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Sapiens Imperium

La BD!

Premier tome de 108 pages d’une série écrite par Sam Timel et dessinée par Jorge Miguel. Parution aux Humanoïdes Associés le 16/06/21.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Sins of the Father

La planète Tazma n’est pas la destination rêvée par les vacanciers de la galaxie. Hostile, sa surface ne peut accueillir la vie, mais ses entrailles recèlent quelques ressources susceptibles de nourrir quelques êtres vivants. Qu’à cela ne tienne, le nouvel empereur Thésol, issu de la dynastie Kerkan, y enferme, après les avoir détrônés, tous les Kheleks et leurs partisans, sans autre forme de procès. 

Condamnés à la survie la plus abjecte dans un réseaux humide de grottes souterraines, les Kheleks et leurs amis Lektars finissent, au fils des décennies, par se réorganiser en clan, s’adaptant autant que possible à la vie cavernicole. Cependant, l’esprit de conquête des Sapiens n’a d’égal que leur soif de liberté. Aussi, Daridian, l’un des descendants de la dynastie Khelek, cherche-t-il inlassablement le moyen de quitter la grotte où lui et sa sœur Xinthia sont nés. 

Malheureusement, s’échapper de Tazma ne sera pas aussi simple qu’y échouer, car les prisonniers, affamés et démunis depuis des lustres, doivent faire face aux forces impériales et aux metalnauts qui gardent l’entrée, alors même que des schismes internes menacent leur équilibre et leur survie.

De l’autre côté du système, l’impérium a lui aussi de nombreux défis à relever. Non content d’avoir effacé les Kheleks de l’histoire, l’empereur a instauré un joug dont l’usure pousse les différentes dynasties à remettre en cause avec toujours plus d’hardiesse sa légitimité. Que fera-t-il lorsque ses anciens rivaux resurgiront des tréfonds de Tazma ? 

Depuis Dune , les grandes sagas de SF mettant en scène des luttes de pouvoirs entre différentes dynasties sont pléthores. Il y est souvent question de l’exploitation d’une ressource rare (l’Épice pour Dune , des algues ici) ainsi que d’une quête d’émancipation et de liberté, ce qui passe très souvent par la révolte et la lutte armée. Ajoutez-y un duel à mort et une rivalité entre deux héritiers et la comparaison entre Sapiens Impérium et Dune sera complète. 

Le premier tiers de l’album pose un cadre intéressant, pour lequel il aurait été aisé d’exploiter certains aspects claustrophobes. L’auteur évoque un peu rapidement comment des générations d’infortunés ont du s’adapter pour survivre dans les tréfonds de cette lune désolée, mais cède bien vite l’aspect survival au profit d’une lutte de pouvoir sur fonds de mutinerie. 

L’évasion en elle-même se fait assez promptement, mais pas sans peine, forçant néanmoins le scénariste à chercher ailleurs le souffle nécessaire à son histoire, d’où son introduction plutôt tardive du réseau de personnages gravitant autour des Kerkans.

Le dernier tiers de l’album, marqué par la liberté au prix de l’exode, se perd quelque peu au niveau thématique mais aborde des idées intéressantes comme celles de l’altérité et du partage. La fin ouverte annonce celle du premier cycle, ce qui promet une suite aux aventures de Xinthia et de sa cohorte. Côté graphique, c’est le point fort de l’album, Jorge Miguel offre un trait précis et détaillé (notamment les visages), ce qui magnifie l’ensemble de l’album. 

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Les Avengers des Terres Perdues

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Recueil de 112 pages comprenant les cinq épisodes de la mini-série Avengers of the Wastelands, écrite par Ed Brisson et dessinée par Jonas Scharf . Parution le 17/02/2021 aux éditions Panini Comics.

Les Avengers sont morts, vivent les Avengers

Il y a des décennies, les pires criminels de l’univers Marvel ont pris la meilleure décision de leurs vies: s’organiser à grande échelle, et mettre en commun leurs ressources afin de mettre à bas leurs ennemis jurés. Ainsi, en une nuit, les plus grands héros de la Terre sont tombés, quasiment sans coup férir, laissant l’Amérique aux mains de mégalomanes nazis tels que Crâne Rouge. 

Puis, les vilains se sont partagés les territoires, donnant naissance à un nouvel ordre mondial basé sur les rivalités entre seigneurs de guerre, conduisant le monde à sa ruine. Plus aucun Avenger, plus aucun X-Men ni Fantastique pour les arrêter. Le rêve des super-vilains s’était enfin réalisé, mais le rêve de quelques uns peut vite se révéler le cauchemar de tous. 

Plus qu’aucun autre, Logan a fait les frais de cette catastrophe. Piégé par Mysterio, il a lui-même massacré ses frères d’armes mutants lors de la grande purge des super-vilains. Dès lors, Logan s’est retiré du monde des super-héros, et a pris sa retraite. Bien des années plus tard, alors qu’il a fondé une famille et qu’il fait de son mieux pour survivre, Logan est rattrapé par son passé. Sa famille est menacée par les rejetons dégénérés de Hulk, si bien qu’il doit s’embarquer dans un périlleux road trip avec le vieil Hawkeye afin de la sauver. Après moult péripéties, qui le conduiront à éliminer le Président Crâne Rouge, Logan rentre chez lui pour trouver sa famille massacrée. Ce traumatisme épouvantable va le conduire à faire ce qu’il se refusait jusqu’alors, et sort ses griffes d’adamantium pour massacrer le clan Banner, Bruce compris. 

Old Man Logan, initié par Mark Millar, nous montrait un monde désolé et impitoyable, qui est ici repris, après les mini-séries Old Man Quill et Dead Man Logan. La majorité des héros s’en est sans doute allée, mais elle a vocation à être remplacée par de nouveaux héros, entre nostalgie des temps passés et foi en un avenir meilleur. 

Après la chute de Crâne Rouge, c’est Fatalis qui s’est installé sur le trône, régnant avec la poigne de fer qu’on lui connait. Bien décidé à assurer sa suprématie, il entreprend de retirer de l’échiquier tous ses anciens conjurés, et écrase cruellement tous ceux qui pourraient lui causer du tort. Qui pourra détrôner le tyran sanguinaire ?

Teenage Wasteland

Ed Brisson met au centre de son récit Danielle Cage, fille du super-héros Luke Cage et de la super-détective Jessica Jones. Cette dernière est à la tête d’une communauté paisible de survivants, épaulée par Bruce Banner Jr, seul survivant du massacre causé par le regretté Logan. Non contente d’être la fille de ses prestigieux parents, Danielle est également la dernière détentrice de Mjolnir, le mythique marteau de Thor, ce qui lui permet d’irriguer efficacement les cultures destinées à nourrir le groupe. 

Ce quotidien relativement serein est perturbé par l’irruption de Dwight, successeur d’Ant-Man, dont la communauté a fait les frais de la cruauté de Fatalis. Ensemble, Dwight, Danielle et Bruce Junior vont se dresser contre la tyrannie, forts de l’héritage glorieux des Avengers. Ils seront bien vite rejoints par Grant, un ancien soldat de Fatalis ayant survécu à l’injection du Sérum du Super-soldat, puis par Viv, fille du regretté Vision. Captain, Thor, Hulk et Ant-Man, on peut dire sans se tromper que c’est une bonne base pour une équipe d’Avengers. 

L’idée d’une équipe de jeunes héros succédant aux Avengers n’est pas nouvelle, loin s’en faut. Il n’y a qu’à regarder du côté des Young Avengers, qui réunit de la même façon des personnages jeunes et tous liés aux héros adultes. S’agissant de la trame narrative futuriste, on trouve également A-Next, version adolescente et future des Avengers apparue dans la série Spider-Girl au début des années 2000, ou encore la version que l’on découvre dans Avengers volume 4 n°1. Et il est ici inutile d’évoquer Avengers Forever et son casting méta-temporel. 

Danielle Cage, quant à elle, était apparue en 2006 sous la plume de Brian Bendis. Encore enfant dans l’univers classique, elle a néanmoins bénéficié d’une autre version future dans laquelle elle reprend le rôle de Captain America (Avengers: Ultron Forever). Quelle que soit le futur, il semblerait donc que la jeune Danielle soit appelée à un destin héroïque. Dans ces Avengers des Terres Perdues, il est donc question d’héritage, mais aussi d’espoir et des symboles qui le portent. Les jeunes héros ont donc le choix entre la simple survie où le poids supplémentaire des responsabilités que leur donnent leurs pouvoirs. 

Être à la hauteur de ses aînés est un défi conséquent, surtout quand il s’agit de remettre le monde sur les rails. Le récit est bien construit autour de cette thématique et contient suffisamment de rebondissements pour conserver l’intérêt du lecteur. En revanche, les scènes d’actions peuvent se montrer un tantinet répétitives, mêmes si elles bénéficient d’un dessin de qualité. On aurait aimé voir une progression plus nette dans la coopération des héros, qui auraient pu commencer leur mission de façon dysharmonique pour former peu à peu, au fil du récit, une équipe fonctionnelle. Ce n’est pas vraiment le cas ici, et il est dommage de noter que les combats se ressemblent un peu tous. 

Ces Avengers des Terres Perdues restent une lecture agréable qui prolonge le concept d’Old Man Logan en y apportant une touche d’espoir bienvenue. 

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The Old Guard #2: Retour en force

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Second tome de 150 pages de la série The Old Guard (Image Comics), écrite par Greg Rucka et dessinée par Leandro Fernandez. Parution en France chez Glénat le 21/04/2021.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Il ne doit pas en rester qu’un.

Depuis des millénaires, presque plus de siècles qu’elle ne saurait se rappeler, Andy parcourt la Terre, exemptée du poids des années. Celle que l’on appelait Andromaque est devenue, au fil du temps, une redoutable guerrière à l’inégalable expérience. Autour d’elle, Andy a réuni d’autres immortels, qui mènent avec elle les combats qu’elle juge justes.

Avec l’ère moderne, Andy, Joe, Nikki et Booker ont du s’adapter pour se soustraire à tous les réseaux de surveillance actuels. Mais la technologie est implacable, si bien que les quatre éternels ont fini par laisser des traces, qui ont attiré l’attention de personnes plus ou moins bien intentionnées, qui en avaient après leurs talents particuliers.

En parallèle, Andy et les autres ont du gérer l’éveil de Nile Freeman, nouvelle immortelle qu’il leur a fallu recruter et initier. Plus en phase que les vieux baroudeurs désabusés, Nile s’est révélée être un atout de choix face aux détracteurs cherchant à les débusquer. Le tome 1 se concluait par l’exil de Booker, qui avait trahi le groupe contre la promesse illusoire du repos éternel et définitif.

Who wants to live forever ?

Après le succès du film sur la plateforme Netflix, Glénat passe la seconde et nous propose la suite des aventures d’Andromaque et de sa clique. Greg Rucka travaille ici avec le thème de l’immortalité. L’auteur en fait un fardeau lourd à porter pour ses protagonistes, qui voient les siècles défiler sans pouvoir mener une vie normale ni s’attacher à qui que de soit.

Cette vision amère et pessimiste de l’immortalité a certes déjà été abordée, mais Greg Rucka utilise ici son expérience pour créer des personnages en relief, et donc attachants, pour illustrer son thème. Grace à Andy et son escouade, on découvre ce que traverserait une personne incapable de mourir, avec tout ce que cela implique en terme d’impact psychologique, mais aussi sur le plan pratique. Éviter d’attirer l’attention, éviter les interactions sociales et voir certains proches mourir, sont autant de vicissitudes qui donnent leur saveur aux personnages.

L’album contient son lot de flash-back sur la vie d’Andromaque, nous donnant un aperçu de ses origines et de ce qu’elle a du affronter à l’aube des civilisations. L’une des intrigues secondaires tente d’explorer (comme dans le film), le rôle véritable des immortels en ce monde, approfondissant ainsi davantage l’univers crée par l’auteur. En revanche, hormis le retour d’un personnage important pour Andy, il faut avouer qu’il ne se passe pas énormément de choses au regard de l’intrigue en elle-même. Malgré ça, le plaisir de lecture reste le même que pour le premier tome, autant pour l’écriture de Rucka que pour le dessin de Leandro Fernandez, qui s’en sort mieux pour les plans rapprochés de ses personnages que pour les décors.

*****·Manga·Nouveau !

L’Attaque des Titans #33

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Comprend les chapitres 131 à 134 de la série écrite par Hajime Isayama.

Tabula Rasa

Eren l’avait promis, il l’a fait. Après s’être emparé in extremis du pouvoir incommensurable du Titan Originel, le jeune orphelin revanchard l’a utilisé pour déclencher le redouté Grand Terrassement, qui consiste à libérer simultanément tous les titans colossaux qui sommeillaient dans les murs d’enceinte de l’Île du Paradis. Le monde doit faire face une nouvelle fois à la colère des eldiens, sous la forme d’une implacable horde de titans qui piétinent tout sur leur passage. 

Après avoir jugé ce monde qui lui a tout pris, Eren l’a condamné à la ruine et se fait désormais le bourreau de sa propre sentence. Transformé en une créature lovecraftienne comme on en avait rarement aperçu dans le manga, il préside à son armée de titans, rasant l’empire Mahr sans broncher. Les seuls qui semblent être en mesure de le stopper sont un petit groupe constitué d’amis et d’anciens adversaires, parmi lesquels Armin et Mikasa, ses amis d’enfance, Hansi, Livaï et Conny, compagnons d’armes, puis Reiner, Peak et Annie, trois guerriers Mahr d’origine eldienne, eux aussi détenteurs de titans primordiaux. 

Cet escadron hétéroclite et autrefois ennemi s’est décidé à collaborer, non sans quelques grincements de dents. Ils ont du affronter, dans le tome précédent, les forces eldiennes partisanes d’Eren et de sa croisade. Ensemble, ils sont parvenus à quitter l’île, dans le sillage du Grand Terrassement, et espèrent aborder leur ami par la voie des airs afin de le faire changer d’avis, ou le cas échéant, l’abattre. Mais est-il seulement possible de vaincre un être aussi puissant et résolu qu’Eren avec un hydravion et quelques bombes ?

Guerre Fratricide

Fidèle à sa formule, Hajime Isayama nous offre un dosage parfait entre suspense et réflexion, grâce à un jeu d’alliance et une situation complexe dont les rouages ont été savamment mis en place dans les tomes précédents. L’auteur confronte encore une fois les points de vue autour de sa thématique de la liberté, et du cycle de violence inhérent à l’histoire humaine. Eren aura été de bout en bout un protagoniste fascinant, dont l’évolution est à la fois tragique et parfaitement cohérente.

Dans ce 33e tome, malgré les mesures extrêmes qu’il vient de prendre, il nous est encore donné de voir les doutes qu’il a pu avoir, et les éléments qui ont influencé son choix final. La cohérence thématique est encore de mise, puisqu’en chantre de la liberté, il laisse à ses amis celle de venir l’arrêter, alors qu’il aurait le pouvoir de faire taire, grâce à l’Originel, toute opposition parmi les eldiens. 

Coté intrigue, la tension atteint son paroxysme grâce à cet assaut désespéré et aux mille façons qu’il aurait d’échouer. Obstacles, sabotages, sacrifices, tout est mis en place pour maintenir le lecteur scotché en attendant le dénouement. L’affrontement fratricide n’en est donc que plus déchirant, surtout quand on regarde du côté des intrigues secondaires (Annie, Falco et Gaby) qui vont forcément converger pour le grand final. 

Comme vous vous en doutez, attendre le dernier tome confine à la torture, et il n’est pas question d’aller se spoiler !

***·Comics·East & West·Nouveau !

Year Zero #1

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Album de 110 pages comprenant les cinq volumes de la mini-série Year Zero, écrite par Benjamin Percy et dessinée par Ramon Rosanas. Parution en France chez Panini Comics le 17/03/2021.

Dur, dur d’être un zombie

En cette période pour le moins singulière où chacun de nous est un survivant, Panini Comics a jugé opportun de lancer deux nouveaux albums sur le thème de la pandémie. Cet argument de vente, certes opportun, d’en comporte pas moins des promesses de frissons, et, pourquoi pas après tout, de bonnes lectures.

Dans ce Year Zero, nous allons suivre les mésaventures d’un certain nombre de protagonistes, répartis dans le monde et ayant chacun leur manière d’affronter cette fin du monde.

Sara Lemons est en mission dans le cercle polaire, afin d’étudier les couches glaciaires. Elle espère y trouver un remède aux maux qui agitent notre siècle, qu’ils soient climatiques, énergétiques, sociétaux ou médicaux.

A Mexico, Daniel Martinez, jeune orphelin des rues, fait ce qu’il peut pour survivre et échapper aux cartels qui ont tué sa mère, convaincu qu’il survit par la grâce divine.

Saga Watanabe, lui, tue des gens pour vivre, principalement à Tokyo. Il exécute un dernier contrat censé lui offrir une porte de sortie, une retraite bien méritée avec l’amour de sa vie.

Fatemah Shah, quant à elle, vit en Afghanistan, où elle sert d’interprète et d’informatrice aux soldats américains.

B.J. Hool, enfin, est un américain moyen, un survivaliste nihiliste qui a passé sa vie à se préparer à ce genre d’événement.

Comment ces gens très différents vont-ils réagir lorsque les morts vont se relever, victimes d’un pathogène qui en fait des zombies anthropophages ? La réponse est simple: plutôt mal. Mais ça n’empêchera aucun d’eux de poursuivre ses objectifs ou de s’en trouver de nouveaux, car la vie, au contraire de la mort, n’a rien de permanent et évolue sans cesse.

Vaut mieux vivre avec des vrais morts qu’avec des regrets

Il apparaît assez vite après le premier chapitre que ces protagonistes ne sont pas destinés à se rencontrer. Oublions-donc tout de suite la perspective d’un récit choral ou de survie à la Walking Dead. Chacun des protagonistes possède sa propre ligne narrative, qui ne croise à aucun moment celle des autres, excepté celle de Sara Lemons, qui se déroule un an avant la pandémie, et qui influe donc sur le reste.

Les sauts et ellipses entre les différents personnages dynamise le rythme du récit mais donne également une sensation de survol, l’auteur se concentrant sur l’essentiel de sa narration sans étoffer davantage certains points qui auraient mérité de l’être.

Year zero - BDfugue.com

Le point de vue interne des protagonistes reste tout de même très intéressant, chacun d’entre eux ayant des croyances et un vécu qui définissent leur vision du monde, et nécessairement, leur réaction face l’apocalypse zombie. Saga Watanabe et Daniel Martinez recherchent la vengeance, tandis que Fatemah cherche l’émancipation et la rédemption. BJ Hool quant à lui, a vécu isolé toute sa vie et ne découvre que maintenant l’intérêt de créer du lien avec une autre personne.

Le parcours de Sara, qui sert de préquel, a des relents de The Thing (la base polaire, une créature sortie de la glace) mais n’exploite malheureusement pas le vivier horrifique que recèle cette prémisse, du fait des ellipses et du peu de temps consacré à cette partie. Le reste des trames individuelles est ô combien classique, hormis sans doute celle du nerd survivaliste qui tombe amoureux, qui comporte son lot d’ironie et d’humour grinçant.

Year Zero vous sera sans aucun doute un peu survendu par Panini Comics en raison du contexte pandémique, mais pas d’affolement: nous ne sommes pas en présence d’un incontournable du récit de zombies, même si l’exécution reste bonne et agréable à suivre. A priori, un deuxième volume est sorti aux US et ne devrait pas tarder à traîner des pieds jusqu’ici pour tous nous dévorer.

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Poussière #3

La BD!

Troisième tome de 86 pages d’une série écrite et dessinée par Geoffroy Monde. Parution le 27/01/2021 aux éditions Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Attack of the Fifty-Foot Whatever

Mettez-y une femme revancharde, des titans anthropophages, des kaijus ou des cyclopes, dès qu’il s’agit de gigantisme, mon œil de lecteur est immédiatement attiré. 

Poussière nous raconte l’histoire d’une jeune guerrière éponyme, qui affronte depuis quelques années d’énigmatiques cyclopes, qui ravagent inlassablement sa planète, Alta, dont l’écosystème est régi par ce que l’on nomme l’Essence. Jusqu’ici pacifiques, les cyclopes sont devenus comme fous et se sont mis à piétiner tout ce qui se trouvait sur leur passage, provoquant une hécatombe et une série de cataclysmes écologiques dont Obel, le royaume dominant sur Alta, peine à se remettre. 

Pourtant, il est possible pour les guerriers d’Obel de lutter contre ces créatures, au prix de lourds sacrifices, qui paraissent vains tant la marche des géants est inexorable. En effet, les cyclopes font partie intégrante de l’écosystème et sont renvoyés à l’Essence après chaque défaite, pour mieux revenir ensuite, plus forts que jamais. 

D’après les rumeurs, cette lutte perpétuelle a commencé lorsque est apparu un certain Homme Noir dans les rues de la capitale d’Alta. Silhouette indéchiffrable, l’Homme Noir est apparu plusieurs fois de façon apparemment aléatoire, entraînant dans son sillage les terrifiants cyclopes. C’est donc à lui que l’on impute la catastrophe, sans savoir d’où vient cet homme ni pourquoi il agit ainsi. 

Entre deux attaques de cyclopes, Poussière veille sur son frère Pan et sa sœur Ayame, qui disposent de capacité les mettant en lien direct avec l’Essence. Et si tous ces événements étaient liés ? Quels secrets dissimule le gouvernement d’Obel à ses sujets terrifiés ? 

Gaïa’s Revenge

Les deux premiers tomes, sortis respectivement en 2018 et 2019, livrent les premières clefs du mystère grâce à quelques révélations choc: Suite à un accident de laboratoire, Alta a subi un échange de matière avec une planète nommée la Terre, qui est une jumelle d’Alta située dans une autre dimension. Ces transferts ont perturbé l’Essence, si bien que les conséquences des outrages des humains envers la nature ne se répercutent plus sur Terre mais bel et bien sur Alta. L’Homme Noir n’est lui aussi qu’un accident, un dommage collatéral qui a obtenu la faculté de passer furtivement d’un monde à l’autre. 

A l’issue du tome 2, des enfants d’Alta, incluant Ayame, capables de contrôler les cyclopes, furent envoyés sur Terre pour mener une expédition punitive et détruire l’Humanité, tandis que Poussière se retrouvait elle aussi piégée sur Terre. 

Nous voici donc à la conclusion de l’odyssée dimensionnelle de Geoffroy Monde, qui avait apporté un point de vue innovant et atypique pour une série  de SF. Les thématiques abordées, à savoir la revanche de la nature et le voyages dimensionnels, ne sont pas inédites mais traitées avec révérence et habileté, grâce à une alternance des points de vue entre Terre et Alta. Le discours écologique est donc tout à fait de mise, l’auteur s’amusant ici à la mettre en abîme puisque l’Humanité est ici jugée par sa jumelle Altienne qui subit injustement les conséquences de nos actions. 

Poussière tome 3 - BDfugue.com

Il convient également d’imputer à l’auteur un travail sérieux sur la construction de son monde fictif, exercice périlleux s’il en est qui est ici réussit haut-la-main. Les concepts philosophiques et religieux qui sous-tendent le monde d’Alta sont riches mais aussi complexes, ce qui pourrait perdre en route le lecteur tant il est parfois nécessaire de raccrocher les wagons avec les tomes précédents. 

Pour sa conclusion, on peut dire que Geoffroy Monde ouvre les vannes et va au bout de sa thématique, même si cela peut paraître abrupt. 

Poussière est donc une trilogie SF qui vaut le détour, tant sur le plan graphique que scénaristique, ce grâce à des influences évidentes mais qui n’en sont pas moins maîtrisées. 

***·Comics·East & West·Nouveau !

Avengers #3: La guerre des vampires

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Troisième tome de la série Marvel écrite par Jason Aaron et dessinée par David Marquez. Comprend les numéros 13 à 17, parution le 20/01/2021 chez Panini.

Bon sang ne saurait mentir

Retour des Avengers version Jason Aaron. Depuis leur reformation, les Avengers ont repoussé la dernière Armée des Célestes, combattu leur ancien allié Namor ainsi que leurs homologues russes, la Garde d’Hiver. Mais ce qui les attend cette fois va les plonger dans les coulisses ténébreuses de notre monde et révéler un microcosme qui préfère d’ordinaire demeurer caché. 

Les nations vampires qui prospèrent dans l’ombre sont en plein chaos. Partout sur Terre, les différents clans sont en ébullition et s’affrontent dans une guerre sans merci qui risque de mettre en danger bien des vies humaines. Parmi cette débâcle, le Colonel de l’Ombre fait son apparition, secondé par sa Légion des Morts, et cherche à retrouver le roi des vampires, le célèbre Dracula, afin de le détrôner et prendre sa place. 

Le vieux monarque, sentant le danger, sollicite refuge auprès de la Garde d’Hiver, de quoi attiser les tensions déjà existantes entre Avengers et héros russes ! Heureusement, les plus puissants héros de la Terre vont pouvoir compter sur l’aide d’un spécialiste, en la personne de Blade, le diurnambule, chasseur de vampires. Ce qui tombe plutôt bien sachant que le jeune Robbie Reyes, nouveau détenteur du pouvoir du Ghost Rider, est passé malgré lui à l’ennemi. 

Jason Aaron poursuit son run sur la série phare de Marvel, en creusant davantage certains de ses personnages fétiches, comme Ghost Rider, qui s’offre ici une virée en Enfer sensée l’éclairer davantage sur la nature de ses pouvoirs. Le paradigme de départ est assez intéressant, avec un Dracula prisonnier en mode Hannibal Lecter, sournois et sûr de lui, avant de subir un changement et placer le roi des vampires en position de victime de la cruauté de la Garde d’Hiver. 

Certains mystères s’épaississent, comme l’identité de la Veuve Rouge, et font anticiper de fracassantes révélations, dont on espère qu’elles seront à la hauteur de l’attente suscitée. L’action est bien présente dans cet arc court mais efficace, guidée par les dessins qualitatifs de David Marquez

Comme précédemment, on trouve également dans l’album une aparté consacrée aux Avengers préhistoriques, ici la première Iron Fist, Fan Fei. Un troisième album qui maintient la qualité de la série.

***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Une histoire de voleurs et de trolls #1: le monde dérivant

La BD!
BD de Ken Broeders
Drakoo (2021), 55p./album, 1/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Ce premier tome d’une trilogie est la traduction d’une série publié en Belgique par l’auteur. Le second tome paraîtra dès l’été 2021 et le dernier en début d’année prochaine.

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Dans les zones désertiques au sud du Monde dérivant règle la tyrannique loi de Mère Knosser, la reine des trolls. Face à son joug les peuples Domovois font le dos rond en attendant que l’elfe Durys ne parvienne à fédérer une révolte. Pendant ce temps le malicieux voleur Delric Twotter entame le cambriolage d’un temple Domovois lors duquel tout se passe mal suite à l’irruption d’une sorcière par une faille d’entre les mondes…

Je parle souvent du rôle de la couverture pour déclencher un achat au sein des piles pléthoriques des librairies et l’on peut dire que sur ce point la trilogie de Ken Broeders est très réussie. En proposant de très jolies illustrations bien maquettées, dans l’esprit de l’illustration jeunesse traditionnelle anglosaxone il semble nous convier à des contes et légendes à l’ancienne, emplis de nature, d’action et de créatures fantastiques. Reste que si l’illustration est fort jolie… elle est tout à fait décalée par rapport à l’intrigue narrée dans les pages intérieure! Et cela résume le principal problème de cet album qui semble mélanger des envies graphiques avec une construction en décalage. Un peu troublant…

L’album s’ouvre en effet sur une page de texte expliquant le contexte et lance l’intrigue avec l’impression de démarrer au tome deux de la série… Le déroulé narratif proprement dit n’est pas en cause, sur une histoire très classique et linéaire de fantasy (le voleur et la belle s’échappent, sont fait prisonniers, puis s’échappent à nouveau pour découvrir le monde et l’origine de l’antagonisme) on suit agréablement les courses rocambolesques des deux héros mal assortis, on savoure les paysages et les créatures cracra plutôt originales et on s’intéresse à ce fort réussi anti-héros de Delric Twotter et son bagou digne de Han Solo. Le rythme est rapide et on ne voit pas vraiment passer les cinquante pages très rythmées de ce tome. Simplement, de l’irruption de l’humaine sans que l’on sache exactement d’où elle débarque à l’assaut sur la forteresse Troll, on a souvent l’impression que l’auteur nous fait rater un épisode intercalaire qui aurait permis de lier les séquences. En cause la focale mise tout au long de la BD sur les deux héros en oubliant le hors champ. Au sortir de cette lecture je ne sais si ces problèmes sont du ressort de véritables ratés scénaristiques ou s’ils trouveront leur justification dans la suite par le biais de révélations rétrospectives. Laissons à Ken Broeders le bénéfice du doute.

Passées ces réserves nous avons donc droit à une fort jolie et très classique fantasy qui apporte une touche de nouveauté dans le plaisir contagieux de l’auteur de sculpter ses monstres (les trolls tout à fait répugnants au premier chef) et cavernes avec une technique d’une précision surprenante qui rappelle les premiers travaux de Fabrice Meddour et son jeu sur la profondeur de champ. Ce premier tome se laisse donc lire sans déplaisir, en mode loisir, et fait ressortir un personnage principal dont on a envie de découvrir la suite des péripéties dans ce toujours mystérieux monde dérivant.

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****·Comics·East & West

Sara

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Histoire complète en 136 pages, écrite par Garth Ennis et dessinée par Steve Epting. Publiée originellement par TKO Studios, adaptation en France chez Panini le 2/12/2020. 

Pour l’Amère Patrie

La Seconde Guerre Mondiale est une source inépuisable d’histoires, ce conflit ayant indubitablement marqué l’Humanité de bien des façons. 

Ici, nous faisons la rencontre d’un escadron de tireurs d’élite, qui combat l’avancée nazie sur le front russe, en 1942. Le peuple russe est connu pour son dévouement à la cause, comme le démontrera plus tard leur bilan des victimes, parmi les plus élevés. La particularité de notre troupe de snipers, est qu’elle est composée de femmes, toutes entrainées spécialement, et reconnues pour leur efficacité. 

Aux côtés de Rina, Nata, Mari, Lydi, Vera et Darya, on trouve Sara, notre protagoniste. Distante et froide comme le sont souvent les snipers en fiction, Sara est la plus redoutable tireuse à avoir arpenté le front russe. Félicitée pour son tableau de chasse par ses supérieurs, elle sème la désolation parmi les troupes nazies avec une infernale efficacité. 

L’envers du devoir

Cependant, le passé de Sara a causé des blessures qui ne guériront jamais vraiment, ce qui, conjugué à la pression politique du tout-puissant Parti qui ne semble pas accorder la plus grande valeur à la vie de ses soldats, pourrait entraîner la jeune femme sur une pente dont on ne peut revenir. Bien évidemment, lors d’une guerre totale de cette ampleur, les obstacles ne sont pas seulement internes, aussi les nazis, ulcérés par l’efficacité de Sara, vont-ils lui envoyer un sniper plus redoutable encore. 

Connu pour ses œuvres impertinentes (Preacher, The Boys), Garth Ennis s’est forgé un statut de sale gosse des comics. Cependant, il existe aussi une partie de sa bibliographie tournant autour de récits de guerres au ton réaliste. C’est le cas ici pour Sara, dont la narration à la première personne nous plonge dans une ambiance froide et âpre, à l’image du conflit qu’il dépeint. 

Ennis s’est inspiré de faits historiques pour construire son histoire, ce qui ancre le récit dans la réalité, et amène l’auteur à y apposer le sceau de la sobriété. Malgré son détachement apparent, le point de vue interne de la protagoniste ainsi que les flash-back sur son entrainement génèrent de l’empathie envers elle tout au long de l’album, et jusqu’au magistral dénouement, amer et cohérent à la fois.

[SPOILERS]

En effet, le scénariste insiste rapidement sur le fait que Sara, tireuse exceptionnelle, travaille seule, sans observateur à ses côtés (le spotter, qui aide le sniper à repérer ses cibles), alors que ses camarades travaillent toutes en binômes. Si bien que lorsque vient le sniper nazi , Sara ne peut qu’imaginer un tireur solitaire, comme elle, comme si le talent et le don de tuer n’atteignaient leur apogée qu’en solo. Et c’est malheureusement ce qui causera sa perte, une perte qu’elle appelait certainement de ses vœux. 

Graphiquement, Steve Epting nous fait profiter de son expérience sur les décors et l’ambiance WW2, qu’il avait déjà exploré lors de son run sur Captain America back in the day. Son trait réaliste sied totalement au cadre du récit, et livre avec force détails les émotions exacerbées de ces personnages pris entre deux feux. 

Sara est donc un très bon récit de guerre, immersif et original.

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La guerre des mondes #1/3

esat-west

Manga de Daisuke Hihara et Hitotsu Yokoshima
Ki-oon (2021-),  200p./volumes, Série en 3 tomes, 1 vol. paru en France.

Ki-oon continue sa politique d’éditions de qualité à la suite de sa collection Lovecraft, avec cette édition reliée (mais sans pelliculage, donc assez fragile). L’édition comporte un sommaire et un joli cahier graphique de cinq pages qui permet de voir les intéressantes pistes visuelles pour les tripodes. L’album est classé Seinen. Je le qualifierais de Seinen pour jeune public (disons entre 9 et 16 ans) selon les habitudes de lecture.

Le siècle vient à peine de commencer lorsqu’une étrange météorite frappe la campagne de la petite ville de Maybury. C’est le commencement d’une guerre de colonisation… ou plutôt d’extermination de l’humanité…

La guerre des mondes fait partie des grands classiques que beaucoup (comme moi) n’ont probablement jamais lu mais que le nombre d’adaptation dans tout type de format rend totalement familier. Si Spielberg avait choisi une modernisation du récit, cette version manga se veut fidèle et rejoint la grande mode des adaptations de classiques de la littérature par les auteurs japonais.

L’histoire suit un photographe témoin de ce Premier contact, cet atterrissage du premier martien qui va très rapidement se transformer en génocide. Croisant comme dans tout bon récit de guerre les évènements généraux et les mésaventures d’un groupe de témoins (la petite histoire et la Grande Histoire), le manga a le mérite d’entrer très vite dans le vif du sujet avec ce qui intéresse bien entendu le lecteur: la trombine des vilains martiens belliqueux et de leurs monumentaux tripodes.

Le récit est techniquement très bien fait avec une introduction apocalyptique avant de revenir aux évènements qui ont généré cette Guerre des mondes. Avec le témoin-photographe, des scientifiques nous expliquent tout de suite les lois physiques qui s’imposent aux envahisseurs (notamment la gravité bien plus importante sur Terre) avant que les inévitables militaires et leur mentalité obtue croient pouvoir mater cette irruption d’outre-espace à coups de canons. Bien entendu la supériorité technologique martienne est incommensurablement supérieure et les évènements s’orientent vite vers la situation d’un enfant écrasant des fourmis…

Graphiquement on est dans du classique semi-réaliste avec décors simplistes aux bâtiments rectilignes mais la lecture reste agréable et fluide, surtout pour le public ciblé. Comme adaptation illustrative, l’ambition de ce manga n’est donc pas de revisiter l’ouvrage de H.G. Wells mais plutôt de proposer une lecture graphique fidèle et ludique à des pré-ado et ado. Sur ce plan c’est plutôt réussi avec malgré tout quelques visions assez dures (des corps démembrés) et une guerre qui s’affiche crument.