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Devil’s Reign #1 et #2

Premier et second volumes de la mini-série écrite par Chip Zdarsky. Le premier contient les épisodes US: Devil’s Reign (2022) #1-3, Devil’s Reign : Superior Four (2022) #1, Devil’s Reign : Villains For Hire (2022) #1, Daredevil : Woman Without Fear (2022) #1, Devil’s Reign : X-Men (2022) #1.

Le second contient  les épisodes US: Devil’s Reign (2022) #4, Devil’s Reign : Superior Four (2022) #2, Devil’s Reign : Villains For Hire (2022) #2, Daredevil : Woman Without Fear (2022) #2, Devil’s Reign : Winter Soldier (2022) #1, Devil’s Reign : Spider-Man (2022) #1, Devil’s Reign : Moon Knight (2022) #1. Parution le 07/09/22 et le 05/10/22 chez Panini Comics.

Here it goes again

Dans l’univers Marvel, les super-héros ne sont pas toujours bien perçus, et ce malgré leur dévouement et leur abnégation. Car voyez-vous, ils ont aussi une fâcheuse tendance à provoquer des dégâts, et, allez savoir, ramènent aussi sans doute le commun des mortels à leur condition et à leur impuissance.

En 2006, il y a seize ans pour nous mais un peu moins au sein de l’univers 616, un incident grave impliquant de jeunes super-héros avait conduit les autorités à promulguer la Loi de Recensement, qui obligeait les super-héros en activité à dévoiler leur identité et à travailler pour le SHIELD, ce qui impliquait un contrôle hiérarchique, une formation et une sanction de leurs actes. Ulcéré par cette atteinte aux libertés fondamentales, Captain America s’opposa vivement à cette Loi, entrant de facto dans la clandestinité avec tous ses partisans. De l’autre côté, Iron Man, plus pragmatique, considéra que le compromis était raisonnable et opta pour la coopération. Cette divergence de point de vue engendra la célèbre CIVIL WAR, la guerre civile des super-héros, qui eu des conséquences et des ramifications durables, faisant entrer une frange non négligeable de héros dans la clandestinité durant plusieurs années.

Ce schisme ébranla le rampart formé par les héros et ouvrit la voie à l’Invasion Secrète des Skrulls (Secret Invasion), puis au règne sombre (Dark Reign) de Norman Osborn, lorsque ce dernier, profitant d’une vague favorable de publicité, fit croire à sa rédemption et devint le nouveau directeur du SHIELD, permettant aux criminels de tout bord de prospérer. Pourquoi vous raconter tout ça ? Parce que Devil’s Reign reprend quasiment au mot le pitch de Civil War, qu’il l’assaisonne avec du Dark Reign, pour nous resservir la recette en trois volumes.

Petit récapitulatif: Après quelques années passées sous l’égide de l’irascible Jonah Jameson, la mairie de New York passe aux mains de Wilson Fisk. Ce dernier, connu pour être l’empereur du crime connu sous le nom du Caïd, est parvenu, avec habileté, à laver sa réputation lors d’une invasion d’Hydra (voir Secret Empire) pour se hisser vers le fauteuil du Maire. Le Caïd a longtemps lutté sans merci contre Matt Murdock, alias Daredevil, ces derniers se rendant coup pour coup dans un déluge sans fin de violence et de vengeance. Devenu Procureur, Murdock a poursuivi sa lutte contre son ennemi juré, qui depuis quelques années détient jalousement le secret de sa double identité.

Pour garder un coup d’avance, Fisk a réuni des preuves, des pièces à conviction, non seulement sur Daredevil, mais aussi sur d’autres héros susceptibles d’entraver ses projets. Mais lors de son petit check-up mensuel dans son coffre-fort, Fisk s’aperçoit que le dossier a disparu. Et ce n’est pas tout, il est désormais incapable de se rappeler du véritable nom de Daredevil, ni de faire le lien avec Matt Murdock. Fou de rage d’avoir été ainsi berné, l’ancien Caïd décide de prendre les choses en main et fait promulguer une loi interdisant les super-héros, et par extension toute personne détentrice de pouvoirs surhumains dans l’enceinte de la ville.

Cette initiative force les héros urbains à se regrouper: Luke Cage et Jessica Jones reprennent du service, avec leur ami Iron Fist, Spider-Man bien entendu, mais également des francs-tireurs tels que Moon Knight ou le Punisher, personne ne sera épargné. Pour couronner le tout, Fisk enrôle des criminels notoires en les amnistiant, pour former les Thunderbolts, une milice chargée de traquer les contrevenants.

Il y a des lectures qui vous font sentir le poids des années. Il y a des lectures qui vous font réaliser que les comics et leurs histoires, c’est avant tout une machine à mouvement perpétuel, qui tend à reproduire des cycles, comme l’Histoire avec un grand H. Et enfin, il y a des lectures qui vous font réaliser que vous lisez depuis assez longtemps pour voir les cycles narratifs se suivre et se répéter.

Chip Zdarsky combine donc des éléments déjà vus dans d’autres séries et sagas, sans que l’intention réelle derrière cette resucée ne soit très claire: remettre les thématiques au gout du jour ? Se les approprier ? Est-ce plutôt une commande de Marvel qui souhaite réinterpréter ses classiques ? Allez savoir. Il n’en demeure pas moins que tout dans Devil’s Reign a déjà été vu ou revu:

  • Un méchant qui se rachète une bonne réputation et se hisse au sommet ? Norman Osborn l’a déjà fait lors de Dark Reign, avec des effets plus pernicieux et à une échelle sensiblement plus grande.
  • Une loi qui empêche les super d’être des héros ? Plus ou moins la même chose dans Civil War, avec néanmoins plus de nuance quant aux implications politico-sociétales. Là où Civil War donnait à chaque camp des arguments entendables sur la façon de réagir à la Loi de Recensement, Devil’s Reign ne s’embarrasse pas d’une telle réflexion et admet sans embage le caractère inique de l’initiative de Fisk.
  • Des méchants utilisés pour traquer les super-héros rebelles ? Là aussi, les Thunderbolts sont un copier-coller, avec US Agent pour les encadrer, ce qu’il faisait déjà en 2011.
  • Le Caïd qui tient un dossier sur Daredevil et d’autres super-héros ? L’idée fait exactement écho au Rapport Murdock , à l’époque où Brian Bendis écrivait la série.
  • Bon sang, même le concept d’utiliser l’Homme Pourpre pour contrôler en masse les populations a déjà été utilisée !

Néanmoins, on peut accorder à Devil’s Reign un élément de sa prémisse qui soit original, ou du moins peu courant, à savoir la bataille électorale dans laquelle se lancent nos héros pour espérer battre Fisk sur son propre terrain. Après Jameson et Fisk, l’idée de voir un super-héros à la tête de New York serait, avouons-le, plutôt cool.

A côté de ça, on ne peut pas ignorer certains défauts éditoriaux, qui prennent leur source chez Marvel, mais qui sont confirmés par Panini: l’histoire principale, qui est magnifiquement dessinée et qui tient globalement la route malgré les redites précitées, est littéralement parasitée par une floppée de tie-ins, des épisodes annexes se déroulant en parallèle de l’intrigue dominante. Ces épisodes se concentrent sur Elektra, qui soit dit en passant est devenue la nouvelle Daredevil, ainsi que sur les Thunderbolts, et l’on trouve aussi des épisodes mettant en scène Moon Knight, le Soldat de l’Hiver, et le Docteur Octopus cherchant à assimiler ses doubles à travers le Multivers.

Oui, vous avez bien lu, une partie non négligeable de ces deux premiers volumes n’a rien à voir avec le sujet. D’une qualité qui va du franchement médiocre au tout à fait passable, ces tie-ins, qui se paient en plus le luxe de ne pas être disposés dans le bon ordre chronologique, auraient pu disparaître sans que l’ensemble n’en soit affecté, bien au contraire. L’histoire principale, qui va à l’essentiel, aurait gagnée à être publiée seule.

Le bilan de ces deux premiers tomes est donc plus que mitigé, notamment du fait des égarements éditoriaux de Panini, ce qui est d’autant plus dommage que la série principale, bien que pompant allègrement dans les classiques, présente tout de même certaines qualités.

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X-Men: Inferno

Mini-série en quatre épisodes, avec Jonathan Hickman au scénario, et Valerio Schiti, Stefano Caselli, Silva R.B. au dessin. Parution en France chez Panini Comics le 05/10/2022.

La Fin des X-Temps

Depuis 2019, le scénariste Jonathan Hickman a modifié radicalement le paradigme des mutants, les plaçant sur la voie de la grandeur, mais aussi en intensifiant les forces antagonistes susceptibles de provoquer leur fin. Dans House of X, Charles Xavier et Magnéto fondent la nation mutante de Krakoa, sur l’île vivante du même nom. Protégé par ce nouveau foyer, le genre mutant peut s’affranchir des normes humaines et de l’oppression, et va même jusqu’à dompter la Mort grâce aux protocoles de résurrection.

En parallèle, le projet Orchis, réunissant les esprits humains les plus brillants, travaille à la création de la Sentinelle suprême, Nimrod, dont les X-Men essayaient déjà d’empêcher l’émergence dans les années 80. Dans House of X, les mutants tentaient déjà le tout pour le tout afin de mettre hors-ligne le Moule Matrice qui lui donnerait naissance, octroyant à leur engeance un bref sursis.

Ce que la plupart des mutants ignore, c’est que l’idée de Krakoa est due à une mutante particulière, qui a œuvré seule à l’insu de tous et dans de nombreuses réalités, de façon si secrète que tous ignoraient sa nature de mutante. En effet, Moira MacTaggart, bien connue des lecteurs de longue date, s’avère être une mutante, ayant le pouvoir de se réincarner dans une nouvelle ligne temporelle à chaque fois qu’elle meurt, en conservant tous ses souvenirs. C’est elle qui, explorant les différentes possibilités qui s’offraient aux mutants dans le futur au cours de neuf vies, a entamé sa dixième vie avec une vision claire de ce qu’il fallait faire pour préserver les mutants de l’extinction. Forte de ses connaissances antérieures, Moira a recruté Xavier et Magnéto, en leur révélant son secret, afin de mettre sur pied la nation mutante, avec pour condition principale de ne pas ressusciter de mutant clairvoyant.

Après de nombreux conflits, les mutants arrivent à la veille de changements majeurs dans leur évolution. Le Conseil Secret, composé de mutants influents venus de tous bords, œuvre pour repousser les menaces mais n’est pas à la hauteur face à la Sentinelle Suprême, d’autant plus que son réveil intervient au moment où des dissensions fragilisent les bases de Krakoa.

Alors que Nimrod et la Sentinelle Oméga préparent leur assaut et apprennent des erreurs commises par les mutants, Mystique, dont la compagne Destinée a été privée de résurrection à cause de son don de voir le futur, complote comme elle sait le faire pour parvenir à ses fins. Mettant la pression au Conseil Secret, elle parvient à faire ressusciter sa bien-aimée, mettant ainsi en péril les plans de Moira. Krakoa est-elle vraiment vouée à disparaître ?

Inferno constitue le chant du cygne de Jonathan Hickman sur la franchise des X-Men. La mini-série vient en effet boucler des lignes narratives initiées dans House of X et Powers of X, et nous donne la réponse à de nombreuses questions sur les motivations de certains personnages clés. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur nous en donne pour notre argent et ne lésine pas sur les coups de théâtre et les révélations !

Attention, ça va spoiler plus bas.

Donc, Mystique et Destinée sont de nouveau réunis. A peine ses souvenirs téléchargés dans son nouveau corps via le Cerebro, Destinée se remémore les événements passés, et notamment sa dernière rencontre avec Moira lors d’une précédente vie. Avec l’idée de se venger en tête, les deux mutantes capturent Moira et s’arrangent pour que ses protecteurs, Xavier et Magnéto, tombent dans un piège au beau milieu d’une base d’Orchis.

Lors du face à face avec Moira, Mystique et Destinée apprennent les véritables intentions de cette dernière: soigner le genre mutant en les débarrassant en masse de leurs pouvoirs. Lassée de constater, vie après vie, que les mutants perdraient toujours face aux humains, aux machines, ou les deux (confère Powers of X), Moira en est arrivée à la conclusion que les mutants ne devraient tout simplement pas exister.

Cette situation est très ironique puisque la Sentinelle Oméga explique, un chapitre plus haut, qu’elle vient d’un futur dans lequel les mutants gagnent toujours, et qu’elle a été envoyée dans notre présent pour remédier à cet échec (tiens tiens, l’intrigue de l’IA menaçante qui remonte le temps pour assurer sa propre création et sa suprématie me rappelle vaguement quelque chose…). Ce qui signifie que le plan prévu par Xavier, Magnéto et Moira était voué au succès, du moins à l’issue de la dixième ou onzième vie de Moira. Avec le recul, le fait que Mystique prive Moira de ses pouvoirs mutants (grâce au Neutraliseur, une arme apparue dans Uncanny -Men en 1984) apparaît comme un pré-requis, puisqu’aucune ligne temporelle ne peut être considérée comme définitive tant que Moira possède son pouvoir.

Néanmoins, on peut imaginer que Moira continuera tant que son objectif n’est pas atteint. L’inconvénient, c’est que si elle meurt en tant qu’humaine, son histoire s’arrête là, et l’Histoire avec un grand H ne pourra pas être rebootée. Mais que se passerait-il si un nouveau corps mutant lui était reconstitué par les Cinq et qu’une sauvegarde Cerebro de son esprit y était intégrée ? Cela lancerait-il un nouveau cycle de dix réincarnations et reboots successifs ? Ou le cycle reprendrait-il là où il s’était arrêté ?

On ne le saura que si les auteurs futurs décident d’explorer cette piste. Encore faut-il d’ailleurs, que Moira accepte de mourir en tant qu’humaine pour ensuite laisser faire le Protocole de Résurrection.

Hickman termine son run en laissant ses héros en fâcheuse posture. Après leur défaite face à Nimrod, Xavier et Magnéto sont ressuscités par Emma Frost, mais n’ont pas en mémoire l’affrontement ni son issue. Ils ignorent donc l’existence du robot tueur de mutant, tandis que ce dernier continue d’amasser des données qui lui permettront de régner. Plus dommageable encore, Mystique et Destinée sont partie intégrante du Conseil Secret, et avec l’appui d’Emma Frost, ont affaibli la position de Xavier et Magnéto.

Inferno marque donc un tournant dans la destinée des mutants, à suivre dans Immortals X-Men, avec Kieron Gillen aux commandes. Pour l’ensemble du run de Hickman sur les X-Men, on met 5 Calvin, pour l’intrigue complexe mais rigoureusement visionnaire, les concepts novateurs, la partie graphique toujours performante.

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Beta Ray Bill: Étoile d’Argent

Récit complet en 5 chapitres, écrit et dessiné par Daniel Warren Johnson. Parution chez Panini Comics le 13/10/2021.

Remède de Cheval

Thor et Beta Ray Bill, c’est une histoire d’amitié virile comme on les aime, qui débute comme il se doit, c’est-à-dire par un festival de mandales bien corsées. Lorsque Thor rencontre le guerrier à tête de cheval, ce dernier est le héros de son peuple, les Korbinites, dont la planète a été détruite par Surtur, le démon du Feu ennemi d’Asgard. Sans planète pour les abriter, les Korbinites ont désigné un champion, Bill, qui a l’insigne honneur de recevoir des modifications cybernétiques, qui, en plus de le défigurer, lui donnent une force exceptionnelle. Condamnés à l’exil interstellaire, le peuple de Bill se met en stase dans une flotte de vaisseaux, qu’il est chargé de guider vers une nouvelle planète, secondé par son propre vaisseau, Skuttlebutt.

Bien évidemment, les deux héros vont s’affronter, ce qui va donner l’occasion à Bill de prouver qu’il est digne de soulever le fameux Mjolnir (un fait qui relevait encore de l’exploit dans les années 80). Impressionné, Odin ordonne un duel à mort en bonne et due forme, que Bill remporte avec brio. Prouvant encore davantage sa valeur en épargnant le dieu du Tonnerre, il gagne les faveurs du Roi d’Asgard, qui lui fait forger son propre marteau, Stormbreaker.

Dès lors, Beta Ray Bill devient un frère d’armes de Thor, l’épaulant dans ses combats et le remplaçant même si nécessaire. Il mène ensuite ses propres aventures cosmiques, jusqu’à ce qu’il s’oppose à Thor, dans le dernier volume de sa série. Ce nouvel affrontement ne se passe pas comme le précédent. Thor, imbu du pouvoir cosmique en plus de la Force d’Odin, brise le Stormbreaker, privant ainsi son ami de son arme enchantée, celle-là même qui lui permettait de retrouver son apparence d’origine.

Qu’à celà ne tienne, Bill reste fidèle à Asgard et se réconcilie avec Thor, devenant même son conseiller. Lorsque Knull, le dieu du chaos, attaque l’univers (voir King in Black) en envoyant Fin Fang Foom (une longue histoire), notre équidé guerrier se dresse pour défendre Asgard. Mais il sera vite relégué au second plan par l’arrivée du tout-puissant Thor, qui abat la créature sans coup férir. Humilié une seconde fois, Bill ravale sa fierté en même temps que sa gloire passée et rumine cette nouvelle frustration. Lorsque Sif, la guerrier asgardienne, se refuse à lui après avoir compris qu’il ne pouvait plus changer d’apparence, Bill craque. Ces castrations successives sont plus qu’il ne peut en supporter. Il lui faut un nouveau marteau enchanté, qui puisse lui permettre de rivaliser à nouveau avec Thor et retrouver son apparence normale. Pour celà, il lui faudra d’abord retrouver l’ancien Roi d’Asgard, qui est parti en exil dans les confins interlopes du cosmos.

Daniel Warren Johnson s’était déjà brillamment illustré avec Wonder Woman: Dead Earth, dans lequel il livrait une version Elseworld (l’équivalent du What If? chez Marvel) post-apocalyptique de la célèbre Amazone. Ici, la Maison des Idées lui laisse le champ libre avec un personnage secondaire, ce qui pourrait être vu comme une décision plus frileuse, à ceci près que ce récit se situe bel et bien dans la continuité principale, puisqu’il s’intercale avec King in Black et la nouvelle série Thor.

Le héros viril à la musculature hypertrophiée étant déjà passé par la moulinette de l’auteur (je pense à la série Murder Falcon), il n’est rien d’étonnant donc à retrouver DWJ aux commandes d’une odyssée stellaire désabusée travestie en quête de soi. Beta Ray Bill, comme Thor dans Ragnarok, perd ses attributs, son marteau, symbole phallique s’il en est, sa force, mais aussi sa confiance en lui. N’ayant plus rien à perdre, il va donc remonter le cours de sa vie, jusqu’à la source véritable de son mal-être, à savoir la perte de son peuple aux mains de Surtur.

L’aspect cathartique du combat final n’en est que plus impactant, ce qui tend à nous démontrer que l’auteur a finalement bien saisi la nature du personnage, et nous prouve par la même occasion qu’un auteur ingénieux saura faire feu de tout bois et rendre intéressant même un obscur personnage relégué au rang de second couteau.

Graphiquement, il y a de quoi vous casser la rétine, avec des pleines-pages et des doubles-pages spectaculaires, qui s’enchaînent sans pour autant se galvauder. Le dessinateur injecte aussi un dynamisme déjanté dans ses séquences d’action, avis aux amateurs: vous aurez droit à des chorégraphies léchées, des prises de catch et des bastons bien bourrines.

Il est extrêmement plaisant, en tant que lecteur, de voir un auteur indé réussir de tels tours de force chez les grands éditeurs, sans perdre sa substantifique moelle.

*·East & West·Manga

Zombies, Rassemblement ! #1

Premier volume de la série Marvel écrite par Jim Zub et dessinée par Yusaku Kumiyama. Parution initiale en 2015, pulbication en France par Panini Comics le 17 aout 2022.

Zombies au Wasabi

Depuis qu’ils ont sauvé le monde de l’invasion des Chitauri, les Avengers se sont imposés aux yeux des gens comme les protecteurs sans faille de l’Humanité. Iron-Man, Captain America, Hulk, Thor, Black Widow et Hawkeye fêtent donc leur récente victoire, en même temps que l’anniversaire de leur fer-de-lance Tony Stark, lorsque des troubles-fêtes font irruption pour sniper l’ambiance.

Ces rabats-joie ne sont pas des protestataires classiques, car ils portent sur eux toutes les caractéristiques des zombies: peau en putréfaction, sauvagerie extrême et goût prononcé pour la chair humaine. Nos héros se lancent donc sans réfléchir dans la bataille, mais certaines questions doivent d’abord être résolues: d’où vient ce mystérieux virus ? Les innocents infectés peuvent-ils être guéris ? et surtout, comment les Avengers vont-ils pouvoir s’en prémunir ?

Le concept des Marvel Zombies est né en 2006 dans les pages de la série Ultimate Fantastic Four, alors scénarisée par Brian Michael Bendis et Mark Millar, et dessinée par l’excellent Greg Land. Dans les épisodes 21/22/23 de la série, les FF de la Terre 1610 (l’univers Ultimate) font la rencontre de leurs homologues de la Terre 2149, qui se révèlent être des morts-vivants cannibales cherchant un monde neuf afin de renouveller leur garde-manger.

C’est Robert Kirkman et le dessinateur Sean Phillips qui prennet la suite avec le premier volume de la série Marvel Zombies en 2006. On y retrouve un monde dévasté par des super-héros contaminés, qui ont dévoré la quasi-totalité de l’Humanité. Seul Magnéto et une poignée de survivants résistent encore, et empêchent les zombies de quitter cette dimension pour semer la désolation sur d’autres terres. Qu’à celà ne tienne, les zombies dévorent le Surfer d’Argent, ce qui leur permet ensuite de dévorer nul autre que Galactus. Désormais détenteurs du pouvoir cosmique, les zombies se lancent à la poursuite de nourriture à travers tout le cosmos, écumant les galaxies et engloutissant toutes les formes de vie.

Les deux premiers volumes de Marvel Zombies se distinguaient par l’écriture de Robert Kirkman (dont l’oeuvre la plus connue est sans aucun doute la série-fleuve The Walking Dead, aussi sur le thème des zombies). Mais là où TWD misait sur la figure classique du zombie decérébré et titubant, les super-héros morts-vivants de MZ conservaient leurs consciences et leurs identités humaines, tout en étant dominés par une faim insatiable. Cela donnait lieu à des situations mémorables, comme Hank Pym séquestrant T’challa pour le manger par petits morceaux, afin de conserver suffisamment de clarté d’esprit pour trouver un remède, où encore Spider-Man retrouvant sa lucidité après avoir dévoré Tante May et Mary-Jane, où encore la rivalité permanente entre les infectés pour savoir qui aurait le meilleur morceau de barbaque. Petite anecdote sur les origines de la série: la légende veut qu’initialement, Robert Kirkman prévoyait une histoire centrée autour de Luke Cage, héros à la peau indestructible, qui aurait été le dernier survivant, étant par définition immunisé car impossible à mordre. Mais le scénariste aurait du abandonner ses plans après s’être aperçu que Greg Land avait déjà dessiné Cage en zombie dans les pages d’Ultimate Fantastic Four.

Le tout était donc irrevérencieux et cynique tout en étant gore, le ton idéal pour aborder ce genre surexploité. Alors qu’en est-il de ce Zombie Rassemblement, sorte de resucée version manga ?

Le bilan n’est pas fameux, autant vous le dire tout de suite. Le contexte choisi par Jim Zub pour cette version s’apparente clairement au Mavel Cinematic Universe plutôt qu’à celui des comics, ce qui offre une coloration commerciale susceptible de gâcher le plaisir aux fans hardcore. On retrouve donc le casting original du film, ce qui restreint sensiblement la portée du scénario, là où Kirkman convoquait tous les super-héros classiques lors de sa grande boucherie cannibale.

Ce choix correspondait certainement à un cahier des charges imposé par l’éditeur, qui était alors, en 2015, en pleine capitalisation du succès des films Marvel Studios au cinéma. Néanmoins, on est d’entrée de jeu saisi par la différence de ton entre Zombies Rassemblement et Marvel Zombies, puisqu’ici, point d’ironie ni de second degré, et encore moins de carnage. Les héros affrontent quelques hordes de civils infectés, mais sans plus, passant le plus clair du temps au sein de la Tour Stark pour chercher un remède.

La pauvreté en terme de super-héros, tripes & compagnie, est principalement due au postulat de départ, le nombre de personnages disponibles en 2015 étant relativement restreint. On a donc droit à une intrigue plutôt linéaire, avec des dialogues confondants de naïveté et de premier degré.

Cerise éditoriale sur le gâteau de la médiocrité, Panini Comics a, dans sa grande sagesse, jugé opportun de placer l’épisode 0, supposé servir de prologue, après les trois premiers chapitres. Attendez-vous donc à passer du coq à l’âne après le chapitre 3, avec une intro sans intérêt aucun et quasiment vide de sens.

Bilan: Passez votre chemin si vous espériez retrouver une résurgence sanglante des zombies Marvel version ciné. Pour cela, tournez-vous plutôt vers l’épisode 5 de la série animée What If ? qui traite le sujet de façon plus opportune. Pour les amateurs de manga, l’expérience ne nous semble pas non plus indispensable, pas plus qu’aux amateurs du genre zombie en général.

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Avengers #7: L’Ere de Konshou

Recueil des épisodes #31 à 38 de la série écrite par Jason Aaron et dessinée par Ed McGuiness, Javier Garron et Francisco Manna. Parution en France chez Panini Comics le 10/08/22.

Konshoote le premier

Nouveau volume de la saga Avengers par Jason Aaron. Après une mission mouvementée dans l’espace, les plus puissants héros de la Terre sont revenus avec… un bébé. Pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de l’actuel détenteur du Starbrand, un pouvoir incommensurable, manifestation d’un système de défense planétaire, dont l’un des précédents porteurs fut membre du groupe il y a plusieurs années.

Il s’agit donc pour eux de protéger cet enfant, mais aussi de protéger le monde de ce que pourrait faire cet enfant, avec ce pouvoir destructeur. Pour le moment, Iron Man, alias Tony Stark, n’a pas le loisir de s’en soucier puisqu’il est prisonnier de l’Âge de Pierre, un million d’années dans le passé. Seul et livré aux affres d’un monde hostile, il va d’abord faire la rencontre des Avengers Préhistoriques, déjà vus plusieurs fois dans la série.

Ce goupe hétéroclite comprend Odin, le Phoenix, Agamotto, la première Iron Fist, le premier Ghost Rider, le premier Starbrand, ainsi que le premier Black Panther. Leurs premiers exploits ont consisté à vaincre et repousser les Célestes, mais leur véritable ennemi, un être antédiluvien qui manigance à travers le temps et l’espace, ne s’est pas encore révélé. Iron Man va donc découvrir bien malgré lui l’identité de ce redoutable instigateur: Méphisto, plus connu comme le Seigneur des Enfers, ou encore, le Diaaaaaaaaable.

Ce dernier cherche à détruire les Avengers depuis leur formation il y a un million d’années, et cette fois, il pourrait bien arriver à ses fins: ayant tiré les ficelles à sa convenance, il a artificiellement allongé la liste des ennemis de nos héros favoris, des ennemis qui pourraient bien unir leurs forces pour les submerger.

Mais c’est sans compter Khonshou et son célèbre avatar, Moon Knight. Ce duo ambigu livre une justice expéditive depuis bien des années maintenant, avec plus ou moins de succés, et se lance cette fois encore dans un plan sans concession pour sauver le monde des griffes de Méphistophélès. Sans prévenir, le dieu égyptien de la Vengeance et de la Lune envoie son avatar récupérer de force les pouvoirs des précédents Avengers, aujourd’hui détenus par Danny Rand aka Iron Fist, le Sorcier Supreme Dr Strange, Robbie Reyes aka Ghost Rider, T’challa aka Black Panther, sans oublier Mjolnir, le Starbrand et le Phoenix.

Ainsi équipé, Moon Knight pourra instaurer l’Ere de Khonshou, afin que le dieu colérique puisse vaincre Méphisto et ainsi éviter la fin du monde. Mais est-ce vraiment une bonne idée d’affaiblir les plus puissants héros de la Terre au moment où ils sont le plus fragiles ?

Jason Aaron poursuit son grand-oeuvre sur les Avengers, et commence enfin à recouper toutes les lignes narratives qu’il a débutées dans les précédents volumes. Grâce à celà, le lien entre les Avengers Préhistoriques et les Avengers modernes apparaît enfin plus distinctement, et l’impact des deux époques l’une sur l’autre se profile également. La continuité de la série commence à se faire sentir, puisqu’il est maintenant nécessaire d’avoir lu la majorité des volumes précédents pour s’y retrouver ici: quand bien même le lecteur connaîtrait les bases du personnage de Moon Knight, ce ne sera pas suffisant ici pour comprendre tous les tenants et les aboutissants de l’intrigue, qui commence à se densifier.

Néanmoins, l’action reste omniprésente comme dans les précédents tomes, l’auteur continuant d’exploiter des concepts inédits comme le vol et le cumul de pouvoirs ancestraux par Moon Knight, ou leur utilisation plus tard par d’autres héros. L’auteur parvient aussi à créer une certaine attente, puisqu’on se doute que Méphisto ne va pas en rester là et que le pire reste à venir. Côté suspense, on ne frissonne pas vraiment pour l’ensemble des héros, puisque, si le danger reste global, rien ne laisse craindre à ce stade qu’un ou plusieurs héros soient sacrifiés.

S’agissant de l’écriture de Aaron en elle-même, elle demeure donc ambitieuse et réfléchie, mais elle a aussi tendance à utiliser la continuité rétroactive, redoutée par les fans, et par conséquent, marche donc sur les plates bandes d’autres auteurs. Exemple frappant: alors que beaucoup d’auteurs se sont échinés au fil des différentes séries Moon Knight à instiller le doute quant à l’existence réelle de Khonshou, Aaron met les pieds dans le plat en nous donnant une réponse sans ambiguité. Cela ne gâche pas le plaisir de lecture ni la cohérence de l’ensemble, mais montre bien que l’écriture chez Marvel peut être une affaire délicate, au vu de la pléthore de personnages et d’auteurs ayant travaillé dessus.

Ce septième volume des Avengers fait monter les enchères et laisse de profiler de nouveaux éléments cosmiques de grande ampleur, à lire si vous avez apprécié le reste de la série.

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Les Éternels #2: Gloire à Thanos

Deuxième volume de la série écrite par Kieron Gillen et dessinée par Esad Ribic, avec Guiu Vilanova en renfort. Parution chez Panini Comics le 14/09/2022.

Votez Thanos !

Suite et fin du diptyque de Gillen sur les Éternels. Après la résurgence de la dernière armée des Célestes, les Éternels ont appris que leur dogme était une mascarade. Leur rôle grandiose de protection de la Vie sur Terre n’était qu’un mensonge concocté à la fois par les dieux géants de l’espace et par leurs patriarches. A la suite de cette révélation, l’ensemble des Éternels perdait la raison avant de se donner la mort en masse.

Cependant, le suicide est un geste bien futile pour un être qui n’est pas fait pour mourir. En effet, il s’avère que tous les Éternels sont liés à la Machine, un système de défense personnifiant la planète Terre, qui les ressuscite automatiquement dès que leur corps est détruit, en téléchargeant une sauvegarde de leur esprit (un procédé qui rappelle celui des mutants de Krakoa). Tous les Éternels se sont donc réveillés comme un lendemain de cuite, certains gérant la nouvelle mieux que d’autres.

Toutefois, nos héros immortels n’ont pas eu le temps de s’appesantir sur leurs tourments philosophiques: des défaillances de la Machine et un mystérieux tueur d’Éternels ont quelque peu mis à mal les fondements de leur société, forçant Ikaris et Sprite à mener l’enquête. Le danger qu’ils ont découvert n’est pas des moindre, puisque le seul être capable de tuer des homo immortalis n’est autre que le terrifiant Thanos.

Thanos est un être hybride, un Éternel de Titan engendré naturellement par ses parents et pas directement par les Célestes, qui possède un gène Déviant, ennemis naturels des Éternels, ce qui le rend extrêmement dangereux. Thanos a pour but, après sa ruine dans les Gardiens de la Galaxie, de se rattacher à la Machine afin de pouvoir ressusciter dans un corps neuf, et ce, à l’envi bien évidemment, comme si être un monstre génocidaire invincible ne suffisait pas.

Mais affronter Thanos n’est pas le plus grand défi auquel ils aient à faire face. A la fin du premier volume, les Éternels apprennent une autre vérité dévastatrice: chacune de leur résurrection a un prix, celui d’une vie humaine. Ceux qu’ils ont tenté de protéger durant un million d’années ont donc fait directement les frais de leur inconséquence, eux qui se battaient sans se soucier de leur vie puisqu’ils avaient la garantie de revenir grâce à la Machine.

Bien sûr, Thanos n’aura pas ce genre de considération, et il est même prêt à détruire la Terre pour obtenir son nouveau corps.

Kieron Gillen poursuit son soft reboot de la franchise des Éternels, préparant ainsi l’évènement AXE, pas encore paru en France. L’auteur a repris des éléments issus des précédentes séries (notamment celle de Neil Gaiman et celle des Frères Knauf) en y implémentant ses propres concepts, ce qui donne une histoire intéressante, moins grandiloquente que ce que Kirby imaginait initialement mais plus en phase avec l’univers Marvel actuel. L’auteur n’a pas hésité à remettre en question les fondamentaux de ses personnages, créant ainsi une dynamique novatrice. En revanche, sa série se termine sur un cliffhanger mais sans réelle réponse apportée au problème posé par les résurrections.

On constate par ailleurs que l’auteur répond à un cahier des charges éditorial, certains des personnages continuant de subir des changements qui les alignent avec leurs homologues cinématographiques. Ce n’est pas gênant en soi, mais prouve bien que Marvel a toujours en tête de récupérer des lecteurs grâce à ses films, sans nécessairement se soucier de la continuité chère aux lecteurs de longue date.

Néanmoins, pas de quoi bouder son plaisir, ne serait-ce qu’en vertu de la présence d’Esad Ribic, qui continue de proposer des planches magnifiques avec son style pictural bien connu. L’intérim assuré par Guiu Vilanova fait un peu l’effet d’une douche froide pour les fans de Ribic, mais ne gâche pas l’album pour autant.

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Thor (2020) #1: le Roi Dévoreur

Intégrale comprenant les quatorze premiers épisodes de la série Thor (2020) écrite par Donny Cates et dessinée par Nic Klein. Parution en France chez Panini Comics le 24/08/2022.

Lourde est la main qui brandit le marteau

Après avoir combattu le Massacreur de dieux, puis cédé son marteau par indignité, et enfin, combattu l’armée de Malékith pour sauver les Dix Royaumes, Thor revient sur le devant de la scène et hérite du Trône de son père Odin. Toutefois, pour lui qui n’a jamais aspiré à régner, il se pourrait que la couronne soit trop lourde.

Que faire lorsqu’on passe après le monarque le plus controversé de l’histoire du royaume ? Comment être à la hauteur de la tâche sans se compromettre et en restant soi-même ? Voilà le défi auquel le Roi du Tonnerre devra faire face, mais ce ne sera pas le seul. Des tréfonds du cosmos débarque Galactus, le dévoreur de planètes, ce qui est souvent mauvais présage pour qui que ce soit.

Galactus et les asgardiens s’étaient déjà affrontés, la dernière fois en 2011 lorsque le géant cosmique et son héraut le Surfeur d’Argent convoitaient les énergies d’une graine d’Yggdrasil, l’Arbre-Monde. Mais cette fois, les apparences sont trompeuses, Galactus ne vient pas se repaître, mais demander de l’aide au Roi d’Asgard. En effet, Galactus, qui est le dernier survivant d’un univers qui existait avant le Big Bang, est porteur d’une inquiétante nouvelle: l’Hiver Noir, une entité cosmique dévoreuse d’univers, a fait son apparition et flanqué une déculottée au Dévoreur. Thor et Galactus vont devoir faire cause commune pour sauver l’Univers. Qui l’eut-cru ?

Pour permettre à Galactus de revenir dans le game, Thor va devenir, bien malgré lui, le nouveau héraut de Galactus, et le guider vers cinq planètes spécifiques dont les énergies consommées accroitront de façon exponentielle son pouvoir. C’est donc les dents serrées que le Roi et le Dévoreur vont collaborer pour sauver l’univers, et il appartiendra à Thor de rapidement tracer une ligne dans le sable pour faire comprendre à son allié impromptu les conditions de leur alliance.

A côté de ça, Thor doit aussi faire face aux écrasantes responsabilités qui incombent au Roi, et à son marteau Mjolnir, nouvellement reforgé (durant War of the Realms), qui est de plus en plus lourd. Le fait d’être roi le rendra-t-il de nouveau indigne ? Et si, à l’inverse, tout le monde devenait digne à l’exception de Thor ? La suite se concentrera sur le retour de Donald Blake, le célèbre alter-égo du dieu du tonnerre, qui est, comment dire, quelque peu contrarié de découvrir qu’il n’est qu’un alter-égo et pas une personne authentique.

Après sept années passées sous l’égide scénaristique de Jason Aaron, voici que Thor passe sous le contrôle de Donny Cates, que l’on a pu lire dans Venom, Absolute Carnage, King in Black, ou, en indépendant, dans The Paybacks et The Crossover. L’auteur reprend ici des éléments de ses précédents runs, comme Silver Surfer: Black, pour faire émerger encore une fois un antagoniste cosmique, sombre et tout puissant (hello Knull !).

Malgré la redondance qui pourrait émerger de ces auto-références, le run de Cates sur Thor n’en démarre pas moins de façon efficace, grâce au nouveau paradigme laissé par Aaron à la fin de WOTR. Il est intéressant en effet de voir le dieu du tonnerre enfin confronté à ce qu’il redoutait malgré lui, la couronne d’Asgard. De plus, le lien de ce personnage avec son marteau a souvent été une métaphore de son état mental, voir l’arme enchantée s’alourdir en même temps que ses responsabilités est donc tout à fait logique sur le plan thématique.

Les fans de Thor vont être servis côté action, puisque le héros, déjà badass en temps normal, a pris du level puisqu’il va cumuler dans cet album la Force d’Odin et le Pouvoir Cosmique (ce qui va de pair avec un petit relooking), pour un résultat assez extrême. Sur la seconde partie, l’auteur continue d’exploiter des concepts intéressants issus de la continuité du héros: son lien étroit avec son alter-égo, considéré différemment selon les auteurs.

En effet, Donald Blake a tantôt été un homme ordinaire dépositaire des pouvoirs de Thor (dans la série de Lee et Kirby), avant de devenir une simple création d’Odin, un Thor rendu amnésique. Selon les auteurs, ensuite, Blake avait ou pas sa propre personnalité, ses propres souvenirs, etc.. La version de Cates souffre d’un destin tragique puisqu’il découvre sa vraie nature après que Thor ait renoncé à lui, et qu’il s’aperçoit de la vacuité de son existence après avoir détruit le monde factice qui le retenait prisonnier. Comme si l’allégorie de la caverne de Platon partait en sucette.

Ce volume de Thor garde donc la veine épique chère au personnage, tout en allant puiser dans ses éléments constitutifs pour les extrapoler et créer quelque chose d’innovant. Les fans de la frange cosmique de Marvel apprécieront !

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Avengers #6: A la recherche de Starbrand

Sixième tome de la série écrite par Jason Aaron et dessinée par Ed McGuiness. 112 pages, sortie chez Panini Comics le 09/03/22.

A Star is born

Après avoir affronté les Célestes, puis le Prince des Mers, puis une armée de vampires, puis des géants des glaces, et plus récemment des Motards Fantômes en enfer, les plus puissants héros de la Terre doivent maintenant se rendre aux confins de l’espace, à la recherche d’un indice qui devrait les mener vers la résurgence d’un ancien allié, l’éponyme Starbrand.

Mais avant de se lancer, il convient peut-être de faire un petit détour par la case « résumé ». Et oui, on ne plonge pas dans la piscine avant d’être passé par la pataugeoire !

Le Starbrand que l’on connaît est apparu dans le N°5 du volume 7 de la série Avengers par Jonathan Hickman. Reprenant un vieux personnage issu du New Universe (un obscur label produit par Mavel Comics dans les années 80), le scénariste, amoureux des paradigmes cosmiques et des systèmes, en fait le dépositaire d’une puissance cosmique phénoménale, issue de la planète elle-même, à l’instar de l’Uni-Pouvoir, mais à échelle planétaire plutôt qu’universelle.

Dès lors qu’un événement menace l’intégrité du corps céleste, ce dernier réagit en infusant son pouvoir dans un être choisi aléatoirement. Cette fois-là, la Terre subissait les attaques d’une race extraterrestre nommée les Bâtisseurs, dont l’un des serviteurs, Ex-Nihilo, tentait de rendre la Terre vivante, littéralement. En réaction, le Starbrand naquit de nouveau, s’incarnant dans la personne de Kévin Connor, un adolescent timide, qui va malheureusement raser entièrement son lycée au moment où le Starbrand le choisit.

Comprenant qu’un tel pouvoir, ne pouvant être confronté directement, doit être maîtrisé, les Avengers décident de prendre Kévin sous leur aile afin de lui permettre de comprendre et d’utiliser son pouvoir à bon escient. Le reste de la série d’Hickman plonge les Avengers dans une guerre sans merci contre les Bâtisseurs, puis à une escarmouche contre Thanos, avant que la crise n’atteigne son point d’orgue avec Secret Wars et ses Incursions destructrices.

Finalement, Starbrand sera tué par le nouveau Ghost Rider, Robbie Reyes, au cours d’une escarmouche tournant autour de la découverte du Celeste déchu que l’on revoit finalement dans le premier volume de la présente série. Depuis lors, plus aucune manifestation du Starbrand n’a fait jour, alors que les menaces se sont succédées. Qu’est-il advenu de ce pouvoir ?

Jason Aaron, lorsqu’il reprend la suite des Avengers, nous introduit les Avengers Préhistoriques, un groupe fondé par Odin, alors jeune roi d’Asgard, Agamotto, premier sorcier suprême, la première Iron Fist, le premier Ghost Rider, et Starbrand, qui tient alors davantage de l’homme des cavernes que du super-héros. Cette incarnation était encore nimbée de mystère, jusqu’à ce qu’Aaron se décide à raconter ses origines, dans ce volume.

L’album débute donc par un flashback qui nous raconte comment ce Starbrand-là vit le jour, avant que l’on entre dans le feu de l’action. Les héros du présent, menés par Captain America, répondent à un appel de détresse dans la galaxie occupée par les Shiar’s (extraterrestres plus familiers des X-men), et vont devoir affronter les hérauts de Galactus, pour sauver une jeune humaine détentrice du Starbrand.

Ce tome ne déçoit pas grâce à l’action et au rythme soutenu imposé par Aaron. Comme à l’accoutumée, l’auteur déniche des concepts intéressants tirés de ses situations, comme par exemple Ghost Rider chevauchant la planche du Surfeur d’Argent, ou encore Thor infecté par un Brood. Il recycle même d’autres concepts, comme la Iron Widow, tout droit issue de la série Ultimates par Mark Millar, ou Captain Marvel en mode Binaire.

Cependant, l’auteur n’a pas encore jugé bon de s’attarder sur l’origine réelle du Starbrand, ni sa fonction véritable dans le grand ordre cosmique: les hérauts de Galactus semblent le redouter, on apprend aussi que le pouvoir n’est pas intrinsèque à la Terre mais est venu d’un astéroïde, mais on n’en saura pas davantage pour le moment.

Le volume se conclut sur une note ouverte, avec un nouveau (petit) personnage dont on a hâte de découvrir le potentiel.

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Amazing Fantasy

Histoire complète en 144 pages, écrite et dessinée par Kaare Andrews chez Marvel Comics. Parution en France chez Panini Comics le 22/06/22.

Voyage en terre inconnue

Ils sont trois à se réveiller sur l’île de la Mort. Steve Rogers, alias Captain America, alors qu’il se trouvait sur un navire de guerre, durant la Seconde Guerre Mondiale, Natasha Romanoff, durant la Guerre Froide, alors qu’elle termine sa formation de Veuve Noire, puis Peter Parker, durant ses jeunes années en tant que Spider-Man.

Tous trois voient la mort en face puis se réveillent, échoués à différents endroits de cette île mystérieuse, qui est arpentée par des Orcs, des Dragons, des Sorciers et autres Griffons. Que font-ils ici, quel est cet endroit ? Nos trois héros pourront-ils fuir cet enfer pour rejoindre leur époque d’origine ?

Kaare Andrews, que l’on avait remarqué chez Marvel suite à son passage sur la série Iron Fist, signe ici une mini-série amoureuse et nostalgique des années 60-70, et des débuts de la maison Marvel, dont les premiers récits étaient effectivement empreints de fantasy et de magie. L’auteur décide de prendre trois héros iconiques dans des périodes qui ne le sont pas moins, pour les projeter sans ménagement dans cet univers brutal, aux antipodes de ce qui leur est familier.

Le choix de Black Widow, Captain America et Spider-Man n’a rien de choquant en soi, et permet même, par le truchement des époques différentes, de créer des quiproquo, notamment autour de Captain, qui ignore encore le rôle qu’il jouera à l’époque de Spider-Man. L’action est au rendez-vous, bien sûr, mais on peut regretter que l’auteur n’exploite pas tous les lieux communs de la fantasy, et surtout, qu’il n’ancre pas davantage son récit sur le plan émotionnel pour tous les personnages.

Je pense notamment à Black Widow, qui est ici une adolescente, supposément encore novice puisqu’elle termine sa formation à la Chambre Rouge. Et bien la chère Natasha, malgré ce postulat, se comporte souvent comme un vétéran de l’espionnage et de la manipulation, et l’auteur semble aussi oublier la jeunesse du personnage lorsqu’il la place dans des interactions sensuelles avec des personnages adultes. Il en va de même pour Peter, qui est adolescent, et qui a une romance avec une farouche guerrière qui semble elle aussi adulte… A ces moments gênants s’ajoutent d’autres plus tendres entre l’Oncle Ben et Peter, par exemple, mais le tout se noie quelque peu dans une vague de confusion, au regard de l’intrigue et de la mise en scène.

En effet, beaucoup d’éléments sont peu clairs, sans doute pas creusés par l’auteur, ce qui tend à banaliser une mini-série qui se voulait épique et grandiose, exempte de complexes car hors continuité. Toutefois, malgré ça, l’aspect purgatoire/au-delà/expérience de mort imminente reste intéressant à creuser, et permet sans doute de combler les trous du scénario. Cette version de nos héros à la sauce Conan le Barbare reste donc divertissante, mais manque l’occasion de nous transporter réellement, et finira sans doute parmi les innombrables « What-If » chers à Marvel.

Côté graphique en revanche, Kaare Andrews casse la baraque et fait la démonstration habile de la versatilité de son trait, s’adaptant aux différentes ambiances qu’il évoque et à chaque personnage. Comme quoi, scénariste et dessinateur sont effectivement deux métiers bien différents et complémentaires. On met 3 Calvin pour le dessin et le grand format, qui offre un bel objet et un confort de lecture indéniable.

Cinéma

MCU phase 4: bilan d’étape

Salut les amis! Après le gros guide de lecture estival de Dahaka sur les X-men je vais de mon côté vous proposer une analyse que je prépare depuis longtemps sur la situation du Marvel Cinematic Universe. Je pensais publier ce billet bien avant mais le calendrier du blog l’a repoussé ce qui n’est pas un mal puisque ne restant plus qu’un film à sortir sur la Phase 4 je vais pouvoir me permettre une synthèse globale et prospective.

Je viens de relire avec un peu de satisfaction mes billets de synthèse post-Infinity Wars et post-Endgame en constatant que mes réflexions de l’époque avaient vu plutôt juste. D’abord sur mon anticipation concernant l’arrivée des Illuminati, introduits sur le second Dr. Strange. Avec moins d’ambition qu’espéré mais les dernières annonces de Kevin Feige semblent confirmer cette orientation et notamment la conclusion logique des trois phases en cours sur le crossover Secret wars.

Malheureusement pour nous l’année écoulée confirme ce que je pressentais, à savoir que Disney a repris les commandes sur le créatif avec une vision à court terme faisant des films du MCU de simples teasers pour les séries en cours et à venir. La faute va jusqu’à l’aberration de contraindre pratiquement les spectateurs à visionner les séries pour capter ce qu’il se passe dans les films (comme dans le Multiverse of Madness). Dans le même sens un Thor Love and Thunder semble là pour justifier de nouvelles attractions pour Disneyworld et assume totalement le registre teen voir jeunesse de cette production où la présence du méchant Gorr semble complètement à côté de la plaque (pour qui a lu les comics du Massacreur de dieux). Cette reprise en main était déjà annoncée sur le Multiverse of Madness où la présence de Sam Raimi n’a pas suffi à assumer un registre adulte voir épouvante. Le retour de Taika Waititi en toute puissance sur le quatrième Thor semble acter la bascule d’un esprit sombre introduit par les frères Russo à un esprit plus compatible avec Disney pour les créations à venir. Inquiétant.

Si l’on reprend la phase dans l’ordre que constate t’on? L’ouverture par un Black Widow anachronique semble étonnamment nous rattacher à l’esprit des précédents films et déçoit surtout par son absence d’ambition et par l’incongruité de nous jeter un film (très correcte) centré sur un des personnages disparus dans le diptyque Infinity. On peut imaginer une affaire contractuelle obligeant Disney à faire un film avec le personnage de Scarlet Johansson, seule explication à cela. Suit un Shang-Chi également correcte comme simple film, qui a le mérite de proposer un nouveau personnage (et occasionnellement d’ouvrir le marché de Disney vers la Chine…) mais qui laisse un peu sur sa faim en matière d’ambition et de liaison avec l’univers existant. Les fans diront que sur la première phase les liens étaient également ténus.

Les Eternels sont la première bonne surprise de la phase. Outre une direction artistique juste sublime, un rythme et une lisibilité remarquables, le film introduit tout à la fois une mythologie entière, une ribambelle de personnages hautement puissants et la première évolution majeure de l’univers depuis l’affrontement contre Thanos. Ce que l’on attend d’un film Marvel en somme, plein de promesses en devenir… et qui restent lettres mortes lorsque l’on constate que les films suivant ne semblent pas tenir compte de l’évènement majeur introduit par le film de Chloé Zhao (l’émergence du Céleste).

Spider-man no way home reproduit un peu l’accident scénaristique du précédent (Far from home) qui nous ouvrait magistralement le Multivers, avant de nous dire que c’était une blague… pour nous dire enfin dans la suite directe qu’il existe bien. Quel autre studio peut se permettre ainsi de se contredire sans sourciller? Outre de ridiculiser le plus puissant personnage du MCU (Strange) et de se vautrer dans un fan-service certes fun, le film referme ensuite ce multivers sans conséquence. Et c’est là la première faute de cette phase: tous les films sont réversibles, sans incidence, ne faisant au final rien avancer de la trame générale qui semble destinée à être traitée dans les séries. Illustration de cela avec un Doctor Strange and the multiverse of Madness où l’élément principal (l’évolution de la Sorcière rouge en méchante) est traité dans la série WandaVision ou avec Loki qui introduit le méchant de la Saga du Multivers. Jouant le (très) chaud et le froid le film de Sam Raimi n’est pas franchement raté mais énormément bancal, lorsqu’il nous jette une phénoménale séquence de traversée du Multivers, qu’il introduit le très réussi personnage d’America Chavez et les Illuminati, qu’il propose un duel entre deux Strange et assume la magnifique idée du Strange Zombie, mais qu’il sait aussi rendre foireuse la baston de Reed Richards et sa bande contre Wanda, le personnage de Christine (les femmes n’étant décidément pas flattées dans le MCU) où donner un rôle WTF aux sorcières et leur Nécronomicon maison.

Aussi attendu que le second Strange, premier personnage à être doté d’un quatrième film, dernier survivant des premiers Avengers, Thor love and Thunder laisse les mains libres à un Taika Waititi en roue libre qui semble décidé à faire n’importe quoi avec son joujou, ayant envoyé le grand ordonnateur Kevin Feige en vacances pendant qu’il charcutait tout à la fois les potentiels de la série Mighty Thor et le mythique Massacreur de dieux de Jason Aaron. Loin de moi tout esprit légitimiste, j’ai toujours considéré que des adaptations ciné étaient faites pour réinterpréter les œuvres précédentes. Pourtant l’utilisation des deux grandes saga récentes du personnage en comics est faite en débit du bon sens scénaristique, sans aucun effort, transformant le magnifique et dramatique Gorr en simple croquemitaine pour enfants et Nathalie Portman en simple faire-valoir féminin sur une tendance à la mode. Les chèques pour elle et le pauvre Christian Bale ont dû être bien gros… Sans doute la plus grosse catastrophe de tout le MCU (avant même un premier Thor bien faible), ce Love and Thunder, passé la blague des premières minutes, me laisse très inquiet sur la destinée de cette formidable construction.

Passé ce constat on peut imaginer des hypothèses sur la cause du délitement alors que le même boss est toujours aux manettes. Le très chaotique développement de cette phase concomitante avec l’apparition de Disney +, l’embauche tardive des réalisateurs et le calendrier bousculé par le Covid peuvent donner des pistes. La déclaration de Feige annonçant l’abandon du principe de Phases avant de le confirmer en majesté ce printemps illustre aussi certaines hésitations. Espérons que la mauvaise qualité des derniers films force les producteurs à lâcher la bride créative à Feige et ses équipes. Si l’on regarde du côté de la franchise Star Wars on peut être très inquiet. Si l’on regarde les enjeux du MCU pour Disney on peut espérer un recadrage en sachant que tous les films ne seront pas nécessairement nécessaires (je pense à Blade ou Thunderbolts qui semblent ne se raccrocher à rien).

Pour finir et comme toujours avec Marvel, la récente Bande Annonce du Wakanda forever confirmant l’arrivée tant attendue de Namor donne encore de l’espoir. Tout peut basculer cette fin d’année et enfin enclencher la dynamique. Si le métrage se plante je pense qu’il faudra se faire une raison et acter le décès d’une des plus ambitieuses innovation d’Hollywood depuis des décennies.