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Manga en vrac #18: Toilet Bound Hanako-Kun #3 – Elio le fugitif #2 et 3 – La guerre des mondes #2

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  • Toilet-Bound Hanako-Kun #3 (Aidalro/Pika) – 2021 série en cours, 3/15 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

toilet-bound-hana-kun-3-pikaLa chronique des deux premiers volumes se trouve ici.

J’avais été comme mes camarades de blog assez enjoué par ma découverte des deux premiers volumes sortis cet été. En entamant ce troisième tome je découvre que contrairement aux précédents le mystère des archives de 16h s’étale sur plusieurs chapitres qui forment l’intégralité de ce volume, ce qui change pas mal la donne en matière de rythme. Ce qui était présenté comme des histoires courtes avec rotation rapide de l’action et des personnages s’installe plus dans la durée, avec approfondissement notamment dans la recherches qu’entreprend Nene sur son maître-allié Hanako. Ce jeune esprit qui nous est décrit ici comme ni plus ni moins que le chef des Mystères de l’école est depuis le début fort mystérieux et on va ainsi se retrouver dans son passé pour comprendre comment il est devenu un esprit. Les pages du volumes sont toujours très agréables dans leur mise en scène destructurée et fourmillant de détails. L’humour et l’action sont en revanche un peu en retrait et j’ai découvert cette intrigue un peu moins enthousiaste, je dois le reconnaître. La difficulté de ce format était dès le début de parvenir à s’inscrire dans la longueur car autant on a regretté le format très court d’un Tetsu & Doberman autant pour Toilet Bound une tomaison sur les doigts de la main aurais sans doute suffi. Je dis cela alors qu’aucune intrigue au long court n’a eu le temps de se mettre en place, aussi il faudra voir (je rappelle que la série compte déjà quinze volumes au japon, ce qui laisse à Pika le temps de développer sa licence)

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  • Elio le fugitif #2-3 (Hosokawa/Glénat) – 2021, série en 5 volumes, terminée au Japon

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

elio-fugitif-2-glenatImpression mitigée et assez tranchée sur les deux volumes, qui recoupent au final le sentiment du premier volume. Le second tome est très faible (du niveau d’un calvin) même s’il met enfin en place une véritable intrigue liée à des vengeances dynastiques. Ce qui était attendu jusqu’ici s’étoffe donc un peu avec un descriptif politique de l’époque qui habille un peu une fuite tout à fait linéaire et que les quelques combats très hachés et coins d’humour shonen ne suffisent pas à rythmer. On attendait soit un récit historique à la Vinland Saga soit un prétexte en mode baston avec des personnages de jeux vidéo… on est au final entre deux et ce n’est guère satisfaisant, d’autant que les dessins juste correctes ne relèvent pas vraiment l’intérêt. Le personnage d’Elio dont le second degré touchait plutôt juste (un jeune gamin hyper-fort qui semble à peine réaliser dans quelles situations il est et s’en sort toujours haut la main) est ici plutôt effacé.

Sur le troisième volume on reprend de l’intérêt avec une histoire qui devient beaucoup plus structurée, simple mais cohérente avec une progression, des flashback sur les personnages et un final qui prépare un affrontement d’arène que l’on imagine aboutir la série sur les deux prochaine volumes. Si du coup le manga se laisse lire plus agréablement, les combats tout à fait rageurs, exagérés (les personnages sont presque aussi forts que dans Dragon ball!) souffrent d’un montage très haché et peu lisible, le lecteur devant fréquemment revenir en arrière avec l’impression d’avoir manqué des cases. Il ressort de tout cela l’impression d’une série de grande consommation destinée à ravir les boulimiques en attendant un prochain tome de Vinland Saga mais sans aucune ambition particulière.

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  • La guerre des Mondes (Ihara-Yokoshima/Ki_oon) – 2021, 170p., 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki_oon pour leur confiance.

guerre_des_mondes_2_ki-oonLa chronique du premier volume (détallant notamment la très jolie édition) est ici.

Ce second tome continue sur la même tonalité que le premier à savoir une course du personnage principal (témoin-photographe) parmi les populations fuyant devant l’avancée meurtrière des martiens. L’intrigue est donc tout à fait linéaire et construite autour des destructions terrifiantes et des quelques lueurs d’espoir qui surgissent avant d’être étouffées. Quelques morceaux de bravoure humaines (un peu désespérées) viennent donc pimenter ce qui pourrait devenir redondant et on enchaîne ces cent-soixante-dix pages à grande vitesse et un plaisir non feint. Les dessins, pas virtuoses mais très correctes et portés par des cardages  qui appuient le désespoir et le drame absolu portent ainsi bien ce récit qui confirme sa qualité et intrigue (pour qui ne se souviendrait pas par cœur du récit original) quand à son dénouement…

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Manga en vrac #14: L’atelier des sorciers #8 – survivor’s club #1- Outsiders #2

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  • L’atelier des sorciers (Shrahama – Pika) – (2020) 2021, série en cours, 8/8 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

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Après un billet découverte enjoué et un gros billet de rattrapage, on prend une vitesse de croisière sur cette sublime série qui emprunte à l’ambiance graphique des dessinateurs italiens classiques. Avec une réalisation loin de la frénésie d’un Boichi sur Dr. Stone (qui ponds tout de même cinq volumes par an!!!) l’édition française apprend la patience puisque nous suivons de près la parution japonaise (qui sort tout de même deux volumes par an).

Ce volume marque une pause assez conséquente dans l’intrigue puisque de retour dans l’atelier, Coco se retrouve à travailler avec Tarta, le jeune artisan qui a enfin décidé de devenir sorcier. Les deux apprentis vont ainsi travailler à aider le jeune garçon dont les jambes avaient été écrasées lors de l’incident de la rivière du tome deux, en attendant de se rendre à la Fête de la Nuit d’argent. Dans cet intermède Kieffray et les amies de coco disparaissent pratiquement de l’intrigue pour laisser la place à un pure shonen où les enfants vont disserter du rôle de la magie, de l’amitié, des rêves de progrès etc.

Ca reste très beau à regarder, avec tout de même le développement de quelques personnages nouveaux (et fort mystérieux…) et l’on sent le doigt de l’autrice qui nous rappelle les risques pour les jeunes sorciers de vouloir se soustraire des règles d’utilisation de la magie (pour rappel il est interdit de ressusciter et même soigner par la magie). Cet épisode n’est donc pas inutile et a son rôle dans la progression psychologique de Coco… mais ne vous attendez pas à de grands moments d’action ni de paysages fantasmagoriques. C’est donc très sage, avant sans doute un rebonds dès le prochain volume prévu pour la fin d’année.

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  • Survivor’s club #1 (Aosei/Anajiro – Delcourt) – (2017) 2020 série en cours, 1/3 volumes parus.

Une vague de human-bomb survient dans les lycées japonais… L’une des victimes trois ans auparavant, réunit d’autres victimes pour leur dévoiler ses découvertes sur un lien entre tous ces élèves harcelés désespérés au point de vouloir emporter leurs camarades dans la mort…

La jeune équipe de cette trilogie (le dessinateur a une autre série en cours éditée chez nous par Ki-oon et le scénariste en est à sa première réalisation) nous convie dans la problématique du harcèlement scolaire colorée de la violence sociétale japonaise et de la difficile sexualité des lycéens.  Contrairement à ce que le titre pourrait laisser entendre il ne s’agit ni réellement d’un survival ni d’un battle royal, mais bien d’un thriller psychologique où un jeu malsain s’installe entre une preneuse d’otage et des élèves sommés de se dénoncer les uns les autres dans des détails bien sordides. On aborde les pulsions sexuelles cachées et la vie en société plus que le harcèlement proprement dit (qui est ici évoqué à des niveaux assez graves!). Le scénario malin met en parallèle la discussion d’une victime-enquêteur qui tente de confondre d’éventuels complices de celui qui a emporté son bras dans son acte kamikaz, et l’action en directe de la prise d’otage. On est assez mal à l’aise devant toute cette malveillance mais sur le point de l’intrigue on peut dire que c’est efficace et qu’on a bien envie de savoir comme cette affaire va tourner, d’autant que le format court implique une avancée rapide et une intrigue relativement simple.

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  • Outsiders #2 (Kanou – Ki-oon) – 2021 série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

outsiders-2-ki-oonJ’avais bien accroché sur le premier tome de cette série originale de chez Ki-oon (dont le premier volume est sorti début 2021), notamment sur un humour bourrin qui donnait une saveur sympa au duo vampire/garou et le développement d’un background qui évitait la fréquente temporisation inhérente au format long des manga. La chute laissait entrevoir des enquêtes fantastiques faisant qu’on avait hâte de lire la suite. Malheureusement ce second tome s’avère assez décevant en bifurquant vers du Shojo pure jus où l’héroïne Ema passe son temps à s’intéresser aux problèmes des copines et sa sœur aux relations, qu’elle croit homosexuelles, des deux êtres fantastiques. D’ailleurs la relation homosexuelle est traitée de façon étonnamment normale dans un manga qui n’est pas spécifiquement Yaoi, avec par exemple deux filles dont on nous parle du mariage sans commentaire particulier. L’histoire laisse un peu de côté l’agence de détectives (alors qu’on venait d’apprendre la vrais nature de l’alliance entre le vampire et le garou) pour nous parler des thématiques classiques de lycées: harcèlement, mal être, jeunes abandonnés par leurs parents, performance sportive,… Ce qui m’avait accroché dans le premier volume, les dessins chargés et l’humour lié aux deux personnages masculins est totalement mis de côté et on avance assez laborieusement vers un démarrage d’enquête autour de deux cadavres retrouvés et qui obligent Ema la curieuse à se lancer dans des recherches. Je n’ai pas compris pourquoi il fallait un tome entier pour commencer une enquête, qui est tout de même l’intérêt premier de cette série… ou pas? Il faudra donc attendre le prochain volume pour voir vers quel genre s’oriente Outsiders car entre les relations adolescentes et les enquêtes paranormales on n’est pas tout à fait sur le même public…

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Manga en vrac #8

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  • Le discours de la méthode (Naha/Kurokawa) – 2021, one shot, collection Kurosavoirs.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

Pour la présentation du format de la collection de manga de vulgarisation Kurosavoirs je vous renvoie au billet sur le précédent volume dédié à Maltus.

Petite déception à la lecture de cet album visant à vulgariser la pensée de Descartes… Si le précédent réussissait très bien à proposer une vraie histoire permettant de s’immerger dans les concepts de l’économiste (la base de la vulgarisation), cette fois-ci il faut s’accrocher pour comprendre les concepts philosophiques du mathématicien… Après une introduction vaguement fantastique et franchement forcée voyant Descartes débarquer dans le logement d’un petit employé japonais baptisé « lambda », on nous explique plutôt simplement le contexte dans lequel le français a entamé son cheminement intellectuel. C’est la partie la plus intéressante même si graphiquement on reste sur du très basique. Voulant découper l’explication en suivant le plan du Discours de la Méthode, le grand œuvre du philosophe, l’auteur du manga peine à simplifier une logique philosophie basée sur des concepts et cheminements logiques pour lesquels il aurait sans doute fallu plus d’allégories et schémas pour les faire passer. On se retrouve donc dans la situation d’un élève de terminale à essayer de ne pas se noyer et surtout on perd assez vite l’idée de base de la collection, la simplification graphique. Fort dommage. En fin d’ouvrage une ouverture salutaire permet de prendre un recul critique sur certains éléments de la pensée de Descartes (comme ces « animaux-mécaniques », théorie fort datée à l’heure des animalistes), mais globalement on reste franchement sur sa faim en ayant l’impression de ne pas avoir bien plus avancé dans la compréhension du fondateur du cartésianisme et de la méthode scientifique. Le fait que cet album soit l’un des rares de la collection à ne pas être réalisé par la Team Banmikas n’est peut-être pas pour rien dans ces difficultés…

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  • Alpi the soulsender (Rona/Ki_oon) – 2021, série en cours (5 tomes parus au Japon au format webcomics).

bsic journalismMerci aux éditions Ki_oon pour leur confiance.

Ce troisième tome (en six mois) reprend au milieu de l’affrontement contre l’esprit divin de la foudre rencontré au tome précédent. La confrontation entre la jeune Alpi et l’expérimentée Sersela fait beaucoup évoluer la maturité de l’héroïne dans sa compréhension du rôle des Soul senders et l’équilibre écologique entre humains et forces de la nature. Ce volume se concentre sur la jeunesse de Sersela et le récit de sa rencontre déterminante avec les parents d’Alpi (un gros flashback donc) avant de voir cette dernière se rendre dans la Cité-bibliothèque (tiens, on retrouve des éléments de l’Atelier des sorciers et de Magus of the librarian et ce n’est pas pour me déplaire!) pour retrouver leur trace… On reste ici sur la base de deux esprits purgés comme dans chaque volume), avec toujours les superbes dessins sous la jaquette et dans les pages intérieures qui restent un ravissement sur chaque page. Un peu d’action point également alors qu’on découvre les capacités martiales de la jeune fille. La série commence à prendre son rythme avec la densification de la personnalité de l’héroïne et l’apparition de personnages secondaires qui font avancer l’intrigue. Manque encore peut-être un grand antagoniste pour ajouter du drame à tout cela (… qui est peut-être justement sur le point d’apparaître) pour achever de faire de cette série un must-read.

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  • Blue period #1 (Yamagushi/pika) – 2021, série en cours (9 volumes parus au Japon)

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

blue-period-1-pikaSérie qui me faisait très envie de par le sujet (la peinture et son apprentissage) et une superbe couverture, je remercie Pika pour ce nouveau partenariat qui me permet de découvrir un album qui a énormément fait parler de lui sur les réseaux sociaux à sa sortie et qui a raflé plusieurs prix importants au Japon. Et pour cause puisque cette introduction est tout à fait prenante en plus d’être (surprise pour moi) tout à fait pédagogique. Sur des dessins assez épurés au trait fin que j’attendais un peu plus impressionnants, l’auteur nous surprend d’entrée de jeu en brisant le modèle du manga de lycée avec un héros qui n’est non pas introverti mais plutôt la star du lycée, beau, brillant dans toutes les matières, parfaitement socialisé et curieux qui plus est. Le gendre idéal! Mine de rien ça change des habitudes et attise tout de suite l’intérêt en posant un récit très positif qui cherche plus à creuser la naissance d’une passion que d’appuyer le pathos. Le récit nous perturbe également en proposant un personnage de travesti qui semble parfaitement inséré dans son milieu, si bien qu’on doute tout le long d’avoir bien compris qu’il s’agit d’un garçon à l’apparence d’une fille. Dans un Japon aux codes conservateurs on se surprend à tiquer avec nos codes occidentaux sur cette normalité inhabituelle… De façon très posée, simple, le héros va donc d’abord découvrir les émotions graphiques puis le club d’arts plastiques où une professeur passionnante va délicatement lui ouvrir l’esprit, ce qui va éveiller en lui la possibilité de s’inscrire dans une université de beaux-arts alors que la voie lui était tracée vers une école d’élite scientifique. Cela permet de jolis passages de vulgarisation qui parleront aux amateurs de manga en les titillant sur leur consommation qui pourrait déboucher sur de la création, pour peu qu’ils aient envie de s’entraîner sur des techniques simples mais qui nécessitent un travail comme toute autre discipline. Une très belle introduction, très maîtrisée, qui a tout dans sa besace pour devenir une grande série. 

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  • Elio le fugitif #1(Hosokawa/Glénat) – 2021, série en 5 volumes, terminée au Japon

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

elio-le-fugitif-1-glenatClassée en Shonen par l’éditeur, Elio le fugitif m’a vaguement déçu sur cette introduction, qui a néanmoins le mérite de ne pas perdre de temps (la vertu des séries courtes) puisque dès les toutes premières pages on découvre le héros, adolescent ayant grandit en prison pour le meurtre de son frère, gagner sa liberté en remportant son millième combat contre d’autres détenus. On comprend donc immédiatement que ce frêle jeune homme est doté de facultés martiales exceptionnelles qui lui permettent de rivaliser avec n’importe quel bretteur dans cette Castille du XIV° siècle. Très vite il va rencontrer une autres victime d’accusation abusive, une jeune noble qu’il sauve de l’échafaud. Commence donc une fuite dans le désert rigoureux de la Castille, d’abord pourchassés par les gardes puis par de redoutables assassins révélant un complot contre la jeune fille. Il s’agit donc d’une histoire plaçant un super-combattant au coeur d’une intrigue plus grande que lui et qui va devoir bien évidemment dépasser son égoïsme survivaliste pour la protection des plus faibles. Schéma classique du Ronin transposé en Castille médiévale. Graphiquement c’est assez correcte, notamment lors des combats. Ca ne défrise pas les mirettes mais la bonne gestion du cadrage, très serré, permet de ne pas avoir à se préoccuper de décors un peu pauvres. Je disais que j’en attendais plus car le contexte historique est vraiment très décoratif et n’apporte à peu près rien à l’intrigue et si l’album se lit sans ennui il reste très orienté action et ne révolutionne en rien le genre déjà rempli de pléthore de récits pseudo-historiques. Attendons la suite…

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Manga en vrac #7

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Au fil de mon immersion dans le manga, de mes déconvenues et de mes découvertes, j’ai progressivement repéré quelques auteurs/séries majeurs qu’il convenait de découvrir… d’où cette fournée rapidos en mode exploratoire…

  • Dead Dead Demon DeDeDeDe Destruction #1 (Asano/Kana) – 2017-…, 9 tomes parus, série en cours (10 vol parus au Japon).

dead-dead-demon-1-kanamediathequeLorsque j’ai demandé à des mangavores chevronnés quels étaient les auteurs majeurs de ces dernières années (j’ai débuté le manga précocement avec Akira et les premiers Glénats et Tonkam dans les années 90 mais depuis je me suis un peu assoupi…) on m’a cité unanimement Naoki Urasawa et Inio Asano. Dont acte! Une recherche d’image me fait tomber sur les planches impressionnantes de précision de cette série qui a sans doute le titre le plus imprononçable de l’histoire…

Dead Dead Demon raconte l’amitié de deux lycéennes alors qu’un vaisseau spatial gigantesque est apparu quelques mois plus tôt dans le ciel de Tokyo en provoquant ce que l’on imagine des affrontements et des morts. On suit donc la vie quotidienne de ces super copines très modernes et un peu foutraques dans ce qui semble être l’An zéro d’une nouvelle ère. Entendons-nous bien, l’OVNI n’est qu’une tapisserie en fonds d’histoire et aurait très bien pu être remplacé par n’importe quelle catastrophe ou événement géopolitique majeur, le but étant surtout de créer cette étrange atmosphère toute asiatique de contemplation semi-burlesque. Il n’y a donc pas vraiment d’histoire, dans un esprit proche de celui d’Urasawa sur Asadora!, à savoir des chroniques de vies de jeunes japonaises dans un pays sans avenir, bloqué par un événement qui peut symboliser l’Etat lui-même. Outre le dessin totalement virtuose (on peut tout de même remercier les assistants pour les décors photo-réalistes), ce sont les dialogues (excellemment bien traduits!) qui marquent, plein d’une modernité et d’une énergie inhabituels dans le genre manga et qui marquent une sensibilité assez européenne de l’auteur que l’on retrouve sur le dernier carton de Ki-oon, My broken Mariko. Je sors de cette lecture du premier tome pas totalement immergé mais très intéressé par un auteur qui semble en parfaite maîtrise de son art.

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  • 20th century boys #6 (Urasawa/Panini) – 2002-2007, série finie en 22 tomes.

20th_01mediathequeJ’ai découvert Urasawa sur sa dernière série Asadora!, qui m’a pour le moment totalement conquis par une fraicheur, un dynamisme et des personnages aux interactions passionnantes.  Passons outre l’abominable couverture de cette première édition Panini (rassurez-vous, la toute récente réédition en format double « Perfect » corrige totalement le tir à en croire les premières chroniques) pour nous plonger dans un démarrage assez prenant du fait d’une importante galerie de personnages et un art du récit franchement rare, surtout quand on retrouve ce qui semble être sa marque de fabrique: la narration elliptique entre différentes époques. 20th Century boys nous plonge dans une ambiance d’enquête du Club des 5 après le suicide d’un des anciens amis d’un groupe de gamins. Chacun a fait sa vie et rapidement les retrouvailles vont pointer des éléments bien mystérieux reliant leur passé et des morts qui semblent liées à une secte… La construction d’Urasawa est très particulière et un cas d’école dans l’efficacité (quand d’autres séries utilisent cette méthode de façon plus artificielle). C’est découpé sans prévenir, parfois au milieu d’une page… et pourtant on n’est jamais perdu! Le style BD du trait de l’auteur simplifie des visages assez caricaturaux que l’on n’a pourtant aucun mal à repérer et malgré l’aspect très mystérieux de ce début d’enquête on enchaîne la lecture rythmée assez rapidement. On retrouve ainsi immédiatement les marqueurs vus sur Asadora! bien que le dessin de vingt ans plus vieux soit moins marquant. D’un caractère résolument original, tout à la fois très BD dans la technique mais totalement japonais dans les thèmes et contexte, Urasawa nous plonge dans son univers rétro, nostalgique, léger, très difficile à résumer mais qui mérite le détour. Un premier tome pas marquant mais qui donne le ton d’une série qu’on imagine volontiers monter son caractère adictif.

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  • Magus of the library #1 (Izumi/Ki-oon) – 2019, 5 tomes parus (série en cours).

magus-of-the-library-1-ki-oonmediathequeJ’en ai beaucoup entendu parler l’an dernier et l’aperçu vraiment magnifique des planches intérieur m’a donné envie de tenter l’expérience bien que la proximité thématique avec le best-seller l’Atelier des sorciers ou l’imprimerie des sorcières m’ait fait hésiter… Ce premier tome est plutot réussi comme introduction (bien qu’un peu volumineux pour une intrigue assez light) en nous imergeant progressivement dans un monde de fantasy inspiré de l’orient arabe et d’Asie centrale où une confrérie de bibliothécaires parcourt le pays à la recherche de tout contenu écrit pour enrichir la bibliothèque centrale… Le bibliothécaire que je suis fut donc très surpris de trouver en Magus of the Library un quasi documentaire sur le métier de bibliothécaire, jusqu’aux lieux communs que nous vivons (le fameux « vous avez de la chance vous devez lire beaucoup! ») et les détails de conservation liée aux insectes. Je soupçonne l’autrice d’avoir travaillé en bibliothèque tant tout ce qui est rattaché au livre et à ce métier transpire dans chaque page: l’imaginaire, le développement de la culture et du savoir, l’apprentissage de la jeunesse, le conservatisme VS l’ouverture du livre à tous, … Cette introduction qui rapelle par moment le très élégant Alpi introduit le personnage principal, jeune sang-mélé persécuté par tout le village et qui n’aspire qu’à s’imerger dans les livres. Les rares séquences de développement du background se font sur le mode des théâtres d’ombres chinoises, juste assez pour titiller notre curiosité. Simple prologue, ce premier tome est graphiquement superbe, très surprenant dans sa précision et son propos égalitaire et donne envie de prolonger la lecture pour enfin entrer dans le vif du sujet.

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  • Grand blue #1-2 (Inoue-Yoshioka/Meian) – 2021, 2 tomes parus (série en cours, 16 tomes publiés au Japon).

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour leur confiance.Manga - Manhwa - Grand Blue Vol.1

Parmi la foison de nouvelles licences que lance Meian cette série a fait un gros buzz sur les réseaux sociaux, aussi lorsque j’ai trouvé les deux premiers tomes dans un envoi de mon partenaire j’étais plutôt optimiste sur cette découverte qui me fait sortir de mes habitudes. Alors disons le tout de suite, Grand blue s’adresse aux young adults en abordant l’entrée à l’université d’un jeune homme confronté aux affres du déjanté club de plongée de son oncle. Archi codifiés, ces deux premiers volumes nous rappellent immédiatement les délires du collège foufoufou, de DR. Slump et autres joyeusetés pas fines de l’humour populaire nippon. C’est d’ailleurs cet aspect énorme  qui fonctionne plutôt bien côté humour. Le schéma est le suivant: le club de plongée est composé de garçons qui passent leur temps à se mettre à poil et à picoler comme des trous, embarquant contraint et forcé le héros qui souhaiterait attirer le regards de l’une de ses cousines quand l’autre le méprise pour sa vulgarité (… bien involontaire vous l’aurez compris). Là où le bas blesse c’est qu’après cent-cinquante pages à rire plutôt volontiers on finit par se lasser des mêmes gags qui tirent la ficelle un peu trop longtemps. L’humour c’est toujours compliqué à régler et il est certain que les auteurs ne nous trompent pas sur la marchandise. Personnellement j’aurais aimé avancer un peu plus dans l’esprit plongée pour aérer un peu la farce permanente du manga et varier les interlocuteurs. Il reste néanmoins de belles séquences de running-gag comme cette séquence de décoration de la chambre qui passe par tout ce pour quoi ne veut pas passer Iori auprès des donzelles… Au final je reconnais que cet humour japonais de taverne m’a souvent laissé de marbre et que si j’ai rigolé par moment, cela ne suffit pas pour enchaîner une série de plus de quinze tomes à ce jour. J’en resterais donc là mais si vous pensez que ce type d’humour vous correspond n’hésitez pas à chausser les bouteilles, dans le genre Grand blue fait plutôt bien le job.

A noter qu’une série animée en douze épisodes et un film en live-action sont sortis au Japon.

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Manga en vrac #6

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Au fil de mon immersion dans le manga, de mes déconvenues et de mes découvertes, j’ai progressivement repéré quelques auteurs/séries majeurs qu’il convenait de découvrir… d’où cette fournée rapidos en mode exploratoire…

  • Ex-arm #12 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2021 série achevée en 14 volumes (Japon)

couv_414082badge numeriqueDans la continuité directe du précédent opus ce volume continue sur l’action effrénée avec le passage à l’attaque de la très sexy et très dévêtue androïde Alma qui a désormais recouvré son autonomie. Pour la bataille finale l’auteur évacue tous les faibles humains pour lancer un affrontement épique entre Alma, Soma réfugié dans son cyborg détenteur de deux ex-arm et le fameux Ogre, coquille de combat à la pointe de l’armement, piloté par Akira. Il faudra bien tout cela pour confronter le redoutable Beta (dont l’identité n’a pas encore été dévoilée) dont la puissance absorbe tous les éléments mécaniques à proximité dans une redite du final d’Akira, le monument de Katsuhiro Otomo, en une citation à peine voilée. Alors qu’il ne reste plus que deux volumes pour conclure la série, on savoure toujours autant les planches grand luxe et les grandes références assumées. Si les auteurs auraient clairement pu éliminer un certain nombre de dialogues bouche-trou dans ce final entièrement dédié aux combats, on ne boude pas son plaisir, en attendant l’Anime…

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  • La ballade de Ran (Osawa/Doki-Doki) – 2021, Série achevée en 2 tomes

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La Ballade de Ran est la seconde création de Yusuke Osawa et propose une courte et sympathique histoire évidemment inspirée par le monument Berserk. Si le trait assez précis de l’auteur s’inscrit dans l’école Miura, le format (deux tomes avec une sacrée différence de pagination entre les deux volumes) et le ton adopté se rapprochent plutôt du Shonen, même si l’aspect monstrueux des démons cible un public plutôt adolescent. Le récit nous narre la chasse aux créatures démoniaques (les Karma) du meilleur des Exterminateurs. Résolument timide et inadapté socialement, il est suivi par une jeune menestrelle décidée à devenir célèbre en contant ses aventures. Au fil d’affrontements (qui rappellent par moment le joli Alpi de par l’absorption de la Souillure maléfique par l’exterminateur) grands format il va rencontrer différents guerriers qui montreront que l’union fait la force contre un mystérieux manipulateur de démons qui s’avère relié à Ran…

L’aspect Dark fantasy est assumé mais est plaisant en évitant les aspects les plus malsains du genre. Le design général est franchement réussi avec des monstres bien cracra et énormes qui procurent des combats épiques très lisibles. La personnalité du héros le laisse paradoxalement un peu en retrait et il faudra plutôt chercher la complexité dans le passé du personnage et sa relation au méchant. Dans un format court l’auteur parvient à développer un univers solide avec une galerie de personnage que l’on aurait plaisir à retrouver, bien que l’histoire se termine a priori définitivement. Manga bref à l’ambition modeste, La ballade de Ran permet à de jeunes lecteurs de se frotter sans mal à un genre particulier et assume une structure simple où l’aspect Geste chevaleresque et l’équilibre général permettent un agréable moment de lecture.

Sortie le 7 avril 2021

A partir de 10 ans.

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  • Outsiders #1 (Kanou/Ki_oon) – 2021, Série en cours.

bsic journalismOutsiders est une nouvelle création originale des éditions Ki_oon, rangée en Shojo. Assez craintif de ce sous-genre « féminin » du mangaoutsiders-1-ki-oon j’ai été agréablement surpris par un ton moderne d’une génération d’auteurs qui semblent résolument détachés du modèle conservateur de l’archipel nippon. Une jeune fille découvre l’existence de vampires et de Loups-garous, s’affrontant depuis des temps immémoriaux. En présence des deux derniers spécimen de leur espèce, elle n’a pourtant pas du tout l’intention de se laisser dévorer et s’impose à eux comme une humaine fière de sa condition et prête à prendre tous les risques pour protéger sa sœur et découvrir la réalité des relations bien plus complexes qu’elle n’en a l’air entre les deux jeunes hommes… Sous couvert d’un trio très Shojo Outsiders propose dans cette introduction une vraie complexité relationnelle qui laisse un peu de côté les clichés éculés des combats vampire/garou. Les notes de l’auteur en fin d’ouvrage détaillent d’ailleurs son agacement dans la banalité des relations interpersonnelles de la célèbre saga ciné Twilight et sa volonté de donner du corps à ces schémas. Les planches assez chargées en bastons bourrines sont élégantes (dans un style qui rappelle The promised neverland) et utilisent l’humour à la Tex Avery avec ces deux personnages à peu près immortels qu’une poutre en acier dans la tronche n’effarouchent guère… Avec de très légers problèmes de lisibilité, le premier volume assure le cahier des charges introductif et se lit avec plaisir en dévoilant le début d’une intrigue autour d’une agence chargée de retrouver les brebis galeuses des deux espères, ce qui laisse présager de belles enquêtes avec ce trio bien efficace.

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Celui qui hantait les ténèbres

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2021) -Enterbrain (2016), 164p., one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Pour ce qui est de l’édition je vous renvoie au premier billet sur cette collection d’une qualité unique! Le volume comprend deux histoires: Dagon (33 pages) et Celui qui hantait les ténèbres. Dagon adapte une des premières nouvelles de Lovecraft (1917) et la seconde histoire est l’avant-dernière a avoir été écrite par Lovecraft (1936).

L’écrivain et artiste Robert Blake emménage dans une maison de Providence où sa créativité se trouve à son comble. Progressivement il s’interroge sur le clocher sombre qu’il aperçoit de sa fenêtre et entreprend de se renseigner sur l’église qui semble attachée à un culte dont les habitants refusent d’évoquer même le nom…

Lentement mais surement Gou Tanabe et son éditeur français Ki_oon avancent dans l’exploitation exhaustive de l’œuvre du génie Howard Philip Lovecraft avec ce cinquième volume (les Montagnes hallucinées ayant été publiées en deux volumes). Pour le plus bref des albums de cette collection on plonge au cœur de ce qui fait les écrits fantastiques de Lovecraft: la folie qui s’installe progressivement dans un esprit à l’origine sain. Contrairement aux précédentes adaptations, d’une part l’artiste est quasiment l’unique protagoniste de l’histoire (comme sur le court Dagon) et d’autre part il ne s’agit pas d’un profile type de cartésianisme utilisé dans le schéma classique du fantastique pour illustrer la confrontation entre le rationalisme et l’aberration des manifestations des Anciens.

Si les adaptations littéraires ont le vent en poupe depuis plusieurs années, je suis généralement assez réservé sur la qualité des versions BD, souvent du fait de matériaux originaux pas toujours folichons (je pense à certains Conan ou aux Vernon Sullivan). Si Lovecraft est publié dans Weird Tales, la puissance imaginaire de ses écrits en fait l’icône indépassable des auteurs fantastiques jusqu’à aujourd’hui et la mise en image de ces schémas très codifiés par le mangaka reste un plaisir sans faille ni redondance.Celui qui hantait les ténèbres par Gou TANABE. - Actualités - Éditions  Ki-oon

Bien plus simple et synthétique que les autres volumes de Ki_oon, Celui qui hantait les ténèbres reprend presque les trois unités du théâtre avec juste ce qu’il faut de ruptures dans le découpage pour créer un malaise quand à la temporalité/réalité de ce à quoi nous assistons. Dans toute la collection Gou Tanabe rompt avec l’esprit du fantastique voulant que l’horreur reste tapie dans l’obscurité. Ici comme avant surgit soudain une forme indéfinissable dans les textures sombre de son dessin. On ne sait pas si elle est une imagination de l’esprit enfiévré de l’artiste soumis à l’influence néfaste du Nécronomicon ou si la scène a bien existé. De fait, beaucoup plus narré, ce volume s’installe dans l’esprit littéraire de Lovecraft avec grande fidélité et l’on peut dire que si l’on n’atteint pas les folies architecturales des Montagnes ou de L’Abime des temps, la densité de l’histoire en fait sans doute l’album le plus facile d’accès et le moins exigeant pour entrer dans cette collection.

A la fois moins ambitieuse mais abordant le cœur du mythe Cthulien, Celui qui hantait les ténèbres propose une magnifique introduction à Lovecraft, courte, facile de lecture et terriblement prenante. Et comme chaque fois l’on a envie juste derrière d’aller piocher à la bibliothèque l’intégrale des écrits du maître de Providence…

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La guerre des mondes #1/3

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Manga de Daisuke Hihara et Hitotsu Yokoshima
Ki-oon (2021-),  200p./volumes, Série en 3 tomes, 1 vol. paru en France.

Ki-oon continue sa politique d’éditions de qualité à la suite de sa collection Lovecraft, avec cette édition reliée (mais sans pelliculage, donc assez fragile). L’édition comporte un sommaire et un joli cahier graphique de cinq pages qui permet de voir les intéressantes pistes visuelles pour les tripodes. L’album est classé Seinen. Je le qualifierais de Seinen pour jeune public (disons entre 9 et 16 ans) selon les habitudes de lecture.

Le siècle vient à peine de commencer lorsqu’une étrange météorite frappe la campagne de la petite ville de Maybury. C’est le commencement d’une guerre de colonisation… ou plutôt d’extermination de l’humanité…

La guerre des mondes fait partie des grands classiques que beaucoup (comme moi) n’ont probablement jamais lu mais que le nombre d’adaptation dans tout type de format rend totalement familier. Si Spielberg avait choisi une modernisation du récit, cette version manga se veut fidèle et rejoint la grande mode des adaptations de classiques de la littérature par les auteurs japonais.

L’histoire suit un photographe témoin de ce Premier contact, cet atterrissage du premier martien qui va très rapidement se transformer en génocide. Croisant comme dans tout bon récit de guerre les évènements généraux et les mésaventures d’un groupe de témoins (la petite histoire et la Grande Histoire), le manga a le mérite d’entrer très vite dans le vif du sujet avec ce qui intéresse bien entendu le lecteur: la trombine des vilains martiens belliqueux et de leurs monumentaux tripodes.

Le récit est techniquement très bien fait avec une introduction apocalyptique avant de revenir aux évènements qui ont généré cette Guerre des mondes. Avec le témoin-photographe, des scientifiques nous expliquent tout de suite les lois physiques qui s’imposent aux envahisseurs (notamment la gravité bien plus importante sur Terre) avant que les inévitables militaires et leur mentalité obtue croient pouvoir mater cette irruption d’outre-espace à coups de canons. Bien entendu la supériorité technologique martienne est incommensurablement supérieure et les évènements s’orientent vite vers la situation d’un enfant écrasant des fourmis…

Graphiquement on est dans du classique semi-réaliste avec décors simplistes aux bâtiments rectilignes mais la lecture reste agréable et fluide, surtout pour le public ciblé. Comme adaptation illustrative, l’ambition de ce manga n’est donc pas de revisiter l’ouvrage de H.G. Wells mais plutôt de proposer une lecture graphique fidèle et ludique à des pré-ado et ado. Sur ce plan c’est plutôt réussi avec malgré tout quelques visions assez dures (des corps démembrés) et une guerre qui s’affiche crument.

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Heart gear #1-3

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Manga de Tsuyoshi Takaki
Ki-oon (2019-),  200p./volumes, 3 tomes parus en France.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Les jaquettes des volumes sont assez travaillées avec, outre le résumé de quatrième de couverture, des dessins et petits textes de l’auteur en revers, mais surtout un intérieur de couverture habillé par des illustrations originales (très jolies) et un texte de conclusion détaillant le contexte de production et les objectifs évolutifs à mesure de l’avancée des tomes. Ces « échanges » avec l’auteur donnent une bonne indication de sa finesse et de son intelligence créative. Le premier volume est vendu en édition spéciale avec une histoire courte « Freaks » datant de 2016.

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Il y a 200 ans la troisième guerre mondiale a détruit toute vie humaine sur Terre. Depuis, la planète est parcourue par des « gears ». Ces androïdes de divers fonctions, du militaire au fermier, ont pris la place des hommes, sans buts maintenant que leurs maîtres ne sont plus là. Pourtant un miracle survient: un enfant humain est trouvé par le robot Zett. Après la destruction de son « père », Roue décide de partir à la recherche de Heavenland, un lieu mythique où elle pourrait le reconstruire. Cachant son identité biologique elle parcourt cette terre dévastée et la multitude de personnalités robotiques engendrées par ce nouveau contexte…

Résultat de recherche d'images pour "heart gear takaki"Les premières pages de cette série m’ont fait peur… Après une entrée en matière rapide pour dresser le contexte, un rythme lent s’installe dans une atmosphère graphique assez irréelle, à la fois saturée de blanc et occupée par une utilisation assez importante de trames qui « salissent » le trait pourtant élégant et fin de Tsuyoshi Takaki. Inspiré par le graphisme des manga des années 80-90 (comme Appleseed auquel se réfère Heart Gear, Gunnm ou sous nos latitudes le manga français Bolchoi Arena), le dessin perd ainsi sa précision en devenant parfois un embrouillamini de traits noirs difficilement lisibles. C’est d’autant plus dommage que l’auteur reste très lisible dans les séquences d’action avec une technique anatomique (les corps et expressions) et un design robotique vraiment remarquables. Ceux qui ont lu son précédent succès Black Torch ou l’histoire proposée avec le tome un verront la qualité du dessin de Takaki quand il n’est pas encombré de ces trames.

Résultat de recherche d'images pour "heart gear takaki"Je souligne ce point noir dans le choix de l’auteur car hormis cela les trois premiers tomes de Heart Gear sont un quasi sans-faute, marqués par une progression dramatique particulièrement réussie. Le point qui faisait défaut à une série proche, l’Origin de Boichi (à savoir une progression saccadée) est ici d’une grande fluidité, si bien qu’on avance avec grand plaisir dans cette histoire en découvrant à un rythme posé les personnalités de nos héros, le background, les problématiques et réflexions que l’auteur souhaitait évoquer. Les parties sont séparées par des pages noires de texte revenant plus précisément sur le développement des IA, des gears, des problématiques posées par l’essor de l’exploitation des gears et des interrogations des concepteurs qui se prolongeront sous nos yeux une fois l’humanité disparue. Ce procédé de textes courts permet de ne pas trop casser l’action en ciblant un thème très précis pour nous ouvrir l’univers sans se perdre dans mille interrogations. De fait, une fois la lecture terminée on est frappé par la concentration, la structuration d’un manga qu’on pensait parti pour des bastons mécaniques et qui s’accroche plus à la famille des séries de réflexions sur l’homme et la machine (avec donc Origin, Carbone & Silicium ou Ghost in the shell).

ImageAprès une mise en relation avec la jeune fille, son gear protecteur surpuissant et le point de départ (ce « père » robot, seul être aimant qu’elle ait jamais connu) dans le tome un, on part ensuite pour un périple dans des paysages dévastés où chaque rencontre avec un gear va faire avancer notre réflexion avec le concept original de programme de base. Dans cette série les gears sont ainsi structurés par un programme définissant leur finalité. Chrome (le héros protecteur) est « né » sans programme de base et comme son homologue Origin il choisit de se définir comme protecteur de l’humaine. On touche ainsi au libre-arbitre qui concerne à la fois cette humaine et les robots désœuvrés de ce monde post-apo. Par une inversion des rôles, Roue se trouve être une anomalie dans un univers de robots qui ont été conçus dans un but unique. La quête de sens traverse donc ce manga parmi les nombreuses autres réflexions plus classiques sur ce qu’est être humain (sujet central de Carbone&Silicium).

L’originalité principale de ce manga (dans un thème classique qui n’oublie pas de faire référence à Asimov tout en précisant que les trois Lois de la robotique ne s’appliquent pas dans ce monde) repose sur la mise en parallèle de la « naissance » des des deux êtres en simultané: Roue renait au contacte du monde extérieur en sortant de son cocon et Chrome de même en découvrant ses capacités et sa nature. Si  le programme de base des gears ne leur permet pas (théoriquement) de sortir de leur fonction initiale, on apprendra que ces derniers peuvent être dotés de capacités émotionnelles… induisant l’inévitable réflexion sur l’humanité de l’être pensant.

Heart Gear - chapter 5 - #8Doté de passages assez poétiques avec des personnages bien caractérisés, Heart Gear rappelle par moments la simplicité touchante du chef d’œuvre Wall-E, notamment avec le personnage du robot Rock qui apporte une touche d’humour bienvenue. On n’oublie pas l’action dans des combats puissants et très réussis où pour l’heure la relative invincibilité de Chrome peut finir par poser problème quand au niveau de tension de l’intrigue. Jouant de façon très équilibré entre le développement du background, de la psychologie et de la baston, l’auteur n’oublie pas son public de geek avec un léger fan-service un peu grossier mais absolument pas vulgaire. On ressort de cette aventure absolument enchanté par une SF qui mine de rien est une des plus réussies vues depuis pas mal d’années et on trépigne de lire la suite qu’on espère volumineuse…

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My broken Mariko

esat-west
Manga de Waka Hirako,
Ki-oon (2021) – One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Les éditions Ki-oon ont eu un coup de cœur pour ce premier one-shot d’une jeune mangaka et ont particulièrement soigné l’édition. Outre un dossier de presse aux petits oignons, le volume proprement dit a une jaquette gaufrée avec sa superbe illustration de couverture et ajoute au manga un passionnant et profond entretien et last but not least, le premier manga dessiné par elle, une histoire courte dont elle parle dans l’entretien. On ne peux pas demander plus pour entrer dans la tête de l’autrice et tout cela mérite un Calvin!

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Lorsqu’elle entend à la télévision que sa meilleure amie Mariko s’est donné la mort, Tomo n’en croit pas ses oreilles. Les deux amies se connaissent depuis l’école, dans une relation intime où la fragilité de Mariko a répondu au besoin maternel de Tomo. Dévastée, la jeune femme décide alors de se rendre chez le père tortionnaire, alcoolique, de Mariko pour récupérer l’urne funéraire de son âme sœur…

My Broken Mariko - BD, informations, cotesSur le suicide, sujet particulièrement sensible au Japon, il y a deux approches possibles. Celle de Guillem March l’an dernier était fantastique et allégorique en se concentrant sur la suicidée. Celle de Waka Hirako se focalise sur celle qui reste, Tomoyo. la sensibilité de cette histoire est surprenante d’autant que l’autrice n’y va pas par quatre chemins: Mariko a eu une vie brisée par un père dément d’alcool, victime de violences quotidiennes, de viol incestueux et bien entendu de harcèlement psychologie culpabilisateur… Un cocktail tristement classique dans ce genre de cas et l’on comprend vite que ce suicide est un soulagement pour la victime. Le manga n’aborde pas le pourquoi ni les raisons familiales et sociétales de ce phénomène mais se concentre sur le souvenir de la disparue et la difficulté à accepter la réalité du deuil par son amie. Le scénario prend ainsi la forme d’un road-story nerveux où le trait hargneux, comique et subtile selon les séquences, accompagne magnifiquement une traversée de l’esprit fiévreux de Tomo qu’il nous est proposé d’accompagner.

Outre le ton étonnamment plutôt léger qui facilite notre voyage, la surprise vient de la personnalité du personnage principal. Hirako explique dans l’entretien final ses références culturelles résolument occidentales, voir franco-belges pour ce qui est de la BD (citant Frederik Peeters ou Vivès, deux auteurs à la technique et à l’expressivité très fortes). Et l’on ressent dans ce personnage ce trait très peu japonais, avec une jeune fille masculine, refusant de se soumettre au sacro-saint respect des anciens et des traditions. En cela cette histoire est assez rock-n’roll et il est agréable de savoir qu’elle a parlé aux lecteurs japonais (le manga a été un grand succès et a été primé) tellement il semble destiné à un lectorat européen, tant dans le dessin que dans la narration.

TheFrenchPhenom on Twitter: "J'ai été très touché par le manga "My Broken  Mariko" qui raconte l'histoire d'une femme qui essaie de surmonter le  suicide de sa meilleure amie. C'est bourré de momentsLe découpage reflète l’intrusion subite de souvenirs dans la tête de Tomo, comme possédée par une douleur psychologique qu’elle ne parvient pas à contrôler. Les jolis moments de tendresse succèdent aux sauvetages violents de Mariko par son amie. Soucieuse de ne pas tomber dans un gros pathos, l’autrice ne parle presque pas de culpabilité, plutôt d’incrédulité devant l’inéluctable, l’incapacité à voir venir ce qui nous semble pourtant à nous lecteurs inéluctable. On sent ainsi la complexité à dissocier un quotidien d’une analyse qui nécessite du contexte. Mariko se précipitant dans les bras du premier tortionnaire venu dès qu’elle a atteint l’âge adulte, convaincue qu’elle mérite sa situation, Tomo incapable d’anticiper les conséquences d’une vie détruite et se contentant de jouer les pompiers.

On ressort de cette lecture touchés par ces deux vies, amusé aussi par les grimaces du personnage principal et ses acrobaties cartoonesques. Dans ce récit intime on ressent la sensibilité et la grande intelligence de l’autrice dans la façon de raconter des ressentis intérieurs, une tempête dans une tête, sans plomber à aucun moment le lecteur. Rarement un entretien avec un auteur aura autant donné envie de poursuivre une bibliographie. Ce récit court et plein d’amour marque la naissance d’une véritable autrice que l’on suivra avec grande attention.

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****·Manga·Nouveau !·Service Presse

L’appel de Cthulhu

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2020) -Enterbrain (2019), one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Pour ce qui est de l’édition je vous renvoie au premier billet sur cette collection d’une qualité unique!

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En héritant de son grand-oncle, Francis Thurston est loin de se douter du récit dans lequel il va plonger en rangeant les affaires du décédé. L’archéologue avait en effet pendant des années suivi la piste d’un mystérieux culte monstrueux aux ramifications mondiales. Un culte relié à une entité fantastique: Cthulhu…

Les éditions Ki-oon continuent avec la régularité d’un métronome à nous proposer plusieurs fois par an une nouvelle adaptation de Lovecraft par le mangaka Gou Tanabe. Après les très réussies Montagnes hallucinées, Dans l’abîme des tempset La couleur tombée du ciel, on attaque l’ouvrage fondateur, déjà proposé avec les incroyables illustrations de François Baranger l’an dernier. La comparaison entre ce dernier, doté de très puissantes images couleur en grand format et le manga aux dessins très particuliers de Tanabe est très intéressante puisque l’on passe d’une simple illustration à une véritable adaptation. Et sur ce plan le manga marque des points en profitant de la force du récit construit en poupées gigognes avec des récits dans les récits. L’auteur se plait ainsi, comme sur l’Abîme des temps, à nous promener dans des ellipses temporelles brutales que les faciès très proches des personnages n’aident pas à distinguer. Comme remarqué sur les précédents albums, les limites de l’auteur deviennent des forces en créant un malaise dans cet univers où l’on sent la folie proche et où les lois de la physique et de l’espace-temps n’ont plus lieu. Assez compacte cette histoire centrée sur le cœur du Mythe, le grand Cthulhu dormant dans les profondeurs de la cité engloutie de Rlyeh, nous fera voyager au cœur de l’action car pour une fois les faibles scientifique ne sont que spectateurs de récits où les policiers et marins affrontent directement des sectes d’adorateurs démoniaques du Grand Ancien. Les visions cauchemardesques sont toujours aussi fortes, moins organiques que précédemment, mais l’illustration de l’univers années trente est fort réussie.L'Appel de Cthulhu - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.com

Sans temps morts, sautant entre plusieurs récits rappelant les architectures des Montagnes hallucinées (la fin dans la cité de Rlyeh), les changements de personnalité de l’Abîme ou la chasse de la secte dans le bayou de Louisiane, l’intrigue est d’une grande richesse en nous révélant progressivement la nature de ce culte essaimé à travers la planète. En forme de porte d’entrée dans le Mythe, vous pourrez ensuite aller découvrir la nature de ces entités en lisant les autres ouvrages qui développent d’autres races très anciennes. L’appel de Cthulhu est pour moi le plus accessible, le plus riche et le plus central des ouvrages de la collection et si vous ne devez en lire qu’un c’est sans doute celui-là.

Publiée dans le désordre par l’éditeur français, la collection de ces magnifiques adaptations doit encore voir paraître Celui qui hantait les ténèbres et le Cauchemar d’Insmouth (dernier paru). On ne sait si l’auteur compte passer le reste de sa carrière sur l’intégralité de l’œuvre de Lovecraft, mais il y a du choix pour de futurs albums…

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