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Et ou tuera tous les affreux…

La BD!
BD de JD Morvan et Ignacio Noé,
Glénat (2021),  104p. , One-shot, collection Boris Vian.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Cette adaptation avec toujours Morvan au clavier et cette fois l’argentin Ignacio Noé aux crayons est le dernier des quatre albums prévus pour une sortie rapprochée pour les vingt ans de la mort de Vian. Lire le préambule de mon premier billet sur cette série pour les détails éditoriaux. Du fait du Covid la parution des quatre tomes prévus en 2020 a été décalée.

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Rock est beau comme un dieu. Toutes les femmes veulent son corps. Mais cet esprit décidé s’est promis de ne pas perdre sa virginité avant ses vingt ans. Lorsqu’il est enlevé et forcé à donner sa semence, commence une enquête autour de disparitions, qui les mènera lui et ses amis dans le sillage d’une bien étrange clinique…

Et on tuera tous les affreux - cartonné - Jean-David Morvan, Ignacio Noé, Ignacio  Noé - Achat Livre ou ebook | fnacFort surprenant albums que celui-ci, qui navigue entre enquête de détective, série Z érotique et science-fiction impliquée… Comme je l’avais signalé sur le premier opus il est difficile de savoir dans quelle mesure la matière première contraint le scénariste de cette histoire totalement absurde, rocambolesque et pour finir assez ridicule… On comprend assez rapidement l’aspect parodique de la chose, avec ces très beaux – et très numériques – dessins de Noé (qui a déjà travaillé avec JD Morvan sur les Chroniques de sillage et les trois tomes d’Helldorado). L’argentin a été recrutée pour sa science anatomique et on peut dire que ces Ken et Barbies sont plantureux, beaux, parfaits, comme cette Amérique d’Epinal qui nous est présentée, les personnages arborant soit un sourire « émail-diamant » (pour les gentils) soit des trognes patibulaires et grognant (pour les méchants). Si les écrits de Vian sont souvent marqués par leur aspect érotique, Ignacio Noé est en terrain connu, lui qui excelle dans l’exercice avec sa carrière commencée dans les histoires d’humour très chaudes.

Si les planches sont globalement assez agréables (on passera sur des arrière-plans ébauchés avec des techniques numériques un peu faciles…), l’histoire se perd progressivement du fait d’une pagination obèse pour un tel projet. La première moitié (soit l’équivalent d’un album) se laisse lire avec plaisir pour peu qu’on entre dans la parodie appuyée. Mais une fois l’enquête en mode club des cinq aboutie, on se perd dans des longueurs qui insistent sur des traits des personnages déjà bien compris, des invraisemblances assez dommageables à la linéarité de l’intrigue et des successions de planches de nu et de sexe qui deviennent franchement lassantes avec des personnages exclusivement nus sur plus de trente pages. J’avais trouvé cela lourdingue sur le Conan de Gess, il en est de même ici. On pourra arguer le plaisir des yeux et que dans le deux cas on a affaire à des adaptations d’écrits pas très subtiles. Il reste qu’en tant qu’album de BD une pagination classique aurait permis de condenser ces scories (tiens, comme sur le premier!).Docteur Boris et Mister Sulli…Vian : la java des bombes graphiques –  Branchés Culture

La parodie est un art compliqué. Sur le récent Valhalla hotel ou sur Lastman ça passe assez bien. Ici on finit par douter du second degré. J’aime pourtant les histoires de savants fous et de SF déglinguée, pour peu quelles soient vues comme des loisirs à la lecture facile. Et on tuera tous les affreux adopte une structure trop longue et compliquée (avec ses césures en mode feuilleton) pour nous maintenir à flot. Dommage car en plus condensé l’ouvrage aurait beaucoup gagné.

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La Geste des princes-démons#1: le prince des étoiles

La BD!
BD de JD. Morvan, Paolo Traisic et Fabio Marinacci (coul).
Glénat (2020), série en cours, 55p./album

D’après les romans de Jack Vance.

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Kirth Gersen a vu ses parents disparaître dans la fureur d’une attaque de l’armée du terrible Attel Malagate. Résolu à se venger, il a forgé son corps et son esprit dans l’unique but d’éliminer le pirate sanguinaire qui a ruiné sa vie. Pour cela il devra parcourir la galaxie sur la piste des plus terribles criminels, ceux qu’on appelle les princes-démons…

Le projet avait tout pour allécher l’amoureux de Science-fiction que je suis! L’adaptation d’un des maîtres de la littérature SF par Jean-David Morvan, le très éclectique scénariste et directeur de collection (Conan c’est lui) avec aux crayons un jeune italien aux visions proches du gothique Sloane , une couverture inspirée par Druillet autant que Matteo Scalera, tout semblait destiné à assouvir les envies de space-opéra coloré et épique. Une intrigue simple tournée vers l’action, un héros-assassin, bref, le feuilletage en librairie m’a immédiatement convaincu…

Las, cette lecture est clairement une des grosses déceptions de ces derniers mois! Les dessins n’y sont pour rien puisque Paolo Traisci réussit parfaitement une partition attendue tant dans la dynamique que dans le design général. Citons tout de même le rôle loin d’être mineur du coloriste Fabio Marinacci dont on se demande par moments si ce n’est pas lui la véritable star graphique de l’ouvrage tant en quelques panorama spatiaux il arrive à nous projeter dans cet « Au-delà » empli d’aventures et de mystères. La seule séquence introductive arrive à nous accrocher par sa simplicité, sa rage et la pertinence des designs technologiques.

Le soucis est donc clairement à rechercher du côté d’un scénario hautement laborieux. Ainsi une fois l’introduction passée on se retrouve avec une pseudo enquête pour retrouver le grand méchant, sans que le pourtant chevronné Morvan ne s’embête à nous installer une ambiance, un fil à dérouler. On nous balance au beau milieu d’une situation qu’on ne comprend pas et on poursuit un héros que l’on n’a pas pris le temps d’apprécier faute d’acte de bravoure. On reste ainsi tout à fait extérieur à une intrigue que le scénariste semble tracer en oubliant son lecteur. Et ce ne sont malheureusement pas ces quelques visions grandioses qui suffisent, non plus qu’un humour pas très percutant et des méchants qui débarquent comme un cheveu sur la soupe. Scénario de débutant par un des plus réputés scénaristes du grand éditeur Glénat, personnellement je passe difficilement l’éponge de ce gros raté. Il est toujours temps de rectifier le tir mais on termine ce lancement avec la très désagréable impression d’un projet commercial sur lequel l’auteur n’aura pas pris le temps de réviser ses gammes…

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****·Manga·Nouveau !

Asadora! #2-3

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Manga de Naoki Urasawa
Kana (2020-)/ Shogakukan (2018-), série en cours, 3 tomes parus (4 au Japon).

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Asa Asada manque de reconnaissance! Dernière d’une famille nombreuse dans le Japon de 1959, personne ne se rappelle de son nom… Pourtant elle ne manque pas de tempérament et de détermination. Lorsqu’un Typhon ravage sa ville natale elle mets tout en œuvre pour aider les rescapés, avant même l’arrivée des secours. La voilà embarquée dans des aventures qui feront d’elle une as de l’aviation, avant que quelques années plus tard un mystérieux agent du gouvernement lui demande de venir en aide à son pays…

Asadora tome 3 - BDfugue.comJ’ai découvert cette série à l’occasion du jury BDGEST’arts et suis immédiatement tombé fan de cet auteur et de son héroïne. Je n’ai pu parler que très rapidement du premier volume, alors vue la qualité de la série je voulais vous parler plus en détail d’Asa…

Après un démarrage sur les chapeaux de roue, on continue à suivre Asa enfant dans le second tome qui nous montre comment elle en est venue à apprendre le pilotage, avant de basculer des années plus tard dans le troisième volume où, adolescente, elle se retrouve tiraillée entre ses envies de jeune fille des années soixante (et le projet de girls band de ses copines) et son esprit responsable qui la pousse à devenir… agent secret!

Jouant sur les temporalités (j’avoue que je regrette un peu de quitter si vite la pétillante gamine des deux premiers volumes…), Urasawa déroule son récit avec une maîtrise technique impressionnante, que ce soit dans le découpage, l’expressivité des personnages et les ficelles classiques mais efficaces du feuilleton. Avec une galerie de personnages et de tronches tous plus réussis les uns que les autres on ne s’ennuie pas une seconde dans une histoire dense qui égrène lentement ses indices reliant les premières images d’apocalypse Kaiju du premier volume avec la jeunesse de l’héroïne. Entre la tradition et la modernité naissante du Japon des sixties, la série est totalement accessible à un lectorat occidental, comme rarement un auteur japonais aura su le faire. Je suis assez peu intéressé par la psycho-sociologie japonaise qui est souvent décrite dans les manga, pas plus que par les détails sur le japon historiques et j’ai été ici tout à fait pris dans ce vernis qui fait par moment penser à la langueur d’un In the mood for love.

Asadora ! #3 • Naoki Urasawa – La pomme qui rougitL’aspect fantastique reste pour le moment totalement … fantastique (dans son sens littéraire) soit en sous-texte et permet de créer une tension légère en poussant Asa vers une double vie lorsqu’un ancien officier de son désormais partenaire d’aviation Kasuga lui propose d’entrer au service du gouvernement pour combattre la menace réel du monstre qu’elle a vu lorsqu’elle était enfant. Cette idée de double vie (avec peut-être une identité secrète?) nous plonge dans le feuilleton d’aventure malgré l’habillage très historique avec cette ambiance lycéenne et la course de son ami Shota vers les jeux Olympiques. Le propos général est toujours décalé dans Asadora!, créant une légèreté qui aide à aborder des sujets difficiles comme la pauvreté, le statut d’orphelin et les catastrophes coutumières du Japon. Que ce soit donc ce Shota que personne n’imagine arriver au niveau pour participer aux JO, cette gamine avec un manche à balais dans les mains distribuant des gâteaux par ballons-parachutes ou ce barbouze qui veut préserver les JO du Kaiju, rien n’est bien crédible et pourtant on marche à cent pourcent car le rythme est effréné et le plaisir graphique permanent.

Bien malin celui qui dira où nous emmène Naoki Urasawa mais avec un auteur maîtrisant autant son art on lue suivrait jusque sur la Lune!

***·Comics·East & West

Hadrian’s Wall

Série en deux tomes, parus respectivement en 2016 et 2018, regroupant les 8 numéros de la série écrite par Kyle Higgins et Alec Siegel, dessinée par Rod Reis. Disponible sur le site des éditions Glénat.

Mur des fragmentations

En 2085, l’Humanité sera parvenue à dépasser les dissensions belliqueuses qui culminèrent, cent ans plus tôt, à une catastrophe nucléaire. Ces efforts conjoints de renouveau permettront un bond significatif dans le domaine de la conquête spatiale, ce qui conduira à la création d’une colonie sur la planète Thêta.

Malheureusement, beaucoup d’exemples dans l’Histoire nous ont démontré que les liens entre une colonie et son chaperon finissent toujours par devenir délétères, et Thêta ne fait pas exception. Le conflit entre les rebelles indépendantistes et la Terre fait donc rage, mais notre héros Simon Moore a d’autres problèmes à gérer.

Ancien policier reconverti en enquêteur privé, Simon affronte ses propres démons, lorsqu’il est contacté par un vieil ami travaillant pour la corporation Antares, responsable des missions spatiales. On propose au détective d’enquêter à bord du vaisseau Hadrian’s Wall, suite à la mort d‘Edward Madigan. La mission est en apparence des plus simples: constater l’accident de décompression, signer quelques papiers, empocher la prime et rentrer sur Terre… Sauf qu’un lien particulier unit Simon et Edward: Annabelle, l’ex-femme de Simon, qui est partie avec Edward il y a huit ans, et qui se trouve sur le vaisseau. Où est le problème ?

Dans l’espace, personne ne vous entendra enquêter sur le crime de l’Hadrian Express

Par opportunisme autant que par esprit de revanche, Simon accepte la mission. Une fois à bord du vaisseau, il découvre un microcosme sous pression, au comportement tantôt évasif, tantôt hostile. Les premiers indices découverts par Simon laissent penser qu’on a voulu maquiller le meurtre d’Edward en accident. Les alibis se font et se défont, mais Simon sait que parmi les passagers se trouve forcément le tueur.

C’est bien connu, les lieux clos donnent souvent les meilleures histoires, ce qui vaut tout particulièrement pour les histoires policières. Rien de plus clos, par définition, qu’un vaisseau spatial, dont l’étanchéité est la condition sine qua none à la survie de ses occupants. Là où Alien utilisait le vaisseau comme contenant de l’horreur, Hadrian’s Wall rejoue la carte de l’Orient Express pour en faire le théâtre d’une enquête aux multiples ramifications.

Tous les ingrédients y sont: la mégacorporation opaque, (Weiland-Yutani chez Alien, OCP chez Robocop), l’enquêteur désabusé à la Decard (Blade Runner), les rebelles extra-planétaires (Total Recall). Hadrian’s Wall parvient tout de même à surprendre par les relations tendues que les auteurs instaurent entre les personnages, qui présentent des fêlures bien humaines.

Bien entendu, les enjeux réels de l’histoire dépassent de loin le triangle amoureux Simon-Annabelle-Edward, mais tournent toujours autour de la confiance perdue, et du cycle revanchard entre deux personnes/planètes qui en viennent à se détester sans plus trop savoir pourquoi.

Une lecture qui remonte un peu mais qui vaut le détour !

****·BD·Guide de lecture·Nouveau !·Rétro

No body (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale de la première saison je vous propose de relire ma chronique:

BD de Christian De Metter
Soleil-Noctambule (2016-2018), 72 p./album, 1 saison de 4 épisodes parue.

Les couvertures, le format comics, le découpage en épisodes et saisons, tout dans le projet de Christian De Metter vise à reprendre les principes d’une série TV américaine. Les livres sont élégants, on aurait aimé des commentaires de l’auteur ou de la documentation sur l’époque. A l’heure où de plus en plus d’éditeurs fournissent un travail éditorial (chez Urban ou dans les formats gazette par exemple) ce type de projet mériterait un peu plus de « hors texte ».

Je suis venu par accident sur cette série dont les dessins et l’ambiance ne m’attiraient pas. J’avais pourtant adoré la série True detectives dont No body s’inspire fortement, cette ambiance hyper-réaliste d’une Amérique post-rêve américain, sans vernis hollywoodien, une Amérique des bas-fonds, des familles détruites, des drogues et des névroses profondes, l’Amérique dépressive des films de boxe pluvieux et des guerres contre la drogue sans règles (comme le film Sicario)… Un pote me les a fourgué dans les mains en me disant « tu va voir… ». Et il avait raison! No Body est une très excellente série, qui contrairement à ce que laisse entendre sa numérotation se termine en 4 volumes. Quels sont les projets de l’auteur pour d’autres saisons, je n’en sais rien pour l’instant…

Résultat de recherche d'images pour "de metter no body"Je vais commencer cette chronique par le trait de De Metter: une sorte de crayonné poussé, rehaussé de peintures et crayons de couleurs qui donnent une texture assez artistique qui peut faire étrange sur une histoire policière hyper-réaliste. Derrière ce vernis un peu crado se cache un trait très maîtrisé, que ce soit dans les expressions des personnages ou dans les mouvements des corps. Ainsi ses planches sont assez colorées mais imprécises, ce qui renforce systématiquement les personnages. Pas très fan au début, je m’y suis fait et constate une étonnante évolution sur le quatrième tome de la série avec un gros saut qualitatif, plus classique mais que je préfère. On aimera ou pas le style graphique de Christian De Metter mais force est de reconnaître que sa démarche est originale et que le bonhomme sait tenir un crayon!

Mais la grande qualité de No Body est bien sa construction scénaristique basée sur une technique éprouvée: le récit d’un ancien super-flic qui va nous raconter ce qui l’a amené au crime dont il s’accuse lui-même. Technique toute cinématographique, permettant des aller-retour chronologiques entre le récit (le temps présent) et les récits, à différentes époques. Bien entendu tout ce récit est maîtrisé par le narrateur, avec quelques questions de la psychiatre permettant au lecteur de prendre le recul. Grace au graphisme et au rythme on est happé dans cette histoire violente de l’Amérique des années 60: le Vietnam, la contestation étudiante, les gangs de Bikers, Kennedy et les programmes noirs du FBI… cette époque est fascinante et l’ouvrage est relativement documenté bien que romancé. L’histoire de ce flic malgré lui sera celle d’un système sécuritaire sans limite faisant face à des criminels sans limite. Cela convient à notre homme, boxeur traumatisé par la disparition de son frangin au Vietnam et traversant son époque comme un fantôme, bras armé de l’Etat subissant tous les coups de ses opérations clandestines qu’il parcoure comme Dante les cercles de l’Enfer, citation assumée par le scénario et très bien utilisée.

https://chezmo.files.wordpress.com/2017/04/nobody0203.jpgL’histoire est dure. Pour le héros d’abord. Homme solide souhaitant simplement l’amour, la police lui tombera dessus et le liera pour toujours au destin des plus sombres criminels du pays. Sans états d’âme il la verra, son âme, s’assombrir sans que l’on ne sache jamais s’il est devenu insensible ou si la conséquence de ses actes et des dégâts collatéraux aura une incidence sur ses actes. Le personnage semble maudit, voyant mourir tout ce qu’il aime, tout ce qui l’entoure hormis les monstres, ses commanditaires ou les criminels. Il se justifiera en éliminant des ordures sans foi ni loi. Mais reste t-on indemne en vivant uniquement dans les bas-fonds à côtoyer le mal?

Formidable voyage dans une Amérique bien sombre autant que dans les tréfonds de l’âme humaine, histoire assez nihiliste d’un roc au cœur tendre, No Body parvient à atteindre le très difficile équilibre entre le ludique (le policier), le réflexif (l’Histoire), le symbolique (Dante) et le drame humain.

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***·Manga

Gannibal #1

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Manga de Masaaki Ninomiya
Meian (2020)- Nihon Bugeisha (2018), série en cours, 2 vol parus (7 vol parus au Japon)

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Lorsqu’un policier débarque avec sa famille dans le village japonais de Kuge pour remplacer le précédent fonctionnaire qui a disparu, il se heurte à l’hostilité de la famille Goto. Clan historique du village, ils sont chez eux et leur comportement violent inquiète l’agent. Avec cette intégration difficile s’ajoute le message laissé par le policier disparu: ce village serait occupé par des cannibales… Sans vouloir verser dans la paranoïa, Daigo commence l’enquête pour comprendre ce qu’il s’est passé…

Meian propose régulièrement de nouvelles petites séries, plutôt dans un registre violent voir gore (comme les 7 Ninja d’Efu) pour enrichir un catalogue dominé par le best-seller Kingdom. Gannibal est une série récente d’un auteur dont c’est (a priori) la première création… et je dois dire que c’est sacrément bien Amazon.fr - Gannibal - Tome 1 - Ninomiya, Masaki - Livresmaîtrisé pour une entrée en matière! Commençant par une couverture très réussie, à la fois intrigante, inspirée par le sang et dynamique dans le cadrage, le manga démarre sans mise en place en nous expliquant dès la première page le pitch de départ. Au bout de dix pages le premier cadavre est trouvé et le policier menacé un fusil sur la tête par un membre du clan Goto. On peut dire que ça ne traîne pas et les dessins appuient bien cette tension par des cadrages très serrés et des visages aux yeux exorbités tout à fait parlant. Ninomiya connaît parfaitement ses gammes du cinéma d’horreur et enchaîne les séquences où le héros se trouve isolé, menacé et fourni de tout ce qu’il faut d’indices poussant vers la thèse proposée par le manga dès la première page: celle des cannibales. Tout l’intérêt de l’ouvrage est donc le doute entre ce qu’on nous annonce comme évident et l’aspect « trop gros ». On a pour le moment peu de doutes sur les mœurs de la famille Goto mais toujours un élément de doute vient nous titiller, surtout après une mise en place aussi rapide. Le déroulement implique deux possibilités: soit une confirmation qui va faire évoluer la série vers un survival terrifiant, soit une remise en question qui permettra de développer l’enquête. Le seul petit bémol est l’acceptation un peu grosse du policier face à toutes ces remises en cause violentes de son autorité, sans qu’il n’envisage de montrer les muscles, jusqu’à la séquence finale bien stressante. A la conclusion de ce premier volume on ressort plutôt conquis par un album parfaitement maîtrisé, sans défauts apparents ni addiction franche mais un ouvrage qui fait sacrément bien le job dans un genre pas si représenté en manga.

***·Actualité·BD·Nouveau !·Service Presse

Naissance du Tigre

La BD!

Histoire indépendante en 120 pages, écrite par Feldrik Rivat et dessinée par Jean-Baptiste Hostache. Parution le 09/09/2020 aux Humanoïdes Associés.

bsic journalism

Merci aux Humanos pour leur confiance.

Grand Theft Me

En cette année 1889; Sélène Fouquart est l’une des médiums les plus réputées de Paris. Pour peu que vous croyiez au spiritisme, vous pouvez aller la consulter pour entrer en communication avec un défunt. Un jour cependant, ce n’est pas n’importe quel mort qui se manifeste: Victor Coqueret, surnommé l’Étrangleur, guillotiné pour ses crimes odieux.

Désespérée, Sélène va demander de l’aide à l’homme qui arrêta son terrible mari: le lieutenant Eudes Lacassagne, la fine fleur de la Sureté de Paris. Cet homme taciturne, à la fois respecté et redouté par ses pairs, ne croit pas aux fantômes. Et pourtant, des faits troublants vont peu à peu donner raison à la veuve voyante. Un esprit frappeur rôde-t-il réellement dans les rues de Paris ?

Paris et ses poltergeists

Lacassagne, secondé par les bras cassés de la police parisienne, va débuter cette enquête singulière avec comme qui dirait, un sourcil levé. Mais le limier torturé va vite comprendre le sérieux de la menace lorsque de nouvelles victimes sont découvertes, des personnes ayant toutes un lien avec l’Étrangleur.

L’inspecteur ne néglige alors aucune piste et considère tous les acteurs de cette affaire comme de potentiels suspects. Mais que fera-t-il lorsque les indices pointeront même vers lui ?

Bienvenue dans ce récit tiré de l’univers de la 25e heure, univers précédemment développé sous forme romanesque par Feldrik Rivat. L’album réussit très bien le mélange entre un Paris fantasmé en steampunk et une intrigue paranormale dans la lignée du Témoin du Mal. L’auteur joue la carte d’un protagoniste badass qui oscillerait entre un Sherlock Holmes et une Adèle Blanc Sec, ce qui fonctionne assez bien dans ce type de récit.

On peut donc dire que les auteurs savent poser un décor et une ambiance, notamment grâce aux dessins de Jean-Baptiste Hostache, que l’on pourrait ici comparer à un jeune Mike Mignola.

La Naissance du Tigre semble servir de prélude à un univers riche et intriguant, une bien bonne lecture !

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L’appel de Cthulhu

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2020) -Enterbrain (2019), one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Pour ce qui est de l’édition je vous renvoie au premier billet sur cette collection d’une qualité unique!

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En héritant de son grand-oncle, Francis Thurston est loin de se douter du récit dans lequel il va plonger en rangeant les affaires du décédé. L’archéologue avait en effet pendant des années suivi la piste d’un mystérieux culte monstrueux aux ramifications mondiales. Un culte relié à une entité fantastique: Cthulhu…

Les éditions Ki-oon continuent avec la régularité d’un métronome à nous proposer plusieurs fois par an une nouvelle adaptation de Lovecraft par le mangaka Gou Tanabe. Après les très réussies Montagnes hallucinées, Dans l’abîme des tempset La couleur tombée du ciel, on attaque l’ouvrage fondateur, déjà proposé avec les incroyables illustrations de François Baranger l’an dernier. La comparaison entre ce dernier, doté de très puissantes images couleur en grand format et le manga aux dessins très particuliers de Tanabe est très intéressante puisque l’on passe d’une simple illustration à une véritable adaptation. Et sur ce plan le manga marque des points en profitant de la force du récit construit en poupées gigognes avec des récits dans les récits. L’auteur se plait ainsi, comme sur l’Abîme des temps, à nous promener dans des ellipses temporelles brutales que les faciès très proches des personnages n’aident pas à distinguer. Comme remarqué sur les précédents albums, les limites de l’auteur deviennent des forces en créant un malaise dans cet univers où l’on sent la folie proche et où les lois de la physique et de l’espace-temps n’ont plus lieu. Assez compacte cette histoire centrée sur le cœur du Mythe, le grand Cthulhu dormant dans les profondeurs de la cité engloutie de Rlyeh, nous fera voyager au cœur de l’action car pour une fois les faibles scientifique ne sont que spectateurs de récits où les policiers et marins affrontent directement des sectes d’adorateurs démoniaques du Grand Ancien. Les visions cauchemardesques sont toujours aussi fortes, moins organiques que précédemment, mais l’illustration de l’univers années trente est fort réussie.L'Appel de Cthulhu - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.com

Sans temps morts, sautant entre plusieurs récits rappelant les architectures des Montagnes hallucinées (la fin dans la cité de Rlyeh), les changements de personnalité de l’Abîme ou la chasse de la secte dans le bayou de Louisiane, l’intrigue est d’une grande richesse en nous révélant progressivement la nature de ce culte essaimé à travers la planète. En forme de porte d’entrée dans le Mythe, vous pourrez ensuite aller découvrir la nature de ces entités en lisant les autres ouvrages qui développent d’autres races très anciennes. L’appel de Cthulhu est pour moi le plus accessible, le plus riche et le plus central des ouvrages de la collection et si vous ne devez en lire qu’un c’est sans doute celui-là.

Publiée dans le désordre par l’éditeur français, la collection de ces magnifiques adaptations doit encore voir paraître Celui qui hantait les ténèbres et le Cauchemar d’Insmouth (dernier paru). On ne sait si l’auteur compte passer le reste de sa carrière sur l’intégralité de l’œuvre de Lovecraft, mais il y a du choix pour de futurs albums…

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Hope one #2

La BD!
BD de ‘Fane et Grelin
Comix Buro/Glénat (2020), 68p. couleur, 2/2 volumes parus.

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badge numeriqueLe premier tome de  Hope One avait été une réussite dans le genre efficace du huis-clos spatial qui s’achevait par un twist en apnée. Le second a pris beaucoup de retard puisqu’il était annoncé la même année que le premier et on le retrouve donc après un délai plus classique… avec la surprise de voir un nouveau dessinateur prendre en charge les planches. Et la surprise ne s’arrête pas là puisque l’on change totalement de registre avec une très classique enquête policière dans l’Amérique profonde (et neigeuse) des années soixante-dix! Je ne sais si ‘Fane a très bien caché son jeu mais de mémoire de bdvore je n’ai jamais assisté à un tel retournement de style dans une même série. Pour gonflé c’est gonflé et passée la surprise on se laisse porter https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2020/08/Hope-One-2-1-800x1098.jpg.webppar cette recherche de disparus en suivant un agent du FBI alcoolique et tout à fait antipathique accompagné par une policière de bourgade plus habituée à régler les querelles de voisinage que de retrouver des morts. Surtout quand l’un des disparus est son cher papa… le sheriff du bled! On connait le talent de ‘Fane pour les dialogues et les personnages couillus depuis son excellent Streamliner. On retrouve cette patte ici et le changement de dessinateur perturbe un peu en matière de style (on n’est pas du tout dans le même registre que le tome 1) mais sans perte de qualité. La principale qualité de l’album est donc cette ambiance proche des frères Cohen et la dynamique verbale entre les personnages, franchement réussie. On en oublierait presque que les deux tomes sont liés. Malheureusement la jointure est parfaitement téléphonée (il aurait été compliqué de faire autrement au vu du Grand Canyon qui sépare les deux intrigues) et on repose l’ouvrage un peu nostalgique des promesses (déçues) du début de diptyque et sans bien comprendre ce qu’a voulu faire l’auteur. Une fausse bonne idée probablement…

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***·BD·Nouveau !·Service Presse

Apocalypse selon Lola

Semaine très humour avec la ressortie d’une BD qui, après celle de mercredi, coche toutes les cases de l’humour Fluide

La BD!

BD d’Arthur Qwak
Akiléos (2020), 66p. + cahier graphique de 37 pages, couleur. One-shot.
Réedition de l’album « Lola Cordova », paru en 2005 chez Casterman.

bsic journalismMerci aux éditions Akiléos pour cette découverte.

Bel album relié au vernis sélectif, avec illustration d’intérieur de couverture, préface et introduction à cette réedition par le fondateur d’Akiléos et très imposant cahier graphique. Des couvertures d’un faux magazine ont été introduites au sein de l’album. Jolie édition avec nouveau titre (… je n’aime jamais trop cette méthode qui brouille le statut d’ancien album) et pitch redoutablement drôle et parlant… Très bonne édition globalement.

Lire la suite « Apocalypse selon Lola »