BD·BD de la semaine·Jeunesse·Nouveau !

La divine amante

BD de Régis Hautière et Arnaud Poitevin
Rue de sèvres (2017), 54p.
Série Les spectaculaires, en cours, 2 tomes parus.

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Pour le travail d’édition je renvoie à ma critique du premier album.

La célèbre actrice Sarah Bernhardt, « la divine », est victime de menaces de mort de la part d’un mystérieux personnage déguisé en Mante religieuse. Aussitôt les Spectaculaires sont appelés à la rescousse pour protéger la divine amante

Lorsque le premier tome des Spectaculaires était sorti je reconnais avoir été un peu déçu par le scénario et un esprit gagesque un peu timide. Et bien rassurez-vous, une fois n’est pas coutume, le second est bien meilleur!

On assiste au même syndrome que pas mal de films de super-héros dont l’installation au cours du premier opus est souvent laborieuse par peur de trop en lâcher. Ici, outre la galerie de bras-cassés désormais connue et le systèmes de gags récurrents (la morve de Félix, les « absences » de Pipolet), on a une structure narrative bien plus solide même si  elle reste très classique: une équipée de suspects potentiels part en voyage vers un lieu retiré en Bretagne, spectaculairest2trainpermettant tout un tas de scènes truculentes autour de tel duo ou de telle situation. Les nombreux affrontements avec la Mante sont tous plus poilants les uns que les autres et on savoure d’avance les prochaines rigolades que l’on voit venir aussi loin que l’horizon breton. Les scènes de voyage en mode « carte du trajet » rehaussée de dialogues super-clichés permettent même de balancer quelques piques au snobisme parisien face à une province « reculée et très typique« … On sent des auteurs beaucoup plus inspirés lâcher la bride d’une histoire sur des railles mais qui fait son office. Toujours une petite frustration cependant à ne voir que si peu les morceaux de bravoure des saltimbanques, leur jeunes cheffe étant la véritable héroïne de l’histoire.

spectaculairest2belleille-chateauOn est désormais en terrain familier, comme avec les Vieux Fourneaux, on sait pourquoi on aime les Spectaculaires et on est servis. Clou du spectacle Hautière et Poitevin nous refont en bouquet final le Cluedo à leur sauce et on en redemande. Enfin, contrairement au premier album, La Divine amante me semble lisible par un public relativement jeune, disons 8-10 ans.

2259_p11.jpgNiveau dessin Poitevin est dans la lignée du premier volume avec des personnages totalement cartoon (j’adore le nez péninsulaire de Pipolet, la face de lune de Sarah Bernhardt qui rappelle De Capes et de crocs et les sourcils ronds de Felix), un design général très drôle (les costumes sont totalement ridicules) et des couleurs pastelles fort agréables. En outre on sent déjà l’idée de faire évoluer ses personnages et leur aspect, ce qui serait une très bonne idée pour la suite.

Pour conclure, si j’étais un peu sur ma fin à la clôture du premier, ce second volume d’une série à lire en famille ma fortement remotivé et fait passer une bonne tranche de rigolade. En reprendre-vous avec moi?

 

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.

Et l’avis de Moka (toujours elle) sur cet album.

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Graphismes·Jeunesse·Rapidos

Du grabuge chez les Petit-pois

Livre jeunesse de Corinne Boutry et Loren Bes
Edition Mazurka (2016)51qifhteirl

Je trouve un peu de temps pour chroniquer un ouvrage de littérature jeunesse d’une petite maison lyonnaise qui commence a avoir un catalogue assez fourni.

Chez la famille petit-pois c’est un peu comme chez les barbapapa, chacun a sa spécialité et ainsi le petit groupe mène une vie paisible. Jusqu’au jour où les méchants doryphores, pique-assiette et esclavagistes, s’incrustent et commencent à mener la vie dure aux petits ronds verts. Qu’à cela ne tienne, avec l’aide des autres habitants de la prairie ils vont s’unir pour faire déguerpir les trouble-fête…

Ce petit album à l’histoire classique mais aux textes rigolos propose aux petits de voir que l’union fait la force et que le partage c’est mieux. Il permet surtout d’admirer le travail vraiment intéressant de Loren Bes, illustrateur assez rare mais doté d’un talent certain aux inspirations burtoniennes tirant vers le steampunk. Son univers (et sa technique) sont très originaux et mériteraient d’apparaître plus souvent dans des livres d’illustration. Une découverte vraiment sympa.

 

Comics·Manga·Numérique·Rapidos·Service Presse

Monstress t2

Chronique publié comme Superlecteur Iznéo.

dq7funkapfhvy4msz4i698mlock301x450Demi-loup a réchappé à ses poursuivants et fait « connaissance » avec le démon qui l’habite. Elle part en terres arcaniques où d’anciens amis de sa mère lui apprennent qu’elle peut en savoir plus sur son passé et sur le mystérieux masque en se rendant sur l’ile des os…
Monstress est un étonnant alliage du manga (les deux auteures sont d’origine asiatique) et du comics, exploitant un très large format (plus de 160 pages couleur par album) pour développer un univers de magie très original. Si le T1 demandait une grande concentration de part la quantité d’informations sur les factions et sur le monde présenté, le second volume suit une trame plus linéaire et donc plus lisible. Le design général des monstres comme des arcaniques est toujours aussi fascinant, l’illustratrice reprenant le thème des hommes-animaux, avec le plaquage de superbes textures informatiques qui fait la marque visuelle de cette série. Si les arrière-plans et décors sont un peu délaissés comme sur beaucoup de BD américaines et japonaises (du fait de la pagination très volumineuse), nombre de cases voir de pleines pages sont magnifiques, rappelant par moment la foison des BD d’Olivier Ledroit. L’ensemble demande du reste une attention particulière, tant visuelle qu’intellectuelle étant donné que le nombre de textes reste important. Ainsi Monstress s’adresse en priorité aux adultes, ne serait-ce que par la violence de certaines séquences. L’édition française suivant de près l’édition américaine il est probable que les aventures de Maïka demi-loup durent encore quelques années étant donnée la tournure prise par l’histoire à l’issue de ce second volume. Les amateurs de mondes complexes, des mythologies de fantômes et dieux-démons chinois adoreront.

BD·Littérature

La gazette du Chateau des étoiles

BD de Alex Alice
Rue de Sèvres (2014-2017)
3 volumes et 9 gazettes parus.

chateau-etoiles-gazette-1-page_0Rue de Sèvres est l’un des éditeurs les plus intéressants du moment, par le renouveau et la fraîcheur qu’il apporte sur le plan purement éditorial: fabrication, formats, distribution. Ainsi, alors que le marché de la BD se porte comme un charme entraînant la multiplication des occasions plus ou moins réglo des éditeurs pour augmenter les ventes (tirages de tête, coffrets, rééditions, souvent décalés permettant une vente multiple pour un même lecteur), Rue de Sèvres propose par exemple sur sa série star « Le château des étoiles » plusieurs formats en sortie simultanée. Aucune arnaque, le lecteur choisit celle qui lui convient le mieux, et choix il y a. Outre le tirage grand format et le tirage normal, un format gazette (imprimé sur du papier journal épais) qui va m’intéresser ici et qui n’a rien de révolutionnaire puisqu’il s’agit de la transposition de ce que font les américains ou les japonais avec de la prépublication en format économique  et périodique de séries BD. Pourtant quelle chance que de pouvoir profiter d’une BD grand luxe en très grand format (30X40 cm, excusez du peu!) pour 3€ soit environ 10€ l’album. Mon libraire me disait que ce tirage était surtout promotionnel et perdait plutôt de l’argent, mais permet à l’auteur, à l’éditeur et au lecteur de se faire plaisir, sans visée mercantile derrière. Et ça fait du bien.

le-chateau-des-ecc81toiles_gazetteJe ne détaillerais pas l’intrigue que vous pourrez trouver un peu partout (je chroniquerais sans doute les prochains numéros du volume II des « Chevaliers de mars » à paraître au printemps en format gazette) mais m’attacherais surtout au format et au contenu spécifique que l’on ne trouve pas en format relié.

D’abord sur chaque journal vous avez une magnifique illustration originale exclusive puisque l’éditeur a choisi de ne pas inclure de contenu additionnel dans les versions reliées. Le journal est également doté d’un titre de partie. Bref, l’on sent (ce que confirme Alex Alice sur le site de la série) que ce format a été particulièrement soigné et a une vie à part de la vie éditoriale classique de la série. Pour une fois ce n’est pas par le coût que l’on obtient le plus qualitatif. Le format des planches est celui des originaux (un peu réduit pour la version reliée grand format) mais c’est surtout les nombreux textes d’actualité et de contexte (articles de presse fictive, publicités) qui rendent cette édition unique et qui renforcent formidablement le contexte général (sorte de super-hors champ) de l’histoire. L’esprit du Château est celui du feuilleton d’aventure scientifique du XIX° siècle et les gazettes nous plongent pleinement dans cette ambiance, rendant pour moi ces textes indissociables de la lecture de l’album. Tantôt c’est le contexte historique qui est mis en avant, tantôt le style très particulier de la presse de l’époque, ou encore la réclame pour une invention improbable, le tout agrémenté de fausses gravures d’illustration. Enfin, last but lot least, la gazette se clôt par un teaser kitsch à souhait mais qui parfait ce beau paquet. Tout cela nous immerge dans ce XIX° siècle parallèle et c’est formidable!verso_217825Suite à ce succès, l’éditeur a plus récemment lancé des formats comics de la série SF Infinity8. Espérons qu’il multiplie ces initiatives (notamment en jeunesse, sur les Spectaculaires par exemple?) et fasse des émules.

Formats de la série:

  • Cycle I: Les chevaliers de l’Ether (2 volumes reliés et 2X3 volumes gazette)
  • Cycle II: Les chevaliers de Mars (1/2 volume relié et 3/6 volumes gazette parus).

Parution annuelle (printemps pour les gazettes, septembre pour les reliés moyen et grand format).

 

Manga·Rapidos

City Hall #4

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Début du second cycle de City Hall, la très bonne surprise manga avec des petits frenchies derrière et une thématique super rafraichissante. Pour rappel, le premier cycle de 3 volumes lançait Jules Verne et son pote Arthur Conan Doyle à la poursuite du maléfique Black Fowl, dans un monde Steampunk où le papier est interdit car il a le pouvoir de matérialiser ce qui y est écrit…

Dans ce second cycle, retour des personnages habituels qui s’opposent cette fois à l’inventeur Joseph Bell et Mary Shelley pour éviter l’exécution de Pierre Verne, le père de Jules. C’est une intro qui les amène à Paris entre joutes verbales et action effrénée dans un humour manga. Le dessin est toujours aussi élégant et brouillon à la fois (pour les séquences d’action). Le scénario est un peu trop complexifié pour pas grand chose, ca déclenche sur les dernières pages qui donnent bien envie de lire la suite… retard à l’allumage dirons nous (les auteurs annoncent un cycle plus action que le premier, ce qui est plutôt souhaitable).

Même syndrome que sur Freak’s Squeele: d’abord pour cet univers vraiment passionnant, le dessin quand-même au dessus de la moyenne des Manga et puis bon, le manga c’est pas cher, ça peut se consommer plus aisément qu’une BD classique.

Manga en 7 volumes (2012-2015) sortis chez Ankama en 2 cycles.

BD·Nouveau !·Service Presse

Souterrains

BD de Romain Baudy
Casterman (2017)
9782203094482

Pour sa seconde BD, Romain Baudy dispose chez Casterman d’un très large format avec une pagination de 113 pages et un cahier graphique de 9 pages en clôture, très intéressant par-ce qu’il montre les hypothèses graphiques en regard des choix finaux. L’album est séparé en plusieurs chapitres indiqués par une page de garde entière. La couverture est efficace.

Dans un coron du Nord de la France, c’est la lutte des classes entre mineurs syndiqués, patron capitaliste et porions. L’un d’eux va accepter de participer, pour l’argent, au test d’une machine révolutionnaire au fond de la mine. Embarqué avec une équipe « d’élite », ils vont découvrir un monde souterrain peuplé de créatures fantastiques…

Le pitch est clairement gonflé et c’est sans doute ce qui a plu à l’éditeur. Mélanger BD historico-politique, sociologie du monde des mineurs, voyage au centre de la terre et steampunk, tout ceci donne envie d’en savoir plus. Proche d’un Blake et Mortimer de par son univers et son traitement (y compris graphique) Souterrains  jouit de belles idées et d’un bon découpage. Le prologue est réussi, en montrant d’emblée le versant fantastique et tire sur l’impatience avec une première partie plutôt historique, portant sur les questions de domination dans la mine. 2232_p8.jpgL’introduction du mystère technologique est bien amenée jusqu’à l’arrivée dans le sous-monde. La suite est assez linéaire, l’explication restant un peu décevante et l’auteur n’apporte aucune attention particulière à ses créatures pourtant graphiquement totalement fascinantes ! L’ambition de renouveler le mythe des nains est pourtant excellente, mais romain Baudy ne va pas au bout de son ambition SF steampunk et ne parvient pas vraiment à donner un souffle épique à cet album malgré la place dont il dispose. Aucune précision non plus sur la magie ni sur le robot ne sont données (peut-être l’idée d’une suite, bien que le format choisi soit plus celui du one-shot), ce qui est frustrant. Côté dessin c’est très correcte, avec couleurs un peu criardes (là encore proches de Blake et Mortimer), l’auteur semble hésiter entre deux styles: celui des gros nez et celui du réalisme. Du coup on a un peu les deux.

2232_p3Dans un autre style, Mathieu Thonon, aussi débutant sur un gros diptyque one-shot, avec les mêmes défauts inhérents à un début de carrière, était porté par une plus grande ambition (trop peut-être). Au final, Souterrains ressemble à une bonne idée de départ qui n’aurait pas sue être exploitée jusqu’au bout. Peut-être peut-on destiner cet album plutôt à de jeunes adolescents qui seront intéressés par des thématiques (politiques) auxquelles ils n’ont pas l’habitude et traitées de façon relativement simples. L’auteur mérite des encouragements pour avoir su trouver un thème a priori jamais abordé en BD et pour avoir mis une vraie implication dans son projet.

 

 

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Comics

Monstress

Comic de Marjorie Liu et Sana Takeda
Delcourt comics 2017 (Première édition US Image comics 2015)
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Gros volume relié de belle facture (magnifiques couvertures de Sana Takeda) avec vernis sélectif, comprenant les volumes 1 à 6 de l’édition américaine. Delcourt reprend ici l’édition reliée US, dont le volume 2 est sorti en juillet 2017 et prévu en octobre pour l’édition française.

Monstress c’est Maïka demi-loup, une arcanique capturée par les sorcières Comaea lors de la dernière guerre entre les deux peuples. Semblant dotée de pouvoirs proprement terrifiants liés au passé trouble de ce monde et de ses dieux anciens, elle va tenter de remonter son passé entre les feux croisés de ses poursuivants humains et les gardiens de la Cour du Soir…

Si vous n’avez rien compris c’est normal, l’histoire et le monde construits par les deux auteures sont extrêmement touffues et l’on peut regretter (une fois n’est pas coutume dans les comics) qu’elles n’aient pas pris plus de temps pour poser leur univers tellement celui-ci est riche. Les factions sont nombreuses et graphiquement très bien identifiées. Les noms et évènements envoyés au lecteur attisent la curiosité le poussent à avancer dans une lecture qui peut parfois être dure à suivre du fait des nombreuses ellipses, placement des bulles peu précis entre les personnages (qui parle?), les narrations. C’est assez classique de la narration comics et l’image doit souvent venir appuyer le récit pour aider le lecteur. Ici étrangement, alors que c’est bien le graphisme fascinant de Sana Takeda qui fait ouvrir le bouquin, un caractère peu fini, brouillon (même sentiment que sur Descender) n’aide pas la lecture. Ce point noir énoncé, rien de grave néanmoins, tant l’on peut gager que la lecture de l’entièreté du récit permettra de combler ces lacunes.22185496-_sx540_

Monstress est surprenant en ce qu’il est très trompeur graphiquement. En effet, si le style de l’illustratrice utilisant fortement (et excellemment) la colorisation informatique  avec des textures posées est résolument original et élégant, ce n’est pas a proprement parler sa technique (assez moyenne) qui attire mais l’univers construit, le design général, proprement unique. L’on pourrait trouver des similitudes avec l’univers d’un Olivier Ledroit, foisonnant, surchargé, où chaque centimètre doit être « habillé ». Ainsi si les arrière-plans, les scènes de bataille sont clairement gribouillés, cela est compensé par ses aplats informatiques 19870241-_sy540_qui donnent une matière à l’ensemble. Le design des personnages, fait de mythologies angéliques, de manga enfantin et assez inspiré par l’univers des jeux-vidéo japonais, est réellement ce qui retient l’attention. Et puis dans Monstress les chats sont trop forts et j’adore les chats!

Au final je dirais que cet album hybride (d’inspiration Manga mais de facture totalement comics) reprend les défauts de ces derniers mais est porté par un design , un monde et une histoire vraiment intéressants, qui hormis les couvertures de chapitre magnifiques, manque un peu de chocs graphiques.

 

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Fiche BDphile