****·Comics·East & West·Nouveau !

Batman: Curse of the White knight

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Comic de Sean Murphy et Matt Hollingsworth (coul.)
Urban (2020) – DC (2019), One-shot.

Suite directe de White Knight.

Parmi la foultitude de sublimes cover de l’auteur, Urban a choisi quelque chose d’assez banal… Franchement dommage! L’ouvrage s’ouvre sur un résumé de l’épisode précédent et se conclut par un gros cahier comportant les huit cover alternatives, seize planches de l’album crayonnées, six pages de recherches graphiques, cinq illustrations originales et une bio des auteurs. N’en jetez plus! Comme sur le précédent ouvrage c’est très gourmand! A noter qu’une histoire sur Freeze est insérée en intermède avant le chapitre final (… coupant franchement le rythme et sans lien avec l’histoire, je vous conseille clairement de ne le lire qu’à la fin de l’album).

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L’épisode Napier a rebattu les cartes à Gotham où Bruce Wayne semble plus déterminé que jamais à en finir avec sa double identité en se révélant à la population comme le Dark knight. Mais lorsque le Joker lance sur l’univers du Batman un chasseur mortel et fanatique, Bruce voit son monde s’effondrer et doit remonter aux sources d’un conflit séculaire à Gotham city…

Sean Murphy avait marqué un grand coup avec son White Knight et la suite très tôt annoncée était un sacré pari au vu du risque de s’embourber dans des prolongations commerciales qui risquaient d’affadir la prise de risque originale. La mythologie Batman a grandement évolué ces dernières années, plus que jamais sans doute pour un personnage vieux de quatre-vingt ans tout de même, et Murphy a avec son dernier ouvrage entamé rien de moins qu’une proposition de conclusion de cette histoire…

Napier a fait beaucoup de bien. Mais il m’a détruit pour y arriver…

Batman: Curse of the White Knight (2019) -8- Book EightDisons-le tout de suite ce second volume est un peu en retrait par rapport au précédent, la surprise en moins sans doute. Si la partie graphique reste de haut vol, notamment avec la présence très charismatique du méchant Azrael, variation DC du Punisher, mais surtout par le talent indéniable de l’auteur à croquer des expressions dans les scènes de dialogues (Harley et le Joker sont à ce titre tout à fait charmants!), l’intrigue est moins innovante. En faisant le choix de mettre au cœur de son intrigue l’histoire secrète d’Edmond Wayne et de la fondation de la dynastie Wayne, Murphy alterne les séquences entre le XVII° siècle et aujourd’hui. Cette fondation est intéressante mais l’on ne peut s’empêcher de penser qu’on nous a déjà fait le coup environ un million de fois, ne serait-ce que dans la Cour des Hiboux. Du coup l’auteur se retrouve, un peu pris à son propre piège de courir après les coups de théâtre pour compenser une intrigue secondaire (l’historique) nécessairement lente puisque calée pour se révéler progressivement jusqu’à la conclusion. Et à ce niveau on peut dire qu’on va être servi avec un Sean Murphy qui assume comme dans le précédent tome une radicalité et une liberté de traitement des personnages assez bluffant. Pour le dire clairement, ça saigne dans Curse of the white knight, ça saigne beaucoup et ça ne s’arrête pas! On pourra dire à nouveau que Game of Thrones est passé par là, ça devient la ritournelle dans un monde de l’Entertainment tellement habitué depuis si longtemps à avoir des personnages increvables. Des morts il y en a déjà eu, exceptionnellement, chez DC, mais toujours de façon réversible. Ici on est pourtant suffisamment décroché du canon officiel pour envisager un côté définitif aux décisions scénaristiques de l’auteur. Surtout c’est l’essence même du projet que de déconstruire, détruire le mythe. Ainsi, Jack Napier a révélé les failles du système Batman et cet album vise à achever cette destruction.

J’ai gâché ta vie Dick…

Ce sont ainsi les liens avec le premier volumes qui posent les séquences les plus intéressantes. Si on perd l’aspect politique sulfureux on va plus loin dans l’exploration du batverse et de son questionnement adulte. Le personnage de Harleen est en cela passionnant comme une sorte d’insertion rationnelle dans un monde de fou, ses interventions sont diablement drôles, sexy, fortes. Bruce est abimé comme jamais, affaibli psychologiquement en nous montrant tantôt Barbara, tantôt Nightwing, tantôt Harleen seuls à même de penser la situation. Le doute a été instillé par le Chevalier blanc plus encore dans l’esprit du Chevalier noir que dans celui de la population. L’ouvrage aurait pu s’intituler Batman Apocalypse car nous assistons à la destruction d’un monde et sa renaissance. Projet sacrément audacieux, cohérent et intelligent.https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH551/batman_cotwk_-_01-7cfbe.jpg?1603631934

Difficile de dire si Sean Gordon Murphy aurait dû s’arrêter au White Knight. Il a pris un vrai risque et s’il ne parvient pas à égaler ce désormais mythique album fondateur, il propose une suite sacrément burnée, graphiquement superbe et profondément dépressive (comme tout bon Batman?). Il enfonce un avant-dernier clou dans un univers dont il se propose d’être un magnifique fossoyeur en offrant une courageuse conclusion à tous ceux qui pensent qu’une histoire doit avoir une fin. Des renouvellements de personnages il y en a toujours eu chez les super-héros, Marvel est un spécialiste de cela et personne n’a d’inquiétude sur la possibilité de repartir avec un nouveau personnage. La véritable conclusion de la trilogie doit arriver après que Murphy aura lancé son nouveau projet indé en crowdfunding, avec Beyond the white Knight. Mais Murphy croit à sa fin et moi, je le suis très volontiers.

Le « Murphyverse » prévoit d’autres histoires dans cette chronologie, avec prochainement un album dessiné par Matteo Scalera sur Harley Quinn mais également des ouvrages sur Nightwing et Batgirl annoncés.

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Naomi, #1

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Comic de Brian M. Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell
Urban (2020) – (DC (2019), série en cours.

Dans sa recherche de renouvellement DC a confié au grand manitou Brian Michael Bendis la charge d’une nouvelle collection Wonder Comics qui se destine clairement aux teen/young adults en axant ses histoire sur de jeunes super-héros avec des planches particulièrement colorées. Le troisième et dernier album sorti en France est ce Naomi, dont le volume 1 est intitulé « saison un » en référence aux séries TV. L’album s’ouvre sur une préface de Bendis racontant la genèse du projet (assez pompeux et autocentré comme souvent dans les préfaces de comics) et se termine sur un cahier de recherches graphiques de quatre pages, deux illustrations et une interview assez creuse du dessinateur. Très formaté et sans grand intérêt niveau éditorial.

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Lorsque Superman s’écrase sur la bourgade de Port Oswego dans un affrontement avec Mongul, toute cette petite population tranquille s’en retrouve échauffée. Naomi, elle, découvre à cette occasion que ce n’est pas la première fois qu’un extra-terrestre survient dans ce lieu paisible et que ce qu’elle croyait connaître de son existence est bien différente…

MYSTERY COMICS: NAOMI #1, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal  CampbellEn terminant ma lecture de ce premier tome mon sentiment est ambivalent, entre l’impression d’être tombé dans le piège commercial du lancement très joli d’une nouvelle série calibrée pour son public cible et le réel plaisir graphique d’un personnage réellement neuf (ce n’est pas si fréquent) dans une galaxie DC surchargée. La lecture des préface et post-face confirment le produit très peu artistique d’un producteur qui tel un Mark Millar, va piocher dans le vivier des jeunes prodiges de l’industrie ce qui va caresser les yeux de lecteurs amoureux de graphisme, sans aucun travail de collaboration entre le scénariste et le dessinateur qui œuvre ici comme simple employé.

Une fois cela dit le démarrage de l’album est alléchant et titille la curiosité. Dès la couverture, très réussie, on repère la maitrise formelle inhabituelle de Jamal Campbell avec cet effet de flou et la gestion des informations sur différents plans y compris derrière le quatrième mur. Et dès les premières pages on est accroché par un découpage innovant comme cette alternance de gaufrier en mode témoignage qui rappelle le récent Mister Miracle et le jeu sur les cases dans le repas de famille où le cadre se rétrécit à mesure que Naomi sort de la conversation. De Superman il est question physiquement sur les toutes premières pages de l’histoire puis uniquement en références dans les dialogues, de façon lointaine comme pour le reste de la mythologie DC. Les connaisseurs repèreront sans doute des éléments connus mais pour le grand public il n’est absolument pas handicapant de ne rien connaître à ces univers puisque les explications sur le contexte se font de façon très didactiques et progressives. Il faut reconnaître une maîtrise scénaristique très propre avec une progression à la fois régulière, progressive et sans ces révélations brutales qui deviennent vite lassantes en comics.

Naomi (2019) No.5 - Comics de comiXology: WebEn seulement cent-soixante pages la mise en place psychologique de Naomi, enfant adoptée s’interrogeant sur ses origines, reste assez simple pour permettre de beaux combats et une conclusion dès cette première saison. On pourra trouver cela trop rapide mais force est de constater que l’on en a pour son argent, tant visuellement que dans le déroulé d’une histoire avec un début, une progression et une fin, sans fautes, sans ventre mou. C’est beau, c’est pro.

On pourra noter une expressivité assez limitée de l’héroïne qui découvre des révélations plus incroyables que la survenue de Superman sans beaucoup de réaction mais sur toute la première partie le lecteur est franchement pris par cette jeune fille qui voit se croiser son histoire personnelle de simple humaine adoptée avec celle de l’orphelin le plus célèbre de la Terre et de Krypton sans que l’on sache pendant longtemps si nous assistons simplement à un miroir psychologique du personnage. Comme souvent c’est la petite histoire rencontrant le fantastique qui fait le sel du genre super-héroïque. Par la suite on bascule dans un grand space-opera rappelant les Gardiens de la Galaxie, certes superbe au niveau des design et des dessins en général ce qui ramène Naomi à plus de banalité.

Pour le démarrage d’une nouvelle série et d’un tout nouveau personnage le produit est parfaitement calibré et réussit son office en proposant ce qui se fait de mieux en dessins de comics super-héroïques. Si l’étincelle d’originalité peine à se maintenir une fois la grande révélation sortie, on pourra aisément prendre cette première saison de Naomi comme un one-shot en espérant, sait-on jamais un rebond ambitieux dès le prochain tome.

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Batman au XIX° siècle

Comic de Brian Augustyn, Mike Mignola et Eduardo Barreto
Urban (2009), 114 p. one-shot.
Précédemment publié sous le titre Gotham by gaslight.

Bruce Wayne rentre d’un long voyage en Europe alors que sévissent à Londres les atroces crimes de celui qu’on dénomme déjà Jack l’éventreur. Alors que la vie mondaine commence à ennuyer l’héritier de Gotham, la police dirigée par le commissaire Gordon découvre des cadavres mutilés sur le même modèle que les victimes londoniennes… Bien vite le justicier nocturne de la cité reprends du service, bien décidé à protéger sa ville.

badge numeriqueAprès l’expérimentation d’Azarello et Bermejo sur Luthor j’ai décidé de me lancer dans une autre trouvaille qui remonte un peu, la variation steampunk sur Batman par monsieur Mignola. Sur le papier le paquet semble très alléchant avec un auteur réputé pour son exploration des mythes gothiques et l’idée d’une chasse entre le plus grand détective du monde Batman - Gotham by Gaslight - Mike Mignola, Brian Augustyn, Eduardo Barreto  - cartonné - Achat Livre | fnacet le plus grand assassin de l’histoire. Pour commencer je précise que l’album (assez court) rassemble deux histoires qui si elles ont pour point commun de se situer toutes deux dans une uchronique Gotham du XIX° (uchronique car transposant bien Bruce Wayne à cette époque et non son grand-père…), sont fort différentes tant graphiquement que scénaristiquement. Le principal apport original de ces histoires est de présenter un Wayne que l’on ne voit plus beaucoup dans les albums d’aujourd’hui: dandy, roublard et ravi de son mode de vie. On est bien loin du sombre milliardaire torturé et vaguement sociopathe… La brièveté des deux histoires rend au final cette lecture sympathique mais assez vide, loin d’une ambition supposée. La résolution de l’intrigue est finalement bien vite envoyée, sans enjeu réel sur l’itinéraire du Batman. Le design général ne déborde pas du simple gothique, le seul côté steampunk apparaissant dans la seconde intrigue et son dénouement surprenant. Contre toute attente le plus faible des deux est bien le Mignola même si le dessin du second épisode est sommes toutes vraiment classique et assez éloigné de l’aspect Dark-Knight… Au final cette lecture n’est pas franchement ratée mais bien peu ambitieuse et assez vite oubliée.

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Luthor

Comic de Brian Azzarello, Lee Bermejo et David Stewart+ Jose Villarubia
Urban (2006-2019), 114 p. one-shot.

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Lee Bermejo fait partie de la Top list des dessinateurs virtuoses les plus réputés du circuit et comme beaucoup de membres de cette liste… il a très peu publié. Plus illustrateur de couvertures que de planches intérieures (ce qui est compréhensible au vu de sa technique photo réaliste et de sa colorisation très poussée), il est connu surtout pour son énorme Joker avec son comparse Brian Azzarello. Poussant l’idée de ce dernier sur la Némésis de Superman, le duo propose une analyse psychologique centrée sur un méchant et comme sur Joker, Batman comme superman sont quasi absents de ce one-shot. Nightwing Falling Quotes. QuotesGramSouffrant des mêmes difficultés que toutes les histoires de superman que j’ai lu (hormis Red son et Injustice, et pour cause: Kal El y passe du côté des méchants…), Luthor fait un peu du surplace avec un personnage bien connu pour son idéalisme humain et sa jalousie envers ce Dieu tombé du ciel. Le scénario d’Azzarello ne va pas plus loin que le pitch de départ et si le début (qui a peut-être inspiré Zack Snyder sur Dawn of justice…?) nous accroche avec justement une alliance entre Lex et Bruce qui aurait pu être le cœur de l’intrigue, l’histoire se prolonge avec la classique création d’un super-humain voué à contrer l’homme d’acier. Le scénariste semble ne pas avoir su choisir entre ces différentes directions et sur une relativement courte pagination on passe d’une micro-histoire à une autre. Le dessin de Bermejo est moins poussé, moins inspiré que sur Joker, plus épuré aussi avec une évolution de sa colorisation qui aboutira à son style actuel, photoréaliste très impressionnant vu sur Damned ou sur la cover très alléchante de ce Luthor. Etrangement les séquences les plus efficaces sont celles mettant en action Batman et superman, la vision de ce dernier, très sombre, proche du faciès de Darkseid (le grand méchant de l’univers DC), l’image presque naïve de Luthor nous laissant un peu impliqués.

Inabouti, ce projet semble n’avoir pas su dépasser le concept lancé avec succès sur Joker alors que le personnage focus ne recouvre pas du tout la même psychologie. L’album se lit néanmoins sans ennui, notamment pour profiter des dessins tout de même très agréables. A réserver aux fanas de Bermejo ou de Superman.

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**·Comics

Le Batman qui rit #2: Les infectés

Second volume consacré au personnage crée par Scott Snyder et Greg Capullo. Cet album de 289 pages comprend les épisodes suivants : Batman/Superman #1-5, Black Adam: Year of The Villain #1, The Infected: King Shazam, The Infected: Scarab et The Infected: Deathbringer. Parution le 12/06/20 chez Urban Comics.

Rira bien qui rira le dernier

Récemment, lors de la saga Dark Nights: Metal, Batman a du affronter des versions alternatives de lui-même, représentant tout ce qu’il craignait de devenir: un assassin sans remords, un exécuteur sans pitié, et pour l’un d’entre eux au moins, un irrécupérable psychopathe.

Parmi ces reflets déformés issus du Multivers, on a fait la connaissance du Batman qui rit, sorte d’amalgame impie du Chevalier Noir et de son ennemi le Joker. Retors, pervers et sadique comme a pu l’être le Clown Prince du Crime, redoutablement intelligent, prévoyant et manipulateur comme sait l’être le protecteur de Gotham, le Batman qui rit est l’un des êtres les plus dangereux qui soient.

Ayant survécu à ses dernières péripéties, le Bat-sadique n’a pas regagné sa dimension d’origine. Il s’est terré en préparant la phase suivante de son plan: infecter notre monde avec sa toxine du Joker pour le modeler à son image. Il va ainsi mettre ses machinations en branle et infecter six premiers héros, afin de se servir de ces nouveaux messagers pour répandre l’infection.

Qu’il est agréable de mou-rire !

Batman et Superman, la crème de la crème, auront donc fort à faire contre ce Batman qui rit. Aussi intelligent qu’imprévisible, il va donner du fil à retordre au Meilleur Détective du monde, car ce dernier est trop peu habitué à être confronté à un adversaire de son niveau sur le plan intellectuel. On va donc assister à un jeu du chat et de la (chauve)souris entre les deux Bruce Wayne, ponctué de combats contre ces nouveaux infectés.

Si le récit en lui-même n’est pas déplaisant, il faut en revanche admettre que les interludes, eux, ne représentent pas un intérêt primordial, et sont donc de l’ordre du superflu. Ces interludes vont même jusqu’à casser le rythme de la saga, qui n’est en elle-même pas tout à fait palpitante.

Le personnage du Batman qui rit, intéressant, voire fascinant lors de ses premières apparitions, perd un peu de sa superbe étant donné qu’on en a déjà fait le tour auparavant. Il se banalise donc ici en méchant sadique du type « mouahaha« , même s’il faut lui accorder le mérite de nous démontrer que Batman se révèle finalement être un Joker bien plus dangereux que l’original.

La fin de la saga prend un rythme bien plus soutenu mais déroule l’intrigue bien trop facilement. En bref, le Batman qui rit, personnage emblématique de la saga Metal, s’offre le luxe de la redondance mais ne parvient pas à convaincre complètement. A réserver aux fans de Batman et aux lecteurs des précédents tomes.

***·Comics

Heroes in crisis

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Récit de 224 pages, réunissant les 9 numéros de la série DC Comics Heroes in Crisis, écrite par Tom King et dessinée par Travis Moore, Clay Mann, Lee Weeks, Mitch Gerads et Jorge Fornés. Parution chez Urban Comics le 15/11/2019.

Thérapie de groupe

Dans l’univers DC Comics, les héros costumés font office de parangon de vertu, remparts inébranlables contre l’adversité, défendant le commun des mortels face à un monde dangereux. Mais comment réagiraient les honnêtes gens en découvrant que leurs héros, leurs protecteurs, ploient parfois sous le poids des épreuves et des sacrifices ? Auraient-ils toujours confiance en leurs héros ?

C’est sur ces interrogations que Tom King a construit sa série limitée Heroes in Crisis. Dès le premier numéro, on apprend que les super-héros, à l’initiative de Superman, Batman et Wonder Woman, bénéficient du Sanctuaire, un endroit secret et anonyme où ils peuvent récupérer des blessures physiques et psychologiques subies pendant leurs missions.

Un jour cependant, les choses tournent mal et un massacre est perpétré. De nombreux héros trouvent la mort, alors que deux suspects improbables se dégagent: Booster Gold, héros vantard et inconséquent venu du futur, et Harley Quinn, partenaire pas-si-psychotique du Joker.

L’inconvénient ici, c’est que chacun d’entre eux est persuadé que c’est l’autre le coupable. Mieux encore, ils ont chacun été témoin du massacre commis par le second. Qui a raison: le second couteau dont les trafics temporels ont déjà failli découdre le tissu du réel, ou bien la tendre moitié du pire criminel ayant jamais existé ?

Heroes Dead And Gone

Difficile d’être crédible si l’on qualifie Tom King de manchot. Le monsieur a tout de même dans sa bibliographie des œuvres récompensées telles que la série Miracle Man, The Vision, et a également laissé sa patte sur le Chevalier Noir en personne, après le relaunch de Rebirth.

Heroes in Crisis (2018-2019) No.4 - Comics de comiXology: WebL’auteur semble trouver le sel de son travail dans des ambiances intimistes, laissant la part belle à la psyché parfois torturée des personnages. King semble avoir un don pour se glisser dans la peau de héros même secondaires, afin de faire ressortir leurs fragilités, leurs doutes, leurs peurs.

La série est en effet émaillée de courtes scènes représentant les séances de thérapie de ces héros hésitants, blessés et insécures, loin de l’image imperturbable qu’ils donnent à voir au grand public. Le reste de l’intrigue se consacre à la course contre la montre afin de déterminer le coupable, dans la tradition assez classique du whodunit. Le traitement non-linéaire peut donner un aspect décousu à l’ensemble, surtout si l’on prend en compte les différents shenanigans qui nous expliquent le fin mot de l’histoire, et qui, disons-le, n’ont pas fait grand sens à mes yeux en première lecture.

Hormis cette résolution d’intrigue alambiquée (à cause d’un élément qui relève nécessairement du spoiler), Tom King nous offre une plongée dans l’esprit torturé des héros, une façon élégante de remettre en cause à son tour la figure super-héroïque.

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Wonder Woman: année un

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Comic de Greg Rucka, Nicola Scott, Bilquis Evely, Mirka Andolfo et Romulo Fajardo jr. (coul.).
Urban (2020), collection « le meilleur du comic à 4.90€ »

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Sur l’île de Themyscira vivent depuis la nuit des temps des Amazones, protégées du monde par un voile invisible. Jusqu’à ce qu’un avion s’écrase sur ses rivages, signe que quelque chose a changé dans l’équilibre entre les Dieux de l’Olympe. La fille de la reine, Diana, décide d’accompagner le survivant, Steve Trevor, et de révéler au monde l’existence des dieux et des Amazones…

Enchanté par les sublimes couvertures de la série lors de sa sortie et ravi par ma lecture du Black Magik des mêmes auteurs, j’ai profité de l’opération estivale Urban pour tenter ce Wonder Woman Rebirth. Pas franchement passionné par ce personnage, j’avais trouvé le récent film gentillounet et l’aventure celtique en compagnie de Batman m’avait donné l’impression d’un personnage assez secondaire…

Wonder Woman Rebirth Annual 2 - Comic Book RevolutionSur ce volume trois dessins alternent. La première séquence, très linéaire, reprend grosso modo l’intrigue du film avec un Steve Trevor venant apporter l’amour et la nécessité d’assumer son rôle à une Wonder Woman invincible et naïve. Les planches de Nicola Scott sont superbes et donnent une atmosphère un peu « Riverdale » à ce monde très manichéen. C’est finalement l’intrigue dessinée (plutôt bien) par la brésilienne Bilquis Evely qui intéresse le plus, avec ce personnage d’archéologue boiteuse et de dieux manipulant des humains pour capturer Diana. Comme souvent dans les comics on sent quelques séquences manquantes par moment mais le tout se laisse lire plutôt agréablement, avec quelques séquences à la violence surprenante. La dernière section est totalement hors sol, plaçant Diana à Gotham, assez mal dessinée et sans aucun lien avec le reste, j’ai personnellement fait l’impasse.

Il ressort de cette lecture l’impression d’une lecture estivale, légère, qui ne révolutionne rien et peut franchement s’arrêter là (pour ma part en tout cas). Ce personnage presque aussi puissant que le problématique Superman jouit d’un autre handicap, celui d’introduire des dieux dans un monde DC plutôt SF. Je trouve que le concept n’accroche pas. Surfant sur la vague du film (sorti à la même date), DC utilise WW comme un argument pseudo féministe… en introduisant des protagonistes essentiellement féminins comme ce fameux syndrome des super-héros où les filles se battent uniquement entre elles. Un peu léger comme féminisme. Avec un Greg Rucka plutôt efficace pour bousculer ses personnages, il faudrait attendre une vraie prise de risque sur ce personnage avec une proposition adulte réaliste et sombre. A réserver aux fans de Nicola Scott ou de Wonder Woman.

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Batman: last knight on earth

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Comic de Scott Snyder et Greg Capullo
Urban (2020) – (DC (2019), one-shot.

L’album est paru dans la collection Black label de DC. Il comprend un texte introductif relatant le contexte éditorial dans lequel paraît cette histoire, étrangement découpée en trois livres de neuf chapitres.

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Bruce Wayne se réveille, ligoté dans une chambre blanche. Un étrange docteur au sourire appuyé lui dit qu’il est enfin soigné et sorti de son délire paranoïaque. Toutes ces années il s’est construit une image mentale de vengeur masqué, terré dans une folie que les psy d’Arkham n’étaient jamais parvenu à réduire…

Batman : Last Knight on Earth - BD, informations, cotesCe pitch est génial, et l’album commence franchement bien, nous plongeant immédiatement dans un doute que la publication de ce one-shot dans le black label avait toutes les raisons de confirmer… Hélas! Très clairement le logo noir apposé sur la couverture est absolument non pertinente tant il n’y a aucune différence d’approche entre ce livre et les précédentes productions de Snyder et Capullo. Comme beaucoup j’imagine, j’espérais que les auteurs profiteraient de la spécificité de la collection pour produire leur grand œuvre, un projet adulte chargé de changer notre regard sur le Dark Knight avec une prise de risque sur un récit innovant. L’idée est folle et aurait dû être poussée. Car depuis des années nombre de récits du Batman nous instillent le doute sur sa santé mentale, nombre d’auteurs travaillent sur cette question, celle de l’identité de Wayne, traumatisé, de son double maléfique aux cheveux verts et sur l’aberration de ce bestiaire impossible à Gotham. Ce sous-texte rend les histoires de Batman les plus intéressantes pour les conteurs et pour les lecteurs et récemment Sean Murphy est parvenu à pousser assez loin cette idée. Les premières pages de Last knight on earth nous poussent dans cette direction (avec une superbe couverture comme toujours!), celle d’une réalité réveillée nous expliquant comment Wayne a transformé tel personnel d’Arkham en méchant et sa propre identité idéalisée en Chevalier noir… Mais cela ne dure que quelques pages, avant de retomber dans les délires Dcesques proches de ce que Snyder a créé sur Metal.

Ten Page Preview of Batman: Last Knight On Earth by Scott Snyder ...Rien ne nous est proposé pour lier les deux parties, malgré un récit coupé sur plusieurs temporalités et complexifié sans raison, comme Snyder aime le faire. Rapidement on découvre une dystopie reprenant l’idée d’Old Man Logan, avec un double maléfique de Batman (on commence à connaître…) suite à l’intervention (encore une) de Darkseid. Le fait de voir des versions alternatives et abîmées de Wonder Woman, Superman et d’autres personnages est toujours sympathique et Greg Capullo sait toujours aussi bien produire des planches à la fois lisibles et dynamiques. Mais rapidement l’histoire devient lourde, trop hachée, répétitive et surtout sans explication intéressante. On en ressort avec une grande impression de gâchis et la certitude que Snyder n’est plus capable que de recycler ses formules sans grande créativité, se reposant sur le talent de son comparse… qui ferait bien de refléchir à la suite de sa carrière s’il ne veut pas s’enterrer dans son couple qui n’a plus rien à dire.

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Justice League: la promesse

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Édition française de la mini-série DC Comics écrite et dessinée par Jim Krueger et Alex Ross. 350 pages, parution le 24/06/2020 chez Urban Comics en édition brochée parue pour la collection été à prix spécial.

Un monde meilleur

Depuis sa fondation, la Ligue de Justice a bâti son intervention sur la promesse d’un monde meilleur, à l’abri des machinations de ses plus féroces opposants. Au fil des décennies, ses membres les plus prestigieux ont contré les sombres desseins des tyrans cosmiques désirant asservir la Terre, et se sont montrés à la hauteur de toutes les menaces qui se sont succédées, sans jamais faillir.

Et si, un jour prochain, les justiciers n’étaient pas à la hauteur du défi qui se présente à eux ? Et si en perdant le combat, ils perdaient tout ? Que se passerait-il alors, qui prendrait le relai ?

Dans cette série parue en 2006, Krueger et Ross imaginent que les vilains, les criminels, tiennent la dragée haute aux héros défaillants et unissent leurs forces pour créer un monde meilleur, en débarrassant l’Humanité des maux qui la meurtrissent. Alors que le monde s’interroge sur ce revirement de Lex Luthor et consorts, les membres de la Ligue, non contents d’être discrédités aux yeux du public, sont méthodiquement attaqués et neutralisés en coulisse. Une fois de plus, Superman, Batman, Wonder Woman et tous les autres vont devoir se réinventer afin de contrer cette nouvelle menace.

 

Idéal corrompu

Justice League of America, Issue 10, pl 22 par Alex Ross - Planche ...Les héros étant ce qu’ils sont, ils vont survivre à ces attaques et se regrouper afin d’en déterminer l’origine, et percer à jour les mesquineries de leurs ennemis. Ce sera l’occasion de retrouver des seconds couteaux et des héros de second plan, montrant ainsi que l’union fait la force, même lorsque l’équipe compte Superman dans ses rangs.

Les auteurs de Earth X et de Paradise X nous donnent encore une fois l’occasion de nous interroger sur le statut de héros. Dans un univers empli de surhommes tout-puissants, comment justifier la faim dans le monde, les guerres, les injustices et les maladies ? C’est un angle très intéressant qui a depuis été abordé dans d’autres œuvres, mais qui bénéficie ici de l’excellente écriture de Jim Krueger.

Les dessins d’Alex Ross (et de Doug Braithwaite) sont bien évidemment magnifiques, et donnent à l’ensemble des douze chapitres un aspect grave et grandiloquent, avec des pauses statuesques qui ont fait la réputation du dessinateur.

La réédition de Justice League : la promesse était donc une excellente idée d’Urban Comics, surtout à un prix aussi attractif. Cependant, une telle aubaine précède forcément des inconvénients, aussi je vous conseille de bien inspecter l’exemplaire que vous achèterez, la reliure des pages est assez catastrophique ! Dommage qu’une facture aussi médiocre accompagne un aussi bel ouvrage.

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Dceased

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Comic de Tom Taylor et Trévor Hairsine
Urban (2020) – (DC (2019), one-shot.

L’album est siglé au symbole de Darkseid (Omega), le grand méchant de l’univers DC. Un texte introductif explique la démarche créative de Tom Taylor et Trevor Hairsine. Chacun des six chapitres présente comme d’habitude la couverture original de l’issue et une grosse galerie de vingt-six cover alternatives !! est proposée en fin d’ouvrage. Édition très correcte donc avec une démarche particulière de DC puisque je ne suis pas certain qu’une précédente publication ait vu autant de cover variantes notamment sur l’édition classique qu’Urban propose en quatre versions (Batman, Joker, Wonder Woman et Superman). Une édition spéciale Angoulême a été tirée en quatre autres versions. Étrangement ces huit cover ne sont pas inclues dans la galerie finale.

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Darseid est parvenu à ses fins en résolvant l’équation d’anti-vie… qui se retrouve lâchée sur Terre et propagée via les réseaux informatiques. Coupés de leurs moyens de communication les héros tentent difficilement de contrer l’apocalypse qui menace…

MYSTERY COMICS: DCEASED #1, de Tom Taylor, Trevor Hairsine et ...Toujours méfiant à l’arrivée d’une nouvelle mini-série chez DC, les premiers échos de lecteurs étaient plutôt bons, et le fait que Trevor Hairsine (que j’ai découvert sur Divinity et d’autres titres Valiant) soit sur toute la partie graphique était plutôt bon signe. En commençant ma lecture je n’avais pas repéré que le titre était écrit par Tom Taylor, celui qui me bluffe à chaque épisode depuis que j’ai commencé Injustice! Avec un dessinateur venu du catalogue Valiant, bien moins formaté et plus « adulte » que le Big Two et l’auteur du comic de Super-héros le plus gonflé lu depuis longtemps, il n’est pas surprenant que Dceased soit une bonne claque qui rafraîchit (… si je puis dire en parlant de Zombies…) le genre et surtout l’ambition scénaristique.

Pour ceux qui ne connaissent pas Injustice, le concept est en gros de transposer le choc nécrologique d’un Game of Thrones sur la Justice League. Taylor reprend ce concept avec la propagation du virus à vitesse grand-V en tuant les uns après les autres un certain nombre de héros, sans aucune possibilité de savoir si les plus connus seront épargnés. A la différence de Injustice où la longueur nécessite de préserver certains héros et méchants, ici s’agissant d’un one-shot la liberté est totale. Et je dois dire que le morceau est sacrément gonflé si bien que jusqu’à la dernière page on se demande jusqu’où iront les auteurs…

MYSTERY COMICS: DCEASED #6, de Tom Taylor et Trevor Hairsine avec ...Reprenant les principes très codifiés des histoires de zombies (le rassemblement de survivants dans des îlots après que différentes tentatives aient échoué), Dceased est un peu plus qu’une récréation pour dessinateurs, le jeu de massacre sans lendemains que prévoyait le concept. En dynamitant certaines règles induites par le genre super-héroïque (en gros, on peut faire souffrir les héros mais tout doit être réversible), Taylor donne soudain une ambition nouvelle à son ouvrage… dont la fin vous laissera sonné. L’épisode intercalaire (qui n’est pas dessiné par Hairsine) rassemble un certain nombre de ce qu’il y a de plus foutraque chez DC mais cela permet de laisser un petit espoir… qui arrivera sans doute dans la suite annoncée.

La partie graphique est superbe, tant dans l’encrage, le dessin et les couleurs. L’anglais déjà très bon sur Divinity parvient à rester fidèle aux personnages DC  en donnant par son style une épaisseur aux dessins apocalyptiques. Et il était loin d’être évident de parvenir à ne pas tomber dans la monotonie de villes dévastées, de corps enragés et de sang à tous les étages. De la première à la dernière planche les dessins sont un régal.

Publié sous la forme d’une mini-série, Dceased se prolonge ainsi dès cet été avec le spin-off Unkillable centré sur les méchants. Aux Etats-Unis une véritable saga s’annonce puisque Hope at world’s End  (avec le dessinateur de Descender aux crayons) et la suite véritable du présent volume, Dead planet, ont commencé leurs publications (avec Hairsine toujours aux dessins). Le risque est grand de briser ainsi ce qui fait la force de cet album… gageons que Taylor ait suffisamment de liberté pour ne pas diluer déraisonnablement l’idée magnifique.

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