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L’Ogre Lion #2: Les trois lions

La BD!

bsic journalism

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance!

Nous avions laissé le roi-lion déchu et amnésique Kgosi se diriger vers un shaman susceptible de l’aider dans sa quête de mémoire et de rédemption. Le second tome de L’ogre lion enchaine donc directement dans la cabane du sorcier pour un volume qui est construit très intelligemment comme un flashback sur les origines du lion et de son démon allié, l’écorché Bakham Tyholi. C’est la grande surprise de ce second tome (prévu en trois…?) où l’on n’attendait pas autant de révélations de sitôt, l’épisode précédent étant présenté sur une base simple envisageant des révélations progressives. Un risque aussi, probablement calculé au vu du format en trilogie et qui déséquilibre un peu l’aspect fantasy-barbare du titre puisque l’on perd sur la plus grosse partie du tome l’équilibre remarquable de la petite trouve formée par le lion et ses amis.

On sort ainsi de cette aventure au fait des responsabilités de Ngosi dans la mort de ses enfants, du rôle de son frère qui apparaissait comme le traitre à la fin du précédent épisode, et des origines du démon cornu. Avec ce parti pris inhabituel il est incontestable que le lecteur aura bien avancé dans l’intrigue, intéressante, centrée sur la tyrannie féline contre les herbivores, qui développe le thème du racisme sous la forme d’une parabole animalière. Fort impliqué dans son projet (au point de délaisser l’attendu second tome du très réussi Amazing Grace avec Aurélien Ducoudray), Bruno Bessadi dispose d’une intrigue politique détaillée autour de différents peuples (notamment un mystérieux peuple simien) et il n’est pas du tout impossible au vu du développement, du plaisir manifeste de l’auteur dans le travail de son projet et du potentiel que la trilogie s’élargisse dans quelque chose de plus ambitieux.

Si l’album marque une petite faute de gout – qui confirme les questionnements de Dahaka sur la chronique du premier tome concernant le type de public visé entre le grand public et la barbarie hyboréenne – lorsque l’impitoyable démon incarné Bakham Tyholi devient sensible aux amitiés des vivants, on n’a que peu de choses à reprocher à un album qui respire l’implication, la confiance et le professionnalisme. Bessadi croit en son grand œuvre et il n’est pas impossible qu’il le tienne au vu des qualités qu’il a montré jusqu’ici, suffisamment pour entrainer le public avec lui en tout cas dans ce qui est aujourd’hui un des tous meilleurs titres du catalogue Drakoo.

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Les 5 terres #9

La BD!
 
BD de David Chauvel, Jerome Lereculey et collectif
Delcourt (2022), 56p., série en cours, 1 cycle achevé, 3 tomes parus sur le second cycle
Série prévue en 5×6 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Lorsque l’on referme cette mi-temps de la seconde saison des 5 Terres on peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Le plein c’est le constat que le second épisode a marqué un surplace inutile qui a créé de l’inquiétude en empêchant le rythme de s’installer. Le vide c’est qu’hormis le potentiellement cataclysmique cliffhanger du texte final on reste dans de la petite histoire qui peine à faire des cahots mafieux du clan du Sistre un équivalent des Peaky Blinders…

Les 5 Terres tome 9 - "Ton Rire Intérieur" - Bubble BD, Comics et MangasCar après avoir fait une croix sur l’hypothèse d’intrigue politique à la Cour de Lys on a désormais compris que ce cycle visait à développer les arcanes des mafias du monde des singes, dans une variation du monde de Scorsese ou des films policiers. On accroche avec certains personnages comme le commissaire Shin que l’on lie volontiers avec les forfaits des clans. Beaucoup moins avec les amours blessées de Kéona au Château, qui font allègrement bailler, et jusqu’à la chute de ce tome donc, on attendait plutôt la disparition définitive des archéologues à la recherche de leur Cité. Mais tout l’art des scénariste de cet immense projet c’est de tisser des liens pour plus tard. Au risque de se tirer une balle dans le pied en temporisant trop par peur de reproduire le cycle infernal si addictif du premier cycle.

Ce troisième tome permet donc de refermer certaines portes bien trop longtemps laissées entrouvertes (on ne sait pourquoi) et de solidifier la stature de certains personnages dont cette Alissa dont on a jusqu’ici le plus grand mal à faire notre héroïne. Heureusement les fils commencent à se relier autour du conflit mafieux avec un élargissement salutaire de l’univers de ce cycle qui donne beaucoup de possibilités dans les relations « politiques » du Sistre. On semble reprendre pied donc, encore loin du stress d’Angléon mais avec bien plus d’intérêt que la crainte dans laquelle le second opus nous avait laissé. Haut les cœurs, la passion n’est plus vraiment là mais rien n’est perdu, en un basculement la bande à Chauvel peut ramener soudain ces 5 Terres au niveau qu’elles ont quitté. Et cette mystérieuse Cité de Barkhane pourrait bien être ce basculement qui aura un peu trop tardé… suite en février prochain…

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Dans le ventre du Dragon #2: Xiu

Second tome de 46 planches de la série écrite par Mathieu Gabella et dessinée par Christophe Swal. Parution chez Glénat le 11 mai 2022.

50 personnes Inside

Dans le précédent tome, nous faisions la connaissance d’Udo, chasseur de dragons de son état, de Phylogène, savant spécialiste de ces reptiles magiques, et de Wei, pirate chinois avide de richesses et de pouvoir. Poussé par l’appât du gain, le petit groupe a eu la brillante idée de chasser le plus gros dragon jamais répertorié, qui écume les océans mais ne remonte que rarement à la surface. En effet, les dragons produisent toutes sortes de richesses, notamment de l’or, et plus gros est le lézard, plus haute sera la montagne d’or.

Nos aventuriers ont eu exactement ce qu’ils voulaient: embarqués dans un submersible fait maison, ils ont été avalés, perdant Wei au passage. Mais le pirate avait secrètement emmené sa soeur, Xiu, capable de maîtriser le dragon qui leur sert de monture. Ce qu’ils trouvent au sein de la titanesque créature défie l’imagination: une ville entière, des structures architecturales cyclopéennes, et des dragons à ne plus savoir qu’en faire. Et, plus surprenant encore, des humains, bien décidés à protéger leur hôte de ces chasseurs impromptus.

L’univers bâti par Mathieu Gabella nécessitait dans le premier tome une exposition conséquente: la nature et les capacités spéciales des dragons, le passé nébuleux du protagoniste, et la mise en place de l’intrigue étaient gourmands en pagination. L’auteur prend le parti d’explorer en flash-back le passé de son nouveau personnage, ce qui est susceptible de casser le rythme de l’intrigue, tout en nous donnant l’impression que le cœur du récit n’est pas encore atteint.

Néanmoins, ces flash-back ne sont pas gratuits pour autant, puisqu’ils prolongent l’exposition, notamment par rapport aux dragons et à leur intentions véritables. Le reste se déroule plutôt tranquillement, avec quelques sursauts dus à des révélations ou retournements de situation que l’auteur a gardé dans sa manche. Le concept de base, à savoir l’exploration d’un monstre par l’intérieur, est aussi exploité de façon constante, bien qu’il n’y ait pas encore de trouvaille choc (un dragon géant jouant le rôle d’alpha pour son espèce a déjà été exploité).

En bref, une suite correcte pour un récit d’aventure bien méné.

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Avatar, le dernier maître de l’air #2: Recherche

Second volume de la série initiée en 2013 chez Dark Horse, publication en France chez Hachette le 17/08/2022. Gene Luen Yang au scénario, Gurihiru au dessin.

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Merci aux  éditions Robinson pour leur confiance.

Mamaoutai

Après avoir œuvré pour la paix, Aang et Zuko partent à la recherche d’Ursa, la mère de Zuko qui a disparu de façon inexpliquée il y a des années. Dans le premier tome, le jeune seigneur de la Nation du Feu s’aperçut qu’un monarque ne peut régner correctement que s’il est équilibré, ce qui dans son cas signifie qu’il doit renouer avec ses racines et comprendre pourquoi sa mère a choisi l’exil.

Cependant, cette quête aura un prix pour Zuko: s’allier avec Azula, sa soeur sadique et psychotique, dont la cruauté n’a d’égale que sa dangerosité. Qu’à cela ne tienne, Zuko est déterminé, d’autant plus qu’il peut compter sur le soutien sans faille de son ami Aang, l’Avatar, ainsi que de Katara et Sokka.

Leur quête va les mener au cœur d’une forêt magique, au sein de laquelle les secrets de famille de Zuko seront peu à peu révélés.

Après un départ en grande pompe, le comic book adapté de la série animée poursuit son exploration des personnages, une nouvelle fois avec talent. Cette fois, l’intrigue sera plus intimiste, et moins centrée sur les conflits entre les quatre nations. Le focus sera donc naturellement mis sur Zuko, qui est, soit dit en passant, le personnage le mieux écrit de la série et qui bénéficie du meilleur arc narratif.

Le thème central est donc la famille, avec ce qu’elle porte de complications et de déchirements, mais aussi sur la sérénité et la force que l’on retire d’avoir une famille équilibrée et aimante, ce dont Zuko n’a malheureusement pas bénéficié mais qu’il peut atteindre s’il s’en donne la peine. Le tout est encore une fois très bien écrit, même si on aurait apprécié que l’auteur insiste davantage sur le fait que Zuko s’est aussi construit une famille sous le forme du clan Aang.

Le lien de Zuko avec sa sœur Azula est aussi au centre de l’intrigue, cette dernière nourrissant une forte rancœur envers son frère à cause des machinations de leur père. Là encore, cette relation houleuse est une illustration du thème central, en ce sens que l’un fait preuve de résilience et tente de se réconcilier avec son passé, tandis que l’autre blâme son frère et sa mère disparue de tous les maux qui frappent son existence.

En bref, ce second volume est à lire si vous avez aimé la série animée, car il en constitue la prolongation adéquate à de nombreux égards.

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The Ex-People

Premier tome de 74 pages d’une série écrite par Stephen Desberg et dessinée par Alexander Utkin. Parution chez Grand-Angle le 31/08/22.

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Ex-traordinaires

En 1271, soit 20 ans avant la fin des croisades, la cité de Jérusalem voit un groupe hétéroclite d’étranges individus traverser ses portes. Un grand dadais enchâssé dans une armure trop petite, une archère, un nain acariâtre, une fille en cendres, un cheval, un chat et un oiseau, voilà de quoi attirer l’attention sur ces pèlerins hors-normes.

Après s’être débarrassés d’une troupe de brigands, les pèlerins arrivent enfin à destination: une église dissimulée dans une impasse, où les sept énergumènes espèrent monnayer non seulement le salut de leurs âmes, mais également leur résurrection. Car ces êtres ne sont pas de simples pèlerins, vous l’aurez deviné: ce sont des âmes en perdition, des spectres dont la mort, parfois stupide, parfois abjecte, ne leur a pas permis de rejoindre l’au-delà.

Comment cet aréopage de revenants s’est-il constitué ? Qu’espèrent-ils vraiment à travers cette quête d’une seconde chance ? C’est que ce premier tome va nous faire découvrir.

On ne présente plus le scénariste belge Stephen Desberg. Auteur de séries comme I.R.S, Le Scorpion, ou plus récemment Écoline, il a aussi été capable de nous décevoir, puis de nous intriguer. Son idée phare sur cet album, à savoir des fantômes souhaitant retrouver leur intégrité physique, fonctionne globalement, mais l’on aurait aimé que l’accent soit davantage mis sur les difformités des protagonistes, ainsi que sur la malédiction que constitue leur condition. En l’état, j’ai trouvé que leur situation manquait d’urgence, voire de nécessité pour certains.

En effet, pour l’archère, le cheval ou le guerrier nain, on a du mal à concevoir le besoin impérieux de retrouver leur intégrité physique, puisqu’ils peuvent toujours interagir avec le monde qui les entoure, sans qu’un handicap particulier ne soit mis en lumière. En parallèle de ce problème, l’auteur semble également nébuleux quant au concept de fantômes dans l’univers qu’il a créé: comment devient-on un fantôme spécifiquement ? Y-a-t-il des conditions strictes ? Si tous les fantômes peuvent interagir avec le monde matériel, alors qu’est-ce qui les distingue précisément du commun des mortels ? On peut certes constater que Gertrude, la sorcière carbonisée, possède certaines aptitudes en lien avec sa mort, mais pour le reste cela demeure imprécis.

Si l’auteur conserve ces éléments pour le second tome, cela risque également de causer du souci, puisque l’on sait, bien sûr, que tout élément d’exposition qui intervient après le premier acte a tendance à casser le rythme global de l’histoire. Épineux casse-tête, donc.

On s’aperçoit donc que, comme dans son précédent album Movie Ghosts, Stephen Desberg rechigne à explorer plus avant et trancher avec plus de précision les règles relatives à sa prémisse surnaturelle. Néanmoins, on suit avec beaucoup de plaisir les pérégrinations (c’est le cas de le dire) de nos sept fantômes, qui sont, grâce à ce premier tome, tous attachants. Le tout n’est pas dépourvu d’humour, chaque péripétie convoquant quelque chose d’absurde ou décalé.

Côté graphique, ceux qui ont lu et apprécié Le Roi des Oiseaux et La Princesse Guerrière seront ravis de retrouver Alexander Utkin aux pinceaux. Son trait épais et ses contours naïfs sont en parfaite harmonie avec le ton de l’histoire, les couleurs vives sont parfaitement maîtrisées, ce qui transcende les planches pour leur conférer un cachet particulier, comme sorties d’un film d’animation.

Grâce à l’harmonie entre le dessin d’Utkin et le ton de l’histoire imaginée par Desberg, ça vaut un 4 Calvin et demi, le cinquième aurait surgi si les contours surnaturels avaient été mieux définis. Peut-être un coup de cœur sur le second tome !

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Hurlevent #2/3

La BD!
BD de Fred Duval, Nicolas Créty et Jerome Maffre (coul.).
Delcourt (2022), 46p., Série prévue en 3 tomes.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

Malheureusement les défauts constatées sur le premier tome de cette trilogie s’avèrent en réalité des lacunes originelles d’un projet mal ficelé et ce qui titillait l’intérêt s’évapore ici sous les coups de cette menace magique que sont les enfants du magma. Les projets ratés de Fred Duval ne sont pas légion mais l’auteur est sans doute victime soit d’un début de tarissement soit d’une trop grande profusion de projets comme son confrère JD. Morvan par exemple.

Enfants du magma (Les) (par Stéphane Créty, Fred Duval et Jérôme Maffre)  TomeLe worldbuilding, le personnage du noble déchu devenu médecin en mode docteur-justice, le design très châtié ainsi qu’une forme de mystère autour de cette chasse à l’animal sacré étaient autant d’éléments positifs qui permettaient d’attendre d’en savoir plus. La, dans ce second tome, en plus d’une couverture vraiment pas inspirée, la narration explose entre plusieurs groupes qui se retrouvent à parcourir le continent hostile sans que l’on n’entende plus parler du chantier, sans qu’aucun des groupes ne voit son objectif, le tout poursuivi par ces éruptions magmatiques qui fleurent bon le gros deus ex machina jamais préparé, jamais expliqué, jamais intéressant. Les quelques points mis en place volent littéralement en éclat et l’ouverture sur la Capitale et le roi semblent balancés au lecteur sans motivation aucune. On n’a donc plus grand chose à laquelle s’accrocher, les évènements et relations prolongeant simplement ce qui était en place sans apport nouveau et l’on s’ennuie assez ferme sous des tons assez ternes qui ne permettent même pas de profiter des très beaux paysages. Certaines séries sont longues à démarrer, certaines demandent des réglages, Hurlevent semble juste être un projet sans objectif, qui fait quelque peu penser à un autre ratage de Duval, la série Nevada.

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Alamandër #1: Mystère à la tour de l’horloge

Premier tome de 62 pages de la série écrite par Gihef, d’après les romans d’Alexis Flamand, avec Marco Dominici au dessin. Parution chez Kamiti le 09/09/22.

Merci aux éditions Kamiti pour leur confiance.

It’a kind of magic

Il y a des branches d’avenir dans lesquelles le succès ne se dément pas. Et d’autres, plus obscures, qui vous arracheront un hein ? dubitatif lorsqu’on vous les expose. C’est le cas pour Jonas Alamandër, qui gagne sa vie en tant que questeur. Hein ?

Un questeur, sur le continent d’Alamandër, est un mage spécialisé dans les enquêtes impliquant la pratique des arts mystiques, en d’autres termes un sorcier détective. Jonas mène son existence pas-si paisible sur les terres héritées de son mentor, lorsqu’une délégation de soldats Kung-Borhéens, messagers de leur nation belliqueuse, vient lui annoncer son expropriation, les terres occupées faisant partie de la dot de la princesse de son royaume.

Qu’à cela ne tienne, Jonas n’est pas de ceux que l’on peut expulser si facilement. Profitant des délais administratifs et logistiques liés aux expropriations, le Questeur décide de se rendre à la capitale de Kung-Bohr pour tenter de négocier la conservation de son habitat, qui risque sinon d’être rasé, comme le veut la coutume Kung Borhéenne. Si le voyage risque d’être dangereux, la destination, elle, n’en sera pas moins risquée !

Cependant, secondé par le sergent, euh Capitaine, ou-peut-être-bien-Sergent-en-fait, Edrick, et accompagné, si l’on peut dire, par son démon domestique Retzel, Alamandër pourra passer les obstacles et survivre aux multiples dangers qui le guettent. Entre intrigues, meurtres à résoudre et bureaucratie absurde, le mage aura de quoi faire !

Après nous avoir fait voyager avec 300 grammes et Hot Space, Kamiti sort encore une fois des sentiers battus en se lançant à corps perdu dans la Fantasy ! Adapté du Cycle d’Alamandër d’Alexis Flamand, l’album voit le jour à l’initiative de Gihef, que l’on a vu récemment sur Monsieur Vadim ou encore Sirènes et Vikings.

Pour être honnête, en abordant les premières pages, on peut être aisément tenté de faire le rapprochement avec les travaux d’Arleston: de la fantasy, un héros ingénu éloigné des poncifs masculinisés, de l’humour loufoque et des situations absurdes, sont en effet les ingrédients favoris, et usés à l’envi, du père de Lanfeust.

Cependant, rassurez-vous, lecteurs de fantasy désabusés: Alamandër amène avec lui une fraîche bise de renouveau, et ne cherche pas nécessairement à singer les prouesses aujourd’hui éculées d’Arleston. L’univers riche développé par Alexis Flamand est brillamment transposé par Marco Dominici dans un style semi-réaliste qui ne néglige ni l’expressivité des personnages, ni l’ampleur des décors.

L’exercice de l’adaptation n’étant pas aisé, surtout lorsqu’on passe du roman à la BD, on trouve tout de même quelques petites tartines d’exposition qui densifient quelque peu la narration, sans pour autant l’alourdir. Il faut simplement s’attendre à des planches plutôt chargées en dialogues, beaucoup d’informations sur le décorum devant être ingérées à la fois par le protagoniste et le lecteur.

La partie enquête en elle-même s’avère minutieuse, et respecte étonnamment les codes du genre, avec recueil d’indices en apparence contradictoires, puis analyse et interprétation innovante du héros, tentative d’assassinat du héros qui s’approche de la vérité et devient donc gênant, puis, confrontation finale devant une assemblée dans laquelle se cache potentiellement le suspect. Le tome se termine sur un cliffhanger, tant sur l’intrigue principale que sur l’intrigue parallèle, qui raconte la quête initiatique d’un enfant immortel dont on devine qu’il deviendra un effrayant antagoniste dans les pages à venir.

Alamandër nous fait la surprenante démonstration qu’humour grinçant et fantasy débridée font donc toujours bon ménage, et c’est bon à savoir !

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Tenebreuse #2/2

La BD!
BD de Hubert et Vincent Mallié
Dupuis (Air- Libre) (2022), 69p., 2/2 volumes parus.

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Isla est apparue sous sa forme monstrueuse à Arzhur et au monde. Obligés de fuir, les deux parias se retrouvent seuls dans une nature hostile. Que vont-ils faire, eux qui ne se connaissent même pas? Retourner sur les terres de la famille du chevalier? Peut-être. Au risque de devoir affronter un passé qu’il souhaiterait oublier, alors qu’une attirance impossible naît entre eux…

Comme je le disais sur la chronique du premier tome, quel dommage que d’avoir vu publiée cette fort belle (et sombre) histoire en deux parties alors que la pagination aurait permis un unique volume. Gageons que Air Libre ressorte rapidement une intégrale et en attendant maintenant que l’histoire est complète les lecteurs pourront la découvrir comme il faut.

Ténébreuse (tome 2) - (Vincent Mallié / Hubert) - Heroic Fantasy-Magie  [CANAL-BD]Car si le faux-rythme reste la marque de fabrique de Hubert, la dureté du propos, le pessimiste des destins de ces deux êtres seuls contre tout tiennent en haleine dans cette fuite en avant où les soupçons de bonheur naissants semblent rapidement voués au néant dans une forme de tragédie d’un amour impossible par nature. Les héritages familiaux semble inéluctablement condamner les deux amants. La belle est en réalité une bête, finissant par douter de l’impossibilité de toute relation humaine grâce à Arzhur, le passé du héros va finir de rompre ce qui est possible. Pour toujours? Il faudra lire l’album pour le savoir… 

Ce qui fonctionne mieux que sur la première partie c’est la complexité des itinéraires et des psychologies. Ainsi pris de pitié pour cette fille de démon on bascule ensuite dans une compassion pour ce pauvre guerrier pas si coupable au regard des mœurs médiévales et des comportements des autres protagonistes. Laissant la révélation (déjà vue) sur le tard, les auteurs parviennent à l’enrober d’un habillage qui fait oublier le classicisme. On peut dire merci à Mallié dont les dessins puissants et la mise en scène soignée donnent à cette histoire le cachet de l’élite.

Cette seconde partie ne change donc pas une intrigue peu originale mais en lui apportant le tragique qui manquait et appuyée sur des dessins de haute volée elle en fait une très bonne BD que les fans de Hubert hisseront au firmament et que les autres classeront dans les bonnes fantasy agréables à l’œil.

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Sorunne

Histoire complète en 108 pages, écrite par Diego Reinfield et dessinée par Guille Rancel. Première édition chez Spaceman Project le 21/09/2021, seconde édition le 25/03/2022.

Pentalogue

Le monde étrange de Gidru répond à cinq commandements, cinq lois primordiales qui émanent du dieu Arduk, et qu’il ne faut en aucun cas enfreindre, la Sorunne. Ces cinq lois interdisent aux habitants de Gidru de lire des écritures, de porter un nom, de manger une fleur de Duyia, de briser une statuette sacrée, et de s’emparer d’un masque de l’arbre des morts.

Les esprits rebelles ou orgueilleux qui s’affranchissent de ces règles reçoivent une marque spéciale pour chaque commandement violé, et, une fois le pentalogue foulé au pied dans son intégralité, sont exécutés sommairement par un mystérieux guerrier en armure, qui les pourfend aux yeux de tous sans autre forme de procès.

Un beau jour, après qu’une nouvelle rebelle ait trouvé la mort des mains de l’exécuteur, un objet non identifié s’écrase sur Gidru, sous le regard médusé du jeune Personne, un petit être innocent engoncé dans sa confortable routine. Personne, respectueux de la Sorunne, va néanmoins se rendre du les lieux du crash pour voir ce qui s’y trouve. C’est là qu’il fait la rencontre d’un étrange voyageur en scaphandre, un homme flottant entouré de fumée, qui écume le cosmos à la recherche de sa divinité. Personne va alors s’embarquer dans une singulière odyssée qui l’amènera à questionner ses croyances et à s’interroger sur sa place dans l’ordre du monde.

Sorunne attire l’œil d’emblée par son graphisme issu de l’animation et ses couleurs dynamiques. Derrière la qualité des ses planches, on retrouve une thématique intéressante relative à la force des croyances et aux dangers de l’ignorance, ces deux éléments conjugués n’ayant jamais rien donné de positif au cours de l’Histoire.

En effet, le récit nous montre bien que, si un dogme religieux suivi à la lettre peut permettre aux individus une vie paisible et sans tourment, il peut aussi dissimuler des vérités essentielles au bien-être l’individu. On le sait tous, la libre-pensée et la religion ont toujours eu quelque chose d’incompatible, il n’est donc pas illogique que tout dogme religieux qui cherche à se perpétuer tente de la combattre. D’où les chasses aux sorcières, d’où les bûchers et les accusations d’hérésie, d’où les exécuteurs en armure qui pourfendent les rebelles en deux avec des épées géantes.

On voit donc bien que l’auteur a ancré son récit dans le réel, malgré l’aspect onirique et le graphisme animation. En atteste le simple fait que la planète Gidru soit régie par une version écourtée des Dix Commandements, composée de cinq lois qui rappellent les Cinq Piliers de l’Islam.

L’ensemble demeure plutôt cryptique si l’on n’est pas familier des religions, mais le final proposé par l’auteur apporte une dimension métaphysique convaincante, qui n’est pas sans rappeler la philosophie nietzschéenne et sa volonté de puissance. On serait tenté au premier abord de proposer Sorunne dans la catégorie Jeunesse, mais le niveau de violence ainsi que la profondeur du thème sont plutôt en faveur d’un public un peu plus mature, disons adolescent.

Encore une fois, Spaceman Project a permis la publication d’un album très intéressant, à lire !

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Amazing Fantasy

Histoire complète en 144 pages, écrite et dessinée par Kaare Andrews chez Marvel Comics. Parution en France chez Panini Comics le 22/06/22.

Voyage en terre inconnue

Ils sont trois à se réveiller sur l’île de la Mort. Steve Rogers, alias Captain America, alors qu’il se trouvait sur un navire de guerre, durant la Seconde Guerre Mondiale, Natasha Romanoff, durant la Guerre Froide, alors qu’elle termine sa formation de Veuve Noire, puis Peter Parker, durant ses jeunes années en tant que Spider-Man.

Tous trois voient la mort en face puis se réveillent, échoués à différents endroits de cette île mystérieuse, qui est arpentée par des Orcs, des Dragons, des Sorciers et autres Griffons. Que font-ils ici, quel est cet endroit ? Nos trois héros pourront-ils fuir cet enfer pour rejoindre leur époque d’origine ?

Kaare Andrews, que l’on avait remarqué chez Marvel suite à son passage sur la série Iron Fist, signe ici une mini-série amoureuse et nostalgique des années 60-70, et des débuts de la maison Marvel, dont les premiers récits étaient effectivement empreints de fantasy et de magie. L’auteur décide de prendre trois héros iconiques dans des périodes qui ne le sont pas moins, pour les projeter sans ménagement dans cet univers brutal, aux antipodes de ce qui leur est familier.

Le choix de Black Widow, Captain America et Spider-Man n’a rien de choquant en soi, et permet même, par le truchement des époques différentes, de créer des quiproquo, notamment autour de Captain, qui ignore encore le rôle qu’il jouera à l’époque de Spider-Man. L’action est au rendez-vous, bien sûr, mais on peut regretter que l’auteur n’exploite pas tous les lieux communs de la fantasy, et surtout, qu’il n’ancre pas davantage son récit sur le plan émotionnel pour tous les personnages.

Je pense notamment à Black Widow, qui est ici une adolescente, supposément encore novice puisqu’elle termine sa formation à la Chambre Rouge. Et bien la chère Natasha, malgré ce postulat, se comporte souvent comme un vétéran de l’espionnage et de la manipulation, et l’auteur semble aussi oublier la jeunesse du personnage lorsqu’il la place dans des interactions sensuelles avec des personnages adultes. Il en va de même pour Peter, qui est adolescent, et qui a une romance avec une farouche guerrière qui semble elle aussi adulte… A ces moments gênants s’ajoutent d’autres plus tendres entre l’Oncle Ben et Peter, par exemple, mais le tout se noie quelque peu dans une vague de confusion, au regard de l’intrigue et de la mise en scène.

En effet, beaucoup d’éléments sont peu clairs, sans doute pas creusés par l’auteur, ce qui tend à banaliser une mini-série qui se voulait épique et grandiose, exempte de complexes car hors continuité. Toutefois, malgré ça, l’aspect purgatoire/au-delà/expérience de mort imminente reste intéressant à creuser, et permet sans doute de combler les trous du scénario. Cette version de nos héros à la sauce Conan le Barbare reste donc divertissante, mais manque l’occasion de nous transporter réellement, et finira sans doute parmi les innombrables « What-If » chers à Marvel.

Côté graphique en revanche, Kaare Andrews casse la baraque et fait la démonstration habile de la versatilité de son trait, s’adaptant aux différentes ambiances qu’il évoque et à chaque personnage. Comme quoi, scénariste et dessinateur sont effectivement deux métiers bien différents et complémentaires. On met 3 Calvin pour le dessin et le grand format, qui offre un bel objet et un confort de lecture indéniable.