****·BD·Documentaire

Klaus Barbie – La route du rat

Le Docu BD

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BD de Jean-Claude Bauer et Frédéric Brrémaud
Urban (2022), 123p., one-shot. Contient un cahier documentaire de 22 pages.

En mai et juin 1987 se tient à Lyon le procès pour crimes contre l’humanité (le premier en France) contre Klaus Barbie, surnommé « le boucher de Lyon », chef de la gestapo lyonnaise pendant la seconde guerre mondiale. Lors de ce procès fortement médiatisé un dessinateur de presse couvre les audiences pour Antenne 2. Trente-cinq ans plus tard, alors que le dossier a été rendu communicable depuis 2017, Jean-Claude Bauer propose en parallèle d’une exposition aux Archives départementales du Rhône (jusqu’en mars 2023) un album de BD documentaire retraçant l’histoire criminelle de cet homme qui marqua l’histoire, en bordure de l’impunité et de la Justice. Associé au scénariste Frédéric Brrémaud il nous livre un impressionnant bilan aussi chargé émotionnellement que fluide dans sa lecture, qui permet de comprendre l’importance de ce procès dont tout le monde a entendu parler sans nécessairement comprendre sa signification.

Klaus Barbie : La Route du Rat - (Jean-Claude Bauer / Frédéric Brrémaud) -  Documentaire-Encyclopédie [CANAL-BD]Les auteurs ont articulé leur récit en aller-retour (tel un polar dirions-nous si le sujet n’était si grave) qui permet de créer une tension dramatique en montrant immédiatement au lecteur l’impensable: pendant plus de vingt ans ce tortionnaire sans remords coula une vie très paisible et confortable en Amérique du Sud, nous seulement couvert par la dictature bolivienne mais participant activement par son expérience aux entreprises criminelles de la nouvelle génération de bouchers. S’ouvrant sur une interview par le grand reporter Ladislas de Hoyos qui permit de confirmer les soupçons de sa présence de Barbie à La Paz, l’album alterne les planches illustratives, véritables séquences BD et dessins de presse lors du déroulé du procès. On apprend ainsi étape par étape les origines banales de Barbie, sa cruauté et sa détermination précoce à faire partie des plus efficaces agents du nazisme. Les éléments connus comme le massacre des enfants d’Izieu, l’assassinat de Jean Moulin ou la déportation des prisonniers de Montluc sont retracés sur une technique sanguine qui apporte le poids des photos d’archives au récit.

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH991/117_klaus_barbie_00-42c5c.jpg?1652710590Souvent les documentaires BD axent leur focale sur un point particulier ce qui laisse de grands pans non traités. Ce n’est pas le cas et l’on est surpris en refermant le livre devant une telle complétude du sujet malgré le nombre d’éléments en considération. Ainsi l’on suit tout autant la démarche militante des Klarsfeld (qui préfacent l’album) que les crimes de Barbie, son itinéraire américain et l’immédiat aprè-sguerre où l’on apprend sidéré que les forces d’occupation Etats-Uniennes n’ont pas seulement utilisé ses compétences indirectement mais ont formellement embauché Barbie dans le contre-espionnage contre l’adversaire soviétique. S’ils se sont contentés de fermer les yeux sur sa fuite vers l’Amérique-latine lorsque sa collaboration s’est avérée trop visible, on imagine qu’il aurait tout Klaus Barbie : itinéraire d'un salaud - ActuaBDaussi bien pu être exfiltré par la toute jeune CIA. Et reste l’intrigante question du pourquoi du silence du pouvoir de la IV° République sur l’impunité de ce tortionnaire.

L’histoire est longue, passionnante, et le mieux est bien entendu de lire l’album pour (ré)apprendre pourquoi le cas Barbie est exceptionnel, illustratif d’une certaine absence d’épuration de la part de la RFA et du pouvoir américain qui assit son combat contre le communisme sur toute question morale dès les premiers jours de la Libération. L’histoire est froide et l’on ne se replonge jamais trop dedans pour comprendre notre actualité.

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BD·Jeunesse·Nouveau !·**

Green Class #4: l’Eveil

Jérôme Hamon au scénario, David Tako au dessin, Jon Lankry aux couleurs, 54 pages, parution aux éditions du Lombard le 26 aout 2022.

Y-a-t-il un Lovecraft pour sauver l’album ?

 NaïaNoahLucasSatoBeth et Linda sont cinq adolescents marginaux canadiens emmenés aux states par leur éducateur pour une classe verte. Les choses dégénèrent assez rapidement lorsque survient une mystérieuse pandémie, qui transforme les gens en créatures monstrueuses.

Peu de temps après, alors que la quarantaine a empêché nos jeunes sauvageons de regagner leur pays, Noah est infecté par le virus et devient un monstre, d’un genre tout particulier car il a le don de commander aux autres infectés. Cette particularité attire l’attention de l’armée, qui semble impliquée dans cette catastrophe nationale.

Les malversations du gouvernement conduisent ensuite à la mort tragique de Noah, tué par ses congénères infectés. Toutefois, son esprit semble avoir survécu dans un autre plan d’existence, comme le découvre Naïa, qui depuis le début fait tout ce qu’elle peut pour sauver son frère. Le groupe découvre finalement, dans le tome 3, que tout ça est le fait de Lyauthey, un méchant tout de noir vêtu qui a pour projet d’invoquer les Grands Anciens, des divinités cosmiques susceptibles d’annihiler le genre humain. Les infectés, qui répondent en fait au nom de Shoggoths, sont des créations de ces êtres omnipotents, mais leur rôle reste encore nébuleux.

Si vous suivez Green Class, alors vous savez que l’avis de l’Etagère sur la série s’est gentiment dégradé à l’occasion du tome 3. En effet, l’introduction du lore lovecraftien ne s’était pas faite sans mal, en l’espèce au détriment du rythme et de la cohérence de l’ensemble.

Le survival post-apo cède donc le terrain à l’horreur cosmique, mais le souffle de la série semble avoir disparu. L’action s’enlise, entre captures maladroites, fuites désespérées et recaptures, le tout sur un rythme qui se veut urgent mais qui relève finalement davantage de l’hystérie.

L’auteur semble avoir oublié que pour faire avancer l’intrigue, il faut introduire une nouvelle information, qui pousse un ou plusieurs personnages à prendre des décisions et agir en cohérence avec un objectif clair, avant de confronter lesdits personnages aux conséquences de ce choix, ce qui mène à une nouvelle information… et ainsi de suite. Ce tome 4 se révèle donc très laborieux, et le manque de charisme de l’antagoniste n’aide évidemment pas, à tel point qu’il est délicat après lecture de déterminer quel événement majeur est intervenu.

On note aussi un peu de flou concernant le plan du méchant, dont on se doute, sur la base d’une réplique et d’un regard larmoyant posé sur une photo de famille, qu’il a des raisons valables d’agir de la sorte. Son plan général paraît certes compréhensible (invoquer les Grands Anciens), mais sa méthode reste nébuleuse, à moins que je n’ai raté quelque chose. Par quel biais invoquer le portail ? comment compte-t-il communiquer avec eux, quel rôle précis jouent les Shoggoths ?

Malheureusement, sur ce coup, l’abondance des interrogations a tendance à diluer l’intérêt du lecteur plutôt que d’éveiller sa curiosité.

Côté graphique en revanche, David Tako demeure irréprochable et constitue l’atout principal en cette période délicate pour la série. L’intervention de Jon Lankry sur les couleurs permet d’ajouter un tonalité crépusculaire qui sied bien au ton de l’album.

BD·Service Presse·Nouveau !·Rapidos·**

Le troisième œil #2: le veilleur du crépuscule

La BD!
BD d’Olivier Ledroit
Glénat (2022), 144 p., série prévue en 3 volumes.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Ce second tome (sur trois) est l’exemple caricatural de ce que peut donner un dessinateur de talent en roue libre et sans contrainte ni d’un scénariste ni d’un scénario et repose la question du rôle de l’éditeur dans la cohérence d’un projet éditorial. Car ce Troisième œil ne semble pas être un projet éditorial mais uniquement une envie graphique. Situation étonnante lorsqu’on se souvient qu’après la trilogie Sha, Ledroit s’était aventuré sur une série SF post-apo en solitaire qui s’était arrêtée au tome un faute d’un lectorat suffisant et un parti pris risqué. Le troisième oeil tome 2 - BDfugue.comSérie injustement avortée qui jouissait d’une structure scénaristique très correcte, cette Porte écarlate fera peut-être réfléchir l’auteur alors qu’il entame le tome de conclusion d’une série où il aura mis pas moins de deux-cent pages avant de commencer son histoire. De mémoire de lecteur BD je n’ai jamais vu un tel phénomène (hormis sans doute en manga), qui risque fort logiquement de dissuader beaucoup de monde de s’aventurer sur une série aussi bancale. C’est bien simple, si le premier tome (de cent pages) correspond à l’ouverture d’un album généralement réglée en une dizaine de planches, le second met le même nombre de planches (certes très belles) à reproduire grosso-modo la même structure: une itinérance nocturne semi-psychédélique à contempler à travers son troisième œil le paris occulte et le voile surnaturel qui couvre notre monde. On pourra reconnaitre la tendre histoire d’amour qui donnera au héros un motif de se battre (les passages les plus solides au niveau de l’intrigue, les plus impliquant et, guère surprenant, les plus solides graphiquement) et des combats très brefs, avant de déclencher les personnages secondaires, l’enquête de police sur les cadavres étranges et les antagonistes quarante pages seulement avant la conclusion…

Cette chute très crue, lorgnant vers la radicalité d’un Requiem Chevalier-vampire, n’est certes pas fine (on aura oublié avec Wika combien Ledroit règne sur un monde de cuir gothique nihiliste) mais a enfin les atours d’une BD et donne envie de Preview] Le Troisième OEil T2 - Le Veilleur du crépusculedémarrer enfin cette série. L’avantage c’est qu’avec l’inflation vraisemblable on peut s’attendre à cent-cinquante voir deux-cent pages d’un combat chaotique grandiloquent qui peut suffire à sauver in-extrémis cette trilogie. Les cadres sont là et hormis l’interrogation du pourquoi des deux-cent pages perdues on est parés pour un gros ride sous acide bien gore, bien déviant, pour un apocalypse new-Age en grande pompe. Les quelques fulgurances de mise en scène et la liberté absolue de l’auteur peuvent laisser optimistes et la qualité indéniable des planches devraient suffire à trainer les réticents. Pour la cohérence générale et la place prise sur les étagères on demandera une immense tolérance. A ce stade on est donc sur le fil entre la possibilité d’une bonne série et l’achèvement d’un nanar psycho-ésotérique. Morale de l’histoire: l’équilibre scénariste-dessinateur est souvent justifié…

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Numérique·Rétro

Odyssée sous contrôle

La trouvaille+joaquim

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BD de Dobbs et Stephane Perger
Ankama (2016), 54p., one-shot, collection « Les univers de Stefan Wul »

Avant de débarquer sur la planète Emeraude, l’agent Michel Maistre fait la rencontre de la belle Inès Darle, dont il va tomber éperdument amoureux. Malheureusement ils vont se retrouver tous deux impliqués dans un complot extra-terrestre. Lancé à la recherche de la belle kidnappée, l’agent va vite se retrouvé confronté à une réalité parallèle qui va remettre en question jusqu’à son être même…

badge numeriqueJ’ai découvert l’immense qualité graphique de Stephane Perger sur la série Luminary qui vient de s’achever et souhaitais découvrir ses précédentes productions. La très inégale collection Les univers de Stefan Wul n’a pas donné que des chefs d’œuvre (sans doute du fait d’adaptations de romans pas forcément géniaux bien qu’ayant eu une immense influence sur une génération d’artistes) même si elle permet d’apprécier les traits de Vatine, Adrian, Varanda, Reynès ou Cassegrain et je ne vais pas le cacher, cette Odyssée sous contrôle vaut principalement pour les planches somptueuses de Perger. Alors que d’autres romans ont été adaptés en plusieurs volumes celui-ci, du fait de son traitement, aurais sans doute dû en passer par là…

Odyssée sous contrôle – Artefact, Blog BDLa faute sans doute à une ambition scénaristique un peu démesurée sur une base pulp. Dobbs fait ainsi le choix de troubler le lecteur dès la première page en ne suivant aucune structure séquentielle logique afin de créer un effet de confusion similaire à celui du héros. Hormis les poulpes alien qui semblent fasciner Wul (voir Niourk) on n’a pas grande chose auquel se rattacher, les personnages changeant d’identité, des seconds couteaux apparaissant de nulle part sans que l’on sache si l’on est censé les connaître et le déroulement du temps se faisant de façon très chaotique. La volonté est évidente. Certains apprécieront cette lecture compliquée. Il n’en demeure pas moins que comme album BD on aura fait plus lisible. Peut-être également en cause la technique de Perger qui si elle est très agréable à l’œil, ne permet pas toujours de compenser les ellipses et devinettes narratives que nous jette le scénariste. Lorsque le scénario est flou il faut un dessin extrêmement clair et évocateur (comme sur le sublime Saison de sang) pour garder le lecteur dans les rails.

Au final on a un album assez frustrant habillé de superbes séquences et de quelques idées terrifiantes, d’un design rétro très fun et d’une promesse d’espionnage vintage, ensemble de propositions qui surnagent avec une impression de pages perdues. Une fausse bonne idée en somme qui à force de ne pas dérouler son histoire ne la commence jamais vraiment. Dans la collection on ira plutôt voir du côté de La mort vivante ou Niourk.

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Comics·Service Presse·Nouveau !·East & West·****

Sleeper #1: En territoire ennemi

Intégrale qui comprend les douze premiers épisodes de la série Sleeper, écrite par Ed Brubaker et dessinée par Sean Philips . En préambule, on trouve les cinq épisodes de la série Point Blank, du même auteur, avec Colin Wilson au dessin. Parution chez Urban Comics dans la collection Black Label, le 26/08/22.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Ne dormir que d’un œil

Holden Carver est un criminel. Du moins c’est qu’il est parvenu à faire croire, grâce à l’aide de Jack Lynch, un super-espion qui s’est donné pour mission, entre-autre, de démanteler l’organisation criminelle de Tao, un mystérieux personnage à l’intelligence redoutable dont on ignore les motivations véritables.

Pour ce faire, Lynch a fabriqué de toute pièce la défection d’un agent d’élite, Carver, avant de l’envoyer dans la nature, comptant sur le fait que Tao ne laisserait pas passer un telle opportunité. Carver, qui a été accidentellement doté de super-pouvoirs, constitue donc une recrue de choix pour Tao. Il ne reste donc plus pour notre agent qu’à rentrer dans le rôle, et collecter des informations qui permettront de mettre à bas les terroristes.

Cependant, le déroulé des missions d’infiltration n’est jamais un long fleuve tranquille. Bien évidemment, Lynch, le commanditaire de la mission, sorte de Nick Fury, est le seul à être au courant du statut réel de Carver. Lorsque le vieil espion paranoïaque tombe dans le coma suite à une tentative d’assassinat, l’agent double se retrouve livré à lui-même, agneau déguisé en loup en plein milieu d’une meute affamée.

Agneau ? Peut-être pas tout à fait, car plus le temps passe, plus il est difficile pour Carver de faire la différence entre le bien et le mal, de distinguer entre ce qui relève de sa mission et de la survie au sens strict. Et si en plus du reste, vous ajoutez des sentiments amoureux, alors vous obtenez une recette parfaite pour le désastre.

Pour cette rentrée 2022, Urban va piocher dans les classiques, en déterrant cette série, créée en 2003, issue de la fertile collaboration d’Ed Brubaker et Sean Philips, duo à qui l’on doit entre autre les séries Criminal, Kill or Be Killed, Pulp, Fatale et Incognito.

Il faut signaler que l’action se déroule dans l’univers Wildstorm, label érigé à la grande époque des comics indé (Image Comics, Dark Horse, etc) par Jim Lee, et qui abrite notamment les Wild C.A.T.S, Stormwatch, et The Authority, des séries qui ont commencé timidement, avant de connaître leur heure de gloire grâce à l’intervention d’auteurs comme Alan Moore, Warren Ellis et Mark Millar, rien que ça.

Le label Wildstorm a plus tard été racheté par DC Comics, mais en 2003, au moment de la création de Sleeper, il s’agit encore d’un label indépendant, dans lequel les auteurs jouissent d’une marge créative importante. Les lecteurs réguliers de comics n’auront aucun mal à se rappeler l’appétence d’Ed Brubaker pour les intrigues sombres, liées au monde de l’espionnage et du crime. Sleeper est donc l’un de ses faits d’armes, dans lequel il utilise tous les atouts du récit d’espions: la double-identité, les faux-semblants, le sexe, le sous-texte de chaque personnage, notamment de Tao, dont on ne peut pas déterminer les réelles motivations ni le niveau d’information dont il dispose: ignore-t-il vraiment le rôle de Carver ? Ou attend-il simplement son heure pour l’éliminer au moment opportun ?

Vous l’aurez compris, Sleeper pose les jalons du genre espionnage-super-héros, en maintenant son héros dans un étau constant dont il tente désespérément de sortir, en utilisant son ingéniosité et ses super-pouvoirs.

Avis aux amateurs, toutefois, par souci de clarté, Urban a opté pour intégrer en préambule les cinq numéros de la mini-série Point Blank, qui détaille la tentative d’assassinat de Lynch qui est à l’origine de l’intrigue de Sleeper. Il faudra donc patienter plus d’une centaine de page avant d’entrer dans le vif du sujet, mais une fois entamée, la série produit son effet feuilletonesque et vous poussera à tourner les pages à un rythme effréné.

Sleeper est donc une réussite en terme de comics indé et récit d’espionnage super-héroïque, contrairement au Leviathan que nous chroniquions dans la douleur cet été. Vivement le second volume !

***·BD·Mercredi BD·Rapidos·Service Presse

Jamais #2: le jour J

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BD de Duhamel
Grand Angle (2022), 54 p. one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

En 2019 on découvrait Madeleine, sorte de grande sœur des vieux fourneaux qui se retranchait dans sa maison au bord du précipice tels les gaulois d’Asterix. Après quelques albums revoilà la mamie que l’auteur Bruno Duhamel avait promis de venir retrouver. Alors comment relancer la machine maintenant que le point de fixation (la maison) était libéré et sans redondance? C’est bien là la question et la limite de cet album qui comme toute suite de ce qui n’était à l’origine pas prévu en série, trouve le risque de refaire le précédent mais sans la découverte.

Jamais (tome 2) - (Bruno Duhamel) - Comédie [CANAL-BD]Car pour la mécanique tout baigne: les dialogues sont toujours aussi mordants, les personnages juste ce qu’il faut de caricatural sans oublier le petit vernis d’actualité politique via cet opposant au maire tout droit issu du Rassemblement National. En perdant une part de l’absurde et de la mise en place, Duhamel compense par une dose d’aventure lorsque le maire, personnage central de l’intrigue, se retrouve à explorer des galeries dans la falaise en mode Club des 5 après un sauvetage branquignole d’une gamine forte tête. Le jour J du titre fait bien entendu référence au Débarquement et permet une liaison avec le mari décédé de Madeleine, avec une part d’histoire locale qu’a tout blède de France et, malin, de faire la liaison avec l’affreux facho de l’album, son crane chauve et son œil déviant. Graphiquement la colo est toujours aussi élégante et le trait semi-réaliste efficace même si le thème ne permet guère de « belles » planches comme ce fut le cas sur d’autres albums.

Chez Bruno Duhamel tout le monde en prend pour son grade, des babos aux jeunes technophiles (on l’avait compris dans #Nouveau contact_) et les maisons connectées. Le monde est peuplé de crétins et hormis les chats personne ne mérite beaucoup de compassion. C’est le point de vue de Madeleine et de son auteur. C’est souvent juste et très rigolo. On sent que l’auteur s’est fait plaisir, alors pourquoi bouder le notre?

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Comics·Service Presse·Nouveau !·East & West·***

Billionaire Island

Histoire complète écrite par Mark Russel et dessinée par Steve Pugh. Parution en France chez Urban Comics le 26/08/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

L’Île mystérieuse

L’invention de l’agriculture a forcé les chasseurs-cueilleurs à faire société, à s’organiser afin de gérer des ressources croissantes. En effet, jusque-là, chaque individu, chaque groupe, ne prélevait que ce qu’il nécessitait. L’agriculture a fait en sorte qu’un individu avait désormais la possibilité de produire bien plus que ce qu’il nécessitait pour lui-même, ouvrant la voie au commerce et aux échanges.

Mais qui dit organisation complexe dit également hiérarchie, et donc, intrinsèquement, inégalités. Les différences de traitement et les inégalités sont donc inhérentes à toute forme de civilisation, ce qui, couplé à la nature avide de l’homme, garantit souffrances et luttes intestines à tous les groupements humains, passés, présents et à venir.

Ce qui signifie, par voie de conséquence, que si l’on prétend aujourd’hui avoir atteint l’acmé de la civilisation moderne, on se doit aussi d’admettre que l’on a atteint le paroxysme des inégalités qu’elle génère. Autrement, comment expliquer que 1% de la population possède autant que les 99% restants ?

Car oui, c’est bien de cela qu’il s’agit dans Billionaire Island. Les milliardaires, les ultra-riches, après s’être octroyé l’essentiel des richesses et des ressources du monde, ont décidé de quitter le navire, si l’on peut dire, en se construisant, assez ironiquement, une sorte de radeau de luxe, sous la forme d’une île artificielle.

Sur ce prodige technologique, tous les excès sont permis, mais seulement à ceux qui auront les moyens de payer leur place. Pendant que la planète se meurt, ceux qui avaient les moyens de la sauver mais qui ont choisi de ne pas le faire se sont donc réfugiés ensemble, espérant survivre à la fin. Bien évidemment, ce projet secret s’accompagne d’un bon petit complot des familles visant à stériliser les masses afin de résoudre la question du surpeuplement, que la journaliste Shelly Bly s’efforce de révéler au grand jour. Au fil de ses investigations, Shelly va lever le voile sur l’existence de l’île, et va même y faire un petit séjour forcé….

Après Space Bastards chez les Humanos l’an dernier, c’est au tour d’Urban de nous proposer de la grosse satire qui tâche et qui en met plein la tronche à notre société moderne bien-aimée. Alors que SB critiquait l’ubérisation de la société, Billionaire Island tire à boulets rouges sur les ultra-riches, ces individus ayant amassé des fortunes dépassant l’entendement grâce aux nouvelles technologies, où aux bonnes vieilles industries lourdes.

Ces êtres cyniques, qui ont perdu toute accroche avec la réalité, s’échinent à vouloir transformer le monde à leur image, certains s’imaginent même offrir un avenir à l’humanité en l’envoyant dans l’espace. Avec humour, Mark Russel dénonce donc cette élite économique dans un récit d’évasion délirant qui fait la part belle aux dérives capitalistes en tous genres.

Le revers de la médaille, c’est qu’il ne faut pas s’attendre à une profonde caractérisation des personnages, qui ne sont finalement que des parodies pour la plupart, voire pour certains, des prétextes à l’intrigue générale. Néanmoins, pas question de bouder son plaisir de lecture, même si on garde, au fond de soi, une crainte lancinante qui nous fait nous demander: et si tout ça arrivait un jour ? N’a-t-on pas déjà vu des choses du même genre ?

Dans un monde où un président à proposé sérieusement d’ériger un mur entre deux pays pour stopper l’immigration, dans un monde où un tweet peut abattre une nation, une île artificielle pour milliardaire sort-elle vraiment du champs des possibles ?

Ne vous attardez pas sur la réponse, il vous en cuirait certainement.

*****·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Valhalla hotel #3/3: overkill

La BD!
BD de Pat Perna et Fabien Bedouel
Comixburo – Glénat (2021), 54 p., série en trois tomes.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)Quatre pages. C’est le moment de calme pré-générique que vous accordent Perna et Bedouel avant un run final à fond sur le champignon. Quatre pages qui vous décrocheront une banane qui ne vous quittera pas tout le long tellement on nage dans une accumulation de tous les clichés débiles que l’on aime voir dans ces séries B en VHS qui font les plaisirs coupables du cinoche et de la Pop culture. Les deux auteurs ne vous épargneront rien (sauf Chuck Norris, désolé…) avec l’intelligence de limiter les vraies références à quelques gags en évitant la surenchère… si je puis dire. Car aussitôt la page de titre passée la technique de Fabien Bedouel explose littéralement à coups de KLASH, de FWOOM, de THUMTHUMTHUM et de KRAK. Tant qu’on friserait l’indigestion devant tant d’aberration si les séquences n’alternaient pas aussi vite que la rotation d’une Gateling.

Preview] BD Valhalla Hotel T3 : Overkill - GlénatComme on l’a vu précédemment ne cherchez pas d’explication au fait qu’El Loco cache son armurerie sous ses toilettes sèches ou que les nazis aient un mécha télécommandé dans leur base (pas de spoil, c’est sur la couverture): les auteurs en avaient envie alors ils l’ont mis. Comme son titre l’indique en double sens, ça défouraille à mort dans ce troisième Valhalla, ça explose pour un rien, les bagnoles sont rutilantes et font du bruit, les méchantes nazi sont sexi en combi, les agents du FBI s’appellent Johnson et à la fin les gentils gagnent. Les dessins et l’action auraient presque suffi à notre bon plaisir mais les dialogues s’en mêlent aussi, tordants de troisième degré. Car au Valhalla plus c’est énorme plus ça fait marrer et plus ça rend l’ensemble cohérent. Du coup ce riff est tellement généreux qu’il passe trop vite et n’a pas le temps de tout traiter, comme cette petite fille aux pouvoirs électriques qui reste sur le carreau avec une fin ouverte permettant heureusement une suite. Vu le plaisir communicatif que les auteurs ont pris à la réalisation je n’ai guère de doute que les aventures d’El Loco et Betty se prolongent un de ces quatre, probablement pas sous le même titre. Mais le monde regorgeant de nazis en planque en Amérique du sud, de soviétiques  infiltrés  et d’espions en tous genres, ce ne sera pas trop compliqué de nous dégoter quelque chose d’aussi fun!

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***·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

FMA (Perfect) #11 – Dragonball Super #17 – Dai Dark #2 – Le cauchemar d’Innsmouth #2

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  • Fullmetal Alchemist  – Perfect #11 (Arakawa/Kurokawa) – 2022, 354p., 11/18 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

fullmetal_alchemist_perfect_11_kurokawaLe volume conclut la guerre (le génocide) Ishval avec le très grand mérite de clore enfin les révélations sur l’origine de Scar, ses motivations, la réalité du génocide qui nous place enfin dans de bonnes conditions pour saisir les motivations du (jusqu’ici) assez plat Mustang, mais aussi de la très charismatique Hawkeye, ainsi que l’apparition d’un nouveau méchant en la personne de l’Alchimiste d’Etat que nous découvrons en couverture. Après un retour à Central city pour remettre les pieds dans le contextes avant flashback (une petite révision trois tomes plus tôt ne fera pas de mal) on part pour le Nord, nouveau territoire où vont les frères Elric dans la recherche du mystère de l’alchimie de Xin et où ils vont rencontrer la sœur du commandant Armstrong…

Maintenant que toutes les pièces sont en place et les enjeux enfin posés (la restauration de la Démocratie dans ce régime militaire corrompu par les Homonculus) Arakawa semble décidée à nous faire voyager pour réunir ce qui devrait former la résistance au régime de King Bradley. Avec une galerie de personnages et d’intrigues secondaires faramineux mis en place on espère que la structure est bien préparée pour éviter de se perdre. La matière est là, les longueurs aussi dans ce tome qui semble être un pivot avant un dernier arc, mais cette série reste de très bon niveau pour peu que les belles séquences d’action ne soient pas trop rares pour dynamiser l’ensemble.

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  • Dragonball Super #17: le pouvoir du Dieu de la destruction (Toriyama-Toyotaro/Glénat) – 2022, 192p./volume, 17/19 volumes parus.
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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

 dragon-ball-super-17-glenatAprès un quinzième très bon tome, un assez piteux seizième, ce volume exclusivement centré sur l’affrontement entre nos deux Sayan et Granola s’ouvre sur peut-être une des meilleures séquences de combat de toute la série! Dans une pleine maîtrise de son dessin et de la technique de matérialisation de la vitesse, Toyotaro propose des pages nerveuses de baston pure sans chichi de superpouvoirs et de fireballs. Mine de rien depuis les tournois des meilleurs combattants de la Terre on n’était jamais vraiment revenu à cet esprit arts-martiaux. Les coups sont secs, directs, le combat équilibré… avant de retomber dans l’habituel échange entre guerriers surpuissants et passages de niveaux cachés. On flirte sans cesse avec le stade ultime ce qui ne surprend guère. Chose étonnante en revanche, ce volume ne comporte pas les habituelles coupures scénaristiques. De ce fait si le combat seul est très réussi, le rythme de l’album (à la lecture fort brève) est un poil linéaire. Avec un Vegeta qui semble revenir à ses anciennes rancœurs maléfiques, on a comme souvent sur DB un enrobage fort classique et quelques fulgurances visuelles ou scénaristiques, très brèves. Mais on reste très tolérant avec cet ancêtre toujours fringant que sont les aventures de Son Goku.

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    • Dai Dark #2 (Q-Hayashida/Soleil) – 2022, 208 p./volume, 2/5 volumes parus.
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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

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Les aventures de Sanko Zaha, son robot-chien Spectrum, le Sakadoh Avakian et la redoutable Death Delamort se poursuivent alors que les tueurs de la Photoforce se sont lancés dans une chasse impitoyable pour détruire les quatre Fléaux…

Sur le même ton délirant que précédemment et sur des thèmes absolument typiques du shonen, Q-Hayashida envoie ses héros dans une sorte d’Ikea spatial pour faire leurs emplettes avant de se lancer dans une cuisine du futur faite de boulettes lyophilisées et de pain en boite. Comme sur le premier tome ce qui continue de surprendre dans ce manga c’est qu’il semble destiné à une catégorie très particulière de jeunes lecteurs, comme si des enfants de métalleux gothiques percés proposaient un manga issu de cet univers. Le contrats entre les dialogues très simples, les intrigues linéaires et l’univers graphique extrêmement noir et délibérément répugnant ne cesse de surprendre. Sans doute le même attrait que celui des films d’horreur et une certaine passion pour les insectes pourra donner envie de lire ce manga qui sort résolument des sentiers battus. Le lecteur adulte pourra s’impatienter devant ce manque d’intrigue qui nous laisse dans la même situation initiale après deux tomes même si l’imagination délirante de l’autrice et l’humour(noir) tout à fait efficace rendent la lecture sympathique.

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  • Le cauchemar d’Innsmouth #2 (Tanabe/Ki-oon) – 2022, 240p., collection Les chef d’oeuvres de Lovecraft.

cauchemar-dinnsmouth-2-ki-oonLe cauchemar d’Innsmouth est l’un des romans les plus connus de Lovecraft et son dernier publié. Si l’on peut comprendre l’intérêt économique pour Ki-oonde vendre deux volumes d’une pagination importante on rappellera que Dans l’abîme du temps (le meilleur pour l’instant) est paru en un unique volume pour une taille à peine moindre.

On reprend donc exactement là où le précédent s’arrêtait, avec cette fois une confrontation assez rapide avec les habitants pisciformes de la localité maudite, et c’est parti pour une fuite implacable du protagoniste devant une horde inouie de créatures maléfiques. C’est sombre comme jamais et un peu longuet dans un sens unique bien que la séquence très tendue de l’hotel soit redoutablement efficace pour nous faire stresser. Malheureusement les limites mythologiques très courtes sur cette histoire (pas d’archéologie, pas de Grand Ancien) atténuent sensiblement l’inétrêt jusqu’à oublier quelque peu le principe même du fantastique et les aller-retour entre la certitude de l’horreur et le doute rationel. Problème de rythme donc avec cette très longue découverte d’Innsmouth sur le tome un suivi d’une très longue échapée répétitive. Quelques planches feront leur effet terrifiant mais le sel de Lovecraft manque pour nous happer dans l’abîme indiscible recherché. On a au final une des histoires les plus faibles de la série, à réserver aux complétistes donc.

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

L’assassin qu’elle mérite

La trouvaille+joaquim

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BD de Wilfried Lupano, Yannick Corboz et Catherine Moreau (coul.)
Vent d’ouest (2010-2016), 46p./album série terminée en quatre volumes.

Dans la Vienne impériale de 1900 l’ancien monde se fracasse sur le nouveau. Si l’oppression féodale a été remplacée par une Lutte des classes entre prolétariat et bourgeoisie fortunée, cette dernière est loin d’être homogène, certains de ses membres abhorrant le carcan moral que fait peser l’ordre établi sur l’humanité. Ainsi vont se retrouvés liés à la vie à la mort deux riches hédonistes décidés à s’encanailler en créant une oeuvre d’art vivante: un pauvre naïf qu’ils ambitionnent d’élever au rang de criminel ultime chargé d’abattre la société morale. Ils vont s’efforcer de créer l’assassin qu’elle mérite…

L'assassin qu'elle mérite - BD, informations, cotesÉtrange série que cette quadrilogie qui se découpe en réalité en deux diptyque en forme de deux lieux/époques. Formé à Emile Cohl et déjà très solide techniquement et doté des atouts techniques des artistes de l’animation, Yannick Corboz (auteur plus tard de la Brigade Verhoeven et dernièrement des Rivières du Passé chez Maghen) sort d’un diptyque avec le golden-boy d’alors, Wilfried Lupano tout juste auréolé du succès de sa série majeure, Alim le Tanneur. Déjà chez les deux auteurs ce besoin de politique, cet esprit contestataire d’un ordre établi, d’une morale religieuse ou sociale qu’ils veulent mettre à bas. Et l’on sent dans le duo Alec/Klement une part de l’esprit créatif qui transpire dans cette reconstitution des Vienne et Paris de la Belle-époque.

Difficile de résumer cette intrigue très tortueuse qui, si elle suit résolument l’itinéraire assez piteux du jeune Victor tombé dans les filets machiavéliques de Victor, ne fait pas de lui un héros pour autant, loin de là. Ici les personnages sont bien un prétexte pour dépeindre deux sociétés au bord de l’explosion et que personne ne veut vraiment défendre. Le traitement scénaristique est ainsi perturbant en ce qu’hormis peut-être Klément, l’ami victime repenti on a très peu de compassion ni pour Alec le manipulateur ni pour Victor la victime. Car s’il a découvert la belle vie des héritiers gavé de l’argent de son mécène, le jeune garçon enchaîne mauvaises rencontres sur mauvaises décisions et n’est même pas capable de devenir le terrible révolutionnaire que l’on imagine.

L'Assassin qu'elle mérite - BD, avis, informations, images, albums -  BDTheque.comWilfried Lupano nous avait déjà habitué au refus de la linéarité sur Alim le tanneur et poursuit ici sa construction chaotique au risque de perdre un peu le lecteur quand aux finalités de son projet. Le décors et les acteurs permettent bien très efficacement de nous décrire la Vienne impériale où la Police est principalement là pour protéger le mode de vie rapace des riches et où le vernis moral s’efface bien vite derrière le sexe et les pulsions. Mais faute de point d’accroche auquel s’identifier (un héros, un méchant) on écoute les analyses intéressantes tout en cherchant la route. C’est une approche que l’o peut qualifier de complexe, l’auteur refusant de donner le mode d’emploi de sa carte postale. Ainsi la rupture de mi-série voit disparaître Alec et l’intrigue se voit transposée à Paris autour de l’Exposition Universelle et d’un projet d’attentat anarchiste. Des personnages disparaissent, d’autres apparaissent sans que l’on se souvienne bien si on les a déjà vu ou non.

L'Assassin qu'elle mérite - BD, avis, informations, images, albums -  BDTheque.comGraphiquement parlant Corboz propose de belles mises en scène avec une évolution que la couleur n’aide pas. En changeant de coloriste sur chaque album, on sent que le dessinateur n’est pas totalement convaincu, lui qui maîtrise pourtant une belle palette sur ses dernières publications. Et si l’encrage est un peu grossier sur le premier volume ce sont surtout les couleurs qui semblent faites au numérique qui détonnent avec l’approche artisanale du trait et de l’ambiance. L’évolution graphique est ainsi palpable tout au long de la série (en mieux) et propose quelques très belles atmosphères impressionnistes qui collent parfaitement à l’époque.

Série insaisissable, ni pamphlet politique, ni carte postale ou chronique sociale, L’assassin qu’elle mérite est tout cela à la fois dans un mode déstructuré qui demandera un lâcher-prise au lecteur sans chercher un sens à tout cela. Pas le meilleur scénario de Wifried Lupano mais une belle découverte graphique d’un dessinateur assez rare et qui pourrait bien exploser au grand public au premier succès commercial.

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