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Cheval de vent cheval de bois

BD jeunesse de Wilfried Lupano et Gradimir Smudja
Delcourt (2017), 22p.

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C’est un jour important pour le roi: aujourd’hui c’est son anniversaire! Tout le royaume se presse pour le féliciter, le cajoler, pendant que le héraut récite l’interminable liste des cadeaux qui lui sont envoyés. Mais le roi n’en a que faire, ce qu’il veut c’est son gâteau et chevaucher son cheval de bois. Pendant ce temps deux jeunes miséreux parviennent à  prendre l’encolure du mythique cheval de vent qui parcourt la campagne et emporte le gâteau du roi! Une course effrénée va alors s’engager entre ce deux chevaux improbables…

Le duo expérimenté Lupano/Smudja nous livre avec cette BD jeunesse une fable à la Ubu sur la puérilité du pouvoir et de la richesse face au rêve de l’enfance et aux inégalités. Du Lupano qu’on aime, qui rougit toujours un peu plus l’univers si peu politisé de la BD franco-belge! Cet album court est un véritable régal pour les yeux. La finesse des détails, la chatoyance des chevaldeboischevaldevent-3.jpgcouleurs sur de grandes cases flattent les rétines. Smudja avait déjà montré sa technique et son amour des couleurs vives sur ses albums dans l’univers des impressionnistes (Van Gogh et Toulouse-Lautrec). Ici on est dans la grosse farce lue très vite, à l’intrigue simple (Lupano aurait pu développer quelque peu l’histoire du cheval de vent…), à la chute attendue. Rien de très original, mais une jolie histoire avec un brin de fantaisie qui plaira aux enfants (chevaucher un cheval de vent avec des masques d’animaux!) en leur parlant tout de même des méfaits du pouvoir absolu et des injustices. Pour les parents on se régalera visuellement et rigolera un peu aux situations grotesques du roi et ses gens.

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Comics

Monstress

Comic de Marjorie Liu et Sana Takeda
Delcourt comics 2017 (Première édition US Image comics 2015)
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Gros volume relié de belle facture (magnifiques couvertures de Sana Takeda) avec vernis sélectif, comprenant les volumes 1 à 6 de l’édition américaine. Delcourt reprend ici l’édition reliée US, dont le volume 2 est sorti en juillet 2017 et prévu en octobre pour l’édition française.

Monstress c’est Maïka demi-loup, une arcanique capturée par les sorcières Comaea lors de la dernière guerre entre les deux peuples. Semblant dotée de pouvoirs proprement terrifiants liés au passé trouble de ce monde et de ses dieux anciens, elle va tenter de remonter son passé entre les feux croisés de ses poursuivants humains et les gardiens de la Cour du Soir…

Si vous n’avez rien compris c’est normal, l’histoire et le monde construits par les deux auteures sont extrêmement touffues et l’on peut regretter (une fois n’est pas coutume dans les comics) qu’elles n’aient pas pris plus de temps pour poser leur univers tellement celui-ci est riche. Les factions sont nombreuses et graphiquement très bien identifiées. Les noms et évènements envoyés au lecteur attisent la curiosité le poussent à avancer dans une lecture qui peut parfois être dure à suivre du fait des nombreuses ellipses, placement des bulles peu précis entre les personnages (qui parle?), les narrations. C’est assez classique de la narration comics et l’image doit souvent venir appuyer le récit pour aider le lecteur. Ici étrangement, alors que c’est bien le graphisme fascinant de Sana Takeda qui fait ouvrir le bouquin, un caractère peu fini, brouillon (même sentiment que sur Descender) n’aide pas la lecture. Ce point noir énoncé, rien de grave néanmoins, tant l’on peut gager que la lecture de l’entièreté du récit permettra de combler ces lacunes.22185496-_sx540_

Monstress est surprenant en ce qu’il est très trompeur graphiquement. En effet, si le style de l’illustratrice utilisant fortement (et excellemment) la colorisation informatique  avec des textures posées est résolument original et élégant, ce n’est pas a proprement parler sa technique (assez moyenne) qui attire mais l’univers construit, le design général, proprement unique. L’on pourrait trouver des similitudes avec l’univers d’un Olivier Ledroit, foisonnant, surchargé, où chaque centimètre doit être « habillé ». Ainsi si les arrière-plans, les scènes de bataille sont clairement gribouillés, cela est compensé par ses aplats informatiques 19870241-_sy540_qui donnent une matière à l’ensemble. Le design des personnages, fait de mythologies angéliques, de manga enfantin et assez inspiré par l’univers des jeux-vidéo japonais, est réellement ce qui retient l’attention. Et puis dans Monstress les chats sont trop forts et j’adore les chats!

Au final je dirais que cet album hybride (d’inspiration Manga mais de facture totalement comics) reprend les défauts de ces derniers mais est porté par un design , un monde et une histoire vraiment intéressants, qui hormis les couvertures de chapitre magnifiques, manque un peu de chocs graphiques.

 

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Fiche BDphile

BD

Shi

BD de Zidrou et Homs
Dargaud (2017)shi-tome-1-au-commencement-etait-la-colere

Fabrication Dargaud classique incluant dans la première édition un cahier graphique présentant le travail sur la couverture. Élégante tranche et 4° de couverture avec indication d’un cycle en 4 tomes (format idéal pour éviter de tomber dans la machine à Cash éditoriale), l’éditeur se calant sur la pratique de Rue de Sèvres, en espérant que cela fasse tache d’huile. La couverture n’est pas la plus manquante du moment mais reste efficace.

L’intrigue de Shi alterne entre aujourd’hui et le Londres victorien, où l’on suit la quête d’une jeune et belle aristocrate fille d’un redoutable militaire de Sa Majesté, pour retrouver une asiatique intrigante que sa route a croisé lors d’une visite à l’exposition universelle… Les auteurs utilisent cette mise en place pour nous dévoiler une haute société centrée sur son succès et écrasant la misère du monde de leur dédain. Une société décadente et flamboyante à la fois, où seule la réussite et le respect des normes sociales ont de l’importance. Le travail ethnographique est fort réussi et l’immersion shi-t-1-au-commencement-c3a9tait-la-colc3a8re-zidrou-homs-bc3a9bc3a9-mortau sein de ces salons brillants est saisissante. L’on est pas loin de ce que propose la série « The Knick » sur ce plan, entre le conservatisme des élite et une modernité explosant dans un empire au faîte de sa puissance. N’attendez pas de savoir de quoi il retourne dans ce tome introductif et laissez vous simplement porter par une description et des dialogues très inspirés et surtout par le trait magnétique de l’espagnol José Homs.

cy7rgkzxgaiizufEncore une découverte ibère qui va alimenter ma théorie de l’école hispanique… Ce dernier a surtout officié sur l’adaptation de Millenium, dont le style m’avait intrigué à l’époque. Je regrettais sur de précédentes critiques de Comics le caractère non fini ou faibles techniquement de pas mal de productions outre-atlantique, et l’on peut sans soucis comparer ici avec une technique irréprochable et des encrages extrêmement élégants. Les arrières-plans et personnages sont détaillés et l’artiste se plait autant à dresser des trognes libidineuses que de charmantes demoiselles dévêtues. Tout ça a du style, de l’élégance, du dynamisme, bref, du talent. Les personnages sont tous extrêmement charismatiques et différents dans leurs traits et Homs nous croque avec une aisance incroyable les mimiques de ses héros. Tout cela nous donne envie de connaître vite la suite d’une série qui a tout pour réussir, probablement bien au-delà du premier cycle annoncé. Bravo les artistes, ça c’est de la BD!

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Fiche BDphile

 

Manga

Ascension

Manga de Shin’ichi Sakamoto (dessin) et Yoshio Nabeta (scénario)
Editions Delcourt
17 volumes (2008-2011).

113598_cCe manga de taille raisonnable est édité en France par la collection Manga de Delcourt. La qualité reste celle du manga (pour le prix du manga…) mais la BD est agrémentée dans chaque volumes de cahiers vraiment intéressants puisqu’ils consistent en un lexique de termes d’escalade et d’une interview d’un alpiniste japonais chevronné. L’intérêt de ce manga résidant justement dans sa fidèle description de l’univers de l’alpinisme, pour le coup c’est du bonus qui ne fait pas gadget comme souvent chez les éditeurs de manga. Sinon, le découpage du dessinateur étant assez aéré, l’on a une impression d’espace fort agréable lorsqu’on lit les aventures de Buntaro Mori.

Ascension est un Seinen et prends pour point de départ la découverte de l’escalade par un lycéen solitaire et la révélation qu’elle lui procure. Mori a un don pour l’escalade et l’on va très vite quitter l’univers du lycée pour celui, adulte et professionnel, de l’alpinisme, avec son esprit de compétition et de dépassement de soi. Le récit décrit l’évolution psychologique de ce garçon aux capacités exceptionnelles et ses difficultés à entrer dans le monde des adultes.

kokou_no_hito_2182375Ma connaissance des manga reste basée sur les grands chefs-d’œuvre de Masamune Shirow et Kastuhiro Otomo et je découvre progressivement les bonnes séries qui se rapprochent des habitudes du lecteur  de BD franco-belge. La plupart des Manga sont l’œuvre d’un seul auteur et le fait qu’Ascension soit une adaptation littéraire et créé par un duo scénariste-illustrateur n’est sans doute pas pour rien dans l’attrait de la série. S’il est certain que le trait de Shin’ichi Sakamoto est particulier, à la fois terriblement élégant et parfois très dur dans les élans fantasmagoriques que l’on peut également trouver dans sa série sur la révolution française, l’intérêt principal réside dans la précision chirurgicale de l’univers des grimpeurs. Le trait est extrêmement technique sur les très nombreuses cases présentant du matériel de montagne. Les visages androgynes sont plus coutumiers des manga et donnent un côté exotique à une histoire qui aurait parfaitement pu être racontée depuis l’Europe.

477549kokounohito2228781Cette série est une véritable découverte, à la fois graphique et scénaristique. La France est le second marché du Manga et il faut en profiter vue la richesse et la variété de ce qui est disponible. Ascension est une vraie bonne série (l’un des meilleurs manga que j’ai lu) qui dépasse largement la BD de consommation que l’on trouve dans pas mal de manga.

Fiche BDphile

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BD·Jeunesse·Nouveau !

Le grand méchant renard

Benjamin Renner
Delcourt – Prix jeunesse Angoulème 2016
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Il y a du Aardman dans ce grand méchant renard qui s’est vu décerner de façon un peu trompeuse le prix « jeunesse » d’Angoulème 2016. Trompeuse parce qu’il ne s’agit pas d’un album jeunesse mais d’un terrible morceau d’humour entre le théâtre et le n’importe quoi sauce Wallace et Gromit. Les animaux de la ferme et de la forêt décrits dans ce gros volume sont les cousins des moutons et cochons de Shaun the sheep auquel l’auteur a très certainement emprunté le chien-gardien dépressif…

« il était une fois… » un petit renard perdu dans un monde cruel où la nature fait que les prédateurs mangent la volaille. Sauf que chez Benjamin Renner, tout est à l’envers. Le renard n’arrivant à rien, se fait coacher par le grand méchant loup (on se dit par moment qu’il est sans doute préférable que le petit chaperon ne soit pas venu pointer son nez dans cette histoire…) afin de ne plus être la cible de la poule matrone-révolutionnaire qu’il cherche à bouffer… La forme de l’album est légère, succession de stripes sans cadre d’un trait et coup de pinceau très élégant où les expressions des personnages crispent les zygomatiques à chaque séquence. Souvent il n’est pas besoin de texte tant le burlesque dépasse le verbe.

Si l’album finit par s’essouffler (difficile de tenir un humour de haute volée pendant 200 pages), l’on passe une bonne tranche de rigolade parmi ces personnages tous plus déglingués les uns que les autres (mention spéciale à maître blaireau). Les enfants pourront être associés à ce petit plaisir si vous n’avez pas peur du langage fleuri utilisé par ces redoutables chasseurs de poules.

Fiche BDphile

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