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BD en vrac #24: Les Artilleuses #3 – Parias #1 – Les vacances de Donald

La BD!

 

  • Raven #2: les contrées infernales (Lauffray/Dargaud) – 2021, 62p./volume, 2/3 tomes parus.

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Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance!

couv_433410C’est la conclusion de cette fort sympathique trilogie qui aura su être une vraie locomotive pour le jeune éditeur Arleston et sa maison Drakoo. Un guide pour tous les futurs projets lancés assurément!

Les deux précédents tomes arrivaient à allier stabilité et une certaine différence de structure. C’est encore plus le cas ici où le scénario nous surprend tout le long en enchaînant un faux-rythme retardant une conclusion en nous maintenant sous pression jusqu’à la grande bataille finale. Si le tome est moins axé action que les autres, les révélations très progressives et remarquablement bien expliquées confirment l’excellente tenue de la conspiration diplomatique, en référence aux feuilletons policiers et aux Brigades du Tigre. L’attelage improbable entre fantasy, braquage et politique s’avère absolument concluant et encore une fois la richesse de l’univers permet à Pierre Pevel de n’utiliser qu’avec parcimonie une galerie de personnages très foisonnante et que l’on sent solide. Surtout, une fois la conclusion de l’intrigue – tout à fait satisfaisante – aboutie, on sent fortement une envie des auteurs et une grande probabilité de prolonger l’aventure sur de nouvelles enquêtes maintenant que l’organisation derrière tout ça a été dévoilée et que la collaboration entre les Artilleuses et les Renseignements français est installée. Cette trilogie aura tout réussi (avec peut-être une petite progression du dessin à souhaiter) et installé un contexte qui permet d’envisager avec grand plaisir une série au long court.

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  • Parias #1:  (Emeriau-Bezelin/Komics initiative) – 120p., 2021

Cet album est sorti au début de l’été après un financement participatif auquel j’ai participé et qui m’alléchait pas mal. J’aime beaucoup ce type de publication où de jeunes auteurs restent très libres de créer sans certaines contraintes commerciales que peuvent poser les éditeurs. Encore faut-il que l’album soit bon… or ce n’est pas le cas de celui-ci qui malgré un travail d’habillage et de maquette sympathique où l’on trouve des textes de développement d’univers type feuilleton et journaux, le texte comme le dessins sentent malheureusement plus l’amateur que l’auteur professionnel. Je soutiens toujours les premiers albums malgré leurs défauts, y compris graphiques. Le problème c’est que les deux auteurs ici présents n’en sont pas à leurs débuts et que Boris Beuzelin a proposé par le passé des planches beaucoup plus abouties.

On comprend parfaitement l’envie de pulp steampunk ambiance Ligue des gentlemen extraordinaires. Du coup on ne cherche pas forcément l’originalité mais plutôt une atmosphère, comme sur les Artilleuses chroniquées ci-dessus. Le problème ce sont bien les texte très appuyés et une intrigue qui n’avance guère après la seule exposition de ces freaks contraints de voler pour le compte d’un milliardaire machiavélique. Sans parler des quelques coquilles que l’on pardonnera volontiers, les dialogues sont lourds et les textes de développement peu inspirés malgré une passion certaine. Au final et à grand regret (en attendant un hypothétique dernier tome du, lui, excellent Dessous, lui aussi issu du crowdfunding) j’en resterais là…

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  • Les vacances de Donald (Brremaud-Bertolucci/Glénat) – 49p., 2021

couv_432577En attendant un nouvel album de leur magnifique série documentaire animalière Love (après leur passage chez Glénat), les compères Brrémaud et Bertolucci nous proposent une nouvelle aventure Disney, avec cette fois Donald qui ne supporte plus le bruit et la violence de la ville et s’échappe pour une escapade forestière. Malheureusement ses vacances ne vont pas être si idylliques puisqu’il va découvrir que la cohabitation avec les animaux sauvages n’est pas évidente…

Ce one-shot muet s’inscrit totalement dans le canon Disney avec ses séquences d’humour, un peu de sadisme sur le pauvre Donald et une interaction en mode plan/poursuite avec les animaux, pour certains familiers (Tic et Tac). On pourrait par moment presque croire à une variation jeunesse du thème de Love, ces longs passages contemplatifs sur la nature et la vie sauvage qui semblent tant inspirer les auteurs. On n’est donc pas dépaysé et les planches restent superbes même si je les trouve un ton en dessous de ce que Bertolucci a produit sur Love. On retrouvera tout de même une thématique écologique et une critique de la société bruyante plutôt de bon ton. Un très chouette album donc qui pourra se lire très tôt, avec ou sans les parents.

Dès 6 ans.

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La baleine blanche des mers mortes

La BD!
BD d’Aurélie Wellenstein et Olivier Boiscommun
Drakoo (2021), 88p., One-shot.

L’ouvrage comporte un cahier graphique humoristique en forme de journal intime, en fin d’album. La couverture comporte un vernis sélectif.

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bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Les mers sont mortes. Disparues. Asséchées. La faune et la flore qui les habitaient sont partis avec elles, ne laissant qu’une terre dévastée, des cités au sein desquelles des poignées d’humains s’efforcent de survivre, à la faim mais aussi aux fantômes. Car loin d’avoir été oubliées, les mers reviennent hanter les vivants par des vagues d’esprits marins aspirant les âmes. Là, Bengal et Chrysaora, deux étranges voyageurs vont rencontrer l’esprit de la Baleine…

https://publikart.net/wp-content/uploads/2021/10/9782490735709_p_3.jpegContinuant la très intéressante démarche initiale des éditions Drakoo, cet album voit l’auto-adaptation de son neuvième roman par Aurélie Wellenstein, déjà lauréate de plusieurs prix fantastiques dont celui des Imaginales. L’autrice propose pour le coup une vraie adaptation du livre, modifiants certains paramètres afin de s’adapter au format (court) d’un unique album tout en proposant une super ambiance à son partenaire.

Graphiquement on retrouve Olivier Boiscommun à son meilleur niveau en repassant sur sa technique habituelle en couleur directe et encrages légers, après l’expérimentation peu concluante de la trilogie Danthrakon scénarisée par le boss Arleston. On sent l’artiste particulièrement inspiré par l’atmosphère marine comme l’Ether des spectres inquiétants qui parcourent le ciel. Dans des gammes de couleurs très tranchées selon les séquences, son style sied parfaitement avec l’ambiance vaporeuse faite de flux mystiques comme aqueux où Boiscommun parvient à inspirer l’idée des créatures marines dans les costumes, les chevelures, les décors. Lorsque surviennent les fantômes de poissons on entre dans une ambiance de zombies, originaux pour le coup, et qui prennent une dimension très intéressants lorsque surviennent les séquences de rêverie/souvenirs très https://www.idboox.com/wp-content/uploads/2021/09/BALEINE-BLANCHE-3.jpgmarquantes en nous montrant les massacres des baleiniers et la disparition progressive de ce fantastique foyer de vie sur Terre. Malgré la profusion de créateurs bretons, ils ne sont pas si nombreux les albums de BD qui abordent sans détours le drame que la pollution, la surpêche et le réchauffement climatique font vivre au poumon de la planète. On pense par moments au Niourk de Vatine dont l’introduction sonnait comme un uppercut.

Projet très solide bâti sur un univers existant et un propos écologiste déterminé, La baleine blanche des mers mortes est une nouvelle réussite de l’éditeur, tant graphique que d’écriture, en déroulant une intrigue pas si facile à exposer et en tenant jusqu’au bout un suspens qui conclut très logiquement et poétiquement cette histoire. La brièveté du format et l’ambition modérée du projet ne se ressentent pas sur un travail (et ce n’est pas si fréquent sur ce format) parfaitement réalisé et qui sait proposer de la nouveauté dans le paysage éditorial BD. Une jolie trouvaille que je vous invite à découvrir.

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Les gardiennes d’Aether

La BD!

Premier tome de 46 pages d’une série écrite par Olivier Gay, dessinée par Jonathan Aucomte. Parution aux éditions Drakoo le 01/09/2021. 

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Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

The Unchosen One

Le Royaume de Valania jouit d’une paix qui va de pair avec la prospérité de ses habitants. Cette paix ne va bien entendu pas durer, puisqu’elle sera fortement perturbée par le déferlement de monstres insectoïdes insensibles à toutes les armes conventionnelles de Valania, qu’elles soient magiques ou technologiques. 

Aether, un gentil nicodème, qui officie en tant que serviteur pour la famille royale, passe innocemment sa serpillère quotidienne tout en se faisant houspiller par la princesse Tatianna Louisdottir, lorsque surgissent les monstres dans le palais. Meeri, amie d’enfance d’Aether et garde royale de son état, ne tarde pas à débouler pour sauver celui qu’elle aime, et accessoirement, la capricieuse princesse aux pouvoirs magiques. 

Lorsque le trio se retrouve encerclé et que ni les talents de bretteuse se Meeri ni la magie de Tatianna ne parviennent à les sortir de ce mauvais pas, Aether, dans le feu de l’action, saisit une épée qui prenait la poussière dans un couloir du palais, pour se défendre. Et il fait bien plus que se défendre. En effet, l’épée se révèle être le seul moyen de tuer les créatures. Seul problème, l’épée ne s’active plus que pour Aether, lui qui n’a jamais été un combattant et semble pas prêt de le devenir… 

Le trio parvient néanmoins à fuir le palais, ravagé par les cafards géants et se retrouve aux mains d’Opale, une pirate roublarde habituée à tirer parti de toute situation, aussi inattendue soit-elle. Ce quatuor improbable est donc le seul espoir de sauver ce qu’il reste de Valania. 

Olivier Gay, connu pour ses travaux littéraires, s’est récemment mis à la BD sous la houlette d’Arleston et de son label Drakoo. Comme vu précédemment dans Démonistes, l’ombre du créateur de Lanfeust planait encore au-dessus des créations prétenduement originales de Drakoo, menaçant d’annihiler son concept-même. On constate ici avec un certain soulagement que l’empreinte se fait moins forte, on sent que l’auteur prend ses marques et parvient à imposer son style. Un style qui n’est cependant pas complètement étranger à celui d’Arleston, certes, mais qui a le mérite d’exister par lui-même sans s’échiner à singer « le maître ». 

C’est toutefois dans les thématiques que se devine le plus l’influence arlestonienne. Un héros naïf, presque inepte, entouré de femmes fortes se disputant plus ou moins son affection, cela nous ramène immédiatement à ce bon vieux Lanfeust de Troy. Le fait qu’il possède un pouvoir/Macguffin le rendant unique n’arrange rien, et pourtant, le tout demeure digeste sans verser dans le déjà-vu. L’auteur évite cet écueil grâce à une finesse d’écriture qui transparaît autant dans les dialogues qu’au travers des récitatifs, à l’humour bien senti et jamais lourdingue. 

De façon générale, sur le plan narratif, il est toujours opportun de mettre au centre de l’intrigue le personnage qui est le moins bien placé pour la résoudre, ou, s’il est tout de même compétent, de lui ajouter des handicaps importants. On pense par exemple à Frodon, le paisible hobbit qui n’a jamais quitté sa Comté natale, qui doit amener l’Anneau Unique, soit l’objet le plus dangereux de l’univers de Tolkien, à la Montagne du Destin se trouvant sur les terres les plus dangereuses. On peut aussi se rappeler de John McLane, policier astucieux, qui doit arrêter des terroristes et sauver sa femme…pieds nus dans une tour de verre. 

Il est par conséquent très astucieux de la part d’Olivier Gay de confier la seule arme en mesure de juguler la menace à Aether, qui ne sait pas se battre, l’ironie s’en trouvant décuplée lorsqu’on compend que son amie Meeri est la plus fine lame du pays.  Le quatuor fonctionne très bien malgré la brièveté du format, l’auteur parvenant à mettre en scène des personnalités fortes et distinctes. Pour les amateurs de pop-culture, attendez vous à de nombreuses références, diverses mais bien choisies.

Côté graphique, on est très agréablement surpris par le talent de Jonathan Aucomte, dont c’est ici le premier album. Décors soignés, expressions travaillées, tout y est pour mettre en images l’univers du scénariste et son humour.  

Pour cette nouvelle série, Olivier Gay monte d’un cran et expose son talent de façon plus affirmée, ce que l’on doit sans doute à une prise de distance de l’éditeur, ou à une émancipation du romancier.

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Une histoire de voleurs et de trolls #2: Muroc

La BD!
BD de Ken Broeders
Drakoo (2021), 55p./album, 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Second d’une trilogie est la traduction d’une série publié en Belgique par l’auteur. Le dernier tome sort en début d’année prochaine.

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Réfugiés en la cité de Muroc, Ysabeau et Delric trouvent l’aide du sorcier rouge doté de puissants pouvoirs, afin de comprendre le rôle de la jeune femme et de retrouver trace de sa sœur… Alors que la Mère des trolls vient en ambassade auprès des elfes, la mystérieuse et redoutable sorcière passe une nouvelle fois la brèche entre les mondes et lance une attaque magique contre nos héros…

Une Histoire de Voleurs et de Trolls (tome 2) - (Ken Broeders) - Heroic  Fantasy-Magie [LIBRAIRIE BDNET NATION, une librairie du réseau Canal BD]L’entrée en matière de cette trilogie belge m’avait laissé un sentiment mitigé. Le gros avantage des licences c’est qu’elles permettent de découvrir une histoire sur la même année, sans laisser se délayer l’intérêt. La série de Ken Broeders en profite puisque l’ouverture, originale mais abrupte, trouve à la fois une simplification et une densification avec ce second tome qui développe de façon importante l’univers et les évènements qui ont précédé. Le cœur de l’histoire reste la relation entre la mystérieuse Ysabeau dont les rêves funestes continuent de parcourir le tome et qui se révèle moins innocente qu’elle ne pouvait le laisser croire, et la terrible sorcière capable d’ouvrir des portails entre les mondes. Le voleur Delric de son côté, s’il continue à mener une vie aux mœurs décousues, est encore trop distant au regard de sa puissance dramatique. Menant son scénario avec toujours autant d’habileté à la manière de ses découpages très graphiques et intéressants, l’auteur nous balade sans beaucoup d’indications sur les liens entre les scènes… qui ont pourtant toute leur importance dans le développement de l’histoire. En tant que lecteur on prend toujours le même plaisir de lecture même si l’on ne sait pas bien pourquoi on passe d’une guerre redoutable dans le précédent volume à une bataille magique ici.

driftwereld 2 een verhaal over tovenaars - moors magazineGraphiquement les planches sont encore un régal en parvenant à dégager  une belle originalité tant technique que dans les designs qui permettent de sortir clairement Une histoire de voleurs et de trolls du tout venant de la fantasy en BD. Que ce soient les décors qui proposent quelques splendides panoramas ou les atmosphères sans oublier la très élégante manifestation de la magie, Broeders est vraiment doué avec ses pinceaux. Mine de rien à force de côtoyer des monstres dégueu dans les BD on finit par oublier combien un bon méchant peut créer une tension dans une histoire: avec sa face ravagée et ses irruptions brutales dans la réalité cette sorcière tire son épingle du jeu sans en nous faisant frissonner… L’arrivée d’un nouveau personnage en la personne du puissant sorcier rouge muscle l’alchimie des personnages et pour peu que Delric obtienne enfin ses moments de gloire on a bien des éléments pour conclure en apothéose cette BD finalement bien plus ambitieuse qu’il ne paraît.

Avec le sentiment que tout reste obscure mais tenu, on fait confiance à Ken Broeders pour mener son dénouement avec cohérence dans le dernier volume qui annonce un voyage de nos héros dans le monde des humains et son lot de révélations sur cette affreuse multi-bras qu’on aura adoré redouter.

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Spécial Drakoo: Dragon & poisons #2 – Les Artilleuses #2

La BD!

Le jeune label/éditeur lancé par Arleston chez Bamboo avait plutôt bien commencé en s’appuyant sur des auteurs de romans fantasy pour lancer de nouvelles séries fantasy/SF. Tous les titres sortis depuis 2019 n’ont pas été retentissants et quelques interrogations se posent sur la ligne éditoriale tiraillée entre l’ombre insistante d’Arleston et de quelques projets pas toujours bien ficelés d’auteurs réputés, et quelques titres vraiment originaux. Parmi ceux-ci, deux des premiers titres sortis voient leur conclusion ou quasi sur des formats courts (deux tomes pour Dragon et poisons, trois pour les Artilleuses) et confirment leurs qualités…

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

  • Dragon & poisons #2 (Bauthian-Morse-Kaori/Drakoo) – 46p., série finie en 2 volumes.

couv_422387Le premier tome avait été une plutôt bonne surprise, rafraichissant les certitudes des plus blasés des lecteurs de BD grâce à un trio de personnages particulièrement réussi. Et si j’attendais un changement de rythme sur cette conclusion je dois dire que je me suis trompé car les autrices restent sur les mêmes bases déstabilisantes (en bien). Le retour dans le passé était attendu comme un jeu classique entre les différentes incarnations des personnages alors que le scénario continue ses contre-pieds qui nous maintiennent sur la brèche avec plaisir. Détaillant un peu le personnage de Natch et les raisons de sa mort, l’album n’a pas vraiment le temps de développer plus avant un enchevêtrement temporel et bifurque chaque fois que l’on pense avoir capté l’intrigue. Malin!

On ne soulignera jamais assez l’importance d’avoir des personnages solides pour construire une bonne histoire et c’est donc le cas ici… alors que comme dans le premier tome le background nous laisse un peu sur notre faim avec une fantasy qui peine à justifier sa spécificité (les poisons) hormis par quelques facéties graphiques. Les planches sont toujours aussi fouillées, parfois un peu trop avec un sentiment de surcharge entre les traits fouillés de Rebecca Morse et la colo très chatoyante d’Aurélie Kaori. On sent que ce second tome porte sa focale sur Grayson qui fait clairement de l’ombre à son comparse Nevo (celui-ci avait plus de marge dans le premier volume). Au final ce Dragon & poisons reste une étonnante chronique amoureuse, bien mal vendue, et qui sait clairement marquer sa différence avec le tout venant fantasy. Les équipes artistiques féminines ont souvent cette qualité en BD et c’est tant mieux si cela apporte de la variété à un genre ultra-balisé! Un troisième tome aurait sans doute permis de détailler un peu tout cela mais il faut aussi parfois rester raisonnable et ne pas étirer un concept…

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  • Les artilleuses #2 (Pevel-Willem/Drakoo) – 46p., 2 tomes parus sur 3.

couv_418002Après avoir récupéré la sigillaire les Artilleuses cherchent à savoir pourquoi on cherche leur mort. Alors que la section B des services secrets entre dans la danse, les renseignements allemands maintiennent la pression en décidant de passer à l’attaque, résolus coûte que coûte à récupérer la bague…

Remarquablement fidèle au premier tome, ce second volume confirme la maîtrise scénaristique du romancier Pierre Pevel et sa gestion aux petits oignons des informations, (ni trop ni trop peu) sur son univers foisonnant. Déterminé à permettre une lecture fluide et sans contraintes, il insère beaucoup de phylactères narratifs qui nous rappellent ce qu’il y a besoin de savoir. Non que l’intrigue soit complexe (on reste sur un complot attendu) mais ces inserts permettent de se dispenser la révision des tomes précédents pour se souvenir de qui est qui et huilent les transitions avec les nombreuses séquences d’action fort réussies. Côté graphique, si le décors est vraiment sympathique et semble plaire au dessinateur dans ses multiples détails, certains personnages semblent moins l’inspirer. Vu qu’on parle de BD jeunesse ce n’est pas trop grave, ces derniers sont caractérisés avant tout par leur arme et leur costume. Avec des assassins en chapeau-melon sortis tout droit d’Adèle Blanc-Sec, de l’espionnage 1910, de méchants allemands et une once de steampunk, ce second tome des Artilleuses se savoure toujours avec plaisir. Si l’habillage reste tout à fait attirant, on aimerait avoir plus d’empathie pour les trois héroïnes qui semblent bien passives hors des séquences de baston. Gageons que le scénariste muscle un peu ses personnages sur la conclusion du triptyque et surtout, prévoie un nouveau cycle qui nous permettra de faire plus connaissance avec son monde merveilleux.

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BD en vrac #18

La BD!

Salut les bdvores! Pour démarrer cette jolie (et froide) semaine je vous propose une fournée spéciale SF avec une nouveauté Drakoo, le retour de Travis, ma série chouchou de chez Duval, la suite de la reprise Sillage par le virtuose Pierre-Mony Chan  et une découverte one-shot bien sympa…

  • Akkad (Clarke/Le Lombard) – 2021, 120p., one shot.

En 2027 la Terre n’est plus qu’un champ de ruine, depuis l’apparition d’aliens géants surgissant d’un autre espace-temps et « gelant » des pans entiers de la planète… La dernière chance de l’Humanité réside dans un programme secret visant à doter de jeunes gens de capacités intellectuelles dépassant les normes de l’espèce…

Cet album fait partie des inspirations librairies, ces feuilletages rapides qui vous disent « prends moi » sans rien en savoir, avec un résultat à quitte ou double. Avec l’activité du blog et le suivi de l’actualité ces moments deviennent rares et j’en profite chaque fois que cela se présente… Si la couverture reflète très bien ce one-shot de SF « temporelle » (genre que j’adore, au même titre que Brane Zéro, Unité Z ou Alter), présentant les cinq « enfants » mutants, un ton gris bien froid qui habille toutes les cent pages du volume, et la grosse bébête… elle en résume aussi les limites comme pas mal de blockbusters ciné qui mettent tout dans leur affiche. Bon public, j’ai beaucoup aimé le trait épuré mais précis de Clarke qui rappelle les bonnes SF Delcourt des années 2000 (la seule première page montre la maîtrise technique du dessinateur sur les éléments mécaniques et architecturaux) et n’ai pas souffert d’une certaine monotonie des décors de destruction du fait de cadrages serrés provoquant le huis-clos et mettant en valeur des encrages Akkad - BDfugue.comprofonds très chouettes. Les quelques séquences d’action pas du tout centrales donnent une respiration à une narration construite sur le mystère constant, la technique scientifique et les allusions cryptiques des scientifiques. Les codes du récit conspirationniste sont maîtrisés et le tout est heureusement porté par un art des dialogues tout à fait percutant. Et bien tout ça semble bien sympa vous dites vous! Oui, avec les limites inhérentes au genre et au format. Tout le monde n’est pas Bajram et à ma connaissance hormis quelques adaptations de romans SF magistraux, UW1 reste une singularité dans un genre qui exige une maîtrise scientifique et scénaristique très élevée. Comme les volumes cités plus haut Akkad jouit des mêmes atouts pour qui aime les concepts SF sophistiqués mais aussi des mêmes manques à savoir une conclusion frustrante qui fait tirer la moue devant le nombre de questions laissées en suspens et quelques facilités dans la résolution d’une intrigue par définition compliquée. Reste pourtant une réalisation sans faute, élégante, rythmée, fort alléchante et assez lisible qui titille suffisamment notre envie d’énigmes spatio-temporelles.

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  • Teleportation .inc #1: perdus en translation (Latil-Sordet/Drakoo) – 2021, 48p., tome 1/2 paru.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Drakoo alterne entre les très bonnes surprises issues des collaborations avec des auteurs de romans reconnus et des séries à la qualité et à l’originalité plus discutables dans le sillage du grand manitou Arleston. Teleportation inc. me faisait plutôt envie au vu des premières planches et du pitch qui proposait une idée assez novatrice, celle d’agent de récupération d’usagers de téléporteurs en fuite. Après lecture, si les dessins sont plutôt rigolo et efficaces malgré un aspect un peu plat (… ce qui n’avait pas empêché le Warship Jolly Rogers de Miki Montllo d’être une superbe série) et des des décors vides, c’est surtout sur le déroulé de l’intrigue que ça coince avec une enquête à laquelle on a du mal à accrocher du fait d’ellipses et d’une narration assez erratiques. Si l’humour et l’action sont au rendez-vous, les auteurs ne nous donnent pas franchement les clés pour suivre les séquences qui s’enchaînent sans qu’on comprenne bien de quoi il retourne. On finit la lecture un peu frustré avec l’impression d’une lecture-consommation. Laissons une chance au tome deux qui arrive très vite (au mois d’août prochain) et qui pourra peut-être donner une cohérence à l’ensemble.

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  • Travis #15: La femme qui en savait trop (Quet/Duval) – 2021, 46p., cycle 5 tome 2.

Bon, je vous préviens tout de suite, Travis fait partie de mes séries chouchoutes mitonnées par l’orfèvre Fred Duval dont le talent commence à ressembler à celui d’un Van Hamme quand on voit ce qu’il arrive à faire sur des thèmes a priori tout à fait déjà vus… Après un cycle mexicain en demi-teinte, Travis repartait pour l’espace il y a un an vers la Mission Europe dont on entend parler depuis le tout premier cycle. De l’art de jointer des trames diverses et surtout de réunir les deux univers jumeaux, celui du camionneur rouquin et celui de la plus mortelle des hispano-irlandaises, Carmen MacCallum. Car l’équipe créative de Travis n’avait jamais été aussi loin dans le crossover, si bien qu’on se demande si Carmen ne va pas finir par pointer le bout de son nez sous les dessins toujours parfaitement efficaces de Quet. Ce volume est très orienté action puisqu’il consiste en une chasse (très prenante) de la blondasse transformée en serveur biologique des données cryptées du machiavel Dario Fulci par la tueuse Thundercat… Sous la protection de Vlad qui s’en prend plein la poire sans ses nanomachines, on traverse l’Europe, on bave devant les joujou techno de la tueuse et on réfléchit (quand-même) aux implications des manipulations génétiques qui ont abouti à la création de véritables créatures fantastiques (Centaures entre autres!) dans un univers SF. On pourra tiquer, les lecteurs de la série Carmen ne seront pas surpris, mais il reste que Travis est toujours une valeur sure de l’anticipation grand public et un vrai bon plaisir de BD! Ce cycle s’avère plutôt bon et on a hâte de lire la suite!

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  • Travis #15: La femme qui en savait trop (Quet/Duval) – 2021, 46p., cycle 5 tome 2.

La série Sillage se vend très bien depuis son premier tome et a mené à l’apparition d’une galaxie de séries parallèles qui risquent de vous perdre comme moi si vous n’êtes pas un habitué malgré un avertissement en page de titre indiquant que ce tome se situe entre les tomes 2 et 3 de la série mère. Pour résumer: la série principale suit les enquêtes de l’agent spécial Nävis et compte 20 tomes. Les Chroniques de sillage fait venir une ribambelle de guest graphiques pour des short-stories (6 tomes). Nävis raconte la jeunesse de l’héroïne avec Munuera aux dessins (6 tomes).

Ces Premières armes sont des histoires solo présentant les premières missions de l’agent Nävis et dont le mérite premier est de permettre un retour du virtuose Pierre-Mony Chan, tellement apprécié sur l’excellente série Cross fire. Ce second opus se situe dans l’univers des pirates de l’espace et s’adresse clairement à un public Young adult avec une jeune Nävis invincible, directe, irrespectueuse, bien décidée à régler cette affaire qui lui fait perdre son temps… C’est donc bien sur les planches que vous allez baver devant une technique et un design parfaits du dessinateur qui semble se régaler en proposant des cases d’une minutie… encore améliorée par la colorisation sublime d’Alice Picard. L’attelage des deux auteurs est clairement une pépite graphique derrière laquelle se range le vétéran Morvan sur des textes un peu (trop) bavards et langage d’jeunz. Quand on voit la dynamique du dessin très influencé par le Manga, on est surpris que le format manga n’ait pas été essayé par l’éditeur pour élargir le public dans une démarche proche de celle d’Urban.

On prend donc un superbe plaisir visuel autant que thématique avec tout de même une perte d’informations croisées pour ceux qui ne suivent pas la série principale à laquelle on fait fréquemment référence… Une bonne série, qui a le mérite du format one-shot mais sur laquelle les auteurs devraient faire attention à ne pas réserver leurs intrigues au seul public fidèle.

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Une histoire de voleurs et de trolls #1: le monde dérivant

La BD!
BD de Ken Broeders
Drakoo (2021), 55p./album, 1/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Ce premier tome d’une trilogie est la traduction d’une série publié en Belgique par l’auteur. Le second tome paraîtra dès l’été 2021 et le dernier en début d’année prochaine.

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Dans les zones désertiques au sud du Monde dérivant règle la tyrannique loi de Mère Knosser, la reine des trolls. Face à son joug les peuples Domovois font le dos rond en attendant que l’elfe Durys ne parvienne à fédérer une révolte. Pendant ce temps le malicieux voleur Delric Twotter entame le cambriolage d’un temple Domovois lors duquel tout se passe mal suite à l’irruption d’une sorcière par une faille d’entre les mondes…

Je parle souvent du rôle de la couverture pour déclencher un achat au sein des piles pléthoriques des librairies et l’on peut dire que sur ce point la trilogie de Ken Broeders est très réussie. En proposant de très jolies illustrations bien maquettées, dans l’esprit de l’illustration jeunesse traditionnelle anglosaxone il semble nous convier à des contes et légendes à l’ancienne, emplis de nature, d’action et de créatures fantastiques. Reste que si l’illustration est fort jolie… elle est tout à fait décalée par rapport à l’intrigue narrée dans les pages intérieure! Et cela résume le principal problème de cet album qui semble mélanger des envies graphiques avec une construction en décalage. Un peu troublant…

L’album s’ouvre en effet sur une page de texte expliquant le contexte et lance l’intrigue avec l’impression de démarrer au tome deux de la série… Le déroulé narratif proprement dit n’est pas en cause, sur une histoire très classique et linéaire de fantasy (le voleur et la belle s’échappent, sont fait prisonniers, puis s’échappent à nouveau pour découvrir le monde et l’origine de l’antagonisme) on suit agréablement les courses rocambolesques des deux héros mal assortis, on savoure les paysages et les créatures cracra plutôt originales et on s’intéresse à ce fort réussi anti-héros de Delric Twotter et son bagou digne de Han Solo. Le rythme est rapide et on ne voit pas vraiment passer les cinquante pages très rythmées de ce tome. Simplement, de l’irruption de l’humaine sans que l’on sache exactement d’où elle débarque à l’assaut sur la forteresse Troll, on a souvent l’impression que l’auteur nous fait rater un épisode intercalaire qui aurait permis de lier les séquences. En cause la focale mise tout au long de la BD sur les deux héros en oubliant le hors champ. Au sortir de cette lecture je ne sais si ces problèmes sont du ressort de véritables ratés scénaristiques ou s’ils trouveront leur justification dans la suite par le biais de révélations rétrospectives. Laissons à Ken Broeders le bénéfice du doute.

Passées ces réserves nous avons donc droit à une fort jolie et très classique fantasy qui apporte une touche de nouveauté dans le plaisir contagieux de l’auteur de sculpter ses monstres (les trolls tout à fait répugnants au premier chef) et cavernes avec une technique d’une précision surprenante qui rappelle les premiers travaux de Fabrice Meddour et son jeu sur la profondeur de champ. Ce premier tome se laisse donc lire sans déplaisir, en mode loisir, et fait ressortir un personnage principal dont on a envie de découvrir la suite des péripéties dans ce toujours mystérieux monde dérivant.

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Démonistes #1: Vlad

La BD!

Premier tome de 48 planches du diptyque écrit par Olivier Gay et dessiné par GeyseR. Parution le 03/02/2021 aux éditions Drakoo.

bsic journalism

Merci éditions Drakoo pour leur confiance.

Dessine-moi un démon

Autrefois, la Terre était habitée par des démons. Exilé mystérieusement vers un autre plan d’existence, ils ont néanmoins laissé suffisamment d’indices derrières eux pour permettre à certains mages de les invoquer et les lier afin de les mettre à leur service.

Ces mages, nommés démonistes, étudient leur art dans une prestigieuse académie de Surin, qui leur enseigne l’invocation et le contrôle de ces puissantes créatures interdimensionnelles. Le réel problème survient lorsqu’une faille spontanée apparaît, menaçant de libérer des démons libres de toute contrainte humaine.

Face à l’échec des meilleurs démonistes disponibles, le Roi fait mander Vlad, pointure dans le domaine. Tout irait pour le mieux si Vlad n’avait pas disparu il y a vingt ans. Le monarque dépassé envoie donc une délégation chercher le démoniste boudeur avant qu’il ne soit trop tard. Tillie, démoniste de quelque renom et amour de jeunesse de Vlad, est aussi de la partie, tant l’enjeu est grand.

Démons et merveilles

Comme si la situation n’était pas déjà assez délicate, voilà que nos émissaires découvrent que Vlad, depuis plusieurs années maintenant, est plongé dans un profond coma, protégé par le démon Hepsar, qui prend son devoir de protection très à cœur. Toutefois, rien dans le règlement n’interdit Tillie de prendre le corps de Vlad avec elle. La démoniste virtuose prend donc le chemin du retour avec pour compagnie, un soldat couard, son ex-amant endormi, et le démon. Ce petit périple servira à éclairer le passé des deux mages, mais aussi le lien qui existe entre leurs amours contrariés et la faille qui menace le royaume.

Que dire de cette nouvelle entrée du catalogue Drakoo ? Narrativement parlant, la qualité est au rendez-vous. Olivier Gay maîtrise indéniablement son art, son expérience littéraire est ici un atout franc pour la mise en scène et le développement de l’univers. Connu pour sa saga littéraire Les Épées de Glace, Olivier Gay est aussi un auteur rompu aux travaux sous licence, ce qui tend à transparaître dans cet album. En effet, derrière chaque effet, chaque vanne, on sent l’ombre d’Arleston, qui, en bon chaperon, a sur modeler la ligne éditoriale de Drakoo à son image.

Ainsi, malgré le plaisir que l’on a à parcourir l’album, au gré des flash-back et des combats de démons, la trame n’en reste pas moins hantée par le spectre arlestonien. Le créateur de Lanfeust s’ingénie-t-il à attirer dans son giron uniquement des auteurs avec lesquels il sait avoir des atomes crochus, ou bien les drive-t-il pour qu’ils correspondent à son image et à son style ?

La question mérite d’être posée, et la réponse est susceptible de déterminer si Drakoo est bel et bien une jeune maison d’édition dynamique, capable d’oser des nouveautés, ou simplement un égo trip d’Arleston.

Démonistes est pour autant un bon album, drôle et intelligemment rythmé. Il reste maintenant à savoir si Olivier Gay saura, sur ses prochains albums, se détacher de la figure tutélaire qu’Arleston semble attaché à devenir.

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Danthrakon # 3: le marmiton bienheureux

La BD!

Troisième tome de 48 pages de la trilogie écrite par Christophe Arleston, et dessinée par Olivier Boiscommun. Parution chez Drakoo le 04/11/2020. 

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Cuisine-moi un mage

Nous avions découvert dans les précédents volumes le personnage de Nuwan, qui par de bien tristes circonstances, s’était vu investi-littéralement-par le pouvoir d’un grimoire magique ancien, le Danthrakon. Le jeune marmiton, apprenti dans les cuisines d’un mage respecté, avait donc du briser sa routine pour partir à l’aventure et trouver une solution à son épineux problème. 

En cela, il était épaulé par Lerëh, apprentie du mage susmentionné, et dont il se trouve être amoureux. Au fil de leurs péripéties, Nuwan et Lereh avait atterri entre les griffes de Lyreleï, la mère de Lereh, qui avait égoïstement pris possession du corps de sa fille. 

Nuwan se retrouve donc seul pour faire face à ses ennemis, parmi lesquels l’Inquisiteur Amutu, qui conspire toujours pour le pouvoir absolu. Le jeune cuisinier aventureux va remonter aux origines du grimoire et s’apercevoir que la solution n’a jamais été très loin, en fin de compte…

Magie réchauffée

Comme évoquée dans les précédentes chroniques, Danthrakon fleure bon la nostalgie liée aux aventures d’un certain apprenti forgeron. En effet, on y retrouve les mêmes éléments de décorum, si bien qu’au fil de la lecture, la cité de Kompiam finit par revêtir des allures de facsimilé de la glorieuse Eckmül. Ce sentiment est renforcé encore davantage par le style très reconnaissable de l’auteur, donnant ainsi aux aventures de Nuwan le marmiton un goût de…réchauffé

Cependant, il ne s’agit pas non plus de se complaire dans la comparaison pour le principe. L’aventure Danthrakon reste prenante et son protagoniste attachant, la lecture reste donc agréable. Certes, certains running gags finissent pas tomber à plat (les bottes de sept lieux), le climax a un caractère un peu décousu, il n’en demeure pas moins que la trilogie prise dans son ensemble représente une entrée plus que correcte dans le genre de la fantasy. On appréciera en outre le début de réflexion engagé sur la thématique de la connaissance et du poids qu’elle peut représenter une fois portée à son apogée. L’ignorance ne serait-elle finalement pas le plus beau des dons ?

Les lecteurs qui n’ont pas été biberonnés aux Lanfeust (il doit y en avoir !) apprécieront sûrement cette aventure pour ce qu’elle est, les autres seront sans doute apaisés d’y retrouver le gout nostalgique d’un succès d’autrefois.  

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Sheïd tome 1: le piège de Mafate

La BD!

Premier tome de 46 pages d’une série écrite et dessinée par Philippe Pellet, parution le 04/11/20 aux éditions Drakoo.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Mafate, nid d’espions

Après des mois de navigation, Sheïd, mercenaire rugueux mais combinard, rentre à Mafate, la capitale de l’Empire, pour y régler ses affaires courantes avec Mhaus, son commanditaire. En effet, depuis qu’il a quitté les légions impériales, Sheïd vit de chasse à la prime et autres missions que la morale réprouverait sans doute, dépensant ses soldes en substances psychoactives et en compagnie féminine tarifée.

Ce Sheïd ignore, c’est qu’à Mafate se jouent des affaires politiques liées à la résurgence d’un culte ancien maniant une puissance destructrice normalement réservée à une élite. A peine débarqué de son bâtiment volant, Sheid se voir confier une mission relativement simple: enlever un vieil archéologue objecteur de conscience, en opposition avec le pouvoir central.

Seul contre tous

Bien évidemment, les choses ne seront pas aussi simples que Sheïd ne l’aurait souhaité. A cause d’une rivalité mesquine, la mission tourne mal et le vieil archéologue ne survivra pas à la tentative de rapt. Sa petite-fille en revanche, en réchappera et finira sous la protection du mercenaire réticent.

Désormais pourchassé par les soldats de l’Empire et par les sbires de Mhaus, Sheid est donc aussi affublée de la petite Nyl, qui, de surcroît, détient des informations capitales pour les dirigeants de Mafate. Le baroudeur et la jeune fille risquent de ne pas survivre si facilement cette traque impitoyable.

Les duos badass/enfant sont assez répandus en fiction. Le badass est très souvent un homme, viril et combatif, tandis que l’enfant est plus souvent une fille. Si ce duo est si populaire, c’est sans doute à cause des archétypes et stéréotypes qu’il convoque, le masculin y étant représenté comme une force protectrice et tourmentée tandis que le féminin y est mis en avant comme pur mais ayant besoin de protection. La complémentarité du duo fonctionne donc pleinement (malgré les stéréotypes de genre), ce qui explique donc qu’on le retrouve dans plusieurs médias: Lone Wolf and Cub, Piccolo et Gohan dans Dragon Ball Z, Léon et Mathilda,ou encore True Grit, Terminator 2, Code Mercury, Les Mondes de Ralph, Logan…

Les exemples ne manquent pas, Sheïd reprend donc la formule à la lettre pour ce premier tome. L’action est néanmoins au rendez-vous, l’auteur profitant ainsi de sa grande expérience pour créer un univers cohérent grâce à des enjeux clairement établis. Les décors sont dessinés avec brio et ornent quelques pages véritablement somptueuses. Les personnages ne sont pas en reste, notamment grâce à des visages réalistes et très expressifs.

Philippe Pellet maîtrise donc son trait et son scénario, ce qui augure une suite de qualité sur le reste de la série.