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Terra Prohibita #2: Patient Zéro

La BD!

Second tome de 48 pages de la série écrite par Denis-Pierre Filippi est dessinée par Patrick Laumond. Parution le  14/04/2021 aux éditions Glénat

Zone de Quarante-Haine

Au début du XXe siècle, l’Angleterre a été ravagée par l’expansion incontrôlée d’une faune et d’une flore mutantes, ce qui a conduit à l’évacuation de l’île et sa mise en quarantaine.  Dans ce laps de temps, l’étude de ces mutations et des nouveaux matériaux qu’elles engendrent à permis des avancées techniques impressionnantes, parmi lesquelles des cités flottantes et des véhicules au look résolument steampunk.

Le tome 1 nous introduisait le personnage de Dorian Singer, un biologiste slash tueur à gages lancé dans une quête obscure visant à explorer les origines de la mutation, quitte à sacrifier des innocents avec un brin de sadisme froid. Dans le sillage morbide de Singer, on trouve l’inspecteur Melville, de la sureté parisienne, déterminé à stopper le tueur, quitte à lui-même sacrifier quelques règles au passage.

En parallèle, la détective Valérie Kerveillan se lance dans une périlleuse enquête, mandatée par une veuve éplorée souhaitant retracer le parcours de son époux disparu en zone de contamination. Lors d’une exploration impromptue, Singer, Melville, Kerveillan et compagnie se retrouvent et se voient forcés de collaborer, afin d’échapper aux forces gouvernementales qui souhaitent maintenir une chape de plomb sur les événements liés à la contamination.

Patience Zéro

Comme vue dans la chronique du premier tome, Terra Prohibita souffre de problèmes d’écriture qui peuvent rendre la lecture laborieuse, mais disposait tout de même du matériau nécessaire à une bonne aventure. L’univers riche mêlant des thèmes SF et horreur au souffle steampunk des œuvres de Jules Verne, n’est malheureusement pas adroitement exploité, la faute à des objectifs peu clairs et des personnages-fonctions qui parcourent l’intrigue sans l’impacter de façon significative.

Le résultat est un diptyque qui aurait pu être complexe mais qui n’est finalement que confus, des lignes narratives qui auraient pu être iconiques mais qui demeurent anecdotiques. Même le retournement de situation du dernier acte ne suffit pas à rehausser le tout, puisqu’il ne change pas la lecture ni la perspective de l’histoire.

S’agissant du mystère qui est au cœur de la série, et qui était sensé être révélé à l’issue de ce second album, il est délayé et remis à un troisième album, l’éditeur ayant apparemment décidé de poursuivre. Cette manœuvre est un tant soit peu malhonnête, puisqu’elle aliène aux lecteurs qui pensaient s’être engagés dans un diptyque la résolution de l’intrigue (si bancale soit-elle).

Les dessins de Patrick Laumond sont toujours aussi beaux, et peuvent à eux seuls constituer un prétexte d’achat, toutefois, ils ne suffisent pas à rattraper les failles du scénario.

***·Actualité·BD

Terra Prohibita #1

La BD!

Premier tome de 48 planches, d’un diptyque écrit par Denis-Pierre Filippi et dessiné par Patrick Laumond. Parution le 13/01/2021 aux éditions Glénat.

La Fine Fleur (du Mal)

Au début du XXe siècle, les progrès de la science ont permis de révolutionner le quotidien des européens tout en garantissant une vie meilleure et plus sûre. Enfin, pas dans l’uchronie de Terra Prohibita. Suite à un mystérieux cataclysme, une flore mutante incontrôlable a surgi et envahi des territoires entiers, dont l’Angleterre, (apparemment) et tout un pan de Paris, entraînant une mise en quarantaine des zones concernées et des vagues de migration, de la Perfide Albion vers la côte bretonne.  

L’inspecteur Melville, de la Sûreté parisienne, traque depuis longtemps maintenant l’auteur de nombreux meurtres, qu’il soupçonne d’être le biologiste Dorian Singer. En effet, ce dernier, froid et manipulateur, expérimente sadiquement sur ses victimes une sorte d’arme biologique issue d’une mutation végétale ou fongique. A l’autre bout de l’intrigue, pendant ce temps, la lanceuse d’alerte slash détective privée Valérie Kerveillan est recrutée pour retrouver un certain Dupré, employé par le Ministère de la Contamination, étrangement disparu. 

Alors que tous ces gens vont pénétrer la zone de quarantaine parisienne, le saint-scénario va les réunir et les confronter à la fois à l’enfer vert qui a pris racine au cœur de la capitale et aux machinations qui entourent le secret de la Terra Prohibita. 

Steampunk, crime et botanique

Steampunk et uchronie sont deux sous-genres du récit fantastique qui ne s’excluent pas mutuellement. Le premier présente une version fantasmée, des points de vue technologique, architectural et vestimentaire, du XXe siècle, directement initiée par les œuvres de Jules Verne, tandis que l’uchronie concrétise une version conditionnelle d’évènements sociaux et historiques. 

Avec Terra Prohibita, nous voilà directement plongés au cœur des turpitudes causées par la proverbiale science sans conscience, qui fait qu’une découverte scientifique mal appréhendée finit immanquablement par échapper à tout contrôle, ce qui tend souvent à engendrer des catastrophes, mais produit des merveilles au niveau scénaristique. En effet, on ne compte plus les inventions/découvertes/créations qui échappent à leur créateur, si bien qu’on se rassure de constater que la science in real life n’est pas le bidouillage inconscient que les auteurs nous proposent en fiction. 

Ce premier tome, censé présenter un univers riche, avec des enjeux politiques, scientifiques et sanitaires importants, se perd malheureusement en cours de route, pour obtenir un premier acte plus cacophonique et déroutant qu’instructif. Malgré des dialogues rythmés et percutants (selon les personnages), les enjeux de l’intrigue restent longtemps nébuleux et impersonnels, prouvant encore une fois qu’entre le mystère bien dosé et le flou, il n’y a qu’un pas. 

Premier exemple assez criant, celui de Dorian Singer. Personnage retors et ambigu, on le voit tuer sans manifester de remords, ce qui n’est pas, avouons-le, un trait de caractère très positif. Pour autant, il n’est pas mis en scène de façon à être perçu comme un antagoniste, au contraire. On sent que l’auteur travaille dur à le rendre charismatique, sûr de lui, intelligent et badass, de sorte que Singer relèverait davantage du anti-héros que de l’antagoniste. Or, ce dont a besoin un anti-héros, c’est avant tout d’une bonne motivation. En clair, ce genre de personnage est typiquement celui qui est amené à faire de mauvaises choses pour de bonnes raisons. Or, l’auteur n’explore pas vraiment cet aspect là du personnage, ce qui sonne assez faux en l’espèce. 

Second exemple, celui de Melville, qui est censé à première vue, être un inspecteur roublard et déterminé de la sûreté parisienne, une sorte de Dirty Harry qui n’hésite pas à enfreindre quelques règles (et blesser des gens) pour atteindre son objectif (arrêter un tueur). Voilà un bon début d’anti-héros ! Seulement, après le premier tiers de l’album, le personnage devient quasi inexistant. Pourtant, il est bien là, il participe à la mission en zone de quarantaine, contraint qu’il est par un ressort de scénario qu’il ne nous appartient pas de divulgacher. Cependant, il ne sert plus à rien, et ne dit pas plus d’un mot sur le reste de l’album. En général, on concède que les personnages qui n’ont pas de profondeur, pas d’âme, ont au moins une utilité, une fonction à remplir dans le scénario. Ici, ce n’est pas le cas. 

Concernant les planches en elles-mêmes, il faut saluer le travail énorme de Patrick Laumond, qui donne vie brillamment à cet univers steampunk, avec force détails, tant sur l’architecture que sur les reste des décors intérieurs. Sa jungle mutante fait bien évidemment penser à l’excellent film Annihilation, avec créatures méconnaissables et plantes mutantes. On relève quelques erreurs lors de certaines cases panoramiques, mais rien qui ne vienne gâcher le plaisir graphique dans son ensemble. 

Terra Prohibita est donc un album à l’univers fascinant, qui souffre cependant de quelques défauts d’écriture. Gageons que le tir sera rattrapé dans la seconde moitié du diptyque.  

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Spécial Drakoo: Dragon & poisons #2 – Les Artilleuses #2

La BD!

Le jeune label/éditeur lancé par Arleston chez Bamboo avait plutôt bien commencé en s’appuyant sur des auteurs de romans fantasy pour lancer de nouvelles séries fantasy/SF. Tous les titres sortis depuis 2019 n’ont pas été retentissants et quelques interrogations se posent sur la ligne éditoriale tiraillée entre l’ombre insistante d’Arleston et de quelques projets pas toujours bien ficelés d’auteurs réputés, et quelques titres vraiment originaux. Parmi ceux-ci, deux des premiers titres sortis voient leur conclusion ou quasi sur des formats courts (deux tomes pour Dragon et poisons, trois pour les Artilleuses) et confirment leurs qualités…

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

  • Dragon & poisons #2 (Bauthian-Morse-Kaori/Drakoo) – 46p., série finie en 2 volumes.

couv_422387Le premier tome avait été une plutôt bonne surprise, rafraichissant les certitudes des plus blasés des lecteurs de BD grâce à un trio de personnages particulièrement réussi. Et si j’attendais un changement de rythme sur cette conclusion je dois dire que je me suis trompé car les autrices restent sur les mêmes bases déstabilisantes (en bien). Le retour dans le passé était attendu comme un jeu classique entre les différentes incarnations des personnages alors que le scénario continue ses contre-pieds qui nous maintiennent sur la brèche avec plaisir. Détaillant un peu le personnage de Natch et les raisons de sa mort, l’album n’a pas vraiment le temps de développer plus avant un enchevêtrement temporel et bifurque chaque fois que l’on pense avoir capté l’intrigue. Malin!

On ne soulignera jamais assez l’importance d’avoir des personnages solides pour construire une bonne histoire et c’est donc le cas ici… alors que comme dans le premier tome le background nous laisse un peu sur notre faim avec une fantasy qui peine à justifier sa spécificité (les poisons) hormis par quelques facéties graphiques. Les planches sont toujours aussi fouillées, parfois un peu trop avec un sentiment de surcharge entre les traits fouillés de Rebecca Morse et la colo très chatoyante d’Aurélie Kaori. On sent que ce second tome porte sa focale sur Grayson qui fait clairement de l’ombre à son comparse Nevo (celui-ci avait plus de marge dans le premier volume). Au final ce Dragon & poisons reste une étonnante chronique amoureuse, bien mal vendue, et qui sait clairement marquer sa différence avec le tout venant fantasy. Les équipes artistiques féminines ont souvent cette qualité en BD et c’est tant mieux si cela apporte de la variété à un genre ultra-balisé! Un troisième tome aurait sans doute permis de détailler un peu tout cela mais il faut aussi parfois rester raisonnable et ne pas étirer un concept…

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  • Les artilleuses #2 (Pevel-Willem/Drakoo) – 46p., 2 tomes parus sur 3.

couv_418002Après avoir récupéré la sigillaire les Artilleuses cherchent à savoir pourquoi on cherche leur mort. Alors que la section B des services secrets entre dans la danse, les renseignements allemands maintiennent la pression en décidant de passer à l’attaque, résolus coûte que coûte à récupérer la bague…

Remarquablement fidèle au premier tome, ce second volume confirme la maîtrise scénaristique du romancier Pierre Pevel et sa gestion aux petits oignons des informations, (ni trop ni trop peu) sur son univers foisonnant. Déterminé à permettre une lecture fluide et sans contraintes, il insère beaucoup de phylactères narratifs qui nous rappellent ce qu’il y a besoin de savoir. Non que l’intrigue soit complexe (on reste sur un complot attendu) mais ces inserts permettent de se dispenser la révision des tomes précédents pour se souvenir de qui est qui et huilent les transitions avec les nombreuses séquences d’action fort réussies. Côté graphique, si le décors est vraiment sympathique et semble plaire au dessinateur dans ses multiples détails, certains personnages semblent moins l’inspirer. Vu qu’on parle de BD jeunesse ce n’est pas trop grave, ces derniers sont caractérisés avant tout par leur arme et leur costume. Avec des assassins en chapeau-melon sortis tout droit d’Adèle Blanc-Sec, de l’espionnage 1910, de méchants allemands et une once de steampunk, ce second tome des Artilleuses se savoure toujours avec plaisir. Si l’habillage reste tout à fait attirant, on aimerait avoir plus d’empathie pour les trois héroïnes qui semblent bien passives hors des séquences de baston. Gageons que le scénariste muscle un peu ses personnages sur la conclusion du triptyque et surtout, prévoie un nouveau cycle qui nous permettra de faire plus connaissance avec son monde merveilleux.

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***·BD·Nouveau !·Rapidos

Les chimères de Vénus (Gazette)

La BD!
BD d’Alain Ayroles et Étienne Jung
Rue de sèvres (2021), 56p., série en cours, 1 tome paru.
Série dérivée dans l’univers du Château des Étoiles.

L’album a été lu dans sa version gazette, en cinq épisodes parus au printemps 2020, agrémenté de rédactionnels développant l’univers, en parallèle de la prépublication du Château des Étoiles d’Alex Alice. La version reliée reprend la même maquette que la série mère. Le présent billet porte sur les 5/6° de l’album car par un étrange calendrier le dernier épisode de prépublication sort en même temps que l’album relié… L’album relié sort comme d’habitude sous deux formats: classique et GF.

Alors que Séraphin et ses amis bataillent sur Mars contre les forces prussiennes, à Paris le nouveau fleuron de la flotte spatiale française s’apprête à décoller pour la nouvelle colonie impériale de Vénus. A bord une célèbre actrice d’opéra-bouffe compte bien rapatrier son compagnon envoyé au bagne sur cette terrible terre sauvage…

Alex Alice est décidément plein de surprises! Alors que nous entamons la septième année de sa saga spatiale steampunk résolument romantique, l’auteur propose avec le très talentueux Alain Ayroles une série dérivée chargée de développer un background devenu trop touffu pour tenir uniquement dans la série mère. Après avoir eu la surprise de découvrir que les premiers volumes n’étaient qu’un prologue à une conquête spatiale en mode Jules Verne nous voici désormais avec un univers partagé qui compense partiellement la frustration ressentie à la lecture de tous ces articles de la Gazette depuis plusieurs années en découvrant enfin la colonie franco-anglaise de Vénus pendant que les héros du Chateau des étoiles ont maille à partir avec les forces de Bismarck.

Sur un dessin très marqué « animation » le talent de dialoguiste d’Ayroles fait mouche en enchaînant à mille à l’heure l’histoire croisée du poète, bagnard sur l’astre nuageux, et sa muse bien décidée à utiliser ses charmes auprès du magnat chargé de développer le capitalisme spatial pour sauver son amant. L’intrigue est donc simple, prétexte à ce voyage en ether-nef qui se contente de transposer la société impériale du second empire dans cette uchronie SF en nous donnant un premier aperçu d’un sol vénusien très  proche du Jurassique terrestre. Outre cette rigolote transposition que la série mère n’a pas tellement le loisir de développer, trop centrée sur ses héros, les auteurs nous régalent à coup d’inventions assez originales comme cet ascenseur spatial (concept futuriste très sérieusement étudié de nos jours).Le Château des étoiles, Gazette n°14 | Rue de Sèvres

SI on peut dire que ce premier tome n’esquisse qu’un début d’histoire, il ouvre suffisamment de portes passionnantes pour nous entraîner, malgré un dessin très marqué jeunesse et peut-être moins grand-public que celui d’Alice, dans une grande aventure qui se paie le luxe d’aller très vite tout en développant énormément d’éléments de l’univers partagé. Pour le moment pas de véritable croisement à prévoir avec le Château des Étoiles mais une grande aventure steampunk mélangeant bonnes idées et concept rétro volontairement datés comme ces dinosaures vénusiens. Les parallèles entre le Second empire et ce monde futuriste sont très imaginatifs et justifieraient sans doute d’autres spin-off ou même un film, qui ne serait guère étonnant quand on connaît la popularité de la série, les projets avortés d’Alice dans l’Animation et donc le style d’Etienne Jung qui donne l’impression de voir l’adaptation album d’un long métrage d’animation.

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***·Jeunesse·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Les spectaculaires contre les brigades du pitre

BD de Régis Hautière et Arnaud Poitevin, couleurs de Christophe Bouchard.
Rue de sèvres (2021), série en cours les Spectaculaires , vol. 5., 54 p. par volume.

bsic journalismMerci à Rue de Sèvres pour leur confiance.

couv_416100Le Paris bourgeois est en ébullition! Une bande de clown sème la pagaille en apposant des slogans anarchistes partout dans la capitale… Lorsqu’un baron vient demander les services des Spectaculaires pour retrouver sa femme kidnappée, Pétronille est loin de se douter de l’importance de cette enquête…

Après un épisode très drôle mais en demi-teinte en matière d’intrigue, les Spectaculaires reviennent avec la régularité d’un métronome pour une cinquième aventure de retour dans les lieux marquants du Paris  1900. Depuis le précédent tome on a pris l’habitude de retrouver des trombines connues éparpillées dans les cases à la mode Asterix, modèle évident mais suffisamment digéré pour rester une simple inspiration. Vraie série jeunesse, cette BD assume de plus en plus un sous-texte résolument politique, inhabituel dans le genre et particulièrement savoureux! Ainsi, revenant à une intrigue policière plus classique, Hautière et Poitevin introduisent purement et simplement un faux frère du Joker dans les pattes de nos anti-héros, dans cette figure de pitre qui fait la nique aux bourgeois en bousculant la morale simpliste des héros. L’année des 150 ans de la Commune de Paris ce n’est bien sur pas un hasard, c’est gonflé de la part de Rue de sèvres et particulièrement appréciable en rejoignant le compère Lupano dans une démarche de propos de fonds impliqué sous des habillages de farce.

Spectaculaires (Une aventure des) #5 (Hautière, Poitevin, Bouchard)On aime les références dans cette série toujours drôle (les running-gags graphico-sonores comme la trompette du mouchoir de Félix nous décrochent toujours un sourire) et en la matière on n’est pas déçu: on citera pêle-mêle Orange-mécanique, Batman, Rouletabille, James Bond, Depardieu, Zorglub, Picasso, M. Demesmaecker ou le professeur Mortimer… Arnaud Poitevin maîtrise parfaitement les techniques d’action et des gags dans une lecture fort dynamique. Sur le plan de l’intrigue, si la série n’a pas toujours été très surprenante dans ses chutes on se prend ici à la surprise de savourer une révélation finale très réussie qui rajoute une couche de féminisme bien pensé à un album qui parvient à associer avec talent l’enquête humoristique, le fonds qui fera réfléchir y compris les jeunes et une ribambelle de références à la culture BD. On regrettera juste que le désormais fameux Arsène Lapin ne soit pas repris depuis son introduction fort réussie du précédent tome et on espère que les aventures familiale de Pétronille vont prendre l’ascendant d’une intrigue transversale qui peut donner encore plus de corps à cette série familiale que l’on attend toujours avec plaisir.

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**·Manga·Service Presse

Mist gears blast

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Manga de Hajime TANAKA et Yoichi AMANO
Delcourt/Tonkam (2021), 192p. – Série achevée en 2 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt/Tonkam pour leur confiance.

Mist gears Blast est un projet transmedia de deux nouveaux venus dans le secteur puisqu’il s’agit du premier projet du scénariste et du second du dessinateur. Outre les deux volumes du manga (sortir simultanément par Delcourt), un roman est semble t’il paru  ainsi qu’un jeu vidéo pour smartphone, annoncé sur Android et IOS… mais indisponible sous nos latitudes. Du coup la démarche de l’éditeur français est un peu étrange puisque nous n’avons pas accès à la totalité du projet, ce qui est assez dommageable dans un univers conçu comme se répondant…

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Il y a 70 ans la Brume est apparue, tuant les humains et transformant les animaux en monstres féroces… Réfugiés sous terre, les hommes ont appris à vivre (ou plutôt survivre) dans ce nouveau contexte, loin de la sécurité car victimes de fuites de plus en plus fréquentes dans leurs refuges. Nagi est une jeune fille très déterminée qui décide un jour d’affronter l’interdit et de monter à la surface pour secourir son père disparu et rechercher ce qui pourra protéger le reste de l’humanité…

Mist Gears Blast Chapter 7 - Page 2Avec un pitch rappelant LOW et bien d’autres histoires post-apo, un design steampunk absolument réussi et des dessins dans le haut du panier, Mist Gears blast avait tout pour être un sympathique petit manga de baston grand public. Ca commence plutôt pas mal puisque, sur un rythme très rapide vue la très courte pagination globale, on démarre en pleine action après un historique concis, complet, qui ne recherche pas la complexité. Avant toute chose, je précise que ce diptyque est bien un Shonen qui s’adresse directement à des jeunes joueurs de jeux vidéo. Si l’on se range dans ce public on devrait apprécier cette histoire un peu décousue qui hésite tout le long entre la construction d’une intrigue et de personnages et le simple prétexte à des bourre-pif monumentaux dans des gueules de monstres titanesques…

Tout l’effort graphique est porté sur les personnages dans un Chara-design totalement inspiré des jeux-vidéo et absolument convainquant! Le dessinateur est franchement bon, assez minutieux et très varié dans un découpage qui joue entre pleines pages percutantes, cases destructurées et décors qui font le job. Du coup on est dans l’utilitaire classe avec des armes alimentées par la fameuse brume (pratique!) et maniées par un corps d’élite (les Gears) hiérarchisé avec cinq escouades dotées toutes d’un chef particulièrement travaillé et bien entendu totalement archétypal. Dans ce projet illustratif les justifications sont minimalistes et l’on trouve l’héroïne recrutée dans le quatrième escadron de Gears quelques pages après être sortie de son village de naissance. On ne traîne pas! On ne nous expliquera jamais comment cette mioche peut être aussi forte à terrasser d’une mandale des monstres géants et à bondir à quinze mètres de haut…

Sur le plan du « scénario » on alterne donc les séquences de baston montrant combien l’union fait la force et l’utilité des combo. Quelques onces de background nous narrent des identités masquées du royaume de l’extérieur et bien sur un papa disparu qui va inévitablement avoir un rôle inattendu. Les dialogues ne sont pas honteux (à l’inverse d’une nouvelle finale censée conclure l’intrigue avec moultes clichés misogynes et platitudes adolescentes) mais cassent quelque peu un rythme qui était tout à fait justifié à se contenter de l’action permanente. On ne comprend pas bien pourquoi le scénariste a tenu à développer un bourgeon d’histoire avec seulement deux volumes et une motivation originale qui n’en avait pas besoin.

Mist Gears Blast Chapter 1 - Read Mist Gears Blast Chapter 1 Online |  MangaRock.OnlineL’impression finale est celle d’un projet mal ficelé mais à la réalisation plutôt sympatoche. D’abord parce que, conçu comme trans-média, l’absence du jeu-vidéo en France pour appuyer cette petite histoire saborde l’aspect teasing en faisant du manga une finalité, qu’il n’avait pas lieu d’être. Originalement publié en épisodes dans un magazine on comprend bien le côté goodies et le format manga pose question. Ensuite parce que nous n’aurons jamais la fin de l’histoire! Delcourt a traduit les jaquettes originales indiquant l’existence du roman… en japonais (merci!). La nouvelle de sept pages insérée en fin ne résout rien alors que les deux tomes du manga avaient mené (au pas de charge mais sans grand soucis) l’histoire au seuil de la résolution avec promesse de bonnes grosses batailles, fort alléchés que nous sommes par les combats déjà vus. Du coup on ressort très frustrés par un tiers de projet qui en restera vraisemblablement là. Vraiment dommage car le transmedia est vraiment un concept novateur et intéressant et parce que le manga en lui-même s’en sort pas si mal. Gros appel à l’éditeur français donc pour qu’il traduise très rapidement le roman et diffuse le jeu sur les smartphones français!

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**·Manga·Rapidos

Ashidaka – the iron hero #1

Manga de Ryo Sumiyoshi
Glénat (2020 ), 194p., 2 volumes parus (3 vol. au Japon).

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Dans un monde d’aspect post-apocalyptique, les humains sont dotés de bras mécaniques dans le dos (des « arms »), qui font partie intégrante de leur corps. Depuis le combat mythique d’un Dieu contre un démon qui a abouti à cet état de fait, une xénophobie généralisée est installée contre les détenteurs de plusieurs paires d' »arms ». Ashidaka est un orphelin, abandonné en raison de ses quatre arms, qui parcourt les décharges en compagnie de son compagnon Geji. Jusqu’à ce qu’ils se retrouvent face à un gigantesque ver de métal…

Grace à une mise en lumière sur Iznéo j’ai découvert récemment la très talentueuse mangaka Ryo Sumiyoshi, autrice de la quadrilogie Centaure. Son trait particulier, utilisant un style calligraphique et son univers surprenant, très cru, installant un biais fantastique dans un monde réaliste historique m’avaient conquis , et adorant le steampunk j’étais très enthousiaste à l’idée de découvrir sa nouvelle série, que Glénat sort très rapidement puisque la série est parue au japon cette année et prépubliée en épisodes numériques par l’éditeur grenoblois.ASHIDAKA -The Iron Hero- No.1 - Comics de comiXology: Web

Ma lecture a été assez déçue sur ce premier tome puisque outre une couverture assez terne et bien moins graphique que ce à quoi l’autrice nous a habitué, on constate très rapidement la légèreté du trait et le minimalisme des détails des planches intérieures. Les splendides paysages forestiers de Centaures laissent place à un blanc immaculé parcouru de quelques traits représentant des structures métalliques ou des enchevêtrements peu précis dans les décors de décharges. La technique de Sumiyoshi n’est pas en cause puisque comme je l’ai dit, dès son premier manga elle démontre une magnifique maîtrise graphique très variée. Simplement nous assistons avec Ashidaka à un véritable changement d’environnement pour cette autrice habituée jusqu’ici aux démons et créatures de formes organiques au trait élancé. La rigidité des designs (plutôt réussis) semble lui poser problème et le choix de privilégier l’action continue renforce un aspect compliqué des pages, parfois difficiles à « lire ».

Ashidaka – the iron hero #1 | 9782344043103 :: BdStock.frLe contexte est mis en place dès les premières pages qui nous expliquent en mode express le combat divin originel et la persécution dont sont victimes les multi-bras. S’ensuivent une multitude de combats contre des insectes métalliques sans grande tension et je dois dire un cheminement assez ennuyeux sur trois des quatre chapitres du volume faute de prendre le temps de poser les personnages et les enjeux. Puis survient ce dernier chapitre où le rythme change justement pour laisser place à des discussions avec un clan de multibras qui permet d’introduire (enfin) une galerie de personnages intéressants. Surtout les premiers mystères surviennent en même temps qu’un dessin plus précis, en plus gros plans… Tout ceci donne le sentiment que Ryo Sumiyoshi ne savait pas bien comment introduire son histoire (je me souviens que l’exposition de Centaures était assez rapide et brutale) et nous imposait un brouillon de cent-cinquante pages avant de démarrer son histoire. Dans un concept proche de par l’interface corps-mécanique et les défauts cités j’avais trouvé que Samurai 8 nous en donnait plus. La chute titille la curiosité par bien des points et donne envie de laisser sa chance à cette série iconoclaste ne serait-ce que par ce concept improbable de personnages organiques pour lesquels l’explication des bras métalliques laisse dubitatif, ouvrant bien des portes pour la suite…

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***·BD

M.O.R.I.A.R.T.Y. #3: Le Voleur aux cent visages 1/2

La BD!

Premier tome du second cycle de la série coécrite par Jean-Pierre Pécaud et Fred Duval, avec cette fois Gess au dessin. 46 planches, parution le 24/06/20 aux éditions Delcourt. Les deux précédents tomes, intitulés Empire Mécanique relataient la précédente enquête de Sherlock Holmes, aux prises avec son ennemi juré.

Paris, ville du crime

Aux pieds de la Dame de Fer, c’est l’effervescence. En cette année 1900 se tient l’Exposition Universelle, durant laquelle les inventeurs et scientifiques de tous acabits pourront présenter leurs découvertes. Cette exposition augure un nouvel âge, celui du progrès et sa marche inexorable. Pour fêter l’occasion, plusieurs grandes nations s’affrontent lors d’une course en ballon dirigeable autour du monde, dont Paris sera l’une des étapes.

Comme à son habitude, Sherlock Holmes fait fi du tumulte, car il a ses propres plans. Embarqué incognito avec son acolyte Watson à bord du ballon britannique, il est à la poursuite d’un insaisissable voleur, qui sévit à chaque étape de la course en dérobant de précieux biens.

Mais Sherlock Holmes est sûr de lui: Paris sera le terminus pour le voleur. Certain de l’avoir identifié, le célèbre Détective de Baker Street lui tend un piège, dans lequel l’intrépide criminel finit par tomber. Cependant, le voleur est-il bien celui que l’on croit ?

J’peux pas, j’ai Freud

La véritable surprise surviendra lors de l’interrogatoire du malheureux. En effet, celui-ci semble tiraillé entre plusieurs personnalités contradictoires et indépendantes, rendant la séance d’interrogation déconcertante, et son sort, hasardeux. Cet homme pourra-t-il être jugé ou pas ? Pour éclaircir cette situation, la police française fait appel à des experts, des hommes ne craignant pas de s’aventurer dans les méandres torturés de l’esprit humain: le Professeur Charcot, et un jeune neurologue, un certain Sigmund Freud

Le jeune théoricien de l’esprit humain est formel: plusieurs entités se partagent le cerveau de cet homme. A cette heure, impossible de déterminer quelles personnalités sont responsables des vols perpétrés. Et si cet homme n’était qu’un instrument, la clef de voûte d’un projet plus grandiloquent ?

Une fois encore, Fred Duval et Jean-Pierre Pécaud nous entraînent dans une aventure bigarrée du plus célèbre Détective qui soit. Usant des éléments incontournables de l’œuvre originelle, ils ont eu la sagacité d’y mêler d’autres éléments de la littérature victorienne (Dr Jekyll dans les deux premiers volumes), ainsi qu’un environnement steampunk donnant à la série des airs de Ligue des Gentlemen Extraordinaires.

L’ajout des références se poursuit ici avec cette fois l’intervention de personnages historiques comme Sigmund Freud, le père de la psychanalyse. Son regard, controversé, sur la psyché humaine et les relations interpersonnelles, permet quelques moments savoureux, presque méta, durant lesquels il s’ingénie à analyser les rapports entre le détective et son partenaire.

Bien entendu, l’antagoniste principal reste le fil rouge de l’intrigue, et on sent bien que Holmes n’en a pas fini avec son ennemi juré, qui œuvre toujours en coulisse.

Les dessins de Gess tranchent de façon assez franche avec ceux de Stevan Subic. Là où Subic instaurait une ambiance sombre et glauque, grâce à un ancrage si lourd qu’il en altérait parfois la lisibilité, l’auteur nantais mise sur la clarté de ses planches pour symboliser une époque parisienne naïve et enjouée.

M.O.R.I.A.R.T.Y. n’a pas encore livré tous ses secrets, rendez-vous en 2021 pour en apprendre davantage !

**·Comics·Numérique·Rapidos·Rétro

Batman au XIX° siècle

Comic de Brian Augustyn, Mike Mignola et Eduardo Barreto
Urban (2009), 114 p. one-shot.
Précédemment publié sous le titre Gotham by gaslight.

Bruce Wayne rentre d’un long voyage en Europe alors que sévissent à Londres les atroces crimes de celui qu’on dénomme déjà Jack l’éventreur. Alors que la vie mondaine commence à ennuyer l’héritier de Gotham, la police dirigée par le commissaire Gordon découvre des cadavres mutilés sur le même modèle que les victimes londoniennes… Bien vite le justicier nocturne de la cité reprends du service, bien décidé à protéger sa ville.

badge numeriqueAprès l’expérimentation d’Azarello et Bermejo sur Luthor j’ai décidé de me lancer dans une autre trouvaille qui remonte un peu, la variation steampunk sur Batman par monsieur Mignola. Sur le papier le paquet semble très alléchant avec un auteur réputé pour son exploration des mythes gothiques et l’idée d’une chasse entre le plus grand détective du monde Batman - Gotham by Gaslight - Mike Mignola, Brian Augustyn, Eduardo Barreto  - cartonné - Achat Livre | fnacet le plus grand assassin de l’histoire. Pour commencer je précise que l’album (assez court) rassemble deux histoires qui si elles ont pour point commun de se situer toutes deux dans une uchronique Gotham du XIX° (uchronique car transposant bien Bruce Wayne à cette époque et non son grand-père…), sont fort différentes tant graphiquement que scénaristiquement. Le principal apport original de ces histoires est de présenter un Wayne que l’on ne voit plus beaucoup dans les albums d’aujourd’hui: dandy, roublard et ravi de son mode de vie. On est bien loin du sombre milliardaire torturé et vaguement sociopathe… La brièveté des deux histoires rend au final cette lecture sympathique mais assez vide, loin d’une ambition supposée. La résolution de l’intrigue est finalement bien vite envoyée, sans enjeu réel sur l’itinéraire du Batman. Le design général ne déborde pas du simple gothique, le seul côté steampunk apparaissant dans la seconde intrigue et son dénouement surprenant. Contre toute attente le plus faible des deux est bien le Mignola même si le dessin du second épisode est sommes toutes vraiment classique et assez éloigné de l’aspect Dark-Knight… Au final cette lecture n’est pas franchement ratée mais bien peu ambitieuse et assez vite oubliée.

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***·Comics·Service Presse

Sonata #1: la vallée des dieux

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Comic de David Hine et Brian Haberlin et Geirrod van Dyke
Delcourt (2020), 192 p.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

 L’édition française utilise une des couvertures non retenues (pas franchement la plus efficace mais peut-être la plus représentative de l’album) et un gros dossier final de quinze pages présentant couvertures alternatives, une double page de making-of et un aperçu d’une sculpture du dessinateur dans l’univers de la BD. Une appli de réalité augmentée traduite en français est disponible. Édition correcte.

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