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Hard rescue #1/ Amen #1

La BD!

bsic journalismMerci aux Humanos et à Glénat pour leur confiance.

BD de Harry Bozino et Roberto Melli
Humanoïdes associés (2021), 56., 1 tome sur 2 paru. Adapté du roman d’Antoine Tracqui.

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Les Humanos se sont associés aux éditions Critic pour adapter des romans de SF de l’éditeur littéraire. Après les livres de Julia Verlanger, l’éditeur BD confirme son souhait de s’appuyer sur des créateurs et des matériaux solides plutôt que sur des créations originales. Je ne connais pas le livre Point zero à l’origine de cette BD mais sous la forme d’un blockbuster scientifique musclé aux dessins assez efficaces (et très bien colorisés) on suit une équipe de barbouzes embauchés pour une expédition en Antarctique visant à mettre la main sur une expérience enfouie sous la glace. Les canons sont respectés avec une gallérie de fortes têtes qui se jaugent à coups de clés de bras et de big-boss résolus aux motivations secrètes. La surprise n’est pas vraiment ce pour quoi on vient et comme dans tout gros film d’action hollywoodien on apprécie une réalisation carrée qui alterne fusillades et révélations choc. Graphiquement c’est donc solide avec de jolis encrages et peu de défauts techniques. On tiquera un peu sur les designs des armures SF aux justifications pas évidentes hormis pour faire plaisir aux auteurs et sur un héros un peu passif (passage obligé pour maintenir le suspens). On dira donc que ce premier tome fait le job sans ennui et on attendra la conclusion pour se prononcer sur la qualité intrinsèque d’un scénario pour l’instant pas vraiment révolutionnaire.

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BD de Georges Bess
Glénat-Comix Buro (2021), 62p., 1 tome sur 2 paru. Adapté du roman Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad.

Tout amateur de BD sait que Georges Bess, compagnon de route de Jodorowsky et amoureux de la culture indienne est un auteur important. Capable de tout dessiner, héritier de la génération Métal Hurlant, il nous avait offert un petit chef d’œuvre graphique et narratif avec son adaptation du Darcula de Bram Stoker. Aussi c’est très alléché que me survient ce diptyque adaptant le célébrissime et multi-adapté Heart of Darkness, roman de la toute fin du XIX° siècle qui a donné les mythiques Apocalypse Now et Aguire la colère de Dieu au cinéma. Qu’allait nous apporter cette variation SF? Tout d’abord Bess est déjà venu à la SF avec le délirant et très réussi Anibal Cinq aussi il n’est pas un débutant dans le genre. Pourtant, hormis quelques beaux design de vaisseaux ou de bâtiments, il se contente tout au long de ce long périple de très grossiers fusils et tronches de barbouzes, caricaturant la violence des mercenaires mais bien peu subtile dans ce qui n’est pas tout à fait une farce…

Ce voyage qui propose de suivre un jeune indien à la tête d’une troupe de l’Inquisition appuyée par des mercenaires issus des pires geôles de la galaxie regroupe les visions les plus éculées du fanatisme religieux, de la sf décadente et de la violence militaire. Très surprenant de la part d’un auteur aussi chevronné qui est tout à fait capable de créer ses propres scénarii malgré l’ombre du maître chilien sur sa carrière, cet album ne brille ni par un dessin un peu rapide (malgré des couleurs et un trait reconnaissable et toujours aussi agréable), ni par une intrigue franchement longuette et totalement linéaire faisant le choix étrange d’un flash-forward en introduction qui ne semble justifié par rien de ce que nous allons découvrir. Les dialogues voulus comme caricaturaux sont très lourdement appuyés et on a compris après une page la folie des soldats comme des religieux, qui nous font sourire quelques pages de plus avant de nous lasser franchement. Guère de surprises dans l’histoire lourdement soulignée et qui ne fait pas vraiment appel à l’intelligence des lecteurs… Laissons le bénéfice du doute à un second tome conclusif qui arrive pour cet été et qui, espérons-le redressera la barre mais pour ce volume introductif, l’auteur passe complètement à côté et finit presque par nous ennuyer sans les belles visions SF qui auraient pu faire patienter. A moins que vous ne soyez des fana de Bess il vaut sans doute mieux passer votre chemin…

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*****·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Ajin, semi-humain #15-16

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Manga de Gamon Sakurai
Glénat (2015-2021) – ed. japonaise Kodansha (2012). 228 p., 16 volumes parus (série finie en 17 vol.).

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

 

couv_414624La base d’Iruma dévastée, Sato dans son Jet, son bras a été récupéré et inséré dans le piège qui doit mettre un point final à l’odyssée de ce génie du crime… Mais alors que Kei Nagaï et son équipe ne voient toujours pas le retour de Sato, le doute étreint le jeune homme: est-il seulement possible de vaincre Sato? Son esprit n’est-il pas tout simplement supérieur au leur?

Attention Spoilers! Il vaut mieux être à jour avant de lire cette chronique…

Scan Ajin 78 VF scan • one piece scanEn miroir des héros d’Ajin, le lecteur qui entame les trois derniers volumes (de ce qui est pour moi la meilleure série manga depuis Akira!) doute en se demandant comment l’auteur va pouvoir boucler son intrigue avec un dix-septième tome paru au Japon… Quand on aime se faire manipuler par des scénarii minutieux on ne peut bouder son plaisir devant cette série qui a donné le jour à rien de moins que le plus charismatique méchant jamais vu en BD… Cela permet de maintenir le lecteur sur la brèche, ne sachant jamais où va tourner le vent.

Après une nouvelle bataille épique dans une base exsangue l’intervention de l’équipe anti-Ajin semble boucler le plan infaillible de Kei Nagaï. Personne ne voit comment Sato peut s’en sortir… et pourtant! Avec toujours un coup d’avance ce dernier décide de quitter le Japon pour poursuivre son oeuvre révolutionnaire aux Etats-Unis… Le fil est tout trouvé pour réintroduire le professeur Ogura, le très désinvolte spécialiste des Ajin qui révéler des sa vision de l’origine des Ajin. A ce moment, surpris de ces révélations tardives alors même que l’intrigue semble loin d’être finie, on assiste à l’apparition d’un Flood, cette génération spontanée évoquée plus tôt dans la série par le professeur et qui crée une situation proche d’un apocalypse zombie…

AJIN: Demi-Human No.74.5 - Comics de comiXology: WebA ce stade, toujours sidéré par la précision des dessins et une action effrénée dans la maîtrise des corps et du mouvement on imagine que la conclusion de la série ne peut être que le commencement d’un autre cycle, plus vaste? J’ai eu le sentiment que les dessins des derniers volumes avaient évolué, notamment le visage de Nagaï, adolescent au début du manga et qui semble avoir acquis une physionomie adulte arrivé au seizième tome. Est-ce juste une progression technique de l’auteur ou une volonté d’exprimer dans les corps les effets de toutes ces morts et mutilations? Toujours est-il que rien à ce stade ne laisse penser dans le déroulement des opérations comme dans la structure du récit (qui propose un nouveau flash-back et des concepts sur les Ajin) que l’on arrive à la fin. Du coup la tension est à un niveau insoutenable avant d’entamer un dernier tome que l’on imagine probablement très frustrant… conclusion dans quelques mois!

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*****·East & West·Guide de lecture·Manga

L’atelier des sorciers #2-7

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Manga de Kamome Shirahama
Pika (2018-) – Kodansha (2016), 194p./volumes, 7 tomes parus en France.

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Quelle est cette confrérie du Capuchon qui tourne autour de Coco et ses co-disciples et semble inquiéter les plus hautes instances de l’Académie, notamment la Milice, puissants sorciers chargés de maintenir la Loi? A mesure qu’elle pénètre dans cet univers nouveau, Coco va devoir faire face à l’adversité, y compris de ses amis tout en leur offrant sa bonté d’âme. Car sans soutiens il sera dangereux de faire face à ses projets sans se soumettre à la Magie interdite…

L'atelier des sorciers tome 3 - BDfugue.comMon enthousiasme initial se confirme sur l’ensemble des tomes parus jusqu’ici (la France a un tome de retard seulement sur le Japon) qui voit la conclusion du premier arc à la fin du volume cinq. Le tome 2 reprend dans le monde caché où les apprenties ont été enfermées et où elles doivent affronter le gardien, un terrible dragon avant de se retrouver confrontées aux inquisiteurs après avoir usé de magie de manière inconsidérée. Déjà la nécessité de la solidarité entre ces filles aux objectifs, problèmes et tempérament bien différents, se montre et va nous ouvrir plus tard sur les vertus (chevaleresques?) nécessaires pour faire un bon sorcier, bien au-delà des seules compétences techniques. Dans le tome 3 Coco fait la connaissance d’un jeune garçon handicapé alors que son maître affronte pour la première fois la confrérie du Capuchon et nous révèle une détermination surprenante qui l’amène à prendre des mesures dangereuses pour ses proches… Les tomes 4 et 5  entrent dans l’action avec l’irruption de la Confrérie du capuchon lors de la seconde épreuve de validation que subissent Trice et Agathe…  Ils concluent un premier arc avec la révélation d’un des deux sorciers au capuchon et un changement relationnel entre les apprenties de Kieffrey… toujours plus mystérieux dans ses relations aux autres groupes (Milice, le papy, la confrérie Capuchon,…). A ce stade on commence à apprendre des éléments sur le passé et sur l’origine des lois drastiques qui expliquent la radicalité d’une Milice prête à effacer la mémoire de personnes ayant outrepassé les règles. Comme toujours dans les bonnes histoires, il y a du gris, beaucoup de gris entre le vernis L'Atelier des Sorciers : La magie du dessin Journal du Japonmagnifique de cette société magique au design superbe (qui permet à l’autrice de se régaler sur le moindre détail d’artisanat ouvragé), la réalité qui confronte des méchants peut-être pas si mauvais et  une institution dont la rigidité peut masquer un autoritarisme pas si bienveillant… Dans les tomes 6 et 7 le petit groupe se retrouve réfugié à l’Académie sous-marine où l’on en apprend un peu plus sur les personnages importants de la haute institution magique, avec les membres de la Milice et le fameux messire Berdalute qui nous révêle le passé de Kieffray et Olugio.

Ce qui marque dans cette série c’est le parallèle entre la magie et la création graphique avec l’imaginaire et la technique du dessin. Agathe est une virtuose technique mais n’a pas l’imagination de Trice. Kamome Shirahama semble nous parler de son art qui nécessite plus d’imaginaire que de technique malgré le rôle joué par le dessin dans les manga. Comme beaucoup de virtuoses elle peut se permettre de mettre en valeur ce qu’il y a sous l’habillage. Pourtant son dessin touche à l’artisanat, avec un style proche de Miyazaki ou des artistes classiques italiens, dans des planches parcourues de petits traits et hachures et une utilisation minimaliste des classiques trames de manga. Son amour de l’artisanat, des formes-objets est omniprésent et nous rappelle dans ce soucis du détail des Bourgeon ou Bourgier.

Les thématiques abordées sont elles plus classiques et nous renvoient tout de même à Harry Potter, avec cet ordre aristocratique méprisant les simples humains (avec tout de même une forme d’inversion sur le côté utilitaire des sorciers par les puissants nobles) et surtout l’importance de la morale dans l’utilisation de la magie. Cette dernière est potentiellement toute puissante et beaucoup de l’aspect dramatique repose sur l’interdiction d’utiliser cette magie pour soigner. On voit le tabou de contester la mort, que l’on retrouve dans FullMetal Alchemist ou dans Starwars avec l’idée d’un « côté obscure » où on imagine bien l’héroïne tomber à un moment… Tradition familiale et destinée individuelle, ambition, la Loi et l’ordre avec des renversements entre des méchants à l’esprit « révolutionnaire » sont les autres grandes thématiques de cette majestueuse série qui mérite amplement sa notoriété, avec une qualité moyenne très élevée sur chaque volume, même si on peut trouver quelques petits ventres mous par moment.L'Atelier des Sorciers Tome 6 - Émerveille moi à nouveau

Si vous n’avez pas encore commencé cette série (voir même si vous n’avez jamais commencé les manga) c’est le moment! Avec une facilité pour entrer dans ce monde liée à la familiarité avec des univers connus (Harry Potter, une approche tout à fait européenne du dessin), L’atelier des sorciers est un classique immédiat qui allie comme rarement un plaisir graphique omniprésent et un univers très solide.

****·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #1

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2020 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

La série est prévue en trois volumes. Le premier est achevé, le second vient de commencer sa publication sur le site. Trois dessinateurs différents sont prévus. Chaque volume comprend environ 90 doubles-pages soit environ 180 p. en équivalent album papier. L’interface de lecture est un site web dynamique professionnel permettant de naviguer dans des menus menant à un très touffu background. Sous les planches se trouvent des extraits du « Codex » détaillant à la fois l’univers de l’album et les très nombreuses références bibliques de la BD dans le contexte des pages. En lecture pleine page ces références disparaissent. A noter que la lecture sur tablette n’est pas forcément des plus simples puisque les planches étant présentées en double page il faut zoomer pour avoir une pleine page A4. Cela étant, la réactivité du site est très performante et hormis un petit ralentissement de la lecture cela n’est pas très dommageable. Un forum (pour l’instant a peu près vide) permet de discuter sur l’univers et il est possible de s’abonner pour recevoir des alertes sur les nouvelles mises en ligne.).

Sur le plan technique ce projet est le plus sophistiqué que j’ai pu lire depuis l’impressionnant Phallaina.

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Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

Les voies de l’éditions sont parfois impénétrables! A l’heure du numérique et du crowdfunding les vecteurs de publications pour de nouveaux projets semblent infinis, entre l’autoédition, le webcomic, la petite maison, le participatif,… et ce qui est le plus surprenant c’est que s’il y a quelques années c’étaient surtout les nouveaux venus qui utilisaient les vecteurs alternatifs, aujourd’hui il n’est pas rare de voir un Frank Cho ou un Sean Murphy passer directement par la case autofinancement… La fin des Irin est ainsi un projet tout à fait professionnel mis en place semble-t-il avec l’appui d’une société de web-développement, d’abord en langue anglaise et décliné en français.

CaptureLe dessinateur du premier volume, Wouter Gort, est un concept designer hollandais, ce qui apporte énormément à l’aspect technologique, principale réussite de cet album. L’entrée en matière impressionne, avec ce prologue hargneux, radical, dressant dès les premières planches l’interaction entre antiquité flamboyante et païenne faite de sang, d’or et de sexe avec de la haute technologie au design excitant! La qualité générale (très numérique) est digne des plus grandes productions et je serais bien surpris de voir quel éditeur sera chargé de porter l’édition papier de ce qui est au moins une réussite graphique indéniable. Dans un style utilisant une technique de colorisation très contrastée issue de l’Animation, Gort propose un monde d’un réalisme saisissant, que ce soit sur Terre, aujourd’hui, avant ou ailleurs. L’intrigue utilise le concept des anciens aliens qui a déjà été vue sur des films tels que Jupiter ascending des sœurs Wachowski mais aussi Prometheus de Ridley Scott ou Stargate. L’idée de donner une origine extra-terrestre à nos dieux n’est donc pas nouvelle (le mythe de Cthulhu n’utilise t’il pas aussi cette formule?) mais c’est la première fois que je vois un background aussi costaud développé pour lier de façon la plus réaliste possible les sources anciennes (textes juridiques réels, évènements historiques, extrapolations scientifiques,…) et nos fondements mythologiques. Par mythologie il faut comprendre les fondements du monothéisme puisque, remontant très logiquement à la source liant les plus anciennes connaissances historiques en matière de cosmogonie en Mésopotamie et la construction du dieu Yahweh, les auteurs visent à brouiller les pistes à la manière d’un Christophe Bec. A ce titre je conseille vivement de consulter au fur et à mesure les « aides de lecture » du Codex du site qui approfondissent fortement une intrigue à la construction parfois obscure du fait de sauts temporels avec des personnages vivant plusieurs siècles.

CaptureLes idées techno-scientifiques expliquant les capacités « divines » de ces êtres sont très bien vues et alléchantes bien qu’à la fin du premier tome on reste encore un peu dans le brouillard. Comme souvent l’illusion de la place disponible pour développer le récit faut tomber dans des à-côtés qui brouillent un peu la lecture déjà complexe avec des intrigues secondaires qui paraissent à ce stade un peu inutiles (mais vue l’ampleur du projet on ne demande qu’à être détrompé). La narration à plusieurs personnages, avec voix-off et sans précisions lors de changement d’époque ou d’endroit demande une certaine concentration, heureusement allégée par une très grande lisibilité des planches, très lumineuses et aux panorama grandioses. On comprend ainsi à la fin du premier volume que l’on va suivre la descendante de Yahweh de nos jours après ce long prologue, avec une revanche prévisible contre la domination du tout puissant Baal. La bonne idée des auteurs est de laisser un certain mystère sur la forme démoniaque de Baal et son fils Marduk (dont la mort déclenche tout) alors que tous les autres personnages sont anthropomorphes. On imagine que la technologie génétique et médicale de cette civilisation est capable de prouesses mais cela permet surtout de maintenir une certaine appétence pour le fantastique, pourtant absent de ces premières deux-cent pages.

Aucune description de photo disponible.On ressort de la lecture de cette longue introduction à la fois fortement attiré par un graphisme clairement bluffant, des thématiques très inspirées, et troublé par une narration parfois un peu laborieuse en oubliant de nous aider à suivre les fils compliqués tracés dans le temps et l’espace. Mais ce n’est pas pire que du Bec (pour reprendre la référence) et au moins aussi intéressant. Reste que le changement de dessinateur, s’il maintient un niveau de qualité très élevé, peut troubler. On attend donc de passer la seconde avec une héroïne née à la toute fin du premier opus, dans un univers et une histoire à la fois simple et à très haut potentiel. L’ambition est clairement là et les moyens semblent avoir été trouvés pour proposer une grande saga de space-opera aussi technique qu’intellectuelle.

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*****·Manga

L’atelier des sorciers #1

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Manga de Kamome Shirahama
Pika (2018) – Kodansha (2016), 194p./volumes, 6/7 tomes parus en France.

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Dans un monde où la magie est  courante mais pratiquée par une caste de sorciers aux rites secrets, la jeune couturière coco se retrouve malencontreusement capable de lancer des sorts… intégrée à une classe d’apprentis sorciers elle va devoir mettre toute sa volonté en avant pour sauver sa mère victime d’un maléfice…

L'Atelier des sorciers », manga enchanteurLors de ma participation au jury BDGest’arts 2019 ce titre était apparu et avait enthousiasmé les jurés. Je n’avais pas eu alors le temps de m’y pencher, sceptique comme beaucoup sur ce nouveau manga « Harry Potter-like »… Ma fille ayant reçu le premier volume en cadeau j’ai pu tenter l’expérience et ce fut un émerveillement! Je le répète souvent, je suis un petit lecteur de manga très critique du fait notamment de mon « apprentissage » sur les premières séries (aujourd’hui classiques) publiées par Glénat et Tonkam à l’orée des années quatre-vingt-dix. Je reproche souvent aux dessins manga d’être un peu légers et il est indéniable que sur ce plan l’œuvre de Kamome Shiramaha, diplômée des Beaux-arts de Tokyo, est une révélation graphique du niveau des dessinateurs italiens, voir d’un Moebius. Il arrive qu’un manga évolue entre son premier tome et la suite et je dois dire que si le dessin ne baisse pas on est clairement en présence d’un des plus beaux manga jamais produits, tout simplement! Le niveau de détail de ces planches, la finesse du trait, la richesse des designs des costumes, décores et monstres vous plongent dans des gravures victoriennes largement au niveau du monstrueux Dracula récemment sorti par Georges Bess. Publiant un volume par an, la productivité de l’autrice est stupéfiants et montre son niveau technique très nettement au-dessus du lot. Précédemment à l’œuvre sur la courte série Divines (également chez Pika), je pense que je vais suivre Shirahama une fois que j’aurais rattrapé mon retard sur l’Atelier.

https://www.journaldujapon.com/wp-content/uploads/2019/09/scan-17.pngEt sur le plan du scénario qu’est-ce que ça donne? Je dois dire que mes réticences ont été assez vite levées, non par l’originalité proprement dite de l’univers (on reste dans un monde de magie avec chapeaux à pointe) mais plutôt par le classicisme élégant auquel se rattache Shirahama qui lorgne bien plus vers les légendes britanniques à la Lewis Caroll que vers le bestiaire monstrueux nippon. Si l’intrigue avance très rapidement dans ce tome introductif, mettant en place le drame initiale voyant la jeune inexpérimentée fauter malgré elle, on commence à découvrir l’univers des mages, leurs règles et le début d’une conspiration incluant Coco. L’idée d’une répartition du monde entre personnes sensibles ou non à la magie est rapidement révélée et me rappelle le très bon manga français City Hall où la même idée d’une magie interdite et écrite (dans l’Atelier elle est dessinée) était transposée dans un univers cyberpunk. On se retrouve donc avec une histoire d’apprentissage avec un puissant et mystérieux mentor, une équipée de jeunes filles apprenties avec quelques jalousies dangereuses et une adorable fille dont l’indépendance d’esprit va sans doute bouleverser les équilibres.

Tout à fait remarquable et sans défauts apparents, cet Atelier des sorciers m’a fait tomber sous son charme et se rajoute immédiatement à ma (courte) liste des séries à suivre impérativement!

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Mind MGMT: Guerres psychiques et leurs influences invisibles

esat-westPremier tome de 329 pages, comprenant les douze premiers numéros de la série écrite et dessinée par Matt Kindt, parution le 19/03/2020 aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

Where is my Mind ?

Depuis la publication de son best-seller, dans lequel elle résout des meurtres jusque-là non-élucidés, Meru Marlow cherche le rebond, la nouvelle inspiration qui lui fera noircir les pages de ce roman qu’elle espère, et, au passage, qui l’aidera à payer son loyer.

Seulement, la gestation de cette nouvelle œuvre est plus délicate que ce que la jeune femme avait pressenti. Les jours s’égrainent, tant et si bien que la hype de son premier roman a laissé la place à un vide existentiel qu’elle a grand mal à combler.

Toutefois, un jour a priori comme un autre avachie devant son écran de télévision, Meru tombe sur la commémoration d’un incident qui a laissé le monde entier sans voix: il y a deux ans, les passagers du « Vol 815 » ont posé le pied au sol amnésiques. Plus étonnant encore: l’un des passagers, Henry Lyme, s’est volatilisé durant le vol, sans laisser aucune trace.

Meru y voit là les prémisses d’un roman-fleuve, une enquête passionnante qui sera la base de son nouveau roman. Toutefois, en débutant ses investigations, Meru va s’apercevoir qu’elle a posé le doigt sur une couture qui pourrait détricoter la nature même de la réalité telle qu’on la connaît. Et bien vite, les agents du Mind Management, soucieux de maintenir le statu-quo tant qu’il sert leurs intérêts, vont se mettre à sa poursuite.

Ceux qui croivent savoir se trompent

Meru ne l’a pas encore réalisé, mais elle va bientôt découvrir une effrayante et silencieuse conspiration. Le Mind MGMT, entité anonyme, insaisissable, regroupe des agents dotés de capacités mentales hors-normes, formés à toutes sortent de techniques de manipulation, de coercition et de déstabilisation.

Certains de leurs agents sont capables, par exemple, de guérir n’importe quelle blessure par la seule force de leur volonté. D’autres encore ont le don d’anticiper l’avenir en décryptant les pensées de toutes les personnes autour d’eux, ou de créer des commandes subliminales par le biais de messages publicitaires ou de romans, manipulant ainsi les masses.

L’influence du Mind MGMT et ses ramifications sont insondables, quiconque étant susceptible de s’être fait effacer la mémoire, pour peu qu’il ou elle ait représenté une gêne. Meru est donc confrontée d’emblée à un ennemi invisible, invincible, même, qui peut prédire ses actions et jouer avec sa réalité comme bon lui semble.

Ainsi, les frontières du vrai et du faux se confondent-elles au fil des pages, au fur et à mesure que la jeune enquêtrice fauchée soulève les pierres que le MGMT aura bien voulu semer sur son chemin.

Encore une fois, Matt Kindt fait la retentissante démonstration de son talent d’auteur, en livrant une œuvre conceptuelle fourmillante de détails. L’ambiance y est pesante, et la paranoïa telle que l’on se surprend à revenir régulièrement en arrière, incertain de ce que l’on vient de lire un chapitre auparavant.

L’auteur pose patiemment les strates successives de son récit, alternant fausses pistes et révélations, certaines scènes posées dans un chapitre ne prenant sens que grâce à la nouvelle perspective apportée par une information jusqu’alors cachée. Dans Mind MGMT, la réalité perd de sa substance, elle se vide même de son sens étant donné qu’un souvenir peut être effacé, tronqué, altéré, ou tout bonnement fabriqué.

A l’ère de la toute-puissante information confrontée au péril de la Fake News, à l’heure des Deep Fakes et des algorithmes prédictifs, Mind MGMT vient apposer un filtre paralogique sur un questionnement quasi aporétique: où est la Vérité ?

Malgré une méta-narration maîtrisée de bout-en-bout, le graphisme de Kindt n’est clairement pas son point fort. On se laisse néanmoins porter par le trait esquissé et les chaudes aquarelles, qui accentuent encore le goût d’irréel qui traverse ce roman graphique d’une portée tout à fait étourdissante. Une lecture aussi dense que déroutante !

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Doggybags 15: Mad In America

Quinzième album de la série d’anthologie du Label 619 des éditions Ankama. 120 planches réparties sur trois récits, avec RUN et Peter Klobcar au scénario, Jérémie Gasparutto, Ludovic Chesnot et Klobcar au dessin. Sortie le 29/05/2020.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

 

I had a nightmare

L’Amérique est une nation jeune, mais dont l’histoire recèle suffisamment de strates morbides pour alimenter les histoires les plus acerbes et les plus critiques. RUN et son Label 619 régurgitent ici les lieux communs des pulps et du courant Grindhouse, pour mettre en exergue le pan le plus sombre de l’histoire des États-Unis d’Amérique: le racisme, qui remonte jusqu’aux racines mêmes de cet empire hégémonique.

En effet, les États-Unis se sont bâtis grâce à des vagues successives d’immigration, à commencer par les Pionniers, et ont , comme d’autres nations dont ils ne sont finalement qu’un transfuge, tiré leur prospérité en grande partie grâce à l’esclavage des femmes et des hommes noirs dont les ancêtres avaient été extraits de leurs terres natales africaines.

Bien que l’esclavage fut aboli après la Guerre Civile, il n’en demeure pas moins que de nombreux états américains, les perdants de la guerre, ont conservé en leur sein un esprit revanchard, une défiance systématique envers le pouvoir fédéral, et bien évidemment, un racisme non dissimulé envers les citoyens noirs. Lorsqu’on construit une nation sur des bases aussi gangrénées, il n’est pas étonnant d’assister encore aujourd’hui, à des conflits sociétaux, voire à des violences.

L’autre pan historique amenant la controverse, et sur lequel ce Mad In America repose, est le rapport des États-Unis aux armes. Là encore, l’explication se retrouve dans la genèse de ce pays qui s’est construit sur la conquête et la violence, les nouveaux habitants ayant longtemps conservé le besoin de se défendre dans un vaste pays où le pouvoir bénéfique et régulateur de la Loi a eu bien du mal à s’imposer. Le droit de porter et d’utiliser des armes est inscrit dans le Second Amendement de la sacro-sainte Constitution Américaine, si bien qu’encore aujourd’hui, il est pratiquement impossible à tout dirigeant politique, tout Président qu’il fût, de contrevenir ou même d’espérer abroger cet amendement en s’opposant aux tous-puissants lobbies des armes. C’est notamment ce qui explique le nombre élevé de tueries de masse aux États-Unis. Conjuguez ces deux phénomènes (oppression des afro-américains et disponibilité des armes) et vous obtenez des rivières de sang, qui pour le coup, a toujours la même couleur, quelle que soit la personne qui le verse.

Pulp Frictions

La première histoire de ce numéro 15 de Doggybags Manhunt, nous plonge dans l’enfer marécageux du bayou de Louisiane, un soir où Sidney se retrouve, et c’est un euphémisme, en fâcheuse posture. Pris en chasse et capturé par deux rednecks, il est sur le point d’être pendu, dans ce qui s’apparente vraisemblablement à un lynchage en bonne et due forme. Toutefois, on le sait, dans le bayou, rôdent des créatures à mêmes de transformer les rednecks eux-mêmes en proie, et Sidney va devoir une fois de plus courir pour sauver sa vie.

La seconde partie, Conspi-racism, traite à la fois du racisme et de l’insidieuse thématique du complotisme. Après une nouvelle tuerie de masse dans une église, le médiatique Alex Jones, gourou abreuvant ses millions de followers de théories conspirationnistes, concocte une nouvelle sortie haineuse pour dénoncer ce qu’il pense être une manœuvre du gouvernement américain pour abroger le 2e Amendement. C’est sans compter sur l’inspecteur Witko, qui, las que ces élucubrations influencent néfastement son fils, décide de prendre les choses en main.

La troisième et dernière partie de cette anthologie s’intitule Héritage et met en scène une vengeance, comme héritage mortifère de l’histoire de l’Amérique profonde.

Les trois histoires ont en commun un ton décomplexé, des traits graphiques exagérés, confinant parfois à la caricature. Le but est sans doute de confronter le lecteur à ce qu’il y a de plus vil dans la Bannière Étoilée, et, conformément au cahier des charges de Doggybags, les auteurs n’hésitent pas à appuyer leur propos à grand renfort de gore et de violence déchaînée.

Cette quinzième excursion fantasmée dans l’horreur bien réelle du racisme en Amérique tient ses promesses, un pierre de plus à l’édifice du Label 619.

***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Dragon & poisons #1: Greyson, Névo et Nat

BD du mercredi
BD d’Isabelle Bauthian,  Rebecca Morse et Aurélie Kaori.
Drakoo (2019),  46p./album, 1 tome sur 2 parus.

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour cette découverte.

couv_373266-1La présentation de cet ouvrage est vraiment mal conçue tant sur un titre qui vise sans doute à se référer à Donjons et Dragons… en tombant complètement à plat, que par un titre de volume qui se contente de reprendre les trois noms des protagonistes du triangle amoureux qui est au cœur de la série. On fait difficilement plus feignant. La couverture ne fait rien pour accrocher le lecteur non plus avec ces trois personnages qui semblent indiquer une farce et un dragon vaguement menaçant… assez illisible et pas particulièrement esthétique hormis pour les couleurs très réussies (sur tout l’album) d’Aurélie Kaori. Bref, une couverture qui ne fait pas du tout le job et peut tromper sur le type de lectorat visé (Dragon et poison n’est pas une BD jeunesse!)…

La cité de Pâmoison a basé son économie sur les poisons que les habitants extraient des nombreuses plantes et créatures vénéneuses qui l’entourent. Là, Greyson, Névo et Natch forment un triangle amoureux de jeunes aventuriers déterminés à faire fortune en défiant le légendaire Dragon dans son antre. Amis pour la vie, l’ambition va cependant faire tourner au vinaigre leur destinée…

DRAGON & POISONS de Bauthian et MorsePassée cette introduction qui vous paraîtra bien méchante, je coupe court à toute inquiétude: cet album est franchement sympathique! Comme sur les précédentes BD de chez Drakoo, on sent immédiatement la différence de traitement issu de la culture Roman de la scénariste et qui apporte une richesse de dialogues et de personnages que beaucoup de BD oublient de développer suffisamment. Arleston a eu une excellente idée d’aller chercher des romanciers pour constituer son catalogue. Album très surprenant à plus d’un titre que ce Greyson, Névo et Natch qui nous prend systématiquement à contre pied! D’une couverture indiquant donc une faribole pour la jeunesse on se retrouve avec ce triangle amoureux autour de cette belle Natch à la libido très développée (pas pour enfants je disais). Après une très chouette introduction basée sur l’univers vénéneux de cette série on réalise que ce décors n’est qu’un habillage avec bien peu d’implication sur l’intrigue… celle-ci se basant sur les sauts d’époque assez brutaux bien que maîtrisés. Ainsi après vingt pages on bascule vingt ans plus tard alors que le trio a été brisé. Aucun temps de mise en place, ce sera la seconde partie qui se chargera de détailler un peu le passé des trois lurons. Cet enchevêtrement complexifie un peu la lecture et enrichit une trame qui reste en substance très classique des ouvrages de fantasy.

Dragon et Poisons - Greyson, Névo et Natch, BD et tomes sur ZOOLa première chose qui marque ce sont les couleurs très agréables et un découpage lisible. Le contraste entre des dessins de style humour et un univers relativement sombre (et tout à fait gore!) est surprenant et rafraîchissant. J’ai beaucoup aimé la personnalité des trois personnages dont on découvre façon puzzle la personnalité d’avant et celle d’après. Je ne peux déflorer la chute de l’album (qui change totalement le paradigme de la suite du diptyque) mais la scénariste semble avoir pris grand plaisir à nous balader ainsi dans les strates temporelles de sa narration… Au vu des premières pages j’aurais attendu une BD un poil plus coquine et humour noir mais étant donné le rythme endiablé et la richesse de ce qui nous est proposé on ne fera pas la fine bouche.

Fort surpris donc par une lecture que je n’attendais pas du tout, je reconnais Dragon et poisons comme une bonne surprise de ce début d’année. Très bien conçu, assez joli et doté de personnages attachants, ce premier tome souffre d’un manque de définition éditoriale bien dommage et qui ne lui évitera pas, je l’espère, de trouver son public.

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***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Les Artilleuses #1: le vol de la sigillaire.

La BD!
BD de Pierre Pevel, Etienne Willem et Tanja Wenisch
Drakoo (2020), 46 p.  volume 1/3.
Disponible en édition classique et collector.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

couv_386154La série s’insère dans l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel, publié chez la maison mère de Drakoo, Braguelonne. La maquette de couverture est très élégante en jouant a fond le style art-déco avec ces arabesques en vernis sélectif qui présentent les trois personnages et l’ambiance g »générale. Couverture très efficace avec un design de titre portant la mention du Paris des Merveilles lui aussi rehaussé d’un vernis, comme sur la tranche et la quatrième. L’éditeur indique dès la couverture la tomaison de la série, ce que j’apprécie toujours. Enfin, pour cette édition l’intérieur de couverture (identiques) propose une carte postale de Paris. Une édition augmentée est sortie en même temps (là aussi j’aime quand le lecteur a le choix entre les différentes éditions au moment de la sortie sans l’impression d’être touché dans son impatience avec des sorties d’éditions étalées et poussant à tout acheter. Du tout bon pour l’édition et sans doute que la version collector (qui comporte un dos toilé, un ex-libris et un cahier graphique de huit pages pour quatre euros de plus) aurait obtenu un Calvin pour l’édition.

Les Artilleuses, de retour d’une escapade au Nouveau Monde, entrent en action par un retentissant braquage à la Banque de Paris et de Broceliande. Depuis que l’Outremonde a été découvert, les humains côtoient fées, ogres et dragons dans le Paris de la Belle époque… mais si la magie nappe ce nouveau contexte, les grosses pétoires et explosifs tout ce qu’il y a de plus classiques restent ce qu’on a trouvé de mieux pour faire sauter un coffre. Et n’en déplaise aux Brigades du Tigre, les Artilleuses sont très douées pour cela!

Résultat de recherche d'images pour "les artilleuses willem"Mon entrée dans les créations du nouvel éditeur Drakoo porté par le célèbre Arleston (le scénariste de Lanfeust de Troy) avait mal commencé avec un premier tome de Danthrakon que j’avais trouvé particulièrement faible… Fort heureusement cette nouvelle série relève très bien le niveau en proposant une nouvelle série (courte, probablement prévue en cycles si le succès suit) qui comporte tout ce que j’aime dans les mondes imaginaires: de l’historique teinté d’uchronie et de steampunk.

Très clairement la grande force de cet album est la richesse de son background qui se ressent dès la première page. Ce n’était pas gagné tant le travail de romancier et de scénariste BD n’est pas le même et la tentation de vouloir mettre tout son monde dans quelques planches pouvait mener Pierre Pevel à la surcharge. Ce n’est pas le cas et le scénariste sait n’utiliser que le nécessaire en laissant dans le hors-champ et les allusions tout ce qui n’a pas lieu d’être représenté. Il en ressort une grande consistance et cohérence de ce monde dont on ne saura sans doute encore pas grand chose au terme des trois albums prévus mais dont les personnages, la chronologie et le Résultat de recherche d'images pour "les artilleuses willem"design général sont particulièrement alléchants. Comme souvent dans les albums réussis, l’autre point fort porte sur les personnages, ces artilleuses très sympathiques, notamment la fée au style gavroche empruntant vaguement à Loisel dans ses formes et son style parigot. Leur interaction fonctionne à merveille même si l’action tonitruante nous permet peu de les connaître.

L’intrigue suit un simple braquage réalisé pour un commanditaire puissant et visant un artefact encore mystérieux. Comme pour les personnages secondaires, on est dans le très classique, connu mais très efficace. L’insertion de la fantasy dans le Paris Années folles permet de décaler les archétypes en calquant le même modèle que le font les séries Résultat de recherche d'images pour "les artilleuses willem"anthropomorphiques: donner un aspect physique aux caractères des personnages. Etienne Willem a d’ailleurs réalisé précédemment beaucoup de séries de ce type (notamment le réputé Epée ardenoise) et son passage au semi-réaliste se fait très bien grâce à ces créatures fantastiques. Très porté sur l’action, ce volume introduit un soupçon de steampunk et de connaissances historiques comme la référence aux Brigades du tigre. Le tout est rehaussé de couleurs fort agréables sous les pinceaux de Tanja Wenish.

Ce premier tome des Artilleuses est une vraie bonne surprise dans un registre jeunesse qu’il faudrait tempérer tant les dialogues parfois coquins et certaines séquences assez violentes le destine plutôt à un public pré-ado. Assumant un côté bourrin (bad-ass diraient certains) et porté par un univers que l’on a envie de découvrir plus avant (et qui donne envie de lire les romans), le vol de la sigillaire est une vraie réussite qui confirme totalement l’intuition d’Arleston de confier à des romanciers les scénarios de ses albums. Une série que l’on a envie de suivre avec grand plaisir.

A partir de 12 ans.

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**·BD·Numérique

Les espèces menacées contre-attaquent

Webcomics

Hop, déjà le retour du webcomic sur l’Etagère imaginaire avec cette semaine du dessin de presse découvert via Mediapart avec Les espèces menacées contre-attaquent, par Ulysse Gry, diplômé de journalisme et dessinateur de presse au CV déjà impressionnant à seulement 31 ans comme le montre son blog présentant des travaux divers et aux graphiquement intéressants et variés. Le bonhomme a bossé avec Canal+, France24, Mediapart, le Musée de l’homme.

Clipboard04.jpgLa série publiée sur Médiapart (en accès abonné donc) mais aussi en libre accès sur son compte instagram, propose quinze épisodes de quatre cases en monochrome bleu qui utilisent de légères animation. Ulysse Gry semble s’intéresser justement aux possibilités de l’outil numérique pour dépasser le seul dessin par des formats originaux, comme ces commandes de dessins en 360° dits « VR » qui rappellent un peu l’idée de la formidable « BDfilée » Phallaina que j’avais chroniqué aux tout débuts du blog. C’est plus gadget que réellement révolutionnaire mais cela permet des expérimentations de lecture que je trouve intéressantes.

Sur la série qui nous intéresse on reste dans le très classique dessin de presse avec pour pitch les espèces animales menacées qui préparent un plan pour se sauver des méfaits de l’homme et la planète avec eux. Mais bien entendu toutes les espèces ne regardent pas dans la même direction et chaque épisode prévoit une idée simple sur le thème humoristique. Tout n’est pas forcément réussi mais certaines séries sont réellement drôles comme celle des chats (vous m’en direz des nouvelles en commentaire). Le grand sujet est donc bien l’impacte de l’homme sur son environnement, Trump fait évidemment un passage et l’auteur aborde tout de même quelques sujets importants dans la question environnementale.

J’ai trouvé cette série plutôt sympa, sans révolutionner le genre Ulysse Gry arrive à nous tirer sourires et condamnations et propose des cartons efficaces. Je vous laisse consulter et revenir en discuter ici.

https://www.instagram.com/Ulystrations/