***·East & West·Manga·Rapidos·Service Presse

Demon Tune #4

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Manga de Yuki Kodama,
Kurokawa (2021) – Série achevée en 4 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

Keith a finalement fusionné avec le Yokaï présent dans le rouleau du cataclysme et commence à étendre son emprise sur les habitants de Wizard city. Yokimaru a récupéré ses capacités et se prépare à l’affrontement final, entouré du MBI et de son fils qui apprend tout juste à maîtriser son Ninpô…

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Arrivé à la conclusion de cette série courte on est un poil frustré par un ultime volume qui se concentre (logiquement) presque exclusivement sur la bataille finale contre le gros démon né des peurs et de la colère du frère du chef du MBI. Au travers de cette étonnante figure de traumatisé c’est la relation à l’autre qui est abordée. Au-delà des différences, on touche à la problématique japonaise bien connue de l’anonymat ayant court dans les grandes villes et générant des pathologies psychiques lourdes, jusqu’au suicide. Demon tune reste un manga de loisir grand public mais ses thématiques, mine de rien, sont fort intéressantes et questionnent.Demon tune #4

Malgré cela on a donc une rupture avec une intrigue de fait hautement simplifiée dans la seule stratégie nécessaire pour venir à bout du gros Yokai passé en mode Kaiju géant et à peu près invincible. Le personnage de Keith nous rappelle ici fortement le Tetsuo d’Akira, dépassé par ses peurs et un pouvoir qui a pris le dessus. Si l’interaction des personnages et de leurs différents pouvoirs dans ce dernier acte est sympathique, on sent l’auteur moins inspiré par son sujet et une fois passée cette séquence, nous avons droit à un gros épilogue… qui est le passage le plus intéressant du tome puisque axé sur les relations entre les personnages et la chasse contre les Demon tuners, gros point fort du manga. La conclusion laisse la place à une potentielle suite qui pourrait être fort intéressante une fois le passage de témoin fait entre Yukimaru et son fils.

Avec une intrigue ténue, une narration qui avance vite et un parti-pris graphique original, Demon tune sait attirer l’attention de son lecteur, loin de la bataille entre grandes séries mainstream. Dans un registre Shonen cette série est dépourvue d’aspect malsains même si certains passages et l’atmosphère générale très sombre, celle d’un polar noir, peuvent dissuader les plus jeunes. En abordant des thématiques généralement dissociées (les ninja, la magie noire, la pègre, les agences gouvernementales, la filiation, la drogue,…) Yuki Kodama est parvenu à créer un univers original qui se tient, sans temps morts, à l’ambition certes modeste mais au plaisir réel. Si la fin est un ton en dessous, je recommande néanmoins ce manga pour sa solidité générale.

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*****·East & West·Guide de lecture·Manga

L’atelier des sorciers #2-7

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Manga de Kamome Shirahama
Pika (2018-) – Kodansha (2016), 194p./volumes, 7 tomes parus en France.

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Quelle est cette confrérie du Capuchon qui tourne autour de Coco et ses co-disciples et semble inquiéter les plus hautes instances de l’Académie, notamment la Milice, puissants sorciers chargés de maintenir la Loi? A mesure qu’elle pénètre dans cet univers nouveau, Coco va devoir faire face à l’adversité, y compris de ses amis tout en leur offrant sa bonté d’âme. Car sans soutiens il sera dangereux de faire face à ses projets sans se soumettre à la Magie interdite…

L'atelier des sorciers tome 3 - BDfugue.comMon enthousiasme initial se confirme sur l’ensemble des tomes parus jusqu’ici (la France a un tome de retard seulement sur le Japon) qui voit la conclusion du premier arc à la fin du volume cinq. Le tome 2 reprend dans le monde caché où les apprenties ont été enfermées et où elles doivent affronter le gardien, un terrible dragon avant de se retrouver confrontées aux inquisiteurs après avoir usé de magie de manière inconsidérée. Déjà la nécessité de la solidarité entre ces filles aux objectifs, problèmes et tempérament bien différents, se montre et va nous ouvrir plus tard sur les vertus (chevaleresques?) nécessaires pour faire un bon sorcier, bien au-delà des seules compétences techniques. Dans le tome 3 Coco fait la connaissance d’un jeune garçon handicapé alors que son maître affronte pour la première fois la confrérie du Capuchon et nous révèle une détermination surprenante qui l’amène à prendre des mesures dangereuses pour ses proches… Les tomes 4 et 5  entrent dans l’action avec l’irruption de la Confrérie du capuchon lors de la seconde épreuve de validation que subissent Trice et Agathe…  Ils concluent un premier arc avec la révélation d’un des deux sorciers au capuchon et un changement relationnel entre les apprenties de Kieffrey… toujours plus mystérieux dans ses relations aux autres groupes (Milice, le papy, la confrérie Capuchon,…). A ce stade on commence à apprendre des éléments sur le passé et sur l’origine des lois drastiques qui expliquent la radicalité d’une Milice prête à effacer la mémoire de personnes ayant outrepassé les règles. Comme toujours dans les bonnes histoires, il y a du gris, beaucoup de gris entre le vernis L'Atelier des Sorciers : La magie du dessin Journal du Japonmagnifique de cette société magique au design superbe (qui permet à l’autrice de se régaler sur le moindre détail d’artisanat ouvragé), la réalité qui confronte des méchants peut-être pas si mauvais et  une institution dont la rigidité peut masquer un autoritarisme pas si bienveillant… Dans les tomes 6 et 7 le petit groupe se retrouve réfugié à l’Académie sous-marine où l’on en apprend un peu plus sur les personnages importants de la haute institution magique, avec les membres de la Milice et le fameux messire Berdalute qui nous révêle le passé de Kieffray et Olugio.

Ce qui marque dans cette série c’est le parallèle entre la magie et la création graphique avec l’imaginaire et la technique du dessin. Agathe est une virtuose technique mais n’a pas l’imagination de Trice. Kamome Shirahama semble nous parler de son art qui nécessite plus d’imaginaire que de technique malgré le rôle joué par le dessin dans les manga. Comme beaucoup de virtuoses elle peut se permettre de mettre en valeur ce qu’il y a sous l’habillage. Pourtant son dessin touche à l’artisanat, avec un style proche de Miyazaki ou des artistes classiques italiens, dans des planches parcourues de petits traits et hachures et une utilisation minimaliste des classiques trames de manga. Son amour de l’artisanat, des formes-objets est omniprésent et nous rappelle dans ce soucis du détail des Bourgeon ou Bourgier.

Les thématiques abordées sont elles plus classiques et nous renvoient tout de même à Harry Potter, avec cet ordre aristocratique méprisant les simples humains (avec tout de même une forme d’inversion sur le côté utilitaire des sorciers par les puissants nobles) et surtout l’importance de la morale dans l’utilisation de la magie. Cette dernière est potentiellement toute puissante et beaucoup de l’aspect dramatique repose sur l’interdiction d’utiliser cette magie pour soigner. On voit le tabou de contester la mort, que l’on retrouve dans FullMetal Alchemist ou dans Starwars avec l’idée d’un « côté obscure » où on imagine bien l’héroïne tomber à un moment… Tradition familiale et destinée individuelle, ambition, la Loi et l’ordre avec des renversements entre des méchants à l’esprit « révolutionnaire » sont les autres grandes thématiques de cette majestueuse série qui mérite amplement sa notoriété, avec une qualité moyenne très élevée sur chaque volume, même si on peut trouver quelques petits ventres mous par moment.L'Atelier des Sorciers Tome 6 - Émerveille moi à nouveau

Si vous n’avez pas encore commencé cette série (voir même si vous n’avez jamais commencé les manga) c’est le moment! Avec une facilité pour entrer dans ce monde liée à la familiarité avec des univers connus (Harry Potter, une approche tout à fait européenne du dessin), L’atelier des sorciers est un classique immédiat qui allie comme rarement un plaisir graphique omniprésent et un univers très solide.

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Et ou tuera tous les affreux…

La BD!
BD de JD Morvan et Ignacio Noé,
Glénat (2021),  104p. , One-shot, collection Boris Vian.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Cette adaptation avec toujours Morvan au clavier et cette fois l’argentin Ignacio Noé aux crayons est le dernier des quatre albums prévus pour une sortie rapprochée pour les vingt ans de la mort de Vian. Lire le préambule de mon premier billet sur cette série pour les détails éditoriaux. Du fait du Covid la parution des quatre tomes prévus en 2020 a été décalée.

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Rock est beau comme un dieu. Toutes les femmes veulent son corps. Mais cet esprit décidé s’est promis de ne pas perdre sa virginité avant ses vingt ans. Lorsqu’il est enlevé et forcé à donner sa semence, commence une enquête autour de disparitions, qui les mènera lui et ses amis dans le sillage d’une bien étrange clinique…

Et on tuera tous les affreux - cartonné - Jean-David Morvan, Ignacio Noé, Ignacio  Noé - Achat Livre ou ebook | fnacFort surprenant albums que celui-ci, qui navigue entre enquête de détective, série Z érotique et science-fiction impliquée… Comme je l’avais signalé sur le premier opus il est difficile de savoir dans quelle mesure la matière première contraint le scénariste de cette histoire totalement absurde, rocambolesque et pour finir assez ridicule… On comprend assez rapidement l’aspect parodique de la chose, avec ces très beaux – et très numériques – dessins de Noé (qui a déjà travaillé avec JD Morvan sur les Chroniques de sillage et les trois tomes d’Helldorado). L’argentin a été recrutée pour sa science anatomique et on peut dire que ces Ken et Barbies sont plantureux, beaux, parfaits, comme cette Amérique d’Epinal qui nous est présentée, les personnages arborant soit un sourire « émail-diamant » (pour les gentils) soit des trognes patibulaires et grognant (pour les méchants). Si les écrits de Vian sont souvent marqués par leur aspect érotique, Ignacio Noé est en terrain connu, lui qui excelle dans l’exercice avec sa carrière commencée dans les histoires d’humour très chaudes.

Si les planches sont globalement assez agréables (on passera sur des arrière-plans ébauchés avec des techniques numériques un peu faciles…), l’histoire se perd progressivement du fait d’une pagination obèse pour un tel projet. La première moitié (soit l’équivalent d’un album) se laisse lire avec plaisir pour peu qu’on entre dans la parodie appuyée. Mais une fois l’enquête en mode club des cinq aboutie, on se perd dans des longueurs qui insistent sur des traits des personnages déjà bien compris, des invraisemblances assez dommageables à la linéarité de l’intrigue et des successions de planches de nu et de sexe qui deviennent franchement lassantes avec des personnages exclusivement nus sur plus de trente pages. J’avais trouvé cela lourdingue sur le Conan de Gess, il en est de même ici. On pourra arguer le plaisir des yeux et que dans le deux cas on a affaire à des adaptations d’écrits pas très subtiles. Il reste qu’en tant qu’album de BD une pagination classique aurait permis de condenser ces scories (tiens, comme sur le premier!).Docteur Boris et Mister Sulli…Vian : la java des bombes graphiques –  Branchés Culture

La parodie est un art compliqué. Sur le récent Valhalla hotel ou sur Lastman ça passe assez bien. Ici on finit par douter du second degré. J’aime pourtant les histoires de savants fous et de SF déglinguée, pour peu quelles soient vues comme des loisirs à la lecture facile. Et on tuera tous les affreux adopte une structure trop longue et compliquée (avec ses césures en mode feuilleton) pour nous maintenir à flot. Dommage car en plus condensé l’ouvrage aurait beaucoup gagné.

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Voro #5: l’Armée de la Pierre de Feu, deuxième partie

Second tome du second cycle de la série écrite et dessinée par Janne Kukonnen. 102 pages, parution le 19/08/2020 aux éditions Casterman.

Voler encore, voler toujours

Dans le précédent tome, nous assistions au nouveau départ de Lilya jeune aspirante voleuse, et de son mentor Seamus, dans une nouvelle cité du royaume. Souhaitant repartir sur des bases plus saines auprès d’une nouvelle Guilde des Voleurs, les deux comparses ont accepté une mission encore plus périlleuse que celle qui les avait menés au secret des Trois Rois.

Alors que l’intrépide vaurienne s’échine à gagner ses galons de voleuse, sur les terres de la Tribu du Feu, la grande nouvelle s’est répandue: le Père Feu, Ithiel, a été tiré de son sommeil millénaire, par nulle autre que Lilya, et il est prêt à reprendre son cortège de conquête.

La guerre du Feu

Après nous avoir attaché à sa jeune voleuse, Janne Kukonnen augmente les enjeux en déployant le spectre d’une guerre dévastatrice, dans un univers désormais fort de 4 tomes de développement. Son trait est toujours aussi simple et efficace, mais il n’éclipse pas la qualité de l’intrigue, qui ne manque ici pas de rebondissements !

Nouveaux enjeux, nouveau Macguffin, anciens adversaires en quête de revanche, sont ici rassemblés pour nous montrer que Voro a encore de la ressource dans ce cinquième tome ! Mais, parbleu… le tome 6 est déjà sorti !

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L’oiseau rare #2: La grande Sarah

La BD!

BD de Cedric Simon, Eric Stalner et Florence Fantini.
Grand Angle (2021), 53 p., série en 2 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Ce second tome comprend un résumé de l’épisode précédent et un cahier graphique de cinq pages.

BD L'OISEAU RARE

Tibor emprisonné et les économies de la bande passées dans la paye de l’avocat, c’est tout le rêve d’Eugénie qui s’est envolé. Alors qu’arrive le défi lancé par la Grande Sarah, la jeune fille n’a pas dit son dernier mot…

Second volume très différent d’un premier qui réussissait plutôt bien sa description historique en parvenant avec difficulté à s’envoler. Ici on change de registre en délaissant la chronique sociale pour un scénario d’arnaque. Eugénie avait dit à la fin du tome un qu’elle allait « faire raquer » la grande Sarah et sa supériorité pédante, voici donc son plan assez subtilement présenté par le scénariste, suffisamment pour qu’on n’y voit que du feu. Par l’enchevêtrement de séquences qu’il ne lie pas, Cédric Simon parvient progressivement à mener son histoire comme un agencement de saynètes que la conclusion fera se rejoindre. Le risque de ces schémas est celui du Deus ex Machina, de la conclusion un peu facile, un peu fabriquée. Cependant les personnages sont suffisamment installés (tant dans l’écriture que graphiquement) pour nous détourner l’attention comme les pickpockets qu’ils sont, le temps que la magie fasse son effet.

L'Oiseau rare T2 : La grande Sarah (0), bd chez Bamboo de Simon, Stalner,  FantiniTout part donc de ce défi lancé par Sarah Bernhardt à Eugénie, qu’elle va relever haut la main. La déception va pourtant être de mise lorsqu’elle réalise que c’est comme boniche du théâtre de l’actrice que la truande est embauchée. Alors qu’elle cherche des informations sur l’incendie de l’Oiseau rare, Constantin s’éloigne de l’équipe pour mener ses petites magouilles. L’histoire va donc alterner entre l’itinéraire de ce dernier et celui d’Eugénie.

Sans grande tension, l’intrigue se suit néanmoins avec plaisir, progressivement, à l’image du dessin d’Eric Stalner, fidèle à lui-même, croquant de superbes gueules pas toujours très différenciées mais magnifiquement encrées et réhaussées par une très jolie colorisation de Florence Fantini. La rupture entre les deux tomes et la grande différence de style ne permet pas de créer une continuité qui puisse tirer parti de la place laissée par le format en diptyque. Du coup on a le sentiment de lire deux épisodes séparés d’une même série avec un petit manque de souffle. Mais globalement il n’y a pas grand chose à redire sur les qualités intrinsèques de cet album bien dessiné, bien construit et aux dialogues plutôt efficaces. L’Oiseau rare se conclut comme une petite histoire très bien réalisée qui comblera les amateurs de Stalner et des chroniques historiques à la mode Glénat.

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Oblivion Song #3

Série en cours, écrite par Robert Kirkman, dessinée par Lorenzo De Felici. Trois tomes parus en France chez Delcourt, en 2018, 2019 et 2020.

Je rêvais d’un autre monde

Il y a quelques années, Philadelphie a connu un évènement surnaturel aux conséquences tragiques: la transférance, qui envoya toute une partie de la ville dans une dimension baptisée Oblivion, zone hostile peuplée par une faune cauchemardesque. Nathan Cole, scientifique de son état, maîtrise une technologie pouvant reproduire, à petite échelle, le transfert vers Oblivion, et s’est donné pour mission de ramener tous les habitants de Philadelphie perdus là-bas.

Nathan a poursuivi ses périlleux sauvetages des années durant, même après l’abandon du gouvernement américain. Une victime après l’autre, au compte-goutte, Nathan ramène des survivants sur Terre, espérant secrètement retrouver son frère Ed. Ce que Nathan, enfermé dans son complexe du sauveur, ignore, c’est qu’entre temps, les survivants d’Oblivion se sont adaptés à leur nouvel environnement, et certains d’entre eux s’y sont même épanouis.

Les deux premiers tomes étaient le théâtre des retrouvailles entre Nathan et Ed. Le frère rebelle, marginal dans notre monde, était devenu à Oblivion le leader respecté d’une communauté de survivants solidaires et débrouillards. Attaché à son nouveau mode de vie, Ed ne voyait pas les choses du même œil que Nathan. Notre scientifique eut bien du mal à accepter ça, mais les deux frères parvinrent à se réconcilier, chacun d’entre eux reprenant le chemin qu’il s’était tracé.

Hélas, les choses ne sont jamais aussi simples quand on parle de transfert dimensionnel. Ce que Nathan cachait à tout le monde, et ce qui motivait ses recherches effrénées de survivants, c’est sa véritable responsabilité dans la transférance. Membre d’une équipe de recherche, le scientifique a contribué à créer la machine qui engendra le phénomène. Débusqué par l’armée, Nathan a du se rendre pour assumer sa responsabilité.

L’Abysse le scrute à son tour

Le troisième tome opère un changement de paradigme, grâce à une ellipse temporelle de trois ans. Libéré de prison et relaxé des charges qui pesaient contre lui, Nathan découvre qu’Oblivion a été explorée et exploitée pendant qu’il était absent. De nouvelles ressources ont été découvertes, permettant des avancées médicales et scientifiques significatives. Malheureusement, Oblivion n’est pas seulement peuplée de monstres carnivores. Teasés dans les précédents tomes, les Sans-Visages font ici leur entrée fracassante.

Forme de vie intelligente, ces êtres énigmatiques semblent piqués de curiosité pour ces êtres étranges venus d’un autre monde, les humains. Capturant en masse des survivants et des explorateurs, les Sans-Visages attirent l’attention d’Ed et de Nathan, chacun de leur côté. Ce sera donc l’heure des retrouvailles pour les deux frères que tout oppose. Seront-ils de taille face à ces aliens hostiles ?

On ne présente plus Robert Kirkman, auteur à succès dont la plus grande création a touché plusieurs médiums comme la BD, la TV et le Jeu Vidéo. Il nous sert ici un concept original qu’il exploite de manière très fun. Switchant entre les dimensions, Nathan se sert de ses connaissances pour passer les obstacles et résoudre des problèmes, rappelant des univers comme celui de Portal ou Soul Reaver. Cette mise en scène est servie par les dessins maîtrisés de Lorenzo De Felici, qui fait tantôt penser à James Harren (pour les monstres), tantôt à Ron Garney (pour les visages et le dynamisme du trait). Avec du recul, le scénario contient sans doute quelques fils blancs, mais la trame générale, menée avec le brio que l’on connaît à Kirkman, reste suffisamment addictive pour nous tenir en haleine. A ceci s’ajoute bien sûr la psychologie torturée des personnages, ce dont le scénariste a fait sa marque de fabrique.

BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #131

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.
 

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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3. Que vais-je lire ensuite ?

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Salut à tous et bienvenue sur une nouvelle semaine sur l’Etagère!

Deuxième semaine de janvier a peu près parfaite et je n’attendais pas de si bonnes lectures! Valhalla Hotel est un coup de cœur immédiat dans la veine de Ramirez, qui permet de très bien commencer l’année, le dernier album de la série Boris Vian de Morvan est en revanche à l’aune des autres volumes, un peu décevant. Côté manga j’ai fait un petit marathon Atelier des sorciers après ma découverte du premier tome cet été et c’est un enchantement!
A venir beaucoup de nouveautés avec la suite d’une très bonne surprise de l’an dernier chez Ankama par un scénariste qui a le vent en poupe. Je vais enchaîner sur (déjà) le second Robilar, la série sur le chat botté et la suite des 5 terres après mon premier billet enthousiaste.
Pour le reste je me laisse le temps sans pression avec pas mal d’emprunts médiathèque notamment sur mon objectif de cette année, la découverte des grands mangaka Naoki Urasawa et Inio Asano, sur les conseils avisés des copain blogueurs manga. Avec des paginations pas trop volumineuses sur ma PAL je devrais pouvoir aussi baisser un peu celle-ci.
 
Et vous? bien commencé l’année? Déjà des découvertes ou vous travaillez le foncier comme disent les sportifs?

Portez-vous bien et bonne semaine!


Rappel des billets de la semaine dernière:

Semaine de fou avec presque que des cartons!

  • Mardi:

Dahaka poursuit sur l’excellentissime série d’espionnage

  • Mercredi:

Énorme coup de cœur dans la veine de Ramirez!

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  • Jeudi:

Dahaka poursuit la version au féminin de Thor par Jason Aaron

  • Vendredi:

Conclusion de ce très bon diptyque inspiré par Oz et le pays des Merveilles.

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  • Samedi:

Grosse déception que ce premier tome de l’adaptation d’un classique de la SF par le vétéran JD Morvan…

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  • Dimanche:

Surprenant projet webcomics en trois volumes sous la forme d’une grandiose saga intergalactique sur fonds de cosmogonie. A découvrir!

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****·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #1

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2020 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

La série est prévue en trois volumes. Le premier est achevé, le second vient de commencer sa publication sur le site. Trois dessinateurs différents sont prévus. Chaque volume comprend environ 90 doubles-pages soit environ 180 p. en équivalent album papier. L’interface de lecture est un site web dynamique professionnel permettant de naviguer dans des menus menant à un très touffu background. Sous les planches se trouvent des extraits du « Codex » détaillant à la fois l’univers de l’album et les très nombreuses références bibliques de la BD dans le contexte des pages. En lecture pleine page ces références disparaissent. A noter que la lecture sur tablette n’est pas forcément des plus simples puisque les planches étant présentées en double page il faut zoomer pour avoir une pleine page A4. Cela étant, la réactivité du site est très performante et hormis un petit ralentissement de la lecture cela n’est pas très dommageable. Un forum (pour l’instant a peu près vide) permet de discuter sur l’univers et il est possible de s’abonner pour recevoir des alertes sur les nouvelles mises en ligne.).

Sur le plan technique ce projet est le plus sophistiqué que j’ai pu lire depuis l’impressionnant Phallaina.

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Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

Les voies de l’éditions sont parfois impénétrables! A l’heure du numérique et du crowdfunding les vecteurs de publications pour de nouveaux projets semblent infinis, entre l’autoédition, le webcomic, la petite maison, le participatif,… et ce qui est le plus surprenant c’est que s’il y a quelques années c’étaient surtout les nouveaux venus qui utilisaient les vecteurs alternatifs, aujourd’hui il n’est pas rare de voir un Frank Cho ou un Sean Murphy passer directement par la case autofinancement… La fin des Irin est ainsi un projet tout à fait professionnel mis en place semble-t-il avec l’appui d’une société de web-développement, d’abord en langue anglaise et décliné en français.

CaptureLe dessinateur du premier volume, Wouter Gort, est un concept designer hollandais, ce qui apporte énormément à l’aspect technologique, principale réussite de cet album. L’entrée en matière impressionne, avec ce prologue hargneux, radical, dressant dès les premières planches l’interaction entre antiquité flamboyante et païenne faite de sang, d’or et de sexe avec de la haute technologie au design excitant! La qualité générale (très numérique) est digne des plus grandes productions et je serais bien surpris de voir quel éditeur sera chargé de porter l’édition papier de ce qui est au moins une réussite graphique indéniable. Dans un style utilisant une technique de colorisation très contrastée issue de l’Animation, Gort propose un monde d’un réalisme saisissant, que ce soit sur Terre, aujourd’hui, avant ou ailleurs. L’intrigue utilise le concept des anciens aliens qui a déjà été vue sur des films tels que Jupiter ascending des sœurs Wachowski mais aussi Prometheus de Ridley Scott ou Stargate. L’idée de donner une origine extra-terrestre à nos dieux n’est donc pas nouvelle (le mythe de Cthulhu n’utilise t’il pas aussi cette formule?) mais c’est la première fois que je vois un background aussi costaud développé pour lier de façon la plus réaliste possible les sources anciennes (textes juridiques réels, évènements historiques, extrapolations scientifiques,…) et nos fondements mythologiques. Par mythologie il faut comprendre les fondements du monothéisme puisque, remontant très logiquement à la source liant les plus anciennes connaissances historiques en matière de cosmogonie en Mésopotamie et la construction du dieu Yahweh, les auteurs visent à brouiller les pistes à la manière d’un Christophe Bec. A ce titre je conseille vivement de consulter au fur et à mesure les « aides de lecture » du Codex du site qui approfondissent fortement une intrigue à la construction parfois obscure du fait de sauts temporels avec des personnages vivant plusieurs siècles.

CaptureLes idées techno-scientifiques expliquant les capacités « divines » de ces êtres sont très bien vues et alléchantes bien qu’à la fin du premier tome on reste encore un peu dans le brouillard. Comme souvent l’illusion de la place disponible pour développer le récit faut tomber dans des à-côtés qui brouillent un peu la lecture déjà complexe avec des intrigues secondaires qui paraissent à ce stade un peu inutiles (mais vue l’ampleur du projet on ne demande qu’à être détrompé). La narration à plusieurs personnages, avec voix-off et sans précisions lors de changement d’époque ou d’endroit demande une certaine concentration, heureusement allégée par une très grande lisibilité des planches, très lumineuses et aux panorama grandioses. On comprend ainsi à la fin du premier volume que l’on va suivre la descendante de Yahweh de nos jours après ce long prologue, avec une revanche prévisible contre la domination du tout puissant Baal. La bonne idée des auteurs est de laisser un certain mystère sur la forme démoniaque de Baal et son fils Marduk (dont la mort déclenche tout) alors que tous les autres personnages sont anthropomorphes. On imagine que la technologie génétique et médicale de cette civilisation est capable de prouesses mais cela permet surtout de maintenir une certaine appétence pour le fantastique, pourtant absent de ces premières deux-cent pages.

Aucune description de photo disponible.On ressort de la lecture de cette longue introduction à la fois fortement attiré par un graphisme clairement bluffant, des thématiques très inspirées, et troublé par une narration parfois un peu laborieuse en oubliant de nous aider à suivre les fils compliqués tracés dans le temps et l’espace. Mais ce n’est pas pire que du Bec (pour reprendre la référence) et au moins aussi intéressant. Reste que le changement de dessinateur, s’il maintient un niveau de qualité très élevé, peut troubler. On attend donc de passer la seconde avec une héroïne née à la toute fin du premier opus, dans un univers et une histoire à la fois simple et à très haut potentiel. L’ambition est clairement là et les moyens semblent avoir été trouvés pour proposer une grande saga de space-opera aussi technique qu’intellectuelle.

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La Geste des princes-démons#1: le prince des étoiles

La BD!
BD de JD. Morvan, Paolo Traisic et Fabio Marinacci (coul).
Glénat (2020), série en cours, 55p./album

D’après les romans de Jack Vance.

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Kirth Gersen a vu ses parents disparaître dans la fureur d’une attaque de l’armée du terrible Attel Malagate. Résolu à se venger, il a forgé son corps et son esprit dans l’unique but d’éliminer le pirate sanguinaire qui a ruiné sa vie. Pour cela il devra parcourir la galaxie sur la piste des plus terribles criminels, ceux qu’on appelle les princes-démons…

Le projet avait tout pour allécher l’amoureux de Science-fiction que je suis! L’adaptation d’un des maîtres de la littérature SF par Jean-David Morvan, le très éclectique scénariste et directeur de collection (Conan c’est lui) avec aux crayons un jeune italien aux visions proches du gothique Sloane , une couverture inspirée par Druillet autant que Matteo Scalera, tout semblait destiné à assouvir les envies de space-opéra coloré et épique. Une intrigue simple tournée vers l’action, un héros-assassin, bref, le feuilletage en librairie m’a immédiatement convaincu…

Las, cette lecture est clairement une des grosses déceptions de ces derniers mois! Les dessins n’y sont pour rien puisque Paolo Traisci réussit parfaitement une partition attendue tant dans la dynamique que dans le design général. Citons tout de même le rôle loin d’être mineur du coloriste Fabio Marinacci dont on se demande par moments si ce n’est pas lui la véritable star graphique de l’ouvrage tant en quelques panorama spatiaux il arrive à nous projeter dans cet « Au-delà » empli d’aventures et de mystères. La seule séquence introductive arrive à nous accrocher par sa simplicité, sa rage et la pertinence des designs technologiques.

Le soucis est donc clairement à rechercher du côté d’un scénario hautement laborieux. Ainsi une fois l’introduction passée on se retrouve avec une pseudo enquête pour retrouver le grand méchant, sans que le pourtant chevronné Morvan ne s’embête à nous installer une ambiance, un fil à dérouler. On nous balance au beau milieu d’une situation qu’on ne comprend pas et on poursuit un héros que l’on n’a pas pris le temps d’apprécier faute d’acte de bravoure. On reste ainsi tout à fait extérieur à une intrigue que le scénariste semble tracer en oubliant son lecteur. Et ce ne sont malheureusement pas ces quelques visions grandioses qui suffisent, non plus qu’un humour pas très percutant et des méchants qui débarquent comme un cheveu sur la soupe. Scénario de débutant par un des plus réputés scénaristes du grand éditeur Glénat, personnellement je passe difficilement l’éponge de ce gros raté. Il est toujours temps de rectifier le tir mais on termine ce lancement avec la très désagréable impression d’un projet commercial sur lequel l’auteur n’aura pas pris le temps de réviser ses gammes…

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH478/gpd5-fb1c6.jpg?1602321809

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Après l’enfer #2: le bayou d’oz

La BD!
BD de Damien Marie et Fabrice Meddour
Bamboo (2020), 56 p., série en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo-Grand Angle pour leur confiance.

L’album s’ouvre sur un résumé de l’épisode précédent et se conclut sur un passionnant cahier documentaire et graphique de 8 pages précisant les références et le contexte de la série et la réalisation graphique. Une édition aux petits oignons qui mérite à Calvin.

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En pénétrant dans le Bayou, Alice et Dorothy entrent dans un autre monde, obscure, peuplé d’êtres décharnés et d’animaux sauvages, l’univers du vaudou où s’affrontent les hommes de la reine de cœur et ceux de la Mambo Glinda, un refuge pour les noirs comme pour les adeptes du Klan. Là, la jeune Alice va se découvrir un pouvoir capable de retourner les dominations, pour peu qu’elle arrive à apaiser ses démons intérieurs…

Après un premier album très psychologique qui proposait une vision graphique très monochrome visant à rendre une ambiance de fin du monde assez dépressive, ce second et dernier est assez différent en ce qu’il change de style en changeant d’environnement. La petite fille apeurée devient centrale dans cette relation avec le Chapelier (qu’on imagine son violeur) et l’itinéraire magique va faire d’elle la véritable héroïne de l’histoire. Les auteurs voulaient aborder la thématique du Vaudou, très intéressante dans cette période de libération des esclaves et de reconstitution de mondes séparés, la société tribale et magique du Bayou, l’armée blanche du Klan d’un autre côté. Cette immiscion de la magie permet d’aborder le monde des esprits, des Loa, à même de résoudre le trauma des protagonistes.

Capture d’écran du 2021-01-10 10-23-05La structure de l’album est bien plus simple en ce qu’elle reprend la chasse invisible dans un labyrinthe où Dorothy et ses protecteurs ne voient rien venir. Damien Marie (qui a proposé dernièrement le très bon 300 grammes) utilise sa culture cinématographique pour citer des références inattendues mais qui font mouche. Cette base référentielle plus axée sur la culture populaire que sur l’histoire ou le cinéma classique permet d’entrer dans ce qui pourrait à première vue ressembler à un patchwork casse-gueule. Associer en effet Le magicien d’Oz, Alice au pays des merveilles, Alien et Apocalypse now pourrait sembler très aventureux. Or ça fonctionne et avec une grande lisibilité du scénario et une relative simplicité des schémas narratifs on se passionne pour nos deux héroïnes.

Un peu moins inspiré graphiquement que le premier volume même si l’affinage de la technique d’encrage améliore la qualité générale, Le bayou d’Oz conclue logiquement et de manière tout à fait maîtrisée un projet très ambitieux  sur la résilience et la liberté individuelle. Un diptyque inattendu qui confirme un scénariste à suivre après cet excellent diptyque.

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