***·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Radiant Black #1

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Comic collectif.
Delcourt (2022), Ed US Image comics (2021), 1/3 tomes parus.

Dur d’être un écrivain en devenir. Nathan veut vivre de son écriture, mais n’en a ni les moyens ni la discipline. Contraint de retourner vivre chez ses parents, il se retrouve soudain doté de grands pouvoirs après la rencontre avec un artefact. Entre l’apprentissage de ses nouvelles capacité, le doute quand à son avenir et bientôt l’apparition d’autres super-humains, ses journées ne vont pas être de tout repos…

Attention spoilers!

https://www.avoir-alire.com/local/cache-vignettes/L672xH1021/radiant-black-01-p05-7d0a5.jpg?1655103420Le scénariste Kyle Higgins se passionne pour les collants et les Power Rangers. Récemment à l’œuvre sur une résurgence d’Ultraman (qui avait fortement plu à Dahaka!), celui qui a passé l’essentiel de sa carrière sur des séries de commande se plonge dans la création originale au sein du grand creuset du comics indé, les incontournables Image comics. Soyons honnête, ce n’est pas vraiment terra incognita puisqu’en compagnie du brésilien Marcelo Costa (qui a commencé avec Higgins sur les Power Rangers justement) il nous propose une origin story où un jeune américain devient un super-héro après avoir touché une sorte de « trou noir miniature » avant de se retrouver confronté à d’autres personnages dotés du même costume. On peut faire plus original comme pitch et personnellement j’étais sceptique avant de me lancer, plus friand des variations politiques  (comme sur Ignited ou Alienated) et absolument pas nostalgique du kitschissime sextuor.

Pourtant on peut dire que ce premier tome de lancement fonctionne plutôt bien et nous accroche même franchement lorsqu’au dernier épisode on bascule dans l’histoire de « force rouge ». Ce ne sont pas les dessins (honnêtes) qui font de Radiant black une bonne histoire, c’est tout simplement le doute d’un personnage d’auteur en difficulté, puis celui de son alter-ego trahie. Car bien que la Radiant Black - Tokunationtrame du gros de l’album soit assez linéaire et attendue, la révélation du cinquième chapitre puis l’ouverture d’une histoire qui laisse entendre qu’on va découvrir ses comparses progressivement rehaussent fortement l’intérêt. Malgré l’absence d’un véritable antagoniste et d’un drama solide sur l’essentiel du tome, on bascule entre le fun pur des expérimentations de pouvoir avec le pote déglingué et les jolies mises en scènes des tentatives d’écriture de Nathan. C’est touchant, réaliste et on imagine le miroir avec la quasi-totalité des scénaristes de BD à un moment de leur vie.

Jouissant d’un design très élégant sur une base archi-classique, Radiant Black sait pourtant se sortir du tout venant grâce à une sympathique écriture et un sens du rythme qui permettent de rester en haleine chaque fois que la maigre intrigue commence à s’enliser. Pour un tome de lancement c’est déjà pas mal et on peut faire confiance aux auteurs pour ouvrir les perspectives sur les épisodes suivants, avec pourquoi pas l’ajout de thématiques sociétales qui pourraient donner de la densité à l’ouvrage. L’ambition semble présente. Y’a plus qu’à…

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**·***·****·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Blue period #8/9 – La guerre des mondes #3 – Dragonball Super #16

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Salut la compagnie! retour des mangas avec deux belles séries que j’aime suivre chez deux éditeurs toujours qualitatifs. Pas mal de retard sur Blue period qui malgré mon enchaînement de deux tomes commence à voir son intérêt se tasser, à l’inverse de la Guerre des mondes qui m’a procuré un grand plaisir assez inattendu qui confirme le flair de ki-oon pour dénicher des pépites presque à chaque publication. Les aventures de Goku passent elles sans grand intérêt mais sans inquiétude non plus sur un probable rebond dès le mois prochain.

  • Blue period #8 et 9 (Yamaguchi/Pika) – 2022, 208p./volume, 9/12 vol. parus.
bsic journalism

Merci aux éditions Pika pour leur confiance!

 

blue_period_8_pikaVolume 8: ce huitième tome se partage en deux parties. Une première voit Yatora rencontrer un nouveau camarade un peu pot de colle et avec qui le courant ne passe pas vraiment. Le voilà embarqué dans des beuveries un peu contre sa volonté alors que les premières années doivent rendre un travail qui demande à notre peintre de se documenter sur le quartier de Shibuya qui l’avait tant inspiré lors de sa préparation du concours. Par la suite il découvre que les vacances estivales sont destinées à préparer la grande parade de l’Ecole en Septembre, exigeant un énorme travail d’équipe pour réaliser un char de toutes pièces. Si la créativité de ces jeunes artistes est tous les jours impressionnante, l’épuisement guette néanmoins ces passionnés. Tome un peu moins prenant du fait des séquences culturelles sur Tokyo, ses quartiers, sa gastronomie, qui n’intéresseront peut-être moins les lecteurs qui suivent Blue Period avant tout pour l’apprentissage artistique. Heureusement la seconde partie retrouve la fluidité et l’interaction entre personnages qui font tout le charme de cette série depuis le début.

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blue_period_9_pikaVolume 9: on enchaîne sur la fin de la construction du char et la fête qui s’ensuit puis après un épisode de découverte de Velasquez les étudiants entament un travail sur les techniques de la fresque et de la mosaïque. Toujours mal dans ses pompes Yatora navigue entre doute artistique et relations toujours faciles avec ses camarades… hormis avec le très complexe Yotasuke. Ce volume continue ainsi d’explorer les différentes facettes psychologiques du monde de l’art, avec les figures de professeurs parfois très originaux et des questionnements sur le moment où l’on devient un artiste, la différence entre profs et étudiants dans la relation à l’art (des étudiants ne peuvent-ils pas être plus doués que des prof?). L’enchaînement des séquences reste assez brutal et n’aide pas à suivre le cheminement de l’autrice qui par moment semble perdue dans ses pensées et souvenirs d’étudiante en école d’art. Ça reste intéressant et cohérent avec l’état psychologique un peu chaotique de son personnage mais on perd un peu en intérêt didactique.

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    • La guerre des mondes #3 (Yokoshima/Ihata/Wells) – 2022, 192 p./volume, 3/3 volumes parus, série finie.
bsic journalism

Merci aux éditions Ki-oon pour leur confiance!

guerre-des-mondes-3-ki-oonCette très belle série, beaucoup plus ambitieuse qu’il n’y parait, se termine donc sur ce troisième tome qui parvient à accentuer l’intérêt scénaristique alors que la conquête semble passer à un nouveau stade et que le héros découvre la source des terrifiants engins martiens et leur méthode génocidaire. Les deux précédents volumes décrivaient principalement des destructions et la sidération de certains personnages. Un peu moins de scènes de destruction ou de bravoure ici mais le constat de la perte de santé mentale de certains et une avancée certaines dans l’intrigue puisque l’on découvre l’organisation d’une forme de résistance aux martiens. En se basant sur le matériau d’origine les auteurs gardent une certaine contrainte qui explique la brutale conclusion, mais le tout est très intelligemment mené et fait de cette trilogie l’une des versions les plus intéressantes que l’on ait pu lire de ce grand classique de la littérature SF.

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  • Dragonball Super #16 (Toriyama-Toyotaro/Glénat) – 2022, 176 p./volume, 16 volumes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance!

dragon_ball_super_16_glenatOn continue sur ce nouvel arc original de la série bientôt quarantenaire (!!!)… qui malheureusement fait retomber les ardeurs perçues sur le quinzième tome. Pendant que Goku s’entraîne avec l’Ange Whis, Vegeta s’entraîne avec Beerus le dieu de la destruction… vous comprendrez comme moi vers quoi on s’oriente, notamment dans l’optique d’une fin possible (quand-même) de la série. L’idée est fort séduisante et aurait l’intérêt de la cohérence après tant de combats contre les plus dangereuses menaces de la Terre/galaxie/Univer(s)…  A côté de cela on nous fait suivre l’itinéraire de ce nouveau personnage « céréalien » qui va se retrouver doté de capacités gigantesques grâce à une des plus grosses feignantises scénaristiques de l’histoire de la saga. Pendant ce temps toujours pas de Freezer à l’horizon et on se demande bien comment Toriyama va se débrouiller pour éviter la redite en annonçant un nouvel affrontement contre « l’armée de Freezer ». Bref, ce tome ne brille vraiment pas par son scénario et n’a ni personnage charismatique ni combat rageur pour nous réveiller. Hormis le jeu avec Beerus et Whis qui fonctionne toujours bien on est donc franchement sur un intermède paresseux.

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BD·Service Presse·Nouveau !·***

Le Convoyeur #3 – Les veuves électriques #2 – Travis #16

La BD!

Hello les lecteurs! Cette semaine on va faire des rattrapages tous azimuts sur des séries en cours qui sortent des sentiers battus, avec le post-apo Convoyeur, la satire politico-écolo Veuves électriques et le grand ancien Travis qui conclut le dernier cycle.

  • Le convoyeur #3 (Armand-Roulot/Lombard) – 2022, 54p./volume, 3 vol. parus.

Attention Spoilers!

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Accueillie un peu froidement à sa sortie, la série du Convoyeur se rapproche de sa conclusion maintenant que le secret du personnage a été dévoilé de façon choquante sur le cliffhanger du précédent opus. Le genre post-apo trouve toujours des détracteurs mais il est indéniable que tant graphiquement (les design comme le style de Dimitri Armand) que dans la création d’univers cette série ne laisse pas indifférent et revêt un travail qui force le respect. Chaque tome apporte beaucoup de nouveauté et si la construction inhabituelle surprend, on se laisse porter avec une forme de satisfaction dans cette incertitude permanente. Rarement le traitement des personnages aura été si dérangeant pour le lecteur habitué à des schémas archétypaux… Sur ce troisième volume nous avons donc une une bascule majeure entre héro et antagoniste puisque le personnage de Minerva découverte juste avant devient centrale et nous narre son histoire familiale tragique qui la lie au Convoyeur. Par ce processus risqué les auteurs perdent ainsi un personnage central extrêmement charismatique, laissant le lecteur un peu démuni. On perd également la richesse du décors médiéval-steampunk, sacrifice nécessaire pour faire fortement avancer l’intrigue qui repart sur de nouvelles bases à la conclusion. Sommes nous seulement au mitan d’une longue série ou proche de la fin, seules les auteurs peuvent le dire mais on reste bien accroché sur une saga qui aura su se démarquer sérieusement de la concurrence et nous enivre sur les planches toujours sublimes d’Armand.

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  • les veuves électriques #2 (Relom-Geoffroy-Degreff/Delcourt) – 2022, 62 p., 2/2 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_448226Le premier tome était une franche surprise au vitriol et j’avais hâte de connaître le dénouement de cette grosse farce très critique. Ce tome enchaîne directement en flirtant par moment avec du Fabcaro dans le genre n’importe quoi. C’est mieux dessiné, souvent drôle et on monte encore d’un cran dans la critique du président des riches qui se retrouve soumis à un chatelain-milliardaire décidant de la politique de la Nation au sein d’un aréopage de chefs à plumes tous corrompus. On aura droit à la privatisation de l’eau, au comportement prédateur des milliardaires, la collusion de l’Etat avec les milieux d’affaire, la précarisation d’EDF et sa gestion des centrales,… L’attaque sur Macron et sa politique est toujours aussi violente et les auteurs ont l’intelligence de ne pas chercher ni circonstances atténuantes ni héros qui irait sauver cette satire… noire jusqu’à la dernière page. On peut se demander si la fin en est bien une mais le fait est que les auteurs tirent à balles réelles et que ça fait du bien de rire pour dérider notre actualité si sombre.

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    • Travis #16 : opération Gorgone (Quet-Duval/Delcourt) – 2022, 46 p./, cycle 5 acheté en 3 tomes.

couv_445280Bon, on ne va pas se mentir, un mauvais album de Travis ce n’est pas vraiment possible (un mauvais Duval en revanche…). On a quitté la bande de Vlad sur Terre en pleine action pendant que Travis faisait dodo en direction de Ceres. Cela fait quelques albums maintenant que Fred Duval utilise cette technique pour faire cohabiter les deux faces héroïque de sa série en alternant albums full-action et albums spatiaux et techno… et ça marche. Juste que l’intrigue spatio-politique étant condensée en un unique album de quarante-six planches on peine un peu à s’y retrouver entre les multiples factions qui interviennent dans ce balkan spatial alors que certains cherchent à récupérer la première forme de vie extra-terrestre en provenance d’Europe, que les pourritures Fulci-Baxter&Martin (il faudra l’émergence d’une sacrée puissance pour contrer l’alliance des plus belles ordures terrestres) visent à dominer les astéroïdes, que les mutants cherchent leur indépendance et que… Carmen MacCallum s’en mêle… Enfin, juste en théorie puisque toutes ces portes ouvertes se finissent un peu en eau de boudin après de très belles séquences de bataille en apesanteur qui rappellent combien le duo Quet-Duval est à l’aise dans l’exercice. On ressort de cet épisode un peu confus (avec l’envie de relire le cycle d’affilée pour voir si on s’en sort mieux), très motivé par le cycle à venir (ce cycle semble bien inachevé malgré toutes ses promesses) et convaincu qu’on pourrait suivre le camionneur spatial jusqu’au bout du système solaire.

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***·BD·Nouveau !·Service Presse

Nourrir l’humanité

La BD!
BD de Sylvain Runberg et Miki Montllo
Delcourt (2022), 123p., one shot. Collection « Les futurs de Liu Cixin » #4.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur fidélité.

Hua Tang est un assassin. Le meilleur. Lorsque les plus riches magnats de la planète font appel à lui pour éliminer trois personnes il s’interroge. Pourquoi d’aussi puissants personnages veulent-ils effacer d’insignifiants inconnus? Alors qu’un Premier contact a lieu, entraînant des bouleversements de l’ordre social, Hua va devoir interroger son passé et sa morale pour déterminer ses prochains actes…

Nourrir l'humanité (par Sylvain Runberg, Miki Montlló et Liu Cixin)Runberg et Montllo nous avaient enchanté sur la superbe saga Warship Jolly Rogers, où l’espagnol proposait un étonnant travail numérique issu de l’Animation. Toujours dans la SF mais dans un style beaucoup plus classique, ils décrivent ici à la suite de Liu Cixin le dilemme d’un tueur élevé dans la crainte du parrain et la violence de sa condition dès l’enfance. Alors que très loin dans le cosmos une révolte survient au sein d’ouvriers opprimés, nous allons suivre l’itinéraire d’un enfant-tueur plongé dans le monde du crime, des trafics et des mendiants dès son plus jeune âge. Le schéma est connu et le cœur devra être bien accroché à suivre les méthodes barbares du mafieux Dent et sa scie qu’il ne quitte jamais.

LES FUTURS DE LIU CIXIN - NOURRIR L'HUMANITÉ (Sylvain Runberg / Miki  Montlló) - Delcourt - SanctuaryOn retrouve dans Nourrir l’humanité une problématique écologique et sociale (comment cohabiter à plusieurs milliards sur une même planète tout en résolvant les injustices les plus criantes) et la structure classique de l’écrivain en juxtaposant une trame space-opera avec un quotidien trivial de notre époque. Comme sur Les trois lois du monde, l’auteur nous fait suivre l’évasion d’un peuple parti loin dans l’espace à la recherche d’une solution à son problème en même temps que la dureté de la vie sur terre pour les gens de peu. On troque l’instituteur pour l’assassin mais les deux se retrouvent sur le refus des injustices et le sacrifice pour le bien commun.

LES FUTURS DE LIU CIXIN - NOURRIR L'HUMANITÉ (Sylvain Runberg / Miki  Montlló) - Delcourt - SanctuaryComme sur le précédent Cixin nous présente les problématiques de surpopulation, de sacrifice juste pour le grand nombre et de l’inéluctabilité du rôle social… sans que l’on entende une critique. Conscients ou non du problème Runberg et Montllo se contentent d’une illustration certes efficace dans son aspect action (on aime toujours les lone-soldiers stylés et leur vengeance légitime contre les pires ordures que peut porter la Terre!) mais qui aurait pu proposer une variation critique. On ne peut cependant complètement rejeter la thèse de l’écrivain qui apporte une véritable problématique que l’on pourra prendre comme cynique. Reste que le système n’est jamais combattu et les hommes restent soumis à l’ordre social légal sans jamais vraiment s’en extraire… Une lecture en forme de beau polar social mâtiné de SF et solidement réalisé. Pas révolutionnaire mais intéressant pour qui veut lire à la fois une création du pape de la SF et une vision non occidentale de problématiques universelles.

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***·Comics·La trouvaille du vendredi·Rétro

Spider-man: le cauchemar

La trouvaille+joaquim

Comic de Paul Jenkins et Umberto Ramos
Panini (2022)- Marvel (1999), 112p., collection anniversaire Spider-man, volume #8.

Spider-Man : Le Cauchemar – Par Paul Jenkins & Humberto Ramos – Panini ComicsAu choix totalement dérisoire ou moment original de la saga du Tisseur, ce cauchemar est principalement porté par les dessins si particuliers et clivants du mexicain Umberto Ramos. Au début des années quatre-vingt-dix apparaissent les éditions Image, nées d’un départ d’auteurs majeurs de l’époque de Marvel ou DC tels Todd MacFarlane, Jim Lee ou Marc Silvestri. Devenu aujourd’hui le principal éditeur des comics indépendants, Image lance toute une génération de jeunes auteurs, dont Umberto Ramos avec son style cartoon qui détonne à l’époque sur des séries aussi radicales que Dv8 ou Crimson, mais encore un certain Joe Madureira ou autre David Finch. Ce Cauchemar marque l’arrivée sur la licence Spidey de Ramos, alors une des superstars du comics US sur une narration qui dénote ans son approche adulte qui parle de mort (de Gwen Stacy), de folie (du Bouffon vert), de couple en crise. Une vision loin du Spider-man éternel adolescent qu’ont choisi de reprendre les studio Disney dans son MCU.

L’intrigue est assez maigre: il s’agit d’un affrontement très violent entre Spider-man et son pire ennemi, bien décidé à créer un tel choc chez Peter Parker qu’il ira jusqu’à le tuer, mettant fin à leur affrontement et brisant définitivement la morale du héros. Cela permet pourtant des planches et une atmosphère qui nous rappelle furieusement Batman dans son conflit éternel contre sa moitié folle, le Joker. Des encrages en ombre et lumière Top 10 Green Goblin Storylines: #4à la rage du Tisseur lorsqu’il décroche la mâchoire de son adversaire, des provocations verbales permanentes de Norman Osborn qui menace ses proches, beaucoup de marqueurs des histoires de Batman apparaissent dans un album qui se démarche franchement du canon Marvel. Alors on pourra trouver que les dessins ont vieilli (Ramos s’est amélioré depuis, jusqu’à l’incroyable diptyque ecclésiastique réalisé chez Soleil avec le même scénariste quelques années plus tard), il maîtrise pourtant remarquablement l’action et des cadrages étonnants semblant plonger la camera au cœur de la mêlée dans des heurts rageurs. Avec un principe proche de Spider-men, j’ai trouvé cet opus bien plus ambitieux et intéressant dans ce qu’il propose.

A noter un carton rouge à Panini qui pour rentrer dans le tarif promo de la collection a cru bon de scinder ce triptyque pour ne proposer que le premier affrontement contre le Bouffon, brisant l’enchaînement qui faisait probablement partie du projet du scénariste au même titre que la saga des couleurs de Tim Sale et Jeff Loeb. Le goût d’inachevé à la lecture de l’épisode du Bouffon est est sans-doute atténué par les épisodes sur Octopus et Venom, dont la physionomie too-much rend tout à fait intéressant le style d’Umberto Ramos… Je ne saurais trop vous conseiller donc d’opter plutôt pour la version intégrale des trois affrontements… pour peu que le trait du dessinateur vous convainque.

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BD·Nouveau !·***

Les chroniques d’Atlantide #1: Eoden, le guerrier

Premier tome de la série écrite et dessinée par Stefano Martino. Parution chez Glénat le 30/03/22.

Si l’Atlantide m’était contée

L’Atlantide est un royaume prospère, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il est tranquille. En effet, comme toute civilisation qui l’aura suivie au fil des siècles, elle ne peut avoir bâtie son opulence et sa magnificence que sur les cendres de la guerre, notamment celle qui a couté son bras à Eoden.

Le guerrier mutilé, dont le corps sculpté sur les champs de bataille et encore aussi robuste que son esprit, s’est exilé sur une île lointaine au Sud, pour échapper au tumulte des cités et gérer son traumatisme. Eoden a laissé derrière lui la gloire des combats mais aussi son frère Leoden, qui fut couronné roi, aux côtés de Leyon, la femme dont Eoden est amoureux depuis toujours.

Alors qu’il profite de sa retraite, Eoden voit un jour débarquer un ancien compagnon d’armes, qui lui révèle de que Leoden est depuis longtemps sous la coupe de Hak-Na, un sorcier fourbe qui prêche une obscure religion, et dont les manigances, saupoudrées d’épices psychoactives, embrument l’esprit du jeune roi et menacent l’intégrité de l’Atlantide.

Toutefois, rien n’a moins d’intérêt aux yeux d’Eoden que le sort de l’Atlantide. En effet, lui qui a tout donné pour sa patrie n’a aujourd’hui pour elle qu’un regard amer, mais lorsque son ami mentionne le nom de Leyon, et le danger qui la guette aux mains de Hak-Na, le sang du guerrier ne fait qu’un tour. Il décide alors de se mettre en selle pour parler à son frère et tenter de le ramener à la raison. Les obstacles seront nombreux, à commencer par les hommes d’Hak-Na qui sont partout, prêts à se débarrasser de tout ce qui gênerait leur maître. Sans oublier Leoden, qui, poussé au bord de la folie par le vil prêtre, voit des ennemis partout et pourrait bien se retourner contre son frère.

Conan l’amoureux

Déjà connu pour des séries telles que La Geste des Chevaliers Dragons, Les Forêts d’Opale, ou encore Ghost War, Stefano Martino prend pour la première fois les rênes intégrale d’un projet, en tant que scénariste et dessinateur.

A première vue, l’auteur s’appuie, pour son premier galop d’essai, sur des références solides qu’il manie avec une certaine habileté. Nous avons un univers anachronique basé sur différents mythes, notamment celui de l’Atlantide, ce qui engendre un cadre fantasy mâtiné de péplum.

Eoden, le protagoniste de ce tome, est un personnage qui évite l’écueil de l’unidimensionnalité. Blessé physiquement, il porte aussi des stigmates psychologiques qui en font un personnage attachant, assez loin des stéréotypes invinciblement badass que le genre a pu produire. Son retour après des années d’exil permet au lecteur d’adopter son point de vue avec facilité, et rend l’exposition plus fluide, car nous découvrons en même temps que lui les changements qui se sont produits durant son absence.

L’immersion dans ce premier tome est donc très effective, de même que la dynamique entre les différents personnages. Le triangle amoureux, bien qu’encore balbutiant, est écrit avec tact et ajoute un souffle romantique à l’ensemble. Pour le reste de l’intrigue, on n’évite pas un certain classicisme, avec présentation du méchant sorcier et de la galerie d’antagonistes, mais l’ensemble est suffisamment bien orchestré pour conserver son intérêt.

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Fool night #1

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Manga de Kasumi Yasuda
Glénat (2022), série en cours, 1/3 tomes parus

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur fidélité.

Cela fait désormais un siècle que le soleil ne perce plus la couche de nuage qui enserre la Terre. Toute végétation ayant disparu, l’humanité a du mettre au point une technique permettant la photosynthèse nécessaire à la vie: la transfloraison, consistant à transformer des humains volontaires en plantes. Dans cette société verticale où seuls les plus fortunés parviennent à survivre dignement et où les classes laborieuses sont souvent contraintes de « vendre » leur corps en transfloraison, Toshiro va se retrouver contraint de demander à son amie d’enfance, médecin, de procéder à l’opération…

Fool Night tome 1 : un jardin aux multiples plantes - Esprit OtakuSur un pitch sommes toutes très classique qui propose une société dystopique inégalitaire vaguement teintée d’écologie, le jeune auteur Kasumi Yasuda impressionne tant graphiquement que dans sa construction pour son premier manga. Dans un style qui rappelle celui de Hirako Waka sur le carton de 2020 My Broken Mariko (avec une atmosphère mélancolique assez proche également), nous allons suivre un « suicidé » pour cause de pauvreté (un classique dans les thématiques sociales japonaises) qui se retrouve doté d’une faculté rare qui pourrait permettre une immense avancée dans la connaissance de la transfloraison. Contacté par une concertiste recherchant la plante qu’est devenu son père, il va soudain devenir fort utile à ce système au premier abord fort cruel. Pourtant l’auteur ne se prononce pas clairement sur l’injustice du processus de transfloraison (qui évoque le thème du transhumanisme bien entendu). Si cette société à bout de souffle s’est renfermée sur une structure basée sur l’argent, la question de ce que sont devenus les transflorés est immédiatement posée. Est-ce un sacrifice ou un simple changement de forme? Les transflorés sont-ils conscients?

Finalement sous couvert de thématique SF qui peut rappeler le classique Soleil vert ce sont plus des sujets traditionnels de la société japonaise qui transparaissent: le lien entre générations avec la pression sociale des aînés et l’absence d’avenir choisi pour les jeunes (Toshiro devant se sacrifier pour sa mère, Sumi ayant été contrainte à entrer au conservatoire par son père), l’animisme et les esprits des plantes et animaux (les végétaux étant ici littéralement d’anciens proches). Le mélange de cette tradition et d’un futurisme recouvre ainsi parfaitement les facettes de ce Japon tiraillé entre tradition et modernité. Une vision originale qui sort tout à fait des sentiers battus du manga seinen. Une belle découverte à confirmer dans les prochains tomes.

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Sweet Home #1

Webtoon de Kim Carny et Hwang Youngchang
Ki-oon (2022), webtoon (2020), série en cours, 1/12 volumes parus.

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bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur fidélité.

Adolescent renfermé sur ses jeux vidéo, Hyeon-Su se retrouve soudain seul au monde lorsque sa famille disparaît dans un accident de voiture. Propulsé dans une gestion d’adulte il emménage dans une résidence qui doit lui permettre de subvenir à ses besoins. Lorsqu’une catastrophe inexplicable survient à l’extérieur il se retrouve confronté aux voisins et à une menace invisible et terrifiante…

Sweet Home (Kim) -1- Tome 1Les toujours excellentes éditions Ki-oon poursuivent dans dynamique des webtoon puisque après le best-viewer Bâtard ils nous proposent la nouvelle série du dessinateur Hwang Youngchang. De quoi continuer la semaine dans le numérique puisque dimanche Dahaka vous parlait d’une adaptation américaine cette fois d’un webcomic.

Ce qui surprend au premier abord c’est très logiquement la mise en page et le découpage puisqu’il sont pensés pour un défilement sur écran et non sur un enchaînement de pages. Cela a certainement une incidence sur le rythme de lecture mais cela ne se ressent pas négativement. Avec un dessin assez simple et une colorisation minimaliste, c’est donc bien le scénario qui importe dans cette entame qui flatte les maîtres du suspens à commencer par Hitchcock ou Carpenter. En effet, la tension est maintenue très longtemps puisque après une mise en place de contexte qui aide à entrer tranquillement dans le bain, on se retrouve dans un huis-clos glacial à la première personne où les interactions étranges avec les voisins feront avancer le récit, dans une montée de la tension sur une menace impalpable. Le cadre est connu: un immeuble très impersonnel en forme de labyrinthe de béton , une poignée de survivants enfermés en lutte pour leur survie, une menace terrifiante et indicible, tout est bon pour une tension sur les onze prochaine tomes de la série.Sweet Home (Webtoon de Youngchan HWANG, CARNBY Kim) - Sanctuary

Si l’aspect graphique n’est pas à proprement parler joli, il fait le job en permettant de se concentrer sur l’enchaînement des séquences, jouant sur les silences et la confrontation des tempéraments des survivants. Et sur le plan de l’intrigue les auteurs connaissent leurs gammes puisqu’on est happé de la première à la dernière page avec juste ce qu’il faut d’informations pour ne pas s’ennuyer au long de cette avancée lente vers l’horreur. n’en gardant pas trop sous le coude, on achève donc cette entame bien accroché, avec le déclencheur horrifique qui ne se sera pas trop fait attendre, des personnages installés et une chasse qui peut commencer. Y’a plus qu’à enchaîner pour cette très bonne surprise qui confirme que les jeunes auteurs ont souvent la fraicheur qui manque aux grosses cylindrées!

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BD·Service Presse·Nouveau !·Rapidos·***

Les 5 terres #8

La BD!
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BD de David Chauvel, Jerome Lereculey et collectif
Delcourt (2021), 56p., série en cours, 1 cycle achevé, 2 tomes parus sur le second cycle
Série prévue en 5×6 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Le premier tome du second cycle de la série évènement des trois dernières années m’avait laissé dans un intérêt poli. Ce second devait permettre de vraiment relancer la machine et retrouver la diablerie scénaristique d’Angléon. Malheureusement, si le cliffhanger du précédent permettait d’espérer un peu de rebondissements, on Les 5 terres T8 : Plus morte que morte (0), bd chez Delcourt de Lewelyn,  Lereculey, Martinosse retrouve ici avec plusieurs intrigues croisées qui poursuivent tranquillement leur chemin sans grands contrecoups (avec même l’histoire de la quête archéologique qui tourne littéralement en rond) et avec une linéarité qui fait plus que surprendre. Avec l’intelligence constatée depuis six tomes on ne peut envisager que les auteurs aient réellement perdu leur cap et on attend donc toujours de comprendre où ils nous mènent. A ce stade on ne peut faire que des conjectures en anticipant des intrigues longues qui se croisent ou un incident majeur capable de survenir à tout moment avec une volonté de varier les rythmes entre les cycles. Malheureusement l’idée intéressante de garder une atmosphère vaporeuse qui sied à l’âme orientale ne permet pas d’accrocher le lecteur, qui cherche toujours un enjeu majeur, un personnage réellement charismatique et tout simplement un drame. Keona semble être ce vecteur qui nous rattache à la politique, mais cela reste bien ténu. Il est vivement temps que les auteurs se réveillent car on est déjà retombé dans un classicisme assez banal de la fantasy made in Delcourt. De qualité mais éculée.

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***·BD·Nouveau !

Un général, des généraux

La BD!
BD de Nicolas Juncker et François Boucq
Le Lombard (2022), 132p., one shot.

L’ouvrage comprend des citations en regard et un cahier documentaire de cinq pages détaillant le contexte historique avec des photographies de l’époque.

couv_440574Mai 1958. Alors que la guerre d’Algérie s’enlise, l’armée installée à Alger craint un abandon des départements algériens et menace Paris d’un Coup d’Etat. Pendant ce temps le général de Gaulle attend sagement lors de sa retraite à Colombey les deux Eglises…

La première vertu de cette farce qui place François Boucq dans ses petits souliers est ce rappeler les circonstances insurrectionnelles dans lesquelles est née la cinquième République aujourd’hui remise en cause. Car si la forme est celle de la farce (qu’on imagine d’ailleurs facilement adaptable au théâtre), le sujet est éminemment sérieux: Général, des généraux (Un) (par François Boucq et Nicolas Juncker)comme cela l’a été largement documenté depuis, en quelques jours le général de Gaulle revient au pouvoir sous la menace d’un parachutage militaire sur Paris et alors que personne ne peut exclure que le projet d’ensemble n’ait pu être coordonné avec lui. Alors que la quatrième République brille par son inefficacité politique et que la guerre d’Algérie ne voit pas de perspectives de résolution, l’album montre clairement que l’armée s’est émancipée du gouvernement civile et que si le débarquement en Corse semble plus symbolique qu’autre chose, les références à Napoléon et le soutien de plusieurs gouverneurs militaires rend tout à fait crédible un renversement militaire à Paris par des putschistes qui comptaient confier le pouvoir à… de Gaulle.

La satire rend par moment confuse la réalité tant l’ensemble des protagonistes est montré comme un ramassis de débiles à épaulettes ou de vieux politiciens ronflants. Pourtant l’album est documenté et reprend le déroulé précis, avec une portée qui aurait sans doute été plus grande sur un traitement plus documentaire. Ne boudons pas notre plaisir pourtant de voir Boucq croquer le cirque des généraux à Alger où le Un Général, des généraux" par Boucq & Junker : une farce (...) - ActuaBDdécalage d’époque est flagrant entre ces romantiques nostalgiques de la grandeur de la France et voyant l’abandon de l’Algérie comme la fin d’un empire dont ils sont les gardiens. Les trognes et les scènes sont absurdes et l’on se demande à chaque instant si le ridicule a pu être aussi important. Le risque de rendre sympathiques des factieux est assumé et compensé par le rappel des déclarations des protagonistes politiques, notamment le président de la République René Coty, de Gaulle et Mitterrand qui rappelle à l’Assemblée que de Gaulle détient son pouvoir d’un coup de force et non d’une légitimité populaire.

Doté d’une mise en scène tantôt clownesque tantôt très solennelle du toujours pro François Boucq, cet album tombe à point pour nous rappeler que les circonstances d’arrivée ou de maintient au pouvoir d’un chef d’Etat ne sont pas anodines, comme un miroir (qu’il ne faut pas forcer… mais tout de même) à 2022. Très drôle, toujours joli, l’album est très réussi mais pâtit sans doute de son hésitation entre farce et chronique historique, amenuisant légèrement l’efficacité des deux. Il reste néanmoins d’une lecture détente tout à fait conseillée à l’entrée de l’été.

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