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Saint-Elme #1-2

La BD!
BD de Serge Lehman et Frederik Peeters
Delcourt (2021), 78p./album., série en cours 2 vol. parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Dans la petite ville lacustre de Saint-Elme règne le clan Sax, puissants industriels qui dirigent l’usine d’eau minérale qui fait vivre la population. Mais pas que… Le détective Franck Sangaré est missionné pour retrouver un fils à papa fugueur avant de découvrir que la pègre qui rode dans les bas-fonds de la ville n’est pas totalement étrangère à la famille Sax. Dans cet endroit hors du temps où les éléments semblent se comporter étrangement un voile obscure recouvre les apparences…

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2021/10/Saint-Elme-2.jpgSans vouloir revenir sur un sujet abordé maintes fois ici on pourra dire qu’avec la nouvelle série de Lehman et Peeters, Delcourt n’a pas misé sur le commercial, avec des couvertures à la ligne graphique certes cohérente, que d’aucune qualifieront de gonflées et que je rapprocherais plutôt du suicidaire. Reconnaissons que l’Homme gribouillé (que je n’ai malheureusement pas encore lu) ne proposait pas non plus de couverture vendeuse ce qui ne lui a pas empêché d’être un carton. Espérons que les seules réputations des deux auteurs suffira à ne pas dissuader les lecteurs.

Car on peut dire qu’en matière de maîtrise graphique comme scénaristique on est dans le top niveau. Si vous parvenez à dépasser la couverture et la colorisation totalement criardes vous voilà plongés Saint-Elme T. 1 : La Vache brûlée - Par Serge Lehman et Frederik (...) -  ActuaBDdans une sorte de Twin peaks dans cette bourgade suissomorphe où la pluie est prévisible à la seconde près, où les grenouilles pleuvent et où les vaches s’enflamment. L’aspect étrange est omniprésent dans cette série qui démarre sans que l’irruption fantastique ne soit déclarée. On parlera plutôt d’une physique parallèle qui participe à une atmosphère opaque, poisseuse et incertaine, comme tout bon polar.

Le personnage du détective Sangaré, caché derrière ses lunettes de soleil vintage, est fort réussi, accompagné d’une madame Dombre qui semble sortie des Contes de la pieuvre. S’ouvrant sur une réunion de truands qui tourne mal, Saint-Elme lance son héros dans cet univers maîtrisé par une famille dysfonctionnelle aux personnages très jouissifs. si l’action est tout à BD] Saint-Elme, tome 1 : la nouvelle claque de Serge Lehman et Frederik  Peeters (Delcourt)fait présente et réussie, c’est bien la galerie d’affreux allant du débile fini à l’homme de main bas du front en passant par le psychopathe de service, qui rendent la lecture très addictive. Comme toute bonne histoire ce sont les interactions qui font la sève d’un récit, a fortiori dans un polar archi-balisé où l’on retrouve tout un tas de marqueurs connus.

Je reviens un moment sur les dessins, bien entendu incroyables de Frederik Peeters. J’ai déjà parlé récemment de sa technique et de son inspiration incroyables malgré son insistance à croquer des sales gueules et une simplification du trait. Si elle instaure bien sur une part de cette ambiance crasseuse type néon glauque de bar underground j’ai trouvé que la colorisation en aplats affadissait des planches pourtant magnifiques. C’est un parti-pris osé que j’estime contre-productif et c’est vraiment dommage.Tumblr media

Hormis cela Saint-Elme est une superbe plongée vaguement surréaliste dans un polar montagnard et provincial qui ne fait pas dans la dentelle (âmes sensibles s’abstenir). Perso j’adore les personnages déglingués. On peut dire qu’ici on en regorge et que les héros vont passer un mauvais quart d’heure…

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Cléopâtre, destinée d’une reine d’Egypte

Le Docu BD

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Manga de Hiroshi Sakamoto, Utako Yikihiro et Chie Sasahara
Kurokawa (2021), 196p., one-shot

L’ouvrage issu de l’éditeur Kadokawa comporte une couverture à rabat (pas de jaquette) et s’ouvre sur seize pages couleur, dont des photos de représentations de Cléopâtre sur des sculptures, peintures ou bas-reliefs, avant l’entame propre du manga. Il se termine par un cahier documentaire de dix-neuf pages avec des focus sur personnages, lieux, évènements en mode magazine jeunesse et des références documentaires ainsi que des notes aux parents, démontrant la démarche très pédagogique). Une édition tout à fait remarquable qui mérite un Calvin!

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

J’avais entamé ma découverte de la collection Kurosavoir avec le manga sur Malthus, où je rappelais les différentes collections de BD et manga documentaires. Les parutions s’accélèrent ces derniers mois puisqu’après une assez longue pause, Kurokawa a publié pas moins de trois volumes (sur Cléopâtre, sur Marie-Antoinette et sur le traité Emile ou De l’éducation de Rousseau), alors que Soleil manga revient également avec trois volumes sur Homère, Dante et James Joyce dans leur collection Classiques. Vous allez donc voir régulièrement passer des ces manga documentaires sur le blog, à mon grand plaisir puisque je m’efforce depuis longtemps de faire vivre la rubrique BD documentaire!

Cléopâtre : Destinée d'une Reine d'Égypte - (Utako Yukihiro / Hiroshi  Sakamoto) - Documentaire-Encyclopédie [BDNET.COM]Et Cléopâtre donc? L’imaginaire collectif est verrouillé sur le film de Mankiewicz et (dans une moindre mesure) sur Asterix, aussi il était temps de revenir à la source historique, sous la forme d’un récit proche du Shojo où l’on suit la jeune fille puis femme tenter de concilier son devoir de reine avec son amour (intéressé?) pour Jules César puis son successeur Marc-Antoine. Contrairement aux deux dernières parutions de la collection sur Descartes et Malthus, nous n’avons pas ici une création de la Team Banmikas, spécialisée dans l’adaptation pédagogique des grandes œuvres en manga. Leur travail est remarquable, mais graphiquement pas fou et souvent un peu austère. La grosse qualité de cette nouvelle sous-collection (les grandes figures de l’histoire) est qu’elle propose un vrai manga avec une trame scénaristique destinée à illustrer des faits historiques. On est donc moins illustratif et le message passe bien mieux notamment chez les plus jeunes qui pourront s’accaparer le personnage de Cléopâtre comme tout autre création dramatique de manga. La base historique n’en est pas moins solide puisque appuyées sur un historien et le travail d’insertion de faits historiques dans la trame est particulièrement fluide.

Cléopâtre, destinée d'une reine d'Egypte - BDfugue.comAvec des dessins classiques mais très qualitatifs, le manga étonne par sa capacité à aborder des thèmes complexes tels que la guerre civile des deux triumvirats romains précédent l’Empire et les impératifs politiques qui faisaient de l’amour une variable très optionnelle dans les mariages antiques. Tout en s’adressant à un public jeune les auteurs abordent les mariages politiques et la jeunesse des époux, tout comme ils rappellent dès l’introduction l’origine de cette dynastie très particulière qui faisait de Cléopâtre plus une grecque qu’une nubienne (dynastie issue des généraux d’Alexandre le Grand qui avait conquis l’Egypte en même temps que la moitié du monde connu…). La dureté des relations familiales avec son père exilé, sa sœur n’hésitant pas à assassiner pour s’approprier le pouvoir et l’envie de protéger le royaume de la tutelle grandissante de Rome (encore République en expansion mais pas encore empire dominateur de toute la Méditerranée) sont aussi clairement abordés, faisant de l’ouvrage un vrai thriller (pour jeunes) aux vertus pédagogiques évidentes.

Réussissant sans simplification abusive à traiter d’une histoire compliquée abordant de nombreuses notions, appuyé sur beaucoup de documentations et très lisible, Cléopâtre réussit formidablement son pari de rester une lecture jeunesse ouvrant l’esprit à une figure complexe de l’Histoire. Un nouveau succès pour la collection, qui doit figurer dans tous les CDI de France!

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Le Lac de Feu

Intégrale des trois tomes de la série écrite par Nathan Fairbairn et dessinée par Matt Smith. Parution de l’intégrale en France le 11/03/2020 aux éditions Paquet, pour un total de 144 pages.

C’était pas ma Croisade !

En l’an 1220, la croisade contre les Cathares fait rage dans le Sud du royaume de France. Cette hérésie ne peut être tolérée par l’Église, qui a envoyé ses épées les plus valeureuses se fracasser contre les boucliers albigeois.

Les épées les plus valeureuses, certes, mais aussi, parfois, les plus inexpérimentées. Ainsi, Thibaut de Champagne, jeune croisé qui a pour ambition de redorer le blason familial en servant Dieu lors de cette sanglante croisade. Fraichement adoubé et accompagné de son ami Hugues, Thibaut se rend au camp de Messire Monfort, persuadé de sa grande destinée et fredonnant déjà les chansons que l’on composera à sa gloire.

Mais c’est avec une mine moribonde que Monfort va les accueillir. Assez peu satisfait de voire débarquer les jeunes paltoquets, Monfort décide de s’en débarrasser subrepticement en les envoyant sur une fausse piste pour les éloigner du front où ils pourraient gêner. Escortés par le chevalier récalcitrant Raymond de Mondragon, la petite équipée chevauche donc de façon guillerette vers le village de Montaillou, où ils espèrent accomplir la volonté du Seigneur.

Mais ce que nos jeune chevaliers ignorent, c’est que les Cathares ne sont pas les créatures les plus dangereuses qui peuplent les campagnes. Quelques nuits auparavant, la région a vu s’écraser un astronef géant, qui est venu se fracasser sur les flancs d’une montagnes des Pyrénées, et qui abritait en son sein une colonie de prédateurs insectoïdes que les habitants du village ont pris pour des démons.

Aliens vs [figure historique en décalage avec la SF]

Placer des aliens dans un contexte géographique ou historique inattendu est un procédé efficace qui permet de créer un intérêt dramatique immédiat. En 2020, The Spider King utilisait la même prémisse pour un résultat fort bien réussi, dans la même veine que Cowboys & Envahisseurs, qui mettait des pionniers du Far West face à des E.T. hostiles.

Le premier album plante idéalement le décor, en nous dépeignant des protagonistes dont l’ineptie au combat nous laisse espérer une marge de progression (entendre: badassification), sans oublier de retracer le contexte historique de la croisade albigeoise. Le reste de la trilogie laisse la part belle à l’action, avec bien entendu des moments consacrés au développement des protagonistes, le tout formant une mécanique bien huilée qui fonctionne tout à fait en intégrale.

Sans que l’auteur ait besoin de l’expliquer, on parvient aisément à recoller les morceaux de l’intrigue et à comprendre les événements liés au crash du vaisseau, ce qui est en soi un plus, même si l’on aurait tout de même aimé un approfondissement de cette partie.

Le design des aliens, qui opte pour l’aspect insectoïde, est somme toute relativement classique, et leur antagonisme ne représente pas un challenge si extrême que cela pour les chevaliers croisés. J’entends par là que les aliens du Lac de Feu ne sont finalement que des bêtes féroces qui pullulent, cela évite à nos héros la problématique de devoir gérer une technologie ou un armement supérieurs. Cela ne nuit cependant pas à la qualité de l’intrigue, qui bascule ainsi aisément en mode survival, plutôt que guerre interstellaire.

Comme dans tous les récits de genre détournés, on apprécie le propos sous-jacent, ici sur la religion, et comment cette dernière alimente depuis toujours les conflits les plus meurtriers de l’histoire de l’Humanité. L’auteur utilise donc le personnage de l’Inquisiteur pour appuyer son propos, et montrer les ravages de l’extrémisme.

Sur la partie graphique, le dessin de Matt Smith, que nous avions croisé grâce au très bon Folklords l’an passé, est toujours solide et régulier tout au long des trois albums de l’intégrale, hissant ainsi la qualité de ce Lac de Feu.

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Mezkal

La BD!
BD de Steve D et Jef
Soleil (2022), 184p., one shot

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bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Vananka a ce qu’on peut appeler une vie de merde… Sang mêlé d’une Amérique mal en point, son père l’ayant abandonné voilà que sa pauvre mère calanche en lui laissant une vie de dettes sur les épaules. Il part alors sur les routes poussiéreuses du Mexique, sans but autre que de survivre. Jusqu’à ce qu’il rencontre la magnifique Leila, avec qui la vie semble vouloir prendre une tournure magnifique! Enfin, c’est sans compter sur les cartels sanglants, les flics véreux et cette chienne de vie qui ne semble pas vouloir le laisser tranquille…

Mezkal - LeVif/L'Express sur PC - FocusVifJef a passé pas mal de temps sur les routes d’Amérique en compagnie du mythique Walter Hill et du scénariste chevronné Matz. C’est peu de dire que de la bouteille il en a, des cadrages ciné il en a fait son ADN et que le pays de l’Oncle Sam il l’a dans le sang. Quand l’an dernier Glénat nous offrait le complètement dingue diptyque Gun crazy (sorti coup sur coup grâce aux reports Covid, pour une fois qu’on peut remercier ce sale virus!) on n’attendait pas un retour si rapide au pays des guns et des timbrés. Enfin je parle des Etats-Unis, je devrais plutôt dire « désert centre-américain » puisque techniquement Mezkal passe le Rio Grande et place ce road movie initiatique dans cette vaste étendue sans frontière, sans loi et sans limites qui départage Mexique et sud des Etats-Unis.

L’esprit timbré de Gun Crazy reste présent chez le dessinateur mais accompagné d’un scénariste inconnu au bataillon Jef ambitionne quelque chose de plus poussé, plus réflexif, plus profond. Car si la précédente création était un délire sous acide en pure divertissement (et quelques très « subtiles » attaques contre l’Amérique de Trump…), ici on est plutôt dans le western moderne ou le très touchant Vananka ère entre les timbrés de la police, les timbrés des cartels et globalement une race humaine qui ne mérite pas grand chose. Mais lui est en quête d’identité et de but, bien plus que de bonheur. La fuite du père le laisse vide à l’intérieur et ce n’est pas le rêve d’amour qui comblera longtemps ce trou dans le cœur.

Chez Jef ça saigne et l’action est cash avec de fréquentes saillies délirantes qui déforment ses personnages en mode Toon. Ca fait bizarre la première fois mais on s’y fait! C’est surtout terriblement efficace pour exprimer rapidement et simplement un état d’esprit ou une émotion. Côté graphique c’est plus calme que précédemment même si les eyefish et perspectives perturbées viennent environner une galerie humaine vaguement monstrueuse qui semble piochée chez David Lynch autant que chez les frères Cohen. L’album est très généreux avec son format large, et l’auteur est à l’aise dans ce film sur papier qui sait utiliser l’espace pour évoquer une guitare de blues et un vent de sable.

Ce qui démarque cet album et lui donne une âme comparativement aux délires à la Ramirez ou Valhalla ce sont des personnages que l’on a envie de voir réussir, eux qui semblent soumis à l’acharnement du sort et des salauds de tout poil qui peuplent cette terre. La mise en place douce de l’itinéraire de ce jeune demi-sang est très réussie en dressant une certaine mélancolie qui parcourt tout l’album (entre deux pétarades de moteur et de mitrailleuse). L’aspect mystique n’est pas forcé, et amené par le vieillard et le jeune frère aveugle, indiens bien sur, qui reviennent épisodiquement aider ou sauver Vananka dans son road trip. Et si l’esthétique de ces visions est toujours très plaisante, comme souvent la conclusion laisse un peu interrogatif. Difficile de conclure hors happy end un objet qui vise autant l’introspection que le délire cinoche. Chacun se fera son idée mais jusqu’à ces dernières pages Mezkal nous emporte avec très grand plaisir dans le sillage de ce voyageur solitaire, ce demi-mariachi qui mérite tant de retrouver son âme. Un des premiers chocs de cette nouvelle année.

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Leviathan #1

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Manga de Shiro Kuroi
Ki-oon (2022), 172p., 1/3 volumes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance!

Un équipage de pilleurs d’épaves flotte dans le vide spatial, le gigantesque navire Leviathan, éventré, à sa merci. Dans le vaisseau vide ils découvrent un carnet de bord tenu par un collégien parti en voyage scolaire à bord du vaisseau. A mesure de leur progression dans les entrailles du Léviathan ils découvrent qu’une macabre danse s’est formée parmi les survivants du naufrage et que leur équipée de routine risque bien de s’avérer plus dangereuse que prévu…

📚 Rémi 📚 on Twitter: "Shiro Kuroi (@Kuroi_Siro) va publier "Léviathan"  chez @ki_oon_Editions en 2021. Une aventure qu'il a commencée en amateur en  vendant des fascicules comprenant les premières pages au Comitia.Continuant sa très ambitieuse politique d’édition de mangas originaux sous sa bannière (après Tsugumi project ou Roji! par exemple), Ki-oon a annoncé tôt l’année dernière ce manga prépublié dans son magazine et dont les premiers aperçus ont impressionné la mangasphère. Ce premier tome comprend quatre chapitres (dont quatre pages couleur en introduction) et un court cahier bonus final en forme de dramatis personae.

Premier album publié de l’auteur, Leviathan impressionne par sa forme graphique. Influencé par Otomo et Miyazaki, Shiro Kuroi travaille dans un style très européen (voir italien) fait de hachures enchevêtrées avec des trames tout à fait adaptées et invisibles dans son dessin. Dès l’image de jaquette on est attiré par cette jeune fille au regard énigmatique et un élément technologique derrière elle qui nous renvoie immédiatement à l’univers mental de HR Giger, le papa d’Alien. Si les décors du vaisseau, en forme de huis-clos) restent relativement plats, ce sont les gros plans et costumes qui impressionnent de précision et de matière. Encore soumis à quelques imprécisions techniques, le mangaka déroule une intrigue simple mais diablement bien construite avec pour ambition de créer une tension de thriller entre le Battle Royal et les dix petits nègres. Assez vite on comprend en effet que la survie des naufragés repose sur un secret dont la connaissance va entraîner la mort dans son sillage…

Léviathan #1 | BoDoï, explorateur de bandes dessinées - Infos BD, comics,  mangasSur une trame très proche du très bon Astra, Leviathan s’en détache par l’aspect huis-clos qui change résolument l’approche et l’ambiance délétère. Si l’on a bien l’idée d’un groupe d’adolescents terrifiés, l’arrivée de morts violentes pose l’atmosphère recherchée par l’auteur: un danger de tous les instants, une bataille à mort, des relations psychologiques manipulatoires malsaines.

Je m’attendais à lire un manga d’exploration spatiale et il s’avère que (pour le moment) l’équipage de pilleurs n’est que le témoin du récit, le scénario alternant régulièrement entre les deux trames temporelles. A mesure que la population du journal de bord va se réduire on peut imaginer que la première intrigue va inversement grossir. Il reste que malgré de très légers défauts que l’on pardonnera bien volontiers à une première œuvre, Leviathan nous happe de bout en bout dans son fiel inquiétant et impressionne par sa maîtrise générale qui n’a rien à envier à des auteurs chevronnés. L’éditeur a bien compris le potentiel de cette série et a lancé une grosse com’ justifiée. Un auteur à suivre et une nouveauté tout à fait enthousiasmante que je vous invite à entamer sans délai!

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Manga en vrac #24: Dragonball Super #15 – Shangri-la Frontier #2 – Alma #4 – Centaures #6 – Fullmetal Alchemist (perfect) #9

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Attention très grosse fournée manga aujourd’hui pour rattraper un retard important pris en fin d’année! Des séries en cours avec quelques déceptions et de surprenants anciens qui font de la résistance…

  • Dragonball Super #15 (Toriyama-Toyotaro/Glénat) – 2021, 192p., 15/17 volumes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

dragon_ball_super_15_glenatDécidément quelle capacité de rebondissement chez maître Toriyama! Alors que le précédent tome paraissait mener vers un ultime essoufflement, ce quinzième remets avec malice une pièce dans la machine… La fin du combat contre Moro d’abord, qui arrive, chose incroyable, à proposer de l’originalité (vous aurez du mal à me croire je sais…) avec encore de très bonnes idées qui, insérées entre les poncifs, maintiennent le plaisir de lecture et le suspens des combats. Puis l’on bascule soudain sur un tout autre arc. Ces ruptures brutales font toujours bizarre mais en changeant radicalement le contexte, les personnages et le style dans un braquage spatial digne des meilleurs films d’action, l’auteur nous accroche immédiatement. On apprendra plus tard que ce nouvel arc est le premier de la série SUPER à être totalement décroché des animés et c’est plutôt bon signe tant certains volumes ont paru forcés par un cadre contraint. On va donc retrouver les Sayan (oui-oui, il, semble en rester) et un adversaire du passé convoqué de manière cohérente à notre plus grand plaisir. Une fraicheur qui pousse jusqu’à quatre Calvin, une sacrée perf pour une série aussi éculée!

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  • Shangri-la Frontier #2 (Katarina-Fuji/Glénat) – 2021, 192p., 2/6 volumes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

shangri-la_frontier_2_glenatTrès sceptique sur tout manga se réclament du genre Isekai j’avais été obligé de reconnaître la pertinence du choix de Glénat de publier ce qui est calibré comme un blockbuster.

Je ne vais pas m’attarder sur le scénario (on reste intégralement à l’intérieur du jeu pendant ce volume) mais insisterais sur la grande qualité de dessins d’une lisibilité remarquable que ce soit dans les incessantes séquences de baston que dans la présentation des personnages, lieux, et tout ce qui fait ce jeu de rôle massivement multijoueur. La richesse du système et de l’univers donne vraiment le sentiment de lire un guide illustré d’un jeu existant réellement. On se demande d’ailleurs si les auteurs n’ont pas produit cette série dans le seul but d’être recrutés par un studio de jeux vidéo majeur! Hormis les allergiques à la logique du gaming (qu’on peut résumer par: découvrir, optimiser, combattre, discuter), tout le monde se prendra au jeu d’une série qui confirme sa grande proximité avec le franco-belge Bolchoi Arena (avec la part dramatique en moins). Ce second opus confirme donc totalement la bonne réception du premier et déroule sans forcer, avec plaisir, sans réfléchir. Du très bon manga détente dont j’attend la suite.

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  • Alma #4 (Mito/Panini) – 2021, 208p., 4/4 volumes parus.

alma-4-paniniLe volume se compose donc de la conclusion de la série plus neuf pages d’illustrations bonus, une Bible d’univers de trente pages, d’une post-face sur la genèse et de l’histoire courte qui a donné naissance à la série.

Très bien commencé, un peu empêtré en son milieu, Alma se conclut un peu piteusement avec un final centré sur Trice et sa rencontre avec Ray, en forme de flashback. Doté de références patchwork, peinant à donner une ligne claire et se perdant par moment dans des réflexions compliquées, Alma est le type de première œuvre très ambitieuse mais dont l’auteur n’aura pas maîtrisé tout le potentiel. Ce final n’est pas inintéressant mais une fois les révélations majeures sorties dans le volume précédent on se perd un peu dans des prolongations qui semblent superflues et un message type des manga pour ado et leur message de vie… Dommage, certains design étaient vraiment élégants et quelques idées sur la post-humanités inspirées. On attendra donc la prochaine série de l’auteur qui aura sans doute muri et son trait et son propos.

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  • Centaures #6 (Sumiyoshi/Glénat) – 2021, 192p., 6/6 volumes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

centaures_6Même constat que sur le cinquième tome (qui ouvrait le dernier cycle de la jeunesse) et sur Ashidaka: l’autrice bourrée de talent a bien du mal à mener de front autant de projets et sa grande technique ne suffit pas à habiller des pages résolument vides et à l’apparence de crobars (certes très élégants mais vraiment rapides). En outre ce volume est scindé en son milieu entre la fin de l’histoire de Matsukasze (nous expliquant comment le jeune centaure un peu benêt est devenu le démon rouge qui terrorise les humains) et celle de Kohibari. Frustrant car on arrive un peu tard sur ce personnage qui ne nous apprend guère plus que le premier cycle sur son origine. Ce volume semble avoir été réalisé sur la forme d’historiettes prolongeant les précédents, avec ici pour objet de reboucler avec des premières pages de la série certes percutantes mais un peu abruptes. On lui saura donc gré de rendre plus intelligible le premier tome (avec nécessité de le relire donc!) mais il faudra vraiment qu’avec la fin de cette série l’autrice se recentre et prenne le temps de finaliser ses albums. Son talent l’exige!

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  • Fullmetal Alchemist (Perfect edition) #9 (Arakawa/Glénat) – 2021, 308p., 9/18 volumes parus.

bsic journalism

Merci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

fullmetal_alchemist_perfect_9_kurokawaCoup de coeur! (1)Last but not least, vous avez sous les yeux braves gens pas moins que le meilleur tome de FMA depuis le commencement (jusqu’ici en tout cas)! Dans une lente progression, la saga de Arakawa est passée tranquilou-bilou de trois à quatre Calvin avant d’aboutir à ce coup de cœur de noirceur qui exploite l’action incessante et les cliffhangers éhontés (mais tellement savoureux) pour nous laisser en apnée sur des révélations majeures. A la moitié de la série il fallait bien cela! On dira que tout le dramatis personae est en place et que la grande bataille peut commencer, avec des héros multiples et dans de beaux draps. Maîtrisant comme personne la nécessité de produire de magnifiques méchants, l’autrice nous envoie Ed dans un combat rageur contre Glutony avant de le confronter à nouveau avec la Porte. Le roller-Coster émotionnel est à son comble et si certains volumes ont parfois trainé en explications politiques, il ne faut ici pas moins des trois-cent pages pour avancer ce tome bourré d’action. Il est très rare que je mette une telle note à un shonen et l’édition décidément superbe apporte en outre des informations très intéressantes sur les personnages dans les croquis inclus sur la reliure.

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Avengers #5: Le défi des Ghost Riders

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Cinquième tome de la série, qui comprend les épisodes 22 à 25. Jason Aaron à l’écriture et Stefano Caselli au dessin. Parution le 10/11/2021 aux éditions Panini Comics.

Highway to Hell

Dans le premier tome des Avengers par Jason Aaron, nous assistions aux débuts du jeune Robbie Reyes dans l’équipe. Le jeune américano-hispanique est depuis peu le détenteur des pouvoirs du Ghost Rider, une lignée de motards fantômes crachant le feu de l’Enfer et dédiés à la vengeance. Chaque Rider doit avoir sa monture, et celle de Robbie est quelque peu singulière, puisque c’est une voiture démoniaque qui semble avoir une personnalité propre, comme on a pu le voir à quelques reprises durant les précédentes aventures du groupe.

Depuis un moment déjà, Robbie sent que quelque chose cloche avec ses pouvoirs de Rider. Contrôlé par le roi des vampires dans le tome 3, il est depuis en grande remise en question et se persuade qu’il n’est pas digne de rester dans l’équipe des plus grands héros de la Terre. Notre Ghost Rider débutant va malheureusement se retrouver confronté aux dérangeantes vérités qui se cachent derrière son crâne enflammé et sa voiture démoniaque.

Bien entendu, lorsqu’un Avenger est en difficulté, il peut compter sur le soutien de ses frères et sœurs d’arme, qui vont le suivre jusqu’en Enfer… littéralement.

En effet, Robbie Reyes est convoqué au royaume des damnés, dirigé par un ancien Ghost Rider, le bien nommé Johnny Blaze. Le Roi de l’Enfer provoque Robbie en duel, une course avec en jeu ses pouvoirs de Rider. Si Blaze l’emporte, il cumulera ses pouvoirs avec ceux de Reyes et sera ainsi capable de régner entièrement sur les légions des damnés. Et si les desseins de Blaze étaient initialement vertueux, on peut être quasiment certains que la charge du Trône Infernal l’aura corrompu jusqu’à l’os.

Après un quatrième tome assez dispensable, Jason Aaron revient à ses moutons et met en lumière un des personnages les plus prometteurs de sa nouvelle mouture des Avengers. Robbie Reyes, héros réticent, subissant un pouvoir qui confine davantage à la malédiction et dont il commençait progressivement à tester les limites. On découvre donc à l’occasion de ce défi des Ghost Riders les différentes facettes du pouvoir de Robbie.

Jason Aaron s’amuse clairement comme un petit fou avec cette série. Dans chaque nouvel arc, il implémente de nouvelles idées originales, et ce Défi ne fait pas exception, avec moult incarnations de Riders, une course folle en Enfer et des drakkars customisés. En parallèle, l’intrigue liée aux Avengers préhistoriques avance de façon significative, sans que l’on sache encore clairement de quoi il retourne et ce qui lie les deux époques.

En résumé, ce cinquième volume relance la série avec un cocktail d’action et d’intrigue, comme Jason Aaron nous y a habitué.

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Manga en vrac #23: Eden #5 – Ashidaka #3

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  • Ashidaka #3 (Sumiyoshi/Glénat) – 2021, 192p., série en cours 3/4 tomes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

ashidaka_3-glenatOn enclenche la troisième pour cette série que l’autrice aligne en même temps que sa grosse série Centaures. On avait laissé Ashidaka sur un très gros cliffhanger contre un adversaire au design impressionnant. Dans ce volume très orienté action et qui laisse très peu de place au développement d’un scénario on retrouve les mêmes marqueurs fortement shonen et les mêmes limites, à savoir une lisibilité souvent très moyenne dans l’action et des arrières-plans totalement dépouillés. La perte des textures et environnement forestier foisonnant de Centaures donne des planches où la virtuosité technique réelle de l’autrice ne compense pas une rapidité de réalisation qui risque de faire tiquer. Le déroulé alterne donc entre des apparitions de nouveaux personnages qui à la manière d’un jeu vidéo, ponctuent la progression, où la volonté hors norme et la bonté fondamentale du héros fait face à un nihilisme conflictuel de ses antagonistes. Le personnage en prend plein la poire face à des méchants vraiment très forts et plutôt bien caractérisés. C’est très simple, un peu court et les quelques très beaux dessins de personnages, le design techno-organique franchement intéressant dans ses possibilités et le groupe de guerriers plutôt réussis suffisent à peine à justifier de continuer une série qui doit passer la vitesse supérieur assez vite pour ne pas lasser.

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  • Eden, it’s an endless world #5 (Endo/Panini) – 2021, 5/9 volumes parus.

eden_perfect_edition_5_paniniChoc annoncé, le cinquième Perfect d’Eden nous balance d’entrée de jeu dans une prise d’otage qui confirme la grosse avancée dans la connaissance du background géopolitique. Il faut dire qu’on est déjà à la moitié de la série et on appuierait presque sur les freins tellement la perspective de se rapprocher de la conclusion… On connaît désormais la méthode scénaristique d’Hiroki Endo qui nous fait sauter sans coup férir d’un personnage à un autre, sur des ellipses de plusieurs mois voir années, voir sur la disparition brutale régulière d’un personnage. C’est diablement efficace et l’intelligence de l’auteur qui n’est plus à démontrer (il suffit de lire ses réflexions en fin de volume) rend chaque dialogue, chaque sujet abordé, passionnant. Les séquences d’action sont absolument énormes, les thèmes SF très réalistes et l’envie de proposer une anticipation quasiment documentaire  permanente. On sent la documentation importante de l’auteur qui apporte un sérieux mais sait aussi proposer de l’humour avec ce nouveau personnage de flic que l’on a très envie de suivre. La qualité des personnages d’Eden fait qu’il est quasi impossible de savoir si untel sera un personnage secondaire, deviendra central, ou disparaîtra subitement. Eden est une immense série, de celles qui rendent l’attente très très longue…

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****·East & West·Jeunesse·Rapidos

La Cité sans nom #1: Menace sur l’empire Dao

Premier tome de 226 pages, écrit et dessiné par Faith Erin Hicks. Parution en France le 26/04/2017 aux éditions Rue de Sèvres.

Ma cité va couaquer

Le jeune Kaidu débarque dans la Cité aux mille noms, ou plutôt la Cité sans nom, baptisée ainsi en raison des nombreuses conquêtes dont elle a fait l’objet au cours des siècles. En effet, chaque conquérant a eu pour usage de lui donner son propre nom, si bien que la Cité et ses habitants ont fini par en oublier la dénomination originelle.

Kaidu fait partie du peuple Dao, régisseur actuel de la Cité. Empire autoritaire et martial, qui impose par la force sa vision d’un monde « cosmopolite », les Dao ne sont guère appréciés par les différentes peuplades qui composent la Cité. Kai y vient pour compléter son entraînement, mais aussi pour faire la connaissance de son père, qui vit dans la Cité depuis des années et espère trouver un équilibre entre Daos et habitants de la Cité.

Très vite, Kai se fait des ennemis parmi ses camarades de régiment, peu enclins à accepter dans leurs rangs ce jeune garçon doux et rêveur, qui n’a que faire des duels à l’épée et des Mawashi-geri. En explorant la ville, Kai fait la connaissance de Rate, une autochtone orpheline qui survit comme elle peut dans les rues. A la fois surpris et fasciné par l’agilité de la jeune fille, qui vole littéralement de toit en toit, Kai demande à Rate de l’initier à l’art du déplacement, en échange des victuailles dont elle manque cruellement. C’est le début d’une amitié qui aura des répercussions sur l’avenir même de la Cité.

Faith Erin Hicks est une artiste complète , qui a débuté sa carrière grâce aux webcomics, avant de réaliser des travaux chez Marvel et DC. Avec la Cité Sans Nom, elle renoue avec ses première amours en livrant un récit débridé dans un univers mêlant diverses architectures extrêmes orientales. Notre duo de protagonistes, Kai et Rate, fonctionnent sur la mécanique habituelle des « ennemis jurés », qui sont initialement défiants l’un envers l’autre pour ensuite apprendre à se découvrir et enfin apprécier leurs différences et devenir inséparables.

Cela n’a certes rien de surprenant mais conserve le mérite d’être efficace. Tout en introduisant peu à peu un contexte politique tendu et réaliste (une cité que se disputent plusieurs civilisations au cours des siècles, avec une dynamique oppresseurs/opprimés, ça ne rappelle rien à personne ?), l’auteur noue en parallèle sa relation amicale entre Kai et Rate, pour ensuite faire converger ces deux lignes narratives lors du troisième acte, montrant ainsi une maîtrise des codes narratifs et du storytelling.

Comme une majorité des dessinateurs issus du monde de l’animation, Faith Erin Hicks porte beaucoup d’attention au design des personnages ainsi qu’à leurs expressions. Les décors, pourtant grandioses, paraissent parfois un cran en dessous, alors que la Cité est en elle-même une part intégrante de l’histoire. Ceci est heureusement rattrapé par une magnifique mise en couleurs (signée Jordie Bellaire). Ce premier tome d’une trilogie est un excellent point d’entrée pour les amateurs d’univers asiatiques et les histoires traitant de tolérance en temps de guerre, d’amitiés et de passage à l’âge adulte.

****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Gannibal #5-6

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Manga de Ninomiya Masaaki
Meian (2021) , 192p./volume, volume 7/13.

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Merci aux éditions Meian pour leur confiance!

Laissé au cœur du domaine Goto et en très mauvaise posture, Daigo est sauvé in extrémis et découvre que la police départementale est beaucoup plus impliquée qu’il ne l’avait cru dans l’affaire Goto. Bien décidé à aller au bout de sa démarche pour sauver les enfants, il se lance dans le plongée dans l’antre de ces supposés cannibales alors que nous sont révélées les racines familiales…

gannibal_6_meianOn continue l’odyssée en apnée permanente dans ce thriller toujours impressionnant d’efficacité dans son montage désormais connu mais si percutant. Le fait de savoir que la série est désormais achevée et que l’on est déjà à la moitié permet d’accepter ces aller-retour sur la structure des séries TV où l’on croit à chaque album arriver au dénouement ultime avant qu’un twist ne nous renvoie à nos pénates pour savoir ce que font vraiment les GOTO dans leur domaine et si le héros va enfin parvenir à stopper ces horreurs…

Le volume cinq approfondit pas mal la source du Mal en nous révélant des informations sur la mère de l’enfant au visage dévoré (l’informateur majeur des précédents tomes), mais aussi sur Keisuke qui se confirme comme un élément perturbateur dans le code familial du clan. En élargissant le contexte à la police départementale on monde d’un cran dans l’échelle de l’intrigue mais l’on perd aussi la peur de la cellule familiale isolée au milieu des fous, qui fonctionnait à merveille au début. Ce n’est pas grave car si Daigo se retrouve un peu en retrait, ces volumes paraissent comme une densification tant attendue autour de la figure démoniaque de Gin Goto, la vieille peau à l’influence de gourou qui régissait aux destinée du clan.

Ainsi le volume six voir une nouvelle confrontation avec Lui… bien évidemment aussitôt aperçu, aussitôt disparu. Ninomiya Masaaki contrôle toujours précisément ses révélations et ses secrets enchevêtrés. Maintenant que le rôle de Gin et de Keisuke sont dévoilés et que les tensions inhérentes au clan apparaissent, on garde le gros morceau pour la fin, bien dérangeant et bien flippant bien sur… Certains relèveront l’abus de ce montage en saccades. Pourtant cela devient familier et l’on n’attend plus vraiment de longues séquences explicatives, habitués à des surgissements d’un autre temps, d’un autre lieu. En revanche on attend le retour du héros et l’on n’ose frémir en croyant difficilement que sa petite famille soit définitivement à l’abri de la menace. Un sentiment de paranoïa tout à fait approprié et signe que l’on est résolument pris dans les filets d’un auteur en pleine forme!