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Les chroniques d’Atlantide #1: Eoden, le guerrier

Premier tome de la série écrite et dessinée par Stefano Martino. Parution chez Glénat le 30/03/22.

Si l’Atlantide m’était contée

L’Atlantide est un royaume prospère, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il est tranquille. En effet, comme toute civilisation qui l’aura suivie au fil des siècles, elle ne peut avoir bâtie son opulence et sa magnificence que sur les cendres de la guerre, notamment celle qui a couté son bras à Eoden.

Le guerrier mutilé, dont le corps sculpté sur les champs de bataille et encore aussi robuste que son esprit, s’est exilé sur une île lointaine au Sud, pour échapper au tumulte des cités et gérer son traumatisme. Eoden a laissé derrière lui la gloire des combats mais aussi son frère Leoden, qui fut couronné roi, aux côtés de Leyon, la femme dont Eoden est amoureux depuis toujours.

Alors qu’il profite de sa retraite, Eoden voit un jour débarquer un ancien compagnon d’armes, qui lui révèle de que Leoden est depuis longtemps sous la coupe de Hak-Na, un sorcier fourbe qui prêche une obscure religion, et dont les manigances, saupoudrées d’épices psychoactives, embrument l’esprit du jeune roi et menacent l’intégrité de l’Atlantide.

Toutefois, rien n’a moins d’intérêt aux yeux d’Eoden que le sort de l’Atlantide. En effet, lui qui a tout donné pour sa patrie n’a aujourd’hui pour elle qu’un regard amer, mais lorsque son ami mentionne le nom de Leyon, et le danger qui la guette aux mains de Hak-Na, le sang du guerrier ne fait qu’un tour. Il décide alors de se mettre en selle pour parler à son frère et tenter de le ramener à la raison. Les obstacles seront nombreux, à commencer par les hommes d’Hak-Na qui sont partout, prêts à se débarrasser de tout ce qui gênerait leur maître. Sans oublier Leoden, qui, poussé au bord de la folie par le vil prêtre, voit des ennemis partout et pourrait bien se retourner contre son frère.

Conan l’amoureux

Déjà connu pour des séries telles que La Geste des Chevaliers Dragons, Les Forêts d’Opale, ou encore Ghost War, Stefano Martino prend pour la première fois les rênes intégrale d’un projet, en tant que scénariste et dessinateur.

A première vue, l’auteur s’appuie, pour son premier galop d’essai, sur des références solides qu’il manie avec une certaine habileté. Nous avons un univers anachronique basé sur différents mythes, notamment celui de l’Atlantide, ce qui engendre un cadre fantasy mâtiné de péplum.

Eoden, le protagoniste de ce tome, est un personnage qui évite l’écueil de l’unidimensionnalité. Blessé physiquement, il porte aussi des stigmates psychologiques qui en font un personnage attachant, assez loin des stéréotypes invinciblement badass que le genre a pu produire. Son retour après des années d’exil permet au lecteur d’adopter son point de vue avec facilité, et rend l’exposition plus fluide, car nous découvrons en même temps que lui les changements qui se sont produits durant son absence.

L’immersion dans ce premier tome est donc très effective, de même que la dynamique entre les différents personnages. Le triangle amoureux, bien qu’encore balbutiant, est écrit avec tact et ajoute un souffle romantique à l’ensemble. Pour le reste de l’intrigue, on n’évite pas un certain classicisme, avec présentation du méchant sorcier et de la galerie d’antagonistes, mais l’ensemble est suffisamment bien orchestré pour conserver son intérêt.

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Seven to Eternity #4

East and west

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Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2022), Ed US Image comics (2021), série achevée en  tomes.

Dans sa crainte de voir disparaître le Roi fange et sa seule chance d’atteindre les Sources synonyme de survie Adam a commis l’irréparable: la cité volante est tombée, sa population décimée. Mourant, il dépend désormais de la Proposition de Garils et va bientôt découvrir la réalité du mythe des sources de Zhal, cette fiction attirant tous les malades du monde en quête de la vie éternelle. mais pour obtenir le précieux don, Adam ne pourra plus se cacher. Alors que le Puits des âmes tombe sous la corruption du marais, le dernier Osidis devra décider à qui va sa fidélité: à son clan, au Roi Fange… ou à lui-même?

Seven to Eternity -4- Les sources de ZhalOn l’aura attendue cette conclusion d’une des plus importantes séries fantasy de ces dernières années. Les grands œuvres prennent souvent du temps (il aura fallu seize ans pour Servitude), après une absence temporaire d’Opena sur le second tome il s’est écoulé trois années entre le tome trois et ce dernier. La bonne nouvelle c’est que la conclusion est à la hauteur de cette magistrale odyssée dans la psyché des héros complexes et du doute moral.

La source de Seven to eternity réside dans la tragédie grecque, posant des dilemmes moraux insolubles au héros sur des questions de morale personnelle et de fidélité familiale. Le héros tragique Adam Osidis doit décider entre son envie de vivre pour ne pas perdre ses enfants, son héritage paternel grandiose (et les conséquences des liens entre le Roi Fange et Zebediah qui se prolongeront jusqu’au dénouement terrible), le doute permanent qu’insinue Garils dans son esprit et son rôle de héros devant sauver le peuple de l’emprise du Roi…

Seven to Eternity (tome 4) - (Jerome Opeña / Rick Remender) - Heroic  Fantasy-Magie [BDNET.COM]Comme sur les précédents albums Rick Remender institue une unité de lieu et une action centrée sur le duo fondamental (le héros/le méchant). Si Adam a accepté la proposition de Garils, il reste convaincu que sa force morale lui permettra d’accomplir sa mission seul (au mépris des règles du jeu), en libérant Zhal du Roi. Mais à force de rompre les barrières il sème les graines du désordre et de la destruction. La continuité de l’intrigue est à ce titre incroyable d’intelligence et de cohérence. Chez Remender tout est subtile, rien n’est prévisible, tout trouve sa logique finale, sans facilité. La conclusion peut être heureuse (au risque de la facilité), tragique (plus rare mais au risque de la frustration), ou simplement logique. On le sait il n’y a rien de plus difficile que de conclure une histoire, surtout lorsque son itinéraire semble mener inéluctablement vers une conclusion. Faites confiance à ce grand scénariste pour vous surprendre et vous bouleverser en instillant toujours ce qu’il faut de pathos familial pour créer du drame. C’était le cœur de Low (dont la conclusion arrive le mois prochain!) et c’est surtout le cœur des personnages de l’auteur qui donnent toute cette force, son compère toujours monstrueux graphiquement s’occupant de créer un bestiaire et des décors monumentaux, sans faute de gout, délivrant au lecteur patient les visions fantastiques en cinémascope qu’il attend.

Seven to Eternity #15 | Image ComicsS’il est revenu à des projets plus grand public et plus mineurs (Death or glory ou plus récemment son Scumbag), Rick Remender reste à l’heure actuelle pour moi le plus qualitatif des scénaristes indé aux Etats-Unis. Moins intello qu’un Hickman, moins inégal qu’un Millar, il offre une approche toute européenne en proposant des projets extrêmement ambitieux tant graphiquement que scénaristiquement, en se donnant le temps d’aboutir hors des carcans éditoriaux du comics. Savourons cette série (dont l’intégrale sort dès cette fin d’année chez Urban, en plus des traditionnelles versions NB permettant de profiter des superbes planches brutes de Jerome Opena), il n’est pas dit que de tels miracles se reproduisent de si tôt.

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Les 5 terres #8

La BD!
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BD de David Chauvel, Jerome Lereculey et collectif
Delcourt (2021), 56p., série en cours, 1 cycle achevé, 2 tomes parus sur le second cycle
Série prévue en 5×6 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Le premier tome du second cycle de la série évènement des trois dernières années m’avait laissé dans un intérêt poli. Ce second devait permettre de vraiment relancer la machine et retrouver la diablerie scénaristique d’Angléon. Malheureusement, si le cliffhanger du précédent permettait d’espérer un peu de rebondissements, on Les 5 terres T8 : Plus morte que morte (0), bd chez Delcourt de Lewelyn,  Lereculey, Martinosse retrouve ici avec plusieurs intrigues croisées qui poursuivent tranquillement leur chemin sans grands contrecoups (avec même l’histoire de la quête archéologique qui tourne littéralement en rond) et avec une linéarité qui fait plus que surprendre. Avec l’intelligence constatée depuis six tomes on ne peut envisager que les auteurs aient réellement perdu leur cap et on attend donc toujours de comprendre où ils nous mènent. A ce stade on ne peut faire que des conjectures en anticipant des intrigues longues qui se croisent ou un incident majeur capable de survenir à tout moment avec une volonté de varier les rythmes entre les cycles. Malheureusement l’idée intéressante de garder une atmosphère vaporeuse qui sied à l’âme orientale ne permet pas d’accrocher le lecteur, qui cherche toujours un enjeu majeur, un personnage réellement charismatique et tout simplement un drame. Keona semble être ce vecteur qui nous rattache à la politique, mais cela reste bien ténu. Il est vivement temps que les auteurs se réveillent car on est déjà retombé dans un classicisme assez banal de la fantasy made in Delcourt. De qualité mais éculée.

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Dans le ventre du dragon #1: Udo

Premier tome de 54 pages d’une trilogie écrite par Mathieu Gabella, dessinée par Christophe Swal et mise en couleurs par Simon Champelovier. Parution chez Glénat le 23/02/2022.

L’aventure intérieure

Il y a bien des siècles, le héros Siegfried terrassa le dragon Fafnir, armé de son courage et de son épée. Mais cette victoire, dit-on, eut un prix. Tenté par les vaines promesses de la créature, Siegfried conclut un marché avec elle, promettant de l’épargner en échange d’un grand pouvoir qui le rendrait invincible face aux dragons.

Siegfried n’avait semble-t-il pas lu toutes les histoires qui nous mettent en garde contre les voeux que l’on est tenté de faire, si bien que son souhait s’est retourné contre lui d’une cruelle façon. Sous l’influence de la magie de Fafnir, Siegfried est bien devenu invincible face aux dragons, mais ce pouvoir l’a transformé en escogriffe difforme et s’est transmis depuis à tous ses descendants, qui sont de facto devenus de redoutables chasseurs.

Udo Von Winkelried use lui aussi de ce don familial pour perpétuer la tradition. Un beau jour, il est convié au château d’un certain Phylogène d’Esquamate, un savant qui consacre son temps à l’étude des dragons comme l’avaient fait ses parents. Ce dernier a un plan dont l’ambition est inversement proportionnelle aux chances de succès. Aidé de Wei, un pirate chinois capable de dresser les petits dragons, Phylogène compte traquer le plus grand de tous les dragons marins jamais répertorié. Comme la cuirasse de ce monstre est quasi impénétrable, l’équipe devra le tuer de l’intérieur, et donc, se faire avaler au préalable. Face à la perspective de terrasser un tel ennemi, et séduit par la promesse de montagnes d’or issues de la dépouille, Udo s’embarque lui aussi pour cette périlleuse mission. Mais c’est bien connu, aucun plan ne survit au contact de l’ennemi…

Swallowed Whole

Le dragon est une figure mythique incontournable, présente dans de nombreuses cultures et porteuse de symboles très divers. En occident, le dragon représente plus généralement des forces obscures et chtoniennes, des pulsions mortifères et négatives combattues par de vertueux héros. Empruntant leur caractéristiques aux reptiles ils ont marqué l’imaginaire jusqu’à aujourd’hui, et ce n’est visiblement pas près de s’arrêter.

Dans l’univers imaginé par Mathieu Gabella, les dragons sont métamorphes, et leur corps produit toutes sortes de matières précieuses, comme des joyaux en guise d’excréments, ou une mue qui se change en or. L’avidité dont on affuble généralement les dragons a donc changé de camp, puisque ces créatures féroces et agressives sont traquées pour les richesses que leur capture promet aux hommes. L’auteur prend donc son temps pour distiller toutes les informations nécessaires à la bonne exposition de son intrigue, pour introduire tous ses concepts et ses personnages principaux.

Règle n°1 du héros nordique: Toujours se fier aux promesses de pouvoirs faites par un reptile géant.

On aurait pu s’imaginer au premier abord que l’intrigue aurait la même structure qu’un film de casse (un caper en anglais), qui commencerait par le recrutement de l’équipe, la préparation du plan puis son exécution, avec la partie consacrée à l’improvisation ou à la révélation d’éléments connus des personnages mais pas du lecteur et qui expliqueraient le succès final de l’opération (structure typique des films Ocean’s Eleven/Twelve etc). Ici, l’auteur semble prendre une autre voie, et démarre son premier tome avec le plan déjà établi, et l’équipe quasiment réunie à l’exception d’Udo, et se ménage de la place pour des flash back qui viennent enrichir le passé du protagoniste, dépeignant l’effet de la malédiction de Siegfried sur ses descendants. Puis, une fois la mission lancée, l’auteur nous emmène dans les entrailles de ce Léviathan et nous conduit de surprise en surprise, promettant en fin d’album une aventure épique mais éloignée des codes du récit de braquage.

On ne peut donc s’empêcher de penser à des récits tels que Jonas et la Baleine dans l’Ancien Testament, qui semble être l’exemple le plus ancien de ce type de ressort dramatique (si l’on excepte Cronos et ses enfants dans la mythologie grecque, nulle mention n’y étant faite du point de vue des olympiens à l’intérieur du Titan, alors que l’épreuve de Jonas est décrite de son point de vue après qu’il ait été avalé), ou encore le film l’Aventure intérieure, où le héros explore un corps…de l’intérieur.

L’album est de bonne facture, tant narrativement que graphiquement, on attend donc la suite prévue pour le mois de mai 2022.

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Les songes du Roi Griffu #1: Le Fils de l’Hiver

Premier tome de 66 pages, de la série écrite par Cyrielle Blaire, dessinée par Maïlis Colombié, et mise en couleurs par Drac. Parution chez Delcourt le 19/01/2022. Lecture conseillée à partir de 12 ans.

(Ne Jamais) Suivre la Grande Ourse

Pellah et Owein vivent modestement avec leurs parents, au service d’un seigneur perché dans sa haute tour. Les forêts environnantes font l’objet de nombreuses rumeurs, mais pour Owein, ces légendes sont vraies. En effet, au cours d’une ballade avec sa soeur, le jeune garçon aperçoit un homme capable de se transformer en ours (ou l’inverse ?), et se met en tête de le capturer pour pouvoir réaliser son rêve, intégrer la garde du Roi, qui est friand de ces plantigrades, et ainsi devenir riche.

Malheureusement, leur excursion tourne mal et Pellah est emportée par l’ours gigantesque, qui disparaît avec sa proie sans laisser de trace. Les mois et les années passent, l’espérance se mue en deuil pour Owein et ses parents. Le garçon grandit et se met au service du Roi, découvrant ainsi qu’une guerre a jadis opposé le peuple de Leoden à celui du roi Griffu, dont on dit qu’il était dépositaire d’une puissante magie. Après la chute du roi Griffu, la magie s’est estompée et a disparu des mémoires, reléguées aux légendes et aux rumeurs. Mais la haine du peuple du roi Griffu est demeurée vivace, raison pour laquelle les soldats du Roi Leoden les traquent encore dans les bois.

Owein, qui est persuadé que sa sœur est toujours en vie, doit alors débuter sa quête et vaincre les ennemis du roi pour prouver a valeur. Mais évidemment, les choses sont beaucoup plus compliquées qu’il n’y paraît.

Le pitch et l’ambiance concoctés par la scénariste Cyrielle Blaire apparaissent d’emblée comme très classiques. Nous avons un héros, sympathique et attachant, d’autant plus attachant qu’il est issu d’une classe populaire et modeste. Son objectif est simple, accessible et compréhensible, retrouver sa sœur, disparue par sa faute. Et pour compléter sa quête, le héros va devoir s’accomplir en affrontant des monstres, gagnant progressivement en expérience pour devenir le héros que l’on espère.

L’auteure introduit toutefois une dose de nuance bienvenue, en évitant le piège du manichéisme. Les luttes de pouvoirs et les guerres qui secouent ce royaume de Medieval Fantasy sont pour le moment intrigantes et donnent envie d’en lire davantage. Sans révolutionner le genre, Les Songes du Roi Griffu apportent un vent de fraîcheur dans la genre et promet de belles aventures en perspectives.

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Scurry #2

Comic de Mac Smith

Delcourt (2022), 2/3 tomes parus.

Publication papier suite à la parution en webcomic.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur fidélité.

Wix continue sa quête pour sauver son amie enlevée par un corbeau. Cela va l’emmener bien loin de sa zone de chasse. Confronté aux énormes bêtes sauvages qui renvoient les chats à l’état de gentille peluche, il va découvrir le royaume des Castors, îlot préservant la vie des petits rongeurs mais menacé par un poison invisible…

Si le premier épisode de cette sublime aventure animalière laissait un peu dans l’expectative, ce second clarifie tout de suite les choses: oui Mac Smith nous propose bien une grande aventure pleine de traîtres, de rois fous et de prédateurs géants qui vont demander tout l’héroïsme du monde à nous deux souris! Un peu sur la réserve dans son introduction engoncée dans les débats politiques et le huis-clos de la maison, l’auteur ouvre ici les vannes du grand périple, appuyé sur la carte du monde qui aide le lecteur à suivre le parcours des protagonistes. ALL-NEW X-MEN HS 2 : DEADPOOL V GAMBIT | UniversComics : Le Mag'Avec une intrigue simple et linéaire, Scurry vous mène sur des rails dont le vernis animalier sur un schéma de quête fantasy apporte une vraie originalité. Comme dit précédemment on reste dans une structure Disney mais débarrassé de ses atours enfantins. Ici les animaux sont inquiétants, féroces, on saigne et le monde vu à hauteur de souris est très très menaçant… Comme toujours la galerie de personnages structure le récit et son intérêt et en la matière l’album est fort généreux: horde de souris sauvages timbrées par-ci, colosse Orignal par-là, armée de castors rigoureux et faux-frère de Grimma langue de serpent dans l’antre du roi, on n’a pas le temps de souffler entre deux attaques de loups et de serpent. La fin du tome laisse espérer une once de fantastique alors que la quête de Wix se rapproche d’une quête arthurienne et on en redemande. Tant mieux, l’éditeur Delcourt a choisi de conclure la chose dès le mois prochain! Vive Scurry!

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Une histoire de voleurs et de trolls #3: le doigt de la sorcière

La BD!
BD de Ken Broeders
Drakoo (2022), 55p./album, série finie en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

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Pour sa conclusion (avec trois tomes en un an) de sa série parue en 2019 en Belgique, Ken Broeders s’affirme comme un auteur sur lequel il faudra compter dans les années à venir. Un peu comme le duo allemand qui avait su renouveler un genre archi-éculé (l’apocalypse zombie) dans Gung-Ho le belge aura non seulement Une histoire de voleurs et de trolls -3- Le doigt de la sorcièreproposé une aventure haute en couleur avec voyage entre les mondes et mille créatures très graphiques mais aura également créé un personnage que l’on espère retrouver bien vite dans des aventures solo. Ce Delric, magnifique anti-héros qui rappelle par moment un Han Solo dans avec ses airs de faux égoïste est une vraie réussite qui restera jusqu’au bout un peu en retrait mais dont chaque intervention est marquée d’éclats dans les dialogues ou dans l’action.

Car si la maîtrise graphique de Broeders est l’évidence qui marquera le plus vite le lecteur, il est surtout un excellent conteur d’histoires dont la liberté de la jeunesse jaillit à chaque invention. Un peu perturbé par une progression inhabituelle entre les trois tomes, le lecteur constatera que le grand final, immense bataille magique pleine de feux d’artifice, de blagues de sale driftwereld 3 een verhaal over een heks - moors magazinegosse et de morceaux de bravoure donne toute satisfaction en concluant (chose loin d’être systématique en BD…) toutes ses pistes ouvertes et notamment l’origine de cette mystérieuse sorcière après laquelle on court depuis le premier volume. Emmené avec les personnages dans un roller-coaster magique qui nous balade entre fées, élémentaux et mondes parallèles, on se laisse prendre dans un voyage plein d’originalité, comme des enfants, avec les yeux qui brillent. Les aventures aussi jolies, aussi loin des canons du genre et aussi maîtrisées ne sont finalement pas légion et placent cette Histoire de voleurs et de trolls comme une des pépites du catalogue Drakoo que je vous invite vivement à découvrir.

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Furioso #1: Garalt est revenu

Premier tome du diptyque écrit par Philippe Pelaez et dessiné par Laval NG. Parution chez Drakoo le 06/04/22.

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Geste brusque

Les lecteurs réguliers du blog connaissent désormais notre appétence pour la fantasy et les récits inspirés de la geste arthurienne. Avec Fusioso, nous avons ici une adaptation graphique d’Orlando Furioso, le Roland Furieux du poète italien L’Arioste, qui fait suite au poème chevaleresque Roland Amoureux. Écrit au 16e siècle, le Roland Furieux est un long poème composé de 46 chants, qui est considéré aujourd’hui comme une inspiration majeure du genre heroic fantasy.

Rendu fou par l’amour non réciproque qu’il voue à la princesse Angélique, Roland, le neveu du Roi Kaarl (Charlemagne) se jette à corps perdu dans la guerre contre les Morts (les Maures dans la version originale), et au cours d’une bataille, tue Garalt (Roger). Garalt, outre son charme ténébreux, était considéré comme le meilleur chevalier au monde, un guerrier invincible. Rangé du coté des Morts, sa défaite des mains de Roland a marqué un tournant décisif dans la guerre, poussant Roland dans uns spirale de violence toujours plus cruelle.

Huit hivers après sa disparition, Garalt revient d’entre les morts, sous l’influence de la fée Alcyna, qui espérait gagner ainsi le cœur du vaillant guerrier. Mais ce dernier n’a d’yeux que pour Bradamante, la farouche guerrière qui est aussi la mère de son enfant, et va, sous couvert d’une fausse identité, participer en même temps qu’elle à la grande joute pour pouvoir l’approcher. Et pendant ce temps, évidemment, la fée Morgane complote pour renvoyer Garalt dans l’Outre-Monde, en attisant la folie de Roland et sa haine de Garalt.

Depuis la création de la maison d’édition Drakoo, son directeur artistique Arleston ne s’est pas privé d’agrémenter son catalogue avec des propositions rappelant les grandes heures des éditions Soleil, dont il était l’un des piliers. Le genre de la fantasy n’est donc pas étranger à Drakoo, qui nous a servi plusieurs incursions plus ou moins inspirées dans ce genre pléthorique.

Cependant, si l’on pouvait reprocher aux dernières sorties (je pense notamment à Danthrakon ou Démonistes) de singer trop grossièrement le style « Lanfeust« , ici, le fait que ce soit l’adaptation d’une œuvre littéraire aide à ancrer l’histoire dans un cadre moins bouffonesque et plus sombre. L’album bénéficie bien évidemment de l’écriture impeccable et exigeante de Philippe Pelaez, qui parvient sans mal à redonner du corps au poème italien.

Malheureusement, malgré sa qualité, l’album semble souffrir du syndrome « Valérian », je m’explique. Valérian et Laureline est un classique de la BD Franco-Belge, créée en 1967 par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Précurseurs de la SF, les auteurs ont imaginé un univers cosmopolite qui a inspiré de nombreux auteurs, Georges Lucas en tête. L’influence de Valérian et Laureline fut telle que lorsque la BD fut adaptée au cinéma, ce qui en faisait un œuvre visionnaire à l’époque de sa sortie s’était dilué dans toutes les autres œuvres qui s’en étaient inspiré depuis lors (à noter qu’il s’est produit un phénomène similaire entre Seinfield et les sitcoms américaines). Le film a donc été un échec, car certainement perçu comme « pas assez original », voire « pompé sur Star Wars ».

Dans le cas qui nous intéresse, adapter directement un récit ancien qui a influencé les auteurs modernes autour d’un genre particulier donne nécessairement lieu à un sentiment de déjà-vu. Garalt ? On ne peut s’empêcher de penser à Geralt de Riv, le héros de The Witcher. Les intrigues politiques ? Game of Thrones. Vous l’avez compris, c’est le syndrome Valérian.

Le style si particulier de Philippe Pelaez trouvera ses admirateurs dans son exigence et sa maîtrise stylistique indéniable, déjà vue récemment sur Enfer pour aube, mais d’autres pourront trouver la narration par trop sophistiquée. On ne pourra cependant pas lui reprocher de chercher à transcrire une œuvre classique dans une BD fantasy. Car le projet, modeste dans sa tomaison heureusement, vise un certain classicisme où l’on retrouve le très qualitatif dessinateur d’Alter dans une technique qui emprunte cette fois autant à Mezière qu’à Druillet, dans leur aspect le plus foisonnant… jusque dans une mise en couleur un peu old school et qui écrase sans doute la finesse des planches. Si l’intrigue classique ne surprend guère, l’imagination graphique de l’artiste impressionne et montre une passion et une implication importante sur ce projet où l’on retrouve un syncrétisme mythologique allant chercher en Bretagne, dans la Geste chrétienne comme en scandinavie.

Au final on retrouve dans cette adaptation (accompagnée par un descriptif universitaire de la source pour les lecteurs les plus pointilleux) toutes les qualités d’un scénaristes qui a démontré depuis plusieurs albums sa qualité et son implication. Il permet à son compère de sublimer un matériau certes éculé mais que les plus habitués à la fantasy sauront apprécier dans son univers référentiel très important. C’est ce qu’on attend d’une bonne adaptation, non?

Billet écrit à 4 mains par Blondin et Dahaka.

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Les Contrées de l’Elphyne

Histoire complète en 128 pages, écrite et dessinée par Michael Walsh. Parution en France le 16/03/2022 chez les Humanoïdes Associés. Lecture envisageable à partir de 8-10 ans.

Merci aux Humanos pour leur confiance!

Vers l’infini et dans l’au-delà

Ben, Lynn, et Beth Oates sont à un tournant de leur vie. Suite au licenciement de leur mère, l’adelphie se voit contrainte de déménager de l’Ontario pour retourner vivre à Newfoundland chez leur grand-mère. Ils y retrouvent ainsi la maison familiale et de nombreux souvenirs, mais également Jen, leur cousine orpheline depuis le décès de l’oncle Mike.

A peine sont-ils arrivés de leur long périple que Beth, la benjamine, disparaît mystérieusement dans les bois. Les sentiments de culpabilité et d’impuissance poussent Ben, puis Lynn, à vouloir participer à leur façon aux recherches. Ainsi, le duo s’aventure dans les bois à son tour, muni d’une lampe torche, d’une épée en bois et du pendentif de Saint-Christophe offert par la Grand-Mère, et c’est là que les choses basculent. En effet, Beth a bien été enlevée, par une créature magique qui rôdait dans la forêt, et qui l’a emmenée dans un monde surnaturel nommé l’Elphyne. Ben et Lynn vont alors être guidés par Elsy, habitante de l’Elphyne, pour sauver cette étrange contrée et ramener leur petite sœur.

Les deux enfants vont alors découvrir que tout ce que l’on rapporte du monde matériel obtient des propriétés magiques en Elphyne, ce qui va leur permettre d’affronter toutes sortes d’épreuves, comme affronter un dragon, des crabes fous et finalement, l’entité maléfique qui a projeté le royaume tout entier dans les ténèbres.

Influences et inspirations

Autant le reconnaître d’emblée, Les Contrées de l’Elphyne est un très bon album. A première vue cependant, on peut vite déceler des influences qui peuvent laisser craindre un manque d’originalité. En effet, une fratrie endeuillée voyageant par accident dans un monde fantastique peuplé de créatures féériques vous rappellera certainement quelque chose, et on peut même aller chercher du côté de Peter Jackson pour l’aspect traitement du deuil et influence du monde réel sur le monde fantastique et l’au-delà.

Néanmoins, le travail de Michael Walsh conserve bien une patte toute personnelle, tant dans la construction de l’aventure que dans son final riche en émotions et en poésie. On y trouve une fraîcheur dans les dialogues, une naïveté dans les dessins qui donnent sans cesse envie de tourner la page pour lire la suite. La richesse de l’album ne vient d’ailleurs pas que du traitement de l’action et de l’émotion liée aux personnages, elle vient également des thématiques abordées, telles que le deuil familial et les peurs infantiles liées aux traumatismes.

S’agissant de l’album en lui-même, on ne peut qu’affirmer que c’est un bel objet, d’abord par le format, la couverture colorée et le gaufrage argenté sur le titre. Un bon et gros coup de cœur !

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Frieren #1-2

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Manga de Kanehito Yamada et Tsukasa Abe
Ki-oon (2022) – Shogakukan (2020), 208p., série en cours, 2/6 volumes parus

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bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Après une quête qui dura des années, l’elfe Frieren et ses compagnons d’arme rentrent victorieux: le roi des démons a été vaincus. Une nouvelle ère de paix s’ouvre sur le Royaume. Pourtant la condition de quasi-immortelle de Frieren la rend hermétique aux évènements de ce monde, sa relation au temps et aux autres est différente. Bientôt elle voit partir ses amis rattrapés par le temps des mortels. Que va t’elle faire du reste de sa vie?

Frieren (tome 1) - (Tsukasa Abe / Kanehito Yamada) - Shonen [LA PARENTHÈSE,  une librairie du réseau Canal BD]Pour la sortie de cette série qui propose une approche novatrice de la fantasy, l’éditeur Ki-oon a mis le paquet. Outre l’assez habituelle sortie simultanée des deux premiers volumes, certains ont pu voir passer sur les réseaux sociaux un impressionnant kit presse dont vous pouvez avoir un aperçu sur des vidéos unboxing. Outre ce que vous y voyez, s’ajoute carrément un médaillon métal et un petit art-book très joli. Je ne reviendrais pas sur le très intéressant débat sur le rôle des « influenceurs » et des kit presse que l’Apprenti Otaku a lancé (vous pouvez lire ça sur son blog et je vous invite à y participer). A titre personnel je m’interroge toujours sur l’intérêt de ces kits certes très créatifs mais qui, en série très limitée et non vendus, ne touchent qu’une très faible minorité de lecteurs et laissent la place à une indécente spéculation lors d’inévitables reventes jouant sur la frustration. Comme sur la BD il est toujours préférable de sortir en simultané plusieurs versions d’un album, y compris des tirages très limités luxueux qui trouveront toujours des fana très heureux de débourser de grosses sommes. Par exemple l’édition Tirage de tête très luxueuse de la très alléchante République du Crâne est à 179€. C’est fréquent en BD et les éditeurs manga pourraient sans risque proposer de tels kits (probablement pour des sommes inférieures).

Frieren est un shonen s’approchant du seinen de part son approche féminine et relationnelle du personnage principal, en visant le lectorat cible du shonen soit environ 10-12 ans. Graphiquement le trait des personnages est assez élégant et certaines cases laissent entrevoir un dessin encré très précis qui frustre un peu au regard de l’ensemble des deux premiers volumes. Ces derniers subissent ce que l’on voit fréquemment en manga, une impression qui semble trop légère, laissant des traits presque estompés, comme usée, affaiblissent le dessin. Les arrière-plans sont eux assez basiques, très rectilignes et industriels, utilisant des textures certes de qualité mais qui là encore n’aident pas à habiller les pages. Il ressort de ces pages une impression un peu vaporeuse, peut-être recherchée car elle correspond tout à fait à l’atmosphère générale de la série.

Frieren -1- Volume 1Sur la première page on nous explique ainsi que la Quête est achevée et l’objet de la série sera de suivre cette elfe millénaire qui voit passer les siècles lentement, comme un spectateur extérieur alors que les humains qui l’entourent vieillissent, aiment, souffrent,… Rapidement séparée de ses compagnons d’armes, elle va se retrouver malgré elle associée à des apprentis qui la forceront à s’impliquer dans leur formation et dans une nouvelle quête vers le royaume des Démons. L’aspect émotionnelle est le plus intéressant dans Frieren, en imaginant ce qu’un tel être pouvait ressentir alors que les risques de la vie ne sont pas les mêmes que ceux d’un humain.

Au croisement du Dernier des Dieux (pour la déconstruction), de la Quête de l’Oiseau du Temps (pour l’apprentissage) et de Carbone & Silicium ou Origin (pour le témoin immortel), ce manga revêt un aspect philosophique au travers d’une narration très lente, contemplative, jouant sur le stoïcisme de son personnage. Si l’ensemble est assez froid le manga réussit parfaitement à nous faire ressentir la distance de l’elfe vis à vis du monde et cette envie de comprendre ce qui fait les humains. Un peu d’action point en fin de second volume et permet de dynamiser un peu le tout qui sinon nous implique peu. L’équilibre est ténu pour les auteurs mais l’on saisit bien ce qu’ils visent et pour peu qu’ils rythment un peu plus leur récit Frieren revêt un intérêt certain et sort indéniablement des pelletées d’histoires de fantasy.

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