***·Comics·Nouveau !

Hope

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Histoire complète en 80 pages noir et blanc, écrite par Guy Adams et dessinée par Jimmy Broxton, parue initialement chez 2000AD et publiée le 27/05/20 aux éditions Delcourt.

L’Espoir fait vivre

Mallory Hope est un détective privé qui se respecte: moribond, alcoolique, désabusé tout en restant badass, il enchaîne les enquêtes obscures dans une sorte d’uchronie américaine en 1940.

Ce qui distingue Mallory Hope de votre Jack Gittes habituel, c’est qu’il manie de périlleuses forces issues des arcanes magiques, qui peuvent l’aider dans ses enquêtes, mais qui sont tout aussi susceptibles de causer sa perte.

Il s’avère, dans ce monde en noir et blanc, que la magie est derrière beaucoup d’événements historiques, sous-tendant les grands changements et bien souvent, attisant les plus grandes catastrophes.

Hanté par son passé, comme tout bon personnage de roman Noir, Hope va bien évidemment se voir confier une enquête qui y fait écho, et ainsi se lancer à la recherche d’un enfant-star disparu dans les méandres de Los Angeles. Hope, adepte des backstages, saura-t-il manœuvrer sous les feux des projecteurs ?

Noir c’est noir…

En lisant Hope, on ne pense pas seulement aux œuvres noires comme Chinatown ou Boulevard du Crépuscule, mais aussi inévitablement à Hellblazer. En effet, difficile de ne pas remarquer les similitudes entre Hope et le fameux John Constantine, les deux étant des enquêteurs de l’étrange, adeptes des forces occultes au caractère bien trempé, évoluant dans un univers crépusculaire.

L’intrigue quant à elle, suit une trame assez linéaire sans parti-pris spécifique, l’usage de la magie étant lui-même relativement sporadique, voire anecdotique, puisque l’enquête aurait finalement eu le même cours dans un univers « normal », sans magie.

Le point fort de Hope, outre l’ambiance, ce sont les magnifiques dessins de Jimmy Broxton, qui sortent des cases à chacune des pages. Le noir et blanc met totalement son style en valeur, pour un rendu final assez bluffant.

Hope se lit vite et installe une ambiance noire de façon efficace. On peut déplorer la linéarité de l’intrigue et une fin abrupte, mais la partie graphique rehausse indubitablement le tout !

****·Comics·Nouveau !

Bone Parish #1

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Premier tome de 112 pages, d’une série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Jonas Scharf, parue aux US chez Boom! Studios et publiée en France chez Delcourt le 19/02/2020.

Narcotiques nécrotiques

La Nouvelle-Orléans, ses rues bigarrées, son Mardi-Gras, sa cuisine cajun…et ses drogues vaudoues. La Cendre est une nouvelle substance en vogue dans la ville, qui s’arrache à prix d’or à cause des effets étranges qu’elle produit. En effet, toute personne absorbant cette drogue, fabriquée à partir d’ossements humains, ressentira et vivra des instants de la vie du défunt qui a servi à la fabriquer. Ainsi, chaque échantillon produira des effets différents, au-delà de tout ce que peut produire la chimie ordinaire.

On doit l’initiative de ce business à la famille Winters, notamment grâce aux efforts conjoints de Grace, la mère, de Bae, le fils aîné, et surtout de Brigitte, qui détient la recette secrète de cette singulière drogue.

Toutefois, cette irrésistible ascension attire la convoitise de cartels plus ambitieux, mieux organisés, et bien plus agressifs. Que les Winters se préparent, car l’offensive de leurs cupides rivaux risque de faire des dégâts.

Breaking Dead

Cullen Bunn nous plonge d’emblée dans une ambiance glauque, en mettant au centre de l’action une famille criminelle, qui, de par la nature de son activité, doit traiter avec les dealers crasseux de la Nouvelle-Orléans, les clans rivaux et les flics véreux. Mais ce qui fait de Bone Parish un comic singulier, c’est sans doute son pitch de départ, assez osé et redoutablement bien exploité par l’auteur, qui a à sa disposition une infinité de combinaisons possibles et de possibilités à exploiter, si tant est qu’il ose exhumer le bon cadavre.

La dynamique de la famille Winters est également très intéressante et pose des enjeux que le lecteur aura à cœur de suivre dans les prochains tomes. En effet, Grace, la matriarche, est dépendante à la Cendre qui lui permet d’invoquer l’esprit de son défunt mari, ce qui entrave son processus de deuil et l’empêche d’avancer personnellement et diriger le clan à sa manière. Bae, le fils aîné, déplore d’être sous-estimé par sa mère et aimerait avoir plus de poids lors des prises de décisions. Brigitte quant à elle, garde jalousement ses secrets, considérant qu’ils sont sa seule garantie. Tout cet aréopage disparate doit pourtant œuvrer de concert pour poursuivre l’activité familiale et faire face à tous ses antagonistes. Y arriveront-ils ?

Coté graphique, Jonas Scharf offre un trait réaliste avec un grain particulier, à la manière d’un Doug Mahnke, d’un Trevor Hairsine ou d’un Brian Hitch. Notons que la colorisation signée Alex Guimaraes y est pour beaucoup dans la construction de l’ambiance graphique.

Ce premier tome de Bone Parish vous accrochera très certainement, et promet de grandes choses pour la suite !

****·Comics·East & West·Rétro

Strange fruit

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Comic de Mark Waid et J.G. Jones.
Delcourt (2017), 128p., one-shot.

L’ouvrage comporte une préface d’un critique  américain qui revient sur la portée politique de l’album quand au positionnement des comics sur le racisme anti-noir aux Etats-Unis (et qui rappelle le récent Bitter-root), une post-face de Mark Waid, une bio des auteurs et un carnet graphique fourni (vingt pages) comportant plein de couvertures originales et alternatives ainsi que des storyboards et planches en cours de réalisation qui permettent de voir l’important changement de ligne avec le précédent titre sous-titré « black colossus ». Rarement un cahier aussi intéressant aura été proposé, permettant d’entrer véritablement dans le processus de création graphique et d’ambiance de J.G. Jones alors qu’aucun texte ne vient détailles le projet.L’édition française reprend la première cover américaine et l’on peut voir, outre la portée politique de l’ouvrage, l’importance du contexte, le dessinateur ayant travaillé sur un design résolument futuriste reprenant les affiches de propagande des années vingt. Magnifique édition très complète donc!

couv_300866Chatterlee, Mississippi, 1927. La crue historique du fleuve tempétueux menace la ville et toute la population se mobilise pour bâtir à bras d’hommes des digues dérisoires. Alors que les esprits s’échauffent entre blancs et noirs dans cette terre du Klan, surgit un géant noir, muet et doté d’une force herculéenne. Qui est cet homme qui menace la domination suprémaciste en ces temps troublés?

The White Privilege, White Audacity, and White Priorities of ...Étant tombé sur les magnifiques planches de J.G. Jones sur internet j’ai découvert cet ouvrage qui m’a paru au premier abord comme une variation noire de Superman Red son, le chef d’œuvre de Mark Millar… or il n’en est rien! Ne vous trompez pas donc sur ces origines qui rappellent l’arrivée de Kal-el sur notre bonne Terre, le « strange fruit » ce titan arrivé par accident au milieu d’une chasse ségrégationniste n’est donc qu’un prétexte, la coloration super-héro inhérente au genre Comics pour dresser un puissant pamphlet contre le racisme et la ségrégation raciale du Sud américain. Référence directe à la mythique chanson de Billie Holliday, elle-même référence aux « fruits étranges » pendus aux arbres par le Ku Kux Klan, le titre donne le ton.

Nous plaçant comme témoins d’une situation installée, Mark Waid utilise son évènement fantastique comme seule barrière évitant à cette intrigue de basculer dans l’horreur. Ainsi alors que le fleuve semble intenable et que l’ingénieur noir envoyé par Washington pour aider les autorités locales (très apprêté et incongru en cette terre d’injustice) ne parvient pas à convaincre les locaux blancs, l’annonce de la disparition d’un enfant blanc met le feu aux poudres. Les hommes du Klan passent faire un razzia d’ouvriers noirs afin de les forcer à travailler sur la digue… Car l’eau ne menace finalement que les terres des propriétaires et ces journaliers préfèrent se divertir que de sauver leurs maîtres. C’est intolérable pour les blancs qui se jettent sur l’un d’eux, désigné  coupable de la disparition de l’enfant…

Strange Fruit's complicated, controversial place in comics ...Rarement un comic non documentaire n’aura abordé aussi frontalement le sujet et de façon aussi violente. Attention il ne s’agit pas ici de choquer ou de montrer l’horreur visuelle de ces fascistes. Les auteurs sont dans la peinture froide d’une époque. Le style hyper-réaliste du dessinateur (qui rappelle évidemment le Alex Ross de Uncle Sam) renforce énormément cet aspect documentaire en appuyant sur les visages très expressifs. J’ai été surpris par la surexposition des planches, voulues par l’auteur mais qui atténuent à mon avis la puissance de ces peintures. Il aurait été inspiré d’imprimer Strange Fruit est disponible !sur papier noir sans doute afin de renforcer le contraste, d’autant que l’histoire se déroulant pendant une période de pluies une atmosphère sombre aurait été plus appropriée. Malgré cela les planches éclatent au visage, de précision, de réalisme, accompagnées par un découpage très dynamique n’hésitant pas à envoyer des pleines pages et des lames biseautant des doubles pages.

Je n’ai presque pas parlé de ce venu d’ailleurs, ce géant noir que l’on comprend rapidement venir d’une autre planète. Il est bien présent sur un certain nombre de séquences mais muet il ne peut agir que par sa force brute. Utilisé comme deus ex machina d’une intrigue dont on imaginait la fin, on nous donne quelques indications homéopathiques sur son origine et ses capacités. Les fondus de super-héros pourront rester sur leur faim. Ce serait dommage tant cet album apparaît comme une inattendue alchimie d’histoire de super-héros adulte osant aborder un sujet qui fâche.

Strange fruit est une vraie réussite qui aurait certainement mérité un développement plus conséquent (la pagination impliquant une intrigue très linéaire et simple). Et un nouvel exemple que la meilleure façon de parler de super-héros c’est avec des sujets sérieux.

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STRANGE FRUIT -3 - Comics ZoneStrange Fruit 2 Issues (2015 - 2016) (Boom! Studios)

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Sushi & Baggles #33

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Excellente fournée Manga et Comics qui montre qu’il ne faut jamais désespérer de séries parfois mal embarquées et que les projets les plus improbables mènent parfois à de grandes choses…


  • Ex-Arm #11 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2020 série achevée en 14 volumes (Japon)

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badge numeriqueOn approche de la fin avec ce onzième tome où continue une action effrénée et un enchaînement de révélations. Je le répète, si cette série excellemment dessinée depuis le premier volume a un gros retard à l’allumage, dès le commencement de l’intrigue principale au tome 6 on se rapproche très fort du statut de digne successeur de Ghost in the ShellLa bataille finale a déjà commencé avec la disparition de la plupart des familles engagées dans le combat pour la possession de la dernière ex-arm. Confrontée à Alma, Minami se voit dans l’obligation d’assumer son rôle de flic, même si cela doit passer par l’élimination de son amie… Alors que l’arrivée de l’Ogre, ce cyborg à la puissance phénoménale est annoncée, la récupération d’Alma devient impérative pour éviter la destruction de tout le site. Seul Akira et sa puissance de Hacking peut pirater ce monstre via l’IA d’Alma. Alors que les Octopod déversent un déluge de feu qui menace de faire s’effondrer le stade, le propre frère de Minami s’apprête à révéler sa véritable puissance…

Quel plaisir de retrouver ce manga aux scènes d’action parfaites, d’une lisibilité, d’une élégance parfaites et aux thématiques enfin au niveau! Plus que trois tomes avant la conclusion… qui sera prolongée par une suite annoncée et un anime prévu pour cette année. Avec une durée très raisonnable il est vraiment temps de découvrir cette excellente série trop méconnue.

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  • Centaures #4 (Sumiyoshi/Glénat) – 2019, série finie en 4 volumes.

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Ce quatrième volume achève (déjà!!) une série qui se classe nettement dans le très haut panier des mangas publiés depuis pas mal d’années. Pour une première publication, ce double diptyque s’avère d’une maturité impressionnante tant par des dessins qui visent à rappeler l’estampe que par l’ambition du découpage et des thématiques utilisées. Pour rappel les deux premiers volumes narrent la résistance du colosse Matsukaze dans un monde qui persécute et mets en esclavage les centaures. L’auteur avait prévu d’achever son récit sur une note sombre au bout de deux volumes mais devant la qualité du récit un second cycle a été lancé qui s’achève avec cet opus. Après avoir découvert que la guerre était finie et qu’humains et centaures apprenaient désormais à vivre ensemble, le fils de Matsukaze dont le père a fait promettre de se battre jusqu’à la fin des persécutions, se retrouve démuni face à ce nouveau monde et la nécessité du pardon. Le dernier tome nous montre Gonta employé pour transporter des bois sur un chantier commun aux deux Centaures tome 4 - BDfugue.comespèces. Là il trouve un amour qu’il ne sait assumer… Elevé en guerrier, aux habitudes très éloignées de la civilisation humaine, de très nombreux questionnements se bousculent dans sa tête, l’empêchant d’envisager une vie paisible et amoureuse qui lui tend pourtant les bras. Le pardon pour les souffrances infligées par les humains, le renoncement au mode de vie ancien (faut-il porter le kimono, présenté comme civilisé par la nouvelle société ou continuer à se promener la croupe à l’air comme toujours?), l’oubli du père en abandonnant son combat, la liberté individuelle de Tanikaze contre la prédestination, sont autant de thématiques très riches abordées dans ce seul et dernier tome d’une série construite comme deux faces, un premier cycle très dur posant la résistance contre une espèce humaine impitoyable et un second beaucoup plus posé, renvoyant les personnages au passé. Imprévue et subtile, cette construction prends tout son sens dans une conclusion potentiellement ouverte et aussi réussie que l’ensemble de la série. Une série majeure assurément!

Et Glénat annonce déjà la parution du dernier manga (Ashidaka) de cet autrice très talentueuse!

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  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 1, 2° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2015

badge numeriquecouv_236040Je m’étais pris une grosse claque inattendue en janvier avec ma lecture de la première partie de l’année 1 de cette série. Fort heureusement à partir de l’année 2 de vraies couvertures de comics avec des dessinateurs plus classiques apparaissent et c’est tant mieux… Doté de dessins un peu moins réussis que précédemment, le scénario monte encore d’un cran dans cette fuite annoncée vers le totalitarisme d’un Superman qui a brisé ses chaînes morales. Si la première partie se structurait autour de la constitution de deux camps, la rupture est désormais rompue avec l’équipe du Chevalier noir quand l’Homme d’Acier commet son premier meurtre sur un super-héro… et pas le dernier! Tom Taylor réalise ici ce que personnellement je n’ai vu que dans Watchmen, une déconstruction totale des personnages iconiques, en supprimant tout le vernis éditorial d’autocensure posé jusqu’ici par la horde d’auteurs qui se sont succédé sans jamais oser passer à l’acte. Dans Red Son Superman abordait le rôle de méchant mais avec le soutien de son gouvernement, la dystopie créant une simple bascule d’Ouest en Est. Beaucoup plus ambitieuse la série dirigée par Taylor dit toutes les facettes psychanalytiques sombres des héros, Superman comme Batman, Wonder Woman comme Green Arrow. Tout cet habillage bien pensant auquel on n’a jamais cru, ces bourres-pifs menant les méchants en prison, bref, toute la règle posée par le Comic Code Authority et jamais vraiment démentie jusqu’ici est mise par terre pour nous proposer l’un des premiers récits adultes de super-héros chez DC.

Les seuls bémols que je mettrais sont l’irruption totalement WTF (et franchement mauvais goût) de Lobo, quelques dessins assez médiocres et quelques passages qui semblent rattachés à d’autres volumes et qui paraissent ici un peu perdus dans la trame scénaristique. Pour le reste Injustice est au bout de cette première « année » la meilleure chose que j’ai lu chez le Big Two depuis bien longtemps!

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***·BD·Documentaire·Nouveau !·Numérique

La bombe

Le Docu du Week-End

BD de Didier Alcante, Laurent-Frederic Bollée et Denis Rodier
Glénat (2020), one shot, 472 p., noir et blanc.

 

badge numeriquecouv_385597Ce monumental album comprend un prologue, un épilogue et quatre chapitres séparés par une page de titre. En fin d’ouvrage trois post-faces de chacun des auteurs relatent l’origine du projet. Pour Didier Alcante il s’agit de son histoire personnelle avec un japonais rencontré dans l’enfance qui lui a permis de découvrir le drame de Hiroshima, pour Denis Rodier il s’agit d’expliquer comment se lancer dans un projet comportant autant de pages à réaliser, quand à LF Bollée il tisse des liens avec le film Hiroshima mon amour d’Alain Resnais. Une bibliographie très conséquente de trois page, illustrant la solidité du travail documentaire, est proposée enfin ainsi qu’un flashcode renvoyant vers des vidéos en ligne.

Cet ouvrage est sans doute le plus impressionnant documentaire BD qu’il m’ait été donné de lire. Par sa seule pagination, correspondant à une série de dix albums, on a du mal à comprendre comment une poignée d’années un groupe de seulement trois auteurs a pu accoucher d’une telle somme, d’un livre si ambitieux, voulu par Didier Alcante comme l’ouvrage BD définitif sur le sujet avec un ligne de mire les soixante-quinze ans de la double attaque nucléaire sur Hiroshima et Nagasaki en aout 1945.

La Bombe, bd chez Glénat de Alcante, Bollée, RodierLe très talentueux dessinateur québecois Denis Rodier (déjà vu sur l’excellent Arale) a réalisé ces quelques quatre-cent planches seul. L’absence de couleur s’imposait à la fois pour gagner du temps de réalisation, mais aussi pour profiter de ses encrages très forts et se justifiait par le côté documentaire et sérieux de l’affaire. Dans un style semi-classique mais très technique à la fois dans la représentation des très nombreux personnages que sur les décors et représentations d’éléments techniques, Rodier n’oublie pas qu’il réalise un album de bande-dessinée et de placer des respirations graphiques sur des pleines pages ou des digressions artistiques symboliques. L’expérience joue beaucoup pour ne pas assommer le lecteur après des dizaines de pages représentant dialogues au téléphone, débats dans les laboratoires et dans les antichambres ministérielles, avec un risque réel de monotonie et d’ennui. Or, si la lecture se fait en plusieurs étapes comme tout gros ouvrage, jamais on ne ressent de l’ennui et c’est un premier tour de force.

La Bombe - cartonné - Alcante, Laurent-Frédéric Bollée, Denis ...Sans doute car les auteurs ne sont aucunement des scientifiques ou spécialistes du sujet. En simples auteurs curieux et documentés, ils se mettent au niveau du lecteur dans la recherche d’équilibre entre précision historique et vulgarisation narrée. Le seul choix contestable selon moi est cette idée de faire parler la bombe, l’atome, en une récurrence de pages qui reviennent épisodiquement ou celle-ci devient narrateur. Cela permet donc ces aérations graphiques mais semble trop décalé par rapport au reste du récit et n’apporte pas grand chose. Des encarts plus philosophiques ou poétiques des auteurs aurait été plus percutants.

Cette somme qui va de 1933 et la fuite du hongrois Léo Szilard vers les Etats-Unis aux conséquences de l’explosion atomique sur le cours de la politique mondiale après-guerre est passionnant et nous apprend une quantité impressionnante de choses de façon agréable. Sans jamais mettre en lumière un protagoniste plus qu’un autre, les auteurs nous font rencontrer à la fois intimement et historiquement un grand nombre de personnes éminentes qui ont participé à ce projet hors norme: si Einstein est presque absent, intervenant à la demande de Szilard pour La Bombe - cartonné - Alcante, Laurent-Frédéric Bollée, Denis ...utiliser sa notoriété pour influer sur un  gouvernement américain qui ne prends pas très vite la mesure de ce qu’il se joue, défilent des noms connus comme Oppenheimer, Fermi, Roosvelt, Staline et d’autres inconnus comme ce passionnant général Groves, redoutable cerbère en conflit ouvert tout au long de cette aventure scientifico-militaire avec Szilard, premier à avoir pensé l’idée d’une arme atomique (et prix nobel de la paix en 1962) et totalement inconnu pour ma part! On sent tout au long de la lecture que les auteurs se passionnent pour ces deux personnages, totalement opposés mais sans qui rien n’aurait été possible. On voit Werner Heisenberg, le découvreur de la physique quantique, prisonnier des américains au sortir de la guerre sans que l’on ne sache jamais si, en tant que responsable important du projet nucléaire nazi, il s’est avéré incompétent dans ce secteur ou s’il a volontairement ralenti le projet allemand. On assiste à l’aventure de la destruction de l’usine d’eau lourde de Norvège par les Alliés, relatée dans le film Les héros de Télémark avec Kirk Douglas. Et bien d’autres…

Là où l’album est le plus passionnant c’est lorsque certains protagonistes, petits ou grands anticipent les incidences de leurs décisions pour l’histoire. Comme cet espion soviétique qui assume son acte non pour la gloire du régime soviétique mais car il a compris qu’aucune nation ne devait se retrouver seule à posséder une arme si terrible. La situation de guerre-froide est envisagée très sérieusement bien avant 1945 par ces Amazon.fr - La Bombe - Alcante, Bollée, LF, Rodier, Denis - Livresscientifiques dont tous ne sont pas des pacifistes éclairés. Le sujet à hauteur d’homme nous montre ainsi Enrico Fermi, prix Nobel de physique promouvoir jusqu’au bout l’utilisation de la bombe et assumant la position de domination américaine. Bien entendu il s’agit là d’interprétations des auteurs mais cette absence de manichéisme donne toute sa force à l’ouvrage.

Alliant la qualité de la prise d’information avec un vrai talent de récit et (ce n’est pas si fréquent en BD documentaire) un graphisme classique de tout premier niveau, La bombe est assurément un des grands albums de l’année 2020. Le travail accompli force le respect et saura sans doute intéresser au-delà du cercle des passionnés d’histoire ou de physique, pour peu que l’obstacle de la taille du bébé ne rebute pas. L’éditeur Glénat maintient un prix raisonnable pour une telle pagination et je ne saurais que conseiller cette lecture qi sait être une BD en plus d’un documentaire…

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BD en vrac #16

La BD!

  • Les métamorphoses 1858 #3 (Ferret, Durand/Delcourt) – 2020

couv_381456badge numeriqueFerret du Durand avaient marqué un sacré coup de neuf lors de la sortie des deux premiers albums d’une série qui se termine ici. Conclusion oblige, on est ici dans le tome des résolutions et malheureusement, malgré un méchant plutôt réussi, les auteurs semblent ne pas savoir comment refermer les mystères et portes ouvertes. Commençant l’ouvrage avec un raccourci qui nous téléporte les deux visiteurs de l’ïle dans la fameuse clinique, on navigue ensuite dans une grande linéarité à base de destruction de laboratoire. Le découpage et cadrage sont toujours aussi sympathiques et percutants et les décors grandioses. Mais Le soufflet retombe donc sur un final qui ne soulève ni surprise ni grand enthousiasme. Il est toujours très compliqué de conclure une histoire et les auteurs l’éprouvent ici clairement. Ce n’est pas très grave et la série qui les a fait pénétrer le monde du neuvième art restera un très beau moment marqué par la passion et un sacré travail. De quoi attendre leurs prochaine création avec envie.

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  • Conan: les mangeurs d’hommes de Zamboula (Gess/Glénat) – 2020

badge numeriquecouv_386004La série Conan continue son bonhomme de chemin avec toujours la même interrogation sur le motif de réalisation de chaque album. Si le matériau de départ n’est pas extraordinaire (ce qui est patent sur ce tome), la liberté de choix des nouvelles par les auteurs contactés par Glénat crée parfois des ouvrages assez dispensables. Ce Mangeurs d’hommes de Zamboula  est des mots même de Patrice Louinet (le spécialiste de Conan qui co-dirige la collection avec JD Morvan) totalement dérisoire et parfaitement mercantile. Si les autres histoires déjà publiées n’ont pas pour qualité premières leur profondeur, on nage ici en plein nanar que vous apprécierez d’autant que vous le prendrez au quinzième degré. Dès l’entame, malgré une mise en scène efficace du chevronné Gess, on tombe en pleine discussion de Conan avec un vieillard qui nous fait nous demander si l’on a raté un épisode. Dans ce qui suit tout est absurde, du héros qui se jette dans la gueule du loup à l’irruption tout à fait raciste des noirs mangeurs d’hommes (et pour le coup fidèle au texte source que le dessinateur n’a fait qu’adapter) en passant par la donzelle qui se balade à poil sur la totalité de l’album. On remarquera d’ailleurs l’incohérence de l’éditeur qui pousse le coquin Cassegrain à l’autocensure quand ici la nudité ne pose pas de problème… Du reste dans le genre pulp, cet album cohérent avec le genre, Conan est invincible et jamais effarouché, les filles sont belles, les cités sont orientales et les magiciens de redoutables illusionnistes dont on ne cherche pas d’autres motivations que d’être méchants. Côté dessin si vous aimez Gess, c’est plutôt chouette, notamment sur les décors. Sinon vous retrouverez les mêmes choses qui font tiquer, des couleurs étranges à certaines difficultés anatomiques… Je conseillerais donc cet album aux fana de Conan ou de Gess, pour les autres, reportez-vous plutôt sur le Colosse noir ou le Augustin.

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  • Harmony #5 (Reynes/Dupuis) – 2019

Le premier volume du second cycle a été chroniqué ici. Le premier cycle est visible ici.

couv_377306La construction des scénarios de Mathieu Reynes est de plus en plus sophistiquée et pourraient en déstabiliser certains. L’alternance temporelle et des personnages n’est pas toujours linéaire, ce qui complexifie la lecture. Ce volume se concentre sur le grand méchant qui cherche à redonner vie au dieu déchu Azhel. On rentre ainsi dans une phase décisive où l’antagonisme entre deux groupes d’humains puissants se révèle, jusqu’à une scène qui fait directement référence à Akira, le modèle assumé. Mais la série Harmony a montré depuis son premier volume combien elle était dotée d’atouts propres, de ces inspirations digérées pour accoucher d’une création originale. Je reprocherais peut-être un peu le manque de scènes épiques, l’auteur flirtant parfois avec un fantastique qui peut virer grandguignole… mais sans jamais y tomber. Au contraire, la maîtrise graphique (et la colorisation, superbe), le découpage cinématographique et l’esthétique générale ainsi que l’existence de simples humains très « normaux » donnent du corps à la série. Si le premier cycle a donné lieu à force affrontements magiques, ce n’est pas le cas ici où l’intrigue reste assez sage. Comme depuis le début on attend un peu plus de révélation (je crains une série très longue) mais le plaisir reste très grand à la lecture de l’album. Une réalisation très sérieuse, très pensée d’un auteur en pleine maîtrise de son projet et des moyens pour le réaliser. Une des meilleurs séries fantastiques actuelles.

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La malédiction du pétrole

Le Docu du Week-End

BD de Jean-Pierre Pécau et Fred Blanchard
Delcourt (2020), one shot, 114 p., noir et blanc.

 

couv_386603badge numeriqueL’ouvrage s’ouvre comme toutes les BD Delcourt sur la biblio des auteurs et est composé d’un prologue, trois chapitres et un épilogue. En fin d’ouvrage trois textes prolongent l’album en le rattachant à l’hyper-actualité et une bibliographie documentaire indicative est proposée. La couverture, profitant des talents de designer de Fred Blanchard est assez efficace dans l’esprit documentaire.

En 1872 les frères Nobel arrivent à Bakou, zone d’affleurement de pétrole connue de longue date et y importent technique et organisation qui feront rapidement de leur société la première entreprise d’exploitation pétrolière au monde. De l’autre côté de la planète un certain Rockfeller se lance également dans l’aventure du pétrole américain en associant banquiers et sociétés de chemin de fer. Ce n’est que le début d’une histoire d’argent facile, de rêve de grandeur et d’influence géopolitique qui décidera de notre civilisation libérale, capitaliste et financière…

Actu Malediction Petrole Double Visuel A1L’histoire n’est pas nouvelle et a déjà été brillamment détaillée dans la palme d’or de Michael Moore Farenheit 9/11 en 2004 notamment. Pour qui s’intéresse à l’actualité et à l’histoire, les choix initiaux, les rôles de Henry Ford, de Rockfeller, de la couronne britannique et des dirigeants américains dans le façonnement d’un monde biberonné au pétrole est connue. Comme tout bon documentaire, en recherche permanente d’équilibre entre profondeur du contenu et utilisation du graphisme, La malédiction du pétrole parvient à doser les deux.

Le rôle de Fred Blanchard, l’historique directeur de la collection Série B Delcourt (Carmen MacCallum, Travis, Soleil froid, Wonderball, Jour J, …) est majeur dans cet ouvrage très didactique, pas si pointu qu’il en a l’air et qui a le très grand mérite de rappeler au grand public les réalités des choix sociétaux faits par nos aînés, souvent encore au pouvoir…mais également par nous, citoyens-consommateurs qui nous passons difficilement des plaisirs procurés par cet or noir. Car l’objectif de cet ouvrage documentaire revenant aux sources du Mal est bien une prise de conscience du lecteur et de son rôle. On aurait vite fait de se vautrer dans la passivité d’une lecture plaisir sur une tranche d’histoire. C’est sans doute pour cela que les auteurs ont opté pour le format documentaire. Car les dessins de Blanchard, tout en crayonnés réutilisant massivement des morceaux d’images ou collant des cases identiques, s’appuient sur une imagerie fantasmagorique, voir mythologique dans ce récit tout en narration. Si bien qu’à force de voir ces représentations symboliques de l’Argent, de la Mort ou du Capital sous forme de cranes, de sirènes ou de Mamôn, on se prend à souhaiter que le duo ait plutôt opté pour une histoire fantastique sur le thème du formidable Black Monday Murders. Le plaisir aurait été grand mais le propos amoindri.

Si vous êtes de ceux qui pensent que les français tapent trop fort sur les Etats-Unis qui ne peuvent tout de même pas être responsable de tous les maux de la Terre… passez votre chemin ou préparez-vous à changer radicalement d’opinion. Car si le pétrole fait tourner les têtes de tous ceux qui l’approchent, c’est bien les américains qui se sont rapidement révélés les plus forts, les plus déterminés et les plus violents dans l’organisation du monde et de l’économie autour de leur intérêt immédiat totalement centré sur le pétrole. Et lorsque dans les dernières pages on comprend que la mondialisation financière, dont nous sommes peut-être en train de voir la fin sous le choc immense de la pandémie de Covid-19, est l’excroissance directe de la courbe descendante de l’extraction mondiale de pétrole, on est pris de vertige. La fantasmagorie sied décidément parfaitement au sujet tant le pétrole semble la véritable incarnation du Mal. Un tel ouvrage est nécessaire, surtout lorsqu’il s’adresse au grand public et parvient à se fondre dans le format BD avec une vraie réussite visuelle. Ce que j’appelle un bon docu-BD. Et l’année commence fort sur ce thème puisque le massif ouvrage sur la Bombe va inévitablement atterrir sur l’Etagère imaginaire

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Une interview des auteurs relatant la genèse du projet est disponible sur le site Delcourt.

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Renaissance #2: interzone

La BD!
BD de Fred Duval et Emem
Delcourt (2018-2020…), 2 volumes parus/3.

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badge numeriqueL’an dernier Duval, Blanchard et Emem frappaient un coup avec une nouvelle réussite dans un genre SF surchargé où il est toujours compliqué de trouver une ouverture originale. Si Bec a opté pour la complexité sur son Crusaders, Duval, en vieux briscard du scénario d’anticipation joue la linéarité et l’épure de l’intrigue pour développer ce qu’il fait si bien: les retournements de rôles et la réaction des humains à des situations de crise. Le premier tome avait un peu brisé son récit avec un gros flashback qui n’est ici plus nécessaire et les auteurs peuvent se concentrer sur la découverte du contexte planétaire en suivant les deux femmes associées chacune à un membre du couple alien qui structure l’histoire. Une vois l' »invasion » passée, on peut enfin découvrir la véritable menace que constituent les désaccords entre les peuples composant une organisation Renaissance que l’on croyait si unifiée.

Résultat de recherche d'images pour "renaissance emem"Outre le design juste génial, la grande originalité repose dans l’attitude des aliens dont la quasi absence d’expressivité faciale vise à illustrer une civilisation maîtrisant totalement à la fois la psyché et la matière… bien sur tout ne sera pas si simple et les réactions des humains comme les imprévus montreront que quelque soit l’avancée d’une civilisation, l’humilité est toujours une nécessité pour éviter les drames. Emem propose à la fois des technologies d’anticipation très crédibles (basées sur ce que nous connaissons) et des artefacts aliens totalement futuristes et brillants de bon goût. En seulement trois tomes il n’est bien entendu pas prévu de développer une conspiration complexe et ce Renaissance apparaît plus comme une illustration de notre futur proche instillant de nombreuses piques sur la supériorité occidentale et américaine que comme une saga SF policière comme peut l’être Sillage par exemple.

Intéressants dans tout ce qu’ils nous proposent, le trio confirme donc que (comme tout ce que touche Duval?) cette trilogie est une lecture à conseiller vivement. Seule l’ambition limitée du projet dispense d’en faire une série majeure, mais si vous aimez la SF intelligente et les beaux dessins n’hésitez pas une seconde!

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*****·BD·Jeunesse·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Ultralazer #2

BD du mercredi
BD de Maxence Henry , Pauline Giraud et Yvan Ducque
Delcourt (2020),  121 p. , série en cours, deux tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

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Magnifique couverture que celle de ce second tome de mon coup de cœur jeunesse de l’an dernier. Comme pour le premier volume, l’ouvrage comporte une carte de la planète Rok en intérieur de couverture, une planche de cartes à découper indiquant les caractéristiques de certaines pierres de pouvoir et la dernière page annonce le dernier volume à paraître l’an prochain. L’ouvrage est en format compact avec un titre en papier brillant. On retrouve également les icônes de bas de page indiquant l’utilisation possible de l’appli de l’éditeur pour du contenu augmenté. Travail éditorial nickel.

Après une victoire inespérée sur Topoï nos héros se sont retrouvés propulsés dans l’espace en direction de la planète aride Rok. Là ils découvrent que la problématique environnementale et la menace des hommes-oiseaux est commune à trois planètes et que Horb, désormais détenteur du pouvoir suprême va devoir se trouver de nouveaux alliés pour restaurer l’équilibre du roi des animaux…

Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"Allons droit au but: ce second volume de la saga écolo Ultralazer confirme en tout point la réussite du premier! En élargissant le champ (nouvelle planète, nouvel univers, nouveau contexte) les auteurs renouvellent les idées déjà excellentes de Horb et Bouko. L’immense réussite de cette série jeunesse c’est sa richesse dans un cadre simplifié pour pouvoir parler aux plus jeunes. Ainsi si les dessins sont à la fois simples, relativement plats, mais chatoyants de couleurs et de décors magnifiques et variés, la richesse des personnages, des design et des thématique se maintiennent à un très haut niveau.

Le trio ne se contente pas de reprendre les méchants du premier volume, ils conservent cette base rassurante pour les lecteurs et la complexifient avec une nouvelle interaction avec le seigneur de Rok (corrompu bien entendu). Dès les premières pages on nous explique que le roi des ultralazer_la_bd. 2 cases du tome 2 !  On avance doucement mais sûrement !  On se donne animaux n’est pas seul et que le peuple des hommes-oiseaux (reprenant la thématique SF classique du peuple destructeur d’un écosystème fragile) voyage de planète en planète pour les assécher à la recherche de pierres de pouvoir. La thématique écologiste de l’hyperexploitation de notre planète devrait ainsi parler très fort aux jeunes! Si l’arrivée dans la cité est un peu confuse scénaristiquement (l’histoire et le découpage avancent vite et l’on ne voit absolument pas passer les cent-ving pages!), on découvre bien vite que sous terre cohabitent avec la classe bourgeoise un Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"peuple d’exclu s’amusant dans des combats de gladiateurs. L’occasion de belles séquences d’action bien bourrines où l’on retrouve l’esprit manga déjà présent dans le tome un (comme cette séquence de repas très alléchant tout droit sortie de DragonBall..). Très équilibré, l’album introduit sur un premier tiers la problématique du roi des animaux fossilisé qu’il faut libérer, puis se prépare la révolte des opprimés dans un second tiers et la grande bataille finale sur le dernier tiers très ambitieux dans sa dramaturgie. Jamais l’on ne sent de manichéisme malgré l’approche jeunesse et c’est véritablement un plaisir de voir que l’on peut parler aux enfants sans les prendre pour des idiots. Si certains adultes pourront bloquer sur le type de dessins, le développement scénaristique n’a rien à envier aux grandes séries fantasy Soleil-Delcourt.

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La générosité émotionnelle, graphique et thématique est totale sur cet album d’auteurs qui semblent mettre tout leur amour de l’aventure et de la BD sans aucune retenue. Déjà marquante l’an dernier, la série Ultralazer se confirme comme La série BD jeunesse majeure depuis bien longtemps! Vivement l’an prochain.

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***·Comics·East & West

October Faction #1

Comic de Steve Niles et Damien Worm
Delcourt (2019) – IDW (2014-…), épisodes 1-6, série en cours, 18 issues parues aux USA et deux séries dérivées.

Portrait de famille

couv_378763Bien souvent, les relations que l’individu entretient au sein de sa famille constituent plus tard le ciment de sa personnalité, et peuvent, également, conditionner certains de ses choix. Les familles fictionnelles ne font bien évidemment pas exception, y compris les familles badass qui chassent des monstres.

Autrefois, Fredrick Allan était un redoutable chasseur de monstres. Rompu à la traque des créatures surnaturelles et exceptionnellement érudit en sciences occultes, il a finalement décidé de se ranger pour mener une vie plus ou moins normale, au grand désarroi de son épouse Deloris, à qui le frisson de la chasse manque terriblement, et de ses enfants Geoff et Vivian, qui ne rêvent que de reprendre l’activité familiale. Fredrick va bien entendu être ramené dans le feu de l’action par des affaires qu’il pensait (littéralement) enterrées.

Les monstres sont parmi nous

Steve Niles, l’auteur de l’incontournable 30 jours de nuit, s’amuse dans October Faction à faire état des liens dysfonctionnels qui unissent les membres d’une famille hors du commun, comme on peut aussi s’en délecter dans Les Indestructibles ou La Famille Adams.

Pas de doute, le scénariste maîtrise bien les codes du genre, et n’hésite pas à employer vampires et loups-garous lors des flash-backs nous donnant un aperçu du glorieux passé du couple Allan. Côté horrifique, je trouve cependant dommage que l’on reste cantonnés à ces créatures, déjà croisées à l’envie dans ce type d’histoire, plutôt que d’explorer des folklores un peu moins exploités, comme dans les univers de Mignola, par exemple.

L’intrigue reste toutefois prenante, car il est difficile de ne pas s’attacher aux membres de cette famille étrange malgré leurs activités morbides. Les liens se renouent au cœur du danger, l’amour refleurit par-dessus les tâches de sang, c’est tout ce que l’on s’attend à lire en voyant la couverture d’October Faction, qui emprunte autant à la Famille Adams qu’aux Winchester de la série Supernatural.

Côté graphique, le travail de l’espagnol Damien Worm fait penser à la fois aux ambiances de Ben Templesmith, qui officiait déjà avec Niles sur 30 jours de nuit, mais aussi à Clayton Crain, qui s’est déjà surpassé sur des ambiances glauques et horrifiques auparavant.

Amateurs de monstres, de frissons, d’épouvante et de cohésion familiale retrouvée, il ne vous reste plus qu’à vous plonger dans cette BD sombre avant d’éprouver vos nerfs sur l’adaptation qu’en a fait Netflix© !