***·Comics·East & West·Nouveau !

Oblivion Song #3

Série en cours, écrite par Robert Kirkman, dessinée par Lorenzo De Felici. Trois tomes parus en France chez Delcourt, en 2018, 2019 et 2020.

Je rêvais d’un autre monde

Il y a quelques années, Philadelphie a connu un évènement surnaturel aux conséquences tragiques: la transférance, qui envoya toute une partie de la ville dans une dimension baptisée Oblivion, zone hostile peuplée par une faune cauchemardesque. Nathan Cole, scientifique de son état, maîtrise une technologie pouvant reproduire, à petite échelle, le transfert vers Oblivion, et s’est donné pour mission de ramener tous les habitants de Philadelphie perdus là-bas.

Nathan a poursuivi ses périlleux sauvetages des années durant, même après l’abandon du gouvernement américain. Une victime après l’autre, au compte-goutte, Nathan ramène des survivants sur Terre, espérant secrètement retrouver son frère Ed. Ce que Nathan, enfermé dans son complexe du sauveur, ignore, c’est qu’entre temps, les survivants d’Oblivion se sont adaptés à leur nouvel environnement, et certains d’entre eux s’y sont même épanouis.

Les deux premiers tomes étaient le théâtre des retrouvailles entre Nathan et Ed. Le frère rebelle, marginal dans notre monde, était devenu à Oblivion le leader respecté d’une communauté de survivants solidaires et débrouillards. Attaché à son nouveau mode de vie, Ed ne voyait pas les choses du même œil que Nathan. Notre scientifique eut bien du mal à accepter ça, mais les deux frères parvinrent à se réconcilier, chacun d’entre eux reprenant le chemin qu’il s’était tracé.

Hélas, les choses ne sont jamais aussi simples quand on parle de transfert dimensionnel. Ce que Nathan cachait à tout le monde, et ce qui motivait ses recherches effrénées de survivants, c’est sa véritable responsabilité dans la transférance. Membre d’une équipe de recherche, le scientifique a contribué à créer la machine qui engendra le phénomène. Débusqué par l’armée, Nathan a du se rendre pour assumer sa responsabilité.

L’Abysse le scrute à son tour

Le troisième tome opère un changement de paradigme, grâce à une ellipse temporelle de trois ans. Libéré de prison et relaxé des charges qui pesaient contre lui, Nathan découvre qu’Oblivion a été explorée et exploitée pendant qu’il était absent. De nouvelles ressources ont été découvertes, permettant des avancées médicales et scientifiques significatives. Malheureusement, Oblivion n’est pas seulement peuplée de monstres carnivores. Teasés dans les précédents tomes, les Sans-Visages font ici leur entrée fracassante.

Forme de vie intelligente, ces êtres énigmatiques semblent piqués de curiosité pour ces êtres étranges venus d’un autre monde, les humains. Capturant en masse des survivants et des explorateurs, les Sans-Visages attirent l’attention d’Ed et de Nathan, chacun de leur côté. Ce sera donc l’heure des retrouvailles pour les deux frères que tout oppose. Seront-ils de taille face à ces aliens hostiles ?

On ne présente plus Robert Kirkman, auteur à succès dont la plus grande création a touché plusieurs médiums comme la BD, la TV et le Jeu Vidéo. Il nous sert ici un concept original qu’il exploite de manière très fun. Switchant entre les dimensions, Nathan se sert de ses connaissances pour passer les obstacles et résoudre des problèmes, rappelant des univers comme celui de Portal ou Soul Reaver. Cette mise en scène est servie par les dessins maîtrisés de Lorenzo De Felici, qui fait tantôt penser à James Harren (pour les monstres), tantôt à Ron Garney (pour les visages et le dynamisme du trait). Avec du recul, le scénario contient sans doute quelques fils blancs, mais la trame générale, menée avec le brio que l’on connaît à Kirkman, reste suffisamment addictive pour nous tenir en haleine. A ceci s’ajoute bien sûr la psychologie torturée des personnages, ce dont le scénariste a fait sa marque de fabrique.

***·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Bone Parish #2

Second tome de 112 pages de la série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Jonas Scharf. Publication en France chez Delcourt le 07/10/20.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Enfers artificiels

Le premier tome de Bone Parish nous présentait le business tout particulier de la famille Winters, dont le décès récent du patriarche avait forcé Grace, la mère, à prendre les rennes et à faire face aux redoutables concurrents qui souhaitent mettre la main sur la Cendre, drogue fabriquée à partir de dépouilles permettant de revivre les instants de vie d’un défunt.

Frappés par le décès d’un des leurs, les Winters n’auront pas le temps de s’appesantir sur leur deuil, car déjà, les requins se massent autour d’eux. Grace, qui jusqu’ici comptait sur la Cendre pour diriger la famille grâce aux conseils de son défunt mari, va devoir faire des choix radicaux pour protéger son clan, tandis que Brae, le fils aîné, aspire toujours à plus et commence à prendre des risques pour prouver sa valeur. Brigitte, quant à elle, est sursollicitée pour fabriquer toujours plus de Cendre. Les cartels adverses, de leur côté, tentent de reproduire la Cendre, avec des résultats pour le moins préoccupants.

From ashes to ashes

Après un premier tome mettant l’accent sur une ambiance glauque et morbide, Cullen Bunn nous fait plonger plus profondément encore dans l’horreur, n’hésitant pas à y apporter une touche graphique pour appuyer son propos. Le rythme est sans doute moins porté vers l’action, l’intrigue avance néanmoins, l’auteur positionnant ses différents antagonistes en prévision du troisième tome qui doit conclure la série.

Les Winters maîtriseront ils la Cendre suffisamment pour prendre le pas sur leurs rivaux ? Quels secret cette maudite substance recèle-t-elle encore ? réponse dans le dernier tome !

****·BD·Documentaire·Nouveau !·Service Presse

La Force de l’Ordre

Le Docu du Week-End

One-shot de 100 pages, adapté du livre éponyme de Didier Fassin, qui est ici assisté par Frédéric Debomy au scénario, et Jake Raynal au dessin. Parution le 2/10/20 aux éditions Seuil-Delcourt.

bsic journalism

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Monopole de la violence légitime

Il est fascinant (voire parfois fascisant) de réaliser que le crime est en soi un phénomène endogène à toute société. En effet, c’est du concept même de société et de civilisation, propre à l’Homme, que découle celui de Loi, et donc, par voie direct de conséquence, celui de crime.

En effet, le crime n’existe pas dans l’état de Nature, et l’on ne saurait reprocher au lion d’avoir étripé une gazelle. C’est donc tout le paradoxe que l’Homme s’impose à lui-même et qui détermine son comportement avec les autres.

Dans un monde toujours plus complexe, parcouru de nos jungle civilisées, une question devient récurrente: qui est la gazelle, qui est le lion ? Dans un système rejetant et condamnant la violence des individus, qui peut se prévaloir d’une violence légitime ?

Suis-je le gardien de la Paix ?

La sociologie nous apporte des pistes de réflexions intéressantes. L’Etat, cette entité intangible et supérieure à la somme de ses parties, a bel et bien le monopole de la violence légitime sur son territoire. Il est paradoxal de penser que pour maintenir la paix dans une société, il faille parfois recourir à la violence. De ce point de vue, il semblerait que ce soit la raison d’être d’institutions étatiques telles que l’armée ou la police. Violenter pour protéger, protéger en violentant, voilà un sacerdoce oxymorique qui pourrait expliquer les heurts récents et la défiance actuelle envers elles.

Didier Fassin a accompagné une Brigade Anticriminalité (BAC) durant deux ans afin de mieux en appréhender le fonctionnement, les enjeux et les difficultés. En effet, beaucoup de problématiques liées aux forces de l’ordre se cristallisent autour de ces BAC, connues pour leur virulence et pour les frictions avec les habitants de certaines zones urbaines.

Ce que le professeur a découvert s’éloigne radicalement de l’imagerie véhiculée tant par la fiction que par les médias, et tend à dépeindre un quotidien morne, un ordre social maintenu par des agents partagés entre la désillusion et la pression institutionnelle.

Face à ces découvertes édifiantes, les a priori d’un lecteur peu familier du domaine judiciaire/pénal en seront certainement ébranlés. Loin du manichéisme généralement de rigueur sur les chaines de la TNT, les auteurs font la retranscription d’un système conçu pour reproduire les inégalités, favorisant ainsi la perpétuation d’un cycle sans fin de violence.

Servi favorablement par la transition graphique, l’ouvrage choc de Didier Fassin est à diffuser largement. Plus vous pensez savoir ce qu’il se passe entre les jeunes de cité et les policiers, dans la rue et au commissariat, plus il est urgent pour vous de lire cette BD/ce livre.

***·****·BD·Bilan·Comics·Manga·Nouveau !

Marathon lectures

Copie de Le Bilan 2019

Salut les bdvores!

A l’occasion du jury BDGEST’arts (dont j’ai déjà parlé), j’ai entamé un marathon lectures depuis début novembre, souvent hors de mes cibles habituelles et ça m’a permis de découvrir quelques pépites qui ne m’avaient pas fait envie ou que j’avais loupé. Je vous propose un avis bref sur une série d’albums cités par mes camarades de Jury comme candidats potentiels aux meilleurs albums de l’année…

  • Asadora (Urasawa – Kana – 2020), 3 tomes parus, série en cours.

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Urasawaest un des gros trous dans mes lectures manga. Cité par beaucoup de monde comme un des mangaka majeurs de ces dernières années, il était temps que je découvre son univers et son style… qui m’ont tout à fait conquis sur cette dernière série (en cours de publication depuis 2018 au Japon). Comme la couverture de Kana l’indique il s’agit d’un feuilleton mêlant fantastique et vie quotidienne autour de la jeune Asa dont le tempérament explosif m’a conquis dès les premières pages. L’intrigue de ce premier volume suit la jeune fille, dernière d’une famille nombreuse, dans des pérégrinations autour d’un typhon qui ravage Nagoya. Résolue à aider les gens du haut de ses douze ans, la fillette va mobiliser les énergies autour d’elle… On retrouve un peu de l’esprit positif d’Amélie Poulain dans cette ambiance qui permet de plonger au cœur du japon quotidien des années soixante et un dessin BD d’une redoutable efficacité. Du coup je vais enchaîner les tomes disponibles à la médiathèque avant de m’attaquer au grand œuvre 20th century boys

  • Après le monde (Leman – Sarbacane- 2020), one-shot.

couv_400409Sur le seul pitch je n’aurais pas donné un kopeck à cet album qui reprend un thème éculé: des enfants se retrouvent seuls après la disparition de toute la population et l’apparition de grandes tours au loin. Et pourtant ce premier album de Timothée Leman est très maîtrisé tant techniquement, avec une teinte gris-sépia fort élégante et cauchemardesque, que narrativement avec une histoire simple, linéaire, qui sait poser du mystère, de demi-explications et une progression vers un final impressionnant bien que laissant un goût d’inachevé. Je ne critiquerais pas, ce type d’histoire est a peu près impossible à terminer, attaquée soit par son côté cryptique soit par un happy ou bad end souvent vu comme trop facile. Cela reste un très bel exercice de style assez poétique, très beau, sur l’itinéraire de deux enfants livrés à eux-mêmes, et bien sur ces paysages urbains désolés, toujours fascinants.

  • GoSt111 (Easersall/Mousse – Glénat- 2020), one-shot.

Couverture de GoSt 111Cette fois-ci c’est graphiquement que je n’aurais pas osé cet album qui propose une adaptation très originale en BD des histoires back-office des systèmes de sécurité français comme le Bureau des légendes. Venu du scénario TV et associé à un ancien commissaire, Mark Eacersall nous plonge dans l’univers des indics de la police. Univers sale, légalement incertain, entre deux univers, on se passionne pour le destin de cet immigré serbe pas très malin qui se retrouve contraint d’endosser le rôle d’indic pour un flic pas vraiment ripoux mais pas bien réglo non plus. Ce thème, plutôt nouveau et passionnant montre que sur un sujet classique (le polar) on peut toujours trouver le biais qui ouvrira notre attention. Si les dessins font le job ce sont bien le scénario et les dialogues qui font le sel de ce one-shot à lire comme une très bonne série policière. Il ne serait d’ailleurs pas du tout surprenant que l’on en voit une adaptation sur petit écran dans les années à venir.

  • Glouton (B-gnet/Milan – 2020), 2 tomes, série en cours.

Glouton -2- La boule des neigesAttention, cela fait longtemps que je n’ai pas autant ri sur une BD, depuis le Grand méchant Renard sans doute (avec quand-même les Viocs en passant…)! Glouton est le plus dangereux prédateur du Grand Nord, mais devenu feignant il a grossi et va devoir regagner son statut… Des BD d’humour animalier il y en a autant que de types d’humour. C’est souvent drôle… Glouton se lit la larme à l’œil de la première à la dernière page en dressant des situations improbables, des dialogues décalés, le tout d’une finesse juste géniale. Pas sur que cet humour parle aux plus jeunes mais vous, lecteur adultes, foncez sur ce nouveau personnage qui vous fera vous poiler comme rarement!

  • Square Eyes (Jones/Mill – Delcourt- 2020), One-shot

Couverture de Square EyesNouvel OBNI au royaume de la BD avec ce très gros album carré tout à fait conceptuel qui propose une variation sur la réalité augmentée, les réseaux sociaux et un futur dystopique comme jamais vu en BD. Des films SF visuellement innovants sur ces sujets il y en a régulièrement. Des tentatives scénarisées d’aborder ces sujets en BD également, mais une telle proposition graphique je n’en avais jamais vu. Disons le tout de suite, Square Eyes n’est pas grand public. C’est long, très compliqué à lire du fait d’un découpage et d’une mise en scène volontairement embrumés comme l’est l’héroïne. En essayant de nous faire voir le monde tantôt de l’extérieur tantôt par les yeux de ces personnes connectées à un réseau global où une réalité augmentée se superpose au monde physique, les auteurs brouillent notre regard et nous fascinent. En sort un questionnement philosophique sur la réalité même du monde dès lors que la réalité physique devient secondaire. Il en est de même sur la temporalité et l’identité de l’être qui peut se voir pirater sa vision et regarder par des yeux d’un autre ou via un enregistrement passé… La transposition graphique de ce concept est variée, fascinante, créant des planches « ilinéaires ». On est perdu la plupart du temps mais convaincu d’avoir assisté à une sacrée expérience artistique en BD…

  • Killer smile (Lemire/Sorrentino – Urban – 2020), One-shot

Couverture de Joker : Killer SmileNouvelle sortie du décidément très qualitatif Black Label de DC, Killer smile nous propose la vision de deux auteurs , chevronnés et réputés, d’une idée très proche de la tentative avortée de Snyder et Capullo sur Last Knight on earth. La réalité Batman n’en finit décidément plus d’être attaquée par des auteurs qui cherchent non plus à remettre en question les constantes du Batverse mais à tout simplement en finir! Après la révolution White Knight (la critique du second volume arrive avant Noël, promis!), nous voilà à nouveau confronté à ce redoutable Joker, véritable manipulateur des esprits et du monde qui l’entoure. Partant du même pitch que Harleen, un jeune psy tente d’achever son protocole de soin psy sur l’homme aux cheveux verts sans se perdre et sa famille avec. Je n’en dis pas plus, les références citées suffisent, mais ce one-shot propose un vortex psychologique diablement réussi malgré des dessins que je crains un peu dans leur aspect crado-hyper réalistes. Si vous passez cette spécificité graphique, vous entrerez dans une narration manipulatoire qui cite bien évidemment le mythique Killing Joke et vous laissera groggy sans trop savoir si le Chevalier Noir va survivre à cette année pandémique…

  • Seules à Berlin (Juncker – Casterman – 2020), One-shot.

Couverture de Seules à BerlinLes histoires sur la défaite allemande et l’état de Berlin à la Libération sont à la mode. Est-ce une forme de revanche culturelle française? Toujours est-il que le sujet ne me passionne pas et que j’ai à nouveau pu découvrir un excellent album ma foi bien sombre (voir glauquissime par moments) sur un sujet bien funky: une allemande qui a perdu son nazi de mari sert de fille de joie à des officiers de l’armée « de libération » soviétique alors qu’une traductrice du NKVD, idéaliste, découvre la réalité des femmes dans ce pays détruit… Dit comme ça ça donne envie de se tirer une balle et les dessins en lavis gris sur des décors d’apocalypse ne font rien pour enjouer tout ça. Pourtant ce gros volume de 200 pages arrive à construire sur des dessins très simples une atmosphère via un découpage sec très rythmé et nous passionne sur ce microcosme humain extrême que seules les histoires de guerre ou Post-apo peuvent transcrire. Alternant entre l’ubuesque quête du squelette du Führer par l’administration soviétique et la relation entre les deux femmes (mais aussi avec les officiers, les vieux allemands rescapés,…), Nicolas Juncker nous happe dans cet enfer où les bornes morales ont depuis longtemps volé en éclat pour laisser les cœurs à nu dans la plus grande simplicité humaine ou inhumaine. Très bel album malgré sa dureté, d’un auteur que je découvre et que je vais suivre de plus près…

***·Comics·East & West

October Faction #2

Deuxième tome de 144 pages de la série écrite par Steve Niles et dessinée par Damien Worm. Il comprend les épisodes 7 à 12 de la série, publiée au US chez IDW. Parution en France chez Delcourt le 26/08/20. 

Family Business

Le premier tome de la série nous faisait rencontrer Fredrick et Deloris Allan, autrefois chasseurs de monstres réputés et craints par leurs ennemis. Quelques années plus tard, la venue au monde de leurs enfants aura eu raison de leur sacerdoce, et Fredrick, dorénavant reconverti en professeur, fit alors tout son possible pour laisser ce sanglant passé derrière lui. 

Cependant, Geoff et Vivian, impressionnés par les exploits passés de leurs parents, n’ont qu’une idée en tête: suivre leurs traces pour reprendre la chasse, comme leurs parents autrefois. Bien évidemment, les parents Allan ne voient pas cette vocation d’un très bon œil, mais pourront-ils réellement dissuader leur progéniture alors que les ennemis de la famille reviennent en force ?

Ce tome 2 débute avec un nouveau status quo. En effet, Lucas, ancien frère d’arme de Fredrick devenu loup-garou, et Dante, fils d’un ennemi de la famille et récemment adopté, ont rejoint le clan pour de nouvelles aventures. Cependant, Fredrick n’est pas décidé à lâcher prise, aussi, sous couvert d’un entraînement exigeant, cherche à décourager ses impétueux enfants. Ce que le père ignore, c’est que sa némésis, Merle Cope, conspire toujours contre lui, si bien qu’il pourrait avoir grandement besoin des chasseurs en herbe pour s’en sortir. 

Morts et déterrés

Encore une fois, les liens familiaux sont au cœur de cette série au ton décalé. Face à la parentalité, avec ce qu’elle a de délicat, les monstres et les malédictions font parfois office de simples distractions. Malgré les dissensions et les révélations difficiles à avaler, la cohésion reste tout de même de mise chez les Allan.

Comme pour le premier tome, on peut reprocher à l’histoire de se cantonner à quelques poncifs du surnaturel, la série n’offrant finalement rien de bien neuf de ce côté-là. Les dessins de Damien Worm conservent leurs caractéristiques, instaurant une ambiance toute particulière mais donnant sur ce second tome un léger goût d’inachevé. 

Attendons le troisième tome en espérant qu’il sera une apothéose pour cette famille unie dans la chasse aux monstres.

*****·BD

Peau de Mille Bêtes

La BD!

Histoire complète en 120 pages, écrite et dessinée par Stéphane Fert. Parution aux éditions Delcourt le 27/03/2019. 

TRENTE MILLIONS D’AMIS

Quelques part dans une immense forêt, un jeune homme erre, hagard. Cette frêle silhouette qui déambule entre les arbres et celle du Prince, qui cherche désespérément sa princesse perdue dans la brume sylvestre. Après une périlleuse rencontre avec des monstres, le Prince fait l’hasardeuse rencontre d’une sor-euh, d’une fée, qui lui propose assez malicieusement de l’aider à retrouver l’élue de son cœur. Pour cela, le Prince devra remonter aux origines d’un conte oublié de tous, et traverser des épreuves dont il ne sera pas toujours le protagoniste. 

Des années auparavant, Belle fuit son village, lassée des pressions constantes des hommes voulant la posséder grâce aux épousailles. En chemin, Belle rencontra le Roi Lucane, créature magique régnant seul sur la forêt et sa faune. Belle devint ainsi reine de la forêt, et de cette union naquit Ronces, un impétueuse petite princesse que son père au caractère ombrageux exila parmi les animaux sous prétexte de contribuer à son éducation. 

ŒDIPE DANS TOUS SES ÉTATS

Malheureusement, si le temps n’a pas de prise sur le Roi Lucane, il en a sur Belle, qui finit par souffrir des outrages du temps avant de disparaître. Avant, elle fit promettre à son époux éploré de veiller sur leur fille, mais le monarque rendu fou par la douleur eut une façon bien à lui d’interpréter ces dernières volontés. Rendu fou par la douleur et le chagrin, Lucane finit par se persuader qu’il était dans son devoir d’épouser Ronces, seule femme à être à la hauteur de la beauté de sa défunte reine. 

Toutefois, la princesse Ronces, qui était devenue une femme indépendante depuis le temps, avait ses propres ambitions, et avait fait la rencontre d’un petit prince chétif qui venait de lui faire découvrir un étrange sentiment: l’Amour…

Ulcéré par cette trahison, Lucane usa alors de sa magie pour maudire sa fille et l’emprisonner dans une gangue faite des peaux de tous les animaux qui avaient veillé sur elle étant petite. Désormais recouverte d’une peau de mille bêtes, Ronces serait amenée à dévorer tout homme tentant de s’approcher d’elle. Le Prince, peu taillé pour les exploits mais mu par une témérité forgée par l’amour, va devoir ruser pour approcher sa belle princesse et la délivrer enfin de sa triste condition. 

Vous concèderez que l’on fait tous des erreurs. La mienne fut de passer à côté de cet ouvrage, paru il y a déjà un an et demi. Stéphane Fert nous offre un album magnifique, dans la veine de son précédent Morgane, où il officiait en tant que dessinateur. Ici auteur complet, Fert s’inspire librement d’un conte des frères Grimm en y ajoutant sa patte personnelle, et accouche d’une histoire tantôt cruelle, tantôt délicate, à la beauté indéniable, et dont les personnages, qui se conçoivent à rebours des archétypes habituels du genre, sont très réussis. En effet, il fut extrêmement plaisant de voir évoluer la princesse Ronces, femme statuesque et forte, loin des frêles ossatures des princesses-objets, au côté d’un prince pas vaillant mais astucieux. 

L’antagoniste, le Roi Lucane, commençait lui aussi fort bien, grâce au tragique de sa situation, mais l’on peut déplorer son glissement progressif vers un rôle plus archétypal de méchant. 

Cela n’enlève cependant rien au plaisir de lire ce Peau de Mille Bêtes, une vraie réussite d’un auteur en pleine ascension !

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Le baron

La BD!
BD de Jean-Luc masbou
Delcourt (2020), 72p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Magnifique édition luxueuse avec tranche toilée, titre gaufré et doré et terminé par un cahier de recherches graphiques crayonnées et un fil de fer de toutes les planches crayonnées de l’album. On pourrait croire à une édition collector… Bravo à Delcourt pour une fabrication de cette qualité au tarif habituel des BD.

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Lorsqu’un colporteur débarque dans le village de Bodenwerder quelle n’est pas la surprise des habitants que d’entendre la lecture des récits du Baron de Münchhausen… car loin d’être un personnage de fiction, le baron n’est autre que le sympathique seigneur du coin, qui aime raconter les rocambolesques aventures de sa vie militaire… pour qui veut bien le croire…

Après vingt ans passés en compagnie du loup, du renard et du lapin les plus bavards de la BD, Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou se sont quittés, pour nous proposer à une année d’intervalle deux magnifiques ouvrages comme les joyaux majeurs de leur carrière: Les Indes fourbes pour Ayroles (avec Guarnido) et donc, ce Baron (de Münchhausen!) pour Masbou. Et l’on peut dire qu’à la lecture des deux ouvrages, au thème très proche, l’on n’est pas surpris que les deux compères se soient si bien entendus sur la saga De capes et de crocs!

Le Baron de Jean-Luc Masbou - Album - Livre - DecitreComme sur l’album d’Ayroles, le Baron traite de la création, de l’imaginaire et des raconteurs d’histoires. Moins sophistiqué que le premier, l’ouvrage de Masbou profite cependant du trait si particulier et de cette colorisation que l’on a tant aimé sur De capes… En pleine possession de ses talents, doté d’une pagination et d’un format royaux, l’auteur utilise les multiples récits fantasmagoriques du Baron pour nous gratifier d’une variété impressionnante de style, chaque séquence adoptant tantôt l’apparence des gravures du XVIII° siècle, tantôt les albums graphiques russes, la sanguine ou l’image d’Epinal. Comme album de dessinateur ce Baron est donc un véritable régal pour peu que les faciès outranciers de carnaval de Masbou vous siéent. Ce sera là, comme souvent lorsque l’auteur assume les deux rôles, la limite de l’ouvrage qui, s’il est touchant et sympathique, ressemble plus à un exercice de style qu’à un scénario machiavélique comme a su le faire son comparse.

Car Jean-Luc Masbou reste en terrain connu, cet univers des carton-pâte, des décors de théâtre et la bonhommie d’une époque idéalisée, celle des vaillants soldats de bottes et d’épée, des perruques et des tavernes emplies de bocks à bière et de plantureux saucissons. Cet album généreux sonne comme la conclusion logique d’une carrière qui a emprunté, caressé, cajolé l’univers du Baron et toute la galaxie d’artistes qui ont enrichi ces contes, de Terry Gilliam à Gustave Doré et Georges Meliès. En cela le Baron est un superbe hommage qui vient enrichir une bibliographie impressionnante d’adaptations, citations et autres suites des aventures de ce Karl Friedrich Hieronymus, Baron de Munchhausen, ayant réellement existé et dont les aventures ont été relatées de son vivant. Cet aspect historique est partiellement présent dans l’album qui nous présente la rencontre de l’œuvre et du personnage… qui ici découvre qu’on l’a mis en livre alors que le véritable Hieronymus a démarché un écrivain.

L’album comme son personnage sont immensément sympathiques dans leur entièreté. Car si la question du mensonge, de l’affabulation, est abordée, bien vite le Baron nous fait comprendre qu’il n’est pas plus dupe que ses auditoires de la distinction entre la réalité et l’imaginaire. Ses récits sont une ode à l’imagination débridée libérée des carcans sociaux, de la bienséance et du cartésianisme d’une époque bien codifiée. Par l’imaginaire Hieronymus se libère du poids matrimonial, social et de ce qui est attendu. Par la libération de toute vraisemblance il démontre une liberté de vie absolue, que son épouse tente de restreindre. Il est toujours plaisant de voir s’exprimer ainsi des artistes, auteurs de BD, ces adultes suspects de manque de sérieux à passer leur vie à dessiner des contes, des histoires alors que le monde est si dur… Jean-Luc Masbou revient ainsi avec cet album à l’origine du conteur, celui qui fait voyager l’imaginaire, qui émerveille les enfants et les adultes du siècle de Louis XV. Il propose une ode à la liberté créative, à l’absence de sérieux et au plaisir de raconter des histoires, quelques invraisemblables qu’elles soient. En cela il a sa place dans la bibliothèques de tous les amoureux des belles histoires!

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*****·Nouveau !

Les 5 terres #1 & #2

La BD!
BD de David Chauvel, Jerome Lereculey et collectif
Delcourt (2020), 56p., série en cours, 5 volumes parus
Cycle 1 prévu en 6 volumes.

L’équipage est armé pour une saga partie pour durer avec des cycles de six volumes (le premier portant sur Angléon, la terre des félins) aux sorties rapprochées puisque quatre tomes sont déjà sortis et que le premier cycle devrait se conclure à l’été prochain. Méthode américaine donc avec une séparation dessin/encrage/couleur/design, très efficace quand cela fonctionne et c’est le cas ici puisque contrairement à nos amis d’outre-atlantique cette organisation industrielle ne sacrifie en rien les détails et à la lecture on a le même plaisir graphique que sur n’importe quel bon album dessiné en solo. Le boulot est donc considérable et poussé très certainement par la conviction que le projet est bon et marchera… Le premier volume comprend un cahier graphique de six pages et le second une double page d’un récit revenant sur la fameuse bataille de Drakhenor. Outre une carte en intérieur de couverture le concept des couvertures est toujours le même, avec deux personnages centraux de l’album. Je ne vous détaille pas plus que cela mais l’idée, si elle est alléchante me semble assez dangereuse pour la tenue du mystère…

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mediathequeDepuis qu’il a posé sa marque lors de la légendaire bataille de Drakhenor, le roi Cyrus souverain d’Angleon fait régner la loi sur les mers et attire un respect craintif des quatre autres territoires. Mais son règne s’achève et l’héritier au trône affiche déjà ses ambitions guerrières. Or la Cour est un lieu complexe où les ambitions fomentent complots et trahisons avant que le roi n’ait rendu son dernier souffle…

Les 5 terres #1, la critique | une Case en plusLes cinq Terres est typique des séries à côté desquelles je passe en raison du battage médiatique fait à sa sortie. Le sentiment d’une lecture obligatoire a le don de me hérisser et le schéma transposant Game of Thrones chez les félins ne m’était alors pas paru particulièrement original… Et bien me voilà obligé de reconnaître ma terrible erreur tant ce démarrage m’a happé presque autant que la dite série HBO! Question originalité on a vu mieux en effet, mais certains ont dit cela de Servitude, qui est pour moi la meilleurs saga en BD depuis dix ans (et qui vient de s’achever) qui a su apporter son lot de création à un canevas que certains remontent aux Rois maudits de Druon.

Autre révision de mon jugement, le fait de proposer des personnages d’animaux anthropomorphes n’est aucunement une aliénation disneyenne mais bien une façon de faciliter la compréhension des caractères des personnages, sur le modèle qui a terriblement fonctionné chez Blacksad. Dans un monde complexe aux personnalités creusées, une BD ne peut décrire assez finement les tourments et personnalité des protagonistes et c’est là que le dessin prend brillamment le relais en jouant sur les expression que le monde de l’Animation nous a habitué à apprécier et en proposant différents animaux dont la seule apparence suffit à indiquer le tempérament. Le travail sur les costumes, coiffures et pelages est magnifique même s’il faut au début s’habituer à voir des tigres permanentés… La colorisation est vraiment superbe et subtile alors que le travail sur les regards, surprenant puisque là-encore repris aux regards particuliers de chaque espèces, est très efficace pour nous faire passer émotions et menaces!

Les 5 terres #1, la critique | une Case en plusSur le plan de l’intrigue, on est pris de la première à la dernière page par une atmosphère totalement fidèle à GOT avec ses ministres, nobles et assassins se croisant dans les couloirs d’un palais magnifique qui n’a que l’apparence de la bienséance. La galerie de personnages est importante, les interactions politiques et familiales complexes, aussi le format adopté ne paraît pas du tout disproportionné pour développer une intrigue sérieuse. Comme dans le modèle, les coups de théâtre sont légion, risquant de perdre leur force puisque prévus pour être systématiques à chaque album… a moins que les scénaristes, machiavéliques, manipulent le lecteur en le poussant vers des certitudes pour mieux le tromper! Diantre, que cela donne envie!

Pour ce démarrage je suis absolument conquis, si bien qu’ayant commencé la série en médiathèque je vais de ce pas acquérir les volumes parus! Le risque est réel de se contenter d’un copier-coller de Game of Thrones. Aussi réussie soit-elle, l’adaptation exige de la nouveauté pour tenir sur la durée. C’est la principale interrogation que je poserais, sans bouder son plaisir, un plaisir BD immédiat et plein.

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***·BD

M.O.R.I.A.R.T.Y. #3: Le Voleur aux cent visages 1/2

La BD!

Premier tome du second cycle de la série coécrite par Jean-Pierre Pécaud et Fred Duval, avec cette fois Gess au dessin. 46 planches, parution le 24/06/20 aux éditions Delcourt. Les deux précédents tomes, intitulés Empire Mécanique relataient la précédente enquête de Sherlock Holmes, aux prises avec son ennemi juré.

Paris, ville du crime

Aux pieds de la Dame de Fer, c’est l’effervescence. En cette année 1900 se tient l’Exposition Universelle, durant laquelle les inventeurs et scientifiques de tous acabits pourront présenter leurs découvertes. Cette exposition augure un nouvel âge, celui du progrès et sa marche inexorable. Pour fêter l’occasion, plusieurs grandes nations s’affrontent lors d’une course en ballon dirigeable autour du monde, dont Paris sera l’une des étapes.

Comme à son habitude, Sherlock Holmes fait fi du tumulte, car il a ses propres plans. Embarqué incognito avec son acolyte Watson à bord du ballon britannique, il est à la poursuite d’un insaisissable voleur, qui sévit à chaque étape de la course en dérobant de précieux biens.

Mais Sherlock Holmes est sûr de lui: Paris sera le terminus pour le voleur. Certain de l’avoir identifié, le célèbre Détective de Baker Street lui tend un piège, dans lequel l’intrépide criminel finit par tomber. Cependant, le voleur est-il bien celui que l’on croit ?

J’peux pas, j’ai Freud

La véritable surprise surviendra lors de l’interrogatoire du malheureux. En effet, celui-ci semble tiraillé entre plusieurs personnalités contradictoires et indépendantes, rendant la séance d’interrogation déconcertante, et son sort, hasardeux. Cet homme pourra-t-il être jugé ou pas ? Pour éclaircir cette situation, la police française fait appel à des experts, des hommes ne craignant pas de s’aventurer dans les méandres torturés de l’esprit humain: le Professeur Charcot, et un jeune neurologue, un certain Sigmund Freud

Le jeune théoricien de l’esprit humain est formel: plusieurs entités se partagent le cerveau de cet homme. A cette heure, impossible de déterminer quelles personnalités sont responsables des vols perpétrés. Et si cet homme n’était qu’un instrument, la clef de voûte d’un projet plus grandiloquent ?

Une fois encore, Fred Duval et Jean-Pierre Pécaud nous entraînent dans une aventure bigarrée du plus célèbre Détective qui soit. Usant des éléments incontournables de l’œuvre originelle, ils ont eu la sagacité d’y mêler d’autres éléments de la littérature victorienne (Dr Jekyll dans les deux premiers volumes), ainsi qu’un environnement steampunk donnant à la série des airs de Ligue des Gentlemen Extraordinaires.

L’ajout des références se poursuit ici avec cette fois l’intervention de personnages historiques comme Sigmund Freud, le père de la psychanalyse. Son regard, controversé, sur la psyché humaine et les relations interpersonnelles, permet quelques moments savoureux, presque méta, durant lesquels il s’ingénie à analyser les rapports entre le détective et son partenaire.

Bien entendu, l’antagoniste principal reste le fil rouge de l’intrigue, et on sent bien que Holmes n’en a pas fini avec son ennemi juré, qui œuvre toujours en coulisse.

Les dessins de Gess tranchent de façon assez franche avec ceux de Stevan Subic. Là où Subic instaurait une ambiance sombre et glauque, grâce à un ancrage si lourd qu’il en altérait parfois la lisibilité, l’auteur nantais mise sur la clarté de ses planches pour symboliser une époque parisienne naïve et enjouée.

M.O.R.I.A.R.T.Y. n’a pas encore livré tous ses secrets, rendez-vous en 2021 pour en apprendre davantage !

***·Manga·Nouveau !·Service Presse

Once and future #1

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Comic de Kieron Gillen, Dan Mora et Tamara Bonvillain (coul.)
Delcourt (2020) – BOOM Studios (2019), 134p., série prévue en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

L’album comporte une galerie de couvertures originales (absolument superbes) reprenant le même thème du reflet et un lexique des personnages de la Geste arthurienne afin de s’y retrouver dans une trame un peu touffue et très référencée. cgvoqkyavy

Briggette McGuire s’ennuie profondément dans sa maison de retraite. Lorsqu’elle apprend l’assassinat d’un archéologue sur un chantier, elle file à l’anglaise retrouver son cher petit-fils Duncan pour reprendre une mission qu’elle n’aurait jamais dû arrêter: la chasse aux monstres. Car l’attentat cache le vol d’un artefact à même de ramener une sombre force dont la légende est racontée dans la Geste du roi Arthur…

Once And Future (2019-) Chapter 2 - Page 16Parmi les surprises de cette fin d’année, surgit cette trilogie à la parution très récente puisqu’elle remonte à moins d’un an dans le décidément exceptionnel catalogue de BOOM Studios, déjà à l’origine du génial Skybourne de Frank Cho… qui s’avère très proche dans l’esprit, de ce Once and Future. Le scénariste a plutôt bossé chez Marvel et sur des indé un peu cracra et a plutôt bonne réputation comme The wicked+the divine. Mais le gros plus de l’album est le Costa-Ricain Dan Mora qui avait déjà fait forte impression sur Klaus, variation sur la légende du père Noël et qui propose ici des planches de toute beauté et génialement colorisées par Tamara Bonvillain. Outre les dessins il y a deux bonnes idées pour ce pitch de départ: lancer une mamie super bad-ass qui tchatche sans arrêt botter des culs de monstres et démons, et retourner le mythe arthurien pour surprendre en donnant des rôles inattendus aux différents protagonistes. Le concept est connu, de faire d’un gentil connu un méchant et de révéler au lecteur que ce qu’on lui a raconté jusqu’ici n’était que contes pour enfants… Ca marche plus ou moins ici. Plus car sur un concept plutôt action et déconne on ne se chagrine pas trop d’une trame un peu facile couvant des ficelles généalogiques assez touffues. Depuis les premières pages qui balancent le gentil petit-fils rugbyman mais conservateur de musée dans les griffes d’une absurde chimère sortie d’on ne sait où on déroule une poursuite du méchant sans guère de répits ni trop le temps de réfléchir si cela a queue ou tête. Le pitch est lancé tôt, le méchant (au design terriblement réussi!) révélé et le scénariste nous balade de Review – Once And Future #1 (BOOM! Studios) – BIG COMIC PAGEportail en portail vers un monde parallèle d’où ne doit surtout pas s’échapper le croque-mitaine (sur le même schéma que le Empress de Millar). Le moins est que la coloration arthurienne devient assez vite un prétexte sommes toutes sympathique mais qui semble assez artificiel. Il faudra voir à la lecture de l’ensemble du triptyque su la suite sait élever une véritable intrigue, le cliffhanger final est pour le moment assez efficace pour laisser le bénéfice du doute. En écho à un scénario qui ressemble beaucoup à un Mark Millar, très fort pour lancer un pitch mais un peu creux dans le fonds, les planches de Dan Mora sont à la fois superbes quand il s’agit de dessiner des personnages, de designer les costumes ou de nous faire rire aux expressions faciales de la famille McGuire, en même temps que franchement vides pour les décores et paysages. En utilisant l’artifice du monde parallèle habillé de couleurs psychédéliques et tout en ombres il s’économise des arrière-plans qui n’en sont pas moins vides. C’est un peu dommage du coup car les planches semblent à moitié remplies et abaissent la qualité générale. Les séquences d’action sont également vaguement décevantes car assez vite expédiées en semblant hésiter entre la vraisemblance (le petit-fils n’a rien d’un action-man!) et le bad-ass total qu’assumait, lui, tout à fait franchement Cho dans sa version de la renaissance arthurienne, le jouissif Skybourne. Et on ne peut pas Once And Future #4 — You Don't Read Comicsaccuser pour le coup le dessinateur, Mora étant tout à fait capable de rivaliser avec le maître sur un album de BD. Il ressort à la lecture de ce premier tome l’impression que les auteurs n’ont pas vraiment su comment développer leur idée de départ ou n’ont su prendre le temps de développer une belle grosse BD non tenue par un rythme de parution classique. A la fois enthousiasmant par plein de côté et frustrant par l’écart entre ce qui pourrait être et ce qui est livré, Once and Future m’a laisse le sentiment mitigé d’un album sur les freins dont les grosses ficelles ne sont pas suffisamment compensées par de bonnes grosses scènes d’action boom-boom. La relation verbale entre les personnage, très réussie ne suffit pas dans un projet taillé pour l’action. Skybourne 1 – Once and Future 0. Suite au prochain épisode… note-calvin1note-calvin1note-calvin1