BD·Mercredi BD·Rétro

Reconquêtes

La trouvaille+joaquim
BD Sylvain Runberg et François Miville-Deschênes
Le Lombard (2011-2016), intégrale, 232 p.

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard,2019

Je profite de la sortie du nouvel album du duo, la suite du film La chasse du comte Zaroff, pour chroniquer l’intégrale de la série Reconquêtes, que je n’avais pas vu passer lors de la sortie de ses quatre tomes et dont l’atmosphère et le dessin m’ont littéralement envoûté en librairie! La très belle édition du Lombard sépare les tomes avec d’immenses doubles-pages reprenant les illustrations originales des volumes, un régal. Elle inclut un cahier graphique de recherches préparatoires de huit pages, très intéressant car il permet de voir l’évolution des premiers jets des personnages, beaucoup plus typés sémites avant leur évolution vers un type européen (j’y reviens). Enfin, une bibliographie des deux auteurs clôt l’ouvrage. Du très beau travail qui vaut un Calvin.

Dans une Antiquité reconstruite, l’avancée des puissants Hittites en Asie Mineure pousse la Horde des vivants à se reformer: cette alliance de trois peuples nomades, redoutables guerriers, va entamer une reconquête de leurs territoires, entre trahisons, suspicions et courage guerrier. Leur chronique sera suivie par une scribe, la très belle envoyée du roi de Babylone Hammurabi…

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

Reconquête est un étrange objet, un scénario composite mis en image par l’impressionnant François Miville-Deschênes, que je ne connaissais pas et qui compte indubitablement parmi les plus grands dessinateurs en activité. Ce qui saute aux yeux dès les premières planches c’est la technique parfaite du dessinateur québécois. Que ce soient les animaux, les hommes ou les femmes, tout est précis, détaillé, différencié. Alors qu’un certain nombre de dessinateurs réutilisent le même visage avec de simples changements de coiffures et de costume pour leurs personnages (Bilal par exemple), ce qui peut être gênant pour la compréhension, ici l’hyper-réalisme est extrêmement agréable et donne véritablement l’impression de lire un péplum sur grand écran. Le travail documentaire très conséquent sur les costumes, les décors, mobilier et l’imagination pour rendre cette Antiquité semi-historique crédible sont vraiment remarquables et montrent une passion de tous les instants mise dans ce travail.  Il a toujours été compliqué de représenter l’Antiquité sans tomber dans le kitsch. Le style de Miville-Deschênes accentuait ce risque, en se souvenant des grands dessinateurs réalistes tels Chéret (Rahan) qui ont produit nombre de BD historiques un peu désuettes depuis les années soixante. Or, que ce soit par la colorisation très élégante ou l’esthétique générale, tout est de bon goût, crédible, travaillé. Certains albums font ressentir le travail préparatoire, le développement de l’univers et des personnages. C’est le cas ici, un peu comme dans la grande série Servitude, où les combats ne sont qu’un moment (grandiose!) dans la description ethno-historique de peuples qui combattent pour leur mode de vie.

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

Sylvain Runberg nous propose avec Reconquêtes une Antiquité fantasmée, reconstituée par agencement d’éléments distants. Ainsi la scribe qui fait office de narrateur est envoyée par le roi de Babylone Hammourabi (XVII° siècle avant notre ère) pour suivre l’alliance des peuples Sarmate (env. V° siècle av. J.C.), Cimmériens (VII° siècle…) et Callipides (peuple cité par Hérodote) face aux conquérants Hittites (entre XVI° et XI° siècle avant notre ère)… L’ajout de références à l’Atlantide et de quelques créatures mythologiques permettent d’éviter toute  confusion quand au projet de réalisme historique et nous laisse profiter de la reconstitution de ce qu’aurait pu être cette

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

antiquité oubliée. Si la pâleur des peaux surprennent au début, habitués que nous sommes à des typologies sémites pour les peuples antiques, elles illustrent le sérieux documentaire des auteurs puisque nous savons que les peuples Scythes étaient de type « caucasien », blonds et à la peau claire… Ce qui fascine c’est la cohérence de l’ensemble, avec des styles vestimentaires reconnaissables (et la propension des guerrières Sarmates, sortes de proto-amazones, à vivre torse nu…), la rudesse des combats et des mœurs, l’originalité de ces palais mobiles dans lesquels ces rois nomades se déplacent. Les auteurs ne nous épargnent rien de la violence de l’époque, avec des soldats souvent balafrés, des sacrifices humains bien gores et quelques séquences de sexe sans insistance. Si François Miville-Deschênes se fait plaisir en matière d’anatomie féminines aux plastiques parfaites, les planches restent très élégantes et cela ne tombe jamais dans le grivois. Qu’il s’agisse d’éléphants de guerre, de vieux magiciens ou de cavalières sarmates tout est élégance du début à la fin dans cet album.

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

L’intrigue est dramatique, dans le sens théâtral. Si les combats en cinémascope sont nombreux et parfaitement lisibles, le cœur de l’histoire repose sur les relations entre les trois souverains qui jouent entre respect, concurrence et méfiance. Un élément perturbateur est venu perturber l’équilibre de la Horde et une conspiration va semer la discorde en imposant aux trois dirigeants un choix: risquer la disparition de tous pour l’honneur de leurs peuples ou respecter l’alliance au risque de trahir leurs traditions propres. Ce dilemme qui les taraude du début à la fin est passionnant et permet de connaître les spécificités de trois peuples que seul le nomadisme et l’esprit guerrier tient ensemble. Reconquêtes pose sa focale sur le peuple des femmes et se rapproche en cela du récent Cœur des amazones mais en bien plus réussi car il n’oublie pas le spectacle.

Reconquêtes est la série que je n’attendais plus, un peu lassé de la Fantasy et peu intéressé par des BD historiques qui restent souvent figées dans leur aspect documentaire. Runberg aime tordre l’histoire tout en gardant ses bases comme sur sa récente série Jakob Kayne. Il propose avec son comparse un modèle de BD grand public à la fois héroïque, belle et bien écrite. Un régal.

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BD en vrac #6

Salut les bdvores! pour cette nouvelle fournée de BD je vais faire une spéciale éditions Paquet, l’un de mes partenaires. J’ai découvert cet éditeur via les albums d’un de mes auteurs préféré, Romain Hugault et j’ai constaté que cette maison était assez attentive à la qualité de ses bouquins, avec notamment de fréquentes éditions grand format et intégrales, choses appréciées des lecteurs, qui ont ainsi le choix du format de leurs lectures. En outre l’éditeur est assez attaché à la qualité des dessins.

 

bsic journalismMerci aux éditions Paquet pour leur partenariat. Lu en numérique.

Je suis assez fan des BD de Romain Hugault, pourtant je n’avais pas démarré la série Angel wings (qui semble pourtant partie pour durer…), par crainte de redondance thématique. Mon billet sur le premier cycle (lien sur le titre de ce billet) suite à une lecture en bibliothèque m’avait pourtant séduit, tant graphiquement que pour le réalisme minutieux des auteurs. Paquet a la très bonne idée de proposer ses albums en format classique, grand format toilé et intégrale par cycles de trois albums. N’ayant pas lu le #4 Paradise Birds qui voit l’héroïne rejoindre l’OSS (ancêtre de la CIA) dans un contexte de préparation du projet Manhattan, je prends donc ce second cycle en cours de route. Cela ne m’a pas empêché d’apprécier encore et toujours les très grandes cases: Hugault dessine entre quatre et cinq cases par planches en moyenne, pour laisser la possibilité de panoramas, quand il n’envoie pas carrément des pleines pages d’un ciel écumé de chasseurs et bombardiers!

Résultat de recherche d'images pour "angel wings black sands"Angela est en route pour l’ile d’Iwo Jima où elle va devenir sauveteur-aviateur, seule possibilité qu’on lui laisse de voler malgré son pedigree d’Angel Wing. Si elle reste toujours en retrait de grands événements qui permettent au duo de proposer toujours autant de scènes d’aviation magistrales, l’album n’en propose pas moins un vrai scénario proposant une histoire d’amour compliquée, les relations hommes/femmes toujours difficiles dans l’armée tout en continuant de suivre le déroulement stratégique des derniers mois de la guerre et de la capitulation du Japon après la bataille d’Iwo Jima. Je pense que je me procurerais l’intégrale du cycle en fin d’année lors de la sortie du troisième volume.

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bsic journalismMerci aux éditions Paquet pour leur partenariat. Lu en numérique.

couv_359087J’avais proposé il y a deux ans un long billet de synthèse sur la série que j’avais découvert et beaucoup apprécié. Je rappelle que Paquet propose chaque volume en intégrale et en version grand format divisée en deux tomes, ce qui revient quand-même à 50€ le volume 4 pour le grand format avec cahier graphique…).

Le dernier volume se terminait sur l’exclusion d’Archer pour le viol de Céline et le départ des ado pour lui porter secours dans la zone de danger. On retrouve ici le même plaisir graphique avec essentiellement des paysages naturels (peu de séquences dans la colonie) et les tensions entre les deux groupes d’adolescents. La grande force de la série est ses personnages et là encore les « méchants » sont très travaillés et évitent le manichéisme. Clipboard01.jpgHolden, le blond agaçant de service fait des coups pendables mais toujours avec une raison et détaille sa vision divergente des frères Goodwoody. Progressivement malgré ces tensions (les auteurs n’hésitent pas à marquer les protagonistes dans leur chair) on voit se créer une opposition frontale entre les jeunes et les adultes, alors que la menace de renégats et des Ripers se fait plus menaçante. Bagster, le pourri de la série cristallise ces tensions autour de la fidélité de groupe plus que du statut d’adulte, remis en question par le contexte qui replace le statut majeur sur le critère de la capacité combattante plus que sur celle de la morale. Intéressant! Du coup on évite (par une description de contexte sérieuse) le simplisme méchants adultes contre gentils ado intelligents pour voir plutôt des oppositions de vision de cette nouvelle société. Je suis toujours aussi fan de ces contextes qui remettent en jeu les notions de base de démocratie, de violence légitime et de justice. Et avec ce traitement « série TV », ces superbes planches, et ce cliffhanger terrible Gung Ho est en passe d’acquérir le statut de série majeure de la BD franco-belge!

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  • Le collecteur d’âmes (Alma Cubrae #1)

bsic journalismMerci aux éditions Paquet pour leur partenariat. Lu en numérique.

Couverture de Alma Cubrae -1- Le Collecteur d'ÂmesAttention, grosse surprise que ce premier tome d’une saga de Dark Fantasy espagnole, dessinée par un impressionnant Sergio Sandoval, vétéran des collaborations graphiques au cinéma fantastique, notamment les films de Guillermo del Toro. Et outre les dessins (que l’on peut ranger dans la catégorie hyper-réaliste comme Christophe Bec ou Michael Lark), c’est surtout le design général de cet univers qui bluffe! Les auteurs prennent leur temps pour installer un univers cohérent, dès l’introduction en forme de genèse de ce monde barbare où une ancienne guerre a confronté les trois grandes Cités à des armées de monstres dirigés par les Druides. Comme pour Game of Thrones et la série BD Servitude, le principe est de bâtir un monde sophistiqué, cohérent, en plaçant des vestiges des temps anciens, plus mystérieux qu’expliqué mais participant grandement à l’intérêt de la série. Ce tome présente du reste l’itinéraire (un peu complexe niveau articulation temporelle) de la Garde blanche vers les marches du royaume où un baron semble devenu moyennement coopératif. On retrouve les grands marqueurs des deux œuvres citées, à savoir la trahison permanente, la menace maléfique invisible et l’intervention d’une puissance hors norme, incarnée ici par un chevalier qui ressemble fortement au Ginea Lord de la Complainte des Landes perdues.Résultat de recherche d'images pour "alma cubrae sandoval"

Vous l’aurez compris, hormis quelques réglages de déroulement, les dessins sont superbes (y compris leur mise en couleur), le design génial (je veux dire VRAIMENT génial et rarement vu en fantasy européenne), les scènes d’action barbares et dynamiques et les références à peu près parfaites. Une très grosse surprise pour ce qui peut devenir une série fantasy majeure des prochaines années et qui, j’espère s’étalera sur un certain nombre de tomes.

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L’espion qui croyait

Le Docu du Week-End
BD John Hendrix
Steinkis (2019), 176 p. , one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Steinkis pour cette découverte.


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L’ouvrage en format broché petit format avec couverture à rabat jouit d’une maquette et design très élégants qui participent beaucoup à sa réussite. En début de volume une introduction de l’auteur, en fin de volume des notes d’intention et précisions sur les recherches et la recherche d’authenticité. Une bibliographie fournie (comme toujours chez Steinkis, éditeur qui propose des ouvrages documentés), une photo de Dietrich Bonhoeffer, des notes et un index concluent l’ouvrage.

Dietrich Bonhoeffer, théologien allemand imprégné de morale et de foi, décida au vu des événements qui amenèrent les nazis au pouvoir et de la marche vers la guerre, d’incarner une Eglise active. Entre les préceptes non violents de la foi et la réalité de ce qu’il vivait il choisit de devenir espion et de participer à la conspiration qui devait assassiner Hitler…

Pour faire cette chronique je vais devoir aborder trois éléments de cet ouvrages qui m’ont mis en difficulté quand il s’est agi de déterminer s’il m’avait plu ou pas. Le premier est le sujet, ce qui m’a donné envie de le lire. L’auteur l’explique dans ses notes d’intentions, il a souhaité au travers de cette biographie (ou plutôt laudateur…) dresser un tableau didactique de la progression dramatique qui a mené l’une des nations les plus cultivées et puissante au sortir du XIX° siècle à l’apocalypse de la seconde guerre mondiale et au fascisme. Ce vecteur est le bon et l’originalité (le personnage est un pasteur) permet de sortir de sa zone de confort en découvrant le cheminement théologique et moral d’un homme qui a choisi de mettre sa vie au service de la foi et des hommes. Résultat de recherche d'images pour "hendrix the faithful spy"En bon laïcard que je suis je reconnais que ce n’est pas un sujet qui me passionne mais l’ouvrage de John Hendrix m’a permis d’effleurer des problématiques qui peuvent se poser aux croyants et d’apprendre le rôle dual qu’a joué l’Eglise d’Allemagne, l’institution se rangeant très facilement et volontiers sous la coupe du Fürher quand une partie des pasteurs s’organisait en une sorte d’église dissidente, une église de combat décidée de ne pas rester passive dans le drame des années 30-40. L’auteur ne donne pas de chiffres mais ce sont 7000 prêtres qui refusèrent ainsi les décisions les plus insupportables du régime concernant les juifs notamment. De même, l’itinéraire mental de Bonhoeffer, entre ses années dans la bourgeoisie allemande à sa révélation en Amérique face à la ségrégation raciale des noirs est intéressant.

Pourtant le verbe de l’auteur, totalement à la gloire de Dietrich Bonhoeffer, jusqu’à friser le ridicule par moments, m’a posé problème. Le ton hyper-didactique fonctionne lorsqu’il s’agit de raconter les événements plus ou moins connus (le coup d’Etat d’Hitler, la nuit de cristal, les jeux olympiques,…) mais sa passion pour ce personnage m’a laissé de marbre, d’autant que l’on sent assez fortement la voix du croyant derrière. Du coup un certain nombre de passage nous entraînent dans une rhétorique religieuse qui m’a dérangé. S’agissant d’une biographie ce n’est pas totalement aberrant de parler de foi pour un pasteur, mais pour qui ne crois pas la réflexion tombe à plat et crée une faille dans le récit…Résultat de recherche d'images pour "hendrix the faithful spy"

Le troisième élément est le graphisme, ou devrais-je dire plutôt le design, qui est lui vraiment réussi. Hendrix n’est pas le meilleur dessinateur du monde mais il sait dessiner des personnages et surtout sa mise en page très originale, par insertion d’éléments graphiques souvent symboliques (le Loup incarnant Hitler,…) qui aident la lecture un peu comme les documents d’un manuel d’Histoire. Du coup hormis les éléments cités plus haut l’album se lit facilement et est parfois passionnant car il arrive à synthétiser à la fois l’implication méconnue de ce personnage dans la résistance allemande et le déroulé que l’on a appris en cours d’Histoire. A ce titre si le sujet vous intéresse je vous encourage vivement à visionner le génial film de Brian Singer Walkyrie qui relate comme un film d’espionnage l’ultime tentative d’assassinat dans la Tanière du loup dont l’échec qui a abouti à la décapitation de cette résistance issue de l’Abwehre, le service d’espionnage de l’armée de l’amiral Canaris. On retrouve une grande partie de cette conspiration dans le livre et le rôle qu’y a joué Bonhoeffer.Résultat de recherche d'images pour "hendrix the faithful spy"

Selon que vous serez ou non sensibles à l’Histoire de la seconde guerre mondiale et au dilemme moral et religieux d’un homme le livre de John Hendrix vous parlera plus ou moins. Il reste au demeurant très bien conçu et mérite au moins par son originalité votre intérêt.

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Hot space #1: Crash program

BD du mercredi
BD de Le Pixx
Kamiti (2019), 78p./album. Série en cours 1/3 parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kamiti pour cette belle découverte!


couv_356121Kamiti est un jeune éditeur que j’aime bien car il fait de la très bonne SF, propose de superbes couvertures et que ce n’est pas facile de se faire une place dans la BD grand public aujourd’hui… J’avais apprécié Red Sun l’an dernier et attendais leur prochaine sortie. Sur le plan éditorial, c’est très propre, une maquette simple et cohérente, de bons visuels et une impression de qualité (en Lettonie). L’intérieur de couverture est vierge, comme c’est de plus en plus le cas en BD… dommage, j’aime bien les images grand format un peu énigmatiques que l’on trouvait autrefois dans les albums.

 

Le pilote Nohraïa Kovalski, forte tête de la flotte de la fédération, est mutée sur l’astéroïde Ouranos après une altercation musclée. Envoyée en opération sur une planète désertique, elle se retrouve au cœur d’un feu nourri, dans une conspiration qui la dépasse. Seule et livrée à elle-même elle va devoir laisser sortir sa rage face à des soldats envoyés pour l’éliminer…

Résultat de recherche d'images pour "hot space bd"Hot Space est l’oeuvre de Pierre Le Pivain (alias Le Pixx), illustrateur œuvrant de longue date dans le jeu de rôle et la communication. Pour sa première BD il propose des planches très propres qui sans être virtuoses entrent dans le canon des BD d’action SF Soleil-Delcourt. J’ai trouvé l’encrage un peu grossier, ce qui est dommage car ses personnages ont de vraies trognes et certains visages sont vraiment réussis. Mais ce qui caractérise son dessin 100% BD c’est une très grande lisibilité vraiment remarquable car ce n’est vraiment pas le cas de la majorité des BD d’action! Avec une couverture très percutante, la partie graphique fait le job.

Mais ce qui accroche dans Hot Space c’est résolument le scénario et le découpage. Le Pixx se fait plaisir en proposant avec une grande maîtrise de la structure narrative des découpages serrés ou de pleines pages selon le besoin. Certaines BD d’action se lisent trop vite  quand d’autres sont inutilement bavardes. Ici l’équilibre est parfaitement trouvé avec une intrigue simple reprenant la structure des films de série B d’action: une héroïne bad-ass est la cible de tous les salauds de l’espace mais a décidé de ne pas se laisser faire!Résultat de recherche d'images pour "hot space le pixx" La conspiration, assez vite révélée, n’est pas ridicule et permet surtout de mettre le lecteur dans de bonnes dispositions psychologiques pour attendre la prochaine tuile qui tombera sur son héroïne. La narration alterne entre Kovalski, une technicienne située sur la base orbitale et que l’on devine venir en aide à sa collègue dans les autres tomes et les méchants. Simple mais efficace.

Niveau action c’est clair, net et précis, un peu bourrin, vaguement gore (à base de cerveaux explosés ou de bras arrachés) sans occuper pour autant toute l’attention de l’auteur qui déroule étape par étape son récit. Des éléments fantastiques finissent par poindre en fin de volume et l’on devine que ce sera le développement principal de la vengeance de la pilote, avec une chute très ironique pour un personnage que l’auteur a décidément décidé de faire vivre un max de difficultés… pour notre plus grand plaisir.

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Castan #3: la forteresse du roi Xiang

BD du mercrediBD d’Alexandre et Raphaël Morellon
Des bulles dans l’Océan (2018), 56p. tome 3/4.

Couverture de Castan -3- La forteresse du roi XiangLe petit éditeur réunionnais Des bulles dans l’Océan a été découvert par hasard au détour d’une pérégrination sur Facebook. Souvent les petits éditeurs tentent de se faire une place avec des auteurs semi-pro qui ont des capacité mais pas nécessairement de technique et d’expérience. Au détour d’un catalogue on peut dénicher un auteur qui sort du lot, comme ce fut le cas avec Ronan Toulhoat en 2010 chez Akiléos, jeune auteur débutant, avec beaucoup de lacunes à l’époque mais que le travail quotidien a amené à être aujourd’hui l’un des meilleurs dessinateur BD français du circuit. Pour d’autres comme Mathieu Thonon, le potentiel est là mais l’on ne voit pas de suite… Les quelques planches de Castan présentées par l’éditeur m’ont pas mal bluffé et s’en sont suivi d’un très aimable envoi SP du tome 3 sorti en début d’année.

Castan est une série d’aventure semi-historique réalisée par les frères Morellon. Elle suit le héros éponyme et ses compagnons entrés au service de l’armée du Machawari et de son généralissime Kien Long. N’ayant pas lu les deux premiers tomes je ne vais décrire que le dernier publié: Castan et ses compagnons ont été pris sous l’aile protectrice de la belle et redoutable Kien Long qui impose ses conditions au roi du Machawari, le jeune Rajanh Orcha, soumis à l’influence corruptrice de Jefta. L’heure de la bataille finale contre le roi Xiang et ses redoutables guerriers Uzunu a sonné….

Dès le premier feuilletage de l’album j’ai été soufflé par le style du dessinateur, par la maîtrise de l’outil numérique et la mise en couleur. Ce qui distingue ce jeune autodidacte c’est la maturité de son trait, bien plus élégant et précis que celui de Toulhoat à ses débuts pour reprendre l’exemple ci-dessus. Le trait des personnages est une des forces du dessin d’Alexandre Morellon ainsi que le design général des décors, des costumes, sorte de syncrétisme total de 5000 ans d’histoire de l’humanité mélangeant Inde, Extrême-orient et Arabie avec des influences de l’imaginaire collectif des mille et une nuits. Ces planches sont vraiment magnifiques et dotées d’une colorisation parfois brute de numérique, mais qui donne un éclairage superbe aux dessins. Comme pour Gung-Ho, les allergiques au dessin numérique pourront passer à côté, mais personnellement, pour peu que l’on ne regarde pas trop les détails et les plans larges j’ai pris un grand plaisir graphique à la lecture de cet album en me disant que pour un troisième ouvrage, le dessinateur a un potentiel encore assez énorme! La principale faille du dessin repose sur les fonds de plans, les personnages en pied étant parfois dessinés maladroitement et certaines cases d’action où l’outil numérique montre ses limites, dans la gestion du mouvement et la lisibilité de la page. Mais sincèrement, si l’on replace l’album dans le grand four de la BD d’héroïc-fantasy grand public, on est loin au-dessus de pas mal de productions Soleil.

Niveau scénario, c’est compliqué puisque j’ai pris la série en cours de route et que je n’ai pu que supputer les aventures précédentes. Mais le gros point est la description des personnages et leurs dialogues, très efficaces, percutants. Le personnage du général Kien Long, femme de tempérament à l’autorité indéniable est le plus réussi. Alors que ce genre de série nous à habitué au vieux général sage et ferme, qui a mené mille campagne à la tête d’hommes qui donneraient leur vie pour lui, la transposition de cet archétype dans la peau d’une magnifique jeune femme athlétique et redoutable stratège est très gonflé… et cela fonctionne!Castan 3 p12 Elle vole la vedette au héros Castan qui s’appuie sur des amis peut-être un peu effacés (sans doute la constitution du groupe est-elle narrée dans les deux premiers volumes).

L’intrigue est structurée autour de la stratégie secrète menée pour vaincre le roi Xiang qui donne son titre à l’album et de la conquête de cette forteresse sous le voile des manigances du conseiller du roi, le très perfide et (encore une fois) très bien dessiné Jafta. Cet album parvient à noue faire voyager en une contrée exotique aux tentures d’azure et aux arcades dentelées, parmi les soldats d’armées épiques aux armures étincelantes… la vraie grande aventure en cinémascope!

Je vous invite donc vivement à découvrir cet éditeur et ces deux jeunes auteurs pour une série créative qui fait vraiment plaisir et dont on attend la suite avec impatience.

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Les Esprits de la vengeance

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Comic de Victor Gischler et Davd Baldeon
Panini (2018) -Marvel (2017), 122 p., comprend les épisodes 1-5 de la série. One-shot.
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Au niveau éditorial l’album est plutôt dans le haut du panier chez Panini, avec une préface habituelle de contexte sur Marvel Legacy, deux pages (assez moches) de présentation des personnages, les couvertures originales et des bonus en fin de volume sur le design des personnages et la création de l’histoire.

Tous les mille ans la Convention est formée pour permettre une discussion diplomatique entre Enfer et Paradis afin de régler les différents dans la guerre éternelle que se livrent les deux forces. Cette fois-ci les règles ont changées et menacent de rompre à jamais l’équilibre éternel, obligeant Daïmon Hellstrom (le fils du Diable) à réunir une équipe… pour sauver l’univers! 

Pour commencer cette chronique je précise que la quasi totalité des personnages et contexte de cet album Marvel m’est inconnue. Hormis les films Blade et Ghost Rider je découvre cet univers qui ressemble (en plus fun) à celui du Hellblazer (Constantine) de chez DC, au film Dogma de Kevin Smith et surtout au jeu de rôle In Nomine Satanis jadis illustré par monsieur Varanda, et dont on retrouve totalement le côté délirant. Je reconnais que j’adore absolument ces histoires de lutte entre enfer et paradis (le Rapture de Valiant avait ce côté très sympa et moins sérieux que Shadowman) avec ces archanges intervenant en personne, un Diable coquin au possible et des manigances pour contourner les règles. Avec ici des anti-héros très rock’n’roll (dont un Ghost Rider que je voyais comme assez kitsch jusqu’ici), on a résolument une histoire one-shot très fun et joliment mise en image par un illustrateur espagnol assez bon.

Résultat de recherche d'images pour "spirits of vengeance baldeon"Les dessins sont une surprise car hormis les pointures des Big-Two les comics indé ou sur des héros mineurs sont rarement un éblouissement oculaire. Je n’irais pas jusqu’à dire que Baldeon fait partie du gratin des illustrateurs de comics, mais franchement, dans l’école Humberto Ramos/Madureira on est quand-même dans la même catégorie. La colorisation très informatique ne permet sans doute pas de juger à sa juste valeur l’encrage (qu’on pourra apprécier dans les bonus) mais elle apporte, par une profusion d’effets de lumières et de flammes très jolis, une belle tonalité complémentaire à cet album. Sincèrement je me suis fait plaisir graphiquement alors que la couverture assez moyennement dessinée ne me préparait pas à cela. Les tronches un peu cartoon et le design à l’outrance assumée participent de cette idée d’une série B à gros moyens.

Et l’histoire est remarquablement construite, sans complication inutiles, sur le mode d’une enquête classique, avec un premier mort révélant une conspiration plus vaste, passage de témoins démoniaques à tabac et moultes bons mots échangés entre ces sales gueules de l’univers Marvel. Résultat de recherche d'images pour "spirits of vengeance baldeon"Les auteurs expliquent dans les bonus un traitement différencié selon le personnage suivi, de l’ambiance « actionner 80’s » pour Blade au polar pour Hellstrom ou Dragon ball pour Ghost Rider… Il y a de l’idée et cela permet de varier les planches et les séquences. Pas de faux rythme ou de ralentissement dans une histoire qu’on regrette presque une fois la centaine de pages achevées.

One-shot plus proche d’un indé de chez Image, Esprits de vengeance a le très gros mérite d’être absolument accessible à n’importe quel lecteur de BD, de se suffire à lui-même et d’avoir une cohérence graphique et scénaristique sans prétention mais terriblement efficace. Si le projet avait été un poil plus ambitieux (et si je ne l’avais pas lu en version numérique) on était pas loin des 5 Calvin!

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Aeka: Hiver rouge

BD de Fuat Erkol, Christian Simon et Fabrizio Cosentino
Kamiti (2018), 48 p.

Couverture de Aeka - Hiver rougeAeka a fait l’envoi d’un Service de presse de la part du nouvel éditeur Kamiti en plus du très bon Red Sun que j’avais chroniqué. Je ne suis pas forcément fana de la période Japon médiéval mais cela m’a permis une découverte. La très jolie couverture est bien en phase avec l’histoire et dotée d’un vernis sélectif. La maquette est très propre, la quatrième de couverture intrigante. Très bon travail d’édition… hormis une ou deux coquille que l’on pardonnera à l’un des premiers albums de l’éditeur.

Alors que l’on célèbre la fête des dragons comme chaque année, Aeka voit sa famille massacrée devant ses yeux par un énigmatique guerrier masqué, aussi impitoyable qu’invincible. Enlevée par lui, elle va être entraînée aux arts guerriers par son propre ennemi, jusqu’à ce qu’elle soit capable de le terrasser. Mais l’homme semble lié au passé qui a vu la défaite des hommes sur les Dragons…

Aeka est une histoire de vengeance, de sabre et de dragons. Pas mal comme pitch. L’album commence pourtant assez lentement, voir même de façon assez banale pour ce genre d’univers, juste de quoi nous faire toucher du doigt la personnalité forte de l’héroïne et le contexte semi-fantastique du japon des samouraï. J’ai cru un moment que l’on verserait dans une énième histoire de Shogun et d’histoire d’honneur… Mais dès l’irruption du guerrier, en une scène assez réussie, on est accroché. Résultat de recherche d'images pour "aeka cosentino"L’album se lit assez vite avec la formation de la jeune fille qui doit apprendre à se surpasser et développer ses sens, quasi surnaturels dans des décors sylvestres. Si elle n’a rien de révolutionnaire, l’intrigue est intéressante, comportant suffisamment de mystère pour donner envie de poursuivre et le scénario avance à un rythme bien équilibré en progression. La mise en scène est du reste efficace.

Sur le dessin j’ai eu un peu de mal en revanche. Rien de honteux, l’illustrateur sait tenir des crayons, mais on est plus dans la qualité moyenne d’un album de fantasy de chez Soleil que sur le précédent album de Kamiti. Tout le monde ne peux pas avoir le même niveau et quand on voit l’illustration de couverture  et la qualité des encrages on peut gager que Fabrizio Cosentino a de la marge de progression, d’autant que sur la maîtrise de la mise en scène il n’y a rien à redire, c’est lisible et parfois même assez sympathique pour certaines planches. J’avais lu le premier Monde de Maliang sur lequel j’avais trouvé les dessins très réussis et malheureusement tiqué sur la reprise (par Consentino) avec des dessins manquant de technique. Pourtant quand on voit la page web de l’auteur il y a clairement du potentiel, notamment dans la colorisation numérique.

En résumé, on a ici un album de fantasy assez classique tendance adolescents, qui ne sort pas forcément du lot de la production grand public mais reste d’une lecture agréable et dont la progression scénaristique sait attirer vers les prochains volumes, avec un contexte mystérieux qui peut faire gagner la série en qualité dans le temps. Et pour peu que le japon médiéval vous botte vous pourrez passer un très bon moment en compagnie d’Aeka.

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