***·Comics·East & West·Nouveau !

Amazing Fantasy

Histoire complète en 144 pages, écrite et dessinée par Kaare Andrews chez Marvel Comics. Parution en France chez Panini Comics le 22/06/22.

Voyage en terre inconnue

Ils sont trois à se réveiller sur l’île de la Mort. Steve Rogers, alias Captain America, alors qu’il se trouvait sur un navire de guerre, durant la Seconde Guerre Mondiale, Natasha Romanoff, durant la Guerre Froide, alors qu’elle termine sa formation de Veuve Noire, puis Peter Parker, durant ses jeunes années en tant que Spider-Man.

Tous trois voient la mort en face puis se réveillent, échoués à différents endroits de cette île mystérieuse, qui est arpentée par des Orcs, des Dragons, des Sorciers et autres Griffons. Que font-ils ici, quel est cet endroit ? Nos trois héros pourront-ils fuir cet enfer pour rejoindre leur époque d’origine ?

Kaare Andrews, que l’on avait remarqué chez Marvel suite à son passage sur la série Iron Fist, signe ici une mini-série amoureuse et nostalgique des années 60-70, et des débuts de la maison Marvel, dont les premiers récits étaient effectivement empreints de fantasy et de magie. L’auteur décide de prendre trois héros iconiques dans des périodes qui ne le sont pas moins, pour les projeter sans ménagement dans cet univers brutal, aux antipodes de ce qui leur est familier.

Le choix de Black Widow, Captain America et Spider-Man n’a rien de choquant en soi, et permet même, par le truchement des époques différentes, de créer des quiproquo, notamment autour de Captain, qui ignore encore le rôle qu’il jouera à l’époque de Spider-Man. L’action est au rendez-vous, bien sûr, mais on peut regretter que l’auteur n’exploite pas tous les lieux communs de la fantasy, et surtout, qu’il n’ancre pas davantage son récit sur le plan émotionnel pour tous les personnages.

Je pense notamment à Black Widow, qui est ici une adolescente, supposément encore novice puisqu’elle termine sa formation à la Chambre Rouge. Et bien la chère Natasha, malgré ce postulat, se comporte souvent comme un vétéran de l’espionnage et de la manipulation, et l’auteur semble aussi oublier la jeunesse du personnage lorsqu’il la place dans des interactions sensuelles avec des personnages adultes. Il en va de même pour Peter, qui est adolescent, et qui a une romance avec une farouche guerrière qui semble elle aussi adulte… A ces moments gênants s’ajoutent d’autres plus tendres entre l’Oncle Ben et Peter, par exemple, mais le tout se noie quelque peu dans une vague de confusion, au regard de l’intrigue et de la mise en scène.

En effet, beaucoup d’éléments sont peu clairs, sans doute pas creusés par l’auteur, ce qui tend à banaliser une mini-série qui se voulait épique et grandiose, exempte de complexes car hors continuité. Toutefois, malgré ça, l’aspect purgatoire/au-delà/expérience de mort imminente reste intéressant à creuser, et permet sans doute de combler les trous du scénario. Cette version de nos héros à la sauce Conan le Barbare reste donc divertissante, mais manque l’occasion de nous transporter réellement, et finira sans doute parmi les innombrables « What-If » chers à Marvel.

Côté graphique en revanche, Kaare Andrews casse la baraque et fait la démonstration habile de la versatilité de son trait, s’adaptant aux différentes ambiances qu’il évoque et à chaque personnage. Comme quoi, scénariste et dessinateur sont effectivement deux métiers bien différents et complémentaires. On met 3 Calvin pour le dessin et le grand format, qui offre un bel objet et un confort de lecture indéniable.

*****·East & West·Manga·Rapidos

Eden, It’s an endless world (perfect) #8

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BD de Hiroki Endo
Panini (2022) – 1998, 484 p./volume, 8 volumes parus sur 9 (1,5 tomes/volume).

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Il vaut mieux être à jour sur la série pour lire cet article!

L’exfiltration de Mana se poursuit lors d’un affrontement qui voit les forces redoutables du Propater et d’Elijah se neutraliser avec des dommages irrémédiables dans chaque camp. Bientôt l’IA Maya intervient, alors qu’une catastrophe mondiale se prépare, qui va bouleverser les équilibres…

Coup de coeur! (1)

Si vous ne l’avez pas encore compris Eden est un manga absolu, un miracle qui se hisse au-dessus de tout ce qui a été fait dans le pays de Tezuka. Pour que ce soit clair, à l’approche de la conclusion cette série dépasse par son ambition et sa réalisation Akira et tous les manga que je concevais comme des chefs d’œuvres…

Chapter 99 - Eden: It's an Endless World! - Manga1s.com - Read and download  Manga Online for Free!Je ne reviendrais pas sur les schémas narratifs de l’auteur qui continuent ici avec toujours autant d’efficacité pour me concentrer sur les thèmes de cet avant-dernier volume. Si on a largement abordé précédemment les déviances urbaines que sont la prostitution, les drogues et les mafias mais également les guerres civiles africaines, ici le scénario approfondit la question des religions en lien avec le concept d’IA et du Colloïde comme nouvelle entité de l’Evolution qui fusionne les questions de la singularité humaine et du rôle de Dieu.

Dans ce monde dévasté (et qui ne finit pas de l’être dans les mains de Hiroki Endo) Maya interroge plusieurs personnages sur le sens de leur vie comme entité individuelle et sur la proposition de fondre sa personnalité dans le collectif du Colloïde. Il pointe en cela directement la promesse non aboutie des religions qui laissaient transparaître dans l’Au-Delà une telle fusion. Dieu restant invisible et son action sur le monde manifestement peu efficace, le Colloïde convainc un nombre croissant d’humains qui voient dans sa matérialité et sa propagation une réalité tangible.

Eden: It's an Endless World! - Chapter 110L’auteur aboutit ainsi sur ce volume l’apport de la Gnose sur son œuvre (que hormis les théologiens et les érudits bien peu avaient pu percevoir jusqu’ici). Cette vision/réflexion est encore passionnante par sa modernité très concrète et son lien avec l’idée SF d’IA. Dans le paradigme futuriste on aura vu les cerveaux transférés dans des corps robotiques et des IA se matérialiser inversement. Il ne reste plus qu’à imaginer un transfert de l’esprit d’un humain dans un cyberespace collectif (idée vue récemment dans l’excellent Chappie de Neill Blomkamp) pour boucler avec le relativisme de la singularité démiurgique de l’Homme. Sans aucun prosélytisme, uniquement poussé par sa curiosité et son cartésianisme absolu, l’auteur ne cesse de jongler entre le plaisir de la BD et l’expression de ses analyses sur l’histoire des hommes, sur l’état du monde lorsqu’il écrit son œuvre (… qui n’a malheureusement guère évolué depuis). En lisant Eden on se sent plus intelligent, on réfléchis sans cesse aux vies très réalistes de cette multitude de personnages, à notre monde et au caractère très mortel et remplaçable des humains. Eden est une œuvre profondément nihiliste, froide, mais d’une richesse folle. Il ne reste plus qu’à conclure…

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Comics·Rétro·Rapidos·**

Secret invasion

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Comic de Brian M. Bendis et Leinil Francis Yu
Panini (2022), one-shot.

Comme tous les albums de la collection Must-have, l’album comprend une introduction de contexte, les huit parties (plus un prologue) et un riche cahier explicatif comprenant notamment un guide de lecture.

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En découvrant qu’Elektra, la redoutable cheffe de l’organisation criminelle La Main est une métamorphe Skrull, les Nouveaux Avengers comprennent que le pire est en route: infiltré parmi les héros, l’empire extra-terrestre Skrull a commencé son invasion. Une conquête qui passe par la paranoïa, la manipulation et la peur, alors que plus aucun héro ne sait quel compagnon est authentique ou ennemi…

Secret invasion, un des event les plus réputés des dernières décennies Marvel, conclut (ou presque) la saga entamée par Michael Bendis sur La séparation qui voyait les Avengers se dissoudre. Suite à cela dans House of M ce sont les mutants qui disparaissent avant le Civil War de Millar qui achève de démanteler la solidarité défensive des héros de la Terre, laissant la porte ouverte à cette invasion. La véritable conclusion de la période sera celle de Siège après l’épisode du Dark Reign qui voit les méchants de Norman Osborn piloter la sécurité de la planète.Secret Invasion T. 4 à 6 - Par Brian. M. Bendis & Leinil F. (...) - ActuaBD

Paru en 2008, ce crossover commence à ressentir les effets de l’âge avec des dessins et couleurs assez qualitatifs pour l’époque mais qui font aujourd’hui datés. Surtout, hormis les très nombreuses séquences de pugilat superhéoïque où Leinil Francis Yu est un peu plus appliqué, les planches sont assez mineures voit délaissées, comme illustrant la faiblesse d’un scénario qui n’a d’autre motif que ces bastons. Défaut majeur des crossover, cet album semble être la partie émergée de l’Iceberg, la plus sexy, la plus visible, laissant les ressorts de l’intrigue dans les très nombreux épisodes des séries annexes. Plus encore que Siège où les dessins de Coipel marquaient la rétine, Bendis fait ici le service minimum.Secret Invasion #2 y #3 | Wiki | •Cómics• Amino

On remarquera tout de même l’atmosphère paranoïaque généralisée parmi les héros et notamment la séquence réussie entre la reine Skrull et Tony Stark inscrite dans une démarche pour que chaque séquence instille sa goutte de parano supplémentaire.  C’est là le concept scénaristique principal de l’album que de placer son armée pléthorique de héros dans la sidération. On nous l’explique depuis des décennies, ce qui fait la force des héros de la Terre c’est leur solidarité (la très naïve et très américaine idée positive). Du coup lorsque le chef (Stark) est éliminé et que l’on ne sait plus à qui on peut se fier la digue tombe et permet aux ennemis de s’introduire. Il faut reconnaître le fun de voir certains personnages que l’on découvre être des Skrull depuis peut-être toujours (car oui, les métamorphes copient également les pouvoirs!).

Secret Invasion T 7 & 8 - Par Brian Michael Bendis et Leinil (...) - ActuaBDMalheureusement beaucoup trop d’éléments viennent miner ces quelques bonnes idées, à commencer par la fréquence des Deus ex machina qui lasse assez rapidement et place le lecteur dans un état de consommation passive. Je passerais sur la physionomie très enfantine des Skrull (qui ressemblent tout simplement à des gobelins issus de Donjons & Dragons) et sur le fan-service du débarquement des héros Skrull, sortes d’anti-avengers graphiquement très feignants, pour pointer l’abus grossier de séquences de pugilat de masse. On retrouve cela sur tous les crossover (du Spiderverse à Siege ou aux All-new X-men du même Bendis) mais ici la double page survient à chaque chapitre voir plusieurs fois par chapitre. Etant donné l’intérêt uniquement graphique de ces séquences on aboutit à du remplissage qui dispense de remplir un scénario à la vacuité rarement vue. Il ne se passe absolument rien d’autre que le déroulé de la victoire inéluctable des Skrull jusqu’à l’intervention (héroïque) finale qui sauve tout le monde. Je doute que les explications manquantes soient toutes à trouver dans les séries liées et quand bien même la sortie de cet album unique ne se justifie pas vraiment hormis avec un bien plus gros texte explicatif.

Bref, cette invasion secrète est une franche déception, une lecture que pas grand chose ne sauve hormis pour les fans hard-core de Marvel et les complétistes. Espérons que Disney saura alimenter ce matériau pour la série qui sort cet automne. Le potentiel est bien entendu immense. Bendis est passé clairement à côté. L’avantage c’est qu’un autre peut reprendre le pitch de zéro sans crainte d’une cabale des fans.

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**·***·****·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Les promeneuses de l’Apocalypse #1 – Pilote sacrifié #2 – Dr. stone #20 & 21

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Le mois de juillet touche à sa fin et il est temps de se rappeler quelques bonnes séries manga en cours, avec notamment le shonen Best-seller de Boichi qui s’approche de sa fin, mais aussi une étonnante nouvelle série post-apo en mode feel-good qui confirme le talent de Doki-Doki pour dénicher des séries courtes très qualitatives!

  • Les promeneuses de l’Apocalypse #1 (Saito/Doki-Doki) – 2022, 176p./volume, 9/12 vol. parus.
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Merci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance!

 

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Très étonnant manga qui, s’il n’a pour le moment rien d’addictif ou de marquant, a le mérite de surprendre par son ton résolument positif, chose à laquelle le genre post-apo ne nous a pas habitué. Ce n’est pas grand chose mais c’est suffisant pour attirer notre attention du simple fait d’une rupture avec des attendus. Ainsi on découvre une jeune fille et son amie androïde partie pour un voyage touristique en moto (électrique) dans un Japon vidé d’habitants et largement noyé sous la montée des eaux. Si quelques séquences font monter l’adrénaline il n’y a pourtant aucun pathos dans cette aventure qui a plus du Shojo que du Seinen et profite de dessine remarquables de technique et de précision pour une première œuvre. Sous son aspect écolo qui distille des éléments de background à dose homéopathique, one est plutôt conquis, en attendant de savoir si nous avons affaire à de simples tranches de vie ou si une intrigue véritable va se développer.

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    • Dr. Stone #20&21 (Boichi-Inagaki/Glénat) – 2022, 192 p./volume, 21/26 volumes parus.
bsic journalism

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

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Grosse surprise sur ces deux tomes qui nous rapprochent plus que jamais de la conclusion finale. Alors que les auteurs avaient toujours navigué jusqu’ici entre révélations choc et retour au ronron scientifique, ils semblent enfin résolus à assumer une certaine continuité dans l’avancée de l’intrigue principale (la quête de la source de la pétrification, on aurait presque fini par l’oublier!). Je ne sais pas si c’est le fait de savoir que le dernier tome (le 26) est sorti au Japon ou si l’intrigue est vraiment plus concentrée mais quel pied de progresser enfin sans les a-côté et digressions humoristiques souvent lourdingues. On nage ainsi en pleine aventure dans une quasi-parfaite alchimie entre séquences de découvertes (courtes), action graphique et aventure. Nos amis sont poursuivis par les hommes de Snyder vers la source de l’émission au Brésil, ce qui va entraîner une chasse sur eau, en montagne ou dans la Jungle via mille et un véhicule, jusqu’à une des plus grosses révélations depuis le début de la série. On ne sais toujours pas bien jusqu’où les auteurs comptent aller dans la SF (bien que l’épisode Byakuya nous laisse une perspective assez ambitieuse) mais ces deux tomes sont pour moi peut-être les meilleurs depuis le début et l’acmé du parfait shonen qui maintient l’exigence sans rien sacrifier. Bravo aux auteurs qui nous transmettent leur plaisir créatif!

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  • Pilote sacrifié #2 (Azuma-Kokami/Delcourt) – 2022, 192 p./volume, 2/10 volumes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

pilotes-sacrifies-2-delcourtAprès une belle entrée en matière prenante sur le tome un, on entre dans un rythme de croisière pour cette série historique qui perd ici la dynamique de suspens apportée par les discussions avec le Sasaki d’aujourd’hui. Il ne se passe ainsi pas grand chose pour ces soldats cloués au sol aux Philippines et qui dépendent de leur héros de capitaine qui conteste la perte de tels talents guerriers. Cela permet (au travers d’un terrible général imbu de lui-même et porteur d’ordres aberrants) de critiquer le régime sans s’attaquer plus que ça aux fondements nationalistes qui ont engendré le fascisme à la mode nippone.  Si l’approche documentaire et historique est sérieuse, il manque un petit quelque-chose soit dans l’action soit dans la a critique pour maintenir l’envie. Avec une série qui en est déjà à son dixième tome je suis assez pessimiste sur la faculté des auteurs à tenir un rythme soutenu sans s’endormir le descriptif historique.

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Dark Ages: l’Âge Sombre

Mini-série en 6 chapitres, pour un total de 160 pages, écrite par Tom Taylor et dessinée par Iban Coello. Parution en France chez Panini Comics le 22/06/22.

Rejoins-moi du côté obscur, on a plus d’électricité

Ce n’est pas un scoop, le monde moderne est désespérément dépendant de la technologie. Le monde Marvel ne fait évidemment pas exception, avec sa ribambelle de héros dont les capacités accrues sont issues de l’usage direct ou indirect d’une forme de technologie. Que se passerait-il si la technologie, avec une grand T, venait à être abolie ?

C’est le postulat choisi par Tom Taylor pour la mini-série Dark Ages. Après une bataille désespérée contre le Décréateur, une machine antédiluvienne retenue prisonnière au centre de la Terre, les héros ont obtenu une victoire à la Pyrrhus, en ouvrant un portail dimensionnel qui a rendu inutilisable l’électricité et la technologie sur toute la planète. Cette catastrophe en a bien sûr entrainé d’autres, telles que des guerres et des morts en masse. Mais après une période de trouble, le monde a fini par se reconstruire, en apprenant à se passer de technologie. De façon assez surprenante, ce monde nouveau et florissant s’est bien développé, mais c’était sans compter sur les maléfices concoctés par En Sabah Nur, alias Apocalypse, qui règne depuis sur l’Europe toute entière. Nos héros parviendront-ils à empêcher Apocalypse de provoquer… l’apocalypse ?

Après une longue lignée d’events spectaculaires qui promettent des bouleversements en trompe l’œil, Marvel s’est décidé à faire preuve d’un peu plus de franchise dans son marketing en proposant Dark Ages, un récit global impliquant tous les super-héros de la maison, mais qui a la chance de ne pas être inclus dans la continuité classique. Ce qui signifie que le scénariste, Tom Taylor a pour ainsi dire carte blanche. Et c’est une bonne nouvelle, car Tom Taylor a gagné en notoriété après être passé chez DC pour y faire un brin de ménage par le vide, lors de sagas telles que DCseased. Lorsqu’il le peut, l’auteur n’hésite donc pas à sacrifier des personnages, ce qui apporte généralement un impact supplémentaire à ses histoires.

Le tout commence de façon assez classique, et selon un modèle déjà utilisé par d’autres auteurs: un mal ancien, antédiluvien est enfoui au plus profond de la planète (confère le premier volume des Avengers par Jason Aaron, où il se passe plus ou moins la même chose avec un Céleste), et se réveille pour tout détruire. Ce qui suit est une bataille désespérée pour le vaincre, mais le combat en lui-même est brossé en quelques pages. C’est ici que l’auteur fera le plus de victimes, afin de bien nous montrer la gravité du danger qu’il a concocté pour cette saga.

Le coeur de la mini-série explore ensuite les conséquences de cette bataille, narrées par Spider-Man en personne, et montre comment une civilisation globalisée et interdépendante, basée sur l’exploitation massive des ressources et la circulation des biens, parvient à se réinventer pour s’adapter au nouveau paradigme. Pour le reste, on ne peut se départir d’une certaine impression de manichéisme, avec un méchant très méchant qui veut devenir encore plus méchant, et tutti quanti.

Le choix d’Apocalypse comme antagoniste dans ce futur post-apocalyptique n’est pas en soi inopportun ni dénué de sens, mais il ignore les évolutions récentes du personnages vues dans les X-men de Jonathan Hickman, et pose également un voile sur le nouveau statu quo des mutants. En effet, on voit dans les séries X-men depuis House of X, que la nation de Krakoa ne dépend pas des formes actuelles de technologie ni de l’électricité, ce qui aurait modifié le cours des événements prévus par Tom Taylor.

Certes, l’aspect hors-continuité permet de prendre des libertés, mais il y a d’autres éléments, plus classiques, que l’auteur semble avoir ignoré ou omis. Par exemple, le nombre de personnages dont les pouvoirs sont basés sur l’électricité, qui auraient pu jouer un rôle dans l’histoire mais qui ne sont pas mentionnés: Thor ? Electro ? L’Eclair Vivant ? Zzzax ? Spectrum ? Il y en a toute un ribambelle, mais l’auteur semble sciemment les ignorer pour une obscure raison, d’autant plus obscure qu’il montre par ailleurs que l’usage de l’électricité et toujours possible, via le personnage de Tornade. Un groupe de personnages dotés de tels pouvoirs, dans ce monde privé d’électricité, aurait sûrement représenté un enjeu de taille, tant pour les héros que pour notre Apocalypse régressif, qui est sensé croire en la survie du plus apte et à l’évolution.

Outre ces défauts (antagoniste bateau et concept sous-exploité), il y a un autre point sur lequel l’auteur était attendu et sur lequel il nous laisse sur notre faim, c’est le taux de mortalité des personnages. S’il y a bien une hécatombe initiale, le reste de l’intrigue se déroule assez sagement, avec certes un mort ça et là, mais pas grand-chose de plus…

En revanche, la partie graphique est assurée avec brio par Iban Coello, qui fait partie d’une génération d’auteurs repérés par Marvel pour constituer la nouvelle garde de leurs dessinateurs attitrés.

Pour résumer, Dark Ages, malgré quelques défauts, est un récit d’action simple et divertissant, une lecture pop-corn qui contient néanmoins un message intéressant sur l’usage de la technologie et la dépendance qu’elle provoque.

****·Comics·East & West·Nouveau !

Jupiter’s Legacy #3 : Requiem

Troisième et pénultième tome de la série écrite par Mark Millar. Cette fois, Frank Quitely a cédé sa place à Tommy Lee Edwards et Matthew Dow Smith pour le dessin. Parution en France chez Panini Comics le 03/06/2022.

Un monde (presque) trop parfait

Pour les amateurs de comics, difficile d’être passé à coté de Jupiter’s Legacy en 2017. Cette nouvelle déconstruction du mythe super-héroïque, fomentée par le sale gosse des comics Mark Millar, raconte l’avènement d’une famille d’êtres surhumains, les Sampson, et les conflits générationnels et idéologiques qui vont les opposer. A noter l’adaptation audiovisuelle malheureusement mort-née diffusée sur Netflix depuis l’an dernier.

En 1929, Sheldon Sampson, son épouse Grace et leur entourage plus ou moins proche, sont revenus d’une expédition dans le pacifique, dotés de super-pouvoirs faramineux. Devenus Utopian et Lady Liberty, Sheldon et Grace ont formé l’Union, avec tous les autres surhumains revenus de l’expédition. A eux seuls, les héros de l’Union ont sauvé l’Amérique de la Grande Dépression, puis plus tard de la Seconde Guerre Mondiale. Dans le présent, les héros vieillissants mais toujours actifs espèrent que leurs enfants, notamment Brandon Sampson et sa sœur Chloé, reprendront le glorieux flambeau.

Cependant, être l’enfant du plus grand héros de la Terre n’est pas chose aisée. En effet, malgré toute sa bonne volonté, Utopian reste un homme du passé, un héros enclavé dans un système de valeurs si élevées que ses enfants ne sont jamais à la hauteur, du moins pas à ses yeux. Du coup, plutôt que de s’échiner en vain à satisfaire les attentes irréalisables de leur père, Brandon et Chloé ont plus ou moins lâché la rampe, en adoptant un style de vie hédoniste centré autour de leur image de marque et de quelques rails de cocaïne. Si Brandon espère encore être malgré tout à la hauteur, Chloé, elle, s’enfonce dans ses addictions, influencée sans doute par son petit copain Hutch, qui se trouve être le fils du plus grand supervilain de l’histoire, Skyfox [Il est intéressant de noter les similitudes entre la personnalité de Chloé et celle de l’actrice Carrie Fisher, qui a elle aussi connu un parcours chaotique, écrasée par la notoriété de ses parents]. Dans les coulisses, Walter Sampson, le frère d’Utopian, fomente un coup d’État et se prépare à renverser le gouvernement américain, et devra pour cela éliminer son plus grand rival.

La suite relève de la tragédie shakespearienne dans les grandes lignes: corrompu par son oncle Walter, Brandon se retourne contre ses parents et tue son père, laissant le champ libre au maléfique tonton, qui pense que les humains ne méritent pas le libre-arbitre et que toutes les décisions importantes doivent être prises par les surhommes. Chloé est contrainte à l’exil, juste après qu’elle ait appris qu’elle était enceinte de Hutch. Des années plus tard, Chloé, Hutch et leur fils Jason font profil bas, mais vont finir par se dresser contre la dictature malavisée de Walter et Brandon, pour finalement les renverser et rétablir la république. Le reste aurait pu relever du happy end utopique, mais ce serait mal connaître Mark Millar…

Nous reprenons le fils de l’histoire plus de trente ans après la conclusion du tome 2. Grâce au renouveau incarné par Chloé et Hutch, les nouveaux Lady Liberty et Skyfox, la planète a atteint l’apogée de la civilisation. La nature a été maîtrisée, les guerres et le crime sont redevenus marginaux, bref, le rêve de Sheldon et Grace Sampson s’est réalisé à titre posthume.

Chloé et Hutch ont eu d’autres enfants après Jason: Otto, un activiste des droites de l’Homme, Sophie, femme d’affaire influente dotée de pouvoirs psychiques, et Barney, qui se voit comme le vilain petit canard en raison de son absence de super-pouvoirs. Les années et une carrière de super-héros plus tard, voilà les deux époux séparés. Chloé poursuit son travail tandis que Hutch, désormais sexagénaire, retombe dans ses anciens travers.

L’utopie qu’est devenue la Terre subit encore quelques attaques de temps à autre, mais rien que Jason, le nouvel Utopian, ne saurait gérer, même en l’absence de sa mère Chloé, qui part en mission humanitaire sur une autre planète. Bien évidemment, ce statu quo ne va pas durer et le sol va commencer à se dérober sous les pieds de notre famille héroïque, et on peut même dire que certains vont se manger des ponts sur le dessus de la tête.

Une question d’héritage(s)

Y-avait-il besoin d’une suite à Jupiter’s Legacy ? Cette question est délicate, car la conclusion en forme de happy end, si elle était satisfaisante pour le lecteur, ne correspondait pas nécessairement à son auteur, connu pour développer des points de vue cyniques sur le monde, plutôt deux fois qu’une.

D’un autre côté, il était plus qu’intéressant de savoir si la nouvelle génération de héros serait enfin à la hauteur des enjeux et des défis rencontrés par l’Humanité. Après Utopian et son code moral strict interdisant toute ingérence, puis Walter et sa dictature maladroite qui n’a fait qu’aggraver la situation, l’histoire nous ouvrait la voie au compromis, à la synthèse pour ainsi dire, avec la coopération entre humains et surhumains.

Bien évidemment, les lecteurs aguerris sauront dès les premières pages que l’utopie présentée dans ce Jupiter’s Legacy Requiem n’est pas faite pour durer. A ce stade, l’empathie envers les personnages n’est pas à son apogée, surtout pour les nouveaux (Otto, Sophie, Barney), mais le choc est bel et bien présent lorsque Millar commence à faire le ménage, à grands coups de latte dans le cocotier. Après quelques chapitres d’introduction ou de réintroduction, nous avons donc droit à une débâcle plus amère encore que celle du tout premier tome, et qui promettent de belles batailles en perspective.

Toutefois, si l’intrigue s’articule assez autour de la survie de la Terre et du genre humain, les questionnements éthiques et politiques qui sous-tendaient les deux premiers tomes semblent encore un peu plus effacés, puisqu’ici, point de méfiance envers la figure du surhomme, et pas de point de vue particulier à développer sur l’intervention d’une figure tutélaire dans les affaires humaines. Néanmoins, on se laisse emporter dans le tourbillon, et, comme à l’accoutumée, on reste accroché à son siège après la dernière page en attendant la suite (qui devrait arriver en aout prochain).

La partie graphique, si elle tranche avec le réalisme cru de Frank Quitely, laisse pantois de maîtrise, avec de très belles planches qui alternent trait épais et dessin sans trait, sur de superbes compositions aux couleurs très travaillées. On préfèrera la partie assurée par Tommy Lee Edwards, de par ses partis pris graphiques audacieux, mais les deux épisodes assurés par Matthew Dow Smith ne déméritent pas pour autant.

***·Comics·La trouvaille du vendredi·Rétro

Spider-man: le cauchemar

La trouvaille+joaquim

Comic de Paul Jenkins et Umberto Ramos
Panini (2022)- Marvel (1999), 112p., collection anniversaire Spider-man, volume #8.

Spider-Man : Le Cauchemar – Par Paul Jenkins & Humberto Ramos – Panini ComicsAu choix totalement dérisoire ou moment original de la saga du Tisseur, ce cauchemar est principalement porté par les dessins si particuliers et clivants du mexicain Umberto Ramos. Au début des années quatre-vingt-dix apparaissent les éditions Image, nées d’un départ d’auteurs majeurs de l’époque de Marvel ou DC tels Todd MacFarlane, Jim Lee ou Marc Silvestri. Devenu aujourd’hui le principal éditeur des comics indépendants, Image lance toute une génération de jeunes auteurs, dont Umberto Ramos avec son style cartoon qui détonne à l’époque sur des séries aussi radicales que Dv8 ou Crimson, mais encore un certain Joe Madureira ou autre David Finch. Ce Cauchemar marque l’arrivée sur la licence Spidey de Ramos, alors une des superstars du comics US sur une narration qui dénote ans son approche adulte qui parle de mort (de Gwen Stacy), de folie (du Bouffon vert), de couple en crise. Une vision loin du Spider-man éternel adolescent qu’ont choisi de reprendre les studio Disney dans son MCU.

L’intrigue est assez maigre: il s’agit d’un affrontement très violent entre Spider-man et son pire ennemi, bien décidé à créer un tel choc chez Peter Parker qu’il ira jusqu’à le tuer, mettant fin à leur affrontement et brisant définitivement la morale du héros. Cela permet pourtant des planches et une atmosphère qui nous rappelle furieusement Batman dans son conflit éternel contre sa moitié folle, le Joker. Des encrages en ombre et lumière Top 10 Green Goblin Storylines: #4à la rage du Tisseur lorsqu’il décroche la mâchoire de son adversaire, des provocations verbales permanentes de Norman Osborn qui menace ses proches, beaucoup de marqueurs des histoires de Batman apparaissent dans un album qui se démarche franchement du canon Marvel. Alors on pourra trouver que les dessins ont vieilli (Ramos s’est amélioré depuis, jusqu’à l’incroyable diptyque ecclésiastique réalisé chez Soleil avec le même scénariste quelques années plus tard), il maîtrise pourtant remarquablement l’action et des cadrages étonnants semblant plonger la camera au cœur de la mêlée dans des heurts rageurs. Avec un principe proche de Spider-men, j’ai trouvé cet opus bien plus ambitieux et intéressant dans ce qu’il propose.

A noter un carton rouge à Panini qui pour rentrer dans le tarif promo de la collection a cru bon de scinder ce triptyque pour ne proposer que le premier affrontement contre le Bouffon, brisant l’enchaînement qui faisait probablement partie du projet du scénariste au même titre que la saga des couleurs de Tim Sale et Jeff Loeb. Le goût d’inachevé à la lecture de l’épisode du Bouffon est est sans-doute atténué par les épisodes sur Octopus et Venom, dont la physionomie too-much rend tout à fait intéressant le style d’Umberto Ramos… Je ne saurais trop vous conseiller donc d’opter plutôt pour la version intégrale des trois affrontements… pour peu que le trait du dessinateur vous convainque.

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**·Comics·East & West·La trouvaille du vendredi·Rétro

Age of Ultron

Intégrale de 320 pages comprenant les épisodes #1 à #10 de la mini-série Age of Ultron, écrite par Brian Michael Bendis, et dessinée par Bryan Hitch, Carlos Pacheco, Brandon Peterson et Butch Guice. Parution en France chez Panini Comics le 14/09/2016.

Robot pas bô

Si vous connaissez vos classiques, alors vous savez déjà sûrement que l’IA, ça craint. La science fiction regorge en effet d’exemples édifiants de monumentaux ratages lorsqu’il s’agit pour l’Homme de créer la vie à son image, en commençant par le Golem jusqu’à Skynet en passant par Frankenstein.

Il est possible que ce soit parce que l’Homme, étant foncièrement corrompu, ne peut finalement rien créer d’autre qu’une engeance défectueuse et abjecte. En tout état de cause, les Avengers ne peuvent que partager ce sentiment, puisque depuis les années 60, ils sont harcelés par une intelligence artificielle tantôt guignolesque, tantôt génocidaire, nommée Ultron.

Ultron a de particulier qu’il est une création de Hank Pym, alias l’Homme-Fourmi, génie scientifique et Avenger fondateur quelque peu instable qui a, par erreur, donné naissance à l’un des ennemis les plus acharnés de nos héros. En effet, Ultron au fil des ans, connaît maintes incarnations et mises à jour qui le rendent chaque fois plus dangereux, et, à chaque fois, les héros arrachent une victoire sur le fil, en ignorant s’ils y parviendront la fois suivante. Parmi eux, les plus visionnaires, comme Tony Stark, savent que Ultron finira par atteindre un point au delà duquel il sera impossible de l’arrêter, et qu’il atteindra inexorablement son but, à savoir exterminer l’Humanité (très original…).

En 2013, année de la publication de Age of Ultron, Brian Michael Bendis est en fin de course, après avoir présidé aux destinées des Avengers durant quasiment dix ans. Le scénariste, multirécompensé, aura engendré des sagas telles que Avengers Disassembled (2004), puis House of M (2005), Secret Invasion (2008), Siege (2010), avec toujours plus ou moins de succès.

En 2010 après la fin de Dark Reign (le règne sombre de Norman Osborn), l’auteur mettra d’emblée les héros face au robot tueur dans la V4 de la série Avengers, après une petite escarmouche dans la série Mighty Avengers en 2006 . Il implantera alors l’idée de son retour inévitable et de sa victoire éventuelle, et montrera ainsi toutes les extrémités auxquelles il faudra consentir pour tenter de l’arrêter. En effet, dans Avengers V4, les héros constatent que Kang le Conquérant, voyageur temporel, a tout tenté pour empêcher l’ascension d’Ultron dans le futur, en vain. Ce dernier remporte la victoire dans toutes les versions, forçant le Voyageur du Temps à tenter encore et encore de le vaincre jusqu’à briser le flux temporel. On voit donc déjà que l’idée de départ de Age of Ultron était déjà présente chez l’auteur auparavant. Recyclage ou exploitation avisée ?

Il faut admettre que le bilan est mitigé pour cette Ere d’Ultron (dont le titre sera repris pour le second opus de la saga Avengers au cinéma). La première partie dépeint un monde post-apocalyptique, dans lequel ce que craignaient les Avengers est arrivé: Ultron est revenu, est il a gagné. Secondé par une armée de robots à son image, l’entité artificielle s’est bâtie une forteresse gigantesque, d’où il observe maintenant les ruines fumantes du monde qu’il rêvait de dévaster.

Ce qu’il reste des héros vit terré dans des souterrains, démoralisés et hagards. Même Captain America, parangon de vertu et de courage, a baissé les bras face à l’ampleur de son échec et n’ose pas envisager une riposte. Certaines personnes, en revanche, comme Hawkeye et Black Widow, résistent et espèrent trouver une solution au problème. Cette solution va vite se présenter, sous la forme d’une plateforme temporelle, qui appartenait autrefois à Victor Fatalis. Les héros, enhardis par cette perpsective, se scindent en deux groupes: le premier va dans le futur, pour stopper l’ultime Ultron qui tire les ficelles, tandis que Wolverine décide de prendre le problème à la racine en allant supprimer Hank Pym avant la création d’Ultron.

Comme on peut s’en douter, lorsque vous mêlez voyage temporel et univers bâti sur des décennies de continuité, et que vous ôtez de surcroît un personnage fondateur, cela donne lieu à un petit festival d’effets papillon qui pourrait être exploré sur une bonne douzaine de chapitres. Wolverine se réveille donc dans un présent débarrassé d’Ultron, mais gouverné par quelque chose de pire, évidemment. Le mutant griffu va donc devoir payer de sa personne pour remettre le flux temporel sur les rails et réparer ses erreurs.

En effet, sans la présence d’Hank Pym dans l’univers Marvel classique, beaucoup d’événements majeurs n’auraient pas eu la même tournure, et les répercussions cumulées ont de quoi donner le vertige. En fouillant un peu, on peut même trouver la liste des effets de la mort d’Hank Pym sur la timeline Marvel, écrite par Bendis en personne.

Néanmoins, si l’idée est bien pensée, son exécution reste quelque peu en deçà de ce que l’on pouvait espérer. Après de longs moments de confrontation pas très fructueux, Wolverine et son alliée de circonstance sont capturés, par des héros qui ne les reconnaissent pas ou les prennent pour des imposteurs, tandis que certains commencent à entrevoir ce qu’il se joue réellement. Ce passage un peu décevant ne sert finalement qu’à donner à Wolverine la solution idoine à son problème de paradoxe temporel, qu’il se presse de mettre en œuvre sans trop d’obstacles sur son chemin. Quant à la partie action, la mission-suicide de Captain America et consorts dans le futur ? Pas un mot, pas une case sur son issue, l’apparence de cet Ultron Ultime n’étant révélée que dans les couvertures variantes.

Il peut parfois être salutaire de défier et prendre à revers les attentes des lecteurs, mais quand ces manœuvres confinent davantage de la roublardise fainéante que de la véritable subversion, cela pose un problème. Toute une ligne narrative tuée dans l’œuf, et une autre ligne narrative qui se contente d’un aller-retour dystopique sensé donner tort à la philosophie radicale de Wolverine, ce ne sont là que les symptômes d’une écriture en fin de course, comme nous le disions plus haut, qui rendaient d’autant plus opportun le passage de flambeau de Bendis sur les séries Avengers.

Et puis, avec le recul, il y avait peut être plus intéressant comme personnage principal que Wolverine, le mutant dont le pouvoir caché semble être l’ubiquité, tant il était surexploité et omniprésent dans les productions globales du Marvelverse.

Maintenant que l’on sait tout ça, tentons de résumer cet Age of Ultron: un pitch intéressant mais recyclé, une exécution sommaire et finalement peu inspirée, un protagoniste bateau déjà-vu, un antagoniste invisible, une écriture hasardeuse et une conclusion expéditive. Clairement pas le meilleur event de Brian Bendis et une assez triste façon de clôturer un run monumental de dix ans qui figure parmi les meilleures périodes des Avengers.

****·Comics·Nouveau !·Service Presse

The scumbag #1

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Comic de Rick Remender, Lewis Larosa, Eric Powell et collectif.
Urban (2022), Image (2021), série en cours.

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bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur fidélité.

Ernie Ray Clementine est un sac à merde… une authentique raclure de bidet, une loque droguée jusqu’au bout des ongles dont la seule philosophie (ou « pensée ») est « éclate toi ». Une facétie du destin a pourtant voulu qu’il entre en possession d’un sérum de surhomme, conçu par l’agence gouvernementale chargée de lutter contre l’organisation nazi Scorpionus. Les gardiens de la paix mondiale n’ont plus le choix: ils doivent convaincre le pire « humain » sur Terre de sauver le monde…

The Scumbag (2020-) Chapter 1 - Page 18On connaît le concept. Prenez le pire anti-héros imaginable face à une menace fasciste caricaturale, plongez cela dans beaucoup de mauvais goût, une dose de sexe, une crudité graphique et un dixième degré empli d’humour noir et vous avez une chance d’embarquer un lectorat ennuyé par le formalisme bien-pensant. Ça vous donne du Renato Jones (versant politique), du Mezkal (version cartels mexicains) ou plus loin de nous Anibal 5 par Bess et Jodo. Le problème de la recette c’est l’équilibre entre radicalité (en la matière un peut faire confiance à Rick Remender qui a construit son œuvre sur les moutons noirs de la BD, avec au choix du Seven to Eternity, du Tokyo Ghost ou du Black science…) et scénario, avec le risque majeur de voir notre connard préféré devenir un véritable héros avec happy end. Le paradoxe entre le besoin de simplicité du genre et le jusqu’au boutisme de la dirsuption.

Sur ce plan on peut être inquiet sur le déroulé du scénario qui pour faire progresser son intrigue fait progressivement pousser une conscience pour ne pas dire quelques neurones à Scumbag (je ne vais pas dire « sac à merde » à chaque paragraphe non plus!). Je vais pourtant être bon prince et reprendre l’album par le début, une ouverture magistrale, tonitruante de provocation jusqu’au-boutiste qui nous rappelle pourquoi on aime Remender: cet homme va droit au but et ne s’encombre jamais de bonne morale. Aidé par les incroyables planches de Lewis Larosa (qui a travaillé chez Valiant sur le superbe Bloodshot) dont on ne sait pas si c’est le découpage dingue ou la technique graphique qui impressionne le plus, l’auteur nous balance un gros pavé dans la gueule et l’on termine le premier chapitre avec le même sourire d’extase qu’Ernie Ray Clementine… Bien vite allié à une super-espionne fort sexy et confronté à des nazi américains qui nous rappellent le mauvais coton que filent nous cousins d’outre-atlantique depuis quelques temps, Scumbag va se normaliser lorsqu’on apprend que pour activer ses pouvoirs il doit avoir des pensées positives. Mauvaise idée et mauvais point pour Remender qui introduit ainsi une bonne morale dans son histoire de sale gosse en orientant le sens de l’histoire vers une rédemption dont on ne veut surtout pas après tout cela!The Scumbag”, l'archétype du sale type face à l'apocalypse

De façon assez injuste cette bascule arrive sur le chapitre dessiné par Eric Powell, excellent dessinateur qui semble pourtant bien peu à l’aise sur sa section. Si l’action reste omniprésente et assez fun, le dessinateur ne parvient pas à illustrer la folie du projet qui devait faire tout le piment de cette lecture. Si la suite remonte le niveau trash avec une maous orgie , on réalise progressivement que l’ensemble dépend beaucoup de l’inspiration du dessinateur. Si la qualité graphique générale est de très bonne facture, on sent une certaine timidité à assumer l’idée originale, ce que Jeff parvenait parfaitement à rendre sur ses Mezkal et Gun Crazy.

Au final un a une lecture en yo-yo qui va de l’excellent au banal. Même si l’ensemble se savoure avec plaisir, on aimerait que le second tome assure un destroy intégral plus cohérent. La brochette d’artistes annoncée sur les tomes deux et trois (avec du Bengal, Dinisio et Mobili) laisse augurer en tout cas de sacrées planches.

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***·Comics·East & West·Nouveau !

Redfork

Histoire complète en 160 pages, écrite par Alex Paknadel et dessinée par Nil Vendrell. Parution aux US chez TKO Studios, publication en France chez Panini Comics le 23/03/2022.

Boule(s) de suif meurtrière(s)

Après une longue peine de prison, Noah revient dans sa ville natale de Redfork, retrouver ses proches et tenter de s’amender pour ses erreurs passées. Ce que peu savent, c’est que Noah est tombé à la place de son frère Cody, qu’il a couvert pour le meurtre accidentel d’un docteur durant un cambriolage.

Noah et Cody à l’époque, cherchaient chez le bon docteur quelque chose de suffisamment fort pour se défoncer, comme une majorité de jeunes à Redfork. Huit ans plus tard, la situation n’a pas véritablement changé, les aiguilles passant de bras en bras pour distribuer du bonheur artificielle, directement dans la veine.

Désormais clean, Noah espère renouer avec sa famille, notamment son ex Unity et leur fille Harper, dont Cody a pris soin du mieux qu’il pouvait en allant travailler dans les mines de charbon exploitées par Amcore. Alors qu’il vient juste de revenir, Noah assiste à un accident dans la mine, un coup de grisou qui provoque l’effondrement de plusieurs galeries et la mort de tous les mineurs, à l’exception de Cody, qui est remonté avec l’aide d’un mystérieux inconnu. Alors que Redfork est déjà ravagée par les luttes de classes et le fléau de la drogue, un mal qui aurait du rester enfoui va resurgir et transformer la ville à jamais…

Ville tentaculaire (littéralement)

Une bourgade isolée, une jeunesse désabusée, un secret industriel et des monstres enfouis, vous connaissez la chanson. La partition était exactement la même sur Immonde ! le mois dernier, pour un résultat plaisant mais qui aurait pu aller plus loin dans son bestiaire et dans ses effets horrifiques.

Ici, l’angle abordé concerne également des problématiques sociétales et humaines, en l’occurrence la lutte ouvrière et l’addiction. Cela permet à l’auteur de creuser son propos et ses personnages, en faisant de l’élément surnaturel un catalyseur de leurs problématiques internes.

Sur la forme, on retrouve une structure similaire à celle des Sermons de Minuit (Midnight Mass), en cela qu’un personnage de prêcheur va « convertir » les habitants d’une ville à sa foi monstrueuse dans une créature d’outre-monde, avec une première phase de miracles, puis une seconde phase de body horror.

D’ailleurs, les amateurs de gore seront servis, avec ce qu’il faut de barbaque humaine malmenée dans ses fondements. Les effets gores sont tout à fait palpables, grâce au style réaliste de Nil Vendrell et aux couleurs bien choisies de Giulia Brusco. Sorti de façon presque confidentielle chez Panini, qui avait pourtant mis le paquet pour la promotion des autres titres de TKO Studios, Redfork est un récit horrifique de bonne facture, qui aurait sans doute mérité un fin un peu plus vicieuse, mais qui opte pour une conclusion douce-amère.