***·BD·Comics·East & West·Nouveau !

The Spider King

esat-west
One-shot de 192 pages, écrites par Josh Vann et dessinées par Simone D’Armini. Parution le 12/02/2020 aux éditions Glénat, collection Grindhouse (publication USA IDW publishing 2018)

 

Vikings et Envahisseurs

Alors que les guerres de clans font rage au sein de la Scandinavie moyenâgeuse, une pluie de débris cosmiques s’abat sur ses contrées glacées, au grand étonnement des vikings qui y guerroient.

Depuis qu’il a hérité, à son corps défendant, le trône du clan des Laxdale, Hrolf mène une guerre sans merci, mais perdue d’avance, contre son oncle l’impitoyable Aarek, suite à la trahison de ce dernier envers le clan. Alors qu’un affrontement décisif commence à faire couler le sang, le champs de bataille est ravagé par des objets tombés du ciel, des objets qu’aucun humain n’avait pu contempler jusqu’ici, venus de mondes lointains.

Des débris encore fumants, vont s’extirper des créatures hostiles munies d’une technologie supérieure, parmi lesquelles un seigneur de guerre malfaisant, qui, à défaut de la galaxie, se contentera bien de régner sur la Terre. C’est ainsi que ce seigneur de guerre naufragé va s’emparer du corps d’Aarek pour débuter sa campagne de conquête et de pillage, donnant à Hrold une double raison de terminer ce qu’il avait (difficilement) commencé.

Blood, Guts & Clarke’s Third Law

Déjà en difficulté face à son oncle, Hrold aura fort à faire contre l’union de ce dernier avec le conquérant intergalactique. Heureusement pour lui, il pourra compter sur sa nouvelle épée « magique » ainsi que sur ce qu’il lui reste de compagnons d’armes pour affronter ce danger mortel.

Bien évidemment, ce qui fait l’attrait de The Spider King est son pitch audacieux, qui mélange les genres tout en promettant de belles batailles, à défaut d’une intrigue profonde. Ce que l’on souhaite voir en effet en ouvrant l’album, c’est l’inévitable clash entre extra-terrestres belliqueux et vikings berserks, ainsi que le décalage des guerriers vikings percevant ces visiteurs aliens par le prisme de leurs croyances.

Le Roi Araignée remplit bien toutes ces promesses, et offre des planches parfois trash, souvent dynamiques, au service d’une intrigue divertissante. Le style de Simone D’Armini, issu du design vidéoludique, se prête bien au ton décalé de l’histoire, et oscille entre un Duncan Fegredo et un Michael Avon Oeming.

Résultat de recherche d'images pour "spider king d'armini"L’histoire, fortement rythmée au fil des chapitres de la mini-série, fonctionne bien en one-shot mais tend cependant à s’affaiblir sur le dernier chapitre, qui fait finalement office d’épilogue à la saga nordico-spatiale. On reste néanmoins emporté par cette aventure sans concession qui embarque son fruste protagoniste dans une guerre qu’il n’était pas prêt à mener.

En guise de bonus, l’album présente un court one-shot, qui était en fait le pilote de la série, ainsi que des couvertures alternatives pas piquées des hannetons.

The Spider King est une lecture prenante qui vient diversifier la collection Grindhouse de Glénat, et c’est heureux !

***·BD·Rapidos

BD en vrac #15

  • Avant la Quête #6: Kryll (Le Tendre, Loisel, Etien +Lapierre/Dargaud) – 2020, série en cours.

couv_381509badge numeriqueLe sixième album du cycle Avant la Quête, mythique série de réaliste-fantasy de la BD franco-belge ayant inspiré la totalité des auteurs actuels était attendu avec inquiétude. D’une réalisation particulièrement chaotique (dix ans entre le premier et le second tome puis trois ans entre chaque volume avec trois changements de dessinateurs), la série  a soufflé le chaud (la découvert de la jeunesse d’un personnage iconique et du monde d’Akbar, une préparation sans faille de Loisel)… et le froid d’une série qui commence à s’étirer et d’un cinquième tome plus que feignant qui n’apportait rien à l’intrigue. La première bonne nouvelle c’est qu’Etien reste d’un très bon niveau et l’ajout d’un nouveau coloriste avec Lapierre fait monter encore d’un cran une partition graphique très impressionnante, entre reproduction exacte du style original de la Quête et couleurs numériques subtiles. Niveau scénario si l’on semble parti sur une série au long court qui ira (selon Wikipedia) jusqu’à huit tomes, cet album nous reprends dans ses filets d’une construction très efficace, jouant d’un narrateur qui nous rappelle la légende du Chevalier Bragon, avec un storyboard magnifique, de belles scènes d’action et une histoire qui sait se concentrer autour de la secte du signe sans se perdre en détours. Ceux qui comme moi  attendaient d’Avant la Quête un focus sur l’apprentissage de Bragon  trouveront une tomaison déjà trop fournie qui dilue l’intérêt. Les nouveaux venus pourront apprécier une très bonne série de fantasy, classique mais plutôt luxueuse même si elle perd un peu de magie en se normalisant.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres


  • Poussière #1-2 (Monde/Delcourt)  – 2018, série en cours.

couv_361249-1

mediatheque

Pour ma première lecture de cet auteur je découvre une sacrée imagination et un certain style qui réussit ce que n’avait pas totalement abouti le récent Negalyod, sorti la même année, encensé, et selon moi bien moins réussi que ce Poussière. Dans l’esprit on est donc entre un worldbuilding ambitieux (dans la veine de TER, Negalyod ou pourquoi pas Ultralazer) et l’idée du multivers avec deux réalités qui se chevauchent (qui rappelle l’excellent Brane zéro). Je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler mais sachez que si le premier volume vous montre une planète attaquée par des géants, sortes d’incarnations élémentaires d’une nature colérique (l’auteur s’inspire clairement du pitch de l’Attaque des titans, avec un aspect écologique intéressant) dès le second volume on découvre le rôle de scientifiques avec un montage très audacieux entre les deux réalités. Côté graphique la colorisation criards pourra vous surprendre mais on s’y fait, surtout que le design général est vraiment original et que le trait de l’auteur se rapproche de celui d’une de mes découvertes récentes, l’excellent Frederik Peeters.  Vous l’aurez compris, cette série part sur de très bonnes bases et arrive à trouver sa place dans l’univers très concurrentiel de la SF.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres

***·Actualité·BD·Comics·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Le Cercle du Dragon-Thé

esat-west
Comic de Katie O’neill
Bliss (2020) – Oni press (2017), 72p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Bliss pour cette découverte.

couv-teadragons-600x828-1
badge numerique

La Fantasy ne rime pas nécessairement avec batailles dantesques ni lutte contre une idée absolue du Mal. Elle peut également se retrouver dans la magie qui imprègne nos relations avec les autres, ainsi que dans la façon dont nous percevons le monde qui nous entoure, fût-t-il réel ou imaginaire. C’est ce que nous découvrons en lisant Le Cercle du Dragon-Thé, album de 58 planches écrit et dessiné par Katie O’Neill en 2017 initialement en ligne, publié en France en février 2020 par les éditions Bliss.

Greta est une descendante des Gobelins, ce qui la prédestine au métier de ferronnière, qu’elle apprend sous la tutelle de sa mère. Cependant, au gré d’une rencontre avec Hesekiel, Greta va également se prendre de passion pour les Dragons-Thé, de mystérieuses et fragiles créatures produisant un thé aux propriétés mystiques. C’est ainsi qu’elle fera la rencontre de l’énigmatique Minette, marquant le début d’une relation forte qui transformera les deux jeunes filles.

La dessinatrice néo-zélandaise, récompensée pour cet album, déploie ici tout son talent grâce la simplicité de son trait, qu’elle marie à une palette de couleurs admirablement choisie. Ce graphisme très agréable destine donc l’œuvre à toutes les tranches d’âges, et se permet par conséquent grâce à de menus détails, un progressisme bienvenu.

En effet, l’ensemble des personnages possède des qualités androgynes, que ce soient les parents de Greta, l’héroïne elle-même ou encore les membres du cercle éponyme. Enchevêtrer ainsi les identités de genre au service d’une histoire optimiste m’a touché, donnant à l’ensemble de l’album un lyrisme discret et une universalité dont peu de récits peuvent se targuer.

Les thèmes invoqués par Le Cercle du Dragon-Thé reposent sur l’amitié et l’amour, la frontière entre les deux étant élégamment laissée à l’appréciation du lecteur. Katie O’Neill parvient à faire naître de forts sentiments entre ses protagonistes, et à embarquer le lecteur avec elle au fil des pages chaudes et colorées.

Il y a une mythologie sous-jacente dans l’album, sur laquelle repose l’univers du récit. Mais elle n’est ici qu’effleurée, puisque la part belle est laissée aux sentiments des personnages et à la poésie de l’ensemble. Néanmoins, le succès de la BD outre-Atlantique a entraîné la création d’un univers étendu, un jeu de cartes édité par Oni Games, par le biais duquel vous pourrez retrouver les fameux petits dragons domestiques.

Notez que l’album est agrémenté d’extraits du Guide des Dragons-Thé, sorte de bestiaire permettant d’en apprendre davantage sur eux.

note-calvin11note-calvin11note-calvin11

***·****·Comics·East & West·Manga·Numérique·Rapidos·Service Presse

Sushi & Baggles #27

esat-west

 


  • Slots (Panosian/Delcourt) – 2019, one-shot, 134p.

couv_366456

mediatheque« slots » ça veut dire « fentes » en anglais. Et des fentes, Stanley Dance en a de magnifiques, les dents du bonheur, comme son sourire, éternelle fente qui glisse sur les galères de sa vie chaotique. Stan est le vrai atout de ce one-shot, étonnant album entièrement construit autour de ce sourire à la con, attirant le regard à chaque case. Il y a un peu du Ramirez de Pétrimaux chez Stan, une énorme sympathie que l’on ressent pour ce personnage de papier lancé sur une classique histoire de vengeance dans l’univers des loulous semi-mafieux de la cité du Vice, Las Vegas. Stan est un looser, il nous le dit d’entrée. Stan attire les emmerdes comme la mouche sur une charogne. Tout le monde a une bonne raison de lui en vouloir… mais comme le lecteur, tombe sous le charge de ce type qui vous convainc par son seul sourire de tenter avec lui le plus foireux des plans jamais conçus. Du coup, si l’album est aussi sympathique que son personnage, l’histoire reste tout à fait anecdotique et peinerait à nous intéresser sans Stan et des dialogues assez dynamiques. Le dessin plutôt sympa est habillé de grosses trames très vintage et fleure bon le comic Indé ricain. Au final Slots se laisse lire avec plaisir mais marche sur un fil qui peut très facilement tomber dans la banalité pour peu que vous ne soyez pas envoutés par son boxeur raté. Un peu comme Stan qui a tout pour perdre mais finit par s’en sortir, on ne sait pas bien comment…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres


  • Radiant #13 (Valente/Ankama) – 2020, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

couv_383085

Radiant est mon manga chouchou dont je lis chaque tome avec mon fiston (que vous pouvez retrouver sur la rubrique L’avis des kids) tant on a plaisir à retrouver deux fois par an cette phénoménale galerie de personnages et cet humour si particulier de Tony Valente. Ce treizième tome continue le troisième Arc commencé sur le volume précédent qui voit Seth débarquer à Bôme (avec la classe et la discrétion qu’on lui connait désormais…), capitale de l’Inquisition! Si le roi de Bôme a fait une entrée fracassante il disparaît ici bien vite pour laisser la place à une pause narrative qui permet de découvrir le passé traumatisant de Mélie… Moins d’action donc, mais l’auteur a un tel talent graphique et pour nous faire désirer ses personnages qu’on dévore le tome comme les autres, avec juste un soupçon de regret que ces derniers disparaîssent aussi vite. Mais la richesse du monde est telle que l’on comprend que tout ne rentre pas. Je ne lis habituellement que des mangas assez courts afin de ne pas me faire déborder dans mes lectures mais j’avoue qu’avec Radiant je ferais volontiers une entorse si la série durait très très longtemps… A noter que pour la première vois Valente a pris un assistant pour la réalisation de l’album. Et un petit spoiler pour la route… l’ami Grimm revient…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres


  • Beastars #1-2 (Itagaki/Ki_oon) – 2019, série en cours. 15 volumes au Japon.

Merci aux éditions Ki_oon de m’avoir permis cette lecture en numérique.

couv_358243Lors de mon marathon pour le jury BDGEST’arts j’ai questionné les blogueurs spécialisés en manga et tous avaient placé cette série dans leur top de 2019.  Avec huit volumes parus, l’éditeur poursuit un rythme très rapide d’un tome tous les deux mois. La version japonaise a commencé à paraître en 2016 et devrait être rattrapée très vite. A savoir qu’un anime est diffusé pour cette série très populaire de l’autre côté de la planète.

Si le sujet est classique (une histoire de lycéens, animaux anthropomorphes, dans un établissement regroupant toutes les espèces et faisant cohabiter prédateurs et proies), le dessin est la première originalité, avec un trait très léger et l’utilisation de trames parfois grossières, collées frustement, ce qui donne une esthétique originale. Je ne dirais pas que c’est du grand dessin mais dès le second tome on sent la technique se consolider et l’auteur propose des planches plus lisibles et agréables. Pour l’histoire, si on commence dès les premières pages avec le meurtre d’un herbivore par un carnivore, choquant la morale civilisée du lieu, c’est bien le conflit permanent qui habite Legoshi, héros et loup gris puissant, entre son instinct et sa conscience qui structure le manga. L’histoire suit le club de théâtre du lycée, avec la hiérarchie très connue qui a lieu dans la société japonaise et nous paraît toujours étonnante. Beastars est donc pour ce que j’en ai lu un manga de lycée assez classique, qui comporte quelques attraits lui permettant d’attirer l’attention, sans pour le moment justifier le statut d’oeuvre majeure.

note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres

***·BD·Numérique

Illyne, récit des terres d’Eslan

Webcomics.png

Salut les lecteurs! J’inaugure une rubrique dont j’avais envie depuis longtemps mais qu’il m’a fallu un moment à définir. On parle de BD numérique depuis longtemps mais ce terme peut revêtir plein de formes. Beaucoup d’auteurs tiennent des blogs BD où ils publient. Parfois cela donne des projets très professionnels, soutenus techniquement par de grosses structures. Il y a aussi le développement de plateformes de lecture de BD classiques au format numérique comme mon partenaire Iznéo

Ce qui m’intéresse ce sont les auteurs et leurs projets. Entre le financement participatif qui se multiplie et les formats spécifiques sur les réseaux sociaux (Twitter ou Instagram par exemple) d’auteurs majeurs, il y a beaucoup de choses à découvrir et de la matière à une rubrique régulière qui m’incitera à parler de ces projets à la fois novateurs et anti-commerciaux.

Et je vais commencer la rubrique par une découverte récente trouvée via Twitter:

EL504o9X0AAwT8l (1).jpg

badge numeriqueIllyne est un Webtoon, nouvelle forme de publication de BD venue de Corée et dont la spécificité est d’adopter le format smartphone (donc allongé) en natif. C’est mine de rien une sacrée révolution narrative puisque outre la périodicité courte qui le rapproche des comics (des formules d’abonnement permettent d’accéder en premium aux nouveaux Clipboard01.jpgépisodes, les plus anciens sont généralement gratuits), le mode de défilement bouleverse l’agencement des cases et le récit lui-même. Contrairement à un Pepper & Carott par exemple (dont je parlerais ici prochainement) et dont le format est plutot à l’italienne mais reprend un découpage classique de BD franco-belge, Illyne se structure totalement en verticale.

L’histoire raconte les aventures d’Illyne, membre d’un ordre de gardiens des pierres magiques héritées d’Eslan, fondateur prométhéen du territoire qui aurait volé aux anciens dieux leurs pouvoirs qu’il aurait enfermé dans des cristaux qui, répartis sur le territoire, accordent leurs bienfaits aux hommes. Las, au cours d’un voyage de routine l’héroïne découvre que les cristaux commencent à se dévitaliser…

Clipboard03.jpgLa série est publiée sur la plateforme Webtoonfactory par Johann Blais (alias Papayou), concept artist dans le jeu vidéo. Trois épisodes sont parus en mode gratuit, un quatrième est réservé aux abonnés du site et un cinquième est en préparation. Du fait du format il est impossible de parler de pagination mais les épisodes sont relativement courts, ce qui laisse penser à une série assez longue, pour peu que sa publication soit viable économiquement pour l’auteur.

Graphiquement l’auteur sait tenir sa palette graphique et comme tout dessin numérique les couleurs et lumières claquent immédiatement. Le gros point fort de la série repose sur les visages et personnages en gros plan… l’auteur délaissant malheureusement ses arrières-plans qui sont parfois à Clipboard02.jpgpeine croqués. C’est dommage tant l’univers fantasy demande un imaginaire visuel des décors du monde en général. Ce que j’en ai vu est donc assez inégal mais semble en évolution, l’auteur étant très demandeur de commentaires. Chaque épisode propose en outre, comme une forme de générique, la même introduction rappelant l’origine du monde et des cristaux. A ce stade l’histoire est juste commencée et l’on imagine l’héroïne partir pour un long voyage semé de combats, avec dès le troisième épisode l’évocation d’une guerre des Marches. Les personnages sont assez intéressants et donnent envie de poursuivre la découverte en espérant que le dessin évolue vers plus de précision. A la lecture on a le sentiment que Papayou évolue en faisant, comme sur la gestion du défilement qui est par moment très intelligemment utilisé avec des fondus très intéressants dans la gestion du temps, alors qu’à d’autres moments on a des ruptures de case brutale et très classique que l’auteur biseaute sans doute pour éviter cette coupure. Je suis convaincu que des choses très novatrices peuvent être faites en matière de découpage, exigeant sans doute une grosse réflexion et de sortir de ses acquis de lecteur BD.

Au final j’avoue que la grosse com’ réalisées par l’auteur sur de très belles images risque de décevoir un peu, comme ces très nombreux comics aux couvertures mortelles qui  laissent place à des dessins plus industriels ensuite. Il n’en demeure pas moins que le projet est intéressant, la démarche absolument louable et que la maîtrise technique est évidente. Il reste à trouver un processus de réalisation qui joigne la qualité avec le format et la viabilité.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Nouveau !

Wahcommo

BD de Luis NCT
Editions du Long Bec (2019), 216 pages, one shot.

couv_363565Il est notoire que le Neuvième Art est une discipline très codifiée, paradoxalement prisonnière des cases qui en constituent pourtant la substance. Il se trouve cependant que certains auteurs prennent sur eux d’en détourner les codes, afin de se départir des carcans de la narration séquencée, produisant ainsi des albums inédits qui renouent avec le sense of Wonder.

 C’est le cas de WAHCOMMO aux éditions du Long Bec, écrit et dessiné par Luis NCT, artiste espagnol déjà primé pour son précédent roman graphique Sleepers.

 WAHCOMMO est une œuvre de Medieval Fantasy qui raconte avec brio la quête de Fox et Kaya à travers le pays, visant à ramener chez eux le trésor perdu de leurs ancêtres.

Résultat de recherche d'images pour "wahcommo luis ntc"Cette chasse au trésor sert de prétexte à un parcours initiatique durant lequel les deux jeunes héros vont se confronter à leur détermination et à leurs limites, mettant à l’épreuve leurs dons pour la survie dans des environnements toujours hostiles. Sur leur chemin semé d’embûches, ils trouveront des alliés impétueux mais également des ennemis retors, dévorés par l’avidité et la promesse d’un trésor mythique.

Vous l’aurez compris, WAHCOMMO réunit tous les ingrédients d’une bonne aventure. Si les différentes races se partageant le royaume pourraient être vues comme une resucée des poncifs de la Fantasy, l’ajout de certains éléments de background ne fait que renforcer la profondeur de cet univers, y ajoutant des thématiques bienvenues. Je pense notamment aux différentes guerres qui sont évoquées ainsi qu’à la civilisation perdue dont sont issus les héros, des précurseurs mythifiés dont les secrets seront révélés dans le troisième acte. 

Résultat de recherche d'images pour "wahcommo luis ntc"Alternant des séquences d’action pure et des scènes plus intimistes, voire même oniriques pour certaines, l’album nous mène à son rythme et à grand coups de pleines pages sublimes jusqu’à son dénouement plein de poésie et de sagesse. 

Une partie de l’intrigue m’a cependant laissé un tant soit peu perplexe, puisqu’elle débouche brusquement sur une autre scène sans trop de transition, comme si l’auteur avait coupé des scènes par manque de place. Je parle ici, sans spoiler, d’une séquence de voyage en solitaire fort contemplative, mais qui tranche le rythme du récit. 

Graphiquement, on ne peut que saluer le trait incisif de Luis NCT, ses couleurs chatoyantes et ses décors impeccables, grandioses par moments. 

Pour conclure, je ne peux que vous recommander la lecture de WAHCOMMO, qui est à mon sens un petit bijoux alliant graphisme sublime, et univers savamment construit.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Wika et la gloire de Pan

BD du mercredi
BD de Thomas Day et Olivier Ledroit
Glénat (2019), 92 p., série terminée en 3 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

couv_376133Olivier Ledroit est l’un de mes dessinateurs préférés. Non qu’il soit le plus fort en matière de dessin (bien d’autres le dépassent techniquement) mais il a installé depuis des années, avec constance, un univers d’une maestria visuelle, d’une finesse, d’une minutie que seul un Varanda atteinte peut-être dans la folie du détail. Son univers gothique et noir l’empêche malheureusement d’atteindre le très large public qu’il mérite et sa difficulté à tenir des séries en entier (un peu comme Olivier Vatine). Wika est ainsi la troisième série seulement à se conclure, après Xoco(deux tomes) et Sha (trois tomes). Originellement prévue en quatre opus, la série se clôture finalement en un gros dernier tome qui compte un tiers de pages de plus que les deux précédents. On ne peut que le remercier d’avoir pris le temps de clôturer une saga qui aurait tout à fait pu tomber dans la fuite sans fin qu’ont connu les Chroniques de la Lune noire et Requiem. Hormis donc la tomaison indiquée en quatrième de couverture qui change des deux précédents volumes (… ce qui fera à n’en pas douter gonfler la cote des éditions originales) l’album suit la maquette de la série, avec une couverture toujours aussi belle et dorée. Comme pour les autres volumes, une édition (très) grand format sort juste après avec seize pages supplémentaires et une couverture différente… pour quatre-vingt balles!!! Si certains ont tiqué sur le prix des Indes fourbes, les éditions spéciales à ce prix commencent à devenir un peu n’importe quoi…

Wika a été tuée par les loups d’Obéron, le tyran d’Avalon. Alors que le sacrilège ultime est commis, l’incendie d’Ygdrasil, l’arbre monde et siège du dieu Pan, l’ensemble des peuples des royaumes elfiques se mets en mouvement vers la dernière guerre de ce monde…

Wika est une série hors norme, aboutissement de la démesure d’un auteur d’une générosité sans borne qui compense allègrement les lacunes techniques qu’il traîne depuis ses premiers fanzines dans le jeu de rôle avec Froideval par une inventivité, une minutie et une liberté absolue de ses planches vis à vis des canons de l’édition, des codes de la BD. Sa marque de fabrique, dans Wika plus que jamais est sa propension à dépasser le cadre de mille manières possibles. Sa destruction des cases a commencé dès les Chroniques, adoptant des formes originales pour recomposer totalement la progression graphique de sa narration sur l’ensemble de la page ou de la double page. De mémoire il avait déjà également retourné ses planches pour adopter ponctuellement un format paysage qui bouleverse là encore la lecture en permettant des tableaux monumentaux. Ici l’intégralité de la première partie (soit seize pages), dans le Sidh, royaume immatériel de Pan, adopte ce format. Outre l’avantage graphique, c’est pertinent scénaristiquement en changeant la lecture comme on change d’univers, avec ses propres codes. L’acmé du processus est atteint lors de la bataille finale, sur les déjà célèbres pages 63 à 66 qui ne sont pas moins de quatre pages liées avec rabat, permettant sans doute la plus grande double page jamais publiée en BD… Certains seront lassés de la profusion de détails de cette furie visuelle où l’on n’ose imaginer le temps passé par Ledroit sur leur réalisation. Mais chacun reconnaîtra la passion de l’artiste et le détail de ses planches.Résultat de recherche d'images pour "wika la gloire de pan"L’autre apport de Wika est outre l’utilisation systématique d’habillages graphiques, non seulement sur les bandeaux de narration de type parchemin, mais sur l’entièreté des bordures de pages. Oubliez le gaufrier et les découpages sur fonds blanc, chez Ledroit il n’y a pas de fonds. Comme Georges Bess sur son Dracula l’auteur a dessiné jusqu’au dernier centimètre carré de papier disponible, ce qui donne parfois le sentiment de lire un art-book plus qu’une BD. Il a en outre ajouté sur cette série une nouvelle technique d’insertion d’éléments d’engrenages, de coins et de dentelles sur ses pages avant photographie. Le rendu est fabuleux en ajoutant une matière impossible à rendre par le seul dessin et rehaussant ses habillages graphiques. Dernière manifestation de l’imagination créatrice d’un auteur qui ne fait finalement plus vraiment de la BD, ou de la post-BD. On parle beaucoup de certains expérimentateurs comme Marc-Antoine Mathieu, Ledroit apporte pour moi autant (et pas que depuis Wika, son fabuleux Xoco proposait déjà des trouvailles phénoménales dans le découpage) à l’innovation en BD.

Résultat de recherche d'images pour "wika tome 3 ledroit"Et l’histoire me direz-vous? Et bien elle est dans la lignée de ses précédents ouvrages, au service du dessin, un peu punk, vaguement lourdingue par moments, totalement manichéenne comme le conte pour adultes qu’est Wika… On ne saura jamais quel découpage auraient eu les deux derniers tomes sur la tomaison originale de quatre mais le fait est que cette Gloire de Pan est une marche à la guerre sur soixante-dix pages où le dessinateur se fait plaisir en créant comme le gamin qu’il a toujours été les plus grands panorama guerriers dont rêvent tous les amateurs du monde de Warhammer. Comme aux batailles de Légo ou de Playmobile on ajoute mille canons à son robot et un combat n’a jamais trop d’explosions et de vaisseaux. Là encore les grandes personnes tiqueront sans doute sur la faiblesse de l’intrigue quand les lecteurs aux yeux d’enfants accepteront le cadre. Un cadre de conte assumé de la première page de la série à la dernière, construites en miroir total, permettant de refermer une bien belle aventure dépaysante, chatoyante comme jamais (ce qui manquait cruellement à son pourtant aussi flamboyante série de sales gosses Requiem, chevalier vampire) et que l’on imagine dans un bel écrin relié pour une intégrale mise en forme par monsieur Ledroit.

Sans titre.jpg

Si vous ne connaissiez pas cet auteur, son univers, Wika est sa série la plus accessible (et complète, ce qui n’est pas un détail!). Que vous aimiez ou pas les combats titanesques vous ne pourrez que faire plaisir à vos yeux devant ces planches qui seront probablement celles de votre collection où vous passerez le plus de temps à observer chaque détail. En se demandant quel challenge Olivier Ledroit va désormais pouvoir se trouver…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1