**·Comics·East & West·Nouveau !

The Resistance

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Album de 141 pages comprenant les six épisodes de la série écrite par J. Michael Straczinsky et dessinée par Mike Deodato Jr. Parution le 17/03/2021 aux éditions Panini Comics

Pandémie, Pan ! T’es mort !

Depuis l’an dernier l’éditeur Panini, connu pour distribuer les comics Marvel, s’est donné pour mission d’élargir son panel en dénichant des comics indépendants issus d’éditeurs américains moins connus du grand public français. En ce début d’année, le thème des Indy est clairement d’actualité, puisqu’après Year Zéro, qui nous rejouait l’apocalypse zombie, on trouve The Resistance, qui traite une nouvelle fois d’une pandémie mondiale touchant l’Humanité. 

L’histoire débute lors de l’apparition du virus XV1N1, un pathogène mortel à plus de 95% dont l’apparition et la propagation demeurent un mystère. En quelques mois, le virus qui a pris tous les gouvernements au dépourvu (tiens, tiens) a fait 400 millions de victimes, et laissé le monde dans un état plus précaire encore qu’avant la pandémie. Le plus préoccupant, c’est que personne ne parvient à comprendre pourquoi ni comment la pandémie a pris fin. Du jour au lendemain, les personnes infectées, qui jusque là mourraient en quelques heures, se relèvent, exemptes de symptômes. 

Cerise dramatique sur le gâteau médico-scientifique, il s’avère qu’une certaine frange de la population ayant survécu au virus a développé des capacités surhumaines. L’Humanité se réveille donc de cette tragédie avec 400 millions d’âmes en moins, mais avec 10 millions de mutants dotés de super pouvoirs. Quels sont les rouages de cette évolution ? Quels phénomènes sinistres cache-t-elle ? Comment l’ordre mondial va-t-il se réorganiser après tout ça ? Les masques seront-ils toujours obligatoires ? 

Un remède à la vie ?

JM Straczinsky est un auteur reconnu pour ses travaux sur Amazing Spider-Man, Supreme Power ou encore Rising Stars. Malheureusement, ce qui fait un bon auteur peut aussi le défaire, puisque dans le cas présent, The Resistance souffre de la comparaison avec chacun de ses précédents travaux. Un événement singulier qui donne des pouvoirs en masse (Rising Stars et son météore, Supreme Power et le nanovirus apporté par Hyperion, l’auteur se permet même d’opérer un mix des deux!), des héros nouveaux qui doivent trouver leur place face à des gouvernements suspicieux voire carrément fascistes (idem, Rising Stars et SP sont en plein dedans), et ainsi s’organiser, l’héroïne rédemptrice qui se sacrifie pour le bien commun…  

Le pitch reste intéressant notamment par sa résonance avec l’actualité et le traitement pseudo-réaliste qu’il fait de la place du super-héros dans le monde et du danger qu’il représente en vérité. D’autres œuvres s’y sont déjà essayées: Watchmen et Miracleman d’Alan Moore, Injustice, Supreme Power encore, The Authority, Planetary, No Hero, Black Summer, de Warren Ellis, Irrécupérable de Mark Waid, The Boys de Garth Ennis, la liste est longue et montre bien que le genre super-héroïque n’a pas attendu The Resistance pour s’autodigérer et opérer une remise en question. 

De surcroît, le débat philosophique est d’ailleurs relativement fade puisque l’on s’éparpille dans plusieurs thématiques sans que se dégage un protagoniste fort ni un discours cohérent. On passe par la peur des gouvernements (Watchmen, Authority), à la volonté de contrôler les êtres dotés de pouvoirs (Supreme Power) puis à la coercition, avec un bref passage par l’instrumentalisation et l’entertainement (The Boys). Tout cela sent donc le réchauffé, même si un début de réflexion lancé par l’auteur sur le fait que les pouvoirs ne sont finalement qu’un amplificateur de la nature profonde de celui qui les possède, n’est pas réellement exploité, à tort. 

Le dessin de Deodato Jr, s’il comporte un gimmick distrayant, celui de doter ses personnages des traits de certaines célébrités (j’ai repéré Ed Harris en POTUS, notamment), comporte depuis quelques temps déjà des incongruités anatomiques qui vont à rebours de l’immersion ciné génique qu’induit son style réaliste. 

En conclusion, JMS nous sert une version COVID de ses précédents travaux, un argument de vente osé de la part de Panini qui jusque là avait sur dégoter des petites pépites indé. 

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Year Zero #1

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Album de 110 pages comprenant les cinq volumes de la mini-série Year Zero, écrite par Benjamin Percy et dessinée par Ramon Rosanas. Parution en France chez Panini Comics le 17/03/2021.

Dur, dur d’être un zombie

En cette période pour le moins singulière où chacun de nous est un survivant, Panini Comics a jugé opportun de lancer deux nouveaux albums sur le thème de la pandémie. Cet argument de vente, certes opportun, d’en comporte pas moins des promesses de frissons, et, pourquoi pas après tout, de bonnes lectures.

Dans ce Year Zero, nous allons suivre les mésaventures d’un certain nombre de protagonistes, répartis dans le monde et ayant chacun leur manière d’affronter cette fin du monde.

Sara Lemons est en mission dans le cercle polaire, afin d’étudier les couches glaciaires. Elle espère y trouver un remède aux maux qui agitent notre siècle, qu’ils soient climatiques, énergétiques, sociétaux ou médicaux.

A Mexico, Daniel Martinez, jeune orphelin des rues, fait ce qu’il peut pour survivre et échapper aux cartels qui ont tué sa mère, convaincu qu’il survit par la grâce divine.

Saga Watanabe, lui, tue des gens pour vivre, principalement à Tokyo. Il exécute un dernier contrat censé lui offrir une porte de sortie, une retraite bien méritée avec l’amour de sa vie.

Fatemah Shah, quant à elle, vit en Afghanistan, où elle sert d’interprète et d’informatrice aux soldats américains.

B.J. Hool, enfin, est un américain moyen, un survivaliste nihiliste qui a passé sa vie à se préparer à ce genre d’événement.

Comment ces gens très différents vont-ils réagir lorsque les morts vont se relever, victimes d’un pathogène qui en fait des zombies anthropophages ? La réponse est simple: plutôt mal. Mais ça n’empêchera aucun d’eux de poursuivre ses objectifs ou de s’en trouver de nouveaux, car la vie, au contraire de la mort, n’a rien de permanent et évolue sans cesse.

Vaut mieux vivre avec des vrais morts qu’avec des regrets

Il apparaît assez vite après le premier chapitre que ces protagonistes ne sont pas destinés à se rencontrer. Oublions-donc tout de suite la perspective d’un récit choral ou de survie à la Walking Dead. Chacun des protagonistes possède sa propre ligne narrative, qui ne croise à aucun moment celle des autres, excepté celle de Sara Lemons, qui se déroule un an avant la pandémie, et qui influe donc sur le reste.

Les sauts et ellipses entre les différents personnages dynamise le rythme du récit mais donne également une sensation de survol, l’auteur se concentrant sur l’essentiel de sa narration sans étoffer davantage certains points qui auraient mérité de l’être.

Year zero - BDfugue.com

Le point de vue interne des protagonistes reste tout de même très intéressant, chacun d’entre eux ayant des croyances et un vécu qui définissent leur vision du monde, et nécessairement, leur réaction face l’apocalypse zombie. Saga Watanabe et Daniel Martinez recherchent la vengeance, tandis que Fatemah cherche l’émancipation et la rédemption. BJ Hool quant à lui, a vécu isolé toute sa vie et ne découvre que maintenant l’intérêt de créer du lien avec une autre personne.

Le parcours de Sara, qui sert de préquel, a des relents de The Thing (la base polaire, une créature sortie de la glace) mais n’exploite malheureusement pas le vivier horrifique que recèle cette prémisse, du fait des ellipses et du peu de temps consacré à cette partie. Le reste des trames individuelles est ô combien classique, hormis sans doute celle du nerd survivaliste qui tombe amoureux, qui comporte son lot d’ironie et d’humour grinçant.

Year Zero vous sera sans aucun doute un peu survendu par Panini Comics en raison du contexte pandémique, mais pas d’affolement: nous ne sommes pas en présence d’un incontournable du récit de zombies, même si l’exécution reste bonne et agréable à suivre. A priori, un deuxième volume est sorti aux US et ne devrait pas tarder à traîner des pieds jusqu’ici pour tous nous dévorer.

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Avengers #3: La guerre des vampires

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Troisième tome de la série Marvel écrite par Jason Aaron et dessinée par David Marquez. Comprend les numéros 13 à 17, parution le 20/01/2021 chez Panini.

Bon sang ne saurait mentir

Retour des Avengers version Jason Aaron. Depuis leur reformation, les Avengers ont repoussé la dernière Armée des Célestes, combattu leur ancien allié Namor ainsi que leurs homologues russes, la Garde d’Hiver. Mais ce qui les attend cette fois va les plonger dans les coulisses ténébreuses de notre monde et révéler un microcosme qui préfère d’ordinaire demeurer caché. 

Les nations vampires qui prospèrent dans l’ombre sont en plein chaos. Partout sur Terre, les différents clans sont en ébullition et s’affrontent dans une guerre sans merci qui risque de mettre en danger bien des vies humaines. Parmi cette débâcle, le Colonel de l’Ombre fait son apparition, secondé par sa Légion des Morts, et cherche à retrouver le roi des vampires, le célèbre Dracula, afin de le détrôner et prendre sa place. 

Le vieux monarque, sentant le danger, sollicite refuge auprès de la Garde d’Hiver, de quoi attiser les tensions déjà existantes entre Avengers et héros russes ! Heureusement, les plus puissants héros de la Terre vont pouvoir compter sur l’aide d’un spécialiste, en la personne de Blade, le diurnambule, chasseur de vampires. Ce qui tombe plutôt bien sachant que le jeune Robbie Reyes, nouveau détenteur du pouvoir du Ghost Rider, est passé malgré lui à l’ennemi. 

Jason Aaron poursuit son run sur la série phare de Marvel, en creusant davantage certains de ses personnages fétiches, comme Ghost Rider, qui s’offre ici une virée en Enfer sensée l’éclairer davantage sur la nature de ses pouvoirs. Le paradigme de départ est assez intéressant, avec un Dracula prisonnier en mode Hannibal Lecter, sournois et sûr de lui, avant de subir un changement et placer le roi des vampires en position de victime de la cruauté de la Garde d’Hiver. 

Certains mystères s’épaississent, comme l’identité de la Veuve Rouge, et font anticiper de fracassantes révélations, dont on espère qu’elles seront à la hauteur de l’attente suscitée. L’action est bien présente dans cet arc court mais efficace, guidée par les dessins qualitatifs de David Marquez

Comme précédemment, on trouve également dans l’album une aparté consacrée aux Avengers préhistoriques, ici la première Iron Fist, Fan Fei. Un troisième album qui maintient la qualité de la série.

*·Nouveau !

Spider-Man: De père en fils

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Intégrale reprenant les cinq numéros de la mini-série Spider-Man: Bloodline, écrite par JJ et Henry Abrams, dessinée par Sara Pichelli. Parution en France chez Panini Comics, le 17 février 2021.

Appren-Tissage adolescent

Il y a douze ans, l’impensable s’est produit pour Spider-Man: vaincu et mutilé par Cadavérique, un nouvel adversaire qui lui en voulait personnellement, le héros a vu l’amour de sa vie, Mary Jane, périr des mains du monstre. Mortifié par le deuil, Peter s’est éloigné de son fils Ben, qui ignore tout du passé de son père et de la cause du décès de sa mère. 

Ne voyant qu’un père lâche et absent, Ben rumine son mal-être adolescent en rejetant l’image paternelle. Un jour, Ben se découvre de stupéfiantes facultés, similaires à celle du héros arachnéen d’autrefois. Ce sera l’occasion pour l’adolescent d’explorer ses origines et de faire face à son deuil, tout en apprenant le poids des responsabilités. Malheureusement, cette quête initiatique ne fera pas dans la quiétude, car Cadavérique est de retour, plus déterminé que jamais à obtenir ce qu’il désire. 

On ne présente plus JJ Abrams, devenu en quelques années une figure inévitable de la pop culture. Star Trek, Star Wars, Mission Impossible, mais également Cloverfield, le producteur/réalisateur/scénariste a étendu son répertoire jusqu’aux confins de la galaxie Pop, avec plus ou moins de succès. Titillé depuis quelques années par l’envie d’écrire pour la BD, Abrams donne suite à un appel du pied de plusieurs années d’un « senior editor » de chez Marvel pour entamer un récit hors-continuité sur Spider-Man, secondé par son fils Henry. 

Venant d’un auteur prolifique et fin connaisseur du genre, ce récit avait de quoi susciter les attentes les plus élevés en terme de qualité, d’autant plus que l’homme écrit avec son fils un récit évoquant les générations, ce qui promettait une alléchante mise en abyme pleine d’émotion. 

La scène d’ouverture du récit donne le ton en nous faisant assister à une cuisante défaite pour Spider-Man, aux prises avec un colossal homme-cyborg-zombie, qui l’attaque pour des raisons que nous ne connaissons pas encore. Mary Jane est prise entre deux feux, et meurt empalée par le monstre, sans raison apparente. Les funérailles qui suivent sont déchirantes, et permettent d’échanger le point de vue, en passant à celui de Ben, le fils de Peter et MJ. 

Douze ans plus tard, on découvre que Ben a grandi seul avec Tante May, Peter ayant décidé de partir travailler à l’étranger pour le Daily Bugle. Il hait son père pour l’avoir abandonné, et entre dans une phase de rébellion qui le mène à rencontrer Faye Ito. Viendront ensuite les pouvoirs et la découverte qu’en fera Ben avec les aléas prévisibles dans ces situations. 

Le reste du récit sombre ensuite dans la confusion, se concentrant sur une intrigue aux circonvolutions à la fois attendues et déconcertantes. Il y a dans ce De père en Fils un sentiment de dispersion et de futilité qui fait perdre le fil dès le second chapitre. Il est en effet assez difficile, à mon sens, d’écrire des personnages adolescents intéressants tout en évitant l’écueil de les aliéner au lecteur. 

C’est toutefois ce qui se produit ici, car Ben, bien que l’on puisse s’identifier à ses tourments au premier abord, perd vite de sa substance et ne donne alors plus qu’à voir angoisse existentielle et passivité mal employée. Rien n’est juste dans les deuxième et troisième actes, si ce n’est la quête de Ben pour secourir son père, mais même celle-ci est entrecoupée de dialogues maladroits, décousus, et de tartines d’exposition pivotale censées nous éclairer sur les motivations du méchant. 

Le méchant, justement, entre dans la catégorie des « monstres tragiques »  mais ne parvient à aucun moment à émouvoir ni à effrayer, ce qui le rend totalement oubliable. Pire encore, le mystère qu’apportaient les zones d’ombres sur ses motivations, laisse place à la confusion une fois révélées, ce qui tire encore davantage la mini-série vers le bas. Ne parlons même pas de la véritable antagoniste, sorte de boss de fin WTF, qui n’apporte pas grand-chose non plus.

La relation entre Ben et Peter a quelque chose de touchant, en revanche là encore, elle est parasitée par l’intrigue qui peine à tenir debout et un rythme décousu qui ne permet pas de s’attarder réellement dessus.

Le casting semble acceptable à première vue, mais les personnages sont sous-utilisés (Riri Williams) ou employés de façon si maladroite (Tony Stark, Peter Parker) que cela en devient gênant pour la lecture. La palme revient malheureusement à Faye, acolyte/love interest de Ben, qui a tout de la fameuse « Manic Pixie Dream Girl « déjà décrite dans des précédentes chroniques. Certes, elle décrit un intérêt pour les causes sociales qu’elle défend et offre un point de vue intéressant sur le célèbre leitmotiv de Spidey, mais son intérêt semble s’arrêter là, ce qui la réduit à un stéréotype, comme souvent dans des histoires pour les garçons écrites par des garçons, ou encore dans les fan fictions, ce dont relève finalement ce scénario. 

Ce qui ressort de ce fiasco est le terrible gâchis qui est fait des talents de Sara Pichelli, qui fait ici ce qu’elle peut pour rehausser le tout malgré le sabotage en règle des Abrams père et fils. Ce qui est d’autant plus irritant au vu du potentiel que pouvait avoir un comic book écrit par un scénariste et producteur de cinéma.

Spider-Man: De père en fils nous aide au moins à réaliser que talent et succès ne sont apparemment pas liés, en tout cas pas outre-Atlantique. 

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Spider-Man (Mavel Legacy): Le retour des Sinister Six

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Album de 160 pages comprenant les épisodes 234 à 240 de la série Spider-Man. Brian Michael Bendis au scénario, Oscar Bazaldua et Sara Pichelli au dessin. Parution le 04/09/2019 aux éditions Panini Comics.

Araignée Nouvelle

Crée par Brian M. Bendis en 2011 dans les pages de Ultimate Spider-Man, Miles Morales a rapidement gagné une grande popularité aux yeux des fans de l’Araignée, qu’il avait été crée pour remplacer.

Quelques années plus tard, en 2015, l’univers Ultimate dans lequel Miles évoluait en tant que Spider-Man fut détruit lors de Secret Wars, mais le jeune héros échappa miraculeusement à l’annihilation, et intégra l’univers 616, soit la continuité Marvel classique. Ainsi, Miles a pu prouver sa valeur auprès du Spider-Man original (les deux personnages s’étaient toutefois déjà croisés lors d’un crossover entre univers parallèles) et même remplacer son aîné en tant que protecteur de New York lorsque ce dernier embarqua pour des aventures plus globales.

En tant que Spider-Man, Miles a également intégré les Avengers, avec Miss Marvel, Nova, Vision, Iron Man et Captain America. Cette collaboration fut de courte durée puisqu’elle pris fin l’année suivante lors de la seconde Guerre Civile des super-héros. Miles, déçu par le comportement des héros séniors, va dans la foulée former, avec d’autres jeunes héros, les Champions, désireux de s’affranchir de la tutelle des adultes.

En parallèle, Miles doit s’adapter à ce nouvel univers, en menant du mieux qu’il peut la vie d’un adolescent new-yorkais. Ce quotidien au fragile équilibre sera perturbé lorsque Miles verra resurgir une figure de son passé récent.

Affaires de Famille

Car Miles n’est pas le seul transfuge de l’univers Ultimate. Lorsqu’il lui a épargné l’effacement à l’issue de Secret Wars, Molecule Man a aussi permis aux proches du jeune homme de subsister. Ce qui inclue Aaron Davis, son oncle, malfrat autrefois connu sous le nom du Rôdeur.

Revenu à la vie, Aaron compte bien profiter de cette nouvelle chance et prépare un coup audacieux avec une équipe de Sinisters nouvellement constituée. Sa route va bien sûr croiser celle de son neveu, ce qui promet un conflit de loyauté pour la petite Araignée.

Brian Bendis est ici aux commandes de l’un de ses personnages fétiches, dont il préside à la destinée depuis plusieurs années, et pour lequel il raccroche ici les gants. Nous sommes donc en droit d’attendre une aventure épique et émouvante, condensant tous les meilleurs aspects du personnage, à l’instar de la fin du run de Dan Slott sur Amazing Spider-Man.

Néanmoins, rien dans l’album ne laisse transparaître l’amour du scénariste pour son personnage. L’arc en lui-même est plutôt banal, le scénariste nous ayant habitué à mieux en terme d’action et de rebondissements. L’équipe de méchants, menée par l’oncle de Miles, n’a rien de très impressionnant, et sert même par moment de ressort comique, ce qui nuit clairement à la tension dramatique. L’aspect « film de casse » que l’on pourrait attendre du pitch est mis de coté ou tout simplement bâclé, ce qui rend finalement ces nouveaux Sinister Six regrettablement anecdotiques.

Bien évidemment, on retrouve les tics habituels de l’auteur, notamment les dialogues vifs et ciselés, presque tarantiniens, et une intervention finale à la limite du deus ex machina (c’était le cas dans sa mini-série Spider-Woman, mais aussi dans la mini-série Moon Knight et d’autres exemples du même genre). Cependant, ces petits artifices, qui peuvent agrémenter le récit, ne parviennent pas à faire monter la mayonnaise.

Tout ceci donne un goût d’inachevé à ce qui aurait du être une histoire poignante et haletante, mais qui contrevient finalement à la réputation de l’auteur et de son personnage.

****·Comics·East & West

Amazing Spider-Man (Marvel Legacy) #2: Fin de Ligne

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Second tome comprenant les épisodes 797 à 801 de la série Marvel Amazing Spider-Man, avec Dan Slott au scénario, Stuart Immonen, Humbertos Ramos, Giuseppe Camuncoli, Marcos Martin au dessin. Parution en octobre 2019 chez Panini Comics.

Les Toiles Montantes

Dans le précédent volume, nous étions témoins du creux de vague vécu par Spider-Man suite au désastre de la Conspiration des Clones. Plus de multinationale, plus de succès, Peter Parker était redevenu le loser arachnéen lambda luttant contre le crime les poches vides. 

Cependant, le propre d’un héros de la trempe de Spidey est de toujours se relever, même après avoir touché le fond. Et il ferait mieux, car ses ennemis de toujours n’attendent pas pour se remettre en scelle. En effet, alors que l’Araignée était occupé à déblayer les décombres de sa vie tout en continuant de veiller sur New York, Norman Osborn, dont la personnalité si exquise du Bouffon Vert avait été neutralisée, à continué à comploter pour prendre sa revanche sur son ennemi héréditaire. 

Ce bon vieux Norman est un personnage à l’historique complexe. Méchant emblématique de l’Araignée, l’un des seuls à connaître son secret, Osborn a toujours su frapper Peter là où ça fait le plus mal. En effet, son tableau de chasse n’est pas des moindres, puisque c’est lui qui jeta Gwen Stacy du haut d’un pont, affermissant sa réputation de psychopathe avec cet acte qui marqua tant Peter que le monde des comics dans son ensemble. Il y a quelques années, sous la houlette de Brian Michael Bendis, Norman Osborn avait su regagner sa popularité et était devenu « le premier flic d’Amérique« , régissant l’Initiative des super-héros et dirigeant même sa propre équipe d’Avengers

Après sa chute provoquée par sa tentative avortée d’envahir Asgard (Siège), Osborn avait été emprisonné quelques temps avant de revenir plus dangereux que jamais, cette fois à la tête d’un conglomérat de sociétés secrètes, l’Hydra, l’AIM et la Main. Nouvel échec pour l’ancien Bouffon, qui avait ensuite renoué avec son ancienne gloire faite de Planeurs et de Bombes Citrouilles. L’ami Normy a un nouveau plan pour se débarrasser de notre araignée favorite: le dangereux symbiote Carnage, qui a causé bien du soucis à bien des gens ces dernières années (se référer à Maximum Carnage, Carnage USA, la mini série Carnage de 2016 et plus récemment Absolute Carnage, qui se situe après les événements de ce tome). 

La fusion inédite de ces deux entités donne le Bouffon Rouge, plus meurtrier et plus instable que jamais. Le Bouffon Rouge va désormais y mettre du sien pour faire souffrir Peter, et va, on ne se refait pas, viser les êtres chers du héros. 

Araignée au pied du mur

Spider-Man en tant que personnage, noue très souvent des liens intimes avec les scénaristes de sa série, comme en témoigne le run de Bendis sur Ultimate Spider-Man, qui est ici au coude à coude avec Dan Slott en terme de longévité. Slott n’a jamais caché son amour inconditionnel du personnage, ce qui transparaît durant une quasi décennie marquée par les histoires les plus ambitieuses proposées au personnage depuis longtemps. 

Le numéro 800, qui compose le cœur de cet album, fait penser à plusieurs égards au numéro 700, déjà signé Slott, par le caractère survitaminé de l’action et la sensation d’urgence vécue par le Tisseur. Le scénariste convoque tous les items narratifs qu’il avait mis en place depuis son arrivée pour une impression de boucle bouclée des plus satisfaisantes. En effet, tout y passe pour les lecteurs de longue date, qui retrouveront une mention de nombreux événements liés au run de l’auteur. Le casting est donc assez large, mais chacun y a son utilité, ce qui rend l’affrontement final d’autant plus savoureux et la conclusion émouvante. 

Cerise sur le gâteau, ou devrais-je dire, Petite mouche juteuse au centre de la Toile, les artistes emblématiques ayant collaboré avec Slott depuis 2010 (voire avant pour certains), sont de retour, faisant de ce numéro 800 une sorte de madeleine arachnéenne pleine de nostalgie. 

Cette fin de ligne est le chant du signe d’un auteur méticuleux et amoureux de son personnage, dans laquelle on retrouve la quintessence de l’Araignée, à ne pas rater si vous aimez l’Araignée.

**·***·Manga·Rapidos·Rétro

Manga en vrac #7

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Au fil de mon immersion dans le manga, de mes déconvenues et de mes découvertes, j’ai progressivement repéré quelques auteurs/séries majeurs qu’il convenait de découvrir… d’où cette fournée rapidos en mode exploratoire…

  • Dead Dead Demon DeDeDeDe Destruction #1 (Asano/Kana) – 2017-…, 9 tomes parus, série en cours (10 vol parus au Japon).

dead-dead-demon-1-kanamediathequeLorsque j’ai demandé à des mangavores chevronnés quels étaient les auteurs majeurs de ces dernières années (j’ai débuté le manga précocement avec Akira et les premiers Glénats et Tonkam dans les années 90 mais depuis je me suis un peu assoupi…) on m’a cité unanimement Naoki Urasawa et Inio Asano. Dont acte! Une recherche d’image me fait tomber sur les planches impressionnantes de précision de cette série qui a sans doute le titre le plus imprononçable de l’histoire…

Dead Dead Demon raconte l’amitié de deux lycéennes alors qu’un vaisseau spatial gigantesque est apparu quelques mois plus tôt dans le ciel de Tokyo en provoquant ce que l’on imagine des affrontements et des morts. On suit donc la vie quotidienne de ces super copines très modernes et un peu foutraques dans ce qui semble être l’An zéro d’une nouvelle ère. Entendons-nous bien, l’OVNI n’est qu’une tapisserie en fonds d’histoire et aurait très bien pu être remplacé par n’importe quelle catastrophe ou événement géopolitique majeur, le but étant surtout de créer cette étrange atmosphère toute asiatique de contemplation semi-burlesque. Il n’y a donc pas vraiment d’histoire, dans un esprit proche de celui d’Urasawa sur Asadora!, à savoir des chroniques de vies de jeunes japonaises dans un pays sans avenir, bloqué par un événement qui peut symboliser l’Etat lui-même. Outre le dessin totalement virtuose (on peut tout de même remercier les assistants pour les décors photo-réalistes), ce sont les dialogues (excellemment bien traduits!) qui marquent, plein d’une modernité et d’une énergie inhabituels dans le genre manga et qui marquent une sensibilité assez européenne de l’auteur que l’on retrouve sur le dernier carton de Ki-oon, My broken Mariko. Je sors de cette lecture du premier tome pas totalement immergé mais très intéressé par un auteur qui semble en parfaite maîtrise de son art.

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  • 20th century boys #6 (Urasawa/Panini) – 2002-2007, série finie en 22 tomes.

20th_01mediathequeJ’ai découvert Urasawa sur sa dernière série Asadora!, qui m’a pour le moment totalement conquis par une fraicheur, un dynamisme et des personnages aux interactions passionnantes.  Passons outre l’abominable couverture de cette première édition Panini (rassurez-vous, la toute récente réédition en format double « Perfect » corrige totalement le tir à en croire les premières chroniques) pour nous plonger dans un démarrage assez prenant du fait d’une importante galerie de personnages et un art du récit franchement rare, surtout quand on retrouve ce qui semble être sa marque de fabrique: la narration elliptique entre différentes époques. 20th Century boys nous plonge dans une ambiance d’enquête du Club des 5 après le suicide d’un des anciens amis d’un groupe de gamins. Chacun a fait sa vie et rapidement les retrouvailles vont pointer des éléments bien mystérieux reliant leur passé et des morts qui semblent liées à une secte… La construction d’Urasawa est très particulière et un cas d’école dans l’efficacité (quand d’autres séries utilisent cette méthode de façon plus artificielle). C’est découpé sans prévenir, parfois au milieu d’une page… et pourtant on n’est jamais perdu! Le style BD du trait de l’auteur simplifie des visages assez caricaturaux que l’on n’a pourtant aucun mal à repérer et malgré l’aspect très mystérieux de ce début d’enquête on enchaîne la lecture rythmée assez rapidement. On retrouve ainsi immédiatement les marqueurs vus sur Asadora! bien que le dessin de vingt ans plus vieux soit moins marquant. D’un caractère résolument original, tout à la fois très BD dans la technique mais totalement japonais dans les thèmes et contexte, Urasawa nous plonge dans son univers rétro, nostalgique, léger, très difficile à résumer mais qui mérite le détour. Un premier tome pas marquant mais qui donne le ton d’une série qu’on imagine volontiers monter son caractère adictif.

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  • Magus of the library #1 (Izumi/Ki-oon) – 2019, 5 tomes parus (série en cours).

magus-of-the-library-1-ki-oonmediathequeJ’en ai beaucoup entendu parler l’an dernier et l’aperçu vraiment magnifique des planches intérieur m’a donné envie de tenter l’expérience bien que la proximité thématique avec le best-seller l’Atelier des sorciers ou l’imprimerie des sorcières m’ait fait hésiter… Ce premier tome est plutot réussi comme introduction (bien qu’un peu volumineux pour une intrigue assez light) en nous imergeant progressivement dans un monde de fantasy inspiré de l’orient arabe et d’Asie centrale où une confrérie de bibliothécaires parcourt le pays à la recherche de tout contenu écrit pour enrichir la bibliothèque centrale… Le bibliothécaire que je suis fut donc très surpris de trouver en Magus of the Library un quasi documentaire sur le métier de bibliothécaire, jusqu’aux lieux communs que nous vivons (le fameux « vous avez de la chance vous devez lire beaucoup! ») et les détails de conservation liée aux insectes. Je soupçonne l’autrice d’avoir travaillé en bibliothèque tant tout ce qui est rattaché au livre et à ce métier transpire dans chaque page: l’imaginaire, le développement de la culture et du savoir, l’apprentissage de la jeunesse, le conservatisme VS l’ouverture du livre à tous, … Cette introduction qui rapelle par moment le très élégant Alpi introduit le personnage principal, jeune sang-mélé persécuté par tout le village et qui n’aspire qu’à s’imerger dans les livres. Les rares séquences de développement du background se font sur le mode des théâtres d’ombres chinoises, juste assez pour titiller notre curiosité. Simple prologue, ce premier tome est graphiquement superbe, très surprenant dans sa précision et son propos égalitaire et donne envie de prolonger la lecture pour enfin entrer dans le vif du sujet.

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  • Grand blue #1-2 (Inoue-Yoshioka/Meian) – 2021, 2 tomes parus (série en cours, 16 tomes publiés au Japon).

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour leur confiance.Manga - Manhwa - Grand Blue Vol.1

Parmi la foison de nouvelles licences que lance Meian cette série a fait un gros buzz sur les réseaux sociaux, aussi lorsque j’ai trouvé les deux premiers tomes dans un envoi de mon partenaire j’étais plutôt optimiste sur cette découverte qui me fait sortir de mes habitudes. Alors disons le tout de suite, Grand blue s’adresse aux young adults en abordant l’entrée à l’université d’un jeune homme confronté aux affres du déjanté club de plongée de son oncle. Archi codifiés, ces deux premiers volumes nous rappellent immédiatement les délires du collège foufoufou, de DR. Slump et autres joyeusetés pas fines de l’humour populaire nippon. C’est d’ailleurs cet aspect énorme  qui fonctionne plutôt bien côté humour. Le schéma est le suivant: le club de plongée est composé de garçons qui passent leur temps à se mettre à poil et à picoler comme des trous, embarquant contraint et forcé le héros qui souhaiterait attirer le regards de l’une de ses cousines quand l’autre le méprise pour sa vulgarité (… bien involontaire vous l’aurez compris). Là où le bas blesse c’est qu’après cent-cinquante pages à rire plutôt volontiers on finit par se lasser des mêmes gags qui tirent la ficelle un peu trop longtemps. L’humour c’est toujours compliqué à régler et il est certain que les auteurs ne nous trompent pas sur la marchandise. Personnellement j’aurais aimé avancer un peu plus dans l’esprit plongée pour aérer un peu la farce permanente du manga et varier les interlocuteurs. Il reste néanmoins de belles séquences de running-gag comme cette séquence de décoration de la chambre qui passe par tout ce pour quoi ne veut pas passer Iori auprès des donzelles… Au final je reconnais que cet humour japonais de taverne m’a souvent laissé de marbre et que si j’ai rigolé par moment, cela ne suffit pas pour enchaîner une série de plus de quinze tomes à ce jour. J’en resterais donc là mais si vous pensez que ce type d’humour vous correspond n’hésitez pas à chausser les bouteilles, dans le genre Grand blue fait plutôt bien le job.

A noter qu’une série animée en douze épisodes et un film en live-action sont sortis au Japon.

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***·Manga·Nouveau !·Numérique·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #6

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Au fil de mon immersion dans le manga, de mes déconvenues et de mes découvertes, j’ai progressivement repéré quelques auteurs/séries majeurs qu’il convenait de découvrir… d’où cette fournée rapidos en mode exploratoire…

  • Ex-arm #12 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2021 série achevée en 14 volumes (Japon)

couv_414082badge numeriqueDans la continuité directe du précédent opus ce volume continue sur l’action effrénée avec le passage à l’attaque de la très sexy et très dévêtue androïde Alma qui a désormais recouvré son autonomie. Pour la bataille finale l’auteur évacue tous les faibles humains pour lancer un affrontement épique entre Alma, Soma réfugié dans son cyborg détenteur de deux ex-arm et le fameux Ogre, coquille de combat à la pointe de l’armement, piloté par Akira. Il faudra bien tout cela pour confronter le redoutable Beta (dont l’identité n’a pas encore été dévoilée) dont la puissance absorbe tous les éléments mécaniques à proximité dans une redite du final d’Akira, le monument de Katsuhiro Otomo, en une citation à peine voilée. Alors qu’il ne reste plus que deux volumes pour conclure la série, on savoure toujours autant les planches grand luxe et les grandes références assumées. Si les auteurs auraient clairement pu éliminer un certain nombre de dialogues bouche-trou dans ce final entièrement dédié aux combats, on ne boude pas son plaisir, en attendant l’Anime…

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  • La ballade de Ran (Osawa/Doki-Doki) – 2021, Série achevée en 2 tomes

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La Ballade de Ran est la seconde création de Yusuke Osawa et propose une courte et sympathique histoire évidemment inspirée par le monument Berserk. Si le trait assez précis de l’auteur s’inscrit dans l’école Miura, le format (deux tomes avec une sacrée différence de pagination entre les deux volumes) et le ton adopté se rapprochent plutôt du Shonen, même si l’aspect monstrueux des démons cible un public plutôt adolescent. Le récit nous narre la chasse aux créatures démoniaques (les Karma) du meilleur des Exterminateurs. Résolument timide et inadapté socialement, il est suivi par une jeune menestrelle décidée à devenir célèbre en contant ses aventures. Au fil d’affrontements (qui rappellent par moment le joli Alpi de par l’absorption de la Souillure maléfique par l’exterminateur) grands format il va rencontrer différents guerriers qui montreront que l’union fait la force contre un mystérieux manipulateur de démons qui s’avère relié à Ran…

L’aspect Dark fantasy est assumé mais est plaisant en évitant les aspects les plus malsains du genre. Le design général est franchement réussi avec des monstres bien cracra et énormes qui procurent des combats épiques très lisibles. La personnalité du héros le laisse paradoxalement un peu en retrait et il faudra plutôt chercher la complexité dans le passé du personnage et sa relation au méchant. Dans un format court l’auteur parvient à développer un univers solide avec une galerie de personnage que l’on aurait plaisir à retrouver, bien que l’histoire se termine a priori définitivement. Manga bref à l’ambition modeste, La ballade de Ran permet à de jeunes lecteurs de se frotter sans mal à un genre particulier et assume une structure simple où l’aspect Geste chevaleresque et l’équilibre général permettent un agréable moment de lecture.

Sortie le 7 avril 2021

A partir de 10 ans.

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  • Outsiders #1 (Kanou/Ki_oon) – 2021, Série en cours.

bsic journalismOutsiders est une nouvelle création originale des éditions Ki_oon, rangée en Shojo. Assez craintif de ce sous-genre « féminin » du mangaoutsiders-1-ki-oon j’ai été agréablement surpris par un ton moderne d’une génération d’auteurs qui semblent résolument détachés du modèle conservateur de l’archipel nippon. Une jeune fille découvre l’existence de vampires et de Loups-garous, s’affrontant depuis des temps immémoriaux. En présence des deux derniers spécimen de leur espèce, elle n’a pourtant pas du tout l’intention de se laisser dévorer et s’impose à eux comme une humaine fière de sa condition et prête à prendre tous les risques pour protéger sa sœur et découvrir la réalité des relations bien plus complexes qu’elle n’en a l’air entre les deux jeunes hommes… Sous couvert d’un trio très Shojo Outsiders propose dans cette introduction une vraie complexité relationnelle qui laisse un peu de côté les clichés éculés des combats vampire/garou. Les notes de l’auteur en fin d’ouvrage détaillent d’ailleurs son agacement dans la banalité des relations interpersonnelles de la célèbre saga ciné Twilight et sa volonté de donner du corps à ces schémas. Les planches assez chargées en bastons bourrines sont élégantes (dans un style qui rappelle The promised neverland) et utilisent l’humour à la Tex Avery avec ces deux personnages à peu près immortels qu’une poutre en acier dans la tronche n’effarouchent guère… Avec de très légers problèmes de lisibilité, le premier volume assure le cahier des charges introductif et se lit avec plaisir en dévoilant le début d’une intrigue autour d’une agence chargée de retrouver les brebis galeuses des deux espères, ce qui laisse présager de belles enquêtes avec ce trio bien efficace.

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****·Comics·East & West

Sara

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Histoire complète en 136 pages, écrite par Garth Ennis et dessinée par Steve Epting. Publiée originellement par TKO Studios, adaptation en France chez Panini le 2/12/2020. 

Pour l’Amère Patrie

La Seconde Guerre Mondiale est une source inépuisable d’histoires, ce conflit ayant indubitablement marqué l’Humanité de bien des façons. 

Ici, nous faisons la rencontre d’un escadron de tireurs d’élite, qui combat l’avancée nazie sur le front russe, en 1942. Le peuple russe est connu pour son dévouement à la cause, comme le démontrera plus tard leur bilan des victimes, parmi les plus élevés. La particularité de notre troupe de snipers, est qu’elle est composée de femmes, toutes entrainées spécialement, et reconnues pour leur efficacité. 

Aux côtés de Rina, Nata, Mari, Lydi, Vera et Darya, on trouve Sara, notre protagoniste. Distante et froide comme le sont souvent les snipers en fiction, Sara est la plus redoutable tireuse à avoir arpenté le front russe. Félicitée pour son tableau de chasse par ses supérieurs, elle sème la désolation parmi les troupes nazies avec une infernale efficacité. 

L’envers du devoir

Cependant, le passé de Sara a causé des blessures qui ne guériront jamais vraiment, ce qui, conjugué à la pression politique du tout-puissant Parti qui ne semble pas accorder la plus grande valeur à la vie de ses soldats, pourrait entraîner la jeune femme sur une pente dont on ne peut revenir. Bien évidemment, lors d’une guerre totale de cette ampleur, les obstacles ne sont pas seulement internes, aussi les nazis, ulcérés par l’efficacité de Sara, vont-ils lui envoyer un sniper plus redoutable encore. 

Connu pour ses œuvres impertinentes (Preacher, The Boys), Garth Ennis s’est forgé un statut de sale gosse des comics. Cependant, il existe aussi une partie de sa bibliographie tournant autour de récits de guerres au ton réaliste. C’est le cas ici pour Sara, dont la narration à la première personne nous plonge dans une ambiance froide et âpre, à l’image du conflit qu’il dépeint. 

Ennis s’est inspiré de faits historiques pour construire son histoire, ce qui ancre le récit dans la réalité, et amène l’auteur à y apposer le sceau de la sobriété. Malgré son détachement apparent, le point de vue interne de la protagoniste ainsi que les flash-back sur son entrainement génèrent de l’empathie envers elle tout au long de l’album, et jusqu’au magistral dénouement, amer et cohérent à la fois.

[SPOILERS]

En effet, le scénariste insiste rapidement sur le fait que Sara, tireuse exceptionnelle, travaille seule, sans observateur à ses côtés (le spotter, qui aide le sniper à repérer ses cibles), alors que ses camarades travaillent toutes en binômes. Si bien que lorsque vient le sniper nazi , Sara ne peut qu’imaginer un tireur solitaire, comme elle, comme si le talent et le don de tuer n’atteignaient leur apogée qu’en solo. Et c’est malheureusement ce qui causera sa perte, une perte qu’elle appelait certainement de ses vœux. 

Graphiquement, Steve Epting nous fait profiter de son expérience sur les décors et l’ambiance WW2, qu’il avait déjà exploré lors de son run sur Captain America back in the day. Son trait réaliste sied totalement au cadre du récit, et livre avec force détails les émotions exacerbées de ces personnages pris entre deux feux. 

Sara est donc un très bon récit de guerre, immersif et original.

***·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

House of X/ Powers of X

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Comic de Jonathan Hickman, Pepe Larraz et RB Silva.
Panini (2020). 228 p., série finie en quatre volumes, environ 80p./volume

La double série croisée House of X (dessinée par Larraz) et Powers of X (dessinée par Silva) est publiée en croisant les volumes dans un ordre irrégulier, agrémenté de nombreux graphiques et documents de background, assez indispensables pour raccrocher les wagons d’une narration chronologiquement volontairement chaotique.

couv_395737Après des décennies à combattre ses semblables en tentant de faire cohabiter l’homo sapiens et les mutants, le professeur Xavier a eu un rêve. Abandonnant sa naïveté sans pour autant admettre la violence de son amis Magneto, il rassemble le peuple mutant en une Nation reconnue par les gouvernements humains, située sur l’Ile de Krakoa. Ceci n’est que l’aboutissement d’une odyssée dans le temps et l’espace. Ceci n’est que le commencement…

MYSTERY COMICS: HOUSE OF X #3, de Jonathan Hickman et Pepe LarrazParmi la foultitude de groupes de héros Marvel les X-men ont toujours eu mes faveurs ce qui a peut-être facilité mon entrée dans les différents events des mutants. Ma lecture assez enthousiaste des All-new Xmen il y a quelques temps m’avait redonné envie de me tenter occasionnellement une série et ce relaunch annoncé comme historique et fort bien critiqué par les chroniqueurs m’a convaincu de tenter le coup, sur une série sommes toutes assez courte et jouissant d’une homogénéité graphique très proche du style Immonen.

Si je reconnais la qualité du travail du scénariste sur cette série je commencerais par dire que la pub faite par Marvel/Panini et reprise en chœur par mes confrères est clairement forcée et s’adresse avant tout aux habitués, à jour dans les séries X-men et sa complexissime chronologie. Hickman leur propose d’ailleurs une construction narrative fort ardue qui demande une grosse concentration. Si l’artifice peut avoir son attrait, il s’apparente au final à un gadget qui permet d’ailleurs assez facilement de relire la série à l’envers. Si l’idée (notamment au travers de l’histoire d’amour entre Xavier et Moira Mac Taggert) est très proche de Malgré tout, elle apparaît beaucoup plus artificielle et dispensable. L’auteur a d’ailleurs intégré de nombreux diagrammes et textes fort bien insérés au milieu des séquences graphiques. Cela réduit d’autant la pagination de BD à proprement parler et on peut s’interroger sur la nécessité d’expliquer dans des textes quelque chose qu’un scénario aurait été à même de développer. Pour autant la structure visant à sidérer le lecteur par des planches balancées sans contexte pour juste derrière préciser ce contexte est maline et donne le sentiment d’une BD sophistiquée.

House of X and Powers of X and Hickman - Imaginary WarsSi l’on regarde au global le récit est en fait très simple et linéaire, trop sans doute pour le laisser sous cette forme (d’où le croisement des trames proposé par Hickman). Ce qui est donc annoncé comme un event majeur est en fait une commande de relaunch qui refuse de lâcher la bride car il n’est là que pour lancer Dawn of X et X of Sword, les crossovers qui en découlent. Les spécialistes des X-men apprécieront peut-être mieux que moi la portée de HoX/PoX, pour les lecteurs occasionnels on a le sentiment, une fois finie la lecture, de juste débuter l’histoire. Frustrant.

HoX/PoX n’est pas pour autant mauvais, ne serait-ce que par des planches vraiment superbes et d’une harmonie impressionnante qui fait douter de changer de dessinateur entre les deux séries. House of X est de loin la plus intéressante car elle reste centrée sur des personnages que l’on a envie de suivre en se centrant sur la création de cette Nation mutante. Outre la très perturbante structure sur quatre temporalité dans Powers of X (de maintenant à +1000 ans), le saut permanent de période et de personnages qui n’ont pas toujours les mêmes noms/apparence empêche le lecteur de s’impliquer émotionnellement et MYSTERY COMICS: POWERS OF X #1, de Jonathan Hickman et R.B. Silvaaccentue l’hermétisme de l’univers. On a tout de même plusieurs très fortes séquences, notamment le second volume de HoX et les révélations vertigineuses sur Moira, ou les percées SF très profondes de PoX sur le post-humanisme et des hypothèses astrophysiques là aussi très puissantes. En extrapolant des réflexions sur l’avenir de machines biologiques, d’une utilisation génétique proche du processus informatique  et du classique thème des IA, la série ouvre il est vrai des portes assez fascinantes…

Très bien dessiné, d’une sophistication qui en laissera plus d’un sur le carreau, House of X/Powers of X est un projet de commande aussi ambitieux qu’industriel. En apportant des concepts motivants, il propose un roller-coaster temporel qui peut plaire mais s’adressera avant tout aux habitués de l’univers mutant et ceux qui envisagent sérieusement de continuer l’aventure sur les publications suivantes.  Pour les autres il vaudra mieux se reporter sur des publications plus anciennes et plus accessibles.

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