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Avengers #3: La guerre des vampires

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Troisième tome de la série Marvel écrite par Jason Aaron et dessinée par David Marquez. Comprend les numéros 13 à 17, parution le 20/01/2021 chez Panini.

Bon sang ne saurait mentir

Retour des Avengers version Jason Aaron. Depuis leur reformation, les Avengers ont repoussé la dernière Armée des Célestes, combattu leur ancien allié Namor ainsi que leurs homologues russes, la Garde d’Hiver. Mais ce qui les attend cette fois va les plonger dans les coulisses ténébreuses de notre monde et révéler un microcosme qui préfère d’ordinaire demeurer caché. 

Les nations vampires qui prospèrent dans l’ombre sont en plein chaos. Partout sur Terre, les différents clans sont en ébullition et s’affrontent dans une guerre sans merci qui risque de mettre en danger bien des vies humaines. Parmi cette débâcle, le Colonel de l’Ombre fait son apparition, secondé par sa Légion des Morts, et cherche à retrouver le roi des vampires, le célèbre Dracula, afin de le détrôner et prendre sa place. 

Le vieux monarque, sentant le danger, sollicite refuge auprès de la Garde d’Hiver, de quoi attiser les tensions déjà existantes entre Avengers et héros russes ! Heureusement, les plus puissants héros de la Terre vont pouvoir compter sur l’aide d’un spécialiste, en la personne de Blade, le diurnambule, chasseur de vampires. Ce qui tombe plutôt bien sachant que le jeune Robbie Reyes, nouveau détenteur du pouvoir du Ghost Rider, est passé malgré lui à l’ennemi. 

Jason Aaron poursuit son run sur la série phare de Marvel, en creusant davantage certains de ses personnages fétiches, comme Ghost Rider, qui s’offre ici une virée en Enfer sensée l’éclairer davantage sur la nature de ses pouvoirs. Le paradigme de départ est assez intéressant, avec un Dracula prisonnier en mode Hannibal Lecter, sournois et sûr de lui, avant de subir un changement et placer le roi des vampires en position de victime de la cruauté de la Garde d’Hiver. 

Certains mystères s’épaississent, comme l’identité de la Veuve Rouge, et font anticiper de fracassantes révélations, dont on espère qu’elles seront à la hauteur de l’attente suscitée. L’action est bien présente dans cet arc court mais efficace, guidée par les dessins qualitatifs de David Marquez

Comme précédemment, on trouve également dans l’album une aparté consacrée aux Avengers préhistoriques, ici la première Iron Fist, Fan Fei. Un troisième album qui maintient la qualité de la série.

*·Nouveau !

Spider-Man: De père en fils

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Intégrale reprenant les cinq numéros de la mini-série Spider-Man: Bloodline, écrite par JJ et Henry Abrams, dessinée par Sara Pichelli. Parution en France chez Panini Comics, le 17 février 2021.

Appren-Tissage adolescent

Il y a douze ans, l’impensable s’est produit pour Spider-Man: vaincu et mutilé par Cadavérique, un nouvel adversaire qui lui en voulait personnellement, le héros a vu l’amour de sa vie, Mary Jane, périr des mains du monstre. Mortifié par le deuil, Peter s’est éloigné de son fils Ben, qui ignore tout du passé de son père et de la cause du décès de sa mère. 

Ne voyant qu’un père lâche et absent, Ben rumine son mal-être adolescent en rejetant l’image paternelle. Un jour, Ben se découvre de stupéfiantes facultés, similaires à celle du héros arachnéen d’autrefois. Ce sera l’occasion pour l’adolescent d’explorer ses origines et de faire face à son deuil, tout en apprenant le poids des responsabilités. Malheureusement, cette quête initiatique ne fera pas dans la quiétude, car Cadavérique est de retour, plus déterminé que jamais à obtenir ce qu’il désire. 

On ne présente plus JJ Abrams, devenu en quelques années une figure inévitable de la pop culture. Star Trek, Star Wars, Mission Impossible, mais également Cloverfield, le producteur/réalisateur/scénariste a étendu son répertoire jusqu’aux confins de la galaxie Pop, avec plus ou moins de succès. Titillé depuis quelques années par l’envie d’écrire pour la BD, Abrams donne suite à un appel du pied de plusieurs années d’un « senior editor » de chez Marvel pour entamer un récit hors-continuité sur Spider-Man, secondé par son fils Henry. 

Venant d’un auteur prolifique et fin connaisseur du genre, ce récit avait de quoi susciter les attentes les plus élevés en terme de qualité, d’autant plus que l’homme écrit avec son fils un récit évoquant les générations, ce qui promettait une alléchante mise en abyme pleine d’émotion. 

La scène d’ouverture du récit donne le ton en nous faisant assister à une cuisante défaite pour Spider-Man, aux prises avec un colossal homme-cyborg-zombie, qui l’attaque pour des raisons que nous ne connaissons pas encore. Mary Jane est prise entre deux feux, et meurt empalée par le monstre, sans raison apparente. Les funérailles qui suivent sont déchirantes, et permettent d’échanger le point de vue, en passant à celui de Ben, le fils de Peter et MJ. 

Douze ans plus tard, on découvre que Ben a grandi seul avec Tante May, Peter ayant décidé de partir travailler à l’étranger pour le Daily Bugle. Il hait son père pour l’avoir abandonné, et entre dans une phase de rébellion qui le mène à rencontrer Faye Ito. Viendront ensuite les pouvoirs et la découverte qu’en fera Ben avec les aléas prévisibles dans ces situations. 

Le reste du récit sombre ensuite dans la confusion, se concentrant sur une intrigue aux circonvolutions à la fois attendues et déconcertantes. Il y a dans ce De père en Fils un sentiment de dispersion et de futilité qui fait perdre le fil dès le second chapitre. Il est en effet assez difficile, à mon sens, d’écrire des personnages adolescents intéressants tout en évitant l’écueil de les aliéner au lecteur. 

C’est toutefois ce qui se produit ici, car Ben, bien que l’on puisse s’identifier à ses tourments au premier abord, perd vite de sa substance et ne donne alors plus qu’à voir angoisse existentielle et passivité mal employée. Rien n’est juste dans les deuxième et troisième actes, si ce n’est la quête de Ben pour secourir son père, mais même celle-ci est entrecoupée de dialogues maladroits, décousus, et de tartines d’exposition pivotale censées nous éclairer sur les motivations du méchant. 

Le méchant, justement, entre dans la catégorie des « monstres tragiques »  mais ne parvient à aucun moment à émouvoir ni à effrayer, ce qui le rend totalement oubliable. Pire encore, le mystère qu’apportaient les zones d’ombres sur ses motivations, laisse place à la confusion une fois révélées, ce qui tire encore davantage la mini-série vers le bas. Ne parlons même pas de la véritable antagoniste, sorte de boss de fin WTF, qui n’apporte pas grand-chose non plus.

La relation entre Ben et Peter a quelque chose de touchant, en revanche là encore, elle est parasitée par l’intrigue qui peine à tenir debout et un rythme décousu qui ne permet pas de s’attarder réellement dessus.

Le casting semble acceptable à première vue, mais les personnages sont sous-utilisés (Riri Williams) ou employés de façon si maladroite (Tony Stark, Peter Parker) que cela en devient gênant pour la lecture. La palme revient malheureusement à Faye, acolyte/love interest de Ben, qui a tout de la fameuse « Manic Pixie Dream Girl « déjà décrite dans des précédentes chroniques. Certes, elle décrit un intérêt pour les causes sociales qu’elle défend et offre un point de vue intéressant sur le célèbre leitmotiv de Spidey, mais son intérêt semble s’arrêter là, ce qui la réduit à un stéréotype, comme souvent dans des histoires pour les garçons écrites par des garçons, ou encore dans les fan fictions, ce dont relève finalement ce scénario. 

Ce qui ressort de ce fiasco est le terrible gâchis qui est fait des talents de Sara Pichelli, qui fait ici ce qu’elle peut pour rehausser le tout malgré le sabotage en règle des Abrams père et fils. Ce qui est d’autant plus irritant au vu du potentiel que pouvait avoir un comic book écrit par un scénariste et producteur de cinéma.

Spider-Man: De père en fils nous aide au moins à réaliser que talent et succès ne sont apparemment pas liés, en tout cas pas outre-Atlantique. 

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Spider-Man (Mavel Legacy): Le retour des Sinister Six

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Album de 160 pages comprenant les épisodes 234 à 240 de la série Spider-Man. Brian Michael Bendis au scénario, Oscar Bazaldua et Sara Pichelli au dessin. Parution le 04/09/2019 aux éditions Panini Comics.

Araignée Nouvelle

Crée par Brian M. Bendis en 2011 dans les pages de Ultimate Spider-Man, Miles Morales a rapidement gagné une grande popularité aux yeux des fans de l’Araignée, qu’il avait été crée pour remplacer.

Quelques années plus tard, en 2015, l’univers Ultimate dans lequel Miles évoluait en tant que Spider-Man fut détruit lors de Secret Wars, mais le jeune héros échappa miraculeusement à l’annihilation, et intégra l’univers 616, soit la continuité Marvel classique. Ainsi, Miles a pu prouver sa valeur auprès du Spider-Man original (les deux personnages s’étaient toutefois déjà croisés lors d’un crossover entre univers parallèles) et même remplacer son aîné en tant que protecteur de New York lorsque ce dernier embarqua pour des aventures plus globales.

En tant que Spider-Man, Miles a également intégré les Avengers, avec Miss Marvel, Nova, Vision, Iron Man et Captain America. Cette collaboration fut de courte durée puisqu’elle pris fin l’année suivante lors de la seconde Guerre Civile des super-héros. Miles, déçu par le comportement des héros séniors, va dans la foulée former, avec d’autres jeunes héros, les Champions, désireux de s’affranchir de la tutelle des adultes.

En parallèle, Miles doit s’adapter à ce nouvel univers, en menant du mieux qu’il peut la vie d’un adolescent new-yorkais. Ce quotidien au fragile équilibre sera perturbé lorsque Miles verra resurgir une figure de son passé récent.

Affaires de Famille

Car Miles n’est pas le seul transfuge de l’univers Ultimate. Lorsqu’il lui a épargné l’effacement à l’issue de Secret Wars, Molecule Man a aussi permis aux proches du jeune homme de subsister. Ce qui inclue Aaron Davis, son oncle, malfrat autrefois connu sous le nom du Rôdeur.

Revenu à la vie, Aaron compte bien profiter de cette nouvelle chance et prépare un coup audacieux avec une équipe de Sinisters nouvellement constituée. Sa route va bien sûr croiser celle de son neveu, ce qui promet un conflit de loyauté pour la petite Araignée.

Brian Bendis est ici aux commandes de l’un de ses personnages fétiches, dont il préside à la destinée depuis plusieurs années, et pour lequel il raccroche ici les gants. Nous sommes donc en droit d’attendre une aventure épique et émouvante, condensant tous les meilleurs aspects du personnage, à l’instar de la fin du run de Dan Slott sur Amazing Spider-Man.

Néanmoins, rien dans l’album ne laisse transparaître l’amour du scénariste pour son personnage. L’arc en lui-même est plutôt banal, le scénariste nous ayant habitué à mieux en terme d’action et de rebondissements. L’équipe de méchants, menée par l’oncle de Miles, n’a rien de très impressionnant, et sert même par moment de ressort comique, ce qui nuit clairement à la tension dramatique. L’aspect « film de casse » que l’on pourrait attendre du pitch est mis de coté ou tout simplement bâclé, ce qui rend finalement ces nouveaux Sinister Six regrettablement anecdotiques.

Bien évidemment, on retrouve les tics habituels de l’auteur, notamment les dialogues vifs et ciselés, presque tarantiniens, et une intervention finale à la limite du deus ex machina (c’était le cas dans sa mini-série Spider-Woman, mais aussi dans la mini-série Moon Knight et d’autres exemples du même genre). Cependant, ces petits artifices, qui peuvent agrémenter le récit, ne parviennent pas à faire monter la mayonnaise.

Tout ceci donne un goût d’inachevé à ce qui aurait du être une histoire poignante et haletante, mais qui contrevient finalement à la réputation de l’auteur et de son personnage.

****·Comics·East & West

Amazing Spider-Man (Marvel Legacy) #2: Fin de Ligne

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Second tome comprenant les épisodes 797 à 801 de la série Marvel Amazing Spider-Man, avec Dan Slott au scénario, Stuart Immonen, Humbertos Ramos, Giuseppe Camuncoli, Marcos Martin au dessin. Parution en octobre 2019 chez Panini Comics.

Les Toiles Montantes

Dans le précédent volume, nous étions témoins du creux de vague vécu par Spider-Man suite au désastre de la Conspiration des Clones. Plus de multinationale, plus de succès, Peter Parker était redevenu le loser arachnéen lambda luttant contre le crime les poches vides. 

Cependant, le propre d’un héros de la trempe de Spidey est de toujours se relever, même après avoir touché le fond. Et il ferait mieux, car ses ennemis de toujours n’attendent pas pour se remettre en scelle. En effet, alors que l’Araignée était occupé à déblayer les décombres de sa vie tout en continuant de veiller sur New York, Norman Osborn, dont la personnalité si exquise du Bouffon Vert avait été neutralisée, à continué à comploter pour prendre sa revanche sur son ennemi héréditaire. 

Ce bon vieux Norman est un personnage à l’historique complexe. Méchant emblématique de l’Araignée, l’un des seuls à connaître son secret, Osborn a toujours su frapper Peter là où ça fait le plus mal. En effet, son tableau de chasse n’est pas des moindres, puisque c’est lui qui jeta Gwen Stacy du haut d’un pont, affermissant sa réputation de psychopathe avec cet acte qui marqua tant Peter que le monde des comics dans son ensemble. Il y a quelques années, sous la houlette de Brian Michael Bendis, Norman Osborn avait su regagner sa popularité et était devenu « le premier flic d’Amérique« , régissant l’Initiative des super-héros et dirigeant même sa propre équipe d’Avengers

Après sa chute provoquée par sa tentative avortée d’envahir Asgard (Siège), Osborn avait été emprisonné quelques temps avant de revenir plus dangereux que jamais, cette fois à la tête d’un conglomérat de sociétés secrètes, l’Hydra, l’AIM et la Main. Nouvel échec pour l’ancien Bouffon, qui avait ensuite renoué avec son ancienne gloire faite de Planeurs et de Bombes Citrouilles. L’ami Normy a un nouveau plan pour se débarrasser de notre araignée favorite: le dangereux symbiote Carnage, qui a causé bien du soucis à bien des gens ces dernières années (se référer à Maximum Carnage, Carnage USA, la mini série Carnage de 2016 et plus récemment Absolute Carnage, qui se situe après les événements de ce tome). 

La fusion inédite de ces deux entités donne le Bouffon Rouge, plus meurtrier et plus instable que jamais. Le Bouffon Rouge va désormais y mettre du sien pour faire souffrir Peter, et va, on ne se refait pas, viser les êtres chers du héros. 

Araignée au pied du mur

Spider-Man en tant que personnage, noue très souvent des liens intimes avec les scénaristes de sa série, comme en témoigne le run de Bendis sur Ultimate Spider-Man, qui est ici au coude à coude avec Dan Slott en terme de longévité. Slott n’a jamais caché son amour inconditionnel du personnage, ce qui transparaît durant une quasi décennie marquée par les histoires les plus ambitieuses proposées au personnage depuis longtemps. 

Le numéro 800, qui compose le cœur de cet album, fait penser à plusieurs égards au numéro 700, déjà signé Slott, par le caractère survitaminé de l’action et la sensation d’urgence vécue par le Tisseur. Le scénariste convoque tous les items narratifs qu’il avait mis en place depuis son arrivée pour une impression de boucle bouclée des plus satisfaisantes. En effet, tout y passe pour les lecteurs de longue date, qui retrouveront une mention de nombreux événements liés au run de l’auteur. Le casting est donc assez large, mais chacun y a son utilité, ce qui rend l’affrontement final d’autant plus savoureux et la conclusion émouvante. 

Cerise sur le gâteau, ou devrais-je dire, Petite mouche juteuse au centre de la Toile, les artistes emblématiques ayant collaboré avec Slott depuis 2010 (voire avant pour certains), sont de retour, faisant de ce numéro 800 une sorte de madeleine arachnéenne pleine de nostalgie. 

Cette fin de ligne est le chant du signe d’un auteur méticuleux et amoureux de son personnage, dans laquelle on retrouve la quintessence de l’Araignée, à ne pas rater si vous aimez l’Araignée.

***·Comics·East & West

Amazing Spider-Man (Marvel Legacy) #1: La chute de Parker

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Salut amis tisseurs! On entame avec cette critique une série Spider-man qui prendra tout le reste de la semaine jusqu’à dimanche. Et on démarre avec Monsieur Immonen…

Premier tome du relaunch Marvel Legacy de Amazing Spider-Man. Comprend les épisodes 789 à 796 de la série. Parution en août 2019 aux éditions Panini.

L’Araignée de Wall Street

Peter Parker en a connu de dures durant ses années de justicier. Le plus récent de ses déboires était sa mort (!) des mains de son ennemi juré Dr Otto Octavius, génie du crime qui était parvenu à s’emparer du corps de l’homme araignée afin de vivre une seconde vie. Marqué par les souvenirs de Peter, Otto avait perçu son sens des responsabilités et s’était donné pour mission d’être un Spider-Man Supérieur, plus à même de protéger le monde. Entre hommage et égo trip, Octavius a été durant quelques années le nouveau Spider-Man, à sa façon, ce qui n’a pas été sans conséquences dans la vie de Peter, dont les proches ont parfois eu du mal à saisir la nouvelle personnalité.

Otto a donc passé avec aisance le doctorat en sciences qui manquait à Peter (ironie du sort, il sera plus tard accusé d’avoir plagié un certain…Otto Octavius!) et ne tarda pas à fonder Parker Industries, multinationale au succès fulgurant. Otto a en parallèle rendu une justice beaucoup plus expéditive, toutefois une série d’événements a finalement ramené Peter Parker dans son corps légitime.

Voici donc l’Araignee 100% pur jus qui reprend le cours de sa vie, une vie sensiblement différente de celle qu’il connaissait. Vient ensuite la Conspiration des Clones, à l’issue de laquelle Parker doit prendre une décision qui met à mal Parker Industries. De fauché à milliardaire, il n’y avait qu’un pas, ce qui est aussi vrai à l’inverse.

Notre gentil voisin l’araignée repart donc de zéro, enfin pas tout à fait, puisqu’il doit assumer les conséquences de ses actes, responsabilités obligent.

Nouveau-nouveau départ

Les comics sont par définition attachés au statu quo, ce qui leur est souvent reproché, surtout par les fans de longue date qui se lassent de voir revenir inévitablement  les mêmes trames et les mêmes items autour du même héros. Spider-Man notamment, a souffert plusieurs fois de ces remaniements, qui annihilent de façon aussi péremptoire que cynique toute évolution que les auteurs se sont échinés à mettre en place.

A titre d’exemple, on peut (et l’on doit) citer le tristement célèbre One More Day/Brand New Day, qui avait typiquement ramené Spider-Man des années en arrière en effaçant sans vergogne tout un pan de la vie adulte de Peter. Effacé, littéralement.

Dan Slott, fan inconditionnel de l’Araignée, écrit la série depuis lors, et a mis dans son écriture tout son amour du personnage, n’hésitant pas à bouleverser en profondeur le statu quo du héros à plusieurs reprises (Spider man supérieur, et tout ce qui s’en suit).

Ici, l’on pourrait croire que Slott cède aux sirènes du remaniement mais ici, point de retcon ou de magie mais un revers de médaille. Certes, Parker redevient l’adulescent fauché et poissard qu’il fut des années durant, il n’en conserve pas moins son expérience et les amères leçons de ses récentes mésaventures.

Le relaunch est censé représenter un point d’entrée idoine pour les nouveaux lecteurs, qui doivent pouvoir raccrocher facilement les wagons et suivre la série sur le long court. Dans ce tome cependant, se trouvent beaucoup de références aux événements passés (ça remonte même à One More Day!) un novice devra donc faire quelques recherches sur le Marvel Wiki pour se mettre à jour. Rien de grave, la série à ce stade demeure abordable pour les novices. Les sous-intrigues soap propres au Tisseur sont toujours présentes, l’action est très bien servie par un Stuart Immonen en pleine forme.

Lecteurs novices ou expérimentés, ce tome tient ses promesses pour les fans du personnage.

***·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

House of X/ Powers of X

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Comic de Jonathan Hickman, Pepe Larraz et RB Silva.
Panini (2020). 228 p., série finie en quatre volumes, environ 80p./volume

La double série croisée House of X (dessinée par Larraz) et Powers of X (dessinée par Silva) est publiée en croisant les volumes dans un ordre irrégulier, agrémenté de nombreux graphiques et documents de background, assez indispensables pour raccrocher les wagons d’une narration chronologiquement volontairement chaotique.

couv_395737Après des décennies à combattre ses semblables en tentant de faire cohabiter l’homo sapiens et les mutants, le professeur Xavier a eu un rêve. Abandonnant sa naïveté sans pour autant admettre la violence de son amis Magneto, il rassemble le peuple mutant en une Nation reconnue par les gouvernements humains, située sur l’Ile de Krakoa. Ceci n’est que l’aboutissement d’une odyssée dans le temps et l’espace. Ceci n’est que le commencement…

MYSTERY COMICS: HOUSE OF X #3, de Jonathan Hickman et Pepe LarrazParmi la foultitude de groupes de héros Marvel les X-men ont toujours eu mes faveurs ce qui a peut-être facilité mon entrée dans les différents events des mutants. Ma lecture assez enthousiaste des All-new Xmen il y a quelques temps m’avait redonné envie de me tenter occasionnellement une série et ce relaunch annoncé comme historique et fort bien critiqué par les chroniqueurs m’a convaincu de tenter le coup, sur une série sommes toutes assez courte et jouissant d’une homogénéité graphique très proche du style Immonen.

Si je reconnais la qualité du travail du scénariste sur cette série je commencerais par dire que la pub faite par Marvel/Panini et reprise en chœur par mes confrères est clairement forcée et s’adresse avant tout aux habitués, à jour dans les séries X-men et sa complexissime chronologie. Hickman leur propose d’ailleurs une construction narrative fort ardue qui demande une grosse concentration. Si l’artifice peut avoir son attrait, il s’apparente au final à un gadget qui permet d’ailleurs assez facilement de relire la série à l’envers. Si l’idée (notamment au travers de l’histoire d’amour entre Xavier et Moira Mac Taggert) est très proche de Malgré tout, elle apparaît beaucoup plus artificielle et dispensable. L’auteur a d’ailleurs intégré de nombreux diagrammes et textes fort bien insérés au milieu des séquences graphiques. Cela réduit d’autant la pagination de BD à proprement parler et on peut s’interroger sur la nécessité d’expliquer dans des textes quelque chose qu’un scénario aurait été à même de développer. Pour autant la structure visant à sidérer le lecteur par des planches balancées sans contexte pour juste derrière préciser ce contexte est maline et donne le sentiment d’une BD sophistiquée.

House of X and Powers of X and Hickman - Imaginary WarsSi l’on regarde au global le récit est en fait très simple et linéaire, trop sans doute pour le laisser sous cette forme (d’où le croisement des trames proposé par Hickman). Ce qui est donc annoncé comme un event majeur est en fait une commande de relaunch qui refuse de lâcher la bride car il n’est là que pour lancer Dawn of X et X of Sword, les crossovers qui en découlent. Les spécialistes des X-men apprécieront peut-être mieux que moi la portée de HoX/PoX, pour les lecteurs occasionnels on a le sentiment, une fois finie la lecture, de juste débuter l’histoire. Frustrant.

HoX/PoX n’est pas pour autant mauvais, ne serait-ce que par des planches vraiment superbes et d’une harmonie impressionnante qui fait douter de changer de dessinateur entre les deux séries. House of X est de loin la plus intéressante car elle reste centrée sur des personnages que l’on a envie de suivre en se centrant sur la création de cette Nation mutante. Outre la très perturbante structure sur quatre temporalité dans Powers of X (de maintenant à +1000 ans), le saut permanent de période et de personnages qui n’ont pas toujours les mêmes noms/apparence empêche le lecteur de s’impliquer émotionnellement et MYSTERY COMICS: POWERS OF X #1, de Jonathan Hickman et R.B. Silvaaccentue l’hermétisme de l’univers. On a tout de même plusieurs très fortes séquences, notamment le second volume de HoX et les révélations vertigineuses sur Moira, ou les percées SF très profondes de PoX sur le post-humanisme et des hypothèses astrophysiques là aussi très puissantes. En extrapolant des réflexions sur l’avenir de machines biologiques, d’une utilisation génétique proche du processus informatique  et du classique thème des IA, la série ouvre il est vrai des portes assez fascinantes…

Très bien dessiné, d’une sophistication qui en laissera plus d’un sur le carreau, House of X/Powers of X est un projet de commande aussi ambitieux qu’industriel. En apportant des concepts motivants, il propose un roller-coaster temporel qui peut plaire mais s’adressera avant tout aux habitués de l’univers mutant et ceux qui envisagent sérieusement de continuer l’aventure sur les publications suivantes.  Pour les autres il vaudra mieux se reporter sur des publications plus anciennes et plus accessibles.

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Thor: la mort de la puissante Thor

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Recueil de la série Mighty Thor, écrite par Jason Aaron et dessinée par Russel Dauterman. Contient les numéros 700 à 706, parution en France chez Panini Comics le 10/07/2019.

Les rumeurs sur ma mort n’étaient…pas si exagérées.

Depuis des millénaires, le nom de Thor rime avec guerres, batailles, gloire et tonnerre. De ses exploits antiques à ses faits d’armes modernes, le dieu du tonnerre a tissé sa légende à travers les siècles, secondé par Mjolnir, son fidèle marteau d’Uru.

Confronté à Gorr, le massacreur de dieux, Thor a fini par admettre une vérité, qui lui fut révélée durant le chant du cygne de Nick Fury (saga Original Sin): Gorr avait raison, les dieux sont indignes de l’honneur et de la vénération qui leur sont faits par les mortels. Ce choc à suffi à rendre le fils d’Odin indigne de brandir son marteau, qu’il laissa planté sur le sol lunaire, signe ostensible de sa disgrâce.

La nature ayant proverbialement horreur du vide, le marteau ne tarda pas à trouver un nouveau maître, en la personne de Jane Foster. C’est donc l’ancienne amante du fils d’Odin qui devint la nouvelle déesse du tonnerre, recevant par le biais de l’enchantement divin les pouvoirs asgardiens.

Malgré la rage d’Odin, Jane reprit le rôle et le nom de Thor de façon flamboyante, se révélant cent fois à la hauteur du défi. Mais le pouvoir et l’héroïsme ont un prix élevé, et Jane ne tarde pas à en faire les frais. Souffrant d’un cancer sous sa forme humaine, chaque transformation annule les bénéfices des traitements qu’elle subit, affaiblissant progressivement et dangereusement sa santé.

Confrontée aux plus terribles adversaires d’Asgard, Jane sera face à un dilemme : poursuivre son combat contre le cancer, ou brandir le marteau une dernière fois.

A Thor et à travers

Alors que les neufs royaumes sombrent peu à peu dans la guerre et les ténèbres par l’action malveillante de Malekith le Maudit, le terrible Mangog refait surface. Créature bestiale et gigantesque personnifiant le plus grand crime d’Odin, Mangog ne vit que pour un seul but: à l’instar de Gorr, sa rage envers les dieux le pousse à tous les massacrer.

Après des années passées à forger le destin du dieu du tonnerre, après l’avoir fait choir de son piédestal, après nous avoir introduit et fait aimer cette nouvelle Thor, Jason Aaron s’ingénie à nous offrir une épopée digne de son héroïne. On peut dire que les enjeux sont de taille, tant sur le plan externe (la force de Mangog, qui est sans égale) qu’interne (Thor, tout comme Odinson avant elle, affronte un être dont la rage contre les dieux est largement justifiée, ce qui la confronte aux valeurs qu’elle défend en tant que déesse). Le tout est sous-tendu par le thème fétiche d’Aaron, le rapport à la divinité.

L’intrigue est donc simple, mais solide, et nous offre un final émouvant pour des personnages attachants, dotés d’arcs narratifs construits avec élégance et cohérence. Tous les personnages crées ou remis au gout du jour par Aaron sont présents (Thor le Guerrier, Odinson l’indigne, Odin, le Roi Thor…), ce qui donne à l’ensemble une agréable sensation de boucle bouclée.

Coté graphique, notons que le numéro 700 qui ouvre l’album accueille de nombreux artistes, parmi lesquels Daniel Acuna et James Harren. Russel Dauterman livre quant à lui de très belles planches à la hauteur du défi représenté par la conclusion de cette Thor féroce et déterminée.

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Avengers #2: Tour du monde

Deuxième tome de la série écrite par Jason Aaron, et dessinée par David Marquez et Ed McGuiness, dont un épisode dessiné par Sara Pichelli. L’album comprend les épisodes 7 à 12, parution le 21/10/2020 aux éditions Panini

Lames de fond

Après leur combat cataclysmique contre les Célestes, les Avengers reprennent leur souffle alors que retombent les poussières cosmiques de leur affrontement. 
Suite à cette crise sans précédent, un nouveau groupe d’Avengers s’est formé: le trio de tête composé de Captain America, Iron Man et Thor, suivi de près par des piliers du groupe tels que Black Panther, Doctor Strange, Captain Marvel et Miss Hulk, et un petit nouveau en la personne du tout récent Ghost Rider, Robbie Reyes. 

A peine installés dans leur nouveau QG, qui n’est rien de moins que la carcasse éternelle du tout premier Céleste ayant foulé le sol terrestre, les Avengers s’organisent pour mieux protéger le monde en évitant si possible de reproduire les erreurs du passé. Mais sauver le monde est une tâche ingrate, et les Avengers ne tarderont pas à le découvrir lorsqu’un ancien allié va faire surface, littéralement. 


Namor, souverain du royaume d’Atlantis et ancien avenger, refait parler de lui avec grand fracas. Connu pour son caractère ombrageux peu prompt aux concessions, le Sub-Mariner ne supporte plus les dégâts causés aux océans par les hommes de la surface, et entend bien leur en interdire l’accès, quitte à faire quelques victimes au passage. Pour cela, il a réuni son propre groupe de surhumains aquatiques, s’opposant directement aux Avengers. 

Namor est un personnage ambigu aux allégeances changeantes. D’abord vu comme un antagoniste, il finira par rejoindre les héros qu’il aura tenté de détruire, avant qu’il ne soit révélé qu’il combattait déjà les nazis aux cotés de Captain America au sein des Envahisseurs. Plus récemment, Namor avait cédé à l’influence du Phoenix lors de son arrivé sur Terre (Avengers vs X-men) et utilisé son pouvoir pour noyer le Wakanda sous un tsunami, ce qui lui a valu la haine inextinguible de Black Panther, qu’il retrouve dans cet album en sa qualité de président du groupe. 

L’affrontement écologique prend donc ici une tournure toute personnelle, sachant que les héros ne seront pas dans leur élément, c’est le moins que l’on puisse dire. 

Avengers, passés et présents

Après un démarrage aux enjeux dantesques, Jason Aaron poursuit sa saga vengeresse en revoyant l’échelle cosmique à la baisse pour un arc plus terre à terre. Il n’en oublie toutefois pas de glisser des petits implants çà et là, pour bien rappeler au lecteur que quelque chose de grand se prépare. 

L’album s’ouvre avec un flash-back explorant le concept-phare du scénariste, à savoir les Avengers Préhistoriques. Peu utile pour la compréhension de l’ensemble, ce flash-back aura au moins le mérite d’éclaircir un tant soit peu les origines de ces héros précurseurs. Aussi fun soit ce concept d’Avengers préhistoriques, le seul bémol qui demeure après lecture est le côté parfois trop invraisemblable qui s’en dégage. Certes, tout fan de comics est plus que largement habitué à suspendre son incrédulité, il n’en reste pas moins que certains éléments auraient pu être mieux amenés (je pense à certains détails de temporalité, ou au langage qui est vu comme un don qui aurait émergé soudainement chez une certaine catégorie d’individus, sans plus de détails). 

Le cœur de l’album, à savoir la bataille contre Namor, remet immédiatement les choses à leur pas de course et nous amène une myriade de nouveaux personnages, dont la Winter Guard, héros russes souvent rivaux des Avengers, et se paye même le luxe d’introduire (de nouveau) l’Escadron Suprême, ce qui promet son lot de batailles épiques. 

Jason Aaron n’en a toutefois pas que pour l’action et prend du temps pour développer certaines intrigues interpersonnelles, comme le duo Miss Hulk/Odinson, Stark/Danvers, et nous surprend même avec un duo Ghost Rider/Odin ! 

L’introduction de Blade en guise de cliffhanger nous laisse entrevoir un troisième volume axé sur le surnaturel. La suite bientôt !

***·Comics·East & West

Venom vs Toxine: la nuit des tueurs de symbiotes

Recueil de 112 pages de la série Venom, écrite pour Marvel Comics par Cullen Bunn et dessinée par Declan Shalvey. Contient les épisodes 31 à 35 de la série, parution en France chez Panini Comics le 02-01-2019 dans sa collection Marvel Dark

Jamais sans mon hôte

Les fans du spider-verse le savent bien, l’histoire de Venom est pleine de circonvolutions et de coups de théâtres en tous genres, mais elle finit toujours par revenir à ses fondamentaux: la relation particulière qui unit l’entité extra-terrestre à son hôte le plus fameux, Eddie Brock

Ramené sur Terre par Peter Parker à l’issue des premières guerres secrètes, l’être symbiotique Venom, rejeté par son hôte arachnéen, a fini par se lier à Eddie Brock, ancien reporter amer et revanchard ayant une dent contre le Tisseur. De cette terrible union est née l’un des adversaires les plus coriaces de Spider-Man, qui n’aura de cesse de le pourchasser tout en clamant être lui-même le « protecteur létal » des rues new-yorkaises. Doté d’un sens de l’honneur qui lui est propre, le duo infernal a traversé bien des épreuves, jusqu’à ce que le symbiote décide de quitter son hôte malade pour se trouver une nouvelle marionnette humaine. 

Laissant Brock lutter seul contre son cancer, Venom a choisi de se lier à Mc Gargan, autre adversaire du Tisseur précédemment connu comme étant le Scorpion. Enrôlé parmi les Sinistres Douze puis les Thunderbolts, le duo Gargan/Venom durera quelques années, jusqu’à une nouvelles séparation. Sous contrôle gouvernemental, le symbiote sera confié à nul autre que Eugene Flash Thompson, ancien camarade de classe de Peter Parker et vétéran de guerre… 

Entre temps, Brock, lui aura touché le fond avant de remonter la pente. Devenu l’Anti-Venom (je vous passe les détails de cette transformation), puis le nouveau Toxin, Brock s’est lancé dans une croisade visant à débarrasser le monde des parasites extra-terrestres, ce qui inclue son ancien partenaire Venom. Qui que soit le nouvel hôte, aussi bon soit-il, Brock l’a décidé: Venom doit mourir ! 

Bienvenue à Philadelphie

Flash, après quelques aventures mouvementées qui lui ont montré les limites du contrôle qu’il pensait exercer sur le symbiote, décide de prendre un nouveau départ en s’installant à Philadelphie, ville apparemment sans super-héros. Alors qu’il peine à s’acclimater à sa nouvelle vie, Flash/Venom va devoir faire face à la fois à une nouvelle créature hostile, et à un ennemi déjà connu, Brock. Comment notre héros va-t-il s’en sortir face à ces menaces conjuguées ?

Débutée en 2011, la série Venom a été étonnamment bien menée. Centrée sur un duo improbable (qui aurait imaginé Flash Thompson, le bully qui martyrisait Peter Parker, en super-héros ?), elle a su mettre en lumière ces seconds couteaux en exploitant de façon opportune le lore finalement assez méconnu des symbiotes.

La rédemption de Flash est donc plutôt crédible, de brute à soldat pour finir en vétéran mutilé. Un héros sympathique, des pouvoirs difficiles à contrôler, il n’en faut pas beaucoup plus pour provoquer l’adhésion du lecteur. L’idée de l’opposer à Brock/Toxin est plutôt inspirée, Brock étant l’illustre partenaire du symbiote, et Toxin, sa progéniture. L’effet miroir fonctionne donc ici à plein, notamment grâce aux interactions entre les deux hôtes.

Les scènes d’action sont un réel plaisir, même si l’antagoniste extra-terrestre reste assez anecdotique. Les amateurs du personnage apprécieront ce numéro, qui pave la route au grand retour des symbiotes dans Venomverse et Absolute Carnage.

***·Comics·Nouveau !

Daredevil #1: Connaître la peur

Premier tome de 120 pages de la nouvelle série Daredevil, scénarisée par Chip Zdarsky et dessinée par Marco Checchetto. Ce volume contient les cinq premiers numéros de la série publiée outre-Atlantique chez Marvel, parution en France le 24/06/2020 chez Panini Comics.

Retour difficile

Depuis bien des années maintenant, le justicier Daredevil arpente les rues de Hell’s Kitchen, en quête d’une justice brutale et dispensée de façon expéditive. Sous le masque de l’Homme Sans Peur, se cache pourtant l’avocat non-voyant Matt Murdock, un homme pieu et idéaliste, qui a néanmoins pris le parti de défendre les victimes le jour pour mieux punir ensuite les coupables à la faveur de la nuit, utilisant ses sens surdéveloppés et son entrainement au combat.

Durant sa longue croisade contre le crime, Daredevil a vu sa vie et celles de ses proches remises en question à de multiples reprises. Les pertes ont été lourdes, handicapantes, mais Matt ne s’est que rarement laissé paralyser par le deuil et à continué à œuvrer en marge du système, dans ce qu’il croyait être l’intérêt de tous.

Malheureusement, malgré une volonté à toute épreuve, l’inexorable finit par se produire. Après une énième blessure, celle-ci plus grave que les autres, Matt a du raccrocher les gants, pour se laisser le temps de guérir. Une fois remis sur pied, l’avocat justicier n’a plus qu’une idée en tête: reprendre son combat, pour se prouver qu’il peut encore le faire, qu’il est encore à la hauteur de son sacerdoce.

Le Diable de Hell’s Kitchen sera toutefois rapidement rattrapé par la réalité, et par l’éventualité qu’il n’a peut-être plus ce qu’il faut pour un nouveau round.

Lâcher la rampe

Depuis qu’il est passé sous le rouleau-compresseur de Frank Miller, Daredevil est un personnage marqué par les épreuves. Tous les auteurs qui se sont succédés depuis Miller, notamment Brian Michael Bendis et Mark Waid, ont imposé à l’avocat justicier leur lot de tragédies, de deuil et de descente aux enfers.

Une chose est sûre, c’est que même si la vie lui en fait baver, Matt Murdock finit toujours par se relever. Machinations du Caïd, meurtre de sa (ses) bien-aimée(s), possession démoniaque, rien, jusqu’ici, n’avait fait flancher Tête-à-cornes suffisamment pour lui faire abandonner sa croisade.

Et si, à force, Murdock se lançait dans le combat de trop, comme son père, Battlin’ Jack Murdock, avant lui ? Et s’il y avait des limites à ce qu’un homme peut, et doit, endurer ? C’est sur ce chemin que nous emmène Chip Zdarsky, en nous montrant un héros déterminé mais convalescent, victime du décalage entre ce que son cœur lui impose de faire et ce que son corps lui permet. Le scénariste va même un peu plus loin, puisqu’il confronte le héros à sa plus grande peur, celle de devenir un meurtrier, lui qui navigue toujours à la lisière, qui pousse la violence toujours plus loin pour garder l’avantage.

Ces thématiques fort intéressantes font écho à la série Netflix, notamment à la saison 3 durant laquelle Matt n’est plus au faîte de son habileté suite à de graves blessures. A l’instar du Netflixverse, le comics se paye des guest-stars en la personne du Punisher, reflet déformé de notre héros, Luke Cage, Iron Fist et Jessica Jones, ses compagnons d’armes qui l’ont toujours épaulé, mais qui cette fois vont se donner pour mission de le raisonner.

La partie graphique assurée par Checchetto est impeccable. L’artiste avait déjà officié sur le personnage et montre qu’il n’a rien perdu de sa maîtrise, que ce soit en terme de poses, scènes d’action ou cadrages.

Un nouveau départ qui sonne pourtant comme une fin, à lire pour les amoureux du personnage !