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Ether

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Deux premiers tomes de 114 pages, d’une série écrite par Matt Kindt et David Rubin. Parution dès 2017 aux US chez Dark Horse, parution en France le 21/09/2018 et le 30/08/2019 aux éditions Urban Comics, dans la collection Urban Indies.

Blondin avait publié un avis à la sortie du premier tome.

Enquêtes mortelles au pays des rêves

Boone Dias est un aventurier d’un genre bien particulier: après avoir découvert une nouvelle dimension, nommée l’Éther, ce scientifique rigoureux bien que controversé s’est lancé à corps perdu dans son exploration, devenant au fil des années une sorte d’enquêteur attitré pour cet univers régi par des règles étranges.

Si Boone Dias a pu résoudre des affaires toutes plus inextricables les unes que les autres dans l’Ether, c’est grâce à son esprit affuté et son absolu pragmatisme, qui sont à contre-emploi dans un monde dont le substrat semble défier toute logique. Le scientifique-explorateur met en pratique la fameuse Troisième Loi de Clarke, qui veut que toute science suffisamment avancée soit indiscernable de la magie, si bien qu’il perce aisément tous les mystères qui se présentent à lui en se raccrochant à ses connaissances.

Mais si l’Ether représente le rêve de tout aventurier, sa découverte et son exploration ont eu un coût exorbitant pour Dias: le temps passant différemment dans chaque monde, le scientifique a du laisser derrière lui sa vie terrienne, sacrifiée sur l’Autel de la Science…

Le Sherlock Holmes transdimentionnel

Lors d’une de ses excursions dans l’Ether, Boone va se voir confier une enquête bien particulière: élucider le meurtre de la Flamme d’Or, la gardienne réputée invincible du royaume. Ses investigations périlleuses vont le mener dans les recoins sombres et inexplorés d’Agartha, la capitale, et le confronter à son insidieux adversaire, Lord Ubel, gardien du savoir de l’Ether, maître de la duplicité et fourbe ourdisseur de complots les plus retords.

Dès les premiers chapitres d’Ether, on est frappé par la dynamique très holmesque de l’univers mis en place par Matt Kindt. Comme l’incontournable détective de Baker Street, Boone est un homme gouverné par la raison, doté d’un esprit si cartésien et détaché qu’il en devient presque antipathique, car sa manie de décortiquer les évènements magiques de l’Ether l’empêche d’en saisir toute la beauté (il faut savoir également qu’Arthur Conan Doyle n’aimait pas Sherlock, ou en tout cas, il souhaitait dénoncer à travers ce personnage le détachement scientifique).

Boone Dias se paie même le luxe d’avoir à ses côtés un Watson, en la personne de Glum, une Irène Adler en la personne de Violette, sans oublier son Moriarty, se cachant sous les traits de Lord Ubel.

Malgré ses manies, Boone reste un personnage attachant, notamment du fait des sacrifices auxquels il a consentis pour pouvoir explorer l’Ether. Chacun de ses retours dans le monde réel, chacun de ses départs pour le monde magique est déchirant, ce qui confère une dimension humaine à cet aventurier hors du commun.

Le dessin de David Rubin donne une forme spectaculaire à l’Ether, le dessinateur espagnol sait parfaitement rendre tangible l’architecture étrange et les personnages bigarrés qu’on y croise. Grâce à son trait, on saisit bien aussi la différence entre les deux mondes, par les jeux de couleurs notamment.

Les deux tomes d’Ether parus chez Urban comics sont une belle découverte, idéal pour combler votre confinement !

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Joker

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Comic de Brian Azzarello, Lee Bremejo et Patricia Mulvihill
Urban (2009), 122 p. one-shot.

badge numeriquecouv_375433Album hautement réputé qui développe le mythe moderne du Joker en prolongeant Killing Joke par un one-shot uniquement dédié à la Némésis de Batman, Joker est un monument! Étonnamment, très peu d’éditions de cet ouvrage sont sorties avec seulement une réédition en 2013 agrémentée d’un cahier graphique et une ressortie sous les couleurs du Black Label plus récemment. Cet album de dix ans déjà n’a absolument pas pris une ride et semble avoir fortement inspiré le Dark Knight de Christopher Nolan bien que les deux créations aient été réalisées en même temps. Le film Suicide Squad reprend le personnage du narrateur de l’album. Enfin, évidemment, le très récent succès du film Joker emprunte certains éléments psychologiques et le grand réalisme du projet.

Asile d’Arkham, Gotham city. Le portail s’ouvre. Une ombre apparaît. Le Joker vient d’être relâché. Le prince a perdu son royaume et compte bien le reconquérir. Pour cela il doit rendre visite aux plus grande criminels de Gotham, sa façon: barbare et démente. Lorsque le Chevalier noir est absent le crime se répand. Joker est le prince du crime et voici ce qu’il se passe lorsqu’il n’affronte par son alter-ego…

Résultat de recherche d'images pour "bermejo joker"La couverture de cet album, hautement provocatrice est inscrite dans la veine trash des Arkham Asylum et Killing Joke en donnant naissance quelques années plus tard au Deuil de la famille de Snyder et Capullo. Cette seule image, ultra-réaliste tout en gardant l’esthétique d’un dessin BD est un chef d’œuvre qui dit le projet dans sa totalité. L’album doit évidemment beaucoup à Lee Bremejo, passé par Wildstorm avant de lancer 100 bullets avec son comparse Azzarello où il se situe dans la lignée directe de Frank Miller. Son dessin évolue ensuite vers une ligne plus réaliste, naviguant entre du Eduardo Risso et tirant vers Alex Ross. Le risque de ce style graphique est l’aspect figé du photoréalisme… défaut que n’a jamais Bermejo, qui parvient dans Joker à associer un vrai talent de mise en scène en mode polar noir, esthétique BD dans les encrages très dentelés et le mouvement. La colorisation de Patricia Mulvihill est absolument parfaite avant que Bermejo passe en couleurs directes sur le dernier Batman: Damned.

Résultat de recherche d'images pour "bermejo joker"J’avais déjà apprécié l’art de la mise en scène d’Azzarello sur d’autres albums. Dès les premières pages on comprend que la focale ne lâchera pas ce Joker d’exception, qui n’aura jamais été aussi réaliste, aussi réussi. Totalement fou, il profite de la quasi totale absence de Batman pour attirer toute l’attention. L’idée était risquée tant la rareté fait souvent la qualité et tant ce méchant iconique brille souvent par ses apparitions aussi improbables qu’inexplicables. Et c’est pourtant cette absence du héros qui permet à l’ouvrage de donner toute son ampleur barbare, comme une illustration que le clown ne souffre d’aucune concurrence sur la scène du théâtre pour donner toute sa démesure. Beaucoup d’albums laissent penser qu’ils ont été réalisés pour leur future adaptation ciné. Et si ce Joker pourrait donner un superbe film (mais en a donc inspiré plus d’un…), la BD garde sa propre spécificité qui nous faire dire qu’animée cette histoire ne serait pas pareil. Du fait du pouvoir du crayon de Bermejo sans doute.

Résultat de recherche d'images pour "bermejo joker"Construit comme une longue chasse du Joker contre ses adversaires du crime, l’ouvrage est narré par un personnage pas si anodin qu’il n’y paraît. Sorte de Robin du Joker, il le craint comme il l’admire lors de ce ballet sanglant. Tirant le texte à lui Jonny rééquilibre une histoire qui aurait pu sombrer à n’être qu’une illustration du Joker. Et il permet d’utiliser tous les codes classiques du polar qui donnent une saveur noire et glacée aux nuits de Gotham. Le réalisme de l’approche parvient en outre à réinventer les personnages classiques de Batman avec une imagination et une pertinence indéniable.

Album hors norme (déjà passé à la postérité et ayant influencé tous ceux qui viennent après) que vous soyez féru de la mythologie Batman ou non, Joker est pour moi je plus grand album autour de Batman que j’ai lu avec le White Knight (qui utilise également cette inversion d’attention entre le Joker et le Batman). Une lecture indispensable, un régal de BD qui vous fera peut-être découvrir, cerise sur le gâteau, un des dessinateurs majeurs du comic US.

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Sushi & Baggles #26

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  • Tsugumi Project  #3 (Ippatu/Ki-oon) – 2019, 3 vol. parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

couv_381451Cette excellente série continue sur sa lancée avec des volumes assez différents et une pâte graphique dans un style crayonné rapide qui donne une dimension chaotique et terriblement esthétique à ce japon post-apo. Après les scènes d’action du précédent volume le rythme se repose un peu ici avec le retour du singe géant rencontré plus tôt et l’arrivée d’un nouveau personnage qui semble signifier la présence d’humains dans ce monde dévasté. L’album fait toujours la part belle aux paysages, pérégrinations muettes et échanges de vannes et de grimaces entre Léon et Doudou. Du coup ça se lit assez rapidement mais avec plaisir et toujours de nouvelles découvertes de créatures et personnages aux design géniaux. On sent que le projet prends sa source dans un univers graphique… ce qui peut laisser un peu de côté l’avancée de l’histoire. Entre recherches matérielles et infos progressives sur Tsugumi et la faune locale, l’intrigue est assez linéaire, mais Tsugumi project reste un très bon manga d’atmosphères montrant si besoin était la force du post-apo pour proposer des visions fascinantes.

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  • Ex-Arm #5 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2017

badge numeriquecouv_309944La troisième mission de la série commence très bien, juste après le redoutable Cliffhanger du précédent où toute la petite équipe se retrouvait prisonnière dans l’esprit d’Akira. Ce premier tiers de l’album permet d’installer une ambiance à la Inception, alors que l’équipe anti ex-arm tente de réveiller je jeune homme pour les libérer de la réalité virtuelle… ce qui permet bien entendu de provoquer quelques séquences sexy entre Akira et Minami. Je ne reviendrais pas sur les nombreux plans de petites culottes qui restent moins appuyés et vulgaires que dans Sun-ken Rock et ne dérangent pas outre mesure surtout quand on regarde la qualité graphique générale du manga qui flatte vraiment les yeux… Malheureusement une fois cette affaire résolue les auteurs nous lancent dans une dérisoire affaire impliquant une ex-arm, qui outre d’être très mal traduite avec coquilles en prime, n’est pas intéressante faute d’une narration suivie. On retombe dans les travers du début de série avec la très mauvaise habitude d’installer des coupes temporelles ou spatiales sauvages qui rendent le suivi compliqué. Comme l’intrigue ne brille pas par son originalité ni son ambition, ce cinquième volume apparaît comme un intermède bien dispensable. C’est dommage car la séquence VR promettait de bien belles choses et se paie le luxe de lancer quelques pistes qui, on l’espère seront reprises plus tard.

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  • Ex-Arm #6 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2017

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Ouf, le précédent volume n’était qu’un vague loupé entre deux et ce sixième tome installe enfin une histoire un peu plus sophistiquée en remettant l’aspect sexy aux seules tenues de l’androïde et surtout en proposant une intrigue simple mais efficace autour d’une vente aux enchères d’Ex-arms entre certaines des familles les plus puissantes du crime mondial. Les auteurs nous placent donc toute une ribambelle de personnages (très caricaturaux comme souvent en manga) dans le huis-clos d’un hôtel de luxe où nos héros vont se retrouver embarqués dans une partie de Blackjack fort sympathique en ce qu’elle permet de jouer sur les cadrages, de faire monter une tension de thriller un peu plus posée que ce l’action effrénée qu’on a eu jusqu’ici. On vire Mission impossible où Akira tente d’utiliser ses capacités pour deviner les statistiques qui permettront à Minami de l’emporter… Pour le côté graphique ça reste absolument royal, élégant et techniquement parfait. On a donc un début d’intrigue intéressant, faisant monter le niveau d’ambition dramatique, avec des méchants charismatiques, bref, un des meilleurs volumes jusqu’ici pour une série grand public qui reste vraiment sympa à suivre malgré quelques défauts.

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  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 1, 1° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2014

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badge numeriqueTrès grosse surprise que cette excellente lecture! Si vous suivez ce blog vous savez combien je suis sceptique sur l’univers DC et son traitement par les scénaristes, ne trouvant hormis dans les album Batman, que peu de choses à sauver. Avec ce projet issu d’une série de jeux vidéo et alimenté par une fournée de dessinateurs et une couverture de jaquette de jeu j’aurais du fuir… Le pitch m’ayant toutefois fortement éveillé j’ai tenté le coup, et pris mon pied comme jamais depuis Red Son, autre histoire de Superman. L’idée: Alors qu’il s’apprête à être papa l’Homme d’acier voit le Joker commettre l’irréparable. Il décide alors de rompre avec son non interventionnisme et d’imposer la paix mondiale en utilisant ses pouvoirs partout où des personnes malveillantes agissent. Très vite deux groupe se forment dans la Ligue de justice. Pour les soutiens de Superman la fin justifie les moyens. Autour du Chevalier noir d’autres restent attachés à une règle morale d’airain… On le voit, Red Son comme le film Dawn of justice apportaient déjà ce sujet passionnant du rôle des super-héros et de la seule morale comme limite à un pouvoir absolu. Si ce traitement est passionnant avec une radicalité qui montre Superman tuer (on n’est pas chez Disney) et devenir assez flippant, le rattachement de cette histoire à des thèmes d’actualité et un contexte réel de la guerre en Irak ou en Syrie, des dictateurs africains ou de la péninsule arabique font poindre l’étincelle qui sort immédiatement cet album du lot des histoires de super-héros. Outre des dessins vraiment de très bon niveau avec une grande harmonie entre les différents dessinateurs, les dialogues sont bien menés, avec un rôle comique d’Harley Quinn très réussi. Je n’attendais plus depuis longtemps d’histoire adulte de super-héros avec de vrais enjeux qui rangent les délires cosmiques liés à Darkseid, aux boites mères et aux inter-mondes dans un placard. C’est une histoire politique avec des super-héros. Ce qui a passionné la planète dans le MCU revient ici chez DC et crée une grosse envie. Tout simplement excellent.

La série est découpée en cinq années de deux tomes (soit onze tomes), une suite intitulée Ground zero et une autre, Injustice 2, en cours de publication chez Urban.

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Death or glory #1

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Comic de Rick Remender et Bengal
Urban (2019) – Image (2018), 137 p.
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Depuis Tokyo Ghost je suis les publications de Rick Remender presque les yeux fermés. Lorsque les premiers visuels de Death or Glory sont sortis je n’avais pas particulièrement d’attente pourtant, les histoires autour de la culture de la route US ne m’attirant pas vraiment, malgré une couverture très réussie niveau cadrage et colorisation. Le fait d’avoir un frenchie aux dessins a sans doute joué dans la promotion de ce titre et le traditionnel prix de lancement à 10€ chez Urban m’a convaincu de tenter le coup.

Glory a été élevée sur la route, dans la « famille » des routiers indépendants, sortes d’indiens hors de la société et tenant plus que tout à leur liberté. Lorsque son père tombe gravement malade elle décide de passer à l’action. Plongée dans les eaux troubles ds trafiquants d’organes et des policiers corrompus, elle ne pourra compter que sur son sang froid de pilote et son bolide…

Résultat de recherche d'images pour "death or glory bengal"La couverture annonce clairement la couleur: Remender et Bengal vont vous envoyer au pays des routiers et des bolides tunés dans des rodéos endiablés sur l’asphalte du sud américain… sauf ce premier volume d’une série qui s’annonce relativement courte, s’il démarre effectivement sur les chapeaux de roue et ne nous laisse pas deux minutes de répit, est loin de proposer autant de bagnoles et de courses que par exemple le carton de l’an dernier Il faut flinguer Ramirez. Death or Glory se placerait plutôt dans l’esprit des films de Tarantino bien déglingos et trash, voir par certains côtés par Largo Winch et ses fuites endiablées à coup de cadrages décalés. On a donc une histoire de trafic d’organe particulièrement sordide qui se chevauche avec une héroïne décidée coûte que coût à sauver son paternel malade du foi. Foi, organe,… vous l’aurez compris le braquage original va vite dériver sur le terrain des gangs mexicains et notre jolie pilote va montrer tout au long de ces cent pages combien elle encaisse les pains et court plus vite que son ombre.

Résultat de recherche d'images pour "death or glory bengal"L’album démarre dans un Diner par une scène improbable qui nous fait demander si nous ne sommes pas dans une histoire fantastique. Que nenni: si les méchants sont particulièrement dérangés (un batave équipé d’une sorte de lame à l’azote liquide et ses consœurs, l’une aveugle l’autre muettes mais toutes deux férues de machettes king size), Remender nous délivre une intrigue tout ce qu’il y a de plus terre à terre avec pour ambition première l’action et le plaisir. Il insère sur un chapitre le flashback qu’il affectionne (même formule que dans Tokyo Ghost par exemple), utilisant ces quelques pages pour régler le passé des héros et pouvoir reprendre sa course.

Niveau dessin j’avais beaucoup entendu parler de Bengal et dois dire que je suis légèrement déçu. Non que le dessinateur français ne sache dessiner, mais hormis les couleurs et la dynamique indéniablement réussies, le trait vaguement cartoon dans les expressions casse un peu l’aspect grave de l’histoire et nous présente plus Glory comme une énorme veinarde que comme une héroïne badass. Ce premier tome est très correcte, largement au-dessus des standards américains, mais ne brise pas non plus les rétines. Résultat de recherche d'images pour "death or glory bengal"Dans une BD d’action le plus important étant du reste l’efficacité des découpages et sur ce plan c’est aux petits oignons.

Annoncé comme le carton comics de l’année, ce Death or Glory vous procurera du plaisir efficace en vous rappelant les films de gangsters cracra mais ne surprendra pas beaucoup. Disons que pour une mise en route le job est fait avec une galerie de personnages particulièrement réussis pour le panthéon des crapules et une héroïne un peu en retrait et passive. Faisons confiance à Rick Remender, excellent scénariste, pour gérer la progression de son intrigue qui pour l’heure ne dépasse pas de bonnes BD d’action de consommation comme les Hit-girl. Personnellement j’attends un peu plus de cet équipage.

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Seven to Eternity #3

East and west

Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2019), Ed US Image comics (2018), 3 vol parus.

couv_367583Le troisième tome de l’odyssée mortifère d’Adam Osidis et du Roi fange arrive enfin et je peux vous rassurer de suite: Jerôme Opeña est de retour en intégralité sur ce volume après un intermède très dommageable sur le précédent livre. La couverture puissante invoque le retour du grand archiviste (la mort) entraperçu sur le premier tome. Comme d’habitude, après un lancement attirant avec un prix à dix balles et moultes bonus, Urban nous sert ensuite le service minimum: album, couvertures de chapitres en brut et quelques couv’ alternatives. Je parlais cette semaine de Daniel Maghen, on en est loin et on se demande en quoi consiste le boulot d’éditeur. Bref…

Après la mort de la reine blanche, Garils, le roi fange est libéré de ses liens et peut maintenir son emprise sur Adam Osidis, de plus en plus convaincu qu’il doit lui faire confiance. La quête des sources de Zhal les conduits chez les pirates du ciel, dirigés… par le propre fils du roi Fange. Alors que ce dernier montre encore une fois sa capacité à prendre soin de ses dévoués, la fraternité continue la poursuite, sans savoir qui de Garils ou d’Osidis sera le plus dangereux…

Rick Remender est sans conteste pour moi le plus impressionnant des scénaristes américains en activité. Loin de la notoriété d’un Mark Millar qui peine souvent à aboutir ses exceptionnelles idées, il est une sorte d’aristocrate du comics, ayant officié sur beaucoup de séries de super-héros mais œuvrant depuis des années dans l’indépendant avec une exigence graphique et thématique assez hors du commun. Beaucoup ont pointé le caractère pessimiste, voir dépressif de ses bouquins, ce qui est vrai. Comme tout grand auteur il y a des constantes dans on œuvre, comme la filiation, la responsabilité paternelle et l’insoluble recherche du bon choix…

Il y a de tout cela dans Seven to eternity, série exigeante et dont on sent la recherche de difficulté à chaque choix d’écriture ou de dessin. Il en découle un univers visuel unique proposant des versions totalement originales de grands concepts tels que les pirates, la mort, les ancêtres… Surtout (je le dis dans une critique que deux!) cette série est dotée d’un méchant que je vais qualifier d’aussi charismatique et fascinant que le Thanos du film Infinity war! Sans être le seul moteur de cette histoire, le roi fange permet au scénario de maintenir une tension permanente autour des choix du héros, le torturé Adam Osidis qui tôt dans la série fera le choix de sauver le tyran pour se sauver et sauver sa famille.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity 3 opena tomber de haut"Dans les deux précédents tomes Osidis était un être en questionnement, assumant difficilement ses choix. L’intervention brutale du fils de Garils et la menace immédiate qu’il fait peser sur son « sauveur », de même que le sauvetage du clan Osidis par les hommes du dictateur poussent le héros à passer à l’action, résolument, pour sauver son « ami ». La subtilité de Remender est de ne pas surjouer le machiavélisme du méchant. Il juxtapose simplement les faits (l’action positive de Garils sur la vie d’Osidis) et les idées. Il confronte Osidis comme un pragmatique face aux idéologues incarnés par Gobelin et la reine blanche. Le lecteur est perturbé comme jamais, se retrouvant dans la peau du personnage sans aucun élément lui permettant de déterminer objectivement ce qui est bien et ce qui est mal. Complexe et intellectuellement passionnant!

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity image"Graphiquement Opeña est au top, même si on regrettera des arrière-plans assez vides. Mais ses personnages sont tellement travaillés et surtout le design de chaque créature, personnage, architecture, sont tellement originaux et réussis qu’on lui pardonne volontiers cette économie (… qui permet sans doute de tenir une cadence correcte entre chaque volume). Seven to eternity surprend constamment, que ce soit dans la violence crue, le décalage entre le récit a posteriori d’Osidis qui ouvre chaque chapitre et l’action que l’on découvre. Surtout, Remender nous propose un récit éminemment politique dans lequel on peut trouver sans difficulté un commentaire de notre monde, du rapport des citoyens au pouvoir et du rôle des élites entre esprit visionnaire dictatorial et réponse aux demandes des administrés. Dans une amérique trumpiste fascisante comme jamais on ne peut que saluer la capacité de cet auteur à dresser une analyse si adulte dans un habillage de dark fantasy de loisir. Ce n’est pas si souvent que l’on peut lire de la BD d’aventure à la réflexion si poussée. Pour moi il s’agit de la série la plus réussie de Remender avec le génial Tokyo Ghost.

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Sushi & Baggles #11

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  • Isola #1

isola-tome-1Les quelques planches diffusées sur le web pour ce comic récent m’avaient laissé par terre et il avait aussitôt rejoint ma pile de BD à venir. Et je dois dire que dès la couverture et tout au long des 150 pages du premier tome on a les yeux qui brillent. Pas tant pour le dessin lui-même, très pro sans être exceptionnel, mais plus pour l’ambiance générale, les couleurs sublimes et le design génial où l’on sent des auteurs inspirés. L’inspi majeure annoncée est celle de Miyazaki et son Princesse Mononoké mais aussi du mythe d’Orphée et Eurydice. Cette histoire d’amour impossible entre la capitaine de la garde et sa reine métamorphosée en tigre, dans une itinérance vers Isola, l’Ile des morts, ne ressemble à rien de ce que vous aurez déjà lu. D’abord car c’est une histoire d’amour platonique homosexuelle comme on n’en voir que très peu en BD. Ensuite par l’approche assez rude de la Nature. On a Résultat de recherche d'images pour "isola comic"souvent l’impression de lire un long métrage d’animation dans Isola, avec cette approche complexe, japonaise, toute en sous-entendus, presque zen et contemplative. Les expressions du soldat sont très réussies malgré un vague sentiment que les personnages ne font que suivre un cours qui les dépasse. Du coup le lecteur a un peu de mal à accrocher ces héros sans prise sur leur destinée. La construction scénaristique volontairement compliquée (entre présent et passé, réalité/monde des esprits) ne facilite pas les choses et c’est la bande de chasseurs qui donne le plus envie de connaître la suite de ces aventures en faux-rythme. Ces quelques partis pris n’empêchent pourtant pas de s’immerger dans cet univers baroque, sauvage et poétique. Point bonus pour la maquette superbe et les bonus comme Urban en fait rarement. Au final, si la partie graphique vaut le coup à elle seule, on attend la suite pour voir si l’on aura affaire à une très grande série ou à un projet abscons…

Résultat de recherche d'images pour "isola comic"Le #1 comporte les épisodes 1-5. La série continue sa publication chez Image aux Etats-Unis depuis janvier 2019 en étalant les issues tous les deux mois (contre 1 mois pour ceux du premier volume). Du coup on peut attendre un second volume en France probablement débit 2020.

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  • Atomic Robo

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour cette poilade.

Atomic Robo est une série d’action délirante publiée depuis 2007 aux Etats-Unis, sur douze volumes. le Robot en question a été créé par Nicola Tesla en 1923 et depuis, passe son temps à sauver le monde contre les génies du Mal, créatures géantes et autres inventions démoniaques. On est clairement dans le même esprit que le très drôle Shirtless Bear Fighter publié l’an dernier. Publié dans la collection comics « Paperback » de Casterman qui jouit d’un très bon écho dans la presse et blogs (format comics, couverture reliée avec quelques effets pelliculés mais pas de bonus… et petit détail, est imprimé en France!), la grande qualité de ces aventures repose sur leur écriture très vive jouant beaucoup sur l’absurde des situations et la répartie du héros. Si le dessin n’a rien d’extraordinaire, il reste lisible et le travail d’expressions (improbable) de ce robot limité à la fermeture de ses paupières métalliques est étonnant. Avec un dessin plus qualitatif on arrivait au niveau du Skybourne de Frank Cho, une de mes pépites de l’an dernier. Malgré la simplicité format timbre-poste des intrigues (en mode porte-monstre-trésor), les auteurs arrivent à varier les plaisirs absurdes comme cette expédition sur Mars où les techniciens ont oublié de donner des lectures au Robo pour les deux ans de voyage. Arrivé sur place il se vengera sur Stephen Hawking, responsable de son calvaire, au travers d’étonnantes constructions… Personnage invincible, le Robo est un gros bourrin qui disserte entre deux mitraillages, sur la possibilité théorique que des fourmis géantes existent. On se marre tout le long et on en redemande!

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Joe Shuster, un rêve américain

Le Docu du Week-End

 

Roman graphique de Julian Voloj et Thomas Campi
Urban (2018), 184 pages, one shot.

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joe-shusterL’album comprend 158 planches, une préface, une post-face du scénariste expliquant le projet et une vingtaine de pages de références et citations de différentes cases de l’album. Il s’agit d’un véritable roman graphique qui n’est pas lié à l’éditeur DC mais lancé par Julian Voloj  qui a recruté l’italien Thomas Campi pour l’occasion. La dimension documentaire est évidente et c’est ce qui rend l’album passionnant, avec la post-face qui détaille l’enquête du scénariste et l’aspect très documenté du livre. L’ouvrage a été lu en numérique, je ne peux donc commenter la fabrication par l’éditeur français Urban.

Deux jeunes américains installés avec leurs familles à Cleveland vont inventer un mythe en même temps qu’un genre éditorial dont la popularité est aujourd’hui mondiale: Superman et les super-héros! Le récit est fait au travers du dessinateur, jeune juif dont la famille a émigré récemment au Canada et qui rêve de faire de la BD. On apprend comment son ami Jerry Siegel invente Superman et son histoire, comment ils parviennent dans un premier temps à vivre de leur création avant de constater qu’ils se sont fait manipuler par un éditeur cupide qui les laissa ensuite dans une quasi-misère!…

Résultat de recherche d'images pour "joe shuster campi"Comme souvent c’est le graphisme qui m’a fait venir à cet album improbable, et c’est l’histoire qui m’a passionné! Une histoire humaine, les auteurs derrière le mythe. La chronique d’une époque, l’Amérique des années 30-40, le monde de l’édition de comics de l’intérieur, où l’on croise certains Stan Lee ou Bob Kane, où l’on apprend mille détails peu connus sur la réalité de ces héros de l’imaginaire (comme après exemple le fait que Bob Kane co-créa Batman en s’accaparant toute la gloire, auteur qui avait les pieds sur terre et que le dessinateur Campi n’hésite pas à comparer à son Joker…). C’est une histoire dramatique que l’on lit. Après les premières années de jeunes rêveurs, très vite la réalité des froids capitalistes les rattrape et les écrase: on leur vole leur création par un contrat trop vite signé, qui cède l’intégralité de la propriété du personnage à l’éditeur, de façon perpétuelle! De jeunes naïfs ont commis l’erreur de leur vie et alors que le créateur de Batman et d’autres auteurs aujourd’hui réputés deviennent rapidement très riches, eux passent une vie de rigueur, Siegel hanté par ce vol et Shuster rattrapé par des problèmes de santé et de vue. Ce n’est finalement que grâce à la sortie du film de Richard Donner et de l’argent que le studio Warner s’apprêtait à engranger que les deux auteurs sont finalement reconnus comme les créateurs de Superman et mis hors du besoin, à soixante ans passés… Une histoire incroyable que personnellement je ne connaissais absolument pas et qui donne beaucoup de précisions sur le fonctionnement d’un monde éditorial qui n’a sans doute pas tellement changé de l’autre côté de l’Atlantique. La question du droit d’auteur est essentielle et la situation chez l’Oncle Sam explique la fréquence des rappels des auteurs des personnages, chose moins courante chez nous.

Résultat de recherche d'images pour "joe shuster campi"Côté dessins Campi aborde deux techniques entre le récit de Shuster et l’époque récente. Le scénariste souhaitait représenter la vieille Amérique de l’Age d’Or dans un graphisme proche des tableaux de Hopper et son dessinateur y parvient parfaitement en offrant des planches très belles, colorées et esthétiques. L’élégance très rétro nous immerge dans une époque utopique où les valeurs semblaient simples et raccord avec l’idéal d’auteurs perdus dans leurs imaginaires. Résultat de recherche d'images pour "joe shuster campi"L’album nous montre aussi beaucoup de références qui ont permis d’aboutir à Clark Kent ou à Superman: Harold Loyd, les immeubles de l’époque, Moïse et les BD pulp de science fiction de l’époque… mais aussi des planches originales très rares des autres créations du duo.

L’album est gros mais se lit d’une traite, passionnant de bout en bout en nous présentant autant la démarche créative, l’amitié de deux gamins des années 30, le marché du comics et l’argent qu’il génère… on a le sentiment d’avoir absorbé une histoire du comic américain aussi facilement que le visionnage d’un documentaire animalier. Le travail de Julian Voloj a du être très conséquent et accouche d’un grand album que je vous invite très vivement à vous procurer, que vous soyez amateur de comics ou non.

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