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Sushi & Baggles #27

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  • Slots (Panosian/Delcourt) – 2019, one-shot, 134p.

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mediatheque« slots » ça veut dire « fentes » en anglais. Et des fentes, Stanley Dance en a de magnifiques, les dents du bonheur, comme son sourire, éternelle fente qui glisse sur les galères de sa vie chaotique. Stan est le vrai atout de ce one-shot, étonnant album entièrement construit autour de ce sourire à la con, attirant le regard à chaque case. Il y a un peu du Ramirez de Pétrimaux chez Stan, une énorme sympathie que l’on ressent pour ce personnage de papier lancé sur une classique histoire de vengeance dans l’univers des loulous semi-mafieux de la cité du Vice, Las Vegas. Stan est un looser, il nous le dit d’entrée. Stan attire les emmerdes comme la mouche sur une charogne. Tout le monde a une bonne raison de lui en vouloir… mais comme le lecteur, tombe sous le charge de ce type qui vous convainc par son seul sourire de tenter avec lui le plus foireux des plans jamais conçus. Du coup, si l’album est aussi sympathique que son personnage, l’histoire reste tout à fait anecdotique et peinerait à nous intéresser sans Stan et des dialogues assez dynamiques. Le dessin plutôt sympa est habillé de grosses trames très vintage et fleure bon le comic Indé ricain. Au final Slots se laisse lire avec plaisir mais marche sur un fil qui peut très facilement tomber dans la banalité pour peu que vous ne soyez pas envoutés par son boxeur raté. Un peu comme Stan qui a tout pour perdre mais finit par s’en sortir, on ne sait pas bien comment…

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  • Radiant #13 (Valente/Ankama) – 2020, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

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Radiant est mon manga chouchou dont je lis chaque tome avec mon fiston (que vous pouvez retrouver sur la rubrique L’avis des kids) tant on a plaisir à retrouver deux fois par an cette phénoménale galerie de personnages et cet humour si particulier de Tony Valente. Ce treizième tome continue le troisième Arc commencé sur le volume précédent qui voit Seth débarquer à Bôme (avec la classe et la discrétion qu’on lui connait désormais…), capitale de l’Inquisition! Si le roi de Bôme a fait une entrée fracassante il disparaît ici bien vite pour laisser la place à une pause narrative qui permet de découvrir le passé traumatisant de Mélie… Moins d’action donc, mais l’auteur a un tel talent graphique et pour nous faire désirer ses personnages qu’on dévore le tome comme les autres, avec juste un soupçon de regret que ces derniers disparaîssent aussi vite. Mais la richesse du monde est telle que l’on comprend que tout ne rentre pas. Je ne lis habituellement que des mangas assez courts afin de ne pas me faire déborder dans mes lectures mais j’avoue qu’avec Radiant je ferais volontiers une entorse si la série durait très très longtemps… A noter que pour la première vois Valente a pris un assistant pour la réalisation de l’album. Et un petit spoiler pour la route… l’ami Grimm revient…

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  • Beastars #1-2 (Itagaki/Ki_oon) – 2019, série en cours. 15 volumes au Japon.

Merci aux éditions Ki_oon de m’avoir permis cette lecture en numérique.

couv_358243Lors de mon marathon pour le jury BDGEST’arts j’ai questionné les blogueurs spécialisés en manga et tous avaient placé cette série dans leur top de 2019.  Avec huit volumes parus, l’éditeur poursuit un rythme très rapide d’un tome tous les deux mois. La version japonaise a commencé à paraître en 2016 et devrait être rattrapée très vite. A savoir qu’un anime est diffusé pour cette série très populaire de l’autre côté de la planète.

Si le sujet est classique (une histoire de lycéens, animaux anthropomorphes, dans un établissement regroupant toutes les espèces et faisant cohabiter prédateurs et proies), le dessin est la première originalité, avec un trait très léger et l’utilisation de trames parfois grossières, collées frustement, ce qui donne une esthétique originale. Je ne dirais pas que c’est du grand dessin mais dès le second tome on sent la technique se consolider et l’auteur propose des planches plus lisibles et agréables. Pour l’histoire, si on commence dès les premières pages avec le meurtre d’un herbivore par un carnivore, choquant la morale civilisée du lieu, c’est bien le conflit permanent qui habite Legoshi, héros et loup gris puissant, entre son instinct et sa conscience qui structure le manga. L’histoire suit le club de théâtre du lycée, avec la hiérarchie très connue qui a lieu dans la société japonaise et nous paraît toujours étonnante. Beastars est donc pour ce que j’en ai lu un manga de lycée assez classique, qui comporte quelques attraits lui permettant d’attirer l’attention, sans pour le moment justifier le statut d’oeuvre majeure.

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Sushi & Baggles #26

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  • Tsugumi Project  #3 (Ippatu/Ki-oon) – 2019, 3 vol. parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

couv_381451Cette excellente série continue sur sa lancée avec des volumes assez différents et une pâte graphique dans un style crayonné rapide qui donne une dimension chaotique et terriblement esthétique à ce japon post-apo. Après les scènes d’action du précédent volume le rythme se repose un peu ici avec le retour du singe géant rencontré plus tôt et l’arrivée d’un nouveau personnage qui semble signifier la présence d’humains dans ce monde dévasté. L’album fait toujours la part belle aux paysages, pérégrinations muettes et échanges de vannes et de grimaces entre Léon et Doudou. Du coup ça se lit assez rapidement mais avec plaisir et toujours de nouvelles découvertes de créatures et personnages aux design géniaux. On sent que le projet prends sa source dans un univers graphique… ce qui peut laisser un peu de côté l’avancée de l’histoire. Entre recherches matérielles et infos progressives sur Tsugumi et la faune locale, l’intrigue est assez linéaire, mais Tsugumi project reste un très bon manga d’atmosphères montrant si besoin était la force du post-apo pour proposer des visions fascinantes.

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  • Ex-Arm #5 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2017

badge numeriquecouv_309944La troisième mission de la série commence très bien, juste après le redoutable Cliffhanger du précédent où toute la petite équipe se retrouvait prisonnière dans l’esprit d’Akira. Ce premier tiers de l’album permet d’installer une ambiance à la Inception, alors que l’équipe anti ex-arm tente de réveiller je jeune homme pour les libérer de la réalité virtuelle… ce qui permet bien entendu de provoquer quelques séquences sexy entre Akira et Minami. Je ne reviendrais pas sur les nombreux plans de petites culottes qui restent moins appuyés et vulgaires que dans Sun-ken Rock et ne dérangent pas outre mesure surtout quand on regarde la qualité graphique générale du manga qui flatte vraiment les yeux… Malheureusement une fois cette affaire résolue les auteurs nous lancent dans une dérisoire affaire impliquant une ex-arm, qui outre d’être très mal traduite avec coquilles en prime, n’est pas intéressante faute d’une narration suivie. On retombe dans les travers du début de série avec la très mauvaise habitude d’installer des coupes temporelles ou spatiales sauvages qui rendent le suivi compliqué. Comme l’intrigue ne brille pas par son originalité ni son ambition, ce cinquième volume apparaît comme un intermède bien dispensable. C’est dommage car la séquence VR promettait de bien belles choses et se paie le luxe de lancer quelques pistes qui, on l’espère seront reprises plus tard.

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  • Ex-Arm #6 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2017

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Ouf, le précédent volume n’était qu’un vague loupé entre deux et ce sixième tome installe enfin une histoire un peu plus sophistiquée en remettant l’aspect sexy aux seules tenues de l’androïde et surtout en proposant une intrigue simple mais efficace autour d’une vente aux enchères d’Ex-arms entre certaines des familles les plus puissantes du crime mondial. Les auteurs nous placent donc toute une ribambelle de personnages (très caricaturaux comme souvent en manga) dans le huis-clos d’un hôtel de luxe où nos héros vont se retrouver embarqués dans une partie de Blackjack fort sympathique en ce qu’elle permet de jouer sur les cadrages, de faire monter une tension de thriller un peu plus posée que ce l’action effrénée qu’on a eu jusqu’ici. On vire Mission impossible où Akira tente d’utiliser ses capacités pour deviner les statistiques qui permettront à Minami de l’emporter… Pour le côté graphique ça reste absolument royal, élégant et techniquement parfait. On a donc un début d’intrigue intéressant, faisant monter le niveau d’ambition dramatique, avec des méchants charismatiques, bref, un des meilleurs volumes jusqu’ici pour une série grand public qui reste vraiment sympa à suivre malgré quelques défauts.

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  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 1, 1° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2014

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badge numeriqueTrès grosse surprise que cette excellente lecture! Si vous suivez ce blog vous savez combien je suis sceptique sur l’univers DC et son traitement par les scénaristes, ne trouvant hormis dans les album Batman, que peu de choses à sauver. Avec ce projet issu d’une série de jeux vidéo et alimenté par une fournée de dessinateurs et une couverture de jaquette de jeu j’aurais du fuir… Le pitch m’ayant toutefois fortement éveillé j’ai tenté le coup, et pris mon pied comme jamais depuis Red Son, autre histoire de Superman. L’idée: Alors qu’il s’apprête à être papa l’Homme d’acier voit le Joker commettre l’irréparable. Il décide alors de rompre avec son non interventionnisme et d’imposer la paix mondiale en utilisant ses pouvoirs partout où des personnes malveillantes agissent. Très vite deux groupe se forment dans la Ligue de justice. Pour les soutiens de Superman la fin justifie les moyens. Autour du Chevalier noir d’autres restent attachés à une règle morale d’airain… On le voit, Red Son comme le film Dawn of justice apportaient déjà ce sujet passionnant du rôle des super-héros et de la seule morale comme limite à un pouvoir absolu. Si ce traitement est passionnant avec une radicalité qui montre Superman tuer (on n’est pas chez Disney) et devenir assez flippant, le rattachement de cette histoire à des thèmes d’actualité et un contexte réel de la guerre en Irak ou en Syrie, des dictateurs africains ou de la péninsule arabique font poindre l’étincelle qui sort immédiatement cet album du lot des histoires de super-héros. Outre des dessins vraiment de très bon niveau avec une grande harmonie entre les différents dessinateurs, les dialogues sont bien menés, avec un rôle comique d’Harley Quinn très réussi. Je n’attendais plus depuis longtemps d’histoire adulte de super-héros avec de vrais enjeux qui rangent les délires cosmiques liés à Darkseid, aux boites mères et aux inter-mondes dans un placard. C’est une histoire politique avec des super-héros. Ce qui a passionné la planète dans le MCU revient ici chez DC et crée une grosse envie. Tout simplement excellent.

La série est découpée en cinq années de deux tomes (soit onze tomes), une suite intitulée Ground zero et une autre, Injustice 2, en cours de publication chez Urban.

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Dans l’abîme du temps

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2019), one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour cette découverte.

couv_374328Les éditions Ki-oon continuent leur adaptation des manga de Gou Tanabe sur Lovecraft avec une qualité éditoriale toujours aux petits oignons: couverture simili-cuir (… que j’aurais préféré couleur cuir comme pour les Montagnes Hallucinées), cahier couleur en début d’ouvrage, titres de chapitres en anglais et français. Une courte bio de l’auteur et de Lovecraft est proposée en fin d’ouvrage. Seule remarque, qui était difficilement corrigeable par l’éditeur français (comme pour le précédent ouvrage) les bulles n’ont pas de queue, aussi il est parfois malaisé de savoir qui parle lorsque plusieurs personnages se côtoient dans une case.

Alors qu’il donne un cours d’économie à l’université, le professeur Peaslee est victime d’un malaise. Il reprends connaissance… cinq ans plus tard et découvre qu’il a été victime d’une amnésie aussi longue, pendant laquelle son esprit a eu accès à des visions monstrueuses. A l’orée de la folie, soutenu par son seul fils aîné, il entreprend de comprendre ce qui lui est arrivé et d’où lui viennent ces visions dantesques…

Résultat de recherche d'images pour "dans l'abime du temps tanabe"Étonnante série que ces adaptations de Lovecraft par un mangaka que je n’aurais sans doute pas lu sur un autre sujet… Au premier abord j’avais tiqué sur les visages lors de ma lecture de la précédente adaptation. C’est le style du dessinateur et il ne changera probablement pas, aussi soit on s’y fait soit il s’avérera compliqué de continuer. Assez statiques hormis lors des séquences de sidérations (fréquentes dans le fantastique), ces personnages étaient difficiles à identifier dans le décors antarctique. Ici c’est moins problématique car nous sommes pour l’essentiel dans des décors de la Nouvelle Angleterre, des maisons et de l’université. Surtout les personnages sont réduits à Peaslee, son fils Wingate, quelques médecins et, surprise, le professeur Dyer. Cette présence (je ne sais pas s’il est cité dans la nouvelle originale) indique donc très rapidement que nous nous situons dans la suite chronologique et le même espace-temps que les Montagnes hallucinées. C’est une très bonne idée puisque cela permet de structurer les ouvrages de Tanabe comme une série à suivre, avec la révélation progressive du Mythe de Ctulhu.

Résultat de recherche d'images pour "the shadow of time tanabe"Construit en incessants aller-retour entre le voyage psychique de Peaslee dans un futur indicible (le fameux Abîme du temps) et le présent, à mesure qu’il se remémore des passages de son amnésie, l’album alterne pages classiques de l’homme ravagé par le doute, la recherche de ce qui lui est arrivé et de longues itinérances sur fonds noir dans le monde de la Grande race de Yith, laissant libre cours à la force du dessin de l’auteur sur les décors et architectures. Sur ce plan Tanabe a une vraie qualité appuyée sur la bizarrerie des formes pas toujours compréhensibles, ce qui correspond totalement à l’idée des mondes de Lovecraft où la conscience humaine ne peut interpréter ce qu’elle voit. Notamment du fait de trames dont la finesse et la précision sont pour moi du jamais vu. Cette « colorisation » par dégradés tout à fait spécifique au genre du manga Résultat de recherche d'images pour "gou tanabe shadow of time"reste particulière mais dans le domaine on atteint du très haut niveau et cela joue grandement de l’étrange en créant des reflets, des arrondis qui perturbent le regard.

Bien plus que dans les Montagnes Hallucinées racontées sur une ligne très cartésienne, nous sommes conviés à partager l’esprit d’un homme au bord de la folie, ne sachant jamais où ni quand il se situe. Le concept de créatures voyageant psychiquement sur l’espace-temps est assez fascinant et me rappelle l’un des meilleurs films de SF de ces dernières années, le Premier Contact de Denis Villeneuve qui proposait l’idée que le langage pouvait modifier la perception du temps et donc provoquer de fait une sorte de voyage temporel en distordant la réalité par la seule perception. Dès lors Gou Tanabe nous raconte l’histoire de cette race sur le même mode que le précédent ouvrage nous relatait l’histoire de la planète et des Anciens. Il n’est pratiquement pas fait référence aux divinités maudites du Mythe ici. On a une petite impression de redite par rapport à l’histoire précédente mais ce n’est pas très gênant tant l’univers est riche et le récit fluide. Résultat de recherche d'images pour "dans l'abime du temps tanabe"Rassemblée en un seul volume j’ai trouvé cette histoire plus concentrée et de ce fait à la fois plus facile à lire, sans temps morts et dont plutôt meilleure. Les visions ne rivalisent pas avec les incroyables cités noires de l’Antarctique mais les personnages et le récit, moins linéaire, plus intellectuel, sont supérieurs. Juste de quoi nous donner envie de replonger dans le monde de Lovecraft en espérant visiter bientôt la cité de R’lyeh…

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Sushi & Baggles #20

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  • All-new Captain America (Remender/Immonen/Panini) – 2015 (2017).

badge numeriquecouv_305326Très impressionné par le talent de Stuart Immonen je poursuis mon rattrapage de sa biblio, après All-new X-men et Empress. L’opportunité de découvrir le nouveau Captain (paru en BD plus de cinq ans avant qu’il n’advienne dans le MCU) avec le Faucon Sam Wilson qui hérite du fameux bouclier avec Immonen au dessin et Remender au scénario m’emplissait d’envie… Las! Hormis des dessins effectivement très bons (au niveau des All-New X-men) avec des encrages toujours énormes de Wade von Grawbadger, on retombe dans les travers des publications Marvel, à savoir un scénario indigent qui nous propulse en plein milieu d’une intrigue probablement débutée dans dix séries parallèles et qui voit l’Hydra encore une fois lancée dans un plan machiavélique employant moultes méchants que je ne connais pas. On ne comprend rien, ça se téléporte de-ci de-là, ça meurt mais pas vraiment… après quinze rebondissements de ce type on est fortement lassé, pas du tout impliqué et on se demande vraiment ce qu’est allé faire l’auteur de Seven to Eternity et Tokyo Ghost dans cette galère. Pour les dessins et le travail graphique de l’équipe je laisse deux Calvin mais c’est déjà généreux.

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  • Tsugumi Project  #2 (Ippatu/Ki-oon) – 2019, 2 vol. parus.

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A peine quelques semaines après la parution du premier volume nous voici de nouveau en compagnie de Léon (le héros est français, en lien avec le fait que l’édition originale de ce manga soit faite chez nous!), Dudu et Tsugumi dans un Tokyo dévasté. Cette fois opérationnel après son atterrissage en catastrophe et sa retrouvaille avec son acolyte musculeux, le héros part à la recherche de documents sur l’arme secrète à l’origine de la mission. Après avoir aidé Tsugumi à sauver son lion géant d’un effondrement sismique, il réalise bientôt que cette dernière est plus dangereuse qu’il n’y paraît. Hormis le fait qu’il ne se demande pas un instant si ce ne serait pas elle l’arme secrète, le volume se lit d’une traite, avec assez peu de textes et beaucoup de décors délabrés et majestueux à la Néo-Tokyo (Akira), des pérégrinations aériennes de la jeune fille et les grimaces facétieuses du copain Dudu. J’avoue que j’ai vaguement tiqué sur la représentation vaguement raciste du pote noir marrant, très fort et un peu con que reprennent un certain nombre de mangas (comme beaucoup de films hollywoodiens du reste). Mais la série reste très bien dessinée, pleine d’action, de mystères autour du passé et de cette arme. Très équilibré le volume fait réellement avancer la connaissance de l’univers et donne envie de continuer.

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  • Docteur Strange: sorcier suprême de la galaxie #1 (Waid/Saiz/Panini) – 2019.

bsic journalismbadge numeriqueCritique réalisée pour le programme Superlecteurs Iznéo.

Ce que j’aime avec Iznéo c’est que ça permet de tenter des comics Marvel de temps en temps sans trop de risque (financier et en place sur l’étagère). Au milieu d’une majorité de déceptions, je tombe régulièrement sur de très bonnes surprises (par exemple, ici, , et ici.) et ce Docteur Strange en fait partie. Pourtant parti sur une idée totalement WTF (le sorcier part dans la galaxie sur un vaisseau que lui a prêté son pote Tony Stark comme une thérapie pour retrouver ses pouvoirs perdus), l’album propose en cinq épisodes de lire des aventures exotiques auprès d’extra-terrestres plus ou moins belliqueux, mais surtout de savourer des échanges avec le personnage de la technomancienne et l’idée principale de l’opus: la magie a différentes sources et peut être collée sur des artefacts. Certains peuples la considèrent ainsi comme une simple science physique au même titre que l’électricité… L’album n’a pas d’ambition mais est fun, très joliment dessiné par un Jesus Saiz dont la technique rappelle l’Ariel Olivetti qui avait fait des miracles sur X-O manowar. On peut trouver ça trop numérique mais ça donne tout de même de très jolies planches. Si comme moi vous avez découvert les aventures de Stephen Strange avec le MCU et trouvez le personnage super cool, vous pouvez sans soucis tenter la lecture de cet album sympathique.

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Sushi & Baggles #18

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  • Spider-man (Brian Bendis/ Pichelli/Pannini) – 2017

couv_313191Cet album est le premier de la série Marvel NOW!, que je rattrape album après album avec toujours autant de plaisir. Étant très méfiant envers les multiples reboot, relaunch etc de Marvel, je constate simplement que les dessinateurs de cette collection sont globalement excellents (cela m’a permis depuis plusieurs années de découvrir de petits scribouillards comme Esad Ribic, Stuart Immonen ou Sara Pichelli…) et les scénarios s’accommodent très bien du cahier des charges éditorial pour proposer des aventures rafraîchissantes pour le lecteur occasionnel de comics que je suis. Simplement, les choix de couvertures et de présentation de l’éditeur Pannini brouillent toujours autant la compréhension des suites et collections. Le mieux est donc de se reporter sur les fiches BDgest qui permettent de distinguer les séries homonymes par années notamment. J’ai découvert le personnage de Miles Morales, le nouveau spider-man afro-latino dont l’idée a été inspirée à Bendis par l’élection de Barack Obama dans le film Into the Spider-verse. Cet album très sympathique se déroule après l’arrivée de Morales dans l’univers commun, où il y a donc désormais deux spider-man. On constate que le MCU a fusionné le personnage de Moralès avec Peter Parker notamment dans ses relations avec son pote. Ce volume est assez surprenant car il présente des X-men comme parcourant ouvertement le monde, fait des allusions aux événements des Inhumains. Un plutôt bon album très agréable à lire et assez didactique. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il peut constituer une entrée en matière mais le lecteur occasionnel de Marvel y trouvera son compte.

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  • Talli, fille de la lune #2 (Sourya/Ankama) – 2019, 2 vol/3 parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

couv_370344Ma chronique du premier tome se trouve ici.

Nous retrouvons Talli et sa troupe de guerriers mal assortis dans un second volume qui fleure bon l’action et se présente essentiellement comme une confrontation avec une entité démoniaque increvable appelée « le roi de la forêt »: une sorte de loup géant corrompu qui nous rappelle celui du récent Nils mais on imagine que les références de l’auteur se tournent plutôt du côté des sangliers de Princesse Mononoké. Je dois dire que si le premier tome m’avais plutôt accroché avec le développement d’un univers intéressant avec cette guerre ancienne et ses invocatrices capables de faire apparaître des créatures géantes extrêmement puissantes (l’atmosphère rappelle par moment le comic Monstress), la linéarité de ce volume, si elle apporte de nouveaux personnages, m’interroge pour une série prévue assez courte. L’histoire n’ayant pas avancé (hormis pour Lélo et Alan) dans la compréhension des personnages, on se demande comment Sourya va boucler son affaire en un unique volume. Les séquences d’actions sont toutefois maîtrisées et assez efficaces alors que les paysages de montagne enneigée et de la tour de garde sont assez inspirants. Pour une création originale d’un jeune auteur la série est honnête. On n’a pas la déception d’un Nils mais cela reste bien moins efficace qu’un Radiant (d’un auteur qui a beaucoup plus de bouteille). J’imagine que la collaboration de Sourya avec un scénariste chevronné sur un album complet lui aurait été profitable avant de se lancer seul, ses collaborations sur les collectifs Doggybags et Midnight tales restant sur de petits formats.

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  • Tsugumi project #1 (Ippatu/Ki-oon) – 2019

couv_369819Démarrant rarement une nouvelle série avant sa clôture (j’évite les longues séries Manga), je me suis néanmoins laissé tenter par ce Tsugumi project à la couverture très réussie et intrigante. A lire l’interview de fin de volume il semble que ce soit une création originale en première édition chez Ki-oon, ce qui confirme le poids du marché français dans le Manga: si des auteurs hexagonaux commencent à être traduits au Japon (après l’expérience malheureuse de Jean Giraud avec Taniguchi sur ICARE), des orientaux font le choix de publications hors de leur pays d’origine. Tsugumi a beaucoup d’atouts, à commencer par son originalité, avec un concept post-apo classique (une arme terrifiante doit être ramenée du Japon dévasté par un commando après deux-cent ans d’une guerre nucléaire) qui vire très vite au survival avec un univers peuplé de créatures mystérieuses, à commencer par cette jeune fille aux pattes d’oiseau. Cela aurait pu être totalement WTF mais dans un univers graphique sombre, fouillé, ça passe totalement. L’auteur dont c’est un des premiers manga solo reconnaît son perfectionnisme qui se voit sur des planches de cité dévastée et réoccupée par la nature. C’est beau, très beau et ce premier volume se lit avec grand plaisir comme une mise en place d’une série que l’on imagine relativement courte. Tsugumi project apporte suffisamment d’originalité pour donner envie de continuer et constitue une réussite pour cette introduction.

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Les montagnes hallucinées #2

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2019), 2 volumes/2 parus, n&b.

J’avais critiqué le tome 1 que vous pouvez trouver ici avec notamment le descriptif éditorial. Entrecoupés de pages noires, les chapitres de l’album sont titrés en français et en anglais. Un court cahier couleur démarre l’un des chapitres centraux qui portent sur l’histoire des Anciens. Une courte bio de l’auteur et de Lovecraft est proposée en fin d’ouvrage.

Après le massacre du camp de Lake le professeur Dyer part à la recherche du seul survivant. Après avoir franchi la crête des immenses montagnes noires, par plus de 7000 mètres, ils découvrent une cité cyclopéenne datant de millénaires avant l’apparition de l’homme sur Terre. Une cité qui les mènera aux portes de la folie…

J’avais été légèrement déçu par le premier volume, notamment sur des dessins par trop imprécis et j’ai été très surpris par la différence avec ce second volume, qui s’explique sans doute par la construction du texte original (très progressif) mais pas uniquement. On sent en effet l’auteur bien plus à l’aide dans le graphisme architectural de la cité(les premiers mirages aperçus dans le premier volumes laissaient présager cela). Mais surtout, cette exploration laisse moins de place aux personnages humains (réduits à deux protagonistes) pour entrer pleinement dans une découverte absolument fascinante et remarquablement bien découpée. Pas un seul temps mort dans cet album que l’on peut découper en trois parties: la découverte de la cité, en plans larges, paysagers, montrant les dimensions incroyables des constructions, un gros passage central très réussi relatant l’histoire des Anciens et des Shoggoth qui nous fait entrer pleinement dans le Mythe de Ctulhu, enfin la fuite des explorateurs (je m’arrête là pour ne pas spoiler l’ »indicible » :).Résultat de recherche d'images pour "les montagnes hallucinées tanabe"

On peut regretter le petit manque d’imagination de Tanabe quand au type de constructions, parfois aux proportions démesurées qui illustrent bien le caractère « non-euclidien » de cette cité, parfois on tombe dans le basique mur en pierres avec voûte en berceau… Ca reste un détail mais toute la force des écrits de Lovecraft reposant sur l’impossibilité de ses visions (par exemple le principe même de la mégalopole par 7000 mètres d’altitude), des architectures que des humains auraient pu bâtir brisent un peu la magie. Néanmoins l’auteur sait semer des liens comme cette tour qui rappelle discrètement les peintures de la Tour de Babel (illustrant la descendance humaine des Anciens!) et ces bas-reliefs qui permettent aux explorateurs de découvrir l’histoire des créatures étoilées.Résultat de recherche d'images pour "les montagnes hallucinées tanabe"

Si le premier tome traînait à démarrer, ici on est dans l’action du début à la fin avec un rythme parfait. On découvre l’incroyable avec nos deux témoins, on apprends ce qu’il est advenu du survivant du camp Lake, tout est résolu jusqu’à la conclusion parfaite et logique. Avec ses références bien placées à nombre d’éléments de la mythologie ctulhienne (du plateau de Leng au Necronomicon en passant par la Ville sans nom des déserts d’Arabie,…), le manga de Gou Tanabe sait titiller notre envie de fantastique et pousse à aller lire les ouvrages de Lovecraft et sans doute ceux à venir du mangaka dans la collection éditée en France par Ki-oon. Très fidèle au texte original, il cite également l’ouvrage mythique Arthur Gordon Pym d’Edgar Allan Poe, qui a en partie inspiré le mythe de Ctulhu. Un ouvrage sans faute qu’il aurait sans doute mieux valu publier en un unique tome et qui mériterait cinq Calvin avec des dessins un peu plus expressifs.

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Les montagnes hallucinées #1

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2018), volume 1, n&b.
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Ce manga montre combien un bon travail d’édition met le lecteur dans d’excellentes conditions avant même d’entamer la lecture. Un peu comme une belle illustration de couverture… Ki-oon a sorti la grosse artillerie avec une superbe couverture simili-cuir en effet gravure. Une court bio de l’auteur et de Lovecraft, une introduction au roman original At the mountains of madness, un sommaire et quelques citations en anglais de nouvelles d’Edgar Poe (dont Arthur Pym) pour mettre dans l’ambiance. L’édition respire le respect et mérite un Calvin. Qu’en est-il du manga lui-même?

En 1930 une très importante expédition de l’Université Miskatonic part pour l’Antarctique, équipée d’avions et du matériel dernier cri. Ils vont étudier la géologie et la biologie d’un continent découvert mais pas encore exploré. Très vite les découvertes apportent des révélations improbables au niveau des datations et l’ambition de l’une des têtes de l’expédition pousse à séparer les équipes. Lorsque l’équipe Lake ne donne plus signe de vie après le passage d’une redoutable tempête le reste des hommes part à leur secours et vont découvrir l’indicible…

Résultat de recherche d'images pour "tanabe montagnes hallucinées"Gou Tanabe n’a pas une grosse bibliographie mais a commencé à se spécialiser depuis quelques temps dans les adaptations de classiques, dont Lovecraft.  Il n’est pas le plus technique ni le plus impressionnant des dessinateurs japonais. Pourtant son style réaliste colle avec l’atmosphère résolument classique qui sied aux histoires d’aventures fantastiques de l’époque. La première approche est décevante tant le dessin semble avoir été vu mille fois et le récit d’expédition antarctique nécessite un plus graphique ou scénaristique pour se démarquer. Le rythme des histoires fantastiques est progressif. Celui des Montagnes hallucinées également: après une longue mise en place à la lecture difficile du fait de l’utilisation de trames grossières et du manque de précision du dessin, les premières accélérations de l’intrigue ouvertes par la découverte de strates géologiques à la datation impossible font monter la tension et le rythme cardiaque du lecteur… qui ne décroche plus jusqu’à la fin. Le prologue avait annoncé l’horreur. L’intérêt du manga repose sur l’accumulation de découvertes toutes plus improbables les unes que les autres. Le principe du hors champ et du jeu sur l’anticipation du lecteur fonctionne très bien: l’auteur déroule cliniquement les découvertes des scientifiques et le lecteur s’attend à chaque page à voir surgir un monstre…

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Le mythe de Cthulhu est toujours aussi fascinant dans son jeu des impossibilités scientifiques entraînant à la folie. Dans ce premier tome il n’est pourtant pas question de déviances mentales puisque jusqu’à la découverte macabre du campement (totalement gore et horrible) nous ne faisons face qu’à des constatations rationnelles. L’équipe reste au pied des Montagnes de la folie, que l’on abordera dans un second volume.

Étrangement les limites du dessin de Tanabe, qui posent problème sur les premiers chapitres, apportent un plus dès l’arrivée des Anciens. L’impossibilité physique à représenter ces êtres indicibles (j’adore le vocabulaire hypertrophié de Lovecraft!) est très bien reprise par des dessins sombres, présentant des enchevêtrements impossibles à comprendre visuellement. C’est perturbant mais sert totalement le propos; on imagine dès les pages montrant par mirage la cité cyclopéenne ce que sera le tome deux.

Très respectueux de l’oeuvre originale (sans doute trop), Gou Tanabe sait faire tenir la tension de son scénario en montant progressivement vers l’horreur brutale. Avec un dessin plus précis et moins sombre l’on aurait gagné en qualité mais l’ouvrage réussit à être une très bonne illustration du texte de Lovecraft et fascine lorsqu’il s’agit de représenter ces Anciens.Résultat de recherche d'images pour "tanabe montagnes hallucinées"

Sur le thème de l’expédition polaire vous pouvez retrouver mes chroniques de la BD-photo d’Emmanuel Lepage La lune est blanche et la BD de Boidin Endurance sur l’expédition Shackleton.

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