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BD en vrac #29: Maudit sois-tu #3 – Les 5 terres #7 – Machines de guerre #5

Bienvenue pour une nouvelle semaine BD sur l’Etagère! Comme vous le constatez pas de C’est lundi… mais désormais des billets tout ce qu’il y a de plus classiques (je reviendrais sur ce changement dans le prochain bilan mensuel, qui remplacera ce rendez-vous hebdomadaire.

Au menu donc, trois albums de séries, avec la conclusion du très littéraire Maudit sois-tu par le prolifique et très en vue Philippe Pelaez, le commencement du nouveau cycle des 5 terres et une découverte sur le thème des tank…

Demain ce sera le retour des tortues pizzavores, mercredi un docu sur la répression à Hong-Kong, jeudi un Batman (… on se rapproche du film!), vendredi un nouveau Kurosavoir sur Marie-Antoinette, samedi des manga en vrac et dimanche mon retour sur la série d’animation phénomène, Arcane sur Netflix!

C’est parti!…

    • Maudit sois-tu #3: Shelley (Pelaez-Puerta/Ankama) – 2022, 54p., série achevée en 3 tomes.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance!

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Nous voici arrivés à la conclusion-début de ce projet un peu fou et diablement ambitieux de Philippe Pelaez. Si le second tome centré sur l’amour dramatique de Mary Shelly pour John Polidori (premier à utiliser le personnage du vampire dans la littérature fantastique) avait paru un peu redondant avec le premier, cette conclusion change radicalement de trame pour adopter le schéma de l’amant maudit dans une approche résolument dramatique et romantique. Si l’on peut saluer le changement, on perd l’efficacité de ces groupes de personnages historiques et du savant fou pour ne garder que la passion folle de Polidori pour sa belle. L’album a le mérite de boucler parfaitement avec le récit précédent  (et valide le cahier des charges initial dans une technique scénaristique assez brillante) mais nous perd un peu notamment du fait des problèmes de visages issus de la technique photographique de Carlos Puerta. La relecture a minima du second tome et au mieux des trois volumes dans l’ordre chronologique sont absolument conseillées mais malgré ces liens ce troisième tome apparaît comme le plus faible du fait de la disparition de l’aspect fantastique et de la chasse, axe fort du projet depuis le début. Proposant un texte très inspiré et extrêmement agréable à lire, Pelaez pèche sans doute par une pointe d’élitisme, bien peu de ses lecteurs auront initialement la connaissance littéraire pour apprécier toutes les références aux personnages et à leurs œuvres. Maudit sois-tu n’en reste pas moins un projet inclassable, particulièrement ambitieux, qui s’il ne s’accomplit que moyennement, propose tout de même une très belle immersion dans l’âge du gothique passionné…

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  • Les 5 terres #7 (Collectif/Delcourt) – 2021, 58p., cycle 1 achevé. Cycle 2 1/6 tomes parus.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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La fin du cycle d’Angléon (les félins) voyait le retour de l’otage Kéona dans son pays de Lys. Ce second cycle parmi le peuple primate entame directement à sa descente du bateau alors qu’elle est accueillie avec une très froide étiquette par la famille royale. Mais c’est bien la retour de la terrible Alissa que l’on suivra dans ce volume. Enfermée depuis cinq ans, la chef du clan du sistre qui règne sur les bas-fonds de cette société matriarcale, sa colère et sa force ne demandent qu’à exploser…

Le changement dans la continuité, le projet des 5 Terres ne me rendait pas particulièrement inquiet (et même plutôt impatient) à ce changement de continent. Intrigué de savoir comment les auteurs allaient relier les différents cycles, on est désormais rassurés: la continuité chronologique n’est pas rompue et l’enjeu sera bien plutôt d’entrecroiser les différentes intrigues. Si Angléon avait proposé quelques échappées chez les reptiles et chez les ours, on reste ici très concentré quasiment exclusivement dans la grande cité et très fixés sur cette Alissa que je n’ai pas trouvé très charismatique. Si la technique rutilante de la série reste évidente, on est moins enjoué à la conclusion de ce premier tome, pour plusieurs raisons. Tout d’abord l’utilisation des types de singes semble moins riche que chez les félins, rendant les personnages graphiquement moins intéressants. Si les multiples intrigues ne nous perturbent plus guère, cela semble moins fort que précédemment, moins prenant, en raison d’un enjeu qui nous échappe encore grandement. Hormis le couple à la recherche d’un remède pour son enfant, peu d’émotion transparaît dans ce début de cycle. Enfin, l’idée d’une société matriarcale s’incarne de façon évidente dans la langue avec ce parti-pris très perturbant de changer la faveur masculine du collectif par un féminin. Le texte en devient très étrange à lire, ce qui ne doit pas faciliter l’immersion. Fausse bonne idée ou coup de génie? Encore trop tôt pour le dire mais il est certain qu’il faudra d’autres concrétisations de cette innovation pour en faire autre chose qu’un gadget.

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  • Machines de guerre #5: Le Loup gris (Pécau-Mavric/Delcourt) – 2022, 56p., série de one-shot en cours

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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Jean-Pierre Pécau s’est spécialisé depuis pas mal d’années dans les séries semi-historiques basées sur des uchronies notamment sur la période de la seconde guerre mondiale. Avec Les machines de guerre il propose ainsi depuis 2016 des one-shot à la gloire des plus célèbres tank du conflit mondial. On passera sur une fascination militaire qui peut intriguer (mais apparemment ça se vend bien…) pour aborder cet album pour ce qu’il est. Traitent d’un prototype de méga-tank jamais utilisé sur le terrain d’opération et illustrant le délire de puissance du régime Nazi et d’Hitler, ce Loup gris nous plonge sur le Front Est au sein du camp russe où une commandante de tank va tenter de chasser ce fantôme qui semble apparaître et disparaître en semant la mort sans résistance possible parmi les troupes rouges. Comme beaucoup de récits de chasse on prend plaisir à cette immersion à la fois réaliste dans une dureté du régime soviétique où tout soldat devait sa vie pour la cause à l’aspect du thriller vaguement mystique. Adoptant le thème du croquemitaine, l’histoire permet aux auteurs de faire joujou avec plusieurs tank où l’on découvre les subtilités des manœuvres de ces engins si particuliers. On notera quelques enchaînements de découpage capricieux mais les dessins sont très réussis dans un genre réaliste-historique même si l’on reste loin de la virtuosité en technicolor d’un Romain Hugault et ses avions. L’album s’achève (un peu en ornière je dois dire…) avec un cahier technique qui revient sur les éléments techniques de la conception de ce mastodonte allemand. Au final on a là un album qui se laisse lire sans déplaisir même s’il passionnera surtout les fana de technique militaire. A noter tout de même une maquette particulièrement originale et élégante pour cette collection.

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Saint-Elme #1-2

La BD!
BD de Serge Lehman et Frederik Peeters
Delcourt (2021), 78p./album., série en cours 2 vol. parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Dans la petite ville lacustre de Saint-Elme règne le clan Sax, puissants industriels qui dirigent l’usine d’eau minérale qui fait vivre la population. Mais pas que… Le détective Franck Sangaré est missionné pour retrouver un fils à papa fugueur avant de découvrir que la pègre qui rode dans les bas-fonds de la ville n’est pas totalement étrangère à la famille Sax. Dans cet endroit hors du temps où les éléments semblent se comporter étrangement un voile obscure recouvre les apparences…

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2021/10/Saint-Elme-2.jpgSans vouloir revenir sur un sujet abordé maintes fois ici on pourra dire qu’avec la nouvelle série de Lehman et Peeters, Delcourt n’a pas misé sur le commercial, avec des couvertures à la ligne graphique certes cohérente, que d’aucune qualifieront de gonflées et que je rapprocherais plutôt du suicidaire. Reconnaissons que l’Homme gribouillé (que je n’ai malheureusement pas encore lu) ne proposait pas non plus de couverture vendeuse ce qui ne lui a pas empêché d’être un carton. Espérons que les seules réputations des deux auteurs suffira à ne pas dissuader les lecteurs.

Car on peut dire qu’en matière de maîtrise graphique comme scénaristique on est dans le top niveau. Si vous parvenez à dépasser la couverture et la colorisation totalement criardes vous voilà plongés Saint-Elme T. 1 : La Vache brûlée - Par Serge Lehman et Frederik (...) -  ActuaBDdans une sorte de Twin peaks dans cette bourgade suissomorphe où la pluie est prévisible à la seconde près, où les grenouilles pleuvent et où les vaches s’enflamment. L’aspect étrange est omniprésent dans cette série qui démarre sans que l’irruption fantastique ne soit déclarée. On parlera plutôt d’une physique parallèle qui participe à une atmosphère opaque, poisseuse et incertaine, comme tout bon polar.

Le personnage du détective Sangaré, caché derrière ses lunettes de soleil vintage, est fort réussi, accompagné d’une madame Dombre qui semble sortie des Contes de la pieuvre. S’ouvrant sur une réunion de truands qui tourne mal, Saint-Elme lance son héros dans cet univers maîtrisé par une famille dysfonctionnelle aux personnages très jouissifs. si l’action est tout à BD] Saint-Elme, tome 1 : la nouvelle claque de Serge Lehman et Frederik  Peeters (Delcourt)fait présente et réussie, c’est bien la galerie d’affreux allant du débile fini à l’homme de main bas du front en passant par le psychopathe de service, qui rendent la lecture très addictive. Comme toute bonne histoire ce sont les interactions qui font la sève d’un récit, a fortiori dans un polar archi-balisé où l’on retrouve tout un tas de marqueurs connus.

Je reviens un moment sur les dessins, bien entendu incroyables de Frederik Peeters. J’ai déjà parlé récemment de sa technique et de son inspiration incroyables malgré son insistance à croquer des sales gueules et une simplification du trait. Si elle instaure bien sur une part de cette ambiance crasseuse type néon glauque de bar underground j’ai trouvé que la colorisation en aplats affadissait des planches pourtant magnifiques. C’est un parti-pris osé que j’estime contre-productif et c’est vraiment dommage.Tumblr media

Hormis cela Saint-Elme est une superbe plongée vaguement surréaliste dans un polar montagnard et provincial qui ne fait pas dans la dentelle (âmes sensibles s’abstenir). Perso j’adore les personnages déglingués. On peut dire qu’ici on en regorge et que les héros vont passer un mauvais quart d’heure…

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BD en vrac #28: Aquablue #17 – U.C.C. Dolores #4 – La horde du contrevent #3

Fournée SF aujourd’hui avec trois séries très différentes qui trustent les têtes de ventes à chaque opus. Justifié ou pas, je vous donne mon avis sur le dernier Aquablue, le troisième Horde du Contrevent et un surprenant redémarrage de la série Spaceop des Tarquin

    • Aquablue #17: la nuit de la miséricorde (Hautière-Reno/Soleil) – 2021, 62p., série en cours, second cycle achevé.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_433437Aquablue c’est un peu la madeleine de Proust d’une génération d’auteurs et de lecteurs (quarantenaires). Un album fantasme qui été un choc qui m’a lancé dans la passion de la BD: le Corail noir (tome 4) sorti en 1993 et qui reste aujourd’hui encore un absolu de ce que peut être une folie de BD SF. Vatine n’a jamais pu conclure (j’avais ouï dire à l’époque qu’il s’était engueulé avec le scénariste Cailleteau) et le premier cycle a été bouclé un peu laborieusement par Tota. Vingt ans et quelques one-shot plus tard l’éditeur décida de lancer un second cycle qui s’achève ici après six albums d’une tenue graphique très rarement vue en BD. Reno est un fou furieux et si les plus puristes pourront lui reprocher son aspect très numérique (voir photoréaliste), chacun est obligé d’admettre qu’on a rarement été si proche d’un film en BD. Avec le changement de scénariste on pouvait espérer un nouveau souffle, appuyé sur une base d’univers magnifiquement riche. Malheureusement on constata vite que le syndrome des suites au cinéma s’applique aussi en BD avec un double effet de timidité à exploiter (voir exploser) le matériau et les personnages, et un aspect remake qui se termine par cette fin qui certes conclue rapidement les très nombreuses pistes complexes développées cinq tomes durant, mais nous laisse un peu avec un sentiment de gâchis. Trop long ou trop court, ce cycle aura patiemment développé une trame obscure en restant très timide en action. Hormis les grandioses dessins et la séquence de la prise d’otage du tome 15, il aura manqué un effet Waou indispensable, une dynamique des séquences, une énergie dont regorgeait le premier cycle. Du coup les révélations choc n’en sont pas vraiment à force d’étirer les allusions et la grande bataille attendue n’a pas vraiment lieu. De telles difficultés sont étonnantes de la part d’un scénariste chevronné comme Hautière et se pose la question de l’initiative et de l’objet de cette renaissance… que l’on a du mal à penser comme autre chose que commerciale et nostalgique. Un peu court pour proposer une grande série aux lecteurs très exigeants sur une série comme Aquablue. Résultat en demi-teinte donc, en attendant une suite, pour Aquablue comme pour Reno.

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  • UCC Dolores #4: la dernière balle (Tarquin/Glénat) – 2021, 46p., one-shot, série en cours.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

couv_436435Après un petit retard à l’allumage, la série SF de Tarquin s’est très joliment conclue l’an dernier par un gros album très dramatique et épique comme il faut, de quoi redonner une envie de space-cowboys. Et voilà que nous tombe ce volume totalement déstabilisant. Quel est le projet du couple Tarquin concernant la série? Alors que la conclusion de la trilogie laissait entendre des aventures de pirates de l’espace avec un nouvel équipage constitué autour de Mony, voilà t’y pas qu’on nous envoie nous crasher sur une planète neigeuse, l’héroïne ayant tout juste accouché (ah bon elle était enceinte?) et embarquée dans une quête pour récupérer son nouveau né. Quelle ellipse galactique! Aucun lien n’est tissé avec les évènements précédents et l’impression d’avoir raté plusieurs tomes reste tenace. En outre si le style Tarquin reste agréable, l’intrigue est tout de même fort court, même pour un western spatial et on termine l’album comme on l’a commencé, stoïque, ne comprenant pas ce qu’on vient de lire et où nous emmène le dessinateur. Le potentiel est clairement présent et les dialogues sont toujours aussi savoureux en mode desperados. J’ai lu que le projet d’Albator de Tarquin était avorté et qu’il aurait pu donner naissance à cet album, qui s’avère assez Frankenstein. L’auteur n’a jamais eu de problème avec l’aspect commercial de certaines parutions et j’espère sincèrement qu’il a de vrais projets pour la suite de sa série car avec tout l’amour du monde pour le spaceop ses plus fidèles lecteurs risquent de finir par se lasser…

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  • La Horde du contrevent #3: la flaque de Lapsane (Henninot/Delcourt) – 2021, 76p., one-shot, série en cours.

Coup de coeur! (1)

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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Quel choc les amis! On savait le roman un des plus pissants de la SF française jamais écrit. On avait constaté le talent d’Eric Henninot dès le premier tome. J’avoue ma surprise sur la concentration d’un tome entier sur la traversée de la Flaque de Lapsane, ne me souvenant pas de l’importance de ce passage dans le livre. Ce petit détail laisse imaginer une série en au moins six tomes et je pressens déjà un très gros dernier opus pour arriver à boucler ce monument. Pour rappel aux non initiés: il s’agit pour la Horde de traverser en « trace directe » une vaste étendue marécageuse dont le centre est un lac aux fonds variables et surtout parcourus de Chrones, entités redoutables qui dévient le temps et l’espace…

Le tour de force de ce volume est de nous happer malgré des décors absolument ternes, monotones, et par moment (la traversée centrale à la nage) vides! Mais la richesse des personnages, la tension dramatique et la maitrise narrative impressionnants de Henninot nous plongent dans ce maelstrom émotionnel de bout en bout sans nous laisser respirer et en procurant des sensations comme le permet rarement la BD. La tension permanente entre la hordière enceinte et le redoutable Golgoth respire sur les interventions quasi-surnaturelles du maître d’Erg le protecteur, d’un siphon qui agit sur le Temps puis d’une énigmatique tour que l’auteur passe avec une surprenante rapidité. Il faut bien faire des choix! La force de cette histoire c’est de nous faire (par moments) oublier l’aberration du projet en nous plongeant dans le cœur de l’Humain épicé de réflexions philosophiques sur l’être, le Temps, l’âme et l’individu. Un immense roman a donné naissance à une immense BD qui prends la suite de Servitude et Azimut comme étalon de la plus grande série BD en cours. Tout simplement.

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BD·Rétro·La trouvaille du vendredi·Guide de lecture·*****

Les compagnons du crépuscule – Intégrale

BD François Bourgeon.
Delcourt (1984-2021), 272p. Intégrale.

La trilogie des Compagnons du Crépuscule est composée du Sortilège du bois des Brumes (1984), des Yeux d’étain de la ville glauque (1986) et du Dernier chant des Malaterre (1989), sortis tous trois en version brochée après publication dans la revue (A suivre) de Casterman, les deux premiers volumes comportant douze pages de bonus. Les ouvrages sortent ensuite en version reliée. Après un conflit de l’auteur avec son éditeur le catalogue de Bourgeon est repris par les éphémères éditions 12Bis avant d’être récupéré par Delcourt après 2010. Après l’intégrale 12 bis de 2010 qui ne comprend que les pages des BD, Delcourt sort une version toilée agrémentée de bonus et cette année une nouvelle version de 2021.9782413001850-001-x

Celle-ci dura dit-on cent ans… ainsi commencent les chroniques des Compagnons du crépuscule, trio de rêveurs parcourant la France de 1300. Un pays en guerre, un pays de légendes plus que de croix. C’est sur les pas du chevalier, d’Anicet et de la rousse Mariotte que François Bourgeon bâtit sa légende d’orfèvre de la langue ancienne comme du dessin. Une trilogie mythique, exigeante, que tout amoureux de BD se doit de connaître!

Coup de coeur! (1)François Bourgeon est un auteur unique de par une bibliographie résumée à trois séries. Trois séries majeurs qui se remarquent par le phénoménal travail documentaire qu’elles ont demandé, y compris pour la dernière, le cycle de Cyann, dans le genre SF. La trilogie des Compagnons du Crépuscules paraît juste après la conclusion du cycle historique des Passagers du vent (sa prolongation récente n’ayant que peu de liens). Je vous renvoie à mes précédents billets sur l’auteur sur ce point.

Un pas vers la Bédéthèque idéale. Episode 2. - Voyage au centre de la BDL’intégrale comprend donc trois volumes, malheureusement sans aucun bonus pour l’édition 12 bis que je possède. La dernière édition Delcourt qui sort ce mois-ci semble mieux équipée mais je ne saurais vous renseigner sur les annexes…

Nous rencontrons Mariotte, la véritable héroïne (les femmes, toujours les femmes chez cet auteur on ne peu plus féministe et moderne sans jamais tomber dans l’anachronisme!) dès les premières pages du Sortilège du bois des Brumes, qui devient rapidement fidèle d’un chevalier errant ayant voué sa vie à combattre la malmort et les Trois forces, obscure puissance fondatrice du monde structurant un Moyen-Age parcouru de paganisme et de légendes. Car ce breton d’adoption qu’est Bourgeon adopte un univers fantastique (ou plutôt onirique) réaliste que reprendront des années plus tard ses disciples intellectuels sur Servitude. Ses fae et autres Douars sont transcrits comme des créatures probables. Si le versant magique et monstrueux qui fait le sel des deux premiers volumes se situe dans les rêves du chevalier, étrangement relié à ses compagnons par l’esprit, il n’en vise pas moins à imaginer un autre monde fait des mêmes pulsions sexuelles et violentes que ce XIV° siècle. Sommé par des lutins aussi lubriques que cannibales de chasser le grand démon qui les harcèle, le chevalier sans visage partira dans un voyage initiatique où le souvenir de la mort atroce de sa belle continue de le hanter… Remarquablement structuré sur un format classique de quarante six-planches, ce premier volume pose les bases d’un univers où la langue revêt une aussi grande importance que le dessin.

Compagnons du crepuscule (les) #3: le dernier chant des malaterre |  9782356480620 :: BdStock.frDans le second volume, les Yeux d’étain de la ville glauque, le trio s’allie à une jeunette et part en une revisitation de la cité dYs où les Douars ont mis les lutins en esclavage. Structuré en un parallèle fort complexe entre la quête des Compagnons et celle d’un garçon mystérieux, ce second tome est plus magique et moins prenant que le précédent et perdant un peu son lecteur dans les arcanes du temps et de l’espace. Tant graphiquement que dans les thèmes abordés, on a un peu de mal à entrer dans cette aventure.

Le troisième tome, d’une pagination triple et structuré en quatre parties, est le chef d’œuvre absolu de l’auteur voir de toute la BD franco-belge. Création d’un auteur au sommet de son art, Le dernier chant des Malaterre est de ces très rares chocs que la BD peut procurer et qui rendent difficiles les lectures suivantes. Véritable somme historique, sociologique, conte d’une sophistication folle qui raccroche l’Histoire à la Légende et inscrivant subtilement la destinée des Compagnons dans ceux du mage Merlin, l’album est d’une lecture exigeante, tant par son langage proche de l’ancien français que par le nombre d’allusions qui se rejoignent finalement et par l’intrication des intrigues. De son envie de Moyen-Age François Bourgeon reste cohérent avec le soupçon fantastique et boucle l’histoire de son chevalier sans que l’on sache bien si le tout était dans son esprit dès l’origine ou (plus brillant encore) s’il a raccroché une histoire à ses premières idées. Difficile de résumer l’intrigue de cet ultime opus qui décrit autant le quotidien brut des gens de l’époque qu’une intrigue amoureuse et politique dans l’ombre des donjons.

Les Compagnons du Crepuscule 3 Le Dernier Chant des Malaterre 1 par  Francois Bourgeon | Bandes dessinées de sexe en françaisJe parlais de la langue. La qualité littéraire et presque poétique de ces ouvrages reste unique dans l’histoire de la BD. Jouant tout à la fois sur le langage vulgaire de l’époque et sur une musique de la langue qui forme comme des alexandrins, l’auteur régale les oreilles autant que les yeux. Rarement la finesse et la précision du trait comme du texte auront été autant à l’unisson. Si le dessin évolue bien évidemment pour trouver sa maturité pleine dans Malaterre, le texte est magnifique dès le début.

L’univers décrit dans la trilogie est rude et donne le sentiment d’un documentaire caméra à l’épaule. L’auteur ne nous aide guère en coupant parfois une scène, créant des hors champ frustrants et des ellipses qui demandent de rester concentré pour bien saisir l’évolution de l’intrigue. On reste sidéré par les détails qu’ils soient langagiers, de coutumes, de décors ou d’habits. En cela les Compagnons du Crépuscule donnera naissance bien plus tard aux magnifiques séries récentes Servitude et L’Age d’or où l’on retrouve cette envie de réalisme et de poésie, cet aspect documentaire, cette place des femmes et ce rattachement à la Légende…

Les Compagnons du crépuscule, tome 2nd | Le Dino BleuVous l’avez compris, si la trilogie dans son ensemble vaut le détour, Le dernier chant des Malaterre vaudrait une critique à lui seul tant il est une perfection de culture, d’art et de narration. Il n’est pas étonnant que Bourgeon ait ensuite voulu partir dans les étoiles avec le Cycle de Cyann où il tenta de reproduire ce réalisme dans un univers SF… sans le même succès selon moi. Un des derniers géants de la BD, bien moins médiatique que d’autres, Bourgeon doit être lu par tout amateur du neuvième art et l’ultime tome des Compagnons du crépuscule se doit de figurer dans toute bibliothèque, au risque d’entraîner relecture sur relecture…

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BD en vrac #25: De Ira – Lanfeust de troy #9 – Le tueur, Affaires d’Etat #3

La BD!

  • De ira (Hirlemann/Delcourt) – 2021, 140p., niveau de gris, one-shot.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_431661L’année 2021 est tout à fait prolifique pour Stephane Hirlemann puisque pour son entrée dans le monde de la BD le dessinateur propose pas moins de trois albums. Sans doute du fait des reports éditoriaux dus au COVID, mais cela montre une envie palpable. Après le plutôt raté Homme sans sourire qui était sauvé par des dessins où Hirlemann était à son aise dans une atmosphère de dystopie d’opérette issue d’Orwell, il propose avec ce one-shot un très gros coup de gueule gonflé mais risqué pour un premier album. 

S’inscrivant dans une ribambelle d’ouvrages s’inscrivant dans la colapsologie (avec des albums comme La Chute ou Carbone et Cilicium), De Ira (« de colère ») nous présente un groupe de rebelles anarchistes contestant la marche de leur société vers l’injustice, l’oppression des faibles et la progression inéluctable vers le fascisme, en affrontant parfois brutalement les tenants du système. Opérations coup de poing dans un camp de migrant, attaque de flics ou invasion d’amphithéâtres universitaires, ils sont déterminés à ne pas laisser faire…

On sent la rage de l’auteur devant une actualité qui mérite d’être effectivement condensée en des ouvrages qui nous rappellent l’anormalité des temps que nous vivons et le drame de l’indifférence. Ouvrage rebelle, anarchiste, De Ira est touchant par sa rage qui rappelle par moments le très sympathique Renato Jones. Maladroit, le scénario nous fait suivre sans trop de structure ces actions de rébellion avant d’approfondir un propos (y compris graphique) dans la seconde partie, plus intéressante. Le dessin propose un surprenant niveau de gris fort dommage et qui cache une rapidité d’exécution à la qualité très irrégulière. Ouvrage maladroit, pamphlet politique anarchiste intéressant, De Ira reste tout de même très imparfait et aurait mérité sans doute un peu plus de bouteille.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

  • Lanfeust de Troy #9: la forêt noiseuse  (Arleston-Tarquin/Soleil) – 54p., 2021

couv_434346Retour au bercail pour les deux golden-boy de la naissance de Soleil! Après deux excellents cycles de huit tomes (Lanfeust de Troy puis sa suite directe SF Lanfeust  des Etoiles), les auteurs avaient lancé en 2009 un troisième cycle Odyssey prévu justement sur des diptyques permettant de ne pas étirer éternellement la recette… avant de changer de braquet pour partir sur le plus gros cycle (en dix tomes) très redondant qui avait fini par me lasser. Partis depuis faire l’éditeur avec Drakoo pour Arleston et sur sa série space-op solo pour Tarquin, le duo se reforme pour reprendre la suite directe de Lanfeust de Troy avec ce tome « 9 » en format one-shot. On ne comprend pas bien l’utilité de raccrocher cette Forêt noiseuse au cycle premier mais le format reste la meilleure idée qu’ils aient eu depuis dix ans.

Si l’idée de faire vieillir Lanfeust de treize ans d’un coup et de transformer Hébus en un érudit bibliothécaire fait un peu forcée, celle de contester le conservatisme d’Eckmül avec ce méchant siphonnant la magie du Magohamoth pour la redistribuer à sa guise est alléchante. Si les auteurs ne vont finalement pas plus loin que l’aventurette pleine de jeux de mots et de séquences débiles, on sent une dynamique toujours présente dans la tête d’Arleston et qui pourrait proposer des choses fort sympathiques par la suite, pour peu que le cadre one-shot soit respecté. Redémarrage forcément commercial donc, mais qui permet clairement à la jeune génération de découvrir cet univers toujours drôle et aux anciens de retrouver, parfois avec délectation, ces personnages qui ont bercé nos jeunesse BD.

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Merci aux éditions Casterman pour leur confiance!

  • Le tueur – affaires d’Etat #3:   (Matz/Jacamon/Casterman) – 64p., 2021

Quatrième cycle achevé en trois tomes. Le billet du premier volume est ici.

couv_433983Ce nouveau cycle court laisse un gout incertain dans la bouche. Les qualités et les défauts sont ceux décrits précédemment, notamment la pauvreté des décors où malheureusement le scénariste ne parvient pas à offrir à son dessinateur beaucoup de vues architecturales susceptibles de mettre du peps dans cette monotonie urbaine. Le propos de Matz concernant le cœur du sujet (le politicien populiste) est très ambigu et c’est cela qui intéresse le plus: présenté par tous les personnages comme une crapule, son discours ne laisse pourtant pas le lecteur désintéressé en disant des vérités sur le système politique et le discours mainstream médiatique. Loin de se contenter d’un ersatz raciste de Marine Le Pen, il semble bien convaincu par son rôle de poil à gratter. L’utilisation des caïd pour mettre de l’huile sur le feu et permettre un contexte qui lui est favorable n’annule pas pour autant des vérités qui rejoignent les pensées lucides du tueur. Sans nous guider particulièrement, Matz sème donc le doute en laissant son lecteur réfléchir tout seul sans savoir vraiment ce que pensent les auteurs de tout ceci. Le duo de flics est également un des points forts de cette intrigue où le Tueur reste bien passif et où on ne nous donnera pas beaucoup d’éléments sur les visées des services de renseignements et des affrontements internes à l’Etat. C’est le principal regret que l’on pourra avoir sur ces Affaires d’Etat que l’on aura espéré avoir plus d’ampleur. Si l’on regarde les cycle du pétrole on aura été beaucoup plus proche de ces affaires internationales mêlant politique, argent et enjeux économiques que sur cette trilogie. L’aspect froid et lent fait partie des codes du Tueur. On prend donc toujours du plaisir avec ce qui a plu jusqu’ici, un cran en dessous pourtant. Espérons que la suite aura plus d’envergure.

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***·BD·Service Presse

Autopsie d’un imposteur

La BD!
BD de Vincent Zabus et Thomas Campi
Delcourt (2021), 88p., One-shot.

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bsic journalism Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Louis Dansart est un jeune étudiant en droit dans le Bruxelles des années cinquante. Il est surtout issu de classes populaires et cette origine lui colle à la peau comme une tâche indélébile qui semble braquer tous les regards de la bourgeoisie bruxelloise à laquelle il aspire de se hisser. Il lui faudra bientôt faire un choix entre sa morale personnelle et son besoin de reconnaissance…

J’ai découvert le duo Campi/Zabus sur le très joli documentaire Les larmes du seigneur afghan, paru il y a quelques années chez Air Libre puis sur l’excellent biopic sur le créateur de Superman. Cette fois nous partons sur une pure fiction qui s’inscrit dans un rétro semi nostalgique semi critique des auteurs belges sur la capitale du royaume au sortir de la Guerre (je pense notamment à La bête ou au spin-off sur Blake & Mortier). S’ils sont tout à fait légitimes pour aborder le passé de leur pays, cet environnement m’a personnellement laissé un peu hors du récit. Le contexte n’est pas le seul intérêt de cet album bien sur mais comme un genre à part entière il donne la couleur recherchée dont l’intrigue et la construction ne sont que le fil de fer.

Si l’aspect un peu glauque de ce jeune homme contraint à se prostituer ne m’a pas passionné, la critique de la société bourgeoise corsetée dans les apparences fait mouche en revanche. Comme toute critique sociale cette autopsie d’un imposteur met mal à l’aise avec un destin qu’on imagine difficilement finir positivement. Peut-être trop court pour vraiment dépasser la satire semi-allégorique, l’album nous empêche de nous intéresser sérieusement au destin de cet étudiant. C’est dommage car l’aspect graphique comme la construction proposent de belles idées, comme ce jeu sur les masques et surtout ce dialogue entre le héros et le narrateur. Dès le prologue on voit ainsi le personnage de Louis se confronter à ce discours lui traçant un destin. Outre l’aspect ludique, on ressent alors cette rage de ne pas se laisser soumettre à un destin qui se confirmera dans les actes de Louis. La galerie de personnages est aussi assez intéressante avec ce maître chanteur dont on ne saura jamais s’il est réel ou produit des délires du personnage.

Construit comme un cauchemar absurde (avec notamment une absence de temporalité qui nous perd volontairement dans les perceptions de Dansart) l’album atteint son but et se laisse lire avec plaisir… pour peu que l’on accepte cette plongée plutôt pessimiste dans l’itinéraire d’une jeunesse incapable de s’en sortir par elle-même sans se salir au passage.

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**·***·****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #22: Shaolin #2 – Robilar #3 – Voltaire & Newton #1 – Les dominants #3

La BD!

Grosse fournée de nouveautés chez trois éditeurs partenaires avec principalement des suites et une nouvelle série, entre animalier, fantasy chinoise et SF post-apo…

  • Shaolin #2: le chant de la montagne (Di Giorgio-Looky/Soleil) – 2021, 50p., 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

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J’avais passé un agréable moment sur le premier tome, qui surprenait en dépassant le cadre formaté que promettait son titre. La très chouette couverture continue de mettre en avant le non-héros qu’est nuage-blanc, alors que tout l’album est porté par le superbe personnage secondaire de cette guerrière (aperçue au volume précédent) aussi belle que redoutable avec sa propension à découper net ses adversaires à chaque combat… Car un des attraits de cette série est la radicalité d’auteurs qui croient et aiment leur projet, ajoutant un soupçon de sexy et des combats tout à fait sanglants dans des chorégraphies jouissives qui permettent à Looky de montrer sa maîtrise technique tout en travaillant encore ses arrière-plans. On retrouve ainsi les qualités du précédent et on est rassuré en constatant que la trilogie… n’est que le premier cycle. On comprend donc mieux pourquoi le héros est si effacé. Le scénariste l’accompagne donc fort logiquement d’associés qui compensent cette fragilité dramatique. On ressent toujours quelque manque de fluidité dans certains enchaînements ou dans les motivations de tel ou tel personnage. Mais le souffle épique de la fantasy se ressent dans la puissance de ces combattants, dans cette armée qui prend forme, dans cette magie encore bien énigmatique. Heureusement donc que le premier tome n’est que la fin du début car Looky et Di Giorgio auront su nous mettre en appétit dans une série qui commence à prendre une sacré ampleur…

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  • Voltaire & Newton #1: Panglos-Tula (Mitch-Bauduret/Delcourt) – 2021, 56p., 1/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

couv_432015Sacrée couverture qui nous montre la version animorphique de Voltaire dans une peinture de type portrait classique! Et avec des intérieurs à l’avenant et une promesse de débat philosophico-scientifique entre les deux grands hommes on pouvait s’attendre à un hommage à De capes et de crocs. Les premiers pages nous donnent l’espoir et pétillent plutôt bien sur des dialogues qui fusent… avant de basculer dans une surprenante aventure dans un monde alternatif où les théories de Voltaire, de Newton et de sa nièce ont vocation à prendre forme et démontrer sans doute la différence concrète entre théorie et pratique. On voit là une fausse bonne idée puisque ce faisant les auteurs rompent soudainement le jeu de théâtre entre personnages forts pour nous laisser dans les seules mains de Voltaire qui va devoir participer à des joutes rhétoriques au sein d’un royaume qui lui inspirera le Pangloss de son roman Candide. On tombe alors dans une forme de BD jeunesse moyennement rigolote et assez attendue dont les textes ne sont pas suffisamment subversifs pour relever l’intérêt. C’est fort dommage car les planches restent fort agréables, mais je crains que le public soit difficile à trouver pour cette série qui laissera les jeunes un peu interdits sur les concepts philosophiques et les adultes vaguement distraits devant le manque d’originalité. Heureusement que les autres n’ont prévu qu’une trilogie, qui permettra d’éviter une prolongation indue si le projet n’est pas réhaussé rapidement.

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  • Robilar #3: Fort animo (Chauvel-Guinebaud-Lou/Delcourt) – 2021, 62p., série complète.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

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C’est le drame au royaume! Alors que le Prince et son mari convolent dans le bonheur, voilà t’y pas que les animaux de la ferme se rebellent contre le sort qui leur est destiné, poussant les têtes couronnées à manger des légumes! Le Chambellan Robilar est alors envoyé en ambassade…

Annoncé en fanfare par une com’ en mode « must read », Robilar m’avait un peu déçu sur les deux premiers albums dont la qualité progressait néanmoins. Et je suis ravi de pouvoir vous annoncer que cette montée en puissance aboutit à l’un des plus drôles et intelligents albums animaliers qui soit paru depuis quelques années! Désormais délié de tout carcan et engouffré dans une envie de proposer sa propre version de la Ferme des animaux, David Chauvel se lâche enfin avec son comparse et leur envie est communicative puisque, quasi débarrassés des humains, l’album nous propose un grand délire de jeux de mots et de trognes. Sous un vernis cabochard qui joue encore sur la langue (les baragouinage des culs-terreux et les running-gags des bouffons), les auteurs nous surprennent en proposant de vraies réflexions sur la condition animale, sur le végétarisme tout autant que sur la Justice et la peine de mort. Il est finalement assez rare de trouver de nos jours des BD qui articulent aussi bien l’humour et le fond (récemment l’excellent Cage aux cons). Sylvain Guinebaud dans son jardin, les planches accompagnent superbement cette révolte des animaux qui nous laissent réflexifs à la fois sur les sujets abordés et sur le fait que, finalement, cette série aurait bien pu continuer en formats one-shot…

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  • Les Dominants #3: Le choc des mondes (Runberg-Toledano/Glénat) – 2021, 54p.., premier cycle de 3/3 tomes achevé.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

L’affrontement final pour la Libération de l’Humanité est sur le point de commencer. Alors que Neil rassemble ses troupes en vue d’une attaque coordonnées sur le centre névralgique des Dominants à San-Francisco, que peut faire Andrew, enrôlé dans cette faction belliqueuse et démuni face à l’attitude fanatique de sa fille?

couv_431794Sylvain Runberg est très bon pour lancer des pitch accrocheurs et travailler avec des dessinateurs fort talentueux. Sur le développement en revanche c’est parfois plus laborieux et c’est ce qu’on retrouve sur cette conclusion de cycle  où s’achève ce qui doit l’être, de façon très attendue, sans nous donner beaucoup de réponses pour autant. Comme son dessinateur qui est moins tranchant que sur l’ouverture (du fait d’une colo un peu rapide je trouve), le scénariste déroule une intrigue d’actionner très efficace graphiquement mais qui ne remet rien en question, ne soulève guère de nouveauté et continue de trimbaler son héros sans grande capacité d’action. Le personnage le plus intéressant, sa fille fanatisée n’évolue guère non plus, ce qui nous laisse dans une sorte de statut quo qui s’est contenté de décrire un univers en trois volumes. A charge du prochain cycle de démarrer véritablement une intrigue qui ne se contente pas d’un hommage à la série V.

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Astra saga #1

BD du mercredi
BD de Philippe Ogaki
Delcourt (2021), 54p., série en cours.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

Des éons après le Ragnarök qui vit s’affronter les Ases aux titanesques géants, l’empire galactique s’est hissée sur les ruines fumantes des trois réalités. Dans ce système féodale organisé autour d’une complexe diplomatie entre grandes maisons le destin des jeunes princes n’est pas forcément plus envieux que celui des orphelins de la plèbe. Lorsqu’un croiseur spatial renfermant un précieux chargement est attaqué se révèlent des forces issues de l’ancien temps et bien décidées à reprendre leurs droits sur l’univers…

Coup de coeur! (1)

Le space-opera, tout le monde en a plein la tête et fantasme dessus, et pourtant on a presque autant de déceptions que d’albums du genre… Sans doute parce que comme toutes les envies graphiques, on oublie souvent que toute bonne histoire se doit d’avoir un fond. Et l’on pouvait craindre avec Astra Saga soit un projet jeunesse aux inspi manga soit une énième série Delcourt qui ferait passer la forme avant le fond. Or c’est tout le contraire puisque ce premier tome nous colle d’entrée de jeu une claque inattendue où dès l’intérieur de couverture on comprend que le projet est vaste…

Là où certains se seraient contentés de transposer le Ragnarök dans l’espace, Philippe Ogaki (formé à l’école du scénario par un certain Fred Duval, summum de l’intelligence dans la BD SF) ne prend que cette inspiration pour reconstruire un espace original appuyé sur une base historique et cosmologique solide. On comprend la citation de l’Or du Rhin de Wagner, on saisis aussi une envie de stratégie galactique issue du manga Les Héros de la galaxie mais aussi de complexesastrasaga - Explore | Facebook relations dynastiques tout droit empruntées à notre XIX° siècle européen. D’ailleurs le formidable design SF vaguement steampunk arrive à s’inspirer des costumes de dragons impériaux de Napoléon en les rendant diablement classes dans le vide spatial et leur aspect futuriste. Appuyé sur un outil 3D qui lui permet de composer avec précision de dantesques confrontations navales en orbite planétaire, Ogaki nous plonge d’office en grand écran dans un rêve de geek totalement immersif et remarquablement composé qui nous rappelle l’orgie de l’introduction de StarWars Episode III…

De l’action il y en a à revendre dans ce premier tome d’Astra Saga, mais également des dialogues ciselés et élégants autour de personnages bien construits. On navigue ainsi entre cette trame principale autour de l’attaque d’une flotte renfermant un trésor, et plusieurs trames alternatives suivant de jeunes nobles que le destin va faire s’émanciper des rails familiaux. A l’heure de la sortie de la nouvelle adaptation de Dune on ressent bien entendu l’influence élégante du chef d’œuvre de Frank Herbert au travers du cet équilibre féodal entre Empereur et seigneurs plus ou moins éloignés du Centre, alors que les voies de navigation spatiale (sur un concept très inintéressant, vous verrez) rendent les échanges capricieux. Que ce soit cette escouade de dragons bad-ass surgie au début de l’histoire ou ces jeunes héros que le caractère bien trempé nous donne envie de suivre, on se fait balloter avec plaisir entre plusieurs intrigues liées, plusieurs environnements très différents et réunis dans une envie d’esthétique grandiose par l’auteur et qui rappelle le chef d’œuvre méconnu des Wachowski, Jupiter Ascending. (sur lequel a travaillé l’immense designer George Hull… avant de participer au Dune de Villeneuve).

Saga épique impériale entre Wagner et Dune, la nouvelle série de Philippe Ogaki est un choc SF aussi bien écrit qu’esthétique et a tout pour devenir une des grandes séries spaceop des prochaines années. ne boudez pas votre plaisir et lancez vous à l’assaut des étoiles!

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Le zizi de l’ange, chroniques d’un spectacle vivant.

BD du mercredi
BD de Marion Achard et Miguel Francisco
Delcourt (2021), 142p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

Farid, Mireille, Mathilde, Ben et Saïlen forment la compagnie Tour de Cirk, une troupe de circassiens qui jongle au quotidien entre leurs impératifs familiaux, la gestion des égos et personnalités et les tracasseries administratives. Enthousiastes ils s’engagent à produire un nouveau spectacle dans un an. Alors que le carnet de commande se remplit, le stress de la « piste blanche » commence à monter…

Coup de coeur! (1)Le Zizi de l'ange - One-shot. Chroniques d'un spectacle vivant | BdphileQu’est-ce qu’on les aime ces tranches de vie chargées d’humanismes et laissant le pathos au loin! Le Zizi de l’ange est un projet autobiographique de Marion Achard, circassienne, qui nous plonge dans un quotidien qu’elle connaît bien. Ce qui impressionne tout le long c’est ce sentiment de vérité, de ce que Cedric Klapisch et Agnès Jaoui montrent si bien dans leurs films sur ce milieu de l’art-tisanat, fait de passion, d’entièreté comme de faiblesse humaine. Les personnages ne sont ni des héros idéalisés ni des enfants immatures… juste quelque chose entre les deux. Il n’est ainsi pas question de galères dans cette chronique. Ces artistes sont bons et même sacrément! Leurs dates se remplissent très vite, ils bossent avec une administratrice de production qui les laisse s’occuper de leur métier: la création et la performance scénique. On voit bien sur leur inadaptation sociétale lorsqu’il faut gérer les réunions parents-prof des enfants qui n’ont pas demandé une vie de Bohème ou que Pole emploi les fait tomber dans un monde kafkaïen où ils doivent justifier des choses irréelles. Car comme toute passion, pour réussit il faut le faire à fond et cela cohabite mal avec les contraintes d’une vie normée par des contraintes diverses.

Le zizi de l'ange - Chroniques d'un spectacle vivantLa bande à Mathilde est très pro, on ne les voit jamais glander une bouteille à la main comme une certaine image voudrait décrire les artistes. Eux ce sont plutôt les tisanes et les gros pulls. Un peu image d’Epinal sans doute mais cela permet aussi de montrer que come tout métier ce sont les gens sérieux qui s’en sortent. Et que l’on peut vivre dans une vraie maison, avoir des enfants et assumer cette vie finalement pas plus contraignante que toute autre profession libérale ou de restaurateur. Farid et Mathilde (les parents) sont conscients que ce qu’ils imposent à leurs mioches n’est pas drôle tous les jours, qu’ils aimeraient parfois une vie plus organisée, plus rangée. Il n’y a pourtant ni regret ni tensions. C’est la vie qu’ils ont choisi et le contexte dans lequel grandissent les enfants, avec des avantages et des inconvénients.

Des engueulades aussi il y en a lorsqu’on passe beaucoup de temps ensemble et que chacun est certain de son choix. La troupe c’est une alliance d’égos et d’individualités qui forment une alchimie. Les brouilles font partie du processus et sont admises, sainement, avant que la tension retombe. Du coup on est surpris de leur difficulté à monter leur spectacle tant on pétille devant les mille et une petites idées qu’ils animent tout au long de leurs journées, qu’ils soient en répétition ou non. Ce qui nous entraîne c’est cette chance qu’ils ont d’assumer ce côté enfantin, d’avoir refusé la vie que la société voudrait nous contraindre à adopter, toute de sérieux et de renoncements.  Et si l’âge rend la santé plus fragile ou que l’on finit par douter du bon moment pour raccrocher, jamais on ne s’enfonce dans les idées noires qui remettraient en question ce choix de la passion.

Le Zizi de l'ange - Chroniques d'un spectacle vivant - cartonné - Marion  Achard - Achat Livre ou ebook | fnacPour accompagner cela l’espagnol Miguel Francisco impressionne lui aussi par la vérité de son dessin. Sous des formes douces, très BD et une colorisation extrêmement agréable, il excellent autant dans les grimaces et expressions faciales que dans les acrobaties d’une justesse technique parfaite. On est souvent surpris de la finesse des décors et des détails comme de la variété des cadrages. Utilisant avec un grand dynamisme les formats du gaufriers au strip comme des pleines pages, voyant les personnages en scène ou s’adressant au lecteur, on a l’impression de participer par moments au spectacle et on ne veut plus quitter cette bande de joyeux drills.

Magnifique tranche de vie qui nous rappelle combien la vie peut être agréable quand on aime et trouve du sens à ce que l’on fait, cette BD fait un bien fou et donne envie d’aller voir un spectacle de cirque et de soutenir ces êtres humains si essentiels à nos sociétés.

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Manga en vrac #17: Ex-arm #13 – Tetsu et Doberman #3 – Centaures #5

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  • Ex-arm #13 (Collectif/Delcourt – 2021 13/14 tomes parus.

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badge numeriqueAlors que nous entamons l’avant-dernier tome de cette série qui aura su proposer le meilleur comme le plus commercial, je vous mentirais en vous disant que le meilleur reste à venir. La quasi-totalité des protagonistes ayant été révélés il ne reste plus que cette terrible IA bien décidée à anéantir Tokyo, voir l’humanité toute entière! Cette vraie-fausse fin se résume donc à cette simple question: comment oblitérer le cœur de ce golem d’acier qui commence à dévorer toute l’île olympique sans avoir recours aux bombardiers nucléaires déjà en route? Malgré la puissance de l’Ogre Akira semble bien peu de choses, à moins qu’une aide inattendue vienne lui procurer la puissance infinie des ex-arm…

Le scénario tente de recouper la boucle de l’origine d’Akira et de son frère en apportant une intrigue plus importante que sur la plupart de la série, avec par conséquent moins d’action dantesque. On sent le souffle retomber (il faut bien!) même si le volume continue de nous enchanter par des panorama grand luxe avec force pleines pages voir doubles pages. Comme dit précédemment on n’est pas dans une folle originalité (le monstre gargantua on a déjà vu cela mille fois!), pourtant cette série a ce charme des blockbusters hollywoodiens qui copient la formule de leurs aînés avec les moyens de nous en jeter plein la vue. L’histoire aurait pu s’achever là mais un ultime cliffhanger vient nous redonner une décharge, sans doute histoire de donner à Alma un dernier baroude d’honneur…

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  • Tetsu et Doberman #3 (Ohno/Doki-Doki) – 2021 série finie en 3 volumes..

bsic journalismMerci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance.

tetsu_doberman_3_dokiTrès grosse déception que ce tome de conclusion d’une série que l’on regrettait courte surtout au vu des grandes qualités tant graphiques que de potentiel, vus sur les deux premiers tomes. Il est totalement incompréhensible de comprendre l’objectif de l’auteur et de l’éditeur que une trilogie qui a pris soin de développer un univers, de nombreux personnages (à peine entrevus) et de créer une frustration très efficace en lançant des mystères autour du grand héros Big One Kurogan, les liens familiaux avec le héros, le clan ninja vu dans le #2 ou encore l’histoire de l’orphelinat… Tout cela permettait sans forcer de partir pour une série d’au moins dix volumes, appuyés sur une technique graphique vraiment élégante et des séquences d’actions très fun… Eh bien non content de s’arrêter au bout de trois volumes, l’auteur se contente de clôturer rapidement l’histoire du navire fantôme du volume précédent puis nous balance une histoire solo sans même les héros dont on se demande ce qu’elle vient faire là… En clair il aurait été préférable de se contenter d’historiettes avec des personnages différents sans prendre soin de bâtir un héros… On a quand-même une histoire bonus très réussie et drôle bien que totalement découplée de Tetsu & Doberman, illustrant là encore la difficulté à finir un projet bizarrement monté.

Très grosse frustration donc, quand à un potentiel gâché et sur un auteur de talent qui semble avoir du mal à produire régulièrement… Au prix où sont les manga il n’est pas superflu de faire l’investissement des trois tomes, ne serait-ce que pour l’histoire bonus.

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  • Centaures #5 (Sumiyoshi/Glénat) – 2021 série finie, 5/6 tomes parus.

centaures-5-glenatNous avions laissé cette très belle série sur une conclusion en 2020. Le second cycle n’était pas prévu à l’origine, le troisième pas plus. Si le précédent apportait une autre tonalité à la dureté des débuts, les tomes cinq et six sont un « cycle du passé », nous renvoyant dans la jeunesse de Matsukaze. Si l’apprentissage de la vie naturelle dans les montagnes avec son père et son frère sont très intéressantes bien qu’assez classiques, il en est tout autre du graphisme. La maîtrise de Ryo Sumiyoshi nous avait impressionné dès les premières planches du premier volume, de même que ses expérimentations dans les styles. L’autrice sait toujours manier ses crayons… mais semble avoir du composer avec un emploi du temps très serré ou un impératif éditorial qui aboutit à beaucoup de dessins que l’on n’ose considérer comme bâclés mais qui sont clairement peu finis. L’usage original des trames ne cache pas la misère et si les problèmes de lisibilité constatés sur l’autre série Ashidaka ne sont pas présents ici, on reste frustrés devant un potentiel immense, un thème qui donnait envie de retourner dans cet univers primordial et un style de l’autrice qui enchante autant que sa collègue de l’Atelier des sorciers. On poursuivra sur un sixième opus qui sera très certainement le dernier, avec quelques regrets tout de même…

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