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Le Roi des Oiseaux

Album de 176 pages écrit et dessiné par Alexander Utkin. Parution aux éditions Gallimard Jeunesse le 26/08/2020.

La guerre de Troie aura bien lieu.

Les pommes, c’est bon. Mais mythologiquement parlant, ce fruit mi-juteux mi-farineux a une tendance assez marquée à provoquer des catastrophes. Demandez à Adam et Eve, demandez aux grecs et au troyens, aux Hespérides, ou encore, aux rois des animaux qui règnent sur les steppes.

Le Roi des Oiseaux, personnage éponyme, est pris malgré lui dans une guerre contre les mammifères, à la suite d’une dispute entre une souris et un moineau au sujet d’un pomme d’immortalité en or. Affaibli par cette escarmouche, le Roi des Oiseaux se crashe dans la forêt, pour ensuite se trouver à la merci d’un Marchand, qui décide contre toute attente de lui offrir son hospitalité, considérant qu’il a obtenu d’un serpent le don de parler aux animaux.

Trois années passent, avant que le Roi des Oiseaux ne recouvre ses forces. Reconnaissant envers le Marchand, il va l’emmener avec lui visiter ses trois sœurs, dont l’une va le récompenser d’un coffre magique que l’honnête homme va fièrement ramener chez lui, sans se douter du nombre de péripéties que ce cadeau va engendrer….tout ça à cause d’une pomme.

Si Slave, c’est qui s’nettoie, si ce n’est toi, c’est donc ton frère.

Alexander Utkin utilise le folklore slave pour construire ce conte habile et enchanteur, parcouru de quêtes imbriquées les unes dans les autres. L’imaginaire russe n’est d’ailleurs pas le seul convoqué par l’auteur, qui va saupoudrer le tout d’imagerie sud-américaine ou encore nordique.

Le ton, comme le graphisme, sont légers, presque naïfs, et vont entraîner le lecteur dans une odyssée marquée de joie et d’émotions. Les thèmes convoqués, que ce soit l’honnêteté, la famille, l’amitié, l’amour ou la persévérance, conviennent donc bien à cet album familial, dont les pages au grain grossier viennent sublimer le trait gras et les couleurs pastel.

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Green Lantern Legacy

Histoire complète en 126 pages, écrite par Minh Lê et dessinée par Andie Tong. Parution en France le 10/09/2021 aux éditions Urban Comics, dans la collection Urban Link.

En plein jour ou dans la nuit noire…

Tai Phan est un adolescent américain typique. Passionné de dessin, gentil et attentionné, il a tissé des liens très étroits avec sa grand-mère Kim, qui, après avoir émigré du Viêt-Nam vers les États-Unis, a ouvert une boutique, qui est devenue au fil des décennies la clef de voûte communautaire. La grand-mère de Tai est une femme sage et respectée dans tout le quartier, auquel elle a consacré beaucoup de temps. Mais même les icônes ne sont pas éternelles, et Kim, âgée, finit par quitter ce monde, laissant à Tai un héritage bien singulier: l’anneau de jade qu’elle portait constamment au doigt, et qui semble avoir des propriétés toutes particulières…

Ce que Tai va découvrir avec stupéfaction, c’est que la bague de sa mère-grand n’était pas une simple babiole, mais un des objets les plus puissants de l’univers DC: un anneau de pouvoir, alimenté par la Batterie Verte de la Volonté. Kim était donc, à l’insu de tous, membre du corps des Green Lanterns, milice intergalactique chargée par les Gardiens de l’Univers de faire régner l’ordre et la paix dans chaque galaxie.

Choisi à son tour par l’anneau, Tai est désormais doté d’un pouvoir limité seulement par son imagination. C’est donc une double épreuve qui se profile pour le jeune garçon: faire le deuil de cette grand-mère adorée dont il découvre peu à peu le véritable passé, et maîtriser les pouvoirs de l’anneau afin de se montrer digne de son héritage. Car Kim était un membre éminent des Lanternes Vertes, qui a protégé des années durant la Terre de la convoitise de Sinestro, un Lantern renégat doté de l’anneau jaune, matérialisation de la Peur.

Les ennuis de Tai ne s’arrêtent pas là, puisque la vie à Coast City n’a jamais été de tout repos pour les minorités ethniques. Harcelé par des bigots et des racistes, Tai sent monter en lui la tentation d’user de son pouvoir pour rectifier quelques injustices. Sera-t-il assez courageux pour respecter le serment des Green Lanterns ?

Affaires de famille

L’univers DC, au fil de décennies d’existence, fut marqué par un phénomène finalement assez commun dans les comics, à savoir la question transgénérationnelle et la transmission des identités secrètes. On peut citer en exemples le personnage de Flash, qui a connu pas moins de trois générations de héros, qui se sont transmis sinon les pouvoirs, du moins le titre. Ces noms-héritages se retrouvent aussi, dans une moindre mesure, chez Green Lantern, dont le nom représente pas moins de quatre ou cinq personnages distincts, sans parler du corps lui-même qui compte des milliers de membres.

L’idée du passage de flambeau est donc très présente dans les comics, sans doute motivée par leur longévité exceptionnelle (plus de 80 ans maintenant) et donc par la nécessité d’apporter au lectorat des personnages dans lesquels ils peuvent se projeter. Bien souvent, l’héritier commence l’aventure comme un novice naïf, qui ignore tout de l’univers dans lequel il s’apprête à plonger et le découvre peu à peu, ce qui en fait un substitut idéal pour les jeunes lecteurs.

Proposer une version hors-continuité du personnage en en faisant un adolescent se révèle donc assez logique de ce point de vue. L’auteur y a ensuite implémenté une part importante de son propre vécu, puisqu’il traite des difficultés d’intégration pour les communautés émigrées, et du fléau du racisme et de la xénophobie.

Thématiquement, immigration, identité transgénérationnelle et héritage culturel vont opportunément de pair avec les voyages interstellaires et l’aspect cosmique induit par le lore des Green Lanterns. En effet, comme chacun sait, les lanternes sont toutes alimentées par une émotion en fonction de leur couleur (vert=volonté, bleu=espoir, indigo=compassion, orange=avarice, rouge=colère, rose=amour et jaune=peur).

Il est donc finalement très cohérent que l’armée des Green Lanterns, cosmopolite et composée d’espèces vivantes toutes différentes, soit armée du pouvoir donné par la volonté et le courage, alors que les ennemis, motivés par la peur, créent la division en disant rechercher l’ordre. Il n’est pas étonnant, à ce titre, de voir la couleur jaune savamment reliée aux personnages racistes qui essaiment dans GLL, ou que le nom de l’antagoniste commence par un X. Si l’on cherche bien, on s’aperçoit également que l’auteur y va de sa critique de la gentrification, avec ce même personnage qui tente de racheter un quartier communautaire dans le but de le « réhabiliter ».

Le tout est donc habilement écrit, centré autour des personnages, mais contient tout de même quelques poncifs, pas nocifs, mais qui prêteraient tout de même les lecteurs les plus désabusés à sourire. Green Lantern Legacy remanie donc utilement le personnage en utilisant des thèmes sociétaux cruciaux, dans un habillage estampillé jeunesse qui demeure toutefois agréable à lire.

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Eli & Gaston #2 La Forêt des souvenirs

Second tome de la série écrite par Ludovic Villain et dessinée par Céline Dérégnaucourt. Parution le 17/09/2021 aux éditions Ankama.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Voir sans oublier

Eli et son chat Gaston sont inséparables. La jeune fille espiègle est revenue passer les vacances d’automne chez sa grand-mère Jo, qui vit à l’orée d’une immense forêt. Un soir, alors qu’Eli confesse son ennui à son félin ami, Mia, une chatte sauvage qui ne laisse pas Gaston insensible, débarque pour prévenir ses amis qu’un voleur est entré dans la maison.

Le sang d’Eli ne fait qu’un tour et la voilà descendue dans la cave, où une silhouette masquée est effectivement en train de fouiller les affaires de Jo. Malgré leur ardeur, ni Eli, ni Gaston, ni Mia ne parviendront à stopper le voleur, qui prend la poudre d’escampette avec une mystérieuse carte. Après quelques investigations, Eli découvre l’identité du coupable: Hermine, une jeune fille au caractère revêche, qui vit en plein cœur de la forêt avec son grand-père Edmond, qui est l’un de ses derniers gardiens.

Hermine et Edmond sont à la recherche de la Fleur de Lune, qui ne pousse qu’une fois tous les 100 ans, et qui permet à celui qui la cueille de retrouver tous ses souvenirs. Et le vieil homme, gagné par la sénescence, en a bien besoin afin de transmettre son vaste (et nébuleux) savoir à sa petite-fille qui doit lui succéder. Eli & Gaston s’engagent donc dans une quête sylvestre pour trouver la Fleur de Lune. Quels dangers devront-ils braver pour atteindre leur but ?

Le premier tome d’Eli & Gaston faisait mouche grâce à un univers à la fois naïf et profond, des personnages attachants et de belles thématiques, mises en valeurs par le trait accueillant et enfantin de Cécile Dergnaucourt. La recette est ici la même, avec quelques ingrédients supplémentaires qui satisferont les lecteurs séduits par le premier tome.

Le ton est léger, mais les enjeux sont clairement établis et le danger, s’il ne fait jamais réellement craindre pour la vie de notre duo, reste quand même suffisamment sérieux pour conserver notre intérêt jusqu’à la fin de l’album. L’album, qui peut se lire indépendamment du premier, traite avec poésie de sujets intéressants, comme celui de la transmission du savoir et des traditions, la discipline et la volonté d’apprendre, ou encore le lien qu’un individu conserve avec son propre passé et qui constitue une part même de son identité.

Graphiquement très travaillé, cet album jeunesse doux et philosophe ravira sans doute les jeunes lecteurs et lectrices.

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Les gardiennes d’Aether

La BD!

Premier tome de 46 pages d’une série écrite par Olivier Gay, dessinée par Jonathan Aucomte. Parution aux éditions Drakoo le 01/09/2021. 

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Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

The Unchosen One

Le Royaume de Valania jouit d’une paix qui va de pair avec la prospérité de ses habitants. Cette paix ne va bien entendu pas durer, puisqu’elle sera fortement perturbée par le déferlement de monstres insectoïdes insensibles à toutes les armes conventionnelles de Valania, qu’elles soient magiques ou technologiques. 

Aether, un gentil nicodème, qui officie en tant que serviteur pour la famille royale, passe innocemment sa serpillère quotidienne tout en se faisant houspiller par la princesse Tatianna Louisdottir, lorsque surgissent les monstres dans le palais. Meeri, amie d’enfance d’Aether et garde royale de son état, ne tarde pas à débouler pour sauver celui qu’elle aime, et accessoirement, la capricieuse princesse aux pouvoirs magiques. 

Lorsque le trio se retrouve encerclé et que ni les talents de bretteuse se Meeri ni la magie de Tatianna ne parviennent à les sortir de ce mauvais pas, Aether, dans le feu de l’action, saisit une épée qui prenait la poussière dans un couloir du palais, pour se défendre. Et il fait bien plus que se défendre. En effet, l’épée se révèle être le seul moyen de tuer les créatures. Seul problème, l’épée ne s’active plus que pour Aether, lui qui n’a jamais été un combattant et semble pas prêt de le devenir… 

Le trio parvient néanmoins à fuir le palais, ravagé par les cafards géants et se retrouve aux mains d’Opale, une pirate roublarde habituée à tirer parti de toute situation, aussi inattendue soit-elle. Ce quatuor improbable est donc le seul espoir de sauver ce qu’il reste de Valania. 

Olivier Gay, connu pour ses travaux littéraires, s’est récemment mis à la BD sous la houlette d’Arleston et de son label Drakoo. Comme vu précédemment dans Démonistes, l’ombre du créateur de Lanfeust planait encore au-dessus des créations prétenduement originales de Drakoo, menaçant d’annihiler son concept-même. On constate ici avec un certain soulagement que l’empreinte se fait moins forte, on sent que l’auteur prend ses marques et parvient à imposer son style. Un style qui n’est cependant pas complètement étranger à celui d’Arleston, certes, mais qui a le mérite d’exister par lui-même sans s’échiner à singer « le maître ». 

C’est toutefois dans les thématiques que se devine le plus l’influence arlestonienne. Un héros naïf, presque inepte, entouré de femmes fortes se disputant plus ou moins son affection, cela nous ramène immédiatement à ce bon vieux Lanfeust de Troy. Le fait qu’il possède un pouvoir/Macguffin le rendant unique n’arrange rien, et pourtant, le tout demeure digeste sans verser dans le déjà-vu. L’auteur évite cet écueil grâce à une finesse d’écriture qui transparaît autant dans les dialogues qu’au travers des récitatifs, à l’humour bien senti et jamais lourdingue. 

De façon générale, sur le plan narratif, il est toujours opportun de mettre au centre de l’intrigue le personnage qui est le moins bien placé pour la résoudre, ou, s’il est tout de même compétent, de lui ajouter des handicaps importants. On pense par exemple à Frodon, le paisible hobbit qui n’a jamais quitté sa Comté natale, qui doit amener l’Anneau Unique, soit l’objet le plus dangereux de l’univers de Tolkien, à la Montagne du Destin se trouvant sur les terres les plus dangereuses. On peut aussi se rappeler de John McLane, policier astucieux, qui doit arrêter des terroristes et sauver sa femme…pieds nus dans une tour de verre. 

Il est par conséquent très astucieux de la part d’Olivier Gay de confier la seule arme en mesure de juguler la menace à Aether, qui ne sait pas se battre, l’ironie s’en trouvant décuplée lorsqu’on compend que son amie Meeri est la plus fine lame du pays.  Le quatuor fonctionne très bien malgré la brièveté du format, l’auteur parvenant à mettre en scène des personnalités fortes et distinctes. Pour les amateurs de pop-culture, attendez vous à de nombreuses références, diverses mais bien choisies.

Côté graphique, on est très agréablement surpris par le talent de Jonathan Aucomte, dont c’est ici le premier album. Décors soignés, expressions travaillées, tout y est pour mettre en images l’univers du scénariste et son humour.  

Pour cette nouvelle série, Olivier Gay monte d’un cran et expose son talent de façon plus affirmée, ce que l’on doit sans doute à une prise de distance de l’éditeur, ou à une émancipation du romancier.

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Green Class #3: Chaos Rampant

La BD!

Troisième tome de la série écrite par Jérôme Hamon et dessinée par David Tako. Parution aux éditions du Lombard le 23/04/2021.

Rempart K.O.

Pour Naïa, Noah, Lucas, Sato, Beth et Linda, le temps de l’insouciance est loin, si tant est que ces jeunes marginaux canadiens aient déjà été insouciants. Retenus malgré eux en Amérique durant une classe verte, ils ont assisté à l’avènement d’un virus mortel transformant ses victimes en créatures mi-fongiques, mi-bestiales.

Sans pouvoir rien y faire, le groupe s’est retrouvé enfermé dans une zone de quarantaine supposée contenir, derrière une immense muraille, l’infection galopante. Malheureusement, Noah a été infecté, et s’est inexorablement transformé, au grand désespoir de sa sœur. Au fil du temps, Noah a développé d’étranges facultés lui permettant de contrôler les autres infectés. Bien vite, l’armée a mis son grain de sel, laissant nos héros penser qu’elle n’était pas étrangère à l’apparition de ce virus.

A l’issue du tome 2, Noah était cependant brutalement démembré par d’autres infectés, plongeant nos héros juvéniles dans le désespoir le plus total. Que vont faire les survivants maintenant que leur ami n’est plus ? Vers qui se tourner dans un monde hostile où chaque faction semble avoir des choses à cacher ?

Lovecraft va à l’H.P. (SPOILER)

Pour ce troisième tome, Jérôme Hamon change de braquet et prend les attentes du lecteur à rebours en dévoilant les origines de la pandémie. Attention spoiler, l’auteur va lorgner directement et sans concession dans le lore lovecraftien pour expliquer les événements des deux premiers tomes. Ce qui s’annonçait comme un teenage survival post-apocalyptique devient donc un space horror directement inspiré du créateur du genre.

Plus tôt cette année, Créatures, de Stéphane Betbeder et Djief, amorçait également ce virage lovecraftien sur un terrain jeunesse. La révélation intervenait cependant dès le premier tome, ce qui empêchait le lecteur de se projeter et d’anticiper sur la suite du scénario.

Jérôme Hamon prend donc ici un risque considérable puisqu’il fait prendre à sa série un virage susceptible d’en altérer à la fois le message et la portée. En effet, introduire cet élément au troisième tome implique d’implémenter des règles et des concepts qui nécessiteront forcément une nouvelle exposition, ce qui risque de brouiller le lecteur.

Après vérification, il semblerait que les œuvres de H.P. Lovecraft soient tombées dans le domaine public il y a déjà quelque temps, ce qui permettra à d’autres auteurs d’intégrer l’écrivain de Providence dans leurs propres récits.

Si la référence directe est la principale preuve d’amour que l’on puisse faire à Lovecraft, elle peut aussi être à la longue perçue comme le signe d’une paresse scénaristique ou d’un manque d’originalité. Perdu dans un scénario pandémique dont on ne sait pas comment se dépatouiller ? Pas envie de passer les origines du mal sous silence, comme dans The Walking Dead ou Y, The Last Man ? Pas de problème, sortez votre Lovecraft en poudre pour une solution instantanée !

Les fans du genre seront contents, les autres y verront peut-être un éclair de génie, et, avantage ultime, il devient superfétatoire de caractériser les antagonistes, puisqu’après tout, un Grand Ancien reste un Grand Ancien, sa malveillance cosmique intrinsèque suffit pour avoir envie de détruire la planète.

Sur le reste de l’intrigue, alors que les deux premiers tomes étaient centrés sur la protection de Noah, on doit avouer ici que sa disparition plonge le scénar dans un gentil chaos (haha) qui force nos héros soit à la neurasthénie (deuil oblige), soit à une course ventre-à-terre dont les enjeux s’aliènent (sauver Noah, sauver le monde ? empêcher le méchant prêcheur de remplir son objectif…).

Il faudra donc lire la suite de la série pour voir si l’auteur parvient à faire fructifier sa référence au maître de l’horreur cosmique pour remettre son récit sur les rails.

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Voro #7: Le tombeau des dieux

Septième tome de 138 pages de la série écrite et dessinée par Janne Kukkonen. Parution chez Casterman le 28/04/2021.

Être ou ne pas être

Après de rocambolesques aventures, Lylia, jeune vaurienne aspirante voleuse, s’est attirée les foudres de la Guilde des Voleurs et du Jarl, ce qui a engendré une série d’évènements funestes dont la jeune fille a vite perdu le contrôle.

A son corps défendant, Lylia a réveillé Ithiel, le dieu de la Flamme, qui une fois ses forces recouvrées a entrepris de marcher à nouveau sur le monde, afin de se venger de la perfidie des hommes qui l’ont précipité jadis dans l’oubli.

Muni de la Pierre de Feu, un puissant artéfact relayant son pouvoir, Ithiel règne sur une armée de géants invincibles, empêchant quiconque de s’interposer. Lylia, quant à elle, a péri en tentant d’arrêter Ithiel. Ce qui est bien dommage, car la jeune voleuse était en possession de la seule arme capable de stopper le génocidaire incendiaire. Avec Lylia perdue au purgatoire, qui pourra empêcher Ithiel de purifier le monde par le Feu ?

L’ennemi de mon ennemi

Mine de rien, Voro atteint ici son troisième cycle, ce qui peut laisser craindre un essoufflement de l’intrigue ou des répétitions. Que nenni, point de redite ici puisque le status quo est renversé, ce qui force notre auteur et ses protagonistes à tenter de nouveaux schémas et à conclure des alliances contre-nature.

Lylia elle-même grandit et murit à l’occasion de son passage dans l’autre monde montrant bien que la série n’a pas encore donné tout son jus. On ne cesse donc d’être surpris avec Voro, et on me dit dans l’oreillette que le tome 8 est déjà sorti. Fichtre !

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Perdus dans le futur #1: La Tempête

Premier tome d’une série en 4 parties, écrit par Damian et dessiné par Alex Fuentes. Parution le 04/06/2021 aux éditions Dupuis.

Le Breakfast Club voyage dans le temps

Pour Sara, Mei, Driss et Arnold, ce qui devait être une sortie de classe tranquille se transforme bien vite en aventure cauchemardesque, à cause de l’intervention de Piero, la terreur de la classe dont le passe-temps principal consiste à rendre la vie impossible à nos quatre amis.

Il faut bien l’avouer, ces pas-si-joyeux drilles ont tout de cibles faciles si l’on se fie aux critères du Harcèlement scolaire pour les nuls: Sara est victime d’un handicap qui l’oblige à se déplacer en béquilles, Arnold est en surpoids, Mei est une HPI affublée de doubles-foyers et Driss, un peu trop basané au goût de certains. Ils sont donc malheureusement des cibles toutes indiquées pour l’aimable Piero.

En voulant leur faire peur une nouvelle fois, la brute provoque une chute qui les entraine tous les cinq au fonds d’un puits, qui se remplit dangereusement durant la tempête qui frappe les ruines du château que la classe visite. En ressortant, les miraculés s’aperçoivent à leur grand désarroi qu’ils ne sont plus chez eux. Toujours sur Terre, semble-t-il, mais dans un futur hostile où rôdent de dangereuses bêtes ! Nos quatre victimes et leur bourreau sauront-ils mettre leurs différends de côté pour sortir de ce mauvais pas ?

Péril jeune face à vieux templiers

En explorant plus avant ce nouveau territoire, nos naufragés du temps vont s’apercevoir que des humains parviennent contre toute attente à subsister dans cet environnement hostile. En effet, le château était autrefois le dernier bastion des Templiers, qui, traqués et persécutés, ont choisi d’utiliser leurs savoirs pour ouvrir un tunnel temporel qui les emmènerait loin de leurs bourreaux. Le problème, c’est que le tunnel est une voie à sens unique, et que les habitants du village de Templiers ne voient pas leur arrivée d’un très bon œil.

En effet, les conditions de vie difficiles ont contraint les templiers à adopter une philosophie malthusienne, voulant que chaque arrivée dans la communauté soit synonyme d’un départ.

Ce premier tome de Perdus dans le Futur nous plonge prestement dans l’action sans ménagement, pour nous faire ensuite découvrir son groupe de personnages attachants. Bien évidemment, les aventures temporelles rocambolesques ne sont finalement que l’écrin dans lequel ces protagonistes vont pouvoir se développer et renforcer leur liens, et l’on assiste au fil de l’album à la rédemption d’une brute antipathique, laissant entrevoir de belles évolutions sur le reste de la série. On apprécie également les thématiques écologiques en sous-texte, bienvenues dans le cadre d’un récit jeunesse.

Le graphisme est lui aussi résolument orienté jeunesse, et fait des étincelles, notamment grâce aux couleurs. En bref, ce premier tome a pour lui une narration fluide et des graphismes agréables, sous tendues par un réseau de personnages attachants et dotés d’une certaine profondeur. A lire !

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Les Géants #3: Bora et Leap

Troisième tome de 48 pages de la série écrite par Lylian, dessinée par Luisa Russo. Parution le 16/06/21 aux éditions Glénat. Encore trois autres tomes à paraître.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Si les pierres pouvaient parler

Depuis quelques temps, la planète donne à ses habitants des signaux de détresse, qui laissent nous prouvent chaque jour un peu plus l’impact négatif de l’Homme sur la nature. Alors que la crise se fait de plus en plus pressante, d’étranges créatures ont fait leur apparition, semble-t-il réveillées par des enfants aux dons extraordinaires.

Ainsi, Erin a-t-elle découvert son lien symbiotique avec Yrso, un géant élémentaire pouvant commander au règne végétal. Peu de temps après, ce sont les dons de Siegfried qui se sont éveillés, et ont fait sortir Adryel, géant des eaux, de sa torpeur. Pendant ce temps, la méga corporation Crossland a fait une découverte sensationnelle dans les glaces polaires: Alyphar, un autre géant énigmatique dont les réelles capacités sont encore inconnues.

Difficile à contrôler, et sans doute attiré irrésistiblement vers ses ennemis naturels, Alyphar s’est échappé et a été stoppé de justesse par l’intervention d’Yrso, Erin, Adryel et Siegfried. Toutefois, Alyphar n’a pas encore atteint son plein potentiel, et lorsqu’il le fera, deux géants et leurs jeunes compagnons ne suffiront pas à l’arrêter.

Alors que le reste du monde s’émerveille ou s’inquiète de ces nouveaux protecteurs, Bora et Leap, deux jumeaux cambodgiens, survivent tant bien que mal dans les rues de Siam Reap. Obligés de mendier pour vivre, ils subissent au quotidien les brimades des passants sans oublier le courroux alcoolisé de leur père.

Leap, douce et sage de nature, évoque régulièrement ses conversations avec les pierres du vieux temple, au grand désespoir de son frère Bora, qui, plus pragmatique, pense que sa sœur affabule afin de fuir leur dure réalité. La dure réalité, c’est plutôt Bora qui devra la digérer, lorsqu’il se retrouvera face à Kyma, une géante de pierre de 8 mètres de haut et pesant 45 tonnes.

Pierre qui roule n’amasse pas mousse

La série jeunesse initiée par Lylian, à qui l’on doit Titouan, Méto, la Famille Fantastique ou encore La Quête d’Ewilan, poursuit son bonhomme de chemin et parvient ainsi à la moitié de son cycle, avec cette fois un changement de dessinateur. La formule reste globalement inchangée, à savoir de jeunes protagonistes au quotidien étouffé par une problématique (Erin était orpheline et isolée, Siegfried était paraplégique et isolé, Bora et Leap vivent dans la misère et la violence) vont s’émanciper grâce à leur ami géant, tout en devant faire face à la convoitise d’une méga corporation qui agit dans l’ombre en ignorant les lois et en manipulant l’opinion publique.

Le thème de la « Mega Corp » est assez répandu dans les récits de genre (on peut citer de mémoire la Weyland-Wutani, OCP, la Tyrell Corp, la Zorg Corporation, Cyberdine, la Fédération du Commerce, etc), et sert souvent à critiquer le monde moderne et ses dérives en offrant une vision dystopique, et souvent à peine exagérée, dans lesquelles ces puissantes entités régissent l’ensemble du monde grâce à leur pouvoir économique, guidées le plus souvent par l’avidité.

Rien de bien neuf ici, donc, cependant il faut constater que c’est un bon moyen de mettre en lumière la thématique écologique sous-tendue par la série. Pour le moment, en revanche, le discours reste assez manichéen dans son ensemble, d’une part par le biais d’un méchant Crossland aux motivations floues, qui se fiche du devenir du monde et tente de contrôler l’incontrôlable personnification du chaos, et d’autre part à travers l’optimisme et la sagesse de ces enfants, à qui tout arrive mais qui arrivent à tout par la force de leur conviction et grâce à leur symbiose avec leurs amis géants.

Point positif, cet album, à défaut de joutes dantesques entre géants, nous éclaire tout de même sur les origines et motivations de ces formidables créatures, approfondissant ainsi la richesse de l’univers mis en place par Lylian.

Un série jeunesse agréable à poursuivre, dont les attraits principaux sont son discours écologique et ses protagonistes attachants.

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Voro #6: L’armée de la Pierre de Feu troisième partie

Troisième tome du second cycle de la série écrite et dessinée par Janne Kukkonen. 140 pages, parution le 14/10/2020 aux éditions Casterman

Mes chers parents, je vole

Son ombre planait insidieusement au dessus du royaume depuis le premier tome, les Trois Rois avaient tenté le tout pour le tout afin de le bannir, mais il est de retour: Ithiel, prince de la Flamme, roi du Brasier, a été ressuscité par Lilya dans le tome 3 suite à un concours de circonstances. 

Désormais revenu au faîte de son pouvoir, et soutenu par sa Tribu du Feu, Ithiel engage la lutte pour remettre la main sur un artefact qui lui permettra de commander à une armée de géants de sa création. Créatures invincibles, ces géants obéissent à quiconque possède la Pierre du Feu, raison pour laquelle elle fut scindée en plusieurs fragments. 

Hélas, manipulée par le prince héritier, Lylia a livré les fragments à la Tribu du Feu, qui est désormais en mesure de mettre ses plans à exécution. L’âge de l’Homme touche-t-il réellement à sa fin ?

Voler la Lune

Anticipée depuis la fin du premier cycle, voici enfin venue la confrontation entre le démon du Feu et notre jeune apprentie voleuse. L’affrontement est à la hauteur de nos attentes, malgré le fossé qui sépare la chapardeuse de son adversaire. L’auteur creuse substantiellement le passé du seigneur du feu, qu fait allusion à une trahison qu’il aurait subie de la part de la mystérieuse Demoiselle de la Lune, évoquée brièvement lors du premier cycle comme étant une icône vénérée autrefois par la Guilde des Voleurs.

Ce choix resserre le champs narratif en liant deux items importants de l’univers imaginé par l’auteur finnois. Et c’est tant mieux, car sur cette fin de cycle, les spécificités de voleuse de Lylia sont nécessairement moins marquées, la jeune fille devenant ici une héroïne un peu plus classique. Il est clair en effet que l’auteur a éclusé durant ces six tomes le potentiel des situations liées au vol et à la ruse, le forçant en quelque sorte à changer de braquet avec sa protagoniste.

Cette fin de cycle porte une teinte résolument plus sombre que les précédentes, mais promet une suite encore plus épique ! Voro confirme son statut d’excellente série jeunesse, à lire !

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Ninja malgré moi

Roman graphique de 128 pages, imaginé par Ricardo et Adara Sanchez et dessiné par Arianna Florean. Parution le 10 mars 2021 aux éditions des Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur fidélité

Dur dur d’être un ninja

Rena n’a pas la vie facile. Victime de phobie sociale, quitter le havre sécurisant du foyer parental est une épreuve qui se répète au quotidien pour elle. A cela s’ajoutent les difficultés inhérentes à la vie d’une adolescente, à savoir les railleries incessantes des bullies et autres contrariétés.

Pour soigner sa phobie, Rena suit une thérapie cognitive qui lui impose de sortir de sa zone de confort par petites étapes, comme lever la main pour s’exprimer en classe ou choisir une activité périscolaire. Un véritable calvaire pour la jeune fille mal dans sa peau, qui n’aspire qu’à être invisible aux yeux d’autrui afin de faire l’économie de la moindre interaction sociale embarrassante.

Un jour, Rena découvre une académie bien singulière, où l’on n’apprend ni le solfège, ni le chant, ni le théâtre, ni toute autre activité qui viendrait à l’esprit pour soigner une phobie sociale, mais une discipline tout à fait singulière, le Ninjutsu. Poussée à la fois par sa thérapeute, par sa mère, son meilleur ami, et les éloges du Maître de l’école, Rena se laisse convaincre et accepte d’intégrer la formation.

En effet, quoi de mieux que l’art de la furtivité pour une jeune fille maladivement timide ?

Commence alors l’initiation de Rena, à qui l’on révèle que les ninjas œuvrent dans l’ombre pour le bien de tous depuis des siècles, et qu’elle est l’objet d’une prophétie promettant aux clans ninja le retour d’un élu doué de capacités exceptionnelles, nommé le Spectre. Loin de la décourager, cette pression supplémentaire permettra à Rena de se dépasser pour dévoiler tout le potentiel qui est en elle.

[Insérer le nom du protagoniste] à l’école des [Insérer une discipline mystique et mystérieuse promettant de l’action et des rebondissements]

Forte de son statut d’élue, Rena progresse rapidement et acquiert progressivement une meilleure confiance en elle. Certes, on ne guérit pas aussi facilement d’une phobie sociale, néanmoins les progrès sont visibles, ce que même la mère de Rena, pourtant absorbée par son travail sur la création d’une nouvelle IA, constate.

Pressée de mettre à l’épreuve ses nouveaux talents, Rena insiste pour se voir confier sa propre mission et découvre alors que son Maître prépare en effet une opération importante à laquelle il a l’intention de l’impliquer.

Avec cette série Shy Ninja (titre en VO), les Humanos lancent une nouvelle collection orientée jeunesse, ce qui se distingue des titres généralement orientés SF et au ton mature que l’on trouve dans leur catalogue.

La particularité de ce récit et qu’il fut initialement inspiré par la fille de l’auteur, Adara Sanchez. Son père, intrigué par le concept, a donc monté ce projet avec l’éditeur en incluant la jeune fille à chaque étape du processus de création, pour aboutir à ce projet, paru initialement dans la branche américaine des Humanoïdes Associés.

Le ton est assez léger bien que la thématique soit sérieuse et que les enjeux existent au sein du récit. L’identification au personnage de Rena fonctionne la plupart du temps, malgré des répliques sarcastiques qui ne font pas toujours mouche et ne semblent a priori pas forcément en phase avec le caractère de Rena et sa phobie sociale.

On se plaît à la voir progresser et maîtriser l’art des ninjas, sans qu’il en soit fait une esbroufe outrancière (pas de combats à la Naruto), cette initiation étant le symbole de sa guérison progressive. Les récits d’empowerment ont de toute façon le vent en poupe, alors autant en profiter et se plonger dans cette BD initiatique avec candeur.

Certes, les lieux communs ne sont pas toujours évités, comme celui de la prophétie et de l’élu. Cependant, les auteurs parviennent à s’en distancier de façon diégétique d’abord, avec quelques répliques ironiques sur cette ficelle narrative suivies d’une révélation à la Blade Runner 2049, puis de façon non-diégétique au travers des bonus qui exposent clairement les influences utilisées.

Ninja Malgré moi est donc un bon divertissement muni d’un message fort d’émancipation, auquel les jeunes lecteurs ne resteront pas insensibles.