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Les sans-visages

BD du mercredi

BD de Dubois et Kas
Le Lombard-Signé (2019), one-shot de 96 p.

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badge numeriqueL’album étant lu en numérique  je ne parlerais pas de l’édition. Je préciserais seulement deux choses: d’une part si certains albums se lisent très bien en numérique, du fait des dessins très fouillés, colorés je pense que celui-ci gagne particulièrement à être lu en album papier. Par ailleurs, je le précise presque à chacune de mes lectures Signé, je déplore vraiment que cette collection prestigieuse destinée à l’origine à publier des One-Shot exceptionnels comme le Western de Rosinski-Van Hamme, soit devenue une simple collection où des auteurs ont leurs habitudes, tels le très bon Pierre Dubois, mais également des Hermann ou Warnauts et Raives. Cela ne veut pas dire que tous ces albums sont mauvais, mais que le prestige initial de la collection fausse un peu l’a-priori du lecteur en diluant l’aspect exceptionnel.

La guerre de trente-ans fut l’une des plus sanglantes de l’histoire moderne. Sur des terres germaniques ravagées par cette guerre entre catholiques et protestants, une horde de mercenaires va se retrouver piégée dans une vallée qui ressemble à un paradis hors du temps. Là ils se retrouveront confrontés à des choix entre l’accès à l’humanité ou le maintien des pulsions sauvages qui les ont menées pendant des années…

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Je découvre avec cet album un auteur, Kas, dont le style me rappelle rapidement un certain Rosinski. Ce n’est pas un hasard puisque, polonais comme le maître, il a pris sa suite sur la série Hans. L’on sent bien la filiation mais surtout une esthétique faite de grande maîtrise visuelle qui s’échappe de l’académisme du dessin de BD avec un rendu crayonné qui crée une ambiance dynamique et vivante. On pourra juger le traitement des filles un peu manichéen avec ces amazones aux lèvres sur-pulpeuses et aux yeux proches du manga, mais le tout à une grande élégance, notamment dans une mise en couleur très détaillée. Je ne suis d’ailleurs pas du tout certain que les planches aient la même force en noir et blanc du fait d’un encrage très léger et le rôle de la couleur d’habiller une multitudes de traits qui donnent une texture aux formes. Le dessinateur nous propose ainsi un vrai régale pour les yeux tout au long de ces quatre-vingt pages très bien tenues.

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Après une introduction puissante reprenant l’iconographie de la peinture du Moyen-Age avec ces scènes de vie rurale foisonnante ainsi que ces danses macabres qu’utilise avec tant de talent un Olivier Ledroit, j’ai été surpris de tomber dans une sorte de BD glorifiant un paganisme gaulois avec ses paysans joyeux dont la vie est rythmée par les saisons. C’est un peu kitsch, probablement assumé pour créer le décalage avec la brutalité sombre des Sans-visages. Ce ne sont pas les meilleurs passages de l’album mais l’on comprend le sens du message et vers où l’on va. Ainsi l’ambiance Horde sauvage avec cette bande de Ronins européens ne dure guère, ce qui peut troubler au regarde, notamment de la très belle couverture qui s’incarne dans les premières pages rageuses. Personnellement je m’attendais plus à une ambiance sombre à la Après l’enfer. Le travail de design vraiment réussi sur les personnages de la troupe (on en voit les recherches détaillées dans le cahier graphique final) est finalement très peu utilisé puisque dès le premier quart de l’album on se retrouve avec des guerriers à la moustache mousquetaire et à l’habit huguenot, assez classiques dans la BD d’époque, mais surtout les masques si marquants sur les premières ages disparaissent.

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Le thème de l’album devient alors la rencontre de ce capitaine avec un pays de cocagne alors que la guerre fait rage au-delà des montagnes. L’attrait du scénariste Pierre Dubois pour la culture du petit-peuple et de l’harmonie avec la nature se ressent. La tension est alors légère mais constante sur cette communauté où l’on sent que ces Sans-visages peuvent à chaque instant faire basculer l’harmonie. Étonnamment la population locale est très peu vue hormis deux jeunes femmes très belles. L’une propose au capitaine de renoncer à sa vie militaire pour fonder un foyer. Il est âgé, elle dans la fleur de l’age. On se demande alors comment un officier aussi sage a pu diriger une telle bande de gredins… Si le lecteur profite de ces agréables paysages au travers de pages un peu répétitives sur le passage des saisons, il ne peut s’empêcher de se demander comment ces hommes n’ont pas plus de traumatismes.

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Cet album a un cheminement étonnant, dont l’introduction joue sans doute un mauvais tour à un projet qui n’était en rien une Historic-fantasy. On aurait aimé voir quelque chose proche de la Complainte des landes perdues à la Renaissance, rageur et réaliste comme ce qu’a pu produire le scénariste avec Sykes, et l’on a finalement un récit sur un amour impossible et sur la vie simple des paysans. Il manque probablement une tension dans cet album où les auteurs semblent plus intéressés par l’illustration de la Nature, des nymphes et de la vie paysanne. Peut-être plusieurs projets en un, qui manquent de définition. Du coup on a une bonne histoire assez classique, très joliment et subtilement mise en image par Kas, avec quelques morceaux de bravoures et une bataille finale très réussie. Pas suffisant pour nous étourdir et ces premières pages flamboyantes resteront lettre morte, mais Les sans-visages reste un bon album comme l’expérimenté Pierre Dubois sait parfaitement les mener. Un peu plus d’originalité la prochaine fois et ce sera sans nulle doute un carton.

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Verax

Le Docu du Week-End

 

BD de Pratap Chaterjee et Khalil
Les arènes (2019), 240 p., one-shot. n&b.

bsic journalismMerci aux Arènes BD pour cette découverte.

Verax_HD_C1.jpgL’ouvrage est au format Comic, broché avec couverture à rabat. La très parlante illustration de couverture n’est pas du dessinateur intérieur. Les rabats comportent une courte bio des deux auteurs. Des documents pour prolonger auraient été appréciés, c’est un peu dommage pour un album traitant d’un sujet aussi brûlant.

En 2013 l’ancien analyste de la NSA Edward Snowden rend publiques des informations top-secret sur les pratiques des services de renseignement américains. Depuis 2006 l’organisation de hackers Wikileaks diffuse des informations en masse à destination des journaux. Entre temps le journaliste Pratap Chaterjee enquête sur les drones militaires et le complexe militaro-industriel qui relie tous ces scandales et les attaques contre les libertés publiques.

Résultat de recherche d'images pour "verax les arènes khalil"Cet album est important par le sujet qu’il présente et par son urgence. Abordant en deux-cent quarante pages de BD un ensemble de sujets complexes aux ramifications, il a le très grand mérite de remettre en perspective des enjeux et des incidences que seuls les férus d’actualité et les spécialistes conçoivent. En ce sens on peut parler d’ouvrage de vulgarisation. La forme est un peu déconcertante au départ. L’auteur, journaliste britannique d’investigation (il collabore au Guardian), militant dans des organismes de journalismes de défense des libertés publiques, commence l’ouvrage autour de ses recherches de reportages, difficiles à financer, montrant la précarité des journalistes indépendants et à demi-mots la pression des actionnaires et dirigeants des journaux, tiraillés en permanence entre la recherche de scoops et la défense d’intérêts du système. Lors de ses travaux  sur les assassinats par drones (où l’on parle de PTSD) il rencontre Julian Assange et l’équipe de Wikileaks, mais nous cite aussi divers acteurs de la diffusion des récents scandales mondiaux qui ont révélé les étroites relations entre gouvernements, grands groupes économiques, médias et complexe militaro-industriel. Ce dernier concept, spécifique aux États-Unis d’Amérique est essentiel pour comprendre le fonctionnement de ce pays et la tension permanente entre exigences démocratiques et demande de sécurité de la part de la population.

Résultat de recherche d'images pour "verax les arènes khalil"Je précise dès maintenant que j’ai inséré en fin de billet des liens vers trois films absolument liés à cet ouvrage et dont le visionnage est plus que recommandé pour donner vie à ce que vous apprendra rapidement Verax. On y saisit l’interinfluence paranoïaque d’un establishment politique qui, par semi-corruption (si ce n’est financière, au moins mentale) signe des chèques en blanc à une galaxie du renseignement et à des états-major qui se sont spécialisés dans le storytelling plus ou moins conscient et les prophéties autoréalisatrices. Après une enquête dure à suivre sur les drones et les « dommages collatéraux », au tiers de l’ouvrage commence l’affaire Snowden et le récit détaillée à la fois de la sortie de ces informations par des journalistes courageux et desréseaux des programmes de surveillance exhaustifs des États-Unis. Si Snowden, ce fier produit du nationalisme américain, issu d’une famille de droite pro-militariste, a choisi de parler en brisant sa vie et sa carrière c’est par-ce qu’il a acquis la certitude que le gouvernement avait mis sur écoute permanente la totalité de la population mondiale, au travers des réseaux informatiques. C’est tellement énorme que l’on crie vite au conspirationnisme. Et pourtant, cet album ne fait que reprendre les faits que les films cités ci-dessous vous décortiqueront et que la presse a documenté…

Résultat de recherche d'images pour "verax les arènes khalil"La dernière partie relie l’affaire des drones à la problématique globale, en illustrant le fait qu’en collectant de telles quantités de données le contre-terrorisme américain se retrouve incapable de les traiter, victime de ce que les bibliothécaires appellent le « bruit »: lorsque les perturbations atteignent un certain niveau vous devenez incapables de lire le résultat de ce que vous recherchez. Ayant dépensé des moyens considérables, ces dirigeants tombent alors dans un mécanisme psychologique évident: ils trouvent ce qu’ils veulent trouver. L’auteur ne le dit pas mais nous sommes là très précisément dans le fonctionnement des systèmes de surveillance paranoïaques des régimes totalitaires… Glaçant!

Si le dessin est correcte mais n’apporte aucune plus-value à cet ouvrage, la pertinence des liens que Praterjee tisse entre ces différents sujets vaut vraiment le détour pour faire le point sur dix ans de surveillance et de scandales que les uns et les autres avons vécu de façon éparse dans la presse. Un moyen de ne pas se résigner et de se rappeler la gravité des actes de ces dirigeants.

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Lire par ailleurs l’excellent billet d‘Usbek et Rica.

Pour prolonger au cinéma:

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**·***·*****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD et vrac #12

BD du mercredi

  • Ira Dei #3: Fureur normande (Brugeas/Toulhoat/Dargaud) – 2019, 3 vol parus.

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J’avais déjà émis quelques réserves sur le tome 1 de la série… avant de me déjuger tant le tome 2 était flamboyant. Cette seule couverture (qui part illico dans mon top thématiques de l’année) suffit à m’émoustiller en illustrant l’art de la mise en scène extravertie de Ronan Toulhoat. Comme j’essaye de rester objectif, je dois reconnaître que cette fureur normande souffre de l’habitude que l’on a à la lecture de ces auteurs: la réalisation globale est excellente, c’est bien dessiné, bien écrit (bien qu’un peu obscure en matière de stratégie),… mais il manque un sel, peut-être un personnage, peut-être un retournement, je ne sais. Cette série s’inscrit dans l’exotisme d’une période méconnue du grand public et dans la finesse des manigances politiques. Le premier cycle a montré combien il fallait juger du double album-cycle dans son intégralité tant cette histoire est imbriquée, aussi je me garderais de rabaisser ce tome 3, mais j’ai éprouvé des difficultés avec une introduction où il est difficile de comprendre si l’on se place dans la suite directe (et dans ce cas pourquoi une narration) ou dans une variation. Sans-doute ais-je du mal à saisir le concept d’une série qui reste néanmoins fort agréable à lire.

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  • Car l’enfer est ici #1: 508 statues souriantes (Brunschwig/Hirn/Nouhaud/Futuropolis) – 2011
    Le pouvoir des innocents, cycle 2 tome 1.

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La parution des trois cycles du Pouvoir des Innocents a été assez compliquée à suivre avec dès ce tome et le passage chez Futuropolis, la sortie des albums des cycles II et III en croisé. J’ai fait le choix de continuer chronologiquement avec donc ce début de cycle II dessiné par un très bon David Nouhaud. L’histoire débute quelques mois après la fin dramatique du premier cycle qui a vu l’élection de l’idéaliste Jessica Rupert à la mairie de New-York et l’incendie de la villa du boxeur Providence qui a traumatisé une grande partie de la population. Joshua Logan, en fuite avec sa femme est l’ennemi public numéro 1… jusqu’à ce qu’il se rende à la police pour dénoncer la conspiration des 508. Alors que tout l’édifice qui a permis l’élection de Rupert menace de s’effondrer l’avocat qui accepte de le défendre va mettre le nez dans un engrenage très dangereux… Avec le déroulé toujours aussi complexe de Brunschwig, cette suite nous place dans les meilleures conditions possible pour prolonger une intrigue qui s’annonce plus politique que jamais: le changement de dessinateur marque un saut graphique très appréciable. Le péché originel installé par le premier cycle laisse présager des réflexions profondes sur les buts du pouvoirs et les moyens mis en oeuvre et leurs justifications. Ce tome est une mise en bouche qui donne très envie de continuer cette très particulière saga.
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  • Le dernier Pharaon (Schuiten, Gunzig, Van Dormael/Blake et mortimen) – 2019, Hors-série.

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mediathequeJe ne parlerais pas de déception concernant cette aventure Hors-série de Blake&Mortimer car je n’en attendais pas grand chose et ne l’ai lue qu’en raison du battage médiatique fait autour de sa sortie, avec notamment trois éditions (classique, à l’italienne et grand format), une exposition et une importante couverture presse. Comme souvent la justification d’un album à part est difficile à trouver hormis la seule envie des auteurs. Et contrairement à Valérian dont les hors-série sont aussi originaux que truculents, ce Dernier Pharaon n’est ni un Blake et Mortimer ni un Schuiten. Trop de décalages pour un album qui se veut hommage et bourré de références. Si l’on devine l’esprit derrière certaines séquences, le dessin de Schuiten est trop éloigné, trop statique et contemplatif pour nous faire admirer autre chose que cette fascinante Bruxelle post-apocalyptique. On a malheureusement la désagréable impression d’un entre-soi belge qui fait de la capitale belge le centre du monde en nous balançant en quelques cases le plus grand plan jamais sorti d’un album de B&M… L’envie de dessiner la palais de justice de Bruxelles ne suffit pas à faire un album et tant l’époque adoptée (trop moderne) que l’esprit écologiste dénotent trop. Alors l’album se laisse lire et est plutôt joli. Mais un mauvais projet bien réalisé reste toujours un mauvais projet.

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  • La gazette du château #3 (Dorison/Delep/Casterman) – 2019 3 épisodes parus.

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Mes avis sur cette excellente adaptation de la fable politique d’Orwell La ferme des animaux sont ici et . La parution au format gazette (couleur, très grand format avec rédactionnel exclusif) se fait en trois épisodes par album cartonné. Le premier tome relié vient juste de paraître et la « saison deux » au format gazette doit se poursuivre dès début 2020.

Pour une fois le format feuilleton s’agence parfaitement puisque les trois parties semblent adopter la structure du scénario. En effet, après une mise en place brutale dans le premier épisode et l’irruption du tiers perturbateur dans le second, voici venu le temps de l’action pour Miss B qui va apprendre à déplacer le conflit sur le plan de la dérision… Difficile de parler de cette publication qui reprends les mêmes qualités au niveau de l’album (texte très proche du propos d’Orwell, dessin superbe) et sur le format gazette (pages immenses, maquette élégante, textes à lire après la BD qui prolongent parfaitement l’esprit totalitaire. Pour l’amateur de politique que je suis c’est bien évidemment un des albums marquants de l’année que j’hésite à acheter au format relié…

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Conan: les clous rouges

BD du mercredi
BD de Vatine, Hautière et Cassegrain
Glénat (2019), 56 p. one shot.

couv_373253Comme tous les albums de la collection Conan le cimmerien l’ouvrage comporte en intérieurs de couverture une carte de l’Age Hyboréen ainsi qu’un cahier graphique de treize pages incluant une contextualisation de la rédaction des Clous rouges par Robert E. Howard et quelques illustrations hommages de différents illustrateurs… l’occasion de voir Olivier Vatine aux crayons avec toujours autant de classe! Je vais profiter de cet habituel paragraphe « éditions » pour aborder la question de la couverture: celle-ci est très jolie et totalement dans le thème frazzetien… si ce n’était l’étonnante pudeur qui a fait jouer au caleçonneur en ajoutant de petites culottes à l’illustration originale de Didier Cassegrain (en pied de cet article) exposée à la galerie Maghen. Je n’ai pas pu savoir si cela avait été imposé par Glénat ou proposé par l’auteur mais c’est assez incompréhensible quand on voit le reste de l’illustration avec les demoiselles très aérées, le côté sanglant de l’album et la relative sagesse de ces pages intérieures côté nudité. Ce n’est pas une affaire d’État mais pose question sur l’éventuelle influence de l’éditeur sur le contenu de l’album…

Lorsque Conan et Valéria, deux mercenaires aussi proches que sans scrupules, se réfugient dans une gigantesque cité pour échapper à des dragons ils pénètrent dans une sorte de tombeau sans ouverture où une lutte sans merci se déroule depuis une génération entre deux clans. Bientôt on leur demande d’intervenir pour faire pencher la balance…

Résultat de recherche d'images pour "conan clous rouges cassegrain"Quand on sait que la collection Conan le cimmérien est issue de nouvelles courtes et que l’univers du plus célèbre des barbare est marqué par l’esthétique plus que par la complexité des intrigues, on n’est pas très difficile quand au scénario, qui ici s’avère aussi basique et attendu que celui de la Fille du géant de gel. Pas vraiment de surprises mais plutôt de l’intérêt dans les relations du barbare avec les filles, à commencer par la très réussie Valéria, farouche combattante qui rappelle Tao Bang, la première héroïne croquée par le dessinateur des Nymphéas noirs il y a une éternité (… et dont je vous propose une critique rétro dès ce vendredi pour profiter de ma semaine Cassegrain!). Commençons par les points négatifs: après une course forestière aux prises avec une sorte de dragon archaïque où les couleurs, l’espace et l’action épique nous font rentrer de façon tonitruante dans l’ambiance Conan, les deux comparses arrivent dans le huis-clos de la cité de Xuchotl. A partir de là les planches deviennent quasi monochromes et malgré  le côté cyclopéen des immenses salles de pierre, le manque de lumière écrase un peu les dessins de Didier Cassegrain dont la mise en couleur est une des grandes qualités (pour preuves opposées les Nymphéas d’un côté, la version n&b des Clous rouges de l’autre dont on peut vraiment se demander, au vu de la technique du dessinateur, si elle était pertinente…). On peut également se demander (mais c’est toujours un peu le cas chez cet auteur) si le calibrage de l’impression est bon tant l’effet surexposé créé en partie par les très faibles encrages est présent.

Résultat de recherche d'images pour "conan clous rouges cassegrain"Les auteurs ne sont bien entendu pas vraiment responsables de cela puisque le texte imposait un cadre. Si l’histoire de ces deux clans ennemis à mort ne nous intéresse guère, le dessinateur aidé par le talent désormais légendaire de la mise en scène d’Olivier Vatine nous propose un design inspiré par les civilisations précolombiennes qui mélangé au thème du harem asiatique crée un univers très attrayant qu’on aurait aimé voir dépasser les costumes. Car ce qui marque dans cet album ce sont bien les plans rapprochés, les séquences d’action particulièrement réussies (comme tous les illustrateurs passés par l’animation, Cassegrain a le sens du mouvement!), aussi drôles que gores, notamment grâce à une Valéria pleine de grâce, d’énergie aérienne et de répartie. Si les filles ont toujours un rôle important dans les histoires de Howard, cette version des clous rouges est sans doute celle où l’héroïne prends le plus l’ascendant sur le colosse cimmérien. Le couple fait l’album et lorsqu’il est séparé pour des récits obscures le rythme se perd.

Résultat de recherche d'images pour "conan cassegrain"L’attente plus ou moins grande marque sans doute la réception des albums de la série et on peut dire sans hésiter que celui-ci était l’un des plus attendus, notamment depuis le carton du polar adapté de Michel Busi en début d’année. Et je confesse que contrairement à un Virginie Augustin qui était remarquable d’équilibre cet album m’a paru un peu timide, malgré donc les quelques planches barbares et sexy qui ne masquent pas cette dernière illustration hommage à Frazzeta: elle semble faire dire à Didier Cassegrain qu’il aurait souhaité donner cela à ses lecteurs, une ode sauvage débridée… Pour boucler la boucle est-ce que le cahier des charges de Glénat ne serait pas un peu trop grand public? Étrange série en tout cas où les thèmes finissent pas revenir, où le caractère décousu des nouvelles (verra-t’on enfin cette histoire de Conan pirate dont on nous parle depuis plusieurs albums?) peut lasser mais où de grande dessinateurs nous procurent tout de même des plaisirs certains. Entre des pages ou cases magnifiques du dessinateurs, un album bancal dont la fin abrupte confirme l’ambition relative d’une collection dont les auteurs ont du mal à dépasser le carcan.

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BD et vrac #11

Aujourd’hui pas de jeunesse ni de docu mais une fournée spéciale nouveautés toutes fraîches avec de grosses sorties très grand public. Après la grosse artillerie de com’ autour de ces albums, en vrai qu’est-ce que ça vaut?

  • Le dernier dragon #2 (Pecau/Pilipovic/Delcourt) – 2019, 2 vol parus.

Critique réalisée sur version numérique pour Iznéo.

bsic journalismbadge numeriqueLe premier tome de cette série est paru en mars dernier et nous voilà déjà avec la suite d’une très bonne surprise du printemps. Si la couverture est tout aussi magnifique que la première, l’album souffle le chaud et le froid et l’on se demande du coup s’il n’a pas été réalisé un peu vite… Le scénario très étrange commence sur des récits de Léonard de Vinci avant de nous faire retrouver l’héroïne envoyée en Terre-sainte pour finir par retrouver les protagonistes des toutes premières pages de la série. Les sauts sont du coup un peu brutaux et le scénariste pourtant chevronné oublie un peu de développer son background et la liaison entre les séquences. Même chose pour les dessins de Pilipovic, parfois superbes et précis, parfois manquant étrangement de netteté. Le duo a un talent certain et le matériau est riche mais les affrontements dragoniers ne suffisent pas à maintenir l’intérêt au niveau du premier volume. Espérons que ce ne soit qu’un petit coup de mou car il serait vraiment dommage que cette série tombe dans une banalité du tout venant Fantasy.

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  • Danthrakon (Arleston/Boiscommun/Drakoo) – 2019, 1 vol/3 parus.

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bsic journalismAprès des années passées chez Soleil où son univers fantasy a très grandement participé à marquer la ligne éditoriale de l’éditeur toulonnais, Arleston a accepté de prendre en charge le nouveau label Drakoo de chez Bamboo, avec en ouverture de bal ce Danthrakon, série jeunesse prévue en trois tomes. Si vous suivez ce blog vous savez que je considère les séries de plus de six volumes comme des démarches commerciales, aussi ce format me mets dans de bonnes dispositions. Je connais l’univers d’Arleston et ai toujours aimé Lanfeust (au moins les deux premiers cycles), en revanche si j’aime bien les images des BD de Boiscommun je n’avais rien lu de lui jusqu’ici. Cet album nous présente un univers (ou plutôt une cité) de magie ou différentes races cohabitent et se rangent par fonction. Les mages prennent des apprentis à leur service dans des maisonnées organisées comme les domaines du XVIII° siècle. Une caste d’inquisiteurs surveille l’utilisation de la magie dont la variante « magie du sang », considérée comme primale et incontrôlable, est interdite. Le héros, jeune marmiton un peu niais (ça ne vous rappelle personne?) se retrouve dépositaire de la puissance magique d’un ancien grimoire, qui le transforme en bête surpuissante… Résultat de recherche d'images pour

J’avoue avoir été un peu déçu par cet album qui se confirme être destiné à un lectorat jeune, avec une simplicité d’action et de textes qui se justifient en cela. Tout d’abord le dessin d’O.G. Boiscommun est étonnamment faible et brouillon par rapport à ce qu’il a produit jusqu’ici. Je soupçonne l’encrage et la colorisation (réalisées par deux autres personnes) assez plate et informatique d’être la cause de cela puisque le cahier graphique de fin de tome montre de superbes dessins. Ce dessinateur nous a habitué à apprécier ses couleurs directes et le style que l’on apprécie est ici perdu, c’est très dommage! Pour ce qui est de l’univers et de l’histoire il n’y a rien de très surprenant. Encore une fois l’efficacité d’Arleston plaira probablement aux jeunes lecteurs mais contrairement à Lanfeust et d’autres séries du scénariste les adultes risquent d’avoir du mal à se laisser tenter. Pour l’originalité on attendra de voir les autres tomes mais pour l’heure on reste avec de la BD très formatée dont a peine à détecter la plus-value dans l’océan de la BD fantasy. Pour un démarrage de collection j’attendais quelque chose de plus qualitatif, surtout que ce qui s’annonce chez Drakoo semble plutôt alléchant.note-calvin1note-calvin1


  • Time lost #1 (Sala/Khaled/Soleil) – 2019

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On ne va pas se mentir, ce pulp plein de nazis, de soldats amérloques malpolis, de pom-pom girls, de dino et de Mechas se lit très très vite. Si tout est dans la couverture et que certains pourront trouver le ratio prix d’achat/temps de plaisir un peu dur, il est indéniable qu’Afif Khaled est un super dessinateurs qui maîtrise à merveille la technique numérique et que son dessin ne souffre que de très peu de défauts avec une minutie des détails remarquable. Jean-Luc Sala est un scénariste expérimenté qui aime les univers d’aventure décalés (son très bon Spynest et le plus complexe Cross-fire avec Pierre-Mony Chan) et il aurais pu nous en donner un peu plus pour cette entrée en matière. Du coup je crains la série à rallonge très commerciale… Il n’en demeure pas moins que l’on prend un plaisir certain dans cette immersion pop-corn proche de ce que va nous proposer Herenguel avec son Kong Crew: c’est chatoyant, plein de testostérone, de clichés qu’on aime, bref une BD de garçon coupable qui souffre surtout de dialogues franchement bof avec beaucoup de bons mots qui tombent à plat. Mais ce n’est pas très grave puisqu’on est là pour les dessins et l’action.

Et un autre avis chez Constellation. https://blogconstellations.home.blog/2019/09/27/time-lost-01-operation-rainbow-2-jean-luc-sala-et-afif-khaled/

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Tremen/ The world

BD du mercredi
  • The world: Valentin Seiche – Kinaye (2019), 88 p. monochrome.bsic journalism
  • Tremen: Pim Bos -Dadrgaud (2019), 64 p., monochromebadge numeriquebsic journalism

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Hasard des publications, deux ouvrages étranges sont parus à quelques semaines d’écart, avec de grandes similitudes à la fois graphiques et dans la démarche de leurs auteurs. Deux prises de risque des éditeurs également puisque nous avons affaire à des albums ayant vaguement la forme de BD mais sans texte (ou quasi) et adoptant une narration qui rappelle plus l’art-book que la BD. Pas évident de trouver son public et super occasion que de voir ces objets hybrides. Qu’est-ce qu’on a donc?

Résultat de recherche d'images pour "tremen pim bos"Dans les deux cas il s’agit de projets d’illustrateurs, le français Valentin Seiche pour The World, le néérlandais Pim Bos pour Tremen. Tous deux travaillent dans l’animation et cela s’en ressent par l’importance du seul graphisme pour installer une atmosphère. Dans The World une petite narration pose le récit d’une guerre ancestrale entre robots et magiciens et de l’évolution du monde depuis, alors que Tremen (qui signifie « passage ») est totalement muet. Pour ce dernier la post-face de Marc Caro incite à aller voir le court métrage Ghozer de l’auteur… qui ne vous en apprendra pas beaucoup plus pour la simple raison que l’album édité par Dargaud vise avant tout à illustrer des visions graphiques dans un univers cohérent. Et c’est en cela qu’il est intéressant. Beaucoup de com’ a été faite sur une pseudo-filiation avec l’Arzach de Moebius. Personnellement je ne vois pas l’intérêt de ce parallèle tant l’itinérance surréaliste et muette n’a pas été inventée par le dessinateur de l’Incal. Il est certain que Metal Hurlant a influencé Pim Bos, comme toute une galaxie d’illustrateurs qui publient chaque jour sur internet des foules d’images fabuleuses mais le projet est bien de donner vie au monde intérieur de l’auteur.

Résultat de recherche d'images pour "tremen pim bos"Il est indéniable que le trait de l’auteur est fort, dans une tonalité grise, mettant en scène une galerie de créatures biomécaniques où la thématique du vers, de la torture et de la violence froide ne sont pas absents. J’ai trouvé l’album plus soft que le court-métrage, plus accessible bien qu’il ne soit pas destiné à tous les yeux. Je ne pense pas qu’il faille chercher de sens à cette pérégrination d’un humanoïde avec sa monture (l’insertion de Hopper dans ce monde montre de simples envies graphiques qui n’ont pas nécessairement de raison d’être), et l’on peut s’interroger sur le format BD (comme pour Zao Dao du reste). Je pense que l’éditeur aurait pu proposer un bel ouvrage au format à l’italienne donnant de la place pour découvrir cet univers fascinant. Il n’est pas nécessaire de beaucoup d’intrigue pour faire une BD et il aurait suffi d’un peu de travail d’écriture à Pim Bos pour donner une véritable histoire à son Tremen. L’auteur a préféré reprendre le format des courts-métrages d’animation et du coup c’est un peu frustrant.

Résultat de recherche d'images pour "seiche the world"Valentin Seiche lui fait un peu le chemin inverse puisqu’il début son monde par des cartons très explicatifs sur des images puissantes de guerre entre créatures mécaniques gigantesques et châteaux tortueux. Là aussi la vision est très inspirante et l’on sent l’influence forte des jeux vidéo dans la conception des planches en vue aérienne comme des cartons de personnages placés à la fin de l’ouvrage. Progressivement la narration disparaît pour laisser la place à quelque chose de plus difficile à suivre à mesure qu’il mets en scène des humains, dans un dessin qui rappelle beaucoup Singelin et son PTSD jusque dans le cadrage et le découpage. On est alors dans l’influence manga. Les cartons finaux font remonter l’intérêt en nous laissant penser que son projet pourrait donner lieu à d’autres albums puisqu’il parle de plusieurs époques d’évolution technologique jusqu’au Steampunk, confirmant l’esprit worldbuilding des jeux vidéo.

Chacun à leur façon, avec des techniques très différentes et l’envie de faire travailler le lecteur, Seiche et Bos proposent de fascinantes lucarnes sur des univers lointains, souvent durs et froids, sans doute en réponse à leur époque. On touche à la fois à la liberté totale du graphiste et aux limites de l’absence de récit. Pour le fan d’imaginaire et de graphisme que je suis, ça suffit à me satisfaire et je me dis que cela aura pu être un premier pied à l’étrier de la BD pour ces jeunes auteurs. Doivent-ils adopter ce média particulier et exigeant? Pas certains, beaucoup de dessinateurs se sont cassés les dents en perdant leur sève créatrice. Nous verrons dans les années à venir mais il est certain que l’imaginaire est infini et fascine toujours.Résultat de recherche d'images pour "valentin seiche the world"

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***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

The storyteller: Dragons

Rufus Stewart

Cette nouvelle rubrique vise à présenter un album jeunesse  en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Anthologie de légendes
Kinaye (2019) – Boom Studio (2016), 126 p. couleur.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour cette découverte.

couv_371977L’ouvrage comporte quatre histoires avec pour chacune une page d’intentions des auteurs (assez indispensable!) et la couverture originale. L’ouvrage se termine par un making-of de 23 pages comprenant des pages noir et blanc de chaque histoires avec un commentaire du dessinateur et des couvertures alternatives. Très riche comme d’habitude chez cet éditeur et cela permet d’entrer dans le processus de création et enrichit la portée de l’album.

Coucou Talia! Nouvelle lecture de chez Kinaye avec des légendes de dragons. Maintenant que tu as grandi est-ce que tu lis et aime encore les contes?

Oui j’aime bien mais c’est vrai que je n’en lis plus beaucoup. J’aime bien quand il y a une narration. Les passages avec le vieux monsieur sont rigolo, comme à la fin de l’histoire du ver où on voit le dragon de l’histoire dans un bocal cher le narrateur…

Résultat de recherche d'images pour "the storyteller dragons"A quelles époques et lieux se situent ces histoires?

La première histoire me fait penser à l’inde (note: en fait ce sont des amérindiens). Je pense que ça se situe au Moyen-Age. La seconde doit se dérouler en Angleterre à l’époque des croisades. La troisième se situe en Russie, peut-être à l’époque des romains. La dernière au Japon à l’époque des samuraï.

Visuellement c’est très différent. Lesquelles t’ont plus attiré ou pas?

Dans la première histoire le dragon est joliment dessiné, contrairement au japonais qui est un peu fouillis. J’ai bien aimé l’histoire du ver parce qu’elle est originale, ce n’est pas vraiment un dragon et que l’histoire est plus développée avec moins de combats. Et je l’ai trouvée bien dessinée.

Est-ce que tu vois des points communs à ces histoires?

Résultat de recherche d'images pour "the storyteller dragons"Ce sont des dragons méchants qui sont tués par des héros. Il y a deux garçons et deux filles. Les deux premières histoire se terminent plutôt mal pour le héros et son père, les deux autres se finissent bien

Et les dragons, est-ce qu’ils ressemblent à ceux qui sont dans ton imaginaire?

Je sais qu’il peut y avoir plein de sortes de dragons mais pour moi c’est plutôt comme Tugarin (dans la deuxième histoire) avec des ailes et une grande queue (comme dans les Royaumes de feu que je suis en train de lire). Normalement les dragons sont plutôt comme des animaux, ils ne parlent pas aux humains. Mais dans les légendes ils leur parlent. Dans l’album les deux premier dragons ne parlent pas, dans les deux histoires de filles ils parlent et ont une personnalité.


Voilà pour le retour de la choupette… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Résultat de recherche d'images pour "the storyteller dragons"Jim Henson est un mythe dans le monde de la TV, du cinéma et de l’imaginaire aux Etats-Unis. C’est lui qui a créé le Muppet Show et Dark Crystal, mais aussi l’émission de TV The Storyteller où un vieux monsieur incarné par l’acteur John Hurt racontait des histoires à son chien parlant au coin du feu. Cette tradition de récits pour les enfants s’est prolongée grâce à Boom! studio en une série d’anthologie développant quatre histoires sur un thème commun. Contrairement à la plupart des éditeurs de comics en France qui piochent essentiellement dans le catalogue d’un gros éditeur partenaire, le petit Kinaye fait un sacré boulot de défrichage parmi l’ensemble des labels de comics indépendants et nous trouve des projets de qualité.

La réussite de cet album est de proposer des variations assez différentes (même graphiquement) sur la figure du Dragon. Les légendes du monde le présentent parfois comme une bête féroce, parfois comme l’incarnation du Démon/Satan, parfois comme un esprit protecteur, sous forme de dinosaure, de serpent, de ver… Ce qui intéresse c’est la confrontation symbolique du Résultat de recherche d'images pour "the storyteller dragons"héros (tantôt le père amérindien, tantôt le chevaliers en recherche de rédemption, etc) au monstre, avec la portée symbolique qu’elle revêt. Dans toutes ces histoires, aux différents niveaux de lecture comme tout conte qui se respecte, la relation au père est présente. Le récit en lui-même est parfois un peu obscure, notamment du fait de dessins originaux mais pas toujours très lisibles. Les enfants apprécieront probablement la variété d’univers et de style graphique même si la fin pas toujours très claire peut les laisser circonspects en raison d’une narration très verbeuse. Il y a deux écoles en matière de contes: ceux qui considèrent que les enfants s’adaptent à la complexité pour peu qu’ils aient des supports imaginaires connus sur lesquels se reposer et ceux qui pensent qu’un conte doit respecter des formes et une structure connue. Je n’ai pas d’avis préconçu mais probablement que tous les contes de ce recueil ne plairont pas à tous les enfants. Personnellement le premier, celui du serpent-tonnerre m’a le plus touché, à la fois visuellement et dans son récit. Il est certain que les auteurs ont fait un travail remarquable pour rechercher un univers visuel issu de folklores particuliers et l’explication liminaire apporte beaucoup pour comprendre la démarche, que vous pourrez expliquer ensuite à vos enfants. Cette série qui se poursuivra avec les thèmes des sorcières, des géants et des fées, est une invitation au voyage dans les contes et légendes du monde et en cela très rafraîchissante.

A partir de 8 ans

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