Comics·East & West·Nouveau !

Batman Metal #1

esat-westComic collectif
Urban (2018) – DC (2017), 232 p. vol 1/3.

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L’édition Urban est un peu étrange, et pour cause, Métal étant l’aboutissement des Rebirth de l’éditeur, il est particulièrement ardu d’aider la lecture tant le nombre d’éléments et de publications aboutissant à Métal sont nombreux. Du coup on nous propose une double page introductive avec quelques-uns des personnages qui interviennent dans le volume et un résumé de l’histoire éditoriale des « Crises » de DC eu le principe du Multivers. Cela a le mérite de donner quelques bases pour les nouveaux venus ou ceux qui ne passent pas leur vie à ne lire que du DC, mais c’est insuffisant pour aider la lecture. Du coup je conseille de lire les pages situées en fin de volume avant la BD. Côté maquette c’est classique (j’apprécie la rapidité de la sortie de la version française), avec une jolie couverture de Greg Capullo correspondant au premier volume US de Métal… pas l’illustration la plus belle de cette saga mais ca reste très bon. L’album comprend les épisodes des différentes publications: Dark Days: la forge #, Dark days: le casting ,#1, Metal #1 et 2, puis des épisodes de Teen titans, Nightwing, Suicide squad et Green Arrow. Cela aura une importance comme je vais l’expliquer…

Depuis des siècles Hawkman enquête sur un étrange métal qui serait lié à la naissance des héros. Batman lui-même semble avoir découvert des éléments suffisamment graves pour qu’il les cache à la Ligue de Justice. Le journal d’Hawkman semble indiquer que depuis la nuit des temps une des tribus humaines primordiales est liée aux chauves-souris et à un démon caché dans un Multivers noir. Soudain le monde bascule…

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Metal est présenté comme l’événement majeur (… comme tous les six mois chez les Marvel/DC?) de ces dernières années, au même titre que le Doomsday Clock. Après la lecture de ce premier volume (Urban va publier rapidement la suite, le second volume étant sorti, le dernier paraissant en novembre) je peux dire que c’est à la fois vrai et faux, sans doute du fait de l’agencement choisi par l’éditeur français. Dans ce volume il y a en effet une première partie assez monumentale et complexe, constituée du prologue et des deux premiers épisodes de Dark Knights Metal (je signale le pluriel dans le titre de la VO, qui a une raison…). On nous propose de découvrir via l’enquête mystérieuse du Batman, ce qui pourrait être à l’origine de tout, des univers DC, de Batman, des super-héros! L’impression que tout se tient et que les scénaristes ont préparé cet événement depuis des années, depuis la Cour des Hiboux notamment est assez impressionnante! Il est toujours très plaisant de trouver une cohérence dans un univers imaginaire, surtout dans les mondes de super-héros qui nous ont habitués à des tombereaux d’incohérences et de Deus ex machina fastoches. En outre les auteurs font un réel effort de pédagogie pour ne pas perde les non spécialistes. Cette alliance d’enquête (pour la forme), de cohérence d’univers et d’un design vraiment fort donne beaucoup de points à ce Métal et donne vraiment envie de continuer la lecture (ce qui est rarement le cas pour moi dans les BD Marvel/DC je le précise).

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Après le deuxième épisode de Dark Knights: Metal… on tombe malheureusement dans du « porte-monstre-trésor » avec l’avancée des Teen Titant et de la Suicide Squad dans un Gotham transformé et se confrontant aux méchants de l’univers Batman… alors que celui-ci a disparu. Graphiquement ça c’est plus que correcte, c’est drôle par moment, mais ça manque terriblement d’ampleur. J’imagine qu’Urban était un peu obligé de présenter ces épisodes dans la trame général du run mais c’est vrai que ça fait un peu remplissage et très franchement l’album aurait pu s’arrêter après les quatre premiers épisodes. A voir sur l’ensemble si cet agencement était vraiment nécessaire.

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La partie graphique est en revanche de très haut niveau et je peux dire que sur les huit dessinateurs aucun ne peine à la tâche. Les design et thématiques visuelles liées à l’apparition des créatures du Multivers noir et globalement le design des anti-batman créés par Capullo sont l’une des grosses réussites de ces dernières années en matière de héros DC et l’on a un certain nombre de planches vraiment très graphiques, comme les américains savent les faire.

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On a bien quelques idées visuelles totalement WTF (le robot à la mode Power-Rangers du début!!!), mais c’est assez vite oublié… pour peu que la suite de l’intrigue assume le côté sombre, cauchemardesque et révolutionnaire de l’univers DC. J’avoue qu’avec la White Knight de Sean Murphy (… je dois en parler à chaque billet Comics, non? 🙂 ) les visuels postés à grand renfort de teasing par Snyder et Capullo sur Metal avaient créé une très grosse envie chez moi… cette envie graphique s’est transformée en envie scénaristique tant les concepts développés sont intéressants et novateurs (au niveau de ma connaissance très limitée de cette histoire éditoriale). Pour moi l’essai est en passe d’être transformé… en fonction des deux volumes à venir.
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Batman: The dark prince charming #2

East and west

Comic de Marini
Dargaud/DC (2018),  66 p.; vol 2/2

couv_333529Sur le premier volume sorti paru il y a peu j’avais été quelque peu mitigé, un peu agacé par la com’ gargantuesque de Dargaud sur l’événement et par le caractère introductif du volume. Après la lecture de ce second tome qui clôt très joliment l’histoire, des confirmations et une information. Niveau fabrication, hormis une chouette couverture et une élégante maquette, on a le minimum syndical; un carnet comme sur le tome 1 n’aurait pas été un luxe.

La petite Alina  a été enlevée par le Joker, qui l’utilise pour faire chanter Bruce Wayne. Le « prince charmant fou » souhaite offrir à sa dulcinée Harley Quinn le plus gros diamant du monde. Mais pendant que le Joker se débat avec ses contradictions, le Chevalier noir mène l’enquête…

Je reconnais que je me suis trompé! L’impression mitigée sur le premier volume était bien due au découpage et confirme que l’éditeur aurait été inspiré de ne publier le volume qu’une fois clôture (surtout que la parution des deux tomes est très rapprochée). L’affaire est donc réglée puisque plus personne n’aura a attendre entre deux albums et je gage que Dargaud sortira à noël une intégrale joliment augmentée.

Cet album est, me semble-t’il, encore plus axé sur le Joker que le premier et donne lieu à un humour noir très réussi, notamment dans la relation entre le clown, la gamine et Harley. C’est bien là l’innovation de ce titre qui introduit une lignée à un Bruce Wayne habituellement considéré comme incapable d’enfanter et d’avoir une vie relationnelle. Même si c’est par accident, on nous montre néanmoins le passé du jeune Bruce (ainsi que celui du Joker… ce qui est assez rare dans l’ensemble de l’édition Batman…) et ce qui aurait pu lui désigner une autre vie. Les scènes intimistes sont nombreuses et permettent de développer une psychologie complexe à un joker finalement pas si monstrueux que cela. Si la violence et le caractère adulte de « Dark prince charming » sont présents, Marini ne suit cependant pas les traces du tandem Snyder/Capullo (l’une des plus impressionnante variation mais aussi très noire). Comme je l’avais noté sur le premier volume, la filiation visuelle avec la trilogie de Christopher Nolan est cependant dommage (outre que je n’ai pas accroché avec cette esthétique réaliste) car elle perd l’originalité que l’on aurait attendu de l’artiste italien, qui semble néanmoins avoir pris un énorme pied à s’immiscer dans le monde du Detective. Néanmoins quel plaisir de voir un Gotham redevenu gothique et l’ombre de la chauve souris fondre sur les truands!

image Ce second tome donne lieu à quelques séquences remarquables, comme ce récital au piano du Joker dans une usine désaffectée montrant la bêtise de sa jolie copine, une citation de « singing in the rain » ou ce tordant face à face entre un Joker grimé en drag-queen et un Bruce Wayne bourru au possible. Comme souvent dans les histoires de Batman c’est donc encore une fois le Joker le clou du spectacle. L’auteur jour d’ailleurs très subtilement sur un quiproquo attendu concernant le titre: le Sombre prince charmant n’est pas forcément celui que l’on crois, notamment via une ultime pirouette vraiment réussie.

Niveau action, Marini sort la grosse artillerie et maîtrise toujours aussi superbement son cadrage, son découpage, son rythme. Il parvient ainsi sur son double album à rendre aussi intéressantes les scènes de dialogues entre personnages, les panoramas nocturnes, les clowneries du Joker et les séquences testosteronées. DPC2.jpgJe pointerais juste une petite déception sur Catwoman, toujours aussi garce mais un peu délaissée. Il est vrai que sur une telle pagination il est compliqué de donner toute leur place à tous les personnage du panthéon batmanien et Marini semble avoir jeté son dévolu plutôt sur Harley Quinn (… logique vu que le focus va plus sur le Joker que sur le héros!).

Cette aventure à Gotham d’Enrico Marini lui aura permis de se faire plaisir autant qu’à nous et de proposer aux novices en matière de super-héros une introduction franco-belge qui pourrait être le sas idéal pour pénétrer le monde des comics. Parvenant à respecter les codes de l’univers Batman sans trahir sa technique, Marini réussit haut la main la transposition. A se demander s’il est capable de rater quelque chose…

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Et une intéressante interview de Marini chez Branchés culture et la critique de l’atelier du comics.

 

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Le badge

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Comic de Tom King, Joshua Williamson, Jay Fabok et Howard Porter
Urban (2018) ed. US DC 2017, 112p. One-shot.

couv_330211Le Badge est un  crossover entre Batman et Flash inscrit dans le reboot « Rebirth » de l’univers DC, et introduction à l' »Event » Doomsday clock annoncé depuis longtemps et qui verra se croiser les univers des héros DC et de Watchmen. L’album comprend les 4 épisodes parus aux Etats-Unis issus des séries Batman et Flash. Une double page en introduction contextualise l’album dans le contexte DC Rebirth initié par Flashpoint qui voit les incidences d’un voyage temporel de Flash bouleverser la temporalité des héros DC. L’album comprend les magnifiques couvertures alternatives ainsi que les premières pages (noir et blanc) de Doomsday Clock, faisant la jointure avec Watchmen.

Batman découvre un pins en forme de smiley dans sa Batcave. Qui l’a apporté sans que ses systèmes le repèrent? La présence de ce simple smiley va avoir des conséquences que ni lui ni Flash ne mesurent…

Résultat de recherche d'images pour "batman button fabok"Peu disponible pour suivre l’ensemble des Event et Reboot des éditeurs de comics je n’avais pas prévu de lire cet album malgré une grosse communication et une couverture vraiment réussie. Ouvrant l’album, les dessins vraiment chouettes  de James Fabok et Howard Porter et un découpage inspiré m’ont convaincu d’acheter ce petit album (environ 80 planches de BD) annoncé comme un one-shot (c’est le cas).

Il y a deux albums dans « Le Badge » qui vous satisferont ou non selon le public que vous êtes. Soyons clair: cet album est le simple teaser de la série à venir et impliquant que vous achetiez Doomsday Clock mais aussi en toute logique que vous ayez suivi l’intrigue depuis Flashpoint. Les Comics sont avant tout une industrie (à la différence de la BD européenne) et l’enjeu commercial derrière l’opération est évident. Ainsi bien qu’il s’agisse d’un one-shot l’intrigue nécessite (même si c’est expliqué en début de volume) de connaître les événements de Flashpoint ; de même que la fin qui n’en est pas une débouche sur la lecture de Doomsday Clock. Voilà pour le côté désagréable.

Néanmoins, Le Badge est un bel album, cohérent, intéressant et titillant l’envie de lire d’autres albums. Surtout, il respecte le lecteur novice qui pourra profiter de l’histoire avec ses qualités propres, qu’il soit thésard en univers DC ou débutant dans les héros en slip. Résultat de recherche d'images pour "batman button howard porter"Je le dis avec d’autant plus de franchise que je suis de loin l’univers des comics non par désintérêt des héros (j’adore ces mythologies) mais par rejet des démarches éditoriales qui couvent ces publications et que l’unicité d’un tel one-shot est assez rare il me semble. Ainsi le simple fait que les dessinateurs (je ne connaissais pas Fabok que je trouve vraiment très bon!) soient seulement deux sur tout l’album, de très bonne qualité et d’un trait pas trop éloigné, donne un vrai intérêt graphique qui justifie à lui seul la lecture du comic. Idem pour le découpage, qui me semble emprunter pour les premières planches à Watchemen (les cases en damier) et montre une vraie volonté artistique. La rencontre entre Batman et Nega-flash est à ce titre vraiment un très bon moment de BD. Enfin, les thématiques de paradoxe temporel et d’univers parallèles sont très alléchantes même si la pagination permet plus de mettre l’eau aux babines que de décrire réellement cet univers. Du coup vous êtes bons pour vous lire Flashpoint… La poursuite de la lecture n’a a mon sens de valeur que si vous avez apprécié Watchmen, le croisement de ces deux univers étant suffisamment improbable donc intriguant pour donner envie de le lire. Les graphismes des premières pages ne poussent pas à un grand optimisme mais gageons qu’une belle mise en couleur améliorera cela.

Disons pour finir que Le badge n’est pas l’arnaque annoncée par certains mais s’appréciera surtout pour ce qu’il est: une courte séquences joliment dessinée dans l’univers de deux des plus intéressants personnages de DC.

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Cinéma·Comics

Visionnage: Justice League

Bon ben voilà c’est fait j’ai vu Justice League de Zack Snyder Joss Whedon (ah bon?)… et ce n’est pas la catastrophe annoncée… mais vraiment pas un chef d’œuvre non plus… Pour ne pas tomber très vite dans le Fan-Shoot et de façon un peu moins passionnelle que ma réaction après le suicide Star Wars 8 (je suis pas vraiment un geek du DC univers), je vais revenir à mes attentes, à ce que j’ai vu et surtout à ce qu’aurait pu être ce Justice League qui n’est néanmoins pas plus honteux que les Gardiens de la Galaxie ou Thor Ragnarok (comme quoi les goûts et les couleurs…).

J’ai découvert Zack Snyder sur son premier long métrage, l’Aube des morts (tiens, Dawn of the Dead… puis quelques années plus tard Dawn of justice! c’est rigolo) que j’avais beaucoup aimé pour sa grande fraîcheur visuelle et thématique. Son 300 fut une énorme claque graphique qui permit Sin City et bien d’autres expérimentations visuelles; puis Watchmen… comment dire… La BD réputée inadaptable sur laquelle sont passés tous les plus grands, adaptée avec quelle maestria… Bref, je ne vais pas refaire sa filmo mais c’est un quasi sans faute depuis le début. Son entrée dans la Ligue de Justice (Man of Steel) fut l’un des meilleurs films de superman, doté notamment d’une introduction très forte, l’un des meilleurs films de super-héros et l’un des meilleurs Snyder. Les réticences du public portent selon moi surtout sur la grande faute d’avoir commis une fabuleuse bande-annonce qui laissait envisager le Man of steel définitif et qui pour une raison que j’ignore (le studio? non? vous êtes surs?…) s’est résumée aux premières minutes sur Terre (le Clark itinérant). Il reste que l’équilibre du film est assez impressionnant et débouche sur le Dawn of justice que l’histoire réhabilitera, j’en suis sur. Pour être clair (ça devient habituel à Hollywood), je ne parle que de la version longue, la seule légitime qui me confirme (le studio? non? vous êtes surs?…) que les producteurs sont les tragiques responsables de tous les déboires des films DC depuis pas mal d’années. La version ciné m’avait bien plu malgré quelques grincements. La version longue résout la quasi totalité des problèmes du film diffusé en salle et confirme être la seule version du réalisateur. La principale faute de goût étant le ridicule personnage créé par Jesse Eisenberg pour Lex Luthor. Le choix de l’acteur fut-il celui du réalisateur? Nul ne le saura sans doute jamais, mais toujours est-il que son absence du film Justice League est peut-être une indication de la prise de conscience qu’il valait mieux l’écarter.

Résultat de recherche d'images pour "justice league movie trailer"Tout ça pour dire que quand on connait un peu la filmo et globalement la démarche artistique de Zack Snyder jusqu’ici, il devient évident après visionnage du film que nous avons réellement affaire à un Frankenstein monté par (le studio? non? vous êtes surs?…)… Je ne tirerais pas sur Joss Whedon qui a lui-même subi les affres des producteurs sur son Avengers 2 et qui apporte une démarche Buddy-movie qui aurait pu fonctionner… si elle n’avait pas été l’antithèse de l’univers de Snyder. Dawn of Justice a été critiqué pour son aspect torturé, lourd, sombre, appuyé par une musique en acier trempé… et bien moi je trouve que c’est pertinent et l’introduction de Justice League qui retrouve la fulgurance de Watchmen et se paie le luxe d’introduire un message politique dans un Pop-corn Super-heroes movie confirme que c’est sans doute vers cela que voulait aller Snyder. De même comment ne pas voir une totale schizophrénie entre les premières séquences de Flash, en prison (le réalisme, le social, la famille-background) et le reste du film avec un personnage débile qui est là pour assumer le rôle de Jar-Jar Binks? (oups, j’atteins un point Godwin là je crois…)? Par moment ainsi nous avons des héros sombres (les passages de Wonder Woman à propos de son amour perdu, les rares séquences d’Aquaman parlant de sa famille,…). Surtout, la résurrection de Superman semble bien être celle de Snyder et reste un des moments forts du film. Sa disparition totale du film ensuite jusqu’à la séquence finale est incohérente et l’on peut imaginer que Snyder avait plutôt prévu un épisode « noir » à superman…

Image associéeTout ce que l’on peut lire sur le net avec une libération progressive de la parole (Snyder aurait en fait bien été viré) confirme que le studio est le seul et unique responsable de la gestion catastrophique de l’univers cinématographique DC. Quand Marvel a mis quatre ans (avec des films Phase I très moyens) avant d’accoucher Avengers, DC a marché au forceps, contraignant des artistes avec des cahiers des charges changeants, sans vision, hésitant sur le ton à donner face au concurrent. Malgré cette supervision des producteurs Man of Steel et Dawn of Justice portent une certaine cohérence (le ton sombre, le lien entre héros et société). Justice League n’a pas cette complexité et l’on ne peut imaginer que Snyder ait choisi lui-même de couper ce qui fait la maturité de ses films de super-héros depuis Watchmen. Le film que l’on a vu est donc un simple film d’action dans la moyenne de ce qui se fait, pas honteux malgré quelques travers un peu ridicules (comment peut-on clôturer un film de façon aussi médiocre? Ah oui Star Wars 8 j’oubliais…)? Finalement ce sont les séquences Snyderesques qui font le plus mal en nous laissant imaginer ce que cela aurait pu être. Et que l’on ne verra sans doute jamais.

Résultat de recherche d'images pour "justice league movie trailer"Comme Disney a suicidé la saga Star Wars, DC a suicidé définitivement son univers cinématographique qui ne pourra désormais plus exister que sous forme de one-shot, via le Batman notamment. C’est dommage car je n’avait jamais cru à la pertinence d’un tel film mais progressivement un certain Zack Snyder m’avait fait miroiter quelque chose d’assez incroyable. Encore une fois la mesquinerie des financiers aura eu raison de la créativité artistique. Triste.

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Justice League: crise d’identité

East and west

Comic de Brad Meltzer et Rags Morales
Urban (2013) – US DC (2005).

NB: les illustrations trouvées pour ce billet sont d’assez mauvaise qualité et reflètent mal l’étalonnage des couleurs de l’album.

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Comme d’habitude chez Urban, très gros boulot éditorial qui justifie les tarifs parfois un peu chers. L’unité de la ligne graphique (tranches noires avec le logo de la série/personnage) plait beaucoup aux amateurs de comics. Il y a donc l’ensemble des superbes couvertures originales faites par le regretté Michael Turner, un textes introductif à la continuité et aux personnages DC (… pas suffisant malheureusement étant donnée la complexité du DCverse), la fiche technique de chaque fascicule, trois histoires annexes en fin d’album (très très old school, perso je passe mon chemin) et une grosse analyse de l’histoire par les auteurs eux-même. Chez DC ces documents complémentaires sont totalement indispensables pour tout lecteur non habitué. On aimerait parfois en avoir autant dans les intégrales de BD franco-belge.

La femme d’Extensiman a été atrocement assassinée. La famille de la Justice League est en deuil. Mais ce n’est que le début: un mystérieux tueur qui déjoue tous les systèmes de sécurité s’attaque aux proches des héros, mettant en péril leur identité secrète et leur intimité. Des failles apparaissent sur les méthodes des différents héros alors que la tension monte…

Résultat de recherche d'images pour "justice league crise d'identité"JL crise d’identité jouit dans l’univers des comics d’une très forte réputation et apparaît très favorablement lorsque l’on cherche les « 10 comics de super-héros qu’il faut avoir lu ». Très rapidement lorsque l’on commence la lecture on comprend que l’on a affaire à quelque chose de différent de la narration habituelle issue du Comics Code authority: le stress est apparent chez ces êtres tout puissants, il y a de vrais morts, du sang, les méchants sont torturés… Je connais assez mal l’univers DC hormis les albums Batman mais j’ai trouvé une proximité avec le pilier du comic adulte qu’est Watchmen. D’abord le style de dessin qui fait assez années 80-90 (Dave Gibbons, l’illustrateur de Watchmen oeuvre sur un épisode de la série). Il est dommage que l’on ne puisse lire cet album en N&B car Morales a une certaine technique, classique de l’illustration américaine, qui rappelle le travail de Gary Gianni. Les couleurs peu subtiles et très informatiques n’apportent en revanche rien au dessin qui s’intéresse quasi uniquement aux visages, assez torturés, ce qui est inhabituel pour une BD de super-héros; les arrières plans et décors sont tout a fait industriels et sans intérêt. Pour résumer l’illustrateur est bon mais la colorisation et le design très rétro et (franchement ridicule par moments) n’aident pas à entrer dans cet univers. Dommage.Résultat de recherche d'images pour "justice league crise d'identité"

Pour revenir au scénario et au traitement, on est dans de la pure enquête policière, avec interrogatoire, autopsie et jeu sur les ombres. Les comics DC (qui signifient, pour rappel, « Detective comics« ) nous ont habitué à des filatures impuissantes de serial killer, du Silence de Jeph Loeb et Jim Lee au Long Halloween du même Loeb et Tim Sale ou encore (et ben oui), Watchmen. Par contre j’ai ressenti la même difficulté que sur Kingdome Come avec l’univers et les personnages DC qui me sont pour la plupart inconnus et que les auteurs (pour accentuer l’effet fan) nomment par leur patronyme au lieu de leur nom de héros… Du coup on a beaucoup de mal à rentrer dans l’histoire et comprendre qui parle (les fameuses narrations avec code couleur typiques des comics) avant le premier rebondissement. C’était la force de Watchmen que de recréer un panthéon de toute pièce en évitant de trier entre ses lecteurs familiers et les novices. L’univers DC demeure lui assez hermétique aux non-fans.

Résultat de recherche d'images pour "justice league crise d'identité morales"La seconde partie est plus aérée, linéaire, compréhensible et rehausse l’ensemble avec une chute totalement imprévisible. Le thème de la famille est central dans cet album et trouve des échos dans le Deuil de la famille (du cycle Snyder/Capullo sur le Dark Knight): quand les scénaristes osent des incidences radicales pour des personnages c’est toujours percutant. Du reste les auteurs mettent le focus sur des méchants et héros relativement mineurs; Superman, Batman, Wonder Woman ne font que des apparitions. Seul Flash occupe une position centrale en incarnant une certaine morale.  Car ces évènements (c’est la deuxième force du récit) provoquent un véritable conflit interne à la JL quand aux méthodes (radicales?) à adopter face à des évènements extrêmes. Encore un fois c’est la rigueur morale des super-héros qui est questionnée. C’est intéressant mais on commence à en avoir l’habitude. Personnellement je préfère les histoires assumant justement une part sombre (depuis le Dark Knight de Miller au cycle de Snyder) des personnages. La face privée des héros est en revanche intéressants, notamment la relation de Robin avec son père.

Au final on a un comics plutôt haut du panier, avec un illustrateur classique mais qui mériterait que son travail soit mieux mis en valeur. La complexité inhérente aux histoires DC enchevêtrées et un design très daté empêchent ce comic d’être vraiment excellent et c’est dommage tant le traitement et les questionnements posés  renouvellent plutôt le genre.

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Batman: The dark prince charming

East and west

Comic de Marini
Dargaud/DC (2017), Vol 1/2

batman-par-enrico-marini-tome-1-vfL’annonce de la parution en co-édition Dargaud/DC d’un Batman par le grand Enrico Marini a créé un bouillonnement rare dans le milieu BD cet automne. Accompagné par une campagne promo (que l’on qualifiera d' »américaine »…) de Dargaud et de Marini lui-même, cet évènement a occulté pas mal d’autres très grosses sorties, à commencer par exemple par le premier Largo Winch post-Van Hamme…

J’avoue que j’étais assez méfiant, agacé par cette campagne rarement vue dans la BD franco-belge, trouvant les premières images un peu trop « claires » pour une BD du Dark Knight et la couverture pas plus excitante que ça (bon, les couvertures de Marini en général ne sont pas ce qu’il fait de mieux). En outre le format BD paraît étrange et je me demande s’il n’aurait pas fallu préférer un format comics éventuellement agrandi. Le Marini que j’ai adoré, celui du Gypsy, de Rapaces et du Scorpion m’a un peu laissé sur ma fin ces dernières années avec une série Les aigles de Rome qui ne m’a pas accroché…

23078Ce premier volume d’une histoire en deux parties présente une intrigue sommes toutes classique de Batman: le Joker a enlevé une petite fille qui pourrait être la fille de Bruce Wayne… Il s’agit d’une mise en place, avec les personnages principaux de la galaxie Batman: Harley Quinn, le commissaire Gordon, Killer Croc, Catwoman, Alfred et bien sur le Joker… qui est peut-être le personnage le plus réussi de l’album. L’histoire ne fait que commencer et devra être résolue en un seule volume, ce qui peut être court… Très clairement si certains plans sont particulièrement réussi (avec plusieurs doubles-pages du Batman en mode « sentinelle »), ce n’est pas la mise en scène qui marque dans cet album peut-être un peu trop sage et respectueux, mais bien les personnages. Étonnamment le Batman comme Bruce Wayne sont quasiment absents de cet album, pour laisser la part belle au Joker et sa dulcinée. Marini s’est visiblement fait plaisir sur la Némésis de la chauve-souris ainsi que sur sa réappropriation graphique, plus inspirée des films de Christopher Nolan que de ceux de Tim Burton. Ainsi la batmobile et la batcave sont très réussies (mais peu vues). Les plans larges de Gotham sont beaux mais pas très travaillés. Les costumes de Batman et de Catwoman en revanche ne m’ont pas paru très originaux. Il me semble que l’auteur a peut-être été impressionné par le personnage (il révèle dans une préface assez sympa qu’il réalise un rêve de gosse) et n’a pas osé surprendre, hormis avec une relation déjà un-joker-menac3a7antassumée entre Wayne et Selina Kyle mais qui n’est pas réellement utilisée dans l’album. Encore une fois, l’intrigue n’est pas inintéressante mais n’est qu’ébauchée et aurait sans doute gagné à être publiée en un seul volume (d’autant que Marini est un dessinateur rapide). Je me demande au final si Marini n’a pas réalisé son album un peu vite…

Marini est un grand dessinateur populaire qui maîtrise son art (même s’il lui faudrait travailler ses perspectives et ses éléments techniques, mais ça on le savait déjà). Mais le Batman est l’un des personnages ayant le plus été illustrés et il passe après certains Jim Lee et les albums de Capullo/Snyder qui ont marqué un nouvel étalon en la matière (tant graphique que thématique). Il devient impératif d’adopter une patte graphique ou une idée radicale si l’on veut sortir du lot. Il faudra attendre le second volume pour être fixé et savoir si nous auront au final un bel album illustratif ou une vraie bonne histoire de Batman. Personnellement le White Knight que publie Sean Murphy m’excite pour l’heure beaucoup plus.

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Joe, l’aventure intérieure.

East and west
Comic de Grant Morrison et Sean Murphy
Urban comics (2012)/Vertigo-DC (USA 2010)
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Fabrication Urban comics standard, gros volume bien relié, cahier graphique et explicatif des auteurs conséquent en fin d’ouvrage. La maquette de la couverture est moins travaillée que sur les parutions récentes de l’éditeur mais néanmoins plus classe que l’édition originale. L’album est découpé en chapitres correspondant aux fascicules US, avec la couverture originale. Rien a redire.

Joe est un adolescent mal dans sa peau, immergé dans son univers imaginaire et ses dessins. Seul avec une mère très occupée, il rentre chez lui et subit une crise de diabète. Transporté dans un monde fantastique à cheval entre sa réalité et son imaginaire, il va entamer un parcours pour sauver la terre d’Hypoborée, mais également contre la mort s’il ne parvient pas à trouver rapidement du sucre…

Les préfaces de BD sont souvent plus des hommages qu’un apport pratique à la lecture. Ici le traducteur (médecin de son état) aborde la question du diabète du personnage principal, cause de son aventure et de l’album. C’est important car cela définit la construction et le découpage du récit, liant l’aventure fantasmagorique aux événements survenant dans le monde réwincklerjoeel et sautant d’une scène à l’autre comme seul un rêve peut le faire sans soucis de vraisemblance. Cela peut perturber le lecteur mais se justifie pleinement. Ainsi l’album a la linéarité classique de ce type d’histoire, accompagnée comme toute bonne quête héroïque d’une carte illustrée suivant les pérégrinations du héros dans ce monde imaginaire, stage par stage comme dans un jeu vidéo. Heureusement car les dialogues touffus s’enchaînent difficilement avec accumulation de termes issus de cet univers (l’enfant-qui-meurt, haute-terre, guerrier de fer, le chateau-foyer, etc…) Cela participe de la construction mythologique de ce monde mais se succède trop rapidement pour que l’on essaye de comprendre la logique de tout ça. Probablement par-ce qu’il n’y a pas plus de logique que dans un rêve. Tout ceci est un vrai voyage dans l’imaginaire déluré et totalement graphique (et sombre!!!) de Joe (ou de Sean Murphy?) et c’est le plus intéressant dans l’album.news_illustre_1349164464

J’ai découvert Murphy sur Tokyo Ghost où derrière la radicalité crado d’un scénario hyper-violent l’on pouvait percevoir des fulgurances poétiques et de design. On retrouve cela ici et notamment la très grande précision du trait de l’artiste malgré un style qui paraît croqué au premier abord. Rares sont les BD où les fonds de case sont aussi travaillés et précis. Le look des personnages est vraiment réussi, les plans encore plus gonflés que sur Tokyo et tout ça sent le lâchage d’illustrateur dans un bac a sable infini (pour notre plus grand plaisir). Murphy se fait plaisir  et insérant des rats-samuraï, batman et superman (l’éditeur est filiale de DC), Transformers ou Lobo (oui-oui!) dans les batailles épiques et l’on regrette presque que le scénariste ne lui ait pas plus simplement concocté une histoire héroïque classique au lieu de cette trame intéressante mais déprimante d’ado paumé entre deux mondes.potw_joe7

L’impression finale est entre une plénitude graphique, sorte d’orgie débridée, et le sentiment d’un décalage entre le sujet (intéressant et sérieux). Le projet est original et ambitieux, mais peut-être aurait-il fallu deux albums distincts, les envies du scénariste et celle du dessinateur n’étant peut-être pas exactement les mêmes… On garde cependant un bon album

 

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Fiche bdphile