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The Spider King

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One-shot de 192 pages, écrites par Josh Vann et dessinées par Simone D’Armini. Parution le 12/02/2020 aux éditions Glénat, collection Grindhouse (publication USA IDW publishing 2018)

 

Vikings et Envahisseurs

Alors que les guerres de clans font rage au sein de la Scandinavie moyenâgeuse, une pluie de débris cosmiques s’abat sur ses contrées glacées, au grand étonnement des vikings qui y guerroient.

Depuis qu’il a hérité, à son corps défendant, le trône du clan des Laxdale, Hrolf mène une guerre sans merci, mais perdue d’avance, contre son oncle l’impitoyable Aarek, suite à la trahison de ce dernier envers le clan. Alors qu’un affrontement décisif commence à faire couler le sang, le champs de bataille est ravagé par des objets tombés du ciel, des objets qu’aucun humain n’avait pu contempler jusqu’ici, venus de mondes lointains.

Des débris encore fumants, vont s’extirper des créatures hostiles munies d’une technologie supérieure, parmi lesquelles un seigneur de guerre malfaisant, qui, à défaut de la galaxie, se contentera bien de régner sur la Terre. C’est ainsi que ce seigneur de guerre naufragé va s’emparer du corps d’Aarek pour débuter sa campagne de conquête et de pillage, donnant à Hrold une double raison de terminer ce qu’il avait (difficilement) commencé.

Blood, Guts & Clarke’s Third Law

Déjà en difficulté face à son oncle, Hrold aura fort à faire contre l’union de ce dernier avec le conquérant intergalactique. Heureusement pour lui, il pourra compter sur sa nouvelle épée « magique » ainsi que sur ce qu’il lui reste de compagnons d’armes pour affronter ce danger mortel.

Bien évidemment, ce qui fait l’attrait de The Spider King est son pitch audacieux, qui mélange les genres tout en promettant de belles batailles, à défaut d’une intrigue profonde. Ce que l’on souhaite voir en effet en ouvrant l’album, c’est l’inévitable clash entre extra-terrestres belliqueux et vikings berserks, ainsi que le décalage des guerriers vikings percevant ces visiteurs aliens par le prisme de leurs croyances.

Le Roi Araignée remplit bien toutes ces promesses, et offre des planches parfois trash, souvent dynamiques, au service d’une intrigue divertissante. Le style de Simone D’Armini, issu du design vidéoludique, se prête bien au ton décalé de l’histoire, et oscille entre un Duncan Fegredo et un Michael Avon Oeming.

Résultat de recherche d'images pour "spider king d'armini"L’histoire, fortement rythmée au fil des chapitres de la mini-série, fonctionne bien en one-shot mais tend cependant à s’affaiblir sur le dernier chapitre, qui fait finalement office d’épilogue à la saga nordico-spatiale. On reste néanmoins emporté par cette aventure sans concession qui embarque son fruste protagoniste dans une guerre qu’il n’était pas prêt à mener.

En guise de bonus, l’album présente un court one-shot, qui était en fait le pilote de la série, ainsi que des couvertures alternatives pas piquées des hannetons.

The Spider King est une lecture prenante qui vient diversifier la collection Grindhouse de Glénat, et c’est heureux !

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La Reine Oubliée

Récit complet en 106 pages de la mini-série Valiant intitulée « The Forgotten Queen« , avec Tini howard au scénario, Amilcar Pinna au dessin, et Ulises Arreola aux couleurs. Parution le 14/02/2020 aux éditions Bliss.

On poursuit notre parcours parmi les publications des éditions Bliss, avec La Reine Oubliée, récit qui traite de la genèse et du retour en force de la Belliciste, une antagoniste qu’ont déjà affronté les héros de l’univers Valiant.

Vexana n’est pas une femme comme les autres. En effet, elle parcourt les siècles, et voit défiler les millénaires sans être affectée par les ravages du Temps: c’est une immortelle, aux origines obscures mais dont l’empreinte s’est faite sentir aux quatre coins du globe, au sein des empires les plus puissants que compte l’Histoire.

Car si Vexana s’est faite connaître sous de nombreux noms, c’est celui de la Belliciste qui l’a rendue notoire dans l’univers Valiant. En effet, elle a le pouvoir de littéralement provoquer la guerre, en éveillant chez les hommes autour d’elle une inextinguible soif de violence et de sang. Par ce biais, elle a généré d’innombrables conflits, aidant des empires comme celui de Genghis Khan à s’étendre.

Cependant, même une immortelle ne peut se soustraire longtemps aux affres de l’ennui, et Vexana ne fera pas exception. Se lassant des hommes faibles et pathétiques qui n’arpentent son chemin que pour succomber à son pouvoir, elle octroie ses « services » à des rois ambitieux sans en retirer de satisfaction particulière, jusqu’à tomber sur celle qui fera chavirer son cœur…

La Reine Oubliable

L’univers Valiant contient de nombreuses séries innovantes et intéressantes, comme Faith, Divinity, Harbinger, ou encore Bloodshot. Malheureusement, cette introduction au personnage de la Belliciste ne s’avère pas aussi convaincante. Les quatre numéros de la mini-série ne permettent pas au personnage de briller réellement, ni par sa psychologie, ni par sa prestance.

A la lecture, on a quelques difficultés à voir où Tini Howard veut en venir en racontant le parcours de cette maîtresse de la guerre. Certes, il est intéressant de constater le poids qu’aurait l’immortalité sur l’âme humaine, mais c’est un sujet déjà maintes fois traité. On notera que l’histoire d’amour entre Vexana et Khutulun aide à ajouter une dimension salvatrice au personnage, qui par ailleurs, ne brille pas par son charisme.

Les dessins d’Almicar Pinna rappellent le trait d’un Salvador Larroca, en plus précis cependant. L’artiste maîtrise bien les sauts dans le temps entre présent et passé, et ses personnages sont correctement caractérisés.

La Reine Oubliée n’est a priori pas le point d’orgue de l’univers Valiant, diffusé en France avec le concours de Bliss Éditions, bien qu’il détaille les origines d’un personnage récurrent. Ce récit complet sera donc destiné avant tout aux amateurs des séries concernées qui souhaiteraient approfondir leurs précédentes lectures.

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***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Les enfants de la colère #2

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse  en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à douze ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…
  • Mon fils c’est Jean-Pédrovitch: à  quatorze ans il a déjà lu une grosse partie de ma bdthèque, notamment Radiant, Universal War 1&2, Thorgal, Blake et Mortimer, Largo Winch,…

BD de Damian et Nico Naranjo
Ankama (2020) volume 2/2

bsic journalismMerci à Ankama pour leur confiance.

Résultat de recherche d'images pour "bdgest les enfants de la colère tome 2"La critique du premier volume est lisible ici.

Après l’attaque surprise de la base du Nord par les méchas des enfants les liens semblent s’être soudés, alors que l’offensive finale se prépare. Les adversaires d’hier rentrent dans le rang et le rapport de force semble se retourner…

Salut les enfants. On retrouve donc la bande de Kir pour un dernier volume plein d’action… Parlez-nous de cette conclusion et votre avis par rapport au premier…

Jean-pé: Je l’ai trouvé aussi bien. Dans le premier c’était un peu facile, à partir du moment où ils avaient leurs robots ils défonçaient tout. Ici ils décident se s’en passer pour ne plus aller à la guerre. Par contre il n’y a pas beaucoup de changements. C’est la même histoire qui se continue.

Talia: Oui, c’est plus difficile. Ils se blessent et sont obligés de faire des choix, obligés par l’attaque des méchants.

Qui sont les méchants désormais et que sont devenus ceux du premier tome?

20200209_163121.jpgTalia: Lia était la meilleure pilote des méchants et est finalement passée du coté des résistants. Son chef est remplacé par un nouveau capitaine du Nord. Désormais ils pilotent les méchas directement et plus à distance.

Jean-pé: Il y a une inversion des méchants: Lia la méchante du premier tome passe avec eux alors qu’ils se fâchent avec le père de Kir. Et le patron de Bechtech envoie une nouvelle équipe remplacer la première défaillante.

 

 

Est-ce que vous avez vu une évolution dans les relations entre les enfants depuis le volume précédent?

Talia: Au début Marek jouait solo et maintenant il joue le collectif…

20200209_164547.jpgJean-pé: … et grâce à Wira ils ont un nouvel allié pour leurs rendez-vous, dans la salle de jeu où ils peuvent s’entraîner.

Talia: Zoya était plutôt peureuse et là elle devient courageuse et c’est elle qui va faire gagner la bataille!

Finalement qu’est-ce qui les fait gagner?

Talia: Lia les a aidé et il y a plus de Méchas, c’est plus équilibré.

Jean-pé: Le combat précédent a provoqué une rébellion dans la population et ils sont aidés, les gens sont moins résignés. Les méchants ne sont pas soudés et se concurrencent au lieu de mettre leurs forces ensemble…

Talia: … comme Marek travaille avec ses copains désormais ça inverse le rapport de force car les enfants sont soudés, eux.

Jean-pé: Quand ils découvrent que ce sont de vrais pilotes ils sont surpris. Ils donnaient leur maximum car ils croyaient n’avoir affaire qu’à des machines pilotées à distance et étaient sans pitié.


Voilà pour le retour des enfants… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

20200209_164526.jpgCe second et dernier tome démarre de façon surprenante puisqu’il nous plonge en plein milieu de l’action dans la suite immédiate de la fin de précédent. C’est un peu étonnant et aurait sans doute justifié un seul one-shot d’autant que cette conclusion est quasi exclusivement sous le signe de la baston de robots. Sur ce plan les gamins en auront plein les yeux et les auteurs ont montré précédemment leur efficacité dans ces grosses batailles toutes en couleur et formes rondes qui nous rappellent furieusement une chambres de gosse… Avec son esthétique de dessin-animé, Les enfants de la colère fait mouche auprès du public ciblé. Difficile donc de parler de ce tome qui, pris indépendamment peut sembler moins riche que le précédent quand aux thèmes abordés, mais en tant que seconde jambe de l’édifice est totalement cohérent, comme la longue bataille  finale d’un blockbuster Marvel. Je conseille donc de lire les deux tomes comme un seul volume en imaginant bien vite la parution d’une intégrale comme Ankama le fait souvent.

A partir de 9 ans.

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Un auteur...

Sang royal

BD du mercredi
BD de Jodorowsky et Dongzi Liu
Glénat (2010-2020), 2 cycles de 2 tomes parus, 54p. par album.

Je remercie les éditions Glénat qui m’ont permis de lire la version numérique du dernier tome de la série.

badge numeriqueLe projet original comprenait deux albums, suite à quoi un second cycle a été publié avec sept ans d’attente entre le troisième et le quatrième. Le premier cycle suit donc la tragédie d’un roi incestueux et le second sa descendance destinée à le tuer…

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Le roi Alvar est un conquérant né qui ne tolère pas la défaite. Semblant enfanté des dieux, il va pourtant tomber sous le coup d’une malédiction après la trahison de son cousin. Indomptable, soumis à aucune morale, Alvar prendra femmes et enfantera pour la gloire de son titre et peut-être pour l’amour véritable. Mais le monde des hommes est plein de duplicité et c’est en croyant suivre son destin qu’il ira à sa ruine. Découvrez la légende d’Alvar, le roi mendiant, le plus grand d’entre les grands…

Cette courte série qui aura attendue longtemps sa conclusion, sans doute en raison de la flamboyance graphique du chinois Liu Dongzi, est au cœur de l’œuvre de Jodorowsky, vieux maître qui n’en finit plus de nous proposer son univers fait de sang et de sexe, une œuvre sans morale, blasphématoire, provocatrice. Il y a les adeptes de Jodo et ceux qui le fuient, las de ses outrances sanglantes, de sa fascination pour les mutilations, pour les relations incestueuses et les amours impossibles. La profusion de séries BD qu’il a créé se répète bien entendu… mais ne serait-ce que par-ce qu’il a un vrai talent pour attirer de grands dessinateurs et transposer dans différents contextes ses obsessions, il arrive souvent à nous transporter dans son monde, avec plaisir.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""On retrouve beaucoup de choses déjà vues dans Sang Royal. La force de la série (outre donc des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres) c’est sa concision et sa cohérence. Conçue comme un drame en deux actes (pour chaque cycle), la série nous présente la sauvagerie du roi, prêt à tout pour assouvir ses envies dont un amour improbable avec une paysanne va enclencher l’engrenage infernal qui le mènera à sa perte à la toute fin. Si le premier diptyque est assez sobre question fantastique et se concentre sur les relations incestueuses d’Alvar avec sa fille, le second voit poindre des créatures surnaturelles et gagne en héroïsme guerrier. L’ensemble reste très homogène y compris graphiquement malgré l’écart entre le premier et le dernier album.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Ce qui m’a plu également c’est l’absence totale de d’autocensure de Jodorowsky, qui assume de montrer ce qui doit être, de façon moins malsaine que dans certaines saga (les Méta-Barons pour le pas les citer). Les scènes de sexe sont élégantes, les batailles sont des boucheries réalistes et rapides, les mutilations sont soit racontées soit intégrées à l’histoire avec un rôle central pour la suite. L’œuvre de Jodo n’est pas pour les fillettes et Sang Royal n’échappe pas à la règle. Le sang et l’épée siéent parfaitement à cette histoire sans héros, où le mythe s’incarne dans la force brute et où le roi tout puissant se trouve victime de ses pulsions amoureuses en considérant ses enfants avec bien peu d’égard. C’est également une série épique avec un art du dessinateur pour raconter les combats entre corps parfaits. Cet auteur est fascinant dans son radicalisme… Série graphiquement superbe avec un dessin qui esthétise l’horreur en l’atténuant, Sang Royal est surprenante en ce que jamais l’on ne sait ce que le scénariste va imposer à ses personnages. Étonnamment méconnue, elle mérite d’être découverte en attendant peut-être une prochaine collaboration avec le prodige Liu Dongzi.

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Wika et la gloire de Pan

BD du mercredi
BD de Thomas Day et Olivier Ledroit
Glénat (2019), 92 p., série terminée en 3 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

couv_376133Olivier Ledroit est l’un de mes dessinateurs préférés. Non qu’il soit le plus fort en matière de dessin (bien d’autres le dépassent techniquement) mais il a installé depuis des années, avec constance, un univers d’une maestria visuelle, d’une finesse, d’une minutie que seul un Varanda atteinte peut-être dans la folie du détail. Son univers gothique et noir l’empêche malheureusement d’atteindre le très large public qu’il mérite et sa difficulté à tenir des séries en entier (un peu comme Olivier Vatine). Wika est ainsi la troisième série seulement à se conclure, après Xoco(deux tomes) et Sha (trois tomes). Originellement prévue en quatre opus, la série se clôture finalement en un gros dernier tome qui compte un tiers de pages de plus que les deux précédents. On ne peut que le remercier d’avoir pris le temps de clôturer une saga qui aurait tout à fait pu tomber dans la fuite sans fin qu’ont connu les Chroniques de la Lune noire et Requiem. Hormis donc la tomaison indiquée en quatrième de couverture qui change des deux précédents volumes (… ce qui fera à n’en pas douter gonfler la cote des éditions originales) l’album suit la maquette de la série, avec une couverture toujours aussi belle et dorée. Comme pour les autres volumes, une édition (très) grand format sort juste après avec seize pages supplémentaires et une couverture différente… pour quatre-vingt balles!!! Si certains ont tiqué sur le prix des Indes fourbes, les éditions spéciales à ce prix commencent à devenir un peu n’importe quoi…

Wika a été tuée par les loups d’Obéron, le tyran d’Avalon. Alors que le sacrilège ultime est commis, l’incendie d’Ygdrasil, l’arbre monde et siège du dieu Pan, l’ensemble des peuples des royaumes elfiques se mets en mouvement vers la dernière guerre de ce monde…

Wika est une série hors norme, aboutissement de la démesure d’un auteur d’une générosité sans borne qui compense allègrement les lacunes techniques qu’il traîne depuis ses premiers fanzines dans le jeu de rôle avec Froideval par une inventivité, une minutie et une liberté absolue de ses planches vis à vis des canons de l’édition, des codes de la BD. Sa marque de fabrique, dans Wika plus que jamais est sa propension à dépasser le cadre de mille manières possibles. Sa destruction des cases a commencé dès les Chroniques, adoptant des formes originales pour recomposer totalement la progression graphique de sa narration sur l’ensemble de la page ou de la double page. De mémoire il avait déjà également retourné ses planches pour adopter ponctuellement un format paysage qui bouleverse là encore la lecture en permettant des tableaux monumentaux. Ici l’intégralité de la première partie (soit seize pages), dans le Sidh, royaume immatériel de Pan, adopte ce format. Outre l’avantage graphique, c’est pertinent scénaristiquement en changeant la lecture comme on change d’univers, avec ses propres codes. L’acmé du processus est atteint lors de la bataille finale, sur les déjà célèbres pages 63 à 66 qui ne sont pas moins de quatre pages liées avec rabat, permettant sans doute la plus grande double page jamais publiée en BD… Certains seront lassés de la profusion de détails de cette furie visuelle où l’on n’ose imaginer le temps passé par Ledroit sur leur réalisation. Mais chacun reconnaîtra la passion de l’artiste et le détail de ses planches.Résultat de recherche d'images pour "wika la gloire de pan"L’autre apport de Wika est outre l’utilisation systématique d’habillages graphiques, non seulement sur les bandeaux de narration de type parchemin, mais sur l’entièreté des bordures de pages. Oubliez le gaufrier et les découpages sur fonds blanc, chez Ledroit il n’y a pas de fonds. Comme Georges Bess sur son Dracula l’auteur a dessiné jusqu’au dernier centimètre carré de papier disponible, ce qui donne parfois le sentiment de lire un art-book plus qu’une BD. Il a en outre ajouté sur cette série une nouvelle technique d’insertion d’éléments d’engrenages, de coins et de dentelles sur ses pages avant photographie. Le rendu est fabuleux en ajoutant une matière impossible à rendre par le seul dessin et rehaussant ses habillages graphiques. Dernière manifestation de l’imagination créatrice d’un auteur qui ne fait finalement plus vraiment de la BD, ou de la post-BD. On parle beaucoup de certains expérimentateurs comme Marc-Antoine Mathieu, Ledroit apporte pour moi autant (et pas que depuis Wika, son fabuleux Xoco proposait déjà des trouvailles phénoménales dans le découpage) à l’innovation en BD.

Résultat de recherche d'images pour "wika tome 3 ledroit"Et l’histoire me direz-vous? Et bien elle est dans la lignée de ses précédents ouvrages, au service du dessin, un peu punk, vaguement lourdingue par moments, totalement manichéenne comme le conte pour adultes qu’est Wika… On ne saura jamais quel découpage auraient eu les deux derniers tomes sur la tomaison originale de quatre mais le fait est que cette Gloire de Pan est une marche à la guerre sur soixante-dix pages où le dessinateur se fait plaisir en créant comme le gamin qu’il a toujours été les plus grands panorama guerriers dont rêvent tous les amateurs du monde de Warhammer. Comme aux batailles de Légo ou de Playmobile on ajoute mille canons à son robot et un combat n’a jamais trop d’explosions et de vaisseaux. Là encore les grandes personnes tiqueront sans doute sur la faiblesse de l’intrigue quand les lecteurs aux yeux d’enfants accepteront le cadre. Un cadre de conte assumé de la première page de la série à la dernière, construites en miroir total, permettant de refermer une bien belle aventure dépaysante, chatoyante comme jamais (ce qui manquait cruellement à son pourtant aussi flamboyante série de sales gosses Requiem, chevalier vampire) et que l’on imagine dans un bel écrin relié pour une intégrale mise en forme par monsieur Ledroit.

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Si vous ne connaissiez pas cet auteur, son univers, Wika est sa série la plus accessible (et complète, ce qui n’est pas un détail!). Que vous aimiez ou pas les combats titanesques vous ne pourrez que faire plaisir à vos yeux devant ces planches qui seront probablement celles de votre collection où vous passerez le plus de temps à observer chaque détail. En se demandant quel challenge Olivier Ledroit va désormais pouvoir se trouver…

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****·Cinéma·Manga·Nouveau !

Visionnage: Alita, Battle angel

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Comme beaucoup j’étais très sceptique à la sortie de cette adaptation du célèbre manga Gunm (l’un des premiers sortis en France par Glénat dans les années 1990, à l’époque d’Akira, Appleseed et autres Dragonball) tant, de mémoire, aucune adaptation live de manga n’a jamais été faite suffisamment sérieusement pour mériter un visionnage. Les noms de Robert Rodriguez et de James Cameron à la production ne suffisaient pas pour justifier une adaptation réussie et le débat sur les yeux surdimensionnésyeux surdimensionnés de l’héroïne à la sortie n’ont pas aidé à donner plus envie que cela.

Résultat de recherche d'images pour "alita battle angel movie concept art"Pour rappel, le manga Gunm (intitulé Alita, Battle Angel aux Etats-Unis) se déroule sur trois séries: Gunm, Last Order et Mars Chronicles. Le film de Rodriguez, en développant assez largement le background (bien plus que le premier manga il me semble) semble vouloir s’orienter vers une saga reprenant l’univers global de la BD et c’est la première bonne nouvelle. Le manga d’origine proposait une version très trash de Rollerball en mode cyberpunk avec des cyborg dans un univers où la limite entre robot et humain est bien faible et où toute morale organique a disparu. L’ambiance glaçante du manga se retrouve étonnamment dans ce film grand public où les deux auteurs (réalisateur et producteur) ont recherché une grande fidélité avec le matériau d’origine en aucunement une transposition dans des codes susceptibles de plaire au public nord-américain.Image associée C’est la second réussite du film. Si l’on reste sur l’intrigue du premier arc avec ce tronc semi-humain reconstruit par le professeur Edo, génie de la robotique et déchu de la cité haute de Zalem, et qui devient la plus redoutable des chasseuse de prime et joueuse de Motorball. La quantité de sujets issus plus ou moins directement du manga est impressionnante pour un film d’action et la gestion du rythme est à ce titre assez impressionnante, en parvenant sans ennui, sans ventre mou, à lier l’ensemble, sans frustration et avec une grosse envie de découvrir plus. La troisième réussite du film est de dépasser visuellement le manga (je n’ai personnellement jamais accroché avec le style du mangaka) avec un univers, certes tout à fait numérique, cohérent, un jeu des acteurs convaincants et une tension dramatique qui n’a pas l’artificialité de beaucoup de films à images de synthèses. Pour un métrage porté par une actrice numérique c’est un sacré succès et une nouvelle preuve que WETA est la meilleure compagne d’effets spéciaux du monde.

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Le box-office a très logiquement abouti à un semi échec directement issu de cette ambition artistique: les américains ont boudé le film, le reste du monde s’est laissé tenter. Les journalistes cinéma envisagent difficilement une suite facilement négociée avec les studios mais plutôt une possibilité selon les envies de James Cameron (qui porte le projet depuis de très nombreuses années) après le pactole que ne manqueront pas de rapporter les suites d’Avatar. On ne peut donc qu’attendre avec frustration tant personne n’attendait rien de ce projet et tant ce film a montré qu’avec de la passion et un respect créatif (contrairement à la citation qu’a été le Ghost in the shell de Rupert Sanders) une adaptation de manga est possible. Sachant qu’un certain Akira est en production…

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Tremen/ The world

BD du mercredi
  • The world: Valentin Seiche – Kinaye (2019), 88 p. monochrome.bsic journalism
  • Tremen: Pim Bos -Dadrgaud (2019), 64 p., monochromebadge numeriquebsic journalism

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Hasard des publications, deux ouvrages étranges sont parus à quelques semaines d’écart, avec de grandes similitudes à la fois graphiques et dans la démarche de leurs auteurs. Deux prises de risque des éditeurs également puisque nous avons affaire à des albums ayant vaguement la forme de BD mais sans texte (ou quasi) et adoptant une narration qui rappelle plus l’art-book que la BD. Pas évident de trouver son public et super occasion que de voir ces objets hybrides. Qu’est-ce qu’on a donc?

Résultat de recherche d'images pour "tremen pim bos"Dans les deux cas il s’agit de projets d’illustrateurs, le français Valentin Seiche pour The World, le néérlandais Pim Bos pour Tremen. Tous deux travaillent dans l’animation et cela s’en ressent par l’importance du seul graphisme pour installer une atmosphère. Dans The World une petite narration pose le récit d’une guerre ancestrale entre robots et magiciens et de l’évolution du monde depuis, alors que Tremen (qui signifie « passage ») est totalement muet. Pour ce dernier la post-face de Marc Caro incite à aller voir le court métrage Ghozer de l’auteur… qui ne vous en apprendra pas beaucoup plus pour la simple raison que l’album édité par Dargaud vise avant tout à illustrer des visions graphiques dans un univers cohérent. Et c’est en cela qu’il est intéressant. Beaucoup de com’ a été faite sur une pseudo-filiation avec l’Arzach de Moebius. Personnellement je ne vois pas l’intérêt de ce parallèle tant l’itinérance surréaliste et muette n’a pas été inventée par le dessinateur de l’Incal. Il est certain que Metal Hurlant a influencé Pim Bos, comme toute une galaxie d’illustrateurs qui publient chaque jour sur internet des foules d’images fabuleuses mais le projet est bien de donner vie au monde intérieur de l’auteur.

Résultat de recherche d'images pour "tremen pim bos"Il est indéniable que le trait de l’auteur est fort, dans une tonalité grise, mettant en scène une galerie de créatures biomécaniques où la thématique du vers, de la torture et de la violence froide ne sont pas absents. J’ai trouvé l’album plus soft que le court-métrage, plus accessible bien qu’il ne soit pas destiné à tous les yeux. Je ne pense pas qu’il faille chercher de sens à cette pérégrination d’un humanoïde avec sa monture (l’insertion de Hopper dans ce monde montre de simples envies graphiques qui n’ont pas nécessairement de raison d’être), et l’on peut s’interroger sur le format BD (comme pour Zao Dao du reste). Je pense que l’éditeur aurait pu proposer un bel ouvrage au format à l’italienne donnant de la place pour découvrir cet univers fascinant. Il n’est pas nécessaire de beaucoup d’intrigue pour faire une BD et il aurait suffi d’un peu de travail d’écriture à Pim Bos pour donner une véritable histoire à son Tremen. L’auteur a préféré reprendre le format des courts-métrages d’animation et du coup c’est un peu frustrant.

Résultat de recherche d'images pour "seiche the world"Valentin Seiche lui fait un peu le chemin inverse puisqu’il début son monde par des cartons très explicatifs sur des images puissantes de guerre entre créatures mécaniques gigantesques et châteaux tortueux. Là aussi la vision est très inspirante et l’on sent l’influence forte des jeux vidéo dans la conception des planches en vue aérienne comme des cartons de personnages placés à la fin de l’ouvrage. Progressivement la narration disparaît pour laisser la place à quelque chose de plus difficile à suivre à mesure qu’il mets en scène des humains, dans un dessin qui rappelle beaucoup Singelin et son PTSD jusque dans le cadrage et le découpage. On est alors dans l’influence manga. Les cartons finaux font remonter l’intérêt en nous laissant penser que son projet pourrait donner lieu à d’autres albums puisqu’il parle de plusieurs époques d’évolution technologique jusqu’au Steampunk, confirmant l’esprit worldbuilding des jeux vidéo.

Chacun à leur façon, avec des techniques très différentes et l’envie de faire travailler le lecteur, Seiche et Bos proposent de fascinantes lucarnes sur des univers lointains, souvent durs et froids, sans doute en réponse à leur époque. On touche à la fois à la liberté totale du graphiste et aux limites de l’absence de récit. Pour le fan d’imaginaire et de graphisme que je suis, ça suffit à me satisfaire et je me dis que cela aura pu être un premier pied à l’étrier de la BD pour ces jeunes auteurs. Doivent-ils adopter ce média particulier et exigeant? Pas certains, beaucoup de dessinateurs se sont cassés les dents en perdant leur sève créatrice. Nous verrons dans les années à venir mais il est certain que l’imaginaire est infini et fascine toujours.Résultat de recherche d'images pour "valentin seiche the world"

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