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Les Contrées de l’Elphyne

Histoire complète en 128 pages, écrite et dessinée par Michael Walsh. Parution en France le 16/03/2022 chez les Humanoïdes Associés. Lecture envisageable à partir de 8-10 ans.

Merci aux Humanos pour leur confiance!

Vers l’infini et dans l’au-delà

Ben, Lynn, et Beth Oates sont à un tournant de leur vie. Suite au licenciement de leur mère, l’adelphie se voit contrainte de déménager de l’Ontario pour retourner vivre à Newfoundland chez leur grand-mère. Ils y retrouvent ainsi la maison familiale et de nombreux souvenirs, mais également Jen, leur cousine orpheline depuis le décès de l’oncle Mike.

A peine sont-ils arrivés de leur long périple que Beth, la benjamine, disparaît mystérieusement dans les bois. Les sentiments de culpabilité et d’impuissance poussent Ben, puis Lynn, à vouloir participer à leur façon aux recherches. Ainsi, le duo s’aventure dans les bois à son tour, muni d’une lampe torche, d’une épée en bois et du pendentif de Saint-Christophe offert par la Grand-Mère, et c’est là que les choses basculent. En effet, Beth a bien été enlevée, par une créature magique qui rôdait dans la forêt, et qui l’a emmenée dans un monde surnaturel nommé l’Elphyne. Ben et Lynn vont alors être guidés par Elsy, habitante de l’Elphyne, pour sauver cette étrange contrée et ramener leur petite sœur.

Les deux enfants vont alors découvrir que tout ce que l’on rapporte du monde matériel obtient des propriétés magiques en Elphyne, ce qui va leur permettre d’affronter toutes sortes d’épreuves, comme affronter un dragon, des crabes fous et finalement, l’entité maléfique qui a projeté le royaume tout entier dans les ténèbres.

Influences et inspirations

Autant le reconnaître d’emblée, Les Contrées de l’Elphyne est un très bon album. A première vue cependant, on peut vite déceler des influences qui peuvent laisser craindre un manque d’originalité. En effet, une fratrie endeuillée voyageant par accident dans un monde fantastique peuplé de créatures féériques vous rappellera certainement quelque chose, et on peut même aller chercher du côté de Peter Jackson pour l’aspect traitement du deuil et influence du monde réel sur le monde fantastique et l’au-delà.

Néanmoins, le travail de Michael Walsh conserve bien une patte toute personnelle, tant dans la construction de l’aventure que dans son final riche en émotions et en poésie. On y trouve une fraîcheur dans les dialogues, une naïveté dans les dessins qui donnent sans cesse envie de tourner la page pour lire la suite. La richesse de l’album ne vient d’ailleurs pas que du traitement de l’action et de l’émotion liée aux personnages, elle vient également des thématiques abordées, telles que le deuil familial et les peurs infantiles liées aux traumatismes.

S’agissant de l’album en lui-même, on ne peut qu’affirmer que c’est un bel objet, d’abord par le format, la couverture colorée et le gaufrage argenté sur le titre. Un bon et gros coup de cœur !

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Retroactive

Histoire complète en 120 pages, écrite et dessinée par Ibrahim Moustafa. Parution chez les Humanoïdes Associés le 02/03/2022.

Ce qui s’appelle courir dans tous les sens

Merci aux Humanos pour leur confiance.

Regarder dans le rétro

En 2057, Tarik Abdelnasser est un agent du BTA, l’agence américaine qui gère les affaires temporelles. En effet, à cette époque, le voyage temporel est possible, et il est utilisé par les grandes puissances pour remodeler le passé à leurs convenances.

Dans ce contexte de guerre froide où tous les pays s’observent et mettent en échec différentes tentatives de modifier le présent, Tarik fait équipe avec Avery au cours d’une mission périlleuse qui consiste à empêcher un voyageur temporel d’exécuter Adolf Hitler. Peu de temps après, Avery, qui a été blessé sur le terrain et qui occupe désormais un poste d’encadrement, assigne une nouvelle équipière à Tarik, et le charge d’une nouvelle mission.

Depuis quelque temps, les agents du BTA ont constaté la présence de vortex temporels, qui ne peuvent être générés par aucun des accélérateurs temporels connus. Qui se cache derrière cette menace, et quel est son but ? Son enquête à peine débutée, Tarik va se retrouver face à une dérangeante vérité et se retrouver piégé dans une boucle temporelle dont même la mort ne peut l’extraire. Parviendra-t-il à s’en extraire avant de sombrer dans la folie?

Rétrogradé

Après L’Évadé de C.I.D. Island, Ibrahim Moustafa change de registre et s’attaque au voyage dans le temps. L’idée d’une agence dédiée à la surveillance et au contrôle des voyages temporels a bien sûr déjà été exploitée: Valerian, la TVA chez Marvel, Umbrella Academy, Prédestination… bon sang, même Jean-Claude Van Damme y est allé de sa contribution !

Il est donc certain que la thématique du voyage temporel et l’idée d’une police temporelle ont bien cheminé fictionnellement parlant. Toutefois, l’intrigue tissée par Ibrahim Moustafa parvient à séduire dès le premier chapitre, en dépit de cette scène d’introduction qui ne parvient pas à éviter le point Goodwin et le cliché qui lie immanquablement le voyage dans le temps et opportunité d’assassiner Adolf H. On doit cet intérêt principalement à l’action et au charisme du personnage principal, mais une fois cette introduction dépassée, l’intrigue prend son envol et se crée un intérêt propre, grâce à l’ambiance « film d’espionnage » et contexte de guerre froide temporelle.

PARTIE SPOILER A ÉVITER SI VOUS SOUHAITEZ DÉCOUVRIR L’ALBUM PAR VOUS-MÊMES

En ce sens, on peut rapprocher Retroactive d’œuvres récentes telles que Predestination, Looper (pour la fin), ou encore Tenet. Comme dans Predestination et Tenet, le protagoniste appartient à une agence qui utilise une version militarisée du voyage temporel afin d’endiguer ses effets potentiellement dévastateurs. Et comme dans ces deux films, le héros se retrouve confronté aux actions d’une version future de lui-même dont il doit assumer les conséquences (cette comparaison tient surtout avec Predestination, car dans Tenet, la version future du Protagoniste, qui n’est d’ailleurs pas montrée, ne commet pas d’actions malveillantes).

La boucle temporelle dans laquelle se trouve Tarik fait clairement penser à Code Source, ce film dans lequel Jake Gyllenhaal doit stopper un attentat au travers de multiples tentatives dans une boucle temporelle.

Bref, vous l’aurez constaté, Retroactive puise dans de nombreux éléments fictionnels antérieurs pour construire une intrigue classique mais prenante autour du voyage dans le temps. Les dessins d’Ibrahim sont toujours aussi qualitatifs, dans un style réaliste au découpage très cinématique.

Apparemment, l’auteur aurait signé pour trois albums chez Humanoid (la branche US des Humanoïdes Associés), on risque donc de le retrouver bientôt pour une dernière proposition narrative.

**·***·BD·Nouveau !·Rapidos

Hard rescue #2 – Tracnar et Faribol #2

La BD!

  • Hard Rescue #2 (Bozino-Melli/Humanos) – 2022, 54p., série finie en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux Humanos pour leur confiance!

couv_438750Il y a presque un an sortait le premier tome de ce blockbuster scientifique musclé dont la réalisation paraissait solide bien que sans grande originalité. Malheureusement l’effet nouveauté passé, la lecture de ce second tome s’avère assez ennuyeuse en ce que l’aspect scientifique reste tout à fait décoratif et que les scènes d’action sont aussi marquantes qu’un action-movie direct-to-video. Les auteurs auraient été inspirés de retirer promptement ces affreuses combinaisons qui donnent un air de robot aux personnages sans capacités physiques intéressantes et de les plonger dans de la baston militaire bien plus classique comme sur l’intro du premier volume. On est en outre surpris par le déroulé qui fait qu’une fois leurs bastons écoulées les auteurs ne semble avoir pas grand chose à nous dire. Sans chercher une révolution les éléments étaient là, pour peu que l’ambition des auteurs ait recherché autre chose qu’une BD de consommation aussitôt lue aussitôt oubliée…

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  • Tracnar et Faribol #2: Stratus (Du Pelloux/Bamboo) – 2022, 56p., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance!

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Le royaume de notre bon roi désormais débarrassé de la malfaisante sorcière qui l’avait ensorcelé, l’équilibre était revenu et les deux gredins pouvaient poursuivre leur vie de débauche rabelaisienne. Mais lorsque l’oiseau magique Stratus cessa de chanter le ciel s’assombrit pour déverser des torrents interminables sur la tête et la terre des pauvres habitants. Et revoilà le loup et le renard embarqués dans une nouvelle aventure pour sauver le royaume…

Fort enjoué par un premier récit me voilà de retour dans le conte, bien intrigué par ce que le bon Du Pelloux s’en va nous narrer. Si la jolie peinture de couverture nous place dans les meilleures dispositions, nous devons malheureusement subir la grisaille de planches qui certes reflètent l’ambiance, mais sont fort dommage quand à la belle qualité graphique de notre hôte. Les deux gredins sont fidèles à eux-mêmes et leurs aventures rocambolesques avancent vite et pleines de péripéties. Les ingrédients sont là, les trognes aussi… manque seulement cette épice qui faisait le succès du premier tome. Un petit quelque chose en moins, de l’humour peut-être, et une lisibilité moindre qui rendent cette seconde aventure… seulement sympathique. Mais c’est déjà pas mal!

A partir de 8 ans.

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Campus

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Histoire complète en 128 pages, écrite par Jon Ellis, et dessinée par Hugo Petrus. Parution le 19/01/2022 aux Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance!

Amitiés et Fraternité

Wyatt et Jake se le sont juré, ils sont amis pour la vie. Rien de plus évident pour ces deux gamins, qui ont grandi ensemble et se connaissent par cœur. Malheureusement, un déménagement plus tard, les voilà séparés géographiquement, à plusieurs heures d’avion l’un de l’autre, après le départ de Jake. Mais l’amitié est la plus forte, et grâce aux nouvelles technologies, les deux garçons peuvent continuer à se voir et se parler, faisant fi de la distance qui les sépare.

Les années passent, et la distance va toutefois venir peser sur la relation de Jake et Wyatt. L’âge des premiers émois, le sport, le lycée, éloignent progressivement les deux amis, sans pour autant ternir l’affection qu’ils se portent. Ainsi va la vie !

Malgré tout, on peut dire que la vie finit par se rattraper. En effet, Wyatt apprend, au sortir du lycée, qu’il est admis dans la même université que Jake ! Des étoiles plein les yeux, empli des souvenirs de leur enfance heureuse et de leur indéfectible amitié, Wyatt se prépare à partir, mais un terrible accident va entacher cette douce euphorie… Lorsqu’il retrouve enfin Jake à la fac, Wyatt, désormais endeuillé, ne peut s’empêcher d’être désappointé. L’idée qu’il se faisait de leurs retrouvailles était sans doute exagérée, ou du moins teintée par son enthousiasme et par sa nostalgie.

Même si Jake est heureux de le retrouver, quelque chose a bel et bien changé dans leur relation. Les kilomètres auraient-ils finalement eu raison de leur amitié ? C’est ce que Wyatt finit par penser, seul dans la chambre universitaire, qu’il partage avec Jake. Lui qui aime se plonger des heures durant dans des jeux vidéos, constate avec amertume que son meilleur ami aime plutôt faire la fête. C’est à cette occasion que Jake, attiré par la séduisante Amber, va chercher à intégrer la fraternité Omega Zeta Nu, qui le soumet à des rites d’initiation et à un bizutage.

Or, si d’ordinaire les bizuts des fraternités doivent prouver leur valeur et leur loyauté grâce à beaucoup d’alcool et quelques humiliations, ici, à OZN, les choses semblent différentes, et pourraient même lorgner du côté du surnaturel. Wyatt parviendra-t-il à faire entendre raison à son ami, malgré la distance qui les sépare désormais ?

Sympathy for the campus

Jon Ellis nous plonge dans l’univers parfois controversé des fraternités américaines, ces entités composées d’étudiants, qui ont parfois fait parler d’elles suites à des drames. En effet, il est courant que les fraternités soient dénoncées, après les fameuses semaines d’intégration, pour des pratiques abusives telles que le bizutage, ou même des beuveries extrêmes qui tournent mal.

Bien évidemment, le scénariste travestit ici cette réalité au travers du fantastique et de l’occulte, puisqu’en guise de bizutage, les étudiants auront droit dans cette BD à un rituel démoniaque qui va échapper à leur contrôle. Cependant, l’aspect horrifique n’est là que pour mettre en lumière la relation entre Jake et Wyatt, afin d’illustrer le thème assez universel de l’amitié. C’est sûrement ce qui explique l’aspect très vague des règles liées à l’invocation des démons et à la possession, qui ne sont pas clairement définies ni trop expliquées au cours de l’album (sacrifices d’animaux, déroulement du rituel, hiérarchie des démons, etc).

Si l’exposition est soigneusement mise en place, on peut néanmoins relever un tant soit peu de répétition par la suite, et un troisième acte plutôt foutraque, mais généreux en émotion. La conclusion, quant à elle, est poignante, voire déchirante, et nous amène à nous questionner sur nos propres relations amicales.

Sur le plan graphique, Hugo Petrus fait un formidable travail de caractérisation grâce à des personnages reconnaissables, expressifs et fort bien designés.

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Carthago #13 : Abzu est notre seul dieu

La BD!

Treizième tome de 52 pages de la série écrite par Christophe Bec et dessinée par Ennio Bufi. Parution chez les Humanos le 03/11/2021.

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Merci aux Humanos pour leur fidélité.

We’re gonna need a bigger world

Après s’être accordé le temps nécessaire à un flashback (tomes 11 et 12), Carthago revient à ses moutons, ou plutôt à ses requins-géants-dévoreurs-de-moutons. Dans le tome 10, nous assistions à un contact historique entre l’Humanité et une race surnommée les Tritons Antiques, espèce intelligente qui a colonisé le plancher océanique.

Recyclant le ressort dramatique d’une autre de ses séries SF, Christophe Bec avait placé sur l’univers de Carthago un compte à rebours mortel, sous la forme d’une explosion nucléaire sous-marine, à même de provoquer la fin du monde. Grâce à la coopération entre les humains et les tritons, l’apocalypse sismo-nucléaire était évitée de peu. Lou Melville, protagoniste de ce nouveau cycle de la série, découvrait ainsi ses origines et embrassait son héritage en restant avec les tritons pour veiller sur les Mégalodons.

Le tome 13 opère une certaine ellipse et nous emmène dans un monde ravagé par des explosions nucléaires, ce qui rend caducs les exploits du tome 10. Lou, craignant pour le bien-être des Mégalodons prisonniers, plaide leur cause auprès des tritons, qui acceptent de les relâcher dans la nature, en donnant pour consigne à Lou, qui peut communiquer télépathiquement avec eux, de ne pas les approcher de la surface de l’océan.

Les choses ne se passent évidemment pas comme prévu et Lou se retrouve échouée à la surface. Recueillie in extremis, elle se réveille sur une plateforme pétrolière désaffectée, occupée aujourd’hui par des moines qui en ont fait un monastère flottant afin de fuir les pillards qui écument le continent. Remise de sa convalescence, Lou s’acclimate et reprend des forces, mais ne peut s’empêcher de s’interroger sur ce lieu singulier, où règne une ambiance pesante, sans parler des allées et venues nocturnes de certains moines.

Les blues des abysses

Certaines tendances ont la vie dure, ce tome de 13 de Carthago ne fait pas exception. Encore une fois, Christophe Bec, se reposant sur un concept attractif, délaye son propos en faisant en deux tomes ce qui aurait pu tenir en un seul. Certes, il tisse des intrigues secondaires (le sous-marin, le retour du Centenaire des Carpates) qui porteront leurs fruits plus tard, mais l’action présente s’en trouve amoindrie, et peut malheureusement se résumer en quelques mots (Lou échoue sur une plateforme occupée par des moines dont certains se sont mis à vénérer les Mégalodons), ce qui donne la sensation de beaucoup d’images pour au final peu d’action.

Si l’on considère ce diptyque du Bagarreur comme une histoire en soi, auto contenue, alors ses trois actes seraient répartis entre les deux tomes. Or, ce premier tome fait office au mieux de premier acte, ce qui risque de déboucher sur un déséquilibre, qui aurait pu être évité en condensant et le scénario et le découpage, dont on ne saurait dire s’il est cinématique ou dilatoire.

Graphiquement, la qualité est toujours présente grâce à Ennio Bufi, qui s’est désormais imposé comme identité graphique de la série. De plus, il nous gratifie d’une sublime couverture, à mi-chemin entre King Kong et l’Appel de Cthullu.

Carthago se relance donc sur de nouveaux rails mais risque de perdre des lecteurs en cours de route, la faute à un scénario dilué et un rythme morne.

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Le Sang des Immortels

La BD!

Histoire complète en 104 pages, écrite par Françoise Ruscak, d’après le roman de Laurent Genefort, dessins de Francesco Trifogli. Parution le 13/10/2021 chez les Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance!

Who wants to live forever ?

Après des années de silence radio, le survivant d’une mission d’exploration est retrouvé dérivant dans l’espace. L’homme en question, le Professeur Glarith, prétend avoir été en contact, sur la planète Verfébro, avec un féroce prédateur baptisé le Drac, et en avoir retiré de stupéfiantes capacités de régénération et une longévité supérieure. En gros, le don d’immortalité.

Cette découverte représente bien évidemment un intérêt prioritaire pour certaines entreprises terriennes, dont la méga corporation Selfano dirigée par Klart Lagart, qui monte une nouvelle expédition sur Verfébro pour mettre la main sur un spécimen vivant de Drac et dupliquer le don d’immortalité. Ainsi, Nemrod, chasseuse intrépide, Samsara, mercenaire cupide mais terre à terre, Frère Jok religieux inquiet des répercussions d’une telle découverte, et le Docteur Teafor, intéressée par le remède afin de sauver sa fille malade, se retrouvent coincés sur la planète, après que la deuxième expédition ait connu un sort tragique. Les survivants n’en oublient pas pour autant leur mission et se mettent à la recherche du fameux Drac. Mais la planète ne livrera pas ses secrets d’immortalité sans faire payer un tribut aux explorateurs.

L’enfer vert

Après Les Peaux Épaisses, c’est un autre roman de Laurent Genefort qui est adapté chez les Humanos. L’intrigue, suffisamment dense, contient tout de même quelques longueurs et n’évite pas tous les poncifs du genre, comme la corporation cupide et malveillante (hello la Weiland Yutani !) ou le prêtre mesquin.

Le cadre, quant à lui, est magnifiquement mis en image par Francesco Trifogli, qui donne vie à des créatures pas nécessairement très originales, mais tout de même suffisamment convaincantes pour nous immerger dans ce monde hostile. Les interactions entre les personnages et leur rôle précis, font l’objet d’un traitement plutôt cohérent, et réservent même quelques coups de théâtre.

On bénéficie même, grâce à l’écriture de Françoise Ruscak, d’une réflexion intéressante sur les implications qu’aurait le don d’immortalité pour le genre humain: l’avidité destructrice des hommes qui menacerait la planète Verfébro, la solitude qu’implique le fait de vivre éternellement, et le sort peu enviable qui attend ceux qui ne peuvent pas mourir mais qui ressentent tout de même la douleur. Tout ceci est bien évidemment brossé assez prestement, notamment à cause du format qui ne permet pas de s’étaler trop longuement sur ce genre de considération.

Cette nouvelle adaptation de Laurent Genefort apporte donc son lot de questionnements et de rebondissements, servis adéquatement par les dessins de Francesco Trifoli.

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Le dernier secret d’Hitler

La BD!

Histoire complète en 120 pages, écrite par Mathieu Mariolle, dessinée par Fabio Piacentini et mise en couleurs par Massimo Travaglini. Parution aux Humanoïdes Associés le 20/10/2021.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Mobilis in Mobile

En décembre 1944, l’issue de la seconde guerre mondiale semblait déjà scellée, au profit des alliés. Mais, mus par la fougue que procurent le désespoir et le patriotisme exacerbé, les nazis n’ont pas dit leur dernier mot.

Fort de leur suprématie maritime, les allemands chargent le submersible U-864 d’une cargaison qui pourrait prolonger le conflit, et pourquoi pas, renverser la vapeur et redonner aux nazis un avantage décisif.

Afin d’éviter ça, les anglais lancent eux aussi un sous-marin, le HMS Venturer dirigé par le commandant Launders, à la poursuite de l’U-boot allemand, tandis qu’un escadron américain, dirigé par l’insensible Capitaine Duke Collins, le traque depuis la cote norvégienne. Les anglais et les américains ont beau être alliés, ils n’en conservent pas moins leurs objectifs propres, chacun gardant en tête les enjeux colossaux de l’après-guerre, lorsqu’il faudra tenir tête aux russes victorieux du front Est. A bord du U-864, pendant ce temps, règne une tension à couper au couteau (littéralement) entre le commandant Wolfram et l’officier SS Kemmling, qui questionne la loyauté de son homologue et sa capacité à mener à bien cette mission essentielle pour le Reich.

Qui parviendra à ses fins ? Les anglais à bord du Venturer, le cupide Capitaine Collins, ou le dévoué Wolfram ? Et quelle est cette mystérieuse cargaison ? De l’or, comme l’espère Collins, ou tout autre chose ?

War is Hell

Alors que paraît le second volume de sa série Nautilus, Mathieu Mariolle ne plaisante pas (haha) et livre dans le même mois une seconde histoire de sous-marins. Alors que l’on pouvait décemment espérer, compte tenu de l’appétence notoire du führer sur ces thématiques, une petite incursion fantastique/occulte dans le scénario, l’auteur, sans doute déjà repu avec le Nautilus, n’en fait rien et reste dans le sillon historique qui lui a inspiré cette histoire.

Sans pour autant spoiler le contenu mystère de la cargaison, vous ne trouverez dans l’U-864 ni Lance de Longinus, ni arche d’alliance, mais quelque chose de beaucoup plus pragmatique, et beaucoup plus dangereux.

Ce qui est dangereux également, nous dit l’auteur, c’est la détermination de certains hommes à prévaloir quoi qu’il en coûte en temps de guerre, tout autant que la cupidité, qui poussera toujours les hommes à s’entretuer. Bien heureusement, il s’en trouvera toujours pour accomplir ce qui leur paraît juste, quitte à contrevenir aux ordres et à questionner les convictions collectives. Cette histoire de course-poursuite haletante à la Octobre Rouge est donc à la fois une fable sur les affres de la guerre et une réflexion sur la notion d’engagement patriotique.

Le style réaliste de Fabio Piacentini renforce l’aspect thriller du récit de guerre, malgré quelques pauses un peu figées et des couleurs quelques peu artificielles.

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Fang, chasseuse de démons

La BD!

Premier tome de 64 pages, avec Joe Kelly à l’écriture et Niko Henrichon au dessin. Parution le 13/10/2021 chez les Humanoïdes Associés.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Des souris (des loups, des cerfs, des ours, des renards) et des hommes

Dans un royaume fantastique d’extrême orient, dans lequel humains et animaux anthropomorphes cohabitent, Fang, jeune renarde au regard acerbe et qui ne s’en laisse pas conter, parcourt les terres hostiles avec une mission: traquer et éliminer les démons qui se cachent sous une apparence anodine afin de contaminer le monde.

Formée au combat et aux techniques de chasse, Fang va de village en village, pour débusquer les créatures et les forcer à se révéler sous leur véritable visage, avant de les occire. La concurrence est rude parmi les chasseurs, parmi lesquels il n’est pas inhabituel de trouver quelques charlatans, ce qui, conjugué à l’étroitesse d’esprit des villageois, rend souvent la tâche plus ardue pour notre goupile héroïne.

Bien entendu, Fang n’est pas une chasseuse ordinaire et cache un lourd secret, qui fait sa force mais peut aussi constituer un défaut fatal. La chasseuse de démons va accepter à contrecœur une mission de sauvetage qui risque bien de la confronter à sa dichotomie interne et révéler quelques failles.

Une menace pour en détruire une autre

Joe Kelly est un auteur américain connu notamment pour avoir fait du personnage de Deadpool ce qu’il est aujourd’hui, à savoir le mercenaire méta déjanté conscient d’être un personnage de comics. Parmi les oeuvres notables de Kelly, on trouve aussi des runs de X-men, de Daredevil, ou encore de Justice League et le roman graphique I Kill Giants (Chasseuse de Géants en VF), qui a généré une adaptation cinématographique sur laquelle l’auteur est également crédité. Plus surprenant encore, Kelly a travaillé en tant que scénariste sur la célèbre série How I Met Your Mother.

Fang

Tout ça pour signifier que l’auteur en question n’est pas un manchot, loin s’en faut. Or, il demeure à la lecture de ce premier tome de Fang un léger goût d’inachevé, comme si l’auteur n’avait pas exploité intégralement les possibilités de son univers, où qu’il gardait des billes pour la suite. La seconde idée paraît logique dans le sens où il s’agit du premier tome d’une série, dont la suite pourrait dévoiler des pans plus intéressants de l’univers en question.

La Chine médiévale telle qu’elle peut être fantasmée par nous autres occidentaux est toujours un terrain de jeu propice pour un auteur, surtout lorsqu’il est accompagné d’un artiste talentueux comme Niko Henrichon, qui livre des planches superbes dans un style crayonné et couleurs directes qui magnifie à la fois les décors et les personnages. Des thématiques comme la tolérance et la cohabitation pacifique sont de mises avec ce genre de prémisse, mais sonnent comme une légère redite, une solution de facilité lorsqu’on met des animaux en scène (La Ferme des Animaux de George Orwell, ou Zootopie plus récemment).

Le dessinateur s’en tire avec les honneurs sur ce point, surtout si l’on prend en considération la difficulté que peut représenter un monde mêlant animaux anthropomorphes et humains pur jus. La mise en scène, en revanche, peut être confuse par moment, notamment lors des combats, ce qui se ressent dans le découpage, parfois trop elliptique.

Subtil mélange entre De cape et de crocs et Tigre et Dragon, Fang démarre correctement avec ce premier album, notamment grâce au graphisme, mais laissera sûrement le lecteur sur sa faim, espérant que la suite prévue en 2022 saura combler ces attentes.

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Space Bastards

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Récit complet de 256 pages, écrit par Joe Aubrey et Eric Peterson, et dessiné par Darick Robertson.

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Merci aux Humanos pour leur confiance!

Going Postal

Si aujourd’hui, certaines personnes en viennent aux mains pour obtenir certains biens très convoités, demain, ce seront les livreurs qui s’entretueront pour avoir l’insigne honneur d’apporter aux clients leur précieuse marchandise.

Le SPI, le Service Postal Intergalactique, est une entreprise florissante qui loue les services de milliers de livreurs qui écument la galaxie pour satisfaire les envies des consommateurs, qu’ils vivent sur Terre où sur l’une de ses nombreuses colonies. Les livreurs sont payés en fonction du nombre de mains par lesquelles transitent les colis, si bien que les coups-bas sont légion et provoquent souvent des dégâts considérables, étrangement tolérés par les autorités.

Au milieu de tout ce chaos, Dave Proton, qui était sûr d’obtenir une promotion après des années de bons et loyaux services chez Powers, concurrents acharnés du SPI, se retrouve finalement licencié sans préavis. Désabusé, désespéré, Proton se lance dans cette activité dont tout le monde parle et qui rapporterait gros: livreur pour le SPI !

Cependant, Dave risque d’avoir du mal à s’adapter aux méthodes violentes des livreurs. A moins que, contre toute attente, l’ancien comptable ait ça en lui ? Aurait-il finalement trouvé sa voie ? Comment survivra-t-il dans ce monde impitoyable ?

Deliver or die trying

La société de consommation, paroxysme des mondes civilisés, est omniprésente et conditionne les vies et les mentalités de millions de personnes. Il n’est donc pas étonnant de voir fleurir, dans la pop culture, des satires qui attaquent et vilipendent, plus ou moins subtilement, ce mode de vie. Déjà à son époque, Robocop et son OCP, montraient une vision acerbe du futur et de la consommation.

L’ultralibéralisme, censé garantir la prospérité de tous, laisse beaucoup de gens sur le carreau et n’a donc généralement pas bonne presse non plus dans les œuvres de fiction. Récemment, par exemple, nous évoquions The Invisible Kingdom, qui mettait également en scène des livreurs de l’espace soumis aux affres d’une société toujours plus avide de possessions matérielles.

Space Bastards ne cache donc aucunement son affiliation avec la satire, qu’il déguise sous une bonne quantité de violence et de gore irrévérencieux. Ici, uberisation rime avec atomisation, si bien que la violence intrinsèque du système se traduit sur les pages par une violence tout à fait explicite entre les pauvres livreurs, ces rouages fongibles et sacrifiables, qui ne trouvent d’accomplissement que dans ce boulot mortellement dangereux.

Pourtant, à bien y regarder, la critique n’est pas dirigée que vers l’uberisation, car l’on s’aperçoit bien vite que beaucoup de livreurs adorent leur job, et y voient une catharsis de leurs pulsions violentes. En effet, être payé pour dégommer d’autres gens, qui n’en a jamais rêvé ? Cet aspect cathartique est finalement assez culpabilisant, si bien que dans Space Bastards, la critique n’est pas double, mais triple, puisqu’elle critique une société de consommation dont l’expansion la pousse à phagocyter des planètes entières et pousse des gens désespérés à faire un travail dangereux et précaire, puis vient la critique de ces gens, qui utilisent ce travail comme prétexte pour laisser libre cours à leurs pulsions, et enfin, elle nous critique, en sous-texte, nous qui apprécions ce spectacle.

L’intérêt principal de ce Space Bastards réside donc dans ce sous-texte et cette mise en abîme de la satire politico sociétale. L’intrigue en elle-même ne transcende pas les poncifs du genre, et reste même étrangement sage par certains aspects, surtout si on la compare, comme le fait le joli sticker de couverture, à The Boys, cocréée par Darick Robertson. Les personnages, comme c’est souvent le cas dans les œuvres misant tout sur leur pitch, sont un peu lisses, et se cantonnent pour certains à un rôle caricatural.

Space Bastards gagne donc à être lu pour sa vision cynique du phénomène de l’ubérisation et de l’ultralibéralisme, mais cette vision limite malheureusement ses propositions narratives.

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Sapiens Imperium

La BD!

Premier tome de 108 pages d’une série écrite par Sam Timel et dessinée par Jorge Miguel. Parution aux Humanoïdes Associés le 16/06/21.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Sins of the Father

La planète Tazma n’est pas la destination rêvée par les vacanciers de la galaxie. Hostile, sa surface ne peut accueillir la vie, mais ses entrailles recèlent quelques ressources susceptibles de nourrir quelques êtres vivants. Qu’à cela ne tienne, le nouvel empereur Thésol, issu de la dynastie Kerkan, y enferme, après les avoir détrônés, tous les Kheleks et leurs partisans, sans autre forme de procès. 

Condamnés à la survie la plus abjecte dans un réseaux humide de grottes souterraines, les Kheleks et leurs amis Lektars finissent, au fils des décennies, par se réorganiser en clan, s’adaptant autant que possible à la vie cavernicole. Cependant, l’esprit de conquête des Sapiens n’a d’égal que leur soif de liberté. Aussi, Daridian, l’un des descendants de la dynastie Khelek, cherche-t-il inlassablement le moyen de quitter la grotte où lui et sa sœur Xinthia sont nés. 

Malheureusement, s’échapper de Tazma ne sera pas aussi simple qu’y échouer, car les prisonniers, affamés et démunis depuis des lustres, doivent faire face aux forces impériales et aux metalnauts qui gardent l’entrée, alors même que des schismes internes menacent leur équilibre et leur survie.

De l’autre côté du système, l’impérium a lui aussi de nombreux défis à relever. Non content d’avoir effacé les Kheleks de l’histoire, l’empereur a instauré un joug dont l’usure pousse les différentes dynasties à remettre en cause avec toujours plus d’hardiesse sa légitimité. Que fera-t-il lorsque ses anciens rivaux resurgiront des tréfonds de Tazma ? 

Depuis Dune , les grandes sagas de SF mettant en scène des luttes de pouvoirs entre différentes dynasties sont pléthores. Il y est souvent question de l’exploitation d’une ressource rare (l’Épice pour Dune , des algues ici) ainsi que d’une quête d’émancipation et de liberté, ce qui passe très souvent par la révolte et la lutte armée. Ajoutez-y un duel à mort et une rivalité entre deux héritiers et la comparaison entre Sapiens Impérium et Dune sera complète. 

Le premier tiers de l’album pose un cadre intéressant, pour lequel il aurait été aisé d’exploiter certains aspects claustrophobes. L’auteur évoque un peu rapidement comment des générations d’infortunés ont du s’adapter pour survivre dans les tréfonds de cette lune désolée, mais cède bien vite l’aspect survival au profit d’une lutte de pouvoir sur fonds de mutinerie. 

L’évasion en elle-même se fait assez promptement, mais pas sans peine, forçant néanmoins le scénariste à chercher ailleurs le souffle nécessaire à son histoire, d’où son introduction plutôt tardive du réseau de personnages gravitant autour des Kerkans.

Le dernier tiers de l’album, marqué par la liberté au prix de l’exode, se perd quelque peu au niveau thématique mais aborde des idées intéressantes comme celles de l’altérité et du partage. La fin ouverte annonce celle du premier cycle, ce qui promet une suite aux aventures de Xinthia et de sa cohorte. Côté graphique, c’est le point fort de l’album, Jorge Miguel offre un trait précis et détaillé (notamment les visages), ce qui magnifie l’ensemble de l’album. 

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