***·BD·Jeunesse·Nouveau !

La Chevaleresse

Récit complet d’Elsa Bordier (scénario), et Titouan Beaulin (dessin). Parution le 15/09/22 aux éditions Jungle, collection Ramdam.

Mulan en côte de mailles

La vie n’est pas simple pour Héloïse. Ou du moins, la vie d’Héloïse n’est pas tout à fait ce dont elle rêve. Si son quotidien ne reflète ni ses impétueuses aspirations ni son caractère de feu, c’est principalement à cause de la société patricarcale et belliqueuse dans laquelle elle vit.

Car oui, chers lecteurs de l’Etagère: le Moyen-Âge, ce ne sont que des ponts-levis, des troubadours et la Peste Noire. C’est aussi une hiérarchie sociétale verticale, qui impose aux individus une place prédéterminée qui ne peut souffrir aucune exception.

Pour Héloïse, cela se manifeste par la désapprobation de ses parents, qui ne souhaient pour elle qu’un mariage avantageux afin qu’elle perpétue la noble lignée. Ce qui signifie que plutôt que d’apprendre à se battre, comme elle le souhaite si ardemment, elle doit se contenter de la broderie et d’autres activités insignifiantes à ses yeux mais normalement dévolues aux femmes. Qu’à celà ne tienne, notre jeune fille en mal d’aventures va apprendre à se battre, par mimétisme, en observant les garçons lors de leurs entrainements. Quelques temps plus tard, c’est le Maître d’Armes en personne qui l’entraînera, en secret, bien sûr, jusqu’à faire d’Héloise une combattante virtuose.

Un jour, alors que la nécessité du mariage pèse de plus en plus lourd sur ses épaules, Héloise fait la rencontre d’Armand, noble comme elle, avec qui elle partage le sentiment d’être étouffée par la société. Armand n’aime ni la violence des combats, ni les armures que son père espère lui faire porter, et préfèrerait passer son temps à parfaire son art du dessin. Alors Héloïse a une idée: s’ils se fiancent, ils pourront alors s’associer pour donner satisfaction à leur deux familles, au prix d’une supercherie très simple.

Héloise n’a qu’à se faire passer pour Armand en revêtant son armure lors des entrainements et des joutes, lui épargnant ainsi l’harassement qu’il redoute tout en permettant à la jeune femme de croiser le fer comme elle l’a toujours voulu. Bien vite, la réputation d’Armand s’étend rapidement, si bien qu’un jour, un émissaire du Roi vient au chateau, pour le recruter dans sa campagne militaire contre un Baron rebelle. Armand n’a pas le choix: il doit partir faire la guerre, lui qui n’a jamais tenu une épée de sa vie.

Héloise s’en veut terriblement: elle a provoqué la perte de son meilleur ami, par pur égoïsme. Pour le sauver, il ne lui reste plus qu’à fausser compagnie à ses parents et rattraper la garnison, pour enfiler une nouvelle fois l’armure et faire parler ses talents. Mais le chemin sera long et semé d’embûches pour le petite comtesse qui n’a jamais mis les pieds hors de son château !

Comme le laisse deviner son titre, La Chevaleresse est un album féministe, mettant en scène une héroïne impétueuse face aux carcans patriarcaux qui veulent la cantonner à une place bien précise sans lui laisser l’opportunité d’exploiter son potentiel.

Malgré le contexte médiéval, on peut dire sans se tromper que le message véhiculé par Elsa Bordier porte une marque intemporelle, puisqu’elle parle d’accomplissement personnel, d’amitié, et d’amour. Il est donc aisé de transposer les difficultés vécues par Héloise au monde moderne, ce qui ajoute à l’accessibilité de l’intrigue. L’idée de base rappelle d’ailleurs d’autres oeuvres comme Mulan, lorsque la jeune fille s’entraîne par mimétisme, ou encore Wonder Woman (le film) lorsque le jeune Diana est entrainée en secret par sa tante à l’insu de sa mère autoritaire. Si on cherche bien, on peut même faire le parralèle avec Patrocle, le cousin d’Achilles, qui revêt son armure pour aller se battre à sa place lors de la Guerre de Troie.

La scénariste ne se contente pas d’un récit féministe qui mettrait en avant la bravoure et le courage féminins, elle habille également son récit d’une réflexion sur la guerre et la violence, ce qui est souvent le cas dans ce type d’oeuvre. En effet, lorsque l’on veut mettre en avant les qualités intrinsèques du Féminin , il n’y a rien de plus aisé que de le placer en contraste avec les défauts notoires du Masculin, à savoir la violence. L’auteure parvient à faire exister ses personnages tour à tour sans déséquilibre, créant des relations engageantes et crédibles.

Coté graphique, la trait de Titouan Beaulin, dont c’est le premier album, rest naïf, avec un côté hésitant, mais il sied bien au contexte médiéval et au ton de l’album.

J’ai néanmoins une réserve sur la résolution de l’intrigue [ATTENTION SPOILER !]

Une fois la fameuse bataille terminée, Héloise, blessée, retrouve sa compagne Isaure et Armand. Héloise a sauvé le Roi d’une mort certaine, mais a pu constater que son désir d’aventures était assez éloigné des réalités de la guerre. Armand, quant à lui, décide qu’on doit lui couper un pouce, afin de maintenir la mascarade et être certain d’être renvoyé chez lui.

Une fois la besogne accomplie, Armand revient au camp, et constate que le départ précipité du Roi a laissé l’armée en pleine débâcle, et que beaucoup de soldats sont rentrés chez eux. Il est lui-même remercié, ce qui à mon sens, rend le sacrifice du pouce totalement inutile, puisqu’Armand aurait de toute façon été renvoyé… A moins qu’Armand ait vu sur le long terme et qu’il ait souhaité s’assurer qu’on ne lui demanderait plus jamais de porter une épée, auquel cas il lui aurait suffit de simuler une claudication…

Il n’en demeure pas moins que la Chevaleresse est un bel album jeunesse, traitant de sujets d’actualité par le prisme médiéval.

***·Comics·East & West·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Avatar, le dernier maître de l’air #2: Recherche

Second volume de la série initiée en 2013 chez Dark Horse, publication en France chez Hachette le 17/08/2022. Gene Luen Yang au scénario, Gurihiru au dessin.

bsic journalism

Merci aux  éditions Robinson pour leur confiance.

Mamaoutai

Après avoir œuvré pour la paix, Aang et Zuko partent à la recherche d’Ursa, la mère de Zuko qui a disparu de façon inexpliquée il y a des années. Dans le premier tome, le jeune seigneur de la Nation du Feu s’aperçut qu’un monarque ne peut régner correctement que s’il est équilibré, ce qui dans son cas signifie qu’il doit renouer avec ses racines et comprendre pourquoi sa mère a choisi l’exil.

Cependant, cette quête aura un prix pour Zuko: s’allier avec Azula, sa soeur sadique et psychotique, dont la cruauté n’a d’égale que sa dangerosité. Qu’à cela ne tienne, Zuko est déterminé, d’autant plus qu’il peut compter sur le soutien sans faille de son ami Aang, l’Avatar, ainsi que de Katara et Sokka.

Leur quête va les mener au cœur d’une forêt magique, au sein de laquelle les secrets de famille de Zuko seront peu à peu révélés.

Après un départ en grande pompe, le comic book adapté de la série animée poursuit son exploration des personnages, une nouvelle fois avec talent. Cette fois, l’intrigue sera plus intimiste, et moins centrée sur les conflits entre les quatre nations. Le focus sera donc naturellement mis sur Zuko, qui est, soit dit en passant, le personnage le mieux écrit de la série et qui bénéficie du meilleur arc narratif.

Le thème central est donc la famille, avec ce qu’elle porte de complications et de déchirements, mais aussi sur la sérénité et la force que l’on retire d’avoir une famille équilibrée et aimante, ce dont Zuko n’a malheureusement pas bénéficié mais qu’il peut atteindre s’il s’en donne la peine. Le tout est encore une fois très bien écrit, même si on aurait apprécié que l’auteur insiste davantage sur le fait que Zuko s’est aussi construit une famille sous le forme du clan Aang.

Le lien de Zuko avec sa sœur Azula est aussi au centre de l’intrigue, cette dernière nourrissant une forte rancœur envers son frère à cause des machinations de leur père. Là encore, cette relation houleuse est une illustration du thème central, en ce sens que l’un fait preuve de résilience et tente de se réconcilier avec son passé, tandis que l’autre blâme son frère et sa mère disparue de tous les maux qui frappent son existence.

En bref, ce second volume est à lire si vous avez aimé la série animée, car il en constitue la prolongation adéquate à de nombreux égards.

****·Comics·East & West·Jeunesse·Service Presse

Avatar, le dernier maître de l’air #1: La promesse

Intégrale de 216 pages, adaptée de la série animée du même nom. Gene Luen Yang au scénario, Gurihiru au dessin. Première publication en 2012 chez Dark Horse, parution en France le 01/09/2021 aux éditions Hachette.

Merci aux  éditions Robinson pour leur confiance.

Dans l’air du temps

Pour celles et ceux qui l’ignoreraient, Avatar, le dernier maître de l’air est une série animée produite par les studios Nickelodeon entre 2005 et 2008. Le phénoménal succès de la série est du en grande partie à ses qualités narratives, entre worldbuilding expert et arcs narratifs savamment orchestrés.

Le pitch: le monde est divisé en quatre peuples: la nation du Feu, les tribus de l’Eau, le royaume de la Terre et les nomades de l’Air. Comme leurs noms l’indiquent, chaque peuple a développé la maîtrise d’un de ces éléments. L’harmonie régnait jusqu’à ce que la belliqueuse nation du Feu n’entament une campagne de conquête et de domination des autres peuples.

Pendant des millénaires, l’équilibre était pourtant maintenu par l’Avatar, un être se réincarnant à chaque génération dans un peuple différent, capable de maîtriser les quatre éléments de façon simultanée. Protecteur de la paix tout autant qu’arme de dissuasion, l’Avatar a pourtant disparu avant la grande guerre, permettant à la nation du Feu d’instaurer son hégémonie. Jusqu’à ce qu’un jour, il refasse surface, presque par accident: extirpé d’un bloc de glace après 100 ans par Katara et Sokka, deux jeunes membres des tribus de l’Eau, le pas-si jeune Aang découvre un monde en guerre et constate qu’il a failli à sa mission et qu’il est bel et bien le dernier maître de l’Air.

S’engage alors pour le nouvel Avatar une quête pour la maîtrise des trois autres éléments, afin de rétablir la paix dans le monde. Se faisant, il se fera toute une ribambelle d’amis et d’ennemis, parfois les deux, comme en témoigne sa relation avec le prince héritier Zuko, de la nation du Feu.

Le comic book reprend précisément là où la série animée s’arrête, à savoir à la fin de la guerre. Le seigneur du Feu a été vaincu par Aang et remplacé par son fils Zuko. Cependant, après des années de conflit et de domination, il n’est pas évident d’envisager l’avenir et de faire germer l’idée de la paix entre les quatre peuples, surtout lorsque la rancœur est encore si fraîche. Cependant, il est temps pour nos héros de se retrousser les manches, car le plus dur rester à faire. En effet, Zuko, en tant que nouveau seigneur du Feu, doit décider du sort des colonies instaurées par ses aïeux dans les autres royaumes. Doit-il les démanteler et rapatrier tout le monde, où bien les conserver au risque de provoquer la colère des maîtres de la Terre ? Les choses vont d’autant plus se compliquer lorsqu’il constatera qu’annoncer à des gens qui vivent à un endroit depuis des générations qu’ils vont devoir rentrer dans un pays qu’ils ne connaissent pas n’est pas si évident que ça.

Divisé entre le devoir de veiller sur son peuple et la volonté de ne pas devenir comme son père, Zuko va devoir compter sur l’aide de ses amis pour l’aider à faire le bon choix.

Le constat ici est simple: Avatar le Dernier Maître de l’Air est une bonne franchise, quel que soit le média (je vous l’accorde, le film fait exception). Fort de personnages nuancés, le récit traite de thématiques sérieuses, politiques, sur un ton parfois décalé et adapté à tous les publics.

Le thème de l’ethnocentrisme, par exemple, est abordé avec clairvoyance et recul, et au service de l’intrigue. Plus encore, il fait même l’objet d’une déconstruction et fait écho à l’histoire contemporaine, en simplifiant sans pour autant verser dans le cliché. L’histoire tournant autour des colonies en est une bonne illustration, puisqu’elle rappelle des événements récents: on a en tête la décolonisation de l’Algérie en premier lieu, avec la question du retour des pieds-noirs, ce qui fait le lien entre fiction et histoire contemporaine. On ne peut non plus s’empêcher de penser à Hong Kong, le parallèle avec la colonie de Yu Dao étant assez clair.

L’album a aussi le mérite d’apporter une touche supplémentaire de réalisme dans le traitement, notamment vis à vis de la fin de la série animée. Sans toutefois en détourner le happy end, le comic nous montre que tout n’est pas aussi simple qu’on le souhaiterait à la fin d’une guerre, et que finalement, après avoir enterré la hache de guerre, il faut se mettre à reconstruire, et que cette partie est sans doute la plus délicate.

Outre les réflexions politico-philosophiques, on trouve aussi dans Avatar des relations interpersonnelles bien travaillées et intéressantes, qui s’appuient sur les années de continuité de la série animée. Elles peuvent donc échapper aux néophytes, mais son globalement simples à saisir: l’amitié entre Aang et Zuko, la promesse que ce dernier lui fait faire s’il devenait comme son père, la romance entre Katara et Aang, ou encore le lien spirituel entre Aang et les précédents avatars.

En résumé, ce premier volume d‘Avatar le dernier maître de l’Air est une suite très appropriée à la série animée, dotée des mêmes qualités, le risque étant qu’elle ne parle qu’aux amateurs du matériau d’origine.

*****·Comics·East & West·Nouveau !

Saison de sang

Titre original: Step by bloody step, écrit par Simon Spurrier et Matias Bergara, avec Mat Lopes aux couleurs. Parution aux US chez Image Comics, en France chez Dupuis le 17 juin 2022.

A chaque enfant son géant

Par un hiver glacial dans un monde inconnu, une enfant s’éveille. Elle est entre les mains d’un géant en armure, qui avance inexorablement en détruisant tous les obstacles qui se dressent sur leur route. Peu à peu, l’enfant grandit, et finit par quitter le cocon rassurant formé par les mains du géant pour marcher par elle-même, toujours dans le sillage de son protecteur.

Cependant, portée par la curiosité, l’enfant se laisse distraire et quitte le chemin. C’est alors que l’air s’anime autour d’elle pour former des créatures qui l’empêchent de quitter la route, des phénomènes contre lesquels même le puissant guerrier en armure ne peut rien. L’enfant doit donc avancer quoi qu’il arrive, et découvrira sur le chemin sa véritable destinée.

Aux US, Step by bloody step a fait une sortie remarquée chez Image Comics, et a atteint sa conclusion quelques semaines seulement avant sa publication française chez Dupuis. La particularité de ce roman graphique divisé en quatre chapitres est de ne contenir aucun dialogue.

En effet, on ne trouve en terme de texte, que de brèves introduction poétiques entre chaque partie, mais le corps de la BD en lui-même ne contient rien d’autre que les images, les quelques phylactères présents ne contenant de des glyphes inintelligibles. Le scénariste anglais Simon Spurrier, et le dessinateur uruguayen Matias Bergara , qui nous avait déjà bluffés avec Coda (voir aussi le nouveau Sandman pour Spurrier) font donc un pari osé, et relèvent ce défi narratif haut la main. L’auteur parvient en effet à immerger le lecteur sans user d’artifices littéraires, rien que par la force des images et des plans concoctés par l’artiste.

Les enjeux initiaux sont simples, puis gagnent progressivement en ampleur grâce à une caractérisation subtile des personnages principaux. Si vous consultez régulièrement le blog, alors vous aurez déjà entendu parler de la récurrence du duo enfant/badass en fiction, qui donne souvent la part belle aux histoires d’amitié, d’amour filial et de rédemption pour l’un ou l’autre membre du duo. Ici, avec le procédé choisi par l’auteur, le lecteur est tenu de se concentrer non plus sur les échanges verbaux mais sur les éléments de mise en scène, les regards et les actes des personnages, pour saisir la nature de leurs relations ainsi que leur évolution.

Si la partie narrative est impressionnante de maîtrise, la partie graphique est elle aussi à louer pour sa qualité. Matias Bergara fait preuve d’un talent incontestable de créateur d’univers. Les paysages sont tout simplement magnifiques et saisissants de beauté, la flore et la faune inventives, et les architectures, qui oscillent entre magie et technologie, rappellent Coda tout en se détachant néanmoins par un aspect plus brut.

La conclusion de l’album m’a rappelé celle du film mother! de Darren Aronofsky, en moins cruelle et plus poétique, évidemment, mais le parallèle allégorique et la thématique écologique et cyclique sont bel et bien communs.

Il résulte donc de la combinaison des savoir-faire de ces deux artisans de la narration un œuvre excellente, qui provoque des émotions authentiques par des procédés antédiluviens qui nous rappellent que la fiction et la narration sont au cœur de notre ADN humain. Et ça vaut bien 5 Calvin pour un candidat à l’album de l’année !

****·Jeunesse·Nouveau !

Perdus dans le futur #2: piégés

Deuxième tome sur quatre de la série écrite par Damian et dessinée par Alex Fuentes. Parution chez Dupuis en mars 2022.

De mal en pis

Dans le tome 1, nous faisions la rencontre de Sara, Mei, Driss, et Arnold, quatre camarades de classe aux personnalités variées, mais soudés par une forte amitié. Harcelés par Piero, la brute locale, ils sont pris au piège d’un château en ruines et finissent projetés dans un futur hostile dans lequel se sont réfugiés des Templiers du Moyen-Âge.

Les cinq collégiens, aidés par un Templier, sont parvenus à emprunter de nouveau le tunnel temporel, espérant rentrer enfin chez eux. Mais ils ne sont pas encore tirés d’affaire ! Loin d’être revenus à leur époque, ils sont encore dans le futur, cette fois juste après l’effondrement de la civilisation.

Dans ce nouveau monde, presque tous les adultes ont disparu, pour la plupart en se laissant mourir, car ils étaient perdus dans l’univers virtuel qu’ils utilisaient pour fuir la réalité. Parmi les enfants survivants, beaucoup sont devenus féroces et sauvages, privés des normes sociétales et d’empathie. Notre groupe de voyageurs temporels va devoir accomplir des exploits pour se tirer de ce pétrin ! D’autant que le parchemin sur lequel figure la formule du voyage dans la temps leur a échappé, et que leurs différends, notamment ceux avec Piero, ne sont pas tout à fait réglés.

Après un premier tome dynamique et inventif, Damian et Alex Fuentes remettent le couvert pour nos cinq collégiens et leurs imposent de nouveaux déboires temporels. L’intrigue demeure simple, le scénariste ne jouant pas (encore?) la carte du paradoxe temporel et autres schémas temporels alambiqués.

On note également une évolution dans le propos: si le premier tome utilisait le voyage pour sensibiliser le lecteur quant aux harcèlement scolaire, ou encore sur la préservation de la nature, ce second tome tente une mise en abîme et une réflexion sur la technologie et l’omniprésence des écrans et de ses effets préoccupants.

Cependant, Perdus dans le futur est moins une BD à message qu’une BD avec un message. Le ton reste léger et divertissant, et les auteurs ont l’élégance de ne pas verser dans la leçon de morale, laissant à chaque lecteur le soin de se faire sa propre opinion. Les relations entre personnages sont également bien exploités, même si leur nombre relativement important pourrait créer un déséquilibre, l’auteur parvient néanmoins à les faire exister de manière plutôt égale au long de l’album.

Les dessins d’Alex Fuentès sont toujours aussi attractifs, l’empreinte très design de ses personnages et de ses décors fait mouche à chaque planche. Attendue au tournant après le premier tome, la série Perdus dans le Futur ne déçoit pas sur ce second tome !

****·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos

Huntr #2: la Brousse

Second tome de la série écrite par Sarah Morgan, Jordan Morris, et dessinée par Tony Cliff. Publication chez Albin Michel le 05/01/2022.

Retour au bercail

Après avoir fait leurs preuves de chasseurs de xémons, Morgan, sa colocataire Annie, son ami d’enfance Van et le doux rêveur Mitch sont désormais associés dans la chasse aux monstres afin de préserver les habitants de la Bulle. Mandatés par Bonnie, directrice de Tandem, le groupe se prépare à faire une excursion dans la Brousse, le monde hostile empli de monstres extraterrestres, afin de remettre la main sur une pierre radioactive extrêmement dangereuse, subtilisée par le père de Morgan, un survivaliste de la Brousse qui a appris à Morgan tout ce qu’elle sait.

Mais si la chasse aux monstres au sein de la Bulle n’était déjà pas une partie de plaisir, survivre à la Brousse relève du défi ! Nos quatre joyeux drilles seront-ils à la hauteur ? Et plus inquiétant encore, peut-on faire confiance à Tandem ?

Changement de décor pour ce second tome de la comédie d’action concoctée par Sarah Morgan et Jordan Morris. Après avoir exploré le cadre urbain de la Bulle, les auteurs plongent ainsi notre quatuor de héros hipsters en pleine nature hostile, revisitant par la même occasion le passé de Van et Morgan.

C’est donc l’occasion pour la protagoniste de se confronter à son père et aux valeurs qu’il lui a inculqué, approfondissant ainsi son background. Les interactions entre les personnages sont tout aussi savoureuses que dans le tome 1, et les séquences de combat toujours aussi divertissantes. On est donc dans la continuité du premier tome, parfait mélange entre comédie et action, mais les auteurs n’oublient pas d’incorporer un message critique sur les travers de la start-up nation et de ses codes.

Considéré dans sa globalité, Huntr est donc une vraie réussite, foncez, vous ne serez pas déçus !

***·BD·Nouveau !

Immonde !

Histoire complète en 233 pages, écrite et dessinée par Elizabeth Holleville. Parution chez Glénat le 12/01/2022. Lecture conseillée à partir de 16 ans.

Horrifique nostalgie

Morterre est une petite bourgade comme en voit très souvent dans les récits de genre: isolée, et pourvue d’un nom qui devrait faire fuir toute personne censée. Pour Jonas et Camille, Morterre représente toutefois la seule perspective d’avenir. Pour tuer le temps en dehors du lycée, les deux ados regardent des films d’horreur et tournent des canulars vidéos qu’ils diffusent sur internet. Leurs parents, comme l’essentiel de la population d’ailleurs, travaille au sein de la grande usine d’Algemma, à côté du site d’extraction du tomium, un minerai radioactif servant désormais à alimenter les centrales nucléaires.

En résumé, Algemma fait vivre Morterre, dans un équilibre nécessaire auquel tout le monde semble contribuer. De son côté, Nour, qui ne se remet pas du décès de sa mère, emménage avec son frère, et son père et va se lier d’amitié avec le duo marginal. Mais tout n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît à Morterre, car l’Agemma semble cacher bien des choses à ses employés, à commencer par les effets du tomium sur la population…

Teenage wasteland

La nostalgie est ce qui transparait en premier à la lecture d’Immonde ! d’Elizabeth Holleville. D’emblée, la comparaison avec des classiques comme les Goonies ou d’autres œuvres traitant du désarroi adolescent, saute aux yeux du lecteur, comme avec des séries comme Stranger Things. Le scénario emprunte donc çà et là l’essentiel de ses éléments pour construire un tout fleurant résolument le déjà-vu.

Comme on vient de le dire, la petite bourgade dont un groupe d’adolescents se sent prisonnier et dont il s’évade grâce à la pop-culture, est un élément maintes fois traité, mais qui constitue encore aujourd’hui une base solide pour construire un récit d’ambiance. On peut aussi voir du côté des références la conspiration militaro-industrielle, dont l’inconséquence et la cupidité provoquent l’éruption de l’innommable, qui déferle dans les rues de la ville comme un tsunami.

Heureusement que le fond de l’album ne se résume pas à ces éléments de forme, car l’horreur et l’épouvante ne semblent être qu’un habillage pour l’auteure, qui s’en saisit pour mieux traiter en toile de fond des problématiques sociétales et environnementales. En premier lieu, les troubles adolescents et la découverte de soi, mais également l’identité et le genre, ou encore des sujets économiques comme le chantage à l’emploi, font partie des thèmes phares de l’album.

La première moitié s’avère très efficace pour instiller une ambiance pesante et accroître progressivement la tension, avant le réel basculement dans l’horreur pour la seconde moitié.

Néanmoins, on ressort tout de même de cette lecture avec un petit sentiment d’inachevé, car si les thématiques sont visibles et traitées tout au long de l’album, d’autres éléments, mentionnés de façon ostentatoire et donc forcément perçus comme importants par le lecteur, ne sont ensuite pas exploités comme il se doit par l’auteure.

Je prends pour exemple principal les capacités extrasensorielles de Nour, qui sont évoquées mais ne servent en rien le récit, puisqu’elles ne jouent aucun rôle dans la résolution de l’intrigue, qui se serait donc déroulé de la même manière sans cet élément. Il y avait pourtant matière à quelque chose de plus dynamique (cet élément est sûrement inspiré de Eleven dans Stranger Things), mais cela donne finalement l’impression que la scénariste ne savait plus quoi faire de cet élément une fois lancée dans la production du récit.

Il me semble aussi avoir vu des approximations quant au sujet en lui-même (Morterre est un lieu d’extraction de minerai, mais on parle ensuite de traitement des déchets radioactifs, qui sont deux activités différentes et séparées dans le temps, voir cet article qui détaille le tout), qui aurait mérité une meilleurs documentation ainsi qu’une exposition plus détaillée. En effet, si l’un des objectifs est de dénoncer la pollution nucléaire, mieux vaut savoir de quoi on parle. Les autres points qui auraient mérité un traitement plus approfondi, ce sont les différentes mutations provoquées par la radioactivité au sein de la population, qui sont sans lien apparent avec les créatures qui arpentent les galeries de la mine souterraine et qui apparemment résistent aux radiations.

Immonde ! peut donc être rangée dans la catégorie des œuvres citant des œuvres qui sont elles-mêmes des références, ce qui peut provoquer des déperditions en terme de message et de puissance narrative, malgré des thématiques vitales et bienvenues.

*****·Comics·East & West·Jeunesse·Nouveau !

Wynd #2: Le Mystère des Ailes

Second tome de 235 pages de la série écrite par James Tynion IV et dessinée par Michael Dialynas. Parution aux US chez Boom! Studios, et chez Urban Comics en France, le 21/01/2022.

bsic journalism

Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Tempête sous un crâne

Wynd est un jeune garçon introverti qui a passé sa jeunesse à Tubeville, mégapole fortifiée dans laquelle seuls les humains sont tolérés. Manque de chance, Wynd est un Sang-Blêt, un être infecté par la magie qui habite les immenses forêts qui enclavent Tubeville.

Recueilli très tôt par Mme Molly et sa fille Olyve, Wynd mène une existence discrète et doit constamment dissimuler les stigmates de sa condition, à savoir ses oreilles pointues qui pourraient le trahir au yeux de ses compatriotes. Rêveur, Wynd observe souvent la ville, bien à l’abri sur les toits, et s’est amouraché de Ronsse, le fils du jardinier en chef de la maison royale, qui est aussi le meilleur ami du Prince Yorik.

I Believe I can Fly

Yorik est a priori l’enfant gâté archétypal que l’on peut s’attendre à trouver au sein de n’importe quel palais: colérique, capricieux, et inepte, il n’en porte pas moins les espoirs de son peuple sur les épaules. En effet, promis à la succession du trône de Tubeville, Yorik pourrait abolir les Lois du Sang et permettre aux différents Royaumes de s’unir enfin au lieu de se faire la guerre. Malheureusement, les fanatiques sont partout, et le jeune prince devient la cible de partisans d’une cause extrême, tandis que Wynd est démasqué à l’occasion d’une purge.

Poursuivi par le redoutable Écorché, Wynd fait cause commune avec Olyve, Yorik et Ronsse pour s’échapper de Tubeville et rallier Norport, connue pour être plus cosmopolite et plus tolérante. Le quatuor poursuit donc sa quête et fait la rencontre du peuple des fées, et ainsi en découvrir davantage sur les origines du monde et le rôle que chaque espèce doit y jouer.

Néanmoins, le roi de Tubeville n’a pas dit son dernier mot. Prêt à tout pour récupérer son fils, il se compromet avec les dangereux Vampyres, risquant ainsi la sécurité de tous les royaumes.

Après nous avoir emportés avec le premier tome, James Tynion IV poursuit l’exploration de son univers mi-fantasy, mi-steampunk avec ce tome 2. Les personnages sont toujours aussi attachants, et permettent d’explorer les thèmes chers à l’auteur depuis le début de la série, à savoir le passage à l’âge adulte, l’amour, la tolérance et l’altérité.

La série déploie donc littéralement ses ailes, en même temps que le protagoniste, qui illustre avec d’autant plus d’impact la métaphore de l’adolescence et des transformations qu’elle favorise. Fait suffisamment rare pour être souligné, les dialogues sont très bien écrits, et donc bien traduits par l’éditeur, ce qui n’est pas souvent le cas chez d’autres (Panini, c’est toi que je regarde).

Les lecteurs les plus tatillons remarqueront toutefois quelques répliques coups-de-poing clairement destinées à notre monde moderne, mais à peine maquillées dans le contexte géo-politique de l’oeuvre. Il est vrai que l’on aurait pu s’attendre à davantage de subtilité de la part de l’auteur, mais l’ensemble est si qualitatif que ce petit défaut pâlit en comparaison.

Pas besoin d’en dire davantage, Wynd est, depuis la fin de Voro, l’une des meilleures séries jeunesse en cours !

***·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Campus

esat-west

Histoire complète en 128 pages, écrite par Jon Ellis, et dessinée par Hugo Petrus. Parution le 19/01/2022 aux Humanoïdes Associés.

bsic journalism

Merci aux Humanos pour leur confiance!

Amitiés et Fraternité

Wyatt et Jake se le sont juré, ils sont amis pour la vie. Rien de plus évident pour ces deux gamins, qui ont grandi ensemble et se connaissent par cœur. Malheureusement, un déménagement plus tard, les voilà séparés géographiquement, à plusieurs heures d’avion l’un de l’autre, après le départ de Jake. Mais l’amitié est la plus forte, et grâce aux nouvelles technologies, les deux garçons peuvent continuer à se voir et se parler, faisant fi de la distance qui les sépare.

Les années passent, et la distance va toutefois venir peser sur la relation de Jake et Wyatt. L’âge des premiers émois, le sport, le lycée, éloignent progressivement les deux amis, sans pour autant ternir l’affection qu’ils se portent. Ainsi va la vie !

Malgré tout, on peut dire que la vie finit par se rattraper. En effet, Wyatt apprend, au sortir du lycée, qu’il est admis dans la même université que Jake ! Des étoiles plein les yeux, empli des souvenirs de leur enfance heureuse et de leur indéfectible amitié, Wyatt se prépare à partir, mais un terrible accident va entacher cette douce euphorie… Lorsqu’il retrouve enfin Jake à la fac, Wyatt, désormais endeuillé, ne peut s’empêcher d’être désappointé. L’idée qu’il se faisait de leurs retrouvailles était sans doute exagérée, ou du moins teintée par son enthousiasme et par sa nostalgie.

Même si Jake est heureux de le retrouver, quelque chose a bel et bien changé dans leur relation. Les kilomètres auraient-ils finalement eu raison de leur amitié ? C’est ce que Wyatt finit par penser, seul dans la chambre universitaire, qu’il partage avec Jake. Lui qui aime se plonger des heures durant dans des jeux vidéos, constate avec amertume que son meilleur ami aime plutôt faire la fête. C’est à cette occasion que Jake, attiré par la séduisante Amber, va chercher à intégrer la fraternité Omega Zeta Nu, qui le soumet à des rites d’initiation et à un bizutage.

Or, si d’ordinaire les bizuts des fraternités doivent prouver leur valeur et leur loyauté grâce à beaucoup d’alcool et quelques humiliations, ici, à OZN, les choses semblent différentes, et pourraient même lorgner du côté du surnaturel. Wyatt parviendra-t-il à faire entendre raison à son ami, malgré la distance qui les sépare désormais ?

Sympathy for the campus

Jon Ellis nous plonge dans l’univers parfois controversé des fraternités américaines, ces entités composées d’étudiants, qui ont parfois fait parler d’elles suites à des drames. En effet, il est courant que les fraternités soient dénoncées, après les fameuses semaines d’intégration, pour des pratiques abusives telles que le bizutage, ou même des beuveries extrêmes qui tournent mal.

Bien évidemment, le scénariste travestit ici cette réalité au travers du fantastique et de l’occulte, puisqu’en guise de bizutage, les étudiants auront droit dans cette BD à un rituel démoniaque qui va échapper à leur contrôle. Cependant, l’aspect horrifique n’est là que pour mettre en lumière la relation entre Jake et Wyatt, afin d’illustrer le thème assez universel de l’amitié. C’est sûrement ce qui explique l’aspect très vague des règles liées à l’invocation des démons et à la possession, qui ne sont pas clairement définies ni trop expliquées au cours de l’album (sacrifices d’animaux, déroulement du rituel, hiérarchie des démons, etc).

Si l’exposition est soigneusement mise en place, on peut néanmoins relever un tant soit peu de répétition par la suite, et un troisième acte plutôt foutraque, mais généreux en émotion. La conclusion, quant à elle, est poignante, voire déchirante, et nous amène à nous questionner sur nos propres relations amicales.

Sur le plan graphique, Hugo Petrus fait un formidable travail de caractérisation grâce à des personnages reconnaissables, expressifs et fort bien designés.

note-calvin1
note-calvin1
note-calvin1
****·East & West·Jeunesse·Rapidos

La Cité sans nom #1: Menace sur l’empire Dao

Premier tome de 226 pages, écrit et dessiné par Faith Erin Hicks. Parution en France le 26/04/2017 aux éditions Rue de Sèvres.

Ma cité va couaquer

Le jeune Kaidu débarque dans la Cité aux mille noms, ou plutôt la Cité sans nom, baptisée ainsi en raison des nombreuses conquêtes dont elle a fait l’objet au cours des siècles. En effet, chaque conquérant a eu pour usage de lui donner son propre nom, si bien que la Cité et ses habitants ont fini par en oublier la dénomination originelle.

Kaidu fait partie du peuple Dao, régisseur actuel de la Cité. Empire autoritaire et martial, qui impose par la force sa vision d’un monde « cosmopolite », les Dao ne sont guère appréciés par les différentes peuplades qui composent la Cité. Kai y vient pour compléter son entraînement, mais aussi pour faire la connaissance de son père, qui vit dans la Cité depuis des années et espère trouver un équilibre entre Daos et habitants de la Cité.

Très vite, Kai se fait des ennemis parmi ses camarades de régiment, peu enclins à accepter dans leurs rangs ce jeune garçon doux et rêveur, qui n’a que faire des duels à l’épée et des Mawashi-geri. En explorant la ville, Kai fait la connaissance de Rate, une autochtone orpheline qui survit comme elle peut dans les rues. A la fois surpris et fasciné par l’agilité de la jeune fille, qui vole littéralement de toit en toit, Kai demande à Rate de l’initier à l’art du déplacement, en échange des victuailles dont elle manque cruellement. C’est le début d’une amitié qui aura des répercussions sur l’avenir même de la Cité.

Faith Erin Hicks est une artiste complète , qui a débuté sa carrière grâce aux webcomics, avant de réaliser des travaux chez Marvel et DC. Avec la Cité Sans Nom, elle renoue avec ses première amours en livrant un récit débridé dans un univers mêlant diverses architectures extrêmes orientales. Notre duo de protagonistes, Kai et Rate, fonctionnent sur la mécanique habituelle des « ennemis jurés », qui sont initialement défiants l’un envers l’autre pour ensuite apprendre à se découvrir et enfin apprécier leurs différences et devenir inséparables.

Cela n’a certes rien de surprenant mais conserve le mérite d’être efficace. Tout en introduisant peu à peu un contexte politique tendu et réaliste (une cité que se disputent plusieurs civilisations au cours des siècles, avec une dynamique oppresseurs/opprimés, ça ne rappelle rien à personne ?), l’auteur noue en parallèle sa relation amicale entre Kai et Rate, pour ensuite faire converger ces deux lignes narratives lors du troisième acte, montrant ainsi une maîtrise des codes narratifs et du storytelling.

Comme une majorité des dessinateurs issus du monde de l’animation, Faith Erin Hicks porte beaucoup d’attention au design des personnages ainsi qu’à leurs expressions. Les décors, pourtant grandioses, paraissent parfois un cran en dessous, alors que la Cité est en elle-même une part intégrante de l’histoire. Ceci est heureusement rattrapé par une magnifique mise en couleurs (signée Jordie Bellaire). Ce premier tome d’une trilogie est un excellent point d’entrée pour les amateurs d’univers asiatiques et les histoires traitant de tolérance en temps de guerre, d’amitiés et de passage à l’âge adulte.