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BD en vrac #19: Le moine mort – Ira Dei 4 – Jylland

La BD!

Salut les bdvores! Fournée de BD médiévales aujourd’hui, avec deux dessinateurs très graphiques et une découverte en terre viking.

  • Le moine mort #1 (Morvan-ScieTronc/Glénat) – 2021, 48p., série en cours.

badge numeriqueJe suis de plus en plus difficile avec Jean-David Morvan… comme avec tous les autres très bons scénaristes devenus plus solo-éditeurs que créateurs en perdant de vue le travail de préparation et de sélection de ce qu’est un bon album et en croyant pouvoir être sur tous les fronts. Quand on dit auteur prolifique ce n’est pas toujours en bien. Morvan aligne les projets personnels en mettant le pied à l’étrier à de jeunes auteurs et c’est tout à son honneur. Mais défricher les talents n’exige pas forcément d’aligner les scénarii sur ses épaules au risque de se noyer et de perdre en qualité… Bref, admettre des erreurs chez des primo scénaristes c’est normal quand on chronique un album. Chez un vétéran il n’y a pas d’excuse à proposer une simple introduction, si belles soit elle, sur un album entier au prix où sont aujourd’hui les BD. Surtout, la place et le confort doivent être justifiés par une progression narrative. Ce qui manque clairement à ce premier tome du Moine mort!

Le récit prend la forme désormais classique du narrateur monastique modèle Le Nome de la rose qui témoigne de la croisade fondamentaliste d’une Église imaginaire mais bien inspirée du pire de notre Histoire. Sous des pinceaux réellement inspirés du jeune ScieTronc (qui avait déjà impressionné sur le premier Boris Vian, déjà scénarisé par Morvan), on en restera donc là après 48 pages où l’on ne fait que découvrir l’univers tout en architectures et contre-plongées visiblement inspiré par les dessins du Piranese (qui donne son nom au héros). C’est beau mais c’est maigre. C’est vraiment dommage car graphiquement l’univers mis en place accroche réellement notre intérêt en s’appuyant peut-être sur le design semi-historique de la série Game of Thrones, mais surtout sur un sens du cadrage qui permet de donner un cachet fou à la plupart des cases. Il n’aurait fallu que quelques séquences de plus pour semer l’envie de découverte au lieu de quoi l’effet retombe un peu comme un soufflet en oubliant l’envie. Difficile donc de se prononcer sur une série pas vraiment commencée. Il faudra donc attendre le second tome pour se faire réellement un avis.

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  • Ira Dei #4:  mon nom est Tancred (Brugeas-Toulhoat/Dargaud) – 2021, 54p., 2 cycles parus.

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Alors que le Strategos Maniakès revient sur le terrain les dissensions continuent entre les différents chefs mercenaires alors que le moine revient assisté d’un sicaire dont la cible reste mystérieuse…

Toujours compliqué de rester objectif lorsque j’ai entre les mains un album du duo Brugeas-Toulhoat qui propose toujours un niveau de réalisation très professionnel. C’est tout leur mérite quand on repense à la complexité du contexte et de l’intrigue qui évite toute linéarité. Avec ma formation d’historien j’imagine la difficulté d’appréhension de cette histoire de stratégie médiévale pour un lecteur qui n’aurait pas les références historiques. On peut prendre cela comme de la fantasy 100% imaginaires mais ça reste assez ardu. Reste donc une écriture tout à fait fluide et surtout ces planches explosives que seul Ronan Toulhoat propose parmi les dessinateurs réalistes actuels! En héritier de Lauffray, son plaisir du dessin se transmet dans des découpages toujours originaux, libres, rageurs, dont on ne se lasse pas. La finesse des détails et des décors habillent un encrage sauvage qui ne donne qu’une envie, continuer à savourer ses albums quoi qu’ils traitent! Si la stratégie machiavélique ravira les amateurs, le déroulement de ce tome reste un peu chaotique en ballotant le lecteur qui ne sait pas trop pourquoi on nous présente telle scène et pourquoi tel personnage disparaît soudain. Ce volume manque un peu de continuité, ce qui participe à l’inconfort sans doute recherché. La conclusion anticipée de la série a probablement joué également pour précipiter une fin un peu au milieu du gué qui ne résout vraiment rien. On sort ainsi de ces deux cycles (qu’il vaut mieux voir comme une vraie quadrilogie tant les quatre albums sont liés) vaguement déçu avec l’impression d’avoir participé par une fenêtre à une séquence historique sans début et sans fin. Un peu frustrant même si la qualité de ces albums restent dans le haut du panier en matière de bd médiévale.

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  • Jylland #1: Magnulv le bon (De Roover-Klosin/Anspach) – 2021, 44p., série prévue en 4 tomes.

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bsic journalismMerci aux éditions Anspach pour cette découverte.

Dans un thème très à la mode (appuyé sur des séries TV à succès), Jylland nous propose une nouvelle incursion dans l’univers des vikings, peuple qui ne cesse de fasciner les créateurs. Pour ses débuts en BD le polonais autodidacte Przemyslaw Klosin propose des planches sacrément pro. Si les couleurs n’arrangent pas forcément un dessin classique mais parcouru de visages très caractérisée, l’ensemble ne souffre pas de défauts majeurs dans une technique tout à fait remarquable. Ainsi le personnage principal, un machiavel à tresses, fils d’un roi viking mourant qui a choisi d’adopter la religion catholique et de renoncer aux coutumes du northland, imprime sa marque par une trogne brutale sans être caricaturale.  Si les autres personnages se distinguent surtout par leur coiffure (qui peut du coup prêter à confusion entre deux personnages), on sent un effort d’identification sur les rôles.

L’originalité de ce premier tome est donc le traitement de la christianisation pour ce peuple attaché aux traditions. L’itinéraire de ce second fils revanchard fait se rejoindre la jalousie familiale et le rejet de la nouvelle religion pacifique. Le scénariste lance des pistes intéressantes sur la sédentarisation et le passage de ce peuple de pilleur à un peuple commerçant, qui sera peut-être développé dans la suite de l’histoire. D’une lecture agréable, ce premier Jylland est donc une plutôt bonne surprise qui parvient à nous intéresser dans un océan d’albums sur les navigateurs de drakkars.

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Yojimbot #1: Silence métallique

La BD!

Premier tome de 147 pages d’une série écrite et dessinée par Sylvain Repos. Parution le 29/01/2021 aux éditions Dargaud.

Drone Wolf & Cub

Dans un environnement devenu hostile pour les humains, une communauté de droïdes, partie intégrante d’un parc à thème aujourd’hui en ruines, poursuit inlassablement sa routine malgré la disparition des visiteurs.

Conçus pour être des samouraïs automatisés, les droïdes agitent régulièrement leurs sabres, croisant le fer comme ils le faisaient autrefois pour divertir les clients. Un beau jour, le n°063 découvre un jeune garçon errant dans le parc. Bien vite retrouvé par son père, le jeune Hiro est traqué par une escouade de soldats, acquise à une sombre cause mettant manifestement en jeu le sort de l’Humanité.

D’abord déboussolé par des directives antinomiques, n°63 finit par outrepasser les contradictions de sa programmation et sauve Hiro des cruels soldats, façon bushido.

Malheureusement, ces soldats n’étaient pas les seuls à en vouloir à Hiro, qui est désormais orphelin et a besoin d’assistance, pour laquelle n°63 est en partie programmé… à moins que ?

Débute alors une course-poursuite haletante à travers les ruines du parc, n°63, désormais baptisé Sheru s’étant donné pour mission d’assurer la sécurité du jeune garçon en le remettant aux alliés de feu son père. En chemin, le duo se trouvera d’autres alliés métalliques, et bien sûr, d’autres ennemis acharnés…

Métal muet

Comme évoqué dans nos précédents articles, le thème du duo badass/enfant est largement utilisé en fiction, associant deux figures opposées, l’enfant dépendant du badass pour sa protection, tandis que le badass se découvre ou se redécouvre au contact de l’enfant.

Dans Yojimbot, ce duo prend une coloration particulière, de par la nature mécanique du protecteur. L’ambiance post-apocalyptique est avant-tout reflétée dans l’état de décrépitude du parc, autrefois temple de la consommation, aujourd’hui mausolée abritant les vestiges de la gloriole humaine.

On sent l’attachement du garçon envers son gardien impromptu sincère, tout comme doit l’être celui de l’auteur envers ses personnages. Néanmoins, à première vue, on peut se demander comment des robots, conçus pour le show et le divertissement, peuvent se révéler être des machines aussi létales. Mais comme vous vous en doutez, la règle implicite de coolitude permet de dépasser ce genre d’incongruité, pour un plaisir de lecture débridé.

Si le cœur de l’histoire, à savoir le lien entre Sheru et Hiro, fait mouche, l’univers quant à lui soulève pour le moment beaucoup de questions. Gageons que l’auteur saura révéler ses cartes en temps voulu afin de donner une profondeur bienvenue à ce récit d’action décomplexée dont le titre est bien entendu un hommage au mythique lapin-samouraï Yojimbo.

La partition graphique de Sylvain Repos est impeccable, sa narration éclatée donne de la respiration et du dynamisme à l’album. Ce premier tome interpelle, flatte la rétine et accroche pour la suite !

***·****·BD·Nouveau !

Elecboy #1: Naissance

La BD!

Premier tome de 62 pages d’une série écrite et dessinée par Jaouen Salaün. Parution le 15/01/2021 aux éditions Dargaud.

Apocalypse How

S’il y a bien une chose que l’Homme réussit à tous les coups, en fiction, c’est détruire la Terre. Dans Elecboy, il y est parvenu une fois de plus, ne laissant à ses héritiers qu’une terre stérile, dans laquelle leurs bas instincts auront le loisir de faire loi. Dans un hameau perdu à la frontière du désert, le jeune Joshua survit comme il le peut.

Son père Joseph, responsable d’un petit groupe, a la responsabilité de trouver de l’eau pour la communauté, ce qui est un défi de tous les instants. Mais, même en pleine crise apocalyptique, il semblerait qu’un adolescent reste un adolescent. Joshua, qui entretient avec son père des rapports délétères, est amoureux de Margot, qui appartient au clan des seigneurs locaux, qui imposent à tous un règne de terreur. 

Cet amour impossible est souvent contrarié par Sylvio, le frère de Margot, brute arrogante qui voit en sa sœur bien plus que des liens de sang. La vie de Joshua n’est pas ce que l’on pourrait qualifier de privilégiée, et c’est sans compter sur les mystérieuses créatures qui écument la région, tuant tous les survivants qu’elles croisent. Ces êtres, d’apparence vaguement mécanique, semblent être à la recherche de quelque chose, ou de quelqu’un, sur qui elles ne parviennent pas à mettre la main. 

Jaouen Salaün, remarqué jusque-là pour ses collaborations avec le scénariste Christophe Bec, se lance dans sa première aventure solo, avec cette sage fantastique/SF, dont ce premier album pose les jalons de façon plutôt efficace. L’auteur met en place un univers post-apo où la survie de tous est loin d’être garantie, le tout mâtiné d’une ambiance grandiloquente de tragédie. Ce n’est certainement pas pour rien que les antagonistes, le Clan tyrannique qui impose sa loi à la communauté de survivants, porte majoritairement des noms italiens, rappelant ainsi la dynastie décadente des Borgia. La comparaison ne s’arrête pas là, puisque le patriarche du Clan est une figure mystique proche de celle d’un Pape, tandis que le plus jeune fils nourrit des velléités incestueuses. 

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Post-Apo oblige, Jaouen puise également dans les fondateurs du genre, Mad Max en tête, en utilisant la thématique de l’eau manquante comme moteur pour une partie de son intrigue. Les créatures, dont le design rappelle celui du personnage de l‘Ingénieur dans le comics The Authority, semblent être à la fois divines et mécaniques. J’ai personnellement toujours eu une appétence pour ces thématiques mêlant transcendance et technologie, comme la théorie des anciens astronautes, aussi ce point-là représente-t-il un atout à mon sens. 

A la fin de cet album, le lecteur en saura davantage sur les liens qui unissent les différents protagonistes, les enjeux de leur survie, cependant, le mystère demeure encore quant à cette engeance énigmatique qui semble jouer sa propre survie sur Terre. Gageons que la suite de cette tétralogie saura nous abreuver de ces réponses ! 

Graphiquement, on peut dire que Jaouen a trouvé ici les arcanes de son art, qu’il exprime magnifiquement sur chaque planche, sans fausse note. Le détail des visages et des expressions est saisissant, les décors ne sont pas en reste. On est ici sur une claque visuelle. 

L’avis de Blondin:

Je rejoins Dahaka sur la qualité d’écriture et bien évidemment de dessins de Jaouen qui claquent fort, notamment sur cette séquence d’introduction particulièrement marquante… mais qui garde les promesses un peu trop sous le coude malgré un format assez confortable de soixante pages. Ces incursions SF dans un récit post-apo poussiéreux de Wasteland sont il est vrai rêches et intrigantes mais on sent l’influence (pas forcément pour un bien) de Christophe Bec et sa culture des récits trèèèèèès délayés. Sur un premier tome de mise en place on peut entendre la nécessité de construire des personnages et un univers (sur ce plan c’est fort réussi) mais j’espère sincèrement que l’auteur n’oubliera pas de lâcher le frein dès le prochain volume pour une histoire qui ne semble pas révolutionner la SF mais dont le design et le sérieux de la réalisation sont suffisamment intéressants pour donner envie de poursuivre.

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Le Scorpion #13: Tamose l’égyptien.

La BD!
BD de Stephen Desberg et Luigi Critone
Dargaud (2021), 46p., série en cours

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Cela fait un an que Mejaï a fui en Orient avec l’enfant du Scorpion dans le ventre. Mais personne n’échappe au regard de l’héritier des Trebaldi et c’est à Istanbul puis en Egypte que le chasseur de trésors retrouvera la trace de l’empoisonneuse, mêlée à une obscure affaire liant la Kabale juive et le pharaon hérétique Akénathon…

mediathequeIl est toujours compliqué pour une série best-seller de changer d’équipe créatrice. Alors que l’industrie du comic fonctionne de la sorte depuis toujours, les éditeurs français ont longtemps hésité. Depuis le passage de témoin des grandes séries de Van Hamme le Rubicon est franchi et outre les séries anthologiques de chez Soleil il est désormais « normal » de changer de scénariste ou de dessinateur en cours de route. Pourtant, la position d’Enrico Marini est particulière en ce que son style est à la fois parfaitement reconnaissable et difficilement copiable, considéré comme un des meilleurs dessinateurs du circuit (aurait-on l’idée de reprendre une série de Bilal?) et qu’il est devenu depuis plusieurs années un auteur à part entière dont le rôle sur l’univers et le scénario d’une série comme le Scorpion est loin de se limiter aux dessins. Le choix de continuer cette série avec un autre artiste était donc hautement aventureuse. Je rajoute qu’après plus de dix ans il pouvait être raisonnable de penser à clôturer la série ou du moins de permettre un nouvel arc comme cela avait été tenté sur Thorgal avec Jolan. Après la résolution de l’intrigue Trebaldi, assez brillante de bout en bout, le onzième tome avait incroyablement relancé la série avec un fabuleux personnage du chevalier du trèfle qui permettait d’étendre la conspiration sur une thématique plus fantastique… étrangement les auteurs avaient aussitôt refermé ces possibilités dès le précédent volume (le douzième) pour proposer bien plus qu’une fin ouverte, une simple continuité. Bref, tous les éléments étaient en place pour permettre à Enrico Marini de partir après des années de talentueuses acrobaties pour son Scorpion et on ne peut pas dire que Stephen Desberg ait au final placé un contexte facile pour assurer la transition…

Ce treizième volume commence plutôt bien puisque l’excellent Luigi Critone tient haut la main le pari avec une colorisation directe très élégante bien qu’un peu plus terne que celle de son compatriote. Je n’avais pas beaucoup d’inquiétude sur la partie graphique, ayant pu apprécier la qualité des planches d’un Je François Villon ou du récent succès Aldobrando. Les premières planches reprennent en outre la dynamique particulière du Scorpion avec ses contre-plongées hautement cinématographiques dirigées vers l’action. Le nouveau méchant est très charismatique et l’idée d’introduire la Kabbale et le rabbin hérétique Jacob Frank dans l’univers archéologique et religieux du Scorpion est très bonne!

Pourtant on peine un peu à s’intéresser à cette histoire aux dialogues compliqués et aux quelques ratés de découpage assez surprenants de la part de deux auteurs chevronnés. Si les scénarii de la série ont toujours été assez linéaires sur un fonds complexe, la puissance graphique de Marini et l’action omniprésente équilibraient des intrigues à tiroir et références historiques pointues. C’était la force de cet équilibre qui a permis d’attraper un très large public. Or on a le sentiment ici que la moitié action a disparu avec Marini et que l’on retombe dans une BD historique à la mode Glénat (époque Triangle secret). Ce n’est pas un défaut en soi mais ce n’est pas l’ADN du scorpion, série de cape et d’épée épique et enlevée par une action et un humour léger.

Tamose l’Egyptien convainc donc peu faute d’une dynamique à retrouver. L’intrigue est plutôt bonne et a du potentiel mais si les auteurs veulent conserver le public fidèle jusqu’ici il leur faudra rappeler très rapidement de l’action et des personnages secondaires qui manquent totalement. A voir sur le prochain tome, mais à titre personnel je n’aurais pas la patience sur plus d’un tome supplémentaire dans une prolongation suspecte de mercantilisme par essence…

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Les vieux Fourneaux #6: l’oreille bouchée

La BD!
BD de Wilfried Lupano et Paul Cauuet
Dargaud (2020), série en cours, 54p./album.
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Ça sent le pâté pour l’association Ni yeux ni maître qui est sous la menace d’une expulsion après le décès de Fanfan. Alors que Pierrot rumine comme jamais, Antoine lui rappelle qu’ils embarquent prochainement pour la Guyane sur l’invitation mystérieuse de Mimile, jamais à court de surprises…

Les vieux fourneaux ce sont les papy adorés de tous les lecteurs de BD. Avec des hauts, des bas, et surtout un plaisir jamais perdu de les retrouver, leurs tronches sous les pinceaux très efficaces de Paul Cauuet et surtout la gouaille sans équivalent de Wilfried Lupano. Alors bien sur à l’approche de ce déjà sixième volume l’on sent poindre le risque de l’enlisement dans une routine commerciale… Ce serait mal connaître le scénariste, anticapitaliste affirmé et un des auteurs les plus politiques du circuit, qui ne loupe pas une occasion de nous parler de l’actualité sociale et écologique dans ses péripéties grabataires. Ici les aventures guyanaises des anciens nous rappellent le scandale (en cours!!) du projet de « Montagne d’or », énorme projet de mine à ciel ouvert au cœur de la forêt guyanaise et de luttes juridiques entre opposants écologistes, financiers et État français qui ne cesse de botter en touche pour ne pas froisser les investisseurs sans contredire ses engagements écologiques.

Les Vieux Fourneaux tome 6, vacances militantesContrairement aux commentaires trouvés sur les sites et réseaux j’ai retrouvé le même plaisir que précédemment sur ce tome, qui est dans la ligne du précédent et donc plutôt mieux que les premiers, du fait de l’abandon des affaires familiales. On peut depuis quelques volumes avancer en one-shot sans soucis de narration longue et le talent des deux auteurs est toujours présents sans que l’on ressente des ficelles éculées. Les histoires des trois gus permettent facilement de sortir de nouveaux lapins du chapeau, de nouveaux personnages et de nouveaux secrets qui densifient une histoire construite pour aborder le sujet écologique majeur. La série n’a jamais été conçue comme un James Bond et la dénonciation des abus de notre monde a toujours été l’objectif claire de Lupano. Personnellement j’adore ces BD impliquées qui assument de mettre du fonds dans le loisir et les Vieux fourneaux sont en cela toujours une excellente série, avec un humour qui fait encore mouche! Au suivant…

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Un loup est un loup

BD de Pierre Makyo, Federico Nardo et Antoine Quaresma (coul.)
Glénat (2015), série en 2 volumes, d’après le roman de Michel Folco.
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Racleterre en Rouergue, 1763. La femme du sabotier Clovis Tricotin donne naissance à des quintuplés… En cette époque de croyances et de rumeurs, ce qui s’annonce comme une bénédiction divine va transformer la vie du sabotier en enfer. Entre jalousies, méchancetés gratuites, bonne fortune et abus de pouvoir, c’est une destinée tragi-comique que celle des quintuplés de Racleterre…

Amazon.fr - Un loup est un loup - Tome 02 - Makyo, Nardo, Federico, Folco,  Michel - LivresL’objet de la rubrique de la Trouvaille du vendredi est de dénicher des perles méconnues, oubliées, plus ou moins anciennes et qui méritent d’être redécouvertes. Parfois on passe à côté mais quand on déniche un tel diptyque dont on n’avait absolument jamais entendu parler, avec une telle qualité, quel plaisir!

Adaptée d’une série de romans, cette BD est réalisée par le vétéran de la BD historico-fantastique Makyo et par l’italien Federico Nardo, passé par l’atelier à éclosion d’auteurs de Barbuci et Canepa, Monster Allergy, qui montre encore une fois la puissance de l’école italienne de dessin! D’un encrage parfois un peu épais, la technique du dessinateur est sans faille et montre une application sur les décors assez rare dans la BD d’aujourd’hui et qui participe grandement à la richesse du background historico-social. Que ce soit dans les recoins du château, dans les ruelles du village ou dans les couleurs de la campagne, les planches sont vraiment agréables à regarder et habillées d’une colorisation également remarquable. Dommage que les couvertures, esthétiques en tant que telles mais hautement trompeuses et décalées par rapport au ton de l’histoire ne jouent que partiellement leur rôle. Ne vous fiez pas à ces couvertures qui posent plutôt une intrigue d’aventure historique colorées… alors que l’album est plutôt une variation XVIII° des films des frères Coen!

Tragi-comédie tout le long des deux tomes, Un loup est un loup nous montre dans le premier tome les mésaventures de ce pauvre sabotier bien brave, pas spécialement benêt mais ô combien mal accompagné, puis dans le second le destin de Charlemagne, dernier né des quintuplés et capable de communiquer avec les animaux… Si le fantastique n’est qu’une très légère ficelle scénaristique pour faire de ce pauvre hère un héros, le travail sur la langue, entre patois local et ancien français coloré est tout à fait succulent et offre une Un Loup est un loup T2, bd chez Glénat de Folco, Makyo, Nardo, Quaresmagrande part du plaisir de lecture, dans ce qu’on adore chez un Lupano. La farce n’est jamais loin mais les auteurs ne tombent jamais dans le grotesque car l’histoire est au fond résolument tragique. Que ce soit dans les faces à l’expressivité appuyée ou aux scènes de comique de situation, on rit de la bêtise des contemporains de la fratrie sans jamais savoir où nous mène l’intrigue. En bon historien Makyo nous fait revivre les coutumes locales en nous rappelant combien le peuple fut longtemps bête et méchant, appuyé en cela par un catholicisme « magique » fortement teinté de traditions très païennes. Malgré un sort qui s’accable sur Tricotin, le scénario n’oublie jamais de nous surprendre efficacement, créant du même coup de l’amusement devant l’énormité et l’improbable comme ce duel de sang en ouverture qui ne s’achève pas du tout comme prévu!

Rafraîchissant, intelligent, cultivé, ce diptyque est donc une excellente surprise qui frôle les cinq Calvin en raison d’une fin qui semble attendre une suite et que j’ai cru comprendre liée à la légende de l’enfant sauvage. Un triptyque aurait été tout à fait justifié. Tant pis, on se contentera de ces deux jolis albums très bien écrits qui nous rappellent aussi qu’un format court est le plus pertinent.

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L’homme qui tua Chris Kyle

Le Docu du Week-End
BD de Fabien Nury et Brüno
Dargaud (2020), 162p., one-shot.

Chris Kyle fut le sniper le plus « efficace de l’histoire de l’armée américaine. Véritable « héros américain », sa vie a été racontée au cinéma par un autre héros américain, Clint Eastwood, dans son film American Sniper. En 2013 Kyle est assassiné par un autre vétéran. La légende se retrouva confrontée au réel et l’Amérique obligée de regarder l’envers du beau miroir…

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Fabien Nury aime parler des vilaines histoires, les histoires sans héros qui confrontent ce que l’Histoire laisse comme trace et la chienne de vie que chante le rock punk. Il est un maître pour effacer les vernis créés par les récits mythiques, nationalistes et pour aller titiller l’humanité là où ça fait mal. On peut parler de nihilisme et il est vrai que les lectures de ses albums ne sont pas véritablement des parties de plaisir, comme ce formidable triptyque Katanga dont on ressortait lessivé par tant de vilainie et d’absence d’espoir. Dans sa grande saga Il était une fois en France il parvenait à accrocher à personnage de « héros » même s’il s’agissait d’un anti-héros, bien gris, bien complexe, comme l’est la véritable Histoire.

L'homme qui tua Chris Kyle – SambaBD

Avec son compère Brüno qui l’accompagne depuis dix ans maintenant il a choisi cette fois de dézinguer le mythe américain en nous racontant l’histoire de ce qui s’en rapproche le plus, à la façon d’un documentaire télévisuel. Le style du dessinateur, très figé mais redoutable dans la reprise des cadrages et cinéma (Brüno n’a pas illustré pour rien le volume de la BDthèque des savoirs abordant le Nouvel Hollywood…) renforce cet aspect en évacuant tout réalisme graphique qui pourrait nous détourner du propos. Dans L’homme qui tua Chris Kyle ( titre emprunté bien évidemment au célèbre film de John Ford) les auteurs dressent le portrait réel d’une vraie légende. Quitte à écorner sur les bords le récit de cette vie qui semble valider l’american way of life et le mode de pensée des redneck dans l’Amérique de Trump (l’album ne sort bien évidemment pas cette année pour rien), ils ne remettent pas en question ce que représenta cet homme dont les choix et la réussite semblent valider totalement la mythologie de la vie par la volonté et les valeurs… simples si possible. Le propos est plutôt de gratter le traitement par l’Amérique, ses plateaux de chez Fox news, ses grands éditeurs qui fabriquent les best-sellers alimentant le mythe du héros tué par un lâche et de la veuve courageuse qui défend la mémoire de son mari, de présenter l’évidence brute, documentaire pour ensuite nous donner une interprétation plus complexe de ces évènements. Ainsi ils dressent le parcours du héros, puis de son assassin, vétéran comme lui mais comme son négatif à qui rien n’a réussi alors qu’ils avaient le même parcours… jusqu’à fréquenter le même lycée. Ensuite la veuve qui fructifie sur son mari pour endosser un statut national héroïque et l’argent qui va avec. Enfin le traitement judiciaire expéditif. Tout cela de façon presque clinique, sans commentaire ou presque, laissant le lecteur européen s’amuser tout seul des monstruosité du système médiatique américain que nous adorons détester.

L'homme qui tua Chris Kyle - Lire, Écouter, regarder...

C’est seulement dans l’épilogue que le scénariste sort de sa réserve pour proposer son explication de texte. Non, celui qui a été présenté comme un raté n’est pas devenu assassin tout seul. Le traumatisme qu’il a vécu sur le terrain l’a laissé démuni, baladé entre des hospitalisations sans lendemain et sans réaction de l’administration des vétérans face aux multiples alertes violentes démontrant le besoin de le soigner. Ainsi la victime du système est-elle devenue assassin du mythe lorsqu’elle a du affronter le terrible miroir déformant. Nury nous envoie à la figure cette Amérique de papier glacé qui réussit à quelques uns en laissant tous les autres rêver sans véritable espoir d’en être. La subtilité du traitement de cet ouvrage est très impressionnante. Avec un sujet improbable qui laisse circonspect en ouvrant l’album, il arrive à extraire la substantifique moelle de l’analyse documentaire en mettant en exergue un très grand nombre de sujets touchant à cette Amérique, mais également à des valeurs universelles. S’il est facile de ricaner devant l’adoration des armes à feu, les auteurs respectent tout autant ce héros qui croit dans un idéal des pères fondateurs, des pionniers partageant une nature pléthorique… même si c’est en 4X4. Ou sa femme qui est intimement convaincue que dans un monde où il y aura toujours des méchants, il faut de bons fusils pour sauver leurs victimes. Des raisonnements d’enfants désarmants mais sincères. C’est cela l’Amérique de Trump.

D’un récit simple, cristallin, parlant à l’intelligence de son lecteur (européen), L’homme qui tua Chris Kyle propose ainsi un impressionnant documentaire qui en parlant d’une histoire américaine touche l’universel. En attendant que monsieur Nury lâche ses stylos pour une véritable caméra.

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****·BD

Le Detection Club

La BD!

Histoire complète en 115 pages, écrite et dessinée par Jean Harambat. Parution le 04/10/2019 aux éditions Dargaud.

Sept petits auteurs (et un robot)

Le Detection Club est un cercle d’auteurs ayant fait leur plume grâce aux romans policiers, dont les intrigues tortueuses requièrent un savoir-faire certain afin d’obtenir l’adhésion du lecteur. Ainsi, G.K Chesterton, Agatha Christie, John Dickson Carr, Dorothy L. Sayers, A.E.W Mason, la baronne Emma Orczy et le père Ronald Knox se réunissent régulièrement afin d’échanger leurs astuces, et établir les règles fondamentales du récit policier.

Ils sont un jour conviés par le milliardaire Roderick Ghyll sur son île en Cornouailles, afin de leur livrer la primeur de sa dernière invention: Eric, un automate qui a la faculté de déterminer, grâce à des calculs prédictifs, le coupable de n’importe quel roman policier. Stupéfaits, les auteurs du Club tentent en vain de mettre en échec le robot, jusqu’au soir fatidique où le milliardaire est assassiné.

Dans la plus pure tradition du roman policier tenant à la fois de la mise en abîme, les auteurs du Detection Club vont déployer tout leur savoir faire pour démêler cette singulière intrigue, concurrencés qu’ils sont par Eric le robot

Le crime était presque surfait

Il est vrai que les récits policiers se sont fortement codifiés au fil des décennies, si bien qu’on pourrait considérer que tout a déjà été écrit en ce domaine. Bien souvent, le lecteur ne recherche que le cheminement intellectuel nécessaire à la résolution de l’intrigue, et ce afin d’en anticiper le dénouement avant le protagoniste.

Ici, Jean Harambat s’amuse avec les codes du récit policier, qu’il rappelle lui-même lors de l’exposition à travers la bouche du personnage de Knox, et les malmène un à un pour mener son intrigue parodique au ton décalé.

L’auteur donne à chacun de ses personnages une voix particulière, au travers de laquelle il déploie des trésors d’humour et de répartie typiquement britanniques. On apprécie également les réflexions quant à la modernisation galopante et à aux travers de l’automatisation que suggère la présence d’Eric l’automate.

Comme à l’accoutumée, la résolution pâlit face au mystère tel qu’il était anticipé par le lecteur, mais c’est là le lot de toutes les histoires policières.

 

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Raven #1: Némésis

La BD!

BD de Mathieu Lauffray
Dargaud (2020), 52p., 1/3 volumes parus.

L’ouvrage est comme toujours chez Lauffray doté d’une superbe peinture de couverture et d’un très efficace logo-titre que l’on retrouve en intérieur de couverture. Une courte préface nous indique qu’il s’agit d’une adaptation très libre de Robert E. Howard (le papa de Conan) et comme à son habitude l’auteur de Long John Silver nous annonce la tomaison définitive de sa série, ce qui est toujours appréciable. L’album est sorti en édition Grand Format agrémenté d’un cahier graphique. Personnellement, après hésitation j’ai opté pour la présente édition, la GF ne me semblant pas justifier le prix. En outre il est très probable qu’une édition N&B paraisse d’ici quelques temps.

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Raven porte bien son nom… cet oiseau de mauvais augure, outre d’être français, semble porter une poisse infernale à tous les navires sur lesquels il pose le pied. Fier et indépendant il n’abandonne pas pour autant ses rêves de trésors et de gloire, surtout lorsqu’il tombe par hasard sur une carte bien tangible et la ténébreuse pirate Darksee…

Raven T1 : Némésis (0), bd chez Dargaud de LauffrayToute publication de Mathieu Lauffray est un événement et titille mes rétines, tant son imaginaire graphique est légendaire dans le monde du graphisme et de la BD. Toujours associé à de grands scénaristes et d’une productivité BD assez réduite (huit albums de BD dessinés en intégralité), sa première expérience en solo attire d’autant plus l’attention qu’il retourne avec grand plaisir sur le genre où il a explosé, la piraterie. Outre la gestion du scénario, il continue dans un genre ou il s’était éclaté avec Lupano sur Valérian, l’aventure légère et humoristique.

Nemesis nous emporte ainsi dans les Caraïbes de 1666 où les Nations européennes bataillent avez les navires pirates dans le dédale d’îles qui parsèment ces latitudes ensoleillées et orageuses. L’intrigue, un peu hachée, prends le temps de nous présenter les « exploits » de Raven, avant de lancer sa quête de trésor qui va le voir confronté à la grande réussite de l’album: Lady Darksee. Malgré un nom un peu appuyé, elle éclate tant graphiquement que par ses actes, cruelle et impitoyable… en contraste avec la bouffonnerie du héros éponyme. Car c’est une des faiblesses majeures de cet album que le ton choisi par celui dont les encrages ténébreux et violents hantent une génération de lecteurs. Ce projet est-il comme d’autres avant lui destiné à ses enfants ou simplement a t’il eu envie de changer de registre après une carrière dans l’ombre de Cthulhu? Toujours est-il que tout le monde n’est pas Lupano et que si les facéties de l’album restent sympathiques, elles sont décalées par rapport aux attentes et au style de l’auteur. Dans l’esprit on est ainsi à dix-mille kilomètres d’un Long John Silver et on reluquerait plutot vers du Lanfeust. Tenez le vous pour dit.

Les petites addictions de Cranberries: Raven, tome 1: Némésis ...

Graphiquement il n’y a pas grand chose à redire hormis des personnages logiquement croqués parfois proches du mode Cartoon. Les quelques doubles pages dont Lauffray a le secret claquent toujours autant et donnent des envies de grand large et d’aventure. A noter également une impression d’encrages plus légers, comme une utilisation de craies pour traiter les dégradés, ce qui assouplit le dessin. Personnellement je trouve que cela l’affaiblit mais cela dépend des goûts.

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH949/rav4-dbd22.jpg?1591281298La structure narrative est également un peu chaotique, avec des sauts temporels entre des séquences pas forcément indispensables. L’éternelle difficulté de choisir entre des envies graphiques (la tempête sur le navire du gouverneur, l’abordage du début) et une évolution narrative qui se retrouve du coup un peu étriquée sur un album de format classique. Sans doute un 64 pages aurait-il été plus adapté. Soyons néanmoins beaux joueurs, pour un débutant (dans le scénario), Mathieu Lauffray s’en sort très bien par sa science du cadrage et du découpage. On ne m’ôtera pas de l’idée que les couples dessinateur/scénariste sont (presque) toujours plus efficaces que les solo mais laissons le plaisir de la piraterie prendre le dessus et faisons confiance à l’auteur pour corriger ces quelques problèmes et pour nous donner dès le prochain tome une grande aventure sombre et joyeuse, pleine de cannibales, de pièges et de traîtrise. Je gage que Lady Darksee va allègrement tirer la couverture à elle et devenir la nouvelle Kriss de Valnor

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Léna dans le brasier

BD du mercredi

BD de Pierre Christin et André Juillard
Dargaud (2006-2020), 54 p/album, 3 tomes parus.

Troisième album de ce qui ne devait à l’origine pas être une série, Dans le brasier fait suite à un billet rétro sur les deux premiers volumes parus.

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La Grande conférence doit résoudre le conflit territorial qui déchire la Syrie. Des diplomates de différents pays protagonistes se retrouvent dans le huis clos très confortable d’un hôtel de luxe dont l’organisation logistique est dirigée par Léna Muybridge…

Léna -3- Léna dans le brasierÉtonnante non-série que ce triptyque autour du personnage de Léna, dont le scénariste Pierre Christin, connu pour sa rareté et l’intelligence de ses textes semble développer la biographie progressivement, de façon non préméditée. Nous l’avions connue endeuillée et recherchant un sens à sa vie dans le premier ouvrage qui date déjà de quatorze ans! Puis elle avait été enrôlée comme agent infiltré pour les services de renseignements. Comme un aboutissement après un second volume imparfait, la voici au cœur du Brasier, au cœur des négociations secrètes qui doivent déterminer de la paix alors que personne ne semble franchement désireux de résoudre ce conflit. Le risque de la caricature était grand, Christin y tombe un peu avec ces gros lutteurs post-soviétiques et cet iranien passé maître des coups d’éclat. Mais la série Le Bureau des légendes est passé par là et a redistribué les bases des histoires d’espionnage. Du coup le jeu de chacun deviens subtile et subtilement mis en scène par le trait toujours si élégant d‘André Juillard.

Léna Tome 3. Léna dans le brasier - André Juillard - Livres ...La caractéristique de la série c’est le contemplatif, là où le dessinateur excelle. Ainsi les pensées intérieures dominent les dialogues et l’on suit cette hôtesse de luxe sans vraiment être jusqu’au bout sur qu’elle est un agent infiltré. Au regard des précédents volumes c’est probable, au regard du personnage il n’est pas exclu qu’elle ait entamé une autre vie… Ainsi on navigue dans ce théâtre d’ombres à la suite de Léna, où les problématiques techniques de la résolution du conflit ne seront que survolées pour nous intéresser plutôt aux personnages, à ces profiles qui en disent long des pays et de leur diplomatie. Si le scénario traite partiellement d’une situation fictive (on est quand-même en Syrie), Christin veut tout de même parler du monde d’aujourd’hui. Les marqueurs empruntés à la Guerre froide et au monde décolonisé sont là, nous disant la permanence universelle des motifs de conflit (le plus souvent religieux!) mais nous rappelant immédiatement à l’actualité des pages internationales des journaux.Pierre Christin & André Juillard, Léna – t.03 : « Dans le brasier ...

Léna dans le Brasier n’est pas un thriller géopolitique mais bien un théâtre diplomatique marqué par la modernité des créations récentes sur le sujet. Abordant ce qui le passionne (la géopolitique) avec le style qu’on lui connait, Pierre Christin propose à son compère André Juillard le plus bel album de la trilogie, sans doute le dernier… a moins que les deux hommes ne puissent de séparer de ce fascinant personnage dont le mutisme grandit le mystère intérieur.

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