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Hong-Kong, cité déchue

Le Docu BD
Manga de Kwong-Shing Lau
Rue de l’échiquier (2021), 196 p., One-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Rue de l’échiquier pour cette découverte

Depuis 2013 le hong-kongais Kwong-Shing Lau travaille dans l’illustration, que ce soit par la publication de comics, l’organisation d’expositions ou d’évènements publics. Lorsque surviennent les manifestations de 2019-2020, la féroce répression dont il est témoin le met dans un état de sidération et le pousse à utiliser son art pour exprimer et montrer ce qu’il se passe dans sa ville, au moyen d’une technique de crayonnés d’une grande maîtrise.

PNG - 952.5 koPour comprendre ce livre très intime il est important de revenir un peu en arrière. Lorsqu’en 1997 le gouvernement de Londres rétrocède le territoire de Hong-Kong à la Chine continentale après un bail de 99 ans issu des guerres de l’Opium à la fin du XIX° siècle, l’accord prévoit que le système politique spécifique de ce territoire sera maintenu pour cinquante ans. Les signes avant-coureurs ont lieu en 2014 lorsque Pékin annonce une reprise en main sur l’élection du chef de l’exécutif Hong-kongais, ce qui provoque une « révolte des parapluies » qui échoue dans la répression. Le nouveau gouvernement désormais pro-Pékin prépare une loi d’extradition qui permettrait d’envoyer dans l’obscurité du système répressif chinois tout militant pro-démocratie. Les manifestations reprennent et sont cette fois noyées dans le sang avec l’aide des mafia locales.

抗疫救港Prenant la forme de dessins de presse destinés à illustrer des évènements ou séquences spécifique de cette lutte, ce qui touche le plus dans ce témoignage ce sont les réflexions personnelles de ce jeune auteur qui réalise brutalement que les normes qu’il croyait inébranlables en matière de libertés publiques et d’expression démocratique pouvaient voler en éclat de manière très violente, très rapide. Son invitation aux citoyens des pays libres à jauger la solidité de leurs institutions et à rester extrêmement vigilants sur l’attitude de leurs gouvernants en matière de respect démocratique est très émouvant et sonne comme une alarme en cette époque d’Etat d’urgence permanent et d’acceptation de restrictions progressives.

Pas a proprement parler une BD non plus qu’un reportage presse, Hong-Kong une cité déchue apparaît plus comme un carnet intime d’un témoin d’une violence sans pareil. Les lacrymo, matraquages et éborgnements par flashball nous interpellent particulièrement en France après l’épisode des gilets jaunes en nous obligeant à comparer ce que nous considérons comme une France démocratique et ce que Kwong-Shing Lau considérait comme une Hong-Kong démocratique. Bien sur il y a des morts là-bas, bien sur il y a un gouvernement autoritaire derrière, bien sur les mafias sont impliquées avec le gouvernement local. Mais c’est bien notre perception de citoyens et notre responsabilité de vigie démocratique qui est directement interpellée.

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TMNT #15: L’invasion des Tricératons

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Quinzième tome de la série écrite par Kevin Eastman, Tom Waltz, et Bobby Curnow, dessinée par Damian Couceiro et Brahm Revel. Parution en France chez HiComics le 05/01/2022.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

Un dinosaure, ça trompe énormément

Alors qu’ils reviennent de la dimension X où ils se sont assurés que Krang, le tyran interdimensionnel, soit jugé pour ses innombrables crimes, Les Tortues Ninja doivent faire face à un nouveau défi. Les Tricératons, une espèce mutante issue de spécimens de dinosaures prélevés sur Terre il y a près de 70 millions d’années, se téléportent à New York et sèment la zizanie.

Pourtant, les guerriers Tricératons, lassés par toutes les guerres auxquels Krang les a contraint à participer, viennent sur Terre animés par des intentions pacifiques, cherchant simplement à retourner chez eux. Mais leur quête d’un foyer va bien vite percuter la malice des maîtres actuels de la petite planète bleue, les humains.

Accueillis par la Force de Protection de la Terre, Zom et ses soldats à trois cornes subissent un quiproquo qui va mener très rapidement à une escalade de la violence, culminant à une guérilla urbaine en plein New-York. Les Tortues Ninja vont devoir contrer la belligérance de la FPT pour éviter le pire, mais leur plus grand défi consistera à s’opposer à leur père Splinter, qui entend bien résoudre ce conflit grâce à la violence du clan des Foot dont il a pris la tête.

Nouvel arc narratif pour les Tortues de Eastman et Waltz. Après un interlude divertissant dans la dimension X consacré au procès de Krang, les auteurs mettent de nouveau nos héros à carapace dans une situation périlleuse et agrémentent le tout d’un conflit de loyauté puisqu’en plus de devoir gérer une invasion, Léo, Raph, Donnie et Mike auront à tenir tête à leur propre père.

C’est sans doute l’élément le plus intéressant de cet arc, qui est tout de même relativement court puisqu’il ne couvre que cinq numéros de la série. Malgré le potentiel qu’il y avait pour un nouveau crisis crossover, il en ressort néanmoins une impression plutôt décevante, comme si le tout était expédié et traité en surface et que la série était en vitesse de croisière, voire en pilote automatique.

On entend par là des obstacles assez peu convaincants (les Tricératons de la série originelle sont sensiblement plus costauds), et une résolution un peu facile, malgré l’escarmouche intrafamiliale du clan Hamato.

Malgré ces défauts, on reste dans une lecture divertissante qui a le mérite d’exploiter tout le bestiaire de l’univers des TMNT. En ce sens, la série fait penser à Savage Dragon, série Image Comics dont le succès ne se dément pas depuis plus de vingt ans, et qui possède désormais un vaste univers composé de centaines de personnages et dont l’auteur, Erik Larsen, parvient encore à utiliser de manière créative.

TMNT a donc le potentiel d’une série qui dure dans le temps, à condition de se réinventer régulièrement et de proposer des histoires plus engageantes, comme cela a été le cas auparavant.

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BD en vrac #29: Maudit sois-tu #3 – Les 5 terres #7 – Machines de guerre #5

Bienvenue pour une nouvelle semaine BD sur l’Etagère! Comme vous le constatez pas de C’est lundi… mais désormais des billets tout ce qu’il y a de plus classiques (je reviendrais sur ce changement dans le prochain bilan mensuel, qui remplacera ce rendez-vous hebdomadaire.

Au menu donc, trois albums de séries, avec la conclusion du très littéraire Maudit sois-tu par le prolifique et très en vue Philippe Pelaez, le commencement du nouveau cycle des 5 terres et une découverte sur le thème des tank…

Demain ce sera le retour des tortues pizzavores, mercredi un docu sur la répression à Hong-Kong, jeudi un Batman (… on se rapproche du film!), vendredi un nouveau Kurosavoir sur Marie-Antoinette, samedi des manga en vrac et dimanche mon retour sur la série d’animation phénomène, Arcane sur Netflix!

C’est parti!…

    • Maudit sois-tu #3: Shelley (Pelaez-Puerta/Ankama) – 2022, 54p., série achevée en 3 tomes.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance!

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Nous voici arrivés à la conclusion-début de ce projet un peu fou et diablement ambitieux de Philippe Pelaez. Si le second tome centré sur l’amour dramatique de Mary Shelly pour John Polidori (premier à utiliser le personnage du vampire dans la littérature fantastique) avait paru un peu redondant avec le premier, cette conclusion change radicalement de trame pour adopter le schéma de l’amant maudit dans une approche résolument dramatique et romantique. Si l’on peut saluer le changement, on perd l’efficacité de ces groupes de personnages historiques et du savant fou pour ne garder que la passion folle de Polidori pour sa belle. L’album a le mérite de boucler parfaitement avec le récit précédent  (et valide le cahier des charges initial dans une technique scénaristique assez brillante) mais nous perd un peu notamment du fait des problèmes de visages issus de la technique photographique de Carlos Puerta. La relecture a minima du second tome et au mieux des trois volumes dans l’ordre chronologique sont absolument conseillées mais malgré ces liens ce troisième tome apparaît comme le plus faible du fait de la disparition de l’aspect fantastique et de la chasse, axe fort du projet depuis le début. Proposant un texte très inspiré et extrêmement agréable à lire, Pelaez pèche sans doute par une pointe d’élitisme, bien peu de ses lecteurs auront initialement la connaissance littéraire pour apprécier toutes les références aux personnages et à leurs œuvres. Maudit sois-tu n’en reste pas moins un projet inclassable, particulièrement ambitieux, qui s’il ne s’accomplit que moyennement, propose tout de même une très belle immersion dans l’âge du gothique passionné…

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  • Les 5 terres #7 (Collectif/Delcourt) – 2021, 58p., cycle 1 achevé. Cycle 2 1/6 tomes parus.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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La fin du cycle d’Angléon (les félins) voyait le retour de l’otage Kéona dans son pays de Lys. Ce second cycle parmi le peuple primate entame directement à sa descente du bateau alors qu’elle est accueillie avec une très froide étiquette par la famille royale. Mais c’est bien la retour de la terrible Alissa que l’on suivra dans ce volume. Enfermée depuis cinq ans, la chef du clan du sistre qui règne sur les bas-fonds de cette société matriarcale, sa colère et sa force ne demandent qu’à exploser…

Le changement dans la continuité, le projet des 5 Terres ne me rendait pas particulièrement inquiet (et même plutôt impatient) à ce changement de continent. Intrigué de savoir comment les auteurs allaient relier les différents cycles, on est désormais rassurés: la continuité chronologique n’est pas rompue et l’enjeu sera bien plutôt d’entrecroiser les différentes intrigues. Si Angléon avait proposé quelques échappées chez les reptiles et chez les ours, on reste ici très concentré quasiment exclusivement dans la grande cité et très fixés sur cette Alissa que je n’ai pas trouvé très charismatique. Si la technique rutilante de la série reste évidente, on est moins enjoué à la conclusion de ce premier tome, pour plusieurs raisons. Tout d’abord l’utilisation des types de singes semble moins riche que chez les félins, rendant les personnages graphiquement moins intéressants. Si les multiples intrigues ne nous perturbent plus guère, cela semble moins fort que précédemment, moins prenant, en raison d’un enjeu qui nous échappe encore grandement. Hormis le couple à la recherche d’un remède pour son enfant, peu d’émotion transparaît dans ce début de cycle. Enfin, l’idée d’une société matriarcale s’incarne de façon évidente dans la langue avec ce parti-pris très perturbant de changer la faveur masculine du collectif par un féminin. Le texte en devient très étrange à lire, ce qui ne doit pas faciliter l’immersion. Fausse bonne idée ou coup de génie? Encore trop tôt pour le dire mais il est certain qu’il faudra d’autres concrétisations de cette innovation pour en faire autre chose qu’un gadget.

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  • Machines de guerre #5: Le Loup gris (Pécau-Mavric/Delcourt) – 2022, 56p., série de one-shot en cours

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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Jean-Pierre Pécau s’est spécialisé depuis pas mal d’années dans les séries semi-historiques basées sur des uchronies notamment sur la période de la seconde guerre mondiale. Avec Les machines de guerre il propose ainsi depuis 2016 des one-shot à la gloire des plus célèbres tank du conflit mondial. On passera sur une fascination militaire qui peut intriguer (mais apparemment ça se vend bien…) pour aborder cet album pour ce qu’il est. Traitent d’un prototype de méga-tank jamais utilisé sur le terrain d’opération et illustrant le délire de puissance du régime Nazi et d’Hitler, ce Loup gris nous plonge sur le Front Est au sein du camp russe où une commandante de tank va tenter de chasser ce fantôme qui semble apparaître et disparaître en semant la mort sans résistance possible parmi les troupes rouges. Comme beaucoup de récits de chasse on prend plaisir à cette immersion à la fois réaliste dans une dureté du régime soviétique où tout soldat devait sa vie pour la cause à l’aspect du thriller vaguement mystique. Adoptant le thème du croquemitaine, l’histoire permet aux auteurs de faire joujou avec plusieurs tank où l’on découvre les subtilités des manœuvres de ces engins si particuliers. On notera quelques enchaînements de découpage capricieux mais les dessins sont très réussis dans un genre réaliste-historique même si l’on reste loin de la virtuosité en technicolor d’un Romain Hugault et ses avions. L’album s’achève (un peu en ornière je dois dire…) avec un cahier technique qui revient sur les éléments techniques de la conception de ce mastodonte allemand. Au final on a là un album qui se laisse lire sans déplaisir même s’il passionnera surtout les fana de technique militaire. A noter tout de même une maquette particulièrement originale et élégante pour cette collection.

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Saint-Elme #1-2

La BD!
BD de Serge Lehman et Frederik Peeters
Delcourt (2021), 78p./album., série en cours 2 vol. parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Dans la petite ville lacustre de Saint-Elme règne le clan Sax, puissants industriels qui dirigent l’usine d’eau minérale qui fait vivre la population. Mais pas que… Le détective Franck Sangaré est missionné pour retrouver un fils à papa fugueur avant de découvrir que la pègre qui rode dans les bas-fonds de la ville n’est pas totalement étrangère à la famille Sax. Dans cet endroit hors du temps où les éléments semblent se comporter étrangement un voile obscure recouvre les apparences…

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2021/10/Saint-Elme-2.jpgSans vouloir revenir sur un sujet abordé maintes fois ici on pourra dire qu’avec la nouvelle série de Lehman et Peeters, Delcourt n’a pas misé sur le commercial, avec des couvertures à la ligne graphique certes cohérente, que d’aucune qualifieront de gonflées et que je rapprocherais plutôt du suicidaire. Reconnaissons que l’Homme gribouillé (que je n’ai malheureusement pas encore lu) ne proposait pas non plus de couverture vendeuse ce qui ne lui a pas empêché d’être un carton. Espérons que les seules réputations des deux auteurs suffira à ne pas dissuader les lecteurs.

Car on peut dire qu’en matière de maîtrise graphique comme scénaristique on est dans le top niveau. Si vous parvenez à dépasser la couverture et la colorisation totalement criardes vous voilà plongés Saint-Elme T. 1 : La Vache brûlée - Par Serge Lehman et Frederik (...) -  ActuaBDdans une sorte de Twin peaks dans cette bourgade suissomorphe où la pluie est prévisible à la seconde près, où les grenouilles pleuvent et où les vaches s’enflamment. L’aspect étrange est omniprésent dans cette série qui démarre sans que l’irruption fantastique ne soit déclarée. On parlera plutôt d’une physique parallèle qui participe à une atmosphère opaque, poisseuse et incertaine, comme tout bon polar.

Le personnage du détective Sangaré, caché derrière ses lunettes de soleil vintage, est fort réussi, accompagné d’une madame Dombre qui semble sortie des Contes de la pieuvre. S’ouvrant sur une réunion de truands qui tourne mal, Saint-Elme lance son héros dans cet univers maîtrisé par une famille dysfonctionnelle aux personnages très jouissifs. si l’action est tout à BD] Saint-Elme, tome 1 : la nouvelle claque de Serge Lehman et Frederik  Peeters (Delcourt)fait présente et réussie, c’est bien la galerie d’affreux allant du débile fini à l’homme de main bas du front en passant par le psychopathe de service, qui rendent la lecture très addictive. Comme toute bonne histoire ce sont les interactions qui font la sève d’un récit, a fortiori dans un polar archi-balisé où l’on retrouve tout un tas de marqueurs connus.

Je reviens un moment sur les dessins, bien entendu incroyables de Frederik Peeters. J’ai déjà parlé récemment de sa technique et de son inspiration incroyables malgré son insistance à croquer des sales gueules et une simplification du trait. Si elle instaure bien sur une part de cette ambiance crasseuse type néon glauque de bar underground j’ai trouvé que la colorisation en aplats affadissait des planches pourtant magnifiques. C’est un parti-pris osé que j’estime contre-productif et c’est vraiment dommage.Tumblr media

Hormis cela Saint-Elme est une superbe plongée vaguement surréaliste dans un polar montagnard et provincial qui ne fait pas dans la dentelle (âmes sensibles s’abstenir). Perso j’adore les personnages déglingués. On peut dire qu’ici on en regorge et que les héros vont passer un mauvais quart d’heure…

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Emile ou de l’Education

Le Docu BD

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Manga de Isa Yoshitake (adapté de JJ. Rousseau).
Kurokawa (2021), 192p., one-shot, collection Kurosavoirs.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

On continue notre chevauchée dans le monde des manga documentaires avec cette fois un retour au format plus classique des ouvrages Kodansha (que l’on peut retrouver sur le récent Descartes ou Malthus). Après le très bon Cléopâtre, le format de celui-ci s’avère moins travaillé graphiquement et c’est surtout sur le traitement scénaristique que l’on trouve son intérêt. Alors que Rousseau imaginait l’éducation idéale d’un personnage fictif, récit graphique oblige on a ici l’histoire du propre fils de Rousseau, abandonné par le philosophe et devenu lui-même précepteur pour fils de puissants. Se retrouvant en charge d’un enfant, ce dernier décide d’appliquer les théories de son père pour mener l’éducation idéale d’Emile en l’emmenant grandir à la campagne. Après plusieurs âges éducatifs, Emile reviendra en société où il sera confronté à l’amour et à la rivalité, alors que le pédagogue se confrontera à son géniteur, Rousseau lui-même…

Serie Émile ou de l'Éducation [ESPRIT BD, une librairie du réseau Canal BD]On le voit, si la trame manga est celle assez classique d’un apprentissage et d’une confrontation entre personnages archétypaux, le traitement du cœur de la théorie de Rousseau est avantageusement mis en image avec de sympathiques séquences naturalistes qui éclairent les premiers âges de la vie de l’enfant. Suivant les chapitres du livre, le manga étonne à la fois par la longueur de la vie pédagogique, qui s’étire jusqu’à vingt ans, à une époque où l’homme du XXI° siècle imagine les enfants mariés à quinze. On comprend également la persistance de cette référence qu’est ce livre tant les concepts de liberté infantile restent très modernes encore aujourd’hui. L’idée principale voulant que l’enfant a besoin de se confronter en grande liberté à la Nature et sa découverte par la maïeutique avant d’être réellement pris en main, est exploitée dans le film Captain fantastic notamment, comme une forme de version moderne.

Le mérite principal de ce manga (comme de la plupart de la collection Kurosavoirs) reste donc de faciliter la découverte de ce monument de la culture humaniste dans une version abrégée, condensée et graphique. C’est également accessible assez jeune et c’est bien suffisant pour y trouver un intérêt!

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BD en vrac #28: Aquablue #17 – U.C.C. Dolores #4 – La horde du contrevent #3

Fournée SF aujourd’hui avec trois séries très différentes qui trustent les têtes de ventes à chaque opus. Justifié ou pas, je vous donne mon avis sur le dernier Aquablue, le troisième Horde du Contrevent et un surprenant redémarrage de la série Spaceop des Tarquin

    • Aquablue #17: la nuit de la miséricorde (Hautière-Reno/Soleil) – 2021, 62p., série en cours, second cycle achevé.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_433437Aquablue c’est un peu la madeleine de Proust d’une génération d’auteurs et de lecteurs (quarantenaires). Un album fantasme qui été un choc qui m’a lancé dans la passion de la BD: le Corail noir (tome 4) sorti en 1993 et qui reste aujourd’hui encore un absolu de ce que peut être une folie de BD SF. Vatine n’a jamais pu conclure (j’avais ouï dire à l’époque qu’il s’était engueulé avec le scénariste Cailleteau) et le premier cycle a été bouclé un peu laborieusement par Tota. Vingt ans et quelques one-shot plus tard l’éditeur décida de lancer un second cycle qui s’achève ici après six albums d’une tenue graphique très rarement vue en BD. Reno est un fou furieux et si les plus puristes pourront lui reprocher son aspect très numérique (voir photoréaliste), chacun est obligé d’admettre qu’on a rarement été si proche d’un film en BD. Avec le changement de scénariste on pouvait espérer un nouveau souffle, appuyé sur une base d’univers magnifiquement riche. Malheureusement on constata vite que le syndrome des suites au cinéma s’applique aussi en BD avec un double effet de timidité à exploiter (voir exploser) le matériau et les personnages, et un aspect remake qui se termine par cette fin qui certes conclue rapidement les très nombreuses pistes complexes développées cinq tomes durant, mais nous laisse un peu avec un sentiment de gâchis. Trop long ou trop court, ce cycle aura patiemment développé une trame obscure en restant très timide en action. Hormis les grandioses dessins et la séquence de la prise d’otage du tome 15, il aura manqué un effet Waou indispensable, une dynamique des séquences, une énergie dont regorgeait le premier cycle. Du coup les révélations choc n’en sont pas vraiment à force d’étirer les allusions et la grande bataille attendue n’a pas vraiment lieu. De telles difficultés sont étonnantes de la part d’un scénariste chevronné comme Hautière et se pose la question de l’initiative et de l’objet de cette renaissance… que l’on a du mal à penser comme autre chose que commerciale et nostalgique. Un peu court pour proposer une grande série aux lecteurs très exigeants sur une série comme Aquablue. Résultat en demi-teinte donc, en attendant une suite, pour Aquablue comme pour Reno.

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  • UCC Dolores #4: la dernière balle (Tarquin/Glénat) – 2021, 46p., one-shot, série en cours.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

couv_436435Après un petit retard à l’allumage, la série SF de Tarquin s’est très joliment conclue l’an dernier par un gros album très dramatique et épique comme il faut, de quoi redonner une envie de space-cowboys. Et voilà que nous tombe ce volume totalement déstabilisant. Quel est le projet du couple Tarquin concernant la série? Alors que la conclusion de la trilogie laissait entendre des aventures de pirates de l’espace avec un nouvel équipage constitué autour de Mony, voilà t’y pas qu’on nous envoie nous crasher sur une planète neigeuse, l’héroïne ayant tout juste accouché (ah bon elle était enceinte?) et embarquée dans une quête pour récupérer son nouveau né. Quelle ellipse galactique! Aucun lien n’est tissé avec les évènements précédents et l’impression d’avoir raté plusieurs tomes reste tenace. En outre si le style Tarquin reste agréable, l’intrigue est tout de même fort court, même pour un western spatial et on termine l’album comme on l’a commencé, stoïque, ne comprenant pas ce qu’on vient de lire et où nous emmène le dessinateur. Le potentiel est clairement présent et les dialogues sont toujours aussi savoureux en mode desperados. J’ai lu que le projet d’Albator de Tarquin était avorté et qu’il aurait pu donner naissance à cet album, qui s’avère assez Frankenstein. L’auteur n’a jamais eu de problème avec l’aspect commercial de certaines parutions et j’espère sincèrement qu’il a de vrais projets pour la suite de sa série car avec tout l’amour du monde pour le spaceop ses plus fidèles lecteurs risquent de finir par se lasser…

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  • La Horde du contrevent #3: la flaque de Lapsane (Henninot/Delcourt) – 2021, 76p., one-shot, série en cours.

Coup de coeur! (1)

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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Quel choc les amis! On savait le roman un des plus pissants de la SF française jamais écrit. On avait constaté le talent d’Eric Henninot dès le premier tome. J’avoue ma surprise sur la concentration d’un tome entier sur la traversée de la Flaque de Lapsane, ne me souvenant pas de l’importance de ce passage dans le livre. Ce petit détail laisse imaginer une série en au moins six tomes et je pressens déjà un très gros dernier opus pour arriver à boucler ce monument. Pour rappel aux non initiés: il s’agit pour la Horde de traverser en « trace directe » une vaste étendue marécageuse dont le centre est un lac aux fonds variables et surtout parcourus de Chrones, entités redoutables qui dévient le temps et l’espace…

Le tour de force de ce volume est de nous happer malgré des décors absolument ternes, monotones, et par moment (la traversée centrale à la nage) vides! Mais la richesse des personnages, la tension dramatique et la maitrise narrative impressionnants de Henninot nous plongent dans ce maelstrom émotionnel de bout en bout sans nous laisser respirer et en procurant des sensations comme le permet rarement la BD. La tension permanente entre la hordière enceinte et le redoutable Golgoth respire sur les interventions quasi-surnaturelles du maître d’Erg le protecteur, d’un siphon qui agit sur le Temps puis d’une énigmatique tour que l’auteur passe avec une surprenante rapidité. Il faut bien faire des choix! La force de cette histoire c’est de nous faire (par moments) oublier l’aberration du projet en nous plongeant dans le cœur de l’Humain épicé de réflexions philosophiques sur l’être, le Temps, l’âme et l’individu. Un immense roman a donné naissance à une immense BD qui prends la suite de Servitude et Azimut comme étalon de la plus grande série BD en cours. Tout simplement.

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Cléopâtre, destinée d’une reine d’Egypte

Le Docu BD

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Manga de Hiroshi Sakamoto, Utako Yikihiro et Chie Sasahara
Kurokawa (2021), 196p., one-shot

L’ouvrage issu de l’éditeur Kadokawa comporte une couverture à rabat (pas de jaquette) et s’ouvre sur seize pages couleur, dont des photos de représentations de Cléopâtre sur des sculptures, peintures ou bas-reliefs, avant l’entame propre du manga. Il se termine par un cahier documentaire de dix-neuf pages avec des focus sur personnages, lieux, évènements en mode magazine jeunesse et des références documentaires ainsi que des notes aux parents, démontrant la démarche très pédagogique). Une édition tout à fait remarquable qui mérite un Calvin!

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

J’avais entamé ma découverte de la collection Kurosavoir avec le manga sur Malthus, où je rappelais les différentes collections de BD et manga documentaires. Les parutions s’accélèrent ces derniers mois puisqu’après une assez longue pause, Kurokawa a publié pas moins de trois volumes (sur Cléopâtre, sur Marie-Antoinette et sur le traité Emile ou De l’éducation de Rousseau), alors que Soleil manga revient également avec trois volumes sur Homère, Dante et James Joyce dans leur collection Classiques. Vous allez donc voir régulièrement passer des ces manga documentaires sur le blog, à mon grand plaisir puisque je m’efforce depuis longtemps de faire vivre la rubrique BD documentaire!

Cléopâtre : Destinée d'une Reine d'Égypte - (Utako Yukihiro / Hiroshi  Sakamoto) - Documentaire-Encyclopédie [BDNET.COM]Et Cléopâtre donc? L’imaginaire collectif est verrouillé sur le film de Mankiewicz et (dans une moindre mesure) sur Asterix, aussi il était temps de revenir à la source historique, sous la forme d’un récit proche du Shojo où l’on suit la jeune fille puis femme tenter de concilier son devoir de reine avec son amour (intéressé?) pour Jules César puis son successeur Marc-Antoine. Contrairement aux deux dernières parutions de la collection sur Descartes et Malthus, nous n’avons pas ici une création de la Team Banmikas, spécialisée dans l’adaptation pédagogique des grandes œuvres en manga. Leur travail est remarquable, mais graphiquement pas fou et souvent un peu austère. La grosse qualité de cette nouvelle sous-collection (les grandes figures de l’histoire) est qu’elle propose un vrai manga avec une trame scénaristique destinée à illustrer des faits historiques. On est donc moins illustratif et le message passe bien mieux notamment chez les plus jeunes qui pourront s’accaparer le personnage de Cléopâtre comme tout autre création dramatique de manga. La base historique n’en est pas moins solide puisque appuyées sur un historien et le travail d’insertion de faits historiques dans la trame est particulièrement fluide.

Cléopâtre, destinée d'une reine d'Egypte - BDfugue.comAvec des dessins classiques mais très qualitatifs, le manga étonne par sa capacité à aborder des thèmes complexes tels que la guerre civile des deux triumvirats romains précédent l’Empire et les impératifs politiques qui faisaient de l’amour une variable très optionnelle dans les mariages antiques. Tout en s’adressant à un public jeune les auteurs abordent les mariages politiques et la jeunesse des époux, tout comme ils rappellent dès l’introduction l’origine de cette dynastie très particulière qui faisait de Cléopâtre plus une grecque qu’une nubienne (dynastie issue des généraux d’Alexandre le Grand qui avait conquis l’Egypte en même temps que la moitié du monde connu…). La dureté des relations familiales avec son père exilé, sa sœur n’hésitant pas à assassiner pour s’approprier le pouvoir et l’envie de protéger le royaume de la tutelle grandissante de Rome (encore République en expansion mais pas encore empire dominateur de toute la Méditerranée) sont aussi clairement abordés, faisant de l’ouvrage un vrai thriller (pour jeunes) aux vertus pédagogiques évidentes.

Réussissant sans simplification abusive à traiter d’une histoire compliquée abordant de nombreuses notions, appuyé sur beaucoup de documentations et très lisible, Cléopâtre réussit formidablement son pari de rester une lecture jeunesse ouvrant l’esprit à une figure complexe de l’Histoire. Un nouveau succès pour la collection, qui doit figurer dans tous les CDI de France!

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Mezkal

La BD!
BD de Steve D et Jef
Soleil (2022), 184p., one shot

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bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Vananka a ce qu’on peut appeler une vie de merde… Sang mêlé d’une Amérique mal en point, son père l’ayant abandonné voilà que sa pauvre mère calanche en lui laissant une vie de dettes sur les épaules. Il part alors sur les routes poussiéreuses du Mexique, sans but autre que de survivre. Jusqu’à ce qu’il rencontre la magnifique Leila, avec qui la vie semble vouloir prendre une tournure magnifique! Enfin, c’est sans compter sur les cartels sanglants, les flics véreux et cette chienne de vie qui ne semble pas vouloir le laisser tranquille…

Mezkal - LeVif/L'Express sur PC - FocusVifJef a passé pas mal de temps sur les routes d’Amérique en compagnie du mythique Walter Hill et du scénariste chevronné Matz. C’est peu de dire que de la bouteille il en a, des cadrages ciné il en a fait son ADN et que le pays de l’Oncle Sam il l’a dans le sang. Quand l’an dernier Glénat nous offrait le complètement dingue diptyque Gun crazy (sorti coup sur coup grâce aux reports Covid, pour une fois qu’on peut remercier ce sale virus!) on n’attendait pas un retour si rapide au pays des guns et des timbrés. Enfin je parle des Etats-Unis, je devrais plutôt dire « désert centre-américain » puisque techniquement Mezkal passe le Rio Grande et place ce road movie initiatique dans cette vaste étendue sans frontière, sans loi et sans limites qui départage Mexique et sud des Etats-Unis.

L’esprit timbré de Gun Crazy reste présent chez le dessinateur mais accompagné d’un scénariste inconnu au bataillon Jef ambitionne quelque chose de plus poussé, plus réflexif, plus profond. Car si la précédente création était un délire sous acide en pure divertissement (et quelques très « subtiles » attaques contre l’Amérique de Trump…), ici on est plutôt dans le western moderne ou le très touchant Vananka ère entre les timbrés de la police, les timbrés des cartels et globalement une race humaine qui ne mérite pas grand chose. Mais lui est en quête d’identité et de but, bien plus que de bonheur. La fuite du père le laisse vide à l’intérieur et ce n’est pas le rêve d’amour qui comblera longtemps ce trou dans le cœur.

Chez Jef ça saigne et l’action est cash avec de fréquentes saillies délirantes qui déforment ses personnages en mode Toon. Ca fait bizarre la première fois mais on s’y fait! C’est surtout terriblement efficace pour exprimer rapidement et simplement un état d’esprit ou une émotion. Côté graphique c’est plus calme que précédemment même si les eyefish et perspectives perturbées viennent environner une galerie humaine vaguement monstrueuse qui semble piochée chez David Lynch autant que chez les frères Cohen. L’album est très généreux avec son format large, et l’auteur est à l’aise dans ce film sur papier qui sait utiliser l’espace pour évoquer une guitare de blues et un vent de sable.

Ce qui démarque cet album et lui donne une âme comparativement aux délires à la Ramirez ou Valhalla ce sont des personnages que l’on a envie de voir réussir, eux qui semblent soumis à l’acharnement du sort et des salauds de tout poil qui peuplent cette terre. La mise en place douce de l’itinéraire de ce jeune demi-sang est très réussie en dressant une certaine mélancolie qui parcourt tout l’album (entre deux pétarades de moteur et de mitrailleuse). L’aspect mystique n’est pas forcé, et amené par le vieillard et le jeune frère aveugle, indiens bien sur, qui reviennent épisodiquement aider ou sauver Vananka dans son road trip. Et si l’esthétique de ces visions est toujours très plaisante, comme souvent la conclusion laisse un peu interrogatif. Difficile de conclure hors happy end un objet qui vise autant l’introspection que le délire cinoche. Chacun se fera son idée mais jusqu’à ces dernières pages Mezkal nous emporte avec très grand plaisir dans le sillage de ce voyageur solitaire, ce demi-mariachi qui mérite tant de retrouver son âme. Un des premiers chocs de cette nouvelle année.

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**·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Farcry, les larmes d’Esperanza

La BD!
BD de Mathieu Mariolle, Salahdin Basti et Afif Khaled
Glénat (2021), 96p., One-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur fidélité.

Après quelques tentatives de manga Isekaï me voilà à essayer un album parfaitement calibré, commercial, ce qu’on appelle une commande. On pourra appeler cela un projet crossmedia. Le fait est surtout qu’avec un vivier de gamers dans ce qui est depuis quelques années la première industrie culturelle mondiale, la major du jeu vidéo Ubisoft et l’un des premiers éditeurs de BD mondiaux s’associent pour un album en forme de prologue au jeu. De là à dire qu’il s’adresse principalement voir exclusivement aux joueurs de Farcry il n’y a qu’un pas que je franchis sans hésiter…

Far cry- Far cry - Les larmes d'EsperanzaEntendons nous bien, dans l’industrie culturelle des projets calibrés ne veulent absolument pas dire mauvaise qualité (pour preuve les franchises cinéma telles que le MCU ou Starwars) et avec une équipe d’auteurs chevronnés et l’envie d’une aventure fun on pouvait tout à fait avoir un bon blockbuster BD de la fin d’année dernière (l’album est sorti deux mois après le jeu). Je ne connais pas la franchise vidéoludique mais crois savoir que le point commun est l’envoi d’un mercenaire dans des pays exotiques en proie à une dictature bien cracra. C’est l’histoire qui nous sera ici contée.

Le premier élément qui dénote dans la BD est l’aspect graphique surprenant puisqu’outre l’utilisation de trames destinées à donner un aspect vintage, la colorisation se fait en aplats qui écrasent pas mal une ambiance que les graphismes des jeux veulent très lumineuses et colorées. Le parti pris graphique est donc décevant tant le très bon dessinateur Afif Khaled nous a habitué à des planches très numériques et chatoyantes dans ses précédents réalisations. Le dessin paraît souvent figé notamment dans les séquences d’action, ce qui est problématique pour un projet loisir. Ensuite le texte et l’intrigue semblent issus… d’un jeu vidéo (oui je sais c’est cliché, plein de jeux vidéo ont aujourd’hui des scénarios bien plus intéressants que pas mal de films…). Le côté caricatural des personnages et des postures ne sont pas en cause (série B oblige) mais un certain nombre de réparties sont très attendues et un peu lourdes. En outre on sent régulièrement le cahier des charges liant probablement la BD et le jeu. Enfin et surtout, le personnage principal qui devait être la carte maîtresse  du projet (un expert es guérilla alcoolique et doté d’une boule de cristal) n’est pas spécialement accrocheur. Au final on a donc un album de consommation très banal qui pourra mériter une hausse de la note pour les amateurs de la licence Ubisoft mais donc la lecture sera difficile à justifier pour les « simples » lecteurs de BD.

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Manga·Service Presse·Nouveau !·East & West·****

Leviathan #1

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Manga de Shiro Kuroi
Ki-oon (2022), 172p., 1/3 volumes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance!

Un équipage de pilleurs d’épaves flotte dans le vide spatial, le gigantesque navire Leviathan, éventré, à sa merci. Dans le vaisseau vide ils découvrent un carnet de bord tenu par un collégien parti en voyage scolaire à bord du vaisseau. A mesure de leur progression dans les entrailles du Léviathan ils découvrent qu’une macabre danse s’est formée parmi les survivants du naufrage et que leur équipée de routine risque bien de s’avérer plus dangereuse que prévu…

📚 Rémi 📚 on Twitter: "Shiro Kuroi (@Kuroi_Siro) va publier "Léviathan"  chez @ki_oon_Editions en 2021. Une aventure qu'il a commencée en amateur en  vendant des fascicules comprenant les premières pages au Comitia.Continuant sa très ambitieuse politique d’édition de mangas originaux sous sa bannière (après Tsugumi project ou Roji! par exemple), Ki-oon a annoncé tôt l’année dernière ce manga prépublié dans son magazine et dont les premiers aperçus ont impressionné la mangasphère. Ce premier tome comprend quatre chapitres (dont quatre pages couleur en introduction) et un court cahier bonus final en forme de dramatis personae.

Premier album publié de l’auteur, Leviathan impressionne par sa forme graphique. Influencé par Otomo et Miyazaki, Shiro Kuroi travaille dans un style très européen (voir italien) fait de hachures enchevêtrées avec des trames tout à fait adaptées et invisibles dans son dessin. Dès l’image de jaquette on est attiré par cette jeune fille au regard énigmatique et un élément technologique derrière elle qui nous renvoie immédiatement à l’univers mental de HR Giger, le papa d’Alien. Si les décors du vaisseau, en forme de huis-clos) restent relativement plats, ce sont les gros plans et costumes qui impressionnent de précision et de matière. Encore soumis à quelques imprécisions techniques, le mangaka déroule une intrigue simple mais diablement bien construite avec pour ambition de créer une tension de thriller entre le Battle Royal et les dix petits nègres. Assez vite on comprend en effet que la survie des naufragés repose sur un secret dont la connaissance va entraîner la mort dans son sillage…

Léviathan #1 | BoDoï, explorateur de bandes dessinées - Infos BD, comics,  mangasSur une trame très proche du très bon Astra, Leviathan s’en détache par l’aspect huis-clos qui change résolument l’approche et l’ambiance délétère. Si l’on a bien l’idée d’un groupe d’adolescents terrifiés, l’arrivée de morts violentes pose l’atmosphère recherchée par l’auteur: un danger de tous les instants, une bataille à mort, des relations psychologiques manipulatoires malsaines.

Je m’attendais à lire un manga d’exploration spatiale et il s’avère que (pour le moment) l’équipage de pilleurs n’est que le témoin du récit, le scénario alternant régulièrement entre les deux trames temporelles. A mesure que la population du journal de bord va se réduire on peut imaginer que la première intrigue va inversement grossir. Il reste que malgré de très légers défauts que l’on pardonnera bien volontiers à une première œuvre, Leviathan nous happe de bout en bout dans son fiel inquiétant et impressionne par sa maîtrise générale qui n’a rien à envier à des auteurs chevronnés. L’éditeur a bien compris le potentiel de cette série et a lancé une grosse com’ justifiée. Un auteur à suivre et une nouveauté tout à fait enthousiasmante que je vous invite à entamer sans délai!

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