***·BD·La trouvaille du vendredi·Numérique·Rétro

Odyssée sous contrôle

La trouvaille+joaquim

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BD de Dobbs et Stephane Perger
Ankama (2016), 54p., one-shot, collection « Les univers de Stefan Wul »

Avant de débarquer sur la planète Emeraude, l’agent Michel Maistre fait la rencontre de la belle Inès Darle, dont il va tomber éperdument amoureux. Malheureusement ils vont se retrouver tous deux impliqués dans un complot extra-terrestre. Lancé à la recherche de la belle kidnappée, l’agent va vite se retrouvé confronté à une réalité parallèle qui va remettre en question jusqu’à son être même…

badge numeriqueJ’ai découvert l’immense qualité graphique de Stephane Perger sur la série Luminary qui vient de s’achever et souhaitais découvrir ses précédentes productions. La très inégale collection Les univers de Stefan Wul n’a pas donné que des chefs d’œuvre (sans doute du fait d’adaptations de romans pas forcément géniaux bien qu’ayant eu une immense influence sur une génération d’artistes) même si elle permet d’apprécier les traits de Vatine, Adrian, Varanda, Reynès ou Cassegrain et je ne vais pas le cacher, cette Odyssée sous contrôle vaut principalement pour les planches somptueuses de Perger. Alors que d’autres romans ont été adaptés en plusieurs volumes celui-ci, du fait de son traitement, aurais sans doute dû en passer par là…

Odyssée sous contrôle – Artefact, Blog BDLa faute sans doute à une ambition scénaristique un peu démesurée sur une base pulp. Dobbs fait ainsi le choix de troubler le lecteur dès la première page en ne suivant aucune structure séquentielle logique afin de créer un effet de confusion similaire à celui du héros. Hormis les poulpes alien qui semblent fasciner Wul (voir Niourk) on n’a pas grande chose auquel se rattacher, les personnages changeant d’identité, des seconds couteaux apparaissant de nulle part sans que l’on sache si l’on est censé les connaître et le déroulement du temps se faisant de façon très chaotique. La volonté est évidente. Certains apprécieront cette lecture compliquée. Il n’en demeure pas moins que comme album BD on aura fait plus lisible. Peut-être également en cause la technique de Perger qui si elle est très agréable à l’œil, ne permet pas toujours de compenser les ellipses et devinettes narratives que nous jette le scénariste. Lorsque le scénario est flou il faut un dessin extrêmement clair et évocateur (comme sur le sublime Saison de sang) pour garder le lecteur dans les rails.

Au final on a un album assez frustrant habillé de superbes séquences et de quelques idées terrifiantes, d’un design rétro très fun et d’une promesse d’espionnage vintage, ensemble de propositions qui surnagent avec une impression de pages perdues. Une fausse bonne idée en somme qui à force de ne pas dérouler son histoire ne la commence jamais vraiment. Dans la collection on ira plutôt voir du côté de La mort vivante ou Niourk.

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***·BD·Mercredi BD·Rapidos·Service Presse

Jamais #2: le jour J

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BD de Duhamel
Grand Angle (2022), 54 p. one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

En 2019 on découvrait Madeleine, sorte de grande sœur des vieux fourneaux qui se retranchait dans sa maison au bord du précipice tels les gaulois d’Asterix. Après quelques albums revoilà la mamie que l’auteur Bruno Duhamel avait promis de venir retrouver. Alors comment relancer la machine maintenant que le point de fixation (la maison) était libéré et sans redondance? C’est bien là la question et la limite de cet album qui comme toute suite de ce qui n’était à l’origine pas prévu en série, trouve le risque de refaire le précédent mais sans la découverte.

Jamais (tome 2) - (Bruno Duhamel) - Comédie [CANAL-BD]Car pour la mécanique tout baigne: les dialogues sont toujours aussi mordants, les personnages juste ce qu’il faut de caricatural sans oublier le petit vernis d’actualité politique via cet opposant au maire tout droit issu du Rassemblement National. En perdant une part de l’absurde et de la mise en place, Duhamel compense par une dose d’aventure lorsque le maire, personnage central de l’intrigue, se retrouve à explorer des galeries dans la falaise en mode Club des 5 après un sauvetage branquignole d’une gamine forte tête. Le jour J du titre fait bien entendu référence au Débarquement et permet une liaison avec le mari décédé de Madeleine, avec une part d’histoire locale qu’a tout blède de France et, malin, de faire la liaison avec l’affreux facho de l’album, son crane chauve et son œil déviant. Graphiquement la colo est toujours aussi élégante et le trait semi-réaliste efficace même si le thème ne permet guère de « belles » planches comme ce fut le cas sur d’autres albums.

Chez Bruno Duhamel tout le monde en prend pour son grade, des babos aux jeunes technophiles (on l’avait compris dans #Nouveau contact_) et les maisons connectées. Le monde est peuplé de crétins et hormis les chats personne ne mérite beaucoup de compassion. C’est le point de vue de Madeleine et de son auteur. C’est souvent juste et très rigolo. On sent que l’auteur s’est fait plaisir, alors pourquoi bouder le notre?

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Billionaire Island

Histoire complète écrite par Mark Russel et dessinée par Steve Pugh. Parution en France chez Urban Comics le 26/08/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

L’Île mystérieuse

L’invention de l’agriculture a forcé les chasseurs-cueilleurs à faire société, à s’organiser afin de gérer des ressources croissantes. En effet, jusque-là, chaque individu, chaque groupe, ne prélevait que ce qu’il nécessitait. L’agriculture a fait en sorte qu’un individu avait désormais la possibilité de produire bien plus que ce qu’il nécessitait pour lui-même, ouvrant la voie au commerce et aux échanges.

Mais qui dit organisation complexe dit également hiérarchie, et donc, intrinsèquement, inégalités. Les différences de traitement et les inégalités sont donc inhérentes à toute forme de civilisation, ce qui, couplé à la nature avide de l’homme, garantit souffrances et luttes intestines à tous les groupements humains, passés, présents et à venir.

Ce qui signifie, par voie de conséquence, que si l’on prétend aujourd’hui avoir atteint l’acmé de la civilisation moderne, on se doit aussi d’admettre que l’on a atteint le paroxysme des inégalités qu’elle génère. Autrement, comment expliquer que 1% de la population possède autant que les 99% restants ?

Car oui, c’est bien de cela qu’il s’agit dans Billionaire Island. Les milliardaires, les ultra-riches, après s’être octroyé l’essentiel des richesses et des ressources du monde, ont décidé de quitter le navire, si l’on peut dire, en se construisant, assez ironiquement, une sorte de radeau de luxe, sous la forme d’une île artificielle.

Sur ce prodige technologique, tous les excès sont permis, mais seulement à ceux qui auront les moyens de payer leur place. Pendant que la planète se meurt, ceux qui avaient les moyens de la sauver mais qui ont choisi de ne pas le faire se sont donc réfugiés ensemble, espérant survivre à la fin. Bien évidemment, ce projet secret s’accompagne d’un bon petit complot des familles visant à stériliser les masses afin de résoudre la question du surpeuplement, que la journaliste Shelly Bly s’efforce de révéler au grand jour. Au fil de ses investigations, Shelly va lever le voile sur l’existence de l’île, et va même y faire un petit séjour forcé….

Après Space Bastards chez les Humanos l’an dernier, c’est au tour d’Urban de nous proposer de la grosse satire qui tâche et qui en met plein la tronche à notre société moderne bien-aimée. Alors que SB critiquait l’ubérisation de la société, Billionaire Island tire à boulets rouges sur les ultra-riches, ces individus ayant amassé des fortunes dépassant l’entendement grâce aux nouvelles technologies, où aux bonnes vieilles industries lourdes.

Ces êtres cyniques, qui ont perdu toute accroche avec la réalité, s’échinent à vouloir transformer le monde à leur image, certains s’imaginent même offrir un avenir à l’humanité en l’envoyant dans l’espace. Avec humour, Mark Russel dénonce donc cette élite économique dans un récit d’évasion délirant qui fait la part belle aux dérives capitalistes en tous genres.

Le revers de la médaille, c’est qu’il ne faut pas s’attendre à une profonde caractérisation des personnages, qui ne sont finalement que des parodies pour la plupart, voire pour certains, des prétextes à l’intrigue générale. Néanmoins, pas question de bouder son plaisir de lecture, même si on garde, au fond de soi, une crainte lancinante qui nous fait nous demander: et si tout ça arrivait un jour ? N’a-t-on pas déjà vu des choses du même genre ?

Dans un monde où un président à proposé sérieusement d’ériger un mur entre deux pays pour stopper l’immigration, dans un monde où un tweet peut abattre une nation, une île artificielle pour milliardaire sort-elle vraiment du champs des possibles ?

Ne vous attardez pas sur la réponse, il vous en cuirait certainement.

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FMA (Perfect) #11 – Dragonball Super #17 – Dai Dark #2 – Le cauchemar d’Innsmouth #2

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  • Fullmetal Alchemist  – Perfect #11 (Arakawa/Kurokawa) – 2022, 354p., 11/18 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

fullmetal_alchemist_perfect_11_kurokawaLe volume conclut la guerre (le génocide) Ishval avec le très grand mérite de clore enfin les révélations sur l’origine de Scar, ses motivations, la réalité du génocide qui nous place enfin dans de bonnes conditions pour saisir les motivations du (jusqu’ici) assez plat Mustang, mais aussi de la très charismatique Hawkeye, ainsi que l’apparition d’un nouveau méchant en la personne de l’Alchimiste d’Etat que nous découvrons en couverture. Après un retour à Central city pour remettre les pieds dans le contextes avant flashback (une petite révision trois tomes plus tôt ne fera pas de mal) on part pour le Nord, nouveau territoire où vont les frères Elric dans la recherche du mystère de l’alchimie de Xin et où ils vont rencontrer la sœur du commandant Armstrong…

Maintenant que toutes les pièces sont en place et les enjeux enfin posés (la restauration de la Démocratie dans ce régime militaire corrompu par les Homonculus) Arakawa semble décidée à nous faire voyager pour réunir ce qui devrait former la résistance au régime de King Bradley. Avec une galerie de personnages et d’intrigues secondaires faramineux mis en place on espère que la structure est bien préparée pour éviter de se perdre. La matière est là, les longueurs aussi dans ce tome qui semble être un pivot avant un dernier arc, mais cette série reste de très bon niveau pour peu que les belles séquences d’action ne soient pas trop rares pour dynamiser l’ensemble.

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  • Dragonball Super #17: le pouvoir du Dieu de la destruction (Toriyama-Toyotaro/Glénat) – 2022, 192p./volume, 17/19 volumes parus.
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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

 dragon-ball-super-17-glenatAprès un quinzième très bon tome, un assez piteux seizième, ce volume exclusivement centré sur l’affrontement entre nos deux Sayan et Granola s’ouvre sur peut-être une des meilleures séquences de combat de toute la série! Dans une pleine maîtrise de son dessin et de la technique de matérialisation de la vitesse, Toyotaro propose des pages nerveuses de baston pure sans chichi de superpouvoirs et de fireballs. Mine de rien depuis les tournois des meilleurs combattants de la Terre on n’était jamais vraiment revenu à cet esprit arts-martiaux. Les coups sont secs, directs, le combat équilibré… avant de retomber dans l’habituel échange entre guerriers surpuissants et passages de niveaux cachés. On flirte sans cesse avec le stade ultime ce qui ne surprend guère. Chose étonnante en revanche, ce volume ne comporte pas les habituelles coupures scénaristiques. De ce fait si le combat seul est très réussi, le rythme de l’album (à la lecture fort brève) est un poil linéaire. Avec un Vegeta qui semble revenir à ses anciennes rancœurs maléfiques, on a comme souvent sur DB un enrobage fort classique et quelques fulgurances visuelles ou scénaristiques, très brèves. Mais on reste très tolérant avec cet ancêtre toujours fringant que sont les aventures de Son Goku.

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    • Dai Dark #2 (Q-Hayashida/Soleil) – 2022, 208 p./volume, 2/5 volumes parus.
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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

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Les aventures de Sanko Zaha, son robot-chien Spectrum, le Sakadoh Avakian et la redoutable Death Delamort se poursuivent alors que les tueurs de la Photoforce se sont lancés dans une chasse impitoyable pour détruire les quatre Fléaux…

Sur le même ton délirant que précédemment et sur des thèmes absolument typiques du shonen, Q-Hayashida envoie ses héros dans une sorte d’Ikea spatial pour faire leurs emplettes avant de se lancer dans une cuisine du futur faite de boulettes lyophilisées et de pain en boite. Comme sur le premier tome ce qui continue de surprendre dans ce manga c’est qu’il semble destiné à une catégorie très particulière de jeunes lecteurs, comme si des enfants de métalleux gothiques percés proposaient un manga issu de cet univers. Le contrats entre les dialogues très simples, les intrigues linéaires et l’univers graphique extrêmement noir et délibérément répugnant ne cesse de surprendre. Sans doute le même attrait que celui des films d’horreur et une certaine passion pour les insectes pourra donner envie de lire ce manga qui sort résolument des sentiers battus. Le lecteur adulte pourra s’impatienter devant ce manque d’intrigue qui nous laisse dans la même situation initiale après deux tomes même si l’imagination délirante de l’autrice et l’humour(noir) tout à fait efficace rendent la lecture sympathique.

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  • Le cauchemar d’Innsmouth #2 (Tanabe/Ki-oon) – 2022, 240p., collection Les chef d’oeuvres de Lovecraft.

cauchemar-dinnsmouth-2-ki-oonLe cauchemar d’Innsmouth est l’un des romans les plus connus de Lovecraft et son dernier publié. Si l’on peut comprendre l’intérêt économique pour Ki-oonde vendre deux volumes d’une pagination importante on rappellera que Dans l’abîme du temps (le meilleur pour l’instant) est paru en un unique volume pour une taille à peine moindre.

On reprend donc exactement là où le précédent s’arrêtait, avec cette fois une confrontation assez rapide avec les habitants pisciformes de la localité maudite, et c’est parti pour une fuite implacable du protagoniste devant une horde inouie de créatures maléfiques. C’est sombre comme jamais et un peu longuet dans un sens unique bien que la séquence très tendue de l’hotel soit redoutablement efficace pour nous faire stresser. Malheureusement les limites mythologiques très courtes sur cette histoire (pas d’archéologie, pas de Grand Ancien) atténuent sensiblement l’inétrêt jusqu’à oublier quelque peu le principe même du fantastique et les aller-retour entre la certitude de l’horreur et le doute rationel. Problème de rythme donc avec cette très longue découverte d’Innsmouth sur le tome un suivi d’une très longue échapée répétitive. Quelques planches feront leur effet terrifiant mais le sel de Lovecraft manque pour nous happer dans l’abîme indiscible recherché. On a au final une des histoires les plus faibles de la série, à réserver aux complétistes donc.

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

L’assassin qu’elle mérite

La trouvaille+joaquim

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BD de Wilfried Lupano, Yannick Corboz et Catherine Moreau (coul.)
Vent d’ouest (2010-2016), 46p./album série terminée en quatre volumes.

Dans la Vienne impériale de 1900 l’ancien monde se fracasse sur le nouveau. Si l’oppression féodale a été remplacée par une Lutte des classes entre prolétariat et bourgeoisie fortunée, cette dernière est loin d’être homogène, certains de ses membres abhorrant le carcan moral que fait peser l’ordre établi sur l’humanité. Ainsi vont se retrouvés liés à la vie à la mort deux riches hédonistes décidés à s’encanailler en créant une oeuvre d’art vivante: un pauvre naïf qu’ils ambitionnent d’élever au rang de criminel ultime chargé d’abattre la société morale. Ils vont s’efforcer de créer l’assassin qu’elle mérite…

L'assassin qu'elle mérite - BD, informations, cotesÉtrange série que cette quadrilogie qui se découpe en réalité en deux diptyque en forme de deux lieux/époques. Formé à Emile Cohl et déjà très solide techniquement et doté des atouts techniques des artistes de l’animation, Yannick Corboz (auteur plus tard de la Brigade Verhoeven et dernièrement des Rivières du Passé chez Maghen) sort d’un diptyque avec le golden-boy d’alors, Wilfried Lupano tout juste auréolé du succès de sa série majeure, Alim le Tanneur. Déjà chez les deux auteurs ce besoin de politique, cet esprit contestataire d’un ordre établi, d’une morale religieuse ou sociale qu’ils veulent mettre à bas. Et l’on sent dans le duo Alec/Klement une part de l’esprit créatif qui transpire dans cette reconstitution des Vienne et Paris de la Belle-époque.

Difficile de résumer cette intrigue très tortueuse qui, si elle suit résolument l’itinéraire assez piteux du jeune Victor tombé dans les filets machiavéliques de Victor, ne fait pas de lui un héros pour autant, loin de là. Ici les personnages sont bien un prétexte pour dépeindre deux sociétés au bord de l’explosion et que personne ne veut vraiment défendre. Le traitement scénaristique est ainsi perturbant en ce qu’hormis peut-être Klément, l’ami victime repenti on a très peu de compassion ni pour Alec le manipulateur ni pour Victor la victime. Car s’il a découvert la belle vie des héritiers gavé de l’argent de son mécène, le jeune garçon enchaîne mauvaises rencontres sur mauvaises décisions et n’est même pas capable de devenir le terrible révolutionnaire que l’on imagine.

L'Assassin qu'elle mérite - BD, avis, informations, images, albums -  BDTheque.comWilfried Lupano nous avait déjà habitué au refus de la linéarité sur Alim le tanneur et poursuit ici sa construction chaotique au risque de perdre un peu le lecteur quand aux finalités de son projet. Le décors et les acteurs permettent bien très efficacement de nous décrire la Vienne impériale où la Police est principalement là pour protéger le mode de vie rapace des riches et où le vernis moral s’efface bien vite derrière le sexe et les pulsions. Mais faute de point d’accroche auquel s’identifier (un héros, un méchant) on écoute les analyses intéressantes tout en cherchant la route. C’est une approche que l’o peut qualifier de complexe, l’auteur refusant de donner le mode d’emploi de sa carte postale. Ainsi la rupture de mi-série voit disparaître Alec et l’intrigue se voit transposée à Paris autour de l’Exposition Universelle et d’un projet d’attentat anarchiste. Des personnages disparaissent, d’autres apparaissent sans que l’on se souvienne bien si on les a déjà vu ou non.

L'Assassin qu'elle mérite - BD, avis, informations, images, albums -  BDTheque.comGraphiquement parlant Corboz propose de belles mises en scène avec une évolution que la couleur n’aide pas. En changeant de coloriste sur chaque album, on sent que le dessinateur n’est pas totalement convaincu, lui qui maîtrise pourtant une belle palette sur ses dernières publications. Et si l’encrage est un peu grossier sur le premier volume ce sont surtout les couleurs qui semblent faites au numérique qui détonnent avec l’approche artisanale du trait et de l’ambiance. L’évolution graphique est ainsi palpable tout au long de la série (en mieux) et propose quelques très belles atmosphères impressionnistes qui collent parfaitement à l’époque.

Série insaisissable, ni pamphlet politique, ni carte postale ou chronique sociale, L’assassin qu’elle mérite est tout cela à la fois dans un mode déstructuré qui demandera un lâcher-prise au lecteur sans chercher un sens à tout cela. Pas le meilleur scénario de Wifried Lupano mais une belle découverte graphique d’un dessinateur assez rare et qui pourrait bien exploser au grand public au premier succès commercial.

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SinOAlice #1 – Tsugumi project #4 – Appare Ranman #3

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  • SINoALICE #1 (collectif/Kurokawa) – 2022, 190p./volume, 1/4 volumes parus.
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Merci aux éditions Kurokawa pour cette découverte!

 Sine se réveille comme tous les matins pour se rendre au lycée où l’attend sa meilleurs amie. Sujette à un étrange rêve elle va se retrouver soudain entraînée dans un drame au sein du lycée. Lorsqu’elle se réveille la réalité semble avoir changé. Qu’est-ce qui est réel, qu’est-ce qui est un rêve? Qui est elle et que veut-elle lui demandent ces étranges poupées mécaniques qui parlent à son esprit?…

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SINoALICE est une  adaptation de l’univers du concepteur de jeu vidéo derrière les célèbres NieR. Introduisant dès les premières pages un parallèle avec le monde de Lewis Caroll qui fascine tant les auteurs, le manga joue sur la typographie typique de Taro que l’on pourrait traduire par « Péché d’Alice » (Sin of Alice). Outre une ambiance très noire et graphiquement fort réussie faite d’une certaine épure jouant sur les contrastes avec certains décors hyper-détaillés, ce premier tome brise la narration en nous plongeant dans une forme de torpeur visant à brouiller la frontière entre les différentes réalités. Après une première séquence à la focale centrée sur l’héroïne on bascule dans une sorte de Loop à la Un jour sans fin qui voit l’horreur surgir dans le quotidien de Sine. Entre un découpage qui déstructure toute temporalité et des insertions de textes qui semblent retoucher les images elles-mêmes, on ne sait plus qui voit quoi, qui est où et quand… très immersif même s’il ne fait qu’effleurer la surface d’un univers complexe, ce premier tome fait le job de nous intriguer et par son aspect original et dérangeant. La qualité graphique et les références aux contes (version dark) suffisent à donner envie de continuer pour voir. Bonne pioche donc, avec un second tome qui permettra de confirmer ou non ces bonnes impression, dès ce début septembre.

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    • Tsugumi Project #4 (Ippatu/Ki-oon) – 2022, 224 p./volume, 4 volumes parus.
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Merci aux éditions Ki-oon pour leur confiance!

Deux ans et demi entre le troisième et ce quatrième tome de la série originale Ki-oon on peut dire que ça explose littéralement les rythmes habituels de parution en manga! Etant donnée la qualité et la minutie des dessins on comprend que ça prenne du temps et l’auteur nous rassure en expliquant qu’il a engagé des assistants. Car depuis le premier volume de cette série post-apo le niveau d’exigence nous rapproche plus d’un dessin franco-belge avec des arrière-plans somptueux et aucune case qui se contente d’un personnage en premier plan comme souvent sur ce format. Niveau histoire on a ici une assez nette rupture puisque pas moins de deux flashback nous racontent le passé de Léon et du « monstre » Satake et la constitution d’une équipe qui nous sort des seules explorations des humains et de leur interaction avec Tsugumi, ici assez en retrait. On est donc surpris par un changement de ton qui nous passe de l’exploration post-apo à ce qui ressemblerait plus à une sorte de fantasy avec créatures finalement pas si anormales. Ce tome se concentre donc principalement sur cette puissante Satake et ses motivations pour ainsi venir en aide aux explorateurs. La création d’êtres semi-humanoïdes passionne Ippatu et si la finalité de cette odyssée reste brumeuse, on continue très volontiers le voyage à la découverte du Japon d’après.

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  • Appare Ranman #3 (AHN Dongshik- Appercacing/Doki-Doki) – 2022, 176p./volume, série finie en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance!

appare_ranman_3_dokiLigne d’arrivée en vue pour cette adaptation en trois tomes d’un animé populaire. Et comme souvent sur ce format très court, la qualité des dessins finissent pas être un peu courts pour compenser une intrigue… de dessin animé. Au menu grande révélation de l’identité cachée du gros méchant absolument méchantissime, alliances et trahisons et baston finale en trois temps. On peut dire que jusqu’au bout la mécanique du manga est très bien huilée, avec un scénario aux rebondissements réguliers. On pourra regretter un manque de folie sans doute à mettre sur le compte du carcan de l’adaptation. On est tout de même surpris par la place prise par les intermèdes et la brièveté des séquences d’action pourtant parfaitement fun. Hésitant toujours un peu entre course de bagnole steampunk et western, ce troisième tome se lit sans déplaisir mais avec un risque d’oublie une fois refermé le tome. Comme pour beaucoup de très bonnes séries Doki-Doki très dotées esthétiquement mais un peu courts pour une course de fond. Une trilogie donc portée par des personnages très charismatiques et qui fait le job pour une lecture-conso.

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Amazing Fantasy

Histoire complète en 144 pages, écrite et dessinée par Kaare Andrews chez Marvel Comics. Parution en France chez Panini Comics le 22/06/22.

Voyage en terre inconnue

Ils sont trois à se réveiller sur l’île de la Mort. Steve Rogers, alias Captain America, alors qu’il se trouvait sur un navire de guerre, durant la Seconde Guerre Mondiale, Natasha Romanoff, durant la Guerre Froide, alors qu’elle termine sa formation de Veuve Noire, puis Peter Parker, durant ses jeunes années en tant que Spider-Man.

Tous trois voient la mort en face puis se réveillent, échoués à différents endroits de cette île mystérieuse, qui est arpentée par des Orcs, des Dragons, des Sorciers et autres Griffons. Que font-ils ici, quel est cet endroit ? Nos trois héros pourront-ils fuir cet enfer pour rejoindre leur époque d’origine ?

Kaare Andrews, que l’on avait remarqué chez Marvel suite à son passage sur la série Iron Fist, signe ici une mini-série amoureuse et nostalgique des années 60-70, et des débuts de la maison Marvel, dont les premiers récits étaient effectivement empreints de fantasy et de magie. L’auteur décide de prendre trois héros iconiques dans des périodes qui ne le sont pas moins, pour les projeter sans ménagement dans cet univers brutal, aux antipodes de ce qui leur est familier.

Le choix de Black Widow, Captain America et Spider-Man n’a rien de choquant en soi, et permet même, par le truchement des époques différentes, de créer des quiproquo, notamment autour de Captain, qui ignore encore le rôle qu’il jouera à l’époque de Spider-Man. L’action est au rendez-vous, bien sûr, mais on peut regretter que l’auteur n’exploite pas tous les lieux communs de la fantasy, et surtout, qu’il n’ancre pas davantage son récit sur le plan émotionnel pour tous les personnages.

Je pense notamment à Black Widow, qui est ici une adolescente, supposément encore novice puisqu’elle termine sa formation à la Chambre Rouge. Et bien la chère Natasha, malgré ce postulat, se comporte souvent comme un vétéran de l’espionnage et de la manipulation, et l’auteur semble aussi oublier la jeunesse du personnage lorsqu’il la place dans des interactions sensuelles avec des personnages adultes. Il en va de même pour Peter, qui est adolescent, et qui a une romance avec une farouche guerrière qui semble elle aussi adulte… A ces moments gênants s’ajoutent d’autres plus tendres entre l’Oncle Ben et Peter, par exemple, mais le tout se noie quelque peu dans une vague de confusion, au regard de l’intrigue et de la mise en scène.

En effet, beaucoup d’éléments sont peu clairs, sans doute pas creusés par l’auteur, ce qui tend à banaliser une mini-série qui se voulait épique et grandiose, exempte de complexes car hors continuité. Toutefois, malgré ça, l’aspect purgatoire/au-delà/expérience de mort imminente reste intéressant à creuser, et permet sans doute de combler les trous du scénario. Cette version de nos héros à la sauce Conan le Barbare reste donc divertissante, mais manque l’occasion de nous transporter réellement, et finira sans doute parmi les innombrables « What-If » chers à Marvel.

Côté graphique en revanche, Kaare Andrews casse la baraque et fait la démonstration habile de la versatilité de son trait, s’adaptant aux différentes ambiances qu’il évoque et à chaque personnage. Comme quoi, scénariste et dessinateur sont effectivement deux métiers bien différents et complémentaires. On met 3 Calvin pour le dessin et le grand format, qui offre un bel objet et un confort de lecture indéniable.

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Korokke et l’esprit sous la montagne

Second tome de la série écrite par Josep Busquet et dessinée par Jonathan Cantaro. 104 pages, parution le 27/05/22 grâce à Spaceman Project.

Sauce Samouraï

Korokke, l’Oni rouge et bravache, parcourt le Japon en compagnie de son ami Fugu, un renard afin de se confronter aux meilleurs combattants du pays et ainsi, devenir les meilleurs lames nippones de tous les temps. Au cours de leur pérégrinations, Korokke et Fugu croisent la route de Negi, une nonne désespérée qui cherche par tous les moyens à sauver son temple, promis à la destruction par l’immonde Nobunaga.

Le conquérant, qui a sous ses ordres une armée de plus de vingt-cinq mille hommes, qu’il sacrifierait jusqu’au dernier pour accéder au trésor gisant sous la montagne qui abrite le fameux temple. Negi, qui n’a pas de quoi se payer les services de ronins aguerris, va faire des pieds et des mains pour bénéficier du secours de ce duo de sabreurs magiques. Mais Korokke, trop absorbé par sa quête de perfection, et déjà lésé autrefois par la malice des humains, n’est pas prêt à accorder sa confiance une nouvelle fois, et déboute la nonne éplorée.

Décidée à sauver son temple quoi qu’il en coûte, notamment en souvenir de son grand-père, va ruser pour convaincre l’oni et son ami renard de s’associer à sa cause. Ainsi vont commencer les nouvelles aventures de Korokke pour sauver l’esprit sous la montagne !

On peut compter sur les éditions Spaceman Project pour dégoter des projets originaux, variés, et leur donner leur chance via le financement participatif. Korokke, qui avait déjà été plébiscité par les lecteurs lors de la campagne de financement du premier tome, a reçu pour cette suite plus de 120% de participations.

Le protagoniste, Korokke, est un « oni », des démons issus du folklore japonais que l’on pourrait considérer comme des mélanges entre ogres occidentaux et djinns orientaux. Il est généralement admis que les oni rouges sont turbulents, agressifs, extravertis et fortes-têtes, tandis que les bleus seraient plus bienveillants, réfléchis et sereins. On trouve des duos oni rouge / oni bleu à de nombreuses reprises dans la pop culture, comme par exemple Captain America (bleu) et Iron Man (rouge), Superman (rouge) et Batman (bleu), Sonic et Knuckles, Leonardo (bleu) et Raphael (rouge), Hellboy et Abe Sapiens.

En parlant de Hellboy, on peut aisément faire le rapprochement avec Korokke, deux démons rouges au grand cœur qui parcourent le pays et affrontent des adversaires magiques. L’auteur mène cependant son intrigue sans trop de rebondissements ni coups de théâtre, jusqu’à un final qui fleure bon le deus ex machina. Cette fin gâchera quelque peu le plaisir de lecture aux lecteurs pointilleux, mais l’ensemble est suffisamment bien mené pour pour garder son sceau qualitatif.

Entre Hellboy et les Sept Samouraïs, Korokke emportera l’adhésion des amateurs de folklore japonais et d’aventures sabreuses.

***·BD·East & West·Service Presse

Un dernier soir à Pékin

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Manhua de Golo Zhao
Glénat (2022), 256p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

He Liu passe une soirée à Pekin avec son amie. Les effluves de repas le replongent dans son passé provincial, dans cette petite ville industrielle où il a passé son enfance, bercé de souvenirs liés à la nourriture…

Un an après son magnifique et monumental Plus belle couleur du monde, celui qui apparaît comme le chef de file des auteurs de BD chinoise revient chez Glénat avec un album moins volumineux et moins ambitieux, qui se présente comme quatre tranches de vie d’un jeune chinois nostalgique de son enfance faite de petits bonheurs, de rencontres humaines et de vexations.

Un dernier soir à Pékin - broché - Golo Zhao - Achat Livre ou ebook | fnacLa partie graphique est toujours superbe chez Golo Zhao dont la science du cadrage et de la mise en scène nous plongent littéralement dans un film, faisant de la plus insignifiante scène une immersion magnifique. Cela compense la relative fragilité de ces quatre intrigues dont l’absence de liens renforce l’aspect Nouvelle. Ce n’est pas inintéressant, loin de là, mais faute de liant on passe d’une histoire à une autre avec le très léger artifice culinaire destiné à donner une homogénéité à l’ensemble. Cela rend l’ensemble bien moins fort que le précédent album avec des chroniques que l’on risque d’oublier assez vite.

Golo Zhao reste néanmoins un formidable passeur culturel, parvenant à transmettre une époque achevée dans un pays bien lointain de nous. L’Asie n’est jamais simple à montrer à des européens tant les différences culturelles sont importantes, qui plus est dans ce pays communiste qui ne nous semble pourtant , dans cet album, pas si distant. Car les humains et leurs relations (ce qui intéresse l’auteur) restent un sujet relativement universel et même sur un album mineur on se prend au jeu de la découverte, aidé en cela par ces planches et ces couleurs qui nopus émerveillent.

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***·BD·Nouveau !·Rapidos

L’écluse

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BD de Philippe Pelaez et Gilles Aris
Grand Angle (2022), 64p., one-shot.

image-13Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance

Quelque part dans la campagne française de 1960 dans le village de Douelles les sangs s’échauffent alors que les cadavres s’additionnent dans l’écluse du simplet Octave. Entre rumeurs anciennes, secrets gardés et violence macho, le calme provincial nécessite de fouiller très profond pour arrêter l’hémorragie. Mais les deux policiers débarqués de Cahors sont tenaces…

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH976/planchea_448157-00410.jpg?1660158741Philippe Pelaez aime parler des petites gens, de ce peuple où médiocrité et bassesse allie le cœur et la détermination. On aura plutôt la première partie sur ce one-shot qui s’inspire des polar provinciaux où l’étranger (la police) vient mettre le nez dans des secrets locaux et tente de se confronter aux traditions et lois rurales. L’histoire et la politique ne sont jamais loin chez l’auteur comme lorsque les forts en gueulent proclament la création d’une milice plus à même de protéger « nos filles » qu’une police vue comme exogène. Le schéma est classique mais vrai et efficace.

La maîtrise de la narration est comme toujours réelle chez Pelaez. Pourtant si l’on est tenu en haleine tout le long du récit on ne peut que constater la trop grande linéarité d’un déroulé qui insiste sans doute trop sur les salauds du coin en hésitant entre la chronique sociale noire et l’exercice de style type Nympheas noirs. Du coup on attend le coup d’éclat, le retournement de situation, qui arrive bien tardivement et brutalement, sans transition. Peut-être empêtré dans les fils de son plan, le scénariste expédie ainsi sa chute trop brutalement, tant et si bien qu’on se prend à relire plusieurs fois les dernières pages pour être sur de ne rien avoir raté.

La partie graphique, si elle est elle aussi assez propre techniquement ne porte que trop peu le récit par ses gueules décousues, presque cubistes, donnant l’impression que les deux compères ont peut-être trop appuyé le trait de ces gueux. Alors oui l’atmosphère est pesantes, étouffante, mais les hésitations entre plusieurs styles, tant de graphisme que de scénario font qu’on reste, en reposant l’ouvrage, un peu dubitatifs quand à ce que l’on vient de lire. Les amateurs d’atmosphère et de communautés villageoises vénéneuses pourront y trouver leur compte mais pour le grand public cet album rate un peu le coche. Rare chez Philippe Pelaez.

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