****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Lydie

BD de Zidrou et Jordi Lafebre
Dargaud (2010), One-shot.

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Dans l’impasse du bébé à moustaches la petite Lydie n’a pas vécu bien longtemps. Sa mère, un peu simplette, ne supporte pas cette non naissance et  déclare que sa fille est revenue du ciel. Par délicatesse son entourage joue le jeu. Puis les voisins et bientôt tout le quartier. Le temps passe et ce fantôme fait malgré tout partie de cette communauté…

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Lydie (Zidrou & Lafebre) | Bar à BDFormé comme ses monstrueux compatriotes Roger et Homs à l’école Joso de Barcelone, l’espagnol Jordi Lafebre est l’éminente figure de proue de l’écurie Zidrou. Et on peut dire qu’en la matière le scénariste belge est le Guy Roux du dessin tant il a permis à la France de découvrir une brochette de talents ibériques impressionnante. Lydie est le premier album solo de l’auteur sorti il y a dix ans (avec Zidrou donc) et impressionne déjà par sa technique, ses encrages (comme toute l’école hispanique) et surtout ses expressions de visages. Il est toujours éclairant de prendre le premier et le dernier album d’un auteur, surtout lors d’un passage à maturité scénaristique qui a permis Malgré tout, peut-être le meilleur album de l’année 2020 et un chef d’œuvre de construction. Si le dessin a peu évolué en dix ans (il était déjà très poussé), le point commun entre les deux ouvrages repose sur le formidable humanisme de l’auteur et un esprit très proche entre le scénario de Zidrou sur Lydie et celui de Lafebre sur Malgré tout. Comme dans toute histoire belge il y a de la dureté comme de la légèreté dans cet ouvrage. La dureté de classes populaires où les sales gosses et les vieilles peaux crachent leur venin sans filtre, la douceur d’être humains qui sentent la nécessité gratuite de cette petite entorse à la raison qui donnera tant de bonheur à la gentille Camille. J’ai ressenti le même humanisme que dans le magnifique Magasin général qui il y a quelques années proposait lui aussi un enchevêtrement d’humains dans toute la diversité de bêtise et de tendresse dont ils sont capables. De belles histoires dont on se demande parfois si nos cousins francophones ne sont pas les seuls capables…

Lydie - Jordi LafebreAinsi comme Jean-Louis Tripp (qui est plus de l’ancienne école) Lafebre croque des trognes qu’il aime déformer, en gros plan, en contre-jour, se faisant une discipline de faire ressortir les défauts de visage et les expressions grossières. Cela amène autant d’humour que de vérité dans ces anti-Brad Pitt qui nous parlent de la vraie vie comme un film de Ken Loach. Au travers de ce fantôme d’enfant qu’on se plait à « voir » grâce à une mise en scène et des cadrages très appropriés c’est à une simple tranche de vie qu’on assiste. Comme le montre la « photo » de couverture, c’est l’histoire d’une famille et des différents moments de la vie d’un enfant, les angoisses médicales de la maman, les bêtises et petits bobo, les premières fois et les rituels. Si l’enfant avait été « normal » cela aurait sans doute été moins intéressant, plus banal. Mais ce twist quasi-fantastique permet de nous accrocher en se demandant tout le long si untel va bien vouloir jouer le jeu ou si la réalité administrative va rattraper cette farce. Et l’on suit avec amour ce papy cheminot et sa simplette de fille qui embarquent avec eux tout le quartier par simple envie de faire du bien.

Graphiquement la maîtrise est juste parfaite avec certaines cases somptueuses lorsque Zidrou autorise un plan large de train où les encres deviennent massives. La vérité des expressions surtout est saisissante malgré ces gueules presque cartoon par moments. On rit et on est émus par ces petites gens sur qui la vie s’écoule simplement, dans des décors où quelques effets graphiques numériques habillent remarquablement les arrière-plans. Un régal pour les yeux, discret et vrai.

Au final la réputation de cet album n’est aucunement usurpée et il mérite de trôner dans toute bonne bibliothèque et peut être un bon motif de cadeau grand public en anticipant les fêtes.

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**·BD

Nos Corps Alchimiques

La BD!

Histoire complète en 240 pages, écrite et dessinée par Thomas Gilbert. Parution le 30/04/2021 aux éditions Dargaud.

Apprentis sourciers

Aniss, Camille et Sarah ne se sont pas revus depuis des années. Portant encore les stigmates d’une relation polyamoureuse qu’il serait indulgent de qualifier de houleuse, ils ont chacun décidé de vivre leur propre vie, tant bien que mal. 


Quelques années plus tard, Aniss, toujours en colère après Camille, et Sarah, indulgente mais échaudée, reçoivent un étrange message de Camille leur demandant de le/la retrouver dans un coin reculé de la campagne. Après quelques confrontations, le trio se réunit et Camille, qui entre temps s’est délestée de sa binarité, expose son projet: pour conclure des années de recherches et d’explorations ésotériques, Camille a besoin d’eux pour une ultime expérience, sensée révolutionner le genre humain. Pour cela, les trois amis/amants vont devoir profiter d’une éruption solaire et réconcilier leurs corps alchimiques. 

Passion tumul-tueuse

Thomas Gilbert, salué il y a trois ans pour Les Filles de Salem, entre une fois de plus dans le monde occulte pour s’adonner cette fois à l’alchimie, discipline fascinante et controversée dont le but était la transfiguration des éléments. Centrant son attention autour d’un trio torturé de jeunes protagonistes, l’auteur étale sur plus de 200 pages sa percée dans la psyché humaine. 


Véritable fenêtre sur la folie provoquée par les questions existentielles et les enjeux cosmiques, Nos Corps alchimiques se révèle résolument verbeux, au risque de devenir opaque, notamment pour les lecteurs attachés à un semblant de structure dans leurs lectures (c’est un peu mon cas, je dois l’avouer). L’enjeux est bien établi par Camille dans le premier tiers de l’album, mais il n’est expliqué qu’en termes ésotériques obscurs, si bien qu’on a l’impression que les personnages, y compris Camille l’instigateur-trice, se lancent à corps perdu dans un délire new age dont eux-mêmes ne saisissent pas tout. 

Cela à tendance à brouiller le rythme de l’album, puisque, si on ne saisit pas entièrement le but du ou des protagonistes, il devient aussi ardu d’identifier les obstacles et les conflits que ces derniers vont devoir affronter. A la longue, il devient aussi fatiguant de suivre les longs monologues hallucinés des personnages, hantés et torturés par des maux auxquels le lecteur lambda peut avoir du mal à s’identifier. Certains de leurs choix (dont un en particulier qui est assez…radical), sont délicats à appréhender et à soutenir, toujours à cause de ce souci d’objectif. 


On se retrouve donc par moments dans une sorte de thérapie de couple (on dit trouple ?) new age au cours de laquelle les participants auraient fait un bad trip au cristal meth. Le final est néanmoins sans ambiguïté quant à l’objectif des héros et a même un caractère tout à fait glaçant de par ce qu’il implique. Graphiquement, Thomas Gilbert fait en revanche des merveilles, certaines planches sous acide contenant du pur body horror, que ne renierait certainement pas la dynastie Cronenberg

En conclusion, Nos Corps Alchimiques verse davantage son énergie dans l’exploration laborieuse de ses personnages torturés que dans la construction d’une intrigue. Le final et l’aspect graphique sont toutefois les points les plus intéressants, mais pourront rebuter certains lecteurs. 

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Lucky Luke: un cow-boy dans le coton

La BD!
BD de Achdé et Jul
Lucky comics (2020), 44p., one-shot.

couv_406050Alors qu’il vient de rencontre son vieil ami le Marshal Bass, Luke apprend qu’il hérite d’une vaste plantation de coton dans le Sud. Alors que l’esclavage a été aboli et que la société sudiste accepte mal sa disparition, Luke va se retrouver au beau milieu de pas mal d’ennuis…

Cela faisait des lustres que je n’avais pas lu de Lucky Luke et pour cette reprise j’ai été plutôt surpris par le ton politique de l’album. Sur le plan purement Luckien je reconnais que c’est un peu léger, le déplacement du contexte vers la Louisiane, la brièveté de l’album et le choix de développer des thématiques complexes ne permettent pas vraiment de belles rigolades et bagarres typiques de l’Ouest façon Morris. Visiblement c’est le sujet lui-même qui a fait couler beaucoup d’encre et j’avoue que les commentaires de lecteurs que j’ai lu ici et là m’inquiètent pas mal quant à une idéologie réactionnaire à laquelle je pensais les lecteurs de BD étanches… Je m’efforce de maintenir ce blog le plus neutre possible et réserve mes commentaires sociétaux sur les BD documentaires, mais de par son approche on pourrait presque classer cet album dans ce genre tant les auteurs ont voulu faire de la pédagogie auprès des jeunes lecteurs en leur expliquant clairement la société féodale et fasciste qu’était le Sud américain au sortir de la Guerre se Sécession. Nombre de grandes séries classiques ont abordé sans détour le racisme et d’autres oppressions et je crains que les commentaires des lecteurs sur cet album ne reflètent le poids politique de l’extrême-droite dans le débat public. C’est assez glaçant… Sous couvert de respecter les canons de la série (premier conservatisme: pourquoi une vieille série ne devrait pas bouger?) il ne faudrait pas parler de sujets de fond? Pourtant Morris comme Gosciny ou Franquin ont toujours assumé le rôle de vecteur des idées pour la BD.

Alors oui on aborde frontalement le racisme, le KKK présenté comme un ramassis de débiles (comme un peu tout le monde dans Lucky Luke) mais surtout de violents, les noirs ne sont pas en reste car peureux et feignants mais sauvés par la figure de l’institutrice et du Marshal Bass, figure désormais connue et mythique… qui vole un peu la vedette à un Luke assez passif et désorienté par la complexité des problèmes qu’il doit résoudre en décidant de céder les terres aux anciens esclaves. J’ai trouvé pour ma part que sur ce sujet miné les auteurs étaient clairs et présentaient une situation crédible.

Les codes restent globalement respectés avec une évasion de daltons torturés à coups de lecture, Avrel mange du savon (!!), on se bagarre un peu et les méchants sont très méchants. Les auteurs insèrent du reste des citations anachroniques comme on les aime avec un petit Barack et une petite Oprah et je les remercie d’avoir osé utiliser ce média lu par des centaines de milliers de lecteurs pour rappeler une réalité que certains préfèrent laisser dans les oubliettes de l’histoire. A ceux-là je conseillerais de prolonger la lecture par une lecture indispensable, la trilogie Wake up america parue chez Rue de Sèvres.

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Sur un air de fado

La BD!
BD de Nicolas Barral
Dargaud (2021), 160p, one-shot.

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mediathequeEn 1968 dans une calme Lisbonne soumise aux exactions de la police politique de Salazar le « Doutor » Fernando Païs arpente tranquillement les rues qui le mènent voir ses patients, certains situés dans des cellules de la prison. Coureur et refusant de sombrer dans la lourdeur du contexte politique, il se faufile depuis ses jeunes années entre jolies révolutionnaires et une famille adepte du pouvoir…

Sur un air de Fado - BDfugue.comPour ma première immersion dans un album de Nicolas Barral (connu jusque là principalement sur sa participation à la reprise de Nestor Burma après Tardi) j’ai été impressionné par l’écriture et la maîtrise scénaristique de cet auteur complet. Si je ne suis pas de prime abord très adepte de ce type de dessins « classiques », son découpage lent et académique (qu’on peut retrouver chez Juillard par exemple) instille brillamment une atmosphère qui fait partie intégrante de ce projet de reconstitution d’une vie calme sous une dictature qui se ferait presque oublier sous la chaleur et les nuits de Fado. La couverture est en cela particulièrement bien trouvée en reflétant ces deux façades où de gentils papy peuvent cacher des informateurs de la police et où les geôles abritent autant de violentes brutes que de grands professionnels.

Le personnage du docteur, qui emprunte ses traits à Benicio Del Toro est au cœur de l’ouvrage et particulièrement intéressant. Il ne s’agit pas de monter un jaune ou un collabo, loin de là. On découvrira que cet épicurien a su faire montre de courage par le passé. Il n’est pas non plus un traumatisé condamné à la passivité. Non, il s’agit bien d’un homme libre qui refuse de se retrouver enfermé dans un conflit idéologique. Un rêveur qui croit encore que sous la dictature peuvent perdurer les amourettes et le fado, qui ne veut pas se faire dicter une conduite qui vise BD : "Sur un Air de Fado" (Nicolas Barral / Ed. "Dargaud") | Ardenne Weble bonheur. Egoïste assurément dans son refus de l’action collective. Courageux aussi quand il doit sauver des camarades pour les beaux yeux de la belle. par intérêt bien sur. Mais pas que?

En cela le Doutor est une véritable figure héroïque placée dans un faux-semblant historique où l’auteur nous rappelle ce qu’a été cette dictature fasciste au cœur de l’Europe où les humanistes et la jeunesse n’avaient aucune perspective. Il nous rappelle en cela le magnifique Matteo, comme une sorte de cousin lusitanien du beau parleur au nez aquilin qui traverse son époque tout en y participant. Et confirme par cette comparaison la très grande qualité de cet album.

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Les Âges Perdus

La BD!

Premier tome de 56 pages d’une série en quatre volumes écrite par Jérôme Le Gris, dessinée par Didier Poli et colorisée par Bruno Tatti. Parution chez Dargaud le 26/03/2021.

Obscure Antique

Oubliez vos cours d’Histoire à partir du Moyen-Âge. Dans Les Âges Perdus, la Terre a subi en l’an Mil un cataclysme aux proportions bibliques qui a manqué de peu de rayer l’Humanité de la carte. Une pluie de météores est venue laver par le feu les pêchés de l’Humanité, dont les rares survivants se sont terrés des milliers d’années durant dans des grottes. Lorsque le temps fut venu et que les rayons timorés du Soleil purent enfin transpercer les nuages de cendres, les Hommes trouvèrent le courage et l’audace de s’aventurer au dehors, mettant fin aux temps de l’Obscure.

Depuis, l’Humanité est divisée en différents clans de nomades, qui parcourent cette Terre nouvelle au gré des saisons et des migrations de troupeaux, survivant à grand peine dans cet environnement hostile. Dépendants des caprices de la Nature, harcelés par des prédateurs mutants ayant profité de millénaires d’absence humaine, les femmes et les hommes des tribus ont une vie bien moins douce que nous, leurs contemporains alternatifs, privés des siècles de prospérité et de progrès scientifique qui auraient du s’offrir au genre humain après le Moyen-Âge.

Ce premier tome nous fait faire la connaissance de la Tribu de Moor, quelque part dans ce qui serait certainement l’Angleterre. Leur patriarche, Primus, est accompagné de sa fille Elaine, du solide Caratacos, d’Aigle et de Haran, dans une quête dont lui seul connaît les véritables enjeux.

Sad Max: Sorry Road

Porté par sa conviction, Primus va désobéir aux lois qui régissent les différents clans et occuper le Fort des Landes sans y être autorisé, ce qui pourrait légitimement entraîner une guerre fratricide. Ce qui le pousse à prendre un tel risque, c’est un rêve un peu fou, une perspective d’avenir qu’il n’osait pas imaginer: la possibilité de domestiquer les céréales, soit l’agriculture.

En effet, Primus essaie depuis des années de créer des culture viables, afin d’affranchir son peuple de la dépendance au gibier qui les met à la merci des autres prédateurs, les Écorcheurs en tête. Toutefois, il s’appuie sur des vestiges parcellaires de savoirs antérieurs au cataclysme, et doit faire face à toutes celles et ceux qui craignent le progrès et le changement qui l’accompagne.

Sa fille, Elaine, fait partie de ceux-là. Survivante aguerrie, elle respecte la loi des clans et craint les répercussions sur les siens. Celles-ci ne se feront pas attendre, car le courroux de la farouche guerrière Arghanna du Clan des Lunes va s’abattre sur eux avec de lourdes conséquences…

Jérôme Le Gris a décidé, pour ce récit, d’effacer mille ans d’Histoire, pour la remplacer par une série d’autres évènements dont il nous décrit la teneur, ce qui fait des Âges Perdus une uchronie en même temps qu’un récit post-apocalyptique. Le défi que représente l’uchronie est de mettre en place une nouvelle Histoire, avec un grand H comme on dit, qui soit suffisamment logique pour rendre cohérent l’univers fictif mis en place.

Le questionnement dramatique qui se pose ici est donc: que se serait-il passé si la civilisation s’était arrêtée au Moyen-Âge et que les humains avaient du repartir de zéro après un cataclysme ? Le scénariste apporte ses premiers éléments de réponse en faisant le pari que les survivants se seraient répartis en clan et auraient adopté un mode de vie nomade, comme l’avaient certainement fait nos ancêtres du néolithique.

Dans l’album, l’enjeu qui se dégage assez rapidement est celui de l’agriculture, qui dans le monde réel a constitué un pivot pour le développement de l’Humanité, puisqu’on est quasiment sûrs aujourd’hui qu’elle a entraîné la sédentarisation et les ébauches d’échanges commerciaux qui à leur tour ont engendré les civilisations. La direction du récit paraît donc tout à fait logique du point de vue de l’uchronie, même si l’on peut se demander, puisque l’auteur ne l’explique pas dans ce premier tome, comment les humains ont pu survivre durant l’Obscure, comment se sont-ils réadaptés à la vie cavernicole, et comment se fait-ils que les humains nomades soient en possession d’armes forgées alors que les savoirs anciens sont censés avoir quasiment disparu, et que la métallurgie est logiquement apparue après l’agriculture.

Les Âges perdus - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.com

Si les dessins solides de Didier Poli accrochent l’œil avec la qualité d’encrages que l’on connaît (rehaussés par l’excellent coloriste Bruno Tatti déjà vu sur Avant la Quête), les limites de ce premier tome reposent sur un manque de worldbuilding qui nous fait nous demander pourquoi Jérôme Le gris n’a pas simplement choisi d’installer son récit à l’époque du néolithique, l’uchronie n’apportant pour l’heure pas grand chose. Si le très réussi Horacio D’Alba du scénariste marquait une vraie singularité avec la Renaissance historique, ici on parcourt des planches certes jolies mais très classiques dans le genre médiéval/antique. L’intrigue de ce tome se résume ainsi à exposer une rupture de l’ordre établi. Le scénario comporte bien quelques belles scènes d’actions avec un sens du drame indéniable mais la finalité de ce projet semble encore obscure, aboutissant à une progression un peu poussive.

L’exposition est souvent compliquée et le format de quadrilogie devrait permettre à la série de prendre son essor pour peu que les auteurs assument une vraie rupture qui permette de sortir du tout-venant tribal-celtique…

Article rédigé par Dahaka et Blondin.

**·***·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #19: Le moine mort – Ira Dei 4 – Jylland

La BD!

Salut les bdvores! Fournée de BD médiévales aujourd’hui, avec deux dessinateurs très graphiques et une découverte en terre viking.

  • Le moine mort #1 (Morvan-ScieTronc/Glénat) – 2021, 48p., série en cours.

badge numeriqueJe suis de plus en plus difficile avec Jean-David Morvan… comme avec tous les autres très bons scénaristes devenus plus solo-éditeurs que créateurs en perdant de vue le travail de préparation et de sélection de ce qu’est un bon album et en croyant pouvoir être sur tous les fronts. Quand on dit auteur prolifique ce n’est pas toujours en bien. Morvan aligne les projets personnels en mettant le pied à l’étrier à de jeunes auteurs et c’est tout à son honneur. Mais défricher les talents n’exige pas forcément d’aligner les scénarii sur ses épaules au risque de se noyer et de perdre en qualité… Bref, admettre des erreurs chez des primo scénaristes c’est normal quand on chronique un album. Chez un vétéran il n’y a pas d’excuse à proposer une simple introduction, si belles soit elle, sur un album entier au prix où sont aujourd’hui les BD. Surtout, la place et le confort doivent être justifiés par une progression narrative. Ce qui manque clairement à ce premier tome du Moine mort!

Le récit prend la forme désormais classique du narrateur monastique modèle Le Nome de la rose qui témoigne de la croisade fondamentaliste d’une Église imaginaire mais bien inspirée du pire de notre Histoire. Sous des pinceaux réellement inspirés du jeune ScieTronc (qui avait déjà impressionné sur le premier Boris Vian, déjà scénarisé par Morvan), on en restera donc là après 48 pages où l’on ne fait que découvrir l’univers tout en architectures et contre-plongées visiblement inspiré par les dessins du Piranese (qui donne son nom au héros). C’est beau mais c’est maigre. C’est vraiment dommage car graphiquement l’univers mis en place accroche réellement notre intérêt en s’appuyant peut-être sur le design semi-historique de la série Game of Thrones, mais surtout sur un sens du cadrage qui permet de donner un cachet fou à la plupart des cases. Il n’aurait fallu que quelques séquences de plus pour semer l’envie de découverte au lieu de quoi l’effet retombe un peu comme un soufflet en oubliant l’envie. Difficile donc de se prononcer sur une série pas vraiment commencée. Il faudra donc attendre le second tome pour se faire réellement un avis.

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  • Ira Dei #4:  mon nom est Tancred (Brugeas-Toulhoat/Dargaud) – 2021, 54p., 2 cycles parus.

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Alors que le Strategos Maniakès revient sur le terrain les dissensions continuent entre les différents chefs mercenaires alors que le moine revient assisté d’un sicaire dont la cible reste mystérieuse…

Toujours compliqué de rester objectif lorsque j’ai entre les mains un album du duo Brugeas-Toulhoat qui propose toujours un niveau de réalisation très professionnel. C’est tout leur mérite quand on repense à la complexité du contexte et de l’intrigue qui évite toute linéarité. Avec ma formation d’historien j’imagine la difficulté d’appréhension de cette histoire de stratégie médiévale pour un lecteur qui n’aurait pas les références historiques. On peut prendre cela comme de la fantasy 100% imaginaires mais ça reste assez ardu. Reste donc une écriture tout à fait fluide et surtout ces planches explosives que seul Ronan Toulhoat propose parmi les dessinateurs réalistes actuels! En héritier de Lauffray, son plaisir du dessin se transmet dans des découpages toujours originaux, libres, rageurs, dont on ne se lasse pas. La finesse des détails et des décors habillent un encrage sauvage qui ne donne qu’une envie, continuer à savourer ses albums quoi qu’ils traitent! Si la stratégie machiavélique ravira les amateurs, le déroulement de ce tome reste un peu chaotique en ballotant le lecteur qui ne sait pas trop pourquoi on nous présente telle scène et pourquoi tel personnage disparaît soudain. Ce volume manque un peu de continuité, ce qui participe à l’inconfort sans doute recherché. La conclusion anticipée de la série a probablement joué également pour précipiter une fin un peu au milieu du gué qui ne résout vraiment rien. On sort ainsi de ces deux cycles (qu’il vaut mieux voir comme une vraie quadrilogie tant les quatre albums sont liés) vaguement déçu avec l’impression d’avoir participé par une fenêtre à une séquence historique sans début et sans fin. Un peu frustrant même si la qualité de ces albums restent dans le haut du panier en matière de bd médiévale.

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  • Jylland #1: Magnulv le bon (De Roover-Klosin/Anspach) – 2021, 44p., série prévue en 4 tomes.

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bsic journalismMerci aux éditions Anspach pour cette découverte.

Dans un thème très à la mode (appuyé sur des séries TV à succès), Jylland nous propose une nouvelle incursion dans l’univers des vikings, peuple qui ne cesse de fasciner les créateurs. Pour ses débuts en BD le polonais autodidacte Przemyslaw Klosin propose des planches sacrément pro. Si les couleurs n’arrangent pas forcément un dessin classique mais parcouru de visages très caractérisée, l’ensemble ne souffre pas de défauts majeurs dans une technique tout à fait remarquable. Ainsi le personnage principal, un machiavel à tresses, fils d’un roi viking mourant qui a choisi d’adopter la religion catholique et de renoncer aux coutumes du northland, imprime sa marque par une trogne brutale sans être caricaturale.  Si les autres personnages se distinguent surtout par leur coiffure (qui peut du coup prêter à confusion entre deux personnages), on sent un effort d’identification sur les rôles.

L’originalité de ce premier tome est donc le traitement de la christianisation pour ce peuple attaché aux traditions. L’itinéraire de ce second fils revanchard fait se rejoindre la jalousie familiale et le rejet de la nouvelle religion pacifique. Le scénariste lance des pistes intéressantes sur la sédentarisation et le passage de ce peuple de pilleur à un peuple commerçant, qui sera peut-être développé dans la suite de l’histoire. D’une lecture agréable, ce premier Jylland est donc une plutôt bonne surprise qui parvient à nous intéresser dans un océan d’albums sur les navigateurs de drakkars.

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Yojimbot #1: Silence métallique

La BD!

Premier tome de 147 pages d’une série écrite et dessinée par Sylvain Repos. Parution le 29/01/2021 aux éditions Dargaud.

Drone Wolf & Cub

Dans un environnement devenu hostile pour les humains, une communauté de droïdes, partie intégrante d’un parc à thème aujourd’hui en ruines, poursuit inlassablement sa routine malgré la disparition des visiteurs.

Conçus pour être des samouraïs automatisés, les droïdes agitent régulièrement leurs sabres, croisant le fer comme ils le faisaient autrefois pour divertir les clients. Un beau jour, le n°063 découvre un jeune garçon errant dans le parc. Bien vite retrouvé par son père, le jeune Hiro est traqué par une escouade de soldats, acquise à une sombre cause mettant manifestement en jeu le sort de l’Humanité.

D’abord déboussolé par des directives antinomiques, n°63 finit par outrepasser les contradictions de sa programmation et sauve Hiro des cruels soldats, façon bushido.

Malheureusement, ces soldats n’étaient pas les seuls à en vouloir à Hiro, qui est désormais orphelin et a besoin d’assistance, pour laquelle n°63 est en partie programmé… à moins que ?

Débute alors une course-poursuite haletante à travers les ruines du parc, n°63, désormais baptisé Sheru s’étant donné pour mission d’assurer la sécurité du jeune garçon en le remettant aux alliés de feu son père. En chemin, le duo se trouvera d’autres alliés métalliques, et bien sûr, d’autres ennemis acharnés…

Métal muet

Comme évoqué dans nos précédents articles, le thème du duo badass/enfant est largement utilisé en fiction, associant deux figures opposées, l’enfant dépendant du badass pour sa protection, tandis que le badass se découvre ou se redécouvre au contact de l’enfant.

Dans Yojimbot, ce duo prend une coloration particulière, de par la nature mécanique du protecteur. L’ambiance post-apocalyptique est avant-tout reflétée dans l’état de décrépitude du parc, autrefois temple de la consommation, aujourd’hui mausolée abritant les vestiges de la gloriole humaine.

On sent l’attachement du garçon envers son gardien impromptu sincère, tout comme doit l’être celui de l’auteur envers ses personnages. Néanmoins, à première vue, on peut se demander comment des robots, conçus pour le show et le divertissement, peuvent se révéler être des machines aussi létales. Mais comme vous vous en doutez, la règle implicite de coolitude permet de dépasser ce genre d’incongruité, pour un plaisir de lecture débridé.

Si le cœur de l’histoire, à savoir le lien entre Sheru et Hiro, fait mouche, l’univers quant à lui soulève pour le moment beaucoup de questions. Gageons que l’auteur saura révéler ses cartes en temps voulu afin de donner une profondeur bienvenue à ce récit d’action décomplexée dont le titre est bien entendu un hommage au mythique lapin-samouraï Yojimbo.

La partition graphique de Sylvain Repos est impeccable, sa narration éclatée donne de la respiration et du dynamisme à l’album. Ce premier tome interpelle, flatte la rétine et accroche pour la suite !

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Elecboy #1: Naissance

La BD!

Premier tome de 62 pages d’une série écrite et dessinée par Jaouen Salaün. Parution le 15/01/2021 aux éditions Dargaud.

Apocalypse How

S’il y a bien une chose que l’Homme réussit à tous les coups, en fiction, c’est détruire la Terre. Dans Elecboy, il y est parvenu une fois de plus, ne laissant à ses héritiers qu’une terre stérile, dans laquelle leurs bas instincts auront le loisir de faire loi. Dans un hameau perdu à la frontière du désert, le jeune Joshua survit comme il le peut.

Son père Joseph, responsable d’un petit groupe, a la responsabilité de trouver de l’eau pour la communauté, ce qui est un défi de tous les instants. Mais, même en pleine crise apocalyptique, il semblerait qu’un adolescent reste un adolescent. Joshua, qui entretient avec son père des rapports délétères, est amoureux de Margot, qui appartient au clan des seigneurs locaux, qui imposent à tous un règne de terreur. 

Cet amour impossible est souvent contrarié par Sylvio, le frère de Margot, brute arrogante qui voit en sa sœur bien plus que des liens de sang. La vie de Joshua n’est pas ce que l’on pourrait qualifier de privilégiée, et c’est sans compter sur les mystérieuses créatures qui écument la région, tuant tous les survivants qu’elles croisent. Ces êtres, d’apparence vaguement mécanique, semblent être à la recherche de quelque chose, ou de quelqu’un, sur qui elles ne parviennent pas à mettre la main. 

Jaouen Salaün, remarqué jusque-là pour ses collaborations avec le scénariste Christophe Bec, se lance dans sa première aventure solo, avec cette sage fantastique/SF, dont ce premier album pose les jalons de façon plutôt efficace. L’auteur met en place un univers post-apo où la survie de tous est loin d’être garantie, le tout mâtiné d’une ambiance grandiloquente de tragédie. Ce n’est certainement pas pour rien que les antagonistes, le Clan tyrannique qui impose sa loi à la communauté de survivants, porte majoritairement des noms italiens, rappelant ainsi la dynastie décadente des Borgia. La comparaison ne s’arrête pas là, puisque le patriarche du Clan est une figure mystique proche de celle d’un Pape, tandis que le plus jeune fils nourrit des velléités incestueuses. 

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Post-Apo oblige, Jaouen puise également dans les fondateurs du genre, Mad Max en tête, en utilisant la thématique de l’eau manquante comme moteur pour une partie de son intrigue. Les créatures, dont le design rappelle celui du personnage de l‘Ingénieur dans le comics The Authority, semblent être à la fois divines et mécaniques. J’ai personnellement toujours eu une appétence pour ces thématiques mêlant transcendance et technologie, comme la théorie des anciens astronautes, aussi ce point-là représente-t-il un atout à mon sens. 

A la fin de cet album, le lecteur en saura davantage sur les liens qui unissent les différents protagonistes, les enjeux de leur survie, cependant, le mystère demeure encore quant à cette engeance énigmatique qui semble jouer sa propre survie sur Terre. Gageons que la suite de cette tétralogie saura nous abreuver de ces réponses ! 

Graphiquement, on peut dire que Jaouen a trouvé ici les arcanes de son art, qu’il exprime magnifiquement sur chaque planche, sans fausse note. Le détail des visages et des expressions est saisissant, les décors ne sont pas en reste. On est ici sur une claque visuelle. 

L’avis de Blondin:

Je rejoins Dahaka sur la qualité d’écriture et bien évidemment de dessins de Jaouen qui claquent fort, notamment sur cette séquence d’introduction particulièrement marquante… mais qui garde les promesses un peu trop sous le coude malgré un format assez confortable de soixante pages. Ces incursions SF dans un récit post-apo poussiéreux de Wasteland sont il est vrai rêches et intrigantes mais on sent l’influence (pas forcément pour un bien) de Christophe Bec et sa culture des récits trèèèèèès délayés. Sur un premier tome de mise en place on peut entendre la nécessité de construire des personnages et un univers (sur ce plan c’est fort réussi) mais j’espère sincèrement que l’auteur n’oubliera pas de lâcher le frein dès le prochain volume pour une histoire qui ne semble pas révolutionner la SF mais dont le design et le sérieux de la réalisation sont suffisamment intéressants pour donner envie de poursuivre.

**·BD·Nouveau !·Rapidos

Le Scorpion #13: Tamose l’égyptien.

La BD!
BD de Stephen Desberg et Luigi Critone
Dargaud (2021), 46p., série en cours

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Cela fait un an que Mejaï a fui en Orient avec l’enfant du Scorpion dans le ventre. Mais personne n’échappe au regard de l’héritier des Trebaldi et c’est à Istanbul puis en Egypte que le chasseur de trésors retrouvera la trace de l’empoisonneuse, mêlée à une obscure affaire liant la Kabale juive et le pharaon hérétique Akénathon…

mediathequeIl est toujours compliqué pour une série best-seller de changer d’équipe créatrice. Alors que l’industrie du comic fonctionne de la sorte depuis toujours, les éditeurs français ont longtemps hésité. Depuis le passage de témoin des grandes séries de Van Hamme le Rubicon est franchi et outre les séries anthologiques de chez Soleil il est désormais « normal » de changer de scénariste ou de dessinateur en cours de route. Pourtant, la position d’Enrico Marini est particulière en ce que son style est à la fois parfaitement reconnaissable et difficilement copiable, considéré comme un des meilleurs dessinateurs du circuit (aurait-on l’idée de reprendre une série de Bilal?) et qu’il est devenu depuis plusieurs années un auteur à part entière dont le rôle sur l’univers et le scénario d’une série comme le Scorpion est loin de se limiter aux dessins. Le choix de continuer cette série avec un autre artiste était donc hautement aventureuse. Je rajoute qu’après plus de dix ans il pouvait être raisonnable de penser à clôturer la série ou du moins de permettre un nouvel arc comme cela avait été tenté sur Thorgal avec Jolan. Après la résolution de l’intrigue Trebaldi, assez brillante de bout en bout, le onzième tome avait incroyablement relancé la série avec un fabuleux personnage du chevalier du trèfle qui permettait d’étendre la conspiration sur une thématique plus fantastique… étrangement les auteurs avaient aussitôt refermé ces possibilités dès le précédent volume (le douzième) pour proposer bien plus qu’une fin ouverte, une simple continuité. Bref, tous les éléments étaient en place pour permettre à Enrico Marini de partir après des années de talentueuses acrobaties pour son Scorpion et on ne peut pas dire que Stephen Desberg ait au final placé un contexte facile pour assurer la transition…

Ce treizième volume commence plutôt bien puisque l’excellent Luigi Critone tient haut la main le pari avec une colorisation directe très élégante bien qu’un peu plus terne que celle de son compatriote. Je n’avais pas beaucoup d’inquiétude sur la partie graphique, ayant pu apprécier la qualité des planches d’un Je François Villon ou du récent succès Aldobrando. Les premières planches reprennent en outre la dynamique particulière du Scorpion avec ses contre-plongées hautement cinématographiques dirigées vers l’action. Le nouveau méchant est très charismatique et l’idée d’introduire la Kabbale et le rabbin hérétique Jacob Frank dans l’univers archéologique et religieux du Scorpion est très bonne!

Pourtant on peine un peu à s’intéresser à cette histoire aux dialogues compliqués et aux quelques ratés de découpage assez surprenants de la part de deux auteurs chevronnés. Si les scénarii de la série ont toujours été assez linéaires sur un fonds complexe, la puissance graphique de Marini et l’action omniprésente équilibraient des intrigues à tiroir et références historiques pointues. C’était la force de cet équilibre qui a permis d’attraper un très large public. Or on a le sentiment ici que la moitié action a disparu avec Marini et que l’on retombe dans une BD historique à la mode Glénat (époque Triangle secret). Ce n’est pas un défaut en soi mais ce n’est pas l’ADN du scorpion, série de cape et d’épée épique et enlevée par une action et un humour léger.

Tamose l’Egyptien convainc donc peu faute d’une dynamique à retrouver. L’intrigue est plutôt bonne et a du potentiel mais si les auteurs veulent conserver le public fidèle jusqu’ici il leur faudra rappeler très rapidement de l’action et des personnages secondaires qui manquent totalement. A voir sur le prochain tome, mais à titre personnel je n’aurais pas la patience sur plus d’un tome supplémentaire dans une prolongation suspecte de mercantilisme par essence…

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****·BD·Nouveau !·Rapidos

Les vieux Fourneaux #6: l’oreille bouchée

La BD!
BD de Wilfried Lupano et Paul Cauuet
Dargaud (2020), série en cours, 54p./album.
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Ça sent le pâté pour l’association Ni yeux ni maître qui est sous la menace d’une expulsion après le décès de Fanfan. Alors que Pierrot rumine comme jamais, Antoine lui rappelle qu’ils embarquent prochainement pour la Guyane sur l’invitation mystérieuse de Mimile, jamais à court de surprises…

Les vieux fourneaux ce sont les papy adorés de tous les lecteurs de BD. Avec des hauts, des bas, et surtout un plaisir jamais perdu de les retrouver, leurs tronches sous les pinceaux très efficaces de Paul Cauuet et surtout la gouaille sans équivalent de Wilfried Lupano. Alors bien sur à l’approche de ce déjà sixième volume l’on sent poindre le risque de l’enlisement dans une routine commerciale… Ce serait mal connaître le scénariste, anticapitaliste affirmé et un des auteurs les plus politiques du circuit, qui ne loupe pas une occasion de nous parler de l’actualité sociale et écologique dans ses péripéties grabataires. Ici les aventures guyanaises des anciens nous rappellent le scandale (en cours!!) du projet de « Montagne d’or », énorme projet de mine à ciel ouvert au cœur de la forêt guyanaise et de luttes juridiques entre opposants écologistes, financiers et État français qui ne cesse de botter en touche pour ne pas froisser les investisseurs sans contredire ses engagements écologiques.

Les Vieux Fourneaux tome 6, vacances militantesContrairement aux commentaires trouvés sur les sites et réseaux j’ai retrouvé le même plaisir que précédemment sur ce tome, qui est dans la ligne du précédent et donc plutôt mieux que les premiers, du fait de l’abandon des affaires familiales. On peut depuis quelques volumes avancer en one-shot sans soucis de narration longue et le talent des deux auteurs est toujours présents sans que l’on ressente des ficelles éculées. Les histoires des trois gus permettent facilement de sortir de nouveaux lapins du chapeau, de nouveaux personnages et de nouveaux secrets qui densifient une histoire construite pour aborder le sujet écologique majeur. La série n’a jamais été conçue comme un James Bond et la dénonciation des abus de notre monde a toujours été l’objectif claire de Lupano. Personnellement j’adore ces BD impliquées qui assument de mettre du fonds dans le loisir et les Vieux fourneaux sont en cela toujours une excellente série, avec un humour qui fait encore mouche! Au suivant…

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