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Sapiens Imperium

La BD!

Premier tome de 108 pages d’une série écrite par Sam Timel et dessinée par Jorge Miguel. Parution aux Humanoïdes Associés le 16/06/21.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Sins of the Father

La planète Tazma n’est pas la destination rêvée par les vacanciers de la galaxie. Hostile, sa surface ne peut accueillir la vie, mais ses entrailles recèlent quelques ressources susceptibles de nourrir quelques êtres vivants. Qu’à cela ne tienne, le nouvel empereur Thésol, issu de la dynastie Kerkan, y enferme, après les avoir détrônés, tous les Kheleks et leurs partisans, sans autre forme de procès. 

Condamnés à la survie la plus abjecte dans un réseaux humide de grottes souterraines, les Kheleks et leurs amis Lektars finissent, au fils des décennies, par se réorganiser en clan, s’adaptant autant que possible à la vie cavernicole. Cependant, l’esprit de conquête des Sapiens n’a d’égal que leur soif de liberté. Aussi, Daridian, l’un des descendants de la dynastie Khelek, cherche-t-il inlassablement le moyen de quitter la grotte où lui et sa sœur Xinthia sont nés. 

Malheureusement, s’échapper de Tazma ne sera pas aussi simple qu’y échouer, car les prisonniers, affamés et démunis depuis des lustres, doivent faire face aux forces impériales et aux metalnauts qui gardent l’entrée, alors même que des schismes internes menacent leur équilibre et leur survie.

De l’autre côté du système, l’impérium a lui aussi de nombreux défis à relever. Non content d’avoir effacé les Kheleks de l’histoire, l’empereur a instauré un joug dont l’usure pousse les différentes dynasties à remettre en cause avec toujours plus d’hardiesse sa légitimité. Que fera-t-il lorsque ses anciens rivaux resurgiront des tréfonds de Tazma ? 

Depuis Dune , les grandes sagas de SF mettant en scène des luttes de pouvoirs entre différentes dynasties sont pléthores. Il y est souvent question de l’exploitation d’une ressource rare (l’Épice pour Dune , des algues ici) ainsi que d’une quête d’émancipation et de liberté, ce qui passe très souvent par la révolte et la lutte armée. Ajoutez-y un duel à mort et une rivalité entre deux héritiers et la comparaison entre Sapiens Impérium et Dune sera complète. 

Le premier tiers de l’album pose un cadre intéressant, pour lequel il aurait été aisé d’exploiter certains aspects claustrophobes. L’auteur évoque un peu rapidement comment des générations d’infortunés ont du s’adapter pour survivre dans les tréfonds de cette lune désolée, mais cède bien vite l’aspect survival au profit d’une lutte de pouvoir sur fonds de mutinerie. 

L’évasion en elle-même se fait assez promptement, mais pas sans peine, forçant néanmoins le scénariste à chercher ailleurs le souffle nécessaire à son histoire, d’où son introduction plutôt tardive du réseau de personnages gravitant autour des Kerkans.

Le dernier tiers de l’album, marqué par la liberté au prix de l’exode, se perd quelque peu au niveau thématique mais aborde des idées intéressantes comme celles de l’altérité et du partage. La fin ouverte annonce celle du premier cycle, ce qui promet une suite aux aventures de Xinthia et de sa cohorte. Côté graphique, c’est le point fort de l’album, Jorge Miguel offre un trait précis et détaillé (notamment les visages), ce qui magnifie l’ensemble de l’album. 

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****·Manga·Service Presse

Toilet-bound Hanako-Kun #1-2

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Manga de AidaIro
Pika (2015) 2019, 192p./volume, série en cours, 2/15 vol. parus.

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Parmi les 7 mystères de l’école Kamome, une rumeur court qu’un esprit habitant dans les toilettes pour filles du troisième étage exaucerait n’importe quel vœu… La jeune Nene Yashiro, peu sure d’elle, souhaite plus que tout se faire aimer d’un garçon de l’école. Mais lorsqu’elle rencontre l’esprit Hanako elle réalise que tout n’est pas si simple et que toute décision entraîne des conséquences. La voilà rapidement liée à ce fantôme qui garde bien des mystères sur le monde paranormal qui régit cette école et ses rumeurs…

Toilet-bound Hanako-kun tome 1 et 2 : La valse des esprits farceurs -  Esprit OtakuLorsque mon partenaire Pika m’a proposé de découvrir sa nouvelle licence je n’étais pas certain d’être le bon public pour ce type de manga, commençant à avoir l’habitude des brouettes d’œuvres sur mesure à l’humour un peu facile. Première surprise en entamant ces deux premiers tomes, la simplicité avec laquelle on pénètre ce monde et ses personnages, la fluidité avec laquelle tout est introduit sans avoir le sentiment que la culture japonaise est décidément si lointaine. Les auteurs derrière le studio AidaIro maîtrisent très bien les techniques de narration et lancent leur histoire sur le rythme d’une histoire courte… alors qu’elle comporte déjà quinze tomes au Japon! Avant dix pages on sait déjà qui sont les deux protagonistes principaux qui vont servir de cadre à la série (avant l’arrivée d’un troisième larron en la personne d’un apprenti exorciste pas encore bien à l’aise avec sa mission familiale): devenue très vite assistante de l’esprit farceur Hanako, ils entament tous deux la résolution d’enquêtes mystiques pour résoudre des mystères. Le schéma est classique: un esprit renferme un drame passé et se venge sur les vivants, il faut donc découvrir la source du mal, en lien avec les amis de Nene.

➤ [ Toilet-Bound Hanako-kun: Pilot, Ch.2 ] | Hanako kun, Toilet bound hanako  kun, HanakoL’autre bonne surprise repose sur un humour très frais, accessible et basé sur un second degré et une répartie très percutante. On sourit très souvent et volontiers à la lecture de ces histoires courtes. Les auteurs prolongent graphiquement, comme ces navets qu’on voit apparaître de ci de là après que Nene ait été éconduite par un garçon qui lui trouve des jambes de… navet! Étrange amalgame qui ne viendrait pas à tout le monde et qui permet, sans appuyer, de légers running-gags. Le fait que Nene passe son temps à récurer les toilettes où habite l’esprit est en soi décalé, sans besoin que les AidaIro n’ait besoin d’appuyer. L’esprit facétieux de Hanako permet par ailleurs de créer une atmosphère bon-enfant et des situations amusantes.

Graphiquement les planches semblent assez basiques, simples, avant de réaliser la qualité des encrages et une profondeur de décors et de détails que l’on ne perçois qu’une fois bien dans l’histoire. On reste dans un style pas hyper original très shonen mais techniquement remarquable.Avis manga : Toilet-Bound Hanako-kun - Tome 1 - A la une

Au final je ressors tout à fait enthousiaste après cette lecture qui plaira à tout public, avec la réserve que l’humour n’est pas le même selon les ages et que les plus jeunes resteront peut-être plutôt sur l’aspect chasse aux fantômes avec quelques moments qui peuvent impressionner avec une certaine noirceur (sans jamais tomber dans le sordide). L’équilibre entre mystère, relations collégiennes et humour est parfaitement équilibré. A voir si cet équilibre et l’intérêt se maintiennent sur plus de dix tomes une fois les sept mystères résolus.

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Locke & Key Hors Série: Ciel et Terre

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Recueil de trois histoires courtes reliées à la série Locke & Key, écrite par Joe Hill et dessinée par Gabriel Rodriguez. Parution le 16/06/21 aux éditions HiComics

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Merci aux éditions Hi-comics pour leur confiance.

Une clef pour chaque serrure

Après le décès brutal de leur père, les trois orphelins Locke emménagent dans la vieille demeure familiale, située sur l’île de Lovecraft, Massachussetts, et vont y découvrir d’étranges pouvoirs contenus dans des clefs, disséminées à travers la maison. Ces clefs vont bien évidemment attirer la convoitise de personnes mal intentionnées, et il reviendra alors à la fratrie Locke d’assumer son rôle de gardiens des clefs.

La série Locke & Key, publiée en France par HiComics, est un des succès retentissants ces dernières années en terme de comics indépendants. Abouti et fascinant par son ambiance, Locke & Key réussit le savant mélange entre horreur et teen drama, démontrant ainsi que le talent, chez les King en tous cas, peut passer d’une génération à l’autre. 

Après la conclusion de la série au sixième tome, les auteurs décident de prolonger l’aventure avec une série d’histoires courtes faisant office de préquels et mettant le focus sur les aïeux de la famille Locke ou bien sur leur célèbre manoir du comté de Lovecraft, le bien nommé Keyhouse. La première partie, poétique, nous fait remonter d’un siècle pour rencontrer des ascendants de la famille Locke, dont le fils aîné est malade. Son père va alors réaliser l’impossible pour l’embarquer dans le voyage le plus mémorable qui soit tout en tentant de le préserver.

La seconde partie, plus tendue et anxiogène, montre comment des Locke ont du se défendre contre des home invaders braqueurs de banque et redoutablement retors. Bien évidemment, les plus dangereux ne sont pas ceux que l’on croit. La troisième partie, enfin, nous met en présence de Tyler, Kinsey et Bode, les héros de la série principale, qui vont encore se confronter brièvement au pouvoir des clefs. 

Une serrure pour chaque clef

Autant le dire tout de suite, ce hors-série Locke & Key vous laissera sur votre faim. Après une intrigue aussi dense, ingénieuse et aboutie, il est normal de nourrir un niveau élevé d’attente, même pour des one-shots de ce calibre. Toutefois, à part quelques rappels des clefs incontournables de la série et quelques ajouts, rien de significatif ne vient renforcer l’attrait de ce recueil. 


Bien que les trois histoires bénéficient de la qualité d’écriture de Joe Hill, elles se révèlent finalement anecdotiques. Décrocher la Lune, n’en demeure pas moins émouvante et poétique, tandis que Grindhouse sa tout du huis-clos tendu à souhait, mais Petit coin, qui conclue l’album et met en scène les héros de la série, n’apporte paradoxalement rien en terme de contenu. 
Ce HS ne constitue donc pas un point d’entrée idéal pour les nouveaux lecteurs, mais sera à réserver aux fans hardcore ET complétistes de la série principale. 

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Jukebox Motel #1: la mauvaise fortune de Thomas Shaper

La BD!

Premier tome d’un diptyque écrit par Tom Graffin, adapté de son roman éponyme. Marie Duvoisin au dessin et à la couleur, parution le 28/04/21 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Contre mauvaise fortune bon cœur

Pour réaliser son rêve, Thomas Shaper a dû s’affranchir des attentes paternelles, et a quitté son Québec natal pour aller vivre à New York étudier aux Beaux-Arts. Son père, qui espérait que son fils reprendrait l’exploitation familiale, était loin d’approuver ce voyage, forçant Thomas à partir sous l’opprobre de ceux qu’il aime.

Une fois l’amertume passée, Thomas se jette à corps perdu dans la peinture, et fait la rencontre de Joan, dont il tombe éperdument amoureux. A force de travail, Thomas finit par attirer l’attention d’Andy Warhol himself après un coup d’éclat graphique, ce qui le propulse sous le feu des projecteurs, à son grand désarroi.

Pris dans l’engrenage nauséabond du marché de l’art, Thomas reçoit une forte somme d’argent en acompte, en échange de dix nouvelles toiles. Des billets verts plein les bras, incertain de sa capacité à reproduire l’exploit qui l’a fait connaître, Thomas décide de faire un break, et prend la route vers la Californie.

Apparemment destiné à croiser des célébrités, Thomas fait une nouvelle rencontre fortuite, avec rien de moins que Johnny Cash ! Le chanteur, désabusé lui aussi par le succès, a taillé la route, à la recherche d’un endroit où se retrouver. Pris d’une amitié soudaine, ou simplement d’humeur joueuse, Cash met au défi Thomas de trouver pour lui ce « diable d’endroit« , ce havre pour les âmes en peine.

I walk the house

Comme nous le disions, Tom Griffin adapte lui-même son roman éponyme, grâce au concours de Marie Duvoisin. Nous plongeant dans les affres du processus créatif et des angoisses propres aux artistes, l’auteur nous fait traverser les tourments de son protagoniste, au travers duquel il est permis de penser qu’il s’est projeté lors de l’écriture.

L’ascension fulgurante de Thomas est un parallèle évident aux nombreux artistes qui ont sombré peu de temps après leur accès à la notoriété. Jukebox pose donc une question essentielle et paradoxale de la vocation artistique: et après ? Quelle finalité accorder au geste de création artistique ?

Au cours de l’histoire, Thomas est en effet confronté à cet épineux problème: comment dompter l’inspiration authentique ? Incapable de peindre sur commande, Thomas choisit la fuite, afin de se trouver, et de régénérer cette partie de lui qu’il sacrifie à chaque fois qu’il peint une toile. Il en va de même pour Johnny Cash, qui recherche cette étincelle perdue, cette volonté de chanter avant tout pour lui et non plus pour courir après l’approbation du public.

Jukebox Motel nous interroge donc sur une composante essentielle de la création artistique, et mettant en lumière le paradoxe entre création authentique et mercantilisation de l’art.

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Manga en vrac #14: L’atelier des sorciers #8 – survivor’s club #1- Outsiders #2

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  • L’atelier des sorciers (Shrahama – Pika) – (2020) 2021, série en cours, 8/8 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

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Après un billet découverte enjoué et un gros billet de rattrapage, on prend une vitesse de croisière sur cette sublime série qui emprunte à l’ambiance graphique des dessinateurs italiens classiques. Avec une réalisation loin de la frénésie d’un Boichi sur Dr. Stone (qui ponds tout de même cinq volumes par an!!!) l’édition française apprend la patience puisque nous suivons de près la parution japonaise (qui sort tout de même deux volumes par an).

Ce volume marque une pause assez conséquente dans l’intrigue puisque de retour dans l’atelier, Coco se retrouve à travailler avec Tarta, le jeune artisan qui a enfin décidé de devenir sorcier. Les deux apprentis vont ainsi travailler à aider le jeune garçon dont les jambes avaient été écrasées lors de l’incident de la rivière du tome deux, en attendant de se rendre à la Fête de la Nuit d’argent. Dans cet intermède Kieffray et les amies de coco disparaissent pratiquement de l’intrigue pour laisser la place à un pure shonen où les enfants vont disserter du rôle de la magie, de l’amitié, des rêves de progrès etc.

Ca reste très beau à regarder, avec tout de même le développement de quelques personnages nouveaux (et fort mystérieux…) et l’on sent le doigt de l’autrice qui nous rappelle les risques pour les jeunes sorciers de vouloir se soustraire des règles d’utilisation de la magie (pour rappel il est interdit de ressusciter et même soigner par la magie). Cet épisode n’est donc pas inutile et a son rôle dans la progression psychologique de Coco… mais ne vous attendez pas à de grands moments d’action ni de paysages fantasmagoriques. C’est donc très sage, avant sans doute un rebonds dès le prochain volume prévu pour la fin d’année.

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  • Survivor’s club #1 (Aosei/Anajiro – Delcourt) – (2017) 2020 série en cours, 1/3 volumes parus.

Une vague de human-bomb survient dans les lycées japonais… L’une des victimes trois ans auparavant, réunit d’autres victimes pour leur dévoiler ses découvertes sur un lien entre tous ces élèves harcelés désespérés au point de vouloir emporter leurs camarades dans la mort…

La jeune équipe de cette trilogie (le dessinateur a une autre série en cours éditée chez nous par Ki-oon et le scénariste en est à sa première réalisation) nous convie dans la problématique du harcèlement scolaire colorée de la violence sociétale japonaise et de la difficile sexualité des lycéens.  Contrairement à ce que le titre pourrait laisser entendre il ne s’agit ni réellement d’un survival ni d’un battle royal, mais bien d’un thriller psychologique où un jeu malsain s’installe entre une preneuse d’otage et des élèves sommés de se dénoncer les uns les autres dans des détails bien sordides. On aborde les pulsions sexuelles cachées et la vie en société plus que le harcèlement proprement dit (qui est ici évoqué à des niveaux assez graves!). Le scénario malin met en parallèle la discussion d’une victime-enquêteur qui tente de confondre d’éventuels complices de celui qui a emporté son bras dans son acte kamikaz, et l’action en directe de la prise d’otage. On est assez mal à l’aise devant toute cette malveillance mais sur le point de l’intrigue on peut dire que c’est efficace et qu’on a bien envie de savoir comme cette affaire va tourner, d’autant que le format court implique une avancée rapide et une intrigue relativement simple.

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  • Outsiders #2 (Kanou – Ki-oon) – 2021 série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

outsiders-2-ki-oonJ’avais bien accroché sur le premier tome de cette série originale de chez Ki-oon (dont le premier volume est sorti début 2021), notamment sur un humour bourrin qui donnait une saveur sympa au duo vampire/garou et le développement d’un background qui évitait la fréquente temporisation inhérente au format long des manga. La chute laissait entrevoir des enquêtes fantastiques faisant qu’on avait hâte de lire la suite. Malheureusement ce second tome s’avère assez décevant en bifurquant vers du Shojo pure jus où l’héroïne Ema passe son temps à s’intéresser aux problèmes des copines et sa sœur aux relations, qu’elle croit homosexuelles, des deux êtres fantastiques. D’ailleurs la relation homosexuelle est traitée de façon étonnamment normale dans un manga qui n’est pas spécifiquement Yaoi, avec par exemple deux filles dont on nous parle du mariage sans commentaire particulier. L’histoire laisse un peu de côté l’agence de détectives (alors qu’on venait d’apprendre la vrais nature de l’alliance entre le vampire et le garou) pour nous parler des thématiques classiques de lycées: harcèlement, mal être, jeunes abandonnés par leurs parents, performance sportive,… Ce qui m’avait accroché dans le premier volume, les dessins chargés et l’humour lié aux deux personnages masculins est totalement mis de côté et on avance assez laborieusement vers un démarrage d’enquête autour de deux cadavres retrouvés et qui obligent Ema la curieuse à se lancer dans des recherches. Je n’ai pas compris pourquoi il fallait un tome entier pour commencer une enquête, qui est tout de même l’intérêt premier de cette série… ou pas? Il faudra donc attendre le prochain volume pour voir vers quel genre s’oriente Outsiders car entre les relations adolescentes et les enquêtes paranormales on n’est pas tout à fait sur le même public…

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Les Géants #3: Bora et Leap

Troisième tome de 48 pages de la série écrite par Lylian, dessinée par Luisa Russo. Parution le 16/06/21 aux éditions Glénat. Encore trois autres tomes à paraître.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Si les pierres pouvaient parler

Depuis quelques temps, la planète donne à ses habitants des signaux de détresse, qui laissent nous prouvent chaque jour un peu plus l’impact négatif de l’Homme sur la nature. Alors que la crise se fait de plus en plus pressante, d’étranges créatures ont fait leur apparition, semble-t-il réveillées par des enfants aux dons extraordinaires.

Ainsi, Erin a-t-elle découvert son lien symbiotique avec Yrso, un géant élémentaire pouvant commander au règne végétal. Peu de temps après, ce sont les dons de Siegfried qui se sont éveillés, et ont fait sortir Adryel, géant des eaux, de sa torpeur. Pendant ce temps, la méga corporation Crossland a fait une découverte sensationnelle dans les glaces polaires: Alyphar, un autre géant énigmatique dont les réelles capacités sont encore inconnues.

Difficile à contrôler, et sans doute attiré irrésistiblement vers ses ennemis naturels, Alyphar s’est échappé et a été stoppé de justesse par l’intervention d’Yrso, Erin, Adryel et Siegfried. Toutefois, Alyphar n’a pas encore atteint son plein potentiel, et lorsqu’il le fera, deux géants et leurs jeunes compagnons ne suffiront pas à l’arrêter.

Alors que le reste du monde s’émerveille ou s’inquiète de ces nouveaux protecteurs, Bora et Leap, deux jumeaux cambodgiens, survivent tant bien que mal dans les rues de Siam Reap. Obligés de mendier pour vivre, ils subissent au quotidien les brimades des passants sans oublier le courroux alcoolisé de leur père.

Leap, douce et sage de nature, évoque régulièrement ses conversations avec les pierres du vieux temple, au grand désespoir de son frère Bora, qui, plus pragmatique, pense que sa sœur affabule afin de fuir leur dure réalité. La dure réalité, c’est plutôt Bora qui devra la digérer, lorsqu’il se retrouvera face à Kyma, une géante de pierre de 8 mètres de haut et pesant 45 tonnes.

Pierre qui roule n’amasse pas mousse

La série jeunesse initiée par Lylian, à qui l’on doit Titouan, Méto, la Famille Fantastique ou encore La Quête d’Ewilan, poursuit son bonhomme de chemin et parvient ainsi à la moitié de son cycle, avec cette fois un changement de dessinateur. La formule reste globalement inchangée, à savoir de jeunes protagonistes au quotidien étouffé par une problématique (Erin était orpheline et isolée, Siegfried était paraplégique et isolé, Bora et Leap vivent dans la misère et la violence) vont s’émanciper grâce à leur ami géant, tout en devant faire face à la convoitise d’une méga corporation qui agit dans l’ombre en ignorant les lois et en manipulant l’opinion publique.

Le thème de la « Mega Corp » est assez répandu dans les récits de genre (on peut citer de mémoire la Weyland-Wutani, OCP, la Tyrell Corp, la Zorg Corporation, Cyberdine, la Fédération du Commerce, etc), et sert souvent à critiquer le monde moderne et ses dérives en offrant une vision dystopique, et souvent à peine exagérée, dans lesquelles ces puissantes entités régissent l’ensemble du monde grâce à leur pouvoir économique, guidées le plus souvent par l’avidité.

Rien de bien neuf ici, donc, cependant il faut constater que c’est un bon moyen de mettre en lumière la thématique écologique sous-tendue par la série. Pour le moment, en revanche, le discours reste assez manichéen dans son ensemble, d’une part par le biais d’un méchant Crossland aux motivations floues, qui se fiche du devenir du monde et tente de contrôler l’incontrôlable personnification du chaos, et d’autre part à travers l’optimisme et la sagesse de ces enfants, à qui tout arrive mais qui arrivent à tout par la force de leur conviction et grâce à leur symbiose avec leurs amis géants.

Point positif, cet album, à défaut de joutes dantesques entre géants, nous éclaire tout de même sur les origines et motivations de ces formidables créatures, approfondissant ainsi la richesse de l’univers mis en place par Lylian.

Un série jeunesse agréable à poursuivre, dont les attraits principaux sont son discours écologique et ses protagonistes attachants.

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Claude Gueux

La BD!
BD de Séverine Lambour et Benoit Springer
Grand Angle (2021), 70 p, one-shot.

Claude Gueux est un court roman d’une centaine de pages de Victor Hugo, paru en 1834, deux ans avant le plaidoyer abolitionniste Dernier jour d’un condamné. A la lecture d’un fait-divers, le futur auteur des Misérables voit l’illustration de ce que la misère sociale et la violence de l’Etat créent une criminalité non voulue, à l’inverse d’une vision bourgeoise clamant l’immoralité congénitale des classes laborieuses. Pamphlet réaliste et moral, Hugo y traite des conditions carcérales via un colosse sage et bon qui préfigure le futur Jean Valjean.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Benoit Springer et Severine Lambour travaillent ensemble depuis quelques temps. Le premier avait démarré sa carrière tambour battant sur la trilogie Terre d’ombre, en même temps qu’un certain Mathieu Lauffray avec lequel il partage un style fort, à la fois sauvage et précis. A l’inverse de l’auteur de Long John Silver, Springer a beaucoup évolué graphiquement ces dernières années, me laissant sur le carreau dans la trilogie vampirique Volunteer (sortie en même temps que les Rapaces de Marini) dont j’avais adoré les premiers volumes avant de décrocher sur une conclusion où le trait partait à l’épure, au brouillon, rompant totalement l’harmonie graphique. Par cette petite introduction je voulais montrer l’exigence (et les hésitations) artistique d’un auteur qui semble avoir fui les sirènes du grand public pour des créations plus intimistes à la fois thématiquement et dans une recherche graphique pas toujours facile à suivre.

Les Sentiers de l'Imaginaire:::Pourtant Benoit Springer a un sacré talent! Ce projet émotionnellement très puissant (on n’adapte pas Victor Hugo à la légère!) frise l’épure. Doté de très peu de textes, l’album porte essentiellement sur un découpage lent, répétitif mais extrêmement parlant, jouant sur les regards et les champs-contre-champs pour faire ressentir l’incompréhension d’un homme bon, calme, bon camarade qui assume sa faute (le vol de pains et de bois pour son fils et sa femme) en purgeant une peine qu’il ne conteste pas. Le cadrage suit Gueux à chaque instant et les planches ne visent pas le misérabilisme. Très fort pour croquer des visages réalistes, Springer apporte une matière à ses dessins par des estompes charbonnées. A la fois précis dans les décors et dans des gueules incroyablement expressives, il donne forme à la simplification documentaire que vise le texte original, comme un BRUT en format BD.

Le propos de l’album n’est pas tant les conditions de détention (comme le violent Vagabond des étoiles, adapté de Jack London, un frère de plume de Hugo) mais plutôt l’absurdité et la toute puissance d’un directeur qui brime parce qu’il le veut. Nous n’aurons pas de scènes violentes classiques des récits de prison. Les prisonniers ne semblent pas maltraités… seulement Claude Gueux est un colosse à qui la maigre ration ne suffit pas. Il se lie alors d’amitié avec un autre prisonnier, son « ami » qui lui cède la moitié de sa ration. Lorsque le directeur décide de les séparer Gueux conteste à la fois sa maigre pitance et le fait de le brimer gratuitement. On ne dit ni ne montre rien des faveurs sexuelles probable entre les deux « amis » car c’est une fable que cet album, montrant des être simples face à l’absurdité sociétale. Les auteurs veulent rester centrés sur le propos en évacuant tout pathos. Les plus grands textes humanistes se concentrent sur la raison pure: qu’est-ce qui justifie qu’un homme de loi, un homme au pouvoir, refuse le seul plaisir d’un autre résumé à des relations humaines? Aucune sanction n’est présentée, Gueux est un prisonnier modèle qui présente poliment des demandes vitales: a manger dignement et un contact humain. Il va jusqu’à dénouer une révolte par sa seule aura. Mais cela ne suffit pas. Victor Hugo a toujours dénoncé le pouvoir qui par son seul fait permettait des injustices, sans autre justification que le bon vouloir. C’est ainsi bien les réminiscences de l’absolutisme contre le droit qui est pointé symboliquement.

L’album n’aborde pas la dernière partie du roman qui a trait à la peine de mort elle-même. Il s’achève à la vue de l’échafaud en posant la question de l’intérêt rationnel pour une société de décapiter d’honnêtes gens que la seule injustice de l’Etat pousse au crime. Et de rappeler que seule l’éducation, en formant la morale, en formant au métier, permettra de réduire une violence issue directement de l’inégalité et de l’injustice. De la première à la derrière planche les auteurs parviennent à donner corps à un propos profond, essentiel, et central dans l’œuvre de Victor Hugo. Du fait de son origine et de son thème on aurait souhaité une prolongement par un cahier documentaire qui aurait permis à l’ouvrage de hisser encore plus son sujet. Dommage, mais l’album en lui-même est une sacrée réussite alliant la forme au fonds.

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Le Tatoueur

La BD!

Histoire complète en 46 pages, écrite par Matz et dessinée par Attila Futaki. Parution chez Grand Angle le 31/03/2021. 

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Oh, le Zoli Tatouaz !

Bien malgré lui, Zoli est un vagabond, qui navigue de ville en ville pour vivre de son art du tatouage. L’homme aux aiguilles a du quitter sa Hongrie natale pour d’obscures raisons, et vit depuis sur le fil du rasoir, toujours inquiet de ce passé qui aurait tôt fait de le rattraper. Heureusement pour lui, Zoli est un excellent tatoueur, pourvu d’un réseau et d’une clientèle qui lui permettent de travailler n’importe où, et surtout, discrètement. 

Car outre le graphisme épidermique, Zoli a une autre passion, celle de survivre. Conscient qu’un homme qui a des habitudes est un homme vulnérable, il s’ingénie à déjouer de façon préventive toute tentative de filature, en n’empruntant jamais deux fois le même chemin et en ne se faisant jamais déposer devant son domicile. Un soir comme un autre, après avoir tatoué un nouveau riche client, Zoli, enfoncé nonchalamment dans la banquette arrière d’un taxi parisien, écoute distraitement les diatribes du chauffeur, Laszlo, qui, concours de circonstance, est également d’origine hongroise. 

Laszlo déblatère sur un grand projet qui, à coup sûr, va faire trembler les fondations du pays et remettre le statu quo en question. Zoli, peu intéressé, pense qu’il est encore tombé sur un hurluberlu. Mais la paranoïa latente du tatoueur va semer la graine lancinante du doute dans son esprit. Qui sont ces « ils » dont parle Laszlo ? Savent-ils vraiment tout sur tout le monde ? Ont-ils autant de pouvoir que Laszlo le prétend ? 

Invasion of the taxi snatchers

Bien vite, Zoli a la preuve que les élucubrations de Laszlo étaient plus sérieuses qu’il ne voulait le croire. Le président du Sénat est assassiné, et dans les jours qui suivent, d’autres hommes supposément influents tombent sous les balles d’assaillants anonymes. La paranoïa de Zoli a donc du bon, puisqu’elle lui évite, pour un temps du moins, d’être alpagué par les révolutionnaires conspirateurs, qui se révèlent être…des chauffeurs de taxi. 

Matz s’est inspiré d’une anecdote personnelle pour créer ce polar à la fois sombre et délirant. Partant du principe que les chauffeurs de taxi sont les plus à même, de par leur profession et leur nombre, de récolter des informations sensibles sur tout le monde (adresses, habitudes, petits secrets inavouables), il imagine ces mêmes chauffeurs former une confrérie et fomenter une révolution (ou un coup d’État, le récit n’est pas très clair là-dessus). 

Le pitch est donc WTF comme on les aime, et promet un récit paranoïaque à la Invasion Los Angeles (They Live! de John Carpenter) ou encore l’Invasion des Profanateurs (Invasion of the body snatchers de Philip Kaufman), en moins surnaturel, bien entendu. En somme, un récit où le protagoniste met à jour une conspiration secrète et se rend compte qu’il ne peut compter que sur lui-même, le danger pouvant provenir de n’importe où et de n’importe qui. Chaque licence de taxi serait un danger potentiel, chaque mine patibulaire derrière un volant augmenterait la sensation d’oppression du protagoniste et l’intensité du danger. Monter à l’arrière d’un taxi reviendrait alors à jouer sa vie, pour peu que l’on soit un homme influent ou détenant des informations capitales. 

Le thème est donc bien suggéré par la prémisse, seulement voilà, tous ces éléments sont absents de l’album. Tout ce à quoi on aura droit, ce sont deux conversations relativement cordiales entre Zoli et Lazslo à l’arrière de son taxi. Puis, en guise de développement, on trouvera les conspirateurs-taxis réunis en mode clandestins, avec même un « mouahahaha » résolument cliché en fin de scène. Rien ne vient vraiment approfondir ni même expliquer leur plan ou leurs motivations, ce qui gâche un peu l’ensemble. 

Certes, ils sont décrits comme dangereux et tuent des personnalités publiques, mais ces actions en soi n’ont rien de spécifique à ce que pourrait faire un chauffeur de taxi (on aurait pu avoir par exemple, conduire son « client » dans une allée déserte avant de le supprimer, piéger des faux taxis pour les faire exploser, ou faire une embuscade lors d’une opération escargot, exploiter spécifiquement les informations compromettantes, que sais-je !), et c’est dommageable à l’ensemble du récit. Encore une fois, nous sommes donc en présence d’un concept assez fort et très original (et d’autant plus angoissant que sa base, à savoir que les taxis peuvent en apprendre beaucoup sur les gens, est relativement vraisemblable!), qui ne va pas au bout de ses possibilités. 

Concernant la thématique et la faiblesse de son traitement, vient également se poser le problème du protagoniste, qui donne son titre à l’album. Le tatouage, étant donnée la mystique qui l’entoure, et l’art qu’il représente, devrait être un sujet à part entière. Ici, le scénario tente, assez difficilement, de se partager, entre le complot des taxis d’une part, et une réflexion sur l’art du tatouage, sans parvenir à les faire briller, car ce sont deux éléments qui ne sont pas liés dans le récit, et qui ne se mêlent pas efficacement, comme si l’auteur avait versé à la fois de l’eau et de l’huile dans son verre narratif, en espérant un mariage des deux. 

Le constat est simple: le tatouage n’a pas sa place dans ce récit aux forts accents de polar. Rien ne vient justifier le fait que Zoli soit tatoueur, cette profession n’ayant d’ailleurs que peu, voire pas, d’impact sur le reste de l’intrigue. Le héros, aurait du/pu être un opposant politique en fuite, ou même un chauffeur de taxi, ou tout autre chose qui aurait fait écho au thème de la conspiration et du coup d’État. Ou à l’inverse, il aurait été gratifiant que le tatouage de Zoli soit utilisé d’une façon ou d’une autre dans l’intrigue (il aurait pu être débusqué grâce à l’un de ses singuliers tatouages par exemple). 

Bref, le Tatoueur présentait toutes les caractéristiques d’un bon polar à la fois sombre et déjanté, mais la greffe thématique n’a pas pris, preuve que les bons bouchers n’ont pas toujours que de la bonne viande sur leur étal. 

***·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

The Plot #1

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Premier tome comprenant les 4 premiers chapitres (sur 8) de la mini-série écrite par Tim Daniel, Michael Moreci, et dessinée par Josh Hixson. Parution en France chez HiComics le 19/05/2021.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

La hantise du Bayou

Après la mort brutale de son frère et sa belle-soeur, Chase Blaine se voit confier la garde de sa nièce Mackenzie et de son neveu Zach. En plus de devoir gérer le deuil de ce frère qu’il ne voyait plus depuis des années, Chase va donc devoir faire de la place à cette nouvelle famille, qu’il ne connait pas davantage. Ces événements vont le ramener sur la parcelle familiale, où se situe la maison des Blaine. Très vite, des secrets enfouis dans les marécages environnants, et les fondations même de la demeure, vont tenter de refaire surface. Des secrets liés de près à la mort de son frère et au destin de sa famille…

Le récit d’horreur est un exercice périlleux, surtout si l’on prend en compte les contraintes du médium utilisé. Le thème du retour à la maison est un lieu commun presque inévitable du genre, qui est presque indissociable de celui des secrets de famille, qui sert de colonne vertébrale à The Plot, sans que l’auteur ne donne, pour le moment, d’indice prégnant quant à la nature du pêché à l’origine du récit. Le deuil, bien sûr, est toujours un terrain propice à l’horreur et au surnaturel, tout comme l’exploration des dynamiques familiales (l’oncle éloigné qui récupère la garde de ses jeunes neveux orphelins rappelle le film Mama).

Vous l’aurez donc compris, The Plot s’inscrit dans le genre horrifique sans le révolutionner nécessairement. La tension est pourtant bien présente, au moyen de jump scares séquentiels bien utilisés, et d’une ambiance graphique immersive due à l’encrage lourd de Hixson et aux couleurs de Jordan Boyd.

Néanmoins, il apparaît évident que ces quatre premiers chapitres présentés tels quels font office de premier acte, les quatre derniers ayant certainement davantage de révélations et autres coups de théâtres en réserve (on soupçonne un pacte avec une entité engendrant une dette des Blaine). Il n’aurait donc pas été incongru de proposer les huit chapitres d’emblée en intégrale, au lieu de se contenter d’un premier tome d’exposition en espérant avoir accroché le public pour le second tome.

Étant donné sa nature essentiellement introductive, il n’y a donc pas énormément de choses à souligner sur ce premier tome de The Plot, si ce n’est sa correcte exécution et un mystère qui donne envie d’être découvert.

***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro·Service Presse

Spoon & White #1 et #9

BD de Yann, Jean et Simon Léturgie
Bamboo (1999-2021), 44p./album., série en cours

La série Spoon & White fait partie des grands ancêtres très réputés, avec une histoire éditoriale un peu compliquée puisque débutée fort logiquement chez Dupuis, la série est ensuite passée chez Vent d’Ouest (plus étrange) avant d’atterrir pour ce neuvième album chez Bamboo qui réédite pour l’occasion l’intégralité de la série. Commencée avec Yann au scénario, le duo Léturgie se retrouve seul à compter du septième volume et voit passer dix ans entre le dernier paru et ce nouvel épisode. Les deux volumes ressortis comportent un cahier graphique de dix pages avec croquis préparatoires, jeux et strip humoristiques dans l’univers de la série.

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Parodie assumée des films d’action policiers des années 90, Spoon & White arrive juste après le double chef d’œuvre de monsieur Maester qui lançait le genre sur Meurtres fatals, déclaration d’amour à Michael Douglas et au FBI qui donne des envies de VHS à tous ceux qui ont découvert L’arme fatale, Seven ou Basic Instinct en salles…

Spoon & white tome 1 requiem pour dingos - BDfugue.comDans un style graphique résolument BD jeunesse, la série s’ouvre sur le tome 1 par un surprenant et très graphique plan cinématographique qui fait monter l’envie assez haut… avant de revenir à des planches plus classique. Cette première page est très étonnante car elle semble montrer une hésitation originelle des auteurs entre de la BD d’action exigeante et de la farce parodique assumée. Le contexte des BD de l’époque est important: Yann est sur la très populaire série Les Innomables issus du Journal de Spirou avec un aspect très cinématographique et plutôt sombre bien que mettant en scène des « gros nez ». Les premières couvertures de Spoon & White sont d’ailleurs tout à fait dans le ton de l’époque (assez minimaliste)  et s’inscrivent dans cet entre-deux BD spirou jeunesse/Bd d’action référencée pour adultes.

Le premier volume qui ressort chez Bamboo avec une nouvelle couverture fonctionne très bien en nous introduisant sans préambule avec ces deux débiles mentaux: Spoon le minus très laid et fana de Dirty Harry tire sur tout ce qui bouge ; le grand White et ses costards élégants se croit plus malin mais est tout aussi crétin. Les deux de bagarrent pour le cœur blindé de la plantureuse journaliste Courney Balcony.  Voilà, vous avez l’histoire qui va servir de prétexte à l’ensemble de la série! Le premier album est assez drôle et l’action plutôt réussie avec cette prise d’otage d’une secte suicidaire. L’ambition visuelle est évidente et plutôt inspirée avec des dessins très lisibles et parfois assez jolis dans leur style cartoon. On n’est pas au niveau de Maëster mais ça fonctionne très bien et je comprend que la série ait bien marché à partir de ce coup d’essai. A noter que l’on n’a aucune information sur qui est qui, les blagues devant caractériser les personnages immédiatement.

Vingt ans après qu’en est-il de la sortie exclusive chez le nouvel éditeur? D’abord la couverture, fort réussie qui cite évidemment un des grands films d’action de ces dernières années, Mad Max Fury Road. Cet épisode nous transporte au fin-fond de l’Amérique, dans la ville natale de Spoon (Mudtown) au sein d’une exploitation de « gaz de Shit » (dans une citation fort drôle d’un ancien premier ministre français…) qui cache bien entendu un plan machiavélique d’un milliardaire que Balcony va aller interviewer. L’aventure nous permet de découvrir les tout aussi débiles sœur et père de Spoon qui est (après mes deux lectures) le véritable héros de cette série. Si l’action enfiévrée de ce dernier épisode est toujours aussi efficace, on note une certaine facilité dans exubérance et les explosions XXL. Les auteurs veulent du gros, du lourd, du sale, au risque de tomber dans le déjà vu et attendu.

Après mes lectures de ce premier et dernier tome je note une étonnante continuité et très peu de changements graphiques notamment. Ma principale interrogation repose sur le cœur de cible de cette série. Graphiquement on est sur de la jeunesse (c’est d’ailleurs édité chez Bamboo) alors que le côté gore (surtout sur le premier tome) et les références à des films plutôt adultes orientent vers une cible adulte. Du coup si l’humour facile fera mouche chez les jeunes ils risquent de passer à côté des références, à l’inverse les plus grands risquent de ricaner sur les blagues et de prendre plus de plaisir sur les parodies. On peut voir ça comme un coup double autorisant une lecture à tout âge ou un risque de perdre son public faute de le repérer. Souhaitons en tout cas à Bamboo et aux auteurs une nouvelle jeunesse à cette série qui jouit sur le plan éditorial d’une très jolie fabrication.

A partir de 12 ans.

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