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Shanghaï Red

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Histoire complète avec Christopher Sebela au scénario, Joshua Hixson au dessin. Parution en France le 21/04/2021 aux éditions Hicomics.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

L’enfer n’est rien face à la femme qu’on a shanghaïée

Molly « Red » Wolfram est une femme marquée par la vie à plus d’un titre. Après le départ de son père, Red a du assumer seule le rôle du soutien de famille, veillant sur sa mère et sa sœur tandis qu’elles faisaient route vers Portland. La particularité de la jeune femme est que pour subsister aux besoins des siens et intimider d’éventuels prédateurs, elle a pris l’habitude de se grimer en homme, se faisant appeller Jack.

Un soir où « Jack » alla noyer ses turpitudes dans l’alcool, il fut piégé par des hommes peu scrupuleux qui l’ont drogué, et emmené contre son gré sur le Bellwood, un navire où Jack et d’autres ont travaillé de force deux années durant. Après tous ces mois d’infernale navigation, le capitaine du Bellwwod laisse une alternative à ses marins captifs: débarquer à Shanghaï et rentrer par leurs propres moyens en Amérique, ou poursuivre leur odyssée déplaisante sur le bateau, cette fois sous contrat.

Ce choix ne satisfait pas du tout Jack/Red, qui choisit une troisième option: se rebeller et massacrer tout l’équipage, à l’exception des autres esclaves. Désormais maîtresse de son destin et capitaine de son âme, pour paraphraser Henley, Red se met en tête de regagner Portland pour retrouver sa famille, et obtenir sa vengeance contre ceux dont l’avidité l’ont condamnée à ces deux ans de supplice.

Red is raide

La vengeance et la double identité sont décidément deux items narratifs complémentaires tant on les retrouve en fiction (Le Comte de Monte Cristo et ses adaptations, par exemple). Comme beaucoup d’autres œuvres auparavant, Shanghaï Red choisit la voie sanglante comme catharsis pour son héroïne aux deux visages, qui va trancher, empaler, brûler ses ennemis les uns après les autres sur le chemin qu’elle s’imagine devoir emprunter.

Car en effet, après avoir vu la dévastation causée par son absence, Red ne concevra alors plus qu’un tonitruant massacre en guise de vengeance, seule façon pour elle d’obtenir réparation pour le grief subi sur le Bellwood.

L’histoire nous embarque rapidement dans cette épopée vengeresse, dans laquelle l’auteur donne à voir une Amérique corrompue et violente, tout juste sortie de la Conquête de l’Ouest. On peut toutefois regretter que la dichotomie entre Red et Jack ne soit pas davantage exploitée au service de l’intrigue. Elle est certes mentionnée et évoquée longuement au cours du récit, mais ne sert pas vraiment d’élément moteur pour ce dernier, car si l’on y réfléchit, l’intrigue se serait déroulée sensiblement de la même manière si Red était restée Red. L’alter-égo Jack est donc une bonne idée, mais sous-exploitée dans l’ensemble.

En revanche, la prose et les dialogues de Sebela sonnent rudement juste, chose suffisamment rare pour être mentionnée. Les dessins de Hixson, quant à eux, donnent aux texte une manifestation sombre, grâce à des enrages lourds et des palettes de couleur savamment choisies. Côté édition, on peut s’interroger sur l’utilité de mettre en avant le lettreur de la version originale, tout en sachant que la version française-pas terrible, avouons-le-est venue détricoter son travail.

Shanghaï Red est un récit de vengeance amer et sombre, qui noie les tourments de son héroïne dans un tourbillon de sang et une prose talentueuse.

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Manga en vrac #10: Alpi the soulsender 4 – Egregor 6 – Le Tetsu & Doberman 1 – L’ile entre deux mondes 1

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Petite pioche aujourd’hui avec des séries qui peinent un peu à prendre leur envol après quelques volumes déjà parus…

  • Alpi the soulsender #4 (Rona/ki-oon) – 2021, 4/5 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

alpi-soul-sender-4-ki-oonPetit accident dans ce quatrième volume qui passe un peu à côté avec cette histoire de bibliothécaire fou qui entraîne 2/3 de volumes en mode slasher gentillet et pas très intéressant… Cela permet tout de même d’approfondir de futurs antagonistes mais on lit ce volume en baillant et en attendant le retour des beaux dessins et un approfondissement de l’univers des soulsenders. C’est dommage car le volume précédent nous a renseigné sur les capacités martiales d’Alpi… qui seront finalement bien peu utilisées et son caractère qui a muri après le récit de Sersella ne semble pas avoir évolué ici. Cette intrigue un peu simpliste a tout de même le mérite de nous parler des traditions de colportage (que Magus of the Librarian traite plus en profondeur). C’est bien maigre et la quasi-absence d’Esprit divin sur ce tome est fort surprenante quand on se rappelle de la structure assez géométrique des tomes jusqu’ici avec deux esprits à chaque fois. On reprends espoir avec la confirmation d’un groupe désirant la suppression de toute religion en se disant que ce quatrième opus n’était qu’une introduction à un grand arc plus solide…

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  • Egregor, le souffle de la foi #6 (Skwar-Jae Hwan/Meian) – 2021, 6 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour leur confiance.

egregor-6-meianComme attendu, ce tome marque une certaine pause en concluant les multiples combats entamés précédemment et en reprenant l’itinéraire des jeunes héros de cette saga foisonnante. On l’avait déjà constaté, Jay Skwar a une ambition très élevée pour sa série et a tendance à se noyer (et nous avec) dans une intrigue qu’il maintient toujours très cryptique et une ribambelle de personnages que l’on finit par avoir du mal à identifier malgré l’indispensable dramatis personae d’introduction d’album. De même pour une fort jolie carte (conçue par l’auteur d’Albator) pas assez détaillée pour nous assister dans la géographie d’Egregor. L’action continue installée depuis le début permettait de maintenir une accroche, malheureusement lors des pauses on souffre un peu à la lecture de dialogues parfois très « djeun’z » et qui manquent de relecture. Si les dessins restent tout à fait agréables à l’œil et assez lisibles avec des designs toujours réussis, ils ne suffisent pas à compenser une histoire qui peine à s’installer. Du coup on espère la prochaine scène d’action en attendant que les auteurs nous aident à nous attacher un peu à quelques personnages dans ce maelstrom permanent.

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  • L’île entre deux mondes #1 (Ishii/Pika) – 2021, 1/2 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Pikacouv_421997 pour leur confiance.

Tatsumi revient sur son île natale pour enseigner dans le seul établissement scolaire d’Aoshima. Parti à quatre ans, il souhaite renouer avec un passé paradisiaque, en communion avec les éléments. Désormais adulte, il va vivre des expériences inexplicables le rapprochant d’un monde spirituel qui semble naturel aux habitants…

L’ile entre deux mondes est entre le feel-good album et le contemplatif onirique, de ces créations japonaises qui rappellent la richesse des traditions dans la culture et l’identité d’un peuple schizophrène toujours tiraillé entre une hypermodernité mortifère et un passé animiste proche de Gaïa. Sur des planches sublimes tant par les encrages subtiles que les blancs lumineux l’artiste Asuka Ishii (dotée d’une formation artistique solide et également peintre) s’insère dans une atmosphère proche des films de Naomi Kawase où la spontanéité des relations interpersonnelles tranche avec la rigueur sociale habituelle du Japon et où les ambiances, les odeurs, les sensations priment. Sa maîtrise graphique parvient à nous immerger dans ce paradis insulaire fait de langueur et de communion, elle nous fait ressentir la chaleur du soleil, le bruissement des feuils, toutes ces sensations universelles qui ressurgissent ici des pages du manga. Le héros (cultivé) est relativement passif dans ce premier tome où il semble soumis aux impulsions des autres personnages, sa jeune collègue et les deux élèves de sa classe tout comme aux manifestations (peut-être) surnaturelles de la nature. Les évènements étranges qu’il expérimente ne trouvent pas d’explication immédiate mais l’autrice nous maintient dans le récit par ses images qui évitent l’hermétisme que peut recouvrir ce genre de récit. Du coup on prend un grand plaisir à parcourir les plages de l’île, à ressentir le brouillard humide ou à s’immerger dans les flots d’une cascade…

Le découpage en deux volumes et l’attente d’une explication temporisent une note de 5/5 qui sera peut-être réévaluée à la conclusion du diptyque (prévue en juillet). On est très très proche du coup de cœur (parce qu’on est difficiles!).

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  • Tetsu & Doberman #1 (Ohno/Doki-Doki) – 2021, 1/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance.

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Tsutomu Ohno est assurément un jeune mangaka à suivre! Avec sept manga à son actif et seulement Buchimaru Chaos paru en France avant cette nouvelle série courte en trois tomes, Doki-Doki tient une potentielle poule aux œufs d’or tant on sent un potentiel (graphiquement évident et à voir sur le plan narratif). Jamais engagé sur des séries longues, l’auteur nous propose avec ce premier volume une introduction résolument sympathique sur un pitch simple: un jeune orphelin se retrouve pris sous sa coupe par un homme-chien, légende des limiers d’une corporation de chasseurs associant un humain et un chien humanoïde. Qui dit shonen dit baston, pouvoirs spéciaux issus de l’interaction entre les deux éléments du duo et intrigue simple basée sur l’apprentissage, l’héritage familial et de méchants conspirationnistes. Ce qui marque dès les premières planches ce sont déjà les dessins très maîtrisés et dynamiques, mais également un humour proche de celui de Radiant et qui fait mouche sur une traduction très réussie. Le design général permet aussi de se projeter dans une intrigue qui ne fait ici que commencer, avec un méchant chasseur à peine aperçu mais qui intrigue fortement. Tête brûlée décidée à devenir un super-chasseur pour protéger son orphelinat de la destruction de méchants capitalistes, Tetsu est le héros type de shonen. Légère déception pour Doberman qui, s’il est graphiquement réussi, reste assez en retrait alors que je l’attendais comme un vrai héros légendaire. A la décharge de l’auteur, ce volume de moins de deux-cent pages avance à cent à l’heure, ne nous laissant pas le temps de s’ennuyer, avec le corollaire d’aller toujours un peu vite. On sent dans ce premier volume les mêmes qualités et défauts que dans le récent Demon Tune, avec un manga qui pourrait devenir excellent pour peu qu’il soit parti sur un format plus confortable. Après le très sympathique Ballade de Ran, Doki-Doki montre qu’avec une ambition limitée, Bamboo arrive également à trouver sa place dans le rayon fortement concurrentiel du manga.

A partir de 10 ans.

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Rick et Morty tome 10

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Dixième tome de la série inspirée du show du même nom crée par Dan Harmon et Justin Roiland. Tini Howard et Kyle Starks au scénario, Marc Ellerby au dessin, parution le 17 mars 2021 aux éditions HiComics

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

This is a Rick’s world

En apparence, le scientifique Rick Sanchez a tout d’un savant fou. Alcoolique, irresponsable, il vit aux crochets de sa fille Beth et méprise copieusement son gendre Jerry. Rick repousse même les limites de l’inconséquence puisqu’il embarque, depuis 4 saisons maintenant, son petit-fils Morty dans des aventures spatiales et dimensionnelles toutes plus dangereuses les unes que les autres. 

Toutefois, Rick n’est pas qu’un ivrogne sans vergogne. On pourrait même dire que tout ceci n’est qu’une façade, visant à cacher les blessures profondes d’un homme esseulé, que son génie isole encore davantage du reste du monde. Le show nous montre ainsi, entre deux blagues potaches et deux situations abracadabrantes, les tourments internes de cet homme brillant, qui est si lucide sur la vacuité de la vie et de l’univers qu’il se réfugie dans l’alcool et la contrebande inter dimensionnelle. 

A n’en pas douter, donc, Rick & Morty redéfinit et redynamise la série animée, en allant plus loin encore qu’une série comme Futurama. 

En parallèle de cet indéniable succès, le comic Rick & Morty tente de prolonger le plaisir en couchant les aventures du duo générationnel sur papier. 

Un Rick-anement Morty-fère

Ce dixième tome nous fait découvrir un énième délire de Rick, qui, pour souffler et catharsiser  ses émotions négatives, a construit un parc parcouru par des androïdes, sur lesquels il peut se défouler, à la manière d’un certain parc à thème mettant en scène des cyborgs dans l’Ouest Sauvage… 

Le comic book marche donc sur les traces de son ainé télévisuel en reprenant un concept SF déjà usité et en y ajoutant une bonne dose d’impertinence, voire de cynisme. La philosophie nihiliste de Harmon et Roiland semble avoir contaminé les scénaristes du comic book, qui reprennent donc allègrement les parangons de pop culture (ici, la série Wesworld, vous l’aurez compris) pour les tordre, les détourner de façon drôlement cruelle, ou cruellement drôle. 

Mention particulière pour l’épisode spécial, qui en l’espèce reprend verbatim le concept d’un épisode de la série, dans lequel Morty redécouvre les souvenirs traumatisants que Rick lui a retirés à sa demande. Comme dans l’animé, c’est l’occasion de rire face aux mésaventures tantôt humiliantes, tantôt horrifiantes du jeune paltoquet, qui est toujours condamné à revivre de façon récursive les mêmes traumas. 

Entre détournement des poncifs SF et cruauté froide d’un univers indifférent, les amateurs de la série animée sauront savourer ce tome 10 en attendant la prochaine saison du show !

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Gun Crazy #1

La BD!
BD de Steve D et Jef
Glénat (2021), 117p., 1 tome sur 2paru.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Comme pour son grand frère Il faut flinguer Ramirez, la maquette générale de Gun Crazy, conçue comme une véritable VHS pourrave, fait partie intégrante du projet et revêt une importance égale aux dessins! Pas de contenu additionnel à proprement parler mais tout l’habillage comportant fausses pub, effets visuels vidéo et design de logos qui nous plongent résolument dans cette atmosphère que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître…. A noter une étrangeté: un copyright indiqué sur la page de titre en chiffres romains en… 1997! Mystère et boule de gomme…

Il y a d’abord Lanoya et Dolly, belles comme le plomb, semant la mort dans les boui-boui crasseux de l’Amérique trumpiste. John Saint-Pierre verse lui dans la punition des méchants prêtres. Le truc de Superwhiteman c’est la purge des races inférieures.  Le Sheriff Nolti enfin, se débat avec la notion de justice… Tout ce beau monde se dirige vers Vegas, cité du péché, pour une réunion… explosive!

Gun Crazy T1, bd chez Glénat de Steve D, JefDécidément, Glénat se spécialise dans le Grindhouse! A côté de la très qualitative collection éponyme (qui tirerait plutôt sur le fantastique), l’éditeur collectionne ainsi les gros albums d’auteurs désireux de se défouler dans des projets complets travaillant autant le fond que la forme. Les réjouissances avaient été lancées en 2018 par le génial Il faut flinguer Ramirez (et sa suite). Cette année on passe la quatrième avec un album plus classique mais encore plus déjanté avec le Valhala Hotel de Perna et Bedouel chez Comixburo (distribué par Glénat) qui nous amène à ce Gun crazy. A noter que les deux derniers ont été conçus en one-shot et voient leurs deux volumes sortir à quelques mois d’écart. Et pour le coup on  ne reprochera pas un coup commercial à l’éditeur puisque le découpage correspond totalement au concept cinoche.

Si vous avez déjà lu l’un ou l’autre de ces albums (sinon il faut vous dépêcher sous peine d’être blacklisté de ce blog!) vous connaissez la formule: des filles (lesbiennes si possible), des flingues (des gros et en grand nombre), des chicanos/nazis/rednecks au choix, une grosse dose d’humour troisième degré matinée de gore et d’explosions thermonucléaires (dans ces univers issu du ciné B la moindre balle provoque une déflagration de 15 pétajoules minimum) et une grosse louche de mauvais goût tendant vers l’immoral… Ramirez est plutôt l’option luxueuse. Valhalla se rapproche de ce Gun Crazy en plus graphique (Bedouel est quad-même un sacré morceau niveau dessin!) dans un esprit débile/tordu. L’album qui nous intéresse va également chercher son inspiration dans le monument du Z: le mythique Shaolin Cowboy. Bon, maintenant que je vous ai assommé sous les références, est-ce que c’est bien?

Gun Crazy (tome 1) - (Jef / Steve D) - Policier-Thriller [LEGEND BD, une  librairie du réseau Canal BD]Oui et sacrément! Si le scénariste est inconnu, le dessinateur Jef, autodidacte, est de l’école artisanale lorgnant vers les années quatre-vingt. Il a faut ses classes en compagnie de Matz sur des adaptations de polars de Walter Hill (déjà du cinéma…). S’il ne coure pas dans la même catégorie que ses comparses Pétrimaux, Darrow et Bedouel, il s’en sort sacrément bien notamment en matière de mise en scène sur une colo tradi un peu old school. Pas forcément ma tasse de thé au départ mais l’ambiance générale colle parfaitement avec le style recherché, vieillot, usé comme une vieille VHS pleine de grain. Si Petrimaux usait déjà allègrement de fausses pub et background divers pour renforcer l’immersion, Jef va plus loin en « montant » son album avec intermède débilissimes de speakerine alanguie et générique où l’on entend presque le vieux rock redneck. L’histoire? Pas franchement importante puisqu’elle est plutôt un prétexte pour faire se rencontrer une galerie de personnages qui font tout le sel de l’album. Si on reste un poil sur notre faim en matière de pétarades, les protagonistes sont eux diablement foutraques avec une pointe d’actualité puisque si les auteurs clament en introduction leur amour pour le Nouvel Hollywood, ils parlent aussi de l’Amérique trumpiste (là on tire vers le Shaolin Cowboy) avec sa bigoterie, sa sous-culture sudiste et ce superwhiteman et au chapeau de KKK et sa moustache adolfienne… terrible!

Bien sur c’est un genre vaguement déviant qu’on a le droit de ne pas aimer. Mais l’emballage général respire tellement l’amour du projet qu’on savoure tout le long ce triple-album cinémascope qui n’a jamais été si proche du vrai cinéma. Ce n’est pas (plus) original, mais il n’y a pas tromperie sur la marchandise et perso, moi j’adore!

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Manga en vrac #9

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  • Full Metal Alchemist – Perfect edition #6 (Arakawa/Kurokawa) – 2021, 6/27 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

Grosses révélations que l’on attendais sur ce volume! Devant une galerie de personnages qui commence à être conséquente, on apprend enfin les liens entre les méchants alchimistes alors qu’une conspiration au plus haut niveau de l’armée se fait jour… Premier point, je voudrais revenir sur la qualité éditoriale de cette édition Perfect qui ne paye pas de mine mais propose une qualité de lecture comme rarement vue en manga. J’ai assez peu insisté sur ce point jusqu’ici car la quasi absence de bonus m’avait un peu frustré. Pour autant la taille du volume, la qualité du papier et de l’impression y compris sur les pages couleur (ça n’a l’air de rien mais agencer des impressions qui n’ont rien à voir n’est pas toujours évident en imprimerie) offrent un sacrément beau volume qui justifie amplement son prix, qui plus est avec la très importante pagination des volumes de FMA. Revenons à nos moutons: l’équilibre entre bastons super sympa, humour efficace et thriller conspirationniste reste remarquable sur ce tome où l’on avance pas mal dans la découverte de la problématique (on avait jusqu’ici principalement abordé l’histoire des frères Elric et les principes de l’Alchimie). En une poignée de pages l’univers s’étoffe grandement avec la découverte de plusieurs nations et l’arrivée de personnages venus de équivalent chinois dans l’univers de FMA. Il faut un peu s’accrocher car stout au long des deux cent pages on voir revenir tel personnage qui disparaît ensuite pendant un volume entier et redeviennent centraux d’autres que l’on avait perdu de vue depuis les tous premiers tomes. Pour un shonen ça commence à devenir assez complexe et j’apprécie particulièrement une certaine noirceur des personnages parfois très ambigus. Avec son lot de morts, le sixième tome nous tient parfaitement en haleine et si cette fosi le cliffhanger reste soft, on trépigne d’attente jusqu’au mois de juin pour le suivant…

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  • Ashidaka, the iron hero #2 (Sumiyoshi/Kurokawa) – 2021, 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Bonne nouvelle, les impressions ressenties sur le premier tome se confirment ici avec un volume bien plus lisible, prenant et accrocheur! Une fois les difficultés de mise en place donc, l’autrice peut développer une galerie de personnages aux designs très réussis dans le style arachnéen et qui laisse entrevoir une myriade de possibilités techno-organiques dans l’interaction entre personnages et leurs Arms.. Je signale que ce manga est rangé en Shonen par l’éditeur ce qui correspond en effet à une simplification sans doute en partie responsable du retard à l’allumage. Le besoin de background est satisfait dans cet épisode où l’on voit Ashidaka intégrer une team de chasseur de vers géants après qu’il ait découvert la planque des commando multibras et leur très charismatique chef. Etonnamment ce n’est pas que l’histoire qui se densifie mais aussi les dessins, plus précis, plus lisibles et par conséquent plus immersifs. L’histoire semble ainsi s’orienter vers un périple pour retrouver les différents vers repérés sur la carte du monde qui nous est présentée. Le jeune héro s’associe avec une très balèze jeune-femme dans un volume qui se conclut sur un cliffhanger bien plus prenant que précédemment. Encore quelques petits réglages dans la furie graphique des combats et cette série pourrait rapidement devenir très prenante avec un postulat résolument original dans un univers pas si jeunesse que ça.

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  • Les 7 Ninja d’Efu #7-8 (Yamagushi/Meian) – 2021, 8/10 tomes parus (série finie en 10 tomes au Japon).

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour leur confiance.

7-ninja-efu-8-meianCes deux volumes traitent du Loup de Mibu, un samouraï envoyé dans le passé et qui va prendre parti dans la chasse contre des démons vengeurs. Une des plus longues histoires découpée en pas moins de neuf chapitres, elle est aussi une des plus lisibles jusqu’ici avec une histoire résolument simple qui permet d’apprécier les multiples références historiques et légendaires que comporte l’œuvre de Yamagushi. Cette densification semble être liée à la conclusion proche puisque maintenant que différents protagonistes sont connus on semble s’orienter vers une résolution dans les deux derniers volume avec des personnages (héros ou démons) qui reviennent nous rendre visite, à commencer par le super-samouraï Momotaro et le démon androgyne à visage humain. Le propos se clarifie aussi puisque en même temps que les premières défaites d’Onshin, on voit des héros évoluer dans leur résolution à maintenir l’ordre totalitaire du Bakufu. Reste une narration très typée faite de cartons avec des noms, évènements, lieux, illustrant l’envie documentaire de l’auteur et qui demande toujours un peu de concentration, mais désormais on peut laisser ces informations de côté pour profiter plus facilement de combats dantesques contre des ennemis a priori invincibles. Si elle n’est pas faite pour tout le monde, cette série ne cesse de surprendre, au premier chef les amateurs d’histoire et de culture japonaise.

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Poussière #3

La BD!

Troisième tome de 86 pages d’une série écrite et dessinée par Geoffroy Monde. Parution le 27/01/2021 aux éditions Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Attack of the Fifty-Foot Whatever

Mettez-y une femme revancharde, des titans anthropophages, des kaijus ou des cyclopes, dès qu’il s’agit de gigantisme, mon œil de lecteur est immédiatement attiré. 

Poussière nous raconte l’histoire d’une jeune guerrière éponyme, qui affronte depuis quelques années d’énigmatiques cyclopes, qui ravagent inlassablement sa planète, Alta, dont l’écosystème est régi par ce que l’on nomme l’Essence. Jusqu’ici pacifiques, les cyclopes sont devenus comme fous et se sont mis à piétiner tout ce qui se trouvait sur leur passage, provoquant une hécatombe et une série de cataclysmes écologiques dont Obel, le royaume dominant sur Alta, peine à se remettre. 

Pourtant, il est possible pour les guerriers d’Obel de lutter contre ces créatures, au prix de lourds sacrifices, qui paraissent vains tant la marche des géants est inexorable. En effet, les cyclopes font partie intégrante de l’écosystème et sont renvoyés à l’Essence après chaque défaite, pour mieux revenir ensuite, plus forts que jamais. 

D’après les rumeurs, cette lutte perpétuelle a commencé lorsque est apparu un certain Homme Noir dans les rues de la capitale d’Alta. Silhouette indéchiffrable, l’Homme Noir est apparu plusieurs fois de façon apparemment aléatoire, entraînant dans son sillage les terrifiants cyclopes. C’est donc à lui que l’on impute la catastrophe, sans savoir d’où vient cet homme ni pourquoi il agit ainsi. 

Entre deux attaques de cyclopes, Poussière veille sur son frère Pan et sa sœur Ayame, qui disposent de capacité les mettant en lien direct avec l’Essence. Et si tous ces événements étaient liés ? Quels secrets dissimule le gouvernement d’Obel à ses sujets terrifiés ? 

Gaïa’s Revenge

Les deux premiers tomes, sortis respectivement en 2018 et 2019, livrent les premières clefs du mystère grâce à quelques révélations choc: Suite à un accident de laboratoire, Alta a subi un échange de matière avec une planète nommée la Terre, qui est une jumelle d’Alta située dans une autre dimension. Ces transferts ont perturbé l’Essence, si bien que les conséquences des outrages des humains envers la nature ne se répercutent plus sur Terre mais bel et bien sur Alta. L’Homme Noir n’est lui aussi qu’un accident, un dommage collatéral qui a obtenu la faculté de passer furtivement d’un monde à l’autre. 

A l’issue du tome 2, des enfants d’Alta, incluant Ayame, capables de contrôler les cyclopes, furent envoyés sur Terre pour mener une expédition punitive et détruire l’Humanité, tandis que Poussière se retrouvait elle aussi piégée sur Terre. 

Nous voici donc à la conclusion de l’odyssée dimensionnelle de Geoffroy Monde, qui avait apporté un point de vue innovant et atypique pour une série  de SF. Les thématiques abordées, à savoir la revanche de la nature et le voyages dimensionnels, ne sont pas inédites mais traitées avec révérence et habileté, grâce à une alternance des points de vue entre Terre et Alta. Le discours écologique est donc tout à fait de mise, l’auteur s’amusant ici à la mettre en abîme puisque l’Humanité est ici jugée par sa jumelle Altienne qui subit injustement les conséquences de nos actions. 

Poussière tome 3 - BDfugue.com

Il convient également d’imputer à l’auteur un travail sérieux sur la construction de son monde fictif, exercice périlleux s’il en est qui est ici réussit haut-la-main. Les concepts philosophiques et religieux qui sous-tendent le monde d’Alta sont riches mais aussi complexes, ce qui pourrait perdre en route le lecteur tant il est parfois nécessaire de raccrocher les wagons avec les tomes précédents. 

Pour sa conclusion, on peut dire que Geoffroy Monde ouvre les vannes et va au bout de sa thématique, même si cela peut paraître abrupt. 

Poussière est donc une trilogie SF qui vaut le détour, tant sur le plan graphique que scénaristique, ce grâce à des influences évidentes mais qui n’en sont pas moins maîtrisées. 

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Antiheros

Rufus Stewart
Comic de Kate Karyus Quinn, Demetria Lunetta et Maca Gill,
Urban (2021), 154p., one-shot
La collection Urban Kids vise à introduire les plus jeunes dans l’univers pas si évident des super-héros et des comics en général. Sous des licences plus larges que le seul catalogue DC, Urban propose ainsi essentiellement des on-shot très graphiques mais aussi quelques séries courtes issues des séries d’animations mythiques de Paul Dini. Les  autrices de cet album travaillent habituellement dans la littérature adulte et pour les trois c’est leur premier album de comics.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance.

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!
  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à treize ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball, FMA ou Flying Witch…

Tout oppose Piper et Sloane, deux collégiennes de Gotham East… hormis le fait que la nuit elles enfilent leur costume de super-héroïnes! Jusqu’au jour où un mystérieux artefact les envoie chacune dans le corps de l’autre! Elles vont être obligées de s’ouvrir l’une à l’autre pour résoudre ce mystère et espérer retrouver leur entièreté…

Salut Talia! Aujourd’hui on découvre deux nouvelles super-héroïnes. Avant toute chose peux-tu nous dire ce que tu connais de l’univers DC et de ses héros? Colors - Sarah SternJ’ai lu Harleen, le Batman de Marini, Wonder Woman année 1, j’ai vu les films du DCEU… Peux-tu maintenant nous présenter Piper et Sloane, le jour et dans leur identité secrète? Piper est une super-héroïne qui essaye d’empêcher les méchants mais avec sa super-force elle casse tout sur son passage  du coup les policiers l’appellent la « Chips au fromage » (par-ce qu’elle aime grignoter) ou le « boulet de démolition ». Elle n’aime pas du tout ces surnoms! A l’école elle a du mal mais le vit plutôt bien mais sa grand-mère trouve qu’elle devrait travailler plus. Son tonton est policier et a affaire à elle le soir sans savoir que c’est Piper. Ses parents sont partis depuis longtemps pour travailler et elle aimerait les revoir, ce qui provoque des sujets de dispute avec sa grand-mère. Sloane est une super-vilaine qui cambriole. Elle a un super-cerveau qui la rend super-intelligente. Elle a une IA qui l’aide, des drones qui obéissent à sa voix. Elle travaille pour son grand-père qui est un truand et par-ce que sa mère ne peut pas travailler mais la maman ne le sait pas. Le jour elle est très forte à l’école mais elle n’a pas d’amis notamment par-ce que sa famille a mauvaise réputation. Est-ce que Batman et les autres héros sont impliqués? Anti/Hero Asks You to Walk a Mile in Someone Else's Secret Identity | DCBatman apparaît rapidement mais il n’intervient pas dans le combat contre l’Ours. Le changement de personnalité est un peu compliqué à suivre, non? Oui! On a tendance à s’y perdre car on ne sait plus qui est qui: elles gardent la même apparence mais le texte change de personnalité. Mais c’est plutôt drôle à lire… Au début on nous présente Piper comme une justicière et Sloane plutôt comme une vilaine. Est-ce que ça se confirme? Après s’être rencontré Piper convainc Sloane que ce n’est pas bien de cambrioler et sa mère essaye de la dissuader de travailler pour l’Ours. Piper de son côté réalise qu’elle doit faire attention à ne pas détruire les biens des autres quand elle intervient  comme le Colibri. Elles réalisent toutes les deux les incidences de leurs actions. Après avoir changé plusieurs fois leurs corps elles réalisent qu’elles peuvent y arriver même là où elles ne sont pas très douées. Merci pour ton avis et à bientôt pour un prochain Avis des kids! Voilà pour Talia… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit? Il y a quelques années je cherchais des comics destinés aux jeunes en permettant d’ouvrir cet univers des Batman, Superman et Wonder Woman (mais plus largement des super-héros) à des enfants, sans la complexité inhérente au genre… et j’avais été très surpris en discutant avec des libraires de découvrir que rien n’était réellement prévu pour ce lectorat. Sans doute conscients que toute une génération geek était maintenant parent les éditeurs ont commencé à développer ce genre d’ouvrages en ouvrant comme ici (sur une même stratégie payante que Drakoo en franco-belge) leurs pages à des auteurs qui ne viennent pas de l’univers des comics. Chez DC c’est partiellement rangé dans la très qualitative collection Urban Kids mais cela déborde sur le créneau adolescent ou young adult comme sur la nouvelle héroïne Naomi par exemple.Review: Anti/Hero | LaptrinhX / News Le schéma de ce one-shot prenant place à Gotham dans l’ombre de Bruce Wayne (dont il est fait référence et qui apparaît brièvement) est celui de l’inversion des rôles entre deux personnalités très différentes. Outre le très amusant jeu du qui est qui (pendant toute une partie les deux héroïnes alternent puis ré-alternent, brouillant les pistes pour le lecteur), j’ai été surpris par une autre inversion: l’héroïne « lumineuse » est brise-fer, bordélique et un peu bouboule (pas franchement des marqueurs positifs) quand Sloane est une brillante jeune fille marquée par une vie familiale difficile. Comme sur le Garçon-sorcière on creuse bien plus profondément dans la psychologie des personnages principaux que dans les comics habituels et je pense que ça parlera aux jeunes lecteurs (les personnages sont collégiennes). Surtout la situation sociale et familiale est Anti/Hero — Demitria Lunettadéterminante pour faire comprendre au lecteur pourquoi l’une est du mauvais côté de la loi (un peu comme Batman tiens!) et l’autre est une justicière. Le contexte est très américain avec un aspect ethnique marqué tout comme des familles compliquées (parents absents pour l’une, mère au chômage pour l’autre). Les valeurs mises en avant sont classiques et attendues: la découverte de l’autre, l’amitié, la collaboration. C’est classique mais pas trop appuyé pour éviter la bien-pensance. Graphiquement c’est franchement sympathique avec des dessins simples plutôt colorés qui évitent un aspect dessin-animé plat que l’on trouve dans beaucoup de BD jeunesse. Les personnages des deux héroïnes (et leurs trombines) sont agréables et expressifs, notamment dans les séquences inversées. Au final on passe un très agréable moment qui a la bonne idée de ne pas prolonger au-delà du format one-shot et permettra sans s’engager ni besoin de connaître le background DC, d’entrer dans le monde des héros. note-calvin1note-calvin1note-calvin1 A partir de 7 ans
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Adam l’ultime robot #1-3

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Manga de Ruyko Azuma
Pika (2020-2021), 212 p./volume, série finie en 4 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

Tetsuwan Adam (en référence au Tetsuwan Atom, le culte Astroboy de Tezuka) est a priori le premier manga de Ryuko Azuma, commencé en 2016 au Japon et conclu en quatre tomes. Entre chaque chapitre l’auteur se lace dans de passionnantes discussions de vulgarisation sur des sujets scientifiques aussi variés que le rôle de l’alcool pour les humains, la disparition des Dinosaures ou la Fusion nucléaire, tout en lien avec le manga. Une référence d’ouvrage sur le sujet est ensuite proposée avec un court strip d’humour décalé utilisant les personnages. Sous les superbes illustrations de la jaquette nous trouvons un personnages en tête dessiné tout le long de la couverture. Edition très élégante et complète.

2045. Depuis quelques mois l’espère humaine a découvert une existence extra-terrestre par des attaques d’entités appelées Psyché, des créatures semi-humanoïdes envoyées comme super-bombes pour exploser à la surface de la Terre. Le dernier espoir de notre planète réside dans le programme Adam, un robot doté d’une IA émotionnelle et seul capable jusqu’ici de résister à ces attaques. Mais bien entre les manigances de l’armée américaine pour récupérer la direction du programme et d’étranges liens qui semblent exister entre le concepteur d’Adam et les Psyché, les assauts de ces dernières se rapprocher à chaque attaque d’un succès synonyme d’extinction pour la race humaine…

ない暇つぶし: 鉄腕アダム#23感想La vulgarisation scientifique semble en vogue dans les manga depuis quelques temps, avec notamment les deus séries phares de Boichi, Dr. Stone et Origin (également chez Pika). Si ce dernier faisait des efforts, notamment sur les premiers tomes, pour rendre accessibles les concepts parfois très techniques de SF, le Shonen pétrificateur reste le mètre-étalon de la vulgarisation en s’amusant! Eh bien les aventures de Senku ont aujourd’hui leur pendant Seine, avec Adam l’Ultime Robot! Se rangeant humblement dans les pas de ses aînés (on nous explique rapidement la référence au chef d’œuvre d’Osamu Tezuka avant de citer Dr. Stone), l’auteur ne cherche pas à révolutionner un genre déjà couru mais à aborder des sujets scientifiques en apportant sa propre réflexion. Ainsi les pages de journal dialogué abordant un des thèmes traité dans le chapitre précédent sont à la fois très agréables à lire et passionnantes. Les personnages de la série, des scientifiques très pointus, sortent ainsi de l’intrigue pour développer le background effleuré dans les pages assez épurées à la fois graphiquement et textuellement. Du coup ces séquences, si elles hachent un peu la lecture, deviennent indispensable pour densifier un manga qui aurait été un peu léger sans elles.

La surprise viens des dessins. Plutôt élégants, en évoquant à la fois le Bertrand Gatignol des Ogres-dieux et le Gou Tanabe des adaptations de Lovecraft, je les attendais plus impressionnant… Les pages sont plutôt froides sous un blanc cru avec des trames très légères. Si le design technique est franchement réussi j’ai eu un peu de mal avec celui des aliens issus de l’influence organique des monstres de manga. Les séquences d’affrontement spatiales, un peu répétitives faute d’explication (et pour cause, ce thriller sf distille très progressivement les graines de son intrigue…), jouent sur un montage brutal, affichant soudainement chaque nouvelle variante de Psyché en quasi-pleine page pour alterner avec le ballet propulsé d’Adam. Avec peu de textes, ces séquences sont à la fois impressionnantes par ce superbe contraste entre le noir spatial et la blancheur des dessins et parfois peu lisibles du fait d’une anatomie métamorphe des créatures et d’une mise en planches très graphique. Chacun trouvera cela à son goût ou pas mais disons que l’action n’est pas la force première de ce manga.Les Trésors du Nain: Tetsuwan Adam, tome 1 | Gaak

Comme je le disais, assumant ses références avec discrétion, Ryuko Azuma ne craint pas la comparaison avec Evangelion (l’invasion désespérée par des créatures à peu près invincibles), et s’approche de la finesse du récent Carbone & Silicium en proposant dès les premières pages la spécificité de cette IA conçue pour ressentir des émotions. L’auteur vise ainsi bien le cinéma SF intello dans le sillage de Kubrick (2001 évidemment) ou du Alex Garland d’Ex Machina (la relation Adam l'ultime robot #1 • Ryuko AzumaCréature/créateur). De ce fait la lecture s’avère exigeante, notamment sur un premier tome assez austère. La progression globale sur les trois premiers volumes est tout à fait bien gérée et il est conseillé (comme souvent sur des séries courtes) d’enchaîner les quatre volumes pour profiter de la conception fort maîtrisée et réfléchie.

Avant la conclusion du tome quatre, l’origine des monstres reste bien énigmatique mais le nombre et la qualité des thèmes abordés et l’élégance de l’écriture de Ryuko Azuma suffisent à nous emporter dans ce futur proche dans une aventure dont l’originalité est d’utiliser les mathématiques et des concepts physiques poussés pour créer la problématique à priori basique (l’extermination de l’humanité par une attaque apocalyptique). Comme je le disais, la trame d’Evangelion n’est qu’une coquille où mille auteurs différents peuvent insérer leurs problématiques. C’est donc d’apparence répétitif mais recouvre une grande intelligence réflexive autour de l’énigme sur l’origine du robot et son lien avec ces créatures que les journaux intermédiaires peuvent rattacher à n’importe quel concept, du multivers quantique à la physique atomique en passant par le rôle de l’information dans la trame de l’univers… rien de moins. Si vous aimez la SF sophistiquée et vous cultiver via l’imaginaire, n’hésitez pas une seconde pour plonger dans cette œuvre remarquablement maîtrisée pour une première création.

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Le livre des merveilles

La BD!
BD d’Etienne le Roux et Vincent Froissard
Soleil (2021), 76p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

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Un vieil homme tire péniblement une carriole en rejoignant Rimini où l’attend un navire. Au jeune homme fasciné par son accoutrement et qui offre de l’aider, l’oriental raconte alors le fabuleux voyage qu’il entreprit enfant vers l’Orient où à la cour du grand Kubilaï Khan, le plus grand empereur que le monde n’ait jamais connu, celui qui se faisait appeler Marco Polo il parcourut le monde et des merveilles inimaginables…

Bam! Il est des livres qui restent bloqués dans vos mains, refusant de se refermer, les yeux comme collés aux planches que l’on ne finit pas de parcourir à la découverte de nouvelles merveilles. Comme le précédent du duo, un couple artistique qui est en train de poser sa marque dans l’univers de la BD! Les deux ont commencé dans l’écurie Delcourt à la grande heure des albums SF en compagnie des Lauffray (le Serment de l’ambre c’est eux qui l’ont repris à sa suite), Le Roux d’abord aux dessins avant de migrer vers la plume quand son comparse Froissard a officié essentiellement aux couleurs avant de commencer à dessiner épisodiquement, déjà avec son style actuel marqué par une matière et un effet de flou saisissant, affinant sa technique pour arriver aujourd’hui avec clairement le plus bel album (si ce n’est le meilleur?) de l’année entamée.

Bien arrivé dans la toujours esthétique collection Métamorphose, Le livre des merveilles est graphiquement proche de la Mille et unième nuit, qui revisitait déjà un récit mythique et du précédent qui illustrait le récit de voyage d’un aventurier allemand. On voit que la recette ne change pas mais se précise pour le duo. Ce qui marque chez Vincent Froissard c’est outre son utilisation d’une technique artisanale dont l’aspect flouté peut rappeler une Cruchaudet, une maîtrise de la profondeur sidérante. Sur un découpage généreux proposant de très grandes cases, proches du format manga avec parfois deux-trois vignettes voir des pleines pages, on se retrouve happé par un monde décrit de manière poétique, aux contours toujours imprécis, nimbé de voiles permanents qui découpent des silhouettes itinérantes quand ce ne sont pas des géants dont on distingue le contour lointain. Chacun de ses dessins est construit avec la volonté de nous immerger en proposant un grand nombre de plans qui font vivre des décors tous incroyables. La variété des décors permet ainsi subtilement de reprendre les estampes chinoises qui s’insèrent parfaitement dans le style du dessinateur. On pourra noter une gamme de couleurs assez ternes qui sont rehaussées par une utilisation de fins fils d’argent ou d’or donnant un relief qui fait presque sortir les personnages et éléments du cadre. Il ressort de cette technique très particulière et multiple un effet de trois dimensions rarement vu en BD.

Alternant entre le petit voyage du vieillard et ses quelques péripéties et l’immense périple de vingt-quatre ans de Marco Polo à travers l’Asie le récit est bien entendu très narratif, sur un texte très finement ciselé qui nous envoie dans ces pays de cocagne semi-fantastiques. Car le récit (et son illustration graphique) abonde d’éléments qui semblent sortis de l’imaginaire du voyageur… à moins qu’il n’illustre la réalité d’un monde inimaginable? C’est ce double jeu entre le récit historique et l’imaginaire fantastique participe à faire de cet album one-shot (et qui aurait-pourrait donner lieu à une suite sans forcer l’intrigue) un formidable dépaysement à la lisière entre l’adaptation et la fantasy. Jusqu’à un dénouement d’une grande intelligence qui interroge sur la réalité du récit et mets en abyme la vie passée du vieillard et celle débutant du jeune apprenti, bouclant parfaitement et logiquement un projet parfait jusqu’à la dernière page.

C’est bien sur d’abord les phénoménales planches qui font au premier chef de cet album un chef d’œuvre graphique mais elles s’appuient sur une narration d’une grande fluidité qui ferait dévorer l’album si notre regard n’était pas bloqué sur les mille et un détails des dessins. Magnifique ouvrage qui fait honneur au mythique récit de Marco Polo, Le livre des merveilles est (pour l’instant) le sommet de la carrière des deux artistes et un album indispensable à votre bibliothèque. Et l’on se demande bien lequel des innombrables récits picaresques de la littérature ils vont vouloir adapter par la suite pour notre immense plaisir.

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**·****·Documentaire·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #8

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  • Le discours de la méthode (Naha/Kurokawa) – 2021, one shot, collection Kurosavoirs.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

Pour la présentation du format de la collection de manga de vulgarisation Kurosavoirs je vous renvoie au billet sur le précédent volume dédié à Maltus.

Petite déception à la lecture de cet album visant à vulgariser la pensée de Descartes… Si le précédent réussissait très bien à proposer une vraie histoire permettant de s’immerger dans les concepts de l’économiste (la base de la vulgarisation), cette fois-ci il faut s’accrocher pour comprendre les concepts philosophiques du mathématicien… Après une introduction vaguement fantastique et franchement forcée voyant Descartes débarquer dans le logement d’un petit employé japonais baptisé « lambda », on nous explique plutôt simplement le contexte dans lequel le français a entamé son cheminement intellectuel. C’est la partie la plus intéressante même si graphiquement on reste sur du très basique. Voulant découper l’explication en suivant le plan du Discours de la Méthode, le grand œuvre du philosophe, l’auteur du manga peine à simplifier une logique philosophie basée sur des concepts et cheminements logiques pour lesquels il aurait sans doute fallu plus d’allégories et schémas pour les faire passer. On se retrouve donc dans la situation d’un élève de terminale à essayer de ne pas se noyer et surtout on perd assez vite l’idée de base de la collection, la simplification graphique. Fort dommage. En fin d’ouvrage une ouverture salutaire permet de prendre un recul critique sur certains éléments de la pensée de Descartes (comme ces « animaux-mécaniques », théorie fort datée à l’heure des animalistes), mais globalement on reste franchement sur sa faim en ayant l’impression de ne pas avoir bien plus avancé dans la compréhension du fondateur du cartésianisme et de la méthode scientifique. Le fait que cet album soit l’un des rares de la collection à ne pas être réalisé par la Team Banmikas n’est peut-être pas pour rien dans ces difficultés…

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  • Alpi the soulsender (Rona/Ki_oon) – 2021, série en cours (5 tomes parus au Japon au format webcomics).

bsic journalismMerci aux éditions Ki_oon pour leur confiance.

Ce troisième tome (en six mois) reprend au milieu de l’affrontement contre l’esprit divin de la foudre rencontré au tome précédent. La confrontation entre la jeune Alpi et l’expérimentée Sersela fait beaucoup évoluer la maturité de l’héroïne dans sa compréhension du rôle des Soul senders et l’équilibre écologique entre humains et forces de la nature. Ce volume se concentre sur la jeunesse de Sersela et le récit de sa rencontre déterminante avec les parents d’Alpi (un gros flashback donc) avant de voir cette dernière se rendre dans la Cité-bibliothèque (tiens, on retrouve des éléments de l’Atelier des sorciers et de Magus of the librarian et ce n’est pas pour me déplaire!) pour retrouver leur trace… On reste ici sur la base de deux esprits purgés comme dans chaque volume), avec toujours les superbes dessins sous la jaquette et dans les pages intérieures qui restent un ravissement sur chaque page. Un peu d’action point également alors qu’on découvre les capacités martiales de la jeune fille. La série commence à prendre son rythme avec la densification de la personnalité de l’héroïne et l’apparition de personnages secondaires qui font avancer l’intrigue. Manque encore peut-être un grand antagoniste pour ajouter du drame à tout cela (… qui est peut-être justement sur le point d’apparaître) pour achever de faire de cette série un must-read.

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  • Blue period #1 (Yamagushi/pika) – 2021, série en cours (9 volumes parus au Japon)

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

blue-period-1-pikaSérie qui me faisait très envie de par le sujet (la peinture et son apprentissage) et une superbe couverture, je remercie Pika pour ce nouveau partenariat qui me permet de découvrir un album qui a énormément fait parler de lui sur les réseaux sociaux à sa sortie et qui a raflé plusieurs prix importants au Japon. Et pour cause puisque cette introduction est tout à fait prenante en plus d’être (surprise pour moi) tout à fait pédagogique. Sur des dessins assez épurés au trait fin que j’attendais un peu plus impressionnants, l’auteur nous surprend d’entrée de jeu en brisant le modèle du manga de lycée avec un héros qui n’est non pas introverti mais plutôt la star du lycée, beau, brillant dans toutes les matières, parfaitement socialisé et curieux qui plus est. Le gendre idéal! Mine de rien ça change des habitudes et attise tout de suite l’intérêt en posant un récit très positif qui cherche plus à creuser la naissance d’une passion que d’appuyer le pathos. Le récit nous perturbe également en proposant un personnage de travesti qui semble parfaitement inséré dans son milieu, si bien qu’on doute tout le long d’avoir bien compris qu’il s’agit d’un garçon à l’apparence d’une fille. Dans un Japon aux codes conservateurs on se surprend à tiquer avec nos codes occidentaux sur cette normalité inhabituelle… De façon très posée, simple, le héros va donc d’abord découvrir les émotions graphiques puis le club d’arts plastiques où une professeur passionnante va délicatement lui ouvrir l’esprit, ce qui va éveiller en lui la possibilité de s’inscrire dans une université de beaux-arts alors que la voie lui était tracée vers une école d’élite scientifique. Cela permet de jolis passages de vulgarisation qui parlera aux amateurs de manga en les titillant sur leur consommation qui pourrait déboucher sur de la création, pour peu qu’ils aient envie de s’entraîner sur des techniques simples mais qui nécessite un travail comme toute autre discipline. Une très belle introduction, très maîtrisée, qui a tout dans sa besace pour devenir une grande série. 

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  • Elio le fugitif #1(Hosokawa/Glénat) – 2021, série en 5 volumes, terminée au Japon

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

elio-le-fugitif-1-glenatClassée en Shonen par l’éditeur, Elio le fugitif m’a vaguement déçu sur cette introduction, qui a néanmoins le mérite de ne pas perdre de temps (la vertu des séries courtes) puisque dès les toutes premières pages on découvre le héros, adolescent ayant grandit en prison pour le meurtre de son frère, gagner sa liberté en remportant son millième combat contre d’autres détenus. On comprend donc immédiatement que ce frêle jeune homme est doté de facultés martiales exceptionnelles qui lui permettent de rivaliser avec n’importe quel bretteur dans cette Castille du XIV° siècle. Très vite il va rencontrer une autres victime d’accusation abusive, une jeune noble qu’il sauve de l’échafaud. Commence donc une fuite dans le désert rigoureux de la Castille, d’abord pourchassés par les gardes puis par de redoutables assassins révélant un complot contre la jeune fille. Il s’agit donc d’une histoire plaçant un super-combattant au coeur d’une intrigue plus grande que lui et qui va devoir bien évidemment dépasser son égoïsme survivaliste pour la protection des plus faibles. Schéma classique du Ronin transposé en Castille médiévale. Graphiquement c’est assez correcte, notamment lors des combats. Ca ne défrise pas les mirettes mais la bonne gestion du cadrage, très serré, permet de ne pas avoir à se préoccuper de décors un peu pauvres. Je disais que j’en attendais plus car le contexte historique est vraiment très décoratif et n’apporte à peu près rien à l’intrigue et si l’album se lit sans ennui il reste très orienté action et ne révolutionne en rien le genre déjà rempli de pléthore de récits pseudo-historiques. Attendons la suite…

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