Comics·Rétro·East & West·*****

Batman: Amère victoire

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Comic de Jeff Loeb et Tim Sale
Urban (2012) – DC (2000), 392p., série terminée.

L’édition chroniquée est la première version reliée chez Urban, après les quatre volumes SEMIC souples parus en 2002 juste après l’édition originale. Une version n&b « anniversaire 75 ans » est sortie en 2014 toujours chez Urban. Il s’agit de la suite directe de Un long Halloween, mythique album et Prix Eisner du meilleur album. L’édition comprend une préface de Tim Sale (malheureusement disparu l’an dernier…), un résumé du volume précédent, deux pages de croquis et l’épisode bonus « Un chevalier servant« . Édition correcte qui mérite surtout pour la qualité de fabrication des éditions Urban et l’histoire elle-même.

Il y a un an (lors des évènements relatés dans Un long Halloween) le tueur se faisant appeler Holliday a terrorisé Gotham. Lors de l’enquête le procureur Harvey Dent, défiguré par de l’acide, est devenu Double-face, un psychopathe schizophrène. Alors que Batman et le commissaire Gordon n’ont pas fait le deuil de leur amitié avec Dent, des crimes reprennent, ciblant cette fois la police de Gotham. Holliday est-il de retour?

image-10Batman - Amère victoire (Dark Victory) - BD, avis, informations, images,  albums - BDTheque.comQue vous découvriez les BD de Batman ou soyez novice en comics de super-héros, vous tenez une pépite. Lorsque j’ai commencé à lire du  Batman j’ai recherché les albums les plus faciles d’accès parmi les plus cités, la difficulté étant la subjectivité des fans pas toujours lucides sur l’accessibilité de leurs monuments. Et je peux vous dire que le diptyque de Loeb et Sale est un véritable miracle tant graphique que dans l’écriture, qui condense la substantifique moelle de l’univers gothique de Batman, de l’origin story fluide, en proposant le même plaisir à des nouveaux venus, aux spécialistes et aux amateurs d’indé. La seule réserve sera peut-être pour de jeunes lecteurs biberonnés aux dessins très techniques d’un Jorge Jimenez ou de Capullo, qui pourront tiquer sur l’ambiance rétro.

Amère victoire reprend les mêmes qualités que le volume précédent en les simplifiant dans une épure encore plus accessible. Sous la forme d’une enquête autour d’un serial killer qui reprend le même schéma narratif que les meurtres aux fêtes nationales du Long Halloween (ici concentrés sur des membres véreux du GCPD), les auteurs continuent subtilement d’introduire le personnage de Robin sur la fin de la série, en Batman (tome 1) - (Tim Sale / Jeph Loeb) - Super Héros [BDNET.COM]parallèle évident avec le deuil du jeune Bruce Wayne. Si le monde mafieux est toujours très présent (le récent film The Batman reprend à la fois la famille Falcone et le lien de Catwoman avec ces criminels), le découpage se veut moins complexe en atténuant un peu le formidable jeu des séquences simultanés et amputées qui instillaient brillamment le doute sur l’identité du tueur. Ici ce sont Harvey Dent, la nouvelle procureur et même Catwoman qui sont dans le viseur du lecteur…

Beaucoup plus technique qu’il n’en a l’air, le dessin de Tim Sale est mis en valeur par le format large du volume Urban où l’on profite des grandes cases (à ce titre, la grosse pagination ne doit pas vous effrayer, l’album se lit assez rapidement du fait d’un découpage aéré et de textes favorisant les ambiances), voir de doubles pages et où les très élégants aplats de couleurs font ressortir le travail de contrastes du dessinateur (agrémenté de quelques lavis sur des flashback). Avec un montage diablement cinématographique (Loeb a scénarisé un certain nombre de séries de super-héros et produit les séries Daredevil et Defender de Netflix) on plonge dans les bas-fonds, les bureaux éclairés de lames de stores et les gargouilles des sommets de Gotham avec un plaisir permanent.

Amère Victoire – Comics BatmanProposant autant de suspens que d’action, utilisant à l’envi le freakshow d’Arkham sans en faire le centre de l’histoire, Amère victoire offre une galerie de personnages aussi archétypaux que le nécessite la mythologie Batman, avec un joyau super: Catwoman, aussi pétillante que touchante malgré son absence d’une bonne partie de l’histoire (… pour cause d’aventures à Rome narrées dans le chef d’œuvre du même duo, Catwoman à Rome, tout juste réedité). L’art de Loeb est de prêter un style oral à chaque personnage, reconnaissable et que l’on a envie de retrouver. Et finalement la résolution du coupable deviens assez secondaire dans le projet tant il y a de prétendants et une atmosphère que l’on regrette dans les récents comics Batman. On pourra d’ailleurs des liens à travers les âges en trouvant des proximités avec le récent White Knight: Harley Quinn… dont les couleurs sont réalisées par le grand Dave Stewart… qui avait officié sur Catwoman à Rome. Les grande se retrouvent!

Chef d’œuvre parmi les chef d’œuvres, bien moins cité et bien meilleur que le Dark Knight de Miller, cet Amère Victoire est un classique à avoir impérativement bien au chaud dans sa bibliothèque.

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***·Cinéma·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Batman Le Film 1989

Histoire complète en 60 pages, adaptation du film éponyme de 1989 réalisé par Tim Burton. Dennis O’Neil au scénario, Jerry Ordway au dessin. Parution chez Urban Comics le 10/11/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Avec le Diable au clair de lune

Vue d’en haut, la ville de Gotham City a tout d’une ville magnificente, une métropole gothique qui porte en elle les germes de la modernité. Mais si vous plongez un peu plus profond, si vous vous risquez à explorer ses entrailles, ses rues sombles et malfamées, vous vous apercevrez qu’elle n’est en réalité qu’un cloaque suintant, une cour des miracles où les gorges se tranchent aussi vite que les réputations se font et se défont.

Bruce Wayne le sait bien. Cette ville l’a vu naître, dans une position privilégiée, mais elle lui a aussi tout pris, lors d’une nuit tragique où ses parents ont trouvé la mort, de façon aussi banale que tragique. Depuis lors, l’orphelin héritier n’a plus montré en public qu’une vaine façade de lui-même, celle d’un play-boy inconséquent dont les quelques accès de prodigalité philanthrope ne visait qu’à soulager sa conscience.

Ce que la ville ignore cependant, c’est que Bruce Wayne n’a pas remisé son traumatisme dans les tréfonds de sa conscience, ni dans les affres d’une vie dissolue, au contraire. Il ne vit désormais plus que pour venger ses parents, et tous les autres parents morts à cause du crime et de la corruption. Poussé par sa soif de vengeance, Bruce a crée le personnage de Batman, un justicier sombre et invincible qui hante les rues de Gotham pour y traquer les criminels. Et il y a de quoi faire à Gotham City…

Durant sa croisade contre le crime, Bruce va faire la rencontre de Jack Napier, un dangereux criminel, dont la psychose explosera au grand jour après sa première rencontre avec Batman. Ce sera le début d’une lutte sans merci entre le héros chauve-souris et celui qui se fait désormais appeller le Joker.

Il est indéniable que le film Batman de 1989, réalisé par Tim Burton, s’est hissé au rang de film culte, un immense succès commercial et culturel de l’époque. Bien que Tim Burton soit revenu depuis sur la hype provoquée par son oeuvre, le film est resté l’une des meilleures adaptations audiovisuelles du personnage (surtout si l’on prend en considération d’autres entrées ultérieures, comme Batman & Robin).

L’adaptation par O’Neil et Ordway, parue à l’époque du film, opte pour la fidélité totale envers le script original. On y retrouve donc l’ensemble des séquences, jusqu’aux dialogues. Graphiquement, Ordway s’inspire bien sûr des fameux décors du film, qui empruntaient à des classiques comme Brazil et Métropolis, et imprime les visages bien connus, et donc bien reconnaissables, des acteurs.

Tout est donc fait pour reproduire l’ambiance et le succès du support audiovisuel. Le récit en lui-même est plutôt condensé, mais les 60 pages du comic sont suivies des 60 pages de crayonné du dessinateur, elles-mêmes agrémentées des recherches préparatoires. Si un cahier graphique est toujours un bonus très appréciable pour une BD, la pertinence de l’ajout de l’intégralité des crayonnés ne me paraît pas si évidente, puisqu’elle double la pagination pour offrir une redite, en V.O., ce qui peut rebuter les lecteurs non anglophones. Le prix de l’album a du aussi en pâtir, ce qui, du point de vue éditorial, peut relever du faux-pas.

Il n’en demeure pas moins que Batman Le Film est une bonne adaptation, certes datée mais qui bénéficie du capital nostalgie dont le métrage jouit encore. La preuve par l’exemple, Michael Keaton est supposé reprendre le rôle dans le prochain film The Flash, qui traitera du Multivers. Côté comics, l’univers créé par Tim Burton a aussi eu droit à une continuation en 2021, avec la mini-série Batman ’89, écrite par Sam Hamm et illustrée par Joe Quinones, pas encore disponible en VF.

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Paul Jenkins présente: Hellblazer #1

Premier volume de l’intégrale de la série écrite par Paul Jenkins et dessinée par Sean Philips. 512 pages, parution chez Urban Comics le 25/11/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Bad trip et bonne magie

On retrouve John Constantine, le célèbre mage-escroc, loin de son Angleterre natale. Le fripon est allé s’acoquiner avec une tribu aborigène afin de plonger dans le Tjukurrtjanu, un espace mi-onirique mi-spirituel dans lequel il espère rencontrer le Serpent Arc-en-Ciel dont il espère tirer profit pour le compte de ses amis locaux, dont la terre est menacée d’expropriation.

Une fois cette histoire réglée, Constantine retrouve ses pénates, ainsi que ses amis d’enfance punks, et comme à son habitude, va se retrouver mêlé à diverses histoires impliquant d’arnaquer un démon ou deux, voire de se confronter à Lucifer en personne.

John Constantine, personnage inventé par Alan Moore lorsqu’il officiait sur Swamp Thing en 1985, est la figure typique de l’anti-héros. Imperméable douteux, cigarette constamment pendue à la commissure des lèvres, un accent (en V.O.) à couper au couteau mêlé à un sens de la répartie aussi flexible que sa morale, le fameux Hellblazer avait tout pour plaire.

En 1995, Paul Jenkins, auteur anglais alors peu connu sur la scène comics internationale, s’attaque au personnage en y injectant poésie fantasmagorique et chronique sociale comme seuls les auteurs anglais de l’époque pouvaient en proposer, marqués qu’ils étaient par le règne de Thatcher. Une grande partie de cette intégrale est composée d’histoires courtes pouvant être lues de façon indépendante, sans avoir à se soucier nécessairement de la continuité, ce qui donne l’impression d’assister à une ballade intemporelle, une chronique amusée du monde parfois cruel dans lequel évolue notre magicien anti-héros.

Coté graphique, c’est à Sean Philips que l’on doit les planches. On s’aperçoit qu’en 1995 déjà, le dessinateur avait un trait tout aussi saisissant que celui des œuvres ultérieures qui le firent connaître. A lire si vous appréciez le personnage et son univers !

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Batman/Catwoman

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Comic Tom King, Clay Mann et collectif.

Urban (2022) 448p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux  éditions Urban pour leur confiance.

Batman et Catwoman forment le couple le plus mythique du monde des super-héros. Se courant après depuis des décennies, Selina Kyle et Bruce Wayne ont finalement décidé d’unir leur destin et de se marier. Puis Bruce Wayne est mort d’un cancer, laissant sa femme et sa fille dans une Gotham (presque) pacifiée. Mais leur vie d’amants a t’elle été si douce? Comment devenir madame Bruce Wayne quand on est une orpheline éprise de liberté et farouchement contestataire?

Exclusif : encore une fois Batman et Catwoman se mettent en (...) - ActuaBDDepuis quatre ans Tom King est probablement le plus intéressants des scénaristes de l’univers DC (voir du monde des superslip dans son ensemble…). Après s’être fait remarquer sur son Sherif of Babylon et d’autres ouvrages en compagnie de son acolyte Mitch Gerads, il est à la tête de pas loin de trois albums majeurs en 2022 en collaborant avec la fine fleur des artistes US vers un graphisme plus grand public mais des projets toujours exigeants. Car contrairement à l’autre grand Tom, King se veut intello via des structures narratives complexes et déstructurées. En suivant ce modèle et en corrompant la base hyper-classiques il se permet de remettre au gout du jour des personnages totalement désuets tels que Mister Miracle, Adam Strange ou la cousine de Superman. Et ça marche!

Car sous l’habillage qui parlera aux fans des personnages Tom King aborde des questions primordiales des imaginaires et des légendes: le rôle du héros, de la vérité, le libre arbitre et le carcan social qui enferme tout un chacun, portant cape ou non. Dans ce très attendu Batman/Catwoman qui enjolive encore le déjà fort qualitatif catalogue du Black Label on a une nouvelle fois un abus de titre imposant un Batman là où il n’y en a presque pas. Non, c’est bien une aventure de Catwoman que vous allez lire: le récit destructuré de sa vie pendant et après sa vie commune avec le Dark Knight. L’origine du projet remonte au « christmas special » de King et Lee Weeks sorti il y a quelques années dans le recueil « A la vie, à la mort« , dont on retrouve le premier chapitre dans ce nouveau volume. Développer le concept sur un gros volume de presque cinq cent pages (King prend toujours beaucoup de place) était une gageure partiellement remplie.

Amazon.fr - Batman/Catwoman: Bd. 1 (von 4) - King, Tom, Mann, Clay, Kruhm,  Ralph - LivresLa réussite revient d’abord aux dessins absolument exceptionnels de Clay Mann et son coloriste qui proposent une Catwoman dont vous tomberez obligatoirement amoureux! Menant la danse avec un chéri comme toujours empoté, bien plus à l’aise avec son costume qu’avec le smoking, elle virevolte dans le temps au travers de plusieurs trames temporelles infiniment croisée qui demandent un maximum de concentration pour être suivies en allant jusqu’à dissocier les textes des images. On suit ainsi l’enquête autour du meurtre d’un vieux Joker, dont est accusée Sélina Kyle autour de laquelle tournent sa fille la nouvelle Batman et le commissaire Dick Grayson, le premier Robin. l’autre temporalité suit les meurtres commis par la méchante Phantasm (apparue dans les dessins animés de Bruce Timm) et la danse macabre entre Catwoman, Batman et le Joker pour arrêter la criminelle ou le clown grotesque. Dans chacune de ces enquêtes on avance et l’on recule, les séquences de mélangent pour créer un kaléidoscope des personnages à différents moments de leur existence et de leurs relations. Ne se contentant pas de briser les règles figées du Batverse voulant que Batman et le Joker ne meurent jamais et que les méchants restent des méchants, King dresse un portrait de famille et d’une femme complexe à différents âges.

Il y a ainsi une évidente maestria technique tant dans le dessin que dans l’écriture, qui fait de ce one-shot une petite pépite BD et qui offre de la nouveauté à un univers si figé. Malheureusement le côté assez artificiel de la traque de Phantasm (malgré son design très soigné) dilue un peu l’intérêt qu’un album entièrement centré sur la minette aurait proposé. On a ainsi un indéniable plaisir tout au long des douze chapitres royalement mis en scène mais une regrettable impression d’un « a quoi bon » en clôturant le pavé, comme si l’idée d’enquête à la Batman avait été une fausse bonne idée à laquelle le personnage flamboyant de Catwoman ne laisse pas de place. Un album plus court dédié à la croqueuse de diamants aurait peut-être condensé le tout en un chef d’oeuvre. Pas loin… mais ce Batman/Catwoman reste cependant une pièce de choix pour votre collection DC.

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Batman: Shadow War

Récit complet en 280 pages, écrit par Joshua Williamson et dessiné par Howard Porter. Parution en France Chez Urban Comics le 18/11/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Dead Al Ghul

Ra’s Al Ghul, le maître séculaire de la Ligue des Ombres, assasin immortel et éco-terroriste malthusien à ses heures, a fait ce qu’aucune personne de plus de 80 ans n’avait fait avant lui: il a changé d’avis.

Après des siècles passés à assassiner, à recruter des assassins, à former des assassins, à enfanter des assassins, à assassiner des assassins, Ra’s s’est aperçu que ses méthodes ne l’avaient pas mené bien loin et que le monde ne se portait pas mieux. En dépit de ce temps passé à oeuvrer avec acharnement dans l’ombre, l’immortel décide de se livrer à la Justice, en offrant par la même occasion le secret qu’il gardait jalousement depuis l’aube des temps, à savoir les Puits de Lazare, qui lui donnent sa longévité.

Bien évidemment, comme cela peut s’envisager dans tout entreprise de taille aussi respectable que celle de la Ligue des Ombres, ce revirement unilatéral n’est pas du goût de tout le monde. Parmi les réfractaires, il y a bien sûr Talia Al Ghul, sa fille, qui se voyait bien reprendre les rênes de papa pour faire les choses à sa sauce. Mais qu’à celà ne tienne, Talia accepte le deal et se livre avec son immortel de père repentant.

Batman, quant à lui, observe les évènements de loin. Longtemps considéré par Ra’s Al Ghul comme son digne héritier, Le Chevalier Noir a même été piégé par l’immortel pour engendrer avec sa fille un assassin parfait, nommé Damian, qui a entre temps adopté le code moral strict de son père en devenant le nouveau Robin.

Alors que Ra’s et Talia organisent leur reddition en public, Ra’s est assassiné d’une balle en pleine tête, et son corps détruit afin d’empêcher toute resurrection via le Puit de Lazare. Le tireur se révèle être Deathstroke, super assassin capable de donner du fil à retordre à Batman. Le malandrin s’enfuit après avoir revendiqué son forfait, ouvrant ainsi les hostilités entre les partisans de Deathstroke, qui crie à l’imposture, et la Ligue des Ombres. De nouveau réunis après plusieurs années de schisme, Batman et Robin vont devoir entrer en action afin d’éviter un bain de sang, et, tout aussi important, faire la lumière sur ces évènements.

Pour cette fois, pas de saga épique mais un bat-crossover comme on les aime, qui fait graviter autour du Croisé à la Cape les personnages secondaires de la licence, au cours d’une enquête/course-poursuite. Attention, si certains personnages comme Robin, Deathstroke ou encore Black Canary sont incontournables dans l’univers DC, d’autres pourront paraître plus obscurs, et demanderont une certaine connaissance des parutions récentes de DC, ou quelques recherches Gooooooooooooooooogle.

Le rythme ne diminue pas tout au long de l’album, même lorsqu’il se divise en plusieurs lignes narratives, centrées respectivement autour du duo Batman/Robin et de Deathstroke et ses enfants. Le parallèle entre les deux ennemis, accompagnés de leur progéniture est d’ailleurs une idée intéressante à mettre en scène, puisqu’on constate que chacun des deux antagonistes cherche finalement la rédemption à travers ses enfants, et que l’investissement paternel n’est pas quelque chose d’inné mais d’acquis et de conscient.

L’autre thématique est bien évidemment celle de la vengeance, puisque le faux-Deathstroke est mû par cette intemporelle motivation. A ce propos, son identité risque d’en surprendre quelques-uns, surtout si ce sont des lecteurs récents, car ses raisons d’agir remontent à très loin (expliciter ce point pourrait revenir à divulgâcher, mais sachez seulement qu’il y est question d’un certain Judas et d’un Contrat).

L’idée que rétribution immédiate et définitive s’oppose au concept même de rédemption est un thème intéressant à développer, il ne me semble pas l’avoir vu abordé sous cet angle auparavant (en effet, on a plus souvent droit au fameux « si tu le tues, tu deviens comme lui, John !« ).

A la fois rythmé et ancré dans la continuité, Batman: Shadow War est un récit divertissant, dont les conséquences seront vues en partie dans Dark Crisis on Infinite Earths, du même scénariste.

**·Comics·East & West·Rétro

All-star Superman

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Comic de Grant Morrison, Frank Quitely et Jamie Grant
Urban (2017) – DC (2006), 320p., série terminée.

eisner-winnerL’édition originale américaine est parue en douze volumes (2006-2008) puis une intégrale en un unique puis en deux volumes. La première intégrale française paraît chez Panini en 2011, est reprise par Urban à la reprise du catalogue DC sur une édition 2013, réimprimée en 2017, avant d’être intégrée à la collection Blacklabel en 2022. Les trois éditions Urban sont identiques. L’édition chroniquée est la 2013, avec un cahier bonus de 26 p. incluant notes d’intention, croquis, couvertures de chapitres, script, bio des auteurs et dramatis personae.

Superman a été assassiné. Empoisonné par là où il tire sa puissance. Lex Luthor son ennemi de toujours a fomenté une mission de sauvetage dans le Soleil qui a saturé les cellules de l’homme d’Acier en énergie. Il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre. Kal-El entame alors un inventaire de ce qu’il na pas encore fait, de ce qu’il pourrait résoudre et de comment conclure sa vie…

What did you think of all-star superman's art? - Superman - Comic VineLorsque l’on souhaite commencer à lire des albums de Superman on tombe sur des tops qui qualifient d’indispensables le Unchained de Jim Lee, le Red son de Mark Millar, For All Seasons du mythique duo Sale/Loeb, Kingdom Come de Alex Ross et donc ce All-star Superman. Pas encore très réputé, l’écossais Frank Quitely marque avec cette série en douze épisodes une grosse étape de sa carrière, cinq ans avant Jupiter’s Legacy et quelques années après sa rencontre avec Millar sur The Authority. All-star Superman remportera l’Eisner de la meilleure nouvelle série tout au long de sa publication…

Pourtant je dois reconnaître qu’hormis Red Son je n’ai que moyennement accroché aux volumes cités plus haut et il en est de même sur ce « mythe ». Je commence à me faire une raison en me disant que ce personnage n’est pas fait pour moi, ce que confirme ma très grosse hype sur l’anti-superman qu’est Injustice et sa variante télévisuelle The Boys. Appâté par les dessins de Quitely dont j’avais adoré la dynamique dans Jupiter’s Legacy et le pitch assez trompeur des « douze travaux de Superman », j’ai été assez déçu par une succession d’épisodes très mal liés et qui apparaissent plus comme une chronique non chronologique et assez sévèrement WTF qui surprend par son aspect futuriste et souvent parodique, jusqu’à rappeler par moment le travail de Geoff Darrow dont le dessinateur s’inspire très certainement.

Dès le premier chapitre on est ainsi plongé dans une époque d’anticipation, une sorte de Métropolis alternative rétro-futuriste qui permet toutes les excentricités en matière de costumes ou de décors. L’idée est plutôt bonne… mais comme souvent chez DC on nous balance au milieu d’une intrigue qui n’a pas de début, parmi des personnages qui ne nous ont pas été présentés et sur des micro-intrigues qui ne semblent pas reliées. L’utilisation de toutes les inventions les plus absurdes de l’univers de Superman ne facilite pas l’immersion et Slings & Arrows | All star superman, Superman, Comicsl’implication dans ce drame historique de la mort de Superman: Bizaro et Zibaro, le mage galactique Klyzyzk Klzntplzk, sans oublier le Soleil-tyran et bien sur Krypto le super-chien… Alors que Tom King nous a proposé cet été une magistrale odyssée Supergirl qui parvenait à s’extraire de ces absurdités, Grant Morrison semble recherche comme un Alex Ross ce qu’il y a de plus désuet dans la mythologie de Kal-El.

Les aspects positifs de cet album reposeront sur l’imagination débordante et bien sur la qualité des dessins de Quitely. Petite suggestion en passant: alors que la question de la reprise des couleurs d’albums anciens ne cesse d’enflammer les passions à chaque expérience éditoriale, je dois dire que le travail de Jamie Grant est extrêmement datée et mériterait une modernisation qui pourrait atténuer l’aspect rétro de l’album. Certaines idées comme l’expérience de super-pouvoirs permettant à Loïs de comprendre la vie de Superman pendant 24h ou les perspectives de supermen du futur sont intéressantes. Mais l’ensemble est par trop baroque, mal ficelé et hermétique aux novices pour véritablement apprécier All-Star Superman. Pas mauvais, certainement très bon même pour les afficionados de l’homme de Krypton, ce gros volume n’est en tout cas assurément pas fait pour tout le monde..

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Batman: One dark knight

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Comic de Jock

Urban (2022) -(2021) 140, one-shot.

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bsic journalismMerci aux  éditions Urban pour leur confiance.

Depuis la sortie de Batman Damned en 2019 qui inaugure la nouvelle collection « adulte » de DC on peut dire que ce label a été un gage de qualité absolu, enchaînant chefs d’œuvres (Harleen, White Knight, Le dernier des dieux,…) et albums majeurs. Si on ne peut que saluer l’adoption d’un modèle à l’européenne, éludant la bien-penseance du Comic code authority et donnant carte blanche à un auteur ou un duo pour créer de superbes one shot, la collection a bien vu sortir des albums moins aboutis… mais jamais aussi mineurs que ce One Dark Knight!

Batman: One Dark Knight (2021-) Chapter 2 - Page 8Le concept était pourtant alléchant avec une intrigue concentrée qui sied totalement au chevalier noir tel un Arkham Asylumen forme d’exercice de style: alors qu’il escorte le transfert d’un dangereus prisonnier d’Arkham à la nouvelle prison ultra-moderne de Gotham, Batman se retrouve isolé dans une nuit sans électricité à emmener à pied le dangereux paquet alors que tous les gangs de la ville sont à ses trousses… Malheureusement pour faire une bonne BD il faut commencer par deux choses: une intrigue lisible et des dessins lisibles. Cee one-shot démarre en effet comme au milieu d’une histoire supposant que l’on nous ait introduit les personnages… or il n’en est rien. Du bad-guy EMP dont la plupart n’auront jamais entendu parler auparavant à la méchante politicienne véreuse on ne sait pas qui sont les protagonistes, ce qui empêche totalement de s’impliquer émotionnellement dans la lecture. Les enjeux ne sont jamais amenés et la seule tension dramatique qui porte cet album est donc le mode survie du Batman portant un vilain totalement amorphe qui se réveille épisodiquement pour … rien. La lecture alterne donc une explosion par-ci, une fuite dans les souterrains par-là et cinq ou six deus ex-machina totalement gratuits. Pour être juste je reconnais un léger effort pour rendre attachant le paquet électrique mais faute de vrais rebondissements l’histoire fait du sur-place jusqu’à la confrontation finale où la « révélation » a été déflorée depuis bien longtemps.

Cette concision devait être portée par des dessins inspirés. Là on touche une affaire de gout mais dans un style à la Andrea Sorrentino, là où l’italien parvient depuis plusieurs années à installer une ambiance dérangeante, Jock ne propose que des planches brouillonnes et répétitives, sans même profiter de la nuit pour créer des clairs-obscures et jouer sur les contrastes tels un Frank Miller. L’album s’avère alors une franche déception que même les fanatiques de Batman auront du mal à savourer. Espérons que ce ne soit qu’une mauvaise pioche et non la multiplication de projets sans sélection pour profiter d’une poule aux œufs d’or…

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Primordial

Histoire complète en 164 pages en 124 pages écrite par Jeff Lemire et dessinée par Andrea Sorrentino. Parution chez Urban Comics le 28/10/22.

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Merci aux éditions Urban pour leur fidélité.

Ultime frontière et bien-être animal

L’Homme a toujours été un explorateur. Sa soif de conquête et de découverte l’a mené plus loin que n’importe quelle autre espèce, jusque dans chaque recoin de cette planète. Mais s’il veut s’assurer un avenir, L’Homme n’aura pas d’autre choix que de se tourner vers l’immensité des étoile, par delà la rassurante membrane protectrice de notre planète.

Une nouvelle frontière à explorer, une nature indomptable à dominer, rien de plus stimulant pour l’esprit humain. Mais avant de se mettre en danger, on va quand même d’abord envoyer des animaux, histoire de s’assurer que ce n’est tout de même pas trop dangereux. C’est ainsi que Laïka, Able et Baker, une chienne et deux singes, ont été envoyés par les USA et l’URSS lors de la course aux étoiles qui débuta dans les années 50.

Officiellement, Laïka cessa de donner signe de vie quelques heures après sa mise en orbite, tandis que Baker et Able sont parvenus à survivre à leur voyage et revenir sur Terre. Jeff Lemire choisit de nous raconter une autre histoire, dans laquelle le sort des animaux cosmonautes fut bien différent. Après avoir été interceptés par une intelligence extraterrestre, les trois cobayes sont embarqués dans une odyssée spatiale qui va les transformer, et qui va également déterminer le sort de l’Humanité toute entière.

Sur Terre, cependant, les choses ne sont pas aussi simples. Si les programmes spatiaux russes et américains se doutent que quelque chose ne s’est pas passé comme prévu là-haut, ils gardent néanmoins le secret, chacun à sa façon: désinformation et cloisonnement pour les uns, coercition et assassinats pour les autres. Le professeur Donald Pembrook va l’apprendre à ses dépens lorsqu’il sera recruté à la NASA en tant que consultant. Impliqué malgré lui dans une quête de réponse sur le devenir réel des animaux, il rencontrera Yelena Nostrovic, la gardienne qui prépara Laïka pour son voyage, elle-aussi persuadé que les autorités mentent sciemment à ce sujet. Jusqu’où les mènera leur enquête ?

On connaissait Jeff Lemire pour son travail sur Black Hammer, Sentient, et bien d’autres œuvres, dont certaines ont été récompensées. Pour Primordial, il met sur pied une intrigue baignant dans le complotisme, avec une dose d’uchronie. Fort à propos, quand on sait que les exploits spatiaux des années 50 et 60 ont fait l’objet, dans notre monde, de multiples théories du complot. L’histoire alternative proposée par l’auteur résonne d’ailleurs de façon inquiétante avec notre actualité géopolitique, tout en illustrant certainement les fantasmes de milliers de complotistes.

Côté SF, il faut bien avouer que Lemire nous a habitués à des univers plus fouillés et plus foisonnants (Ascender). Il se contente ici du strict minimum, tant dans l’utilisation de ses concepts que sur le background en lui-même. Le récit n’apporte en effet aucune réponse concrète sur les raisons qui motivent l’ordalie de Laïka et compagnie, ni sur l’issue finale de cette odyssée. Ce qui est quelque peu frustrant lorsqu’on ferme l’album et qu’on s’aperçoit que l’intrigue peut se résumer en un aller-retour dans l’espace, sans davantage de réponse.

C’est peut-être aussi parce que le coeur du récit ne se trouve pas là. Peu importe finalement ce que représente cette entité extraterrestre, peu importe le sort véritable de Laïka, l’important réside dans la relation profonde qui unit la chienne à sa maîtresse, un amour sincère qui transcende les années-lumière et permet des miracles.

Graphiquement, le duo qui faisait déjà des merveilles sur Gideon Falls réitère l’exploit en proposant une narration éclatée. Sorrentino scinde son style en deux, pour distinguer les deux parties du récit: photoréaliste d’une part, et déstructuré lors des scènes cosmiques. On retrouve même certaines références graphiques, comme une planche qui reprend la couverture de Dark Side of the Moon de Pinkfloyd.

Primordial est donc un récit de SF, certes moins exigeant en apparence que les autres travaux du même genre de Lemire, mais qui contient des trouvailles graphiques et narratives, ainsi qu’une profondeur thématique chère au scénariste.

****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Une soif légitime de vengeance #1

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Comic de Rick Remender,  André Lima Araujo et Chris O’Halloran.

Urban(2022) – Image (2021), 128, contient les épisodes 1 à 5.

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bsic journalismMerci aux  éditions Urban pour leur confiance.

Sonny déambule dans Vancouver tel un anonyme, entre deux courses et une visite à sa mère. Lorsqu’au bout d’une adresse il tombe sur un horrible massacre s’enclanche un engrenage qui semble le lier à des personnes peu recommandables, flics véreux ici, implacables assassins là. Que cache vraiment Sonny? Est-il le citoyen bonhomme que tout indique? Surtout pourquoi se trouve-t’il toujours au mauvais endroit au mauvais moment?

A Righteous Thirst For Vengeance | DomestikaJ’avais remarqué la précision du portugais André Lima Araujo sur l’étonnant Generation Gone, une des premières publi Hicomics en 2019. Entre deux participation à des albums Marvel, le dessinateur fait une incursion indé en apportant le réalisme et la dynamique de son trait dont les visages ne sont pas sans rappeler Otomo. Ici en grande compagnie, il met en scène les pérégrinations semi-muettes de cet asiatique qui semble au premier abord un honnête citoyen, peut-être clandestin, semblant tombé malgré lui dans les affres des assassins internationaux. Sur un rythme lent ponctué d’explosions de violence Remender nous fait observer tout un tas de gestes de son personnage qui instillent le doute. Par moment ses actes sont ceux d’un agent ou d’un tueur désireux de se faire oublier quand juste derrière l’évidence de son innocence et se son incompétence sautent aux yeux. Alors le lecteur phosphore, en allant puiser dans tous ses souvenirs de tueurs au cinéma: Amnésie? Double? Manipulation?… Toutes les solutions sont possibles pendant que nous admirons les superbes paysages contemplatifs créés par l’architecte Araujo sur des aplats ternes mais efficaces de Chris O’Halloran.

Is Putting Off Potentially Bad News Really A Good Idea? Previewing 'A  Righteous Thirst For Vengeance' #2 – COMICONDans ce genre d’histoire c’est le rythme et le choc de l’action qui importent et sur ces points le maître du scénario indé fait une nouvelle fois mouche en jouant avec son lecteur. Certains seront frustrés par la brièveté de l’intrigue (qui se conclut donc à la moitié de l’histoire sans que l’on ne sache encore grand chose), mais comme pour le récent Valhalla Hotel (quoi qu’en plus sérieux!) on adore se faire balader, contempler les plans fixes, les regards mystérieux, croiser cette galerie de personnages dont le monde fou semble confronter le notre et celui de Sonny, réalistes et simples. Comme quand Jim Jarmush s’immisce dans le monde des « assassin movies » sur Ghost Dog.

En refermant le livre on est ainsi totalement conquis bien qu’en attente de résolution (c’est le principe d’un Cliffhanger, non?) et le cerveau en ébullition pour essayer de refaire la piste de ce citoyen au dessus de tout soupçons…

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****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Refrigerator Full of Heads

Suite en 160 pages, avec Rio Youers au scénario et Tom Fowler au dessin. Parution en France chez Urban Comics Black Label le 14/10/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Pas la Tête à ça

L’an dernier, nous perdions presque la tête avec Basketful of heads, création de Joe Hill, que vous connaissez certainement déjà. Dans cette histoire macabre, la jeune June Branch devait, pour échapper à une bande de criminels sadiques évadés de prisons et à une floppée de notables corrompus, s’armer d’une hache viking maudite, dont le pouvoir est de transformer ses victimes, ou plutôt leurs têtes, en morts-vivants.

S’en suivait une nuit diablement sanglante, au cours de laquelle quelques têtes sont tombées. Finalement, June, après son massacre à la hache, jetait son arme maudite au fond de l’eau et partait sans se retourner. Un an plus tard, la vie à semble-t-il retrouvé son cours normal sur Brody Island. Les meurtres ont été collés sur le dos des fugitifs et June s’est faite oublier dans le New Jersey.

Pendant ce temps, un couple débarque sur l’île pour y passer quelques jours de vacances. Averti du danger que représentent le gang de motards qui écument les routes de Brody et le grand requin blanc qui sillonne ses côtes, Cal et Arlène sont étrangement détendus et s’apprêtent à faire du tourisme à la cool. Bien évidemment, leur route croisera bien vite celle des motards, qui sont à la recherche d’une certaine relique scandinave. Nous voilà donc repartis pour un petit jeu de massacre, et soyez prévenus, il va y avoir du swing !

Il est toujours délicat d’envisager une suite, et on peut même dire que la difficulté à la mettre sur pied est proportionnelle à la qualité du premier opus. Voyons donc ce qui caractérise une bonne suite, et si ces éléments se retrouvent dans notre réfrigérateur…

  • Une ellipse ! Les meilleures suites laissent généralement le temps s’écouler depuis la fin du premier opus. En effet, reprendre tout de suite l’intrigue là où on l’a laissée laisse sous-entendre aux lecteurs/spectateurs que l’on a soit bâclé le premier opus en ne résolvant pas correctement toutes les intrigues, soit omis d’exploiter le sujet précédent au maximum. Une bonne suite n’a donc pas exactement pour but de rectifier des omissions, sinon elle gâche l’impact de l’original, d’où la nécessité d’une ellipse, pour signifier au lecteur qu’il s’agit d’une nouvelle histoire. Dans notre Refrigerator, nous avons une ellipse d’un an, ce qui est un délai plus que satisfaisant.
  • Le changement, c’est maintenant ! Il est nécessaire, dans le cas d’une suite, d’offrir au lecteur quelque chose de nouveau dans l’intrigue, et de ne pas céder à la tentation de cloner l’original en espérant en reproduire le succès. Prenez le cas de Aliens, qui est la suite de Alien, le huitième passager. Là où l’original proposait un huis-clos angoissant et claustrophobe qui a défini les contours du film d’horreur, sa suite renversait la vapeur en proposant non plus un film d’horreur mais un film d’action, non plus un montre unique mais des dizaines, etc. On a aussi le cas de Terminator 2 (tiens, encore James Cameron), qui non content de proposer une ellipse de plusieurs années, change complètement la donne en faisant de l’antagoniste le nouveau héros de la saga. Dans notre cas, Refrigerator sort du cadre du simple slasher pour proposer davantage d’action, et propose même d’approfondir l’univers en dévoilant de nouvelles armes maudites.
  • Plus d’enjeux ! Ce point est assez délicat, car augmenter les enjeux peut être mal interprété, et l’auteur peut aisément céder à la tentation du « toujours plus ». Reprenons l’exemple de Terminator 2, si ça ne vous fait rien. Dans le premier, il s’agit de survie, Sarah Connor doit échapper au cyborg éponyme afin de garantir un avenir à sa progéniture messianique. Dans le 2, en revanche, il ne s’agit pas simplement de survie, mais bel et bien d’empêcher l’apocalypse, ce qui fait monter la barre d’un cran en terme d’échelle. On peut dire que les enjeux sont augmentés dans Refrigerator, car il ne s’agit pas seulement de la survie de June, mais aussi de la nécessité de ne pas laisser les armes maudites tomber entre de mauvaises mains.
  • Du neuf ! Introduire des nouveaux personnages, voire remplacer le protagoniste, peut être un parti pris salvateur dans le cas d’une suite. D’une part, cela permet d’apporter de nouvelles tensions dramatiques, tout en marquant une césure avec l’original, puis cela à l’avantage d’éviter la redondance, si jamais tout a déjà été dit avec le premier protagoniste. Bingo, dans notre cas, June est mise en arrière-plan pour céder la place à deux nouveaux héros, Cal et Arlene.

Vous l’aurez saisi, Refrigerator est une suite pertinente à Basketful. En revanche, la partie graphique ne démérite pas mais j’ai personnellement préféré la prestation de Leomacs sur le premier volume. Les dessins de Tom Folwer, déjà aperçu sur Hulk Saison Un, Venom, ou encore Quantum & Woody (chez Bliss Comics), sont plus baroques et parfois moins lisibles, rappelant parfois le style de Neal Adams, ce qui pourrait ne pas plaire à tous les amateurs de styles épurés.

En conclusion, si vous aimez les comédies horrifiques déjantées et les hommages aux classiques des années 80, et si vous aviez apprécié Basketful of heads, alors vous pouvez vous en servir une dans le Réfrigérateur.