****·BD·Documentaire

Klaus Barbie – La route du rat

Le Docu BD

klaus-barbie-8211-la-route-du-rat
BD de Jean-Claude Bauer et Frédéric Brrémaud
Urban (2022), 123p., one-shot. Contient un cahier documentaire de 22 pages.

En mai et juin 1987 se tient à Lyon le procès pour crimes contre l’humanité (le premier en France) contre Klaus Barbie, surnommé « le boucher de Lyon », chef de la gestapo lyonnaise pendant la seconde guerre mondiale. Lors de ce procès fortement médiatisé un dessinateur de presse couvre les audiences pour Antenne 2. Trente-cinq ans plus tard, alors que le dossier a été rendu communicable depuis 2017, Jean-Claude Bauer propose en parallèle d’une exposition aux Archives départementales du Rhône (jusqu’en mars 2023) un album de BD documentaire retraçant l’histoire criminelle de cet homme qui marqua l’histoire, en bordure de l’impunité et de la Justice. Associé au scénariste Frédéric Brrémaud il nous livre un impressionnant bilan aussi chargé émotionnellement que fluide dans sa lecture, qui permet de comprendre l’importance de ce procès dont tout le monde a entendu parler sans nécessairement comprendre sa signification.

Klaus Barbie : La Route du Rat - (Jean-Claude Bauer / Frédéric Brrémaud) -  Documentaire-Encyclopédie [CANAL-BD]Les auteurs ont articulé leur récit en aller-retour (tel un polar dirions-nous si le sujet n’était si grave) qui permet de créer une tension dramatique en montrant immédiatement au lecteur l’impensable: pendant plus de vingt ans ce tortionnaire sans remords coula une vie très paisible et confortable en Amérique du Sud, nous seulement couvert par la dictature bolivienne mais participant activement par son expérience aux entreprises criminelles de la nouvelle génération de bouchers. S’ouvrant sur une interview par le grand reporter Ladislas de Hoyos qui permit de confirmer les soupçons de sa présence de Barbie à La Paz, l’album alterne les planches illustratives, véritables séquences BD et dessins de presse lors du déroulé du procès. On apprend ainsi étape par étape les origines banales de Barbie, sa cruauté et sa détermination précoce à faire partie des plus efficaces agents du nazisme. Les éléments connus comme le massacre des enfants d’Izieu, l’assassinat de Jean Moulin ou la déportation des prisonniers de Montluc sont retracés sur une technique sanguine qui apporte le poids des photos d’archives au récit.

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH991/117_klaus_barbie_00-42c5c.jpg?1652710590Souvent les documentaires BD axent leur focale sur un point particulier ce qui laisse de grands pans non traités. Ce n’est pas le cas et l’on est surpris en refermant le livre devant une telle complétude du sujet malgré le nombre d’éléments en considération. Ainsi l’on suit tout autant la démarche militante des Klarsfeld (qui préfacent l’album) que les crimes de Barbie, son itinéraire américain et l’immédiat aprè-sguerre où l’on apprend sidéré que les forces d’occupation Etats-Uniennes n’ont pas seulement utilisé ses compétences indirectement mais ont formellement embauché Barbie dans le contre-espionnage contre l’adversaire soviétique. S’ils se sont contentés de fermer les yeux sur sa fuite vers l’Amérique-latine lorsque sa collaboration s’est avérée trop visible, on imagine qu’il aurait tout Klaus Barbie : itinéraire d'un salaud - ActuaBDaussi bien pu être exfiltré par la toute jeune CIA. Et reste l’intrigante question du pourquoi du silence du pouvoir de la IV° République sur l’impunité de ce tortionnaire.

L’histoire est longue, passionnante, et le mieux est bien entendu de lire l’album pour (ré)apprendre pourquoi le cas Barbie est exceptionnel, illustratif d’une certaine absence d’épuration de la part de la RFA et du pouvoir américain qui assit son combat contre le communisme sur toute question morale dès les premiers jours de la Libération. L’histoire est froide et l’on ne se replonge jamais trop dedans pour comprendre notre actualité.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Comics·Service Presse·Nouveau !·East & West·****

Sleeper #1: En territoire ennemi

Intégrale qui comprend les douze premiers épisodes de la série Sleeper, écrite par Ed Brubaker et dessinée par Sean Philips . En préambule, on trouve les cinq épisodes de la série Point Blank, du même auteur, avec Colin Wilson au dessin. Parution chez Urban Comics dans la collection Black Label, le 26/08/22.

bsic journalism

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Ne dormir que d’un œil

Holden Carver est un criminel. Du moins c’est qu’il est parvenu à faire croire, grâce à l’aide de Jack Lynch, un super-espion qui s’est donné pour mission, entre-autre, de démanteler l’organisation criminelle de Tao, un mystérieux personnage à l’intelligence redoutable dont on ignore les motivations véritables.

Pour ce faire, Lynch a fabriqué de toute pièce la défection d’un agent d’élite, Carver, avant de l’envoyer dans la nature, comptant sur le fait que Tao ne laisserait pas passer un telle opportunité. Carver, qui a été accidentellement doté de super-pouvoirs, constitue donc une recrue de choix pour Tao. Il ne reste donc plus pour notre agent qu’à rentrer dans le rôle, et collecter des informations qui permettront de mettre à bas les terroristes.

Cependant, le déroulé des missions d’infiltration n’est jamais un long fleuve tranquille. Bien évidemment, Lynch, le commanditaire de la mission, sorte de Nick Fury, est le seul à être au courant du statut réel de Carver. Lorsque le vieil espion paranoïaque tombe dans le coma suite à une tentative d’assassinat, l’agent double se retrouve livré à lui-même, agneau déguisé en loup en plein milieu d’une meute affamée.

Agneau ? Peut-être pas tout à fait, car plus le temps passe, plus il est difficile pour Carver de faire la différence entre le bien et le mal, de distinguer entre ce qui relève de sa mission et de la survie au sens strict. Et si en plus du reste, vous ajoutez des sentiments amoureux, alors vous obtenez une recette parfaite pour le désastre.

Pour cette rentrée 2022, Urban va piocher dans les classiques, en déterrant cette série, créée en 2003, issue de la fertile collaboration d’Ed Brubaker et Sean Philips, duo à qui l’on doit entre autre les séries Criminal, Kill or Be Killed, Pulp, Fatale et Incognito.

Il faut signaler que l’action se déroule dans l’univers Wildstorm, label érigé à la grande époque des comics indé (Image Comics, Dark Horse, etc) par Jim Lee, et qui abrite notamment les Wild C.A.T.S, Stormwatch, et The Authority, des séries qui ont commencé timidement, avant de connaître leur heure de gloire grâce à l’intervention d’auteurs comme Alan Moore, Warren Ellis et Mark Millar, rien que ça.

Le label Wildstorm a plus tard été racheté par DC Comics, mais en 2003, au moment de la création de Sleeper, il s’agit encore d’un label indépendant, dans lequel les auteurs jouissent d’une marge créative importante. Les lecteurs réguliers de comics n’auront aucun mal à se rappeler l’appétence d’Ed Brubaker pour les intrigues sombres, liées au monde de l’espionnage et du crime. Sleeper est donc l’un de ses faits d’armes, dans lequel il utilise tous les atouts du récit d’espions: la double-identité, les faux-semblants, le sexe, le sous-texte de chaque personnage, notamment de Tao, dont on ne peut pas déterminer les réelles motivations ni le niveau d’information dont il dispose: ignore-t-il vraiment le rôle de Carver ? Ou attend-il simplement son heure pour l’éliminer au moment opportun ?

Vous l’aurez compris, Sleeper pose les jalons du genre espionnage-super-héros, en maintenant son héros dans un étau constant dont il tente désespérément de sortir, en utilisant son ingéniosité et ses super-pouvoirs.

Avis aux amateurs, toutefois, par souci de clarté, Urban a opté pour intégrer en préambule les cinq numéros de la mini-série Point Blank, qui détaille la tentative d’assassinat de Lynch qui est à l’origine de l’intrigue de Sleeper. Il faudra donc patienter plus d’une centaine de page avant d’entrer dans le vif du sujet, mais une fois entamée, la série produit son effet feuilletonesque et vous poussera à tourner les pages à un rythme effréné.

Sleeper est donc une réussite en terme de comics indé et récit d’espionnage super-héroïque, contrairement au Leviathan que nous chroniquions dans la douleur cet été. Vivement le second volume !

Comics·Service Presse·Nouveau !·East & West·***

Billionaire Island

Histoire complète écrite par Mark Russel et dessinée par Steve Pugh. Parution en France chez Urban Comics le 26/08/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

L’Île mystérieuse

L’invention de l’agriculture a forcé les chasseurs-cueilleurs à faire société, à s’organiser afin de gérer des ressources croissantes. En effet, jusque-là, chaque individu, chaque groupe, ne prélevait que ce qu’il nécessitait. L’agriculture a fait en sorte qu’un individu avait désormais la possibilité de produire bien plus que ce qu’il nécessitait pour lui-même, ouvrant la voie au commerce et aux échanges.

Mais qui dit organisation complexe dit également hiérarchie, et donc, intrinsèquement, inégalités. Les différences de traitement et les inégalités sont donc inhérentes à toute forme de civilisation, ce qui, couplé à la nature avide de l’homme, garantit souffrances et luttes intestines à tous les groupements humains, passés, présents et à venir.

Ce qui signifie, par voie de conséquence, que si l’on prétend aujourd’hui avoir atteint l’acmé de la civilisation moderne, on se doit aussi d’admettre que l’on a atteint le paroxysme des inégalités qu’elle génère. Autrement, comment expliquer que 1% de la population possède autant que les 99% restants ?

Car oui, c’est bien de cela qu’il s’agit dans Billionaire Island. Les milliardaires, les ultra-riches, après s’être octroyé l’essentiel des richesses et des ressources du monde, ont décidé de quitter le navire, si l’on peut dire, en se construisant, assez ironiquement, une sorte de radeau de luxe, sous la forme d’une île artificielle.

Sur ce prodige technologique, tous les excès sont permis, mais seulement à ceux qui auront les moyens de payer leur place. Pendant que la planète se meurt, ceux qui avaient les moyens de la sauver mais qui ont choisi de ne pas le faire se sont donc réfugiés ensemble, espérant survivre à la fin. Bien évidemment, ce projet secret s’accompagne d’un bon petit complot des familles visant à stériliser les masses afin de résoudre la question du surpeuplement, que la journaliste Shelly Bly s’efforce de révéler au grand jour. Au fil de ses investigations, Shelly va lever le voile sur l’existence de l’île, et va même y faire un petit séjour forcé….

Après Space Bastards chez les Humanos l’an dernier, c’est au tour d’Urban de nous proposer de la grosse satire qui tâche et qui en met plein la tronche à notre société moderne bien-aimée. Alors que SB critiquait l’ubérisation de la société, Billionaire Island tire à boulets rouges sur les ultra-riches, ces individus ayant amassé des fortunes dépassant l’entendement grâce aux nouvelles technologies, où aux bonnes vieilles industries lourdes.

Ces êtres cyniques, qui ont perdu toute accroche avec la réalité, s’échinent à vouloir transformer le monde à leur image, certains s’imaginent même offrir un avenir à l’humanité en l’envoyant dans l’espace. Avec humour, Mark Russel dénonce donc cette élite économique dans un récit d’évasion délirant qui fait la part belle aux dérives capitalistes en tous genres.

Le revers de la médaille, c’est qu’il ne faut pas s’attendre à une profonde caractérisation des personnages, qui ne sont finalement que des parodies pour la plupart, voire pour certains, des prétextes à l’intrigue générale. Néanmoins, pas question de bouder son plaisir de lecture, même si on garde, au fond de soi, une crainte lancinante qui nous fait nous demander: et si tout ça arrivait un jour ? N’a-t-on pas déjà vu des choses du même genre ?

Dans un monde où un président à proposé sérieusement d’ériger un mur entre deux pays pour stopper l’immigration, dans un monde où un tweet peut abattre une nation, une île artificielle pour milliardaire sort-elle vraiment du champs des possibles ?

Ne vous attardez pas sur la réponse, il vous en cuirait certainement.

****·Comics·East & West

Supergirl: woman of tomorow

esat-west

Comic de Tom Taylor, Bilquis Evely et Mateus Lopez (coul.)
Urban (2022), 224 p., one-shot.

couv_452654

Kara, cousine de Superman connue sous le nom de Supergirl, se cherche un rôle dans l’ombre de Kal-El. Arrivée à vingt-et un ans elle s’exile sur une planète à soleil rouge afin de pouvoir s’enivrer sans la puissance de ses pouvoirs divins. C’est alors qu’elle rencontre une étonnante jeune fille qui souhaite l’engager pour venger son père. Commence une odyssée à travers les galaxies où les deux filles vont apprendre à se connaître l’une l’autre et se connaître soi-même…

REVIEW - A satisfying end from SUPERGIRL: WOMAN OF TOMORROW #8 — Comics  BookcaseCeux qui suivent ce blog savent que si Dahaka est un spécialiste des chronologies Marvel et DC, je goute personnellement assez peu les excentricités désuètes de la firme aux deux lettres dont je ne sauve que la brillance des aventures de l’homme chauve-souris. Superman qui plus est a beaucoup de mal à m’intéresser hors dystopies (Red son) ou uchronies (Injustice). Alors il était peu probable de me voir me plonger dans une aventure de Supergirl, son super-chien Krypto et son super-cheval capé Comète… Pourtant, un auteur aussi brillant que Tom King qui arrive depuis quelques années à utiliser la substantifique moelle des personnages DC (sur Mister Miracle ou Strange Adventures par exemple), associé à l’incroyable étoile montante des dessinateurs latino a suffit à me convaincre de tenter l’expérience… confirmant comme chaque fois que le Black Label est une garantie quasi absolue de must-read!

Supergirl – Woman of Tomorrow #1 (of 8) (2021) | Read All Comics OnlineCommençons par les planches, juste sublimes de bout en bout et folles de détails. Dans une technique toute européenne, la brésilienne Bilquis Evely (qui a déjà sublimé la reprise de Sandman) nous subjugue dans une alchimie parfaite avec son coloriste Mateus Lopez. Alors que je constate une mode peu convaincante pour des colo criardes dans les comics, le duo reste très tradi avec des planches peu encrées mais fourmillant de détails, jusqu’à cet épisode final qui décroche la mâchoire. L’inspiration issue de Jean-Claude Mezière et ses galaxies foisonnantes est évidente, mais l’on peut également trouver du Lauffray, voir du Moebius dans ces décors extra-terrestres parcourus laborieusement dans des cars galactiques pourris et autres auberges orbitales puantes. Abusant de traits de mouvement et de perspectives, l’artiste n’est jamais avare de créativité et de contenu, donnant à ses deux voyageuses une élégance qu’accompagne un texte inspiré.

Everything here is just as everything's always been." (Supergirl: Woman of  Tomorrow #3) : r/comicbooksComme sur sa récente analyse du héros américain Adam Strange, King utilise le récit narratif dès la première page, nous annonçant la lecture a posteriori du journal de la jeune héroïne. Car si l’album est titré Supergirl, comme précédemment l’on aurait très bien pu se dispenser de cet habillage DC pour proposer un récit identique dans la veine des productions de Bergara et Spurrier. C’est un récit initiatique au long cours qui nous est livré ici avec par moment un sentiment de séquences non liées qui peuvent finir par ennuyer. C’est là la principale limite à cet album par ailleurs magnifique: si la conclusion justifie amplement cette forme saccadée, il faut se convaincre du lien entre ces étapes de voyages.

Comics] Supergirl, woman of tomorrow : une superbe fable pop à découvrir  d'urgence (Urban Comics)Cette forme vernie de morale et surtout de l’étonnant verbe ampoulé de Ruthye permet aux auteurs, comme dans un Valérian, d’explorer des mondes exotiques, des sociétés aliens étranges, voir d’expérimenter très librement des dangers improbables pour la cousine de Superman. Le manque d’antagoniste que l’on ne voit qu’au début et à la fin) peut créer ce déséquilibre qui n’est compensé « que » par l’héroïsme graphique de Bilquis Evely et la facilité d’écriture d’un scénariste en pleine forme. Dans un album l’un des auteurs prends souvent le dessus sur l’autre. Rien de cela ici et l’on savoure franchement autant le texte que le crayon.

Avec ce petit sous-rythme qui l’empêche de peu d’attraper les cinq Calvin, ce one-shot est encore un carton d’un des plus intéressants scénaristes en activité qui transforme le plomb en or et commence à attirer à lui la crème des artistes mondiaux en permettant de lire à peu près tout et n’importe quoi dans un traitement de qualité. Faites abstraction de l’habillage « Super » et laissez vous emporter dans ce magnifique et touchant voyage qui chez Tome King revêt toujours ce salutaire supplément de fond philosophique.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

**·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos

Isola #2

esat-westComic de Brendan Fletcher, Karl Kerschl et Msassyk (coul.)
Urban (2022), 116 p., série en cours, 2 volumes parus.

couv_447121

La reine Olwyn et sa protectrice Rooke continuent leur voyage vers l’île d’Isola, un étrange itinéraire entre deux mondes. Alors que la guerre se prépare, fuyant la mystérieuse menace venue du ciel elles tombent sur une jeune femmes très accueillante. Trop accueillante sans doute…

Isola : long chemin d'une souveraine et sa protectrice - ComixtripComme beaucoup j’avais été impressionné par les planches du premier tome de cette odyssée (présentée officiellement comme une version moderne du mythe d’Orphée et Eurydice) dans un style Animation très élégant et un design des personnages et des créatures qui m’avait plutôt envoûté… malgré une intrigue assez brumeuse. Et malheureusement ce second tome continue avec les mêmes qualités de mise en scène dynamique avec un univers plutôt fantasy attrayant mais une terrible propension à se complaire dans le cryptique, laissant le lecteur seul sur l’essentiel de la l’album. L’amour platonique et la fidélité de la soldate Rook envers sa reine sont touchants et restent le cœur de l’intrigue, le mystère des transformations et le brouillage de la réalité entre monde des hommes et monde des esprits sont attrayants … Mais jamais les auteurs ne nous donnent de pistes pour comprendre où l’on va et qui est quoi, nous laissant naviguer entre le monde des esprits et celui des hommes, entre métamorphoses et visions subliminales. Quelques passages sont étrangement linéaires, permettant de se raccrocher à certains codes narratifs en nous contextualisant, avant de nous replonger dans des allusions bien opaques. On comprend l’envie des auteurs de nous faire naviguer entre deux réalités au gré des transformations et des visions. Si le premier volume parvenait à nous maintenir en haleine avec ses sauts dans le passé, ici on a cependant l’impression d’assister à un épisode complémentaire, dispensable et ne faisant guère avancer l’ensemble. De quoi achever de perdre l’intérêt pour cette série bien mal embarquée, semblant ne pas avoir été construite sur autre chose qu’une ambiance. Fort dommage et bien maigre. Faute d’un sacré sursaut au prochain tome il est malheureusement probable que peu de monde reste disposé à suivre cette certes sublime, mais trop vaporeuse aventure de deux amantes improbables.

note-calvin1note-calvin1

***·Comics·East & West

Leviathan #1/2

Série en deux volumes, écrite par Brian Michael Bendis et Greg Rucka, et dessinée par Steve Epting, Yannick Paquette et Mike Perkins (volume 1), puis par Alex Maleev et Szymon Kudranski (volume 2). Parution chez Urban Comics en mars 2020 et juin 2020.

Les vies à temps

Comme vous le savez déjà sûrement, espions et super-héros ne font pas souvent bon ménage, les uns œuvrant dans l’ombre tandis que les autres enfilent masques et capes rutilantes pour semer la justice et récolter l’admiration. Qu’à cela ne tienne, DC et Marvel ont chacun leurs lots d’espions et de justiciers, et même des fournées de personnages qui sont pour ainsi dire les deux.

Chez Marvel, on a par exemple Nick Fury, directeur du SHIELD, un espion archétypal, tantôt ours mal léché, tantôt roublard paranoïaque, qui fraye souvent avec les justiciers masqués de la Maison des Idées. Chez DC, on pourrait y trouver un équivalent en la personne d’Amanda Waller, qui manipule à sa guise les super-héros et super-vilains du monde pour servir ses intérêts propres, et éviter d’avoir les mains sales.

Si tous les amateurs de comics connaissent le SHIELD, l’HYDRA et l’AIM, il n’en sera pas nécessairement de même pour l’ARGUS, le DEUS, SPYRAL et autres LEVIATHAN. Chez DC comics, l’univers du contre-espionnage semble fourmiller de petites organisations dont les prérogatives s’avèrent floues, ce qui n’est pas évident à suivre pour qui ne serait pas expert en ce domaine. C’est peut-être pour cette raison que Brian Bendis, grand architecte du monde Marvel durant plus d’une décennie, s’est mis en tête de faire le ménage peu de temps après son arrivée chez DC.

L’histoire débute par une série d’attaques terroristes de grande ampleur. Ces frappes minutieusement préparées rayent de la carte toutes les organisations citées plus haut, et semblent revendiquées par Léviathan. Cependant, nul n’est capable de discerner les motivations réelles de cette organisation, ni qui est à sa tête. Certains accusent Talia Al Ghul, mais la fille du Démon, qui fit autrefois tourner la tête à Batman, ne paraît plus être aux commandes.

Lois Lane et Clark Kent, duo de reporters intrépides, se lance donc dans une course contre la montre pour découvrir les motivations de Léviathan, et surtout, découvrir l’identité de son dirigeant. Absent du premier volume, Batman, secondé par d’autres héros détectives, rejoint l’intrigue pour tirer tout cela au clair.

Et bien, pour être honnête, on ne sait pas trop quoi penser de ce Leviathan. La perspective de lire Brian Bendis loin de son fief marvelien avait quelque chose d’excitant, d’autant plus que le second volume promettait un duo avec Alex Maalev, ce qui rappelait les heures de gloire du scénariste lors de son run sur Daredevil. Le premier tome, dont on se doit de souligner la couverture quelque peu mensongère, se concentre sur le duo Superman/Lois Lane, qui enquête alors que la poussière des premières attaques n’est pas encore retombée. Il y a dans ce volume-là un sentiment d’urgence et de mystère qui donne envie de poursuivre la lecture, mais l’arrivée du tome 2 fait s’éterniser l’intrigue et la recherche des différents suspects, sans que cela n’apporte d’intensité à la révélation finale quant à l’identité de Leviathan.

Ce sentiment est d’autant plus frustrant que l’intrigue est entrecoupée, du moins dans le second volume, par des épisodes de Action Comics qui n’ont pas grand chose à voir avec la ligne narrative principale, à savoir l’enquête de Batman et consorts. Le choix éditorial d’Urban se révèle donc hasardeux, car une compilation des six numéros de la série Event Leviathan aurait semble-t-il, largement suffi.

Brian Michael Bendis réussit donc à instaurer une ambiance d’espionnage super-héroïque comme à sa grande époque chez Marvel (Secret War, Secret Invasion, Dark Reign, Secret Warriors, etc), et profite du talent de son compère de longue date Alex Maleev (du moins sur les épisodes dédiés). Néanmoins, le choix éditorial d’inclure des épisodes annexes rompt quelque peu la fragile dynamique du récit et se termine sur un vari-faux cliffhanger qui décevra sûrement plus d’un lecteur. On y met trois calvin, pour le premier tome notamment, mais aussi pour la participation d’Alex Maleev.

note-calvin1
note-calvin1
note-calvin1
****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Green Lantern Corps #1: Recharge

Recueil de 440 pages, qui contient la mini-série Green Lantern Corps: Recharge, suivie des 1″ premiers numéros de la série Green Lantern Corps, parue en 2005 chez DC Comics. Publication du présent recueil en France le 08/07/22 chez Urban Comics, collection DC Classiques. Geoff Johns et Dave Gibbons au scénario, Patrick Gleason au dessin.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

C’est dans les vielles vessies qu’on fait les meilleures lanternes

Green Lantern est un personnage emblématique de l’univers DC. Membre fondateur de la Ligue de Justice, l’intrépide Hal Jordan est également garant de la Justice à une échelle cosmique, car il a sous sa responsabilité la sécurité du secteur 2814 de l’Univers, qui comprend la Terre.

Les Lanternes Vertes sont une milice universelle dont les membres sont choisis, triés sur le volet par les anneaux qui leur donnent leurs pouvoirs, en fonction d’une caractéristique primordiale, à savoir la volonté. Chaque nouveau membre est formé sur la planète Oa, foyer d’une espèce très ancienne autoproclamée « Gardiens de l’Univers« . Hal Jordan fut le premier humain à intégrer le Corps des Lanternes Vertes, et fut également, anthropocentrisme oblige, l’un des meilleurs.

Malheureusement, une suite d’évènements tragiques l’a mené être possédé par Parallax, entité malfaisante ennemie jurée des Green Lanterns. Entre la fin des années 90 et début des années 2000, cette corruption a poussé le légendaire Hal Jordan à détruire le Corps dans sa quasi-intégralité, avant d’être finalement purgé de Parallax. En 2005, Geoff Johns reprend le flambeau et implémente de nouveaux éléments venant réhabiliter Hal Jordan tout en offrant une nouvelle perspective sur le rôle des Lanterns et sur les pouvoirs qui en sont à l’origine. D’où la mini-série Recharge, qui est centrée autour de la reconstruction du Corps des Green Lanterns.

Et effectivement, 7000 postes à pourvoir, on peut appeler ça une campagne de recrutement. Ce sont donc autant d’anneaux verts qui écument tous les recoins de l’univers pour trouver des candidats adéquats, autant de nouvelles recrues qu’il faudra former pour protéger tous les êtres vivants des dangers cosmiques qui les guettent. Parmi nos nouvelles recrues, on trouve Vath Sarn, Isamot Kol, ou encore Soranik Natu, dont les personnalités bien trempées vont faire des étincelles. Vath et Isamot, par exemple, sont issus de deux peuples belligérants, et auront bien du mal à coopérer pour le bien de tous, car dépasser ses préconceptions et sa rancœur en temps de guerre n’est pas chose aisée. Soranik, quant à elle, n’est pas qu’une brillante neurochirurgienne, elle est également la fille de Sinestro, un ancien Green Lantern aujourd’hui ennemi du Corps. Au milieu de toutes ces nouvelles recrues, on retrouve des anciens incontournables tels de Hal Jordan, Kyle Rainer et John Stewart, qui demeurent réservistes, mais également le tempétueux Guy Gardner, ou encore Kilowog.

De but en blanc, on peut dire que l’inclusion de Recharge et du volume 2 de Green Lantern Corps parmi les classiques de DC est une bonne initiative de la part de Urban. En effet, le grand œuvre de Geoff Johns sur ce pan de l’univers DC demeure encore à ce jour l’une des plus grande réussites récentes de l’éditeur américain, qui débute dans ce volume pour ensuite se poursuivre dans les incontournables sagas Sinestro Corps War, Blackest Night et Brightest Day. Gageons que ces crossovers feront eux aussi l’objet d’une attention particulière d’Urban, afin de compléter les rangs de leur collection « Classiques ».

Sur la qualité de la série en elle-même, on peut dire que Johns et Gibbons maîtrisent leur partition, et parviennent à gérer un casting choral de qualité et dont les personnalités, écrites avec rigueur, se complètent harmonieusement, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de conflit ni de situation tendue, bien au contraire. Les Green Lantern, depuis les années 60-70, étaient souvent résumés à des « policiers de l’espace », ce que les auteurs prennent ici au mot, en leur imposant un code de déontologie, notamment vis à vis de l’usage de la force léthale, ainsi qu’une bureaucratie, ce qui induit des procédures, des droits à faire valoir (des congés!), bref, toutes les joyeusetés de notre morne quotidien. De surcroît, on retrouve aussi des éléments procéduraux, relatifs aux enquêtes que les Lanterns doivent mener.

La série est aussi parsemée de coups de théâtres qui maintiennent l’intérêt de lecture tout au long des 400 pages, les scénaristes prenant également soin d’inclure des éléments de foreshadowing pour la suite de la saga. En revanche, les fans hardcore de Hal Jordan resteront sur leur faim, car bien qu’il fasse une petite apparition durant Recharge, il est aux abonnés absents sur le reste de la série, le focus étant mis sur Guy Gardner, qui en profite pour prendre du galon.

Une réédition utile pour ceux qui voudront lire ou redécouvrir l’une des sagas marquantes de DC du début des années 2000, Green Lantern Corps Recharge donne satisfaction tant sur le plan narratif que graphique.

Petit post scriptum pour ceux qui souhaitent se plonger ou se replonger dans l’univers Green Lantern: voici un rapide aperçu des différentes publications qu’il sera nécessaire de se procurer pour suivre le fil rouge (ou plutôt vert émeraude):

  • Geoff Johns présente Green Lantern, 7 intégrales parues chez Urban entre novembre 2016 et février 2021. On peut y lire la guerre contre Sinestro, les tomes 4 et 5 regroupent quant à eux les épisodes liés à la saga Blackest Night, l’invasion des Lanternes Noires, qui préfigure d’une certaine façon la saga DCeased et ses morts-vivants.
  • Brightest Day, trois volumes parus en 2013. Apparition de la Lanterne Blanche.
  • Green Lantern (New 52, le dernier reboot en date de DC comics), quatre tomes parus entre 2012 et 2015.
  • Green Lantern Rebirth, 5 tomes parus entre 2018 et 2019.
  • Justice League Récits complets, dans lesquels ont trouve la série Green Lanterns.
  • Hal Jordan: Green Lantern entre 2019 et 2021, c’est Grant Morrison qui reprend en main la destinée de Green Lantern.
note-calvin1
note-calvin1
note-calvin1
note-calvin1
***·BD·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

DC Infinite Frontier: Justice Incarnée

Recueil des cinq chapitres de la mini-série écrite par Joshua Williamson et Dennis Culver et dessinée par Andrei Bressan et Brandon Peterson. Parution en France chez Urban Comics le 08/07/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Comme vous le savez, le Multivers a le vent en poupe. Si vous suivez l’actualité comics et celle des adaptations cinématographiques, vous saurez alors que le concept d’univers parallèles ne date pas d’hier et qu’il offre aux scénaristes a) des possibilités narratives très vastes et b)la possibilité de créer des ponts entre les différentes sagas et univers, ce qui peut dégénérer, dans le cas cinématographique, vers le fanservice.

Chez DC comics, on peut affirmer sans se tromper que le multivers est inscrit dans son ADN, puisque l’éditeur a du, très tôt dans son histoire, justifier les différentes incarnations de ses héros phares, qui avaient changé entre le golden age et le silver age. Les lecteurs de comics sont donc supposément familiers du concept de terres parallèles et des variations multiples d’un même personnage.

S’agissant de DC Infinite Frontier, on peut la résumer comme une nouvelle saga cosmique impliquant le multivers. La Ligue de Justice Incarnée, qui s’est formée spécialement à l’occasion de cette crise cosmique, réunit plusieurs héros issus de mondes différents, comme le Président Superman de Terre-23 ou le Batman de Flashpoint. Autour de cette variation du world’s finest, on trouve Aquawoman (variation féminine d’Aquaman), Captain Carrot (hein?), Mary Marvel (soeur de Captain Marvel/Shazam), Thunderer et Dino-Flic (ersatz de Savage Dragon). Face à l’ampleur de la crise, le groupe sera rejoint par Docteur Multivers (là aussi, un erzatz de Captain Universe, pour ceux qui ont lu les Avengers de Jonathan Hickman), qui est une sorte de système de défense du Multivers contre les menaces externes.

Lors des événements précédents, Darkseid a utilisé Psycho-Pirate afin qu’il manipule Barry Allen, l’incontournable Flash, dont la vitesse, issue de la Force Véloce, est l’un des rares pouvoirs capables de percer la membrane qui sépare les univers. Sous cette néfaste influence, Flash a déchiré le multivers et crée la Plaie, que le seigneur d’Apokolips compte bien utiliser pour son propre bénéfice. Afin de pouvoir l’arrêter, la Justice Incarnée doit elle aussi compter dans ses rangs son propre Flash. Ce sera Avery Ho de Terre-0, ressortissante chinoise possédant la Force Véloce, et qui voit notre bon vieux Barry comme son ami et mentor. Ce groupe ainsi formé parviendra-t-il à stopper les plans de Darkseid, et de quiconque tire les ficelles en coulisse ?

Dr Manhattan, pion multiversel. Je n’aimerais pas être celui qui a du annoncer ça à Alan Moore…

Cette mini-série en cinq chapitres poursuit la saga initiée par Josh Williamson sensée secouer une nouvelle fois la ruche DC Comics. Si l’intrigue avance rapidement, c’est certainement au détriment de certains personnages et de certaines interactions, qui sont mises de côté au profit de grandes révélations qui seront certainement exploitées plus tard.

En effet, l’équipe se retrouve rapidement divisée, et les pérégrinations de la première moitié, coincée dans la Maison des Héros qui sert de QG au groupe, ne portent pas le même impact que celles du trio formé par Président Superman, Batman Flashpoint et Docteur Multivers. D’ailleurs, en parlant de ces trois-là, il faut vous avertir qu’il est conseillé d’avoir lu les oeuvres précédentes, comme Multiversity ou Flashpoint, pour mieux appréhender les personnages qui en sont issus et qui constituent la Justice Incarnée. A minima, il faudra être au fait des différents archétypes que représentent ces personnages dans la mythologie DC pour en apprécier les variations et comprendre leurs motivations.

L’intérêt principal de l’album réside dans les révélations qu’il apporte sur les différentes crises traversées par l’univers DC, de Crisis on Infinite Earths à Final Crisis en passant par Doomsday Clock, voire même des classiques comme Kingdom Come. En effet, si l’on se réfère à ce qui est révélé dans ces pages, toutes les crises citées ont été initiées par les Grandes Ténèbres pour détruire l’Omnivers, ce qui induit que Superboy Prime, Magog, Extant et même Dr Manhattan ont été manipulés par cette entité. Dans le jargon, on s’approche de ce qui se nomme un retcon, ce qui signifie continuité rétroactive, lorsqu’un auteur introduit un élément qui influence ou remet en question des éléments préétablis de continuité.

Quoi qu’il en soit, l’album reste de bonne facture, mais ne sera conseillé qu’aux lecteurs réguliers de DC Comics en raison d’un encrage assez profond dans la continuité récente et passée.

Comics·Service Presse·Nouveau !·East & West·****

House of Slaughter #1: La marque du Boucher

Premier tome de 144 pages de la série écrite par James Tynion IV et Tate Brombal, et dessinée par Chris Shehan. Parution en France chez Urban comics le 24/06/22.

James Tynion IV lauréat du Eisner 2022 du meilleur scénariste.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Une formation qui tue

Enfant, vous vous pensiez à l’abri du danger, bien au chaud sous votre couette, alors que vous lisiez ou racontiez des histoires effrayantes de monstres et de créatures voraces qui se cachent sous les lits des marmots avant de les dévorer. Et bien vous savez quoi ? Les monstres existent bel et bien, ils ont effectivement un appétit vorace et font de nombreuses victimes à travers le monde, depuis la nuit des temps.

Ces êtres étant invisibles pour le commun des mortels, exceptés les enfants, ces disparitions sont expliquées maladroitement la plupart du temps. Mais pour l’essentiel, elles font l’objet d’une omerta savamment orchestrée par l’Ordre de Saint-Georges, une antique confrérie dédiée à la traque et à l’extermination des monstres. Rien ne doit filtrer sur la vérité. Et lorsque l’Ordre remet de l’ordre, ce n’est pas façon Men In Black mais plutôt genre sac-sur-la-tête-et-exécution-discrète-au-fond-des-bois.

L’histoire débute à Archer’s Peak, dans le Wisconsin. Erica Slaughter, jeune chasseuse impétueuse, est envoyée pour éliminer un oscuratype qui a déjà fait de nombreuses victimes. Les choses dégénèrent quelque peu durant la chasse, la subtilité n’étant pas le fort d’Erica. L’Ordre envoie donc le mentor de la jeune chasseuse, Aaron Slaughter, pour gérer la situation et éviter tout débordement. Dandy arrogant, voire pédant, Aaron n’est clairement pas un homme d’action, ni même un chasseur efficace. Mais le reste appartient à l’histoire de Something is killing the children, excellente série que l’on ne saurait trop recommander.

Ce qui nous intéresse ici est un préquel racontant la jeunesse d’Aaron Slaughter, principalement sa formation de chasseur de monstres au sein de la Loge du Massacre.

Personnage énigmatique dans la série principale, Aaron Slaughter nous est ici décrit comme un jeune homme sensible, rendu solitaire par son intelligence, qui le démarque des autres chasseurs. Comme l’ensemble des jeunes recrues de la Loge, Aaron est un orphelin, recueilli par l’ordre qui lui offre un foyer en échange d’une vie dévouée à la chasse.

Notre jeune chasseur, n’ose pas se l’avouer, mais il rêve de bien d’autres choses que de traquer des créatures sanguinaires et mortelles. Toutefois, il sait aussi qu’intégrer l’Ordre est un point de non-retour, une ligne qu’on ne franchit qu’une fois. En effet, comment mener une vie normale lorsqu’on connaît la vérité ? Comment ignorer les cris des enfants à peine couverts par les rugissements des monstres ?

Alors Aaron poursuit sa formation, sous la houlette de Jessica et de Cécilia, tant bien que mal. Étant l’un des derniers masques noirs de la Loge, Aaron doit frayer avec les sociopathes qui constituent les rangs des masques blancs, des chasseurs puissants mais insensibles la violence du monde dans lequel ils évoluent. L’arrivée de Jace, une jeune recrue de la maison du Boucher, succursale de la Nouvelle-Orléans, va venir bousculer le quotidien d’Aaron. Leur rivalité initiale va vite se transformer en romance, mais malheureusement pour eux, l’amour n’est pas toléré au sein de l’ordre, tout simplement car il ne permet pas de tuer des monstres. Que feront Jace et Aaron face au carcan de l’institution millénaire ?

Les fans de Something is killing the children n’attendaient pas nécessairement de spin-off, encore moins centré sur Aaron Slaughter. Mais il faut bien avouer que cette fenêtre ouverte par les auteurs sur les pratiques de l’Ordre est toujours bonne à prendre, puisqu’il enrichit l’univers principal tout en donnant une nouvelle perspective sur un personnage charismatique.

Prise à part, l’histoire conserve de l’intérêt puisqu’elle nous narre les tribulations d’un jeune à part, aux prises avec un environnement hostile qui souhaite étouffer un amour naissant. Les outsiders ont presque toujours l’assentiment et la sympathie du lecteur,encore plus lorsque l’amour est en jeu. House of Slaughter concilie donc exploration d’univers et intrigue de qualité, en maintenant le lecteur en haleine grâce à des flashbacks et des ellipses correctement distillés. Il est difficile d’en dire davantage sans spoiler la série principale (qui encore une fois, mérite vraiment le détour !), donc il reviendra aux curieux de se forger un avis !

****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Sea of stars

Histoire complète en 288 pages, écrite par Jason Aaron et dessinée par Stephen Green. Parution en France chez Urban comics, collection INDIES, le 01/07/2022.

bsic journalism

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Space is a place

Gil Starx est ce que l’on pourrait appeler un homme pressé. Constamment occupé par ses livraisons galactiques, il parcourt un océan d’étoiles pour satisfaire ses clients, toujours dans les temps. Et quand ont dit océan d’étoiles, il faut entendre littéralement cette expression.

En effet, l’environnement interstellaire visité par Gil Starx et d’autres humains est peuplé de créatures qui « nagent » dans le vide intersidéral, comme des poissons dans l’eau. Ainsi, on trouve des « baleines » de l’espace, des « requins-quarks », et toutes sortes d’animaux dont l’espace est le milieu naturel.

Cette fois-là, Gil transporte une marchandise désuète, le contenu d’un vieux musée, et voyage avec son fils Kadyn. Accaparé par son métier, Gil n’a jamais été très disponible pour sa famille, mais depuis la mort tragique de son épouse, il tente de reconnecter les liens avec son fils, qui s’ennuie ferme dans le vieux vaisseau de son paternel, qui a pris l’habitude d’éviter tout danger en ne naviguant que sans les secteurs cartographiés. Tout va basculer lorsque le duo sera attaqué par un gigantesque léviathan, qui détruira le vaisseau et séparera le père du fils.

Dès lors, Gil n’aura qu’un objectif: retrouver son fils. Le jeune garçon, en revanche, pense que son père est mort et doit s’acclimater aux mystérieux pouvoirs qu’il a obtenus dans l’accident.

On nage en plein délire

Alors que la tendance est à la hard SF, c’est à dire une science fiction basée sur les concepts et les théories scientifiques les plus pointus et avant-gardistes, Jason Aaron opte pour une SF fantasmagorique en reprenant les vieux codes de l’analogie maritime.

Ce lieux commun tire ses racines de la SF du début du 20e siècle, et ce qui était une métaphore est bien vite devenu littéral. Alors que John Fitzgerald Kennedy considérait déjà l’espace comme « le nouvel océan » lors de la fameuse « courses aux étoiles » avec l’URSS, les auteurs de SF se sont appropriés massivement cette analogie, en utilisant par exemple des termes techniques navals.

En effet, on parle de vaisseaux dans les deux cas, avec des croiseurs, des destroyers, des frégates, etc. Les vaisseaux spatiaux, à l’instar de leur homologues maritimes, ont des barques de survie, et il arrive même que des engins spatiaux soient munis de voiles (concept qui est validé par la science avec les fameuses voiles solaires, ce qui en fait un élément commun avec la hard SF). La comparaison ne s’arrête pas là, puisque les auteurs ont eu tendance à appliquer à l’espace des concepts et des contraintes typiquement navals, comme la bi-dimensionnalité du terrain, la friction, et des principes de navigations qui en réalité ne sont pas compatibles avec l’exploration spatiale.

Les planètes sont donc perçues comme des îles dans un vaste océan, et leur valeur stratégique y est même similaire. De Frank Herbert (Dune) à Pierre Boule (La Planète des Singes), en passant par Star Wars et Star Trek, ou La Planète au Trésor, rares sont les entrées littéraires et audiovisuelles à ne pas verser dans cette analogie. Alors pourquoi pas les comics ?

En ce qui concerne l’intrigue, on peut faire confiance à Jason Aaron, qui nous a déjà fait montre de son talent à de nombreuses reprises, pour construire un récit efficace centré autour de protagonistes intéressants et attachants. Le duo père/fils, Gil/Kadyn, fonctionne dès le début, et ne perd pas de son intensité même s’ils sont assez rapidement séparés. L’auteur, visiblement marqué par son long run sur Thor chez Marvel, insuffle également un souffle mythologique avec non pas des asgardiens, mais un autre peuple de l’espace, inspiré des Aztèques, et des divinités cosmiques qui se battent en détruisant des planètes. On n’en voudra pas au scénariste de recourir encore au fameux macguffin pour poursuivre son intrigue, qui est finalement assez simple mais néanmoins efficace.

A bien y regarder, on ne peut s’empêcher de percevoir dans la ligne narrative consacrée au père des airs d’Odyssée (Ulysse qui veut rentrer chez lui retrouver sa femme Pénélope et son fils Télémaque), et dans celle du fils, comme un goût du Petit Prince. En terme de références, on aura vu pire, avouez. Sur le plan graphique, on retrouve avec plaisir Stephen Green, qui livre de très belles planches, qui alternent décors spatiaux grandioses et scènes de survie plus intimistes.

Sea of Stars puise ses références dans les racines de la science-fiction, autour d’une belle histoire d’amour entre un père et son fils.