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Les spectaculaires dépassent les bornes

BD du mercredi
BD de Régis Hautière et Arnaud Poitevin, couleurs de Christophe Bouchard.
Rue de sèvres (2020), série en cours les Spectaculaires , vol. 4., 54 p. par volume.

bsic journalismMerci à Rue de Sèvres pour leur confiance.

couv_381490La série, constituée de one-shots, est toujours habillée de la même maquette élégante et art-déco. Depuis le troisième volume le titre évolue avec un jeu de mot autour des Spectaculaires, confirmant un work in progress de cette série. L’intérieur de couverture présente un papier-peint avec les personnages principaux et cet album est pour la première fois introduit par un prologue autour du méchant Arsène Lapin avant la page de titre. Très propre comme d’habitude, rien à redire. L’album est imprimé en Belgique.

Le mystérieux gentleman-cambrioleur Arsène Lapin a encore frappé et dérobant des documents confidentiels à l’Elysée! L’État confie aux Spectaculaires la périlleuse mission de retrouver Lapin… en participant à la course automobile Paris-Berlin: s’ils remportent l’épreuve le gredin a promis de leur restituer les documents…

Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires dépassent les bornes"Déjà un classique de la BD familiale, les Spectaculaires est une lecture attendue à la fois pour la familiarité et pour la qualité de sa réalisation. Mine de rien il devient compliqué de créer une série humoristique qui se démarque, sans réciter ses classiques. Sur les bases désormais installées de l’équipe de bras cassés au sein desquels surnagent juste la fille Pétronille et l’aérien Evariste, les albums arrivent à être spécifiques en jouant sur des registres différents.

Si le précédent album était plutôt terne graphiquement du fait de séquences plutôt nocturnes et urbaines, dans cet opus les couleurs éclatent (les champs de tulipe hollandais sont très réussis) au grand air. Les décors ne sont pas le fort du dessinateur, un peu délaissés. En revanche les trognes, et les plans serrés en général ont un excellent dynamisme et par moment une texture à l’ancienne très agréables. On comprend l’économie nécessaire à la réalisation d’un album, mais les quelques plans fourmillants de détails laissent un petit goût de déception en imaginant ce qu’aurait pu être l’album avec un peu plus de temps.

Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires dépassent les bornes poitevin"Les spectaculaires est une BD d’humour et c’est sur ce plan que les auteurs se font plaisir et nous avec. Les dialogues sont en mode ping-pong, avec une petite mention à l’esprit toujours décalé d’un féminisme rentre dedans qui fusille les mœurs d’une époque bien rétrograde. A noter que si les précédents tomes avaient déjà commencé à introduire des références et des personnages historiques, c’est ici un véritable festival de personnages de BD plus ou moins cachés dans la foule des spectateurs de la course, passage vers Bruxelles oblige!  On se retrouve aux grandes heures des délires d’Arleston et Tarquin dans les premiers Lanfeust où les auteurs jouaient allègrement avec leurs lecteurs. L’intrigue, très simple, suit donc les pérégrinations des héros entre les étapes de la course, entre sabotages et interactions avec les autres concurrents tous plus clichés les uns que les autres: le terrible teuton au casque à pointe Gerhard Schlüssen von Mumuth, le bellâtre italien Silvio Malipoli ou la comtesse Moldypudding et son chien… Les gags sont attendus mais efficaces et on rit très spontanément. On regrettera tout de même une révélation totalement téléphonée (sauf peut-être pour les plus jeunes lecteurs) mais l’ensemble de l’album est suffisamment amusant et punchy pour atténuer la faute. Le final se permet en outre une première ouverture vers un méchant récurent et une implication plus grande des personnages dans les intrigues à venir. Si ce quatrième épisode est légèrement en deçà par rapport au précédent, les Spectaculaires reste en définitive une série qui fonctionne et dont on attend très volontiers la prochaine aventure.

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Les Dominants #1: la grande souche

La Grande Souche, premier tome de 54 planches d’une série écrite par Sylvain Runberg, dessinée par Marcial Toledano, paru le 08/01/2020 aux éditions Glénat.

 

Merci aux éditions Glénat pour cette découverte.

 

L’ouvrage est très classieux, avec une belle maquette, un design de titre travaillé, un pitch de quatrième de couverture efficace et une couverture très attirante (et pas trompeuse!). L’album comprend huit pages de bonus, recherches de personnages, storyboard et texte journalistique agrémenté de descriptions des Dominants. On n’apprend rien de plus que dans l’album (dommage) mais ça reste toujours très agréable. Le travail éditorial des auteurs et de l’éditeur sont de ceux qui mettent dans d’excellentes conditions et atténuent l’impression de classicisme qui ressort de ce premier volume.

The end is here

Il y aura toujours différentes façons d’envisager la fin de notre monde. Les récits eschatologiques divers nous renseignent tous sur la façon dont notre réalité tirera sa révérence, à grands renforts de cataclysmes cosmiques et de tables rases divines, sur fonds de Jugement Dernier purificateurs.

Et si la fin n’était pas aussi tonitruante que ce que l’on s’imagine ? Et si notre civilisation, note engeance humaine, s’éteignait sans bruit, dans le mutisme plat d’un univers indifférent ? Que se passerait-il si cette hécatombe silencieuse était scrutée par des êtres Résultat de recherche d'images pour "toledano dominants"inconcevables arpentant la Terre pour témoigner de notre chute ?

C’est l’intrigante prémisse choisie par Sylvain Runberg et Marcial Toledano pour l’entrée en matière de leur nouvelle série, Les Dominants.

Ce que beaucoup craignaient est arrivé: un mal d’origine inconnue, nommé « la Grande Souche« , a fait son apparition en 2020. En l’absence de remède efficace, l’épidémie s’est répandue au-delà de toutes les prévisions, pour finir en une pandémie qui a ravagé les populations de par le monde.

Les conséquences furent sévères: des milliards de morts, ce qui a précipité la chute du monde tel que nous le connaissions. Parmi les ruines, errent les survivants, qui ont du de surcroît faire face un nouveau problème: des organismes extra-terrestres, débarqués en masse après la pandémie, évoluent sur Terre, toisant de façon insondable une Humanité déclinante qui, face à ces bouleversements, se divisent en trois grandes catégories. Les Résistants sont ceux qui ont choisi de se battre contre ces envahisseurs muets, certains de leurs intentions néfastes, et déterminés à reprendre le contrôle de leur planète. Les Croyants sont quant à eux mus par une ferveur religieuse à l’endroit de ces créatures, considérés comme de nouvelles divinités à qui il faut vouer un culte. Résultat de recherche d'images pour "les dominants toledano"Enfin, on trouve les Survivants, pour qui seule compte la perspective d’un jour de plus passé en vie.

Au sein de ce monde à la fois nouveau et au bord de l’agonie, Andrew Kennedy fait ce qu’il peut pour tirer son épingle du jeu. Écumant les musées à la recherche d’œuvres d’art lui rappelant sa famille perdue, il vit au jour le jour en aidant une communauté de survivants, sorte de famille de fortune réunie autour de quelques terres cultivables. Cependant, s’il est possible de composer avec les mystérieux envahisseurs, certains groupes d’humains optent pour une approche plus radicale de la survie…

 

La Gigantomachie n’aura pas lieu

 

Les Dominants est une énième entrée dans le genre désormais pléthorique du Post-Apocalyptique. Seulement, cette série, en jouant sur ses codes, parvient à créer l’intérêt dès les premières pages en cultivant le mystère, notamment autour du bestiaire original crée par le scénariste.

En effet, les fameux Dominants, que ce soit par leur stature, leurs formes relevant parfois de l’étrange, voire de l’indicible, ou leurs indéchiffrables motivations, captent immédiatement l’intérêt du lecteur: d’où viennent-ils ? pourquoi la Terre ? quel lien avec l’épidémie ? Autant de questions qui vont certainement nous tenir en haleine tout au long de la série. L’insertion en début et fin d’album des chroniques d’une journaliste avant et après la pandémie permet de perturber notre chronologie des évènements. C’est bien vu même si cela rend du coup certaines explications des personnages redondantes. On se demande si ce texte n’est pas le projet envoyé à l’éditeur et il aurait peut-être été préférable de l’insérer en bonus final.

Certaines créatures m’ont rappelé les fameux Ogdru Hem de l’univers Hellboy et du B.P.R.D., notamment de par leur design empruntant à la fois à l’insectoïde et au crustacéen.

Là où Les Dominants reste classique en revanche, c’est dans les luttes claniques qui agitent les survivants. En effet, comparés à certains individus violents et/ou fanatiques, les aliens s’apparentent davantage à une nuisance, ou à des forces semi-naturelles avec lesquelles il faut composer. Car c’est bien connu, et suffisamment ressassé dans les œuvres de fiction, lorsque tombent les carcans légaux et les structures étatiques, l’Homme laisse libre cours à ses pulsions basiques quitte à se retourner contre les siens (Hobbes avait raison, vive le Léviathan !), tout en cherchant à instaurer un semblant d’ordre par la force.

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Sylvain Runberg, à l’instar d’un Kirkman au travers du personnage de Negan, illustre ce propos grâce à la caste des Résistants, qui tyrannisent tout le monde au nom d’un intérêt commun qu’ils sont les seuls à concevoir. On retrouve également la thématique de la très bonne série du duo Toulhoat/Brugeas Chaos Team où l’irruption extra-terrestre est surtout là pour rebattre les cartes de l’équilibre socio-politique mondial.

Le rythme du récit est très justement dosé (bien que d’un didactisme un peu appuyé), l’exposition que représente ce premier album distillant adéquatement les informations essentielles tout en cheminant progressivement vers un cliffhanger très bien amené, et dont la teneur m’a immédiatement rappelé Y, Le Dernier Homme.

Sylvain Runberg et Marcial Toledano nous offrent le début d’une série très prometteuse, au pitch inventif et à l’exécution accrocheuse, dont on attend la suite !

Billet écrit à quatre mains par Dahaka et Blondin

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Le garçon-sorcière

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à douze ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Comic de Molly Knox Ostertag
Kinaye (2020), 210 p. premier volume de la trilogie.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

couv_385267Le garçon-sorcière est paru chez la maison d’édition américaine Scholastic (spécialisée en publications pédagogiques) en 2018 et suivi de La sorcière cachée et la sorcière de l’hiver fin 2019. L’ouvrage suit l’édition classique des ouvrages Kinaye, format broché, couverture à rabats, vernis sélectif, imprimé en Italie. Le tome deux est annoncé en quatrième de couverture et sur le deuxième rabat avec son résumé. Il s’ouvre sur un arbre généalogique (très utile!) de la famille d’Aster et se conclut sur une double page de recherches de personnages. A priori l’ouvrage a été publié en format one-shot, ce qui explique l’absence d’illustrations de chapitres. La couverture n’est pas la plus attirante que j’ai vu, c’est dommage.

Dans la famille d’Aster les filles apprennent la magie et les garçons se préparent à être des métamorphes, capables de se transformer sous la forme d’un esprit animal. Mais Aster n’est pas comme les autres. Il veut apprendre la magie et ne s’intéresse pas beaucoup aux jeux des garçons. Lorsqu’une menace issue du passé lointain de la famille ressurgit il va devoir assumer ses choix pour sauver ses proches…

Salut Talia. Aujourd’hui on va parler des aventures d’Aster, le garçon qui voulait être une sorcière. Peux-tu nous résumer rapidement cette histoire?

Résultat de recherche d'images pour "the boy witch ostertag"Il y a une grande famille qui a comme tradition que les filles deviennent des sorcières et les garçons des métamorphes. Aster n’arrive pas à trouver d’esprit animalier et préfère la sorcellerie. Il espionne les cours des filles et se fait virer… Du coup il prends des notes dans un carnet et essaye la magie. Au bout d’un moment ses cousins disparaissent et on ne sait pas pourquoi! Un esprit prend alors contact avec lui pour lui proposer de l’aider à condition qu’il ne dise rien à personne…

Est-ce que tu trouve sa famille sympa? Est-ce qu’ils l’aident?

Pas vraiment car il se fait gronder car il ne suit pas les règles. Sa mamie l’aide Résultat de recherche d'images pour "le garçon sorcière ostertag"discrètement.

Et Charlie? Pourquoi Aster aime aller la voir?

C’est une amie qu’il a rencontré et elle n’est pas sorcière et ne connaît rien à ce monde. Elle l’aide après que le démon l’a contacté et elle lui donne des conseils car elle n’est pas impliquée dans ce problème de sorcellerie. Elle n’est pas soumise aux mêmes secrets.

A ton avis pourquoi Aster ne se transforme pas?

Ce n’est pas sa faute, il est différent, comme son grand-père Mikasi. Celui-ci a mal tourné car il voulait mélanger magie et métamorphose et se famille l’a rejeté en le chassant.

Et toi tu préférerais être une sorcière ou un métamorphe?

Sorcière… sauf si on peut se métamorphoser en chat! La magie peut faire plein de choses et nous protéger alors que les métamorphes peuvent être blessé même s’ils sont forts.

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Merci Talia tu peux retourner étudier ton grimoire!


Voilà pour le retour des enfants… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Résultat de recherche d'images pour "the boy witch ostertag"Comme à leur habitude les éditions Kinaye nous ont encore dégoté un très intéressant album jeunesse d’une grande richesse thématique. Le titre m’avait fait attendre une histoire sur l’homosexualité… et ce n’est pas tout à fait ça puisque si la différence est bien au cœur de cette histoire, rien n’indique que le personnage principal est homosexuel. C’est simplement un garçon plus attiré par l’univers des filles. L’ouvrage porte plutôt sur les règles sociales et familiales imposées à un individu qui n’a pas vraiment le choix d’être qui il veut. La transposition dans un univers fantastique facilite l’approche pour les jeunes mais j’ai trouvé très subtile ce discours expliquant aux lecteurs qu’une famille peut être oppressante et ne pas laisser libre court à ses capacités personnelles, du fait de règles anciennes que personne ne remet en question et de secrets cachés. On découvrira ainsi avec Aster que cette famille d’apparence si soudée et organisée a des fissures niées ou inconnues. L’amitié avec Charlie, une personne « normale » va aider Aster à assumer ses choix. On pourra bien sur également voir dans le rite de passage et le refus d’Aster de se transformer une parabole sur le passage à la puberté avec la transformation des garçons en animaux (on se rapproche du très bon Coyotes sur ce plan). Tout cela est déroulé de façon fluide avec des dessins agréables, doux et assez peu de scènes dures. Le genre jeunesse est un genre difficile en ce qu’il doit associer simplicité d’approche et profondeur des thèmes qui doivent parler aux jeunes lecteurs. Le Garçon sorcière réussit sur tous ces plans et est donc particulièrement adapté à son lectorat. Ma fille a adoré!

A partir de 9 ans.

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Sushi & Baggles #28

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  • Dead body road (Jordan/Scalera-Dinisio/Delcourt) – 2019, one-shot, 128p.

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badge numeriqueJ’ai déniché ce one-shot en lisant Slots, de la même collection chez Delcourt, et dont le nom de Scalera (lu sur Black science) m’a attiré autant que la très percutante couverture qui laisse imaginer la chevauchée sanglante du héros. On a donc bien une histoire classique de Vigilante sans morale décidé à décimer le gang qui a tué sa chérie. L’affaire s’annonce bien sur plus compliquée que cela et ça va défourailler sévère à coup de fusil à pompe et éclatage de boyaux sur la carelingue poussiéreuse de bagnoles poursuivies par des gangs de bikers camés… On connaît le cadre et si par moment le dessinateur italien sait placer de très bons cadrages, l’atmosphère poussiéreuse et quelques très belles poursuites de bagnole, les cases confuses restent trop nombreuses pour parvenir à nous maintenir sous tension. Si l’échappée commence plutôt pas mal et nous pose une belle galerie de salauds, une belle qui sait se défendre et un copains psychopathe, on finit par se perdre dans une intrigue qui piétine et des motivations assez confuses. Quelques incohérences physiologiques (le héros se prends x bastos et continue de cavaler sans conséquences) achèvent de décevoir sur cet album qui donne pourtant très envie d’être bienveillant. Dommage, une occasion ratée.

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  • Centaures #1 (Sumiyoshi/Glénat) – 2018, 4 vol parus, série en cours.

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badge numeriqueCentaures nous décrit le passage dramatique du monde d’avant où les hommes respectaient ces êtres fantastiques et majestueux à une nouvelle époque où l’homme prends possession de tout ce qui est au travers de ses guerres sanglantes. Après une entrée en matière un peu abrupte (comme certaines cases pas évidentes à lire dans la volonté de mouvement du mangaka), on voit le puissant Matsukaze, centaure des montagnes indomptable se faire capturer par une troupe d’humains. Emprisonné il laisse son fils seul et rencontre en captivité un jeune centaure, Kohibari, amputé des deux bras pour le transformer en quasi cheval. Il découvre les pratiques barbares et immorales des hommes… Ce manga, premier de son auteur, est une très bonne surprise tant graphique que thématique. A la fois dur avec une vision très rude du traitement fait aux centaures, assez cru, on saisit assez vite la portée du thème qui nous parle à la fois d’amérindiens, de la Traite négrière mais aussi par extension de la vision que l’homme a des animaux. Ce titre nous envoie une leçon d’humilité avec cet étonnant miroir que représentent les Centaures, à la fois hommes et animaux, permettant de nous questionner sur notre considération de ce qui est autre. Les dessins sont superbes, très vifs, avec une belle maîtrise anatomique des corps de chevaux,  proposant de belles visions de nature même si pas mal de cases sont pratiquement dépourvues de décors. La puissance et la rage de Matsukaze s’incarne graphiquement alors que son comparse est tout en finesse. Les dialogues sont assez basiques, parfois en mode ado mais ce n’est pas grave car on a envie de voir ce que deviennent cette puissance et son jeune ami dans ce qui se présente comme un apprentissage des vraies valeurs pour un centaure élevé en captivité auprès des hommes. Petit coup de cœur pour ce titre qui se finit en outre sur un redoutable cliffhanger…

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  • Ajin #14 (Sakurai/Glénat) – 2020, série en cours.

couv_383537badge numeriqueLa reprise de lecture est toujours compliquée dans les manga, avec cette habitude de découper un chapitre entre deux tomes… on reprend donc en pleine action sur le dernier acte de l’opération finale de Sato et immédiatement, comme depuis le début de ce manga majeur on retrouve ces idées multiples liées à la physique des Ajin. L’auteur évite le gore même si le hors champ reste terrifiant! Il y a de grandes proximités entre Ajin et le manga Démon, les deux auteurs semblant s’amuser comme des petits fous à imaginer les interactions physiques de leur univers décalé. Le lecteur en finit donc par oublier que les Ajin n’existent, pas non plus que leurs fantômes et découvrent avec les protagonistes certaines possibilités physiques toujours amusantes et qui donnent toute leur originalité aux combats. Ce volume (qui suit de très près la sortie japonaise puisque la publication originale compte seulement quinze volumes reliés) marque l’entrée en action de l’escouade anti-ajin dont on nous parle depuis longtemps et dont l’efficacité est redoutable. Le risque d’avoir construit un méchant aussi charismatique et machiavélique que Sato est de n’avoir aucune adversité sérieuse en face. C’était le cas jusqu’ici mais c’est en passe de basculer… On approche vraiment de la fin de la série… a moins que l’auteur et son scénario redoutable n’ait prévu quelque rebondissement inspiré par Sato!

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Le Cercle du Dragon-Thé

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Comic de Katie O’neill
Bliss (2020) – Oni press (2017), 72p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Bliss pour cette découverte.

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La Fantasy ne rime pas nécessairement avec batailles dantesques ni lutte contre une idée absolue du Mal. Elle peut également se retrouver dans la magie qui imprègne nos relations avec les autres, ainsi que dans la façon dont nous percevons le monde qui nous entoure, fût-t-il réel ou imaginaire. C’est ce que nous découvrons en lisant Le Cercle du Dragon-Thé, album de 58 planches écrit et dessiné par Katie O’Neill en 2017 initialement en ligne, publié en France en février 2020 par les éditions Bliss.

Greta est une descendante des Gobelins, ce qui la prédestine au métier de ferronnière, qu’elle apprend sous la tutelle de sa mère. Cependant, au gré d’une rencontre avec Hesekiel, Greta va également se prendre de passion pour les Dragons-Thé, de mystérieuses et fragiles créatures produisant un thé aux propriétés mystiques. C’est ainsi qu’elle fera la rencontre de l’énigmatique Minette, marquant le début d’une relation forte qui transformera les deux jeunes filles.

La dessinatrice néo-zélandaise, récompensée pour cet album, déploie ici tout son talent grâce la simplicité de son trait, qu’elle marie à une palette de couleurs admirablement choisie. Ce graphisme très agréable destine donc l’œuvre à toutes les tranches d’âges, et se permet par conséquent grâce à de menus détails, un progressisme bienvenu.

En effet, l’ensemble des personnages possède des qualités androgynes, que ce soient les parents de Greta, l’héroïne elle-même ou encore les membres du cercle éponyme. Enchevêtrer ainsi les identités de genre au service d’une histoire optimiste m’a touché, donnant à l’ensemble de l’album un lyrisme discret et une universalité dont peu de récits peuvent se targuer.

Les thèmes invoqués par Le Cercle du Dragon-Thé reposent sur l’amitié et l’amour, la frontière entre les deux étant élégamment laissée à l’appréciation du lecteur. Katie O’Neill parvient à faire naître de forts sentiments entre ses protagonistes, et à embarquer le lecteur avec elle au fil des pages chaudes et colorées.

Il y a une mythologie sous-jacente dans l’album, sur laquelle repose l’univers du récit. Mais elle n’est ici qu’effleurée, puisque la part belle est laissée aux sentiments des personnages et à la poésie de l’ensemble. Néanmoins, le succès de la BD outre-Atlantique a entraîné la création d’un univers étendu, un jeu de cartes édité par Oni Games, par le biais duquel vous pourrez retrouver les fameux petits dragons domestiques.

Notez que l’album est agrémenté d’extraits du Guide des Dragons-Thé, sorte de bestiaire permettant d’en apprendre davantage sur eux.

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Identités troubles

BD du mercredi
BD de Benoit Rivière et philippe Scoffoni
Les humanoïdes associés (2020), intégrale.

bsic journalismMerci aux Humanos pour cette découverte.

couv_381448Cette intégrale est une ressortie de la série Milo, parue en trois volumes chez Delcourt entre 2008 et 2011. Le format est plus compact que les albums d’origine, ce qui n’est pas gênant. Une illustration originale plutôt inspirée et dans l’esprit de l’album habille la couverture et la page de titre reprend la couverture du tome deux d’origine. Le volume se termine par quatre pages de recherches graphiques poussées. Une plutôt belle édition, qui aurait pu être un peu plus aboutie en matière de bonus mais qui propose pour vingt-cinq euros un très agréable one-shot. A noter que le renommage de cette trilogie est une très bonne idée tant le héros éponyme est loin d’être central dans l’intrigue.

Los angeles 2050, lors d’une patrouille de routine, le criminagent Milo Deckman assiste à un assassinat en pleine rue. Balancé malgré lui dans une enquête qui lui glisse entre les doigts, il va devoir résoudre la double identité d’une jeune femme au destin tragique, alors que barbouzes et truands semblent s’intéresser également à ce dossier…

Résultat de recherche d'images pour "scoffoni milo"Dans un bon polar il faut un mort, un mystère et des truands tête de con. Identités troubles a les trois, et trois de très bon niveau… Si l’environnement est futuriste c’est à dose très homéopathique et très sincèrement cette histoire aurait pu être transposée en époque contemporaine tant elle est classique. Attention, d’un classicisme qu’on aime! Celui des villa de Mulhollande drive, des femmes mystérieuses et des amours contrariées. Celui des flics ripoux et des incorruptibles. Celui des agents d’Etat qui ont moins de morale que les barons de la drogue. Dans ce maelstrom, Milo, une gueule qui vous attire la sympathie (non sans rappeler la gueule d’ange de Slots), une ténacité qui en font un bon flic, aussi prêt à se jeter dans les emmerdes que oralement tenu de ne jamais laisser tomber. Le personnage n’est pas central mais il est absolument réussi en ce que l’on a envie de l’accompagner et de lui souffler à l’oreille d’aller voir derrière le rideau. Les auteurs maîtrisent suffisamment leur création pour éviter les fausses bonnes idées comme celle d’une histoire d’amour à laquelle on ne croirait pas. Non, Milo est un flic, juste un flic. Pas un super-flic. Pas un justicier. Juste un type payé pour résoudre des crimes et qui ne parvient pas à recoller les morceaux de cette histoire de morte à deux noms.

Résultat de recherche d'images pour "scoffoni milo"A côté du personnage, qu’on voit finalement assez peu, une bonne histoire. Celle d’une femme prise dans des filets sans échappatoire. Les filets de la lutte d’Etat contre la drogue. Placez une agence gouvernementale, des services de police qui se tirent dans les pattes et des barbouzes que le pouvoir sans limite à laissé loin de la ligne de la justice et vous aurez une histoire triste mais passionnante, une histoire humaine où tous les personnages sont réussis dans leurs motivations individualistes. Un monde d’hommes décidés à tout prendre. Un monde de cyniques qui ne croient pas à l’amour et une femme qui voulait y croire. Au milieu de cela le petit criminagent Milo, avec sa gueule de cocker apporte de l’humanité.

Pour sa première BD Philippe Scoffoni livre une partition impressionnante, du dessin à la couleur, notamment sur le premier volume. Progressivement la technique se normalise, épurant un peu le trait pour laisser une importance un peu trop importante à la colorisation venant remplir les vides. Le caractère traditionnel se perd pour quelque Résultat de recherche d'images pour "milo scoffoni"chose de plus plat. Mais on reste de bout en bout dans une grande élégance et précision technique qui maintiennent une harmonie que peu de jeunes auteurs ont sur leurs albums de démarrage. L’école rappelle celle des Servain ou Hirn de la fin des années 2000. C’est reconnaissable mais très loin d’avoir vieilli. L’esthétique urbaine vaguement anticipation est rehaussée de quelques séquences oniriques de réalité virtuelle qui permettent de faire respirer les pages et de montrer l’étendue du talent de Scoffoni. Très classe tout en présentant bien ces ambiances nocturnes illuminées des néons numériques. Que ce soit dans les séquences d’action, assez brèves, ou les dialogues, le dessinateur est à l’aide dans toutes les situations.

Excellente surprise, ce polar à l’ancienne attire une grande sympathie par des personnages fort réussis et dont le dessin colle parfaitement avec le texte. Les quelques coquilles surprenantes qui parsèment les bulles ça et là ne suffisent pas à nous faire lâcher l’attention. Sachant surprendre part des thématiques que l’on attendait pas dans ce genre, les auteurs nous livrent une randonnée nocturne autour de l’identité, du libre arbitre et de l’amour, tout simplement. Une bien belle BD.

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Ma fille, mon enfant.

Récit complet en 96 pages, écrit et dessiné par David Ratte, parution le 05/02/2020 aux éditions Grand Angle.

bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Au milieu des failles temporelles, des orcs et autres apocalypses programmées, il est parfois salutaire de reposer un peu les pieds sur Terre pour se pencher sur les sujets qui agitent nos sociétés au quotidien. C’est ce que nous invite à faire David Ratte au travers de l’élégant album Ma fille, mon enfant.

Pas de ça chez nous

Chloé est une adolescente parmi d’autres à qui la vie semble sourire. Certes, elle a raté son bac, mais elle n’en demeure pas moins une jeune fille espiègle et pleine de vie. On peut dire que ses relations familiales sont épanouissantes, même si elle doit souvent composer avec le caractère atrabilaire de sa mère, Catherine. Cependant, l’unité de la cellule familiale sera mise à mal lorsque Chloé affichera ce que Catherine considère comme une grave offense, une transgression impardonnable: elle sort avec Abdelaziz, jeune homme issu de l’immigration. Mère et fille vont alors s’opposer, puis se déchirer, jusqu’à ce que leur lien périclite.

Racisme pas si ordinaire

Toute la délicatesse de Ma fille, mon enfant réside dans son traitement du sujet omniprésent qu’est le racisme, non pas dans ses coups d’éclats dramatiques, mais plutôt dans son expression la plus sournoise, celle du quotidien, fait de petites remarques assénées au détour d’une pause café ou de préjugés élaborés au sein du foyer. David Ratte dépeint des personnages sincères, utiles, et touchants par leur réalisme, qui se débattent avec tout ce qui divise actuellement notre société.

Catherine, dépeinte comme une femme acariâtre, déballe au fil de l’album tous les travers qu’entraîne l’idéologie raciste dans le discours d’une personne. L’auteur du Voyage des pères n’hésite pas à convoquer tous les items en lien avec l’islamophobie et le racisme en général (le copain arabe « intégré » servant de fausse caution morale, les idées reçues sur la culture et la religion, Charlie Hebdo, les caricatures…) tout cela pour mener à un triste constat: alors que Catherine pense protéger sa fille de ce qu’elle considère comme une menace, elle ne fait que s’aliéner son enfant, jusqu’à détruire complètement leur relation.

Toutefois, au travers des épreuves de la vie que David Ratte impose à ses personnages, Catherine sera amenée à reconsidérer ses priorités, sans forcément, d’ailleurs, recalibrer son système de valeurs ni ses préjugés au passage. Ce faisant, l’auteur montre que l’espoir existe, bien qu’il exige un travail de longue haleine auprès de chaque génération.

Ma fille, mon enfant, de David Ratte, est une chronique édifiante sur le thème du racisme, traité par le prisme d’une relation mère/fille. A lire !