Comics·Nouveau !·Numérique

Lazarus #7

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Comic de Greg Rucka et Michael Lark
Glénat (2020) – Image (2019), 132 p., série en cours.

badge numeriqueLe précédent volume commence à remonter puisque ma critique date d’un an et demi… Je n’ai pas lu le tome noté « 6 » chez Glénat, qui reprenait des épisodes spin-off apparemment peu intéressants. L’intrigue reprend donc bien au tome « 7 ». A noter que le nouveau cycle est sous-titré « Risen » chez l’éditeur original Image, Glénat ayant choisi de maintenir une continuité de tomaison. Espérons que cela n’oblige pas dans quelques volumes à une révision de la maquette sur les réeditions…

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Alors que la guerre des familles s’intensifie Forever noue un pacte avec sa sœur pour enfin rencontrer son clone. La défaite contre le Dragon a marqué les esprits et les alliances se font et se défont dans un monde sur le point de basculer…

Est-ce le fait d’avoir attendu un temps inhabituel entre le précédent opus et celui-ci? Le fait est que cette reprise, si elle est plus que jamais marquée du sceau de l’action (entre intervention commando hyper-technologique et affrontement primaire entre lazares), semble patiner un peu dans la résolution de l’affrontement géopolitique. Le nouveau contexte marqué par un réequilibrage interne à la famille est désormais connu mais les aller-retours géographiques avec des informations temporelles assez absentes pour le lecteur ne facilitent pas la compréhension. Une carte des noms des clans en début d’album aiderait grandement à contextualiser de qui on parle car dans ces discussions stratégiques on est un peu perdu. De même, le changement de coiffure de Forever rend parfois compliquée la lecture des actions entre des soldats tous harnachés de combinaisons de storm-troopers. Le style de Michael Lark peut diviser, personnellement j’ai du mal depuis le début de la série, ce qui ne m’empêche pas de’apprécier l’excellent scénario, très sombre, froid et psychologique de Greg Rucka. Hormis cela on assiste à des assassinats violents, à l’apparition de la matriarche Carlyle, au retour du Dragon et aux incidences de la guerre sur les populations civiles.

On attend toujours la série Amazon qui devrait propulser encore plus haut cette série dans la popularité geek et il faut reconnaître une solidité indéniable dans la progression dramatique (un peu lente….?) et des personnages forts. L’univers de Lazarus est noir, très très noir. Gageons que cette « résurrection » soit un chemin vers la lumière.

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Red Sun #2

BD du mercredi
BD de Stéphane Louis et Alessandra de Bernardis
Kamiti (2020), 54 p., volume 2/2.

bsic journalism Merci aux éditions Kamiti pour leur confiance.

Le financement de ce second tome a été fait suite à une campagne Ulule visant a amortir une partie des coûts, pour ce jeune éditeur qu’est Kamiti. 177 contributeurs ont participé à cette campagne à hauteur de 300% des 4000€ mis comme premier objectif sur les 25.000€ nécessaires au lancement de l’album. Quatre éditions de l’album ont été éditées. L’album du commerce comprend une reproduction d’ex-libris et une double page d’illustrations en plus de la BD. Contrairement au premier tome l’intérieur de couverture est illustré par un paysage spatial. Je profite de ce descriptif pour m’étonner et déplorer le gros problème de relecture, déjà constaté sur le premier volume et malheureusement non corrigé ici, entraînant un nombre de coquilles anormal. Vraiment dommage pour un éditeur qui doit faire ses preuves de professionnalisme auprès des lecteurs…

couv_396090L’inhibiteur de violence a été vaincu! L’humanité a repris son destin en main avec à sa tête Cass, qui ne s’est toujours pas remise de la perte de son frère. Alors que la guerre de reconquête dans le système Trappist fait rage, les choix binaires de vengeance sont remis en question par des avis divergents au sein de la rébellion mais aussi parmi le Conclave des Nations aliens dont un émissaire s’apprête à rendre visite au commandant suprême des forces humaines…

Le premier album avait été une très agréable surprise. Cette conclusion marque une rupture assez nette avec ce dernier dans un étonnant scénario assez ambitieux et construit donc en deux parties qui abordent des questions tout à fait différentes. Le style même est autre puisque après avoir parcouru les couloirs des stations spatiales des mineurs et assisté au conflit entre le frère et la sœur, on bascule ici en plein cœur d’une guerre spatiale où seule l’extinction totale d’une des deux parties semble un aboutissement possible. Alternant les séquences de dogfights et de bombardements d’aliens étonnamment faibles et les discussions stratégiques musclées entre Cass et son Etat-Major, l’album se lit agréablement en provoquant d’intéressantes réflexions sur la destinée de la guerre et le concept de libre-arbitre. Car le sujet de la série est bien celle du choix et des compromis nécessaires pour vivre en communauté. Si le trouble jeu des aliens reste camouflé jusqu’à une conclusion plutôt réussie (ce qui n’est pas toujours le cas dans le genre SF), assez tôt l’héroïne dont la solitude est palpable se retrouve confrontée à la contestation de ses hommes, des premiers Dots, mais aussi en conflit intérieur. La discussion sur l’idée de chef suprême avec l’ambassadeur alien est à ce titre tout à fait passionnante avec en filigrane l’argument défendu par Cass que les humains ont besoin d’un chef autoritaire et tout puissant. A l’heure où les nations semblent remettre en question les vertus de la démocratie cette BD a le gros intérêt de nous interroger mine de rien sur un choix majeur des sociétés humaines. Désormais scénariste chevronné, Stephane Louis montre sa très bonne maîtrise des structures scénaristiques pour proposer une lecture fluide.

Graphiquement l’ouvrage est un peu plus exigeant que le précédent avec moultes vaisseaux en mouvement qui pointent les quelques faiblesses techniques d’Alessandra de Bernardis en matière de perspective.  Du coup les séquences les plus réussies sont bien les débats politiques avec des personnages (et des visages) toujours aussi expressifs. Heureusement l’excellent design général des technologies humaines et aliens et le très bon découpage compensent une légère redondance des séquences de bataille spatiale qui manquent un peu d’antagonisme.Alex De Bernardis - Red Sun 2 cover and splash pages

Avec cette conclusion réussie, Red Sun confirme les qualités d’un projet qui a su éviter l’essoufflement d’une longue série et tire remarquablement parti de la structure binaire en se focalisant sur les problématiques politiques de l’émancipation humaine. Nombres de séries BD et de saga SF oublient de poser des problématiques intéressantes en cachant ce vide sous de beaux plans spatiaux. Cela peut suffire. Ici un scénariste intelligent s’associe à une dessinatrice débutante mais talentueuse pour proposer une série spatiale qui a su trouver un axe réflexif dans un genre pourtant très balisé. Une réussite.

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***·Comics·East & West·Nouveau !

Black Badge

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Roman graphique de 290 pages, réunissant les 12 épisodes de la série écrite par Matt Kindt et dessinée par Tyler Jenkins, parue initialement aux US chez BOOM! Studios, publié en France depuis le 04/03/2020 aux éditions Futuropolis.

Charlie et ses drôles de drames

Les organisations occultes et les agents secrets foisonnent dans les œuvres de fiction, que l’on parle du SHIELD, du BPRD, de Mission: Impossible ou du Kingsman. Elles sauvent invariablement le monde de catastrophes diverses au prix de nombreux sacrifices, la rédemption du monde étant leur seule récompense.

Et si une de ces organisations se dissimulait sous des atours simples, voire improbables ? Et si une confrérie inoffensive aux yeux de tous façonnait notre monde en secret ? Et si…les Scouts étaient de redoutables espions ?

C’est la prémisse choisie par Matt Kindt pour Black Badge, où il raconte le parcours de Kenny, Cliff, Mintz et Willy, jeunes membres de la division secrète éponyme, dont le rôle consiste à mener à bien des missions de sabotage, d’exfiltration ou d’assassinats sous couverture. Leur jeunesse est leur meilleur atout: en effet, qui se soucierait d’une bande d’adolescents, et a fortiori, qui les penserait capables de telles actions ?

Cependant, Black Badge doit faire face à des menaces bien plus insidieuses et subversives que les terroristes lambdas qu’ils affrontent ordinairement. Au cours de leurs missions, les jeunes scouts vont croiser le chemin d’autres cellules occultes, aux ambitions perfides. Mais, en matière d’espionnage, la réalité n’est bien souvent qu’un voile qui dissimule d’autres vérités, ce qui va forcer nos héros à remettre en question leur crédo.

Les Quatre Scout-tastiques

Matt Kindt nous plonge dans un monde dangereux et opaque, reprenant avec habileté la triste thématique des enfants-soldats. Comme c’était le cas dans la réalité, les protagonistes sont des orphelins ou des jeunes que l’on a soustraits à leur foyer, pour les conditionner et les envoyer prendre des risques au nom des adultes.

Nos audacieux Black Badges, tels les X-Men du Professeur Xavier, sont donc de dévoués soldats, conditionnés qu’ils sont à de pas questionner les ordres. C’est pourtant là le propre de la jeunesse, aussi nos héros vont-ils progressivement dévoiler le mystère qui entoure leur unité de Scouts, au fil des missions et des épreuves rythmées par les douze chapitres. La lecture qu’a Kindt du jeune soldat que l’on sous-estime m’a fait penser à celle qu’avait Ed Brubaker concernant Bucky, l’acolyte de Captain America lors des flash-backs de la saga du Winter Soldier.

Graphiquement, on doit reconnaître à Tyler Jenkins une constance certaine sur presque 300 pages. Les couleurs qu’il emploie, posent un filtre rétro sur cette aventure aux tons et aux circonvolutions parfois désuètes, fleurant bon les récits d’espionnages de la grande époque.

Si vous aimez les récits à tiroirs, les faux-semblants et le camping derrière les lignes ennemies, alors Black Badge est fait pour vous !

***·BD·La trouvaille du vendredi·Numérique·Rétro·Un auteur...

Le quatrième pouvoir

La trouvaille+joaquim
BD de Juan Gimenez
Les Humanoïdes associés (1989-2008), 255p., comprend les quatre volumes de la série.

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badge numeriqueTout début avril nous avons appris la triste nouvelle du décès (suite au covid-19) du très grand dessinateur argentin Juan Gimenez, compagnon de route de Jodorowsky en donnant une incroyable impulsion au personnage du Méta-baron créé par le chilien et Moebius dans l’Incal. Formidable designer créant des formes techniques SF incroyables cet artiste a influencé toute une génération de dessinateurs BD et du design et sa disparition est une très grande perte pour le 9° art…

Sa bibliographie n’est finalement pas très fournie et se caractérise principalement par les séries Léo Roa, La saga des Méta-barons, la plus connue de ses collaborations, et ce Quatrième pouvoir, à l’histoire si particulière. Il s’agit d’une de mes premières lectures de BD adulte SF que j’avais découvert fasciné à sa sortie au format one-shot. De ces albums marquants, non tant par son scénario, assez simple, que par ses thématiques, ses visions de grands espaces futuristes et d’engins incroyables, de cette violence organique, radicale… Le Quatrième pouvoir est à ranger avec toute une série d’autres créations directement issues de l’esprit Metal-Hurlant, des visions techno-punk uniques, directement issues des visions intérieures de leurs auteurs, des Bilal, Druillet ou Moebius… Jusqu’alors habitué aux one-shot de ce type, l’expérience de Gimenez sur la Caste des Meta-barons lui a inspiré une suite au Quatrième pouvoir, qui se terminait pourtant sans suite possible…

Le Quatrième Pouvoir (Intégrale) (Nouvelle Édition) - (Juan ...Humains et Krommiums sont en guerre. Ces derniers croient avoir trouvé l’arme ultime en créant un être aux pouvoirs psychiques capables de contrôler la matière et le temps… Exether Mega, pilote de chasse, se retrouve ainsi prise en chasse car elle est le spécimen que les scientifiques doivent associer à d’autres femmes kidnappées pour réaliser leur arme…

Les trois albums qui suivirent la ressortie en 2004 du premier tome (soit quinze ans plus tard!) sont lisibles comme des one-shot et leur rattachement est, il faut l’avouer un peu acrobatique. Si Meurtres sur Antiplona (tome 2) se présente comme une rocambolesque (et  maladroite – même s’il a clairement inspiré visuellement la série Orbital!) fuite entre mafieux, police et héros reprenant les thématiques de Léo Roa et l’environnement hyper-urbain, la véritable suite du premier tome commence avec Enfer vert (tome 3).

Bien plus posé, construit, l’album prends le temps de nous expliquer les événements Planche originale n°9 accompagnée de sa première étape - L'Ile D-7 ...originaux de la série et de proposer une conséquence crédible. En posant un thème de survie dans une jungle hostile ce troisième tome nous fait retrouver ce qui plaît chez Gimenez: les designs géniaux des scaphandres et vaisseaux (l’auteur a commencé comme dessinateur industriel), de l’action militaire gore à souhait et des créatures extrêmement imaginatives et particulièrement agressives! Conscient des limites de l’histoire originelle, l’auteur construit sérieusement son univers avec ce conflit entre Fédération et Krommiums autour duquel gravite une galaxie de mercenaires, éleveurs de bêtes sauvages exotiques et autres entités supranaturelles… On ne sait si Gimenez se plaît le plus dans le noir spatial, les immenses volumes des vaisseaux aux architectures parfaites ou dans le huis-clos urbain ou de la jungle d’Enfer vert tant chacun de ces univers fourmille de détails et de bonnes idées. On pourra lui reprocher justement ce trop plein qui caractérise son œuvre, mais il faut admettre la générosité créative de l’argentin.

Sur le quatrième tome une démonstration d’armement en théâtre d’opération tourne mal du fait de corruptions et plans machiavéliques d’industriels pourris. L’héroïne, dans sa fuite perpétuelle, se retrouve réfugiée sur l’Ile, une tour de défense monumentale pilotée par une intelligence artificielle et une armée de droïds. Revenant sur le lieu où tout a commencé, elle devra user de ses pouvoirs pour sauver ses nouveaux compagnons…

Le quatrième pouvoir - Enfer vert Tome 03 - Le quatrieme pouvoir ...Personnellement j’adore l’univers thématique de Gimenez où la technologie ne semble pas avoir de limites, où les corporations ont depuis longtemps dominé les Etats corrompus et où beaucoup de choses se règle à coup d’armements dantesques. L’argentin est clairement un représentant du sous-genre de la SF militaire et excelle dans ces affrontements spatiaux ou terrestres, chaque engin doté d’un design fou qui nous donne envie de découvrir sa notice technique! Les quatre tomes sont très inégaux et hormis pour les fana vous pouvez vous contenter des tomes un et trois qui peuvent être pris comme un diptyque. Le second volume est très décalé du reste et franchement bancal scénaristiquement. Le concept de la série (l’héroïne aux pouvoirs incommensurables) est trop faible pour assurer une cohérence d’ensemble et les liens très artificiels. Dommage de voir le talent relativement gâché et la confirmation que même les plus grands dessinateurs ne s’improvisent pas scénaristes comme ça…

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Mattéo – 5° époque

BD du mercredi
BD de Jean-Pierre Gibrat
Futuropolis (2020), 60 p. Série Mattéo, 5 tomes parus.

couv_377558Le tome précédent a été chroniqué sur le blog avec un petit rappel des épisodes précédents. Je ne détaille pas la fabrication et édition, toujours superbes avec notamment des illustrations de couvertures à tomber et que l’on aimerait bien avoir en tirage encadré… A noter que l’éditeur a sorti une intégrale du premier cycle (tomes un et deux) et que chaque volume existe en grand format. La pagination des albums de la série a tendance à baisser… Je ne vais pas râler car il est toujours préférable qu’un auteur n’en mette pas trop mais dans l’absolu avec treize pages de moins que le tome trois on pourrait attendre un prix de vente légèrement diminué…

Le village d’Alceteria a été pris et la République socialiste et anarchiste peut installer ses idées dans cette enclave. Propulsé au rang de chef, Mattéo prend le temps de discuter avec le vieux franquiste en fauteuil roulant qui occupe le bas de l’hacienda où il réside avec ses compagnons d’arme… lorsqu’il ne doit pas calmer les ardeurs guerrières de la belle Aneschka. Mais rapidement les nuages s’annoncent sur leur utopie quand la guerre civile se rappelle à eux…

Les textes de cette série sont grands! De ceux qui respirent l’énergie intelligente, à la fois très politiques, drôles, sans doute écrits avec facilité par un auteur dans son jardin. Je rappelle régulièrement combien être scénariste ne s’improvise pas et que beaucoup de dessinateurs confondent les deux rôles. Comme son confrère Bourgeon il fait partie des pas si nombreux auteurs de BD à part entière dont les scénarios sont au moins aussi excellents que les dessins.

Nous n’écoutons pas les mêmes hymnes, peut-être pouvons-nous nous accorder sur les bruits…

Aux beuveries désinvoltes du précédent volumes qui faisaient écho à un esprit naïf de ces guerres idéologiques du XX° siècle, cette cinquième époque apporte l’hiver de la dure réalité de la guerre. Celle des morts et de la défaite. Si le texte reste léger et cynique comme son narrateur, le drame est réelle et le lecteur un peu historien le sait inéluctable. Il n’y a rien de plus amère que de revoir ce qui aurait pu être, de voir dans les magnifiques aquarelles de Gibrat cette utopie anarchiste naître et mourir. J’avais été surpris de voir la série emprunter aussi fermement (presque trois tomes sur le sujet) les sentiers de la guerre civile espagnole après deux albums assez thématiques (la première guerre mondiale et la révolution russe). Or, plus sans doute que la russe, cette guerre entre deux systèmes radicalement opposés parle pour tout le siècle et nous voyons l’importance de ce qui se joue. Utilisant sans cesse des rappels au conflit fondamental, civilisationnel, entre le collectif, le libertarisme, l’athéisme, la démocratie face au fascisme allié à l’Eglise, l’auteur donne une dimension majeure à sa série. Il a créé son personnage comme témoin destiné à traverser la sombre première moitié du XX° siècle, utile rappel d’enjeux jamais résolus.

Un premier passage juste pour voir, un second juste pour tuer… dieu n’avait sans doute jamais vu autant d’anarchistes courir à l’église…

Dans ce volume Mattéo voit revenir Amélie dont il imagine le calvaire de la captivité chez les phalangistes. En couple avec Aneschka il tente d’assumer son rôle de chef en organisant la défense du village alors que le hasard rappelle sa généalogie et l’histoire cachée de son espagnol de père… La finesse du scénario, jouant sans cesse entre l’intime, la petite histoire et la grande Histoire, reste toujours aussi remarquable. En cinq volumes rarement une série aura maintenu un niveau d’excellence aussi haut.

N’osant parler de chef d’oeuvre (plus facile à attribuer à un one-shot), je qualifierais néanmoins Mattéo de très grande série alliant beauté formelle jusque dans l’édition, dialogues dignes d’un Audiard sans jamais tomber dans la facilité et importance dramatique. Avec finalement assez peu de textes, beaucoup de plans muets voir contemplatifs, cet album clôt le second cycle et annonce un troisième à partir de 1939 et une seconde guerre mondiale qui va sans doute être plus difficile pour le héros dont le cynisme risque de se confronter à la froide dureté de cet holocauste. On souhaite à Gibrat de trouver l’angle qui permettra de maintenir ce peps et le plaisir de lecture qui nous donne envie de suivre Mattéo jusque très loin dans le siècle…

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***·Comics·East & West·Graphismes·Rétro

Hate, chroniques de la haine

La trouvaille+joaquim
Comic d’Adrian Smith,
Glénat (2017) -Top Cow, 249 p. n&b, one-shot.

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Adrian Smith est l’un des designers de l’univers Warhammer. Il y a trois ans il proposait aux amateurs de BD de découvrir une odyssée barbare dans la quintessence de la Dark Fantasy que les joueurs de wargames Game Workshop connaissent bien. Libre de toute contrainte il nous narrait l’itinéraire de Ver, insignifiante créature humanoïde, difforme, pourvue de trois jambes, que le destin a placé en possession d’un parchemin capable de libérer la Déesse Nature, emprisonnée par des rois-barbares sanglants… A noter que l’album comprend un cahier final de portraits de guerriers, très poussés… souvent plus que les pages de l’album lui-même…

Il serait abusif de parler de Bande-Dessinée à Hate, l'heroic fantasy sombre et violente d'Adrian Smithpropos de Hate. D’une par car il faut bien l’avouer, le scénario est totalement insignifiant et simple prétexte à dessiner les pérégrinations du très sympathique personnage au sein de landes terrifiantes, de batailles sanglantes et de cavernes putrides. Étonnamment c’est ce petit personnage muet et insignifiant qui est la première réussite du livre! On peut se demander pour quelle raison l’auteur a tout de même voulu placer de-ci de-là quelques bulles agrémentées de borborygmes ou de phrases le plus souvent réduites à un mot. Des récits graphiques totalement dépourvus de texte existent déjà  (genre Saccage ou Tremen) et la page préliminaire résumant l’intrigue se suffit à elle-même, d’un texte bien écrit pour nous mettre dans l’atmosphère sombre et désespérée de ce monde. Pour résumer, le héros doit récupérer plusieurs clés destinées à libérer Gaïa et reconquérir le monde naturel de la pourriture des empires guerriers humains. Frêle et seulement capable de fuir, il affronte des hordes démoniaques et des guerriers chaotiques féroces… bien.HATE - LES CHRONIQUES DE LA HAINE (Adrian Smith) - Glénat Comics ...

Ce que recherche l’auteur c’est nous livrer les visions de son monde noir, dégénéré, fait de perversions corporelles. L’ouvrage aurait pu s’appeler Hell tout aussi bien tant on a rarement été aussi près d’une vision infernale en BD (hormis sans doute le Requiem de Ledroit). Aux férus de Warhammer qui attendent des légions guerrières rangées et leurs champions chevauchant des dragons, on est plus près de l’univers de Brom fait de racines vivantes, de vomissures et de créatures difficilement reconnaissables comme humaines. Cela notamment car Smith adopte une technique toute numérique, travaillant principalement sur les ombres et reflets, qui parfois est difficilement lisible. Adoptant une brosse en peigne, il crée un effet de flou très perturbant lorsqu’on ouvre le livre pour la première fois, en se demandant si l’on n’a pas attrapé une impression ratée. Il faut donc lire le livre en pleine lumière, pas trop près (ça tombe bien, le magnifique tirage de Glénat est grand format et très confortable). Le bénéfice ressort sur certaines planches par l’impression d’une quasi photo, de reflets métalliques qui nous rapprochent… des figurines Warhammer!

Hate - Les chroniques de la haine de Adrian Smith - BDfugue.comLa taille du projet, la pagination énorme, entraîne malheureusement Smith à privilégier certaines pages en laissant d’autres pratiquement à l’état de rough. Cela peut s’entendre par moment mais ici on aurait aimé que l’ouvrage soit plus resserré (le scénario le permettait clairement) pour permettre à Adrian Smith de se concentrer sur plus de beaux tableaux poussés à fond. On débouche ainsi sur les défauts classiques de nombre d’ouvrages de dessinateurs un peu trop gourmands et qui oublient qu’un récit nécessite une narration, qu’elle soit graphique ou textuelle. L’insertion d’une galerie de guerriers à la fin est tout à fait éclairante sur, peut-être, la conscience de l’auteur qu’il n’est pas totalement parvenu à ses fins et qu’il n’est jamais meilleur que sur de l’illustration libre. Il n’en demeure pas moins que le projet est phénoménal et propose une intrusion dans le monde noir de l’auteur et de toute une facette de l’imaginaire collectif. Personnellement je reste plus féru d’artistes qui concluent tels Brom ou Frazetta mais si vous aimez la Dark Fantasy, la lecture de ce pavé vaut le coup.

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Hate, l'heroic fantasy sombre et violente d'Adrian Smith

Lush & Bloody War In CHRONICLES OF HATE, BOOK 2 Preview - MATURE ...

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The Spider King

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One-shot de 192 pages, écrites par Josh Vann et dessinées par Simone D’Armini. Parution le 12/02/2020 aux éditions Glénat, collection Grindhouse (publication USA IDW publishing 2018)

 

Vikings et Envahisseurs

Alors que les guerres de clans font rage au sein de la Scandinavie moyenâgeuse, une pluie de débris cosmiques s’abat sur ses contrées glacées, au grand étonnement des vikings qui y guerroient.

Depuis qu’il a hérité, à son corps défendant, le trône du clan des Laxdale, Hrolf mène une guerre sans merci, mais perdue d’avance, contre son oncle l’impitoyable Aarek, suite à la trahison de ce dernier envers le clan. Alors qu’un affrontement décisif commence à faire couler le sang, le champs de bataille est ravagé par des objets tombés du ciel, des objets qu’aucun humain n’avait pu contempler jusqu’ici, venus de mondes lointains.

Des débris encore fumants, vont s’extirper des créatures hostiles munies d’une technologie supérieure, parmi lesquelles un seigneur de guerre malfaisant, qui, à défaut de la galaxie, se contentera bien de régner sur la Terre. C’est ainsi que ce seigneur de guerre naufragé va s’emparer du corps d’Aarek pour débuter sa campagne de conquête et de pillage, donnant à Hrold une double raison de terminer ce qu’il avait (difficilement) commencé.

Blood, Guts & Clarke’s Third Law

Déjà en difficulté face à son oncle, Hrold aura fort à faire contre l’union de ce dernier avec le conquérant intergalactique. Heureusement pour lui, il pourra compter sur sa nouvelle épée « magique » ainsi que sur ce qu’il lui reste de compagnons d’armes pour affronter ce danger mortel.

Bien évidemment, ce qui fait l’attrait de The Spider King est son pitch audacieux, qui mélange les genres tout en promettant de belles batailles, à défaut d’une intrigue profonde. Ce que l’on souhaite voir en effet en ouvrant l’album, c’est l’inévitable clash entre extra-terrestres belliqueux et vikings berserks, ainsi que le décalage des guerriers vikings percevant ces visiteurs aliens par le prisme de leurs croyances.

Le Roi Araignée remplit bien toutes ces promesses, et offre des planches parfois trash, souvent dynamiques, au service d’une intrigue divertissante. Le style de Simone D’Armini, issu du design vidéoludique, se prête bien au ton décalé de l’histoire, et oscille entre un Duncan Fegredo et un Michael Avon Oeming.

Résultat de recherche d'images pour "spider king d'armini"L’histoire, fortement rythmée au fil des chapitres de la mini-série, fonctionne bien en one-shot mais tend cependant à s’affaiblir sur le dernier chapitre, qui fait finalement office d’épilogue à la saga nordico-spatiale. On reste néanmoins emporté par cette aventure sans concession qui embarque son fruste protagoniste dans une guerre qu’il n’était pas prêt à mener.

En guise de bonus, l’album présente un court one-shot, qui était en fait le pilote de la série, ainsi que des couvertures alternatives pas piquées des hannetons.

The Spider King est une lecture prenante qui vient diversifier la collection Grindhouse de Glénat, et c’est heureux !

**·Comics·Nouveau !·Numérique·Rapidos·Service Presse

La Reine Oubliée

Récit complet en 106 pages de la mini-série Valiant intitulée « The Forgotten Queen« , avec Tini howard au scénario, Amilcar Pinna au dessin, et Ulises Arreola aux couleurs. Parution le 14/02/2020 aux éditions Bliss.

On poursuit notre parcours parmi les publications des éditions Bliss, avec La Reine Oubliée, récit qui traite de la genèse et du retour en force de la Belliciste, une antagoniste qu’ont déjà affronté les héros de l’univers Valiant.

Vexana n’est pas une femme comme les autres. En effet, elle parcourt les siècles, et voit défiler les millénaires sans être affectée par les ravages du Temps: c’est une immortelle, aux origines obscures mais dont l’empreinte s’est faite sentir aux quatre coins du globe, au sein des empires les plus puissants que compte l’Histoire.

Car si Vexana s’est faite connaître sous de nombreux noms, c’est celui de la Belliciste qui l’a rendue notoire dans l’univers Valiant. En effet, elle a le pouvoir de littéralement provoquer la guerre, en éveillant chez les hommes autour d’elle une inextinguible soif de violence et de sang. Par ce biais, elle a généré d’innombrables conflits, aidant des empires comme celui de Genghis Khan à s’étendre.

Cependant, même une immortelle ne peut se soustraire longtemps aux affres de l’ennui, et Vexana ne fera pas exception. Se lassant des hommes faibles et pathétiques qui n’arpentent son chemin que pour succomber à son pouvoir, elle octroie ses « services » à des rois ambitieux sans en retirer de satisfaction particulière, jusqu’à tomber sur celle qui fera chavirer son cœur…

La Reine Oubliable

L’univers Valiant contient de nombreuses séries innovantes et intéressantes, comme Faith, Divinity, Harbinger, ou encore Bloodshot. Malheureusement, cette introduction au personnage de la Belliciste ne s’avère pas aussi convaincante. Les quatre numéros de la mini-série ne permettent pas au personnage de briller réellement, ni par sa psychologie, ni par sa prestance.

A la lecture, on a quelques difficultés à voir où Tini Howard veut en venir en racontant le parcours de cette maîtresse de la guerre. Certes, il est intéressant de constater le poids qu’aurait l’immortalité sur l’âme humaine, mais c’est un sujet déjà maintes fois traité. On notera que l’histoire d’amour entre Vexana et Khutulun aide à ajouter une dimension salvatrice au personnage, qui par ailleurs, ne brille pas par son charisme.

Les dessins d’Almicar Pinna rappellent le trait d’un Salvador Larroca, en plus précis cependant. L’artiste maîtrise bien les sauts dans le temps entre présent et passé, et ses personnages sont correctement caractérisés.

La Reine Oubliée n’est a priori pas le point d’orgue de l’univers Valiant, diffusé en France avec le concours de Bliss Éditions, bien qu’il détaille les origines d’un personnage récurrent. Ce récit complet sera donc destiné avant tout aux amateurs des séries concernées qui souhaiteraient approfondir leurs précédentes lectures.

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***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Les enfants de la colère #2

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse  en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à douze ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…
  • Mon fils c’est Jean-Pédrovitch: à  quatorze ans il a déjà lu une grosse partie de ma bdthèque, notamment Radiant, Universal War 1&2, Thorgal, Blake et Mortimer, Largo Winch,…

BD de Damian et Nico Naranjo
Ankama (2020) volume 2/2

bsic journalismMerci à Ankama pour leur confiance.

Résultat de recherche d'images pour "bdgest les enfants de la colère tome 2"La critique du premier volume est lisible ici.

Après l’attaque surprise de la base du Nord par les méchas des enfants les liens semblent s’être soudés, alors que l’offensive finale se prépare. Les adversaires d’hier rentrent dans le rang et le rapport de force semble se retourner…

Salut les enfants. On retrouve donc la bande de Kir pour un dernier volume plein d’action… Parlez-nous de cette conclusion et votre avis par rapport au premier…

Jean-pé: Je l’ai trouvé aussi bien. Dans le premier c’était un peu facile, à partir du moment où ils avaient leurs robots ils défonçaient tout. Ici ils décident se s’en passer pour ne plus aller à la guerre. Par contre il n’y a pas beaucoup de changements. C’est la même histoire qui se continue.

Talia: Oui, c’est plus difficile. Ils se blessent et sont obligés de faire des choix, obligés par l’attaque des méchants.

Qui sont les méchants désormais et que sont devenus ceux du premier tome?

20200209_163121.jpgTalia: Lia était la meilleure pilote des méchants et est finalement passée du coté des résistants. Son chef est remplacé par un nouveau capitaine du Nord. Désormais ils pilotent les méchas directement et plus à distance.

Jean-pé: Il y a une inversion des méchants: Lia la méchante du premier tome passe avec eux alors qu’ils se fâchent avec le père de Kir. Et le patron de Bechtech envoie une nouvelle équipe remplacer la première défaillante.

 

 

Est-ce que vous avez vu une évolution dans les relations entre les enfants depuis le volume précédent?

Talia: Au début Marek jouait solo et maintenant il joue le collectif…

20200209_164547.jpgJean-pé: … et grâce à Wira ils ont un nouvel allié pour leurs rendez-vous, dans la salle de jeu où ils peuvent s’entraîner.

Talia: Zoya était plutôt peureuse et là elle devient courageuse et c’est elle qui va faire gagner la bataille!

Finalement qu’est-ce qui les fait gagner?

Talia: Lia les a aidé et il y a plus de Méchas, c’est plus équilibré.

Jean-pé: Le combat précédent a provoqué une rébellion dans la population et ils sont aidés, les gens sont moins résignés. Les méchants ne sont pas soudés et se concurrencent au lieu de mettre leurs forces ensemble…

Talia: … comme Marek travaille avec ses copains désormais ça inverse le rapport de force car les enfants sont soudés, eux.

Jean-pé: Quand ils découvrent que ce sont de vrais pilotes ils sont surpris. Ils donnaient leur maximum car ils croyaient n’avoir affaire qu’à des machines pilotées à distance et étaient sans pitié.


Voilà pour le retour des enfants… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

20200209_164526.jpgCe second et dernier tome démarre de façon surprenante puisqu’il nous plonge en plein milieu de l’action dans la suite immédiate de la fin de précédent. C’est un peu étonnant et aurait sans doute justifié un seul one-shot d’autant que cette conclusion est quasi exclusivement sous le signe de la baston de robots. Sur ce plan les gamins en auront plein les yeux et les auteurs ont montré précédemment leur efficacité dans ces grosses batailles toutes en couleur et formes rondes qui nous rappellent furieusement une chambres de gosse… Avec son esthétique de dessin-animé, Les enfants de la colère fait mouche auprès du public ciblé. Difficile donc de parler de ce tome qui, pris indépendamment peut sembler moins riche que le précédent quand aux thèmes abordés, mais en tant que seconde jambe de l’édifice est totalement cohérent, comme la longue bataille  finale d’un blockbuster Marvel. Je conseille donc de lire les deux tomes comme un seul volume en imaginant bien vite la parution d’une intégrale comme Ankama le fait souvent.

A partir de 9 ans.

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Achetez-le chez njziphxv

***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Un auteur...

Sang royal

BD du mercredi
BD de Jodorowsky et Dongzi Liu
Glénat (2010-2020), 2 cycles de 2 tomes parus, 54p. par album.

Je remercie les éditions Glénat qui m’ont permis de lire la version numérique du dernier tome de la série.

badge numeriqueLe projet original comprenait deux albums, suite à quoi un second cycle a été publié avec sept ans d’attente entre le troisième et le quatrième. Le premier cycle suit donc la tragédie d’un roi incestueux et le second sa descendance destinée à le tuer…

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Le roi Alvar est un conquérant né qui ne tolère pas la défaite. Semblant enfanté des dieux, il va pourtant tomber sous le coup d’une malédiction après la trahison de son cousin. Indomptable, soumis à aucune morale, Alvar prendra femmes et enfantera pour la gloire de son titre et peut-être pour l’amour véritable. Mais le monde des hommes est plein de duplicité et c’est en croyant suivre son destin qu’il ira à sa ruine. Découvrez la légende d’Alvar, le roi mendiant, le plus grand d’entre les grands…

Cette courte série qui aura attendue longtemps sa conclusion, sans doute en raison de la flamboyance graphique du chinois Liu Dongzi, est au cœur de l’œuvre de Jodorowsky, vieux maître qui n’en finit plus de nous proposer son univers fait de sang et de sexe, une œuvre sans morale, blasphématoire, provocatrice. Il y a les adeptes de Jodo et ceux qui le fuient, las de ses outrances sanglantes, de sa fascination pour les mutilations, pour les relations incestueuses et les amours impossibles. La profusion de séries BD qu’il a créé se répète bien entendu… mais ne serait-ce que par-ce qu’il a un vrai talent pour attirer de grands dessinateurs et transposer dans différents contextes ses obsessions, il arrive souvent à nous transporter dans son monde, avec plaisir.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""On retrouve beaucoup de choses déjà vues dans Sang Royal. La force de la série (outre donc des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres) c’est sa concision et sa cohérence. Conçue comme un drame en deux actes (pour chaque cycle), la série nous présente la sauvagerie du roi, prêt à tout pour assouvir ses envies dont un amour improbable avec une paysanne va enclencher l’engrenage infernal qui le mènera à sa perte à la toute fin. Si le premier diptyque est assez sobre question fantastique et se concentre sur les relations incestueuses d’Alvar avec sa fille, le second voit poindre des créatures surnaturelles et gagne en héroïsme guerrier. L’ensemble reste très homogène y compris graphiquement malgré l’écart entre le premier et le dernier album.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Ce qui m’a plu également c’est l’absence totale de d’autocensure de Jodorowsky, qui assume de montrer ce qui doit être, de façon moins malsaine que dans certaines saga (les Méta-Barons pour le pas les citer). Les scènes de sexe sont élégantes, les batailles sont des boucheries réalistes et rapides, les mutilations sont soit racontées soit intégrées à l’histoire avec un rôle central pour la suite. L’œuvre de Jodo n’est pas pour les fillettes et Sang Royal n’échappe pas à la règle. Le sang et l’épée siéent parfaitement à cette histoire sans héros, où le mythe s’incarne dans la force brute et où le roi tout puissant se trouve victime de ses pulsions amoureuses en considérant ses enfants avec bien peu d’égard. C’est également une série épique avec un art du dessinateur pour raconter les combats entre corps parfaits. Cet auteur est fascinant dans son radicalisme… Série graphiquement superbe avec un dessin qui esthétise l’horreur en l’atténuant, Sang Royal est surprenante en ce que jamais l’on ne sait ce que le scénariste va imposer à ses personnages. Étonnamment méconnue, elle mérite d’être découverte en attendant peut-être une prochaine collaboration avec le prodige Liu Dongzi.

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