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Warship Jolly Roger #4

BD de Sylvain Runberg et Miki Montllo
Dargaud (2018), série finie en 4 tomes.

couv_325028Warship Jolly Roger fait partie de ces belles découvertes de librairie, dont vous n’aviez pas entendu parler mais dont quelque chose vous a fait comprendre qu’il s’agit d’une série majeure à venir. Scénariste du réputé Orbital (que je n’ai pas lu), Runberg emmène son comparse l’espagnol Montllo dans une odyssée SF d’un héros de guerre parti se venger du président corrompu de la confédération humaine qui en seulement quatre tomes s’impose comme l’une des séries Space-opéra majeure de la BD.

Le dernier acte approche. Réunis à bord du vaisseau de guerre Jolly Roger, les comparses de Munro ainsi que le couple de roboticiens enlevés précédemment préparent l’assaut final sur le président Vexon qui doit se marier avec une star de cinéma en pleine campagne présidentielle qui l’oppose à son ancien aide de camp…

Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger 4"La trame principale de Warship Jolly Roger (WJR) est simple: une histoire de vengeance, d’un militaire discipliné contre un politicien pourri prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Dès le premier tome il emmène avec lui un équipage d’anti-héros absolus: un psychopathe, la fille de la cheffe de la résistance militaire à la confédération, un adolescent mutique semblant communiquer avec les machines… On a vu cela mille fois. Mais ce qui fait (sur le plan du scénario) la grande force de WJR c’est le traitement, l’itinéraire surprenant que prennent les personnages mais aussi cette trame. Par une infinités de décrochements par rapport à ce qu’on pourrait attendre, Runberg maintient notre intérêt au sein d’une atmosphère calée sur la psychologie de ce formidable héros qu’est Munroe: décidé, sombre, revanchard, l’on sait dès les premières planches que cette victime des plus terribles machinations, rouage abandonné à la cause du grand méchant, ne capitulera pas, quel que soit le prix. La cohérence des personnages est leur force et leur donne de l’épaisseur et aucun des trois acolytes n’est un faire-valoir. Le scénario évite ainsi subtilement tout cliché alors que l’enrobage y tendrait. Comme souvent ce sont donc bien les personnages et leur « vraie vie » (aucun ne glisse sur l’histoire sans heurts) qui constituent la force de cette histoire: un méchant abominable qui semble contre toute attente se laisser griser à l’amour malgré les abominations qu’il a commises, un anti-héros que le scénariste n’a pas fini d’assassiner psychologiquement, une jeune fille subissant les affres physiques de la guerre et décidée à combattre sa mère qui l’a remplacée pour une cause politique, un mutant autour duquel l’intrigue tourne étrangement, comme hésitant à en faire le véritable héros,… La galerie est réussie par-ce qu’ils vont jusqu’au bout de leurs décisions et que les auteurs aiment à leur donner du corps. Les soubresauts que vivent chacun des personnages rompt l’inéluctabilité de l’intrigue principale en nous faisant craindre réellement que le méchant puisse gagner à la fin…

Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger montllo dernières volontés"Mine de rien les thématiques de WJR sont nombreuses: avant tout la politique et sa corruption, mais aussi la colonisation, le rôle de l’armée entre garante de l’ordre et la responsabilité en cas de morts, les manipulations scientifiques, la pollution des planètes, la rébellion (thème déjà vue dans Shangri-la avec une même optique), le rôle des médias,… Les thèmes sont familiers aux lecteurs de SF et répartis de façon très équilibrée dans les quatre albums dont les scènes d’action ne sont pas forcément les moments les plus réussis (hormis les batailles spatiales), au contraire des dialogues percutants. La découverte de ce régime pourri et le côté vicieux avec lequel le scénariste malmène ses héros sont passionnants et donnent envie de s’y immerger.

Le graphisme de Montllo produit exactement le même effet: avec une technique issue de l’animation, avec des textures très plates, le dessin pourrait passer pour simpliste, mais par sa maîtrise du mouvement, des visages (très travaillés, notamment dans leurs expressions), Montllo fait de WJR une série graphiquement très réussie et qui peut faire penser à Gung Ho. Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger montllo dernières volontés"Petit bémol sur ce dernier album où l’auteur commence à utiliser une habitude des illustrateurs numériques: l’insertion d’images internet retouchées… dont la finesse laisse à désirer, ce qui est dommage. Mais ce sont des éléments mineurs dans ces planches aux cases larges, aux couleurs appuyées mais très réussies, toujours en clair-obscure (l’essentiel des scènes se passent dans l’espace, de nuit ou en intérieur). Si les décors et vaisseaux ont un effet « cartoon 2D », les gros plans de visages, les plans latéraux et même les anatomies (malgré le style simplifié) montrent la grande maîtrise technique de Miki Montllo, qui présente régulièrement sur les réseaux sociaux des vidéos de work in progres de ses planches.

Alors laissez-vous entraîner dans l’équipage de Jon T Munro et apprécier ces moments comme dans toute bonne série télé où l’intrigue devient secondaire face à l’atmosphère et la proximité que l’on acquiert envers des personnages attachants et un méchant à qui on a très très envie de botter les fesses. La fin de Warship Jolly Roger, très réussie, permet en outre d’envisager une suite, que je suivrais très volontiers!

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques.

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X-O Manowar #1: De soldat à général

esat-westComic de Matt Kindt, Thomas Giordello et Doug Braithwaite
Bliss (2018) – Valiant 2017, Tome 1 (épisodes 1-6), 232 p.

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De soldat à général est une suite/reboot de la saga X-O Manowar de Valiant. A mesure que je découvre les comics Bliss je suis impressionné par la qualité du travail éditorial (hormis l’horrible bandeau jaune de la couverture reprise de l’édition US… qui aurait mérité une infidélité au matériau d’origine, d’autant que l’illustration en elle-même est magnifique!).

Ayant découvert l‘ancienne série je peux comparer et constater le saut du niveau graphique avec cette nouvelle série, avec une subdivision néanmoins: les trois premier épisodes (Soldat) dessinés par Tomas Giorello sont très impressionnants avec notamment une colorisation vraiment agréable. J’aime beaucoup le trait à l’effet crayonné de l’illustrateur argentin (tous les bons dessinateurs de comics seraient-ils non américains?…). Sur la seconde partie (Général) Doug Braithwaite (pourtant assez bon sur les autres séries Valiant) fait un travail un peu rapide qui baisse le niveau graphique de l’album. Néanmoins on reste plutôt dans le très bon au regard de la moyenne des productions US et je dirais que les exigences graphiques de Valiant sont assez élevées (du fait d’une petite équipe d’illustrateurs habitués sans doute), avec notamment – mais ça c’est plus coutumier de l’industrie du comics – des couvertures vraiment attirantes.

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En outre j’ai beaucoup aimé le design général de cette planète en guerre, à la fois tribal et technologique et qui aurait mérité d’être développé (mais j’y reviens sur la partie scénario). Au regard des extra-terrestres insectoïdes de l’ancienne série on a un sacré saut esthétique et c’est tant mieux. L’ambiance générale me rappelle un peu l’univers de Seven to eternity.

Le problème de X-O Manwar est le « syndrome Superman »: l’armure Shanhara dote Aric de pouvoirs a peu près infinis, ce qui rend compliqué d’installer une intrigue dramatique et de nous faire nous intéresser au personnage qui ne craint aucun antagonisme… Le début de l’album est pourtant sur ce point très réussi: avec un corps ravagé, un visage sombre et un refus d’utiliser l’armure, le personnage nous accroche! Impliqué malgré lui dans une guerre étrangère il utilise sa rage et ses capacités pour faire remporter une victoire impossible à son camp. Au-delà des scènes de bataille épiques qui occupent l’essentiel de l’album (un peu trop à mon goût), plusieurs séquences de dialogue entre Aric (le porteur) et l’armure, sorte de Stormbringer, posent la question de savoir si c’est Aric, redoutable combattant, qui va malgré lui dans des combats interminables ou si c’est l’armure qui lui amène la mort…

Résultat de recherche d'images pour L’intrigue très linéaire et progressive relate l’ascension d’un homme du statut de chair a canon à empereur, à la (quasi) seule force de sa hargne. Le premier volume raconte son itinéraire jusqu’au statut de général et sa mise au jour de la dualité perverse de tous les peuples guerriers de cette planète. Pourquoi combat-il? Pour l’armure comme le prédit sa compagne? Comme une fin en soi? Il y a une ambiguïté scénaristique en voulant nous montrer un guerrier qui se dispense de la force ultime de l’armure… alors que sans elle on comprend qu’il ne survivrait pas a cette guerre impitoyable. Le prochain volume a paraître en fin d’année racontera comment il remplacera l’empereur de ce monde.

Résultat de recherche d'images pour "x-o manowar 2017"Partant sur un très bon rythme et niveau graphique, ce volume est un peu décevant. C’est un bon moment de lecture mais qui manque un peu d’originalité et n’atteint pas la richesse de The Valiant. Je lirais la suite de X-O Manowar mais j’attends de lire d’autres saga Valiant pour voir ce que cet éditeur a dans le ventre.

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Un autre avis chez Xapur.

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BD·BD de la semaine

Les aigles de Rome

BD d’Enrico Marini
Dargaud (2007-2016), 5 tomes parus.

couv_68233Pour sa première série solo (dont le premier tome remonte à dix ans maintenant!), le grand Enrico Marini, toujours féru d’histoire, à mis la barre haut, voir très haut. Si l’on connaît son talent graphique depuis longtemps, l’aventure scénaristique était risquée: nombre de dessinateurs s’y sont cassé les dents, le travail de documentation historique est considérable tant visuellement que scénaristiquement ; enfin et surtout, la série a vu le jour alors que la grande série sur l’antiquité romaine, Murena avait déjà achevé son premier cycle et jouissait d’une renommée très grande notamment pour son sérieux historique. J’avais commencé la série et abandonné dès le premier tome, peu accroché par ce qui me semblait une intrigue cliché entre deux vrais-faux frères, dans un contexte historique déjà vu. Mal m’en a pris, Les Aigles de Rome tient très fièrement la comparaison avec Murena en assumant son identité propre.

Sur le plan matériel nous avons une pagination classique mais une intrigue très dense pourrait faire croire à des albums de 80 pages… Un court résumé des précédents tomes est inséré en début d’album et un glossaire des termes latins à la fin. L’intérieur de couverture comporte une très belle et très utile carte de l’Empire indiquant notamment les noms et localisations des nombreux peuples germains qui sont au cœur de l’intrigue. Tout bon donc côté fabrication éditoriale, si ce n’étaient les couvertures qui sont comme souvent chez Marini très peu inspirées et peu alléchantes. Vraiment dommage lorsque l’on compare à la qualité des dessins intérieurs qui sont d’un niveau rarement atteint par l’illustrateur italien.

Alors que la République touche à sa fin, un général romain se retrouve chargé d’élever son fils et le fils d’un chef germain emmené en « otage » comme signe de soumission à Rome. Alors que les deux fiers adolescents grandissent dans la culture romaine, ils vont se retrouver confrontés à leurs ambitions respectives mais surtout à leur identité de romains mais aussi des peuples conquis. Au travers de cette querelle de  deux frères ce sont les prémices de la bataille de Teutobourg qui nous sont relatés, qui vit la plus grande défaite des légions romaines et l’arrêt quasi définitif de l’expansion de l’Empire en Europe.

Marini - Les Aigles de Rome - Tomes 1 à 3Les Aigles de Rome a été une vraie surprise pour moi. J’aime l’Histoire, je lis Marini depuis le premier Gipsy (et j’ai d’ailleurs fait une rétro sur la série), j’ai adoré la série TV Rome qui a permis ce genre de traitement réaliste dans les fictions… et pourtant quelque chose ne collait pas. Je me suis donc trompé et je considère désormais cette série comme l’une des meilleures productions du dessinateur, d’une maturité qu’aucune de ses autres séries (à part peut-être L’étoile du désert) ne possède!

D’abord le sérieux de la reconstruction donc, et sur ce point la comparaison est tout à fait pertinente avec Murena: dans les deux cas, un personnage historique (Arminius chez Marini, Néron chez Dufaux/Delaby) et son alter-ego fictif se croisent en amitié/concurrence. Murena prend la grande Histoire, Les aigles de Rome a l’intelligence de recentrer sur un événement précis et une série courte, ce qui évite de diluer l’intrigue sur de très nombreux volumes (Murena en est à 10 et ça commence à faire beaucoup…). Choix pertinent tant la quantité d’informations (termes latins, détails de la hiérarchie romaine ou des coutumes sociales, etc) est important, de même que les personnages dont nombreux sont dotés d’un vrai travail de caractérisation.

Résultat de recherche d'images pour "marini aigles de rome"Ces personnages que je craignais très archétypaux lors de ma première tentative s’avèrent assez complexes et dotés de motivations cohérentes ; hormis Varus aucun n’est un gros méchant né pour être méchant, à l’inverse, le héros Marcus nous change du héros parfait à la Scorpion: ténébreux, impulsif mais aimant, il accumule les boulettes tout en étant d’un courage et d’une force exemplaires. Un héros faillible, contrairement à son frère Arminius, que rien ne semble pouvoir faire échouer alors qu’il se transforme progressivement en vrai antagoniste de Marcus. Tout au long de l’histoire on ne sait qui est réellement le héros de Marini, celui de la petite histoire familiale ou celui qui marquera l’Histoire de son nom…

Sur le plan graphique, si l’on a l’habitude de l’excellence, on atteint ici des sommets de reconstitution, que ce soit sur les costumes ou de multiples détails de décors militaires ou des intérieurs. Sachant tout dessiner, Marini est en outre un coloriste hors paire créant des atmosphères variées et évocatrice. Des visages des personnages aux paysage, tout est fin, subtile, précis et beau. Grande maîtrise des cadrages avec des plans dynamiques alors qu’il n’utilise pourtant aucune ligne de mouvement. Les séquences de bataille sont elles aussi impressionnantes de lisibilité et de style. Il est vraiment très fort! Alors il y a bien sur quelques tics graphiques comme les méchants qui sont souvent chauves, pâles et édentés ou la Germanie toujours couverte de brume et constellée d’arbres morts… Mais cela permet aussi une proximité avec le lecteur, une lisibilité qui n’est pas grossière non plus. Sur le plan documentaire comme sur le plan graphique, Les aigles de Rome peut assumer son statut de grande BD d’aventure historique, que personnellement je préfère donc à Murena.

Résultat de recherche d'images pour "marini aigles de rome"Les BD de Marini se bonifient avec l’âge et le bonhomme prends des risques en changeant d’univers: après le volume 2 de son Batman il enchaîne avec un nouvel épisode du Scorpion (la série s’approche de la fin) et travaille actuellement sur un one-shot en mode roman noir. De quoi saliver…

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.

 

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Nuées noires, voile blanc

Série Azimut T4.
BD de Wilfried Lupano et Jean-Baptiste Andreae
Glénat (2018), 48p., série en cours.
9782749308487-l

Comme sur tous les albums de la série, l’intérieur de couverture comporte un extrait du dictionnaire des oiseaux du monde d’Azimut. L’illustration de ce quatrième tome est moins chatoyante que précédemment… mais je chipote. La maquette est toujours aussi élégante et prépare agréablement la lecture. En revanche le titre du volume est en tout petit sur la couverture et n’apparaît pas sur la tranche, ce qui est dommage. Beau travail éditorial néanmoins.

La belle Manie Ganza s’apprête à épouser le grand seigneur du désert Baba Musiir alors que l’armée du Petitgistan marche vers la guerre contre son adversaire des sables. Pendant que le chevalier commence à comprendre qui est l’arracheur de temps, toute la petite bande de la pulpeuse héroïne reprend sa course effrénée, dans l’ombre de la terrible reine des Amazones, désormais prête à déchaîner les plus terribles forces pour mettre la main sur sa fille…

Résultat de recherche d'images pour "andreae nuées noires"Azimut est depuis quelques années ma série préférée avec Servitude. A l’époque je connaissais le scénariste Lupano par sa première série Alim le tanneur mais je n’avais pas fait attention à sa présence (pourtant essentielle!) sur la série. Non, l’argument de vente a été l’univers fantastique absolument incroyable d’un adorable illustrateur à la modestie infinie: Jean-Baptiste Andreae. Pour les plus anciens, son premier ouvrage « Mangecoeur » avait fait parler de lui pour l’univers à la fois coloré et inquiétant qu’il proposait, un monde empli d’objets mécaniques improbables, de poupées aux dents pointues ou de visages déformés. Son monde peut s’approcher de celui d’un Tim Burton par un esprit doux-amer, mais en bien moins sombre cependant.

Azimut réussit le pari incroyable de mettre cet illustrateur de grand talent (et adepte des femmes charnues) au cœur même de son imaginaire graphique! Comme un enfant dans un bac à sable absolu, il peut laisser libre court à ses visions, au sein d’un scénario qui semble totalement fait pour lui, épousant, utilisant, tout en guidant son style. J’appelle cela l’alchimie parfaite entre le dessin et l’écrit. Avec un humour désormais connu de Wilfried Lupano, que demander d’autre que d’avoir l’une des plus importantes séries BD des vingt dernières années? (oui-oui, j’assume!).

L’histoire basée sur le temps (avec ses corollaires du paradoxe temporel, du retour en arrière et autres sauts tous azimuts…) est complexe, révélée progressivement. Pourtant chaque album reste rapidement et agréablement lu même si l’on ne se replonge pas au préalable dans l’intégralité de la série. Une série à plusieurs niveaux en somme: le premier empruntant aux créations passées d’Andreae (comme le mésestimé Terre mécanique) construite comme une poursuite perpétuelle entre un groupe de freaks mignons et des poursuivants très méchants, le second très sophistiqués articulé sur plusieurs époques entre lesquelles les personnages naviguent en laissant le lecteur soupçonner qu’untel est le passé ou le futur d’un autre ou que cette séquence se déroule dans l’esprit de celui-la… Très casse-gueule comme scénario mais jusqu’ici admirablement construit et pas un instant l’on peut soupçonner le scénariste de partir sans plan préconçu. Après tout Bajram sur Universal War 1 avait bien un plan entièrement ficelé qui lui a permis de boucler magistralement son histoire de paradoxes spatio-temporels.

Ce qui permet de fluidifier cela c’est donc le monde peint par l’illustrateur. Un monde aux oiseaux mécaniques, aux titans enchaînés dans un zoo côtoyants des poupées de chiffon animées et des tortues-cyborgs! Un enchevêtrement de tout de qui peut être amusant, joli, exotique… et le tout reste cohérent entre les mains de ces deux grands artistes que sont Andreae et Lupano, et surtout follement drôle. Fidèle à lui-même, le scénariste en profite même pour glisser quelques idées très politiques comme cette image muette après le passage des nuées noires, où les hommes ont été ensevelis et qu’il ne reste dans le royaume de Baba Musiir que des femmes hébétées.

Bon, je vais m’arrêter là pour ne pas vous saturer de louanges. Les fana de Lupano sauront de quoi je parle, pour les autres, laissez vous porter par la poésie de ces mondes où chaque image regorge de détails, où chaque nom évoque un tas d’idées et de références. Azimut est une grande BD, une très grande BD.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mo’ .

BD

Bob Morane renaissance

BD de Luc Brunschwig, Aurélien Ducoudray et Dimitri Armand
Le Lombard (2015-2016), 2 vol parus de 55p.

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Je n’ai jamais lu de Bob Morane que je ne connais que par la chanson d’Indochine… La reprise de la série avec le dessinateur du très réussi Sykes était l’occasion pour moi de découvrir ce personnage, aidé par une couverture du premier tome vraiment chouette.

Après avoir sauvé le futur président du Nigéria, Bob Morane, brillant idéaliste rompu aux zones de guerre devient son conseiller spécial, chargé de mettre en oeuvre un ambitieux plan d’éducation des populations nigérianes grâce à une technologie d’apprentissage neural. Mais alors que des attentats brutaux attisent les tensions, les motivations du président et de sociétés françaises deviennent plus troubles et obligent l’Aventurier à remettre ses convictions en question.

Résultat de recherche d'images pour "bob morane renaissance armand"Malgré un a priori plutôt positif, j’ai été assez déçu par les deux premiers albums sensés former un premier cycle alors qu’ils ne clôturent rien mais ressemblent plutôt à une introduction au personnage. Le problème c’est que tout va beaucoup trop vite pour un album introductif à un personnage mythique. Je ne sais pas si Bob Morane à été modernisé ( il est ici un idéaliste archidiplomé et engagé pour des raisons humanitaires dans les casques bleus) mais si l’environnement géopolitique est assez contemporain, l’introduction d’une part non négligeable de SF ne prends pas vraiment. J’attendais plus de la BD d’aventure à la Largo winch et ici Bob Morane est totalement trimballé par le scénario sans aucune décision ni réflexion de sa part. Du coup, si l’on peut s’intéresser à une intrigue d’anticipation proche de ce que produit Fred Duval dans la collection Série B Delcourt, le personnage nous laisse assez distants. C’est dommage car le scénario est assez ambitieux, mais j’ai éprouvé du mal à identifier cette BD entre différents genres, ce qui empêche d’être véritablement happé. Sur un thème proche, le Katanga de Fabien Nury, plus faible niveau graphique, est beaucoup plus réussi dans le traitement de la relation politique entre Occident et pays africains.

Résultat de recherche d'images pour "bob morane renaissance armand"Niveau dessin, si le trait très encré de Dimitri Armand collait parfaitement à l’ambiance western de Sykes, on alterne ici entre certaines cases très inspirées, notamment au niveau des visages et beaucoup d’autres assez lambda avec des arrière-plans délaissés. Je ne suis pas sur que l’on puisse reprocher grand chose à Armand (son travail reste plus que correcte) hormis que son style ne s’accommode pas vraiment avec des atmosphères futuristes. Les hésitations graphiques que je notais sur Sykes sont toujours d’actualité et la technique de l’illustrateur à peu progressé depuis, ce qui est étonnant. On dira que c’est inégal.
Du coup il est peu probable que je continue une série qui a mon avis aura du mal à attirer des lecteurs ignorants de la série originelle. Un coup dans l’eau pour le Lombard.

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Mattéo – 4° époque

BD de Jean-Pierre Gibrat
Futuropolis (2017), 60 p. Série Mattéo, 4 tomes parus.

61myt6ok96lMagnifique album, comme toujours chez Futuropolis (peut-être l’éditeur le plus attaché à ses maquettes avec la collection Metamorphose), les couvertures de la série sont chaque fois à tomber. La couverture est un peu trompeuse puisqu’il n’est (presque) pas question d’aviation… Ce quatrième tome forme un second cycle entamé avec le 3 sur le Front populaire et se poursuivra au moins sur un cinquième tome pour clôturer le cycle. On aurait aimé un cahier graphique…

Je suis (comme beaucoup) Gibrat depuis son grand succès Le Sursis, superbe diptyque sur l’amour, l’attente, la guerre… Chacun de ses albums est très bien accueilli malgré des répétitions que l’on ne peut nier (toutes ses filles ont le même – magnifique! – visage…) et cela pour une simple et bonne raison: il est pour moi l’illustrateur BD qui a probablement la plume la plus virtuose du circuit. Rares sont les grands illustrateurs dont les textes sont presque plus puissants que les images et c’est le cas avec Gibrat. Pourtant on part de très haut et il n’est pas besoin d’appuyer beaucoup sur les qualités des dessins et notamment des couleurs directes.

Les grandes idées ne se claironnent plus, elles se chuchotent. L’idéal dévalué, la peur restait une valeur refuge

Résultat de recherche d'images pour "mattéo quatrième époque"Pour rappel, après la première guerre mondiale dans le tome 1, la révolution russe de 1917 dans le 2 et le front populaire dans le 3, Mattéo se retrouve (comme la fin du précédent le laissait entendre) embarqué dans la révolution espagnole (ou plutôt catalane) contre les phalanges franquistes. Une situation politique qui représente le personnage: idéaliste et désabusé. Ce thème permet à l’auteur de s’étendre sur ces grandes pages sur les magnifiques paysages semi-arides de l’Espagne, les petites ruelles du sud qu’il aime tant dessiner, ces bleus qui irriguent le ciel… C’est beau, très beau, on a l’habitude avec lui. Ce qui est plaisant dans la série Mattéo, plus que dans ses autres, c’est cependant son effort sur les visages ou plutôt les tronches. Mattéo d’abord, vraiment caractérisé, avec son nez cassé  et son regard sombre, mais aussi les camarades vociférants. On est pas loin des gueules de Bourgeon mais en plus délicat.

Je vois que l’activité politique bat son plein… toujours sur la même ligne… celle du petit blanc

Image associéeMattéo est une série flamboyante par-ce qu’elle propose une traversée de la première moitié du siècle et se ses soubresauts politiques. C’est la série la plus engagée de Gibrat et sa longueur semble indiquer qu’il s’y fait plaisir, à la fois graphiquement et intellectuellement. Je n’ai pas relu récemment les précédents tomes (la série a 10 ans) mais je dois dire que ce volume est celui qui m’a le plus marqué au niveau des textes. Il y a une vraie inspiration dans les commentaires du narrateur sur la situation de ces pieds nickelés alcooliques engagés pour l’aventure ou pour la démocratie (on ne sait pas trop…) et sur les réparties à la fois drôles, vives, acerbes.  Une vraie ambition littéraire qui fait relire plusieurs fois certaines bulles pour s’en imprégner, pour les savourer, comme on savoure ces aquarelles superbes.

… nous ne faisions guère mieux que des iceberg, on se fabrique sous un climat, on s’en détache, et on dérive le nez au raz des vagues.

Résultat de recherche d'images pour "mattéo quatrième époque"Niveau scénario il y a bien une petite difficulté quand à la disparition soudaine des personnages entre les albums de la série et au sein d’un même album. C’est perturbant car cela brouille un peu la simplicité du récit. Probablement car Mattéo est l’axe de ses récits, le reste, comme l’histoire, comme la guerre, étant dérisoire à ses yeux. Il y a pourtant de l’aventure dans cette série (je ne dirais pas de l’action, qui n’est peut-être pas le fort de Gibrat) et l’on aime suivre les pérégrinations tant amoureuses que militaires de notre gueule cassée préférée.

Mine de rien Mattéo est en train de devenir une référence dans la BD historique et sans doute la meilleure série de son auteur. Une série qui peut se prolonger sans soucis et pour notre plus grand plaisir encore sur de nombreux albums, tant que le siècle a encore des horreurs à montrer.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Noukette.

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Shalin

BD de David et Bourgier
Soleil (2017), 50p., Série Servitude en cours, 5 tomes parus sur 6.

couv_312847La maquette est toujours aussi élégante, avec pour la première fois de la série un personnage de dos. Également comme d’habitude un extrait de texte ancien introduisant le peuple Riddrak cette fois-ci. Pas de glossaire (peut-être dans le t6?). Comme expliqué sur le précédent article concernant Servitude, le tirage de tête à venir est vivement conseillé pour profiter pleinement de la finesse des extraordinaires dessins…

Après le siège d’Al Astan qui a vu la fuite des Fils de la terre, après  l’exil des Drekkars accompagnant l’Hégémon Sekal d’Aegor et les esclaves Riddrak libérés, toutes ces factions semblent se diriger vers Shalin, la cité sortie des sables du désert. Là, alors que le navire Iccrin transportant F’lar et Kiriel atterrit en catastrophe, une rude négociation commence entre les différents peuples. Le félon Othar de Vériel commence le siège de Shalin et Sékal commence un intriguant voyage solitaire aux confins du désert…

Le cinquième tome de Servitude est là, tragiquement car ce devrait être le dernier (zut) et que c’est finalement l’avant-dernier (youpi): les auteurs expliquent en petite post-face qu’ils ont été contraints de scinder le dernier album en deux parties pour éviter de repousser la sortie d’un volume de 100 pages. Personnellement cela ne m’aurait pas gêné mais l’on peut imaginer que l’éditeur a souhaité une telle solution. 9782302065055_pgPas grave, on replonge dans le royaume des Fils de la terre et l’on ne va pas s’en plaindre. A la fermeture de l’album la frustration est immense. D’abord par-ce que cet album coupé en deux ne se clôt pas vraiment (logique). Mais surtout par-ce que le rythme reste celui adopté depuis le début: lent mais fourmillant de détails, mystérieux, soulevant autant de question qu’il en pose. Comment vont faire les auteurs pour boucler avec brio un tel monument? Personnellement je leur fais confiance étant donné le sans faute total de cette série.

Cet album est un peu différent des autres puisqu’il s’agit principalement de discussions entre seigneurs et chefs de guerre (Vériel et les Drekkars, les mercenaires qui l’accompagnent, le chef Riddrak et le roi Arkanor,… Peu de découverte ethnologiques cette fois hormis les magnifiques passages muets montrant des éléments de la vie pratique des gens de ce monde (cuisson des briques, marchands dans leur échoppe, gestion de l’eau). Car l’une des spécificités de cette série c’est l’intérêt tout particulier porté au détail et à la cohérence de chaque société. C’est en cela que je la comparais à l’œuvre de Bourgeon. Alors oui il y a des batailles toujours excellemment bien menées, il y a des paysages contemplatifs, un peu moins de décors (on est dans le servitudet5-4.jpgdésert) mais des trognes toujours incroyables (et très balafrées!). Tout est frustrant dans Servitude, avec des auteurs maîtres de l’ellipse, qui permet sans doute de tenir cette intrigue et cette ambiance si particulière. Le combat s’interrompt au premier coup d’épée, des personnages charismatiques disparaissent brutalement (là encore un peu de Game of Throne), des scènes muettes intrigantes restent sans explication, des personnages majeurs n’intervenant que sur une page… On voudrait le même espace que celui dont a joui Bablet sur Shangri-la, des volumes de 80 pages… mais le travail incroyable déjà accompli aurait sans-doute signifié des attentes de 5 ans par album.

Dans Shalin l’on comprend un peu mieux les intérêts des différentes factions et notamment les évènements du tome 3 (qu’éclairent pas mal les bonus intégrés au second tirage de tête rassemblant les tomes 3 et 4). Mais Servitude est un tout formidablement ficelé et plus qu’aucune autre série il est conseillé de lire l’ensemble des tomes depuis le premier. Une telle maîtrise scénaristique sur plus de deux-cent pages au total est vraiment un tour de force. Pas un plan, pas une phrase, pas un arrière-plan n’est inutile, tout se tient, tout se relie. Vous pouvez avoir une phrase ou une scène graphique illustrant ou expliquant une séquence du tome 1 ou 3 par exemple. Quel plaisir pour le lecteur que de voir une telle harmonie! Ce tome illustre également la complexité des personnages, sans aucun manichéisme. Toute décision s’explique, toute trahison est logique selon la morale du personnage. Hormis Othar de Vériel il n’y a pas réellement de méchant dans Servitude. Car l’objet de la série est bien la servitude volontaire de ces différents peuples auprès du Créateur dont l’intervention pointe enfin dans les toutes dernières cases…

11887859_879954945387684_5514333905975523886_nServitude, je ne le dirais jamais assez, est une lecture totalement indispensable à tout amateur de BD, quel que soit son genre de prédilection. Une lecture relativement exigeants, qui demande de s’immerger dans un monde total (je renvoie à mon précédent billet sur ce point). Je ne mets pas 6 Calvin par-ce que j’ai pas le droit mais bon… 🙂

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mo