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Injustice – les dieux sont parmi nous, année 3

Comic de Tom Taylor et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 3/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban

Attention spoilers!

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badge numeriqueAprès deux années dont une seconde qui introduisait le Green Lantern Corp dans une surenchère jouissive on comprend désormais la structure de la série dans une ambition sidérale qui vise à balayer l’intégralité du corpus DC en parvenant à rendre presque crédibles les agencement théoriquement totalement WTF de personnages. Ainsi cette troisième année laisse un GL corp dévasté, un superman équipé de l’anneau jaune du corps de Sinestro et se concentre sur l’univers magique de DC (esquissé au travers de Zatana) avec un personnage central: le magnifique anti-héro John Constantine!

Injustice - Year 3 #02 | John constantine, Injustice, Comics onlineJe le répète souvent, je ne suis pas un fana de l’univers DC que j’ai toujours trouvé soit kitsch soit trop complexe et foutraque, tout cela trouvant son acmé dans l’archi-bancale Batman Metal. Certains aiment cela mais le principal problème est de ne jamais ouvrir la porte à des lecteurs occasionnels… Et justement, sous un aspect fun en mode What if? Tom Taylor est parvenu avec cet Injustice à l’improbable de rassembler tout le canon DC en le rendant absolument accessible, ce que je ne pensais tout simplement pas impossible jusqu’ici! De la même manière que le très qualitatif Black label en proposant des one-shot déconnectés ouvre une porte vers les lecteurs de franco-belge, cet Injustice a les mêmes vertus que les dynamitages Millardiens de Marvel (je pense à Red son ou Old man Logan) en évacuant le certificat de dcologie du lecteur avant de pouvoir lire l’album. C’est d’autant plus remarquable que le nombre de personnages du DCverse convoqué est très important. Mais leur intégration et surtout la fluidité du récit font que ce qui était bloquant sur Batman Metal passe Nikol crême ici.

Cette année est moins engageante que la précédente en laissant un peu de côté le côté gigantesque du combat entre Superman et les Green Lantern mais n’en oublie pas le canon de Georges RR Martin que Taylor a fait sien: exécuter sommairement les personnages à rythme régulier. C’est désormais une technique classique pour maintenir le lecteur en état de sidération permanent et c’est redoutablement efficace! Un poil plus complexe donc avec l’apparition de mondes parallèles, d’enfer, de mondes entre les mondes et autres états non mort/non vivant… tout ceci est lié par le personnage absolument craquant de Constantine qui joue le rôle d’un Deadpool de chez Marvel à force de vannes et de remarques en décalage (j’aime beaucoup le lattage de burnes de batman…). Le comic code authority est fort loin et nous assistons sans censure à des éviscérations, morts diverses (généralement bien brutales et inattendues), langage fleuri, j’en passe et des meilleures. L’humour très présent et très efficace participe également à ce déminage des aspects les plus grossiers de l’opération.

Mister Mxyzptlk And Trigon's Effect On Reality – ComicnewbiesDerrière toute cette action (magique donc) on devine une éventuelle explication à cet énorme craquage de l’homme d’acier qui une fois le Rubicon du meurtre du joker franchi ne semble plus avoir aucune limite morale hormis quand les personnes de Wonder Woman (la femme) et de Shazam (l’enfant) se rappellent à lui. Si la déconstruction des codes DC est jouissive on tique par moment sur ce qu’est devenu le l’éducation de papa et maman Kent malgré le traumatisme vécu par Kal-el et on espère que l’auteur a prévu sa chute. Comme toujours, plus on aime moins on tolère un atterrissage raté. Pour le moment, à mi-série, on reste dans un bon gros kiff que vous invite sincèrement à rejoindre à l’occasion de la ressortie de ces intégrales.

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Decorum #1

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Comic de Jonathan Hickman et Mike Huddleston
Urban (2021) – Image (2020), 184 p., 1/2 volumes parus.

Decorum fait partie des premiers albums à être lancés dans une nouvelle collection au format BD destinée à briser les lignes entre public Comics et public Franco-belge (démarche que je ne peux que saluer!). Il s’agit donc d’un format plus grand, habillé d’un vernis sélectif en couverture et d’une tranche dont le 1/2 titre doit se rejoindre avec le tome deux. Toujours sympa ce type de design dans la bibliothèque! Si l’ouvrage ne comprend pas à proprement parler de cahier bonus, le projet lui-même entrecroise planches de BD, pages de design pure, diagrammes, plans et textes d’accompagnement. Le design général, partie intégrante du projet, est très classe et rejoint les récents projets de Hickman qui semble féru de ce genre de compositions.

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Jonathan Hickman est un scénariste pointu qui propose des concepts aussi brillants que difficilement accessibles. De Secret Wars à HoX/PoX (chronique demain) en passant par son chef d’œuvre Black Monday Murders, on peut dire que l’américain aime plonger son lecteur dans un océan de sidération qu’il aide très homéopathiquement à surmonter! Le point commun de ces créations c’est l’absence de linéarité ou plutôt l’explosion de tout cadre permettant de se poser des balises de compréhensions, que ce soit temporelles ou dans les concepts historiques ou scientifiques. Attention, je ne suis pas en train de dire que Hickman est inintelligible, simplement qu’il assume un certain élitisme intellectuel qui pourra soit fermer violemment la porte à certains lecteurs, soit fasciner les plus tenaces et amoureux de la sophistication.

DECORUM #1-6 (Jonathan Hickman / Mike Huddleston) - Image Comics - SanctuaryDecorum arrive à point nommé dans cette biblio en proposant au dessinateur virtuose Mike Huddleston un open-bar graphique avec pour mission de transposer sur papier un univers futuriste extrêmement lointain où les concepts d’humain, de dieu et de réalité n’ont plus de raison d’être. Dans sa promotion de ce diptyque tout récent (la publication s’est achevée au printemps 2020 aux Etats-Unis) l’éditeur annonce une référence à l’Incal. Autant la série de Jodo et Moebius a toujours été totalement hermétique pour moi, autant j’ai réussi à me laisser porter par la féerie visuelle très évocatrice de Decorum. Après une entrée en matière plutôt didactique et intelligible, on alterne entre des séquences suivant une jeune coursière chargée d’un transport hautement délicat qui va se retrouver à faire équipe avec la plus redoutable tueuse de la galaxie… et un conflit galactique, cosmogonique entre l’Eglise de la singularité, sorte d’IA ayant atteint un statut divin, et les mères célestes, groupe très obscure et pourchassé à travers le temps et l’espace… Sur ces séquences aux planches aussi belles que difficiles à comprendre, toute la narration devient graphique via une alternance de techniques aussi variées que poétiques. On pense  dans ces moments à l’œuvre de Druillet et son successeur qui parvenait l’an dernier à allier maestria hyper-graphique et space-opéra grandiose mais intelligible. Sur le plan graphique Decorum ressemble ainsi à un concept-album voir à un art-book tant le support du récit est essentiellement visuel ou juxtaposé, faisant parfois s’interroger sur la qualité de « récit séquentiel » de l’objet…

All of Decorum is a Group Effort": Mike Huddleston on the Style and Art of  Decorum - SKTCHDL’album bascule de façon assez équilibrée entre l’histoire des deux filles suivant une trame classique dans la SF, les nombreux documents iconographiques et textuels que Hickman insère sur le même modèle que ses précédentes séries (et qui vont soit achever de vous paumer soit vous aider à vous accrocher) et la poursuite inter-dimensionnelle des deux organisations occultes. A la conclusion de cette première partie, si la première ligne progresse raisonnablement, le background et la problématique galactique reste très brumeux. Encore une fois on n’est pas perdu pour autant, les séquences « humaines » proposant une technique graphique fort agréable, très lisibles et agrémentées de scènes d’action tout ce qu’il y a de plus savoureuses. Si l’on ne prenait que cette tranche on pourrait la résumer à une affaire maffieuse à la Tarantino avec une jeune fille balancée au mauvais endroit au mauvais moment. Que va faire la tueuse de cette créature bien gênante?

A cheval entre le récit mystique jodorowskyen et la chevauchée badass de deux space-girls, le premier volume de Decorum nous laisse dans l’expectative d’un liant qui permettra de donner du sens à tout ceci. Ébahi par une beauté graphique certaine, on attend de voir si l’expérimenté Jonathan Hickman s’est oublié dans les délires de son comparse ou s’il compte au dernier moment nous confier les clés d’un univers fascinant…

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Black Hammer #4: Le meilleur des mondes

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Intégrale de 232 pages de la série Black Hammer, créée par Jeff Lemire et Dean Ormston. Contient Black Hammer: Age of Doom (2018) #6-12, Black Hammer: Giant-Sized Annual (2017), Black Hammer: Cthu-Louise (2018) et un récit de 12 planches paru initialement dans Free Comic Book Day 2019 (Dark Horse): General, puis The World of Black Hammer Encyclopedia (36 pages). En fin de recueil deux carnets de croquis (13 pages) et une galerie de couvertures (13 pages). Parution le 03/07/2020 aux édition Urban Comics.

Les aventuriers de la ferme perdue

Jeff Lemire et Dean Ormston concluent leur épopée super-héroïque avec ce quatrième volume de la série principale Black Hammer. Comme vu dans les trois premiers volumes, la série raconte les mésaventures d’un groupe de justiciers présentant tous des similitudes avec des héros bien connus de la Maison des Idées et de la Distinguée Concurrence.

Ainsi, Abraham Slam (sorte de Captain America vieillissant), Golden Gail (Une Shazam inversée), Barbalien (le Martian Manhunter local), le Colonel Weird (Adam Strange sous acides), Madame Dragonfly et l’éponyme Black Hammer (fusion de Thor et de Superman avec une bonne dose de New Gods), se sont-ils tous retrouvés piégés dans une bourgade américaine typique après avoir sauvé le monde d’un tyran cosmique nommé Anti-Dieu.

Après la mort soudaine de Black Hammer dès leur arrivée, les héros survivants ont du se rendre à l’évidence: ils n’étaient plus chez eux, et ne pouvaient en aucun cas s’éloigner du périmètre de la petite ville sous peine de finir comme leur leader. Certains héros, comme Abraham, y ont vu une chance de raccrocher et de profiter d’une retraite bien méritée. Mais d’autres, comme Gail, étaient déterminés à s’échapper par tout moyen.

L’apparition de Lucy, la fille de Black Hammer, dans leur ferme isolée en ébranla plus d’un, sans pour autant apporter de réel éclairage quant à la nature véritable de leur prison rurale. Lucy ayant hérité de la ténacité de son père, elle finit par découvrir la vérité: les héros de Spiral City étaient prisonniers, depuis le départ, d’une illusion fomentée par Dragonfly et Weird, afin de les maintenir à l’écart du monde et empêcher le retour d’Anti-Dieu ! Après avoir mis fin à l’illusion, voici les héros de retour dans le monde. Mais bien évidemment, rien ne se passe jamais comme prévu…

Suite et fin douce-amère (SPOILER)

Au vu de la conclusion du troisième tome, ce dernier volume de la série principale promettait une fin épique aux héros transformés en famille dysfonctionnelle. Le voile était levé sur leur sort, ce qui les amenait inéluctablement à une nouvelle confrontation avec Anti-Dieu.

Jeff Lemire, qui jusque là avait su faire monter les enchères tout en construisant une caractérisation solide de ses personnages principaux, s’offre un petit détour meta en début d’album, comme s’il souhaitait conserver encore ses jouets et faire durer le plaisir.

L’auteur nous offre encore quelques méandres de péripéties, durant lesquelles les héros dispersés et de nouveau amnésiques vont devoir se rassembler une nouvelle fois. Personnellement, si j’ai adoré voir encore les personnages auxquels il fut aisé de s’attacher à l’occasion des trois précédents tomes, je n’ai pas vu l’intérêt thématique de cet arc. Au contraire, il a eu tendance à faire retomber la tension dramatique accumulée dans le tome 3, qui culminait par la révélation des supercheries nécessaires de Weird et Dragonfly. Ceci a eu pour effet de me laisser tout le temps nécessaire pour repenser et anticiper la conclusion, qui, lorsqu’elle arriva, avait donc un air de déjà-vu et manquait quelque peu de surprise.

En effet, le caractère récursif du sacrifice des héros semblait, avec du recul, inévitable, aussi aurait-il surement été plus efficace de l’amener peu de temps après la révélation du tome 3. En revanche, le final demeure poignant et garde une saveur particulière due au sacrifice des héros, cette fois en connaissance de cause.

Notez que Black Hammer a engendré un univers étendu, qui a déjà commencé à être traduit en France, et même un crossover avec la JLA.

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Batman: Curse of the White knight

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Comic de Sean Murphy et Matt Hollingsworth (coul.)
Urban (2020) – DC (2019), One-shot.

Suite directe de White Knight.

Parmi la foultitude de sublimes cover de l’auteur, Urban a choisi quelque chose d’assez banal… Franchement dommage! L’ouvrage s’ouvre sur un résumé de l’épisode précédent et se conclut par un gros cahier comportant les huit cover alternatives, seize planches de l’album crayonnées, six pages de recherches graphiques, cinq illustrations originales et une bio des auteurs. N’en jetez plus! Comme sur le précédent ouvrage c’est très gourmand! A noter qu’une histoire sur Freeze est insérée en intermède avant le chapitre final (… coupant franchement le rythme et sans lien avec l’histoire, je vous conseille clairement de ne le lire qu’à la fin de l’album).

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L’épisode Napier a rebattu les cartes à Gotham où Bruce Wayne semble plus déterminé que jamais à en finir avec sa double identité en se révélant à la population comme le Dark knight. Mais lorsque le Joker lance sur l’univers du Batman un chasseur mortel et fanatique, Bruce voit son monde s’effondrer et doit remonter aux sources d’un conflit séculaire à Gotham city…

Sean Murphy avait marqué un grand coup avec son White Knight et la suite très tôt annoncée était un sacré pari au vu du risque de s’embourber dans des prolongations commerciales qui risquaient d’affadir la prise de risque originale. La mythologie Batman a grandement évolué ces dernières années, plus que jamais sans doute pour un personnage vieux de quatre-vingt ans tout de même, et Murphy a avec son dernier ouvrage entamé rien de moins qu’une proposition de conclusion de cette histoire…

Napier a fait beaucoup de bien. Mais il m’a détruit pour y arriver…

Batman: Curse of the White Knight (2019) -8- Book EightDisons-le tout de suite ce second volume est un peu en retrait par rapport au précédent, la surprise en moins sans doute. Si la partie graphique reste de haut vol, notamment avec la présence très charismatique du méchant Azrael, variation DC du Punisher, mais surtout par le talent indéniable de l’auteur à croquer des expressions dans les scènes de dialogues (Harley et le Joker sont à ce titre tout à fait charmants!), l’intrigue est moins innovante. En faisant le choix de mettre au cœur de son intrigue l’histoire secrète d’Edmond Wayne et de la fondation de la dynastie Wayne, Murphy alterne les séquences entre le XVII° siècle et aujourd’hui. Cette fondation est intéressante mais l’on ne peut s’empêcher de penser qu’on nous a déjà fait le coup environ un million de fois, ne serait-ce que dans la Cour des Hiboux. Du coup l’auteur se retrouve, un peu pris à son propre piège de courir après les coups de théâtre pour compenser une intrigue secondaire (l’historique) nécessairement lente puisque calée pour se révéler progressivement jusqu’à la conclusion. Et à ce niveau on peut dire qu’on va être servi avec un Sean Murphy qui assume comme dans le précédent tome une radicalité et une liberté de traitement des personnages assez bluffant. Pour le dire clairement, ça saigne dans Curse of the white knight, ça saigne beaucoup et ça ne s’arrête pas! On pourra dire à nouveau que Game of Thrones est passé par là, ça devient la ritournelle dans un monde de l’Entertainment tellement habitué depuis si longtemps à avoir des personnages increvables. Des morts il y en a déjà eu, exceptionnellement, chez DC, mais toujours de façon réversible. Ici on est pourtant suffisamment décroché du canon officiel pour envisager un côté définitif aux décisions scénaristiques de l’auteur. Surtout c’est l’essence même du projet que de déconstruire, détruire le mythe. Ainsi, Jack Napier a révélé les failles du système Batman et cet album vise à achever cette destruction.

J’ai gâché ta vie Dick…

Ce sont ainsi les liens avec le premier volumes qui posent les séquences les plus intéressantes. Si on perd l’aspect politique sulfureux on va plus loin dans l’exploration du batverse et de son questionnement adulte. Le personnage de Harleen est en cela passionnant comme une sorte d’insertion rationnelle dans un monde de fou, ses interventions sont diablement drôles, sexy, fortes. Bruce est abimé comme jamais, affaibli psychologiquement en nous montrant tantôt Barbara, tantôt Nightwing, tantôt Harleen seuls à même de penser la situation. Le doute a été instillé par le Chevalier blanc plus encore dans l’esprit du Chevalier noir que dans celui de la population. L’ouvrage aurait pu s’intituler Batman Apocalypse car nous assistons à la destruction d’un monde et sa renaissance. Projet sacrément audacieux, cohérent et intelligent.https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH551/batman_cotwk_-_01-7cfbe.jpg?1603631934

Difficile de dire si Sean Gordon Murphy aurait dû s’arrêter au White Knight. Il a pris un vrai risque et s’il ne parvient pas à égaler ce désormais mythique album fondateur, il propose une suite sacrément burnée, graphiquement superbe et profondément dépressive (comme tout bon Batman?). Il enfonce un avant-dernier clou dans un univers dont il se propose d’être un magnifique fossoyeur en offrant une courageuse conclusion à tous ceux qui pensent qu’une histoire doit avoir une fin. Des renouvellements de personnages il y en a toujours eu chez les super-héros, Marvel est un spécialiste de cela et personne n’a d’inquiétude sur la possibilité de repartir avec un nouveau personnage. La véritable conclusion de la trilogie doit arriver après que Murphy aura lancé son nouveau projet indé en crowdfunding, avec Beyond the white Knight. Mais Murphy croit à sa fin et moi, je le suis très volontiers.

Le « Murphyverse » prévoit d’autres histoires dans cette chronologie, avec prochainement un album dessiné par Matteo Scalera sur Harley Quinn mais également des ouvrages sur Nightwing et Batgirl annoncés.

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***·****·BD·Bilan·Comics·Manga·Nouveau !

Marathon lectures

Copie de Le Bilan 2019

Salut les bdvores!

A l’occasion du jury BDGEST’arts (dont j’ai déjà parlé), j’ai entamé un marathon lectures depuis début novembre, souvent hors de mes cibles habituelles et ça m’a permis de découvrir quelques pépites qui ne m’avaient pas fait envie ou que j’avais loupé. Je vous propose un avis bref sur une série d’albums cités par mes camarades de Jury comme candidats potentiels aux meilleurs albums de l’année…

  • Asadora (Urasawa – Kana – 2020), 3 tomes parus, série en cours.

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Urasawaest un des gros trous dans mes lectures manga. Cité par beaucoup de monde comme un des mangaka majeurs de ces dernières années, il était temps que je découvre son univers et son style… qui m’ont tout à fait conquis sur cette dernière série (en cours de publication depuis 2018 au Japon). Comme la couverture de Kana l’indique il s’agit d’un feuilleton mêlant fantastique et vie quotidienne autour de la jeune Asa dont le tempérament explosif m’a conquis dès les premières pages. L’intrigue de ce premier volume suit la jeune fille, dernière d’une famille nombreuse, dans des pérégrinations autour d’un typhon qui ravage Nagoya. Résolue à aider les gens du haut de ses douze ans, la fillette va mobiliser les énergies autour d’elle… On retrouve un peu de l’esprit positif d’Amélie Poulain dans cette ambiance qui permet de plonger au cœur du japon quotidien des années soixante et un dessin BD d’une redoutable efficacité. Du coup je vais enchaîner les tomes disponibles à la médiathèque avant de m’attaquer au grand œuvre 20th century boys

  • Après le monde (Leman – Sarbacane- 2020), one-shot.

couv_400409Sur le seul pitch je n’aurais pas donné un kopeck à cet album qui reprend un thème éculé: des enfants se retrouvent seuls après la disparition de toute la population et l’apparition de grandes tours au loin. Et pourtant ce premier album de Timothée Leman est très maîtrisé tant techniquement, avec une teinte gris-sépia fort élégante et cauchemardesque, que narrativement avec une histoire simple, linéaire, qui sait poser du mystère, de demi-explications et une progression vers un final impressionnant bien que laissant un goût d’inachevé. Je ne critiquerais pas, ce type d’histoire est a peu près impossible à terminer, attaquée soit par son côté cryptique soit par un happy ou bad end souvent vu comme trop facile. Cela reste un très bel exercice de style assez poétique, très beau, sur l’itinéraire de deux enfants livrés à eux-mêmes, et bien sur ces paysages urbains désolés, toujours fascinants.

  • GoSt111 (Easersall/Mousse – Glénat- 2020), one-shot.

Couverture de GoSt 111Cette fois-ci c’est graphiquement que je n’aurais pas osé cet album qui propose une adaptation très originale en BD des histoires back-office des systèmes de sécurité français comme le Bureau des légendes. Venu du scénario TV et associé à un ancien commissaire, Mark Eacersall nous plonge dans l’univers des indics de la police. Univers sale, légalement incertain, entre deux univers, on se passionne pour le destin de cet immigré serbe pas très malin qui se retrouve contraint d’endosser le rôle d’indic pour un flic pas vraiment ripoux mais pas bien réglo non plus. Ce thème, plutôt nouveau et passionnant montre que sur un sujet classique (le polar) on peut toujours trouver le biais qui ouvrira notre attention. Si les dessins font le job ce sont bien le scénario et les dialogues qui font le sel de ce one-shot à lire comme une très bonne série policière. Il ne serait d’ailleurs pas du tout surprenant que l’on en voit une adaptation sur petit écran dans les années à venir.

  • Glouton (B-gnet/Milan – 2020), 2 tomes, série en cours.

Glouton -2- La boule des neigesAttention, cela fait longtemps que je n’ai pas autant ri sur une BD, depuis le Grand méchant Renard sans doute (avec quand-même les Viocs en passant…)! Glouton est le plus dangereux prédateur du Grand Nord, mais devenu feignant il a grossi et va devoir regagner son statut… Des BD d’humour animalier il y en a autant que de types d’humour. C’est souvent drôle… Glouton se lit la larme à l’œil de la première à la dernière page en dressant des situations improbables, des dialogues décalés, le tout d’une finesse juste géniale. Pas sur que cet humour parle aux plus jeunes mais vous, lecteur adultes, foncez sur ce nouveau personnage qui vous fera vous poiler comme rarement!

  • Square Eyes (Jones/Mill – Delcourt- 2020), One-shot

Couverture de Square EyesNouvel OBNI au royaume de la BD avec ce très gros album carré tout à fait conceptuel qui propose une variation sur la réalité augmentée, les réseaux sociaux et un futur dystopique comme jamais vu en BD. Des films SF visuellement innovants sur ces sujets il y en a régulièrement. Des tentatives scénarisées d’aborder ces sujets en BD également, mais une telle proposition graphique je n’en avais jamais vu. Disons le tout de suite, Square Eyes n’est pas grand public. C’est long, très compliqué à lire du fait d’un découpage et d’une mise en scène volontairement embrumés comme l’est l’héroïne. En essayant de nous faire voir le monde tantôt de l’extérieur tantôt par les yeux de ces personnes connectées à un réseau global où une réalité augmentée se superpose au monde physique, les auteurs brouillent notre regard et nous fascinent. En sort un questionnement philosophique sur la réalité même du monde dès lors que la réalité physique devient secondaire. Il en est de même sur la temporalité et l’identité de l’être qui peut se voir pirater sa vision et regarder par des yeux d’un autre ou via un enregistrement passé… La transposition graphique de ce concept est variée, fascinante, créant des planches « ilinéaires ». On est perdu la plupart du temps mais convaincu d’avoir assisté à une sacrée expérience artistique en BD…

  • Killer smile (Lemire/Sorrentino – Urban – 2020), One-shot

Couverture de Joker : Killer SmileNouvelle sortie du décidément très qualitatif Black Label de DC, Killer smile nous propose la vision de deux auteurs , chevronnés et réputés, d’une idée très proche de la tentative avortée de Snyder et Capullo sur Last Knight on earth. La réalité Batman n’en finit décidément plus d’être attaquée par des auteurs qui cherchent non plus à remettre en question les constantes du Batverse mais à tout simplement en finir! Après la révolution White Knight (la critique du second volume arrive avant Noël, promis!), nous voilà à nouveau confronté à ce redoutable Joker, véritable manipulateur des esprits et du monde qui l’entoure. Partant du même pitch que Harleen, un jeune psy tente d’achever son protocole de soin psy sur l’homme aux cheveux verts sans se perdre et sa famille avec. Je n’en dis pas plus, les références citées suffisent, mais ce one-shot propose un vortex psychologique diablement réussi malgré des dessins que je crains un peu dans leur aspect crado-hyper réalistes. Si vous passez cette spécificité graphique, vous entrerez dans une narration manipulatoire qui cite bien évidemment le mythique Killing Joke et vous laissera groggy sans trop savoir si le Chevalier Noir va survivre à cette année pandémique…

  • Seules à Berlin (Juncker – Casterman – 2020), One-shot.

Couverture de Seules à BerlinLes histoires sur la défaite allemande et l’état de Berlin à la Libération sont à la mode. Est-ce une forme de revanche culturelle française? Toujours est-il que le sujet ne me passionne pas et que j’ai à nouveau pu découvrir un excellent album ma foi bien sombre (voir glauquissime par moments) sur un sujet bien funky: une allemande qui a perdu son nazi de mari sert de fille de joie à des officiers de l’armée « de libération » soviétique alors qu’une traductrice du NKVD, idéaliste, découvre la réalité des femmes dans ce pays détruit… Dit comme ça ça donne envie de se tirer une balle et les dessins en lavis gris sur des décors d’apocalypse ne font rien pour enjouer tout ça. Pourtant ce gros volume de 200 pages arrive à construire sur des dessins très simples une atmosphère via un découpage sec très rythmé et nous passionne sur ce microcosme humain extrême que seules les histoires de guerre ou Post-apo peuvent transcrire. Alternant entre l’ubuesque quête du squelette du Führer par l’administration soviétique et la relation entre les deux femmes (mais aussi avec les officiers, les vieux allemands rescapés,…), Nicolas Juncker nous happe dans cet enfer où les bornes morales ont depuis longtemps volé en éclat pour laisser les cœurs à nu dans la plus grande simplicité humaine ou inhumaine. Très bel album malgré sa dureté, d’un auteur que je découvre et que je vais suivre de plus près…

***·Comics·Nouveau !

Naomi, #1

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Comic de Brian M. Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell
Urban (2020) – (DC (2019), série en cours.

Dans sa recherche de renouvellement DC a confié au grand manitou Brian Michael Bendis la charge d’une nouvelle collection Wonder Comics qui se destine clairement aux teen/young adults en axant ses histoire sur de jeunes super-héros avec des planches particulièrement colorées. Le troisième et dernier album sorti en France est ce Naomi, dont le volume 1 est intitulé « saison un » en référence aux séries TV. L’album s’ouvre sur une préface de Bendis racontant la genèse du projet (assez pompeux et autocentré comme souvent dans les préfaces de comics) et se termine sur un cahier de recherches graphiques de quatre pages, deux illustrations et une interview assez creuse du dessinateur. Très formaté et sans grand intérêt niveau éditorial.

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Lorsque Superman s’écrase sur la bourgade de Port Oswego dans un affrontement avec Mongul, toute cette petite population tranquille s’en retrouve échauffée. Naomi, elle, découvre à cette occasion que ce n’est pas la première fois qu’un extra-terrestre survient dans ce lieu paisible et que ce qu’elle croyait connaître de son existence est bien différente…

MYSTERY COMICS: NAOMI #1, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal  CampbellEn terminant ma lecture de ce premier tome mon sentiment est ambivalent, entre l’impression d’être tombé dans le piège commercial du lancement très joli d’une nouvelle série calibrée pour son public cible et le réel plaisir graphique d’un personnage réellement neuf (ce n’est pas si fréquent) dans une galaxie DC surchargée. La lecture des préface et post-face confirment le produit très peu artistique d’un producteur qui tel un Mark Millar, va piocher dans le vivier des jeunes prodiges de l’industrie ce qui va caresser les yeux de lecteurs amoureux de graphisme, sans aucun travail de collaboration entre le scénariste et le dessinateur qui œuvre ici comme simple employé.

Une fois cela dit le démarrage de l’album est alléchant et titille la curiosité. Dès la couverture, très réussie, on repère la maitrise formelle inhabituelle de Jamal Campbell avec cet effet de flou et la gestion des informations sur différents plans y compris derrière le quatrième mur. Et dès les premières pages on est accroché par un découpage innovant comme cette alternance de gaufrier en mode témoignage qui rappelle le récent Mister Miracle et le jeu sur les cases dans le repas de famille où le cadre se rétrécit à mesure que Naomi sort de la conversation. De Superman il est question physiquement sur les toutes premières pages de l’histoire puis uniquement en références dans les dialogues, de façon lointaine comme pour le reste de la mythologie DC. Les connaisseurs repèreront sans doute des éléments connus mais pour le grand public il n’est absolument pas handicapant de ne rien connaître à ces univers puisque les explications sur le contexte se font de façon très didactiques et progressives. Il faut reconnaître une maîtrise scénaristique très propre avec une progression à la fois régulière, progressive et sans ces révélations brutales qui deviennent vite lassantes en comics.

Naomi (2019) No.5 - Comics de comiXology: WebEn seulement cent-soixante pages la mise en place psychologique de Naomi, enfant adoptée s’interrogeant sur ses origines, reste assez simple pour permettre de beaux combats et une conclusion dès cette première saison. On pourra trouver cela trop rapide mais force est de constater que l’on en a pour son argent, tant visuellement que dans le déroulé d’une histoire avec un début, une progression et une fin, sans fautes, sans ventre mou. C’est beau, c’est pro.

On pourra noter une expressivité assez limitée de l’héroïne qui découvre des révélations plus incroyables que la survenue de Superman sans beaucoup de réaction mais sur toute la première partie le lecteur est franchement pris par cette jeune fille qui voit se croiser son histoire personnelle de simple humaine adoptée avec celle de l’orphelin le plus célèbre de la Terre et de Krypton sans que l’on sache pendant longtemps si nous assistons simplement à un miroir psychologique du personnage. Comme souvent c’est la petite histoire rencontrant le fantastique qui fait le sel du genre super-héroïque. Par la suite on bascule dans un grand space-opera rappelant les Gardiens de la Galaxie, certes superbe au niveau des design et des dessins en général ce qui ramène Naomi à plus de banalité.

Pour le démarrage d’une nouvelle série et d’un tout nouveau personnage le produit est parfaitement calibré et réussit son office en proposant ce qui se fait de mieux en dessins de comics super-héroïques. Si l’étincelle d’originalité peine à se maintenir une fois la grande révélation sortie, on pourra aisément prendre cette première saison de Naomi comme un one-shot en espérant, sait-on jamais un rebond ambitieux dès le prochain tome.

**·Comics·Numérique·Rapidos·Rétro

Batman au XIX° siècle

Comic de Brian Augustyn, Mike Mignola et Eduardo Barreto
Urban (2009), 114 p. one-shot.
Précédemment publié sous le titre Gotham by gaslight.

Bruce Wayne rentre d’un long voyage en Europe alors que sévissent à Londres les atroces crimes de celui qu’on dénomme déjà Jack l’éventreur. Alors que la vie mondaine commence à ennuyer l’héritier de Gotham, la police dirigée par le commissaire Gordon découvre des cadavres mutilés sur le même modèle que les victimes londoniennes… Bien vite le justicier nocturne de la cité reprends du service, bien décidé à protéger sa ville.

badge numeriqueAprès l’expérimentation d’Azarello et Bermejo sur Luthor j’ai décidé de me lancer dans une autre trouvaille qui remonte un peu, la variation steampunk sur Batman par monsieur Mignola. Sur le papier le paquet semble très alléchant avec un auteur réputé pour son exploration des mythes gothiques et l’idée d’une chasse entre le plus grand détective du monde Batman - Gotham by Gaslight - Mike Mignola, Brian Augustyn, Eduardo Barreto  - cartonné - Achat Livre | fnacet le plus grand assassin de l’histoire. Pour commencer je précise que l’album (assez court) rassemble deux histoires qui si elles ont pour point commun de se situer toutes deux dans une uchronique Gotham du XIX° (uchronique car transposant bien Bruce Wayne à cette époque et non son grand-père…), sont fort différentes tant graphiquement que scénaristiquement. Le principal apport original de ces histoires est de présenter un Wayne que l’on ne voit plus beaucoup dans les albums d’aujourd’hui: dandy, roublard et ravi de son mode de vie. On est bien loin du sombre milliardaire torturé et vaguement sociopathe… La brièveté des deux histoires rend au final cette lecture sympathique mais assez vide, loin d’une ambition supposée. La résolution de l’intrigue est finalement bien vite envoyée, sans enjeu réel sur l’itinéraire du Batman. Le design général ne déborde pas du simple gothique, le seul côté steampunk apparaissant dans la seconde intrigue et son dénouement surprenant. Contre toute attente le plus faible des deux est bien le Mignola même si le dessin du second épisode est sommes toutes vraiment classique et assez éloigné de l’aspect Dark-Knight… Au final cette lecture n’est pas franchement ratée mais bien peu ambitieuse et assez vite oubliée.

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**·Comics·Numérique·Rapidos·Rétro

Luthor

Comic de Brian Azzarello, Lee Bermejo et David Stewart+ Jose Villarubia
Urban (2006-2019), 114 p. one-shot.

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Lee Bermejo fait partie de la Top list des dessinateurs virtuoses les plus réputés du circuit et comme beaucoup de membres de cette liste… il a très peu publié. Plus illustrateur de couvertures que de planches intérieures (ce qui est compréhensible au vu de sa technique photo réaliste et de sa colorisation très poussée), il est connu surtout pour son énorme Joker avec son comparse Brian Azzarello. Poussant l’idée de ce dernier sur la Némésis de Superman, le duo propose une analyse psychologique centrée sur un méchant et comme sur Joker, Batman comme superman sont quasi absents de ce one-shot. Nightwing Falling Quotes. QuotesGramSouffrant des mêmes difficultés que toutes les histoires de superman que j’ai lu (hormis Red son et Injustice, et pour cause: Kal El y passe du côté des méchants…), Luthor fait un peu du surplace avec un personnage bien connu pour son idéalisme humain et sa jalousie envers ce Dieu tombé du ciel. Le scénario d’Azzarello ne va pas plus loin que le pitch de départ et si le début (qui a peut-être inspiré Zack Snyder sur Dawn of justice…?) nous accroche avec justement une alliance entre Lex et Bruce qui aurait pu être le cœur de l’intrigue, l’histoire se prolonge avec la classique création d’un super-humain voué à contrer l’homme d’acier. Le scénariste semble ne pas avoir su choisir entre ces différentes directions et sur une relativement courte pagination on passe d’une micro-histoire à une autre. Le dessin de Bermejo est moins poussé, moins inspiré que sur Joker, plus épuré aussi avec une évolution de sa colorisation qui aboutira à son style actuel, photoréaliste très impressionnant vu sur Damned ou sur la cover très alléchante de ce Luthor. Etrangement les séquences les plus efficaces sont celles mettant en action Batman et superman, la vision de ce dernier, très sombre, proche du faciès de Darkseid (le grand méchant de l’univers DC), l’image presque naïve de Luthor nous laissant un peu impliqués.

Inabouti, ce projet semble n’avoir pas su dépasser le concept lancé avec succès sur Joker alors que le personnage focus ne recouvre pas du tout la même psychologie. L’album se lit néanmoins sans ennui, notamment pour profiter des dessins tout de même très agréables. A réserver aux fanas de Bermejo ou de Superman.

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**·Comics

Le Batman qui rit #2: Les infectés

Second volume consacré au personnage crée par Scott Snyder et Greg Capullo. Cet album de 289 pages comprend les épisodes suivants : Batman/Superman #1-5, Black Adam: Year of The Villain #1, The Infected: King Shazam, The Infected: Scarab et The Infected: Deathbringer. Parution le 12/06/20 chez Urban Comics.

Rira bien qui rira le dernier

Récemment, lors de la saga Dark Nights: Metal, Batman a du affronter des versions alternatives de lui-même, représentant tout ce qu’il craignait de devenir: un assassin sans remords, un exécuteur sans pitié, et pour l’un d’entre eux au moins, un irrécupérable psychopathe.

Parmi ces reflets déformés issus du Multivers, on a fait la connaissance du Batman qui rit, sorte d’amalgame impie du Chevalier Noir et de son ennemi le Joker. Retors, pervers et sadique comme a pu l’être le Clown Prince du Crime, redoutablement intelligent, prévoyant et manipulateur comme sait l’être le protecteur de Gotham, le Batman qui rit est l’un des êtres les plus dangereux qui soient.

Ayant survécu à ses dernières péripéties, le Bat-sadique n’a pas regagné sa dimension d’origine. Il s’est terré en préparant la phase suivante de son plan: infecter notre monde avec sa toxine du Joker pour le modeler à son image. Il va ainsi mettre ses machinations en branle et infecter six premiers héros, afin de se servir de ces nouveaux messagers pour répandre l’infection.

Qu’il est agréable de mou-rire !

Batman et Superman, la crème de la crème, auront donc fort à faire contre ce Batman qui rit. Aussi intelligent qu’imprévisible, il va donner du fil à retordre au Meilleur Détective du monde, car ce dernier est trop peu habitué à être confronté à un adversaire de son niveau sur le plan intellectuel. On va donc assister à un jeu du chat et de la (chauve)souris entre les deux Bruce Wayne, ponctué de combats contre ces nouveaux infectés.

Si le récit en lui-même n’est pas déplaisant, il faut en revanche admettre que les interludes, eux, ne représentent pas un intérêt primordial, et sont donc de l’ordre du superflu. Ces interludes vont même jusqu’à casser le rythme de la saga, qui n’est en elle-même pas tout à fait palpitante.

Le personnage du Batman qui rit, intéressant, voire fascinant lors de ses premières apparitions, perd un peu de sa superbe étant donné qu’on en a déjà fait le tour auparavant. Il se banalise donc ici en méchant sadique du type « mouahaha« , même s’il faut lui accorder le mérite de nous démontrer que Batman se révèle finalement être un Joker bien plus dangereux que l’original.

La fin de la saga prend un rythme bien plus soutenu mais déroule l’intrigue bien trop facilement. En bref, le Batman qui rit, personnage emblématique de la saga Metal, s’offre le luxe de la redondance mais ne parvient pas à convaincre complètement. A réserver aux fans de Batman et aux lecteurs des précédents tomes.

***·Comics

Heroes in crisis

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Récit de 224 pages, réunissant les 9 numéros de la série DC Comics Heroes in Crisis, écrite par Tom King et dessinée par Travis Moore, Clay Mann, Lee Weeks, Mitch Gerads et Jorge Fornés. Parution chez Urban Comics le 15/11/2019.

Thérapie de groupe

Dans l’univers DC Comics, les héros costumés font office de parangon de vertu, remparts inébranlables contre l’adversité, défendant le commun des mortels face à un monde dangereux. Mais comment réagiraient les honnêtes gens en découvrant que leurs héros, leurs protecteurs, ploient parfois sous le poids des épreuves et des sacrifices ? Auraient-ils toujours confiance en leurs héros ?

C’est sur ces interrogations que Tom King a construit sa série limitée Heroes in Crisis. Dès le premier numéro, on apprend que les super-héros, à l’initiative de Superman, Batman et Wonder Woman, bénéficient du Sanctuaire, un endroit secret et anonyme où ils peuvent récupérer des blessures physiques et psychologiques subies pendant leurs missions.

Un jour cependant, les choses tournent mal et un massacre est perpétré. De nombreux héros trouvent la mort, alors que deux suspects improbables se dégagent: Booster Gold, héros vantard et inconséquent venu du futur, et Harley Quinn, partenaire pas-si-psychotique du Joker.

L’inconvénient ici, c’est que chacun d’entre eux est persuadé que c’est l’autre le coupable. Mieux encore, ils ont chacun été témoin du massacre commis par le second. Qui a raison: le second couteau dont les trafics temporels ont déjà failli découdre le tissu du réel, ou bien la tendre moitié du pire criminel ayant jamais existé ?

Heroes Dead And Gone

Difficile d’être crédible si l’on qualifie Tom King de manchot. Le monsieur a tout de même dans sa bibliographie des œuvres récompensées telles que la série Miracle Man, The Vision, et a également laissé sa patte sur le Chevalier Noir en personne, après le relaunch de Rebirth.

Heroes in Crisis (2018-2019) No.4 - Comics de comiXology: WebL’auteur semble trouver le sel de son travail dans des ambiances intimistes, laissant la part belle à la psyché parfois torturée des personnages. King semble avoir un don pour se glisser dans la peau de héros même secondaires, afin de faire ressortir leurs fragilités, leurs doutes, leurs peurs.

La série est en effet émaillée de courtes scènes représentant les séances de thérapie de ces héros hésitants, blessés et insécures, loin de l’image imperturbable qu’ils donnent à voir au grand public. Le reste de l’intrigue se consacre à la course contre la montre afin de déterminer le coupable, dans la tradition assez classique du whodunit. Le traitement non-linéaire peut donner un aspect décousu à l’ensemble, surtout si l’on prend en compte les différents shenanigans qui nous expliquent le fin mot de l’histoire, et qui, disons-le, n’ont pas fait grand sens à mes yeux en première lecture.

Hormis cette résolution d’intrigue alambiquée (à cause d’un élément qui relève nécessairement du spoiler), Tom King nous offre une plongée dans l’esprit torturé des héros, une façon élégante de remettre en cause à son tour la figure super-héroïque.