***·Manga·Rapidos

Manga en vrac #29: FMA 10 – Shagahime 2&3 – Appare Ranman 2

  • Fullmetal Alchemist (Perfect edition) #10 (Arakawa/Kurokawa) – 2022, 248 p./volume. 10/17 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

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Étonnante et perturbante entrée en matière pour ce dixième tome (on se rapproche de la fin!) puisqu’on se trouve dans un flashback lors de la « rencontre » entre Lin et Greed qui ont fusionné à la fin du précédent volume. Après un intermède assez creux qui retombe dans les quelques séquences longuettes du début on part pour la guerre d’Ishval où on se rappelle que tant sur les thèmes abordés que sur le traitement assez cru des évènements FMA n’est pas vraiment un Shonen… Cette seconde moitié est donc passionnante avec beaucoup de commentaires sur la guerre et la communication nationaliste. L’intrigue elle-même progresse également puisque nous allons brutalement découvrir l’origine des liens entre le colonel Mustang, Maes Hughes et Hawkeye mais également l’Alchimie très particulière des orientaux de Xing. Petit coup de mou qui manque un peu d’action donc mais qui rebondit pourtant bien vite et maintient la tension très haut sans jamais savoir où tout cela va nous mener.

  • Shigahime #2 et 3 (Hirohisa/Mangetsu) – 2022, 208p./volume, 3/5 volumes parus (série achevée en 5 volumes).

bsic journalismMerci aux éditions Mangetsu pour leur confiance.

shigahime_3_mangetsuAprès une amorce redoutable de violence et de crudité, on continue avec deux nouveaux tomes de cette courte série vampirique centrée sur les familiers des immortels. Atmosphère toujours aussi vénéneuse qui suit donc ce « héros » incapable d’utiliser ses nouveaux pouvoirs de chasseur et se refusant à perdre totalement son humanité pour servir sa patronne, une « originelle ». Les liens entre cette Miwako (plus sage que dans le premier volume) et son protégé sont très ambigus, abordent les thèmes classiques de la sexualité des jeunes dans les manga avec cette femme présentée comme une prédatrice sexuelle corrompant la pureté juvénile de deux lycéens. Si les thématiques sociales sont importantes dans Shigahime, on regrettera un peu des combats assez mineurs par rapport à ce qui nous était promis. La tension dramatique n’en est pas moins très bonne et l’univers graphique et thématique de ces créatures de la nuit suffisamment original pour nous maintenir en éveil pour la suite.

  • Appare Ranman #2/3 (Ahndongshik-Apperacing/Doki-Doki) – (2020) 2022, 208p., série finie en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

appare_ranman_2_dokiLe premier tome de cette courte série m’avait bien séduit et après une rapide introduction des personnages et la préparation de la course nous voilà parti sur les chapeaux de roue pour cette transaméricaine sauvage. Avec des dessins toujours aussi réussis dans un esprit Lupin III, ce qui surprend dans ce second opus c’est la part relativement réduite des séquences automobiles! Avec une importante galerie de personnages les auteurs préfèrent en effet se concentrer sur les interactions et manigances pour modifier l’ordre de la course. C’est un peu dommage même si l’optimisation de l’étonnant véhicule à vapeur d’Appare reste un fil rouge et que les séquences secondaires enchaînent très vite. Bref, on ne s’ennuie pas une seconde dans cette adaptation d’un anime de 2020 qui malgré une ambition modeste (seulement trois tomes) profite de sa brièveté pour ne pas perdre de temps en intermèdes et nous propose tout ce qui est attendu: des trognes bigger than life, des gunfight, des rebondissements en veux tu en voilà,… La conclusion arrive très vite chez nous puisqu’on connaîtra le dénouement début juillet chez Doki-Doki.

****·Comics·Nouveau !·Service Presse

Strange adventures

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Comic de Tom King, Mitch Gerads et Evan Shaner.
Urban (2022), DC (2020), one-shot, collection Black label.

L’ouvrage comporte un important cahier final incluant de nombreuses pages de scénario, premier jet des planches et galerie de couvertures alternatives, toutes plus inspirées les unes que les autres. Un Calvin pour l’édition sans hésitation!

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bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur fidélité.

Adam Strange, le héros américain des guerres de Rann-Thanagar entame une tournée pour la sortie de son autobiographie. Pourtant le doute survient lorsqu’un visiteur l’agresse verbalement en l’accusant de massacres. L’image du héros se retrouve brisée et Mister Terrific, l’homme le plus intelligent du monde se trouve chargé d’enquêter sur le passé de Strange…

https://www.avoir-alire.com/local/cache-vignettes/L672xH1027/11_strange_adventures_00-2deeb.jpg?1653048249Tom King est un peu l’intello atypique dans le pool des grands scénaristes de comics actuels. Se plaçant dans l’héritage d’un Alan Moore, il dépeint des héros très humains, associé à son acolyte Mitch Gerads qui propose des planches classiques proches du gaufrier avec une appétence pour la répétition et les jeux d’image vidéo. J’avais beaucoup aimé leur Mister Miracle où un héros sans pouvoir, kitsch au possible, se retrouvait à témoigner de ses problématiques de couple alors que les plus grandes puissances d’Apokolips et des New Gods intervenaient en mode « la vie privée des super-héros ». Sur Sheriff of Babylon ils abordaient le rôle d’un héros sur un terrain d’intervention (l’Irak) où la morale et la loi américaine étaient mis en difficulté par la réalité du monde.

On retrouve ces deux thèmes dans Strange adventures, dans un emballage plus accessible, plus construit et plus intéressant. King est un ancien analyste de la CIA qui a travaillé en Irak (ce qu’il racontait dans Sheriff) et est un des rares auteurs américains aussi critiques sur le rôle de son pays et la déconstruction des mythes américains. Strange adventures parle avant tout de cela: au-delà du mythe créé notamment par les médias (il y a toujours beaucoup de séquences de journaux TV dans les albums de King) se révèle progressivement une réalité bien plus ambiguë dans une narration croisée où se succèdent l’excellent Evan Shaner et Mitch Gerads.The Blackest of Suns — “At This Moment” Strange Adventures #8 (March...

On suit donc deux temporalités: celle dessinée par Gerads suit l’action d’Alanna, princesse de Rann-Thanagar et femme aimante du héros alors que l’impassible Mr. Terrific doté de son intelligence suprême incarnant la justice absolue menace le récit du couple sur le passé. Celle dessinée par Shaner nous narre la guerre elle-même en croisant les différents peuples de la planète. Alors que nous croisons très rapidement les héros de la Ligue de Justice, la construction médiatique apparaît dans sa complexité et jusqu’à la toute fin bien malin sera celui capable d’anticiper la résolution. L’intelligence de l’écriture repose sur le refus du manichéisme. Si supercherie il y a (on le comprend très tôt), on ne sait pas laquelle ni pourquoi ni comment. Outre le thème du couple récurent chez Tom King on a évidemment une critique des guerres américaines, de leur storytelling héroïque et de la justification de l’intervention préventive. La création du héros rappellera le travail de Fabien Nury sur le Weird Science DC Comics: Strange Adventures #4 Reviewformidable L’homme qui tua Chris Kyle, avec en plus ici la mise en regard entre ce héros de papier, les véritables héros de la Justice League et la morale incarnée par ce Mister Terrific, véritable personnage principal autour duquel s’axe le récit.

Magnifique travail dont l’importante pagination ne gène en rien une lecture très fluide, Strange Adventures est pour l’instant le plus solide des albums de Tom King en parvenant à proposer une vraie belle BD accessible au grand public, ses magnifiques planches, ses scènes d’action, ses interactions complexes, avec une analyse profonde tout à la fois d’une mythologie nationale et d’une mythologie de couple. Loin de l’aspect documentaire conceptuel de précédentes parutions, l’auteur a su équilibrer ses envies et la dimension entertainment en nous envoyant un des tout meilleurs pavés de cette année.

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***·BD·Nouveau !

Les songes du Roi Griffu #1: Le Fils de l’Hiver

Premier tome de 66 pages, de la série écrite par Cyrielle Blaire, dessinée par Maïlis Colombié, et mise en couleurs par Drac. Parution chez Delcourt le 19/01/2022. Lecture conseillée à partir de 12 ans.

(Ne Jamais) Suivre la Grande Ourse

Pellah et Owein vivent modestement avec leurs parents, au service d’un seigneur perché dans sa haute tour. Les forêts environnantes font l’objet de nombreuses rumeurs, mais pour Owein, ces légendes sont vraies. En effet, au cours d’une ballade avec sa soeur, le jeune garçon aperçoit un homme capable de se transformer en ours (ou l’inverse ?), et se met en tête de le capturer pour pouvoir réaliser son rêve, intégrer la garde du Roi, qui est friand de ces plantigrades, et ainsi devenir riche.

Malheureusement, leur excursion tourne mal et Pellah est emportée par l’ours gigantesque, qui disparaît avec sa proie sans laisser de trace. Les mois et les années passent, l’espérance se mue en deuil pour Owein et ses parents. Le garçon grandit et se met au service du Roi, découvrant ainsi qu’une guerre a jadis opposé le peuple de Leoden à celui du roi Griffu, dont on dit qu’il était dépositaire d’une puissante magie. Après la chute du roi Griffu, la magie s’est estompée et a disparu des mémoires, reléguées aux légendes et aux rumeurs. Mais la haine du peuple du roi Griffu est demeurée vivace, raison pour laquelle les soldats du Roi Leoden les traquent encore dans les bois.

Owein, qui est persuadé que sa sœur est toujours en vie, doit alors débuter sa quête et vaincre les ennemis du roi pour prouver a valeur. Mais évidemment, les choses sont beaucoup plus compliquées qu’il n’y paraît.

Le pitch et l’ambiance concoctés par la scénariste Cyrielle Blaire apparaissent d’emblée comme très classiques. Nous avons un héros, sympathique et attachant, d’autant plus attachant qu’il est issu d’une classe populaire et modeste. Son objectif est simple, accessible et compréhensible, retrouver sa sœur, disparue par sa faute. Et pour compléter sa quête, le héros va devoir s’accomplir en affrontant des monstres, gagnant progressivement en expérience pour devenir le héros que l’on espère.

L’auteure introduit toutefois une dose de nuance bienvenue, en évitant le piège du manichéisme. Les luttes de pouvoirs et les guerres qui secouent ce royaume de Medieval Fantasy sont pour le moment intrigantes et donnent envie d’en lire davantage. Sans révolutionner le genre, Les Songes du Roi Griffu apportent un vent de fraîcheur dans la genre et promet de belles aventures en perspectives.

****·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Une histoire de voleurs et de trolls #3: le doigt de la sorcière

La BD!
BD de Ken Broeders
Drakoo (2022), 55p./album, série finie en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

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Pour sa conclusion (avec trois tomes en un an) de sa série parue en 2019 en Belgique, Ken Broeders s’affirme comme un auteur sur lequel il faudra compter dans les années à venir. Un peu comme le duo allemand qui avait su renouveler un genre archi-éculé (l’apocalypse zombie) dans Gung-Ho le belge aura non seulement Une histoire de voleurs et de trolls -3- Le doigt de la sorcièreproposé une aventure haute en couleur avec voyage entre les mondes et mille créatures très graphiques mais aura également créé un personnage que l’on espère retrouver bien vite dans des aventures solo. Ce Delric, magnifique anti-héros qui rappelle par moment un Han Solo dans avec ses airs de faux égoïste est une vraie réussite qui restera jusqu’au bout un peu en retrait mais dont chaque intervention est marquée d’éclats dans les dialogues ou dans l’action.

Car si la maîtrise graphique de Broeders est l’évidence qui marquera le plus vite le lecteur, il est surtout un excellent conteur d’histoires dont la liberté de la jeunesse jaillit à chaque invention. Un peu perturbé par une progression inhabituelle entre les trois tomes, le lecteur constatera que le grand final, immense bataille magique pleine de feux d’artifice, de blagues de sale driftwereld 3 een verhaal over een heks - moors magazinegosse et de morceaux de bravoure donne toute satisfaction en concluant (chose loin d’être systématique en BD…) toutes ses pistes ouvertes et notamment l’origine de cette mystérieuse sorcière après laquelle on court depuis le premier volume. Emmené avec les personnages dans un roller-coaster magique qui nous balade entre fées, élémentaux et mondes parallèles, on se laisse prendre dans un voyage plein d’originalité, comme des enfants, avec les yeux qui brillent. Les aventures aussi jolies, aussi loin des canons du genre et aussi maîtrisées ne sont finalement pas légion et placent cette Histoire de voleurs et de trolls comme une des pépites du catalogue Drakoo que je vous invite vivement à découvrir.

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***·Comics·Rapidos·Rétro

Siege

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Comic de Brian M. Bendis et Olivier Coipel
Panini (2021), one-shot.

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A la tête du HAMMER et de ses Dark Avengers Norman Osborn est le nouvel homme fort du pays. Lorsque Loki se présente à lui il se laisse convaincre de la nécessité de déclarer la guerre à Asgard, terre étrangère hébergée sur Terre à la suite des évènements de Civil War et Secret invasion. Le duo provoque un incident qui déclenche l’attaque. La bataille des Dieux contre les Dark Avengers puis avec les Avengers commence…

Comme l’éditeur français de la Distinguée Concurrence, Panini a lancé depuis quelques années une collection fort alléchante de « must-have » bien pratiques pour ceux qui comme moi restent un peu en retrait des foultitudes d’arcs infinis de l’univers Marvel. Avec la garantie de se lancer dans les lectures indispensables et marquantes on peut alors piocher sur ses personnages préférés ou les top-dessinateurs du monde des super-slip. Le soucis c’est que les liens entre ces arcs majeurs sont tellement étroits que l’on tombe parfois sur un os avec le sentiment d’arriver au milieu du gué. Ne vous inquiétez pas, votre hôte est là pour essuyer les plâtres et vous défricher non seulement ce qui vaut le coup mais… l’ordre dans lequel il faut lire ces albums. Et pour faire bref, Siège nécessite des lectures préalables pour apporter toute sa saveur.MARVEL DELUXE - SIEGE de Brian M. Bendis & Olivier Coipel -  hellrick.over-blog.com

En effet on ouvre cette courte mais fort sympathique baston avec un contexte qui laisse sans voix: Asgard est situé sur Terre (en Oklahoma…), Osborn (le Bouffon vert, ennemi de Spider-man) est à la tête d’Avengers qui comprennent Vénom, Wolverine, Hawkeye ou Sentry (personnage pour lequel je vous invite vivement à lire le billet de Dahaka avant de vous plonger dans Siège). Côté gentils on a rien de moins que deux Captain America, un autre Hawkeye, Miss Marvel et Spider-girl… Bref pas mal de bazar dans le who is who pour un lecteur qui suivrait tout cela principalement via le MCU. L’intrigue est simplissime puisque cet event très axé fan-service est surtout là pour résoudre les incidences de Civil War et Secret Invasion avant le chamboulement global de Secret wars. N’ayant pas encore lu Secret invasion (qui vient de sortir en Must-Have) je ne saurais aller plus loin dans les liens entre les deux. Conscients de cette difficulté les éditions Panini proposent en fin de volume un important dossier permettant à la fois de comprendre ce qu’on vient de lire mais aussi de plonger dans l’histoire des super-héros Marvel. Bon point.Practitioners 20: Olivier Coipel | Beyond the Bunker

Pour revenir à nos moutons, le principal intérêt de ce Siège (qui est plus une bliszkrieg en fait…) repose sur les planches parfaites d’un Olivier Coipel au trait mature et qui propose juste ce qui se fait de mieux en matière de super-héros avec un certain Stuart Immonen. Aux dessins sur tout l’album (hormis un prologue dessiné par Michael Lark) il nous propose des plans hyper-dynamiques parfois en doubles pages, quelques grandioses panorama et les inévitables poses collectives. On est là pour ça et on ne boude pas son plaisir de voir Thor et Sentry se projeter au-travers des tours d’Asgard. Si l’album devait être adapté au cinoche il n’y a qu’un Michael Bay qui serait apte à rentrer dans la subtilité du joujou… On parle de Sentry, c’est l’autre point fort de l’album, https://i0.wp.com/www.4thletter.net/wp-content/uploads/2011/02/bhm-coipel-siege-02.jpgavec un aspect très sombre et inquiétant sur un certain nombre de cases, jusqu’à l’évènement central, inattendu et choquant que l’on ne pensait pas pouvoir trouver ailleurs que dans Injustice. S’exonérant comme jamais du Comic code authority, Brian M. Bendis arrive ainsi à proposer des séquences très gonflées dans un cadre archi-formaté. Son méchant devant dépasser le pitch de départ (on a quand-même les plus grands méchants de Marvel qui remplacent les Avengers sur Terre!), on nous envoie donc un super-man déviant et implacable qui va contraindre Thor à user de toute sa puissance.

Frustrant, court mais intense, ce Siege n’est peut-être pas un véritable Must-have (ou pour Coipel) mais c’est un vrai bon moment de pop-corn à la très bonne tenue, finalement pas si fréquent dans l’océan des albums de la Maison des idées. Si vous aimes les beaux dessins et les comics de héros pas trop prise de tête (adorateurs de HoX/PoX passez votre chemin…), attrapez Secret invasion et Siege lors de votre prochain passage chez votre dealer, mettez la bière au frais et Rock’n’roll!

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*****·BD·Service Presse

La terre, le ciel, les corbeaux.

La BD!
BD de Teresa Radice et Stefano Turconi
Glénat (2022), 208 p., one-Shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Au fin fond de la Russie trois hommes en fuite errent dans l’immensité glacée, à la poursuite de la liberté et de leur vie. Échappés d’une prison, ils voient leur destin lié alors qu’aucun ne souhaite subir la présence des autres. Pourtant ils vont devoir survivre ainsi, au milieu d’une nature bien moins inhospitalière que le monde des hommes. Arrivés au point de bascule, chacun devra faire des choix liant sa vie d’avant avec celle qu’il envisage après. Pour peu qu’ils envisagent quelque chose après cette guerre…

Coup de coeur! (1)Le coup Radice/Turconi revient nous offrir son talent brut et son amour de la vie et de la nature avec un nouveau joyau au ton unique. Album après album ils battissent ainsi, patiemment mais avec conviction, une des œuvres les plus impressionnantes du monde de la BD.

20220415_170915Pour chacun de leurs projets ils s’appuient sur un pan de la culture européenne. Après l’univers littéraire britannique, ses ports et ses mari perdus, ils migrent cette fois chez les auteurs russes, Tolstoï au premier chef, dans une alchimie dense entre leurs marqueurs et ceux de leurs inspirateurs. Car comme le montre la photo de l’atelier de Stefano Turconi, leur méthode de travail est de s’immerger dans un monde littéraire et sonore pour en tirer une substantifique moelle qui va alimenter leurs envies. Ces envies sont faites de Nature et de relations humaines, mais aussi de mémoire et d’espoir.

Leur personnage principal, un jeune contrebandier italien, se retrouve ainsi évadé de prison en compagnie d’un allemand bourru et d’un soldat russe captif, en plein cœur d’une guerre qui semble si lointaine. Figure du naïf philosophe, il va au fil des deux-cent pages de l’album nous faire naviguer sur ses pensées intérieures et ses analyses du genre humain (de ses compères de fuite). Découpé en sept chapitres, La terre, le ciel, les corbeaux est un album sensitif, où le narrateur s’allie aux sublimes planches à l’aquarelle pour ressentir une nature sauvage où le héros se remémore sa jeunesse faite de vent dans les arbres, de tartines chauffées à la pierre et des caresses d’une amante.

Dialoguant en russe ou en allemand, les trois personnages nous laissent extérieurs à la plupart de leurs échanges (… les dialogues ne sont en effet pas traduits!). On imagine la volonté des auteurs de faire ainsi ressentir au lecteur l’isolement linguistique du personnage. Malheureusement la lecture en devient par moment difficile, s’accrochant pour ceux qui gardent des notions de la langue de Goethe ou de Tolstoï à des bribes que la plupart ne comprendront pas. 20220415_171027C’est très frustrant même si la narration nous explique l’essentiel de l’action et fait de cet album une lecture exigeante, parfois intello. Radice et Turconi ne nous prennent pas par surprise, leur monument Le port des marins perdus utilisait déjà cette méthode et moultes références pas toujours connues.

Mais l’essentiel est ailleurs, dans cette construction d’orfèvrerie sur laquelle on glice en désirant la paix pour notre personnage chaque fois qu’il trouve un havre de repos, avant de repartir dans sa quête sans fin. Ouvrage philosophique, sans message particulier, La Terre… est un humanisme qui place un bel humain dans une situation absurde entre la vie et la mort, une sorte de purgatoire pour une ancienne faute où lui seul peut décider de son destin, le pardon ou la mort. L’intelligence de l’écriture comme la précision des émotions sensitives des planches nous happent dans la forêt blanche et les cabanes de bois à la suite de ce trio tout comme dans nos propres souvenirs. Un partage universel comme les proposent les plus grands auteurs.

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***·Comics·East & West·Service Presse

TMNT #15: L’invasion des Tricératons

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Quinzième tome de la série écrite par Kevin Eastman, Tom Waltz, et Bobby Curnow, dessinée par Damian Couceiro et Brahm Revel. Parution en France chez HiComics le 05/01/2022.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

Un dinosaure, ça trompe énormément

Alors qu’ils reviennent de la dimension X où ils se sont assurés que Krang, le tyran interdimensionnel, soit jugé pour ses innombrables crimes, Les Tortues Ninja doivent faire face à un nouveau défi. Les Tricératons, une espèce mutante issue de spécimens de dinosaures prélevés sur Terre il y a près de 70 millions d’années, se téléportent à New York et sèment la zizanie.

Pourtant, les guerriers Tricératons, lassés par toutes les guerres auxquels Krang les a contraint à participer, viennent sur Terre animés par des intentions pacifiques, cherchant simplement à retourner chez eux. Mais leur quête d’un foyer va bien vite percuter la malice des maîtres actuels de la petite planète bleue, les humains.

Accueillis par la Force de Protection de la Terre, Zom et ses soldats à trois cornes subissent un quiproquo qui va mener très rapidement à une escalade de la violence, culminant à une guérilla urbaine en plein New-York. Les Tortues Ninja vont devoir contrer la belligérance de la FPT pour éviter le pire, mais leur plus grand défi consistera à s’opposer à leur père Splinter, qui entend bien résoudre ce conflit grâce à la violence du clan des Foot dont il a pris la tête.

Nouvel arc narratif pour les Tortues de Eastman et Waltz. Après un interlude divertissant dans la dimension X consacré au procès de Krang, les auteurs mettent de nouveau nos héros à carapace dans une situation périlleuse et agrémentent le tout d’un conflit de loyauté puisqu’en plus de devoir gérer une invasion, Léo, Raph, Donnie et Mike auront à tenir tête à leur propre père.

C’est sans doute l’élément le plus intéressant de cet arc, qui est tout de même relativement court puisqu’il ne couvre que cinq numéros de la série. Malgré le potentiel qu’il y avait pour un nouveau crisis crossover, il en ressort néanmoins une impression plutôt décevante, comme si le tout était expédié et traité en surface et que la série était en vitesse de croisière, voire en pilote automatique.

On entend par là des obstacles assez peu convaincants (les Tricératons de la série originelle sont sensiblement plus costauds), et une résolution un peu facile, malgré l’escarmouche intrafamiliale du clan Hamato.

Malgré ces défauts, on reste dans une lecture divertissante qui a le mérite d’exploiter tout le bestiaire de l’univers des TMNT. En ce sens, la série fait penser à Savage Dragon, série Image Comics dont le succès ne se dément pas depuis plus de vingt ans, et qui possède désormais un vaste univers composé de centaines de personnages et dont l’auteur, Erik Larsen, parvient encore à utiliser de manière créative.

TMNT a donc le potentiel d’une série qui dure dans le temps, à condition de se réinventer régulièrement et de proposer des histoires plus engageantes, comme cela a été le cas auparavant.

****·Comics·East & West

Le Lac de Feu

Intégrale des trois tomes de la série écrite par Nathan Fairbairn et dessinée par Matt Smith. Parution de l’intégrale en France le 11/03/2020 aux éditions Paquet, pour un total de 144 pages.

C’était pas ma Croisade !

En l’an 1220, la croisade contre les Cathares fait rage dans le Sud du royaume de France. Cette hérésie ne peut être tolérée par l’Église, qui a envoyé ses épées les plus valeureuses se fracasser contre les boucliers albigeois.

Les épées les plus valeureuses, certes, mais aussi, parfois, les plus inexpérimentées. Ainsi, Thibaut de Champagne, jeune croisé qui a pour ambition de redorer le blason familial en servant Dieu lors de cette sanglante croisade. Fraichement adoubé et accompagné de son ami Hugues, Thibaut se rend au camp de Messire Monfort, persuadé de sa grande destinée et fredonnant déjà les chansons que l’on composera à sa gloire.

Mais c’est avec une mine moribonde que Monfort va les accueillir. Assez peu satisfait de voire débarquer les jeunes paltoquets, Monfort décide de s’en débarrasser subrepticement en les envoyant sur une fausse piste pour les éloigner du front où ils pourraient gêner. Escortés par le chevalier récalcitrant Raymond de Mondragon, la petite équipée chevauche donc de façon guillerette vers le village de Montaillou, où ils espèrent accomplir la volonté du Seigneur.

Mais ce que nos jeune chevaliers ignorent, c’est que les Cathares ne sont pas les créatures les plus dangereuses qui peuplent les campagnes. Quelques nuits auparavant, la région a vu s’écraser un astronef géant, qui est venu se fracasser sur les flancs d’une montagnes des Pyrénées, et qui abritait en son sein une colonie de prédateurs insectoïdes que les habitants du village ont pris pour des démons.

Aliens vs [figure historique en décalage avec la SF]

Placer des aliens dans un contexte géographique ou historique inattendu est un procédé efficace qui permet de créer un intérêt dramatique immédiat. En 2020, The Spider King utilisait la même prémisse pour un résultat fort bien réussi, dans la même veine que Cowboys & Envahisseurs, qui mettait des pionniers du Far West face à des E.T. hostiles.

Le premier album plante idéalement le décor, en nous dépeignant des protagonistes dont l’ineptie au combat nous laisse espérer une marge de progression (entendre: badassification), sans oublier de retracer le contexte historique de la croisade albigeoise. Le reste de la trilogie laisse la part belle à l’action, avec bien entendu des moments consacrés au développement des protagonistes, le tout formant une mécanique bien huilée qui fonctionne tout à fait en intégrale.

Sans que l’auteur ait besoin de l’expliquer, on parvient aisément à recoller les morceaux de l’intrigue et à comprendre les événements liés au crash du vaisseau, ce qui est en soi un plus, même si l’on aurait tout de même aimé un approfondissement de cette partie.

Le design des aliens, qui opte pour l’aspect insectoïde, est somme toute relativement classique, et leur antagonisme ne représente pas un challenge si extrême que cela pour les chevaliers croisés. J’entends par là que les aliens du Lac de Feu ne sont finalement que des bêtes féroces qui pullulent, cela évite à nos héros la problématique de devoir gérer une technologie ou un armement supérieurs. Cela ne nuit cependant pas à la qualité de l’intrigue, qui bascule ainsi aisément en mode survival, plutôt que guerre interstellaire.

Comme dans tous les récits de genre détournés, on apprécie le propos sous-jacent, ici sur la religion, et comment cette dernière alimente depuis toujours les conflits les plus meurtriers de l’histoire de l’Humanité. L’auteur utilise donc le personnage de l’Inquisiteur pour appuyer son propos, et montrer les ravages de l’extrémisme.

Sur la partie graphique, le dessin de Matt Smith, que nous avions croisé grâce au très bon Folklords l’an passé, est toujours solide et régulier tout au long des trois albums de l’intégrale, hissant ainsi la qualité de ce Lac de Feu.

*****·BD·Jeunesse·Nouveau !

Voro #9: Le Tombeau des dieux troisième partie

Dernier tome de 166 pages de la série écrite et dessinée par Janne Kukkonen. Parution en France le 10/11/2021 aux éditions Casterman.

Le seigneur des flambeaux

Coup de coeur! (1)

Après avoir réveillé par inadvertance une dangereuse divinité du Feu, Lilya, une apprentie voleuse de la Guilde, s’est mise en tête de réparer ses erreurs quel qu’en soit le prix. Malheureusement, Ithiel, le Père Feu, est à l’apogée de son pouvoir: non seulement soutenu par la Tribu du Feu qui le vénère depuis la nuit des temps, il est également maître d’une armée de géants invincibles grâce à la Pierre de Feu, que Lilya a également contribué à rassembler.

Après avoir jeté ses forces dans la bataille, Lilya a échoué à éliminer Ithiel, qui s’est lancé dans une campagne de conquête du monde des hommes, lui qui se pense capable d’engendrer un monde idyllique aux antipodes de la cupidité et de la violence humaines. L’apprentie voleuse y a laissé la vie, mais elle a été tirée des limbes par la Mort elle-même, qui a semble-t-il un intérêt à assister à la chute de son rival Ithiel. Lilya a aussi reçu un coup de pouce de la part de la Demoiselle de la Nuit, la divinité que servait autrefois la Guilde des Voleurs.

Ses chances de succès sont bien minces, mais Lilya ne désespère pas. Résolue à sauver le monde des hommes, elle en appelle à la sagesse des hommes de bonne volonté que sont les Rois, mais ces derniers ont l’esprit trop occupés par leurs luttes de pouvoirs pour pouvoir agir de concert. Pire encore, depuis le dernier tome, Lilya ne peut même plus compter l’aide de son mentor Seamus, au vu des révélations qui ont été faites sur le passé de ce dernier.

Que pourra faire la jeune vaurienne pour prévaloir dans ce jeu de dupes où les hommes ne sont rien face aux rois, où les rois ne sont rien face aux dieux, et où les dieux manipulent leurs pions sur l’échiquier cosmique ?

Comme vous le savez , la série Voro est un incontournable parmi les séries jeunesse du moment. L’auteur finnois Janne Kukkonen, issu du monde de l’animation, est parvenu à créer un univers fantasy cohérent et original, mâtiné d’influences et de références nordiques, dans lequel évoluent des personnages marquants et attachants.

Le scénario parvient à éviter le manichéisme primaire en nuançant son propos ainsi que les valeurs portées par les personnages. En effet, difficile de donner totalement tort à Ithiel lorsqu’il méprise le monde bâti par les hommes et qu’il fait part de son amertume quant à sa trahison. Cela ajoute de la profondeur au personnage, ce qu’oublient bon nombre d’auteurs pourtant chevronnés. Il arrive en effet assez souvent de voir un antagoniste bien méchant, fréquemment cruel, et qui de surcroît affiche de la satisfaction à faire le mâââl, si bien que l’on bascule bien trop souvent dans le cliché.

Ici, ce n’est pas le cas, et chaque personnage possède sa part d’ombre ainsi que des qualités rédemptrices, qui rendent le récit engageant et le distingue de la masse des récits fongibles aux personnages interchangeables.

Dans Voro, l’action est toujours spectaculaire et jamais prétexte, et l’auteur arrive à accroître sans cesse la tension dramatique jusqu’au dénouement, faisant de ces neuf tomes une saga épique et enthousiasmante qu’il sera toujours bon de relire à l’occasion.

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***·Comics·East & West·Nouveau !

X of Swords volume 4/4

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Suite et fin du crossover Marvel X of Swords, avec Jonathan Hickman aux commandes. Parution en France le 06/10/21 chez Panini Comics.

On ne compare pas les épées-sœurs

La nation mutante de Krakoa est en grand danger. Confrontée à sa jumelle Arakko, peuplée de mutants cruels et endurcis par des siècles de lutte contre les démons d’Amenth, la population krakoane est contrainte de participer à un tournoi au coeur de l’Outremonde, royaume magique et instable, au cours duquel il affronteront leur homologues arakkii.

Pour cela chaque combattant se dote d’une épée bien spécifique, que la prophétie de Saturnyne, l’organisatrice du tournoi, lui a attribué. Après deux tomes de tension croissante, le volume 3 du Dix d’Epées prenait les attentes du lecteur à rebours en plaçant les x-men et leurs alliés dans des situations où le combat à l’épée n’était pas nécessairement de mise. Certaines épreuves se révélèrent même assez rocambolesques, donnant un ton sensiblement plus léger que celui auquel on pouvait s’attendre.

Le tournoi se poursuit donc dans ce quatrième volume, avec toujours ce changement de ton, qui peut être perturbant par moments. Il est possible que cela soit du à la multiplicité des équipes créatives qui sont intervenues sur l’event, car on sent bien la différence de traitement entre les séries comme Excalibur ou Hellions, et la série principale X-Men.

La final, en revanche, reste dynamique et surfe sur une vague épique mettant à profit les éléments préparés en amont. Les rebondissements pré-climax, la cavalerie de dernière minute (plusieurs!), nous avons droit à tous les ingrédients qui font un bon chapitre final.

Pour résumer ce X-marathon, nous avons là un event relativement long (22 chapitres), qui met en place une menace crédible (Amenth et les Quatre Cavaliers), sans oublier d’approfondir des personnages passionnants (Apocalypse), tout en modifiant encore le statu quo des mutants. On peut cependant s’interroger sur le changement de ton durant le second acte, notamment au cours des épreuves, qui peut faire perdre de vue les enjeux et faire que le lecteur ne redoute plus, ou moins, les conséquences du tournoi. Heureusement, le chapitre final replace adéquatement les choses et promet de belles pistes pour la suite.