***·BD·Nouveau !·Rapidos

Les chimères de Vénus (Gazette)

La BD!
BD d’Alain Ayroles et Étienne Jung
Rue de sèvres (2021), 56p., série en cours, 1 tome paru.
Série dérivée dans l’univers du Château des Étoiles.

L’album a été lu dans sa version gazette, en cinq épisodes parus au printemps 2020, agrémenté de rédactionnels développant l’univers, en parallèle de la prépublication du Château des Étoiles d’Alex Alice. La version reliée reprend la même maquette que la série mère. Le présent billet porte sur les 5/6° de l’album car par un étrange calendrier le dernier épisode de prépublication sort en même temps que l’album relié… L’album relié sort comme d’habitude sous deux formats: classique et GF.

Alors que Séraphin et ses amis bataillent sur Mars contre les forces prussiennes, à Paris le nouveau fleuron de la flotte spatiale française s’apprête à décoller pour la nouvelle colonie impériale de Vénus. A bord une célèbre actrice d’opéra-bouffe compte bien rapatrier son compagnon envoyé au bagne sur cette terrible terre sauvage…

Alex Alice est décidément plein de surprises! Alors que nous entamons la septième année de sa saga spatiale steampunk résolument romantique, l’auteur propose avec le très talentueux Alain Ayroles une série dérivée chargée de développer un background devenu trop touffu pour tenir uniquement dans la série mère. Après avoir eu la surprise de découvrir que les premiers volumes n’étaient qu’un prologue à une conquête spatiale en mode Jules Verne nous voici désormais avec un univers partagé qui compense partiellement la frustration ressentie à la lecture de tous ces articles de la Gazette depuis plusieurs années en découvrant enfin la colonie franco-anglaise de Vénus pendant que les héros du Chateau des étoiles ont maille à partir avec les forces de Bismarck.

Sur un dessin très marqué « animation » le talent de dialoguiste d’Ayroles fait mouche en enchaînant à mille à l’heure l’histoire croisée du poète, bagnard sur l’astre nuageux, et sa muse bien décidée à utiliser ses charmes auprès du magnat chargé de développer le capitalisme spatial pour sauver son amant. L’intrigue est donc simple, prétexte à ce voyage en ether-nef qui se contente de transposer la société impériale du second empire dans cette uchronie SF en nous donnant un premier aperçu d’un sol vénusien très  proche du Jurassique terrestre. Outre cette rigolote transposition que la série mère n’a pas tellement le loisir de développer, trop centrée sur ses héros, les auteurs nous régalent à coup d’inventions assez originales comme cet ascenseur spatial (concept futuriste très sérieusement étudié de nos jours).Le Château des étoiles, Gazette n°14 | Rue de Sèvres

SI on peut dire que ce premier tome n’esquisse qu’un début d’histoire, il ouvre suffisamment de portes passionnantes pour nous entraîner, malgré un dessin très marqué jeunesse et peut-être moins grand-public que celui d’Alice, dans une grande aventure qui se paie le luxe d’aller très vite tout en développant énormément d’éléments de l’univers partagé. Pour le moment pas de véritable croisement à prévoir avec le Château des Étoiles mais une grande aventure steampunk mélangeant bonnes idées et concept rétro volontairement datés comme ces dinosaures vénusiens. Les parallèles entre le Second empire et ce monde futuriste sont très imaginatifs et justifieraient sans doute d’autres spin-off ou même un film, qui ne serait guère étonnant quand on connaît la popularité de la série, les projets avortés d’Alice dans l’Animation et donc le style d’Etienne Jung qui donne l’impression de voir l’adaptation album d’un long métrage d’animation.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·Jeunesse·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Les spectaculaires contre les brigades du pitre

BD de Régis Hautière et Arnaud Poitevin, couleurs de Christophe Bouchard.
Rue de sèvres (2021), série en cours les Spectaculaires , vol. 5., 54 p. par volume.

bsic journalismMerci à Rue de Sèvres pour leur confiance.

couv_416100Le Paris bourgeois est en ébullition! Une bande de clown sème la pagaille en apposant des slogans anarchistes partout dans la capitale… Lorsqu’un baron vient demander les services des Spectaculaires pour retrouver sa femme kidnappée, Pétronille est loin de se douter de l’importance de cette enquête…

Après un épisode très drôle mais en demi-teinte en matière d’intrigue, les Spectaculaires reviennent avec la régularité d’un métronome pour une cinquième aventure de retour dans les lieux marquants du Paris  1900. Depuis le précédent tome on a pris l’habitude de retrouver des trombines connues éparpillées dans les cases à la mode Asterix, modèle évident mais suffisamment digéré pour rester une simple inspiration. Vraie série jeunesse, cette BD assume de plus en plus un sous-texte résolument politique, inhabituel dans le genre et particulièrement savoureux! Ainsi, revenant à une intrigue policière plus classique, Hautière et Poitevin introduisent purement et simplement un faux frère du Joker dans les pattes de nos anti-héros, dans cette figure de pitre qui fait la nique aux bourgeois en bousculant la morale simpliste des héros. L’année des 150 ans de la Commune de Paris ce n’est bien sur pas un hasard, c’est gonflé de la part de Rue de sèvres et particulièrement appréciable en rejoignant le compère Lupano dans une démarche de propos de fonds impliqué sous des habillages de farce.

Spectaculaires (Une aventure des) #5 (Hautière, Poitevin, Bouchard)On aime les références dans cette série toujours drôle (les running-gags graphico-sonores comme la trompette du mouchoir de Félix nous décrochent toujours un sourire) et en la matière on n’est pas déçu: on citera pêle-mêle Orange-mécanique, Batman, Rouletabille, James Bond, Depardieu, Zorglub, Picasso, M. Demesmaecker ou le professeur Mortimer… Arnaud Poitevin maîtrise parfaitement les techniques d’action et des gags dans une lecture fort dynamique. Sur le plan de l’intrigue, si la série n’a pas toujours été très surprenante dans ses chutes on se prend ici à la surprise de savourer une révélation finale très réussie qui rajoute une couche de féminisme bien pensé à un album qui parvient à associer avec talent l’enquête humoristique, le fonds qui fera réfléchir y compris les jeunes et une ribambelle de références à la culture BD. On regrettera juste que le désormais fameux Arsène Lapin ne soit pas repris depuis son introduction fort réussie du précédent tome et on espère que les aventures familiale de Pétronille vont prendre l’ascendant d’une intrigue transversale qui peut donner encore plus de corps à cette série familiale que l’on attend toujours avec plaisir.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

**·Manga·Service Presse

Mist gears blast

esat-west
Manga de Hajime TANAKA et Yoichi AMANO
Delcourt/Tonkam (2021), 192p. – Série achevée en 2 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt/Tonkam pour leur confiance.

Mist gears Blast est un projet transmedia de deux nouveaux venus dans le secteur puisqu’il s’agit du premier projet du scénariste et du second du dessinateur. Outre les deux volumes du manga (sortir simultanément par Delcourt), un roman est semble t’il paru  ainsi qu’un jeu vidéo pour smartphone, annoncé sur Android et IOS… mais indisponible sous nos latitudes. Du coup la démarche de l’éditeur français est un peu étrange puisque nous n’avons pas accès à la totalité du projet, ce qui est assez dommageable dans un univers conçu comme se répondant…

mist-gear-blast-1-delcourtmist-gears-blast-2-2-delcourt

Il y a 70 ans la Brume est apparue, tuant les humains et transformant les animaux en monstres féroces… Réfugiés sous terre, les hommes ont appris à vivre (ou plutôt survivre) dans ce nouveau contexte, loin de la sécurité car victimes de fuites de plus en plus fréquentes dans leurs refuges. Nagi est une jeune fille très déterminée qui décide un jour d’affronter l’interdit et de monter à la surface pour secourir son père disparu et rechercher ce qui pourra protéger le reste de l’humanité…

Mist Gears Blast Chapter 7 - Page 2Avec un pitch rappelant LOW et bien d’autres histoires post-apo, un design steampunk absolument réussi et des dessins dans le haut du panier, Mist Gears blast avait tout pour être un sympathique petit manga de baston grand public. Ca commence plutôt pas mal puisque, sur un rythme très rapide vue la très courte pagination globale, on démarre en pleine action après un historique concis, complet, qui ne recherche pas la complexité. Avant toute chose, je précise que ce diptyque est bien un Shonen qui s’adresse directement à des jeunes joueurs de jeux vidéo. Si l’on se range dans ce public on devrait apprécier cette histoire un peu décousue qui hésite tout le long entre la construction d’une intrigue et de personnages et le simple prétexte à des bourre-pif monumentaux dans des gueules de monstres titanesques…

Tout l’effort graphique est porté sur les personnages dans un Chara-design totalement inspiré des jeux-vidéo et absolument convainquant! Le dessinateur est franchement bon, assez minutieux et très varié dans un découpage qui joue entre pleines pages percutantes, cases destructurées et décors qui font le job. Du coup on est dans l’utilitaire classe avec des armes alimentées par la fameuse brume (pratique!) et maniées par un corps d’élite (les Gears) hiérarchisé avec cinq escouades dotées toutes d’un chef particulièrement travaillé et bien entendu totalement archétypal. Dans ce projet illustratif les justifications sont minimalistes et l’on trouve l’héroïne recrutée dans le quatrième escadron de Gears quelques pages après être sortie de son village de naissance. On ne traîne pas! On ne nous expliquera jamais comment cette mioche peut être aussi forte à terrasser d’une mandale des monstres géants et à bondir à quinze mètres de haut…

Sur le plan du « scénario » on alterne donc les séquences de baston montrant combien l’union fait la force et l’utilité des combo. Quelques onces de background nous narrent des identités masquées du royaume de l’extérieur et bien sur un papa disparu qui va inévitablement avoir un rôle inattendu. Les dialogues ne sont pas honteux (à l’inverse d’une nouvelle finale censée conclure l’intrigue avec moultes clichés misogynes et platitudes adolescentes) mais cassent quelque peu un rythme qui était tout à fait justifié à se contenter de l’action permanente. On ne comprend pas bien pourquoi le scénariste a tenu à développer un bourgeon d’histoire avec seulement deux volumes et une motivation originale qui n’en avait pas besoin.

Mist Gears Blast Chapter 1 - Read Mist Gears Blast Chapter 1 Online |  MangaRock.OnlineL’impression finale est celle d’un projet mal ficelé mais à la réalisation plutôt sympatoche. D’abord parce que, conçu comme trans-média, l’absence du jeu-vidéo en France pour appuyer cette petite histoire saborde l’aspect teasing en faisant du manga une finalité, qu’il n’avait pas lieu d’être. Originalement publié en épisodes dans un magazine on comprend bien le côté goodies et le format manga pose question. Ensuite parce que nous n’aurons jamais la fin de l’histoire! Delcourt a traduit les jaquettes originales indiquant l’existence du roman… en japonais (merci!). La nouvelle de sept pages insérée en fin ne résout rien alors que les deux tomes du manga avaient mené (au pas de charge mais sans grand soucis) l’histoire au seuil de la résolution avec promesse de bonnes grosses batailles, fort alléchés que nous sommes par les combats déjà vus. Du coup on ressort très frustrés par un tiers de projet qui en restera vraisemblablement là. Vraiment dommage car le transmedia est vraiment un concept novateur et intéressant et parce que le manga en lui-même s’en sort pas si mal. Gros appel à l’éditeur français donc pour qu’il traduise très rapidement le roman et diffuse le jeu sur les smartphones français!

note-calvin11note-calvin11

**·Manga·Rapidos

Ashidaka – the iron hero #1

Manga de Ryo Sumiyoshi
Glénat (2020 ), 194p., 2 volumes parus (3 vol. au Japon).

couv_404293

Dans un monde d’aspect post-apocalyptique, les humains sont dotés de bras mécaniques dans le dos (des « arms »), qui font partie intégrante de leur corps. Depuis le combat mythique d’un Dieu contre un démon qui a abouti à cet état de fait, une xénophobie généralisée est installée contre les détenteurs de plusieurs paires d' »arms ». Ashidaka est un orphelin, abandonné en raison de ses quatre arms, qui parcourt les décharges en compagnie de son compagnon Geji. Jusqu’à ce qu’ils se retrouvent face à un gigantesque ver de métal…

Grace à une mise en lumière sur Iznéo j’ai découvert récemment la très talentueuse mangaka Ryo Sumiyoshi, autrice de la quadrilogie Centaure. Son trait particulier, utilisant un style calligraphique et son univers surprenant, très cru, installant un biais fantastique dans un monde réaliste historique m’avaient conquis , et adorant le steampunk j’étais très enthousiaste à l’idée de découvrir sa nouvelle série, que Glénat sort très rapidement puisque la série est parue au japon cette année et prépubliée en épisodes numériques par l’éditeur grenoblois.ASHIDAKA -The Iron Hero- No.1 - Comics de comiXology: Web

Ma lecture a été assez déçue sur ce premier tome puisque outre une couverture assez terne et bien moins graphique que ce à quoi l’autrice nous a habitué, on constate très rapidement la légèreté du trait et le minimalisme des détails des planches intérieures. Les splendides paysages forestiers de Centaures laissent place à un blanc immaculé parcouru de quelques traits représentant des structures métalliques ou des enchevêtrements peu précis dans les décors de décharges. La technique de Sumiyoshi n’est pas en cause puisque comme je l’ai dit, dès son premier manga elle démontre une magnifique maîtrise graphique très variée. Simplement nous assistons avec Ashidaka à un véritable changement d’environnement pour cette autrice habituée jusqu’ici aux démons et créatures de formes organiques au trait élancé. La rigidité des designs (plutôt réussis) semble lui poser problème et le choix de privilégier l’action continue renforce un aspect compliqué des pages, parfois difficiles à « lire ».

Ashidaka – the iron hero #1 | 9782344043103 :: BdStock.frLe contexte est mis en place dès les premières pages qui nous expliquent en mode express le combat divin originel et la persécution dont sont victimes les multi-bras. S’ensuivent une multitude de combats contre des insectes métalliques sans grande tension et je dois dire un cheminement assez ennuyeux sur trois des quatre chapitres du volume faute de prendre le temps de poser les personnages et les enjeux. Puis survient ce dernier chapitre où le rythme change justement pour laisser place à des discussions avec un clan de multibras qui permet d’introduire (enfin) une galerie de personnages intéressants. Surtout les premiers mystères surviennent en même temps qu’un dessin plus précis, en plus gros plans… Tout ceci donne le sentiment que Ryo Sumiyoshi ne savait pas bien comment introduire son histoire (je me souviens que l’exposition de Centaures était assez rapide et brutale) et nous imposait un brouillon de cent-cinquante pages avant de démarrer son histoire. Dans un concept proche de par l’interface corps-mécanique et les défauts cités j’avais trouvé que Samurai 8 nous en donnait plus. La chute titille la curiosité par bien des points et donne envie de laisser sa chance à cette série iconoclaste ne serait-ce que par ce concept improbable de personnages organiques pour lesquels l’explication des bras métalliques laisse dubitatif, ouvrant bien des portes pour la suite…

note-calvin1note-calvin1

***·BD

M.O.R.I.A.R.T.Y. #3: Le Voleur aux cent visages 1/2

La BD!

Premier tome du second cycle de la série coécrite par Jean-Pierre Pécaud et Fred Duval, avec cette fois Gess au dessin. 46 planches, parution le 24/06/20 aux éditions Delcourt. Les deux précédents tomes, intitulés Empire Mécanique relataient la précédente enquête de Sherlock Holmes, aux prises avec son ennemi juré.

Paris, ville du crime

Aux pieds de la Dame de Fer, c’est l’effervescence. En cette année 1900 se tient l’Exposition Universelle, durant laquelle les inventeurs et scientifiques de tous acabits pourront présenter leurs découvertes. Cette exposition augure un nouvel âge, celui du progrès et sa marche inexorable. Pour fêter l’occasion, plusieurs grandes nations s’affrontent lors d’une course en ballon dirigeable autour du monde, dont Paris sera l’une des étapes.

Comme à son habitude, Sherlock Holmes fait fi du tumulte, car il a ses propres plans. Embarqué incognito avec son acolyte Watson à bord du ballon britannique, il est à la poursuite d’un insaisissable voleur, qui sévit à chaque étape de la course en dérobant de précieux biens.

Mais Sherlock Holmes est sûr de lui: Paris sera le terminus pour le voleur. Certain de l’avoir identifié, le célèbre Détective de Baker Street lui tend un piège, dans lequel l’intrépide criminel finit par tomber. Cependant, le voleur est-il bien celui que l’on croit ?

J’peux pas, j’ai Freud

La véritable surprise surviendra lors de l’interrogatoire du malheureux. En effet, celui-ci semble tiraillé entre plusieurs personnalités contradictoires et indépendantes, rendant la séance d’interrogation déconcertante, et son sort, hasardeux. Cet homme pourra-t-il être jugé ou pas ? Pour éclaircir cette situation, la police française fait appel à des experts, des hommes ne craignant pas de s’aventurer dans les méandres torturés de l’esprit humain: le Professeur Charcot, et un jeune neurologue, un certain Sigmund Freud

Le jeune théoricien de l’esprit humain est formel: plusieurs entités se partagent le cerveau de cet homme. A cette heure, impossible de déterminer quelles personnalités sont responsables des vols perpétrés. Et si cet homme n’était qu’un instrument, la clef de voûte d’un projet plus grandiloquent ?

Une fois encore, Fred Duval et Jean-Pierre Pécaud nous entraînent dans une aventure bigarrée du plus célèbre Détective qui soit. Usant des éléments incontournables de l’œuvre originelle, ils ont eu la sagacité d’y mêler d’autres éléments de la littérature victorienne (Dr Jekyll dans les deux premiers volumes), ainsi qu’un environnement steampunk donnant à la série des airs de Ligue des Gentlemen Extraordinaires.

L’ajout des références se poursuit ici avec cette fois l’intervention de personnages historiques comme Sigmund Freud, le père de la psychanalyse. Son regard, controversé, sur la psyché humaine et les relations interpersonnelles, permet quelques moments savoureux, presque méta, durant lesquels il s’ingénie à analyser les rapports entre le détective et son partenaire.

Bien entendu, l’antagoniste principal reste le fil rouge de l’intrigue, et on sent bien que Holmes n’en a pas fini avec son ennemi juré, qui œuvre toujours en coulisse.

Les dessins de Gess tranchent de façon assez franche avec ceux de Stevan Subic. Là où Subic instaurait une ambiance sombre et glauque, grâce à un ancrage si lourd qu’il en altérait parfois la lisibilité, l’auteur nantais mise sur la clarté de ses planches pour symboliser une époque parisienne naïve et enjouée.

M.O.R.I.A.R.T.Y. n’a pas encore livré tous ses secrets, rendez-vous en 2021 pour en apprendre davantage !

**·Comics·Numérique·Rapidos·Rétro

Batman au XIX° siècle

Comic de Brian Augustyn, Mike Mignola et Eduardo Barreto
Urban (2009), 114 p. one-shot.
Précédemment publié sous le titre Gotham by gaslight.

Bruce Wayne rentre d’un long voyage en Europe alors que sévissent à Londres les atroces crimes de celui qu’on dénomme déjà Jack l’éventreur. Alors que la vie mondaine commence à ennuyer l’héritier de Gotham, la police dirigée par le commissaire Gordon découvre des cadavres mutilés sur le même modèle que les victimes londoniennes… Bien vite le justicier nocturne de la cité reprends du service, bien décidé à protéger sa ville.

badge numeriqueAprès l’expérimentation d’Azarello et Bermejo sur Luthor j’ai décidé de me lancer dans une autre trouvaille qui remonte un peu, la variation steampunk sur Batman par monsieur Mignola. Sur le papier le paquet semble très alléchant avec un auteur réputé pour son exploration des mythes gothiques et l’idée d’une chasse entre le plus grand détective du monde Batman - Gotham by Gaslight - Mike Mignola, Brian Augustyn, Eduardo Barreto  - cartonné - Achat Livre | fnacet le plus grand assassin de l’histoire. Pour commencer je précise que l’album (assez court) rassemble deux histoires qui si elles ont pour point commun de se situer toutes deux dans une uchronique Gotham du XIX° (uchronique car transposant bien Bruce Wayne à cette époque et non son grand-père…), sont fort différentes tant graphiquement que scénaristiquement. Le principal apport original de ces histoires est de présenter un Wayne que l’on ne voit plus beaucoup dans les albums d’aujourd’hui: dandy, roublard et ravi de son mode de vie. On est bien loin du sombre milliardaire torturé et vaguement sociopathe… La brièveté des deux histoires rend au final cette lecture sympathique mais assez vide, loin d’une ambition supposée. La résolution de l’intrigue est finalement bien vite envoyée, sans enjeu réel sur l’itinéraire du Batman. Le design général ne déborde pas du simple gothique, le seul côté steampunk apparaissant dans la seconde intrigue et son dénouement surprenant. Contre toute attente le plus faible des deux est bien le Mignola même si le dessin du second épisode est sommes toutes vraiment classique et assez éloigné de l’aspect Dark-Knight… Au final cette lecture n’est pas franchement ratée mais bien peu ambitieuse et assez vite oubliée.

note-calvin1note-calvin1

***·Comics·Service Presse

Sonata #1: la vallée des dieux

esat-west
Comic de David Hine et Brian Haberlin et Geirrod van Dyke
Delcourt (2020), 192 p.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

 L’édition française utilise une des couvertures non retenues (pas franchement la plus efficace mais peut-être la plus représentative de l’album) et un gros dossier final de quinze pages présentant couvertures alternatives, une double page de making-of et un aperçu d’une sculpture du dessinateur dans l’univers de la BD. Une appli de réalité augmentée traduite en français est disponible. Édition correcte.

couv_402150

Lire la suite « Sonata #1: la vallée des dieux »

****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Le château des étoiles #5: de Mars à Paris

La BD!

BD d’Alex Alice
Rue de sèvres (2020), 69p., cycle III, volume 1.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

Pour les lecteurs de Gazette, ce volume comprend les épisodes 13 à 16 de cette dernière, parus à partir de janvier. Nouveauté impactant la parution en albums, l’arrivée d’une « édition internationale » de la gazette associant la BD d’Alice avec un spin-off sur l’expédition française de Vénus compliquera un peu la périodicité. La série voit son troisième cycle commencer dans cet album… à mi parcours puisque les gazettes 13 et 14 clôturent le cycle II (j’y reviens). La fabrication made in Rue de Sèvres est comme toujours parfaite avec ces désormais célèbres couvertures reprenant l’esprit des Voyages extraordinaires de Jules Verne aux éditions Hetzel avec un effet simili-toilé et un vernis sélectif. Les précédents cycles occupaient deux tomes chacun, on peut gager que ce sera également le cas ici…?

couv_395244

Alors que les attaques des prussiens sur la population martiale se multiplient les Chevaliers de l’Ether atteignent enfin le pôle nord martien où les attendent des phénomènes toujours plus inattendus… Le Roi Ludwig y sera-t’il?…

Le Château des étoiles T5 : De mars à Paris (0), bd chez Rue de ...Étonnant pari que celui d’Alex Alice, dessinateur autodidacte révélé par Le Troisième Testament et dont la productivité a toujours été à la fois assez régulière et compacte, sur des séries assez courtes au développement long. Lorsque paraît le Château des Étoiles c’est dans un immense format journal en couleur qu’il est découvert par les lecteurs, avec un changement de style notable puisque Alice, dont les noirs étaient une grande force (sur Sigfried notamment) et a inspiré nombre de jeunes dessinateurs, abandonne les encrages pour une mise en aquarelle directement sur les crayonnés. Dans une publication plus ou moins orientée jeunesse (et dont l’inspiration évidente, Jules Verne, rend évidente la reprise des couverture Hetzel) ce style est tout approprié. Cette technique lui permet d’augmenter fortement sa productivité avec une parution régulière de quatre numéros de gazette et un album par an depuis maintenant cinq ans, sans aucun retard. Pour des dessins de cette qualité c’est tout à fait remarquable.

Alors que je pensais la série partie pour quelques volumes seulement, quelques éléments de contextes dans les gazettes et des allusions graphiques à Bismarck annonçaient progressivement une vraie saga qui semble boucler sa boucle ici avec ce début de troisième cycle, après que Séraphin et ses amis aient visité la Lune, puis Mars et reviennent donc sur une Terre bien changée. Ce volume est surprenant en ce que sa première moitié conclue les aventures martiennes, avec des tonalités et un décors très marqués. La chute, très brutale, inattendue et un peu bancale en ce que l’auteur rate un peu cet acmé de l’intrigue pour nous ramener sur Terre en une page tournée, donne l’impression qu’il n’a pas su comment assurer la transition entre ces aventures extra-terrestres et un retour à la dimension plus politique et rocambolesque des débuts.

Amazon.fr - Le château des étoiles Tome 5 : De Mars à Paris ...Car la seconde moitié, qui avance très vite, propose son lot de grandiose graphique et d’action effrénée permise par l’Ether, cette étonnante trouvaille de l’auteur qui donne une teinte désuète et historique si particulière à son œuvre. La série a grossit à mesure du succès et des envies de l’auteur et les gazettes indiquaient assez tôt l’idée d’exploration de Vénus. Alice a eu la bonne idée de ne pas diluer son intrigue principale dans un nouvel arc vénusien qui aurait probablement été redondant et de confier ce développement à une autre équipe pour achever son récit principal, probablement au prochain tome. On découvre ainsi l’empereur Napoléon III qui comme les autres grands personnages historiques n’est pas manichéen. Assez crédible il incarne la légère dose de réalisme historique qui donne un poids certain à la série. Si l’arc martien pour exotique qu’il était perdait un peu la densité dramatique, ce cinquième tome revient à une grande efficacité avec une structure ambitieuse en trois temps (maintenant-avant- maintenant) et notamment le personnage de la journaliste, très réussi et qui apporte de la nouveauté.

Le Château des Étoiles, Gazette Interplanétaire n° 13 - YOZONE

Une dernière remarque sur le format album qui en compactant légèrement les dessins et les posant sur du papier brillant renforce les traits et les couleurs et me font dire qu’il est graphiquement supérieur au format gazette. Cette série est décidément une sacrée aventure éditoriale et une immense réussite de l’ambitieux éditeur Rue de Sèvres en intégrant directement les éditions à l’intérêt de la série, chaque format ayant ses avantages et ses inconvénients. Si vous privilégiez les dessins optez pour les formats album (éditions classique et grand-format), si le background vous importe plus l’édition gazette est résolument plus développée. A moins que l’éditeur décide un jour de sortir une édition ultime (intégrale?) intégrant le rédactionnel, vous êtes contraints de faire un choix… ou de tout acheter, ce qui n’est absolument pas dramatique étant donnée l’honnêteté des propositions de Rue de sèvres.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

 

***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Numérique·Rapidos

Malcolm Max #1: les pilleurs de sépulture

Jeunesse

BD Peter Mennigen et Ingo Römling

Delcourt (2020), 72p., un volume paru sur quatre.

badge numeriqueLa série Malcolm Max est parue en Allemagne chez Splitter-Verlag avec quatre tomes et un spin-off

 

MALCOLM MAX 01 C1C4.indd

Étonnante série que ce Malcolm Max, premier tome d’une série allemande qui en compte  déjà  quatre et propose un personnage à la Sherlock holmes dans une atmosphère très victorienne teintée de mystères. Ce début d’enquête autour de meurtres atroces perpétrés sur des femmes dans des conditions rationnellement impossibles fait fortement penser à la série récente Les métamorphoses 1858.  L’album, très didactique sur l’époque, s’ouvre sur un rappel du contexte et une présentation du duo improbable formé par ce dandy brillant et une demi-vampire… dont on ne saisit pas bien l’utilité fantastique au terme de cette première partie. Les auteurs jouent beaucoup sur le comique des échanges entre ces Malcolm Max -1- Les pilleurs de sépulturesdeux êtres vifs à la répartie percutante et prennent le temps de bien expliquer le cheminement de l’enquête, au risque d’un petit rythme. Je disais étonnante car de par les dessins proches du cartoon (entre Bones et Clevinger) et des dialogues à la simplicité déconcertante on envisage une lecture destinée à la jeunesse… Malcolm Max peut ainsi être une bonne introduction à cette ambiance d’enquête brumeuse même si certaines idées peuvent apparaître déplacés  (le « ver libidineux » ou le récit des crimes) pour un tel public. Doté de dessins très sympathiques d’un Igo Römling passé sur l’adaptation comic de la série d’animation Star wars Rebels, l’album pèche un peu au niveau des textes un peu appuyés comme son scénario pourtant assez accrocheur faute d’une folle originalité. Au final on a un bon démarrage pour débuter dans la BD fantastique avec des personnages assez cool… ce qui ne suffira pas à accrocher des lecteurs chevronnés faute d’une idée vraiment novatrice. A noter que l’album comprend un volumineux cahier final rempli d’explications sur la réalisation de l’album.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

**·***·****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #16

La BD!

  • Les métamorphoses 1858 #3 (Ferret, Durand/Delcourt) – 2020

couv_381456badge numeriqueFerret du Durand avaient marqué un sacré coup de neuf lors de la sortie des deux premiers albums d’une série qui se termine ici. Conclusion oblige, on est ici dans le tome des résolutions et malheureusement, malgré un méchant plutôt réussi, les auteurs semblent ne pas savoir comment refermer les mystères et portes ouvertes. Commençant l’ouvrage avec un raccourci qui nous téléporte les deux visiteurs de l’ïle dans la fameuse clinique, on navigue ensuite dans une grande linéarité à base de destruction de laboratoire. Le découpage et cadrage sont toujours aussi sympathiques et percutants et les décors grandioses. Mais Le soufflet retombe donc sur un final qui ne soulève ni surprise ni grand enthousiasme. Il est toujours très compliqué de conclure une histoire et les auteurs l’éprouvent ici clairement. Ce n’est pas très grave et la série qui les a fait pénétrer le monde du neuvième art restera un très beau moment marqué par la passion et un sacré travail. De quoi attendre leurs prochaine création avec envie.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv


  • Conan: les mangeurs d’hommes de Zamboula (Gess/Glénat) – 2020

badge numeriquecouv_386004La série Conan continue son bonhomme de chemin avec toujours la même interrogation sur le motif de réalisation de chaque album. Si le matériau de départ n’est pas extraordinaire (ce qui est patent sur ce tome), la liberté de choix des nouvelles par les auteurs contactés par Glénat crée parfois des ouvrages assez dispensables. Ce Mangeurs d’hommes de Zamboula  est des mots même de Patrice Louinet (le spécialiste de Conan qui co-dirige la collection avec JD Morvan) totalement dérisoire et parfaitement mercantile. Si les autres histoires déjà publiées n’ont pas pour qualité premières leur profondeur, on nage ici en plein nanar que vous apprécierez d’autant que vous le prendrez au quinzième degré. Dès l’entame, malgré une mise en scène efficace du chevronné Gess, on tombe en pleine discussion de Conan avec un vieillard qui nous fait nous demander si l’on a raté un épisode. Dans ce qui suit tout est absurde, du héros qui se jette dans la gueule du loup à l’irruption tout à fait raciste des noirs mangeurs d’hommes (et pour le coup fidèle au texte source que le dessinateur n’a fait qu’adapter) en passant par la donzelle qui se balade à poil sur la totalité de l’album. On remarquera d’ailleurs l’incohérence de l’éditeur qui pousse le coquin Cassegrain à l’autocensure quand ici la nudité ne pose pas de problème… Du reste dans le genre pulp, cet album cohérent avec le genre, Conan est invincible et jamais effarouché, les filles sont belles, les cités sont orientales et les magiciens de redoutables illusionnistes dont on ne cherche pas d’autres motivations que d’être méchants. Côté dessin si vous aimez Gess, c’est plutôt chouette, notamment sur les décors. Sinon vous retrouverez les mêmes choses qui font tiquer, des couleurs étranges à certaines difficultés anatomiques… Je conseillerais donc cet album aux fana de Conan ou de Gess, pour les autres, reportez-vous plutôt sur le Colosse noir ou le Augustin.

note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv


  • Harmony #5 (Reynes/Dupuis) – 2019

Le premier volume du second cycle a été chroniqué ici. Le premier cycle est visible ici.

couv_377306La construction des scénarios de Mathieu Reynes est de plus en plus sophistiquée et pourraient en déstabiliser certains. L’alternance temporelle et des personnages n’est pas toujours linéaire, ce qui complexifie la lecture. Ce volume se concentre sur le grand méchant qui cherche à redonner vie au dieu déchu Azhel. On rentre ainsi dans une phase décisive où l’antagonisme entre deux groupes d’humains puissants se révèle, jusqu’à une scène qui fait directement référence à Akira, le modèle assumé. Mais la série Harmony a montré depuis son premier volume combien elle était dotée d’atouts propres, de ces inspirations digérées pour accoucher d’une création originale. Je reprocherais peut-être un peu le manque de scènes épiques, l’auteur flirtant parfois avec un fantastique qui peut virer grandguignole… mais sans jamais y tomber. Au contraire, la maîtrise graphique (et la colorisation, superbe), le découpage cinématographique et l’esthétique générale ainsi que l’existence de simples humains très « normaux » donnent du corps à la série. Si le premier cycle a donné lieu à force affrontements magiques, ce n’est pas le cas ici où l’intrigue reste assez sage. Comme depuis le début on attend un peu plus de révélation (je crains une série très longue) mais le plaisir reste très grand à la lecture de l’album. Une réalisation très sérieuse, très pensée d’un auteur en pleine maîtrise de son projet et des moyens pour le réaliser. Une des meilleurs séries fantastiques actuelles.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv