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Voro #6: L’armée de la Pierre de Feu troisième partie

Troisième tome du second cycle de la série écrite et dessinée par Janne Kukkonen. 140 pages, parution le 14/10/2020 aux éditions Casterman

Mes chers parents, je vole

Son ombre planait insidieusement au dessus du royaume depuis le premier tome, les Trois Rois avaient tenté le tout pour le tout afin de le bannir, mais il est de retour: Ithiel, prince de la Flamme, roi du Brasier, a été ressuscité par Lilya dans le tome 3 suite à un concours de circonstances. 

Désormais revenu au faîte de son pouvoir, et soutenu par sa Tribu du Feu, Ithiel engage la lutte pour remettre la main sur un artefact qui lui permettra de commander à une armée de géants de sa création. Créatures invincibles, ces géants obéissent à quiconque possède la Pierre du Feu, raison pour laquelle elle fut scindée en plusieurs fragments. 

Hélas, manipulée par le prince héritier, Lylia a livré les fragments à la Tribu du Feu, qui est désormais en mesure de mettre ses plans à exécution. L’âge de l’Homme touche-t-il réellement à sa fin ?

Voler la Lune

Anticipée depuis la fin du premier cycle, voici enfin venue la confrontation entre le démon du Feu et notre jeune apprentie voleuse. L’affrontement est à la hauteur de nos attentes, malgré le fossé qui sépare la chapardeuse de son adversaire. L’auteur creuse substantiellement le passé du seigneur du feu, qu fait allusion à une trahison qu’il aurait subie de la part de la mystérieuse Demoiselle de la Lune, évoquée brièvement lors du premier cycle comme étant une icône vénérée autrefois par la Guilde des Voleurs.

Ce choix resserre le champs narratif en liant deux items importants de l’univers imaginé par l’auteur finnois. Et c’est tant mieux, car sur cette fin de cycle, les spécificités de voleuse de Lylia sont nécessairement moins marquées, la jeune fille devenant ici une héroïne un peu plus classique. Il est clair en effet que l’auteur a éclusé durant ces six tomes le potentiel des situations liées au vol et à la ruse, le forçant en quelque sorte à changer de braquet avec sa protagoniste.

Cette fin de cycle porte une teinte résolument plus sombre que les précédentes, mais promet une suite encore plus épique ! Voro confirme son statut d’excellente série jeunesse, à lire !

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Le dernier des dieux #1

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Comic de Philip Kennedy Johnson, Ricardo Federici et Sunny Gho (coul).
Urban (2021) 70p.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour cette découverte.

L’album au format franco-belge s’ouvre sur une superbe carte du monde de Cain Anuun et insère au milieu des trois chapitres de nombreux textes de background, légendes, récits et chants qui approfondissent largement l’expérience de lecture. On aurait aimé un cahier créatif mais en tant que tel l’album est fort joli avec sa couverture épique et son élégante typographie. A noter qu’outre le format BD cette série s’inscrit dans le Black label dont elle confirme une nouvelle fois la qualité très largement supérieure au canon DC.

Cela fait trente ans que les Traquedieux ont vaincu le Dieu du Vide et la Pestefleur. Trente ans que le roi Tyr règle sans partage sur Cain Anuun en sa capitale Tyrgolad. Eyvindr est un enfant de la paix, un enfant des héros. Et le jour où la peste reparaît sur la terre des hommes, son monde, sa légende s’effondre…

Le mois dernier Urban, le label DC comics de Dargaud, publiait simultanément deux albums au format original, très proche du format franco-belge avec une approche artistique également très européenne. Le Decorum de Hickman proposait une SF ésotérique ambitieuse mais complexe, tant par son graphisme que par sa construction. Comme une illustration de la règle du « plus simple est plus fort » Le dernier des dieux prend le contre-pied de son collègue en installant un récit linéaire et extrêmement lisible sur un univers d’une richesse très profonde. Si l’on peut souvent reprocher aux comics de privilégier la forme sur le fonds, on peut dire qu’ici Philip Kennedy Johnson  et Ricardo Federici s’approche du sommet que constitue la saga tout juste achevée Servitude en matière de construction d’univers.

S’ouvrant sur le récit de la saga des Traquedieux on nous prévient immédiatement que tous les mythes comportent leurs mensonges. Toute l’histoire qui s’ensuit part de ce postulat simple mais diablement efficace de déconstruction du mythe: le lecteur prévenu très tôt va devoir trier entre les images qu’il voit, ce qu’on lui raconte et les légendes écrites dans les textes de background. Se construire son propre récit à partir de mensonges. Ainsi la BD va alterner entre deux époques progressant en miroir: celle du jeune gladiateur Eyvindr découvrant peu à peu les mensonges sur lesquels il a bâti ses victoires et ses rêves et celle de la reine et des Traquedieux progressant vers leur destin, un destin sans doute bien différent des récits mythifiés.

Pour raconter cela l’italien Ricardo Federici (qui a pris la suite de Serpieri sur la série Saria) utilise une technique très réaliste rehaussée par de superbes couleurs qui épousent parfaitement les traits d’aspect crayonnés. On sent une sensibilité européenne qui rappelle parfois un Esad Ribic, aussi à l’aise dans les expressions faciales que dans la dynamique des corps. Surtout il crée un design monstrueux particulièrement réussi malgré la nécessité de tentacules et autres aberrations organiques, souvent vulgaires dans les imaginaires graphiques. Ici la texture rocailleuse, écailleuse, permet de superbes planches de combats épiques où lames s’entrecroisent avec fluides divers, magiques ou aqueux, quand ils ne rencontrent pas des animaux fantastiques que les textes de background ont auparavant bien enrichis pour en faire bien plus que des décors de combat.

Il ressort de ce premier tome une richesse rarement vue qui se paie le luxe de correspondre à l’élégance graphique évidente. Ainsi les défauts récurrents du genre comics disparaissent totalement avec une matière qui vous happe dans un récit d’une très grande fluidité au service d’un projet passionnant, aux origines des mythes. Partis sur des bases fabuleuses on ne voit pas ce qui pourrait faire dérailler le duo dans une série partie pour être un classique immédiat.

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Une histoire de voleurs et de trolls #1: le monde dérivant

La BD!
BD de Ken Broeders
Drakoo (2021), 55p./album, 1/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Ce premier tome d’une trilogie est la traduction d’une série publié en Belgique par l’auteur. Le second tome paraîtra dès l’été 2021 et le dernier en début d’année prochaine.

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Dans les zones désertiques au sud du Monde dérivant règle la tyrannique loi de Mère Knosser, la reine des trolls. Face à son joug les peuples Domovois font le dos rond en attendant que l’elfe Durys ne parvienne à fédérer une révolte. Pendant ce temps le malicieux voleur Delric Twotter entame le cambriolage d’un temple Domovois lors duquel tout se passe mal suite à l’irruption d’une sorcière par une faille d’entre les mondes…

Je parle souvent du rôle de la couverture pour déclencher un achat au sein des piles pléthoriques des librairies et l’on peut dire que sur ce point la trilogie de Ken Broeders est très réussie. En proposant de très jolies illustrations bien maquettées, dans l’esprit de l’illustration jeunesse traditionnelle anglosaxone il semble nous convier à des contes et légendes à l’ancienne, emplis de nature, d’action et de créatures fantastiques. Reste que si l’illustration est fort jolie… elle est tout à fait décalée par rapport à l’intrigue narrée dans les pages intérieure! Et cela résume le principal problème de cet album qui semble mélanger des envies graphiques avec une construction en décalage. Un peu troublant…

L’album s’ouvre en effet sur une page de texte expliquant le contexte et lance l’intrigue avec l’impression de démarrer au tome deux de la série… Le déroulé narratif proprement dit n’est pas en cause, sur une histoire très classique et linéaire de fantasy (le voleur et la belle s’échappent, sont fait prisonniers, puis s’échappent à nouveau pour découvrir le monde et l’origine de l’antagonisme) on suit agréablement les courses rocambolesques des deux héros mal assortis, on savoure les paysages et les créatures cracra plutôt originales et on s’intéresse à ce fort réussi anti-héros de Delric Twotter et son bagou digne de Han Solo. Le rythme est rapide et on ne voit pas vraiment passer les cinquante pages très rythmées de ce tome. Simplement, de l’irruption de l’humaine sans que l’on sache exactement d’où elle débarque à l’assaut sur la forteresse Troll, on a souvent l’impression que l’auteur nous fait rater un épisode intercalaire qui aurait permis de lier les séquences. En cause la focale mise tout au long de la BD sur les deux héros en oubliant le hors champ. Au sortir de cette lecture je ne sais si ces problèmes sont du ressort de véritables ratés scénaristiques ou s’ils trouveront leur justification dans la suite par le biais de révélations rétrospectives. Laissons à Ken Broeders le bénéfice du doute.

Passées ces réserves nous avons donc droit à une fort jolie et très classique fantasy qui apporte une touche de nouveauté dans le plaisir contagieux de l’auteur de sculpter ses monstres (les trolls tout à fait répugnants au premier chef) et cavernes avec une technique d’une précision surprenante qui rappelle les premiers travaux de Fabrice Meddour et son jeu sur la profondeur de champ. Ce premier tome se laisse donc lire sans déplaisir, en mode loisir, et fait ressortir un personnage principal dont on a envie de découvrir la suite des péripéties dans ce toujours mystérieux monde dérivant.

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Folklords #1

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Premier tome de la série écrite par Matt Kindt et dessinée par Matt Smith, qui comprend les 5 premiers épisodes du comic initialement publié par BOOM! Studios. Parution en France chez Delcourt le 03/02/2021.

La quête des quêtes

Ansel n’est pas un garçon comme les autres. Alors que tous les jeunes de son âge se questionnent sur la Quête qu’ils choisiront de mener à bien, Ansel connaît déjà la sienne. Pour lui, point de Toison d’Or, ni de trésor caché, ni de dragon, ni princesse à délivrer. Bercé par ses rêves récurrents, dans lesquels il voit un monde étrange, fait de hauts bâtiments, de charriots sans chevaux et d’engins volants, il ne rêve que de quitter son village pour trouver le « Maître-Peuple » et ainsi découvrir ce monde caché.

Tout serait plus simple pour Ansel si son village n’était pas sous le joug autoritaire des Bibliothécaires, une secte qui bannit la simple mention de ce « Maitre-Peuple ». S’il souhaite mener à bien sa quête, et ainsi trouver des réponses, Ansel va devoir braver l’interdit, ce qu’il fera accompagné de son ami elfique Archer. Leur mission va les confronter au secret le mieux gardé du monde, que tous, elfes, trolls ou gnomes, sont loin d’envisager.

Désenchantement du monde

Sur la route, les péripéties vont s’enchaîner pour les deux héros débutants. Peu rompus aux principes de la quête fantastique, Ansel et Archer vont d’abord rencontrer Laide, une force de la nature qui espère rencontrer le prince charmant qui la soulagera du « sortilège » qui la prive de sa beauté. Mais avant de s’en faire une alliée, il leur faudra échapper au tueur qui sévit dans la Forêt…

Rien d’étonnant à ce que l’on retrouve une nouvelle traduction d’une œuvre signée Matt Kindt, tant ce scénariste a su s’imposer grâce à des séries originales et bien pensées (Ether, Black Badge, Mind MGMT). Avec Folklords, il s’empare des contes de fées et de la fantasy (ce qu’il faisait déjà avec Ether dans une certaine mesure) et provoque un effet miroir qui retourne le paradigme habituel. Ici, ce n’est pas un garçon ordinaire qui va découvrir un monde fantastique, mais un garçon issu d’un monde fantastique qui rêve de notre monde.

Matt Kindt plonge donc son héros dans un abîme de perplexité et sème les graines d’une révélation méta comme les auteurs de comics indé aiment en faire depuis un certain temps. En lisant le quatrième chapitre, j’ai eu l’impression de retrouver le concept développé il y a quelques années par Mark Millar dans son controversé Unfunnies. Bien entendu, Matt Kindt y ajoute sa patte en se détournant in extremis de cette conclusion attendue.

Comme de coutume, Kindt sait travailler ses personnages pour les rendre attachants dès les premiers chapitres. Ainsi, Ansel, a-t-il tout du protagoniste sympathique, ayant tout de même suffisamment de particularités pour ne pas devenir générique. L’auteur altère suffisamment les clichés fantasy pour que chaque concept soit original, ce qu’il devra néanmoins faire pour conserver l’intérêt durant la seconde partie.

La partie graphique de Matt Smith apporte une touche efficace de simplicité à la mise en abyme de Kindt. Son trait à des similitudes avec celui de Duncan Fregedo, qui de façon assez ironique, est aussi présent dans la galerie d’illustrations faisant office de bonus.

Folklords est une aventure exploitant des lieux communs galvaudés pour produire un récit inédit et innovant.

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Démonistes #1: Vlad

La BD!

Premier tome de 48 planches du diptyque écrit par Olivier Gay et dessiné par GeyseR. Parution le 03/02/2021 aux éditions Drakoo.

bsic journalism

Merci éditions Drakoo pour leur confiance.

Dessine-moi un démon

Autrefois, la Terre était habitée par des démons. Exilé mystérieusement vers un autre plan d’existence, ils ont néanmoins laissé suffisamment d’indices derrières eux pour permettre à certains mages de les invoquer et les lier afin de les mettre à leur service.

Ces mages, nommés démonistes, étudient leur art dans une prestigieuse académie de Surin, qui leur enseigne l’invocation et le contrôle de ces puissantes créatures interdimensionnelles. Le réel problème survient lorsqu’une faille spontanée apparaît, menaçant de libérer des démons libres de toute contrainte humaine.

Face à l’échec des meilleurs démonistes disponibles, le Roi fait mander Vlad, pointure dans le domaine. Tout irait pour le mieux si Vlad n’avait pas disparu il y a vingt ans. Le monarque dépassé envoie donc une délégation chercher le démoniste boudeur avant qu’il ne soit trop tard. Tillie, démoniste de quelque renom et amour de jeunesse de Vlad, est aussi de la partie, tant l’enjeu est grand.

Démons et merveilles

Comme si la situation n’était pas déjà assez délicate, voilà que nos émissaires découvrent que Vlad, depuis plusieurs années maintenant, est plongé dans un profond coma, protégé par le démon Hepsar, qui prend son devoir de protection très à cœur. Toutefois, rien dans le règlement n’interdit Tillie de prendre le corps de Vlad avec elle. La démoniste virtuose prend donc le chemin du retour avec pour compagnie, un soldat couard, son ex-amant endormi, et le démon. Ce petit périple servira à éclairer le passé des deux mages, mais aussi le lien qui existe entre leurs amours contrariés et la faille qui menace le royaume.

Que dire de cette nouvelle entrée du catalogue Drakoo ? Narrativement parlant, la qualité est au rendez-vous. Olivier Gay maîtrise indéniablement son art, son expérience littéraire est ici un atout franc pour la mise en scène et le développement de l’univers. Connu pour sa saga littéraire Les Épées de Glace, Olivier Gay est aussi un auteur rompu aux travaux sous licence, ce qui tend à transparaître dans cet album. En effet, derrière chaque effet, chaque vanne, on sent l’ombre d’Arleston, qui, en bon chaperon, a sur modeler la ligne éditoriale de Drakoo à son image.

Ainsi, malgré le plaisir que l’on a à parcourir l’album, au gré des flash-back et des combats de démons, la trame n’en reste pas moins hantée par le spectre arlestonien. Le créateur de Lanfeust s’ingénie-t-il à attirer dans son giron uniquement des auteurs avec lesquels il sait avoir des atomes crochus, ou bien les drive-t-il pour qu’ils correspondent à son image et à son style ?

La question mérite d’être posée, et la réponse est susceptible de déterminer si Drakoo est bel et bien une jeune maison d’édition dynamique, capable d’oser des nouveautés, ou simplement un égo trip d’Arleston.

Démonistes est pour autant un bon album, drôle et intelligemment rythmé. Il reste maintenant à savoir si Olivier Gay saura, sur ses prochains albums, se détacher de la figure tutélaire qu’Arleston semble attaché à devenir.

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Les 5 terres #3-5

La BD!
BD de David Chauvel, Jerome Lereculey et collectif
Delcourt (2021), 56p., série en cours, 4 volumes parus
Cycle 1 prévu en 6 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Reprise de la maquette déclinée à chaque tome avec carte du monde en intérieur de couverture et une double page détaillant le background d’un groupe/personnage en fin de volume ainsi qu’un résumé (tout à fait nécessaire!) des épisodes précédents. Les couvertures ne sont pas les plus accrocheuses de l’histories de la BD mais le principe décliné est intéressant et joue avec le lecteur (pour aller droit au but: si vous aviez peur comme moi de voir déflorer l’intrigue par les couvertures à venir, détrompez-vous, le cliffhanger de la mort des deux premiers n’a pas vocation à se reproduire à chaque tome). Un vernis occupe le logo-titre et les personnages de la couverture ainsi que les miniatures des couvertures précédentes et à venir en quatrième de couverture. Le prochain tome concluera ce cycle d’Angleon (… et on se demande bien comment!).

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Le roi est mort, vive le roi! En Angleon le règle tout puissant des félins semble s’achever et la disparition du roi lance une réaction en chaîne sanglante dont personne ne semble en mesure de voir les prochaines étapes. Devant les risques majeurs d’instabilité, les garants de l’Etat, hauts fonctionnaires, nobles ou ambitieux s’activent, dans l’intérêt du Pouvoir… mais également du leur…

Le démarrage de cette série ambitieuse a été on ne peu plus éreintant, si bien qu’à l’entame du troisième volume on se demande si les auteurs vont poursuivre dans cette logique du retournement permanent, au risque de tomber dans le ridicule. Force est de constater que ce n’est pas le cas et que l’intrigue générale (ficelée dès le départ bien entendu) se pose quelque peu en élargissant les problématiques avec l’arrivée sur le trône du très jeune Mederion que pas grand monde ne voit tenir le poids de la couronne.

[SPOILERS]

Les 5 Terres - BD, informations, cotesLe troisième volume détaille le court intérim par l’ombre du roi chargé du haut de toute sa compétence de s’assurer de la stabilité du régime alors qu’un putsch se prépare. Alors que This trouve une solution inattendue à son crime (et qu’on apprend la vérité sur son identité dans le texte final de l’album), la chasse de la dernière fille du monarque commence, sans que l’on connaisse les motivations réelles des chasseurs. On est plutôt surpris de ne pas avoir un nouveau souverain mort et du coup perturbé dans nos habitudes (c’est bien entendu recherché). La seule fragilité du scénario pour le moment est le groupe des otages, sommes toutes sympathiques sur quelques séquences mais dont l’enjeu nous échappe un peu. Comme dans toute série TV on parlera d’intrigue secondaire jouant tout à la fois le rôle de remplissage et de diversion. On imagine que ces éléments participent d’une construction générale qui se tisserait entre les différents arcs/peuples. Attendons.

Le quatrième tome voit le jeune souverain tisser sa toile et commencer à montrer des signes de tyrannie malgré son souhait, dans son alliance avec la nouvelle Ombre, de provoquer une révolution institutionnelle et sociétale par une meilleure prise en compte du peuple. Bien plus politique, ce volume montre les affres du Pouvoir et comment les révolutions populistes se transforment souvent (toujours?) en autoritarisme. La capture d’Astrelia provoque un affrontement terrible dont le limier du roi ne sort pas indemne. Basculant d’un putsch noble à une révolte intellectuelle des étudiants, l’intrigue reste passionnante bien que les coups de théâtre baissent en intensité.

L’avant-dernier volume, le plus dramatique, voit son lot de morts à mesure que se dénouent un certain nombre d’intrigues. L’ombre maléfique de la reine-mère déploie ses ailes et renforce encore plus le miroir avec Game of Thrones et le personnage de Cersei. En même temps le frêle et mutique This, premier personnage vu au premier LES 5 TERRES t.1-6 (Lewelyn / Jérôme Lereculey) - Delcourt - Sanctuarytome commence discrètement à prendre de l’importance, les scénaristes jouant sur notre paranoïa tout à fait volontaire pour nous faire suspecter une manigance de derrière les fagots… Ce cinquième album conclut l’épisode des étudiants et laisse deviner un duel dantesque entre le chien et la fine lame du roi. Trois tomes sans décès couronné cela fait trop et on pressent une conclusion bien rouge pour ce premier arc…

Arrivé à ce stade les qualités de la série sont confirmées, appuyées sur des graphismes simples mais remarquablement storyboardés et réhaussés par des couleurs utilisant habilement des textures qui permettent des détails de décors assez chouettes avec une économie de moyens. Comme dit précédemment, la méthode industrielle issue des USA est tout à fait efficace et on se prend au jeu sans trop se poser de question sur l’originalité intrinsèque des albums. Portée par des dialogues verbeux très bien tournés dans le style sérieux, les 5 Terres a la force des grandes séries télé, respire un grand professionnalisme et on fait une confiance aveugle aux auteurs pour nous porter sur trente tomes sans trop réfléchir à la place que prendra cette saga dans notre bibliothèque! Elle a aussi les défauts d’une inspiration parfois trop imposante. Si GOT se reflète dans beaucoup de créations récentes, ce n’est souvent qu’une proximité de références. Ici la copie est trop évidente pour le nier…avec le risque pour les scénaristes de ne pas toujours parvenir à conserver leur originalité. Certains personnages sont des copier-coller (Cersei, Little fingers, Bronn,…). Les moments de violence sèche et politiquement incorrectes respirent GOT et perdent ainsi leur effet. Tout cela n’est pas bien grave tant que le plaisir est présent (et il l’est). Mais on attend des séries de qualité qu’elles se hissent là où elles le méritent. Les 5 Terres en a le potentiel. On attend avec impatience le dernier opus du cycle Angleon et un rebond de fraîcheur à attendre dès le prochain arc.

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Voro #5: l’Armée de la Pierre de Feu, deuxième partie

Second tome du second cycle de la série écrite et dessinée par Janne Kukonnen. 102 pages, parution le 19/08/2020 aux éditions Casterman.

Voler encore, voler toujours

Dans le précédent tome, nous assistions au nouveau départ de Lilya jeune aspirante voleuse, et de son mentor Seamus, dans une nouvelle cité du royaume. Souhaitant repartir sur des bases plus saines auprès d’une nouvelle Guilde des Voleurs, les deux comparses ont accepté une mission encore plus périlleuse que celle qui les avait menés au secret des Trois Rois.

Alors que l’intrépide vaurienne s’échine à gagner ses galons de voleuse, sur les terres de la Tribu du Feu, la grande nouvelle s’est répandue: le Père Feu, Ithiel, a été tiré de son sommeil millénaire, par nulle autre que Lilya, et il est prêt à reprendre son cortège de conquête.

La guerre du Feu

Après nous avoir attaché à sa jeune voleuse, Janne Kukonnen augmente les enjeux en déployant le spectre d’une guerre dévastatrice, dans un univers désormais fort de 4 tomes de développement. Son trait est toujours aussi simple et efficace, mais il n’éclipse pas la qualité de l’intrigue, qui ne manque ici pas de rebondissements !

Nouveaux enjeux, nouveau Macguffin, anciens adversaires en quête de revanche, sont ici rassemblés pour nous montrer que Voro a encore de la ressource dans ce cinquième tome ! Mais, parbleu… le tome 6 est déjà sorti !

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Sa majesté des ours #1: les colonnes de Garuda

La BD!

 

BD de Vatine, Dobbs et Cassegrain
Comixburo (2020). 56 p., série en cours.

Très belle couverture et maquette élégante comme toujours chez Comixburo. Album simple avec vernis sélectif. Une édition canalBD avec couverture originale a été tirée à 1400 exemplaires, avec cahier graphique. Vu le travail graphique de Cassegrain cette édition doit être tout à fait sympathique…

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Lorsqu’un corps humain est repêché sur les rivages du royaume de Valencyre, le roi ours décide d’envoyer une délégation diplomatique auprès du seigneur des Oiseaux: le réveil d’une menace ancienne semble confirmé et il faudra l’alliance bien incertaine des peuples de la mer de sang pour affronter ce danger qui guette…

Sa majesté des ours #1, la critique | une Case en plusDepuis le diptyque Tao Bang, achevé dans la douleur, le duo Vatine/Cassegrain rêvait de se reformer pour repartir sur des aventures fantasy dans des décors et des paysages grandioses. L’expérience de Didier Cassegrain sur un Conan nous a montré une nouvelle fois son attrait et son amour des grands espaces et des armures rouillées. Entre-temps un certain Game of Thrones est passé par là, colorant tout projet de fantasy d’une touche de politique complexe.

Annoncé depuis quelques temps et ne jouissant pas de la vitesse du process industriel de la grande saga Delcourt, Sa majesté des ours risque de pâtir de la concurrence avec Les 5 Terres. A la lecture de ce premier tome introductif on sent pourtant de vraies qualités narratives ne serait-ce que dans la volonté d’aller vite. En quelques pages on apprend beaucoup de choses sur le background, la géopolitique de ce monde et des secrets familiaux qui auront à coup sur des incidences sur la marche de l’histoire. Le jeune prince est envoyé en mission avec son maître d’armes et son amie d’enfance et partenaire d’entraînement suite à une révélation fantastique faite au roi des ours. Dès la première séquence on découvre le frère chef de guerre très méfiant envers une reine versée dans les arts noirs, un amour d’enfance d’un prince confronté à ses devoirs diplomatiques, et maints autres agents de l’Etat partis donc à la grande aventure. Une fois quittés les palais froids des Ours on vogue sur des mers dangereuses et découvre des panorama grandioses dignes de toutes belle aventure de fantasy.

His majesty of the bears - volume 1 - the columns of Garuda - ATTAKUS  CollectionLe seul point négatif de cet album repose sur des planches étrangement sombres et ternes. On avait déjà constaté un effet estompé dû à la technique utilisée par Didier Cassegrain. Cela ne pose pas forcément problème dans les intérieurs des palais et discussions nocturnes mais les scènes de jour ne sont pas plus lumineuses. C’est fort dommage car le dessinateur sait jouer des clairs-obscures comme le montre la superbe couverture aux designs d’entrelacs médiévaux. Le design général est superbe et nous emporte dans un monde fantastique aux créatures animalières anthropomorphes permettant pas mal de possibilités scénaristiques dans les scènes d’actions. Les auteurs ont vu grand et nous emportent dans leur souffle avec des dialogues et galeries de personnages tout à fait intéressants.

On ne sais au final pas grand chose à la conclusion de cet album techniquement irréprochable qui connaît ses codes et oublie de nous ennuyer en soulevant suffisamment de portes pour nous donner envie de continuer sur de nombreux albums. Le risque avec Vatine et Cassegrain est justement de voir trop court. Cette aventure mérite de la place. Espérons qu’ils donneront à Kodiak et son équipée cet espace et la lumière nécessaires pour rendre Sa majesté des Ours incontournable dans les années à venir.

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Sirènes et Vikings #2: Écume de nacre

La BD!

Deuxième tome de 52 planches, de la série imaginée par Gihef, avec Marco Dominici au dessin. Sortie le 04/11/20 aux éditions des Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Fille des Mers, Enfant des Terres

Le village de Kättegland jouit d’une position de choix dans le détroit de Skagerrak, assurant à ses vikings un contrôle ferme sur les mers environnantes. Au sein du village, le Jarl Lothar prépare son fils Svein à lui succéder, mais le vétéran sait que son fils n’est pas le guerrier le plus vaillant de la communauté. Ce titre revient sans conteste à Freydis, jeune fille de pêcheur à la férocité et à la combativité sans égales.

Ce que les vikings de Kättegland ignorent, c’est que la force de Freydis s’explique par ses origines peu communes. En effet, elle n’est pas fille de viking, mais vient d’une glorieuse lignée de Sirènes, créatures mythiques ayant déjà causé bien des soucis aux norrois. Contrainte à l’exil à cause d’une prophétie, Freydis fut recueillie par un modeste couple de pêcheurs, consciente que sa nature véritable lui vaudrait l’opprobre des hommes.

C’est pas l’Homme qui prend la Mer

Loin des siens qui l’avaient rejetée, Freydis a ainsi pu s’épanouir, tout en cachant sa nature, grâce au don de sa lignée: celui d’avoir des jambes une fois sur la terre ferme, ce qui lui permit de ne pas se faire remarquer autrement que par sa bravoure.

Cependant, la flotte de Lothar revint un jour vidée de tous ses marins, à l’exception d’un seul survivant prostré à peine capable de prononcer le mot « sirènes »… la guerre est donc déclarée (encore) entre les vikings et le peuple de la mer.

Comme dans le premier tome, les auteurs s’amusent à nous transporter dans un monde fort en archétypes, celui des vikings, et y introduisent assez rapidement les mythiques sirènes. L’idée ici est toujours de confronter les deux peuples, sur fond de guerres de territoires et de conflits de loyauté.

Freydis, passerelle entre les deux mondes, sera-t-elle le catalyseur de la paix ou laissera-t-elle sa rancune décider de son allégeance ? La question nous tient en haleine tout au long de l’album, même si l’intrigue comporte moins de rebondissements que sur le premier tome, qui pouvait compter sur le triangle amoureux des protagonistes pour complexifier le tout.

Cette Écume de nacre est donc plus franche, plus brute dans son traitement de l’action, et nous offre des scènes de batailles plus brutales, en exhibant les différentes aptitudes des Sirènes en fonction de leur ascendance. L’univers original mis en place par Gihef trouve son ton et continue de s’étoffer. Pour le troisième tome, espérons que le conflit prendra un tournant surprenant en s’appuyant sur une mythologie riche et des personnages forts et nuancés, comme c’est le cas dans ces deux premières parties.

***·BD·Guide de lecture

Lastman cycle 2 (#7 – #12)

BD de Balak, Vivès, Sanlaville
Casterman (2013-2019), env. 200p./vol., série finie en 12 volumes.
Un album préquelle Lastman Stories est paru en 2018. Une série animée Netflix est également disponible (1 saison)

[Atention Spoilers!]

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Cela fait dix ans que Richard Aldana croupit dans les cachots de la vallée des rois. Dix ans que Marianne a été tuée et qu’Adrian a disparu. Dans ce nouveau monde Paxtown est devenue une ville respectable dirigée d’une main de fer par le maire Tomie Katana et la vallée des rois est devenue une tyrannie où la justice est devenue expéditive après la réactivation de la Garde royale. Aldana a l’art de se trouver au mauvais moment au mauvais endroit. Lorsqu’on le fait évader ce nouvel équilibre va rapidement voir surgir le feu et le sang…

mediathequeCe second cycle est un sacré pari tant il est dissocié du premier par une ellipse temporelle assez vertigineuse de dix ans, qui rebat tout ce que nous avons pu découvrir précédemment. Comme en forme de reboot, on démarre très fort avec un premier volume situé essentiellement dans la Vallée et l’on retrouve le constat fait sur les tomes passés: c’est ce contexte qui développe l’intrigue la plus dramatique, la plus solide, la plus intéressante.

LastMan -9- Tome 9Après un sérieux passage à vide sur le tome huit franchement inintéressant en forme de soap basé sur les retrouvailles des personnages, on repart de plus belle en mode feu d’artifice et surtout avec les réparties terribles d’Aldana! Car ce personnage est décidément une belle réussite d’anti-héros qui parvient à apporter à un genre qui a transformé ces personnages en archétypes assez banals. Résolus à surprendre à chaque instant en prenant le lecteur à contre-pied, les auteurs accentuent le côté looser du héros qui ne cesse de s’attirer les foudres de tout le monde avec sa propension à se trouver au pire endroit au pire moment, victime d’injustices à répétition. Mais le barbu à la couenne solide même si l’on prend pitié pour ce pauvre gars bien sympa et bien moins égoïste qu’il ne veut bien le faire croire…

Le problème de ce cycle c’est qu’à force de ruptures on en vient à casser un rythme pourtant redoutablement efficace. Ainsi tous les deux volumes un changement de narration rompt l’itinéraire inéluctable vers un grand n’importe quoi apocalyptique. Ce que j’avais apprécié sur le débilissime Fléau vert de Sanlaville (tout seul) se confirme ici avec du shoot de zombie, du fight de prisonniers évadés, des dragons, des vaisseaux volants, des hommes en jarretelles ou en slip, des barbus, encore des barbus, un peu de cyborg… et toujours cette dynamique folle dans l’action grâce à une technique de dessin d’une immense maîtrise. Le tome dix se consacre à un gros flashback, pas inintéressant hormis le fait d’être narré d’une seule traite, mais adoptant un effet estompé qui n’est pas moche en soi mais qui sur cent-cinquante pages est un peu lassant visuellement. Le double album final (avec cette sympathique couverture séparée en deux parties) reprend dans une Vallée des rois infernale où tout le monde est mort ou presque et une nouvelle réalité est apparue. En ayant laissé la bande d’Aldana presque deux volumes avant on se retrouve un peu perdu. Le grand méchant caché est apparu et le combat final survient, tenant toutes ses promesses bien que l’on ait par moment l’impression d’une improvisation scénaristique avec des deus-ex machina qui passent parce qu’on est dans une série B-Z et parce que le talent brut est là mais qui donnent un peu un sentiment de facilité.Lastman T12 par LABANDEDU9 - La bande du 9 : la communauté du 9ème art

Loin de moi l’envie de laisser une mauvaise impression sur ce second et dernier cycle d’une série inclassable, iconoclaste, qui si elle est bourrée de défauts a pour elle une sympathie et une entièreté d’artistes qui font joujou en pariant que leur amusement sera communicatif. Lastman a les qualités de ses défauts, à savoir l’aspect foutraque, le grand magasin rempli de tout ce qui plait à ces garçons. La perte de Marianne est un vrai gros point noir dans ce cycle et clairement les meilleurs passages sont autour du héros quand le retour d’Adrian est assez transparent et décevant. Si l’émotion du début de cycle fonctionne, elle s’estompe à mesure qu’on perd de vue Aldana et Adrian.  Non que les histoires de magiciens noirs ne soient pas intéressantes mais disons que cela devient plus banal que ce que nous ont proposé les auteurs jusque là. Si vous avez adoré le premier cycle vous pouvez sans soucis continuer, le plaisir (et les personnages!) reste là. Si l’aspect déstructuré du premier cycle vous a chagriné il n’est pas forcément nécessaire de continuer, l’histoire pouvant absolument se passer de sa prolongation.