****·Cinéma·Graphismes·Rétro

Visionnage: La passion Van Gogh

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Film d’animation anglo-polonais de Dorota Kobiela et Hugh Welchman (2017)

Les films d’animation j’adore ça et il y en a beaucoup! Le problème c’est que les dessinateurs et réalisateurs aiment à expérimenter des formes novatrices qui ne s’accommodent pas toujours d’une narration fluide (un film reste un film et pas simplement de belles images, un peu comme pour la BD). Récemment j’ai chroniqué la Tortue rouge, film novateur, ambitieux, primé et assez contemplatif. De plus en plus j’ai constaté qu’une technique impressionnante est mise en avant (grâce à l’ordinateur souvent), parfois en privilégiant trop la forme. Dans le même temps l’ordinateur permettant à peu près tout, on est régulièrement perturbé par une forme visuelle qui nous interpelle en se demandant la part de technique physique et numérique. Ainsi sur Adama qui avait tout d’une très belle technique 3D et s’avérait finalement d’une technique mixte de sculpture modélisée ensuite à l’ordinateur.Image associée Lorsque j’ai vu la bande annonce de « Loving Vincent » j’ai bien entendu été impressionné par le rendu d’une grande fluidité mais également convaincu qu’il s’agissait d’animation informatique… ce qui n’est pas le cas. Le projet du film est dès l’origine de réaliser le premier métrage entièrement peint à l’huile dans le style de Vincent Van Gogh. La peintre polonaise Dorota Kobiela envisageait à l’origine un court-métrage étant donnée l’immensité de la tâche et a été convaincue par son ami le producteur primé Hugh Welchman et l’arrivée de financement inattendus (tout ceci est expliqué dans le making-of passionnant inclu dans le DVD). S’est alors mise en place une logistique entre Londres et la Pologne prévoyant un tournage avec acteurs anglo-saxons (relativement connus) sur fond vert puis une véritable usine à peinture rassemblant à terme une centaine de peintres expérimentés dans la technique à l’huile qui ont produit pas moins de 65.000 peintures… Image associéeVous avez bien lu! Sur le fonds ce film utilise donc une technique très connue, le principe de la rotoscopie  qu’utilisait Disney sur ses premiers films et qui permet une fluidité sans égal puisque l’on dessine sur la pellicule tournée avec acteurs. L’animation est très gourmande en dessins puisque plus c’est fluide plus il y aura eu de dessins. Peut-être que l’ordinateur permet aujourd’hui de calculer des transitions plus économiques mais en traditionnel il n’y a pas d’autres alternative.Résultat de recherche d'images pour "loving vincent"

Et donc sur La passion Van Gogh les dessins sont remplacés par des peintures à l’huile, avec la différence de temps de réalisation que vous imaginez entre les deux. C’est proprement hallucinant et il semble que le film n’ait pas mis plus de temps à être réalisé (six ans) qu’un film en Stop Motion, une des techniques d’animation les plus gourmandes en temps. Avec un budget économe (étant donné le temps de peinture à payer cent personnes à temps plein) de 5.5 millions de dollars pour une recette de 42 millions, il est très agréable de voir qu’une telle aventure peut plaire au publie et devenir rapidement rentable et faciliter mécaniquement les projets ambitieux d’autres personnes. Cela car les auteurs ne se sont pas contentés de reprendre les thèmes graphiques de l’oeuvre de Van Gogh, partant de ses tableaux pour les lieux, de ses personnages pour construire une histoire policière: le fils d’un ami du peintre part à Auvers pour interroger les dernières personnes à l’avoir vu vivant et mets en doute la thèse du suicide… Image associéeSi la grande ressemblance des personnages animés avec leur acteur et la fluidité de l’animation peut parfois nous sortir un peu de l’univers graphique de Van Gogh, le résultat final est très enthousiasmant et fascinant quand à l’imaginations sans fin des artistes et du cinéma d’animation en général. Je ne saurais que trop vous conseiller ce visionnage qui en outre vous donnera peut-être comme à moi l’envie de mieux connaître la peinture du néerlandais à l’oreille coupée!

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Dans la tête de Sherlock Holmes #1

BD du mercredi
BD de Cyril Liéron et Benoit Dahan
Ankama (2019), 47 p., 1 vol/2 paru.

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mediathequeJ’adore les expérimentations formelles en BD (comme Wika ou Saccages dernièrement) et avec cet album j’ai été servi! Dès la couverture (qui est l’une des plus réussies de l’année) on a une invitation à ouvrir l’album qui est construit à la manière des livres jeunesse mêlant histoire et jeu. La tête du détective que vous voyez sur l’illustration est découpée en laissant voir l’intérieur de couverture illustré présentant la bibliothèque intérieure du héros! Le design général est un dessin à lui tout seul  et l’album se termine par un petit résumé graphique des indices glanés avant de pouvoir lire la conclusion de l’enquête dans le tome deux. Chapeau bas aux auteurs et à l’éditeur pour un objet aussi sympa qui nous mets dans des conditions idéales pour entrer dans la tête de Sherlock Holmes!

Un professeur de médecine errant en chemise de nuit dans une Londres endormie… il n’en faut pas plus pour attirer l’attention du célèbre Sherlock Holmes qui va se mettre en chasse et en réflexion pour résoudre cette nouvelle affaire qui semble impliquer une compagnie de théâtre asiatique…

Résultat de recherche d'images pour "dahan dans la tête de sherlock holmes"Je l’avais vu passer à sa sortie, entendu beaucoup de bien… mais bon. L’album est peut-être sorti sur une mauvaise période et le premier regard aux dessins ne m’avait pas attiré. Et quelle erreur, tant Dans la tête de Sherlock Holmes procure un plaisir de lecture jubilatoire en poussant le jeu du découpage très loin. Le principe avait été exploré précédemment par les auteurs mais semble ici idéalement adapté à cette enquête classique de l’habitant du 221 b Baker Street, qui se place juste après la nouvelle La ligue des rouquins. Dans des tons marron-orangé inspirant le bois et les cartes jaunies des vieux ouvrages, l’album fourmille de détails, que ce soit dans un style graphique fait de mille traits ou dans les décors proprement dits conçus pour permettre ce jeu de piste qui Résultat de recherche d'images pour "dahan dans la tête de sherlock holmes"fait de cet album un mélange entre BD et livre-jeu. Afin de permettre une grande fluidité dans la lecture et la compréhension d’une intrigue forcément complexe les auteurs ont créé littéralement un fil rouge que nous suivons et nous indique quelle zone suit quelle zone. Car avec de fréquentes doubles pages à lire dans leur ensemble, Dans la tête de Sherlock Holmes  brise totalement les cases classiques de la BD!

Le concept étant bien de suivre la mécanique du cerveau du génie, l’histoire est sommes toute linéaire puisque Sherlock parcourt étape par étape, méthodiquement rendant tout cela « élémentaire ». Dans une BD classique on se serait dit que tout est bien trop facile mais pas ici! Nous voyons donc régulièrement des indices formalisés comme document administratif que l’enquêteur monte ranger dans un tiroir de son cerveau-masure où tout est soigneusement trié, catalogué et classé. Il n’a donc plus qu’à récupérer l’information précédemment repérée pour déboucher sur la solution au problème. De la même manière, dans le champ du réel les pages sont habillées de différentes formes générales et les cases proprement dites ajoutées de zoom sur des éléments notables, comme le texte où sont soulignés en rouge les indices correspondant à l’objet visuel… On lit donc la page comme un jeu de piste, s’amusant à voir Sherlock Résultat de recherche d'images pour "dahan dans la tête de sherlock holmes"traduire avec son système mental les diarrhées verbales d’informations qui lui arrivent des témoins, où il filtre le stricte nécessaire…

Les dessins de Benoit Dahan ne sont pas les plus techniques qui soient mais montrent une passion, un plaisir à la réalisation minutieuse qui ne peut qu’être contagieux. Tout est réussi dans cet album, jusqu’au choix de l’intrigue en diptyque qui permet un cliffhanger tout à fait feuilletonesque de bon ton. Et quand on voit que la tomaison laisse envisager d’autres enquêtes sur le même modèle on ne peut que se réjouir. Dans la tête de Sherlock Holmes est l’excellente surprise de l’année, une jolie lecture rafraîchissante qui peut en outre (grâce à son système visuel) être lue assez jeune.

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***·East & West·Manga·Numérique·Rapidos·Rétro

Sushi & Baggles #23

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Exceptionnellement pas de comics sous la main du coup une spéciale manga (une fois n’est pas coutume…):

  • Magical girl Holy shit! #1 (Souryu/Akata) – 2018, série en cours (7 vol Jap/6 vol fr).

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couv_338211L’ami Xander, blogueur-testeur qui se rapproche dangereusement de l’exhaustivité en matière de publication de manga avait conseillé cette série de la bien nommée collection WTF (What the fuck!) chez Akata, collection sur laquelle j’avais déjà testé Saltiness. Le pitch en mode très décalé m’a plu et n’a pas été déçu par ma lecture. On a donc une entrée en matière très rapide avec une sorte d’ange en forme de pokémon qui jette son dévolu sur une jeune fille semblant correspondre aux critères des Magical Girls… et s’avère être une fille complètement barrée qui fume comme un pompier et adepte des bourre-pif pour résoudre tous les problèmes. Dans ce premier volume on a droit à bien quatre-cinq démons qui se font immédiatement latter sans que l’auteur ne se préoccupe trop de mettre en place un scénario. On nous présente les bribes de background de la fille et on rencontre les autres anges qui expliquent à leur congénère que tous les démons convergent vers la Terre attirés par l’énergie négative de la nouvelle magical girl. C’est plutôt bien dessiné, ça bastonne à mort à coups de « putain de sa race » et de nuages de clopes. L’héroïne est timbrée et tire une tronche super flippante chaque fois qu’elle combat… bref, le contrat est totalement rempli sur ce volume qui se moque allègrement des codes des mangas de jeunes filles jusque dans les vues de petites culottes qui sont ici loin du Ecchi mais plutôt ironiques. A voir si ça tient la route sur sur plusieurs volumes. Personnellement je vais continuer un peu car la bonne déconne il n’y en a pas tant que ça!

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  • Ex-Arm #2 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2016.

Série finie en 14 volumes (10 vol. parus en France)

badge numeriquecouv_286695Le billet sur le premier volume est lisible ici.

Ce volume clôture l’affaire des bombes humaines (en deux tomes donc) et souffre des mêmes problèmes de découpage trop rapide qui oublie totalement les ellipses. Dommage car graphiquement ça dépote toujours autant avec des trames très fines, un dessin vraiment élégant et un super-design. L’intrigue reste minimaliste et les enquêtes se résolvent en deux coups de cuillère à pot. Mais franchement, pour une série très grand public, c’est le grand luxe, on en prend plein les mirettes, les personnages sont sympathiques (bien que très basiques) et l’ambiance techno très bien rendue. C’est formaté à mort mais un peu comme un bon Marvel, quand c’est réussi, pourquoi bouder son plaisir? Moi je continue!

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Numérique·Rétro·Service Presse

Rapaces

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD Jeau Dufaux et Enrico Marini
Dargaud (1998-2003), série terminée en quatre volumes, 294 p.

couv_99105La série a été relue sur les albums originaux. Une intégrale augmentée existe ainsi qu’une intégrale en deux volumes. Un Hors-série très dispensable propose de développer l’univers sur des croquis de Marini. Une réedition avec de nouvelles couvertures, plus élégantes, est parue en 2015.

L’inspecteur de New-York Vicky Lenor est une incorruptible. Avec son collègue Spiaggi, elle enquête pourtant sur une série de meurtres rituels qui semblent inexplicables rationnellement. Lorsqu’elle découvre une conspiration impliquant les plus puissants dirigeants de la ville et jusque dans la police, elle se retrouve contrainte d’entrer en clandestinité pour mettre au jour une lutte ancienne qui va faire basculer son monde…

Image associéeSi vous lisez régulièrement ce blog vous savez que Marini fait partie des auteurs que j’admire et suis depuis ses premières séries. D’ailleurs c’est le premier auteur pour lequel j’ai fait plus d’une TrouvailleRapaces est l’incursion de l’auteur italien dans l’univers sombre et sexuel de Jean Dufaux, un auteur que j’apprécie assez moyennement, mais qui a permis durant quatre volumes à Enrico Marini de dépeindre les paysages urbains et gothiques qui lui donneront plus tard envie de réaliser son diptyque sur le Chevalier noir ou encore son projet actuel sur le polar noir. Car Marini c’est tout autant l’histoire (le Scorpion, L’étoile du désert, Les aigles de Rome) que le polar d’action urbain, même si ses longues et très rentables séries feraient presque oublier le second.

Résultat de recherche d'images pour "marini rapaces"Rapaces est une variation sur le thème des Vampires, de la domination clandestine d’une caste surnaturelle qui prévaut à la destinée du monde des hommes. Le conspirationnisme mêlé au fantastique le plus classique auquel le scénariste apporte ses visions sexualisées SM qui font à mon sens beaucoup de mal à cette série. Car l’atmosphère gothique qui parcoure ces pages est très riche et Marini y a déjà atteint un niveau graphique élevé et minutieux (on est avant le Scorpion et après une Étoile du désert déjà très beau). Le scénario, simple, relativement court et bien structuré avec une progression difficile à anticiper procure du plaisir en nous plongeant dans les tanières de cette caste qui rappelle énormément les familles de la série de Thierry Smolderen. Le choix d’insérer dans chaque album des scènes de sexe assez ridicules et surtout la tenue des deux Résultat de recherche d'images pour "marini rapaces"rapaces qui ornent fièrement chacune des couvertures de la série fait terriblement penser à un cupide argument commercial. Marini est sans doute sensible aux tenues de cuir si l’on regarde sa biblio et a toujours eu un dessin sexy, mais comparé au toujours élégant Scorpion on frise souvent le vulgaire. C’est vraiment dommage car cela empêche cette série d’être le chef d’œuvre qu’il aurait pu être.

Les thèmes et la richesse graphique de la série sont en effet impressionnants en permettant d’aller de l’Espagne de la Reconquista aux bidonvilles indiens en passant par les grattes-ciel art déco new-yorkais ou les bas-fonds des clubs échangistes. La maestria visuelle du dessinateur et les formidables plans proposés par son scénaristes font de chacun des tomes de Rapaces de vrais bijoux. Résultat de recherche d'images pour "marini rapaces"La vraisemblance n’est pas de mise et l’on sent l’envie de fantasmer sur chaque bâtiment, chaque personnage, chaque costume, chaque plan pensé comme une séquence de cinéma. L’intrigue, si elle ne révolutionne pas un genre auquel il est courageux de s’attaquer, propose néanmoins de vraies innovations. On se plaît à découvrir l’histoire de ces immortels chassés par deux des leurs, à souffrir avec un inspecteur Lenore dépassée et ballottée entre puissances, à découvrir à chaque tome qui est ce mystérieux nouveau personnage… Jean Dufaux est un scénariste chevronné qui sait se montrer efficace et fait plaisir à son dessinateur avide de monde nocturne. Ne serait-ce ces fautes de goût citées plus haut donc, ils proposent avec Rapace une série majeure des années quatre-vingt-dix, au dessin très maîtrisé et qui change beaucoup des univers auxquels nous habituera ensuite le grand Marini. Si vous aimez cet auteur, si les décors de son Batman vous ont subjugués, dépêchez-vous de lire cette courte série vampirique avant l’arrivée de son œuvre au Noir

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Bientôt…

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La vampire de barcelone

Le Docu du Week-End
BD de Parra, Ledesma, Gonzalez
Les éditions du long bec (2019), 120 p., one-shot.

bsic journalismMerci aux Editions du Long bec pour cette découverte.

couv_367812Je n’avais pas prévu cette critique pour la rubrique Docu du Week-End, mais l’aspect historique de l’intrigue et surtout la qualité du travail d’édition sur les annexes font de cet album un vrai documentaire illustré. J’en profite donc pour souligner la qualité du boulot des Editions du Long Bec, que j’avais découvert sur l’excellent Ava Granger en début d’année et qui non seulement publie à une fréquence soutenue mais nous fait découvrir de « jeunes » auteurs étrangers de grande qualité. L’exigence graphique du catalogue de cet éditeur est importante et quand on regarde ce Vampire de Barcelone, avec une préface, une introduction, un épilogue, une conclusion (le tout illustré de journaux d’époque dans une très bonne définition), un cahier graphique et la première BD réalisée, en 1912 sur l’histoire de la Vampire de Barcelone, on ne peut qu’être élogieux. Cela participe grandement à l’appréciation générale sur l’album et l’immersion du lecteur. Joli boulot et un Calvin éditeur.

En 1912 toute la ville de Barcelone est en effervescence après la disparition d’une fillette dans le quartier populaire d’El Raval. Très vite l’enquête révèle une affaire qui n’a rien de banale et semble impliquer des personnalités de la haute société catalane. Entre la personnalité de la suspecte, surnommée « Vampire » et les difficultés de l’avancée de l’enquête, le juge Fernando de Prat voit son professionnalisme mis à rude épreuve…

Résultat de recherche d'images pour "la vampire de barcelone gonzalez"La Vampire de Barcelone intrigue par son titre et une couverture qui fait penser à l’orphelinat du film Les trois brigands. La qualité des encrages (comme souvent chez les dessinateurs espagnols) et des couleurs saute aux yeux dès cette première image au design élégant. Les auteurs nous proposent une véritable enquête policière dont le suspens ne portera pas sur l’identité du criminel (la fameuse vampire sera arrêtée dès les premières pages) mais bien sur la mise au jour d’une machination dont on ne sait si le plus horrible est les actes de la criminelle ou le cynisme des dignitaires qui couvrent ses agissements. La mécanique du scénario est la classique découverte d’éléments successifs, reprenant les confrontations entre juge d’instruction et suspecte, découverte d’indices, intervention de tiers maléfiques etc. Mais l’on sent que nous avons surtout affaire à une chronique de l’époque, des mœurs de l’Espagne d’avant Guerre, une société corsetée dans ses classes sociales et des puissants qui se croient tout permis, y compris le plus flagrant viol de la morale chrétienne et sociale. Ce qui fascine c’est, comme dans tous les documentaires, la confrontation de la BD avec les documents d’époque, le fait de savoir que ces évènements se sont vraiment passés.

Résultat de recherche d'images pour "vampira de barcelona gonzalez"La lecture ne garde pas moins l’aspect thriller avec une machination très efficace à mesure que le juge de Prat découvre les protection dont jouit Enriqueta Marti, qu’il se fait agresser et que les pièces à conviction disparaissent. Nous avons ainsi tout le long ce qui fait le sel des films à dossier avec des officiers idéalistes bataillant avec la procédure malgré des preuves qui devraient condamner l’auteur du rapt très rapidement. Le rythme n’est pas entrecoupé de coups de théâtres mais plutôt constitué d’une certaine linéarité dans la progression de l’enquête. Une sorte de tableau criminel où l’on se demande à chaque évènement si les véritables commanditaires historiques sont allés si loin ou si les auteurs ont pris des libertés. Les textes des annexes nous indiquent que le sujet a été relativement bien traité outre-Pyrénées dans la littérature et que la BD est bien restée au plus près des éléments connus, appuyée sur une documentation assez abondante dès les premières semaines des évènements. Totalement inconnu de par chez nous, on imagine néanmoins les cas similaires qui se sont produits dans l’histoire criminelle de notre pays au début du XX° siècle.

Résultat de recherche d'images pour "vampira de barcelona gonzalez"L’album nous permet de découvrir également un dessinateur (Jandro Gonzalez) de grande qualité, qui nous rappelle Jordi Lafebre et dont ce premier album BD en France laisse présager de très belle choses s’il devait continuer dans l’illustration album tant son talent, notamment dans les encrages et l’expressivité des visages, s’étend du réaliste-glauque au comique. Le rendu des espaces (essentiellement huis-clos), la dynamique des cadrages et une colorisation très élégante en font un bon représentant de l’école hispanique, style que j’adore et qui montre une qualité technique et esthétique redoutable depuis quelques années dans la BD franco-belge.

Cet album est une étonnante surprise de professionnalisme qui montre l’ambition croissante de ce petit éditeur alsacien qui semble se spécialiser pour l’instant dans les auteurs espagnols et italiens. L’alliance de beaux dessins expressifs, d’une documentation de qualité et d’un scénario efficaces font que ce sujet inconnu qui n’avait pas vocation à intéresser outre Espagne deviens une BD grand public qui rend curieux et montre que bien traité tout sujet est passionnant.

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Nevada #1: l’étoile solitaire

BD de Fred Duval, Jean-Pierre Pecau, Colin Wilson et JP Fernandez
Delcourt (2019), 1 volume paru. Existe en édition collector N&B grand format.

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Album lu en numérique dans le cadre du programme Superlecteurs Résultat de recherche d'images pour "iznéo"

couv_366393L’équipe de la très sympathique série Wonderball revient chez son éditeur de toujours pour une nouvelle série éponyme qui sent bon l’Ouest et le soleil. Avec la qualité des trois auteurs on pouvait s’attendre à un nouveau succès parti pour de longues années de têtes de gondoles.

Nevada est un arrangeur: il est envoyé récupérer les acteurs d’Hollywood partis en vadrouille et qui mettent en péril l’équilibre financier des films en cours de tournage. Nous sommes aux Etats-Unis quelques années après la Grande guerre. Entre enquêteur et gâchette, il sait déjouer tous les traquenards. Lorsque son employeur l’envoie aux trousses de l’Etoile solitaire il se retrouve aux prises avec la mafia mexicaine…

Dans ce genre de BD je pars en confiance aveugle entre les mains de bons conteurs chevronnés. Car finalement dans la BD d’action et d’aventure le contexte est souvent secondaire face à l’efficacité des dessins, du découpage et des dialogues. On a de ça bien sur dans ce premier tome de Nevada. Des séquences amusantes lorsque dès l’introduction le héros trouve une actrice dans une situation fort scabreuse, un art de la réplique, des séquences d’action efficaces… Colin Wilson sait mettre en image bien que son style très années 90 n’évolue guère et conserve des lacunes notamment sur les visages étrangement plats de ses personnages. Résultat de recherche d'images pour "wilson duval nevada"C’est vraiment surprenant car nombre de cases sont particulièrement léchées avec leur aspect western à la Giraud (Wilson a commencé sur Blueberry) quand beaucoup de gros plans semblent mettre l’artiste en difficulté. Les couleurs aussi (on a  l’habitude chez Delcourt) sont remarquables et si les encrages de Wilson restent superbes (je conseille la version n&b) le travail de Jean-Pierre Fernandez donne une autre dimension à ces planches.

Tout devrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes… sauf qu’une fois clôturé cet album on a un vague sentiment de consommation d’une énième BD dont la justification est discutable. Il semble évident que l’envie des auteurs de travailler dans une ambiance western avec ce profile inhabituel (encore que…) explique l’existence de cette série. Pourtant on cherche l’originalité. Le héros est abordé de trop loin pour être charismatique, le background est vraiment léger et seules les péripéties du personnage permettent de faire avancer une histoire dont on se préoccupe guère. C’est assez gênant car on finit ce joli album bien construit avec une impression de vacuité. Peut-être la mauvaise idée qu’un éditeur avisé aurait dû demander à retravailler… Devant la profusion de publications, L’étoile solitaire est aussitôt lue aussitôt oubliée.

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La tuerie

Le Docu du Week-End
BD Laurent Galandon et Nicolas Otero
Les Arènes (2019), one shot, 142 p. couleur.

bsic journalismMerci à mon partenaire fidèle Les Arènes pour cette découverte.


La tuerie par Galandon

Couverture très réussie qui donne bien envie d’ouvrir cet album. L’intérieur de couverture comporte une illustration de cochons (on reste dans le thème) et la page de garde comprend un court texte du chroniqueur de France Inter Gillaume Meurice. Maquette élégante mais rien de particulier. Comme d’habitude je trouve dommage que sur des albums de ce type les éditeurs n’incluent pas quelques pages documentaires et biblio sur le sujet.

L’abattoir Gourdin est le seul employeur de la région. Son patron est maire. Lorsque Yannick se fait embaucher en sortant de prison, il découvre la dureté des conditions de travail et le fonctionnement de ce petit milieu. Suspicieux, employés comme direction redoutent l’infiltration de militants de la cause animale…

Résultat de recherche d'images pour "otero la tuerie"Le rangement de ce billet dans la rubrique Docu est un peu forcée… Si les Arènes publie essentiellement des BD à thème en lien avec l’actualité ou au message politique fort (comme sur Morts par la France du même dessinateur Nicolas Otero), La Tuerie reste un thriller social avant tout, prenant pour contexte un abattoir. Si l’album propose donc un vrai scénario avec personnages fictifs, il est didactique tout le long car son objet est bien d’illustrer les conditions de travail des ouvriers de ces petites entreprises locales souvent toutes puissantes. Toute ressemblance avec des situations connues et parues dans la presse n’est pas fortuite. Le scénariste Laurent Galandon se présente comme scénariste politique et souhaite ici donner au lecteur des images de l’intérieur de ces abattoirs dont on parle beaucoup depuis les actions de caméra cachée de l’association L214. La forme est donc ici clairement celle des films à thèse, ces métrages suivant un lanceur d’alerte ou scénarisant des scandales sanitaires. Et ça fonctionne en jouant parfaitement entre les deux lignes de son album: le descriptif documenté d’une industrie indispensable, invisible, soumise à des pressions des industries de l’agroalimentaire et de la distribution, puis l’enquête du personnage principal qui cherche les raisons de la mort de son frère.

Résultat de recherche d'images pour "otero la tuerie"L’histoire est bien menée, efficace mais assez attendue. C’est peut-être du en partie au dessin, propre mais qui a ses limites, notamment avec des personnages qui ont des physionomies assez proches (sur son précédent album Otero avait su être plus subtile et détaillé). Leur caractérisation est assez simple également (comme dans un film grand public…), avec le beau héros rugueux, costaud, le copain arabe qui écoute du rap et le patron pourri appuyé sur un contremaître dictatorial. Le stress est bien rendu, dans ce milieu masculin, un peu beauf où règne la loi du plus fort. La subtilité est amenée par la vétérinaire sympa qui peut difficilement s’extraire de la corruption, prise dans ses contradictions. Pour le reste on sait qui sont les méchants et les gentils…

L’intérêt de l’album est donc bien documentaire et sur ce plan il est vraiment intéressant. L’actualité donne beaucoup d’informations qui restent en surface. Cette industrie est totalement opaque et l’album rend parfaitement cet ensemble d’éléments qui concourent à s’exonérer de toutes règles salariales, sanitaire, réglementaire. Comme dans un bon Lupano, le message est donné sans fart au lecteur: dans une société de surconsommation où l’été arrive avec ses barbecue et ses bières, le citoyen ne veut pas savoir d’où vient la viande qu’il déguste. Comme les soldats, comme les matons, les ouvriers de la viande sont un lumpenprolétariat qui permet sous terre à une société de fonctionner comme elle le voudrait. Avec des conséquences donc: personne ne veut savoir, comme ce préfet contraint de pousser sa menace par-ce qu’on lui a apporté des documents sur son bureau mais qui ne veut pas être responsable pour des raisons sanitaires de la fermeture d’un employeur dans une région sinistrée. La Tuerie est un peu la version sérieuse des Vieux fourneaux avec son Garan-Servier.

Fidèle à son catalogue, l’éditeur Les Arènes propose donc avec La tuerie un bon album, original, qui vous éclairera sur un sujet rare dans le neuvième art. L’actualité immédiate est plus souvent abordée noyée dans des scénarios plus ou moins politiques et donne rarement des ouvrages directement illustratifs. L’album d’Otero et Galandon n’est pas le coup de poing qui marque mais arrive à allier plaisir de lecture BD et intérêt journalistique, et c’est déjà beaucoup.

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