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Jusqu’à Raqqa – Un combattant français avec les Kurdes contre Daesh.

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BD de André Hébert et Nicolas Otero

Delcourt (2023), 120p., one-shot.

Celui qui se fait appeler André Hébert quitte la France en 2017 pour le Kurdistan Syrien (ce qu’on appelle le Rojava) afin de rejoindre les brigades internationales, assistant les combattants kurdes dans leur lutte contre la terreur du « Califat ». Là-bas il découvre une utopie politique qui dépasse de loin la seule défense de la liberté face à la barbarie djihadiste…

Serie Jusqu'à Raqqa : Un Combattant Français avec les Kurdes contre Daech  [BULLES EN VRAC, une librairie du réseau Canal BD]Impliqué depuis sa première série sur des sujets très politiques, Nicolas Otero s’est résolument orienté vers la BD documentaire depuis 2018 et son formidable Morts par la France. L’an dernier il proposait une enquête au scalpel sur l’itinéraire des tueurs du 13 novembre 2015 en évoluant son dessin vers une technique de photos retouchées. Il adapte cette fois le livre autobiographique d’André Hébert (c’est un pseudonyme) dans un style hybride entre le dessin et la retouche hyper-réaliste. Alors que ce type de dessins brouillent les pistes entre la réalité et la fiction au risque d’un effet figé constaté dans les albums hyper-réalistes, Otero réussit le pari de proposer un véritable album de BD dans une synthèse remarquable entre le reportage et le récit graphique.

De la libération sanglante de Raqqa on en a eu des échos pendant quelques jours dans les médias, à une époque lointaine ou la menace djihadiste qui pesait sur notre civilisation poussait l’européen à s’intéresser à l’abominable guerre civile qui se déroule toujours en Syrie. On a déjà tracé des parallèles entre la Guerre d’Espagne comme répétition générale à la Seconde guerre mondiale et ce conflit moyen-oriental qui regroupe les marqueurs communs: une puissance russe utilisant ce conflit comme terrain de jeu avec comme perspective le conflit ukrainien actuel, un cynisme occidental qui regarde mourir les combattants de la liberté à ses portes, un afflux de combattants internationaux venus défendre une idée de la liberté et de la démocratie sur cette terre aride… C’est dans cette optique que Hébert, élevé dans une culture marxiste, décide de quitter ses proches un beau jour pour se rendre au Rojava. Sur deux séjours entrecoupés d’une arrestation et d’une surveillance renforcée de la part des services de Renseignement français qui voient d’un mauvais œil ces profiles de loups solitaires qui peuvent aussi bien être de vrais démocrates comme des djihadistes infiltrés, il devient un soldat d’une zone de guerre civile, vivant la dureté de la vie de bivouac, la faim, la peur, l’adrénaline des combats… mais surtout la fraternité.

https://www.bdgest.com/prepages/Planches/3664_P10.jpg?v=1671316810Car c’est la principale qualité de cette BD que de nous rappeler que loin du formatage médiatique autour d’un monde monolithique sur une vision très américaine existe une multitude expériences entre-deux qui donnent des leçons à notre modèle de République laïque universaliste. Le problème Kurde est ancien et pour une fois pas complètement la faute du partage des Empires après la première guerre mondiale. Si certains territoires disputés par des nationalismes peuvent prêter à discussion, l’intégrité ethnique, religieuse, politique et même géographique du Kurdistan justifie entièrement l’existence d’une Nation, que le délitement irakien et syrien auraient pu officialiser. Malheureusement le soutien russe à la guerre civile syrienne mais surtout indéfectible soutien américain au terrible pouvoir turc qui n’a jamais accepté l’existence d’un autre peuple sur une partie de son territoire obère l’existence de cet Etat. Et pas seulement pour des raisons religieuses.

Car on l’oublie mais l’entité kurde est historiquement acquise à des valeurs rarement hissées si haut hors d’Occident: l’égalité hommes-femmes, la démocratie directe, la laïcité… C’est cela qui bouleverse Hébert lors de ses séjours et renforce l’injustice d’un Etat français dont la realpolitik préserve les alliances diplomatiques au risque de sacrifier un (rare) allié de valeurs évident au Moyen-Orient. Avec le positionnement stratégique majeur, il est même étonnant que ce Kurdistan ne soit pas plus courtisé par les grandes puissances.

A la fois récit d’une époque courte mais majeure, chronique personnelle et tableau de terrain d’une guerre sale comme toutes les autres, Jusqu’à Raqqa est passionnant de bout en bout et donne envie de se documenter plus avant sur ces années de bouleversements majeurs au Moyen-Orient et sur l’histoire d’un peuple si loin et si proche.

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Special Ki-oon: Alpi #7 – Clevatess #3 – Tsugumi #5

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Salut les mangavores! (encore) un gros retard côté manga qui me permet de proposer aujourd’hui un billet spécial Ki-oon, un de mes éditeurs préférés qui ne sort pas que des cartons (le récent Lost Lad London m’a franchement laissé sur ma faim) mais dont la stratégie du peu mais bien leur permet autant de dénicher des pépites que tout simplement lancer des manga originaux qui confirment le statut de troisième marché au monde pour l’édition française de manga.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

  • Alpi the soul Sender #7 (Rona/Ki-oon) – 2022 (2019), 208p., série finie en 7 volumes.

alpi_the_soul_sender_7_kioonOn touche au but de cette très jolie série qui aura simplement péché par manque d’expérience et de construction d’une intrigue qui n’aura débuté que tardivement. Cet ultime épisode prend la forme d’une attaque finale sur le temple des soulsenders en mode Kaiju. La gestion de l’action manque parfois de lisibilité dans le mouvement mais l’ensemble reste très agréable et notamment sur les points forts du manga, les dessins des décors et des costumes. L’autrice a le mérite de refermer (un peu rapidement) les intrigues de fond (notamment l’histoire des parents) sans hésiter à aller dans le dramatique. Le volume en tant que tel est très honnête et l’on sent un vrai effort pour achever correctement le manga. Pour une première œuvre publiée en ligne on ne tiendra donc pas rigueur à Rona pour cette ambition modérée et cette progression au fil de l’eau. Alpi th soulsender restera une très belle lecture relativement courte, pas la plus impressionnante du catalogue Ki-oon mais très recommandable.

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    • Clevatess #3 (Iwahara/Ki-oon) – 2022 (2020), 224p., 3/5 tomes parus.

clevatess_3_kioonToujours très axé action ce volume voit Alicia lutter contre le redoutable chef des sorciers entouré d’une nuée d’insectes. L’absence de Clevatess (parti affronter l’armée de l’envahisseur Dorel) permet au personnage de l’héroïne de se développer en la sortant du contexte d’outil aux mains du démon qui prévalait depuis le premier volume. En parallèle se déroule la bataille à grande échelle entre les deux armées et la réaction de la princesse de Hiden lorsque la rumeur concernant la survie de l’enfant héritier du pouvoir des Hiden survient.

Ce qui est intéressant dans cette série c’est la constance de l’auteur à essayer de renverser les canons de la fantasy en questionnant ce qui est habituellement acquis. Ici la position des héros est rattachée par le peuple à celle de la noblesse d’Ancien Régime qui revendiquait une gloire de principe alors que la plèbe toute attachée à sa survie ne faisait que constater les effets des guerres sur leur quotidien. En rappelant ainsi que le nationalisme monarchique (ou héroïque) fut souvent imposé, le mangaka dresse une véritable analyse politique dans ce cadre dark-fantasy, qui apporte un vent de fraîcheur au-delà du retournement initial du récit fantasy qui voit le mal gagner. On avait compris jusqu’ici une problématique des liens entre humains et rois-démons (qui assument un rôle similaire aux rois des animaux ou Gaïa dans les récits écologiques type Miyazaki) pas aussi binaire qu’attendue et nous voici questionné au sein d’un monde humain qui aussitôt vaincu se remet en guerre les uns contre les autres.

Si le dessin très foisonnant est parfois un peu brouillon et les dialogues dans le standard manga c’est donc bien le déroulé et les rôles assumés par les personnages qui apportent une vraie originalité, faisant de ce titre un succès critique mérité. En espérant que le roi Clevatess (ici étonnamment mis en difficulté!) ne tombe pas dans une mièvrerie incohérente, si l’auteur assume l’esprit sombre qui recouvre le titre depuis le tome un on  est parti pour une sacrée saga fort ambitieuse.

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  • Tsugumi project #5 (Ippatu/Ki-oon) – 2022, 208p., 5 tomes parus, série originale.

tsugumi_project_5_kioonDepuis le dernier tome le rythme et le déroulement de la série ont fortement évolué en densité et en construction d’univers. L’impression d’une bascule dans une sorte de fantasy post-apo se confirme ici puisque nous voyons débarquer notre escouade mal assortie sur l’île où doit se trouver le centre de recherche, objectif de la mission de Léon. Comme au précédent épisode qui nous voyait découvrir la société des singes, nous voilà cette-fois projetés dans un monde d’hommes-oiseaux qui ont un lien très fort avec Tsugumi, l’occasion pour l’auteur de nous raconter sans temps mort la naissance de la jeune créature. On sent ainsi que l’on avance très fortement vers la conclusion de l’intrigue, ce qui n’empêche pas Ippatu de proposer des complications avec un héros très mal en point. Dans ce monde très hostile on n’oublie pas que le Japon radioactif reste une mission suicide, que nous avait fait oublier le ton farceur des relations avec Doudou. L’auteur avance donc étape par étape, avec une structure très carrée faite de rebondissements, d’intrigues politiques approfondies, de designs travaillés et spécifiques à chaque peuple et d’une dualité technologie d’avant/fantasy d’après qui ne cesse de surprendre. Ippatu aime de plus en plus son univers et nous régale de décors incroyables de finesse, si bien que l’on ne sait si les révélations majeures de ce tome indiquent que la fin est proche ou si l’envie de continuer à explorer son worldbuilding va inciter le mangaka à prolonger très loin l’aventure… Du tout bon et peut-être le meilleur volume depuis le début. Vite la suite!

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BD·Numérique·Nouveau !·****

Perpendiculaire au soleil

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BD de Valentine Cuny-Le callet

Delcourt (2022), 436p, one-shot.

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Jeune étudiante en arts, Valentine Cuny-Le Callet entame en 2019 une correspondance avec le condamné à mort américain Renaldo MacGirth qui purge sa peine en Floride. De cet échange nait un livre impressionnant, hybride entre l’ouvrage d’art et BD documentaire un magnifique et dur manifestes contre le système carcéral.

badge numeriquePour son premier album l’artiste Valentine Cuny-Le Callet a déjà touché le monde de la BD, raflant comme peu une salve de prix (voir-en pied d’article). Pourtant la forme de son projet en collaboration étroite avec Renaldo MacGirth est loin d’être grand public, comme sa forme absolument hybride. Car si le sujet est bien un journal de sa relations épistolaire avec ce détenu condamné à mort (pour une énième affaire mal jugée impliquant des noirs américains), l’ouvrage est également une expérimentation artistique totale croisant les techniques, les expressions à quatre mains, d’une richesse comme seule la sève des artistes démarrant leur carrière peut le proposer.

Perpendiculaire au soleil de Valentine Cuny-Le Callet: des petits avions de  papier créatifs pour rendre espoir et humanité dans les couloirs de la mort  – Branchés CultureL’émotion dans Perpendiculaire au soleil vient bien sur de ce contexte, qui rassemble les dernières manifestations du racisme d’Etat en Floride, bastion réactionnaire des Etats-Unis, injustice d’une procédure manifestement expéditive et de conditions de détentions rappelant que l’absurde administratif n’est jamais loin… et cette peine de mort qui nous ramène aux fondements de l’humanisme. De la peine de mort il est pourtant peu question dans ce récit. Non que l’idée ne pèse sur le vécu terrible de Renaldo MacGirth mais sans doute parce que le quotidien de la survie psychologique et du combat pour commuer sa peine absorbent toutes les énergies. L’autrice aborde le sujet brièvement lorsqu’elle se documente sur la question. La réalité d’un système aberrant éclate également, appliquant la logique d’économie de moyens à ces assassinats légaux en créant ses propres limites par la multiplication des exécutions « ratées ». Pourtant le sens de ce projet n’est pas celui d’un pamphlet abolitionniste mais bien une exploration d’une relation humaine dans un contexte dramatique.

Perpendiculaire au soleil de Valentine Cuny-Le Callet: des petits avions de  papier créatifs pour rendre espoir et humanité dans les couloirs de la mort  – Branchés CultureValentine découvre l’action de l’ACAT (qui soutient les prisonniers via des échanges de courriers) à l’occasion de la résurgence du thème de la peine de mort après les attentats de Charlie Hebdo. L’autrice s’engage alors résolument dans cet échange, sans savoir où elle va mais convaincue que c’est là son devoir d’être humain. Ce sera Renaldo qui lui expliquera sa version des évènements l’ayant conduit au couloir de la mort. Les recherches de Valentine lui permettront seulement d’illustrer le cœur du problème, à savoir la multitude d’errements dans les enquêtes policières, dans la procédure judiciaire, augmentant d’autant le risque d’exécutions d’innocents. Avec un ton d’une sérenité de sage, elle cherche à connaitre Renaldo comme un ami, ce qui la poussera à passer une année d’étude outre-atlantique et lui permettra de rencontrer son correspondant.

Perpendiculaire au soleil, une amitié long-courrier entre un condamné à  mort et une illustratriceTout a été dit sur la dureté des conditions de détention (peut-être plus humaines que nos prisons françaises…) mais via le graphisme et la sincérité des textes, toujours pudiques, Valentine Cuny-Le Callet ajoute une part de non-dit, cette expression directe de ce qui est indicible par le prisonnier enfermé dans cinq mètres-carrés sans lumière extérieure. La pudeur et la franchise, indispensables pour le prisonnier pour pouvoir échanger et trouver cette relation humaine qui manque terriblement entre les quatre murs, transpirent dans ces textes à la fois poétiques et mélancoliques. Ils forment à la fois un journal intime, les pensées de l’autrice, celles du prisonnier avec qui a été réalisé ce projet malgré les grandes difficultés d’échanger autre chose que du simple texte. La difficulté rend créatif et l’on assiste à un arsenal de bricolages pour garder la faisabilité du projet à travers la censure importante des courriers arrivant à l’administration pénitentiaire.

Ce livre est assez unique dans sa forme et sans doute dans la carrière à venir de l’autrice, comme une singularité d’humanité et d’expressivité qui transpire une maturité impressionnante et un travail hors norme de la part de Valentine Cuny-Le Callet. Un état de grâce.

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L’Ogre Lion #2: Les trois lions

La BD!

bsic journalism

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance!

Nous avions laissé le roi-lion déchu et amnésique Kgosi se diriger vers un shaman susceptible de l’aider dans sa quête de mémoire et de rédemption. Le second tome de L’ogre lion enchaine donc directement dans la cabane du sorcier pour un volume qui est construit très intelligemment comme un flashback sur les origines du lion et de son démon allié, l’écorché Bakham Tyholi. C’est la grande surprise de ce second tome (prévu en trois…?) où l’on n’attendait pas autant de révélations de sitôt, l’épisode précédent étant présenté sur une base simple envisageant des révélations progressives. Un risque aussi, probablement calculé au vu du format en trilogie et qui déséquilibre un peu l’aspect fantasy-barbare du titre puisque l’on perd sur la plus grosse partie du tome l’équilibre remarquable de la petite trouve formée par le lion et ses amis.

On sort ainsi de cette aventure au fait des responsabilités de Ngosi dans la mort de ses enfants, du rôle de son frère qui apparaissait comme le traitre à la fin du précédent épisode, et des origines du démon cornu. Avec ce parti pris inhabituel il est incontestable que le lecteur aura bien avancé dans l’intrigue, intéressante, centrée sur la tyrannie féline contre les herbivores, qui développe le thème du racisme sous la forme d’une parabole animalière. Fort impliqué dans son projet (au point de délaisser l’attendu second tome du très réussi Amazing Grace avec Aurélien Ducoudray), Bruno Bessadi dispose d’une intrigue politique détaillée autour de différents peuples (notamment un mystérieux peuple simien) et il n’est pas du tout impossible au vu du développement, du plaisir manifeste de l’auteur dans le travail de son projet et du potentiel que la trilogie s’élargisse dans quelque chose de plus ambitieux.

Si l’album marque une petite faute de gout – qui confirme les questionnements de Dahaka sur la chronique du premier tome concernant le type de public visé entre le grand public et la barbarie hyboréenne – lorsque l’impitoyable démon incarné Bakham Tyholi devient sensible aux amitiés des vivants, on n’a que peu de choses à reprocher à un album qui respire l’implication, la confiance et le professionnalisme. Bessadi croit en son grand œuvre et il n’est pas impossible qu’il le tienne au vu des qualités qu’il a montré jusqu’ici, suffisamment pour entrainer le public avec lui en tout cas dans ce qui est aujourd’hui un des tous meilleurs titres du catalogue Drakoo.

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BD·Nouveau !·****

La dernière reine

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BD de Jean-Marc Rochette

Casterman (2022), 232p., one-shot.

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Dans les montagnes on n’aime pas les roux. Marqué dans son esprit par la mort du dernier ours du Vercors tué par la bêtise humaine, Etienne Roux se trouve marqué dans son corps au front de 14-18. Gueule cassé, colosse sans visage, il trouve l’amour d’une femme artiste, sculpteur qui façonne des prothèse aux mutilés de la Grande Guerre. Dans ses montagnes du Vercors ils trouvent la paix, la beauté la tranquillité d’une nature que la folie des hommes menace. Gardien d’un paradis perdu, Etienne Roux protègera la dernière reine des Alpes, quoi qu’il en coûte…

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Membre de la génération des grands auteurs de la BD franco-belge, ceux qui ont monté Metal Hurlant et occupé les pages de (A suivre), Jean-Marc Rochette marque depuis quelques années par ses albums sur la montagne, cette entrée des Alpes autour de Grenoble, le berceau de Glénat. Son chef d’œuvre adapté au cinéma, le Transperceneige marquait une évolution de son trait d’un style assez classique de la SF des années quatre-vingt vers une épure des encrages proche de l’abstraction.

https://www.francetvinfo.fr/pictures/c7Cn_vEDQz1D2M8Th4F_WphDY70/fit-in/720x/2022/12/07/6390d36ed7eb5_9782203208353-la-derniere-reine-p082-300.jpgGraphiquement Rochette n’est pas du tout ma tasse de thé. Trop sombre, trop estampé, pas assez concret dans le dessin. Ce magistral album déjà auréolé de pléthore de sélections et prix BD fait pourtant partie de ces occasions de sortir de sa zone de confort de lecteur BD en constatant l’évidence de la réussite (comme cela avait été le cas avec l’Age d’or par exemple). Car celui qui est capable de dessiner du cartoon comme du semi-réalisme justifie son épure par l’idée de l’évocation qui fait écho à la forme détruite du visage du héros comme à la sensation de l’artiste sculptant sa glaise et de ces paysages montagnards changeants au gré des lumières, des brumes et des ombres.

Sur le plan de l’écriture cet album est incontestablement une immense réussite (je ne serais pas en capacité de parler de chef d’œuvre puisque c’est le premier album de cet auteur que je lis). Par la simplicité de l’intrigue, en inscrivant sa petite histoire dans l’Histoire antédiluvienne jusqu’à l’Age de pierre pour La dernière Reine (Rochette) - BD, informations, cotesdécrire cette relation compliquée de l’humain avec sa nature tantôt hostile tantôt partagée, l’auteur touche juste et épure encore les sentiments. Ceux d’un homme simple, brisé, qui refuse l’oppression de cette civilisation qui ne sait que briser, qui rejette l’autre pour sa différence et à fortiori cette nature qu’il ne connaît plus. Loin d’être simpliste, l’histoire se concentre sur le cœur qui fait sens, celui des artistes qui cherchent la beauté ou le message, qui comprennent cette nature qui parle aux cœurs. Où l’on peut savourer les plus subtiles des repas dans une cabane en altitude en récoltant le fruit de la montagne et du troc et l’amour simple de la vie d’avant au pays de cocagne qui offre tout ce dont l’homme a besoin. Rochette a la grande intelligence de ne pas poser de pathos dégoulinant sur un destin tragique, celui d’un pauvre homme cassé par la guerre que l’on voit condamné à mort en introduction de l’album. L’histoire nous dira pourquoi et accentuera la force du La dernière reine – jean-marc rochette – bd – roman graphique – ours –  vercors – paris – gueule cassée – respect nature – animaux – ecologie –  troupeaux – haine homme – p.15 – Branchés Cultureportrait en rejetant tout attendu tragique. Car le drame n’est pas le propos de Rochette. Le drame est celui, intime, d’un enfant du Vercors dont l’immense résilience, celle de la roche, ne suffit pas à préserver ce paradis, cette paix si simple.

Si la pertinence du trait se rattache au projet sans contestation possible, il est pourtant dommage qu’une esthétique plus travaillée ne reflète cette paix de l’écriture. Les encres rageuses en clair-obscur dressent un monde qui semble n’être jamais sorti de Verdun. On en perd la pureté graphique qui aurait a mon sens renforcé ce grand album en le menant au chef d’œuvre. On n’en est pas loin. Chacun se fera son idée selon ses préférences graphiques, mais la Dernière reine est incontestablement un grand album qui mérite d’être lu.

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TMNT #18: New-York, ville en guerre, 1ere partie

Dix-huitième volume de la série, par Tom Waltz, Kevin Eastman et Dave Wachter. Sortie le 07/12/2022 aux éditions HiComics.

Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Peur sur la ville

Dans le tome précédent, les quatre frères ninja faisaient face à la Force de Protection de la Terre, menée par le redoutable et retors Agent Bishop, qui a lancé un assaut d’ampleur sur l’île de Burnow, où étaient réfugiés les derniers Utrom ainsi que les Tricératons et les Mutanimaux. Bishop disposait alors d’un atout de taille, à savoir le contrôle total du mutant Slash, ami des Tortues et membre des Mutanimaux.

Après une bataille sans merci, Slash s’est sacrifié pour sauver ses amis, dans un dernier moment de lucidité. La poussière étant à peine retombée, il est temps pour les mutants et leurs alliés de panser leurs plaies et d’entamer le deuil de leur ami. Mais le répit est un luxe que les braves ne peuvent s’accorder, surtout avec des ennemis de la trempe de Bishop.

Pourtant, un calme relatif règne à New York, surtout depuis que Maître Splinter a repris les rênes du Clan Foot. Loin de la tyrannie sanguinaire de Shredder, Splinter a su imposer un status quo en négociant avec les clans mafieux et le crime organisé, usant d’intimidation tout en limitant au maximum le recours à la violence.

Malheureusement pour nos héros, Oroku Karai, la petite-fille de Shredder, revient réclamer son dû, à savoir le contrôle du Clan Foot. La tenir à distance ne sera pas chose aisée, surtout que les TMNT doivent toujours gérer la menace de la FPT, et de bien d’autres ennemis qui trament leurs propres machinations dans l’ombre. Seront-ils de taille face à cet ultime défi ?

Que dire, si ce n’est que la tension monte crescendo dans ce 18e volume de TMNT. Après une bataille épique contre la FPT, voilà que toutes les lignes convergent vers les quatre frères mutants, qui doivent se battre sur plusieurs fronts à la fois. La guerre entre Karai et Splinter pour le contrôle des Foot est le noeud central de l’intrigue, à quoi vient s’ajouter le conflit contre Bishop, ce qui donne un rythme effréné et des situations de plus en plus tendues.

Les combats et les courses-poursuites désespérées pour sauver des amis n’empêchent pas la caractérisation des personnages de se poursuivre, on sent bien l’implication des auteurs dans le devenir de leurs petits poulains mutants. Attention toutefois, il est conseillé, pour apprécier cet arc final de la série, d’avoir une connaissance sinon intégrale, du moins suffisamment fournie du reste de la série, sous peine de se sentir un tant soit peu perdu. Vous serez prévenus !

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Paul Jenkins présente: Hellblazer #1

Premier volume de l’intégrale de la série écrite par Paul Jenkins et dessinée par Sean Philips. 512 pages, parution chez Urban Comics le 25/11/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Bad trip et bonne magie

On retrouve John Constantine, le célèbre mage-escroc, loin de son Angleterre natale. Le fripon est allé s’acoquiner avec une tribu aborigène afin de plonger dans le Tjukurrtjanu, un espace mi-onirique mi-spirituel dans lequel il espère rencontrer le Serpent Arc-en-Ciel dont il espère tirer profit pour le compte de ses amis locaux, dont la terre est menacée d’expropriation.

Une fois cette histoire réglée, Constantine retrouve ses pénates, ainsi que ses amis d’enfance punks, et comme à son habitude, va se retrouver mêlé à diverses histoires impliquant d’arnaquer un démon ou deux, voire de se confronter à Lucifer en personne.

John Constantine, personnage inventé par Alan Moore lorsqu’il officiait sur Swamp Thing en 1985, est la figure typique de l’anti-héros. Imperméable douteux, cigarette constamment pendue à la commissure des lèvres, un accent (en V.O.) à couper au couteau mêlé à un sens de la répartie aussi flexible que sa morale, le fameux Hellblazer avait tout pour plaire.

En 1995, Paul Jenkins, auteur anglais alors peu connu sur la scène comics internationale, s’attaque au personnage en y injectant poésie fantasmagorique et chronique sociale comme seuls les auteurs anglais de l’époque pouvaient en proposer, marqués qu’ils étaient par le règne de Thatcher. Une grande partie de cette intégrale est composée d’histoires courtes pouvant être lues de façon indépendante, sans avoir à se soucier nécessairement de la continuité, ce qui donne l’impression d’assister à une ballade intemporelle, une chronique amusée du monde parfois cruel dans lequel évolue notre magicien anti-héros.

Coté graphique, c’est à Sean Philips que l’on doit les planches. On s’aperçoit qu’en 1995 déjà, le dessinateur avait un trait tout aussi saisissant que celui des œuvres ultérieures qui le firent connaître. A lire si vous appréciez le personnage et son univers !

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Batman/Catwoman

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Comic Tom King, Clay Mann et collectif.

Urban (2022) 448p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux  éditions Urban pour leur confiance.

Batman et Catwoman forment le couple le plus mythique du monde des super-héros. Se courant après depuis des décennies, Selina Kyle et Bruce Wayne ont finalement décidé d’unir leur destin et de se marier. Puis Bruce Wayne est mort d’un cancer, laissant sa femme et sa fille dans une Gotham (presque) pacifiée. Mais leur vie d’amants a t’elle été si douce? Comment devenir madame Bruce Wayne quand on est une orpheline éprise de liberté et farouchement contestataire?

Exclusif : encore une fois Batman et Catwoman se mettent en (...) - ActuaBDDepuis quatre ans Tom King est probablement le plus intéressants des scénaristes de l’univers DC (voir du monde des superslip dans son ensemble…). Après s’être fait remarquer sur son Sherif of Babylon et d’autres ouvrages en compagnie de son acolyte Mitch Gerads, il est à la tête de pas loin de trois albums majeurs en 2022 en collaborant avec la fine fleur des artistes US vers un graphisme plus grand public mais des projets toujours exigeants. Car contrairement à l’autre grand Tom, King se veut intello via des structures narratives complexes et déstructurées. En suivant ce modèle et en corrompant la base hyper-classiques il se permet de remettre au gout du jour des personnages totalement désuets tels que Mister Miracle, Adam Strange ou la cousine de Superman. Et ça marche!

Car sous l’habillage qui parlera aux fans des personnages Tom King aborde des questions primordiales des imaginaires et des légendes: le rôle du héros, de la vérité, le libre arbitre et le carcan social qui enferme tout un chacun, portant cape ou non. Dans ce très attendu Batman/Catwoman qui enjolive encore le déjà fort qualitatif catalogue du Black Label on a une nouvelle fois un abus de titre imposant un Batman là où il n’y en a presque pas. Non, c’est bien une aventure de Catwoman que vous allez lire: le récit destructuré de sa vie pendant et après sa vie commune avec le Dark Knight. L’origine du projet remonte au « christmas special » de King et Lee Weeks sorti il y a quelques années dans le recueil « A la vie, à la mort« , dont on retrouve le premier chapitre dans ce nouveau volume. Développer le concept sur un gros volume de presque cinq cent pages (King prend toujours beaucoup de place) était une gageure partiellement remplie.

Amazon.fr - Batman/Catwoman: Bd. 1 (von 4) - King, Tom, Mann, Clay, Kruhm,  Ralph - LivresLa réussite revient d’abord aux dessins absolument exceptionnels de Clay Mann et son coloriste qui proposent une Catwoman dont vous tomberez obligatoirement amoureux! Menant la danse avec un chéri comme toujours empoté, bien plus à l’aise avec son costume qu’avec le smoking, elle virevolte dans le temps au travers de plusieurs trames temporelles infiniment croisée qui demandent un maximum de concentration pour être suivies en allant jusqu’à dissocier les textes des images. On suit ainsi l’enquête autour du meurtre d’un vieux Joker, dont est accusée Sélina Kyle autour de laquelle tournent sa fille la nouvelle Batman et le commissaire Dick Grayson, le premier Robin. l’autre temporalité suit les meurtres commis par la méchante Phantasm (apparue dans les dessins animés de Bruce Timm) et la danse macabre entre Catwoman, Batman et le Joker pour arrêter la criminelle ou le clown grotesque. Dans chacune de ces enquêtes on avance et l’on recule, les séquences de mélangent pour créer un kaléidoscope des personnages à différents moments de leur existence et de leurs relations. Ne se contentant pas de briser les règles figées du Batverse voulant que Batman et le Joker ne meurent jamais et que les méchants restent des méchants, King dresse un portrait de famille et d’une femme complexe à différents âges.

Il y a ainsi une évidente maestria technique tant dans le dessin que dans l’écriture, qui fait de ce one-shot une petite pépite BD et qui offre de la nouveauté à un univers si figé. Malheureusement le côté assez artificiel de la traque de Phantasm (malgré son design très soigné) dilue un peu l’intérêt qu’un album entièrement centré sur la minette aurait proposé. On a ainsi un indéniable plaisir tout au long des douze chapitres royalement mis en scène mais une regrettable impression d’un « a quoi bon » en clôturant le pavé, comme si l’idée d’enquête à la Batman avait été une fausse bonne idée à laquelle le personnage flamboyant de Catwoman ne laisse pas de place. Un album plus court dédié à la croqueuse de diamants aurait peut-être condensé le tout en un chef d’oeuvre. Pas loin… mais ce Batman/Catwoman reste cependant une pièce de choix pour votre collection DC.

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La danse du soleil et de la lune #2-3

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Manga de Daruma Matsuura
Ki-oon (2022), 208p/volume, nb et couleur, série en cours, 3/5 volumes parus.

image-5 Merci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Héritier d’une lignée de Samouraï, Konosuke se trouve touché par une malédiction qui l’empêche de manipuler le noble Katana puisque son corps repousse le métal jusqu’à le tordre… Dépressif, ce paria voit alors surgir un jour une magnifique jeune femme qui lui demande sa main! Dans l’incompréhension la plus totale il rejette ce bonheur soudain avant que d’étranges magiciens n’enlèvent sa dulcinée, poussant ce héros malgré lui à se lancer dans un sauvetage improbable…

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH1152/thumbnail_20220708_132331-3ee02.jpg?1657369423Pour son deuxième manga, l’autrice Daruma Matsuura était attendue au tournant, appuyée sur d’excellents retours de son œuvre précédente. Le premier tome m’avait plutôt enjoué avec un graphisme très attrayant et une mise en place assez rapide jouant sur une alternance d’amour impossible et de scènes d’action fantastique percutantes. Les tomes deux et trois laissent notre héros amnésique, fouillant dans des bribes de souvenir qui peut bien être ce visage féminin si doux, avant de rencontrer une voyante aveugle dont les flash de prescience l’amènent dans le sillage de Konosuke. Reprenant le rythme syncopé du premier volume, le second suit donc une évolution en deux temps, l’amnésie puis l’histoire de la voyante, laissant de côté la belle enlevée. Le troisième volume (avant un quatrième en février) change totalement d’aspect en lançant une série d’affrontement contre des « boss » dotés de pouvoirs maléfiques, sorte de caravane de freaks magiques qui rappellent par moment le déroulé du mythique Habitant de l’infini.

Ce qui m’avait laissé un peu en retrait sur l’ouverture reposait sur une certaine mièvrerie associée de clowneries typiques du théâtre japonais (la geisha rencontrant le paysan pour caricaturer), avant l’irruption de l’action sur le super cliffhanger. La suite maintient le fantastique à un niveau élevé et si le déroulé perturbe un peu par ses ruptures brutales d’environnement, le dessin et un découpage très recherché qui insinue les perturbation psychologiques des personnages maintiennent résolument immergés dans cette quête qui commence à prendre forme. Le background s’étoffe en effet fortement puisque l’on découvre qu’une organisation étatique semble utiliser des personnes dotées de pouvoirs maléfiques graphiquement très réussis. L’un utilise l’eau à tous ses états physiques, d’autres se rendent invisibles ou contrôlent des nuées d’insectes. Toute ce ménagerie prend des aspects assez trash par moments mais on se régale à attendre le prochain combat contre ce faux samouraï qui bien entendu s’avèrera bientôt bien plus puissant qu’il n’en a l’air.

L’aspect graphique de Daruma est ce qui saute immédiatement aux yeux en nous livrant du très haut niveau, dans ce qui se fait de meilleur cette année. Pourtant le traitement original mâtiné de fantastique de cette histoire d’amour encore mystérieuse qui semble jouer de l’espace-temps est ce qui accroche le lecteur blasé de manga de samouraï. Le principal point faible reste pour le moment l’anti-héros qui peine à nous intéresser à son sort alors que tous les personnages, alliés ou adversaires, sont fort réussis, que ce soit dans leur design ou dans leur pouvoir extrêmement puissant. On désirerait presque une évolution vers des combats shonen enchainés jusqu’au boss final… bien que cela ne semble pas être le type d’ambiance que recherche l’autrice. Avec ses sublimes couvertures, son titre poétique et mille et une qualités que je viens d’évoquer, La danse du soleil et de la lune est donc encore une pépite Ki-oon qui va assurément faire parler d’elle dans les années qui viennent.

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****·Comics·East & West·Nouveau !

Zombie World-Le champion des vers

Histoire complète en 96 pages, écrite par Mike Mignola et dessinée par Pat McEown. Parution aux US en 1997, publication anniversaire en France chez 404 Comics, le 03/11/2022.

En Vers, et contre tout

Dans un musée de Whistler, Massachussets, le directeur M. Zorsky jubile. Son établissement, jusqu’ici de piètre envergure, va bientôt accueillir une toute nouvelle aile dédiée aux reliques hyperboréenne, une civilisation si ancienne et si avancée qu’elle a été reléguée au rang de mythe.

Toutefois, M. Zorsky doit composer avec Miss Dean, la fille de son généreux mécène, qui souhaite dicter sa conduite au directeur de musée. En effet, Miss Dean souhaite ouvrir la nouvelle aile le plus vite possible, et se passerait bien de l’avis des soit-disant experts de l’occulte venus enquêter sur les phénomènes étranges qui perturbent le musée depuis qu’un certain sarcophage hyperboréen a été ajouté à la collection.

L’équipe spécialisée dans l’occulte, dirigée par le Major Damson, est composée de Roman, escogriffe taciturne, Eustace SaintJohn, médium aveugle, et Malka Ravenstein, impétueuse femme d’action. Bien vite, l’équipe se rend compte que le sarcophage renfermait un mal antédiluvien qui s’est échappé, un nécromancien nommé Azzul Gotha. Son but est d’offrir le monde en pâture à d’obscures divinités maléfiques, qui prennent la forme de vers colossaux, qui lui ont donné le pouvoir de réveiller les morts.

Partout dans le musée, les momies et autres dépouilles fossilisées reprennent vie, piégeant les agents et les deux civils dans un cauchemar de non-vie. Comment empêcheront-ils Azzul Gotha de détruire le monde ?

Il faut bien l’avouer, cette sortie chez 404 Comics est surprenante à plus d’un titre. Tout d’abord, il s’agit d’une réédition d’une mini-série écrite assez tôt dans la carrière de Mike Mignola, devenu entre temps célèbre pour sa création Hellboy. Le second point de surprise est du au fait qu’elle n’est pas dessinée par l’auteur, mais par Pat McEown, dessinateur canadien ami de Mignola. Donc, si vous êtes du genre à juger un livre par le biais de sa couverture, vous vous payez en quelque sorte un billet pour Surprise Land.

Dans ce Zombie World, on retrouve bien sûr de multiples influences, parmis lesquelles les favorites de Mignola. Il y a donc une ambiance fortement lovecraftienne, mais également un parfum de Robert Howard et une touche résoluement européenne. Car on aura beau aborder cet album de la façon la plus neutre possible, les lecteurs avertis ne pourront s’empêcher de déceler des idées embryonnaires qui ont plus tard germé dans Hellboy et dans BPRD.

En premier lieu, l’utilisation de la mythique Hyperborée, qui joue un rôle central dans la mythologie d’Hellboy. Ensuite, bien entendu, les enqueteurs du paranormal rappelant justement les agents du BPRD, avec un Major Damson qui serait un prototype de Trévor Brutenholm, Eustace qui serait une sorte de condensé entre Abe Sapiens et Johan Krauss, et enfin Malka, qui est aussi badass que Liz Shermann. Lors du final, il est même question d’un pouvoir contenu dans une main droite, ce qui finit d’enfoncer le clou. On peut également extrapoler, en faisant un parallèle entre les fameux vers géants et les Ogdru Hem contre lesquels les agents du BPRD luttent si désespérément.

Pour autant, Zombie World n’est pas entièrement calquée sur la série phare de Mignola. On peut en effet distinguer les deux séries par leur ton, Hellboy étant résolument plus sombre tandis que ZW est parcourue par des petites touches d’humour potache et baigne dans le second degré. Petite ombre au tableau, cependant, l’histoire se termine de façon très ouverte en ne clôturant pas l’intrigue. La série a bien engendré une suite à l’époque, mais les douze numéros qui se sont succédés, réalisés par d’autres auteurs, s’éloignaient trop du concept original et ne sont à ma connaissance pas publiés en France.

Concernant la partie graphique, surprise là encore, car le trait de Pat McEown emprunte au style ligne claire, ce qui donne l’impression d’un croisement entre Tintin et Lovecraft. L’objet en lui-même est très réussi, ce qui n’est en soit pas étonnant car les éditions 404 se sont jusqu’ici illustrés par le soin apporté à la facture de leurs livres.

Oeuvre pouvant être considérée comme un proto-Hellboy, mais pas tout à fait, Zombie World trouvera une place de choix dans la bédéthèque des amateurs du genre lovecraftien. Avec en prime un bel objet à prix plus que raisonnable.