Graphismes·La trouvaille du vendredi·Littérature·Nouveau !

La trouvaille du vendredi #19

La trouvaille+joaquim
L’appel de Cthulhu
Nouvelle illustrée de Howard Philip Lovecraft et François Baranger
Bragelonne (2017), 64 p.

Résultat de recherche d'images pour "cthulhu illustré baranger"Howard Philip Lovecraft est au même titre que Tolkien sur la Fantasy, l’inventeur d’un genre imaginaire, d’un univers visuels et thématique. Si le fantastique existe avant lui, la création d’un Mythe moderne et surtout son influence sur des générations « d’imaginateurs » (cinéastes, illustrateurs, musiciens, écrivains,…) est proprement sidérante et dépasse de très loin la portée propre de ses écrits. C’est bien le pouvoir d’évocation de ses textes qui a fasciné et continue de fasciner ces créateurs qui pour certains ont digéré le Mythe de Cthulhu pour en accoucher autre chose. Le fait que Lovecraft n’ait jamais été adapté au cinéma autrement que par des nanar est illustratif: il y a tellement de Lovecraft dans une multitude d’œuvres que les auteurs doivent se sentir à la fois incapables d’une adaptation « officielle » maisdoivent aussi se demander s’il y a toujours lieu d’une telle adaptation. Comme le fait d’adapter encore la légende arthurienne peut interroger, un univers passé dans l’imaginaire culturel commun n’a plus forcément de raison d’être.

Résultat de recherche d'images pour "cthulhu baranger"En BD les auteurs directement influencés par Lovecraft sont impressionnants: je citerais Lauffray, Ledroit, Bec, Sorel, mais aussi une bonne partie des auteurs américains ayant bossé sur Batman (Gotham, Arkham et son bestiaire rappellent évidemment les thèmes de la folie et du passé enfouis),… Un Godzilla comme un King Kong peuvent être vus comme les enfants de Cthulhu et a peu près tous les réalisateurs fantastiques ont l’univers de Lovecraft en livres de chevet.

La parution chez Bragelone d’une version illustrée et très grand format de la nouvelle initiale « L’appel de Cthulhu » est l’occasion rêvée pour tous les amateurs de fantastique de retourner aux sources, au matériau d’origine. La préface de John Howe (lui-même créateur avec Alan Lee de l’univers visuel du Seigneur des Anneaux, totalement intégré aux films de Peter Jackson) explique parfaitement le pouvoir visuel de ces textes et l’appréciation idéale de François Baranger de ce qu’est le fantastique: improbable, indicible, le Mythe doit rester tapis, esquissé, lointain et nappé de voiles. Les dimensions colossales des lieux et créatures du Mythe ne peuvent être appréhendés dans leur entièreté, comme Lovecraft rappelle sans cesse l’impossibilité de l’homme à cohabiter avec ces forces primaires.

Image associéeAinsi, si le texte (relativement court, environ 18 pages sans les images) pourra faire sourire par le style redondant et insistant d’un vocabulaire de l’impossible et incommensurable, il n’en demeure pas moins très puissant dans son côté épique et archétypal. Et c’est là que les illustrations de Baranger viennent produire un effet démultiplicateur, par leur qualité graphique d’abord (les allergiques à la peinture numérique risque néanmoins d’être frustrés), par leur puissance brute ensuite. L’illustrateur a travaillé comme designer pour le cinéma (l’Attaque des Titans avec le fameux Kraken, les films de Christophe Gans, Harry Potter et pas mal de blockbusters du jeu vidéo) et cela se voit dans les cadrages extrêmement cinématographiques des images pleine page. Le format est très confortable et permet d’apprécier la démesure du Grand Ancien et des structures cyclopéennes dont il sort. Accompagnant le texte sur les premiers chapitres, l’image prends le dessus ensuite en vous transportant littéralement dans un film sur grand écran et laissant imaginer ce qu’un Guillermo del Toro aurait produit sur son projet des Montagnes Hallucinées avec Tom Cruise et en imaginant ce que ses Kaiju de Pacific Rim ou le Godzilla de Gareth Edwards aurait été dans l’univers de Lovecraft.

Image associéeLa force de ce Mythe est de convoquer autant l’aventure dans des terres inconnues à la Indiana Jones que la hantise du fantastique caché et de la conspiration mondiale. Cet ouvrage est vraiment magnifique, de qualité et je ne saurais que le conseiller pour un shoot d’imaginaire pur.

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BD·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Corb-nez

BD d’Emmanuel Civiello et Jérôme Charyn
Le Lombard (2018), 88 p. , cahier graphique.

couv_334329Pour leur première incursion dans la prestigieuse collection Signé, l’auteur américain Charyn et le peintre virtuose Civiello nous narrent la geste courtoise (et un peu barbare quand-même…) de Guillaume Corb-Nez ou Guillaume l’hébreu, compagnon de Charlemagne inspiré du personnage historique de Guillaume de Gellone.

La belle reine Witgar, épouse rebelle du duc de Bourgogne s’est enfuie chez le Wali de Cardona, à l’époque franque où Maures et basques parcouraient le sud de la France. L’empereur envoie Guillaume l’hébreu, féroce guerrier et fidèle compagnon d’arme pour récupérer la fuyarde et laver l’affront. Guillaume sera confronté tout au long de cette épopée à la contradiction entre sa fidélité envers Charlemagne et son amour pour la belle…

Résultat de recherche d'images pour "corb-nez civiello"Étrange album que ce gros volume de presque cent pages aux cases spacieuses en peinture directe auxquelles nous a habitué l’auteur de la Graine de folie. La difficulté de la technique en peinture directe (Rosinski aussi a eu quelques albums compliqués…) c’est que fondamentalement elle ne se prête pas à la BD: le découpage BD nécessite une certaine finesse et du mouvement, ce qui est difficile avec la peinture (à la différence de la colorisation en peinture directe qui utilise le dessin classique et l’encrage). La qualité graphique indéniable de la technique (notamment sur les plans serrés de visages) nécessite un découpage visuel, des dialogues, des paysages, des albums contemplatifs…

Ainsi dans cette histoire nous profitons de planches très différentes, tantôt sublimes lorsqu’elles sont en plans larges ou très cadrées, parfois un peu brouillonnes lorsqu’il s’agit d’illustrer des séquences d’action et de batailles que le style de Civiello rend un peu figé. En revanche, dès les premières pages montrant le moine entamer son récit alors qu’il enlumine des manuscrits, l’on est subjugué par la qualité artistique des pages et par la suite les visages prennent un réalisme saisissant. Le style est particulier et ne plaira pas à tout le monde. Mais si vous aimez la peinture et les ouvrages d’illustration cela devrait vous plaire.

Résultat de recherche d'images pour "corb-nez civiello"Ce qui est le plus intéressant dans ce récit très original c’est la description d’une époque que l’on connaît mal. La figure de l’empereur à la barbe fleurie se mélange aux mœurs frustes que l’on imagine de l’époque, l’amour courtois se mêle aux pulsions les plus primales et les moines du grand Suzerain sont autant des propagateurs de la foi et de la culture que des seigneurs de guerre. Le scénario parvient à allier subtilement cette vision romantique et réaliste de cette renaissance de l’Occident après la chute de l’Empire romain. Comme souvent dans ce genre de récit, les moins à l’aise en histoire seront peut-être égarés dans cette époque, mais ils pourront se raccrocher à l’histoire d’amour et cette figure héroïque en diable que celle de Corb-nez.

Le personnage, agencement de plusieurs figures plus ou moins historiques (on pense au Cide ou à Montecritso) est visuellement réussi avec sa figure en nez d’aigle, ses cheveux sauvages et ses cicatrices. La scène de combat dans la prairie est à ce titre très réussie en ce qu’elle illustre la rage et la puissance brute des corps nus en contraste avec l’apparat des tuniques du duc de Bourgogne ou du Sarrazin assiégé. La brutalité physique de Corb-Nez contraste avec sa pureté morale lorsqu’il se brouille avec la belle reine qui lui laisse entendre qu’il n’a pas l’obligation d’obéir à l’empereur. La réalité des relations féodales bouleverseront cette relation et l’approche du chevalier.

Résultat de recherche d'images pour "corb-nez civiello"Une drôle d’atmosphère flotte sur cette BD sur laquelle il est compliqué de fixer le propos. Est-ce une hagiographie d’un semi-héros? Une chronique historique? Une farce vulgaire ou encore une épopée médiévale? Le projet général me rappelle l’extraordinaire album Le chevalier à la licorne qui racontait la quête sans fin d’un chevalier revenu d’entre les morts et à la limite de la folie, pris entre la réalité brutale de son époque et ses valeurs chevaleresques… Le mélange d’histoire et de fiction participent sans doute à cela et à faire de Corb-Nez un album à part qui a toute sa place dans cette belle collection.

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Comics·East & West·Numérique·Service Presse

Rapture

Comic de Matt Kindt, Cafu et Roberto de la Torre
Bliss (2018)/Valiant (2017), 152 p.

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L’édition de Rapture est un classique Bliss: couvertures originales, court résumé du contexte, table des matière complète des épisodes, couvertures alternatives en fin de volume et galerie de planches n&b très intéressantes pour comprendre le travail de colorisation. A noter une interview du scénariste Matt Kindt sur le site de l’éditeur.

Tama la géomancienne doit monter une équipe de toute urgence: le mage noir Babel, celui-là même qui était parvenu à percer les cieux avec sa tour dans l’Antiquité, a décidé de reproduire son « miracle » depuis le monde des morts. Seule l’aide du Shadowman peut empêcher la catastrophe. Mais ce dernier n’est plus que l’ombre de lui-même en subissant l’influence du Mal… La Géomancienne va devoir faire appel à Ninjak, Punk Mambo et un vieux guerrier de l’au-delà…

Mon odyssée dans l’univers des héros Valiant est un peu méfiante car il y a parfois un écart entre une envie plutôt solide, les échos presse et blogs (comme sur la reprise de X-O Manowar) et mon ressenti. Ainsi on varie entre hauts en bas (les hauts sur The Valiant, Shadowman ou Harbringer Wars, les bas sur xo ou warmother…). Rapture fait clairement partie des hauts. Notamment, ne nous le cachons pas, grâce à des graphismes qui sont pour moi l’album les plus aboutis et constants de la gamme Valiant. Seuls deux artistes interviennent sur cette histoire, notamment Roberto de la Torre dont j’avais beaucoup apprécié les planches du monde des morts sur Shadowman. On a donc une vraie implication et un travail vraiment propre de Cafu sur la partie principale et De la Torre sur les parties de récit sur l’histoire de Babel. La lecture de comics nécessite tellement souvent une adaptation à des changements de dessinateurs de niveau inégal que je ne cache pas mon plaisir devant cet ouvrage sans faute graphique du début à la fin, malgré un décors nécessairement pauvre puisqu’il s’agit de l’au-delà. Résultat de recherche d'images pour "rapture de la torre"Les artistes parviennent néanmoins à développer des concepts intéressants, sur les démons, les costumes ou les quelques décors naturels.

Côté scénario ensuite, si l’histoire est un peu court – c’est bon signe niveau plaisir de lecture! – et aurait mérité un autre volume pour permettre une entrée en matière et une clôture moins sèches, le thème simple mais évocateur est très bien choisi: une revisitation du mythe de Babel, quoi de plus pertinent pour une aventure entre mythologie (la Géomancienne) et monde des esprits (Shadowman). En outre la très bonne surprise est que ce volume peut faire office de suite directe de The Valiant (je suis loin d’avoir tout lu des comics Valiant et j’ai parfaitement raccroché les wagons entre ce Rapture et l’album introductif au guerrier éternel et la géomancienne). La narration de Matt Kindt est très fluide et relevée par des dialogues et des situations plutôt drôles avec un jeu sur le quatrième mur puisque Tama a potentiellement connaissance de toute l’histoire grâce à son livre qui décrit les événements à venir. Résultat de recherche d'images pour "rapture de la torre"Là aussi c’est un vrai plaisir tant on à l’habitude des scénarios artificiellement compliqués du côté des USA. Je conseille néanmoins d’avoir lu au moins The Valiant auparavant pour être un peu familiarisé et si possible Shadowman, mais la lecture en one-shot est également tout à fait possible et compréhensible, les auteurs faisant en sorte que l’on sache qui est qui.

Rapture est une vraie réussite en ce qu’il parvient à allier dans la simplicité un plaisir de lecture d’une histoire d’action qui prolonge et éclaircit le récit global de l’univers Valiant, avec l’ambition de thèmes imaginaires puissants en ce qu’ils se raccrochent à un mythe fondateur de la culture judéo-chrétienne. Lorsque la BD parvient à être jolie, agréable et intéressante, on peut considérer que la mission est remplie, non?

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BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #19

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

Couverture de Sun-Ken Rock -14- Tome 14Couverture de Sun-Ken Rock -15- Tome 15

Couverture de Sun-Ken Rock -16- Tome 16Couverture de Vortex -INT1- L'Intégrale - Première époqueCouverture de Vortex -INT2- L'Intégrale - Deuxième époque

Couverture de Vortex -INT3- L'Intégrale - Troisième époquecouv_3335299782344011881-l

La rose écarlate - Missions -5- La Belle et le loup 1/2La rose écarlate - Missions -6- La Belle et le loup 2/2couv_334329

2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

Résultat de recherche d'images pour Couverture de No Body -1- Épisode 1/4 Soldat inconnuCouverture de La valise (Ranville/Schmitt Giordano) - La valise

Ninjak -1A- L'ArmurerieNinjak -2- La Guerre des ombres

3. Que vais-je lire ensuite ?

batman-metal-tome-1seven-to-eternity-tome-2Résultat de recherche d'images pour

Coucou les bdphiles! J’essaye de tenir un « lundi » toutes les deux semaines, mais niveau lectures je me suis embarqué dans des séries, du coup un Vortex de 9 tomes ou un Nobody de 4 ça fait prendre du retard sur le reste… Ce printemps se termine sur de très bonnes lectures avec Rapture côté comics (et le Warmother de Valiant… malheureusement beaucoup moins bon), l’excellente clôture du Batman de Marini et surtout le miracle Il faut flinguer Ramirez! Je pense que je vais continuer sur Ninjak, le perso me plait bien.

Pour la suite beaucoup d’hésitation sur ma PAL avec le Freak’s Squeele funérailles de Maudoux qui me fait de l’oeil (il faut dire qu’avec ses couvertures…) avant la nouveauté de l’auteur en fin de mois, Renato Jones, la valise ou encore le dernier Wonderball… du coup je gère entre la taille des albums et les rubriques du blog. Cette semaine grosse hype pour le Cutulhu illustré pour vendredi.

Et vous? Donnez vos lectures du moment en commentaires, ça m’intéresse!

BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #18

La trouvaille+joaquim
BD de Stan et Vince
Delcourt (1993-2003), 9 volumes de 46 p. Série finie. Disponible en trois intégrales.

Série lue pour partie en format papier, pour partie en numérique.

couv_199557Vortex vous emmène dans un retour vers le futur, celui d’une époque où Delcourt et Soleil étaient encore deux éditeurs jeunes et dynamiques qui dénichaient de jeunes auteurs qui allaient former l’armature de ce que la BD franco-belge produira de meilleur dans le genre fantastique (Soleil était alors axé principalement sur la Fantasy et Delcourt sur la SF). L’époque des débuts de Lanfeust, de la première série de Mathieu Lauffray, d’Aquablue (Vatine) et où chez d’autres éditeurs Thorgal commençait juste le cycle de Shaïgan, Largo Winch et Aldebaran naissaient et Bourgeon entamait son cycle de SF…

1937: une expérience militaire s’apprête à bouleverser l’Histoire! Le premier voyage temporel va être lancé… Las, pendant l’opération deux énigmatiques terroristes interviennent et dérobent les plans de la machine avant de s’enfuir à une époque éloignée. L’agent spécial Campbell et la belle Tess Wood vont se jeter à leur poursuite et découvrir le sombre destin de l’humanité à différentes époques…

Vortex fut une série à succès qui lança la carrière du duo Stan et Vince (récemment vu avec Zep sur la BD érotique Esmera). Depuis les deux zozo sont allé faire des albums trash avec Benoit Delepine chez l’Echo des savanes. Leur première série est un peu plus sage mais y pointe déjà (bien qu’il s’agisse d’une série grand public) leur goût pour l’extrême, entre les formes très plantureuses de l’héroïne et de la méchante Ziprinn, les déformations corporelles ou les explosions de cervelles. Si les caractéristiques visuelles des auteurs la démarque du lot, Vortex n’en reste pas moins une BD de SF pulp assez classique dans son scénario et son traitement. A noter que Stan et Vince travaillent réellement à quatre mains, sur l’histoire et les dessins, leur style étant pratiquement interchangeable (ils se partagent d’ailleurs le dessin sur les premiers albums avant de travailler réellement en doublon sur la suite).

Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"Le premier intérêt de cette série est son concept de départ: les quatre premiers albums forment une même histoire croisée vue du point de vue de Tess Wood ou de Campbell. Cela permet des contorsions cérébrales pour le lecteur afin de suivre la ligne temporelle de l’intrigue avec des séquences identiques vues d’autres plans… en outre les modifications du continuum espace-temps arrivent bien entendu très vite, provoquant des paradoxes tels que l’apparition de deux Campbell! Je ne vais pas spoiler plus loin mais perso j’adore ces histoires de voyage dans le temps et toutes les hypothèses qui en découlent. Comme on est dans une série 100% pulp, les incohérences ne posent pas de problème. Je remarque que la série devait vraisemblablement se clôturer à la seconde saison et a été prolongée sur une troisième époque dans le Londres victorien steampunk qui a sa propre unité et pourra se lire séparément, même si l’on n’a pas lu le début de la série.

Les héros sont donc des super-clichés: Campbell est l’archétype du super agent-secret blond, musclé, increvable et vaguement macho. Tess est une femme des années 40 à la fois bombe sexuelle ne se laissant pas faire et faible créature soumise aux aléas des intrigues. Le méchant veut évidemment dominer le monde et tuer à peu près toute la population au passage, les créatures mécaniques sont souvent des arachnoïdes tout droit sorties de la SF des années 50 (genre « guerre des mondes ») et le futur voit une société orwellienne où une élite riche écrase une plèbe œuvrant dans des mines pour le bien de leurs maîtres. Le dessin de Stan et Vince est parfois brouillon dans les plans larges mais les visages sont très réussis et le tout porte globalement la marque des séries de BD d’aventure classiques entre Jacques Martin, Jacobs et les pulp américains. On a par contre une évolution graphique à la troisième époque, dû notamment il me semble à de la colorisation numérique qui adoucit les traits assez hargneux des auteurs. Un saut qualitatif également puisque le dessin, correcte sur l’ensemble et très bon par moment, devient beaucoup plus régulier et de qualité sur le dernier cycle. Encore une fois c’est cliché, daté, rétro, mais terriblement sympathique! En outre, les couvertures sont vraiment superbes et plongent totalement dans cet univers avant d’avoir ouvert les albums.

L’intrigue est un peu tordue et se résume essentiellement à une course poursuite pour sauver Tess puis pour attraper le méchant. Si la première époque se déroule dans une unité de lieu (le futur), la suite promène les héros sur plusieurs époques pour revenir à l’origine du problème et permettant de voir dinosaures, Adolf Hitler ou les Egyptiens… En passant, les auteurs abordent de nombreux thèmes autour du démiurge prométhéen (les religions, la création de l’homme, l’influence de l’Histoire) ce qui, sans être d’une originalité folle, enrichit ce récit d’action et d’aventures. Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"L’on sent à mesure de l’avancée de la lecture que le scénario initial a probablement été modifié en fonction du succès de la série puisque d’une histoire de conspiration politique assez poussée dans les premiers tomes, l’on dévie ensuite vers un apocalypse scientifique beaucoup plus global et du pure cyberpunk victorien sur la troisième époque. Vortex respire la vitesse, que ce soit dans la dynamique du dessin ou dans l’enchevêtrement des intrigues. On aurait sans doute apprécié que les auteurs s’engouffrent encore plus dans les problématiques de paradoxe temporel et prolongent le concept des aventures croisées des deux héros (qui est exploité en début de série et en fin). Mais la série reste un excellent moment d’aventure rétro, honnête dans son ambition et toujours percutante dans ses visuels même s’ils n’ont rien de révolutionnaire. Je gage que cette lecture, si vous vous laissez tenter vous donnera envie de (re)découvrir la bonne SF Delcourt des années 90’s et d’observer les débuts d’auteurs aujourd’hui confirmés. Vortex démontre que lorsque les auteurs français se lancent dans du pulp les comics n’ont plus grand chose à nous apporter…

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BD·Jeunesse·Nouveau !·Numérique·Rapidos·Service Presse

La rose écarlate – missions: La belle et le loup

BD de Patricia Lyfoung et Jenny
Delcourt (2017-2018), 2 vol., 48p. /volume.

Couverture de La rose écarlate - Missions -5- La Belle et le loup 1/2

Les séries dérivées de la Rose écarlate (13 volumes parus), intitulées « Mission » compte actuellement trois histoires, chacune découpée en deux volumes et qui ont la particularité d’adopter un thème fantastique contrairement à la série mère. Ainsi la première mission a vu le couple de héros affronter un fantôme, dans la seconde c’est un vampire, dans la troisième un loup garou.

La rose écarlate et le renard vont se retrouver à enquêter sur les mystérieuses attaques d’un loup-garou dont les agressions semblent liées à un jeune héritier qui vient de prendre possession de son château. Le couple rencontre alors un père et sa fille, chasseurs de loups-garou qui vont les aider à résoudre ce mystère…

Couverture de La rose écarlate - Missions -6- La Belle et le loup 2/2

Dans la première partie Maud (qui n’endossera pratiquement pas son costume de rose écarlate) devient super copine avec la blonde Belladone, farouche chasseuse de lycanthrope, formée aux arts de la chasse et du combat par son paternel. Très rapidement le secret des deux justiciers masqués est dévoilé et l’on sait que Belladone deviendra une alliée fidèle. Maud, très peu concernée par la problématique fantastique de l’histoire et qui laisse Guilhem mener l’enquête, a décidé de marier sa nouvelle copine avec le jeune noble qu’ils ont rencontrés. L’histoire avance vite, pleine de mystère (on reste dans une série pour jeunes filles et le scénario reste simple) et l’aspect manga et l’humour autour d’une héroïne mièvre au possible est bien développé dans cette histoire. Le côté action est reporté sur la nouvelle arrivée que l’on imagine bien revenir dans de futures aventures.

Résultat de recherche d'images pour "la rose écarlate missions belle et le loup"Dans la seconde partie un nouveau jeune homme amnésique emporte Belladone dans la rivière et se retrouve à errer dans des dédales souterrains: les deux jeunes gens apprennent à se connaître et le lecteur voit l’amour poindre au bout du chemin… pour le plus grand plaisir de Maud de la roche! L’on passe très rapidement d’une séquence à l’autre et pour introduire des mystères Patricia Lyfoung va parfois un peu vite en nous dépaysant brutalement. Les ficelles sont néanmoins prévisibles (pour un lecteur adulte tout le moins) et le jeu sur les identités supposées du loup-garou occupent le cœur de l’histoire avec le plaisir des pronostics. Le côté fleur-bleue matinée d’enquête semi-ésotérique fonctionne toujours très bien et si le format double-album peut sembler un peu gros par moments, cela permet aussi de développer des séquences humoristiques avec une rose écarlate nunuche et romantique qui plaira beaucoup aux lectrices.

Cette série a une cible très définie: les jeunes filles modernes amatrices d’aventure mais aussi de héroïnes romantiques aux jolis cheveux brillants… Le dessin de Jenny colle très bien à la ligne originale de Patricia Lyfoung et le tout est très joliment colorisé à la mode manga (très brillant donc!) par un Philippe Ogaki qui avait produit une excellente série SF avec Fred Duval il y a quelques années. La recette fonctionne, permet de se renouveler en gardant les constantes. Une jolie réussite dans le genre et qui mérite son succès.

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BD·Comics·East & West·Nouveau !

Batman: The dark prince charming #2

East and west

Comic de Marini
Dargaud/DC (2018),  66 p.; vol 2/2

couv_333529Sur le premier volume sorti paru il y a peu j’avais été quelque peu mitigé, un peu agacé par la com’ gargantuesque de Dargaud sur l’événement et par le caractère introductif du volume. Après la lecture de ce second tome qui clôt très joliment l’histoire, des confirmations et une information. Niveau fabrication, hormis une chouette couverture et une élégante maquette, on a le minimum syndical; un carnet comme sur le tome 1 n’aurait pas été un luxe.

La petite Alina  a été enlevée par le Joker, qui l’utilise pour faire chanter Bruce Wayne. Le « prince charmant fou » souhaite offrir à sa dulcinée Harley Quinn le plus gros diamant du monde. Mais pendant que le Joker se débat avec ses contradictions, le Chevalier noir mène l’enquête…

Je reconnais que je me suis trompé! L’impression mitigée sur le premier volume était bien due au découpage et confirme que l’éditeur aurait été inspiré de ne publier le volume qu’une fois clôture (surtout que la parution des deux tomes est très rapprochée). L’affaire est donc réglée puisque plus personne n’aura a attendre entre deux albums et je gage que Dargaud sortira à noël une intégrale joliment augmentée.

Cet album est, me semble-t’il, encore plus axé sur le Joker que le premier et donne lieu à un humour noir très réussi, notamment dans la relation entre le clown, la gamine et Harley. C’est bien là l’innovation de ce titre qui introduit une lignée à un Bruce Wayne habituellement considéré comme incapable d’enfanter et d’avoir une vie relationnelle. Même si c’est par accident, on nous montre néanmoins le passé du jeune Bruce (ainsi que celui du Joker… ce qui est assez rare dans l’ensemble de l’édition Batman…) et ce qui aurait pu lui désigner une autre vie. Les scènes intimistes sont nombreuses et permettent de développer une psychologie complexe à un joker finalement pas si monstrueux que cela. Si la violence et le caractère adulte de « Dark prince charming » sont présents, Marini ne suit cependant pas les traces du tandem Snyder/Capullo (l’une des plus impressionnante variation mais aussi très noire). Comme je l’avais noté sur le premier volume, la filiation visuelle avec la trilogie de Christopher Nolan est cependant dommage (outre que je n’ai pas accroché avec cette esthétique réaliste) car elle perd l’originalité que l’on aurait attendu de l’artiste italien, qui semble néanmoins avoir pris un énorme pied à s’immiscer dans le monde du Detective. Néanmoins quel plaisir de voir un Gotham redevenu gothique et l’ombre de la chauve souris fondre sur les truands!

image Ce second tome donne lieu à quelques séquences remarquables, comme ce récital au piano du Joker dans une usine désaffectée montrant la bêtise de sa jolie copine, une citation de « singing in the rain » ou ce tordant face à face entre un Joker grimé en drag-queen et un Bruce Wayne bourru au possible. Comme souvent dans les histoires de Batman c’est donc encore une fois le Joker le clou du spectacle. L’auteur jour d’ailleurs très subtilement sur un quiproquo attendu concernant le titre: le Sombre prince charmant n’est pas forcément celui que l’on crois, notamment via une ultime pirouette vraiment réussie.

Niveau action, Marini sort la grosse artillerie et maîtrise toujours aussi superbement son cadrage, son découpage, son rythme. Il parvient ainsi sur son double album à rendre aussi intéressantes les scènes de dialogues entre personnages, les panoramas nocturnes, les clowneries du Joker et les séquences testosteronées. DPC2.jpgJe pointerais juste une petite déception sur Catwoman, toujours aussi garce mais un peu délaissée. Il est vrai que sur une telle pagination il est compliqué de donner toute leur place à tous les personnage du panthéon batmanien et Marini semble avoir jeté son dévolu plutôt sur Harley Quinn (… logique vu que le focus va plus sur le Joker que sur le héros!).

Cette aventure à Gotham d’Enrico Marini lui aura permis de se faire plaisir autant qu’à nous et de proposer aux novices en matière de super-héros une introduction franco-belge qui pourrait être le sas idéal pour pénétrer le monde des comics. Parvenant à respecter les codes de l’univers Batman sans trahir sa technique, Marini réussit haut la main la transposition. A se demander s’il est capable de rater quelque chose…

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