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Pandora

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Album jeunesse de Victoria Turnbull
Les Arènes (2020) – Lincoln Children’s books

bsic journalismMerci aux éditions Les Arènes pour leur fidélité

L’ouvrage au format carré comprend trente-deux pages d’illustrations. La couverture est en tissu brillant très agréable. Pandora est le troisième ouvrage de Victoria Turnbull, illustratrice britannique multiprimée.

Pandora est un petit renard qui vit seule sur une terre dévastée et polluée par les détritus. Très habile de ses pattes, elle récupère tout ce qu’elle trouve pour fabriquer des objets et réparer. Très seule, elle ne peut malheureusement pas partager ses trouvailles avec un ami. Jusqu’au jour où un oiseau bleu tombe du ciel. Cassé. Victoria ne sait pas comment réparer un être vivant. Pourtant grâce à son amour et sa patience l’oiseau se remit et prit son envol. Pandora se retrouve de nouveau seule… Mais l’oiseau revient un jour avec une étonnante plante… qui va pousser jusqu’à recouvrir la maison puis la terre entière d’un magnifique manteau de verdure…Victoria Turnbull and her book Pandora - Кристина Радкевич

Je chronique peu d’ouvrages d’illustrations et encore moins d’ouvrages de littérature jeunesse. Le graphisme et la poésie de Pandora m’ont pourtant attiré et la lecture de ce livre est un enchantement! J’ai beaucoup parcouru les ouvrages pour enfants quand mes pitchou étaient à l’école primaire et j’ai retrouvé avec grand plaisir la magie de ces univers d’histoires courtes où l’illustration a un rôle si important pour transmettre des sentiments, des idées, des sensations que la Bande-dessinée, plus technique, oublie souvent de passer.Pandora – Victoria Turnbull – Crescere Leggendo

La sensibilité artistique de l’autrice est palpable avec une étonnante technique qui donne un aspect vaguement flouté aux images. Alternant pleines pages, doubles pages et séquences, Turnbull nous raconte une histoire très moderne, parlant de nature dégradée, de réparation et de solitude. Autant de thèmes hyper-contemporains dont elle parle avec tendresse aux enfants. Fourmillant de détails, ses décors peuvent faire penser par moments au travail de Claude Ponti.

Pandora by Victoria Turnbull | 9781847807502 | Booktopia

Je suis toujours fasciné par la quantité d’informations que peuvent véhiculer ces ouvrages pour la jeunesse avec poésie. Avec cette courte histoire à la beauté onirique Victoria Turnbull nous propose un classique immédiat pour parler avec ses enfants d’écologie et d’amitié.

 

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Red Sun #2

BD du mercredi
BD de Stéphane Louis et Alessandra de Bernardis
Kamiti (2020), 54 p., volume 2/2.

bsic journalism Merci aux éditions Kamiti pour leur confiance.

Le financement de ce second tome a été fait suite à une campagne Ulule visant a amortir une partie des coûts, pour ce jeune éditeur qu’est Kamiti. 177 contributeurs ont participé à cette campagne à hauteur de 300% des 4000€ mis comme premier objectif sur les 25.000€ nécessaires au lancement de l’album. Quatre éditions de l’album ont été éditées. L’album du commerce comprend une reproduction d’ex-libris et une double page d’illustrations en plus de la BD. Contrairement au premier tome l’intérieur de couverture est illustré par un paysage spatial. Je profite de ce descriptif pour m’étonner et déplorer le gros problème de relecture, déjà constaté sur le premier volume et malheureusement non corrigé ici, entraînant un nombre de coquilles anormal. Vraiment dommage pour un éditeur qui doit faire ses preuves de professionnalisme auprès des lecteurs…

couv_396090L’inhibiteur de violence a été vaincu! L’humanité a repris son destin en main avec à sa tête Cass, qui ne s’est toujours pas remise de la perte de son frère. Alors que la guerre de reconquête dans le système Trappist fait rage, les choix binaires de vengeance sont remis en question par des avis divergents au sein de la rébellion mais aussi parmi le Conclave des Nations aliens dont un émissaire s’apprête à rendre visite au commandant suprême des forces humaines…

Le premier album avait été une très agréable surprise. Cette conclusion marque une rupture assez nette avec ce dernier dans un étonnant scénario assez ambitieux et construit donc en deux parties qui abordent des questions tout à fait différentes. Le style même est autre puisque après avoir parcouru les couloirs des stations spatiales des mineurs et assisté au conflit entre le frère et la sœur, on bascule ici en plein cœur d’une guerre spatiale où seule l’extinction totale d’une des deux parties semble un aboutissement possible. Alternant les séquences de dogfights et de bombardements d’aliens étonnamment faibles et les discussions stratégiques musclées entre Cass et son Etat-Major, l’album se lit agréablement en provoquant d’intéressantes réflexions sur la destinée de la guerre et le concept de libre-arbitre. Car le sujet de la série est bien celle du choix et des compromis nécessaires pour vivre en communauté. Si le trouble jeu des aliens reste camouflé jusqu’à une conclusion plutôt réussie (ce qui n’est pas toujours le cas dans le genre SF), assez tôt l’héroïne dont la solitude est palpable se retrouve confrontée à la contestation de ses hommes, des premiers Dots, mais aussi en conflit intérieur. La discussion sur l’idée de chef suprême avec l’ambassadeur alien est à ce titre tout à fait passionnante avec en filigrane l’argument défendu par Cass que les humains ont besoin d’un chef autoritaire et tout puissant. A l’heure où les nations semblent remettre en question les vertus de la démocratie cette BD a le gros intérêt de nous interroger mine de rien sur un choix majeur des sociétés humaines. Désormais scénariste chevronné, Stephane Louis montre sa très bonne maîtrise des structures scénaristiques pour proposer une lecture fluide.

Graphiquement l’ouvrage est un peu plus exigeant que le précédent avec moultes vaisseaux en mouvement qui pointent les quelques faiblesses techniques d’Alessandra de Bernardis en matière de perspective.  Du coup les séquences les plus réussies sont bien les débats politiques avec des personnages (et des visages) toujours aussi expressifs. Heureusement l’excellent design général des technologies humaines et aliens et le très bon découpage compensent une légère redondance des séquences de bataille spatiale qui manquent un peu d’antagonisme.Alex De Bernardis - Red Sun 2 cover and splash pages

Avec cette conclusion réussie, Red Sun confirme les qualités d’un projet qui a su éviter l’essoufflement d’une longue série et tire remarquablement parti de la structure binaire en se focalisant sur les problématiques politiques de l’émancipation humaine. Nombres de séries BD et de saga SF oublient de poser des problématiques intéressantes en cachant ce vide sous de beaux plans spatiaux. Cela peut suffire. Ici un scénariste intelligent s’associe à une dessinatrice débutante mais talentueuse pour proposer une série spatiale qui a su trouver un axe réflexif dans un genre pourtant très balisé. Une réussite.

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Dr. Stone #10

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Manga de Riichiro Inagaki et Boichi
Glénat (2020), 10/15 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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La guerre est terminée et le royaume des sciences l’a emporté! Il est désormais temps de concentrer les forces physiques, techniques et intellectuelles sur un nouvel objectif: la découverte de la source du rayonnement qui a pétrifié l’humanité il y a des milliers d’année! Pour cela ils devront se rendre de l’autre côté du Globe… C’est l’ère des grandes explorations!

A l’occasion de la sortie du dixième tome (la productivité de Boichi est tout bonnement sidérante!) qui marque une grosse étape dans la série avec la fin effective de la première partie autour de l’affrontement entre le royaume de sciences de Senku et celui de la force de Tsukasa il est temps de faire un petit bilan d’étape.

Dr. Stone -10- Les Ailes de l'humanitéDr. Stone est la première incursion de l’auteur sud-coréen dans le Shonen, associé au scénariste Inagaki. Il peut ainsi mettre à profit son incroyable technique (je trouve notamment ses textures et ses encrages virant au pinceau magnifiques) sous contrôle en ne se vautrant pas dans le terrible fan-service qui rend sa série phare Sun-ken rock si inégale. Dans ma lecture des premiers tomes j’avais un peu oublié l’aspect Shonen et si j’avais beaucoup aimé l’aspect scientifique (assez unique il me semble dans la BD grand public…) j’avais trouvé l’intrigue et les dialogues un peu légers. J’insiste donc sur le fait que ce manga se destine à un public de jeunes… ce qui n’interdit en rien de l’apprécier lorsqu’on est adulte et lecteur coutumier de manga. Elle peut même être une porte d’entrée si vous voulez découvrir le manga et ses codes si particuliers. C’est un dessin agréable, facile qui vous permettra de vous familiariser avec cet univers culturel et si le pitch de départ est un peu WTF, l’approche des découvertes en mode jeu-vidéo est vraiment la qualité première de ce manga.

Dans ce dixième volume on passe donc véritablement un cap puisque les différentes intrigues annexes convergent maintenant que Tsukasa a été vaincu. Nous avions appris Scan Dr. Stone 85 VFvia les passages dans le passé avec le père de Senku que le rayonnement pétrificateur se situait en Amérique du Sud, aussi notre héro qui ne capitule jamais devant l’adversité entreprend un voyage en bateau de l’autre côté de la planète! Comme chaque fois on tique en se disant que cette fois ils va un peu vite en besogne mais entre l’annonce et la réalisation surviennent plein d’étapes permettant de découvrir de nouvelles étapes de la civilisation… matérialiste.

Si ce volume a les mêmes qualités que tous les autres je reconnais que pour la première fois j’ai tiqué sur l’apparition de l’argent et la présentation du pétrole comme formidable, sans que quiconque ne trouve à redire. Quand on met en parallèle la vision antagoniste très intéressante de Tsukasa qui estimait que la pétrification avait permis de purger le monde de ses perversions les plus graves (et notamment écologiques) on ne peut qu’espérer que les auteurs utilisent simplement cette découverte pour créer un nouveau méchant. A voir sur la suite mais le risque est très grand de transformer une série jeunesse très vertueuse en un plaidoyer pour la découverte technologie sans morale.

Je vous passe les différentes découvertes de ce tome et vous invite si ce n’est fait à découvrir cette série dont le succès est amplement justifié tant elle semble faite pour incarner l’essence du shonen.

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Demon Tune #1

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Manga de Yuki Kodama,
Kurokawa (2020) – 1/4 volume paru.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour cette découverte.

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Wizard city est une ville cosmopolite qui accueille tout un chacun. Travaillant pour des mafias, des humains corrompus par du sang de démon font la loi de la nuit. Lorsque la petite fée Fran est capturée par ces hommes de main elle se retrouve obligée d’utiliser son pouvoir de guérison sur un étrange enfant aux étonnantes capacités de Ninja. Lancés à la recherche du mystérieux Rouleau du cataclysme, ils vont rapidement trouver sur leur chemin le terrible Boogeyman mais aussi le MBI (magical Bureau of investigation)…

https://static.hitek.fr/img/up_m/1977622801/demontune22.pngTrès bonne surprise que ce premier tome d’une série très courte puisque prévue en quatre tomes. Probablement une des raisons de l’efficacité de la progression dans ce manga qui avance très vite en ne perdant pas de temps à installer une atmosphère ou une psychologie sophistiquée des personnages. 100% shonen, Demon Tune nous propose les aventures d’un enfant Ninja dont le flaire sur-développé va intéresser le MBI, l’agence chargée de combattre les Demon tuner, ces personnes qui utilisent du sang de démon pour transformer des humains en créatures surpuissantes. Le plus dangereux d’entre eux est le Boogey man, un être apparemment invincible dont les visées restent mystérieuses et qui sème la terreur dans les rangs de la pègre locale.

Dès le premier chapitre l’aspect sombre et assez violent attire l’intérêt en voyant Koyukimaru littéralement torturé à mort par un gang qui utilise la fée pour lui redonner les forces suffisantes à poursuivre l’interrogatoire… Même si la torture n’est que suggérée on ressent la dureté de la vie de cet enfant et seul le personnage de la fée amène un peu de légèreté dans une histoire assez noire. Car on parle de démons, de monde clandestin Yûki Kodama, l'auteur de Blood Lad revient en force - MANGA et ...et de corruption des corps… Le style de graphisme de l’auteur permet d’aborder cela sans tomber dans le malsain puisque les personnages sont assez ronds et, autre point fort, les arrières-plans sont travaillés essentiellement en contrastes, donnant un ton de polar à l’ensemble.

Sur le plan de l’action c’est franchement efficace, très lisible et fun avec un personnage principal au design travaillé et dont les combats sautillants au Katana sont percutants et dynamiques. Ce premier tome installe essentiellement le héros et le grand méchant, le Boogeyman et seul le dernier chapitre introduit l’équipe du MBI dont l’officier féminin imprime déjà sa marque et aura sans doute plus de place dans la suite.

Peu friand de shonen que je trouve souvent similaires, j’ai trouvé de vraies qualités graphiques à ce volume qui arrive à attiser notre curiosité par un remarquable équilibre narratif dans la mise en place de cet univers noir. A voir ce que cela donne par la suite mais cette entrée en matière est clairement réussie.

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Coyotes #2

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Comic de Sean Lewis et Caitlin Yarsky

Hicomics (2020), 128p., Série finie en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Aï, si vous me suivez depuis longtemps sur ce blog vous savez combien je suis attaché à la bonne finition et cohérence dans la fabrication de l’objet livre… et là mauvais point, la tranche de ce second tome dénote du premier en introduisant un « tome 2 » qui décale totalement cette tranche, brisant l’harmonie de la série sur votre étagère. J’imagine que ce changement aura été rectifié sur les réimpressions (que j’imagine rapides) du premier volume, mais pour les heureux découvreurs précoces de la série ca fait bien moche… Hormis cela maquette superbe comme pour le premier volume qui nous permet de profiter des superbes couvertures des issues originales  et un cahier graphique de huit pages montrant des planches crayonnées et encrées ainsi que les photos de modèles utilisées par l’illustratrice pour s’aider. Identique au premier opus donc et belle édition accompagnée d’une très intéressante préface et  d’une post-face du scénariste.

La critique du premier volume est disponible ici.

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Seff le loup géant s’est échappé après l’attaque des femmes. Désormais Rouge parcourt le pays avec Grand-mère pour retrouver d’autres victimes. Alors que deux clans aux visions de la Rédemption opposées se font face, la fratrie des trois Loups légendaires se met en chasse pour en finir définitivement avec Gaïa et ses descendantes…

Le comic Indé regorge décidément de surprises et Coyotes en est une. Excellente. Majeure! Sans crier gare, avec cette variation sur le thème du Chaperon rouge les deux « jeunes » auteurs Sean Lewis et Caitlin Yarski (dont le prochain ouvrage est déjà annoncé chez Hicomics) parviennent à proposer en seulement deux tomes une synthèse de ce que le fantastique et le Mythe peuvent apporter de plus puissant: une réflexion profonde et graphique sur la féminité, sur la violence, sur le pardon… avec une dimension philosophique indéniable. Attention, Coyotes n’est aucunement une série intello ennuyeuse voir ésotérique mais parvient à allier l’action, les visions graphiques très artistiques de Yarski et une profondeur qui donne sens et corps au projet.review] Coyotes tome 2 – Comics have the Power

En gardant la simplicité de l’intrigue du premier tome Sean Lewis monte encore d’un niveau en intégrant totalement son histoire dans le combat éternel et mythologique entre la masculinité et la féminité, deux approches du monde symbolisés par Gaïa et les loups que Lewis rattache par leurs noms aux grandes cosmogonies  (Fenrir, le vainqueur d’Odin lors du Ragnarök) et aux éléments fondamentaux (le feu, la glace, la violence,…). Alors que la Grand-mère raconte dès les premières pages l’origine de ce conflit à Rouge, l’autre clan de femmes (dont la cheffe Olive semble bien connaître la Duchesse) a une toute autre approche du combat contre les coyotes: le pardon par la reconnaissance des fautes commises. On sent là une vision toute américaine de la paix intérieure par le pardon des autres qui pourra laisser un lecteur européen dubitatif, mais également une opposition morale entre la vengeance et le pardon. Dilemme qui taraudera Rouge jusqu’au bout.

Coyotes #7 - Comics by comiXologyDepuis le début de la série la subtilité du discours politique de ce scénario m’a percuté. En donnant une peau noire à son chaperon, en introduisant des gardiennes vieilles, vulgaires, fumant le cigare, en plaçant un soupçon d’homosexualité discret au sein de cette communauté de femmes libérées, en montrant les hommes violents mais aussi aimant, soumis à une pulsion sociale ou manipulés, les auteurs nous proposent une approche hautement intelligente, non intellectuelle. Le projet aurait facilement pu basculer dans un schéma manichéen. Ce n’est pas le cas. Je constate souvent une approche, une sensibilité différente dans les scénarios d’autrices. Ici Sean Lewis fait preuve de la même sensibilité, différente de ce que la grande majorité des ouvrages d’un secteur très masculin proposent.

La partie graphique est ce qui saute immédiatement aux yeux. En alchimie avec le texte, Caitlin Yarski fait preuve d’une impressionnante maturité pour sa première BD. Son art est unique, parfaitement original. Dotée d’une technique sans faille mais invisible, elle REVIEW: 'Coyotes,' Vol 2 TPjour sur les lumières, les cadrages, le découpage (génial!) pour proposer une odyssée qui le ressemble à aucune autre, en cohérence totale. Ses visages sont d’une beauté divine, ses séquences à la fois d’un style simple et d’une parfaite lisibilité, ses personnages d’une expressivité folle, que ce soit la violence brute qui émane des gueules éructantes des loups ou la peur des hommes face à leurs actes. Dans une ambiance majoritairement nocturne travaillant sur des décors naturels, ce second tome est encore plus réussi que le premier, avec une colorisation chaude permettant la mise en valent des combats et de ces loups infernaux.

Le duo marque un très grand coup pour son arrivée dans le comic indé et je vais regarder de très près leurs prochains projets. La multitude de publication nous laisse parfois content mais un peu blasé à défiler les pages. Parfois une proposition nous est faite qui nous laisse pensif, heureux, conscient d’avoir découvert de vrais talents complets et un ouvrage important dans le monde de la BD.

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Terence Trolley #1

La BD!

BD de Serge Le Tendre, Patrick Boutin-Gagné et Aurélie Frémineur (coul.)

Drakoo (2020), 48p., un volume paru sur deux.

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour cette découverte.

L’ouvrage comporte une illustration d’intérieure de couverture et un « avertissement »… qui introduit en fait l’univers en expliquant le contexte. Étrange formule, qui aurait pu être poussée avec de faux journaux comme sur Les Dominants ou On mars. La série est prévue en deux volumes (format court comme toutes les séries Drakoo, ce qui est une excellente politique!).

couv_390477Terence Trolley est un recouvreur, travaillant pour de grandes sociétés pour récupérer leur bien auprès d’associés ou de clients indélicats. Actuellement il œuvre pour la Panaklay, multinationale spécialisée dans les biotechnologies. Lorsque son oncle fait appel à lui pour protéger des enfants il se retrouve confronte à son employeur dans un combat qui le dépasse…

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2020/05/Terence-Trolley-1.jpgAnnoncé en grande pompe, la venue du vétéran Serge Le Tendre (La Quête de l’Oiseau du Temps) est (avec Arleston lui-même) une exception dans la politique éditoriale de l’éditeur Drakoo, qui vise plutôt à faire travailler des auteurs de littérature et globalement des équipes de « jeunes » auteurs. Cela a plutôt bien fonctionné jusqu’ici avec des ouvrages qui parviennent à proposer de l’originalité dans des cadres très balisés (la SF, la fantasy).

Cet album est plutôt bien conçu, avec un scénariste et un dessinateur qui maîtrisent une certaine efficacité du découpage et de l’action. Les personnages sont sympathiques avec ces ancien militaire badass circulant dans un camping-car avec deux demoiselles mal assorties, déterminé et torturé par un traumatisme. Ajoutez à cela une méchante multinationale, un professeur en fuite et des enfants aux capacités inexplicables et vous avez de quoi proposer une bonne série d’anticipation comme les sérieB Delcourt et Fred Duval en proposent des pelletées. Et c’est là que le bas blesse…

Au premier titre j’ai été très surpris que Serge Le Tendre réutilise exactement le même concept qu’une de ses grandes séries, récemment achevée, L’histoire de Siloé. Je vous renvoie à ma critique qui explique l’ambition originale de cette série et les difficultés à la terminer. Les histoires d’enfants aux pouvoirs incroyables pourchassés par une multinationale sont légions au moins depuis LA référence, Akira et personnellement j’aime beaucoup ces schémas. Mais qu’un scénariste se copie lui-même à ce niveau (on a vraiment beaucoup de points communs entre les deux séries) et que l’éditeur trouve cela original je surprend beaucoup.

Graphiquement le québecois Patrick Boutin-Gagne fait un boulot très correcte et venant plutôt de la BD historique il parvient à se glisser sans difficulté dans le genre SF avec des design plutôt réussis. Son style très particulier qui donne un peu des têtes de robots à ses personnages ne plaira pas à tout le monde. Personnellement je m’y suis fait et ai apprécié l’aspect général des planches, notamment du fait d’un encrage assez réussi. Ce qui pose problème en revanche c’est une colorisation vraiment difficile qui rappelle les mauvaises heures des colorisation numériques des années quatre-vingt-dix lorsque Schell et Rosa expérimentaient les dégradés pas très subtiles des logiciels dédiés. C’est peut-être un aspect recherché mais j’ai franchement bloqué en ayant l’impression de dénicher une vieille BD dans un bac Gibert… C’est d’autant plus problématique que le dessin plutôt léger sur les arrières plans exigeait une colorisation poussée avec ajout de détails, ce que ne fait pas Aurélie Frémineur, laissant des arrières-plans terriblement vides. Elle utilise en outre une trame assez grossière et mal adaptée pour ses ciels en donnant l’impression que l’action se situe sur une base lunaire ou un vaisseau avec ciel artificiel, ce qui impacte la lecture du scénario. Cela me désole de critiquer ainsi le travaille d’une jeune coloriste mais cet apport impacte suffisamment la lecture pour justifier ces commentaires. En espérant que les lecteurs passeront outre et seront moins tatillons que moi…

Il ressort de cette lecture une petite colère contre un éditeur qui faisait jusqu’ici du très bon travail et qui publie avec Terrence Trolley une fausse bonne idée. On peut donner sa chance à des jeunes et passer outre des lacunes graphiques. Mais oublier de façon aussi patente qu’avec autant de BD publiées l’originalité est tout de même la base  pour trouver un public a de quoi surprendre. Terence Trolley reste un album plutôt efficace  (qui peut corriger ses failles sur le second opus) et pourra convenir à des lecteurs occasionnels, à des débutants dans le genre SF ou a de jeunes lecteurs. Des BDvores exigeants  risquent fort de bailler devant une histoire vue et lue mille fois.

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Alter #1

BD du mercredi

BD de Philippe Pelaez, Laval NG et Daniel Florent (coul.)

Drakoo (2020),104p., série en deux tomes.

Nouvelle édition de la série Parallèle parue en 4 tomes chez feu Sandawe.

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour cette découverte.

Superbe édition que cette ressortie chez Drakoo en deux tomes (le second arrive cet été, sauf report lié au COVID). Outre une très belle illustration de couverture à la fois représentative et esthétique, une maquette élégante, l’ouvrage comporte une illustration d’intérieur de couverture type blueprint et un Carnet de bord (cahier graphique) de huit pages en fin, comprenant une chronologie, des fausses affiches de contexte renforçant le background, une interview fictive d’un protagoniste et quatre pages d’illustrations originales contextualisées. Très généreux, j’espère que le second tome sera doté pareillement. Un bon point pour l’édition qui mets dans les meilleures dispositions pour la découverte…

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En 2082 le capitaine Sylan Kassidy est envoyé avec  le vaisseau Hybris et son équipage au fin fond de la galaxie pour rechercher un exil pour une humanité au bord de l’extinction. Échoué sur une planète de glace, il rend compte en directe à son armateur, le président des Etats-Unis, sur Terre. Soldat héroïque, meneur d’hommes implacable, Kassidy va pourtant rapidement comprendre que cette étrange planète cache un secret terrifiant remettant en cause toutes les théories physiques connues…

Parallèle T. 1 : New York, New York - Par Philippe Pelaez ...Parallèle faisait partie des séries que j’avais repéré à l’époque où Sandawe publiait à un rythme élevé grâce au soutien des lecteurs-financeurs. Quelques séries avaient réussi à passer plusieurs tomes et jouissaient d’une bonne réputation. Philippe Pelaez n’était pas encore connu… C’est la seconde BD que je lis de lui et je dois dire que sa réussite actuelle n’est pas le fait du hasard tant cet Alter est une sacrée claque, la première de cette année!

L’album prend la forme d’une histoire de zombie où un équipage très bien armé se fait progressivement décimer sans avoir le temps de comprendre ce qui lui arrive. Plaçant son scénario dans un contexte de SF futuriste et scientifique, il joue ainsi sur les deux tableaux d’une action immédiate efficace comme toute histoire de zombies et compense le vide de fonds de ce genre d’intrigues par un background solide de guerre nucléaire et d’interrogations spatio-temporelles. Les presque cent pages de cette version ne sont donc pas de trop pour nous abreuver de problématiques que personnellement j’adore! La SF scientifique a pour étalon inaccessible Universal War one et il est toujours compliqué d’assumer une ambition du Parallèle -1- New York, New Yorkmême type. Plus modeste, Alter réussite cependant son pari d’une progression dramatique qui nous fait passer de l’action inquiétante à la Aliens (le début nous place au cœur de la tempête de neige alors que des membres de l’équipage sont perdus sous la menace des monstres) à des débats scientifiques sur les conséquences de la guerre. Alternant son récit avec des flashback redoutablement découpés par son compère Laval NG, Pelaez donne du souffle à une action qui prenait le risque d’un album un peu vide. Avec des dialogues également très efficaces, la grande réussite de la BD est sans aucun doute ce personnage de capitaine impérial comme on n’en a pas eu en fiction depuis longtemps. Dans une période plus propice aux anti-héros et personnages torturés, les auteurs assument la grandeur de leur héros qui mène ses hommes sans hésitation, combat vaillamment les créatures et discours d’égal à égal avec le président des Etats-Unis. De la classe!

Parallèle -2- Donnant, donnantGraphiquement c’est également héroïque avec un dessinateur que je ne connaissais pas mais sur lequel il faudra compter dans les années à venir tant il est solide et doté d’un style très caractérisé. Rappelant par moment Matteo Scalera (influence très probable avec des combinaisons qui ressemblent à celles de Black Science) sa technique à l’ancienne très élégante est fortement rehaussée par une colorisation superbe de Florent Daniel. Comme pour beaucoup de dessinateurs les décors et arrières-plans pourraient être plus pointus mais le cadrage très serré, facilitant l’action et l’ambiance huis-clos permet de ne pas souffrir de cela et de profiter de designs SF très réussis. Ayant fait ses armes sur les derniers tomes de la saga Ballade au bout du monde et des albums historiques, son incursion dans la SF montre qu’il est à l’aise dans tous les styles et à voir les illustrations finales on peut attendre d’ici peu un album choc de Laval NG. Il en a le talent.

Dans un genre très fourni mais donnant souvent des albums inaboutis ou peu originaux, Alter arrive à se glisser dans les interstices très balisés avec une vraie verve cinématographique truffée de références visuelles et d’un souffle épique indéniable. Élégant, efficace, punchy et par moment touchant, c’est une très grande réussite que ce premier volume dont j’attends la suite avec impatience!

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La Promesse de la Tortue #1

BD du mercredi

Premier tome de 64 pages, d’une série écrite par Stéphane Spiatzszek et dessinée par Tieko, parution le 27 mai 2020 chez Grand Angle.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour cette découverte.

 

Indomptées car indomptables

Si l’Histoire de France regorge de hauts faits d’armes et de conquêtes audacieuses, elle a aussi ses traits plus obscurs, faits de complots ourdis en secret et de manœuvres pernicieuses.

En 1642, le gouverneur Levasseur a bien du mal à maintenir un semblant d’ordre sur l’île de la Tortue, dont la population interlope est constituée principalement de flibustiers, peu enclins à une vie ordonnée. Ce fin stratège conçoit donc le projet d’amener sur l’île des femmes, bien souvent contre leur volonté, afin qu’elles servent d’épouse à ces hommes sans foi ni loi, pariant sur le fait que le mariage aidera à canaliser sa population masculine.

Embarquées de force pour une éprouvante traversée, Quitterie, Louise et Apolline vont se lier d’amitié dans les cales nauséabondes du bateau, et conclure un pacte tripartite, se promettant une entraide inconditionnelle dans ce nouveau monde sauvage et dangereux.

Dès leur arrivée, les femmes seront réifiées et vendues, chacune à l’insulaire le plus offrant. Le gouverneur Levasseur tombera immédiatement sous le charme vénéneux de Quitterie, tandis que Louise convolera avec Toussaint, le pirate taiseux craint de tous. Apolline quant à elle, est promise à l’amputation suite à une escarmouche durant la traversée. Elle sera sauvée par l’indien Yuma, au caractère ombrageux et sauvage.

Toutes les trois vont devoir apprendre les règles de ce nouveau monde pour pouvoir y évoluer, chacune d’elle ayant ses intérêts et des objectifs qui lui sont propres.

This is a man’s world

Stéphane Spiatzszek utilise savamment ce premier tome pour nous faire découvrir les caractères de ses trois héroïnes, qu’elles soient calculatrice (Quitterie), bravache (Louise), ou déterminée (Apolline). Le contexte historique ancre le scénario dans une réalité âpre et grandiose à la fois, nous plongeant à une époque où certains hommes avaient la lourde tâche de contribuer à la gloire de leur nation, souvent en versant le sang d’autres hommes sur les épaules desquels pesait la même charge.

Alors que l’on pourrait s’attendre à ce que les femmes, achetées comme du bétail par des rustres voire tout simplement enlevées, n’auraient pas leur place sur cette île, on s’aperçoit au contraire qu’elles ont une influence sur les hommes qui les ont choisies, instillant des idées dans leurs esprits et amenant à changer progressivement leurs attitudes.

Graphiquement, Tieko montre son savoir-faire en livrant des planches au dessin net, empreint de classicisme mais porté par une verve cinématographique qui n’est pas sans nous rappeler les grands films de piraterie. Le dessinateur sait comment attirer l’œil sur ses personnages, en leur donnant un design qui viendra refléter ou appuyer leur caractère. Bien évidemment, en ouvrant cet album consacré à l’âge d’or de la piraterie, on était en droit d’attendre Tieko au tournant quant aux décors, et ces derniers ne sont pas en reste, grâce aux nombreux plans larges dans lesquels l’île est représentée dans toute sa beauté. La mise en couleurs signée Fabien Blanchot aide à sublimer le tout.

Entrée en matière efficace, personnages attachants et très bons dessins, difficile de demander mieux pour cette Promesse de la Tortue !

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Doggybags 15: Mad In America

Quinzième album de la série d’anthologie du Label 619 des éditions Ankama. 120 planches réparties sur trois récits, avec RUN et Peter Klobcar au scénario, Jérémie Gasparutto, Ludovic Chesnot et Klobcar au dessin. Sortie le 29/05/2020.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

 

I had a nightmare

L’Amérique est une nation jeune, mais dont l’histoire recèle suffisamment de strates morbides pour alimenter les histoires les plus acerbes et les plus critiques. RUN et son Label 619 régurgitent ici les lieux communs des pulps et du courant Grindhouse, pour mettre en exergue le pan le plus sombre de l’histoire des États-Unis d’Amérique: le racisme, qui remonte jusqu’aux racines mêmes de cet empire hégémonique.

En effet, les États-Unis se sont bâtis grâce à des vagues successives d’immigration, à commencer par les Pionniers, et ont , comme d’autres nations dont ils ne sont finalement qu’un transfuge, tiré leur prospérité en grande partie grâce à l’esclavage des femmes et des hommes noirs dont les ancêtres avaient été extraits de leurs terres natales africaines.

Bien que l’esclavage fut aboli après la Guerre Civile, il n’en demeure pas moins que de nombreux états américains, les perdants de la guerre, ont conservé en leur sein un esprit revanchard, une défiance systématique envers le pouvoir fédéral, et bien évidemment, un racisme non dissimulé envers les citoyens noirs. Lorsqu’on construit une nation sur des bases aussi gangrénées, il n’est pas étonnant d’assister encore aujourd’hui, à des conflits sociétaux, voire à des violences.

L’autre pan historique amenant la controverse, et sur lequel ce Mad In America repose, est le rapport des États-Unis aux armes. Là encore, l’explication se retrouve dans la genèse de ce pays qui s’est construit sur la conquête et la violence, les nouveaux habitants ayant longtemps conservé le besoin de se défendre dans un vaste pays où le pouvoir bénéfique et régulateur de la Loi a eu bien du mal à s’imposer. Le droit de porter et d’utiliser des armes est inscrit dans le Second Amendement de la sacro-sainte Constitution Américaine, si bien qu’encore aujourd’hui, il est pratiquement impossible à tout dirigeant politique, tout Président qu’il fût, de contrevenir ou même d’espérer abroger cet amendement en s’opposant aux tous-puissants lobbies des armes. C’est notamment ce qui explique le nombre élevé de tueries de masse aux États-Unis. Conjuguez ces deux phénomènes (oppression des afro-américains et disponibilité des armes) et vous obtenez des rivières de sang, qui pour le coup, a toujours la même couleur, quelle que soit la personne qui le verse.

Pulp Frictions

La première histoire de ce numéro 15 de Doggybags Manhunt, nous plonge dans l’enfer marécageux du bayou de Louisiane, un soir où Sidney se retrouve, et c’est un euphémisme, en fâcheuse posture. Pris en chasse et capturé par deux rednecks, il est sur le point d’être pendu, dans ce qui s’apparente vraisemblablement à un lynchage en bonne et due forme. Toutefois, on le sait, dans le bayou, rôdent des créatures à mêmes de transformer les rednecks eux-mêmes en proie, et Sidney va devoir une fois de plus courir pour sauver sa vie.

La seconde partie, Conspi-racism, traite à la fois du racisme et de l’insidieuse thématique du complotisme. Après une nouvelle tuerie de masse dans une église, le médiatique Alex Jones, gourou abreuvant ses millions de followers de théories conspirationnistes, concocte une nouvelle sortie haineuse pour dénoncer ce qu’il pense être une manœuvre du gouvernement américain pour abroger le 2e Amendement. C’est sans compter sur l’inspecteur Witko, qui, las que ces élucubrations influencent néfastement son fils, décide de prendre les choses en main.

La troisième et dernière partie de cette anthologie s’intitule Héritage et met en scène une vengeance, comme héritage mortifère de l’histoire de l’Amérique profonde.

Les trois histoires ont en commun un ton décomplexé, des traits graphiques exagérés, confinant parfois à la caricature. Le but est sans doute de confronter le lecteur à ce qu’il y a de plus vil dans la Bannière Étoilée, et, conformément au cahier des charges de Doggybags, les auteurs n’hésitent pas à appuyer leur propos à grand renfort de gore et de violence déchaînée.

Cette quinzième excursion fantasmée dans l’horreur bien réelle du racisme en Amérique tient ses promesses, un pierre de plus à l’édifice du Label 619.

***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Dragon & poisons #1: Greyson, Névo et Nat

BD du mercredi
BD d’Isabelle Bauthian,  Rebecca Morse et Aurélie Kaori.
Drakoo (2019),  46p./album, 1 tome sur 2 parus.

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour cette découverte.

couv_373266-1La présentation de cet ouvrage est vraiment mal conçue tant sur un titre qui vise sans doute à se référer à Donjons et Dragons… en tombant complètement à plat, que par un titre de volume qui se contente de reprendre les trois noms des protagonistes du triangle amoureux qui est au cœur de la série. On fait difficilement plus feignant. La couverture ne fait rien pour accrocher le lecteur non plus avec ces trois personnages qui semblent indiquer une farce et un dragon vaguement menaçant… assez illisible et pas particulièrement esthétique hormis pour les couleurs très réussies (sur tout l’album) d’Aurélie Kaori. Bref, une couverture qui ne fait pas du tout le job et peut tromper sur le type de lectorat visé (Dragon et poison n’est pas une BD jeunesse!)…

La cité de Pâmoison a basé son économie sur les poisons que les habitants extraient des nombreuses plantes et créatures vénéneuses qui l’entourent. Là, Greyson, Névo et Natch forment un triangle amoureux de jeunes aventuriers déterminés à faire fortune en défiant le légendaire Dragon dans son antre. Amis pour la vie, l’ambition va cependant faire tourner au vinaigre leur destinée…

DRAGON & POISONS de Bauthian et MorsePassée cette introduction qui vous paraîtra bien méchante, je coupe court à toute inquiétude: cet album est franchement sympathique! Comme sur les précédentes BD de chez Drakoo, on sent immédiatement la différence de traitement issu de la culture Roman de la scénariste et qui apporte une richesse de dialogues et de personnages que beaucoup de BD oublient de développer suffisamment. Arleston a eu une excellente idée d’aller chercher des romanciers pour constituer son catalogue. Album très surprenant à plus d’un titre que ce Greyson, Névo et Natch qui nous prend systématiquement à contre pied! D’une couverture indiquant donc une faribole pour la jeunesse on se retrouve avec ce triangle amoureux autour de cette belle Natch à la libido très développée (pas pour enfants je disais). Après une très chouette introduction basée sur l’univers vénéneux de cette série on réalise que ce décors n’est qu’un habillage avec bien peu d’implication sur l’intrigue… celle-ci se basant sur les sauts d’époque assez brutaux bien que maîtrisés. Ainsi après vingt pages on bascule vingt ans plus tard alors que le trio a été brisé. Aucun temps de mise en place, ce sera la seconde partie qui se chargera de détailler un peu le passé des trois lurons. Cet enchevêtrement complexifie un peu la lecture et enrichit une trame qui reste en substance très classique des ouvrages de fantasy.

Dragon et Poisons - Greyson, Névo et Natch, BD et tomes sur ZOOLa première chose qui marque ce sont les couleurs très agréables et un découpage lisible. Le contraste entre des dessins de style humour et un univers relativement sombre (et tout à fait gore!) est surprenant et rafraîchissant. J’ai beaucoup aimé la personnalité des trois personnages dont on découvre façon puzzle la personnalité d’avant et celle d’après. Je ne peux déflorer la chute de l’album (qui change totalement le paradigme de la suite du diptyque) mais la scénariste semble avoir pris grand plaisir à nous balader ainsi dans les strates temporelles de sa narration… Au vu des premières pages j’aurais attendu une BD un poil plus coquine et humour noir mais étant donné le rythme endiablé et la richesse de ce qui nous est proposé on ne fera pas la fine bouche.

Fort surpris donc par une lecture que je n’attendais pas du tout, je reconnais Dragon et poisons comme une bonne surprise de ce début d’année. Très bien conçu, assez joli et doté de personnages attachants, ce premier tome souffre d’un manque de définition éditoriale bien dommage et qui ne lui évitera pas, je l’espère, de trouver son public.

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