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Dessous #1 et #2

BD du mercredi
BD de Bones
Sandawe (2016-2019), 86 p./album. Série en cours 2/3 parus.

bsic journalismMerci aux éditions Sandawe pour cette belle découverte!

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Sandawe est un éditeur participatif qui fonctionne sur le crowdfunding: un projet est présenté par l’auteur, le budget détaillé et le montant nécessaire affiché. Les édinautes financent sur différents montants correspondant à des paliers permettant d’avoir l’ouvrage seul ou plus ou moins de bonus.

J’essaye toujours de parler du travail (ou du non travail…) d’édition sur les bouquins que je critique et je dois dire que lorsque j’ai reçu ces deux volumes j’ai été plus qu’agréablement surpris par la qualité de la finition. L’aspect couverture abîmée (avec des textures très propres et différentes sur les deux volumes), la précision et l’élégance de la maquette, la force évocatrice des couvertures, tout est aux petits oignons niveau édition et ça mérite amplement un Calvin pour cela (chose assez rare sur ce blog), surtout venant d’un petit éditeur participatif. Je précise que la couverture est format comics mais reliée (donc en dur pour les non initiés à la terminologie bibliophilique…). Dernier point, l’imprimeur a changé entre les deux tomes, le premier volume proposant un papier épais mat, le second un papier glacé plus fin. Je préfère le premier que je trouve plus adapté au dessin fort noir de l’auteur.

En 1916, sur le Front, les allemands ont disparu… Explorant le Tötendom, la montagne des morts, les poilus découvrent des scènes indicibles, des humains modifiés et autres abominations. L’armée fait appel à un spécialiste du Muséum d’Histoire Naturelles pour aller éclaircir ce mystère. Là-bas, s’enfonçant dans les entrailles de la terre il mettra à jour des révélations qui bouleverseront la réalité telle que nous la connaissons…

Vous l’aurez compris en lisant ce court résumé, on a affaire ici à une histoire inspirée du Mythe de Ctulhu. J’adore le fantastique, j’adore le monde de Lovecraft et je trouve que l’on n’a pas si souvent l’occasion de lire une bonne histoire s’inscrivant dans ce genre. Bones, l’auteur de ce triptyque (le troisième est en préparation) est en outre dans la ligne graphique de l’école Mignola (… et ô sacrilège, je préfère le dessin de Bones à celui de l’américain, le trouvant plus clair).

Si cette série est une très grande réussite c’est d’abord par-ce qu’elle remplit son cahier des charges de genre en transposant l’intrigue dans le contexte de la Grande Guerre (le premier tome pendant, le second juste après). Les histoires fantastiques à base de tentacules ne sont jamais fondamentalement originales de la même manière qu’une histoire de chevaliers et de dragons ne l’est pas. L’auteur et le lecteur cherchent avant tout à donner des images titillant notre imaginaire collectif. Ainsi ce sont les éléments clés d’une telle histoire et leur articulation, le montage, qui plaisent ici: le savant fou, les allemands, la civilisation pré-civilisation, l’indicible et le traitement visuel de l’horreur, avec ses gros-plans et ses bruits en onomatopées omniprésentes. Le contexte est ainsi idéal et le scénario, particulièrement équilibré, arrive en 86 planches à nous présenter l’intrigue principale, du flashback, l’arrière-plan (Paris, les généraux, le Muséum) et à présenter un début, un milieu et une fin, sans que la chute ne soit expédiée comme c’est souvent le cas quand on est en présence de ce genre d’intrigue. L’histoire a été construite en format one-shot avec la possibilité d’une prolongation après le tome 1, Bones ayant sans doute envisagé dès le début une trilogie. La fin du premier album est ainsi un peu vague si vous en restez là alors que l’articulation entre les deux tomes peut sembler avoir quelques difficultés par moment (manque d’explication sur l’ellipse de trois ans entre les deux volumes). Cela est sans doute dû aux incertitudes éditoriales et je gage que le troisième tome sera bien mieux articulé.

De la même manière les personnages sont archétypaux mais je les ai trouvé très réussis, notamment le capitaine-courage et Bär, le volumineux allemand équipé d’une mitrailleuse et furieusement bad-ass! Si les méchants sont essentiellement à base de monstres sur le premier volume, ils montent d’un cran dans Un océan de souffrance en cultivant un mystère bien orchestré en restant tapis dans l’ombre. Les trois thèmes Terre/Eau/Espace rattachés aux trois volumes peuvent sembler artificiels mais personnellement j’aime bien quand une série développe des thématiques, des colorations rattachées aux albums. Ils permettent en outre d’éviter la redite, ne serai-ce que graphiquement, si La montagne des morts est une histoire de tranchées et de monde souterrain, le second introduit la thématique vernienne qui nous sort un peu du seul Ctulhu (même si on en reste très proche) avec des constructions sous-marines et navires de guerre. Globalement la progression dramatique, la divulgation des infos, coups de théâtre et l’approche scénaristique générale sont remarquables.

Visuellement les planches sont vraiment belles et l’on sent à la fois la quantité de travail et la maîtrise technique dans cette grande lisibilité et propreté des architectures et arrière-plans. Le style est particulier et certains n’aimeront pas. Mais force est de reconnaître qu’il colle parfaitement à l’atmosphère et montre un dessinateur qui a largement passé le stade de l’amateur. Nombre de dessinateurs œuvrant dans des styles ombre et lumière (dernièrement Eduardo Risso sur Moonshine) rendent des planches parfois confuses. Je n’ai jamais ressenti cela à la lecture de Dessous. Bones propose surtout nombre de visions fantastiques qui font frémir notre imaginaire.

Comme il faut aussi pointer les manques, je parlerais (mais cela a été relevé et corrigé sur le tome 2) des dialogues en allemand non traduits sur le T1 (comme sur Black Magick, tiens, est-ce que les scénaristes germanophones oublient que tout le monde ne parle pas la langue de Goethe?) et des halo lumineux ajoutés par l’auteur dans le T2 et qui me semblent trop artificiels au regard d’un projet qui respire l’artisanat et l’encre.

Hormis cela Dessous est une vraie bonne BD de genre, un vrai bon dessin d’un auteur qui a clairement de l’avenir. J’ai retrouvé dans cette lecture beaucoup du plaisir des illustrations de Lauffray et un peu de ce qu’il pourrait produire s’il sortait enfin sa grande BD d’exploration lovecraftienne. Si vous avez peur des poulpes et imaginez des temples ensevelis dans votre jardin, si vous aimez les encrages profonds, les savants fous et les machines steampunk, rattrapez vite votre retard avant Un regard vers les étoiles, que vous pouvez aussi pré-financer sur le site de l’éditeur.

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BD·C'est lundi...

C’est lundi, que lisez-vous? #39

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

9782344017722-001-tCouverture de La fissure - La Fissurecouv_346512

Couverture de Okko -1- Le cycle de l'eau ICouverture de Okko -2- Le cycle de l'eau II

2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

Couverture de Dessous (Bones) -1- La montagne des mortsRésultat de recherche d'images pour "redbone bd"

3. Que vais-je lire ensuite ?

Album relié Cartonné comics - Shipwreck - Snorgleux Comics - ComicsCouverture de Nils -3- L'Arbre de vieCouverture de Dessous (Bones) -2- Un océan de souffrance

Je prends de l’avance sur les Docu et les SP à traiter qui se multiplient (amis éditeurs, merci de vos envois, je fais au mieux pour publier au plus près de la sortie!). Que du très très bon cette semaine, avec notamment l’OVNI La Fissure que tout le monde devrait lire. Lecture imprévue du premier cycle d’Okko, très bon Samouraï-fantasy pour la prochaine Trouvaille.

Et vous? qu’avez-vous découvert? Vos coups de cœur et trouvailles, ça m’intéresse!

BD·Documentaire·Graphismes

La fissure

Le Docu du Week-End

 

BD photo de Guillermo Abril et Carlos Spottorno
Gallimard (2017), 172 p.

Ouvrage sélectionné pour le prix MOTTS 2019.

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Cet ouvrage est une exception sur ce blog en ce qu’il s’agit bien d’un documentaire photo et non d’une BD. Le blog traite des imaginaires graphiques et pas a proprement parler de journalisme, mais l’éditeur et les auteurs ont souhaité donner à l’ouvrage une forme proche de la narration BD par le découpage des photographies. En outre, un certain nombre d’auteurs de BD documentaires (le tout récent Iran, Revolution publié par mon partenaire les Arènes et que je vais chroniquer prochainement) partent de photographies retouchées dans un style BD. Ce projet, outre le travail graphique sur les photos qui le rend intéressant, est à cheval entre deux mondes.

La fissure c’est celle d’une Europe assaillie de toutes parts; une forteresse dont les marches, éloignées de la tranquillité de l’Europe de l’Ouest doivent faire face aux afflux de migrants fuyant les guerres impliquant des membres de l’Union ou aux velléités d’expansion d’une Russie impérialiste. Pendant trois ans le journaliste et le photographe espagnols vont sillonner les frontières extrême du continent pour témoigner de la réalité de cette fissure démocratique et humaine.

Résultat de recherche d'images pour "la fissure spottorno"Assez perturbé par le statut de ce livre j’ai mis longtemps à l’aborder, ne sachant ce que j’allais y trouver. Je m’intéresse beaucoup à l’actualité géopolitique et je n’imaginais pas combien cette lecture s’avérerait fondamentale pour le citoyen que je suis. Confortablement installés derrière nos écrans et notre relative sécurité, il y a une marge gigantesque entre entendre parler de ces migrations massives, les voir à la télé… et les vivre au travers de l’objectif de Carlos Spottorno. Car c’est la très grande force de la photo que de supprimer l’évènementiel de la captation vidéo (qui peut être montée, orientée, voir perdre de sa force par sa banalisation) en ne posant qu’un unique regard sur la scène, triée, sélectionné, pensée avec un regard journalistique, voir artistique. En cela la photographie peut rejoindre la bande-dessinée dans sa composition graphique et par le message que la composition de l’image peut donner. Légèrement retouchés pour en faire sortir le grain et saturer les couleurs, ces clichés ne sont pas à proprement parler esthétiques mais induisent une vraie démarche artistique des auteurs.Résultat de recherche d'images pour "la fissure spottorno"

Je reconnais qu’entre des photos redessinées comme on le devine sur le fantastique Saison brune de Squarzoni et celles travaillées je préfère les dernières. Néanmoins la puissance de cet album ne vient pas de son graphisme mais bien de son propos, de la réalité indéniable des scènes et lieux qu’il décrit. Relativement statique, c’est quasiment un reportage géographique qui nous est proposé, nous emmenant de l’enclave espagnole africaine de Melilla, immense bunker barbelé et frontière la plus orientale de l’Europe, aux navires militaires italiens secourant les migrants en pleine mer, en passant par la Grèce, la Hongrie ou la Finlande… Résultat de recherche d'images pour "la fissure spottorno"Si l’évènement du sauvetage relaté en directe par les deux journalistes est très fort, c’est bien la seconde moitié sur la bordure Est de l’Union qui impressionne, en donnant une réalité que l’on imaginait pas à l’hypothèse d’un affrontement avec une Russie dont les incursions territoriales sont une habitude pour les pays à qui Bruxelles délègue la gestion de ces problèmes. Les anciens protectorats soviétiques connaissent l’ambition de leur grand voisin et ne rigolent pas avec ces tests militaires. Idem de l’enclave de Kaliningrad dont on connaît l’existence théorique mais dont on mesure à la lecture de la Fissure la complexité géostratégique à la fois pour les pays frontaliers et pour la Russie. Enfin ces exercices militaires en Finlande, par -30°C où des piquets matérialisent une frontière que seules quelques tours et caméras thermiques peuvent surveiller.

Ces pérégrinations ressemblent à ces images des Etats-Unis bien connues qui montrent qu’entre l’Alaska, la frontière mexicaine et Hawaï le seul lien est la Nation. Or en Europe pas de Nation et l’on se demande plus que jamais ce qui peut unir de tels territoires avec Résultat de recherche d'images pour "la fissure spottorno"l’évidence que plus que jamais l’exécutif européen et les gouvernements de l’Ouest considèrent les pays frontaliers de l’UE comme des supplétifs, des prestataires de sécurité dont on ne veut pas connaître les problèmes.

Ce livre devrait être lu par un maximum de monde pour prendre conscience de la crise majeur dans laquelle nous sommes et du risque absolument réel d’une dislocation de l’Union Européenne si elle ne donne pas une réponse rapide aux problématiques civilisationnelles qui lui sont posées.

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BD·Guide de lecture·Nouveau !·Service Presse

Midnight Tales #1 et #2

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2018), 2 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

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Ankama fait partie des éditeurs que j’aime bien car ils soignent leurs productions et lancent des projets originaux, même si je n’accroche pas avec toutes leurs publications. On a donc ici de gros volumes au format comics et papier épais non glacé, une table des matières, couverture à rabats et bibliographie pour aller plus loin. La maquette est très sympa et donne envie avec une alternance de courtes BD, de nouvelles et de textes documentaires ou pseudo-journalistiques qui participent grandement à la matière de cet univers, comme sur le Chateau des Etoiles par exemple. Une bibliographie est insérée sur le rabat à la fin des ouvrages. Hormis deux-trois pages avec un problème de chevauchement d’impression des textes (à moins que ce soit fait exprès pour l’ambiance trouble?) c’est nickel et mérite un Calvin pour l’édition.

Depuis la nuit des temps l’Ordre de Minuit rassemble les sorcières sur la planètes pour protéger notre réalité des puissances d’entre les mondes, ce qu’on appelle les esprits ou démons. En différents points du globe ces jeunes filles voient se chevaucher leurs vies personnelles, leurs difficultés et les dangers de leurs missions de protectrices. Ce sont les chroniques de l’Ordre qui vous sont relatées ici.

Chaque volume rassemble l’équipe du Label 619 dans un ensemble de BD et de contenu hétéroclite fidèle à ce que propose Ankama depuis quelques temps avec Doggy Bags et Gorcery par exemple. Le projet est chapeauté par Mathieu Bablet (qui produit presque tous les scénarii) en visant à développer un univers global autour de cette confrérie et du monde parallèle. L’originalité du projet, outre de rassembler textes et BD est de s’intéresser à des questions sociétales en différents points du monde et d’aborder les sorcières via leurs problèmes humains. Les personnages étant essentiellement des filles le focus est mis sur la perception féminine, les relations mères-filles, l’enfantement, etc. Je constate d’ailleurs que beaucoup de publications du label 619 semblent adopter ce point de vue féminin.

C’est orienté jeunes adultes et c’est particulièrement bien écrit! La maturité créative de ces jeunes auteurs est assez impressionnante, quand aux dessins si quelques cadors mettent le curseur très haut, l’ensemble est plus qu’honnête. Je ne suis pas forcément féru d’ouvrages multi-auteurs mais j’ai été totalement conquis pas le projet, son ambition et le sérieux de sa réalisation.

  • Volume 1

Le volume comprend quatre histoires de fantômes liées à l’Ordre de Minuit, une nouvelle et des articles traitant des femmes en Inde, des mythes des cités englouties, d’un type de fantôme et des sources historiques de la magie.

The last dance: la première histoire relate les aventures d’un groupe de jeunes lycéennes en proie aux problèmes de leur âge alors qu’un Esprit annonciateur de malheurs apparaît. Le dessin de Guillaume Singelin, de type manga, est très propre, dynamique et efficace. On entre bien dans ce monde de spirit slayers.

Samsara: la seconde, dessinée par Sourya voit une équipe de sorcières indiennes accompagner les âmes des morts vers leur dernier voyage. Je ne suis pas passionné pas la société indienne et suis un peu resté en retrait, même si la variation orientale des démons reste originale.

  • Nightmare from the shore: Mathieu Bablet seul aux commandes nous propose un petit apocalypse autour d’un couple d’amies un peu perturbées par leurs conditions sociales et qui passent un pacte avec un démon sorti des eaux… pour le pire. Toujours ces fascinantes pérégrinations urbaines décadentes dont il a le secret.

  • Devil’s garden #1: enfin Gax nous raconte l’histoire de la fille du Diable, Lilith, sur le point de rejoindre son géniteur alors qu’un chevalier de l’Ordre surgit pour empêcher la catastrophe. Très bonne ouverture de l’univers fantastique, un peu brouillon visuellement (l’esprit graph du Label 619, on aime ou pas) mais qui dessine de très bonnes perspectives.

  • Volume 2

Midnight-tales-volume-2-ankama-extraitWitch O’Winchester: histoire de maison hantée dessinée par le génial Florent Maudoux, la première BD du recueil nous raconte la chronique de la veuve de la famille Winchester (la carabine) contrainte de bâtir une maison tentaculaire si elle ne veut pas mourir. C’est très beau comme d’habitude même si l’on aurait aimé en savoir plus sur cette jeune guide membre de l’Ordre.

  • L’étrange cas de M. Bartholomew: des sorcières égyptiennes sont contactées par un riche occidental envoûté et rendu minuscule. L’histoire est un peu anecdotique et permet surtout de parler de la mythologie égyptienne, du monde des morts et de l’histoire coloniale de l’Egypte.

L’amulette: retour de Bablet tout seul pour une assez courte histoire qui donne lieu à quelques fascinantes visions de l’autre monde. Trop court pour être vraiment marquant mais cela permet d’introduire le plus intéressant article depuis le lancement de la série, celui sur la Society for Psychical Research.

Image Devil’s garden #2: la suite du précédent, dessiné cette fois par Mathilde Kitteh, nous présente une Midnight girl Thaï extrêmement puissante et qui ne parvient à contrôler son pouvoir qu’en s’épuisant dans les drogues et l’activité. Elle se retrouve contrainte de cohabiter avec l’âme de l’une de ses victimes avant l’intervention de l’Ordre. La séquence est un peu redondante mais permet de développer un peu le background de l’Ordre de Minuit.

Le volume s’achève sur une passionnante réflexion sur le passage des esprits à la religion et de la religion à la science dans l’Égypte antique.

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BD

Florent Degletagne et Bliss Comics : Comics Interview

Les amis de l’Atelier comics ont profité d’Angoulême pour faire une interview de l’éditeur de Valiant en France, le très dynamique Bliss comics. Je vous invite à lire cet entretien.

L'Atelier Comics

Vous pensiez qu’on avait fini de vous parler du festival de la bande dessinée d’Angoulême, et bien il n’en est rien. En effet en plus de pouvoir assister à de sublimes masterclass et expositions, en plus de pouvoir profiter des allées et de l’ambiance unique du festival nous en avons également profité pour réaliser quelques interviews. Aujourd’hui il est temps vous partager la première avec cette retranscription de notre échange en compagnie de Florent Degletagne, le directeur éditorial de Bliss Comics. Et parce que l’on aime pas faire les choses comme tout le monde, nous avons décidé de lui poser des questions sur la partie du catalogue hors Valiant, c’est à dire Love is Love et Urgence Niveau 3, pour le moment. Un super échange sur la vision éditoriale du marché, surtout sur des œuvres moins médiatisées avec en prime quelques petites annonces !

Comment s’est lancé Bliss Comics ?

Voir l’article original 1 375 mots de plus

BD·Jeunesse·Mercredi BD·Nouveau !

Les spectaculaires prennent l’eau

BD du mercredi
BD de Regis Hautière, Arnaud Poitevin (et Christophe Bouchard).
Rue de sèvres (2018), 54 p. série Les spectaculaires #3.

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Pour le travail d’édition je renvoie à ma critique du premier album.

Alors que la crue de la seine plonge les policiers du préfet Lépine les pieds dans l’eau, le criminel insaisissable « le Marsoin » se joue des forces de police pour piller banques et musées grâce à des machines fantastiques… Le préfet fait alors appel aux Spectaculaires, dont le succès dans l’affaire de a Divine Amante a fait grand bruit.

Les Spectaculaires est une série qui semble partie pour gagner en maturité et se bonifier à chaque album. Le second tome qui transposait l’action hors de la capitale apportait une fraîcheur qui manquait au premier, et avec ce troisième tome on monte encore d’un cran. Avec des personnages récurrents que les auteurs ont la bonne idée de faire légèrement évoluer (le plus souvent de par les améliorations de leurs costumes), on ne se repose pas sur ses lauriers des running-gags, présents mais sans l’insistance qui tuerait l’humour. On reste dans le registre qui fait le succès de la série: une bande de bras cassés qui surnagent grâce à l’intelligence de la fille du groupe, Pétronille. Hautière en profite pour placer une petite attaque féministe à l’encontre des mœurs bien paternalistes de l’époque incarnées par le Préfet de police de Paris Louis Lépine qui imagine difficilement une fille faire la nique à ses troupes et au grand méchant de l’histoire, le Marsoin.

Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires prennent l'eau"Bien entendu, à côté de l’habillage historique (on retrouve des personnages réels et des lieux entrés dans l’imaginaire collectif dans chaque album), ce sont bien les personnages qui font le sel de la série. Avec un méchant très réussi (en mode Moriarty de Myazaki pour ceux qui connaissent), des héros totalement monolithiques pris individuellement mais proposant des scènes souvent tordantes lorsqu’ils rentrent en action, Les spectaculaires prennent l’eau est une vraie bonne lecture familiale où l’on rit sans se forcer. Signe de la prise de confiance et du plaisir des auteurs dans la réalisation de l’album, on trouve une nouveauté dans une habitude très Astérix: l’introduction de visages familiers donnés à des personnages de l’histoire (Blier ou De Funès par exemple). Dans ce monde rétro et vaguement steampunk tous les personnages semblent plus bêtes et les situations les plus absurdes les unes que les autres et le scénariste parvient néanmoins à proposer une véritable enquête policière qui se tient, à côté de Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires prennent l'eau"nombreux comiques de situation et de langue (les palabres autour du nom du méchant, les effets imprévus de la radio de Pipolet ou le Batmobile…).

Sur le dessin, les teintes sont plutôt ternes du fait des séquences nocturnes ou pluvieuses mais le design général est toujours aussi drôle, notamment les engins sur lesquels Arnaud Poitevin semble très concentrés. La colorisation de Bouchard apporte beaucoup à ce style crayonné et cartoon qui colle parfaitement à l’ambiance déglingue et débile de ce monde naïf.

On finit par prendre ses petites habitudes avec les Spectaculaires qui mine de rien au bout de trois albums est déjà devenue une série classique dont on imagine mal un album raté. Tant que le plaisir réciproque est là il y a peu de risque.

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Kong Crew #2

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Comic de Eric Herenguel
Caurette Editions (2019), 56 p., anglais.

bsic journalismMerci aux éditions Caurette pour cette découverte.

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J’ai publié en fin d’année dernière une chronique du projet et du premier volume pour mon partenariat avec le site de comics Superpouvoirs. Ce deuxième épisode complète ce qui sera le premier volume au format BD classique et qui sortira en couleurs et en français en fin d’année chez Ankama. La série est prévue en six parties, soit trois volumes franco-belges. Caurette est un éditeur français spécialisé dans l’édition d’ouvrages du prodige Kim-jung Gi et de art-book vers le monde anglophone, ce qui explique cette édition étrange au format comics et an anglais d’une BD française. Dans l’esprit on reste bien dans du comic pulp, Eric Herenguel partageant avec Nicolas Petrimaux l’envie de développer un objet et un univers global. L’épisode comprend une préface de l’auteur, la BD (qui reprend la pagination à la suite du précédent), une pub de l’éditeur pour les  bouquins sur Kim-jung Gi et l’annonce de l’édition luxe n&b à sortir chez Caurette en fin d’année.

Manhattan est un no-man’s land, une terre rendue à une nature inextricable que seule peut survoler l’escadrille de pilotes Kong Crew. Kong? Oui, car après l’évasion du singe géant Kong et son combat sur l’Empire State building la population de la presqu’île a dû être évacuée. Depuis on ne sait presque rien. Pourtant, deux explorateurs ont décidé de pénétrer la zone interdite alors qu’un des pilotes de la Kong Crew s’écrase au milieu des immeubles et va découvrir un univers au-delà de l’entendement…

L’image contient peut-être : 1 personneThe Kong Crew c’est une grosse envie de Pulp d’Eric Herenguel, un hommage aux BD d’aventure des années 50, remplies de dinosaures, d’aventuriers et de beaux engins chromés. Sur ce plan c’est une vraie réussite, l’auteur se régalant à nous proposer une galerie de personnages tous archétypaux et de scènes épiques. Le premier volume présentait les protagonistes et le contexte avant de lancer directement l’action. Le second pourra sembler piétiner un peu du fait de ce découpage artificiel et cet effet sera sans doute atténué à la lecture de l’album complet. Étrangement le personnage principal est relativement absent, l’épisode faisant la part belle aux deux explorateurs bavards qui vont visiter les tunnels de New-York et découvrir la présence de redoutables dinosaures. Ce sont eux qui apportent le plus d’aventure et de mystère à cette histoire, avec cette flore qui se développe à une vitesse prodigieuse et leur confrontation avec ces étranges soldats équipés de lance-flamme…

De Kong on parle finalement peu également après l’attaque très brutale du premier épisode qui a fait s’écraser le héros. En revanche Herenguel nous propose ici de vraies visions fantastiques, en seulement quelques cases il parvient à instaurer une atmosphère totalement fantasmée, des images délurées sorties de l’imaginaire d’un dessinateur qui se fait plaisir. Le risque est toujours grand qu’une vision ne suffise pas à produire une histoire. La structure d’une BD en deux tomes est d’en garder trop sous le coude. C’est un peu le cas ici et hormis quelques révélations courtes et quelques planches à la très forte évocation visuelle (dont l’incroyable page 50!) on garde une envie d’action grand format, de Kong, de mitraille et d’avions hurlant. Eric Herenguel applique le principe « Alien » (montrer le moins pour monter en tension) comme celui de Hitchcock (meilleur est le méchant meilleur est l’histoire). Cela doit produire son effet sur l’ensemble de l’histoire.

La lecture reste fluide et a ses moments de bravoure, ainsi que la révélation d’une méchante très réussie. La seconde partie d’une histoire en quatre est toujours compliquée en ce qu’elle nous fait attendre la suite. On peut dire que la frustration est atteinte et que l’on a encore plus envie d’en savoir sur ces mystères qui ne sont qu’effleurés en 54 planches. Et de gager qu’il y aura sans doute de quoi développer une série au-delà des deux albums prévus si le succès est au rendez-vous.

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