coup de crayon est palpable, ce qui donne une matière certaine et non calibrée au dessin, notamment sur les plans rapprochés qui traduisent très bien les expressions des personnages (du moins, tant qu’ils sont vivants, bien sûr !)

Un très beau one-shot écrit par un scénariste très talentueux, cruel dans son exécution mais poétique dans son développement.