***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

L’assassin qu’elle mérite

La trouvaille+joaquim

couv_115156
BD de Wilfried Lupano, Yannick Corboz et Catherine Moreau (coul.)
Vent d’ouest (2010-2016), 46p./album série terminée en quatre volumes.

Dans la Vienne impériale de 1900 l’ancien monde se fracasse sur le nouveau. Si l’oppression féodale a été remplacée par une Lutte des classes entre prolétariat et bourgeoisie fortunée, cette dernière est loin d’être homogène, certains de ses membres abhorrant le carcan moral que fait peser l’ordre établi sur l’humanité. Ainsi vont se retrouvés liés à la vie à la mort deux riches hédonistes décidés à s’encanailler en créant une oeuvre d’art vivante: un pauvre naïf qu’ils ambitionnent d’élever au rang de criminel ultime chargé d’abattre la société morale. Ils vont s’efforcer de créer l’assassin qu’elle mérite…

L'assassin qu'elle mérite - BD, informations, cotesÉtrange série que cette quadrilogie qui se découpe en réalité en deux diptyque en forme de deux lieux/époques. Formé à Emile Cohl et déjà très solide techniquement et doté des atouts techniques des artistes de l’animation, Yannick Corboz (auteur plus tard de la Brigade Verhoeven et dernièrement des Rivières du Passé chez Maghen) sort d’un diptyque avec le golden-boy d’alors, Wilfried Lupano tout juste auréolé du succès de sa série majeure, Alim le Tanneur. Déjà chez les deux auteurs ce besoin de politique, cet esprit contestataire d’un ordre établi, d’une morale religieuse ou sociale qu’ils veulent mettre à bas. Et l’on sent dans le duo Alec/Klement une part de l’esprit créatif qui transpire dans cette reconstitution des Vienne et Paris de la Belle-époque.

Difficile de résumer cette intrigue très tortueuse qui, si elle suit résolument l’itinéraire assez piteux du jeune Victor tombé dans les filets machiavéliques de Victor, ne fait pas de lui un héros pour autant, loin de là. Ici les personnages sont bien un prétexte pour dépeindre deux sociétés au bord de l’explosion et que personne ne veut vraiment défendre. Le traitement scénaristique est ainsi perturbant en ce qu’hormis peut-être Klément, l’ami victime repenti on a très peu de compassion ni pour Alec le manipulateur ni pour Victor la victime. Car s’il a découvert la belle vie des héritiers gavé de l’argent de son mécène, le jeune garçon enchaîne mauvaises rencontres sur mauvaises décisions et n’est même pas capable de devenir le terrible révolutionnaire que l’on imagine.

L'Assassin qu'elle mérite - BD, avis, informations, images, albums -  BDTheque.comWilfried Lupano nous avait déjà habitué au refus de la linéarité sur Alim le tanneur et poursuit ici sa construction chaotique au risque de perdre un peu le lecteur quand aux finalités de son projet. Le décors et les acteurs permettent bien très efficacement de nous décrire la Vienne impériale où la Police est principalement là pour protéger le mode de vie rapace des riches et où le vernis moral s’efface bien vite derrière le sexe et les pulsions. Mais faute de point d’accroche auquel s’identifier (un héros, un méchant) on écoute les analyses intéressantes tout en cherchant la route. C’est une approche que l’o peut qualifier de complexe, l’auteur refusant de donner le mode d’emploi de sa carte postale. Ainsi la rupture de mi-série voit disparaître Alec et l’intrigue se voit transposée à Paris autour de l’Exposition Universelle et d’un projet d’attentat anarchiste. Des personnages disparaissent, d’autres apparaissent sans que l’on se souvienne bien si on les a déjà vu ou non.

L'Assassin qu'elle mérite - BD, avis, informations, images, albums -  BDTheque.comGraphiquement parlant Corboz propose de belles mises en scène avec une évolution que la couleur n’aide pas. En changeant de coloriste sur chaque album, on sent que le dessinateur n’est pas totalement convaincu, lui qui maîtrise pourtant une belle palette sur ses dernières publications. Et si l’encrage est un peu grossier sur le premier volume ce sont surtout les couleurs qui semblent faites au numérique qui détonnent avec l’approche artisanale du trait et de l’ambiance. L’évolution graphique est ainsi palpable tout au long de la série (en mieux) et propose quelques très belles atmosphères impressionnistes qui collent parfaitement à l’époque.

Série insaisissable, ni pamphlet politique, ni carte postale ou chronique sociale, L’assassin qu’elle mérite est tout cela à la fois dans un mode déstructuré qui demandera un lâcher-prise au lecteur sans chercher un sens à tout cela. Pas le meilleur scénario de Wifried Lupano mais une belle découverte graphique d’un dessinateur assez rare et qui pourrait bien exploser au grand public au premier succès commercial.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·Comics·East & West

Fight girls

esat-west

Comic de Frank Cho et Sabine Rich (coul.)
Delcourt (2022)/ AWA studios 2021, 144 p., one-shot.

couv_451742

L’empire de Gilmoran qui règne sur la galaxie n’a plus de reine. Incapable de donner un héritier au trône, elle a été destituée et l’ancien Parlement convoqué pour organiser les Jeux qui permettront comme le veut la tradition de désigner la nouvelle reine. Dix femmes venues des quatre coins de l’empire vont désormais s’affronter dans une course sans règle et où la mort est probable. Dix femmes pour un trône. Mais comme souvent les dés sont pipés et des organisations œuvrent pour favoriser leur championne…

Amazon.fr - Fight Girls (Volume 1) - Cho, Frank, Cho, Frank, Rich, Sabine -  LivresFrank Cho est l’un de mes dessinateurs préférés, bien qu’il soit assez rare sur des albums complets préférant comme nombre de grands illustrateurs américains cachetonner sur des ribambelles de sublimes couvertures. Quatre ans après sont délirant Skybourne (dont on attend toujours la suite!) son nouveau one-shot fut annoncé en plein Covid et s’est fait désiré, avec un peu d’inquiétude quand au pitch je dois le dire. Scénario minimaliste pour un album écrit par et pour un illustrateur de renom, on en a déjà vu et pas toujours pour le meilleur. Sur un thème proche le VS d’Esad Ribic avait beaucoup déçu…

Et si l’album entre directement en matière sans fioritures les premières séquences, qui portent la patte de Cho avec ses femelles musculeuses en petite tenue et ses dinosaures voraces, on tombe assez vite dans une facilité qui enchaîne les courses forestières et les morts violentes. Pas très original mais le mauvais esprit gore est (presque) là et les dessins sont au niveau du maître. Pas forcément de quoi sortir de la masse des comics d’entertainment. Pourtant sous cette apparente simplicité l’auteur installe assez vite une sous-intrigue sous forme d’enquête pour découvrir ce qui cloche derrière l’identité de cette vile salope qui élimine les concurrentes les unes après les autres. En parallèle de la joute ultra-linéaire notre attention se détourne ainsi vers les manigances d’alcôves du background space-opera. Idée gonflée en ce qu’il faut véritablement attendre le dernier tiers pour voir cette dimension Fumetti. Intervista a Frank Cho: “Marvel e Dc, non c'è più creatività” - la  Repubblicaprendre le dessus avec le risque de voir le lecteur s’ennuyer dans la lecture des « fight girls ». Petit malin, Frank Cho embarque donc son monde dans un gros emballage pompier que tout le monde attend de lui pour au final nous livrer une très sympathique satire policière vaguement féministe.

Ici plus humour noir que polisson, le dessinateur ne se met toutefois pas tout à fait dans les meilleures conditions pour délivrer le meilleur de son dessin. Ultra-technique, sans fautes, mais pas si impressionnant, le jonglage entre extérieurs hostiles et décors SF ne donne pas loisir à de très beaux dessins. Efficaces c’est certains. Mais guère plus.

Au final ce Fight girls est donc une lecture très sympathique, en dessous du précédent, qui ne décevra pas les fans de Cho mais aura peut-être du mal, avec une sortie avant l’été, à conquérir un vaste lectorat. Il reste néanmoins dans la moyenne supérieure des albums indé d’action.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Jeunesse·Rapidos

Harmony #7: In fine

La BD!
couv_431434
BD de Mathieu Reynès
Dupuis (2021), 58p., premier cycle achevé en 7 tomes.

Alors, alors, alors… Que dire de cette conclusion (officiellement) qui fait indéniablement le job tout en nous laissant un peu sur notre faim. On peut mettre le verre à moitié plein en se disant que meilleure est la série plus triste est la fin, ou à moitié vide en estimant que Reynès n’a pas complètement transformé son bel essai. Sur le plan graphique on est dans la continuité de toute la série, avec des planches qui claquent et des affrontement explosifs qui lorgnent vers le manga. Avec une structure étrange, entre une ouverture faisant Harmony tome 7 - BDfugue.compenser à une évolution X-men avec le méchant qui « capte » des êtres partout dans le monde et une conclusion ouverte sur un probable nouvelle « saison », on a du 100% action-aventure. L’album est entièrement tourné sur la baston finale, plutôt réussie avec ses effets pyrotechniques et son kung-fu nimbé de contre-pouvoirs. On regrettera juste une monotonie des décors qui minore un peu la portée via un cadrage hyper-serré des combats.

Le regret porte sur l’aspect conspirationniste qui a totalement disparu des derniers albums pour être remplacé par la dimension mystique. C’était attendu mais on en perd une partie du sel du début. Reste une réalisation sans faille depuis le premier tome et on ne va pas faire la fine bouche! Mathieu Reynès a annoncé une pause avant de revenir, on l’espère, dans une version plus adulte des aventures d’Harmony. Entre temps vous pouvez découvrir son nouveau projet numérique qui lorgne vers le manga et Lastman. Le tarif pratique me paraît un peu élevé pour du numérique et rappelle les débats sur le juste prix et la juste rémunération des auteurs. Le crowdfunding est quoi qu’il en soit toujours une bonne chose.. attendons de voir.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Nouveau !

Immonde !

Histoire complète en 233 pages, écrite et dessinée par Elizabeth Holleville. Parution chez Glénat le 12/01/2022. Lecture conseillée à partir de 16 ans.

Horrifique nostalgie

Morterre est une petite bourgade comme en voit très souvent dans les récits de genre: isolée, et pourvue d’un nom qui devrait faire fuir toute personne censée. Pour Jonas et Camille, Morterre représente toutefois la seule perspective d’avenir. Pour tuer le temps en dehors du lycée, les deux ados regardent des films d’horreur et tournent des canulars vidéos qu’ils diffusent sur internet. Leurs parents, comme l’essentiel de la population d’ailleurs, travaille au sein de la grande usine d’Algemma, à côté du site d’extraction du tomium, un minerai radioactif servant désormais à alimenter les centrales nucléaires.

En résumé, Algemma fait vivre Morterre, dans un équilibre nécessaire auquel tout le monde semble contribuer. De son côté, Nour, qui ne se remet pas du décès de sa mère, emménage avec son frère, et son père et va se lier d’amitié avec le duo marginal. Mais tout n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît à Morterre, car l’Agemma semble cacher bien des choses à ses employés, à commencer par les effets du tomium sur la population…

Teenage wasteland

La nostalgie est ce qui transparait en premier à la lecture d’Immonde ! d’Elizabeth Holleville. D’emblée, la comparaison avec des classiques comme les Goonies ou d’autres œuvres traitant du désarroi adolescent, saute aux yeux du lecteur, comme avec des séries comme Stranger Things. Le scénario emprunte donc çà et là l’essentiel de ses éléments pour construire un tout fleurant résolument le déjà-vu.

Comme on vient de le dire, la petite bourgade dont un groupe d’adolescents se sent prisonnier et dont il s’évade grâce à la pop-culture, est un élément maintes fois traité, mais qui constitue encore aujourd’hui une base solide pour construire un récit d’ambiance. On peut aussi voir du côté des références la conspiration militaro-industrielle, dont l’inconséquence et la cupidité provoquent l’éruption de l’innommable, qui déferle dans les rues de la ville comme un tsunami.

Heureusement que le fond de l’album ne se résume pas à ces éléments de forme, car l’horreur et l’épouvante ne semblent être qu’un habillage pour l’auteure, qui s’en saisit pour mieux traiter en toile de fond des problématiques sociétales et environnementales. En premier lieu, les troubles adolescents et la découverte de soi, mais également l’identité et le genre, ou encore des sujets économiques comme le chantage à l’emploi, font partie des thèmes phares de l’album.

La première moitié s’avère très efficace pour instiller une ambiance pesante et accroître progressivement la tension, avant le réel basculement dans l’horreur pour la seconde moitié.

Néanmoins, on ressort tout de même de cette lecture avec un petit sentiment d’inachevé, car si les thématiques sont visibles et traitées tout au long de l’album, d’autres éléments, mentionnés de façon ostentatoire et donc forcément perçus comme importants par le lecteur, ne sont ensuite pas exploités comme il se doit par l’auteure.

Je prends pour exemple principal les capacités extrasensorielles de Nour, qui sont évoquées mais ne servent en rien le récit, puisqu’elles ne jouent aucun rôle dans la résolution de l’intrigue, qui se serait donc déroulé de la même manière sans cet élément. Il y avait pourtant matière à quelque chose de plus dynamique (cet élément est sûrement inspiré de Eleven dans Stranger Things), mais cela donne finalement l’impression que la scénariste ne savait plus quoi faire de cet élément une fois lancée dans la production du récit.

Il me semble aussi avoir vu des approximations quant au sujet en lui-même (Morterre est un lieu d’extraction de minerai, mais on parle ensuite de traitement des déchets radioactifs, qui sont deux activités différentes et séparées dans le temps, voir cet article qui détaille le tout), qui aurait mérité une meilleurs documentation ainsi qu’une exposition plus détaillée. En effet, si l’un des objectifs est de dénoncer la pollution nucléaire, mieux vaut savoir de quoi on parle. Les autres points qui auraient mérité un traitement plus approfondi, ce sont les différentes mutations provoquées par la radioactivité au sein de la population, qui sont sans lien apparent avec les créatures qui arpentent les galeries de la mine souterraine et qui apparemment résistent aux radiations.

Immonde ! peut donc être rangée dans la catégorie des œuvres citant des œuvres qui sont elles-mêmes des références, ce qui peut provoquer des déperditions en terme de message et de puissance narrative, malgré des thématiques vitales et bienvenues.

*****·BD·Nouveau !

Largo Winch #23: La frontière de la nuit

La BD!
BD d’Eric Giacometti et Philippe Franck
Dupuis (2021), 46p., série en cours.

couv_433684

 Le groupe W est un vieux paquebot du XX° siècle qui se retrouve confronté aux enjeux climatiques ainsi qu’au dynamisme multiple des start-up d’une jeune génération techno aux dents longues. Alors qu’il s’évertue à apurer la passif immoral et polluant de ses entreprises, Largo doit entamer des discussion avec Jarod et Demetria Manskind qui sont bien décidés à lancer une course à l’Espace…

Après des hauts et des bas mais presque vingt ans d’un règle du pape des scénarios, le diptyque de reprise de Largo Winch m’avait laissé sur ma faim, montrant de façon criante le miracle réalisé par Jean Van Hamme. Suffisamment pour me décider à arrêter ma collection et rejoindre les potes Thorgal et XIII au rayon des ancêtres à la retraite. Et bien ce nouvel album m’a détrompé puisqu’il renoue avec les tous meilleurs cycles de la série, tout simplement, confirmant que le rodage a permis une maturation dans la simplification des aventures à la James Bond.

Largo Winch T23 : La frontière de la nuit (0), bd chez Dupuis de  Giacometti, Francq, DenouletLe premier élément que l’on retrouve avec un immense plaisir c’est le personnage du clown trash: Simon Ovronaz, vrai héros de la série qui apporte une touche semi-dérisoire mais si sympathique d’humour, de sexe et de décalage. Comme d’habitude il reste sur l’essentiel en embuscade pendant que Largo prend la lumière. Assumant son rôle de chevalier blanc il va lui-même faire le ménage auprès des contremaîtres véreux au fin-fond de la jungle indonésienne avant de traumatiser son Conseil de direction par des initiatives osées, enclenchant une fois n’est pas coutume un vrai clash avec l’inénarrable Cochrane. L’ambiance aérospatialt et les meurtres bien cracra confirment le retour du Blockbuster cinoche au plus près de l’actualité des Elon Musk et autres empereurs du futur.

En retrouvant les fondamentaux (les assassins occultes, la menace de mort imminente sur laquelle s’ouvre l’album, les golden-boys fricotant avec le monde du crime et les faux-semblants,…) l’album retrouve son aspect de James Bond de l’économie pour notre plus grand plaisir. Porté par des planches plus lumineuses et précises que jamais (la technicité des décors et engins est sidérante de détails), cette Frontière de la nuit se dévore comme aux grande heures de Makiling et va rendre l’attente bien longue!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #3

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2021-2022 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

Pour la présentation du projet vous pouvez consulter le billet traitant du premier tome. Le second tome est ici. Le troisième Livre est en cours de publication.

la-fin-des-irin-logo

Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

badge numeriqueLe projet de la Fin des Irin a un déroulé perturbant pour le lecteur. Le premier bon point c’est la variété des styles graphiques des trois illustrateurs choisis qui ont tous trois de grandes qualités esthétiques mais aussi quelques difficultés de lisibilité dans l’action. Sur le volume III qui vient de commencer Arsenyi Popov propose des planches dans un style speed-painting que personnellement j’aime beaucoup, notamment dans cet aspect texturé qui donne l’impression de regarder des toiles proches de ce que proposait Rosinski sur le Comte Skarbek. Capable d’adapter son dessin il navigue ainsi entre des pages très léchées dans un style BD plus classique et ces rough fort élégants. Les trois illustrateurs semblent avoir été choisie pour leur profile de « concept-designer », approchant cette œuvre d’un film sur papier, avec la puissance d’imaginaire nécessaire portée sur les costumes, vaisseaux et autres artefacts technologiques SF.LAST OF THE IRIN | Volume Three - The end of the trilogy is near

Lors du premier volume nous avions découvert cette longue introduction dynastique destinée à intégrer l’histoire biblique dans une hypothèse d’intervention extra-terrestre sur la destinée des humains. Après une virée très action et « x-files » sur le volume II, nous voici à revenir sur Terre en découvrant l’exploitation industrielle des hommes par les Sirusiens et la tentative de cette nouvelle noble qu’est l’héroïne Anahita de sauver son peuple descendants de Yahweh et sa planète d’origine des visées punitives de Desala d’une menace originale: le remplacement pur et simple de l’espèce humaine par des « mules », ouvriers humanoïdes génétiquement créés et rêve de tout capitaliste du XXXI° siècle…

Capture d’écran du 2022-02-16 09-51-27Si le thème d’une Terre comme simple fief commercial de puissances galactiques (thème central de Jupiter Ascending des Wachowski) est toujours aussi chouette à suivre, on retrouve dans cet ultime volume les mêmes difficultés d’enchaînement entre les séquences, qui créent une lecture heurtée. Les causes en sont multiples: gigantesque « bible » de background qui confirme la nécessité d’une lecture en ligne avec ce corpus sous la main, amour du cryptique de l’auteur, problèmes techniques dans la fluidité de l’enchaînement des séquences… C’est vraiment dommage car les séquences longues nous replongent régulièrement dans le rythme, ensuite cassé par des ruptures frustrantes.

On retrouve également les grandes qualités des précédents volumes, notamment une figure héroïque féminine tout à la fois sexy, bad-ass et révolutionnaire qui revêt désormais le double habit de noble sirusienne et de jeune mère. L’attelage des personnages secondaires qui l’accompagnent fonctionne également très bien et Capture d’écran du 2022-02-16 09-57-45ajoute un humour qui allège la densité gigantesque du projet. La jeune femme devra donc affronter les tenants humains de l’ancien système et les rebelles fidèles à sa branche dynastique. Le tout offrira ses morceaux de bravoure avec comme toujours des références à notre actualité de manifestations et cet esprit conspirationniste plus pertinent que jamais.

Avec des défauts affirmés qui empêchent La fin des Irin de revendiquer le statut de classique SF, le projet de Robert MacMillan jouit comme il souffre de sa démesure. D’une érudition folle, d’une exigence artistique indéniable, ce webcomic est un fantasme géant qui aurait mérité un auteur chevronné pour mettre de l’huile dans cette superbe mécanique. Demandant de l’investissement et un temps de lecture confortable (on parle de plus de cent pages par volume), il mérite amplement votre intérêt

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Manga·Rétro·Un auteur...

20th century boys #11-22

Manga de Naoki Urasawa
Panini (2002-2007), 208 p./volume, série finie en 22 volumes.

L’édition chroniquée dans cette série de billets est la première édition Panini. Une édition collector (avec albums doubles) a ensuite été publiée puis récemment la Perfect, grand format et papier glacé, au format double également. Le billet sur le premier volume est ici.

Attention spoilers!

20th-century-boys-22-panini

mediatheque

Pour ce dernier billet en mode marathon sur la seconde moitié de la série, je vais faire un petit décorticage de la structure. Après une sorte de prologue originel et fondamental pour poser l’ambiance de cette bande de garçons par qui tout à commencé (cinq premiers tomes), l’histoire commence vraiment avec Kanna, la nièce de Kenji, dix ans après le Grand bain de sang de l’an deux-mille, pendant dix tomes. Le tome quinze marque une nouvelle rupture essentielle et le début d’un nouvel arc en élargissant franchement le périmètre de la conspiration et en rappelant pas mal de personnages vus très tôt. On peut ainsi dire que le cœur de la série commence à ce stade, concentrée, moins erratique maintenant que l’on connait les protagonistes et les perspectives de AMI et son organisation.

Serie 20th Century Boys (Édition Deluxe) [KRAZY KAT, une librairie du  réseau Canal BD]Et après cette lecture échevelée de ce qui a tous les atours d’une série TV, je reconnais que l’auteur a eu du mal à conclure son grand oeuvre… C’est du reste le problème de la quasi-totalité des grandes saga chorales et déstructurées qui à force de vouloir surprendre leur lecteur/spectateur finissent par s’enfermer dans un cercle infini. Comme Game of Thrones qui a noyé son auteur avant sa conclusion (pour le roman), à force de cliffhangers permanents et de croisements d’intrigues à la révélation sans cesse repousser, Urasawa ne savait plus trop bien comment achever son récit après la dernière pirouette du tome quinze. Conscient du risque de redite, l’auteur troque son grand méchant énigmatique AMI pour le retour du héros. Et autant que la renaissance christique d’AMI, le choc est là, tant l’attente a été longue, l’incertitude permanente et l’effet recherché parfaitement réussi. Pourtant les très nombreuses portes ouvertes et mystères créés nécessitent d’être refermés, ce qui devient compliqué à moins de changer complètement de rythme et de structure au risque de tomber dans quelque chose de plus manichéen.

Ainsi la dernière séquence post-apocalyptique, si elle reste saisissante 20th Century Boys (Édition Deluxe) (tome 8) - (Naoki Urasawa) - Seinen  [CANAL-BD]notamment en ces temps de COVID et de perméabilité des foules à toute sorte de croyance avec une sorte d’abolition du raisonnement humain, elle est bien moins prenante avec le sentiment de partir tous azimuts et de continuer à maintenir un suspens qui demande à se finir. Comme une prolongation de trop, comme un épisode superflu, le cycle situé entre les tomes seize et vingt-deux tourne un peu en boucle. Ce n’est pas faute de sujets accrocheurs, le rassemblement de la bande à Kenji, esquissé jusqu’ici, est une bonne idée de même que l’itinéraire autour de la mère de Kanna. Si la question de l’identité d’AMI fait un peu réchauffé, Urasawa a suffisamment de bons personnages, qui ont vieilli et donc plein de choses à nous raconter, pour tenir jusqu’à la fin. Mais certains effets de style commencent à peser, comme cette technologie faire de bric et de broc et ces forces de sécurité bien piteuses pour un Gouvernement du monde aux ressources théoriquement infinies. Quelques incohérences commencent également à se voir et la course effrénée des héros vers on ne sait quoi tout comme la lenteur avec laquelle Kenji finit par endosser son rôle finissent par lasser.

20th Century Boys (Édition Deluxe) (tome 11) - (Naoki Urasawa / Takashi  Nagasaki) - Seinen [CANAL-BD]Attention, 20th century boys reste une oeuvre d’exception qui mérite la lecture ne serait-ce que pour le talent de scénariste indéniable de Naoki Urasawa. Malheureusement la série semble une nouvelle fois confirmer le fait que les plus grandes œuvres sont relativement compactes et à l’intrigue simple. Sorte de concept scénaristique employant toutes les techniques d’addiction du spectateur mises en place par les séries américaines à l’orée des années 2000 (l’époque de Lost, The Wire, Breaking Bad, The Shield, 24H chrono ou Prison Break…), 20th century boys marque par l’amour de l’auteur pour ses personnages, le refus du grand spectacle et l’utilisation (parfois abusive) des points de suspension. Niveau efficacité c’est impérial, on dévore les 2/3 de la saga avec envie et autant de plaisir de retrouver tel personnage trente ans après. Le second arc est pour moi le meilleur et aurait pu être une conclusion (noire) très acceptable même si il aurait laissé bien des portes ouvertes. En assumant la vraie disparition de Kenji il aurait assumé jusqu’au bout le concept tout à fait original d’histoire sans héros et du rôle du mythe. Balayant un nombre incalculable de sujets de société avec courage et parfois une certaine rage, Urasawa livre une oeuvre de SF presque Kdickienne, du Philip K. Dick réalisé par Wong Kar Wai, plein de nostalgie pour une belle époque de simplicité, de franchise et de Rock’n roll. Son propos dès l’an 2000 sur la manipulation des foules est particulièrement percutant aujourd’hui et l’on se dit par moment que la réalité a rattrapé la fiction lorsque l’on voit le pilotage au forceps d’une pandémie par des gouvernements qui s’assoient sur certains principes et des foules prêtent à tout accepter par peur et panurgisme. Si sa saga est donc imparfaite, Naoki Urasawa reste un grand bonhomme, un des mangaka les plus intéressants et sa dernière création encours laisse une sacrée envie lorsque l’on voit la maturation de son trait comme de son récit.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Hot space #2: Rage

BD du mercredi
BD de Le Pixx et Celestini (coul.)
Kamiti (2021), 78p./album. Série en cours 2/3 parus.

Avant toute chose je tiens à vous rassurer: oui cette couverture est affreuse et totalement incompréhensible vu le sérieux général de l’auteur et de son éditeur depuis le début de cette série. Autant la couv’ du premier tome était franchement élégante et dans l’esprit SF bad-ass, autant celle-ci, non seulement rate le coche de l’appel à ouvrir l’album sur l’étalage de la librairie, mais donne l’impression d’avoir affaire à une auto-édition amateure avec ses aplats de jaune un peu grossiers. Je m’excuse d’avance auprès de Pierre Le pivain dont je respecte beaucoup le travail et des dessins de grande qualité sur les deux albums parus, mais comme toujours sur ce blog on essaye d’être honnêtes (c’est d’autant plus facile quand l’avis final est positif comme vous allez le voir…). Et pour le coup j’appelle cette couverture une faute de goût et un risque pour les ventes d’une série peu connue, chez un petit éditeur. Autant je critique les méthodes de confier à un tiers la couverture d’un album pour attirer le chaland, autant le rôle d’une couverture est tout de même de faire joli. Bref, je souhaite à Kamiti et Le Pixx que cela ne portera pas préjudice à la carrière de cet album.

couv_426496bsic journalismMerci aux éditions Kamiti pour cette belle découverte!

Alors que l’officier Spector continue son enquête pour démanteler la conspiration militaire elle se retrouve victime d’étranges rêves. Pendant ce temps Kovalski voit le tueur lancé à ses trousses se rapprocher et découvre les étonnantes propriétés du cristal local qui lui a sauvé la vie. Une odyssée mystique commence sur cette planète située au cœur de forces insoupçonnées…

Hot Space - Rage, BD et tomes sur ZOOOn avait laissé la pauvre Kovalski bien mal en point avec un bras robot et un redoutable assassin aux trousses… Après deux ans d’attente on entame cette suite d’étonnante manière, par un prologue nous expliquant le contexte de la conquête spatiale. Comme si l’auteur avait réalisé que son démarrage en trombe en hommage à Aliens dans le premier volume nécessitait quelques explications préalables. En fait de prologue on en aura deux puisque après cette introduction on a droit à une scène qui renforce l’aspect magique de la fin du précédent, autour de cet étrange cristal. Ces précisions sont donc plutôt bienvenues en densifiant le contexte même si elles ressemblent un peu à une V2 contournant l’envie d’action effrénée qui marchait pourtant si bien dans l’ouverture.

Ce deuxième volume est donc assez différent sur plusieurs points. D’abord de Kovalski on n’entendra reparler pratiquement que sur le dernier tiers de l’album. A la place on a droit à une succession de scènes avec la technicienne qui avait découvert la conspiration et le tueur qui devient à son tour une cible pour une Armée qui ne veut pas laisser de traces. Le fond de l’affaire se développe franchement et on y voit plus clair sur le rôle que les personnages tiennent dans ce mic-mac. Cela entrecoupé de plusieurs scènes de rêves ou de visions franchement bien tournées et qui maintiennent un voile de mystère autour de cette planète. Il ressort de ce montage une impression de complexité et de ne plus trop savoir quand et où on est. Ce n’est pas problématique car l’esprit de manipulation est recherché et les personnages sont bien caractérisés et donc reconnaissables, aidant le lecteur à se raccrocher à ces bouées. Bien sur l’action prédomine toujours avec son lot d’explosions gores.

En tant que que tel ce second opus fait franchement bien son boulot en nous tiraillant entre une trame simple recouvrant un développement tortueux qu’on aime découvrir par bribes. Si on regrette un peu l’absence de la super Kovalski ce qui perturbe le plus c’est donc le décalage avec le tome précédent avec une intrigue ici plus sophistiquée. On reste pourtant bien accroché par ces dessins tout à fait sympathiques bien que l’encrage reste un peu épais par moment. Surtout, le découpage et cadrage de Le Pixx sont très inspirés par une envie de cinéma évidente et très bien assumés, avec des design techniques très classes (notamment les plans spatiaux). A mesure que l’aspect mystique prend de l’importance on se demande si l’auteur va basculer dans un délire new-age avec le risque de tomber dans le grandiloquent. Son bon gout jusque ici et sa capacité à digérer ses multiples influences laissent optimistes tant il semble bien mener sa barque au bout de ces deux très sympathiques tomes d’une aventure SF que l’on n’attendait pas si ambitieuse. Assurément une belle découverte de ces dernières années dans un genre pourtant chargé.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #2

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2021 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

Pour la présentation du projet vous pouvez consulter le billet traitant du premier tome.

la-fin-des-irin-logo

Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

irin1Changement de braquet pour ce second opus de La fin des Irin puisque à mesure que l’on avance l’histoire se simplifie à l’aune d’un trait bien plus BD et moins bluffant avec le changement de dessinatrice, Laura R. Peinado. Les planches restent très agréables, notamment la mise en couleurs numériques et le découpage est très dynamique (ça tombe bien puisque ce volume est bien plus axé action que le précédent). Simplement face à la technique impressionnante de Wouter Gort on revient à quelque chose de plus habituel… mais moins froid aussi. Disons que les visages et anatomies peuvent parfois laisser à désirer, mais c’est contrebalancé par d’autres grandes qualités de l’artiste espagnole. En outre la quantité de pages à dessiner peut justifier une baisse d’exigence compréhensible.

Si graphiquement le changement de style passe très bien et si l’intrigue est moins nébuleuse, la difficulté de  scénario reste en revanche bien présente, rendant la lecture compliquée. L’intrigue elle-même étant plus linéaire (en bref, un braquage suivi de course-poursuite) cela permet de rester accroché, mais il est fort dommage que ce montage cryptique, notamment dans l’enchaînement des dialogues qui manquent parfois de suivi, empêchent de se plonger totalement dans cette belle aventure SF. irin3Car après avoir posé un background touffu l’auteur nous propose via l’héroïne bad-ass Anahita de découvrir la collaboration entre les puissances humaines et les propriétaires de la Terre, autour de la protection d’un coffre antédiluvien. Tout cela permet d’introduire les canons des récits conspirationnistes avec agence paramilitaire secrète et secte financière d’Illuminati. On passe donc de la SF intello exigeante à du blockbuster grand public, pour notre plus grand plaisir. Je précise que l’ouvrage a été lu en fichier pdf, sans le support des très nombreux et explicatifs à-côtés du site web. C’est  (pour rappel) une des spécificités de ce webcomic que de reposer énormément sur le hors champ qui se révèle presque indispensable pour apprécier les subtilités de l’univers et de l’histoire. Ce qui questionne un futur format album qui nécessitera impérativement l’insertion du glossaire dans le bouquin…

L’une des forces de la série est sa radicalité, qui n’hésite pas encore une fois à virer gore et sexy, et en introduisant cette fois l’humour via un personnage de militant altermondialiste débarquant dans une chasse occulte. La présence de séquences historiques (à l’époque d’Alexandre et des papes Borgia) n’apporte pas grand chose à l’intrigue et ont même plutôt tendance à obscurcir le récit, qui prends son élan dès que l’on rentre dans le feu de l’action après le premier tiers. Plus compacte, plus linéaire, plus action, l’histoire devient alors fort sympathique, bardée de ses artefacts technologiques, avant de se diriger vers l’Espace…irin2

Projet très ambitieux à la réalisation imparfaite, La fin des Irin fera fantasmer tous ceux qui ont vu, subjugués, le chef d’œuvre des Wachowski Jupiter Ascending, et interroge sur une fin qui ressemble à une conclusion finale en précipitant la résolution longtemps laissée cryptique. C’est un style mais aussi un manque d’expérience assurément, l’auteur n’ayant a priori jamais publié de BD auparavant. Il reste quoi qu’il en soit un des plus important projet de webcomic qui ait vu le jour.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Jeunesse·Rapidos

Harmony #6: metamorphosis

La BD!
BD de Mathieu Reynès
Dupuis (2021), 2 cycles achevés (6 volumes).

couv_401449Je rattrape mon gros retard sur l’excellente série « jeunesse » Harmony avec ce dernier chapitre du second cycle… qui laisse un peu sur sa faim! Si Mathieu Reynes a montré qu’il savait parfaitement placer des cliffhangers redoutables dans sa série, il semble ici temporiser avec un flashback tout à fait artificiel qui a vocation à nous expliquer (un peu) comment Payne s’est transformé en homme-tigre à la fin du précédent opus. Du coup l’intrigue n’avance pas d’un iota pendant cet intermède et on rate complètement la chute de cycle qui aurait dû nous hyper à mort pour connaître la suite… Si le processus des flashback Harmony - BD, informations, cotess’inscrit très logiquement dans la structure des scénarii de l’auteur, on dira que c’était ici plutôt malvenu sur un sixième tome. Bref. A part ça les qualités de la série sont toujours là à commencer par des planches toujours superbes et qui doivent particulièrement plaire aux ado. C’est hyper référencé (on voit les affiches d’Akira et Avengers dans une chambre d’ado), l’auteur ne se dérange pas avec l’utilisation de noms de marques réelles (tant mieux) et place ses personnages de jeunes dans une relation compliquée avec les adultes. Harmony se retrouve dans cet épisode hébergée dans la famille d’un des chefs de l’organisation mutante et confrontée au fils de ce dernier, un peu couillon, mais qui souhaite entrer en contacte avec cette belle et mystérieuse blonde. On bascule donc totalement en teen-story et ça apporte une fraicheur fort sympathique à la série, avec des grimaces et scènes humoristiques efficaces. Reynès aime jouer avec ses planches et crée des effets visuels très sympa (floutés et autre grain lors de séquences de basse lumière) qui accentuent une mise en scène déjà fortement cinématographique. Et toujours ces couleurs magnifiques! Harmony est une valeur sure qui réussit le petit exploit d’être aussi qualitative pour de vieux briscards que pour des ado à l’univers desquels elle me semble matcher. On commence à voir arriver la conclusion (probablement au prochain cycle soit dans trois tomes) et si la série continue à éviter les fautes de goût à l’heure où les gros pouvoirs risquent de débarquer elle se confirmera comme un must-read!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1