Comics·Numérique

Trees

Comic de Warren Ellis et Jason Howard,
Urban Indies (2015), 162p., contient les fascicules US 1-8. 2 volumes parus.
Edition US Image comics (2014-2016). Série terminée en 2 volumes.

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Comme souvent en comics les couvertures sont très percutantes. Chaque chapitre (correspondant à un fascicule) est agrémenté d’une phrase descriptive.

Cela fait maintenant plusieurs années qu’ils ont atterri. Des « Arbres » gigantesques plantés sur le pourtour de la Terre. Depuis aucun contact, aucune réaction si ce n’est ces liquides destructeurs qui en sortent parfois, ravageant les abords. L’humanité vit cette attente en essayant d’étudier ce que les Arbres veulent bien laisser comprendre. La société a évolué à l’ombre de ces structures et chacun désormais essaye de trouver sa place dans ce monde qui a changé par cette seule présence.

Les publi Urban Indies m’intriguent souvent et l’éditeur français fait un remarquable boulot pour dénicher le meilleur du comics « indépendant » (c’est à dire sans super-héros) et surtout très rapidement (souvent moins d’un an après la sortie US). La parution de Trees et son pitch alléchant faisait partie de mes priorités en mode découverte.

Résultat de recherche d'images pour "trees howard"Et bien las, énorme déception, d’abord graphique. Je ne connaissais pas le dessinateur Jason Howard mais très franchement il n’a pas le niveau professionnel. Tant dans la colorisation que dans le trait, très rares sont les planches intéressantes dans cet album. Le style hachuré et l’utilisation informatique peuvent toujours se justifier, mais pour cela il faut une certaine maîtrise. Ici on a un niveau de fanzine et je suis très surpris qu’Urban ait tenté la traduction de cette série. Des styles particuliers il y en a dans la BD indépendante (notamment Tocchini sur Low) et j’ai maintes fois maugréé ici sur le manque d’exigence graphique des éditeurs américains, notamment quand c’est dû aux rythmes de parution. On peut comprendre qu’un illustrateur délaisse certaines planches pour aller plus vite (même Jerôme Opena) et que l’éditeur insère des sections dessinées par un jeune illustrateur (sur Thor par exemple) comme souvent aux US. Mais quand c’est l’album entier ça fait mal! Pour clôturer le chapitre graphique, je n’ai pris aucun plaisir visuel à lire ce premier volume, ce qui est rare.

Résultat de recherche d'images pour "trees howard"Passons au scénario, qui pourrait relever le tout. Alan Moore, je grand auteur, s’est fait une spécialité de prendre des illustrateurs disons, particuliers. Je n’ai jamais pu lire From Hell pour cela. Personnellement je peux lire une très belle BD dotée d’un mauvais scénario, j’ai plus de mal avec une très moche BD dotée d’un excellent scénario… mais j’y arrive en me forçant. Malheureusement ici le principal intérêt réside dans le pitch… qui ne va pas plus loin qu’un pitch. Alors oui, il y a cette base glaciaire où des fleurs poussent, ce président somalien qui décide d’armer son Arbre,… mais globalement les différents protagonistes ne sont guère intéressants et certaines thématiques assez centrales dans l’album semblent totalement décalées avec l’objet SF de départ (les transsexuels, les groupuscules fascistes, la condition de la femme). Les points d’intérêt des auteurs ne collent pas avec le point de départ et les rares éléments intrigants sont très mal exploités.

J’ai probablement été abusé par ce point de départ qui n’est pas le sujet de l’album, mais tout de même, le titre de la série, les couvertures, sont assez trompeurs. Si vous vous intéressez à des BD sociologiques d’anticipation, aux relations humaines interrogeant les archaïsmes sociaux, cette BD peut vous intéresser… si vous arrivez à accrocher aux dessins. Si vous vous attendez à une nouvelle saga SF passez votre chemin, vous allez être très décontenancés. L’impression qui m’a été laissée niveau scénario est un peu la même que sur le Black Science de Remender et Matteo Scalera (série très bien dessinée pour en revanche): un décalage entre le sujet et le traitement. Je crois que c’est le premier billet où je ne mets qu’un calvin et j’en suis désolé (par respect pour le travail des auteurs et par-ce que bien entendu j’essaie de lire des BD qui m’appellent) mais, ceci étant un blog, mon avis personnel est clairement de passer son chemin.

note calvin

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Comics·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Moonshine

https://www.babelio.com/couv/CVT_Moonshine-Tome-1_2169.jpgComic de Brian Azzarello et Eduardo Risso
Urban – Indies (2017), US Image (2016). Volume 1 (comprend les épisodes 1-6).

1929, la Prohibition. Un parrain de New-York envoie son homme de main Lou dans les Appalaches afin de convaincre Hiram Holt de lui vendre son exceptionnel alcool. Mais lorsque les jolis cœurs de la pègre newyorkaise débarquent avec voitures et mitraillette Thompson dans ce coin reculé et sauvage, les règles ne sont plus les mêmes et les cadavres atrocement mutilés qui apparaissent laissent penser que quelque-chose d’anormal se cache dans ces bois…

Urban continue son formidable travail pour dénicher le meilleur du comics américain dans son label Indies. Scénarisé par le vétéran Azzarello qui retrouve son comparse de 100 bullets (prix Eisner) l’argentin Eduardo Risso, Moonshine propose une histoire de loup-garou dans un contexte de Prohibition avec touts sa coloration habituelle des borsalino, berlines et mitraillettes à camembert.

Résultat de recherche d'images pour "moonshine risso"Je découvre donc les deux auteurs (connaissant leur réputation) et cet album confirme leur maîtrise chevronnée. Découpages variés, jouant sur les plans et les noirs, scènes muettes très chouettes. Techniquement tout est en place, efficace. L’intrigue narrée à la première personne est là-aussi classique des histoires de gangsters 1920: désabusée, enchaînant les séquences en va et viens sans que l’on ne sache qui veut quoi hormis la bête que l’on découvre dès les premières planches. L’articulation entre fantastique et mafia tarde à venir. Ce n’est pas bien grave car on est bien pris dans l’ambiance, mais on sent un certain train-train dans le couple artistique qui a dû produire cette série assez rapidement, sans grande prise de risque.

Résultat de recherche d'images pour "moonshine risso"Comme d’habitude dans le monde du comics la couverture est fort réussie… mais l’intérieur bien moins. L’illustrateur (que je ne connaissais pas) Risso n’est pas manchot, mais sa technique tout ordinateur avec des couleurs pas terribles produit un dessin pas mauvais mais franchement banal. On est à la croisée de Frank Miller (lorgnant parfois vers Sin city, parfois vers le Dark Knight), de Tim Sale et de Frank Quitely (pour le style de visages et la technique informatique). Plutôt de bonnes références mais je Résultat de recherche d'images pour "moonshine risso"trouve que l’artiste aurait dû assumer un graphisme vraiment noire en jouant sur les ombres en noir et blanc. Du reste les ambiances sont là: la magie est présente, les créatures de la nuit, les trognes des malfrats en tailleur rayé: la Prohibition est une période aussi graphique que le Far-west et c’est toujours très sympa d’y lire des histoires. Quelques passages oniriques en peinture directe cette fois-ci montrent la qualité de l’illustrateur et un album entièrement dessiné de cette façon aurait grandement gagné graphiquement. Les rythmes (mensuels) imposés dans la BD américaine incitent souvent de très bons artistes à produire certaines planches à la va vite. C’est probablement le cas ici.

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Comics·Nouveau !·Service Presse

Seven to Eternity

Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2017), Ed US Image comics (2016)
1 vol paru/2

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Album au format classique Indies Urban, couverture attirante même si on a vu plus inspiré (Urban avait bossé sur Tokyo Ghost en présentant une couverture différente de l’édition américaine et une édition N&B, ici ils reprennent exactement la couve originale). Comme habituellement on a du contenu additionnel avec une postface très intéressants de Rick Remender qui parle du travail de création (comme sur Low et Tokyo), dix pages de croquis de Jerome Opena et 6 couvertures alternatives. Par contre on aurait aimé avoir les illustrations des fascicules originaux. Enfin, petit soucis sur l’étalonnage des couleurs d’impression, c’est un peu fade si l’on compare à la version numérique. Clairement Urban est un peu passé à coté niveau éditorial ce coup ci, ce qui est inhabituel. Peut-être la volonté de sortir très rapidement le bouquin (parution en février aux USA, en novembre en France). L’éditeur reproduit le même tarif à 10€ pour le premier volume que sur ses autres parutions Indies, c’est super intéressant et bon coup pour attirer le lecteur. Malin.

seventoeternity-187521-1.jpgJe crois que je me suis encore fait prendre dans les filets de Rick Remender moi… Attiré par la couverture assez réussie (surtout en édition N/B chez Urban) j’ai pris l’album pour une critique sur Iznéo (en numérique donc). Assez sceptique sur les premières pages du fait d’un style graphique et de colorisation assez interchangeable sur pas mal de comics « industriels » et d’un monde de type Fantasy, au bout de quelques chapitres j’ai commencé à entrer dans un univers vraiment très original, subtile, à la fois en matière de design et sur les  thématiques. Sur une trame classique (un tyran voit des rebels se liguer contre lui), l’apport de Remender est celui de l’intelligence: le grand méchant, le « Maître des murmures« , n’a aucune force autre que celle de proposer à ses congénères d’assouvir leurs désir intimes. Lorsque ceux-ci acceptent ils deviennent des « capteurs » pour ce « Roi fange » qui peut ainsi voir, entendre, sentir au travers de millions d’individus. Quel pouvoir! Seven to eternity parle donc de la soumission volontaire et de la liberté individuelle (thème déjà central sur Tokyo Ghost). L’ensemble de l’intrigue repose sur ce concept de proposition, de torture intérieure que les personnages s’infligent seuls et qu’ils sont seuls à pouvoir résoudre… Le thème de la famille (et du père absent/défaillant) reste également central, véritable obsession et fil rouge du scénariste sur tous ses albums, de même que le pouvoir dictatorial qui soumet par la terreur, la délation, l’asservissement aliénant.

img_2223-e1460161093363-600x910Il faut reconnaître que l’entrée en matière est ardue, l’histoire commençant par un long passage du journal du héros fourmillant de termes spécifiques à l’univers, puis enchaîne sur une situation déjà installée. L’univers visuel est très original, organique, poussiéreux, et mêle fantasy (la magie est partout, un peu comme dans Lanfeust) et technologie type post-apocalyptique (fusils, pièces mécaniques). Dès les premières pages le héros va mourir, les méchants gagnent avant que l’on ne sache sur quelle terre on a mis les pieds… Bref, on est perdu et il faut attendre la confrontation avec le Maître des murmures (tous les termes sont vraiment poétiques et évocateurs) et l’incroyable retournement de situation pour pleinement entrer dans l’univers et l’histoire. Le lecteur est souvent malmené chez Remender et Seven to eternity ne déroge pas à la règle. C’est touffu, rapide. Ce plein demande une concentration particulière sur les premières pages mais provoque un vrai sentiment de satisfaction esthétique et intellectuelle. Rapidement on sent que l’on n’a pas affaire qu’à une énième série fantastique.

005_seventoeternity03Graphiquement Jerôme Opena (qui a déjà travaillé avec Remender sur la série parodique Fear Agent et dont le style me fait de plus en plus penser au grand Travis Charest) produit une partition assez impressionnants et le travail de création d’univers est sidérant! La Fantasy est souvent assez feignants avec ses nains, elfes et autres mages vaguement nécromants. Ici les marqueurs sont totalement détournés dans un sens jamais vu. Le joueur de flûte est à ce titre tout à fait marquant, de même que les acolyte d’Adam Osidis, chacun dotés de pouvoirs très recherchés. L’inventivité est de chaque instant, les auteurs ayant essayé d’innover à chaque objet, chaque pouvoir (comme ces flèches-serpent ou ces « clous » portant une partie de l’âme et du pouvoir des défunts).

Dans Seven to eternity le lecteur est surpris. Les premières pages montrent ainsi la défaite terrible des héros, les suivantes celle du maître des murmures… Pendant ces aventures l’on rencontrera des poulpes volants, des hiboux magiciens ou des dinosaures géants portant un portail quantique dans la gueule… Finalement cet ouvrage me fait penser au récent Jupiter Legacy de Mark Millar, qui mine de rien a renouvelé le genre super-héroïque avec la même intelligence et le même engagement que le mythique Watchmen. Seven to eternity pourrait suivre la même voie pour le domaine de la fantasy.

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Un autre avis chez Merry et Kloë.

 

BD de la semaine·Comics

Les rivages de l’espérance

Comic de Rick Remender et Greg Tocchini
Urban comics (2016-2017)/ Edition US Image (2015-2017)
Série LOW, 3 volumes parus. Volume 4 à paraître début 2018.

Ayant tenté la dernière série de Rick Remender sur le tard mais résolument conquis, je fais une séance de rattrapage à l’occasion de la sortie du volume 3 début  2017.

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Les éditions Urban produisent un travail remarquable en proposant l’intégralité des couvertures US, un résumé des épisodes précédents salutaire, des interviews et biographies des auteurs ainsi que quelques illustrations préparatoires. C’est très très complet, d’une maquette élégante et adaptée à chaque série. Le bouquin est au format américain en couverture mat avec la désormais traditionnelle tranche noire commune à tous les livres Urban (qui mériterait peut-être d’évoluer au moins dans les collections Indies…). Très classe.

Sur une terre à l’agonie, brûlée par son soleil devenu une géante rouge, l’humanité s’est réfugiée voici des millénaires au fond des océans, créant de nouvelles civilisations alors que des créatures mutantes apparaissaient.

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L’héroïne est une scientifique d’un optimisme débordant (l’exacte opposé du Grant MacKay de Black Science, l’autre série de Rick Remender) qui a repéré le retour possible d’une des sondes envoyées il y a longtemps dans l’espace à la recherche d’une planète habitable. Dans son odyssée vers la surface elle va se retrouver confrontée au destin tragique de sa propre famille. Dans les deux premiers volumes (très différents), Stel naviguait entre espoir et désespoir, voyant sa famille éclatée puis réunie mais subissant les années et l’éloignement. Dans le volume trois elle aboutit enfin à la surface et y découvre une terre encore plus hostile que les océans.

 

ob_e0496b_1819-low03-colorsLow est sans doute l’une des séries Urban dotée des couvertures les plus attrayantes. Coloriste incroyable utilisant des nuances très puissantes Greg Tocchini propose (comme souvent chez les illustrateurs américains) des mises en scènes qui ne donnent qu’une envie, celle de « plonger ». A l’intérieur le choc peut être rude et son style mérite de le digérer avec attention.

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L’illustrateur utilise des effets de loupe pouvant distordre les traits et ses dessins peuvent par moment paraître non finis (peut-être une mode, que l’on pourra trouver par exemple chez Bastien Vivès). Pourtant l’on ne peut pas dire qu’il abandonne ses arrière-plans tant ses cases fourmillent de détails (ce qui peut poser problème sur un format américain, asses compact). Sa maîtrise technique est pourtant impeccable et tant le design général qui a demandé un énorme travail de cohérence (inventer les civilisations qui existeront dans plusieurs millénaires!) que les corps des personnages, tout est in fine magnifique. C’est une histoire de goût et certains n’accrocheront pas, mais je vous assure que cela vaut la peine d’insister et de se plonger dans l’histoire shakespearienne de la famille Caine magnifiquement écrite par Rick Remender, l’un des scénaristes les plus intéressants du moment aux USA.

sjq0pqqk6qnugg1epnz6p2bluevzefnm-page15-1200Ce drame joue au yoyo entre situations totalement désespérée et immense espoir porté par une héroïne très attachante en mère protectrice. Les auteurs présentent une panoplie de vaisseaux sous-marins, d’armements empruntant vaguement à l’Asie (le scaphandre aux allures d’Ange est une grande réussite et presque un personnage à lui seul). Les sociétés isolées sous des dômes ont chacune suivi un chemin différent, de l’hédonisme antique à une organisation collective stalinienne ou des clans pirates décadents… Les humains ont développé une technologie de l’eau mais ne sont que de frêles créatures face aux léviathans qui peuplent les fonds des mers. L’art de la rupture est consommé chez le scénariste et chaque album a une unité spécifique, ne serait-ce que par le temps qui sépare l’intrigue de chaque volume. Les séquences d’action sont en outre très bien menées, avec une mention spéciale à l’évasion du tome 2, séquence d’action parmi les plus impressionnantes qu’il m’ait été donné de voir en BD (que l’on peut même rapprocher de l’acmé du genre à savoir Appleseed de Shirow).

low-splashpage-cropCette série (que l’on espère en durée courte pour ne pas diluer cette densité) est une équipée d’auteurs pas vraiment grand-public mais d’une grande intelligence. Une BD qui se mérite mais qui vous le rend bien, comme pour Tokyo Ghost que j’ai chroniqué il y a quelques temps.

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Ce billet fait partie de la sélection  22528386_10214366222135333_4986145698353215442_nhébergé cette semaine chez Noukette!

 

Comics·Rétro

Joe, l’aventure intérieure.

Comic de Grant Morrison et Sean Murphy
Urban comics (2012)/Vertigo-DC (USA 2010)
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Fabrication Urban comics standard, gros volume bien relié, cahier graphique et explicatif des auteurs conséquent en fin d’ouvrage. La maquette de la couverture est moins travaillée que sur les parutions récentes de l’éditeur mais néanmoins plus classe que l’édition originale. L’album est découpé en chapitres correspondant aux fascicules US, avec la couverture originale. Rien a redire.

Joe est un adolescent mal dans sa peau, immergé dans son univers imaginaire et ses dessins. Seul avec une mère très occupée, il rentre chez lui et subit une crise de diabète. Transporté dans un monde fantastique à cheval entre sa réalité et son imaginaire, il va entamer un parcours pour sauver la terre d’Hypoborée, mais également contre la mort s’il ne parvient pas à trouver rapidement du sucre…

Les préfaces de BD sont souvent plus des hommages qu’un apport pratique à la lecture. Ici le traducteur (médecin de son état) aborde la question du diabète du personnage principal, cause de son aventure et de l’album. C’est important car cela définit la construction et le découpage du récit, liant l’aventure fantasmagorique aux événements survenant dans le monde réwincklerjoeel et sautant d’une scène à l’autre comme seul un rêve peut le faire sans soucis de vraisemblance. Cela peut perturber le lecteur mais se justifie pleinement. Ainsi l’album a la linéarité classique de ce type d’histoire, accompagnée comme toute bonne quête héroïque d’une carte illustrée suivant les pérégrinations du héros dans ce monde imaginaire, stage par stage comme dans un jeu vidéo. Heureusement car les dialogues touffus s’enchaînent difficilement avec accumulation de termes issus de cet univers (l’enfant-qui-meurt, haute-terre, guerrier de fer, le chateau-foyer, etc…) Cela participe de la construction mythologique de ce monde mais se succède trop rapidement pour que l’on essaye de comprendre la logique de tout ça. Probablement par-ce qu’il n’y a pas plus de logique que dans un rêve. Tout ceci est un vrai voyage dans l’imaginaire déluré et totalement graphique (et sombre!!!) de Joe (ou de Sean Murphy?) et c’est le plus intéressant dans l’album.news_illustre_1349164464

J’ai découvert Murphy sur Tokyo Ghost où derrière la radicalité crado d’un scénario hyper-violent l’on pouvait percevoir des fulgurances poétiques et de design. On retrouve cela ici et notamment la très grande précision du trait de l’artiste malgré un style qui paraît croqué au premier abord. Rares sont les BD où les fonds de case sont aussi travaillés et précis. Le look des personnages est vraiment réussi, les plans encore plus gonflés que sur Tokyo et tout ça sent le lâchage d’illustrateur dans un bac a sable infini (pour notre plus grand plaisir). Murphy se fait plaisir  et insérant des rats-samuraï, batman et superman (l’éditeur est filiale de DC), Transformers ou Lobo (oui-oui!) dans les batailles épiques et l’on regrette presque que le scénariste ne lui ait pas plus simplement concocté une histoire héroïque classique au lieu de cette trame intéressante mais déprimante d’ado paumé entre deux mondes.potw_joe7

L’impression finale est entre une plénitude graphique, sorte d’orgie débridée, et le sentiment d’un décalage entre le sujet (intéressant et sérieux). Le projet est original et ambitieux, mais peut-être aurait-il fallu deux albums distincts, les envies du scénariste et celle du dessinateur n’étant peut-être pas exactement les mêmes… On garde cependant un bon album

 

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Fiche bdphile

 

Comics

Descender 1 – Etoiles de Métal

Jeff Lemire, Dustin Nguyen
Urban comics 2016
(première publication US Image comics 2014)

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Carnet de 14 pages en fin de volume, reprenant des couvertures alternatives, les biographies des deux auteurs, des croquis préparatoires et une sélection de comics indépendants publiés par Urban. Le contenu canonique (de très bonne qualité) chez Urban Indies. L’ouvrage est fabriqué en Roumanie.

Descender relate l’immersion de Tim 21, robot-enfant dont la fonction principale est l’empathie pour les humains, dans un monde au bord de la destruction, depuis que les Moissonneurs, robots planétaires ont fait une irruption destructrice dans le Conglomérat Unifié Galactique…

L’on est face à un vrai grand Space-opera comme je les aime et ce tome de mise en place entre dans le vif du sujet sans longues introductions, amenant déjà des thèmes classiques de la SF (quelques éléments de la suite de Dune par Brian Herbert, la société ancienne, l’origine des robots,…). Les personnages sont bien caractérisés, graphiquement attrayants, l’antagonisme intéressant et le mystère intriguant. Tout est en place pour nous donner envie de connaître rapidement la suite des aventures de Tim-21. Niveau dessin en revanche, si c’est très maîtrisé et apporte une originalité certaine, la technique de Nguyen donne souvent un aspect brouillon, non achevé, à la va-vite. L’aquarelle sur crayonné crée cela bien entendu, mais tout de même… planchea_305195L’on connaît les rythmes imposés aux auteurs américains et cette tendance (déjà vue sur Low de Remender, paru chez Urban) aux dessins « légers » ne me convainc pas du tout. Ce qui est dommage car cette technique étant assumée, l’on n’est pas en présence d’un auteur en progression, la suite sera du même tenant et personnellement je me contenterais de lire cette série (qui reste de très bonne qualité) en bibliothèque.

MAJ tome 2 aout 2017: La lecture du tome 2 confirme les premières impressions. Le dessin est vraiment léger alors que l’intrigue, le design et le découpage sont vraiment chouettes. Les sujets SF sont du reste assez classiques mais on se laisse prendre par cette histoire avec dans cette suite la question familiale de Tim-21 qui se renforce.

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Fiche BDphile

Comics

Tokyo Ghost

Rick Remender, Sean Murphy, Matt Hollingsworth91984

Urban comics – Indies (2016)

(version US Image comics 2015)

Ouvrage au format proche du comics, compact, élégant reprenant les cinq premiers volumes des fascicules américains. On notera avec plaisir le délai très court de l’adaptation française par Urban, avec une traduction très correcte. La couverture de l’édition française reprend celle du cinquième volumes américain. L’ouvrage est imprimé en Roumanie. Un cahier de 18 pages de bonus est inclus à la fin, reprenant l’ensemble des couvertures américaines, des croquis sur la création du logo, celle des personnages, sur la mise en couleur (toujours fascinant!) et des biographies des auteurs. La quatrième de couverture indique une histoire en deux volumes, information toujours précieuse. C’est (comme souvent chez Urban) un très bon boulot d’édition.

Rick Remender est l’étoile du comics indépendant du moment, avec des séries comme Fear Agent, Low ou Black science. Les choix d’association graphique de l’auteur ont la particularité d’être particulièrement homogènes et de se rapprocher d’un style européen. Il en est de même des thèmes et traitements que l’on pourra qualifier de « crus »… Il ne s’agit absolument pas d’une BD pour enfants tant les auteurs n’assument aucune contraintes dans leurs souhaits scénaristiques. C’est trash, gore, directe, sans compromis… et très loin du puritanisme codifié des grands éditeurs américains. Un esprit européen à 100% Et on aime!

Les thèmes de Remender ne sont pas nihilistes comme on peut le lire. S’ils sont clairement très noirs, il ressort toujours une forte note d’optimisme. Une clarté forte dans un univers très noir en somme. Dans Tokyo Ghost, nous suivons le chemin sanglant de Led Dent, une sorte de super-tueur à moitié cybernisé et sa dulcinée »tech-free ». Ce duo improbable parcourt un univers cauchemardesque où TF1 a gagné et zombifié l’ensemble de la population devant des programmes télé omniprésents, hyperviolents et pornographiques. Toute ? Pas tout à fait. Au japon survivrait un havre vierge de toute technologie que la multinationale Flak ne tolère plus… L’ensemble de la BD tourne autour de cette dualité technologie/nature. L’idée rappelle le film Wall-E avec ses humains obèses vissés devant leurs écrans, mais dans un esprit plus qu’adulte cette fois. Si un Black science patinait un peu dans ses premiers volumes, le cheminement de ce premier volume de Tokyo Ghost est particulièrement bien équilibré (bien que très tourné vers les carnages) et laisse peu de regrets une fois la dernière page tournée. On attend la suite avec impatience.

Addendum juin 2017: Le second et dernier volume est sorti et confirme largement les espoirs mis dans cette série, la meilleure de Remender à ce jour selon moi. Il est rare d’avoir des séries US aussi courtes et maîtrisées. C’est radical jusqu’au bout et intelligent en diable. Du coup on est pas loin des 5 « Calvin » de notation…

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Fiche BDphile