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Lecture COVID: Les héros de la galaxie #1

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Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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Manga de Yoshiki Tanaka et Riu Fujisaki
Kurokawa (2018-), 8 tomes parus sur 17 (japon)

badge numeriqueMa première incursion dans l’univers des Héros de la galaxie remonte à l’arrivée du manga en France, à partir de la sortie du mythique film Akira, des premières publications des mangas par Glénat et des premières tentatives de diffusion de longs métrages animés au cinéma alors que le « dessin-animé » était encore connoté par le Club Dorothée et vu soit comme diffusions jeunesses soit incomprises lorsque arrivait Ken le survivant ou Cobra… A cette époque donc a été passé au ciné un film d’animation intitulé Les héros de la galaxie et présenté par les spécialistes comme un chef d’œuvre. J’y suis allé et me suis endormi, très déçu par une technique antédiluvienne au regard d’Akira (l’étalon de l’époque). Il s’agit en réalité de série de romans extrêmement populaire au japon et qui a donné lieu à un premier manga dans les années quatre-vingt, des OAV, jeux-vidéos  et films. Lorsque j’ai vu la parution de ce nouveau manga j’ai donc été surpris et renseignement pris ma curiosité a été attirée par cet univers rétro-futuriste de guerre stratégique spatiale. Si le film était raté le concept a du potentiel, surtout si le dessin suit. Et c’est le cas dans ce premier volume!

Cette introduction rapide nous pose le contexte tranquillement avec une narration descriptive et met en avant un sujet très présent dans les manga: les classes sociales. Cette réflexion est passionnante et l’on voit donc deux amis d’enfance rentrer à l’académie militaire de l’empire avec pour mission de monter les échelons militaires et renverser finalement l’empereur qui a pris la sœur du héros comme favorite de ses concubines. Dans cet univers à la société hyper-figée rien ne peut remettre en question l’ordre établi. En trame de fonds l’adversité entre cet empire et la République démocratique qui lui fait face, deux concepts de civilisation diamétralement opposés et dont les escarmouches vont structurer le récit. Le volume se lit d’une traite, progresse vite, pose déjà les bases permettant au lecteur de savoir où il embarque et présente un design très élégant. Une vraie réussite que je vais donc continuer sans faute et vous recommande!

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Ultralazer #2

BD du mercredi
BD de Maxence Henry , Pauline Giraud et Yvan Ducque
Delcourt (2020),  121 p. , série en cours, deux tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

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Magnifique couverture que celle de ce second tome de mon coup de cœur jeunesse de l’an dernier. Comme pour le premier volume, l’ouvrage comporte une carte de la planète Rok en intérieur de couverture, une planche de cartes à découper indiquant les caractéristiques de certaines pierres de pouvoir et la dernière page annonce le dernier volume à paraître l’an prochain. L’ouvrage est en format compact avec un titre en papier brillant. On retrouve également les icônes de bas de page indiquant l’utilisation possible de l’appli de l’éditeur pour du contenu augmenté. Travail éditorial nickel.

Après une victoire inespérée sur Topoï nos héros se sont retrouvés propulsés dans l’espace en direction de la planète aride Rok. Là ils découvrent que la problématique environnementale et la menace des hommes-oiseaux est commune à trois planètes et que Horb, désormais détenteur du pouvoir suprême va devoir se trouver de nouveaux alliés pour restaurer l’équilibre du roi des animaux…

Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"Allons droit au but: ce second volume de la saga écolo Ultralazer confirme en tout point la réussite du premier! En élargissant le champ (nouvelle planète, nouvel univers, nouveau contexte) les auteurs renouvellent les idées déjà excellentes de Horb et Bouko. L’immense réussite de cette série jeunesse c’est sa richesse dans un cadre simplifié pour pouvoir parler aux plus jeunes. Ainsi si les dessins sont à la fois simples, relativement plats, mais chatoyants de couleurs et de décors magnifiques et variés, la richesse des personnages, des design et des thématique se maintiennent à un très haut niveau.

Le trio ne se contente pas de reprendre les méchants du premier volume, ils conservent cette base rassurante pour les lecteurs et la complexifient avec une nouvelle interaction avec le seigneur de Rok (corrompu bien entendu). Dès les premières pages on nous explique que le roi des ultralazer_la_bd. 2 cases du tome 2 !  On avance doucement mais sûrement !  On se donne animaux n’est pas seul et que le peuple des hommes-oiseaux (reprenant la thématique SF classique du peuple destructeur d’un écosystème fragile) voyage de planète en planète pour les assécher à la recherche de pierres de pouvoir. La thématique écologiste de l’hyperexploitation de notre planète devrait ainsi parler très fort aux jeunes! Si l’arrivée dans la cité est un peu confuse scénaristiquement (l’histoire et le découpage avancent vite et l’on ne voit absolument pas passer les cent-ving pages!), on découvre bien vite que sous terre cohabitent avec la classe bourgeoise un Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"peuple d’exclu s’amusant dans des combats de gladiateurs. L’occasion de belles séquences d’action bien bourrines où l’on retrouve l’esprit manga déjà présent dans le tome un (comme cette séquence de repas très alléchant tout droit sortie de DragonBall..). Très équilibré, l’album introduit sur un premier tiers la problématique du roi des animaux fossilisé qu’il faut libérer, puis se prépare la révolte des opprimés dans un second tiers et la grande bataille finale sur le dernier tiers très ambitieux dans sa dramaturgie. Jamais l’on ne sent de manichéisme malgré l’approche jeunesse et c’est véritablement un plaisir de voir que l’on peut parler aux enfants sans les prendre pour des idiots. Si certains adultes pourront bloquer sur le type de dessins, le développement scénaristique n’a rien à envier aux grandes séries fantasy Soleil-Delcourt.

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La générosité émotionnelle, graphique et thématique est totale sur cet album d’auteurs qui semblent mettre tout leur amour de l’aventure et de la BD sans aucune retenue. Déjà marquante l’an dernier, la série Ultralazer se confirme comme La série BD jeunesse majeure depuis bien longtemps! Vivement l’an prochain.

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Le garçon-sorcière

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à douze ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Comic de Molly Knox Ostertag
Kinaye (2020), 210 p. premier volume de la trilogie.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

couv_385267Le garçon-sorcière est paru chez la maison d’édition américaine Scholastic (spécialisée en publications pédagogiques) en 2018 et suivi de La sorcière cachée et la sorcière de l’hiver fin 2019. L’ouvrage suit l’édition classique des ouvrages Kinaye, format broché, couverture à rabats, vernis sélectif, imprimé en Italie. Le tome deux est annoncé en quatrième de couverture et sur le deuxième rabat avec son résumé. Il s’ouvre sur un arbre généalogique (très utile!) de la famille d’Aster et se conclut sur une double page de recherches de personnages. A priori l’ouvrage a été publié en format one-shot, ce qui explique l’absence d’illustrations de chapitres. La couverture n’est pas la plus attirante que j’ai vu, c’est dommage.

Dans la famille d’Aster les filles apprennent la magie et les garçons se préparent à être des métamorphes, capables de se transformer sous la forme d’un esprit animal. Mais Aster n’est pas comme les autres. Il veut apprendre la magie et ne s’intéresse pas beaucoup aux jeux des garçons. Lorsqu’une menace issue du passé lointain de la famille ressurgit il va devoir assumer ses choix pour sauver ses proches…

Salut Talia. Aujourd’hui on va parler des aventures d’Aster, le garçon qui voulait être une sorcière. Peux-tu nous résumer rapidement cette histoire?

Résultat de recherche d'images pour "the boy witch ostertag"Il y a une grande famille qui a comme tradition que les filles deviennent des sorcières et les garçons des métamorphes. Aster n’arrive pas à trouver d’esprit animalier et préfère la sorcellerie. Il espionne les cours des filles et se fait virer… Du coup il prends des notes dans un carnet et essaye la magie. Au bout d’un moment ses cousins disparaissent et on ne sait pas pourquoi! Un esprit prend alors contact avec lui pour lui proposer de l’aider à condition qu’il ne dise rien à personne…

Est-ce que tu trouve sa famille sympa? Est-ce qu’ils l’aident?

Pas vraiment car il se fait gronder car il ne suit pas les règles. Sa mamie l’aide Résultat de recherche d'images pour "le garçon sorcière ostertag"discrètement.

Et Charlie? Pourquoi Aster aime aller la voir?

C’est une amie qu’il a rencontré et elle n’est pas sorcière et ne connaît rien à ce monde. Elle l’aide après que le démon l’a contacté et elle lui donne des conseils car elle n’est pas impliquée dans ce problème de sorcellerie. Elle n’est pas soumise aux mêmes secrets.

A ton avis pourquoi Aster ne se transforme pas?

Ce n’est pas sa faute, il est différent, comme son grand-père Mikasi. Celui-ci a mal tourné car il voulait mélanger magie et métamorphose et se famille l’a rejeté en le chassant.

Et toi tu préférerais être une sorcière ou un métamorphe?

Sorcière… sauf si on peut se métamorphoser en chat! La magie peut faire plein de choses et nous protéger alors que les métamorphes peuvent être blessé même s’ils sont forts.

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Merci Talia tu peux retourner étudier ton grimoire!


Voilà pour le retour des enfants… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Résultat de recherche d'images pour "the boy witch ostertag"Comme à leur habitude les éditions Kinaye nous ont encore dégoté un très intéressant album jeunesse d’une grande richesse thématique. Le titre m’avait fait attendre une histoire sur l’homosexualité… et ce n’est pas tout à fait ça puisque si la différence est bien au cœur de cette histoire, rien n’indique que le personnage principal est homosexuel. C’est simplement un garçon plus attiré par l’univers des filles. L’ouvrage porte plutôt sur les règles sociales et familiales imposées à un individu qui n’a pas vraiment le choix d’être qui il veut. La transposition dans un univers fantastique facilite l’approche pour les jeunes mais j’ai trouvé très subtile ce discours expliquant aux lecteurs qu’une famille peut être oppressante et ne pas laisser libre court à ses capacités personnelles, du fait de règles anciennes que personne ne remet en question et de secrets cachés. On découvrira ainsi avec Aster que cette famille d’apparence si soudée et organisée a des fissures niées ou inconnues. L’amitié avec Charlie, une personne « normale » va aider Aster à assumer ses choix. On pourra bien sur également voir dans le rite de passage et le refus d’Aster de se transformer une parabole sur le passage à la puberté avec la transformation des garçons en animaux (on se rapproche du très bon Coyotes sur ce plan). Tout cela est déroulé de façon fluide avec des dessins agréables, doux et assez peu de scènes dures. Le genre jeunesse est un genre difficile en ce qu’il doit associer simplicité d’approche et profondeur des thèmes qui doivent parler aux jeunes lecteurs. Le Garçon sorcière réussit sur tous ces plans et est donc particulièrement adapté à son lectorat. Ma fille a adoré!

A partir de 9 ans.

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Le Cercle du Dragon-Thé

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Comic de Katie O’neill
Bliss (2020) – Oni press (2017), 72p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Bliss pour cette découverte.

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La Fantasy ne rime pas nécessairement avec batailles dantesques ni lutte contre une idée absolue du Mal. Elle peut également se retrouver dans la magie qui imprègne nos relations avec les autres, ainsi que dans la façon dont nous percevons le monde qui nous entoure, fût-t-il réel ou imaginaire. C’est ce que nous découvrons en lisant Le Cercle du Dragon-Thé, album de 58 planches écrit et dessiné par Katie O’Neill en 2017 initialement en ligne, publié en France en février 2020 par les éditions Bliss.

Greta est une descendante des Gobelins, ce qui la prédestine au métier de ferronnière, qu’elle apprend sous la tutelle de sa mère. Cependant, au gré d’une rencontre avec Hesekiel, Greta va également se prendre de passion pour les Dragons-Thé, de mystérieuses et fragiles créatures produisant un thé aux propriétés mystiques. C’est ainsi qu’elle fera la rencontre de l’énigmatique Minette, marquant le début d’une relation forte qui transformera les deux jeunes filles.

La dessinatrice néo-zélandaise, récompensée pour cet album, déploie ici tout son talent grâce la simplicité de son trait, qu’elle marie à une palette de couleurs admirablement choisie. Ce graphisme très agréable destine donc l’œuvre à toutes les tranches d’âges, et se permet par conséquent grâce à de menus détails, un progressisme bienvenu.

En effet, l’ensemble des personnages possède des qualités androgynes, que ce soient les parents de Greta, l’héroïne elle-même ou encore les membres du cercle éponyme. Enchevêtrer ainsi les identités de genre au service d’une histoire optimiste m’a touché, donnant à l’ensemble de l’album un lyrisme discret et une universalité dont peu de récits peuvent se targuer.

Les thèmes invoqués par Le Cercle du Dragon-Thé reposent sur l’amitié et l’amour, la frontière entre les deux étant élégamment laissée à l’appréciation du lecteur. Katie O’Neill parvient à faire naître de forts sentiments entre ses protagonistes, et à embarquer le lecteur avec elle au fil des pages chaudes et colorées.

Il y a une mythologie sous-jacente dans l’album, sur laquelle repose l’univers du récit. Mais elle n’est ici qu’effleurée, puisque la part belle est laissée aux sentiments des personnages et à la poésie de l’ensemble. Néanmoins, le succès de la BD outre-Atlantique a entraîné la création d’un univers étendu, un jeu de cartes édité par Oni Games, par le biais duquel vous pourrez retrouver les fameux petits dragons domestiques.

Notez que l’album est agrémenté d’extraits du Guide des Dragons-Thé, sorte de bestiaire permettant d’en apprendre davantage sur eux.

 

 

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Jusqu’au dernier

BD du mercredi

BD de Jérôme Felix et Paul Gastine
Grand Angle (2019), 72 pages, one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

couv_374030L’édition de cet album est minimaliste (pour l’édition classique), avec pour unique bonus la couverture de l’édition luxe en dernière page. Le dossier presse très intéressant donne des infos très sympathique sur la création et la relation entre les deux auteurs ainsi que sur le boulot sur la couverture qui n’a pas été une mince affaire. La grosse pagination peut expliquer la réticence de l’éditeur à augmenter encore les frais mais c’est toujours dommage de ne pas proposer quelques prolongements sur les éditions classiques. Concernant la couverture je trouve qu’étrangement c’est loin d’être la plus intéressante et percutante qui a été retenue, tant sur une question de couleur que d’ambiance graphique. Outre la version classique ce sont donc trois versions qui sortiront: la collector grand-format avec un cahier graphique de huit pages environ et deux éditions de libraires (Slumberland et Bulle du mans). A noter enfin que les auteurs prolongeront l’aventure western avec un album intitulé A l’ombre des géants et semblant se dérouler dans la neige…

L’ère des cowboys touche à sa fin avec l’arrivée du train qui va rendre inutiles les longues transhumances à travers le continent. Russel le sait et il a préparé sa retraite. Mais lorsque le hasard met un gamin dans ses pattes il se retrouve pris dans un engrenage où la réalité cupide de son époque le rattrape et où la vengeance va le sommer de faire des choix violents…

Résultat de recherche d'images pour "jusqu'au dernier gastine"Je trouvais jusqu’ici l’année BD un peu faiblarde après la sortie du magnifique Nympheas noirs dès janvier… puis plus grand chose de très remarquable. La fin d’année étant propice aux grosses sorties, je n’attendais pourtant pas ce joyau de western classique qui montre que les grande genres (western, SF, fantastique) accouchent souvent des plus grands albums et que la différence entre un très bon album et un grand album tient à peu de choses. Jérôme Felix est un scénariste d’expérience avec quelques vingt ans de carrière derrière lui. On sent ainsi dans la solidité d’une intrigue mince comme un western ce savoir faire dans l’agencement des cases et de la narration. Tous les grands films du genre au cinéma l’ont montré, ce sont les atmosphères, les regards, les interactions qui distinguent ces mille et unes histoires similaires de vengeances. Ses personnages sont très solides dans Jusqu’au dernier et l’on ne sait jamais si la caractérisation tient au travail graphique phénoménal de son comparse, au sien ou aux deux… Le rôle du scénariste est toujours ingrat lorsque l’on a devant les yeux de telles planches qui nous incitent à oublier le travail amont pour ne voir que le jeu des acteurs.

Résultat de recherche d'images pour "jusqu'au dernier gastine"Car Paul Gastine est un sacré bosseur. Contrairement à d’autres virtuoses du dessin il n’est pas passé par les prestigieuses écoles Emile Cohl, les Gobelins ou les Arts décoratifs. Comme Ronan Toulhoat il part d’un dessin amateur pour devenir après quelques albums l’un des tout meilleurs dessinateurs en activité dans la BD franco-belge. Il suffit de voir l’évolution de son dessin entre le premier tome de sa précédente série l’Héritage du diable et ce western pour voir le chemin parcouru. Cela fait longtemps que je n’ai vu une telle qualité technique et artistique. Pourtant l’excellent Dimitri Armand nous a comblé avec son Texas Jack l’an dernier. Mais le travail de Gastine sur les visages, les regards (le cœur des westerns), la physionomie de chaque personnage qui semble vivre à chaque déformation du visage, à chaque geste sont sidérants de justesse. Certains dessinateurs Résultat de recherche d'images pour "paul gastine"travaillent à partir de véritables romans-photos redessinés. Ce n’est probablement pas le cas ici au vu de la technique (très classique) utilisée et pourtant l’on a l’impression à chaque case de voir une séquence de film. Ce trait réaliste est en outre rehaussé par un choix de couleurs extrêmement élégantes et adaptées au moment. Que ce soit sur ses décors (les mille et un petits détails comme cet effet de plongeon lors de la chute du pont) ou les « acteurs », le dessinateur a pris un plaisir perfectionniste manifeste.

Felix et Gastine ont produit avec Jusqu’au dernier leur chef d’œuvre classique, digne d’un Howard Hawkes, et il n’est pas dit qu’ils puissent rééditer cet exploit tant on approche de la perfection en BD. Ils le savent certainement. A partir de ce niveau il est dangereux de poursuivre sur la même piste au risque de se répéter (c’est le cas de Brugeas et Toulhoat dernièrement). Personnellement je partirais très volontiers sur un prochain western avec eux en attendant d’autres univers et vous invite très vivement à monter sur votre cheval direction Sundance…

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Et un aperçu de l’évolution du dessinateur entre le premier et le dernier tome de l’Héritage du diable

 

*****·BD·Nouveau !

Jazz Maynard #7: Live in Barcelona

BD de Raul et Roger
Dargaud (2019), 46 p. couleur. Série finie en 7 tomes.

couv_372120Il est vraiment dommage que Roger produise à chacun des albums des couvertures très peu engageantes pour qui n’aurait pas encore fait connaissance avec Jazz Maynard. Sa colorisation tout à fait dispensable écrase la puissance de ses dessins et la spécificité de l’exercice « couverture » lui échappe. Il se fait plaisir mais le rôle d’accroche de la couverture n’est pas rempli. Vraiment dommage et quand on voit la place du dernier tome de cette série d’exception dans les ventes d’albums cela confirme que la communication autour du cambrioleur trompettiste est bien en-deça de ce qu’elle devrait être…

Retour à El Raval pour Jazz et Téo après leur périple islandais. Là, dans la chaleur des nuits barcelonaises Jazz s’apprête à sortir son premier album… si son passé lui en laisse le temps. Car lorsque l’on est aussi de la rue il est difficile de s’en couper définitivement…

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"Ce Live in Barcelona est un Requiem. Un étonnant objet qui sonne comme le chant du cygne d’une série que ses auteurs n’ont pas vu évoluer et qu’ils n’ont pas su comment clôturer. Fermant en un one-shot trop court deux trilogies très différentes mais ô combien ébouriffantes il commence sur une note optimiste, sorte de tombé de rideau revenant au titre de la série et au nom d’un personnage que l’on n’a que trop peu vu jouer de l’instrument… avant de se précipiter en une poursuite mortifère. On y revoit des têtes familières, le commissaire, la clocharde, les grands-parents, mais trop vite, fugacement et sans lendemain. La question se pose alors dès l’étonnante dernière page: fallait-il ce dernier album? Ou plutôt ne fallait-il pas rester sur un rythme ternaire?

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"La puissance visuelle de ce dernier tome est au niveau de ses prédécesseurs, soit ce qui se fait de mieux en dessin actuellement. Personnellement je considère les albums de Jazz Maynard comme des Art-book dont je savoure chaque case. On ne peut guère critiquer un scénario cohérent, sombre et violent, comme la série. Cette histoire en deux temps (le repos du guerrier et l’appel de la vengeance) est logique au regard de la série. Il n’y a guère d’optimisme à El Raval, quartier gangréné par la corruption et la criminalité dont seul Jazz semblait s’être sorti. La fin également, si elle est extrêmement frustrante, ne peut être qualifiée de bâclée comme on le lira de-ci de-là. Non, je dirais plutôt que, comme le laissait entendre Raul dans l’intégrale NB les personnages et la série ont échappé aux auteurs, qui ont couru derrière ce lièvre sans trop savoir comment construire son histoire, un peu comme la rupture de cet album, imprévue, brutale donnant presque l’impression que l’on a raté plusieurs pages. Si la trilogie barcelonaise se tient, la suivante était étrange, avec une moitié flashback où l’on avait très envie de savoir comment Jazz avait acquis ses compétences incroyables et une enquête très noire mais un peu décalée. Avec ce Live in Barclona les auteurs avaient la possibilités de revenir à l’essence de leur envie et de laisser se reposer leur héros. Ils ont fait le choix du noir, de la nuit. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir…

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Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard roger ibanez live in barcelona"

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Space battle lunchtime #2

Rufus Stewart

Cette nouvelle rubrique vise à présenter un album jeunesse  en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Comic jeunesse de Natalie Riess
Kinaye (2019) – Oni press (2016), 120 p. couleur, volume 2/2

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour cette découverte.

Space Battle Lunchtime - Tome 2 : La recette du désastre par RiessL’ouvrage comporte quatre chapitres et quinze pages de bonus,avec des strips humoristiques, la reprise du concept du « et si… », une recette des cupcakes de Péony, des croquis, des esquisses des couvertures, une explication de la mise en couleur… très complet encore une fois pour plonger les jeunes dans la fabrication d’un album. et un dossier de fabrication qui intéressera les jeunes sur la conception d’un album. Côté fabrication, même couverture brochée avec rabats et vernis sélectif que sur le T1. Très belle édition colorée en format comics.

Péony a été enlevée et se retrouve sur le point de participer au terrible Cannibal Coliseum, le concurrent du Space Battle Lunchtime version combat à mort! Alors que ses amis se demandent pourquoi elle a renoncé à la finale de SBL, l’étrange Neptunia décide de partir à sa recherche…

Salut Talia! On arrive à la conclusion de cette histoire de cuisine spatiale. Tu avais fait des pronostics sur le tome 1, est-ce que ça s’est vérifié?

Résultat de recherche d'images pour "space battle lunchtime 2"Non! On a cru qu’elle ne pourrait pas participer à la finale. Mais elle est délivrée au dernier moment (mais la finale ne sera pas celle que l’on croit…)!

Les deux volumes me semblent très différents, le premier axé sur une compétition de cuisine, le second plus en bataille à mort dans le Coliseum. Qu’en penses-tu?

Dans le Coliseum soit tu es hachée menu soit tu hache menu! Moi je préfère le SBL par-ce qu’ils y font la cuisine et qu’on voit des ingrédients étranges. Mais la p’tite Magicorne est trop drôle avec son petit tablier, toute rose et son air gentil alors qu’elle veut découper tout le monde avec sa spatule.

Que peux-tu dire de l’évolution de la relation entre Péony et Neptunia?

Au début elles sont juste amies mais dans le deuxième tome elles sont amoureuses (homo-sexuelles) et s’embrassent.

Il y a beaucoup d’action dans ce volume, où on voit les capacités de Neptunia…

Je pense pas plus que dans le premier: on voit Péony et Neptunia travailler dans leur cuisine avec ces ingrédients bizarres, dans le tome deux quand elle va sauver Péony seule et défonce tout sur son passage!

La fin est inattendue, non?

Non, pas vraiment, je pense que Melonhead a tout manigancé depuis le début. Il est démoniaque! Il est assez faible mais très malin…


Résultat de recherche d'images pour "space battle lunchtime 2"Voilà pour le retour de la choupette… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Ce second volume est très différent, beaucoup plus action que le premier et je l’ai trouvé plus intéressant pour quelqu’un de pas super passionné par les émissions de cuisine. L’histoire se découpe en deux parties: la participation au Cannibal Coliseum avec la très drôle P’tite Magicorne (imaginez un Petit Poney aux yeux étoilés et… psychopathe!) et le retour surprise pour la finale du SBL où tout va aller de travers. La fuite de Péony est un peu en mode n’importe quoi (on retrouve l’esprit de Volcano Trash à ce moment) mais l’action défile et reste efficace. L’auteure arrive à nous surprendre à de nombreuses reprises et c’est ce qui rend ce volume supérieur au précédent. Si le méchant est repérable depuis le début et qu’on se doute qu’il est derrière l’enlèvement de Péony, ses actions sont toujours subtilement machiavéliques et manipulatrices? Du coup on ne peut se douter du déroulement de la finale (dans une sorte de moule géant et en apesanteur) et encore moins du vainqueur. Deux éléments sont également surprenants et bien vus dans un album jeunesse: un certain côté gore très drôle pendant le Cannibal Coliseum et l’histoire d’amour homosexuelle entre Péony et Neptunia. Souvent ce genre de thème est évoqué sous le couvert de la grande amitié. Ici un bisou langoureux ne laisse pas de doute. J’aime bien que l’on aborde des sujets très contemporains sans sourciller dans des ouvrages pour les enfants, qui sont généralement plus ouverts à la différence et l’inconnu que les grands. Ce n’est absolument pas un thème central mais un élément des relations entre personnages avec une approche tout à fait normale.

Ce diptyque se termine de manière très sympa

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Garbage night

Rufus Stewart

Cette rubrique propose une lecture/critique croisée parent-enfant sur un album jeunesse.

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Comic jeunesse de Jen Lee
Kinaye (2019) – Nobrow (2017), 98 p. couleur, one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour cette découverte!

album-cover-large-38922L’ouvrage est composé de Garbage Night et de la préquelle « Vacancy« … proposée à la fin de l’histoire (…  alors qu’il a été publié originalement en amont). Pas de bonus. Service minimum donc, avec la maquette désormais habituelle de Kinaye (couverture à rabat avec vernis sélectif).

Dans un monde déserté par les humains, trois amis animaux parcourent des villes abandonnées à la recherche de nourriture. Lorsqu’ils rencontrent Barnaby ils croient avoir trouvé le leader né qui les aidera à trouver un coin plus serein. Mais bien vite l’équilibre de l’amitié dans le groupe est menacé par ce nouveau venu…

Salut Talia, est-ce que tu peux nous résumer ta nouvelle lecture Garbage Night?

Ça parle d’un chien, un raton-laveur et un rêne qui quittent leur maison pour chercher à manger, par-ce que la ville a été désertée par les humains. Ils veulent aller à la ville d’à-côté et croisent Barnaby (un chien) qui dit connaître le chemin. Au début Cliff le raton-laveur et Reynard se méfient mais Simon le chien lui fait entièrement confiance. Mais on finit par comprendre que Barnaby essaye de se débarrasser des deux amis pour garder seulement Simon avec lui…

Qu’est-ce qui t’a intéressé dans cet album?

C’est rare les histoires avec uniquement des animaux, d’habitude ils sont mélangés aux humains ou bien il n’y a que des humains. Ça parle de personnes qui ont faim mais qui ne trouvent pas à manger, ce sont des démunis. Je n’ai jamais lu d’histoire de gens comme ça et j’ai trouvé ça original.

Que peux-tu me dire des relations entre les personnages?

Barnaby n’aime pas Cliff et Reynard par-ce que ce qui l’intéresse c’est d’avoir avec lui Simon qui est plus fort et courageux par-ce que c’est un chien. Il a déjà combattu des coyotes et Barnaby n’en a jamais affronté. Il respecte la force et ne veut pas s’encombrer d’animaux qui ne lui servent pas.

Simon est donc le héros? Comment est-ce qu’il réagit?

Non, ce sont Cliff, Reynard et Simon. Au début Simon pense que ses amis se méfient pour rien mais au final il voit que Barnaby est un menteur: il était prêt à se débarrasser de ses amis quand ils sont tombés dans le trou. Quand il a compris que Simon était fidèle à ses amis il décide de partir.

Et pour finir comment as-tu trouvé les dessins?

J’ai bien aimé les couleurs, elles sont originales, un mélange de vif, de foncé et de clair. J’aime bien le dessin des personnages. Ils sont à la fois réalistes et dessin-animé. Il y a une ambiance un peu triste et on a pitié d’eux.

 


Comme d’habitude, après l’avis de la principale intéressée, voilà mon avis sérieux de papa concerné…:

Image associéeJ’ai trouvé cet album étonnamment mature pour un ouvrage jeunesse. L’autrice, américaine, est freelance et a travaillé dans le design, ce qui se ressent fortement à la fois quand au trait, à la gestion de la profondeur et aux motifs de colorisation. Ses images sont à la fois très schématiques, ce qui se prête à de la BD jeunesse et assez techniques et lisibles. J’ai notamment beaucoup aimé les arrières-plans désolés, emplis d’herbes et de feuilles, d’architectures abîmées par l’abandon. C’est très plat mais l’espace est bien géré dans l’action.

Résultat de recherche d'images pour "garbage night lee"Surtout, l’ai été assez impressionné par le fait de proposer une histoire post-apo s’inscrivant totalement dans ce genre de la SF, souvent sombre voir désespéré, mais clairement destinée aux jeunes. Un peu comme pur Volcano Trash je trouve très chouette cette sorte d’initiation via le prisme des relations « humaines », la gestion compliquée des relations avec les amis et les personnes charismatiques, dans un contexte hostile. La peur irrationnelle et le danger sont notamment très bien rendus. Comme dans toute histoire post-apo c’est le changement, le vide qui crée une ambiance de tension. L’album est du reste relativement calme mais si on peut commencer à le lire à partir de 8 ans me semble t’il, je conseille une lecture partagée jusqu’à 10-11 ans pour atténuer cette pesanteur. Le scénario très verbeux permet cependant de garder le lecteur concentré sur ses personnages et de ne pas trop « regarder derrière le rideau »… Une très bonne surprise qui fait plaisir car la BD jeunesse est souvent gentillette ou inintéressante pour un adulte, ce qui n’est pas le cas. Garbage Night est un album exigeant qui ouvre sur un univers inhabituel pour les enfants et reste accessible pour parents comme enfants, ce qui est assez rare.

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***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Space battle lunchtime #1

Rufus Stewart

Nouvelle rubrique sur le blog avec l’envie de parler d’albums destinés à la jeunesse et surtout d’en parler avec des kids, à savoir mes enfants! La rubrique sera en work in progress au début pour trouver la bonne formule (je ne suis pas encore esclavagiste et comme le blog ne rapporte rien je n’oblige pas mes enfants à rédiger des billets…). L’idée étant de donner à la fois mon avis d’adulte et l’avis d’un lecteur jeune je vais commencer par un format question réponse. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Comic jeunesse de Natalie Riess
Kinaye (2019) – Oni press (2016), 120 p. couleur, volume 1/2

Space-battle lunchtime a été lu dans le cadre d’un Mass critique spécial de Résultat de recherche d'images pour "babelio"et je les remercie de cet envoi. Vous trouverez ce billet sur le site de Babélio ici.

couv_360367L’ouvrage comporte quatre chapitres et dix pages de bonus, dont un descriptif des personnages et un dossier de fabrication qui intéressera les jeunes sur la conception d’un album. Couverture brochée avec rabats et vernis sélectif. Très belle édition colorée en format comics.

Péony tient une pâtisserie sur Terre. Un jour elle voit débarquer une étrange grenouille humanoïde qui lui propose de participer à un concours de cuisine… Mais pas n’importe lequel: devenir la meilleure chef au Space battle Lunchtime, le plus populaire des show de cuisine télévisés de la galaxie! Transportée instantanément sur une station spatiale elle va vite constater que les rivalités entre les extra-terrestres participants va transformer ce concours en une course d’obstacles…

Salut Talia, tu viens de lire Space Battle Lunchtime, est-ce que ça t’a plus?

Résultat de recherche d'images pour "space battle lunchtime"Oui, c’était drôle et j’ai bien aimé l’idée du concours bizarre avec des ingrédients « beurk » ou immangeables comme cette pierre avec laquelle il faut faire des gâteaux! Les personnages extra-terrestres ont des têtes étranges, ça les rends rigolo…

Est-ce que tu connais les émissions de cuisine à la TV?

-Non, je n’ai jamais entendu parler de ce genre d’émissions. Par contre j’adore cuisiner!

Et parle-moi de l’intrigue…

Péony ne connaît personne quand elle arrive sur la station-studio de TV. Elle doit remplacer au dernier moment une concurrente mystérieusement disparue… Elle découvre des instruments compliqués à utiliser mais finit par s’en sortir avec l’aide du caméraman. Mais Melonhead est toujours là pour saboter les préparations!

C’est le méchant?

Oui, il avait perdu un tournoi avant et veut se venger. Maintenant il est prêt à tout pour gagner le concours. Du coup il triche tout le temps et sabote les ingrédients et les ustensiles.

Donc le Space Battle Lunchtime se joue entre Péony et Melonhead?

Résultat de recherche d'images pour "space battle lunchtime ries"Non, il y a aussi Neptunia qui devient plus tard l’amie de Péony. Je l’aime bien car elle est sérieuse et mystérieuse. Péony ne la connaît pas bien au début, Neptunia est méfiante, mais Péony lui fait goûter ses cupcakes et elles se retrouvent obligées de travailler ensemble sur une manche du concours.

 

Tu as envie de lire la suite?

Oui. Je pense qu’ils vont choisir deux concurrents ex-aequo et que ce sera Péony et Neptunia! Mais j’espère que Cherisa et Péony vont revenir après leur disparition…


Voilà pour le retour de la choupette… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Résultat de recherche d'images pour "space battle lunchtime"La structure de l’album est très simple, avec une entrée en matière immédiate puisqu’il suffit de quelques pages pour démarrer le show. J’ai été surpris que Péony ne soit pas plus perturbée que cela de l’étrangeté dans laquelle elle est transportée, mais visiblement cela ne chagrine pas les jeunes lecteurs… On a donc plusieurs séquences du concours où chaque fois un concurrent est éliminé, jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un. Outre l’univers hyper coloré et farfelu (on a en fin d’album une version « crustacés » des personnages!), on a progressivement une complexification de l’histoire, avec l’interaction entre Péony et Neptunia (qui ne semble pas commode) qui se développe grâce à l’empathie de l’humaine, mais aussi des mystères comme ce cameraman qui semble amoureux d’elle et les infos sur cet atroce concours cannibale parallèle où les concurrents sont dévorés… Je ne suis absolument pas intéressé par ce genre de Show TV mais pour un album jeunesse le côté tournoi progressif (ce qui marche dans Dragon Ball par exemple) avec plein de personnages bons et méchants fonctionne très bien. Les dessins sont correctes, les couleurs très vives et le découpage, sans être fou, se permet des effets en mode dessin-animé très sympa. Au final, si on n’est pas surpris du déroulement, on a hâte de connaître le fin mot de cette histoire, notamment grâce à un cliffhanger particulièrement redoutable!

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*****·BD·Mercredi BD

Cinq branches de coton noir

BD du mercredi
BD Yves Sente et Steve Cuzor
Air Libre (2018), 176 p. One shot.

couv_315505Air libre (Dupuis) fait partie des éditeurs aux petits oignons qui outre le fait de publier peu mais bon, fabriquent de très jolis one-shots à grosses paginations et maquette fort élégante (Nymphea noir c’est eux, mais aussi les premiers Lepage, Gibrat ou Qui a tué Wild Bill de Hermann!). Ici la couverture, si elle rend hommage aux magnifiques encrages de Steve Cuzor, ne m’avait pas du tout attrapé à sa sortie il y a un an. Jolie mais peu efficace. A l’intérieur le récit est découpé entre un prologue et plusieurs parties séparées par une page de garde ornée d’un médaillon magnifiquement illustré d’un portrait d’un des personnages. Comme je le reproche souvent dans les romans graphiques classieux en franco-belge (chez Air Libre donc, mais aussi chez Signé-Lombard par exemple), on n’a pas encore pris l’habitude des bonus de création, ce qui est bien dommage… Trois tirages limités ont été édités dont un en n&b.

A la veille du Débarquement trois soldats noirs américains se morfondent à faire le ménage dans une base anglaise. La ségrégation n’a pas encore permis aux afro-américains de participer aux combats… Pourtant il va bientôt leur être proposé une mission suicide: rapporter au pays une relique, le premier drapeau de l’Union que l’histoire a fait atterrir en Allemagne nazie…

Résultat de recherche d'images pour "cinq branches de coton noir"Cet album est assez impressionnant. Montrant deux auteurs inspirés et en pleine possession de leur talent, il nous embarque dans une odyssée comme seul le cinéma sait nous y transporter. Car c’est bien un film qu’a réalisé Yves Sente avec son acolyte Cuzor comme chef opérateur et directeur photo. On dit souvent que les meilleurs scénarios sont les plus simple, c’est le cas ici. Le pitch de départ donne ne ton en alliant Histoire nationale américaine, mythologie de la seconde guerre mondiale et drame de la ségrégation. L’humain, la morale, l’héroïsme et l’Histoire se confrontent dans ce trio de soldats incroyablement caractérisés, si bien qu’après seulement quelques cases ils nous sont déjà familiers et comme rarement dans les BD on craint pour leurs vies.

Le travail graphique de Steve Cuzor est sur ce plan remarquable. Avec une technique hachurée il détaille les visages de ses personnages de façon que l’on ne doute jamais, de près comme de loin de leur identité. On distingue vaguement l’influence morphologique de certains acteurs américains (Denzel Washington? Forrest Whitaker?…). Très lisibles, ses planches virent à mesure que le récit avance vers de plus en plus d’abstraction, comme pour nous montrer la sortie du monde des vivants lorsque ces héros s’enfoncent dans l’hiver ardennais pourchassés par les forces du Mal… C’est juste magnifique, probablement le plus beau travail de Cuzor jusqu’ici. Son dessin en noir et blanc est rehaussé d’aplats par le coloriste Meephe Versaevel avec un réel apport. Les lieux et les époques sont ainsi définie par la couleur monochrome et seule la dernière planche, tragique, revient dans la polychromie comme pour rejoindre le réel de l’Amérique contemporaine.

Résultat de recherche d'images pour "cinq branches de coton noir"L’on ne saurait dire si c’est le dessin ou le scénario qui impressionne le plus dans Cinq branches de coton noir. Avec son passé d’éditeur, Yves Sente parvient mine de rien à construire une bibliographie assez impressionnante par la qualité de ses histoires, du Comte Skarbek (avec Rosinski) aux très bonnes histoires de la reprise Blake et Mortimer. Ici il propose un travail à la fois sérieux, imprégné par des thématiques difficiles en même temps qu’épique, dans une transposition réussie des récits militaires que le cinéma a allègrement documenté. Le cœur de son histoire, du début à la fin, porte sur la situation des noirs américains. Depuis la partie au XVIII° siècle et l’apparition de ce premier drapeau à la place des soldats tout n’est qu’injustice. Image associéeSes héros ne se plaignent pas pour autant. Ils sont des battants, se donnant les moyens de leurs ambitions sans courber l’échine. L’enjeu de cette histoire extraordinaire est alors de savoir si l’héroïsme peut renverser le cours de l’histoire…

Portée par le souffle de l’épopée et de personnages puissants, Cinq branches de coton noir est un album presque parfait tant il allie (pour le trait comme pour le texte) technique et élégance, efficacité et expérimentation. Un magnifique album, une pièce de choix dans la collection déjà très joliment garnie d’Air Libre et assurément un livre que tout amateur de BD se doit de lire.

 

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