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Hong-Kong, cité déchue

Le Docu BD
Manga de Kwong-Shing Lau
Rue de l’échiquier (2021), 196 p., One-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Rue de l’échiquier pour cette découverte

Depuis 2013 le hong-kongais Kwong-Shing Lau travaille dans l’illustration, que ce soit par la publication de comics, l’organisation d’expositions ou d’évènements publics. Lorsque surviennent les manifestations de 2019-2020, la féroce répression dont il est témoin le met dans un état de sidération et le pousse à utiliser son art pour exprimer et montrer ce qu’il se passe dans sa ville, au moyen d’une technique de crayonnés d’une grande maîtrise.

PNG - 952.5 koPour comprendre ce livre très intime il est important de revenir un peu en arrière. Lorsqu’en 1997 le gouvernement de Londres rétrocède le territoire de Hong-Kong à la Chine continentale après un bail de 99 ans issu des guerres de l’Opium à la fin du XIX° siècle, l’accord prévoit que le système politique spécifique de ce territoire sera maintenu pour cinquante ans. Les signes avant-coureurs ont lieu en 2014 lorsque Pékin annonce une reprise en main sur l’élection du chef de l’exécutif Hong-kongais, ce qui provoque une « révolte des parapluies » qui échoue dans la répression. Le nouveau gouvernement désormais pro-Pékin prépare une loi d’extradition qui permettrait d’envoyer dans l’obscurité du système répressif chinois tout militant pro-démocratie. Les manifestations reprennent et sont cette fois noyées dans le sang avec l’aide des mafia locales.

抗疫救港Prenant la forme de dessins de presse destinés à illustrer des évènements ou séquences spécifique de cette lutte, ce qui touche le plus dans ce témoignage ce sont les réflexions personnelles de ce jeune auteur qui réalise brutalement que les normes qu’il croyait inébranlables en matière de libertés publiques et d’expression démocratique pouvaient voler en éclat de manière très violente, très rapide. Son invitation aux citoyens des pays libres à jauger la solidité de leurs institutions et à rester extrêmement vigilants sur l’attitude de leurs gouvernants en matière de respect démocratique est très émouvant et sonne comme une alarme en cette époque d’Etat d’urgence permanent et d’acceptation de restrictions progressives.

Pas a proprement parler une BD non plus qu’un reportage presse, Hong-Kong une cité déchue apparaît plus comme un carnet intime d’un témoin d’une violence sans pareil. Les lacrymo, matraquages et éborgnements par flashball nous interpellent particulièrement en France après l’épisode des gilets jaunes en nous obligeant à comparer ce que nous considérons comme une France démocratique et ce que Kwong-Shing Lau considérait comme une Hong-Kong démocratique. Bien sur il y a des morts là-bas, bien sur il y a un gouvernement autoritaire derrière, bien sur les mafias sont impliquées avec le gouvernement local. Mais c’est bien notre perception de citoyens et notre responsabilité de vigie démocratique qui est directement interpellée.

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TMNT #15: L’invasion des Tricératons

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Quinzième tome de la série écrite par Kevin Eastman, Tom Waltz, et Bobby Curnow, dessinée par Damian Couceiro et Brahm Revel. Parution en France chez HiComics le 05/01/2022.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

Un dinosaure, ça trompe énormément

Alors qu’ils reviennent de la dimension X où ils se sont assurés que Krang, le tyran interdimensionnel, soit jugé pour ses innombrables crimes, Les Tortues Ninja doivent faire face à un nouveau défi. Les Tricératons, une espèce mutante issue de spécimens de dinosaures prélevés sur Terre il y a près de 70 millions d’années, se téléportent à New York et sèment la zizanie.

Pourtant, les guerriers Tricératons, lassés par toutes les guerres auxquels Krang les a contraint à participer, viennent sur Terre animés par des intentions pacifiques, cherchant simplement à retourner chez eux. Mais leur quête d’un foyer va bien vite percuter la malice des maîtres actuels de la petite planète bleue, les humains.

Accueillis par la Force de Protection de la Terre, Zom et ses soldats à trois cornes subissent un quiproquo qui va mener très rapidement à une escalade de la violence, culminant à une guérilla urbaine en plein New-York. Les Tortues Ninja vont devoir contrer la belligérance de la FPT pour éviter le pire, mais leur plus grand défi consistera à s’opposer à leur père Splinter, qui entend bien résoudre ce conflit grâce à la violence du clan des Foot dont il a pris la tête.

Nouvel arc narratif pour les Tortues de Eastman et Waltz. Après un interlude divertissant dans la dimension X consacré au procès de Krang, les auteurs mettent de nouveau nos héros à carapace dans une situation périlleuse et agrémentent le tout d’un conflit de loyauté puisqu’en plus de devoir gérer une invasion, Léo, Raph, Donnie et Mike auront à tenir tête à leur propre père.

C’est sans doute l’élément le plus intéressant de cet arc, qui est tout de même relativement court puisqu’il ne couvre que cinq numéros de la série. Malgré le potentiel qu’il y avait pour un nouveau crisis crossover, il en ressort néanmoins une impression plutôt décevante, comme si le tout était expédié et traité en surface et que la série était en vitesse de croisière, voire en pilote automatique.

On entend par là des obstacles assez peu convaincants (les Tricératons de la série originelle sont sensiblement plus costauds), et une résolution un peu facile, malgré l’escarmouche intrafamiliale du clan Hamato.

Malgré ces défauts, on reste dans une lecture divertissante qui a le mérite d’exploiter tout le bestiaire de l’univers des TMNT. En ce sens, la série fait penser à Savage Dragon, série Image Comics dont le succès ne se dément pas depuis plus de vingt ans, et qui possède désormais un vaste univers composé de centaines de personnages et dont l’auteur, Erik Larsen, parvient encore à utiliser de manière créative.

TMNT a donc le potentiel d’une série qui dure dans le temps, à condition de se réinventer régulièrement et de proposer des histoires plus engageantes, comme cela a été le cas auparavant.

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BD en vrac #29: Maudit sois-tu #3 – Les 5 terres #7 – Machines de guerre #5

Bienvenue pour une nouvelle semaine BD sur l’Etagère! Comme vous le constatez pas de C’est lundi… mais désormais des billets tout ce qu’il y a de plus classiques (je reviendrais sur ce changement dans le prochain bilan mensuel, qui remplacera ce rendez-vous hebdomadaire.

Au menu donc, trois albums de séries, avec la conclusion du très littéraire Maudit sois-tu par le prolifique et très en vue Philippe Pelaez, le commencement du nouveau cycle des 5 terres et une découverte sur le thème des tank…

Demain ce sera le retour des tortues pizzavores, mercredi un docu sur la répression à Hong-Kong, jeudi un Batman (… on se rapproche du film!), vendredi un nouveau Kurosavoir sur Marie-Antoinette, samedi des manga en vrac et dimanche mon retour sur la série d’animation phénomène, Arcane sur Netflix!

C’est parti!…

    • Maudit sois-tu #3: Shelley (Pelaez-Puerta/Ankama) – 2022, 54p., série achevée en 3 tomes.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance!

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Nous voici arrivés à la conclusion-début de ce projet un peu fou et diablement ambitieux de Philippe Pelaez. Si le second tome centré sur l’amour dramatique de Mary Shelly pour John Polidori (premier à utiliser le personnage du vampire dans la littérature fantastique) avait paru un peu redondant avec le premier, cette conclusion change radicalement de trame pour adopter le schéma de l’amant maudit dans une approche résolument dramatique et romantique. Si l’on peut saluer le changement, on perd l’efficacité de ces groupes de personnages historiques et du savant fou pour ne garder que la passion folle de Polidori pour sa belle. L’album a le mérite de boucler parfaitement avec le récit précédent  (et valide le cahier des charges initial dans une technique scénaristique assez brillante) mais nous perd un peu notamment du fait des problèmes de visages issus de la technique photographique de Carlos Puerta. La relecture a minima du second tome et au mieux des trois volumes dans l’ordre chronologique sont absolument conseillées mais malgré ces liens ce troisième tome apparaît comme le plus faible du fait de la disparition de l’aspect fantastique et de la chasse, axe fort du projet depuis le début. Proposant un texte très inspiré et extrêmement agréable à lire, Pelaez pèche sans doute par une pointe d’élitisme, bien peu de ses lecteurs auront initialement la connaissance littéraire pour apprécier toutes les références aux personnages et à leurs œuvres. Maudit sois-tu n’en reste pas moins un projet inclassable, particulièrement ambitieux, qui s’il ne s’accomplit que moyennement, propose tout de même une très belle immersion dans l’âge du gothique passionné…

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  • Les 5 terres #7 (Collectif/Delcourt) – 2021, 58p., cycle 1 achevé. Cycle 2 1/6 tomes parus.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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La fin du cycle d’Angléon (les félins) voyait le retour de l’otage Kéona dans son pays de Lys. Ce second cycle parmi le peuple primate entame directement à sa descente du bateau alors qu’elle est accueillie avec une très froide étiquette par la famille royale. Mais c’est bien la retour de la terrible Alissa que l’on suivra dans ce volume. Enfermée depuis cinq ans, la chef du clan du sistre qui règne sur les bas-fonds de cette société matriarcale, sa colère et sa force ne demandent qu’à exploser…

Le changement dans la continuité, le projet des 5 Terres ne me rendait pas particulièrement inquiet (et même plutôt impatient) à ce changement de continent. Intrigué de savoir comment les auteurs allaient relier les différents cycles, on est désormais rassurés: la continuité chronologique n’est pas rompue et l’enjeu sera bien plutôt d’entrecroiser les différentes intrigues. Si Angléon avait proposé quelques échappées chez les reptiles et chez les ours, on reste ici très concentré quasiment exclusivement dans la grande cité et très fixés sur cette Alissa que je n’ai pas trouvé très charismatique. Si la technique rutilante de la série reste évidente, on est moins enjoué à la conclusion de ce premier tome, pour plusieurs raisons. Tout d’abord l’utilisation des types de singes semble moins riche que chez les félins, rendant les personnages graphiquement moins intéressants. Si les multiples intrigues ne nous perturbent plus guère, cela semble moins fort que précédemment, moins prenant, en raison d’un enjeu qui nous échappe encore grandement. Hormis le couple à la recherche d’un remède pour son enfant, peu d’émotion transparaît dans ce début de cycle. Enfin, l’idée d’une société matriarcale s’incarne de façon évidente dans la langue avec ce parti-pris très perturbant de changer la faveur masculine du collectif par un féminin. Le texte en devient très étrange à lire, ce qui ne doit pas faciliter l’immersion. Fausse bonne idée ou coup de génie? Encore trop tôt pour le dire mais il est certain qu’il faudra d’autres concrétisations de cette innovation pour en faire autre chose qu’un gadget.

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  • Machines de guerre #5: Le Loup gris (Pécau-Mavric/Delcourt) – 2022, 56p., série de one-shot en cours

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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Jean-Pierre Pécau s’est spécialisé depuis pas mal d’années dans les séries semi-historiques basées sur des uchronies notamment sur la période de la seconde guerre mondiale. Avec Les machines de guerre il propose ainsi depuis 2016 des one-shot à la gloire des plus célèbres tank du conflit mondial. On passera sur une fascination militaire qui peut intriguer (mais apparemment ça se vend bien…) pour aborder cet album pour ce qu’il est. Traitent d’un prototype de méga-tank jamais utilisé sur le terrain d’opération et illustrant le délire de puissance du régime Nazi et d’Hitler, ce Loup gris nous plonge sur le Front Est au sein du camp russe où une commandante de tank va tenter de chasser ce fantôme qui semble apparaître et disparaître en semant la mort sans résistance possible parmi les troupes rouges. Comme beaucoup de récits de chasse on prend plaisir à cette immersion à la fois réaliste dans une dureté du régime soviétique où tout soldat devait sa vie pour la cause à l’aspect du thriller vaguement mystique. Adoptant le thème du croquemitaine, l’histoire permet aux auteurs de faire joujou avec plusieurs tank où l’on découvre les subtilités des manœuvres de ces engins si particuliers. On notera quelques enchaînements de découpage capricieux mais les dessins sont très réussis dans un genre réaliste-historique même si l’on reste loin de la virtuosité en technicolor d’un Romain Hugault et ses avions. L’album s’achève (un peu en ornière je dois dire…) avec un cahier technique qui revient sur les éléments techniques de la conception de ce mastodonte allemand. Au final on a là un album qui se laisse lire sans déplaisir même s’il passionnera surtout les fana de technique militaire. A noter tout de même une maquette particulièrement originale et élégante pour cette collection.

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Emile ou de l’Education

Le Docu BD

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Manga de Isa Yoshitake (adapté de JJ. Rousseau).
Kurokawa (2021), 192p., one-shot, collection Kurosavoirs.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

On continue notre chevauchée dans le monde des manga documentaires avec cette fois un retour au format plus classique des ouvrages Kodansha (que l’on peut retrouver sur le récent Descartes ou Malthus). Après le très bon Cléopâtre, le format de celui-ci s’avère moins travaillé graphiquement et c’est surtout sur le traitement scénaristique que l’on trouve son intérêt. Alors que Rousseau imaginait l’éducation idéale d’un personnage fictif, récit graphique oblige on a ici l’histoire du propre fils de Rousseau, abandonné par le philosophe et devenu lui-même précepteur pour fils de puissants. Se retrouvant en charge d’un enfant, ce dernier décide d’appliquer les théories de son père pour mener l’éducation idéale d’Emile en l’emmenant grandir à la campagne. Après plusieurs âges éducatifs, Emile reviendra en société où il sera confronté à l’amour et à la rivalité, alors que le pédagogue se confrontera à son géniteur, Rousseau lui-même…

Serie Émile ou de l'Éducation [ESPRIT BD, une librairie du réseau Canal BD]On le voit, si la trame manga est celle assez classique d’un apprentissage et d’une confrontation entre personnages archétypaux, le traitement du cœur de la théorie de Rousseau est avantageusement mis en image avec de sympathiques séquences naturalistes qui éclairent les premiers âges de la vie de l’enfant. Suivant les chapitres du livre, le manga étonne à la fois par la longueur de la vie pédagogique, qui s’étire jusqu’à vingt ans, à une époque où l’homme du XXI° siècle imagine les enfants mariés à quinze. On comprend également la persistance de cette référence qu’est ce livre tant les concepts de liberté infantile restent très modernes encore aujourd’hui. L’idée principale voulant que l’enfant a besoin de se confronter en grande liberté à la Nature et sa découverte par la maïeutique avant d’être réellement pris en main, est exploitée dans le film Captain fantastic notamment, comme une forme de version moderne.

Le mérite principal de ce manga (comme de la plupart de la collection Kurosavoirs) reste donc de faciliter la découverte de ce monument de la culture humaniste dans une version abrégée, condensée et graphique. C’est également accessible assez jeune et c’est bien suffisant pour y trouver un intérêt!

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BD en vrac #28: Aquablue #17 – U.C.C. Dolores #4 – La horde du contrevent #3

Fournée SF aujourd’hui avec trois séries très différentes qui trustent les têtes de ventes à chaque opus. Justifié ou pas, je vous donne mon avis sur le dernier Aquablue, le troisième Horde du Contrevent et un surprenant redémarrage de la série Spaceop des Tarquin

    • Aquablue #17: la nuit de la miséricorde (Hautière-Reno/Soleil) – 2021, 62p., série en cours, second cycle achevé.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_433437Aquablue c’est un peu la madeleine de Proust d’une génération d’auteurs et de lecteurs (quarantenaires). Un album fantasme qui été un choc qui m’a lancé dans la passion de la BD: le Corail noir (tome 4) sorti en 1993 et qui reste aujourd’hui encore un absolu de ce que peut être une folie de BD SF. Vatine n’a jamais pu conclure (j’avais ouï dire à l’époque qu’il s’était engueulé avec le scénariste Cailleteau) et le premier cycle a été bouclé un peu laborieusement par Tota. Vingt ans et quelques one-shot plus tard l’éditeur décida de lancer un second cycle qui s’achève ici après six albums d’une tenue graphique très rarement vue en BD. Reno est un fou furieux et si les plus puristes pourront lui reprocher son aspect très numérique (voir photoréaliste), chacun est obligé d’admettre qu’on a rarement été si proche d’un film en BD. Avec le changement de scénariste on pouvait espérer un nouveau souffle, appuyé sur une base d’univers magnifiquement riche. Malheureusement on constata vite que le syndrome des suites au cinéma s’applique aussi en BD avec un double effet de timidité à exploiter (voir exploser) le matériau et les personnages, et un aspect remake qui se termine par cette fin qui certes conclue rapidement les très nombreuses pistes complexes développées cinq tomes durant, mais nous laisse un peu avec un sentiment de gâchis. Trop long ou trop court, ce cycle aura patiemment développé une trame obscure en restant très timide en action. Hormis les grandioses dessins et la séquence de la prise d’otage du tome 15, il aura manqué un effet Waou indispensable, une dynamique des séquences, une énergie dont regorgeait le premier cycle. Du coup les révélations choc n’en sont pas vraiment à force d’étirer les allusions et la grande bataille attendue n’a pas vraiment lieu. De telles difficultés sont étonnantes de la part d’un scénariste chevronné comme Hautière et se pose la question de l’initiative et de l’objet de cette renaissance… que l’on a du mal à penser comme autre chose que commerciale et nostalgique. Un peu court pour proposer une grande série aux lecteurs très exigeants sur une série comme Aquablue. Résultat en demi-teinte donc, en attendant une suite, pour Aquablue comme pour Reno.

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  • UCC Dolores #4: la dernière balle (Tarquin/Glénat) – 2021, 46p., one-shot, série en cours.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

couv_436435Après un petit retard à l’allumage, la série SF de Tarquin s’est très joliment conclue l’an dernier par un gros album très dramatique et épique comme il faut, de quoi redonner une envie de space-cowboys. Et voilà que nous tombe ce volume totalement déstabilisant. Quel est le projet du couple Tarquin concernant la série? Alors que la conclusion de la trilogie laissait entendre des aventures de pirates de l’espace avec un nouvel équipage constitué autour de Mony, voilà t’y pas qu’on nous envoie nous crasher sur une planète neigeuse, l’héroïne ayant tout juste accouché (ah bon elle était enceinte?) et embarquée dans une quête pour récupérer son nouveau né. Quelle ellipse galactique! Aucun lien n’est tissé avec les évènements précédents et l’impression d’avoir raté plusieurs tomes reste tenace. En outre si le style Tarquin reste agréable, l’intrigue est tout de même fort court, même pour un western spatial et on termine l’album comme on l’a commencé, stoïque, ne comprenant pas ce qu’on vient de lire et où nous emmène le dessinateur. Le potentiel est clairement présent et les dialogues sont toujours aussi savoureux en mode desperados. J’ai lu que le projet d’Albator de Tarquin était avorté et qu’il aurait pu donner naissance à cet album, qui s’avère assez Frankenstein. L’auteur n’a jamais eu de problème avec l’aspect commercial de certaines parutions et j’espère sincèrement qu’il a de vrais projets pour la suite de sa série car avec tout l’amour du monde pour le spaceop ses plus fidèles lecteurs risquent de finir par se lasser…

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  • La Horde du contrevent #3: la flaque de Lapsane (Henninot/Delcourt) – 2021, 76p., one-shot, série en cours.

Coup de coeur! (1)

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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Quel choc les amis! On savait le roman un des plus pissants de la SF française jamais écrit. On avait constaté le talent d’Eric Henninot dès le premier tome. J’avoue ma surprise sur la concentration d’un tome entier sur la traversée de la Flaque de Lapsane, ne me souvenant pas de l’importance de ce passage dans le livre. Ce petit détail laisse imaginer une série en au moins six tomes et je pressens déjà un très gros dernier opus pour arriver à boucler ce monument. Pour rappel aux non initiés: il s’agit pour la Horde de traverser en « trace directe » une vaste étendue marécageuse dont le centre est un lac aux fonds variables et surtout parcourus de Chrones, entités redoutables qui dévient le temps et l’espace…

Le tour de force de ce volume est de nous happer malgré des décors absolument ternes, monotones, et par moment (la traversée centrale à la nage) vides! Mais la richesse des personnages, la tension dramatique et la maitrise narrative impressionnants de Henninot nous plongent dans ce maelstrom émotionnel de bout en bout sans nous laisser respirer et en procurant des sensations comme le permet rarement la BD. La tension permanente entre la hordière enceinte et le redoutable Golgoth respire sur les interventions quasi-surnaturelles du maître d’Erg le protecteur, d’un siphon qui agit sur le Temps puis d’une énigmatique tour que l’auteur passe avec une surprenante rapidité. Il faut bien faire des choix! La force de cette histoire c’est de nous faire (par moments) oublier l’aberration du projet en nous plongeant dans le cœur de l’Humain épicé de réflexions philosophiques sur l’être, le Temps, l’âme et l’individu. Un immense roman a donné naissance à une immense BD qui prends la suite de Servitude et Azimut comme étalon de la plus grande série BD en cours. Tout simplement.

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***·Comics·East & West

Original Sin

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Intégrale de 22 pages comprenant les épisodes 0 à 8 de la mini-série Original Sin écrite par Jason Aaron et dessinée par Mike Deodato Jr. Parution originale en 2014, réédition chez Panini Comics le 25/11/2020.

Péché mortel

L’univers Marvel, et plus précisément sa planète Terre, n’est pas surveillée que par des super-héros. Depuis l’aube des temps, elle est minutieusement épiée, scrutée, par un être appartenant à l’une des premières espèces intelligentes qui aie parcouru le cosmos.

Uatu le Gardien, a pour mission d’observer tous les événements se déroulant sur Terre, du plus insignifiant au plus important. Son voeu, et celui de toute son espèce, est d’observer fidèlement sans jamais intervenir. Ce serment, fait après l’échec d’une tentative d’intervention des Gardiens auprès d’une espèce primitive, empêche Uatu de s’impliquer directement auprès des terriens.

Mais notre gardien silencieux, attaché aux humains (parce que les humains sont spéciaux, c’est bien connu), a rompu a quelques occasions son voeu de non-intervention. La plus célèbre de ces incartades est la toute première, lorsqu’il persuada Galactus, qui s’apprêtait à dévorer la Terre, de rebrousser chemin grâce au Nullifieur Ultime.

Ce matin-là de 2014, le calme apparent permet à quelques héros, Captain America, Wolverine, Black Widow et Nick Fury, de se réunir dans un snack pour partager quelques bons souvenirs. Ce moment de détente sera interrompu par une inquiétante alerte. En effet, dans son sanctuaire lunaire, d’où il voyait tout, Uatu le Gardien a été retrouvé mort. Cet être immensément sage et puissant gît désormais avec un trou dans la tête, et les yeux absents de leurs orbites.

Qui a pu commettre un tel acte ? Et à quoi vont servir ses yeux ? Les réponses à ces questions vont apporter leur lot de fâcheuses conséquences pour tous les héros qui vont mener l’enquête.

En 2014, c’est Jason Aaron qui est aux commandes de l’event estival de Marvel. Il concocte donc une histoire à grands spectacles, sous la forme plutôt inattendue d’un whodunnit, avec deux lignes narratives distinctes qui se rejoignent lors du climax. On peut dire que la recette fonctionne, notamment grâce à une intrigue sans trop de temps morts, et munie de certains coups de théâtre, qui, sans être excessivement puissants, restent efficaces dans le contexte de l’œuvre.

Si Original Sin mérite d’être mentionné, toutefois, ce n’est pas nécessairement pour l’identité du tueur ni pour l’originalité de l’intrigue, mais plutôt pour ces conséquences, dont certaines ont laissé une empreinte durables sur les personnages durant les années qui ont suivi. On pense notamment à Thor, qui perd sa dignité et son accès à Mjolnir jusqu’en 2019, ou à Spider-Man, qui se découvre une âme-soeur mordue par la même araignée que lui.

Le reste des révélations a été assez vite enterré, comme par exemple la soeur de Thor, Angela (qui est en fait un personnage de l’écurie Top Cow racheté par Marvel), ou encore l’implication de Tony Stark dans l’explosion qui donna naissance à Hulk.

ATTENTION SPOILER

On peut également débattre de la révélation-phare de la mini-série, qui concernait alors le personnage de Nick Fury. Aaron nous apprend que Fury, depuis des décennies, assure le rôle de la « Sentinelle », qui assure une mission proactive et secrète de protection de la Terre. A l’insu de tous, le fondateur du SHIELD a abattu des dizaines de menaces potentielles, à grands renforts de balles Gamma et d’assassinats intergalactiques. Le scénariste fait donc appel au tout-puissant outil de Retcon (continuité rétroactive, ou révélation sur un personnage qui offre une réinterprétation ou réécrit des éléments de continuité), et nous laisse nous creuser les méninges pour faire coexister cette révélation avec tous les éléments déjà inscrits dans le passé du personnage.

D’ailleurs, quand on y pense, on peut trouver incongrue la réaction de certains personnages face à cette révélation. Nick Fury tue des monstres souterrains et des conquérants qui veulent s’en prendre à la Terre, depuis des lustres, avec des balles radioactives ? Ça n’en fait pas vraiment un adversaire, au pire un mal nécessaire, mais le bât blesse lorsqu’on découvre les raisons plutôt obscures derrière l’assassinat d’Uatu, puisqu’il s’agit bien de lui, initialement.

En résumé, Original Sin n’est pas le pire event que Marvel nous aie balancé ces dernières années, notamment grâce à l’écriture de Jason Aaron et aux dessins de Deodato Jr, qui n’avait alors pas encore entamé son déclin. Néanmoins, le scénario, sans doute trop audacieux, oublie trop vite sa dynamique de départ mais évite de peu la sortie de route.

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Helle Nice, une vie en vitesse.

Le Docu BD
BD de Giuseppe Manunta
Félès Editions (2021), 126 p., One-shot.

L’ouvrage des jeunes éditions Félès comporte un croquis en intérieur de couverture, un court texte de l’auteur en forme de préface et un cahier final de huit pages comprenant quelques photos et un étonnant lien entre ce projet et des actions de promotion de la vie d’Hélène Delangle. Le tout est totalement fabriqué en France (assez rare pour être souligné) sur un papier très épais et une fabrication royale. Le tout mérite un calvin d’édition.

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bsic journalismMerci aux éditions Félès pour cette découverte

Hellé Nice - BD, informations, cotesC’est par l’entremise d’aperçus Instagram que j’ai découvert tout à la fois les éditions Félès, l’artiste italien Giuseppe Manunta (qui avait publié précédemment à feu les Editions du Long bec dont j’avais grandement apprécié la ligne graphique…) et la coureuse automobile Hélène Delangle, personnage typique d’une France des années folles que l’on retrouve sur l’album Joe la pirate. Si Hubert et Virginie Augustin ont pris le parti d’un féminisme homosexuel que la richesse de Marion Carstairs a permis de rendre exubérante de liberté, l’amour de la vitesse, l’absence de tabous et l’envie de se présenter en égale des hommes rassemblent les deux femmes indéniablement.

Ouvrage tout à la gloire de cette danseuse de music-hall peu vêtue qui se hissa de rien à la gloire des compétitions automobiles, Helle Nice reprend le nom d’artiste qu’elle adopta après une rencontre avec un soldat britannique (« elle est nice« ). On pourra reprocher au scénario un enchaînement de séquences que l’on aura parfois du mal à lier et l’impasse sur la jeunesse de la jeune femme qui pourrait expliquer cette envie de bruler la vie. Sans peur, elle fut une athlète réelle qu’un personnage décrit ainsi: dans les sports tout lui réussit. L’album saute ainsi d’amant en amant, tous fascinés par cette beauté, qui l’entraînent dans le monde de la course automobile et les différentes courses auxquelles elle aura participé. Bien peu d’explication de contexte hormis lors d’un passage en Italie fasciste et sur la difficile période de la Guerre qui font de l’ouvrage une sorte d’hagiographie plastique à une époque élégante et à un tempérament indomptable.

Hellé Nice- Une Vie en VitesseCar la partie graphique est absolument superbe et l’auteur une magnifique découverte. Amateur de belles formes il n’oublie pas de croquer les demoiselles dans leur plus simple appareil, avec un sens technique et une mise en couleur directe sublime. Sur le plan du plaisir visuel ce gros volume est donc un ravissement qui place Manunta dans le haut du panier des artistes italiens dans un style proche des argentins Ignacio Noe ou Gabriel Ippoliti. On prend un très grand plaisir à admirer la carlingue des voiture comme des dames, la mise en pli des messieurs et la matière des décors et des objets comme sur un album de Romain Hugault.

Très belle découverte qui souffre des défauts scénaristiques de nombre d’albums de dessinateurs et d’un projet original peut-être un peu trop élogieux, Helle Nice n’en reste pas moins un très bel album qui vous fera découvrir un personnage totalement méconnu, un milieu étonnant et une saveur nostalgique de cette belle France qui connaissait le mot Liberté.

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Manga en vrac #24: Dragonball Super #15 – Shangri-la Frontier #2 – Alma #4 – Centaures #6 – Fullmetal Alchemist (perfect) #9

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Attention très grosse fournée manga aujourd’hui pour rattraper un retard important pris en fin d’année! Des séries en cours avec quelques déceptions et de surprenants anciens qui font de la résistance…

  • Dragonball Super #15 (Toriyama-Toyotaro/Glénat) – 2021, 192p., 15/17 volumes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

dragon_ball_super_15_glenatDécidément quelle capacité de rebondissement chez maître Toriyama! Alors que le précédent tome paraissait mener vers un ultime essoufflement, ce quinzième remets avec malice une pièce dans la machine… La fin du combat contre Moro d’abord, qui arrive, chose incroyable, à proposer de l’originalité (vous aurez du mal à me croire je sais…) avec encore de très bonnes idées qui, insérées entre les poncifs, maintiennent le plaisir de lecture et le suspens des combats. Puis l’on bascule soudain sur un tout autre arc. Ces ruptures brutales font toujours bizarre mais en changeant radicalement le contexte, les personnages et le style dans un braquage spatial digne des meilleurs films d’action, l’auteur nous accroche immédiatement. On apprendra plus tard que ce nouvel arc est le premier de la série SUPER à être totalement décroché des animés et c’est plutôt bon signe tant certains volumes ont paru forcés par un cadre contraint. On va donc retrouver les Sayan (oui-oui, il, semble en rester) et un adversaire du passé convoqué de manière cohérente à notre plus grand plaisir. Une fraicheur qui pousse jusqu’à quatre Calvin, une sacrée perf pour une série aussi éculée!

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  • Shangri-la Frontier #2 (Katarina-Fuji/Glénat) – 2021, 192p., 2/6 volumes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

shangri-la_frontier_2_glenatTrès sceptique sur tout manga se réclament du genre Isekai j’avais été obligé de reconnaître la pertinence du choix de Glénat de publier ce qui est calibré comme un blockbuster.

Je ne vais pas m’attarder sur le scénario (on reste intégralement à l’intérieur du jeu pendant ce volume) mais insisterais sur la grande qualité de dessins d’une lisibilité remarquable que ce soit dans les incessantes séquences de baston que dans la présentation des personnages, lieux, et tout ce qui fait ce jeu de rôle massivement multijoueur. La richesse du système et de l’univers donne vraiment le sentiment de lire un guide illustré d’un jeu existant réellement. On se demande d’ailleurs si les auteurs n’ont pas produit cette série dans le seul but d’être recrutés par un studio de jeux vidéo majeur! Hormis les allergiques à la logique du gaming (qu’on peut résumer par: découvrir, optimiser, combattre, discuter), tout le monde se prendra au jeu d’une série qui confirme sa grande proximité avec le franco-belge Bolchoi Arena (avec la part dramatique en moins). Ce second opus confirme donc totalement la bonne réception du premier et déroule sans forcer, avec plaisir, sans réfléchir. Du très bon manga détente dont j’attend la suite.

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  • Alma #4 (Mito/Panini) – 2021, 208p., 4/4 volumes parus.

alma-4-paniniLe volume se compose donc de la conclusion de la série plus neuf pages d’illustrations bonus, une Bible d’univers de trente pages, d’une post-face sur la genèse et de l’histoire courte qui a donné naissance à la série.

Très bien commencé, un peu empêtré en son milieu, Alma se conclut un peu piteusement avec un final centré sur Trice et sa rencontre avec Ray, en forme de flashback. Doté de références patchwork, peinant à donner une ligne claire et se perdant par moment dans des réflexions compliquées, Alma est le type de première œuvre très ambitieuse mais dont l’auteur n’aura pas maîtrisé tout le potentiel. Ce final n’est pas inintéressant mais une fois les révélations majeures sorties dans le volume précédent on se perd un peu dans des prolongations qui semblent superflues et un message type des manga pour ado et leur message de vie… Dommage, certains design étaient vraiment élégants et quelques idées sur la post-humanités inspirées. On attendra donc la prochaine série de l’auteur qui aura sans doute muri et son trait et son propos.

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  • Centaures #6 (Sumiyoshi/Glénat) – 2021, 192p., 6/6 volumes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

centaures_6Même constat que sur le cinquième tome (qui ouvrait le dernier cycle de la jeunesse) et sur Ashidaka: l’autrice bourrée de talent a bien du mal à mener de front autant de projets et sa grande technique ne suffit pas à habiller des pages résolument vides et à l’apparence de crobars (certes très élégants mais vraiment rapides). En outre ce volume est scindé en son milieu entre la fin de l’histoire de Matsukasze (nous expliquant comment le jeune centaure un peu benêt est devenu le démon rouge qui terrorise les humains) et celle de Kohibari. Frustrant car on arrive un peu tard sur ce personnage qui ne nous apprend guère plus que le premier cycle sur son origine. Ce volume semble avoir été réalisé sur la forme d’historiettes prolongeant les précédents, avec ici pour objet de reboucler avec des premières pages de la série certes percutantes mais un peu abruptes. On lui saura donc gré de rendre plus intelligible le premier tome (avec nécessité de le relire donc!) mais il faudra vraiment qu’avec la fin de cette série l’autrice se recentre et prenne le temps de finaliser ses albums. Son talent l’exige!

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  • Fullmetal Alchemist (Perfect edition) #9 (Arakawa/Glénat) – 2021, 308p., 9/18 volumes parus.

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Merci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

fullmetal_alchemist_perfect_9_kurokawaCoup de coeur! (1)Last but not least, vous avez sous les yeux braves gens pas moins que le meilleur tome de FMA depuis le commencement (jusqu’ici en tout cas)! Dans une lente progression, la saga de Arakawa est passée tranquilou-bilou de trois à quatre Calvin avant d’aboutir à ce coup de cœur de noirceur qui exploite l’action incessante et les cliffhangers éhontés (mais tellement savoureux) pour nous laisser en apnée sur des révélations majeures. A la moitié de la série il fallait bien cela! On dira que tout le dramatis personae est en place et que la grande bataille peut commencer, avec des héros multiples et dans de beaux draps. Maîtrisant comme personne la nécessité de produire de magnifiques méchants, l’autrice nous envoie Ed dans un combat rageur contre Glutony avant de le confronter à nouveau avec la Porte. Le roller-Coster émotionnel est à son comble et si certains volumes ont parfois trainé en explications politiques, il ne faut ici pas moins des trois-cent pages pour avancer ce tome bourré d’action. Il est très rare que je mette une telle note à un shonen et l’édition décidément superbe apporte en outre des informations très intéressantes sur les personnages dans les croquis inclus sur la reliure.

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***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Les Enfers: au royaume d’Hadès

La BD!

Histoire complète en 46 pages écrite par Clotilde Bruneau et dessinée par Diego Oddi. Parution le 10/11/2021 aux éditions Glénat, dans la collection La Sagesse des Mythes, dirigée par Luc Ferry.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

L’Enfer, c’est les outres

La mythologie grecque a laissé une empreinte marquante sur la fiction encore aujourd’hui. Ces innombrables mythes, sont devenus pour beaucoup la quintessence de la narration à travers les âges, transformés de telle sorte que l’on prend aujourd’hui plaisir à les redécouvrir sous leur forme originelle.

Prenez Hadès par exemple. Toutes les histoires modernes tendent à le dépeindre de façon péjorative, majoritairement en tant qu’antagoniste, alors que les mythes grecs ne souffrent initialement pas de ce biais. Souvent comparé à Satan en fiction moderne, le Hadès classique est au contraire une figure plutôt neutre, bien qu’intransigeant vis à vis de son rôle et de la nature intrinsèque et inévitable du principe qu’il représente.

Bien loin du Caïn rongé par la jalousie, et l’amertume d’avoir été relégué aux Enfers, Hadès est au contraire dépeint comme un régent juste et sévère du monde souterrain, et l’un des seuls dieux, si ce n’est le seul, à ne pas avoir trompé son épouse, ni fait preuve d’une cruauté infondée envers les hommes. Son royaume, censé être impénétrable (mais bien entendu visité par bien des héros de la mythologie), est doté d’une géographie tout singulière et d’une histoire foisonnante qui méritaient certainement un album à part entière.

Cet album nous plonge donc dans les méandres sinueux des fleuves qui irriguent et encerclent les Enfers, et nous fait découvrir ses différentes régions. Nous avons également droit aux différents mythes qui y sont liés, de Tantale à Sisyphe en passant par les Danaïdes.

Malgré la structure du récit à tiroirs, où une digression en appelle une autre, l’album possède un fil rouge, qui permet de conserver un semblant de structure dramatique tout au long. Le dossier en fin d’album, intitulé « Hadès ou le monde grec face au non-sens de la mort », est complet mais digeste et parvient à rester succin lorsqu’il dépeint des caractéristiques méconnues du dieu grec de la Mort.

En résumé, Les Enfers: au royaume d’Hadès est un album synthétique et très instructif sur une figure tristement controversée et incomprise de la mythologie grecque. Peut être dispensable pour les experts hellénistes, mais idéal pour tout lecteur souhaitant se cultiver.

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Frankenstein

La BD!
BD de George Bess
Glénat (2021), 205 p., One-shot.

Le volume comprend dix-sept chapitres dotés d’une page de titre pour chacun et un cahier graphique final de cinq illustration n&b. Comme pour Dracula une édition prestige grand format dotée d’une couverture différente est parue en simultané aux éditions Glénat.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur fidélité.

Il y a deux ans le magistral dessinateur du Lama Blanc proposait un magnifique cadeau de Noël en une monumentale adaptation du roman original de Bram Stoker, Dracula. Après une assez discutable version SF new-age de Au cœur des Ténèbres, Bess enchaîne sur ses adaptations de la littérature gothique avec cette fois le monstre de Frankenstein, sous-titré Le Prométhée moderne par son autrice Mary Shelley. A noter que la trilogie de Philippe Pelaez centré sur les auteurs gothiques du XIX° se conclut le mois prochain autour de Mary Shelley également.

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2021/11/Mary-Shelley-Frankenstein-3.jpegSi Dracula souffrait comme principal problème de la vision du film de Coppola passée dans l’imaginaire collectif, il profitait d’un récit très efficace, rythmé et varié dont l’inspiration graphique était évidente chez l’auteur. Frankenstein est publié presque un siècle avant Dracula et l’on retrouve dans l’adaptation graphique certaines failles désuètes d’un récit par moment redondant. L’album est structuré sur trois récits (le carnet du capitaine du navire arctique qui recueille Victor Frankenstein, le récit de ce dernier et enfin le récit que le monstre lui fit jadis) que Bess parvient avec souplesse à articuler dans son roman graphique. Bien plus naturaliste que gothique, l’histoire nous fait suivre sur une bonne partie les pérégrinations du monstre dans la Nature sauvage et son observation de l’humanité. Le cadre de roman initiatique (tout de même très sombre) est sur ce point intéressant avec un personnage naïf découvrant dans sa chair la violence inhérente à l’humanité et la contradiction avec sa propre nature bienveillante en contradiction avec son apparence monstrueuse. Si les hommes paraissent bons ils ont ainsi un fond malveillant et craintif, à l’inverse du monstre.

Graphiquement si Georges Bess sait toujours aussi bien inspirer des paysages, des ambiances et des corps, il semble plus engoncé avec son matériau qui tourne en grande partie autour d’une créature qui ne permet pas tellement d’expérimentations. Les planches restent très belles mais reproduisent les mêmes thèmes, ce qui par moment lasse un peu. Les parties les plus intéressantes sont les observations naturelles de Frankenstein puis de sa créature ainsi que les visions arctiques où le trait tranché de Bess subjugue dans une grande esthétique.

Frankenstein en BD: quand Georges Bess s'attaque à un monstre sacré -  Bubble BD, Comics et MangasDoté d’un récit plus plat et sans doute plus philosophique (donc moins graphique) que Dracula, ce Frankenstein réussit donc moyennement le succès précédent du fait d’une matière plus difficile. Avec un projet d’adaptation littéraire il n’était pas possible de dévier de la ligne et ces limites sont donc peu imputables à l’auteur. Par moment on ressent toutefois la dureté de ce que vit le monstre et l’on sent poindre l’émotion de cet être pur enfermé dans une gangue monstrueuse et toute la violence du monde s’abattre sur ses épaules. On pourra peut-être regretter un manque de rythme et d’action qui auraient pu nous emporter dans une action qui fait ici défaut.

Le projet n’en reste pas moins monumental, un travail colossal, intéressant, et que l’on espère reproduire sur d’autres textes gothiques.

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