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Injustice – les dieux sont parmi nous, année 4

Comic de Tom Taylor, Brian Bucchelatto et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 4/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban. En fin de volume un carnet de croquis des personnages et des couvertures d’épisodes.

Attention spoilers!

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badge numeriqueAprès l’année zéro hier, on enchaîne avec le même plaisir sur cette quatrième année de la dictature de Superman… La couverture ne l’annonce pas mais l’avant-dernière année de cet improbable miracle (voir les billets précédents pour un rappel du projet) fait intervenir rien de moins que le panthéon olympien dans le conflit entre Batman et Superman… Je ne sais pas si les irruptions de Zeus, Hera et autres Atlas sont fréquentes dans l’univers DC mais il est certain que si leur intervention était apparue plus tôt on aurait risqué le grand n’importe quoi. Or après trois volumes pleins on est devenus habitués aux petites pilules vertes qui vous transforment n’importe qui en super-héro et aux affrontements WTF de dimension galactique. Taylor a d’ailleurs la grande intelligence de laisser tout le monde mortel dans les limbes, ne nous faisant apparaître les gouvernements sidérés que très rarement. On reste donc entre nous, confortablement, pour assister à des bourre-pif entre superman et Heraklès ou entre Aquaman et Neptune. On passera sur le syncrétisme tout américain qui ne s’embête pas à mélanger les noms latins et grecs des personnages et sur l’échelle de puissance qui nous laisse par moment circonspects à voir les dieux « mineurs » se faire botter le train par Robin ou Huntress..

The Gods Of Olympus (Injustice Gods Among Us) – ComicnewbiesOn sentait monter le rôle de Wonder Woman, prise entre deux feux avec sa fidélité envers son peuple et son père (Zeus pour rappel) et sa place dans l’équipe de Superman. Moralement toujours à peu près lucide, elle reste la seule voix capable de faire entendre raison à Kal-El et on reste tout à fait satisfait quand au traitement réaliste des choix de chacun des personnages dans cette bataille. Batman se trouve en retrait alors que son camp se voit très fortement diminué et soumis aux manigances d’un Luthor dont on ne sait jamais (en « homme le plus intelligent du monde » qu’il est) ce qu’il va manigancer. Les histoires de Superman regorgent de tellement d’attendus qu’on passe les quelques facilités de cette quatrième année pour profiter d’un palier où pour la première fois l’homme de Krypton semble relativement démuni quand à sa capacité à reprendre la main. Le cœur de l’intrigue se passant sur Themyscira (l’île de WW), on peut profiter des très jolis For Those Who Really Want Wonder Woman And Superman To Split Up, Read  Injustice Gods Among Usdessins de l’équipe artistique dans un style antique. Je regretterais juste l’intervention finale de l’inévitable Darkseid et son pendant divin dont je ne cesse constater l’aspect décalé. Un peu moins puissant que l’épisode Green Lantern, cet arc grec a le mérite de préparer un affrontement entre Diana et Clark qui semble inévitable et dantesque de puissance.

On notera que pour la première fois Tom Taylor passe la main à un autre scénariste sur l’essentielle de cette année qui voit (chose remarquable!) grandir Robin qui, devenu quasi-adulte depuis le début du règne de Superman, semble plus déterminé que jamais à écraser Bruce Wayne. Nouvelle illustration de la spécificité de cette saga d’une maîtrise incroyable en parvenant à chaque année à évoquer un aspect de l’immense univers DC sans perdre en cohérence. A l’approche de la conclusion on ne peut qu’être inquiet quand à la conclusion choisie par les auteurs et en même temps confiant quand on voit la solidité de l’entreprise depuis le début. On enchaîne…

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Injustice – année zéro

esat-westComic de Tom Taylor et collectif.
Urban (2021)/2017, 160p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance.

Avant l’incident déclencheur d’Injustice, la Justice League et la Justice Society se retrouvent pour un moment de partage. Lorsque le Prince du crime se retrouve en possession d’un artefact très ancien, un engrenage meurtrier s’enclenche, constituant petit à petit les fondements sur lesquels la dictature de Superman va pouvoir s’installer…

Injustice: Year Zero Reveals the Secret History of This Dark DC Universe -  IGNTom Taylor est décidément un sacré loustic! Alors que je découvre en même temps sa dernière saga Dceased et celle qui l’a révélé, Injustice, je ne cesse de prendre un plaisir que je croyais impossible dans l’univers DC une fois sorti des chefs d’œuvre dédiés au Chevalier noir. Mes tentatives sur JL m’ont toujours laissé de marbre (y compris des events réputés comme Crise d’identité) et les aspects nostalgiques et érudits sur l’Age d’or et d’argent trop étrangers et kitsch). Surtout, l’aspect commercial de nombre d’évènements à rallonge me laisse très sceptique dès que sort un spin-off d’une série à succès. Tout ça pour dire qu’après le ratage de Hope at world’s end je m’attendais à pas grande chose de ce Year zero… Si je vous dis tout ça c’est évidemment par-ce que ce volume me fait mentir de façon magnifique puisque j’ai toujours cru qu’un Catwoman à Rome était une anomalie de réussite (sur Un long Halloween) et qu’un spin-off avait vocation à être au mieux correcte. Or ce préquel, outre de nous passionner sur des personnages crédibles dans leur humanité, de jeter un pont avec le Watchmen que tout le monde connaît mais dont pas grand monde n’a lu les inspirations, de reprendre les codes addictifs de Injustice, pose des bases incroyablement fines et construites permettant de comprendre ce qui nous paraît le plus aberrant dans le dévissage de l’Homme d’Acier!

Sur des planches franchement de très haut niveau du trait aux couleurs (dans un style entre Immonen, Varanda et Hairsine), on suit donc la folie meurtrière du Joker qui décime la SJ en parallèle d’un éloignement de Harley qui va rejoindre sa chérie Poison Ivy. Si les couples homosexuels mis en avant dans le spin off de Dceased m’avaient paru lourdingues et inutiles, les deux présentés ici sont très attendrissants et l’aspect psychologique particulièrement bien présenté. Le premier est un couple de vieux très aimant qui va être mis à mal par les attaques de Mister J, le second nous montre l’itinéraire de Harley dans Injustice et son émancipation de la mainmise psychologique du Joker. On approfondit ainsi la psychologie du personnage le plus intéressant de DC depuis Batman après Harleen et White knight.INJUSTICE: YEAR ZERO Features JLA vs. JSA (Exclusive Preview) - Nerdist

Taylor envoie du pâté en matière de dialogues cash et de morts véritables. Sans se vautrer dans le cracra mais dans une cohérence avec Injustice. Surtout (et en cela il est bien entendu vivement conseillé de lire Année zéro après le premier Injustice) il apporte une sacrée profondeur à l’acte initial du Joker et aux bascules de Kal-El, Wonder Woman et Harley. En Tom Taylor on Twitter: "Batman spars with Wildcat with the Justice League  and JSA watching on. Have you checked out our first chapters of Injustice:  Year Zero yet? @Rogeantonio @rainberedo @jesswchen https://t.co/wpgPbpCIM7…une fluidité épatante le scénariste parvient à lier une grande part du DCverse en nous donnant envie de prolonger chacun des thèmes mis en avant (les nazi, l’Age d’or, Hawkman, la filiation, la tradition, la morale,…). Tout pousserait à une exploitation commerciale de cette efficacité or cette année zéro restera (a priori) respectueuse du lecteur en restant dans le cadre fixé d’expliquer le contexte initial et de donner des racines à un event révolutionnaire qui sonnait jusqu’ici comme un elseworld. Je m’aperçois en écrivant ce billet que Batman Metal aura décidément été plus important que je ne le pensais en créant un exemple de ce que ne devrait pas être le DCverse et que l’on pouvait bien viser un pareil syncrétisme dans une optique bien plus accessible et élégante. Avec un tel Talent on ne peut qu’espérer que Tom Taylor prenne du galon chez DC et qui sait, puisse donner un petit coup de pouce à la re-création du Snyderverse au cinéma…

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Dceased: hope at world’s end

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Comic de Tom Taylor, Renato Guedes, Dustin Nguyen et collectif.
Urban (2021) 176p.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour cette découverte.

L’ouvrage présente les évènements précédents en ouverture, les personnages intervenant et une double page de planches encrées. Tout à fait minimaliste d’autant que la thématique Dceased a fortement inspiré les très talentueux artistes DC…

L’équation d’anti-vie est en train de se répandre à grande vitesse sur Terre et les héros de la Justice League sont démunis. En différents endroits les derniers survivants de l’Apocalypse utilisent leurs pouvoirs pour sauver ce qui peut l’être…

Avec le Harleen de Sejic, Dceased avait été la grosse claque comics de l’an dernier, montrant que malgré les nombreuses abominations que la Distinguée concurrence produit un petit pas de côté permet toujours des miracles. Las, afin de laisser le temps à l’équipe Taylor/Hairsine de réaliser la suite (annoncée pour septembre chez Urban) l’éditeur a lancé deux spin-off: l’un centré sur les méchants (Unkillable) et l’autre que voici, centré sur la JL ou plutôt la Young JL et autres personnages très secondaires du catalogue DC. Avec trois très bons dessinateurs en les personnes de Dustin Nguyen, Renato Guedes et Carmine Di Giandomenico (entre autres) on savait déjà que ce qui s’avère un bouche-trou tout à fait commercial serait graphiquement qualitatif (ce qui permet de maintenir deux Calvin sur cette chronique). Si Guedes propose des personnages un peu figés et perd le côté novateur qu’il avait dernièrement chez Valiant, les autres artistes font un bon job qui permet de ne pas s’ennuyer sur l’aspect purement récréatif.DCeased Hope At World's End #5, cover

Car en matière de surprise et d’intérêt, hormis comme introduction à l’univers des Young Justice que la marque aux deux lettres tente de lancer avec un joli matraquage on peux passer son chemin. Le principal intérêt de ces quelques séquences relativement dissociées est de découvrir des personnages peu connus et notamment les ouvertures politiquement correcte de DC vers la « diversité » avec des couples de héros homo. Pas sur que ce soit un argument de vente suffisant… En outre, comme toujours avec l’alternance des dessinateurs on perd la puissance graphique que la présence de Trevor Hairsine seul permettait sur Dceased. Aucune tension dramatique ici avec un ton volontairement « teen » adopté par Taylor qui assume le public cible. Etrange quand on regarde la couverture, dans la ligne des précédentes très belles réalisations de Francesco Mattina et qui tranche résolument avec les aventures de teen Batman, teen superman, teen WonderWoman, la famille Flash et Krypto le chien Kryptonien… Désolé d’enfoncer le clou, certains accrochent peut-être mais j’avoue qu’après Starro l’étoile de mer sur Batman Metal je coince un peu sur les délires les plus absurdes de DC. En matière de renouvellement on préfèrera le travail de Sean MurphyDCeased – Hope At World's End 002 (2020) | Read All Comics Online For Free

Au final ce qui devait être une rustine dans le calendrier DC reste une rustine et même si je n’ai pas lu Unkillable je gage qu’il vaut mieux choisir soit de lire tout le pack par soucis d’exhaustivité soit de faire l’impasse sur les deux spin-off et profiter de la réedition en intégrale d’Injustice pour profiter d’un vrai bon travail de Tom Taylor.

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Injustice – les dieux sont parmi nous, année 3

Comic de Tom Taylor et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 3/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban

Attention spoilers!

injustice-integrale-annee-trois

badge numeriqueAprès deux années dont une seconde qui introduisait le Green Lantern Corp dans une surenchère jouissive on comprend désormais la structure de la série dans une ambition sidérale qui vise à balayer l’intégralité du corpus DC en parvenant à rendre presque crédibles les agencement théoriquement totalement WTF de personnages. Ainsi cette troisième année laisse un GL corp dévasté, un superman équipé de l’anneau jaune du corps de Sinestro et se concentre sur l’univers magique de DC (esquissé au travers de Zatana) avec un personnage central: le magnifique anti-héro John Constantine!

Injustice - Year 3 #02 | John constantine, Injustice, Comics onlineJe le répète souvent, je ne suis pas un fana de l’univers DC que j’ai toujours trouvé soit kitsch soit trop complexe et foutraque, tout cela trouvant son acmé dans l’archi-bancale Batman Metal. Certains aiment cela mais le principal problème est de ne jamais ouvrir la porte à des lecteurs occasionnels… Et justement, sous un aspect fun en mode What if? Tom Taylor est parvenu avec cet Injustice à l’improbable de rassembler tout le canon DC en le rendant absolument accessible, ce que je ne pensais tout simplement pas impossible jusqu’ici! De la même manière que le très qualitatif Black label en proposant des one-shot déconnectés ouvre une porte vers les lecteurs de franco-belge, cet Injustice a les mêmes vertus que les dynamitages Millardiens de Marvel (je pense à Red son ou Old man Logan) en évacuant le certificat de dcologie du lecteur avant de pouvoir lire l’album. C’est d’autant plus remarquable que le nombre de personnages du DCverse convoqué est très important. Mais leur intégration et surtout la fluidité du récit font que ce qui était bloquant sur Batman Metal passe Nikol crême ici.

Cette année est moins engageante que la précédente en laissant un peu de côté l’aspect gigantesque du combat entre Superman et les Green Lantern mais n’en oublie pas le canon de Georges RR Martin que Taylor a fait sien: exécuter sommairement les personnages à rythme régulier. C’est désormais une technique classique pour maintenir le lecteur en état de sidération permanent et c’est redoutablement efficace! Un poil plus complexe donc avec l’apparition de mondes parallèles, d’enfer, de mondes entre les mondes et autres états non mort/non vivant… tout ceci est lié par le personnage absolument craquant de Constantine qui joue le rôle d’un Deadpool de chez Marvel à force de vannes et de remarques en décalage (j’aime beaucoup le lattage de burnes de batman…). Le comic code authority est fort loin et nous assistons sans censure à des éviscérations, morts diverses (généralement bien brutales et inattendues), langage fleuri, j’en passe et des meilleures. L’humour très présent et très efficace participe également à ce déminage des aspects les plus grossiers de l’opération.

Mister Mxyzptlk And Trigon's Effect On Reality – ComicnewbiesDerrière toute cette action (magique donc) on devine une éventuelle explication à cet énorme craquage de l’homme d’acier qui une fois le Rubicon du meurtre du joker franchi ne semble plus avoir aucune limite morale hormis quand les personnes de Wonder Woman (la femme) et de Shazam (l’enfant) se rappellent à lui. Si la déconstruction des codes DC est jouissive on tique par moment sur ce qu’est devenue  l’éducation de papa et maman Kent malgré le traumatisme vécu par Kal-el et on espère que l’auteur a prévu sa chute. Comme toujours, plus on aime moins on tolère un atterrissage raté. Pour le moment, à mi-série, on reste dans un bon gros kiff que vous invite sincèrement à rejoindre à l’occasion de la ressortie de ces intégrales.

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Wonder Woman: Dead Earth

Récit complet en 176 pages, regroupant les quatre premiers épisodes de la mini-série écrite et dessinée par Daniel Warren Johnson pour le Black Label de DC Comics. Parution en France le 27/11/2020 chez Urban Comics.

After the End

Le Black Label est une collection particulière de DC Comics, qui se concentre sur des récits hors-continuité mettant en scène les personnages les plus populaires de la Distinguée Concurrence. Parmi les plus récentes publications en France, on trouve Batman White Knight, et sa suite, Curse of the White Knight, Batman: Last Knight on Earth, et le très remarqué Harleen.

Cet opus nous amène dans un monde post-apocalyptique. Wonder-Woman, la farouche mais bienveillante princesse amazone, se réveille d’un sommeil long de plusieurs siècles, pour émerger dans les ruines d’un monde ravagé par les radiations. Les quelques survivants doivent lutter pour trouver de l’eau et de la nourriture, et n’évitent qu’à grand peine les Haedras, créatures monstrueuses qui écument les plaines irradiées.

Perturbée par son réveil, Diana n’a plus aucun souvenir des évènements et ses pouvoirs ont grandement décliné. Parviendra-t-elle à survivre suffisamment longtemps pour rassembler les bribes de son passé et faire la lumière sur le grand cataclysme qui a englouti la planète ?

Mad Diana: the Amazon Warrior

Voici donc la célèbre amazone propulsée dans un univers tout à fait millerien, avec son lot de dangers, de microcosmes guerriers hiérarchisés et de monstres cannibales. Le récit de Johnson, que l’on avait déjà vu officier sur du post-apo avec Extremity, nous donne à voir une Diana loin des clichés fanservice auxquels elle est parfois confinée, pour se concentrer sur ce qui fait l’essence du personnage crée autrefois par Marston.

Mue par un amour inconditionnel pour l’engeance humaine contre laquelle on l’a pourtant longtemps mise en garde, et bien que mise face aux échecs cuisants de ces derniers, Diana va voler au secours des survivants et les rassembler sous sa protection. Mais bien évidemment, ce qui était mauvais alors est devenu pire depuis l’apocalypse, ce qui confrontera notre héroïne à des désillusions quant à son sacerdoce.

Les révélations iront bon train à chaque chapitre, levant peu à peu le voile sur une vérité qui ébranlera irrémédiablement notre amazone.

Daniel Warren Johnson réussit un coup de maître en nous servant un récit à la fois amer et plein d’espoir, qui met l’accent sur les qualités intrinsèques de la guerrière amazone tout en la passant à la moulinette. Une petite bombe, expression qui prend tout son sens après lecture de l’album !

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Batman: Curse of the White knight

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Comic de Sean Murphy et Matt Hollingsworth (coul.)
Urban (2020) – DC (2019), One-shot.

Suite directe de White Knight.

Parmi la foultitude de sublimes cover de l’auteur, Urban a choisi quelque chose d’assez banal… Franchement dommage! L’ouvrage s’ouvre sur un résumé de l’épisode précédent et se conclut par un gros cahier comportant les huit cover alternatives, seize planches de l’album crayonnées, six pages de recherches graphiques, cinq illustrations originales et une bio des auteurs. N’en jetez plus! Comme sur le précédent ouvrage c’est très gourmand! A noter qu’une histoire sur Freeze est insérée en intermède avant le chapitre final (… coupant franchement le rythme et sans lien avec l’histoire, je vous conseille clairement de ne le lire qu’à la fin de l’album).

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L’épisode Napier a rebattu les cartes à Gotham où Bruce Wayne semble plus déterminé que jamais à en finir avec sa double identité en se révélant à la population comme le Dark knight. Mais lorsque le Joker lance sur l’univers du Batman un chasseur mortel et fanatique, Bruce voit son monde s’effondrer et doit remonter aux sources d’un conflit séculaire à Gotham city…

Sean Murphy avait marqué un grand coup avec son White Knight et la suite très tôt annoncée était un sacré pari au vu du risque de s’embourber dans des prolongations commerciales qui risquaient d’affadir la prise de risque originale. La mythologie Batman a grandement évolué ces dernières années, plus que jamais sans doute pour un personnage vieux de quatre-vingt ans tout de même, et Murphy a avec son dernier ouvrage entamé rien de moins qu’une proposition de conclusion de cette histoire…

Napier a fait beaucoup de bien. Mais il m’a détruit pour y arriver…

Batman: Curse of the White Knight (2019) -8- Book EightDisons-le tout de suite ce second volume est un peu en retrait par rapport au précédent, la surprise en moins sans doute. Si la partie graphique reste de haut vol, notamment avec la présence très charismatique du méchant Azrael, variation DC du Punisher, mais surtout par le talent indéniable de l’auteur à croquer des expressions dans les scènes de dialogues (Harley et le Joker sont à ce titre tout à fait charmants!), l’intrigue est moins innovante. En faisant le choix de mettre au cœur de son intrigue l’histoire secrète d’Edmond Wayne et de la fondation de la dynastie Wayne, Murphy alterne les séquences entre le XVII° siècle et aujourd’hui. Cette fondation est intéressante mais l’on ne peut s’empêcher de penser qu’on nous a déjà fait le coup environ un million de fois, ne serait-ce que dans la Cour des Hiboux. Du coup l’auteur se retrouve, un peu pris à son propre piège de courir après les coups de théâtre pour compenser une intrigue secondaire (l’historique) nécessairement lente puisque calée pour se révéler progressivement jusqu’à la conclusion. Et à ce niveau on peut dire qu’on va être servi avec un Sean Murphy qui assume comme dans le précédent tome une radicalité et une liberté de traitement des personnages assez bluffant. Pour le dire clairement, ça saigne dans Curse of the white knight, ça saigne beaucoup et ça ne s’arrête pas! On pourra dire à nouveau que Game of Thrones est passé par là, ça devient la ritournelle dans un monde de l’Entertainment tellement habitué depuis si longtemps à avoir des personnages increvables. Des morts il y en a déjà eu, exceptionnellement, chez DC, mais toujours de façon réversible. Ici on est pourtant suffisamment décroché du canon officiel pour envisager un côté définitif aux décisions scénaristiques de l’auteur. Surtout c’est l’essence même du projet que de déconstruire, détruire le mythe. Ainsi, Jack Napier a révélé les failles du système Batman et cet album vise à achever cette destruction.

J’ai gâché ta vie Dick…

Ce sont ainsi les liens avec le premier volumes qui posent les séquences les plus intéressantes. Si on perd l’aspect politique sulfureux on va plus loin dans l’exploration du batverse et de son questionnement adulte. Le personnage de Harleen est en cela passionnant comme une sorte d’insertion rationnelle dans un monde de fou, ses interventions sont diablement drôles, sexy, fortes. Bruce est abimé comme jamais, affaibli psychologiquement en nous montrant tantôt Barbara, tantôt Nightwing, tantôt Harleen seuls à même de penser la situation. Le doute a été instillé par le Chevalier blanc plus encore dans l’esprit du Chevalier noir que dans celui de la population. L’ouvrage aurait pu s’intituler Batman Apocalypse car nous assistons à la destruction d’un monde et sa renaissance. Projet sacrément audacieux, cohérent et intelligent.https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH551/batman_cotwk_-_01-7cfbe.jpg?1603631934

Difficile de dire si Sean Gordon Murphy aurait dû s’arrêter au White Knight. Il a pris un vrai risque et s’il ne parvient pas à égaler ce désormais mythique album fondateur, il propose une suite sacrément burnée, graphiquement superbe et profondément dépressive (comme tout bon Batman?). Il enfonce un avant-dernier clou dans un univers dont il se propose d’être un magnifique fossoyeur en offrant une courageuse conclusion à tous ceux qui pensent qu’une histoire doit avoir une fin. Des renouvellements de personnages il y en a toujours eu chez les super-héros, Marvel est un spécialiste de cela et personne n’a d’inquiétude sur la possibilité de repartir avec un nouveau personnage. La véritable conclusion de la trilogie doit arriver après que Murphy aura lancé son nouveau projet indé en crowdfunding, avec Beyond the white Knight. Mais Murphy croit à sa fin et moi, je le suis très volontiers.

Le « Murphyverse » prévoit d’autres histoires dans cette chronologie, avec prochainement un album dessiné par Matteo Scalera sur Harley Quinn mais également des ouvrages sur Nightwing et Batgirl annoncés.

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Naomi, #1

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Comic de Brian M. Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell
Urban (2020) – (DC (2019), série en cours.

Dans sa recherche de renouvellement DC a confié au grand manitou Brian Michael Bendis la charge d’une nouvelle collection Wonder Comics qui se destine clairement aux teen/young adults en axant ses histoire sur de jeunes super-héros avec des planches particulièrement colorées. Le troisième et dernier album sorti en France est ce Naomi, dont le volume 1 est intitulé « saison un » en référence aux séries TV. L’album s’ouvre sur une préface de Bendis racontant la genèse du projet (assez pompeux et autocentré comme souvent dans les préfaces de comics) et se termine sur un cahier de recherches graphiques de quatre pages, deux illustrations et une interview assez creuse du dessinateur. Très formaté et sans grand intérêt niveau éditorial.

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Lorsque Superman s’écrase sur la bourgade de Port Oswego dans un affrontement avec Mongul, toute cette petite population tranquille s’en retrouve échauffée. Naomi, elle, découvre à cette occasion que ce n’est pas la première fois qu’un extra-terrestre survient dans ce lieu paisible et que ce qu’elle croyait connaître de son existence est bien différente…

MYSTERY COMICS: NAOMI #1, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal  CampbellEn terminant ma lecture de ce premier tome mon sentiment est ambivalent, entre l’impression d’être tombé dans le piège commercial du lancement très joli d’une nouvelle série calibrée pour son public cible et le réel plaisir graphique d’un personnage réellement neuf (ce n’est pas si fréquent) dans une galaxie DC surchargée. La lecture des préface et post-face confirment le produit très peu artistique d’un producteur qui tel un Mark Millar, va piocher dans le vivier des jeunes prodiges de l’industrie ce qui va caresser les yeux de lecteurs amoureux de graphisme, sans aucun travail de collaboration entre le scénariste et le dessinateur qui œuvre ici comme simple employé.

Une fois cela dit le démarrage de l’album est alléchant et titille la curiosité. Dès la couverture, très réussie, on repère la maitrise formelle inhabituelle de Jamal Campbell avec cet effet de flou et la gestion des informations sur différents plans y compris derrière le quatrième mur. Et dès les premières pages on est accroché par un découpage innovant comme cette alternance de gaufrier en mode témoignage qui rappelle le récent Mister Miracle et le jeu sur les cases dans le repas de famille où le cadre se rétrécit à mesure que Naomi sort de la conversation. De Superman il est question physiquement sur les toutes premières pages de l’histoire puis uniquement en références dans les dialogues, de façon lointaine comme pour le reste de la mythologie DC. Les connaisseurs repèreront sans doute des éléments connus mais pour le grand public il n’est absolument pas handicapant de ne rien connaître à ces univers puisque les explications sur le contexte se font de façon très didactiques et progressives. Il faut reconnaître une maîtrise scénaristique très propre avec une progression à la fois régulière, progressive et sans ces révélations brutales qui deviennent vite lassantes en comics.

Naomi (2019) No.5 - Comics de comiXology: WebEn seulement cent-soixante pages la mise en place psychologique de Naomi, enfant adoptée s’interrogeant sur ses origines, reste assez simple pour permettre de beaux combats et une conclusion dès cette première saison. On pourra trouver cela trop rapide mais force est de constater que l’on en a pour son argent, tant visuellement que dans le déroulé d’une histoire avec un début, une progression et une fin, sans fautes, sans ventre mou. C’est beau, c’est pro.

On pourra noter une expressivité assez limitée de l’héroïne qui découvre des révélations plus incroyables que la survenue de Superman sans beaucoup de réaction mais sur toute la première partie le lecteur est franchement pris par cette jeune fille qui voit se croiser son histoire personnelle de simple humaine adoptée avec celle de l’orphelin le plus célèbre de la Terre et de Krypton sans que l’on sache pendant longtemps si nous assistons simplement à un miroir psychologique du personnage. Comme souvent c’est la petite histoire rencontrant le fantastique qui fait le sel du genre super-héroïque. Par la suite on bascule dans un grand space-opera rappelant les Gardiens de la Galaxie, certes superbe au niveau des design et des dessins en général ce qui ramène Naomi à plus de banalité.

Pour le démarrage d’une nouvelle série et d’un tout nouveau personnage le produit est parfaitement calibré et réussit son office en proposant ce qui se fait de mieux en dessins de comics super-héroïques. Si l’étincelle d’originalité peine à se maintenir une fois la grande révélation sortie, on pourra aisément prendre cette première saison de Naomi comme un one-shot en espérant, sait-on jamais un rebond ambitieux dès le prochain tome.

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Batman au XIX° siècle

Comic de Brian Augustyn, Mike Mignola et Eduardo Barreto
Urban (2009), 114 p. one-shot.
Précédemment publié sous le titre Gotham by gaslight.

Bruce Wayne rentre d’un long voyage en Europe alors que sévissent à Londres les atroces crimes de celui qu’on dénomme déjà Jack l’éventreur. Alors que la vie mondaine commence à ennuyer l’héritier de Gotham, la police dirigée par le commissaire Gordon découvre des cadavres mutilés sur le même modèle que les victimes londoniennes… Bien vite le justicier nocturne de la cité reprends du service, bien décidé à protéger sa ville.

badge numeriqueAprès l’expérimentation d’Azarello et Bermejo sur Luthor j’ai décidé de me lancer dans une autre trouvaille qui remonte un peu, la variation steampunk sur Batman par monsieur Mignola. Sur le papier le paquet semble très alléchant avec un auteur réputé pour son exploration des mythes gothiques et l’idée d’une chasse entre le plus grand détective du monde Batman - Gotham by Gaslight - Mike Mignola, Brian Augustyn, Eduardo Barreto  - cartonné - Achat Livre | fnacet le plus grand assassin de l’histoire. Pour commencer je précise que l’album (assez court) rassemble deux histoires qui si elles ont pour point commun de se situer toutes deux dans une uchronique Gotham du XIX° (uchronique car transposant bien Bruce Wayne à cette époque et non son grand-père…), sont fort différentes tant graphiquement que scénaristiquement. Le principal apport original de ces histoires est de présenter un Wayne que l’on ne voit plus beaucoup dans les albums d’aujourd’hui: dandy, roublard et ravi de son mode de vie. On est bien loin du sombre milliardaire torturé et vaguement sociopathe… La brièveté des deux histoires rend au final cette lecture sympathique mais assez vide, loin d’une ambition supposée. La résolution de l’intrigue est finalement bien vite envoyée, sans enjeu réel sur l’itinéraire du Batman. Le design général ne déborde pas du simple gothique, le seul côté steampunk apparaissant dans la seconde intrigue et son dénouement surprenant. Contre toute attente le plus faible des deux est bien le Mignola même si le dessin du second épisode est sommes toutes vraiment classique et assez éloigné de l’aspect Dark-Knight… Au final cette lecture n’est pas franchement ratée mais bien peu ambitieuse et assez vite oubliée.

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Luthor

Comic de Brian Azzarello, Lee Bermejo et David Stewart+ Jose Villarubia
Urban (2006-2019), 114 p. one-shot.

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Lee Bermejo fait partie de la Top list des dessinateurs virtuoses les plus réputés du circuit et comme beaucoup de membres de cette liste… il a très peu publié. Plus illustrateur de couvertures que de planches intérieures (ce qui est compréhensible au vu de sa technique photo réaliste et de sa colorisation très poussée), il est connu surtout pour son énorme Joker avec son comparse Brian Azzarello. Poussant l’idée de ce dernier sur la Némésis de Superman, le duo propose une analyse psychologique centrée sur un méchant et comme sur Joker, Batman comme superman sont quasi absents de ce one-shot. Nightwing Falling Quotes. QuotesGramSouffrant des mêmes difficultés que toutes les histoires de superman que j’ai lu (hormis Red son et Injustice, et pour cause: Kal El y passe du côté des méchants…), Luthor fait un peu du surplace avec un personnage bien connu pour son idéalisme humain et sa jalousie envers ce Dieu tombé du ciel. Le scénario d’Azzarello ne va pas plus loin que le pitch de départ et si le début (qui a peut-être inspiré Zack Snyder sur Dawn of justice…?) nous accroche avec justement une alliance entre Lex et Bruce qui aurait pu être le cœur de l’intrigue, l’histoire se prolonge avec la classique création d’un super-humain voué à contrer l’homme d’acier. Le scénariste semble ne pas avoir su choisir entre ces différentes directions et sur une relativement courte pagination on passe d’une micro-histoire à une autre. Le dessin de Bermejo est moins poussé, moins inspiré que sur Joker, plus épuré aussi avec une évolution de sa colorisation qui aboutira à son style actuel, photoréaliste très impressionnant vu sur Damned ou sur la cover très alléchante de ce Luthor. Etrangement les séquences les plus efficaces sont celles mettant en action Batman et superman, la vision de ce dernier, très sombre, proche du faciès de Darkseid (le grand méchant de l’univers DC), l’image presque naïve de Luthor nous laissant un peu impliqués.

Inabouti, ce projet semble n’avoir pas su dépasser le concept lancé avec succès sur Joker alors que le personnage focus ne recouvre pas du tout la même psychologie. L’album se lit néanmoins sans ennui, notamment pour profiter des dessins tout de même très agréables. A réserver aux fanas de Bermejo ou de Superman.

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**·Comics

Le Batman qui rit #2: Les infectés

Second volume consacré au personnage crée par Scott Snyder et Greg Capullo. Cet album de 289 pages comprend les épisodes suivants : Batman/Superman #1-5, Black Adam: Year of The Villain #1, The Infected: King Shazam, The Infected: Scarab et The Infected: Deathbringer. Parution le 12/06/20 chez Urban Comics.

Rira bien qui rira le dernier

Récemment, lors de la saga Dark Nights: Metal, Batman a du affronter des versions alternatives de lui-même, représentant tout ce qu’il craignait de devenir: un assassin sans remords, un exécuteur sans pitié, et pour l’un d’entre eux au moins, un irrécupérable psychopathe.

Parmi ces reflets déformés issus du Multivers, on a fait la connaissance du Batman qui rit, sorte d’amalgame impie du Chevalier Noir et de son ennemi le Joker. Retors, pervers et sadique comme a pu l’être le Clown Prince du Crime, redoutablement intelligent, prévoyant et manipulateur comme sait l’être le protecteur de Gotham, le Batman qui rit est l’un des êtres les plus dangereux qui soient.

Ayant survécu à ses dernières péripéties, le Bat-sadique n’a pas regagné sa dimension d’origine. Il s’est terré en préparant la phase suivante de son plan: infecter notre monde avec sa toxine du Joker pour le modeler à son image. Il va ainsi mettre ses machinations en branle et infecter six premiers héros, afin de se servir de ces nouveaux messagers pour répandre l’infection.

Qu’il est agréable de mou-rire !

Batman et Superman, la crème de la crème, auront donc fort à faire contre ce Batman qui rit. Aussi intelligent qu’imprévisible, il va donner du fil à retordre au Meilleur Détective du monde, car ce dernier est trop peu habitué à être confronté à un adversaire de son niveau sur le plan intellectuel. On va donc assister à un jeu du chat et de la (chauve)souris entre les deux Bruce Wayne, ponctué de combats contre ces nouveaux infectés.

Si le récit en lui-même n’est pas déplaisant, il faut en revanche admettre que les interludes, eux, ne représentent pas un intérêt primordial, et sont donc de l’ordre du superflu. Ces interludes vont même jusqu’à casser le rythme de la saga, qui n’est en elle-même pas tout à fait palpitante.

Le personnage du Batman qui rit, intéressant, voire fascinant lors de ses premières apparitions, perd un peu de sa superbe étant donné qu’on en a déjà fait le tour auparavant. Il se banalise donc ici en méchant sadique du type « mouahaha« , même s’il faut lui accorder le mérite de nous démontrer que Batman se révèle finalement être un Joker bien plus dangereux que l’original.

La fin de la saga prend un rythme bien plus soutenu mais déroule l’intrigue bien trop facilement. En bref, le Batman qui rit, personnage emblématique de la saga Metal, s’offre le luxe de la redondance mais ne parvient pas à convaincre complètement. A réserver aux fans de Batman et aux lecteurs des précédents tomes.