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Carthago #13 : Abzu est notre seul dieu

La BD!

Treizième tome de 52 pages de la série écrite par Christophe Bec et dessinée par Ennio Bufi. Parution chez les Humanos le 03/11/2021.

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Merci aux Humanos pour leur fidélité.

We’re gonna need a bigger world

Après s’être accordé le temps nécessaire à un flashback (tomes 11 et 12), Carthago revient à ses moutons, ou plutôt à ses requins-géants-dévoreurs-de-moutons. Dans le tome 10, nous assistions à un contact historique entre l’Humanité et une race surnommée les Tritons Antiques, espèce intelligente qui a colonisé le plancher océanique.

Recyclant le ressort dramatique d’une autre de ses séries SF, Christophe Bec avait placé sur l’univers de Carthago un compte à rebours mortel, sous la forme d’une explosion nucléaire sous-marine, à même de provoquer la fin du monde. Grâce à la coopération entre les humains et les tritons, l’apocalypse sismo-nucléaire était évitée de peu. Lou Melville, protagoniste de ce nouveau cycle de la série, découvrait ainsi ses origines et embrassait son héritage en restant avec les tritons pour veiller sur les Mégalodons.

Le tome 13 opère une certaine ellipse et nous emmène dans un monde ravagé par des explosions nucléaires, ce qui rend caducs les exploits du tome 10. Lou, craignant pour le bien-être des Mégalodons prisonniers, plaide leur cause auprès des tritons, qui acceptent de les relâcher dans la nature, en donnant pour consigne à Lou, qui peut communiquer télépathiquement avec eux, de ne pas les approcher de la surface de l’océan.

Les choses ne se passent évidemment pas comme prévu et Lou se retrouve échouée à la surface. Recueillie in extremis, elle se réveille sur une plateforme pétrolière désaffectée, occupée aujourd’hui par des moines qui en ont fait un monastère flottant afin de fuir les pillards qui écument le continent. Remise de sa convalescence, Lou s’acclimate et reprend des forces, mais ne peut s’empêcher de s’interroger sur ce lieu singulier, où règne une ambiance pesante, sans parler des allées et venues nocturnes de certains moines.

Les blues des abysses

Certaines tendances ont la vie dure, ce tome de 13 de Carthago ne fait pas exception. Encore une fois, Christophe Bec, se reposant sur un concept attractif, délaye son propos en faisant en deux tomes ce qui aurait pu tenir en un seul. Certes, il tisse des intrigues secondaires (le sous-marin, le retour du Centenaire des Carpates) qui porteront leurs fruits plus tard, mais l’action présente s’en trouve amoindrie, et peut malheureusement se résumer en quelques mots (Lou échoue sur une plateforme occupée par des moines dont certains se sont mis à vénérer les Mégalodons), ce qui donne la sensation de beaucoup d’images pour au final peu d’action.

Si l’on considère ce diptyque du Bagarreur comme une histoire en soi, auto contenue, alors ses trois actes seraient répartis entre les deux tomes. Or, ce premier tome fait office au mieux de premier acte, ce qui risque de déboucher sur un déséquilibre, qui aurait pu être évité en condensant et le scénario et le découpage, dont on ne saurait dire s’il est cinématique ou dilatoire.

Graphiquement, la qualité est toujours présente grâce à Ennio Bufi, qui s’est désormais imposé comme identité graphique de la série. De plus, il nous gratifie d’une sublime couverture, à mi-chemin entre King Kong et l’Appel de Cthullu.

Carthago se relance donc sur de nouveaux rails mais risque de perdre des lecteurs en cours de route, la faute à un scénario dilué et un rythme morne.

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Le Sang des Immortels

La BD!

Histoire complète en 104 pages, écrite par Françoise Ruscak, d’après le roman de Laurent Genefort, dessins de Francesco Trifogli. Parution le 13/10/2021 chez les Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance!

Who wants to live forever ?

Après des années de silence radio, le survivant d’une mission d’exploration est retrouvé dérivant dans l’espace. L’homme en question, le Professeur Glarith, prétend avoir été en contact, sur la planète Verfébro, avec un féroce prédateur baptisé le Drac, et en avoir retiré de stupéfiantes capacités de régénération et une longévité supérieure. En gros, le don d’immortalité.

Cette découverte représente bien évidemment un intérêt prioritaire pour certaines entreprises terriennes, dont la méga corporation Selfano dirigée par Klart Lagart, qui monte une nouvelle expédition sur Verfébro pour mettre la main sur un spécimen vivant de Drac et dupliquer le don d’immortalité. Ainsi, Nemrod, chasseuse intrépide, Samsara, mercenaire cupide mais terre à terre, Frère Jok religieux inquiet des répercussions d’une telle découverte, et le Docteur Teafor, intéressée par le remède afin de sauver sa fille malade, se retrouvent coincés sur la planète, après que la deuxième expédition ait connu un sort tragique. Les survivants n’en oublient pas pour autant leur mission et se mettent à la recherche du fameux Drac. Mais la planète ne livrera pas ses secrets d’immortalité sans faire payer un tribut aux explorateurs.

L’enfer vert

Après Les Peaux Épaisses, c’est un autre roman de Laurent Genefort qui est adapté chez les Humanos. L’intrigue, suffisamment dense, contient tout de même quelques longueurs et n’évite pas tous les poncifs du genre, comme la corporation cupide et malveillante (hello la Weiland Yutani !) ou le prêtre mesquin.

Le cadre, quant à lui, est magnifiquement mis en image par Francesco Trifogli, qui donne vie à des créatures pas nécessairement très originales, mais tout de même suffisamment convaincantes pour nous immerger dans ce monde hostile. Les interactions entre les personnages et leur rôle précis, font l’objet d’un traitement plutôt cohérent, et réservent même quelques coups de théâtre.

On bénéficie même, grâce à l’écriture de Françoise Ruscak, d’une réflexion intéressante sur les implications qu’aurait le don d’immortalité pour le genre humain: l’avidité destructrice des hommes qui menacerait la planète Verfébro, la solitude qu’implique le fait de vivre éternellement, et le sort peu enviable qui attend ceux qui ne peuvent pas mourir mais qui ressentent tout de même la douleur. Tout ceci est bien évidemment brossé assez prestement, notamment à cause du format qui ne permet pas de s’étaler trop longuement sur ce genre de considération.

Cette nouvelle adaptation de Laurent Genefort apporte donc son lot de questionnements et de rebondissements, servis adéquatement par les dessins de Francesco Trifoli.

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Le dernier secret d’Hitler

La BD!

Histoire complète en 120 pages, écrite par Mathieu Mariolle, dessinée par Fabio Piacentini et mise en couleurs par Massimo Travaglini. Parution aux Humanoïdes Associés le 20/10/2021.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Mobilis in Mobile

En décembre 1944, l’issue de la seconde guerre mondiale semblait déjà scellée, au profit des alliés. Mais, mus par la fougue que procurent le désespoir et le patriotisme exacerbé, les nazis n’ont pas dit leur dernier mot.

Fort de leur suprématie maritime, les allemands chargent le submersible U-864 d’une cargaison qui pourrait prolonger le conflit, et pourquoi pas, renverser la vapeur et redonner aux nazis un avantage décisif.

Afin d’éviter ça, les anglais lancent eux aussi un sous-marin, le HMS Venturer dirigé par le commandant Launders, à la poursuite de l’U-boot allemand, tandis qu’un escadron américain, dirigé par l’insensible Capitaine Duke Collins, le traque depuis la cote norvégienne. Les anglais et les américains ont beau être alliés, ils n’en conservent pas moins leurs objectifs propres, chacun gardant en tête les enjeux colossaux de l’après-guerre, lorsqu’il faudra tenir tête aux russes victorieux du front Est. A bord du U-864, pendant ce temps, règne une tension à couper au couteau (littéralement) entre le commandant Wolfram et l’officier SS Kemmling, qui questionne la loyauté de son homologue et sa capacité à mener à bien cette mission essentielle pour le Reich.

Qui parviendra à ses fins ? Les anglais à bord du Venturer, le cupide Capitaine Collins, ou le dévoué Wolfram ? Et quelle est cette mystérieuse cargaison ? De l’or, comme l’espère Collins, ou tout autre chose ?

War is Hell

Alors que paraît le second volume de sa série Nautilus, Mathieu Mariolle ne plaisante pas (haha) et livre dans le même mois une seconde histoire de sous-marins. Alors que l’on pouvait décemment espérer, compte tenu de l’appétence notoire du führer sur ces thématiques, une petite incursion fantastique/occulte dans le scénario, l’auteur, sans doute déjà repu avec le Nautilus, n’en fait rien et reste dans le sillon historique qui lui a inspiré cette histoire.

Sans pour autant spoiler le contenu mystère de la cargaison, vous ne trouverez dans l’U-864 ni Lance de Longinus, ni arche d’alliance, mais quelque chose de beaucoup plus pragmatique, et beaucoup plus dangereux.

Ce qui est dangereux également, nous dit l’auteur, c’est la détermination de certains hommes à prévaloir quoi qu’il en coûte en temps de guerre, tout autant que la cupidité, qui poussera toujours les hommes à s’entretuer. Bien heureusement, il s’en trouvera toujours pour accomplir ce qui leur paraît juste, quitte à contrevenir aux ordres et à questionner les convictions collectives. Cette histoire de course-poursuite haletante à la Octobre Rouge est donc à la fois une fable sur les affres de la guerre et une réflexion sur la notion d’engagement patriotique.

Le style réaliste de Fabio Piacentini renforce l’aspect thriller du récit de guerre, malgré quelques pauses un peu figées et des couleurs quelques peu artificielles.

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Fang, chasseuse de démons

La BD!

Premier tome de 64 pages, avec Joe Kelly à l’écriture et Niko Henrichon au dessin. Parution le 13/10/2021 chez les Humanoïdes Associés.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Des souris (des loups, des cerfs, des ours, des renards) et des hommes

Dans un royaume fantastique d’extrême orient, dans lequel humains et animaux anthropomorphes cohabitent, Fang, jeune renarde au regard acerbe et qui ne s’en laisse pas conter, parcourt les terres hostiles avec une mission: traquer et éliminer les démons qui se cachent sous une apparence anodine afin de contaminer le monde.

Formée au combat et aux techniques de chasse, Fang va de village en village, pour débusquer les créatures et les forcer à se révéler sous leur véritable visage, avant de les occire. La concurrence est rude parmi les chasseurs, parmi lesquels il n’est pas inhabituel de trouver quelques charlatans, ce qui, conjugué à l’étroitesse d’esprit des villageois, rend souvent la tâche plus ardue pour notre goupile héroïne.

Bien entendu, Fang n’est pas une chasseuse ordinaire et cache un lourd secret, qui fait sa force mais peut aussi constituer un défaut fatal. La chasseuse de démons va accepter à contrecœur une mission de sauvetage qui risque bien de la confronter à sa dichotomie interne et révéler quelques failles.

Une menace pour en détruire une autre

Joe Kelly est un auteur américain connu notamment pour avoir fait du personnage de Deadpool ce qu’il est aujourd’hui, à savoir le mercenaire méta déjanté conscient d’être un personnage de comics. Parmi les oeuvres notables de Kelly, on trouve aussi des runs de X-men, de Daredevil, ou encore de Justice League et le roman graphique I Kill Giants (Chasseuse de Géants en VF), qui a généré une adaptation cinématographique sur laquelle l’auteur est également crédité. Plus surprenant encore, Kelly a travaillé en tant que scénariste sur la célèbre série How I Met Your Mother.

Fang

Tout ça pour signifier que l’auteur en question n’est pas un manchot, loin s’en faut. Or, il demeure à la lecture de ce premier tome de Fang un léger goût d’inachevé, comme si l’auteur n’avait pas exploité intégralement les possibilités de son univers, où qu’il gardait des billes pour la suite. La seconde idée paraît logique dans le sens où il s’agit du premier tome d’une série, dont la suite pourrait dévoiler des pans plus intéressants de l’univers en question.

La Chine médiévale telle qu’elle peut être fantasmée par nous autres occidentaux est toujours un terrain de jeu propice pour un auteur, surtout lorsqu’il est accompagné d’un artiste talentueux comme Niko Henrichon, qui livre des planches superbes dans un style crayonné et couleurs directes qui magnifie à la fois les décors et les personnages. Des thématiques comme la tolérance et la cohabitation pacifique sont de mises avec ce genre de prémisse, mais sonnent comme une légère redite, une solution de facilité lorsqu’on met des animaux en scène (La Ferme des Animaux de George Orwell, ou Zootopie plus récemment).

Le dessinateur s’en tire avec les honneurs sur ce point, surtout si l’on prend en considération la difficulté que peut représenter un monde mêlant animaux anthropomorphes et humains pur jus. La mise en scène, en revanche, peut être confuse par moment, notamment lors des combats, ce qui se ressent dans le découpage, parfois trop elliptique.

Subtil mélange entre De cape et de crocs et Tigre et Dragon, Fang démarre correctement avec ce premier album, notamment grâce au graphisme, mais laissera sûrement le lecteur sur sa faim, espérant que la suite prévue en 2022 saura combler ces attentes.

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Space Bastards

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Récit complet de 256 pages, écrit par Joe Aubrey et Eric Peterson, et dessiné par Darick Robertson.

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Merci aux Humanos pour leur confiance!

Going Postal

Si aujourd’hui, certaines personnes en viennent aux mains pour obtenir certains biens très convoités, demain, ce seront les livreurs qui s’entretueront pour avoir l’insigne honneur d’apporter aux clients leur précieuse marchandise.

Le SPI, le Service Postal Intergalactique, est une entreprise florissante qui loue les services de milliers de livreurs qui écument la galaxie pour satisfaire les envies des consommateurs, qu’ils vivent sur Terre où sur l’une de ses nombreuses colonies. Les livreurs sont payés en fonction du nombre de mains par lesquelles transitent les colis, si bien que les coups-bas sont légion et provoquent souvent des dégâts considérables, étrangement tolérés par les autorités.

Au milieu de tout ce chaos, Dave Proton, qui était sûr d’obtenir une promotion après des années de bons et loyaux services chez Powers, concurrents acharnés du SPI, se retrouve finalement licencié sans préavis. Désabusé, désespéré, Proton se lance dans cette activité dont tout le monde parle et qui rapporterait gros: livreur pour le SPI !

Cependant, Dave risque d’avoir du mal à s’adapter aux méthodes violentes des livreurs. A moins que, contre toute attente, l’ancien comptable ait ça en lui ? Aurait-il finalement trouvé sa voie ? Comment survivra-t-il dans ce monde impitoyable ?

Deliver or die trying

La société de consommation, paroxysme des mondes civilisés, est omniprésente et conditionne les vies et les mentalités de millions de personnes. Il n’est donc pas étonnant de voir fleurir, dans la pop culture, des satires qui attaquent et vilipendent, plus ou moins subtilement, ce mode de vie. Déjà à son époque, Robocop et son OCP, montraient une vision acerbe du futur et de la consommation.

L’ultralibéralisme, censé garantir la prospérité de tous, laisse beaucoup de gens sur le carreau et n’a donc généralement pas bonne presse non plus dans les œuvres de fiction. Récemment, par exemple, nous évoquions The Invisible Kingdom, qui mettait également en scène des livreurs de l’espace soumis aux affres d’une société toujours plus avide de possessions matérielles.

Space Bastards ne cache donc aucunement son affiliation avec la satire, qu’il déguise sous une bonne quantité de violence et de gore irrévérencieux. Ici, uberisation rime avec atomisation, si bien que la violence intrinsèque du système se traduit sur les pages par une violence tout à fait explicite entre les pauvres livreurs, ces rouages fongibles et sacrifiables, qui ne trouvent d’accomplissement que dans ce boulot mortellement dangereux.

Pourtant, à bien y regarder, la critique n’est pas dirigée que vers l’uberisation, car l’on s’aperçoit bien vite que beaucoup de livreurs adorent leur job, et y voient une catharsis de leurs pulsions violentes. En effet, être payé pour dégommer d’autres gens, qui n’en a jamais rêvé ? Cet aspect cathartique est finalement assez culpabilisant, si bien que dans Space Bastards, la critique n’est pas double, mais triple, puisqu’elle critique une société de consommation dont l’expansion la pousse à phagocyter des planètes entières et pousse des gens désespérés à faire un travail dangereux et précaire, puis vient la critique de ces gens, qui utilisent ce travail comme prétexte pour laisser libre cours à leurs pulsions, et enfin, elle nous critique, en sous-texte, nous qui apprécions ce spectacle.

L’intérêt principal de ce Space Bastards réside donc dans ce sous-texte et cette mise en abîme de la satire politico sociétale. L’intrigue en elle-même ne transcende pas les poncifs du genre, et reste même étrangement sage par certains aspects, surtout si on la compare, comme le fait le joli sticker de couverture, à The Boys, cocréée par Darick Robertson. Les personnages, comme c’est souvent le cas dans les œuvres misant tout sur leur pitch, sont un peu lisses, et se cantonnent pour certains à un rôle caricatural.

Space Bastards gagne donc à être lu pour sa vision cynique du phénomène de l’ubérisation et de l’ultralibéralisme, mais cette vision limite malheureusement ses propositions narratives.

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Sapiens Imperium

La BD!

Premier tome de 108 pages d’une série écrite par Sam Timel et dessinée par Jorge Miguel. Parution aux Humanoïdes Associés le 16/06/21.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Sins of the Father

La planète Tazma n’est pas la destination rêvée par les vacanciers de la galaxie. Hostile, sa surface ne peut accueillir la vie, mais ses entrailles recèlent quelques ressources susceptibles de nourrir quelques êtres vivants. Qu’à cela ne tienne, le nouvel empereur Thésol, issu de la dynastie Kerkan, y enferme, après les avoir détrônés, tous les Kheleks et leurs partisans, sans autre forme de procès. 

Condamnés à la survie la plus abjecte dans un réseaux humide de grottes souterraines, les Kheleks et leurs amis Lektars finissent, au fils des décennies, par se réorganiser en clan, s’adaptant autant que possible à la vie cavernicole. Cependant, l’esprit de conquête des Sapiens n’a d’égal que leur soif de liberté. Aussi, Daridian, l’un des descendants de la dynastie Khelek, cherche-t-il inlassablement le moyen de quitter la grotte où lui et sa sœur Xinthia sont nés. 

Malheureusement, s’échapper de Tazma ne sera pas aussi simple qu’y échouer, car les prisonniers, affamés et démunis depuis des lustres, doivent faire face aux forces impériales et aux metalnauts qui gardent l’entrée, alors même que des schismes internes menacent leur équilibre et leur survie.

De l’autre côté du système, l’impérium a lui aussi de nombreux défis à relever. Non content d’avoir effacé les Kheleks de l’histoire, l’empereur a instauré un joug dont l’usure pousse les différentes dynasties à remettre en cause avec toujours plus d’hardiesse sa légitimité. Que fera-t-il lorsque ses anciens rivaux resurgiront des tréfonds de Tazma ? 

Depuis Dune , les grandes sagas de SF mettant en scène des luttes de pouvoirs entre différentes dynasties sont pléthores. Il y est souvent question de l’exploitation d’une ressource rare (l’Épice pour Dune , des algues ici) ainsi que d’une quête d’émancipation et de liberté, ce qui passe très souvent par la révolte et la lutte armée. Ajoutez-y un duel à mort et une rivalité entre deux héritiers et la comparaison entre Sapiens Impérium et Dune sera complète. 

Le premier tiers de l’album pose un cadre intéressant, pour lequel il aurait été aisé d’exploiter certains aspects claustrophobes. L’auteur évoque un peu rapidement comment des générations d’infortunés ont du s’adapter pour survivre dans les tréfonds de cette lune désolée, mais cède bien vite l’aspect survival au profit d’une lutte de pouvoir sur fonds de mutinerie. 

L’évasion en elle-même se fait assez promptement, mais pas sans peine, forçant néanmoins le scénariste à chercher ailleurs le souffle nécessaire à son histoire, d’où son introduction plutôt tardive du réseau de personnages gravitant autour des Kerkans.

Le dernier tiers de l’album, marqué par la liberté au prix de l’exode, se perd quelque peu au niveau thématique mais aborde des idées intéressantes comme celles de l’altérité et du partage. La fin ouverte annonce celle du premier cycle, ce qui promet une suite aux aventures de Xinthia et de sa cohorte. Côté graphique, c’est le point fort de l’album, Jorge Miguel offre un trait précis et détaillé (notamment les visages), ce qui magnifie l’ensemble de l’album. 

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Porchery

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Histoire complète en 144 pages, écrite par Tyrone Finch et dessinée par Mauricet. Parution chez les Humanos le 19/05/2021.

Cochon qui s’en dédit

Ellis Rafferty est un homme brisé. Brisé par des années de prison, durant lesquelles il a ruminé ses échecs et ses fautes, parmi lesquelles la mort de son épouse, Becky, pour laquelle il a été condamné. Néanmoins, Ellis connaît la vérité et l’identité réelle du tueur, et il compte bien profiter de sa liberté conditionnelle pour se faire justice. Ce que toutes les tragédies à travers les siècles nous ont appris, c’est qu’un homme qui n’a rien à perdre est toujours plus déterminé, et donc beaucoup plus dangereux.

Cependant, Zoey, la sœur de Becky, persuadée qu’Ellis est le coupable, attend sa sortie depuis longtemps pour lui régler son compte. La jeune femme vindicative va vite s’apercevoir que sa sœur fut victime d’une terrible conspiration, dont les ramifications insoupçonnées pourraient bien causer la destruction du monde.

Après sa tentative de vengeance, Zoey s’aperçoit bien malgré elle, qu’Ellis était bien sur la piste du tueur-ou plutôt des tueurs-depuis sa sortie. L’ex-détenu s’en prend violemment à une troupe de cochons…qui parlent !

De la confiture pour les cochons

Ellis explique bien vite à sa belle-sœur, que Becky a été tuée par des cochons démoniaques dont elle avait percé à jour la mascarade. Désireux de couvrir leurs traces, les perfides porcins l’ont taillée en pièce et fait porter le chapeau au mari. Depuis des millénaires, ces démons chassés de la voûte céleste sont piégés dans ces corps animaux, et une catastrophe après l’autre, préparent leur revanche sans rien ni personne pour les en empêcher. Après tout, qui soupçonnerait des cochons d’être en réalité des rejetons de l’Enfer ?

Ce qui suit va être un jeu de massacre (jusque dans un abattoir !) au cours duquel les deux protagonistes vont devoir pondérer leur désir de vengeance tout en se confrontant à une menace totalement improbable.

Violence animalière et humour noir sont les ingrédients principaux de ce cocktail détonant. Les cochons peuvent paraître incongrus en tant qu’antagonistes, mais il s’avère que d’autres esprits tordus les ont déjà utilisés auparavant (Razorback en 1984, ou plus récemment La Traque en 2010). Cependant, ces précédentes itérations se faisaient sous le sceau de l’épouvante et de l’horreur, tandis que Porchery adopte l’angle du second degré tout en assumant son côté série B.

Malgré quelques maladresses mineures (comme des méchants qui capturent nos héros, les suspendent par les pieds façon barbaque mais sans les désarmer au préalable), le tout reste bien écrit et inventif sur le long du récit. Chaque chapitre à l’élégance de terminer sur un joli cliffhanger qui, mine de rien, donne envie de connaître la suite.

Porchery est donc une lecture à conseiller pour qui souhaite voir des khaloufs démoniaques comploter pour prendre le contrôle du monde!

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Peaux-épaisses

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Histoire complète en 96 pages, adaptée du roman de Roman Genefort. Au scénario, Serge Le Tendre, Pasquale Frisenda au dessin. La parution est le fruit de la collaboration entre les éditions Critic et les Humanoïdes Associés, le 12/05/2021.

Tanneurs des étoiles

Depuis des décennies, Lark est un redoutable mercenaire, qui écume tous les théâtres de guerre de l’univers connu. Cependant, depuis quelques temps, Lark se ramollit, sa conscience le ronge et il culpabilise d’avoir participé à tous ces massacres. Le mercenaire éhonté repense aux siens, le clan Nomaral, qu’il a quitté il y a bien longtemps pour mener cette vie solitaire et sanguinaire.

Malgré son apparence normale, bien que burinée par la guerre, il se trouve que les origines de Lark sont bien particulières. Il fait partie des Peaux-épaisses, une engeance génétiquement modifiée dont les propriétés physiques, principalement la peau, leur permettent de survivre au vide spatial et aux conditions extrêmes qu’il induit.

Utilisés pour les travaux périlleux durant la conquête spatiale, les Peaux-épaisses ont fini par tomber en désuétude et sont devenus des sortes de trophées de collection pour riches désabusés, qui les ont traqués et massacrés pour se faire ensuite des combinaisons spatiales de leurs peaux.

Lark, quant à lui, s’est fait retirer son épiderme spécial et a quitté son clan, qui a ensuite disparu dans les limbes intergalactiques. Mais un message crypté lui parvient, bien des années plus tard, laissant penser que les Nomaral ont besoin de lui. Lark va donc rompre les rangs et se mettre à la recherche des siens, sans savoir que la mega-corporation Colexo est également sur leurs traces. Le reste de l’aventure sera donc une course-poursuite spatiale entre Lark et l’un des anciens camarades, le cruel Roko Greach, qui souhaite faire d’une pierre deux coups en se vengeant des Nomaral puis en revendant leurs peaux…

Quelle est la mesure d’un transhumain ?

Nous sommes ici en présence d’un space-opéra bâti sur des concepts familiers de la SF. En effet, la science-fiction, grâce aux avancées technologiques qu’elle propose dans ses œuvres, est le terrain idéal pour projeter des notions philosophiques et éthiques d’aujourd’hui. Ici, le transhumanisme et l’édition génétique servent de prétexte pour explorer le racisme et la cupidité humaine.

Ces thèmes font également écho dans des classiques tels que Blade Runner et ses Réplicants, I,Robot et ses androïdes, La Planète des Singes, X-men, Underworld, et bien d’autres exemples encore. Ici, les Peaux-épaisses finissent par s’émanciper du joug des humains qui les exploitaient, mais doivent ensuite se cacher afin de se soustraire à leur cruauté. Ils ont formé une culture singulière, qui n’est qu’effleurée dans l’album, et adopté un mode de vie reclus en adéquation avec leurs particularités.

Au fil de l’album, on trouve en parallèle du racisme le thème de l’acceptation de soi, puisque Lark est allé jusqu’à se mutiler dans le but de passer pour un humain, et en devenant mercenaire, il a troqué une servitude contre une autre, plus avilissante encore. Malheureusement, ces débats sont quelque peu sacrifiés au profit de l’action, l’intrigue étant davantage centrée sur la course-poursuite que sur le besoin interne de Lark de se reconnecter avec ce qu’il est.

En parlant d’intrigue, il est possible qu’elle ait souffert du travail d’adaptation, puisque, sans toutefois spoiler, les motivations véritables de la Colexo, qui sont révélées en fin d’album, entrent quelque peu en contradiction avec ce que l’on sait des Nomaral, notamment le fait qu’ils vivent reclus.

La partie graphique assurée par Pasquale Frisenda reste dans une veine classique de la BD SF, avec un fort gout de métal hurlant. Le tout est un album aux thématiques fascinantes, qui ne sont abordées que de façon superficielle au profit de l’action.

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L’Évadé de C.I.D. Island

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Récit complet en 125 pages écrit et dessiné par Ibrahim Moustafa. Parution française chez les Humanoïdes Associés le 07/04/2021.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Monte-Cristo à Alcatraz

Le jeune Redxan Samud n’avait pas tout pour réussir, mais la chance semble tout de même lui sourire. De basse extraction, il a du redoubler d’efforts pour faire ses preuves sur le navire marchand où il trime depuis des années.

Après un énième exploit qui attire sur lui l’attention de l’armateur, Redxan est désigné capitaine de son navire. Cette promotion inespérée, qui récompense des années d’efforts, va lui permettre de demander l’élue de son cœur, Meris, en mariage.

Ulcéré par cette ascension, Onaxis, un homme fourbe et cupide issu de la noblesse, fomente un complot contre Redxan afin de provoquer sa chute. Accusé de trahison envers le régime, Redxan est condamné lors d’une glaçante parodie de justice, puis jeté dans les geôles de C.I.D. Island, une prison impénétrable dans laquelle il rejoint nombre de prisonniers politiques. Clamer son innocence ne fait que précipiter sa disgrâce et durcir son châtiment, si bien que Redxan perd tout, son honneur, son avenir et la femme qu’il aimait.

Forcé de lutter pour sa survie lors de combats à mort, Redxan perd peu à peu espoir et sombre presque dans la folie. Un jour, il fait la rencontre d’Aseyr, un vieil homme enfermé depuis des décennies, avec lequel il va se lier d’amitié. A partir de là, Redxan va retrouver la volonté de vivre, puis préparer sa vengeance, contre ceux qui lui ont tout pris…

Un homme trahi en vaut deux

Nous sommes ici face à une adaptation du célèbre Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas. Un homme est trahi et perd tout, puis revient des années plus tard sous un nom d’emprunt pour accomplir sa vengeance.

L’auteur s’approprie bien sûr l’histoire à sa manière, notamment en utilisant un décorum SF, qui n’impacte toutefois pas l’intrigue de façon significative. Si la première partie reste fidèle au modèle, la suite prend néanmoins une tournure plus personnelle à l’auteur. En effet, sur fond de lutte des classes, le scénario va passer du cadre intimiste de la vengeance personnelle à celui plus large de la révolution.

Cette direction élude donc tout un pan des manœuvres originelles d’Edmond Dantes, qui dans l’œuvre de Dumas, éliminait un à un ses anciens persécuteurs avec patience et froideur. Dans C.I.D. Island, la duplicité du héros ne dure qu’un temps, puisque le tout bascule bien vite dans l’action pure et les affrontements frontaux, ce qui est finalement dommageable, bien qu’entendable dans le cadre d’une adaptation.

Le tout est traversé par un souffle épique, en grande partie grâce aux fabuleux graphismes d’Ibrahim Moustafa, qui fait mouche tant sur les personnages que sur les décors. Vaisseaux volants, robots de guerre et îles flottantes, duels au sabre, tous les ingrédients sont réunis pour constituer ce récit prenant et divertissant.

En bref, L’Évadé de C.I.D. Island est un récit d’action et de vengeance fort bien réalisé, ambitieux et cohérent dans son ensemble, même si l’on aurait aimé que la partie mascarade, qui fait tout le sel de l’œuvre originale, soit davantage mise à l’honneur.

*·***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Hard rescue #1/ Amen #1

La BD!

bsic journalismMerci aux Humanos et à Glénat pour leur confiance.

BD de Harry Bozino et Roberto Melli
Humanoïdes associés (2021), 56., 1 tome sur 2 paru. Adapté du roman d’Antoine Tracqui.

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Les Humanos se sont associés aux éditions Critic pour adapter des romans de SF de l’éditeur littéraire. Après les livres de Julia Verlanger, l’éditeur BD confirme son souhait de s’appuyer sur des créateurs et des matériaux solides plutôt que sur des créations originales. Je ne connais pas le livre Point zero à l’origine de cette BD mais sous la forme d’un blockbuster scientifique musclé aux dessins assez efficaces (et très bien colorisés) on suit une équipe de barbouzes embauchés pour une expédition en Antarctique visant à mettre la main sur une expérience enfouie sous la glace. Les canons sont respectés avec une gallérie de fortes têtes qui se jaugent à coups de clés de bras et de big-boss résolus aux motivations secrètes. La surprise n’est pas vraiment ce pour quoi on vient et comme dans tout gros film d’action hollywoodien on apprécie une réalisation carrée qui alterne fusillades et révélations choc. Graphiquement c’est donc solide avec de jolis encrages et peu de défauts techniques. On tiquera un peu sur les designs des armures SF aux justifications pas évidentes hormis pour faire plaisir aux auteurs et sur un héros un peu passif (passage obligé pour maintenir le suspens). On dira donc que ce premier tome fait le job sans ennui et on attendra la conclusion pour se prononcer sur la qualité intrinsèque d’un scénario pour l’instant pas vraiment révolutionnaire.

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BD de Georges Bess
Glénat-Comix Buro (2021), 62p., 1 tome sur 2 paru. Adapté du roman Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad.

Tout amateur de BD sait que Georges Bess, compagnon de route de Jodorowsky et amoureux de la culture indienne est un auteur important. Capable de tout dessiner, héritier de la génération Métal Hurlant, il nous avait offert un petit chef d’œuvre graphique et narratif avec son adaptation du Darcula de Bram Stoker. Aussi c’est très alléché que me survient ce diptyque adaptant le célébrissime et multi-adapté Heart of Darkness, roman de la toute fin du XIX° siècle qui a donné les mythiques Apocalypse Now et Aguire la colère de Dieu au cinéma. Qu’allait nous apporter cette variation SF? Tout d’abord Bess est déjà venu à la SF avec le délirant et très réussi Anibal Cinq aussi il n’est pas un débutant dans le genre. Pourtant, hormis quelques beaux design de vaisseaux ou de bâtiments, il se contente tout au long de ce long périple de très grossiers fusils et tronches de barbouzes, caricaturant la violence des mercenaires mais bien peu subtile dans ce qui n’est pas tout à fait une farce…

Ce voyage qui propose de suivre un jeune indien à la tête d’une troupe de l’Inquisition appuyée par des mercenaires issus des pires geôles de la galaxie regroupe les visions les plus éculées du fanatisme religieux, de la sf décadente et de la violence militaire. Très surprenant de la part d’un auteur aussi chevronné qui est tout à fait capable de créer ses propres scénarii malgré l’ombre du maître chilien sur sa carrière, cet album ne brille ni par un dessin un peu rapide (malgré des couleurs et un trait reconnaissable et toujours aussi agréable), ni par une intrigue franchement longuette et totalement linéaire faisant le choix étrange d’un flash-forward en introduction qui ne semble justifié par rien de ce que nous allons découvrir. Les dialogues voulus comme caricaturaux sont très lourdement appuyés et on a compris après une page la folie des soldats comme des religieux, qui nous font sourire quelques pages de plus avant de nous lasser franchement. Guère de surprises dans l’histoire lourdement soulignée et qui ne fait pas vraiment appel à l’intelligence des lecteurs… Laissons le bénéfice du doute à un second tome conclusif qui arrive pour cet été et qui, espérons-le redressera la barre mais pour ce volume introductif, l’auteur passe complètement à côté et finit presque par nous ennuyer sans les belles visions SF qui auraient pu faire patienter. A moins que vous ne soyez des fana de Bess il vaut sans doute mieux passer votre chemin…

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