****·BD·Jeunesse

Les Sauroctones #2/3

Deuxième tome de 233 pages, de la trilogie écrite et dessinée par Erwann Surcouf. Parution le 18/06/21 chez Dargaud.

Sots-Rock-Tonnes aguerris

Suite, mais pas fin, des aventure des Sauroctones, un trio improbable de jeunes chasseurs de monstres, dans un monde post-apocalyptique déjanté et pétri de références diverses à la pop-culture.

Zone, Jan et Ursti ont échappé à la confrérie des Meuniers, et au terrible Tamarro, qu’ils sont parvenus à vaincre in extremis. Malheureusement, cette victoire s’est faite au prix du barrage de la Rambleur, qui a cédé à l’issue de l’affrontement contre la bête, inondant la vallée au passage. Notre Trio Fantastico, dont on chante désormais les aventures au travers des terres désolées, se remet donc en route, afin de trouver la fusée légendaire qui permettra à Zone de quitter la planète.

Mais encore une fois, l’odyssée loufoque des nos jeunes sauroctones va les mener de charybde en scylla, et mettra sur leur chemin diverses congrégations plus ou moins éclairées, des citées en guerre et bien sûr, des monstres.

Erwann Surcouf transforme l’essai avec ce tome 2 des Sauroctones. Le plaisir de lecture est toujours aussi grand car l’auteur est parvenu à rendre ses protagonistes attachant, au travers de péripéties rocambolesques qui peuvent sembler loufoques mais qui conservent un objectif final très clair. C’est aussi ce sentiment d’assister à une épopée en bonne et due forme qui fait la qualité de la série, et l’attachement vient donc de l’aspect feuilletonnesque, renforcé par le découpage en chapitres, agrémenté des couvertures (diégétiques) des aventures de notre trio.

L’univers des Sauroctones, dont les bases étaient déjà posées dans le premier tome, continue de s’étoffer, grâce aux différentes villes et communautés traversées. L’ensemble a un aspect familier, puisque les personnages évoluent dans les ruines du monde contemporain, ce qui ouvre la porte à moult références visuelles ou textuelles qui donnent immanquablement au lecteur un rôle de « sachant », par opposition aux personnages qui ne saisissent pas le véritable sens de ces icônes. L’investissement du lecteur s’en trouve donc décuplé, puisque c’est bien connu, le lecteur adore être flatté dans son égo !

Plaisanteries mises à part, il est vrai que ce mécanisme aide à l’immersion dans le récit, mais l’on peut regretter que l’univers ne s’étende pas davantage sur le bestiaire prometteur (qui fait penser au très bon Love and Monsters) mais il reste encore à ce stade un troisième tome pour pouvoir apprécier la pléthore de créatures dangereuses et de situations mortelles.

**·Jeunesse·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Hella et les Hellboyz #2: L’Épreuve du Feu

Second tome du diptyque écrit par Kid Toussaint et dessiné par Luisa Russo. 48 pages, parution le 02/02/22 aux éditions Drakoo.

bsic journalism

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance!

Orphée et Hell-idyce

Comme vu dans le premier tome, Hella est une adolescente rebelle et mal dans sa peau. Un soir, après un mauvais coup fait à leur prof de maths, son petit-copain Kieran va se cacher au 21 rue Duroc, dans une maison réputée hantée, dont il ne ressortira pas. Inquiète pour lui, Hella pénètre à son tour dans la maison et découvre qu’il s’agit d’un portail vers l’enfer.

Là, un étrange lapin démoniaque la guide et lui fait découvrir cet univers hostile, qu’elle va devoir traverser de part en part pour retrouver celui qu’elle aime. Aidée des Hellboyz, trois jeunes garçons perdus dans les limbes depuis des décennies, Hella va affronter un à un chacun des gardiens des enfers, avec une seule restriction: y entrer durant la nuit et ressortir impérativement avant le lever du jour sous peine d’être piégée elle aussi.

Durant ce second tome, Hella va en savoir davantage sur les motivations réelles du lapin, ainsi que sur la nature réelle de cet endroit, sans oublier les bonnes petites révélations sur ses origines.

Le premier tome de Hella et les Hellboyz laissait déjà entrevoir quelques faiblesses d’écriture, pour lesquelles on espérait que l’auteur saurait corriger le tir. Or, les bonne intentions proverbiales qui pavent l’Enfer ont sans doute fait trébucher Hella durant son périple, et ce pour plusieurs petites raisons, qui viennent s’accumuler à ce que l’on avait relevé la dernière fois.

Tout d’abord, un manque d’attachement envers Kieran et, par voie de conséquence, un manque d’investissement émotionnel dans la quête que mène Hella pour le retrouver. En effet, comment s’inquiéter de la réussite d’Hella si l’on se fout de celui qu’elle chercher à sauver ? Expédié dans la maison infernale dès les premières pages de l’histoire, nous n’avons aucun élément en tant que lecteur, qui nous rende le personnage sympathique ou même vaguement attachant. Rayer la voiture d’un prof de maths décrit comme acariâtre, ce n’est clairement pas suffisant, cela aurait sans doute nécessité quelques dialogues supplémentaires, et a minima, un geste de Kieran qui montre bien le véritable attachement que les deux tourtereaux se portent.

On ne peut que poursuivre ce raisonnement pour l’appliquer aux Hellboyz: s’ils sont sympathiques à première vue, rien ensuite ne les rattache au cœur de l’intrigue, si ce n’est que l’un d’entre eux est le frère du policier qui enquête sur la maison hantée. Les trois garçons servent au mieux de faire-valoir, ce qui, convenons-en, n’est pas top pour un personnage secondaire. On peut même aller plus loin et imaginer l’histoire sans eux, sans que le déroulement n’en soit vraiment altéré, en tous cas pas dans ce second volume. Et, comble du comble pour un perso secondaire, lorsque Kid Toussaint sacrifie artificiellement l’un d’entre eux à la fin du deuxième acte pour augmenter vainement les enjeux. En gros, ces Hellboyz éponymes ne servaient pas à grand-chose, en tous cas pas en trois exemplaires puisque un seul se voit attribuer le rôle d’agneau sacrificiel, qui aurait d’ailleurs largement pu être attribué à Louis, le nice guy nécessairement amoureux d’Hella, qui la seconde dans sa quête. Cela aurait fait une économie de deux voire trois personnages !

Malgré ces défauts, on trouve tout de même de bonnes idées dans le scénario de Kid Toussaint, comme par exemple les gardiens qui sont d’anciennes victimes attirées par la maison et qui affichent tous un des fameux Péchés Capitaux, les différentes créatures qui sont autant de formes brouillonnes et parcellaire de l’Homme, la rébellion des anges contre le Démiurge, qui sont pour la plupart des concepts que l’on retrouve dans plusieurs dogmes religieux. Malheureusement, là encore l’album souffre de maladresses puisque toutes ces révélations sont jetées en pâture au lecteur, qui a déjà du mal à conserver l’entrain nécessaire pour suivre les pérégrinations d’Hella et ses inutiles petits frères.

Le tout laisse l’impression d’avoir été expédié, ce qui est d’autant plus dommage que l’histoire avait du potentiel, malheureusement gâché par des approximations et par ce que l’on devine être des présomptions hâtives de l’auteur.

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***·BD·Jeunesse·Service Presse

Les Pierres du Cauchemar

Premier tome de 54 pages, écrit par Dooms et Sora (aidés par Théa Rojzman), dessiné par Dreamy. Parution chez Glénat le 30 juin 2021.

bsic journalism

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

Pierre qui roule n’amasse pas mousse

Entre deux tournages de vidéos pour Youtube, Dooms (la fille) et Sora (le garçon) se détendent en se dégourdissant les jambes dans le parc du Bois de Vincennes. Malheureusement pour eux, ils ignorent que ces bois renferment un secret mortel depuis 1750, sous la forme d’un coffre que leurs deux chiens vont déterrer pour s’amuser.

Intrigués par cet artefact, Dooms et Sora, enfin, surtout Sora, se mettent en tête de l’ouvrir, imaginant qu’il contient un trésor qui les rendra scandaleusement riches. Malheureusement, le véritable secret enfoui dans coffre n’a aucune valeur pécuniaire, et va même leur causer de sacrés ennuis.

Le coffre s’ouvre dans un grand fracas et libère cinq pierres mystiques, qui téléportent nos deux compères dans une dimension bizarre, qui est un reflet déformé de la notre. Dans ce monde pittoresque dominé lui aussi par les géants du numérique, on trouve également des réseaux sociaux étrangement familiers, mais différents: Fakebook, Instadram, ChatSnap, Gougeule…ça ne vous rappelle rien ?

Dooms et Sora sont prisonniers et exilés, et apprennent bien vite que pour rentrer chez eux, ils vont devoir passer toute une série d’épreuves (une par pierre), qui mettront leurs nerfs à rude épreuve. Que le cauchemar commence !

En ouvrant cette BD, j’avoue que j’ignorais totalement qui étaient Dooms et Sora, ce qui a nécessité une petite mise à jour sur ces deux youtubeurs (je crois qu’on dit « créateurs de contenus » dans le jargon) spécialisés dans le gaming, qui se lancent ainsi, sous la houlette d’Olivier Jalabert, dans le monde de la BD. Le duo se cartoonise donc, grâce au talent de Dreamy, afin de raconter ses propres aventures. On peut donc deviner que les deux auteurs débutants ont mis beaucoup d’eux dans leurs personnages, à en juger par la teneur des dialogues, grêlés de « meuf », « frère », « en vrai », etc.

On devine aussi les influences vidéoludiques du duo au travers de l’intrigue, qui outre sa thématique d’un monde déformé, adopte une structure qui rappelle sans conteste celle des jeux vidéos, avec des épreuves, des quêtes annexes et même un boss de fin. On pourra sourire sans trop se forcer sur la parodie/satire que Dooms et Sora font des géants du numérique, avec quelques caricatures bien senties montrant que l’on peut être un millenial et être tout de même en mesure de prendre du recul sur son époque, ce qui n’est pas donné à tous. Gageons que cela est du au script doctoring de Théa Rojzman, auteure confirmée qui est créditée pour avoir aidé les jeunes auteurs sur ce projet.

En résumé, ce premier tome des Pierres du Chaos ne révolutionne pas la BD jeunesse, mais présente une indéniable énergie communiquée par son duo d’auteur, quelques idées prometteuses et une ambiance graphique plutôt maîtrisée de la part de sa dessinatrice Dreamy.

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La Cité sans nom #1: Menace sur l’empire Dao

Premier tome de 226 pages, écrit et dessiné par Faith Erin Hicks. Parution en France le 26/04/2017 aux éditions Rue de Sèvres.

Ma cité va couaquer

Le jeune Kaidu débarque dans la Cité aux mille noms, ou plutôt la Cité sans nom, baptisée ainsi en raison des nombreuses conquêtes dont elle a fait l’objet au cours des siècles. En effet, chaque conquérant a eu pour usage de lui donner son propre nom, si bien que la Cité et ses habitants ont fini par en oublier la dénomination originelle.

Kaidu fait partie du peuple Dao, régisseur actuel de la Cité. Empire autoritaire et martial, qui impose par la force sa vision d’un monde « cosmopolite », les Dao ne sont guère appréciés par les différentes peuplades qui composent la Cité. Kai y vient pour compléter son entraînement, mais aussi pour faire la connaissance de son père, qui vit dans la Cité depuis des années et espère trouver un équilibre entre Daos et habitants de la Cité.

Très vite, Kai se fait des ennemis parmi ses camarades de régiment, peu enclins à accepter dans leurs rangs ce jeune garçon doux et rêveur, qui n’a que faire des duels à l’épée et des Mawashi-geri. En explorant la ville, Kai fait la connaissance de Rate, une autochtone orpheline qui survit comme elle peut dans les rues. A la fois surpris et fasciné par l’agilité de la jeune fille, qui vole littéralement de toit en toit, Kai demande à Rate de l’initier à l’art du déplacement, en échange des victuailles dont elle manque cruellement. C’est le début d’une amitié qui aura des répercussions sur l’avenir même de la Cité.

Faith Erin Hicks est une artiste complète , qui a débuté sa carrière grâce aux webcomics, avant de réaliser des travaux chez Marvel et DC. Avec la Cité Sans Nom, elle renoue avec ses première amours en livrant un récit débridé dans un univers mêlant diverses architectures extrêmes orientales. Notre duo de protagonistes, Kai et Rate, fonctionnent sur la mécanique habituelle des « ennemis jurés », qui sont initialement défiants l’un envers l’autre pour ensuite apprendre à se découvrir et enfin apprécier leurs différences et devenir inséparables.

Cela n’a certes rien de surprenant mais conserve le mérite d’être efficace. Tout en introduisant peu à peu un contexte politique tendu et réaliste (une cité que se disputent plusieurs civilisations au cours des siècles, avec une dynamique oppresseurs/opprimés, ça ne rappelle rien à personne ?), l’auteur noue en parallèle sa relation amicale entre Kai et Rate, pour ensuite faire converger ces deux lignes narratives lors du troisième acte, montrant ainsi une maîtrise des codes narratifs et du storytelling.

Comme une majorité des dessinateurs issus du monde de l’animation, Faith Erin Hicks porte beaucoup d’attention au design des personnages ainsi qu’à leurs expressions. Les décors, pourtant grandioses, paraissent parfois un cran en dessous, alors que la Cité est en elle-même une part intégrante de l’histoire. Ceci est heureusement rattrapé par une magnifique mise en couleurs (signée Jordie Bellaire). Ce premier tome d’une trilogie est un excellent point d’entrée pour les amateurs d’univers asiatiques et les histoires traitant de tolérance en temps de guerre, d’amitiés et de passage à l’âge adulte.

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Wynd #1: L’envol du Prince

Premier tome en 260 pages d’une trilogie écrite par James Tynion IV et dessinée par Michael Dialynas. Parution le 20/08/2021 aux éditions Urban Comics, collection Kids.

Un vent de changement

Coup de coeur! (1)

Wynd pourrait être un adolescent classique, s’il ne vivait pas à Tubeville, une enclave qui isole le dernier royaume humain d’un monde empli de créatures magiques malfaisantes et difformes. Recueilli très jeune par Madame Molly et sa fille Olyve, Wynd donne un coup de main au Noir de Jet, l’échoppe tenue par Molly, et profite de la moindre accalmie en cuisine pour s’éclipser sur les toits, et observer de loin les jardins royaux, car il n’est pas indifférent au charme de Ronsse, l’apprenti jardinier.

Cependant, Wynd cache un secret qui lui gâche la vie: ses oreilles pointues, signe qu’il appartient aux Sang-Blet, réceptacles d’une magie corruptrice dont les humains doivent s’éloigner à tout prix. Le jeune garçon doit donc dissimuler sa nature véritable à tout moment, sous peine d’être traqué et tué par les soldats du Roi, dont le plus redoutable est celui que l’on nomme l’Écorché, dont l’efficacité notoire a causé la mort de nombreux sang-blet qui tentaient de trouver une vie normale dans l’enceinte de Tubeville.

De son côté, Ronsse, l’apprenti jardinier, rend visite à son ami d’enfance le prince Yorik, qui va devoir très bientôt devoir reprendre les rênes du royaume et perpétuer les Lois du Sang et l’épuration ethnique qui en constituent la base. Mais un complot se trame pour l’accession au trône, et Yorik n’est plus en sécurité. Yorik, Ronsse, Wynd et Olyve vont se retrouver embarqués dans une quête effrénée pour quitter Tubeville devenue inhospitalière, afin de rallier Norport.

Remarqué pour son passage sur Batman et Justice League, James Tynion IV livre une œuvre plus personnelle et nous introduit à un univers original empruntant à la fantasy. Dès les premiers chapitres, l’auteur parvient à mettre en lumière un protagoniste attachant et un casting cohérent qui fonctionne parfaitement sur l’ensemble de l’album, et promet même une épopée enrichissante sur les deux autres tiers de la trilogie.

L’album sait prendre son temps pour nous familiariser avec ses héros, les enjeux et les règles de son univers, et faisant preuve d’une étonnante maturité dans ses dialogues et dans le traitement de la psychologie des personnages.

Avec subtilité et sans forceps, le scénariste imprègne son histoire de la thématique essentielle de l’acceptation de soi, mais aussi de celle de la quête d’identité. Les univers fantasy sont souvent le terrain propice à la parabole sur le racisme, et Wynd en fait ici les frais, ce qui donne une profondeur supplémentaire à cette série qui montre déjà de grandes qualités d’écriture.

Michael Dialynas nous emmène dans des décors parfois intimistes, parfois grandioses, avec des paysages urbains mais aussi une nature sauvage et indomptée, empli de créatures bigarrées, qui peuvent se révéler majestueuses, effrayantes ou attendrissantes.

Wynd est donc une sacré bonne surprise, le seul point négatif, et il n’est toutefois pas des moindres, c’est qu’il va falloir attendre la suite !!

*****·BD·Jeunesse

La Princesse Guerrière

La BD!

Histoire complète (plus ou moins) en 162 pages, écrite et dessinée par Alexander Utkin. Parution le 25/08/2021 aux éditions Gallimard Jeunesse.

Pendant ce temps dans les steppes

Coup de coeur! (1)

Dans le précédent article, nous faisions connaissance avec le Roi des Oiseaux, grâce à Gamaïoun, la femme oiseau qui sait tout et se fait un devoir de nous raconter les meilleures histoires qu’elle a en mémoire.

Cette fois, elle prolonge le récit aux multiples ramifications qu’elle avait entamé dans le précédent opus. On débute notre épopée aux côtés de Vassilissa, qui pour sauver son père des machinations de sa perfide marâtre, doit se rendre auprès de la redoutée Baba Yaga, au cœur de la forêt, et passer plusieurs épreuves mortelles. Pour cela, elle sera aidée par sa petite poupée, artefact magique hérité de sa mère, et qui pourrait bien la tirer d’un mauvais pas ou deux.

Les circonvolutions de la légende nous mèneront ensuite aux côtés de John, fils benjamin d’un roi insulaire du Sud, qui brave à son tour les dangers de la forêt et passe un accord avec Baba Yaga pour sauver son père malade. Après l’échec de ses frères aînés, John réussit à récolter les pommes d’or tant convoitées mais doit faire face à leur trahison. Et c’est là qu’intervient la fameuse Princesse Guerrière, qui a bien l’intention d’obtenir réparation suite au vol de ses pommes.

Ba-ba-ba, Baba Yaga

Alexander Utkin nous régale encore une fois en puisant dans le folklore slave ! Ce second opus s’articule lui aussi autour d’un récit choral et interconnecté, ce qui nécessite, non pas pour une bonne compréhension mais plutôt pour un plaisir optimal de lecture, d’avoir lu attentivement le Roi des Oiseaux, afin de saisir toutes les connexions qui unissent ces histoires extraordinaires.

Le ton est toujours naïf, certes, manichéen diront certains, mais après tout, ce sont des contes, des morceaux de sagesse populaire pleins de magie et de créatures en tous genres, censés nous communiquer une morale. Les personnages sont toujours attachants, de John le prince sous-estimé à la Poupée en passant par la Baba Yaga (que je ne connaissais qu’à travers la série Hellboy, et donc pas forcément sous un jour très favorable), et participent à donner à cet ensemble un caractère intemporel.

Côté graphique, Utkin fait encore des merveilles, à travers un trait gras aussi épais que naïf. Son bestiaire notamment, est fascinant, empli de créatures chimériques qu’un Guillermo Del Toro lui envierait certainement.

La Princesse Guerrière confirme le talent de son auteur, un coup de cœur assurément !

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Supergroom #2: La Guerre Olympique

Second tome de 82 pages de la série écrite par Fabien Vehlmann et dessinée par Yohann. Parution le 10/09/2021 aux éditions Dupuis, bien sûr.

Panthéon moderne

Après des débuts fracassants, Supergroom le justicier belge, s’est retiré momentanément du game super héroïque, pour plusieurs raisons. Premièrement, sa première aventure, initiée comme une farce, ou du moins une satire du monde moderne, a provoqué des émules involontaires qui ont coûté la vie à Lubna, une jeune idéaliste qui a vu dans le nouveau justicier. Ensuite, il se trouve que le masque du groom cache en réalité notre bon vieux Spirou, qui n’a tout de même pas que ça à faire.

Occupé qu’il est à réduire son empreinte écologique, Spirou sera bien malgré lui happé dans une nouvelle aventure, avec des enjeux toujours aussi élevés: la vie ou la mort !

Incarnant de nouveau Supergroom, Spirou sera catapulté en plein milieu d’une compétition opposant toutes sortes de super-héros, du plus déterminé au plus ubuesque, où tous les coups sont permis. Tout ça serait banal si Supergroom était un..vrai super-héros. Seulement, voilà, en dépit de toute sa bonne volonté, Spirou ne peut pas s’improviser justicier, et fera office, au mieux d’outsider ou de gentil faire-valoir, au pire, de chair à canon…

Alors que les épreuves s’enchaînent, Spirou doit lutter pour sa survie tout en cherchant à percer à jour les commanditaires de la Worldwide Olympic War pour le compte de la B.A.D.A.S.S.

Après un premier tome sympathique qui transposait l’iconographie superhéroïque sur notre bon vieux continent, le groom masqué reprend du service dans un second tome que, en toute franchise, nous n’attendions pas en cette rentrée chargée de parutions en tous genres.

Il faut bien avouer que la greffe a pris pour cette suite, résolument tournée vers le fun et l’action. L’auteur exploite encore davantage les thèmes comics, avec cette fois pléthore de justiciers costumés, dont la plupart tire ses pouvoirs de prouesses technologiques, afin de conserver un aspect vraisemblable, en tous cas au moins autant que le spirouverse classique.

Malgré tout ça, Spirou n’en oublie pas pour autant sa veine écologique, ce qui donne lieu à quelques commentaires bien sentis sur nos modes de vie consuméristes.

La thématique de la battle royale sur une île, quant à elle, fleure le déjà-vu, et le contenu des épreuves peut paraître répétitif dans sa forme, mais rappelle bien, par son nom (Olympic War) l’aspect mythologique des super-héros.

Malgré tout ça, voir Spirou ballotté comme un fétu de paille, regardé avec dédain par ses comparses justiciers, renforçant ainsi son syndrome de l’imposteur, ajoute une touche de dérision à l’ensemble et rend notre célèbre aventurier encore plus attachant.

Ce tome 2 poursuit l’aventure avec dynamisme et humour, deux prérequis pour une bonne série jeunesse.

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La Brigade des cauchemars #5 : Léonard

Cinquième tome de 62 pages de la série écrite par Franck Thilliez, dessinée par Yomgui Dumont et mise en couleurs par Drac. Parution le 16/09/2021 aux éditions Jungle, collection Jungle Frissons.

Dans le terrier noir du Lapin Blanc

Coup de coeur! (1)

Les rêves sont une part importante de notre vie, de par le temps que notre cerveau y consacre et de par l’impact qu’ils peuvent avoir sur nous lorsque nous sommes éveillés. Le Professeur Angus le sait bien, car il dirige une clinique du sommeil tout à fait particulière. En effet, ce scientifique, qui vit isolé dans la campagne, dirige la Brigade des Cauchemars, un groupe dont la spécialité est de s’infiltrer dans les cauchemars récurrents de jeunes patients afin de régler le problème à la source.

Pour ce faire, la Brigade exploite une technologie révolutionnaire, qui permet de donner une dimension physique aux rêves, permettant ainsi l’exploration. Attention toutefois: il faut être sorti du rêve avant le réveil du patient, sous peine de se voir littéralement coincé dans sa tête. Autre phénomène qui a son importance, tout ce qui fait partie du rêve se matérialise, si bien que le monde onirique d’une personne peut, si on le laisse sortir, se manifester réellement…

La Brigade des Cauchemars est composé de Tristan, le fils du Professeur, d’Esteban, puis de Sarah, une ancienne patiente. Tristan, paraplégique depuis un tragique accident, voit dans l’exploration des rêves une forme d’affranchissement de ses contraintes physiques, tandis qu’Esteban y a trouvé des réponses troublantes sur ses origines (voir tome 3). L’ultime mission du trio est d’explorer les rêves de Léonard, un ancien patient du Professeur qui retient son épouse Alice, la mère de Tristan, en otage dans sa tête. Quels pièges mortels attendent nos héros dans la psyché torturée du jeune cobaye ?

Dans les bras de Mort-Fée

Voici la conclusion des aventures de la Brigade des Cauchemars, après plusieurs rebondissements et révélations au cours des quatre précédents tomes. L’écriture au cordeau de Franck Thilliez permet d’établir une intrigue solide et captivante, même si l’on peut reprocher une conclusion, comme souvent dans ces cas-là, trop hâtive. Le cœur de l’album génère toutefois suffisamment de tensions quant au sort de nos héros et à l’accomplissement de leur mission de sauvetage.

L’ambiance de ce tome est cohérente avec l’ensemble de la série, et ajoute un soupçon de thriller politico-militaire, avec les sempiternels méchants qui veulent exploiter la technologie des rêves à des fins belliqueuses. L’intervention de ses lascars en treillis ne gâche cependant pas l’intrigue, même si l’on se doit de souligner leur caractère franchement caricatural.

Côté caractérisation, j’ai noté un effacement assez net du personnage d’Esteban depuis les révélations à son sujet, ce qui à mon sens est largement préjudiciable, comme si l’auteur n’avait pas souhaité, par peur de manquer de temps ou de matière, se pencher sur le vertige existentiel qui devrait le traverser depuis qu’il a découvert la vérité (je n’en dis pas davantage afin d’éviter le spoil, mais il y a, je pense, pas mal à discuter sur ce point).

Dans son ensemble, la Brigade des Cauchemars est une excellente série jeunesse, qui saura captiver les jeunes lecteurs, les emportant manu militari dans les méandres désespérés des mauvais rêves.

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Le Roi des Oiseaux

Album de 176 pages écrit et dessiné par Alexander Utkin. Parution aux éditions Gallimard Jeunesse le 26/08/2020.

La guerre de Troie aura bien lieu.

Les pommes, c’est bon. Mais mythologiquement parlant, ce fruit mi-juteux mi-farineux a une tendance assez marquée à provoquer des catastrophes. Demandez à Adam et Eve, demandez aux grecs et au troyens, aux Hespérides, ou encore, aux rois des animaux qui règnent sur les steppes.

Le Roi des Oiseaux, personnage éponyme, est pris malgré lui dans une guerre contre les mammifères, à la suite d’une dispute entre une souris et un moineau au sujet d’un pomme d’immortalité en or. Affaibli par cette escarmouche, le Roi des Oiseaux se crashe dans la forêt, pour ensuite se trouver à la merci d’un Marchand, qui décide contre toute attente de lui offrir son hospitalité, considérant qu’il a obtenu d’un serpent le don de parler aux animaux.

Trois années passent, avant que le Roi des Oiseaux ne recouvre ses forces. Reconnaissant envers le Marchand, il va l’emmener avec lui visiter ses trois sœurs, dont l’une va le récompenser d’un coffre magique que l’honnête homme va fièrement ramener chez lui, sans se douter du nombre de péripéties que ce cadeau va engendrer….tout ça à cause d’une pomme.

Si Slave, c’est qui s’nettoie, si ce n’est toi, c’est donc ton frère.

Alexander Utkin utilise le folklore slave pour construire ce conte habile et enchanteur, parcouru de quêtes imbriquées les unes dans les autres. L’imaginaire russe n’est d’ailleurs pas le seul convoqué par l’auteur, qui va saupoudrer le tout d’imagerie sud-américaine ou encore nordique.

Le ton, comme le graphisme, sont légers, presque naïfs, et vont entraîner le lecteur dans une odyssée marquée de joie et d’émotions. Les thèmes convoqués, que ce soit l’honnêteté, la famille, l’amitié, l’amour ou la persévérance, conviennent donc bien à cet album familial, dont les pages au grain grossier viennent sublimer le trait gras et les couleurs pastel.

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Green Lantern Legacy

Histoire complète en 126 pages, écrite par Minh Lê et dessinée par Andie Tong. Parution en France le 10/09/2021 aux éditions Urban Comics, dans la collection Urban Link.

En plein jour ou dans la nuit noire…

Tai Phan est un adolescent américain typique. Passionné de dessin, gentil et attentionné, il a tissé des liens très étroits avec sa grand-mère Kim, qui, après avoir émigré du Viêt-Nam vers les États-Unis, a ouvert une boutique, qui est devenue au fil des décennies la clef de voûte communautaire. La grand-mère de Tai est une femme sage et respectée dans tout le quartier, auquel elle a consacré beaucoup de temps. Mais même les icônes ne sont pas éternelles, et Kim, âgée, finit par quitter ce monde, laissant à Tai un héritage bien singulier: l’anneau de jade qu’elle portait constamment au doigt, et qui semble avoir des propriétés toutes particulières…

Ce que Tai va découvrir avec stupéfaction, c’est que la bague de sa mère-grand n’était pas une simple babiole, mais un des objets les plus puissants de l’univers DC: un anneau de pouvoir, alimenté par la Batterie Verte de la Volonté. Kim était donc, à l’insu de tous, membre du corps des Green Lanterns, milice intergalactique chargée par les Gardiens de l’Univers de faire régner l’ordre et la paix dans chaque galaxie.

Choisi à son tour par l’anneau, Tai est désormais doté d’un pouvoir limité seulement par son imagination. C’est donc une double épreuve qui se profile pour le jeune garçon: faire le deuil de cette grand-mère adorée dont il découvre peu à peu le véritable passé, et maîtriser les pouvoirs de l’anneau afin de se montrer digne de son héritage. Car Kim était un membre éminent des Lanternes Vertes, qui a protégé des années durant la Terre de la convoitise de Sinestro, un Lantern renégat doté de l’anneau jaune, matérialisation de la Peur.

Les ennuis de Tai ne s’arrêtent pas là, puisque la vie à Coast City n’a jamais été de tout repos pour les minorités ethniques. Harcelé par des bigots et des racistes, Tai sent monter en lui la tentation d’user de son pouvoir pour rectifier quelques injustices. Sera-t-il assez courageux pour respecter le serment des Green Lanterns ?

Affaires de famille

L’univers DC, au fil de décennies d’existence, fut marqué par un phénomène finalement assez commun dans les comics, à savoir la question transgénérationnelle et la transmission des identités secrètes. On peut citer en exemples le personnage de Flash, qui a connu pas moins de trois générations de héros, qui se sont transmis sinon les pouvoirs, du moins le titre. Ces noms-héritages se retrouvent aussi, dans une moindre mesure, chez Green Lantern, dont le nom représente pas moins de quatre ou cinq personnages distincts, sans parler du corps lui-même qui compte des milliers de membres.

L’idée du passage de flambeau est donc très présente dans les comics, sans doute motivée par leur longévité exceptionnelle (plus de 80 ans maintenant) et donc par la nécessité d’apporter au lectorat des personnages dans lesquels ils peuvent se projeter. Bien souvent, l’héritier commence l’aventure comme un novice naïf, qui ignore tout de l’univers dans lequel il s’apprête à plonger et le découvre peu à peu, ce qui en fait un substitut idéal pour les jeunes lecteurs.

Proposer une version hors-continuité du personnage en en faisant un adolescent se révèle donc assez logique de ce point de vue. L’auteur y a ensuite implémenté une part importante de son propre vécu, puisqu’il traite des difficultés d’intégration pour les communautés émigrées, et du fléau du racisme et de la xénophobie.

Thématiquement, immigration, identité transgénérationnelle et héritage culturel vont opportunément de pair avec les voyages interstellaires et l’aspect cosmique induit par le lore des Green Lanterns. En effet, comme chacun sait, les lanternes sont toutes alimentées par une émotion en fonction de leur couleur (vert=volonté, bleu=espoir, indigo=compassion, orange=avarice, rouge=colère, rose=amour et jaune=peur).

Il est donc finalement très cohérent que l’armée des Green Lanterns, cosmopolite et composée d’espèces vivantes toutes différentes, soit armée du pouvoir donné par la volonté et le courage, alors que les ennemis, motivés par la peur, créent la division en disant rechercher l’ordre. Il n’est pas étonnant, à ce titre, de voir la couleur jaune savamment reliée aux personnages racistes qui essaiment dans GLL, ou que le nom de l’antagoniste commence par un X. Si l’on cherche bien, on s’aperçoit également que l’auteur y va de sa critique de la gentrification, avec ce même personnage qui tente de racheter un quartier communautaire dans le but de le « réhabiliter ».

Le tout est donc habilement écrit, centré autour des personnages, mais contient tout de même quelques poncifs, pas nocifs, mais qui prêteraient tout de même les lecteurs les plus désabusés à sourire. Green Lantern Legacy remanie donc utilement le personnage en utilisant des thèmes sociétaux cruciaux, dans un habillage estampillé jeunesse qui demeure toutefois agréable à lire.