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Voro #9: Le Tombeau des dieux troisième partie

Dernier tome de 166 pages de la série écrite et dessinée par Janne Kukkonen. Parution en France le 10/11/2021 aux éditions Casterman.

Le seigneur des flambeaux

Coup de coeur! (1)

Après avoir réveillé par inadvertance une dangereuse divinité du Feu, Lilya, une apprentie voleuse de la Guilde, s’est mise en tête de réparer ses erreurs quel qu’en soit le prix. Malheureusement, Ithiel, le Père Feu, est à l’apogée de son pouvoir: non seulement soutenu par la Tribu du Feu qui le vénère depuis la nuit des temps, il est également maître d’une armée de géants invincibles grâce à la Pierre de Feu, que Lilya a également contribué à rassembler.

Après avoir jeté ses forces dans la bataille, Lilya a échoué à éliminer Ithiel, qui s’est lancé dans une campagne de conquête du monde des hommes, lui qui se pense capable d’engendrer un monde idyllique aux antipodes de la cupidité et de la violence humaines. L’apprentie voleuse y a laissé la vie, mais elle a été tirée des limbes par la Mort elle-même, qui a semble-t-il un intérêt à assister à la chute de son rival Ithiel. Lilya a aussi reçu un coup de pouce de la part de la Demoiselle de la Nuit, la divinité que servait autrefois la Guilde des Voleurs.

Ses chances de succès sont bien minces, mais Lilya ne désespère pas. Résolue à sauver le monde des hommes, elle en appelle à la sagesse des hommes de bonne volonté que sont les Rois, mais ces derniers ont l’esprit trop occupés par leurs luttes de pouvoirs pour pouvoir agir de concert. Pire encore, depuis le dernier tome, Lilya ne peut même plus compter l’aide de son mentor Seamus, au vu des révélations qui ont été faites sur le passé de ce dernier.

Que pourra faire la jeune vaurienne pour prévaloir dans ce jeu de dupes où les hommes ne sont rien face aux rois, où les rois ne sont rien face aux dieux, et où les dieux manipulent leurs pions sur l’échiquier cosmique ?

Comme vous le savez , la série Voro est un incontournable parmi les séries jeunesse du moment. L’auteur finnois Janne Kukkonen, issu du monde de l’animation, est parvenu à créer un univers fantasy cohérent et original, mâtiné d’influences et de références nordiques, dans lequel évoluent des personnages marquants et attachants.

Le scénario parvient à éviter le manichéisme primaire en nuançant son propos ainsi que les valeurs portées par les personnages. En effet, difficile de donner totalement tort à Ithiel lorsqu’il méprise le monde bâti par les hommes et qu’il fait part de son amertume quant à sa trahison. Cela ajoute de la profondeur au personnage, ce qu’oublient bon nombre d’auteurs pourtant chevronnés. Il arrive en effet assez souvent de voir un antagoniste bien méchant, fréquemment cruel, et qui de surcroît affiche de la satisfaction à faire le mâââl, si bien que l’on bascule bien trop souvent dans le cliché.

Ici, ce n’est pas le cas, et chaque personnage possède sa part d’ombre ainsi que des qualités rédemptrices, qui rendent le récit engageant et le distingue de la masse des récits fongibles aux personnages interchangeables.

Dans Voro, l’action est toujours spectaculaire et jamais prétexte, et l’auteur arrive à accroître sans cesse la tension dramatique jusqu’au dénouement, faisant de ces neuf tomes une saga épique et enthousiasmante qu’il sera toujours bon de relire à l’occasion.

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La Cité sans nom #1: Menace sur l’empire Dao

Premier tome de 226 pages, écrit et dessiné par Faith Erin Hicks. Parution en France le 26/04/2017 aux éditions Rue de Sèvres.

Ma cité va couaquer

Le jeune Kaidu débarque dans la Cité aux mille noms, ou plutôt la Cité sans nom, baptisée ainsi en raison des nombreuses conquêtes dont elle a fait l’objet au cours des siècles. En effet, chaque conquérant a eu pour usage de lui donner son propre nom, si bien que la Cité et ses habitants ont fini par en oublier la dénomination originelle.

Kaidu fait partie du peuple Dao, régisseur actuel de la Cité. Empire autoritaire et martial, qui impose par la force sa vision d’un monde « cosmopolite », les Dao ne sont guère appréciés par les différentes peuplades qui composent la Cité. Kai y vient pour compléter son entraînement, mais aussi pour faire la connaissance de son père, qui vit dans la Cité depuis des années et espère trouver un équilibre entre Daos et habitants de la Cité.

Très vite, Kai se fait des ennemis parmi ses camarades de régiment, peu enclins à accepter dans leurs rangs ce jeune garçon doux et rêveur, qui n’a que faire des duels à l’épée et des Mawashi-geri. En explorant la ville, Kai fait la connaissance de Rate, une autochtone orpheline qui survit comme elle peut dans les rues. A la fois surpris et fasciné par l’agilité de la jeune fille, qui vole littéralement de toit en toit, Kai demande à Rate de l’initier à l’art du déplacement, en échange des victuailles dont elle manque cruellement. C’est le début d’une amitié qui aura des répercussions sur l’avenir même de la Cité.

Faith Erin Hicks est une artiste complète , qui a débuté sa carrière grâce aux webcomics, avant de réaliser des travaux chez Marvel et DC. Avec la Cité Sans Nom, elle renoue avec ses première amours en livrant un récit débridé dans un univers mêlant diverses architectures extrêmes orientales. Notre duo de protagonistes, Kai et Rate, fonctionnent sur la mécanique habituelle des « ennemis jurés », qui sont initialement défiants l’un envers l’autre pour ensuite apprendre à se découvrir et enfin apprécier leurs différences et devenir inséparables.

Cela n’a certes rien de surprenant mais conserve le mérite d’être efficace. Tout en introduisant peu à peu un contexte politique tendu et réaliste (une cité que se disputent plusieurs civilisations au cours des siècles, avec une dynamique oppresseurs/opprimés, ça ne rappelle rien à personne ?), l’auteur noue en parallèle sa relation amicale entre Kai et Rate, pour ensuite faire converger ces deux lignes narratives lors du troisième acte, montrant ainsi une maîtrise des codes narratifs et du storytelling.

Comme une majorité des dessinateurs issus du monde de l’animation, Faith Erin Hicks porte beaucoup d’attention au design des personnages ainsi qu’à leurs expressions. Les décors, pourtant grandioses, paraissent parfois un cran en dessous, alors que la Cité est en elle-même une part intégrante de l’histoire. Ceci est heureusement rattrapé par une magnifique mise en couleurs (signée Jordie Bellaire). Ce premier tome d’une trilogie est un excellent point d’entrée pour les amateurs d’univers asiatiques et les histoires traitant de tolérance en temps de guerre, d’amitiés et de passage à l’âge adulte.

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Wynd #1: L’envol du Prince

Premier tome en 260 pages d’une trilogie écrite par James Tynion IV et dessinée par Michael Dialynas. Parution le 20/08/2021 aux éditions Urban Comics, collection Kids.

Un vent de changement

Coup de coeur! (1)

Wynd pourrait être un adolescent classique, s’il ne vivait pas à Tubeville, une enclave qui isole le dernier royaume humain d’un monde empli de créatures magiques malfaisantes et difformes. Recueilli très jeune par Madame Molly et sa fille Olyve, Wynd donne un coup de main au Noir de Jet, l’échoppe tenue par Molly, et profite de la moindre accalmie en cuisine pour s’éclipser sur les toits, et observer de loin les jardins royaux, car il n’est pas indifférent au charme de Ronsse, l’apprenti jardinier.

Cependant, Wynd cache un secret qui lui gâche la vie: ses oreilles pointues, signe qu’il appartient aux Sang-Blet, réceptacles d’une magie corruptrice dont les humains doivent s’éloigner à tout prix. Le jeune garçon doit donc dissimuler sa nature véritable à tout moment, sous peine d’être traqué et tué par les soldats du Roi, dont le plus redoutable est celui que l’on nomme l’Écorché, dont l’efficacité notoire a causé la mort de nombreux sang-blet qui tentaient de trouver une vie normale dans l’enceinte de Tubeville.

De son côté, Ronsse, l’apprenti jardinier, rend visite à son ami d’enfance le prince Yorik, qui va devoir très bientôt devoir reprendre les rênes du royaume et perpétuer les Lois du Sang et l’épuration ethnique qui en constituent la base. Mais un complot se trame pour l’accession au trône, et Yorik n’est plus en sécurité. Yorik, Ronsse, Wynd et Olyve vont se retrouver embarqués dans une quête effrénée pour quitter Tubeville devenue inhospitalière, afin de rallier Norport.

Remarqué pour son passage sur Batman et Justice League, James Tynion IV livre une œuvre plus personnelle et nous introduit à un univers original empruntant à la fantasy. Dès les premiers chapitres, l’auteur parvient à mettre en lumière un protagoniste attachant et un casting cohérent qui fonctionne parfaitement sur l’ensemble de l’album, et promet même une épopée enrichissante sur les deux autres tiers de la trilogie.

L’album sait prendre son temps pour nous familiariser avec ses héros, les enjeux et les règles de son univers, et faisant preuve d’une étonnante maturité dans ses dialogues et dans le traitement de la psychologie des personnages.

Avec subtilité et sans forceps, le scénariste imprègne son histoire de la thématique essentielle de l’acceptation de soi, mais aussi de celle de la quête d’identité. Les univers fantasy sont souvent le terrain propice à la parabole sur le racisme, et Wynd en fait ici les frais, ce qui donne une profondeur supplémentaire à cette série qui montre déjà de grandes qualités d’écriture.

Michael Dialynas nous emmène dans des décors parfois intimistes, parfois grandioses, avec des paysages urbains mais aussi une nature sauvage et indomptée, empli de créatures bigarrées, qui peuvent se révéler majestueuses, effrayantes ou attendrissantes.

Wynd est donc une sacré bonne surprise, le seul point négatif, et il n’est toutefois pas des moindres, c’est qu’il va falloir attendre la suite !!

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Tenebreuse #1

La BD!
BD de Hubert et Vincent Mallié
Dupuis (Air- Libre) (2021), 69p., 1/2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Dupuis pour leur confiance.

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Autrefois fier chevalier, Arzhur n’est aujourd’hui plus qu’un mercenaire acceptant toute tache à même d’utiliser son talent martial. Accompagné de son écuyer il tombe un jour sur trois vieilles femmes qui lui offrent une quête à même de redorer son blason terni: libérer une princesse enfermée au Château noir et la rendre à son roi de père… 

Ténébreuse, tome 1 de Hubert et Vincent Mallié | Ju lit les motsC’est sur ce schéma de conte de fée archi-classique que s’ouvre cette nouvelle œuvre posthume de l’auteur de Peau d’Homme, des Ogres dieux ou du récent Joe la pirate. Et je dois dire que la linéarité de l’intrigue et l’absence relative de surprise une fois passée la rencontre entre le chevalier et la Ténébreuse laisse interrogatif, avec le même sentiment que sur la césure du récent Cauchemar d’Innsmouth qui laissait pour la seconde partie tout ce qui fait une bonne histoire: la rupture. Cette rupture apparaît donc logiquement en toute fin d’album sur un cliffhanger qui inscrit la création de Hubert dans la lignée de la série qui a véritablement révélé Mallié: le Grand Mort. Comme une variation fantasy du cauchemar initié par Loisel et Djian il y a quinze ans, tout l’intérêt de cette proposition vient de l’âme noire de la princesse, qui mets en porte-à-faux le preux chevalier quand à l’équilibre entre le bien et le mal. Qu’il s’agisse du roi ou de la marâtre, tous agissent fidèlement à leur archétype bien connu des contes de fée. Le décalage initié d’abord par les trois vieilles (servantes ou sorcières?) puis par Ia mère d’Islen permet de titiller le lecteur blasé et de semer le doute quand à ce qui est bon ou mauvais dans cette histoire. Si la relative passivité du chevalier est un peu dommage, en renforçant cette linéarité qui maintient un peu distants (le lecteur étant le miroir du héros), on n’en a pas moins envie de connaître le fin mot de cette histoire… classique. Tout à fait conscient du rôle majeur des méchants et de l’intérêt de cette dichotomie Ténébreuse : une sublime geste féministe d'Hubert et Mallié - Comixtripbien/mal dans une histoire, tout à fait spécialiste des torsions des contes et légendes comme l’a montré toute son œuvre, Hubert conserve ici ce que je lui reproche souvent, cet espèce de faux-rythme qui interdit tout épique, mais également ses qualités littéraires et ce décalage, ces anti-héros qui permettent de regarder autrement les schémas classiques.

Sur le plan graphique aucune surprise, Vincent Mallié est un magnifique dessinateur (et coloriste!!) qui nous fait parcourir villes et campagnes avec grand plaisir. Comme dit précédemment, on attend qu’il s’émancipe un jour de la lourde tutelle graphique de Régis Loisel, mais le plaisir qu’il a à dessiner et les quelques fulgurances dynamiques lorsque la noirceur s’exprime suffisent à faire de cet album un digne membre de la prestigieuse collection Air Libre. Souffrant principalement du fait de ne pas avoir été publiée en un unique volume (alors que les publications de cette collection proposent généralement d’assez copieux albums), cette histoire attendra donc sa conclusion pour pouvoir être évaluée dignement et se reposera, en attendant, sur la partition graphique tout à fait élégante.

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Avengers: Nuit Noire

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Recueil des dix épisodes la mini-série Marvel Avengers No Road Home, écrite par Mark Waid, Al Ewing et Jim Zub, et dessinée par Paco Medina, Sean Izaakse et Carlo Barberi. Parution le 25/08/2021 chez Panini Comics.

Nyx sa mère

Peu de temps auparavant, les Avengers, les plus puissants héros de la Terre, ont fait face à une nouvelle menace cosmique. Deux entités extraterrestres surpuissantes issues des Doyens de l’Univers, le Grand Maître et le Collectionneur, ont pris la planète en otage et s’en sont servi comme d’un plateau de jeu, utilisant héros et vilains comme des pions à leur service.

Ce faisant, ils ont involontairement permis à Nyx, déesse de la Nuit et des Ténèbres, autrefois toute-puissante, de rompre l’enchantement qui la maintenait en captivité depuis que Zeus l’a bannie après avoir dispersé les morceaux de son âme. Très insatisfaite de ce sort peu enviable, Nyx resurgit accompagnée de sa progéniture, et impose sa vengeance au panthéon grec, n’épargnant personne.

Seul Hercules, fils immortel de Zeus, échappe au massacre, du fait de sa présence sur Terre au moment des faits. Seul, le Lion de l’Olympe ne peut rien face à la déesse de la nuit. C’est pourquoi Voyager, la fille du Grand Maître, grande admiratrice des Avengers, se lance dans une campagne express de recrutement pour épauler Hercules et repousser Nyx, dont le pouvoir grandissant provoque la disparition de la lumière à travers tout le cosmos.

Ainsi, Hercules retrouve-t-il la Sorcière Rouge, La Vision, Spectrum, Hawkeye, Hulk et Rocket Racoon, pour une quête qui va les mener aux quatre coins de l’univers, jusqu’à la source de la création, en passant par le royaume des rêves. Le souci qui va rapidement se poser, c’est que sept héros choisi aléatoirement ne seront pas nécessairement les mieux équipés pour affronter cette menace. En effet, Hercules a perdu les siens, et est donc aveuglé par la rage et le désespoir. La Sorcière Rouge, va se retrouver aveuglée par Nyx et projetée dans un monde inconnu, où elle fera la rencontre d’un célèbre Barbare. La Vision, quant à lui, est détérioré et entrevoit pour la première fois la possibilité de mourir comme un humain. Hawkeye doute de lui-même et de sa réelle place au sein de l’équipe, alors que Hulk caresse l’idée de se venger de l’archer suite aux événements tragiques de Civil War 2. Rocket Racoon, lui, se demande encore ce qu’il fait là, comme le reste de l’équipe.

Ce que l’on devient dans l’obscurité

Nous voici face à une histoire auto contenue des héros les plus populaires de Marvel, comme ont pu l’être des séries de la belle époque comme Avengers Forever. Waid et Ewing, désormais vieux briscards des comics et notoirement érudits en terme de continuité, s’entourent majoritairement de seconds couteaux, en évitant soigneusement les piliers du groupe tels que Cap, Iron Man ou Thor. En effet, Sorcière Rouge, Vision et Hawkeye, font depuis belle lurette partie du coeur de l’équipe, mais ont longtemps été considérés comme des personnages mineurs incapables de soutenir la série lors du départ des Big Three.

Nuit noire (par Mark Waid, Paco Medina, Al Ewing et Carlo Barberi)

L’Histoire a donné tort aux détracteurs, puisque la série Avengers, loin de se focaliser sur ses stars, a su perdurer en entremêlant les destinées des personnages dits secondaires, pour tisser une toile complexe au fil des décennies. Ici l’intrigue est relativement simple, mais permet à l’ensemble des personnages, dans ce casting bigarré à la limite du WTF (Rocket ?), de briller à sa manière en respectant sa caractérisation antérieure.

Il faut reconnaître cependant que l’antagoniste Nyx, si elle provoque la sympathie par moments, manque un tant soit peu de charisme et de présence. Ses pouvoirs, assez peu définis, semblent surgir et évoluer au gré des besoins des auteurs, qui nous ont habitués à plus de rigueur de ce côté-là (il n’y a qu’à lire les Ultimates de Al Ewing par exemple). L’inclusion de Conan le Barbare paraît quant à elle forcée, surtout si l’on prend en considération le fait que Marvel avait récupéré juste avant les droits du personnage.

Il n’en demeure pas moins que l’aventure cosmique de ces Avengers de la dernière chance se révèle dynamique et engageante, et prend même une dimension supérieure inattendue durant son dernier chapitre.

Dire que c’est une histoire auto contenue est peut-être un peu abusif, cependant, car les auteurs ont inclus de nombreux easter eggs et références, rappels à des événements antérieurs, qui peuvent remonter à plusieurs décennies pour certains d’entre eux. Rien de gênant pour les nouveaux lecteurs, mais très appréciable pour les true believers de la première heure.

Tout le monde devrait donc trouver son compte dans Nuit Noire: les lecteurs occasionnels ne souhaitant pas s’embarquer dans un lecture trop étalée ou trop fastidieuse, et les fans inconditionnels qui y retrouveront leurs personnages favoris, avec un avant et un après.

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BD en vrac #24: Les Artilleuses #3 – Parias #1 – Les vacances de Donald

La BD!

 

  • Raven #2: les contrées infernales (Lauffray/Dargaud) – 2021, 62p./volume, 2/3 tomes parus.

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Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance!

couv_433410C’est la conclusion de cette fort sympathique trilogie qui aura su être une vraie locomotive pour le jeune éditeur Arleston et sa maison Drakoo. Un guide pour tous les futurs projets lancés assurément!

Les deux précédents tomes arrivaient à allier stabilité et une certaine différence de structure. C’est encore plus le cas ici où le scénario nous surprend tout le long en enchaînant un faux-rythme retardant une conclusion en nous maintenant sous pression jusqu’à la grande bataille finale. Si le tome est moins axé action que les autres, les révélations très progressives et remarquablement bien expliquées confirment l’excellente tenue de la conspiration diplomatique, en référence aux feuilletons policiers et aux Brigades du Tigre. L’attelage improbable entre fantasy, braquage et politique s’avère absolument concluant et encore une fois la richesse de l’univers permet à Pierre Pevel de n’utiliser qu’avec parcimonie une galerie de personnages très foisonnante et que l’on sent solide. Surtout, une fois la conclusion de l’intrigue – tout à fait satisfaisante – aboutie, on sent fortement une envie des auteurs et une grande probabilité de prolonger l’aventure sur de nouvelles enquêtes maintenant que l’organisation derrière tout ça a été dévoilée et que la collaboration entre les Artilleuses et les Renseignements français est installée. Cette trilogie aura tout réussi (avec peut-être une petite progression du dessin à souhaiter) et installé un contexte qui permet d’envisager avec grand plaisir une série au long court.

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  • Parias #1:  (Emeriau-Bezelin/Komics initiative) – 120p., 2021

Cet album est sorti au début de l’été après un financement participatif auquel j’ai participé et qui m’alléchait pas mal. J’aime beaucoup ce type de publication où de jeunes auteurs restent très libres de créer sans certaines contraintes commerciales que peuvent poser les éditeurs. Encore faut-il que l’album soit bon… or ce n’est pas le cas de celui-ci qui malgré un travail d’habillage et de maquette sympathique où l’on trouve des textes de développement d’univers type feuilleton et journaux, le texte comme le dessins sentent malheureusement plus l’amateur que l’auteur professionnel. Je soutiens toujours les premiers albums malgré leurs défauts, y compris graphiques. Le problème c’est que les deux auteurs ici présents n’en sont pas à leurs débuts et que Boris Beuzelin a proposé par le passé des planches beaucoup plus abouties.

On comprend parfaitement l’envie de pulp steampunk ambiance Ligue des gentlemen extraordinaires. Du coup on ne cherche pas forcément l’originalité mais plutôt une atmosphère, comme sur les Artilleuses chroniquées ci-dessus. Le problème ce sont bien les texte très appuyés et une intrigue qui n’avance guère après la seule exposition de ces freaks contraints de voler pour le compte d’un milliardaire machiavélique. Sans parler des quelques coquilles que l’on pardonnera volontiers, les dialogues sont lourds et les textes de développement peu inspirés malgré une passion certaine. Au final et à grand regret (en attendant un hypothétique dernier tome du, lui, excellent Dessous, lui aussi issu du crowdfunding) j’en resterais là…

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  • Les vacances de Donald (Brremaud-Bertolucci/Glénat) – 49p., 2021

couv_432577En attendant un nouvel album de leur magnifique série documentaire animalière Love (après leur passage chez Glénat), les compères Brrémaud et Bertolucci nous proposent une nouvelle aventure Disney, avec cette fois Donald qui ne supporte plus le bruit et la violence de la ville et s’échappe pour une escapade forestière. Malheureusement ses vacances ne vont pas être si idylliques puisqu’il va découvrir que la cohabitation avec les animaux sauvages n’est pas évidente…

Ce one-shot muet s’inscrit totalement dans le canon Disney avec ses séquences d’humour, un peu de sadisme sur le pauvre Donald et une interaction en mode plan/poursuite avec les animaux, pour certains familiers (Tic et Tac). On pourrait par moment presque croire à une variation jeunesse du thème de Love, ces longs passages contemplatifs sur la nature et la vie sauvage qui semblent tant inspirer les auteurs. On n’est donc pas dépaysé et les planches restent superbes même si je les trouve un ton en dessous de ce que Bertolucci a produit sur Love. On retrouvera tout de même une thématique écologique et une critique de la société bruyante plutôt de bon ton. Un très chouette album donc qui pourra se lire très tôt, avec ou sans les parents.

Dès 6 ans.

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La baroque épopée du monde qui ne voulait plus tourner

La BD!
BD de Arleston, Dimat et Torta (coul.).
Drakoo (2021), 57p., série en cours, 1/2 volumes parus.

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bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Altek est le jeune héritier de l’Empire d’Omnamül, baroque puissance où l’étiquette compte tout autant que les intrigues d’alcôve… Lorsque sa sœur et lui sont victimes d’une tentative d’assassinat chacun sait d’où vient la menace: le régent, oncle du prince qui souhaite ardemment garder pour lui le pouvoir. Sous la protection du plus jeune frère de l’empereur défunt, il va entamer une quête sur les terres sauvages afin de trouver un moyen de résoudre l’immense mystère qui s’ajoute à ses tourments: le monde s’est arrêté de tourner…

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2021/10/La-Baroque-epopee-du-monde-qui-ne-voulait-plus-tourner-1.jpgOn ne compte plus les séries de fantasy plus ou moins originales, plus ou moins redondantes du prolifique Arleston, patron de la maison Drakoo. Alors qu’il s’apprête à reprendre le mythe Lanfeust en compagnie de son complice Didier Tarquin, l’auteur nous propose une nouvelle facétie qui démarre très fort… D’abord une esthétique de maquette fort sympathique et tout à fait recherchée afin de refléter une atmosphère ottomane faite de richesse, de sophistication et d’exotisme. En la matière, le talent d’Arleston de créer des univers colorés est intacte. Mais ce qui pique l’intérêt c’est une construction qui joue avec le quatrième mur dès la première page, en forme d’avant-rideau d’une pièce qui va commencer. Entre des parties aux titres à rallonges dignes des meilleurs feuilletons du XIX° siècle, les auteurs nous déroulent leur histoire entrecoupée de deux corbeaux parlant qui commentent l’action un peu comme le dialogue avec le narrateur du tout récent Autopsie d’un imposteur. Cet emballage est tout à fait percutant et pourrait camoufler aisément un certain classicisme de l’intrigue et de l’univers fantasy.

La Baroque Épopée du Monde qui ne Voulait plus Tourner (tome 1) - (Dana  Dimat / Christophe Arleston) - Heroic Fantasy-Magie [BDNET.COM]Car une fois le rideau soulevé on est bien dans du Arleston 100% pur jus qui ne défrise en rien l’histoire de la BD loisir. En outre, après de premières pages plutôt engageantes, l’aspect tout à fait numérique de la colo de Florence Torta (qui passait déjà assez mal sur le Danthrakon de Boiscommun, heureusement revenu depuis à sa qualité habituelle) laisse une impression de qualité assez moyenne. C’est dommage car les précédentes réalisations de la dessinatrice italienne avaient de réelles qualités. Au final j’ai bien peur que l’habillage du projet ne suffise pas tout à fait à compenser un formatage duquel Arleston a du mal à sortir. Tout dépend de la cible bien sur, un public jeunesse type « Soleil » pourra se laisser tenter par une certaine originalité, mais la question initiale qui se pose à une grande partie des BD Drakoo reste là: pourquoi faire du Soleil hors de Soleil?

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BD en vrac #23: Raven #2 – Elecboy #2 – Sa majesté des Ours #2

La BD!

Attention, fournée de très grosses nouveautés avec les seconds volumes de séries qui font partie des plus grosses ventes BD, et trois artistes reconnus et dans la pleine maîtrise de leur art. Globalement les trois albums confirment les qualités et points faibles ressentis sur le premier volume. Le détail c’est par là:

  • Raven #2: les contrées infernales (Lauffray/Dargaud) – 2021, 62p./volume, 2/3 tomes parus.

couv_431658Le premier volume m’avait laissé mitigé de par le parti-pris d’un personnage rocambolesque d’anti-héros foireux, avec un dessin et des séquences qui faisaient la part belle à l’humour. Lauffray vise-t’il commercialement le très grand public ou sa fréquentation de Lupano lui a t’elle donné des envies de s’émanciper de son univers noir…?

Ce second tome de la trilogie enchaîne directement et va s’orienter vers une fuite de Raven, Darksee et ses sbires dans les tréfonds de l’île (aux jungles impénétrables et aux décors grandioses bien sur), jusque dans les entrailles du volcan, vers un trésor dont seul Raven sait s’il est réel ou chimérique… En parallèle aux évènements se déroulant dans le fort et la jeune femme et son fils au tempérament bien trempé, on est par moment pas loin du looney toones de par les cabrioles qui tirent plus vers les Pirates des Caraïbes que vers un réalisme à la Aguire. Perso j’aime bien la grande aventure irréel, pour peu que l’enchaînement et le rythme soient solides. Or ce tome confirme que Lauffray n’est pas Dorison et ses pages subissent un certain nombre de coupures sèches qui brisent le rythme de l’action et font hésiter dans sa lecture. Même si l’on voit où l’auteur veut nous emmener, le personnage de Raven n’est du reste pas particulièrement sympathique, du coup on consomme ce tome avec une forme de plaisir industriel propre au cinéma blockbuster mais on l’achève sans supplément d’âme, ni graphique ni scénaristique. Avec un peu le même sentiment que sur le UCC Dolorès de Tarquin, ces contrées infernales restent bien réalisées mais ne laisseront pas la trace indélébile que de précédentes réalisation de l’auteur de Long John Silver ont marquées dans l’histoire de la BD.

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  • Elecboy #2: révélations #1/2 (Tanabe/Ki-oon) – 2021, collection Les chefs d’œuvre de Lovecraft.

couv_431657Avec trois parutions cette année Jaouen Salaün est prolifique! Le premier tome de son Elecboy avait marqué les esprits en début d’année, notamment par une partition graphique franchement impressionnante bien qu’un peu monotone dans les atmosphères. Avec un trait et une colorisation réalistes appuyés sur un design fort réussi, son Mad Max mâtiné d’Oblivion avait à moitié convaincu du fait d’un frein très appuyé sur la progression et la révélation des secrets. On avance dans une totale continuité avec ce second opus puisque dans une même structure scénaristique on démarre très fort avec une belle séquence d’action SF autour d’un voyageur très puissant avant de dérouler les affres du héros et de ses pouvoirs cachés. Globalement tout y est pour nous accrocher, avec un abominable méchant, des relations familiales complexe, une SF ambigüe entre éléments très technologiques et un environnement tout à fait wastlands. Pourtant l’auteur continue d’appuyer sur le frein pour des raisons qui m’échappent, comme cette rencontre entre les anges et le héros, brutalement coupée avant qu’elle ne s’affiche… La force du hors champ peut être redoutablement efficace quand elle est utilisée avec parcimonie. Ici elle casse le rythme en nous frustrant tout le long dans notre envie de rentrer dans le vif du sujet. Salaün semble assumer ce faux rythme. Cela n’enlève pas les grandes qualités de cette série post-apo mais l’empêche malheureusement d’être un blockbuster immédiat. Frustrant je disais…

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  • Sa majesté des ours #2: nous tomberons ensemble (Vatine-Cassegrain-Dobbs/Comixburo) – 2021, série en cours.

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Merci aux éditions Comixburo pour leur confiance!

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Le premier volume de la nouvelle saga fantasy de Vatine et Cassegrain m’avait enthousiasmé en début d’année. On reprend directement après la dernière scène du précédent, alors que nos héros étaient enlevés par un Goliath éléphantesque soudainement arraché de sa roche… pour voir cette vision dantesque mise à bas immédiatement. On est un peu frustré de voir ce souffle mis sous l’étouffoir alors que la Fantasy est un genre exigeant de la démesure, de l’espace… et de la lumière. Et l’on retrouve le même problème d’éclairage des planches de Didier Cassegrain. Du coup, avec une intrigue qui se tourne vers une structure de one-shot avec la capture et l’affrontement d’un clan de crocodiles ce deuxième volume est un ton en dessous du précédent en se refermant sur des enjeux moins politiques et un terrain plus étroit. Notre héros recherche en effet ses amis avec l’aide d’une Léopard-sorcière sans aller bien loin dans sa quête et en nous donnant un peu l’impression d’un intermède (déjà?) dans la grande intrigue. Nous découvrons toutefois des informations sur l’humain et quelques passages chez les Ours font un peu avancer le schmilblick mais pas suffisamment pour maintenir l’enthousiasme initial. La difficulté permanente des tomes deux pour toute série… On savourera donc quand-même les jolies séquences d’action, les dialogues très bien tournés et tout de même les dessins du maître, en espérant un retour à l’épique dans le troisième volume.

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Voro #8: Le tombeau des dieux, deuxième partie

Huitième tome de la série écrite et dessinée par Janne Kukonnen. 174 pages, parution aux éditions Casterman le 07/07/2021.

Second souffle, seconde chance

Après avoir réveillé par erreur Ithiel, le dieu vénéré par la Tribu du Feu, la jeune voleuse Lylia a du faire face aux conséquences de ses actes. Déterminé à se venger de ceux qui l’avaient trahi, Ithiel est plus que jamais résolu à purifier le monde par le feu, et il faut bien avouer que peu d’obstacles se dressent sur sa route.

En effet, les royaumes humains, gouvernés par des rois cupides et belliqueux, sont divisés et affaiblis. Incapables d’opposer une quelconque résistance au Père Feu et à son armée de géants invincibles, ils sont promis aux flammes purificatrices qui précèdent inévitablement l’oubli. L’Oubli, Lylia en revient justement. Tuée par Ithiel après avoir tenté de l’achever avec la dague de la Demoiselle de la Nuit, la vaurienne au grand cœur est parvenue à convaincre la Mort elle-même, de lui donner une seconde chance.

Revenue chez les vivants, elle est de nouveau confrontée aux conséquences de ses erreurs et s’allie avec son mentor Seamus, mais aussi avec le maître Chaman de la Tribu du Feu et deux rois autrefois en guerre, afin d’éviter le pire à l’Humanité. Parviendront-ils à mettre leurs différends de côté afin d’œuvrer pour le bien commun ?

Come on baby, light my fire

Ce huitième tome est marquant d’abord par sa pagination, sensiblement plus élevée que les précédents tomes. Cela annonce donc un récit plus dense, où les rebondissements et les révélations seront nombreux. La galerie de personnages créée par l’auteur s’enrichit encore davantage, par des interactions inattendues et un compte à rebours qui se fait de plus en plus pressant.

De nouveaux items narratifs viennent donc s’ajouter, dont un personnage longtemps évoqué et suggéré, la fameuse Demoiselle de la Nuit, divinité autrefois vénérée par la Guilde des Voleurs à laquelle Lylia appartenait. La dimension mystique apportée par ce personnage est bienvenue et apporte une touche de nouveauté à l’ensemble, qui était toutefois déjà orienté fantasy.

Pour le reste, on relève une mise en lumière du personnage de Seamus, au travers d’une révélation choc qui remet irrémédiablement en question sa relation avec sa jeune protégée. Graphiquement, le trait de Janne Kukkonen a parfaitement imbibé l’univers original qu’il s’est constitué. Ce tome 8 fait monter les enchères et sera suivi par le tome 9 en novembre 2021, pour une conclusion certainement épique !

***·BD·East & West·Service Presse

Les brumes écarlates #1

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Manhua de Wu Quigsong
Glénat (2021), 192 p., série en cours.

La maquette de ce premier tome a été particulièrement soignée et il est indéniable que cette couverture à la fois mystérieuse, rageuse et dotée de l’esthétique toujours fort agréable des calligraphies chinoises dorées, marque la rétine sur un étalage. Dans un format comics on a un résumé très parlant qui met l’accent sur la grande force du volume, le design incroyable créé par l’auteur et un aperçu du style graphique qui évite de se reposer sur la seule couverture (qui reste très proche des planches intérieures). L’intérieur de couverture présente une carte géographique des royaumes et des lieux… qui si elle est fort utile pour appréhender la complexe géopolitique du lieu, reste un peu confuse car elle n’indique pas tous les sites nommés dans l’histoire. Du coup on se perd un peu à rechercher des zones qui restent introuvables. Après une citation de l’inévitable Lao Tseu, nous aurons ensuite droit à un prologue et cinq chapitres, avant de refermer le volume sur un cahier graphique de quatre illustrations. Même si on aurait aimé un cahier final plus étoffé, l’ensemble mérite un Calvin pour la qualité générale de l’habillage très soigné.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Depuis l’apparition des mystérieuses et mortelles Brumes écarlates il y a trois siècle le monde des hommes (ou ce qu’il en reste…) s’est réorganisé en états perché sur les hauteurs, protégés du danger. Pourtant les jalousies et rivalités restent omniprésente… Alors qu’une alliance matrimoniale semble marquer un apaisement dans les relations diplomatiques des royaumes, la réapparition des Brumes sème le chaos, dont profite une troupe de maraudeurs pour enlever la princesse…

Brumes écarlates T1 : Les rebelles (0), bd chez Glénat de Qingsong,  Haiyang, XinjiangLes auteurs chinois ont décidément le vent en poupe dans notre pays car après le sublime ouvrage de Golo Zhao, Glénat nous propose la première création solo de Wu Qingsong. Cet auteur formé aux Beaux-arts a déjà publié plusieurs séries en France. Les Brumes écarlates est la traduction du projet The rebels paru en 2019… ce qui laisse penser qu’il ne faudra pas être pressé pour en lire la suite (non encore sortie en VO donc), d’autant que Qingsong a été embarqué dans la frénésie d’adaptations de l’auteur majeur de la SF chinoise, Liu Cixin (avec notamment la version graphique de l’ouvrage qui l’a propulsé au firmament, Le problème à trois corps, lauréat du prix Hugo en 2015).

Il est indéniable que sur le plan graphique l’école chinoise alliant technique BD  et graphisme classique inspiré par les estampes et les paysages contemplatifs liés à la culture chinoise propose une qualité impressionnante. Bien plus proche de la culture franco-belge que du manga, le Manhua se lit de gauche à droite et adopte un découpage occidental influencé par la culture hong-kongaise et Taïwannaise. Ainsi l’approche pour le public français est très simple et ne souffre pas des écarts culturels que peut apporter le manga. On trouve en revanche dans Les Brumes écarlates l’attrait de nombre de récits chinois pour les grandes manigances de palais et intrigues géostratégiques issues de l’histoire féodale fort compliquée de l’Empire du Milieu.

Capture d’écran du 2021-09-18 18-43-03L’album commence comme un rêve de lecteur de BD, avec des planches à tomber tant par leur esthétique que par leur cadrage très intéressant. Très vite on constate que cet univers fantasy adopte un design là encore très inspiré et teinté de steampunk via des armures dont on ne comprend pas encore les facultés. Car si l’auteur aime à détailler de complexes dialogues stratégiques il reste un peu chiche dans les explications d’univers, ce qui est frustrant car si les visuels sont somptueux de bout en bout on reste un peu sur sa faim dans la compréhension de ce qui se déroule sous nos yeux. Le syndrome des illustrateurs-scénaristes en somme…

Les brumes écarlates a ainsi beaucoup d’atours d’un très classique récit médiéval chinois où l’on retrouve des dialogues pas forcément très inspirés et très manichéens (avec le gros général très brut et l’androgyne chevalier adepte de la finesse, l’éternel Ying et Yang). En tant que lecteurs occidentaux on aura un peu de mal avec cet aspect. Heureusement que les dessins emprunts d’estampe comme de l’univers des premiers Miyazaki (grosse influence du manga Nausicaa) rehaussent fortement l’intérêt comme le design des combats posant les chorégraphies dans le graphisme.

Ce premier volume apparaît comme une introduction où hormis l’apparition du héros et de sa troupe de soldats « ronin » intervenant dans les interstices entre les gigantesques armées des royaumes on ne saura pas grand chose de ces Brumes écarlates et l’on s’accrochera à saisir les subtilités de la politique locale. Une séquence de présentation des personnages où l’on comprend que la politique est sale et sans morale et que certains guerriers adoptent leur propre stratégie. Guère plus…Capture d’écran du 2021-09-18 20-08-14

Restent ces grandioses panoramas fantastiques, ces couleurs parfaites et une partition graphique sans faute qui hisse cet album parmi les top 2021 dans la catégorie dessins. Il sont nombreux les albums de très grande dessinateurs restés lettre morte (je pense au Dernier loup d’Oz de Lidwin) après un premier tome flamboyant. L’artiste semble conscient de la nécessité de ne pas travailler seul puisqu’il s’est adjoint l’aide d’un collaborateur au scénario. Cet univers doté d’armures steampunk étranges, de poupées animées et de rhinocéros de guerre mérite la plus grande attention tant il flatte nos imaginaires avec un potentiel absolument énorme. Ce ne seront pas les quelques difficultés de mise en place et des dialogues manquant de percussion qui effaceront cette impression qu’il faudra donc confirmer assez rapidement pour éviter de devenir un énième joli one-shot sans lendemains.

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