Comics·East & West·Nouveau !

Batman Metal #1

esat-westComic collectif
Urban (2018) – DC (2017), 232 p. vol 1/3.

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L’édition Urban est un peu étrange, et pour cause, Métal étant l’aboutissement des Rebirth de l’éditeur, il est particulièrement ardu d’aider la lecture tant le nombre d’éléments et de publications aboutissant à Métal sont nombreux. Du coup on nous propose une double page introductive avec quelques-uns des personnages qui interviennent dans le volume et un résumé de l’histoire éditoriale des « Crises » de DC eu le principe du Multivers. Cela a le mérite de donner quelques bases pour les nouveaux venus ou ceux qui ne passent pas leur vie à ne lire que du DC, mais c’est insuffisant pour aider la lecture. Du coup je conseille de lire les pages situées en fin de volume avant la BD. Côté maquette c’est classique (j’apprécie la rapidité de la sortie de la version française), avec une jolie couverture de Greg Capullo correspondant au premier volume US de Métal… pas l’illustration la plus belle de cette saga mais ca reste très bon. L’album comprend les épisodes des différentes publications: Dark Days: la forge #, Dark days: le casting ,#1, Metal #1 et 2, puis des épisodes de Teen titans, Nightwing, Suicide squad et Green Arrow. Cela aura une importance comme je vais l’expliquer…

Depuis des siècles Hawkman enquête sur un étrange métal qui serait lié à la naissance des héros. Batman lui-même semble avoir découvert des éléments suffisamment graves pour qu’il les cache à la Ligue de Justice. Le journal d’Hawkman semble indiquer que depuis la nuit des temps une des tribus humaines primordiales est liée aux chauves-souris et à un démon caché dans un Multivers noir. Soudain le monde bascule…

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Metal est présenté comme l’événement majeur (… comme tous les six mois chez les Marvel/DC?) de ces dernières années, au même titre que le Doomsday Clock. Après la lecture de ce premier volume (Urban va publier rapidement la suite, le second volume étant sorti, le dernier paraissant en novembre) je peux dire que c’est à la fois vrai et faux, sans doute du fait de l’agencement choisi par l’éditeur français. Dans ce volume il y a en effet une première partie assez monumentale et complexe, constituée du prologue et des deux premiers épisodes de Dark Knights Metal (je signale le pluriel dans le titre de la VO, qui a une raison…). On nous propose de découvrir via l’enquête mystérieuse du Batman, ce qui pourrait être à l’origine de tout, des univers DC, de Batman, des super-héros! L’impression que tout se tient et que les scénaristes ont préparé cet événement depuis des années, depuis la Cour des Hiboux notamment est assez impressionnante! Il est toujours très plaisant de trouver une cohérence dans un univers imaginaire, surtout dans les mondes de super-héros qui nous ont habitués à des tombereaux d’incohérences et de Deus ex machina fastoches. En outre les auteurs font un réel effort de pédagogie pour ne pas perde les non spécialistes. Cette alliance d’enquête (pour la forme), de cohérence d’univers et d’un design vraiment fort donne beaucoup de points à ce Métal et donne vraiment envie de continuer la lecture (ce qui est rarement le cas pour moi dans les BD Marvel/DC je le précise).

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Après le deuxième épisode de Dark Knights: Metal… on tombe malheureusement dans du « porte-monstre-trésor » avec l’avancée des Teen Titant et de la Suicide Squad dans un Gotham transformé et se confrontant aux méchants de l’univers Batman… alors que celui-ci a disparu. Graphiquement ça c’est plus que correcte, c’est drôle par moment, mais ça manque terriblement d’ampleur. J’imagine qu’Urban était un peu obligé de présenter ces épisodes dans la trame général du run mais c’est vrai que ça fait un peu remplissage et très franchement l’album aurait pu s’arrêter après les quatre premiers épisodes. A voir sur l’ensemble si cet agencement était vraiment nécessaire.

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La partie graphique est en revanche de très haut niveau et je peux dire que sur les huit dessinateurs aucun ne peine à la tâche. Les design et thématiques visuelles liées à l’apparition des créatures du Multivers noir et globalement le design des anti-batman créés par Capullo sont l’une des grosses réussites de ces dernières années en matière de héros DC et l’on a un certain nombre de planches vraiment très graphiques, comme les américains savent les faire.

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On a bien quelques idées visuelles totalement WTF (le robot à la mode Power-Rangers du début!!!), mais c’est assez vite oublié… pour peu que la suite de l’intrigue assume le côté sombre, cauchemardesque et révolutionnaire de l’univers DC. J’avoue qu’avec la White Knight de Sean Murphy (… je dois en parler à chaque billet Comics, non? 🙂 ) les visuels postés à grand renfort de teasing par Snyder et Capullo sur Metal avaient créé une très grosse envie chez moi… cette envie graphique s’est transformée en envie scénaristique tant les concepts développés sont intéressants et novateurs (au niveau de ma connaissance très limitée de cette histoire éditoriale). Pour moi l’essai est en passe d’être transformé… en fonction des deux volumes à venir.
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Seven to Eternity #2

East and west

Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2018), Ed US Image comics (2016), 2 vol parus

seven-to-eternity-tome-2Je vais aller droit au but sur les deux points négatifs de cet album: l’intervention d’un nouvel illustrateur sur les deux chapitres centraux de l’album (de qualité très moyenne) et la maigreur des bonus proposés au regard des superbes couvertures originales (qu’Urban a choisi de détourer alors que la version US était mise en page au format affiche de cinéma) et des interviews et croquis du t1. Les couvertures alternatives en fin d’album ne compensent pas vraiment ce manque.

Ceci étant dit, parlons de l’album et de la suite du périple des Mosak après leur enlèvement du Roi Fange (la critique du premier tome est ici). Comme je l’avais expliqué, l’univers est touffu, le nombre de concepts très important, mais puisqu’on est dans le second volume ce contexte nous est désormais un peu plus familier. Nous reprenons le voyage alors que des morts ont eu lieu dans la communauté et qu’Adam Osidis est suspecté de vouloir se soumettre au Maître des murmures pour sauver sa vie (il est très malade). Très vite ils sont attaqués et seront contraints de se séparer et c’est bien l’objet de ce volume pour le scénariste (qui semble construire son intrigue un peu comme dans LOW, avec séparation en plusieurs récits parallèles): les trahisons ou suspicions de trahisons au sein de cette « famille » comme Gobelin aimerait la voir.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity trahison"Le design général est toujours aussi puissant et si le scénario prends plus de temps et propose moins de pages démentielles que l’introduction, la relation avec Garils, le maître des murmures, est centrale et absolument fascinante. Ce colosse sème le doute avec une telle subtilité que le lecteur n’a absolument aucun moyen de savoir s’il est sincère ou manipule les autres. Sans doute un peu des deux et c’est ce qui en fait un méchant incroyable. Avec Seven to eternity Remender est en train d’inventer un nouveau concept: l’anti-méchant, pendant du anti-héros et auquel on tendrait à s’attacher!

Nouveau concept de ce volume, le marais, sorte de monde parallèle omniprésent qui peut corrompre l’âme de ceux qui s’y sont physiquement noyés. Via ce « personnage » les auteurs développent le background sans non plus en dévoiler beaucoup. La lecture reste exigeante et demande de la concentration tant on ne nous fais pas beaucoup de cadeaux explicatifs. Mais les réponses viennent plus loin.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity harren"Par certains éléments on revient vers une fantasy plus classique (le village des elfes ailés, proches de la nature) et des thèmes récurrents chez Remender (l’écologie), qui font un peu perdre de l’originalité. Ces passages correspondent aux deux sections centrales dessinées par James Harren et c’est là que le bas blesse. Malheureusement situées en plein cœur du récit, qui plus est avec plusieurs scènes d’action importantes, ce graphisme vraiment pas terrible brise la lecture à la fois thématiquement et quand à l’immersion dans cet univers fantastique. La section finale dessinée par Opena et mettant en face Osidis et ses choix est très puissante et permet de revenir dans l’histoire mais cette rupture de milieu d’album est dommageable sur le plaisir global. J’espère vraiment que cette incursion n’est que passagère et que Opena réalisera l’entièreté du prochain album (à paraître cet été aux Etats-Unis). Du coup je retire un « calvin » à la note du premier tome, sur une série qui reste néanmoins majeure.

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Black monday murders

esat-westComic de Jonathan Hickman et Tomm Cocker
Urban (2018) / Image comics – US (2016), 240p. 2 vol. parus aux USA (8 épisodes).

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Comme d’habitude chez Urban, les couvertures originales (magnifiques) et des croquis de l’illustrateur sont proposés en fin de volume sur 18 p. Le design général de l’album, de la langue de Mammon et des documents intégrés participent d’une esthétique très efficace. La couverture est parlante, intriguant, efficace.

En 1929 et à d’autres époques les crises financières majeures entraînent des morts. Suicides? Pas certain… Une confrérie dirigeant la banque d’affaire Caïna-Kankrin semble liée à des forces occultes qui proclament que l’argent est la force qui dirige le monde depuis la nuit des temps…

Black Monday Murders est une création assez unique à plus d’un titre. Ambitieuse (très ambitieuse!), elle aurait tout à fait pu sortir du cerveau d’un Alan Moore tant le propos intellectualiste s’allie parfaitement au polar pour produire un récit complexe, mystérieux, qui flirte en permanence avec l’abscons sans pourtant perdre le lecteur qui se raccroche en permanence à un élément subtilement donné. Le scénariste parvient à équilibrer la complexité qui fait partie intégrante du projet et l’intelligibilité pour le lecteur. L’ouvrage en devient totalement fascinant ; personnellement je ne suis absolument pas certain d’avoir compris quelque chose à ce premier tome tout en ayant pris un pied d’enfer…

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"J’insiste sur la référence à Alan Moore, le seul auteur de comics qui parvient si bien à proposer une réflexion complexe, philosophique parfois, dans un habillage fantastique adulte. Le sujet est passionnant: l’argent. L’hypothèse fascinante: l’argent est une puissance magique occulte qui régit le monde et dont se sert le Démon (nommé Mammon) pour régenter les humains. La thématique de la secte occulte conspirationniste de maîtres du monde servant un grand pouvoir noir est un classique. La transposer sur le thème de l’argent est vraiment originale et intellectuellement stimulant.

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"A noter que les couvertures originales des épisodes sont tout bonnement magnifiques! Tomm Cocker n’a pas beaucoup publié et son style rappelle celui de Greg Tocchini (illustrateur intriguant de Low). A la lecture de la série de Rick Remender j’avais les mêmes réserves sur ce type de dessin, extrêmement contrasté et numérique. Mais là où Tocchini pèche par imprécision dans les arrières plans et sa propension à créer des plans « eyefish », Cocker propose lui des visages et des corps très expressifs ainsi que des scènes vraiment artistiques de par son utilisation des ombres urbaines notamment. Le dessin sert totalement le propos et si comme moi on est au départ plus attiré par des dessins style BD, on profite complètement du talent de l’auteur qui nous immerge dans un monde sombre, de magie noire et de secrets cachés. Prenez le temps de savourer les croquis en fin de volume, qui confirment la très très grande maîtrise technique du dessinateur une fois ôté le vernis numérique.

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"La création d’une langue magique, antédiluvienne, à la graphie très élégante et intrigante participe (comme la mythologie autour de la Caïna-Kankrin détaillée à coup de documents imprimés intercalés avec les chapitres) à la solidité de cet univers dont la complexité donne envie de le comprendre, malgré l’effort de concentration et de déduction que cela suppose.

Le récit est structuré entre un agencement de séquences non chronologiques présentant des personnages des différentes lignées dirigeantes de la Caïna à différentes époques, et l’enquête d’un étrange inspecteur qui est le seul à s’intéresser à la langue de Mammon. Ce dernier se fera aider d’un professeur d’économie qui le mets en garde contre la puissance de ceux sur qui il enquête. L’inspecteur est ce qui permet au lecteur de se raccrocher car les autres séquences sont vraiment mystérieuses. Pourtant on reste fasciné tout le long par des bribes d’informations très compliquées à remonter (je pense que deux à trois lectures sont indispensables pour tout bien saisir) et qui, avec le graphisme très noir, très contrasté, crée une ambiance unique. Hickman a la grande intelligence de très peu montrer pour éviter de tomber dans le grand-guignol. Avec l’expressivité des visages de Cocker ce sont deux gros points forts de l’album.Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"

Cela fait longtemps qu’une BD ne m’avait laissé aussi stoïque, en instillant une insistante envie de comprendre, de construire un puzzle dont l’auteur nous donne très peu de clés. Souvent dans ce genre de cas, le risque est grand de rester sur sa fin une fois la série terminée. On verra, mais il est certain que cet album est l’un des comics les plus fascinants et ambitieux de l’année!

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Le badge

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Comic de Tom King, Joshua Williamson, Jay Fabok et Howard Porter
Urban (2018) ed. US DC 2017, 112p. One-shot.

couv_330211Le Badge est un  crossover entre Batman et Flash inscrit dans le reboot « Rebirth » de l’univers DC, et introduction à l' »Event » Doomsday clock annoncé depuis longtemps et qui verra se croiser les univers des héros DC et de Watchmen. L’album comprend les 4 épisodes parus aux Etats-Unis issus des séries Batman et Flash. Une double page en introduction contextualise l’album dans le contexte DC Rebirth initié par Flashpoint qui voit les incidences d’un voyage temporel de Flash bouleverser la temporalité des héros DC. L’album comprend les magnifiques couvertures alternatives ainsi que les premières pages (noir et blanc) de Doomsday Clock, faisant la jointure avec Watchmen.

Batman découvre un pins en forme de smiley dans sa Batcave. Qui l’a apporté sans que ses systèmes le repèrent? La présence de ce simple smiley va avoir des conséquences que ni lui ni Flash ne mesurent…

Résultat de recherche d'images pour "batman button fabok"Peu disponible pour suivre l’ensemble des Event et Reboot des éditeurs de comics je n’avais pas prévu de lire cet album malgré une grosse communication et une couverture vraiment réussie. Ouvrant l’album, les dessins vraiment chouettes  de James Fabok et Howard Porter et un découpage inspiré m’ont convaincu d’acheter ce petit album (environ 80 planches de BD) annoncé comme un one-shot (c’est le cas).

Il y a deux albums dans « Le Badge » qui vous satisferont ou non selon le public que vous êtes. Soyons clair: cet album est le simple teaser de la série à venir et impliquant que vous achetiez Doomsday Clock mais aussi en toute logique que vous ayez suivi l’intrigue depuis Flashpoint. Les Comics sont avant tout une industrie (à la différence de la BD européenne) et l’enjeu commercial derrière l’opération est évident. Ainsi bien qu’il s’agisse d’un one-shot l’intrigue nécessite (même si c’est expliqué en début de volume) de connaître les événements de Flashpoint ; de même que la fin qui n’en est pas une débouche sur la lecture de Doomsday Clock. Voilà pour le côté désagréable.

Néanmoins, Le Badge est un bel album, cohérent, intéressant et titillant l’envie de lire d’autres albums. Surtout, il respecte le lecteur novice qui pourra profiter de l’histoire avec ses qualités propres, qu’il soit thésard en univers DC ou débutant dans les héros en slip. Résultat de recherche d'images pour "batman button howard porter"Je le dis avec d’autant plus de franchise que je suis de loin l’univers des comics non par désintérêt des héros (j’adore ces mythologies) mais par rejet des démarches éditoriales qui couvent ces publications et que l’unicité d’un tel one-shot est assez rare il me semble. Ainsi le simple fait que les dessinateurs (je ne connaissais pas Fabok que je trouve vraiment très bon!) soient seulement deux sur tout l’album, de très bonne qualité et d’un trait pas trop éloigné, donne un vrai intérêt graphique qui justifie à lui seul la lecture du comic. Idem pour le découpage, qui me semble emprunter pour les premières planches à Watchemen (les cases en damier) et montre une vraie volonté artistique. La rencontre entre Batman et Nega-flash est à ce titre vraiment un très bon moment de BD. Enfin, les thématiques de paradoxe temporel et d’univers parallèles sont très alléchantes même si la pagination permet plus de mettre l’eau aux babines que de décrire réellement cet univers. Du coup vous êtes bons pour vous lire Flashpoint… La poursuite de la lecture n’a a mon sens de valeur que si vous avez apprécié Watchmen, le croisement de ces deux univers étant suffisamment improbable donc intriguant pour donner envie de le lire. Les graphismes des premières pages ne poussent pas à un grand optimisme mais gageons qu’une belle mise en couleur améliorera cela.

Disons pour finir que Le badge n’est pas l’arnaque annoncée par certains mais s’appréciera surtout pour ce qu’il est: une courte séquences joliment dessinée dans l’univers de deux des plus intéressants personnages de DC.

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Derrière le brouillard

East and west

Comic de Rick Remender et Greg Tocchini
Urban comics (2018)

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Un billet général sur la série a été publié à l’occasion de la sortie du tome 3 chez Urban.

Dans ce volume 3 nous quittons Stel et la surface pour retrouver Tajo à Salus, à la poursuite de la fille de Roln qui projette un attentat, alors que la cité arrive au bout de ses ressources…

LOW est une série exigeante. De part les dessins très particuliers de l’illustrateur, par les sauts incessants dans le temps ou dans l’espace entre les volumes, par les bulles de narration qu’aucune indication ne rattache à un personnage en particulier… Le scénariste nous malmène dans un monde désespéré, entre des personnages torturés par la vie (au propre comme au figuré), affrontant les pires créatures de ces bas fonds. Cela car la ligne de force de ce comic est l’espoir dans un contexte d’apocalypse. Le trait est appuyé afin d’illustrer qu’au défi de toute rationalité, seul l’esprit peut maintenir cet espoir (comme l’explique le gourou de Stel dans le premier volume).

Ce (déjà) quatrième volume est un peu moins intéressant (à la fois graphiquement et quand à l’intrigue): il se résume en une poursuite diluée artificiellement par un premier chapitre en flash-back permettant un Deus-ex machina un peu facile. Probablement que Remender est allé un peu loin dans la destruction de toute possibilité et doit s’en remettre à cette facilité scénaristique pour retomber sur ses pieds (pas aberrante mais un peu grossière). Image associéeSurtout, le fait de revenir à Salus enlève la richesse des découvertes d’univers que permettait la série à chaque volume. Du coup le tableau est celui d’une cité (déjà vue) en fin de décadence, avec une population s’adonnant au suicide dans le plaisir… Les teintes graphiques sont également un peu ternes et visuellement le chapitre 1 revenant dans l’arène de combat des pirates où Marik affrontait des Léviathan est le plus sympa. Il faut reconnaître que le fait de changer de personnage focus régulièrement dans la série ne facilite pas l’addiction du lecteur!

Pour ne pas noircir le tableau de ce qui reste un bon album, les points forts de la série demeurent: des séquences d’action vraiment talentueusement menées, des dialogues fins et qui apportent une vraie réflexion, enfin, last but not least, des fulgurances visuelles et conceptuelles sur des enchaînements découpés ou des pleines pages, qui nous font oublier les tics de Greg Tocchini avec ses déformations improbables.

Rick Remender fait généralement des séries courtes. L’histoire et le concept semblent arriver à leur terme et il est probable (souhaitable) que le prochain tome soit le dernier. Une série en 5 volume est un format raisonnable et la fin de ce volume laisse augurer un changement d’environnement qui devrait permettre un apothéose graphique à ce qui restera une très bonne série de SF.

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Un autre avis sur le blog Chroniques comics.

 

Comics·East & West·Numérique

Trees #1

East and west

Comic de Warren Ellis et Jason Howard,
Urban Indies (2015), 162p., contient les fascicules US 1-8. 2 volumes parus.
Edition US Image comics (2014-2016). Série terminée en 2 volumes.

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Comme souvent en comics les couvertures sont très percutantes. Chaque chapitre (correspondant à un fascicule) est agrémenté d’une phrase descriptive.

Cela fait maintenant plusieurs années qu’ils ont atterri. Des « Arbres » gigantesques plantés sur le pourtour de la Terre. Depuis aucun contact, aucune réaction si ce n’est ces liquides destructeurs qui en sortent parfois, ravageant les abords. L’humanité vit cette attente en essayant d’étudier ce que les Arbres veulent bien laisser comprendre. La société a évolué à l’ombre de ces structures et chacun désormais essaye de trouver sa place dans ce monde qui a changé par cette seule présence.

Les publi Urban Indies m’intriguent souvent et l’éditeur français fait un remarquable boulot pour dénicher le meilleur du comics « indépendant » (c’est à dire sans super-héros) et surtout très rapidement (souvent moins d’un an après la sortie US). La parution de Trees et son pitch alléchant faisait partie de mes priorités en mode découverte.

Résultat de recherche d'images pour "trees howard"Et bien las, énorme déception, d’abord graphique. Je ne connaissais pas le dessinateur Jason Howard mais très franchement il n’a pas le niveau professionnel. Tant dans la colorisation que dans le trait, très rares sont les planches intéressantes dans cet album. Le style hachuré et l’utilisation informatique peuvent toujours se justifier, mais pour cela il faut une certaine maîtrise. Ici on a un niveau de fanzine et je suis très surpris qu’Urban ait tenté la traduction de cette série. Des styles particuliers il y en a dans la BD indépendante (notamment Tocchini sur Low) et j’ai maintes fois maugréé ici sur le manque d’exigence graphique des éditeurs américains, notamment quand c’est dû aux rythmes de parution. On peut comprendre qu’un illustrateur délaisse certaines planches pour aller plus vite (même Jerôme Opena) et que l’éditeur insère des sections dessinées par un jeune illustrateur (sur Thor par exemple) comme souvent aux US. Mais quand c’est l’album entier ça fait mal! Pour clôturer le chapitre graphique, je n’ai pris aucun plaisir visuel à lire ce premier volume, ce qui est rare.

Résultat de recherche d'images pour "trees howard"Passons au scénario, qui pourrait relever le tout. Alan Moore, je grand auteur, s’est fait une spécialité de prendre des illustrateurs disons, particuliers. Je n’ai jamais pu lire From Hell pour cela. Personnellement je peux lire une très belle BD dotée d’un mauvais scénario, j’ai plus de mal avec une très moche BD dotée d’un excellent scénario… mais j’y arrive en me forçant. Malheureusement ici le principal intérêt réside dans le pitch… qui ne va pas plus loin qu’un pitch. Alors oui, il y a cette base glaciaire où des fleurs poussent, ce président somalien qui décide d’armer son Arbre,… mais globalement les différents protagonistes ne sont guère intéressants et certaines thématiques assez centrales dans l’album semblent totalement décalées avec l’objet SF de départ (les transsexuels, les groupuscules fascistes, la condition de la femme). Les points d’intérêt des auteurs ne collent pas avec le point de départ et les rares éléments intrigants sont très mal exploités.

J’ai probablement été abusé par ce point de départ qui n’est pas le sujet de l’album, mais tout de même, le titre de la série, les couvertures, sont assez trompeurs. Si vous vous intéressez à des BD sociologiques d’anticipation, aux relations humaines interrogeant les archaïsmes sociaux, cette BD peut vous intéresser… si vous arrivez à accrocher aux dessins. Si vous vous attendez à une nouvelle saga SF passez votre chemin, vous allez être très décontenancés. L’impression qui m’a été laissée niveau scénario est un peu la même que sur le Black Science de Remender et Matteo Scalera (série très bien dessinée pour en revanche): un décalage entre le sujet et le traitement. Je crois que c’est le premier billet où je ne mets qu’un calvin et j’en suis désolé (par respect pour le travail des auteurs et par-ce que bien entendu j’essaie de lire des BD qui m’appellent) mais, ceci étant un blog, mon avis personnel est clairement de passer son chemin.

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Moonshine

East and west

Comic de Brian Azzarello et Eduardo Risso
Urban – Indies (2017), US Image (2016). Volume 1 (comprend les épisodes 1-6).
https://www.babelio.com/couv/CVT_Moonshine-Tome-1_2169.jpg

1929, la Prohibition. Un parrain de New-York envoie son homme de main Lou dans les Appalaches afin de convaincre Hiram Holt de lui vendre son exceptionnel alcool. Mais lorsque les jolis cœurs de la pègre newyorkaise débarquent avec voitures et mitraillette Thompson dans ce coin reculé et sauvage, les règles ne sont plus les mêmes et les cadavres atrocement mutilés qui apparaissent laissent penser que quelque-chose d’anormal se cache dans ces bois…

Urban continue son formidable travail pour dénicher le meilleur du comics américain dans son label Indies. Scénarisé par le vétéran Azzarello qui retrouve son comparse de 100 bullets (prix Eisner) l’argentin Eduardo Risso, Moonshine propose une histoire de loup-garou dans un contexte de Prohibition avec touts sa coloration habituelle des borsalino, berlines et mitraillettes à camembert.

Résultat de recherche d'images pour "moonshine risso"Je découvre donc les deux auteurs (connaissant leur réputation) et cet album confirme leur maîtrise chevronnée. Découpages variés, jouant sur les plans et les noirs, scènes muettes très chouettes. Techniquement tout est en place, efficace. L’intrigue narrée à la première personne est là-aussi classique des histoires de gangsters 1920: désabusée, enchaînant les séquences en va et viens sans que l’on ne sache qui veut quoi hormis la bête que l’on découvre dès les premières planches. L’articulation entre fantastique et mafia tarde à venir. Ce n’est pas bien grave car on est bien pris dans l’ambiance, mais on sent un certain train-train dans le couple artistique qui a dû produire cette série assez rapidement, sans grande prise de risque.

Résultat de recherche d'images pour "moonshine risso"Comme d’habitude dans le monde du comics la couverture est fort réussie… mais l’intérieur bien moins. L’illustrateur (que je ne connaissais pas) Risso n’est pas manchot, mais sa technique tout ordinateur avec des couleurs pas terribles produit un dessin pas mauvais mais franchement banal. On est à la croisée de Frank Miller (lorgnant parfois vers Sin city, parfois vers le Dark Knight), de Tim Sale et de Frank Quitely (pour le style de visages et la technique informatique). Plutôt de bonnes références mais je Résultat de recherche d'images pour "moonshine risso"trouve que l’artiste aurait dû assumer un graphisme vraiment noire en jouant sur les ombres en noir et blanc. Du reste les ambiances sont là: la magie est présente, les créatures de la nuit, les trognes des malfrats en tailleur rayé: la Prohibition est une période aussi graphique que le Far-west et c’est toujours très sympa d’y lire des histoires. Quelques passages oniriques en peinture directe cette fois-ci montrent la qualité de l’illustrateur et un album entièrement dessiné de cette façon aurait grandement gagné graphiquement. Les rythmes (mensuels) imposés dans la BD américaine incitent souvent de très bons artistes à produire certaines planches à la va vite. C’est probablement le cas ici.

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