****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Tao Bang

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD de Blanchard, Vatine, Pecqueur et Cassegrain
Delcourt (1999-2005), série terminée en 2 volumes. 46 p./album

En 1999 le label série B lancé par Olivier Vatine chez Delcourt (bientôt rejoint par son comparse Fred Blanchard) a quatre ans. Après un album (Corail noir) que beaucoup considèrent comme un chef d’oeuvre mais qui ne clôture pas la série Aquablue, Vatine part faire un comic Star Wars puis revient chez Delcourt où il lance cette collection destinée à publier des BD de SF, des Western et tous les univers pulp d’action graphique débridés. Après une expérience d’animateur Didier Cassegrain se laisse tenter par l’expérience BD avec cette histoire de pirates sexy dans un univers de fantasy steampunk…

Résultat de recherche d'images pour "tao bang cassegrain"A Port-Xanath le lupanar d’Ellora fait grise mine: le terrible Chrik-dragon Ad Arphax a entrepris de faire concurrence en employant les mythiques sirènes dans sa propre maison close. Le colosse Norden et ses acolytes décident d’entrer dans le conflit, lorsqu’ils trouvent sur leur route la pirate Tao bang, qu’il connaît très bien…

Lorsque le premier tome sort c’est un événement tant l’alliance du design de Vatine et Blanchard avec la maîtrise technique et les couleurs de Cassegrain font mouche. Il faudra malheureusement attendre pas moins de six ans entre les deux volumes d’une série qui annonçait une suite (la vallée des géants). J’avais lu le premier tome à l’époque et viens de découvrir la clôture de cette histoire avec l’immense regret de savoir que la suite n’aura jamais vu le jour. Car avec le recul, Tao Bang est vraiment une grande réussite, totalement dans l’esprit Série B, avec des personnages attachants, de l’action très efficace (comme le montre le dessinateur sur son récent Conan) et un univers riche. Ce qui plaît c’est le côté coquinou bienheureux, un monde où le sexe est joyeux, les méchants bien bêtes et où les querelles ne durent jamais bien longtemps. Un esprit Walt Disney avec le puritanisme en moins. Car chez Tao Bang les filles sont très court vêtues, les messieurs torse-poil et les combats se finissent souvent tête tranchée. C’est la grande aventure remplie de scènes improbables et de vannes lancées dans les moments les plus dramatiques.

Résultat de recherche d'images pour "tao bang cassegrain"Si l’intrigue lancée dans le premier tome nous prépare à un voyage potentiellement long, il semble que les auteurs aient préféré clôturer l’histoire en seulement deux volumes, avec une accélération un peu dommage sur le second tome où nous avons des ellipses très brutales. Cela ne suffit pourtant pas à dégrader la qualité de ce diptyque tant l’action est effrénée, drôle, esthétique. Ce qui m’a beaucoup plu c’est à la fois la touche steampunk qui donne toujours une coloration originale aux univers et le côté « poignée de coqs dans une basse-cour »: sans jamais tomber dans le vulgaire, le thème de la sexualité et de la nudité sont permanents et introduisent un aspect paillard de marin fort sympathique à cette histoire. Didier Résultat de recherche d'images pour "tao bang cassegrain"Cassegrain, fort de son expérience en animation, sait déjà dynamiter ses pages avec une action extrêmement lisible malgré son style très particulier qui pourra faire tiquer certains lecteurs. On sent à chaque plan une maîtrise du cadrage, du mouvement et une vérité qui transpire de ces personnages dégingandés aux aspects de marionnettes mal dimensionnées. Personne ne pourra nier que Didier Cassegrain a un style unique que seule une colorisation très numérique (c’était l’époque de Schell et rosa…) sur le second album vient entacher. On ne lui tiendra pas rigueur de cela tant le début des années 2000 ont vu les dessinateurs s’engouffrer dans l’outil numérique sans toujours réaliser l’obsolescence de ces aspects lisses.

Ayant lu Tao Bang dans la foulée des Clous rouges j’ai été surpris de constater que le premier parvient bien mieux que le second à retranscrire cette magie de la fantasy, de ces mondes naïfs où chaque bâtisse est incroyable et où les barbares n’ont jamais froid aux yeux. Résultat de recherche d'images pour "tao bang cassegrain"Le dessinateur qui a passé beaucoup de temps dans des univers contemporains et SF entre les deux titres n’a finalement pas beaucoup bougé et le trait sur Tao Bang est déjà remarquablement mature. Sans doute la colorisation est-elle désormais plus subtile et maîtrisée mais l’on sent le plaisir (notamment sur le premier album) du dessin, de la construction d’univers. Étonnant de maturité, ce premier album mérite d’être redécouvert et constitue un témoignage des débuts d’une équipe créative initiée par Vatine, aujourd’hui arrivée à la notoriété alors que leurs meilleures productions se situent peut-être dans ces déclarations d’amour que sont Tao-Bang, 500 fusils ou les premiers Carmen MacCallum ou encore un certain Gipsy que Marini dessinait chez un autre éditeur…

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Conan: les clous rouges

BD du mercredi
BD de Vatine, Hautière et Cassegrain
Glénat (2019), 56 p. one shot.

couv_373253Comme tous les albums de la collection Conan le cimmerien l’ouvrage comporte en intérieurs de couverture une carte de l’Age Hyboréen ainsi qu’un cahier graphique de treize pages incluant une contextualisation de la rédaction des Clous rouges par Robert E. Howard et quelques illustrations hommages de différents illustrateurs… l’occasion de voir Olivier Vatine aux crayons avec toujours autant de classe! Je vais profiter de cet habituel paragraphe « éditions » pour aborder la question de la couverture: celle-ci est très jolie et totalement dans le thème frazzetien… si ce n’était l’étonnante pudeur qui a fait jouer au caleçonneur en ajoutant de petites culottes à l’illustration originale de Didier Cassegrain (en pied de cet article) exposée à la galerie Maghen. Je n’ai pas pu savoir si cela avait été imposé par Glénat ou proposé par l’auteur mais c’est assez incompréhensible quand on voit le reste de l’illustration avec les demoiselles très aérées, le côté sanglant de l’album et la relative sagesse de ces pages intérieures côté nudité. Ce n’est pas une affaire d’État mais pose question sur l’éventuelle influence de l’éditeur sur le contenu de l’album…

Lorsque Conan et Valéria, deux mercenaires aussi proches que sans scrupules, se réfugient dans une gigantesque cité pour échapper à des dragons ils pénètrent dans une sorte de tombeau sans ouverture où une lutte sans merci se déroule depuis une génération entre deux clans. Bientôt on leur demande d’intervenir pour faire pencher la balance…

Résultat de recherche d'images pour "conan clous rouges cassegrain"Quand on sait que la collection Conan le cimmérien est issue de nouvelles courtes et que l’univers du plus célèbre des barbare est marqué par l’esthétique plus que par la complexité des intrigues, on n’est pas très difficile quand au scénario, qui ici s’avère aussi basique et attendu que celui de la Fille du géant de gel. Pas vraiment de surprises mais plutôt de l’intérêt dans les relations du barbare avec les filles, à commencer par la très réussie Valéria, farouche combattante qui rappelle Tao Bang, la première héroïne croquée par le dessinateur des Nymphéas noirs il y a une éternité (… et dont je vous propose une critique rétro dès ce vendredi pour profiter de ma semaine Cassegrain!). Commençons par les points négatifs: après une course forestière aux prises avec une sorte de dragon archaïque où les couleurs, l’espace et l’action épique nous font rentrer de façon tonitruante dans l’ambiance Conan, les deux comparses arrivent dans le huis-clos de la cité de Xuchotl. A partir de là les planches deviennent quasi monochromes et malgré  le côté cyclopéen des immenses salles de pierre, le manque de lumière écrase un peu les dessins de Didier Cassegrain dont la mise en couleur est une des grandes qualités (pour preuves opposées les Nymphéas d’un côté, la version n&b des Clous rouges de l’autre dont on peut vraiment se demander, au vu de la technique du dessinateur, si elle était pertinente…). On peut également se demander (mais c’est toujours un peu le cas chez cet auteur) si le calibrage de l’impression est bon tant l’effet surexposé créé en partie par les très faibles encrages est présent.

Résultat de recherche d'images pour "conan clous rouges cassegrain"Les auteurs ne sont bien entendu pas vraiment responsables de cela puisque le texte imposait un cadre. Si l’histoire de ces deux clans ennemis à mort ne nous intéresse guère, le dessinateur aidé par le talent désormais légendaire de la mise en scène d’Olivier Vatine nous propose un design inspiré par les civilisations précolombiennes qui mélangé au thème du harem asiatique crée un univers très attrayant qu’on aurait aimé voir dépasser les costumes. Car ce qui marque dans cet album ce sont bien les plans rapprochés, les séquences d’action particulièrement réussies (comme tous les illustrateurs passés par l’animation, Cassegrain a le sens du mouvement!), aussi drôles que gores, notamment grâce à une Valéria pleine de grâce, d’énergie aérienne et de répartie. Si les filles ont toujours un rôle important dans les histoires de Howard, cette version des clous rouges est sans doute celle où l’héroïne prends le plus l’ascendant sur le colosse cimmérien. Le couple fait l’album et lorsqu’il est séparé pour des récits obscures le rythme se perd.

Résultat de recherche d'images pour "conan cassegrain"L’attente plus ou moins grande marque sans doute la réception des albums de la série et on peut dire sans hésiter que celui-ci était l’un des plus attendus, notamment depuis le carton du polar adapté de Michel Busi en début d’année. Et je confesse que contrairement à un Virginie Augustin qui était remarquable d’équilibre cet album m’a paru un peu timide, malgré donc les quelques planches barbares et sexy qui ne masquent pas cette dernière illustration hommage à Frazzeta: elle semble faire dire à Didier Cassegrain qu’il aurait souhaité donner cela à ses lecteurs, une ode sauvage débridée… Pour boucler la boucle est-ce que le cahier des charges de Glénat ne serait pas un peu trop grand public? Étrange série en tout cas où les thèmes finissent pas revenir, où le caractère décousu des nouvelles (verra-t’on enfin cette histoire de Conan pirate dont on nous parle depuis plusieurs albums?) peut lasser mais où de grande dessinateurs nous procurent tout de même des plaisirs certains. Entre des pages ou cases magnifiques du dessinateurs, un album bancal dont la fin abrupte confirme l’ambition relative d’une collection dont les auteurs ont du mal à dépasser le carcan.

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**·***·BD·Jeunesse·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique·Rapidos·Service Presse

BD et vrac #11

Aujourd’hui pas de jeunesse ni de docu mais une fournée spéciale nouveautés toutes fraîches avec de grosses sorties très grand public. Après la grosse artillerie de com’ autour de ces albums, en vrai qu’est-ce que ça vaut?

  • Le dernier dragon #2 (Pecau/Pilipovic/Delcourt) – 2019, 2 vol parus.

Critique réalisée sur version numérique pour Iznéo.

bsic journalismbadge numeriqueLe premier tome de cette série est paru en mars dernier et nous voilà déjà avec la suite d’une très bonne surprise du printemps. Si la couverture est tout aussi magnifique que la première, l’album souffle le chaud et le froid et l’on se demande du coup s’il n’a pas été réalisé un peu vite… Le scénario très étrange commence sur des récits de Léonard de Vinci avant de nous faire retrouver l’héroïne envoyée en Terre-sainte pour finir par retrouver les protagonistes des toutes premières pages de la série. Les sauts sont du coup un peu brutaux et le scénariste pourtant chevronné oublie un peu de développer son background et la liaison entre les séquences. Même chose pour les dessins de Pilipovic, parfois superbes et précis, parfois manquant étrangement de netteté. Le duo a un talent certain et le matériau est riche mais les affrontements dragoniers ne suffisent pas à maintenir l’intérêt au niveau du premier volume. Espérons que ce ne soit qu’un petit coup de mou car il serait vraiment dommage que cette série tombe dans une banalité du tout venant Fantasy.

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  • Danthrakon (Arleston/Boiscommun/Drakoo) – 2019, 1 vol/3 parus.

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bsic journalismAprès des années passées chez Soleil où son univers fantasy a très grandement participé à marquer la ligne éditoriale de l’éditeur toulonnais, Arleston a accepté de prendre en charge le nouveau label Drakoo de chez Bamboo, avec en ouverture de bal ce Danthrakon, série jeunesse prévue en trois tomes. Si vous suivez ce blog vous savez que je considère les séries de plus de six volumes comme des démarches commerciales, aussi ce format me mets dans de bonnes dispositions. Je connais l’univers d’Arleston et ai toujours aimé Lanfeust (au moins les deux premiers cycles), en revanche si j’aime bien les images des BD de Boiscommun je n’avais rien lu de lui jusqu’ici. Cet album nous présente un univers (ou plutôt une cité) de magie ou différentes races cohabitent et se rangent par fonction. Les mages prennent des apprentis à leur service dans des maisonnées organisées comme les domaines du XVIII° siècle. Une caste d’inquisiteurs surveille l’utilisation de la magie dont la variante « magie du sang », considérée comme primale et incontrôlable, est interdite. Le héros, jeune marmiton un peu niais (ça ne vous rappelle personne?) se retrouve dépositaire de la puissance magique d’un ancien grimoire, qui le transforme en bête surpuissante… Résultat de recherche d'images pour

J’avoue avoir été un peu déçu par cet album qui se confirme être destiné à un lectorat jeune, avec une simplicité d’action et de textes qui se justifient en cela. Tout d’abord le dessin d’O.G. Boiscommun est étonnamment faible et brouillon par rapport à ce qu’il a produit jusqu’ici. Je soupçonne l’encrage et la colorisation (réalisées par deux autres personnes) assez plate et informatique d’être la cause de cela puisque le cahier graphique de fin de tome montre de superbes dessins. Ce dessinateur nous a habitué à apprécier ses couleurs directes et le style que l’on apprécie est ici perdu, c’est très dommage! Pour ce qui est de l’univers et de l’histoire il n’y a rien de très surprenant. Encore une fois l’efficacité d’Arleston plaira probablement aux jeunes lecteurs mais contrairement à Lanfeust et d’autres séries du scénariste les adultes risquent d’avoir du mal à se laisser tenter. Pour l’originalité on attendra de voir les autres tomes mais pour l’heure on reste avec de la BD très formatée dont a peine à détecter la plus-value dans l’océan de la BD fantasy. Pour un démarrage de collection j’attendais quelque chose de plus qualitatif, surtout que ce qui s’annonce chez Drakoo semble plutôt alléchant.note-calvin1note-calvin1


  • Time lost #1 (Sala/Khaled/Soleil) – 2019

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On ne va pas se mentir, ce pulp plein de nazis, de soldats amérloques malpolis, de pom-pom girls, de dino et de Mechas se lit très très vite. Si tout est dans la couverture et que certains pourront trouver le ratio prix d’achat/temps de plaisir un peu dur, il est indéniable qu’Afif Khaled est un super dessinateurs qui maîtrise à merveille la technique numérique et que son dessin ne souffre que de très peu de défauts avec une minutie des détails remarquable. Jean-Luc Sala est un scénariste expérimenté qui aime les univers d’aventure décalés (son très bon Spynest et le plus complexe Cross-fire avec Pierre-Mony Chan) et il aurais pu nous en donner un peu plus pour cette entrée en matière. Du coup je crains la série à rallonge très commerciale… Il n’en demeure pas moins que l’on prend un plaisir certain dans cette immersion pop-corn proche de ce que va nous proposer Herenguel avec son Kong Crew: c’est chatoyant, plein de testostérone, de clichés qu’on aime, bref une BD de garçon coupable qui souffre surtout de dialogues franchement bof avec beaucoup de bons mots qui tombent à plat. Mais ce n’est pas très grave puisqu’on est là pour les dessins et l’action.

Et un autre avis chez Constellation. https://blogconstellations.home.blog/2019/09/27/time-lost-01-operation-rainbow-2-jean-luc-sala-et-afif-khaled/

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Sushi & Baggles #19

esat-west

  • Radiant #12 (Tony Valente/Ankama) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

couv_372451Attention le nouveau Radiant est arrivé, avec une jaquette toujours aussi belle, centrée sur les personnages… qui sont la grande réussite de la série. Tony Valente aime ses personnages et les développe tous à fonds , si bien que lui comme nous ne sait plus où donner de la tête tant les possibilités sont nombreuses. Qui est un personnage principal, secondaire, tertiaire? …impossible de le dire tant tous ont leur moment de bravoure. D’ailleurs ce volume est l’un des rares à être quasi exclusivement centré sur un side-kick, à savoir l’anti-héros Doc, aux prises avec les affreuses sorcières de la Mesnie. Dans des dessins toujours aussi virtuoses et minutieux, l’auteur nous fait hurler de rire avec ses millions de mimiques et jeux de langues (donc Doc, si vous vous souvenez, est le spécialiste). Un volume axé baston qui se termine explosivement à Bôme et nous propose, encore, plusieurs nouveaux personnages de grande qualité. Tony Valente a déjà confessé dans ses discussions de fin de volume que son univers était assez riche pour plusieurs dizaines de volumes et on le croit volontiers tant on a plaisir à replonger et découvrir le monde de Radiant à chaque volume. Déjà douze et on a l’impression que l’on vient juste de commencer… Vivement la suite!

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  • Atomic Robo #2 (Clevinger/Wegener/Casterman) – 2019, 2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour leur confiance.

couv_366465Ma chronique du premier tome se trouve ici.

Le Robot le plus bourrin du XX° siècle revient chez Casterman Paperback… et surement pour longtemps puisque l’éditeur original IDW en est actuellement à 13 volumes publiés. Ceci explique pourquoi le background se révèle aussi progressivement sans explication particulière au sein des épisodes que contient chaque volume relié et construits comme des séquences quasi autonomes. A noter que les couvertures originales sont très jolies et que Casterman serait bienvenu de les intégrer (ce qui se fait habituellement en comics) dans les prochains tomes. Ce second épisode est beaucoup plus structuré que le premier avec une intrigue qui suit Atomic Robo lors du débarquement en Sicile. On découvre différents alliés, deux nouveaux méchants nazi, des machines, des soldats monstrueux et un verbiage incessant entre deux balles et trois explosions. J’ai trouvé du coup l’histoire plus sympa à suivre car moins hachée mais un peu plus sérieuse jusqu’à la dernière portion qui introduit un étonnant soldat québécois qui a dû donner beaucoup de mal aux traducteurs et qui nous propose des expressions qui vous laisseront aussi pantois que Robo… Voyons voir donc quel format nous réserve la suite que je suivrais personnellement avec beaucoup d’envie tant les dessins (quasi uniquement découpés en cases pleine largeur format cinémascope!) comme l’esprit de cette série qui ne se prend absolument pas au sérieux sont de petites sucreries bien agréables.

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  • Coyotes #1 (Lewis/Yarsky/Hicomics) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

displayimageMon expérience avec les albums Hicomics (la branche comics de l’éditeur Braguelonne) n’avais pas été très fructueuse jusqu’ici. Generation Gone ne m’avait pas totalement convaincu et le réputé Invisible Republic m’a laissé sur le côté… Heureusement Coyotes arrive et marque chez moi un intérêt soudain, non forcé, pour une oeuvre résolument originale, mêlant discours politique (un féminisme agressif faisant assez directement référence au comportement prédateur sexuels des hommes), une revisitation du mythe du Petit Chaperon rouge (l’héroïne est appelée Rouge et combat des loups…) et le principe de la guerre secrète entre deux entités ancestrales incarnant la force masculine et la féminité naturelle. Une base théorique très solide pour un premier tome (sur deux parus aux USA et qui doit conclure la série) construit façon puzzle, sans linéarité temporelle claire mais avec une recherche dans la narration, les dialogues et l’esthétique générale  qui accroche fortement le lecteur blasé des comics indé. Souvent le dessin me fait tolérer des intrigues pas toujours fabuleuses et je suis aux anges quand l’équilibre est trouvé entre le trait et le récit. Caitlin Yarsaki a un réel talent qui se ressent sur son premier album malgré des dessins un peu rapides par momentRésultat de recherche d'images pour "coyotes yarski". Ses visages (qui ont la particularité d’être très cernés… juste un style ou un reflet de la fatigue générale dans ce monde violent?) sont incroyablement expressifs et esthétiques, même quand elle dessine des mamies hystériques vociférant et la subtilité de ses planches réponds à celle de l’écriture qui joue délicatement de graphie (avec cette Duchesse dont les bulles sont habillée d’élégantes arabesques) et parfois presque de poésie. Dans cette histoire antique des hommes transformés en loups par d’anciennes reliques chassent les femmes. Un groupe de survivantes, les Filles perdues se réunit, se forme aux arts guerriers et part combattre son ennemi… Cette histoire mythologique permet de se dispenser de réalisme géographique comme temporel et l’on se plait à suivre ces personnages très forts dans une mise en forme où chaque case est travaillée. Coyotes a des lacunes comme tout premier album, mais il respire le talent et sort résolument du lot des comics indépendants. La bonne pioche de l’éditeur.

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Sushi & Baggles #18

esat-west

  • Spider-man (Brian Bendis/ Pichelli/Pannini) – 2017

couv_313191Cet album est le premier de la série Marvel NOW!, que je rattrape album après album avec toujours autant de plaisir. Étant très méfiant envers les multiples reboot, relaunch etc de Marvel, je constate simplement que les dessinateurs de cette collection sont globalement excellents (cela m’a permis depuis plusieurs années de découvrir de petits scribouillards comme Esad Ribic, Stuart Immonen ou Sara Pichelli…) et les scénarios s’accommodent très bien du cahier des charges éditorial pour proposer des aventures rafraîchissantes pour le lecteur occasionnel de comics que je suis. Simplement, les choix de couvertures et de présentation de l’éditeur Pannini brouillent toujours autant la compréhension des suites et collections. Le mieux est donc de se reporter sur les fiches BDgest qui permettent de distinguer les séries homonymes par années notamment. J’ai découvert le personnage de Miles Morales, le nouveau spider-man afro-latino dont l’idée a été inspirée à Bendis par l’élection de Barack Obama dans le film Into the Spider-verse. Cet album très sympathique se déroule après l’arrivée de Morales dans l’univers commun, où il y a donc désormais deux spider-man. On constate que le MCU a fusionné le personnage de Moralès avec Peter Parker notamment dans ses relations avec son pote. Ce volume est assez surprenant car il présente des X-men comme parcourant ouvertement le monde, fait des allusions aux événements des Inhumains. Un plutôt bon album très agréable à lire et assez didactique. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il peut constituer une entrée en matière mais le lecteur occasionnel de Marvel y trouvera son compte.

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  • Talli, fille de la lune #2 (Sourya/Ankama) – 2019, 2 vol/3 parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

couv_370344Ma chronique du premier tome se trouve ici.

Nous retrouvons Talli et sa troupe de guerriers mal assortis dans un second volume qui fleure bon l’action et se présente essentiellement comme une confrontation avec une entité démoniaque increvable appelée « le roi de la forêt »: une sorte de loup géant corrompu qui nous rappelle celui du récent Nils mais on imagine que les références de l’auteur se tournent plutôt du côté des sangliers de Princesse Mononoké. Je dois dire que si le premier tome m’avais plutôt accroché avec le développement d’un univers intéressant avec cette guerre ancienne et ses invocatrices capables de faire apparaître des créatures géantes extrêmement puissantes (l’atmosphère rappelle par moment le comic Monstress), la linéarité de ce volume, si elle apporte de nouveaux personnages, m’interroge pour une série prévue assez courte. L’histoire n’ayant pas avancé (hormis pour Lélo et Alan) dans la compréhension des personnages, on se demande comment Sourya va boucler son affaire en un unique volume. Les séquences d’actions sont toutefois maîtrisées et assez efficaces alors que les paysages de montagne enneigée et de la tour de garde sont assez inspirants. Pour une création originale d’un jeune auteur la série est honnête. On n’a pas la déception d’un Nils mais cela reste bien moins efficace qu’un Radiant (d’un auteur qui a beaucoup plus de bouteille). J’imagine que la collaboration de Sourya avec un scénariste chevronné sur un album complet lui aurait été profitable avant de se lancer seul, ses collaborations sur les collectifs Doggybags et Midnight tales restant sur de petits formats.

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  • Tsugumi project #1 (Ippatu/Ki-oon) – 2019

couv_369819Démarrant rarement une nouvelle série avant sa clôture (j’évite les longues séries Manga), je me suis néanmoins laissé tenter par ce Tsugumi project à la couverture très réussie et intrigante. A lire l’interview de fin de volume il semble que ce soit une création originale en première édition chez Ki-oon, ce qui confirme le poids du marché français dans le Manga: si des auteurs hexagonaux commencent à être traduits au Japon (après l’expérience malheureuse de Jean Giraud avec Taniguchi sur ICARE), des orientaux font le choix de publications hors de leur pays d’origine. Tsugumi a beaucoup d’atouts, à commencer par son originalité, avec un concept post-apo classique (une arme terrifiante doit être ramenée du Japon dévasté par un commando après deux-cent ans d’une guerre nucléaire) qui vire très vite au survival avec un univers peuplé de créatures mystérieuses, à commencer par cette jeune fille aux pattes d’oiseau. Cela aurait pu être totalement WTF mais dans un univers graphique sombre, fouillé, ça passe totalement. L’auteur dont c’est un des premiers manga solo reconnaît son perfectionnisme qui se voit sur des planches de cité dévastée et réoccupée par la nature. C’est beau, très beau et ce premier volume se lit avec grand plaisir comme une mise en place d’une série que l’on imagine relativement courte. Tsugumi project apporte suffisamment d’originalité pour donner envie de continuer et constitue une réussite pour cette introduction.

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Seven to Eternity #3

East and west

Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2019), Ed US Image comics (2018), 3 vol parus.

couv_367583Le troisième tome de l’odyssée mortifère d’Adam Osidis et du Roi fange arrive enfin et je peux vous rassurer de suite: Jerôme Opeña est de retour en intégralité sur ce volume après un intermède très dommageable sur le précédent livre. La couverture puissante invoque le retour du grand archiviste (la mort) entraperçu sur le premier tome. Comme d’habitude, après un lancement attirant avec un prix à dix balles et moultes bonus, Urban nous sert ensuite le service minimum: album, couvertures de chapitres en brut et quelques couv’ alternatives. Je parlais cette semaine de Daniel Maghen, on en est loin et on se demande en quoi consiste le boulot d’éditeur. Bref…

Après la mort de la reine blanche, Garils, le roi fange est libéré de ses liens et peut maintenir son emprise sur Adam Osidis, de plus en plus convaincu qu’il doit lui faire confiance. La quête des sources de Zhal les conduits chez les pirates du ciel, dirigés… par le propre fils du roi Fange. Alors que ce dernier montre encore une fois sa capacité à prendre soin de ses dévoués, la fraternité continue la poursuite, sans savoir qui de Garils ou d’Osidis sera le plus dangereux…

Rick Remender est sans conteste pour moi le plus impressionnant des scénaristes américains en activité. Loin de la notoriété d’un Mark Millar qui peine souvent à aboutir ses exceptionnelles idées, il est une sorte d’aristocrate du comics, ayant officié sur beaucoup de séries de super-héros mais œuvrant depuis des années dans l’indépendant avec une exigence graphique et thématique assez hors du commun. Beaucoup ont pointé le caractère pessimiste, voir dépressif de ses bouquins, ce qui est vrai. Comme tout grand auteur il y a des constantes dans on œuvre, comme la filiation, la responsabilité paternelle et l’insoluble recherche du bon choix…

Il y a de tout cela dans Seven to eternity, série exigeante et dont on sent la recherche de difficulté à chaque choix d’écriture ou de dessin. Il en découle un univers visuel unique proposant des versions totalement originales de grands concepts tels que les pirates, la mort, les ancêtres… Surtout (je le dis dans une critique que deux!) cette série est dotée d’un méchant que je vais qualifier d’aussi charismatique et fascinant que le Thanos du film Infinity war! Sans être le seul moteur de cette histoire, le roi fange permet au scénario de maintenir une tension permanente autour des choix du héros, le torturé Adam Osidis qui tôt dans la série fera le choix de sauver le tyran pour se sauver et sauver sa famille.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity 3 opena tomber de haut"Dans les deux précédents tomes Osidis était un être en questionnement, assumant difficilement ses choix. L’intervention brutale du fils de Garils et la menace immédiate qu’il fait peser sur son « sauveur », de même que le sauvetage du clan Osidis par les hommes du dictateur poussent le héros à passer à l’action, résolument, pour sauver son « ami ». La subtilité de Remender est de ne pas surjouer le machiavélisme du méchant. Il juxtapose simplement les faits (l’action positive de Garils sur la vie d’Osidis) et les idées. Il confronte Osidis comme un pragmatique face aux idéologues incarnés par Gobelin et la reine blanche. Le lecteur est perturbé comme jamais, se retrouvant dans la peau du personnage sans aucun élément lui permettant de déterminer objectivement ce qui est bien et ce qui est mal. Complexe et intellectuellement passionnant!

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity image"Graphiquement Opeña est au top, même si on regrettera des arrière-plans assez vides. Mais ses personnages sont tellement travaillés et surtout le design de chaque créature, personnage, architecture, sont tellement originaux et réussis qu’on lui pardonne volontiers cette économie (… qui permet sans doute de tenir une cadence correcte entre chaque volume). Seven to eternity surprend constamment, que ce soit dans la violence crue, le décalage entre le récit a posteriori d’Osidis qui ouvre chaque chapitre et l’action que l’on découvre. Surtout, Remender nous propose un récit éminemment politique dans lequel on peut trouver sans difficulté un commentaire de notre monde, du rapport des citoyens au pouvoir et du rôle des élites entre esprit visionnaire dictatorial et réponse aux demandes des administrés. Dans une amérique trumpiste fascisante comme jamais on ne peut que saluer la capacité de cet auteur à dresser une analyse si adulte dans un habillage de dark fantasy de loisir. Ce n’est pas si souvent que l’on peut lire de la BD d’aventure à la réflexion si poussée. Pour moi il s’agit de la série la plus réussie de Remender avec le génial Tokyo Ghost.

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Conan: Chimères de fer dans la clarté lunaire

BD du mercredi
BD de Virginie Augustin
Glénat (2019), 57 p. couleur, one shot.

couv_365856A chacun des albums de la (plutôt très intéressante) collection Conan le cimmerien j’hésite longuement entre les deux versions proposées. Je possède la NB grand format de La fille du géant de gel qui est vraiment superbe, tant par le format, papier utilisé que par le rendu graphique des planches non colorisées… mais n’a que peu de bonus (quelques illustrations additionnelles et aucun rédactionnel). La version couleur de Toulhoat et Brugeas et celle-ci de la très douée Virginie Augustin (dessinatrice d’une des meilleurs séries de ces dernières années, Alim le Tanneur avec Lupano) comporte un très intéressant texte explicatif sur la nouvelle qui sert de matériau de base à l’album et permet d’apprendre pas mal de choses sur l’auteur Robert E. Howard. Quelques illustrations d’autres dessinateurs complètent le cahier bonus. Tip-top donc question édition, juste étonnant que Glénat ne propose pas le même contenu sur la version de luxe. Enfin, malheureusement, la couverture ne rend vraiment pas hommage à la qualité graphique d’Augustin sur cet album. C’est étonnant et vraiment dommage…

La princesse Olivia, en fuite, est sauvée par Conan le cimmerien, lui-même rescapé d’une récente bataille. Les deux fuyards, parias, prennent la mer et trouvent refuge sur une île inhabitée. Apprenant à se connaître, ils constatent bientôt qu’une créature invisible les suit et découvrent un temple ancien aux statues de fer menaçantes…

Cet album est celui que j’attendais le plus depuis le lancement de la série. J’ai gardé un excellent souvenir d’Alim le tanneur, non que le style d‘Augustin soit absolument original, mais il se dégage de ses dessins un mouvement, une ambiance vraiment particulière. Il me semble qu’il s’agit en outre du premier album en solo de l’autrice et je dois dire qu’elle s’en sort remarquablement bien. L’adaptation des nouvelles Conan ne vise pas à révolutionner le scénario de BD. Il s’agit surtout d’une vision graphique d’auteurs confirmés et sur ce plan Augustin parvient à insuffler un esprit féministe très intéressant dans ce monde barbare où le Conan classique avec son slip de peau est conservé, pour mon plus grand plaisir (je suis un enfant de Conan le barbare, le film de John Milius!).

Dès les toutes premières pages la sauvagerie du cimmérien s’illustre, taillant en morceau le poursuivant de la donzelle. Si l’on ne voit que très subrepticement les palais des Hyrkaniens on en regretterait presque que l’autrice ne s’attarde pas plus sur cet univers des mille et une nuits où son dessin prends toute sa force en des matières subtiles. Mais le sujet est autre, fait d’île tropicale devant servir de piège pour les deux fuyards, en migrant vers l’univers de la piraterie que nous laisse deviner la conclusion très alléchante… mais que l’on ne verra jamais. Car on touche là une des limites de cette série, son format, variable selon les auteurs mais relativement proche d’un format classique de 46 planches… ce qui est trop peu pour pouvoir donner toute l’ampleur d’une histoire sauvage en one-shot. Il nous faut donc prendre ce que l’on nous offre avec ce petit regret.

Résultat de recherche d'images pour "clarté lunaire virginie augustin"Si la physionomie du barbare semble au début hésiter avec une étonnante gueule carrée presque néandertalienne (les croquis finaux nous montre les différentes versions), la subtilité du personnage surprend, lorsque la fille, incarnation de la faiblesse, craint de se faire viol(ent)er par lui. L’homme armé de son épée est sans peur dans l’espace ouvert de la forêt et y protège la fille. Dès qu’ils pénètrent dans l’étrange temple aux statues de fer le caractère féminin, perméable aux esprits, se connecte avec l’histoire du lieu pour avertir l’homme du danger. On aurait encore une fois aimé que soit poussée cette relation et l’histoire du personnage lumineux, mais il n’y avait pas la place. Cela permet cependant de garder cette part inquiétante que produit le genre fantastique, le lecteur ne sachant jamais le pourquoi du comment. L’équilibre est du reste parfait entre combats hargneux, début d’intrigue et pauses contemplatives sur les paysages luxuriants magnifiquement colorisés par Virginie Augustin. Tout est juste dans cet album, des dessins au découpage qui se permet quelques superbes pleines pages, dont cette séquence de massacre rouge remarquablement construite.

Résultat de recherche d'images pour "clarté lunaire virginie augustin"Un peu de frustration donc, avec une histoire qui se rapproche un peu du Colosse Noir, avec sa magie et sa relation homme/femme, les deux auteurs de celui-ci ayant pris quelques pages de plus pour finaliser une histoire qui s’avère ainsi plus confortable. Mais Virginie Augustin nous propose ce que l’on attend, une vraie histoire de Conan que l’on aurait très sérieusement envie de voir continuer ses aventures sur la mer intérieure. Pour ma part j’ai commencé à lister les albums d’Augustin que je n’ai pas encore lus avec une grande envie de rattraper mon retard! Et cet automne la version de Vatine et Cassegrain arrive alors que 2020 prépare du très lourd avec rien de moins que Valentin Sécher, Timothée Montaigne et Stepan Sejic

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