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BD en vrac #27: Tarzan #2 – Conan le cimmérien: l’heure du dragon

La BD!

Salut à tous! J’espère que la digestion s’est bien passée. Si vous lisez déjà ces lignes c’est malheureusement que vous n’avez pas été inondés de BD sous le sapin… pour rebondir je vous propose deux adaptations littéraires de romans pulpissimes de la première moitié du XX° siècle, Tarzan et Conan.

    • Tarzan #2: au centre de la Terre (Bec-Dela Torre-Raffaele/Soleil) – 2021, 77p.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

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Le premier tome des aventures de Tarzan scénarisées par Christophe Bec m’avait plutôt emballé ce printemps et la sublimes couverture de maître Eric Bourgier m’a fortement alléché pour enchaîner sur l’aventure de l’homme-singe dans la Terre creuse… Car si l’aventure originelle de Lord Greystoke est connue et très classique, ce second roman adapté part dans un délire pulp totalement débile sur le concept, comme seuls les magazines de littérature fantastique américains de l’époque savaient le faire, avec une naïveté désarmante. On entame donc avec une technique de flashback assez artificielle et d’énormes clichés de l’époque (paternalisme blanc, machismen…). C’est attendu et pas du tout grave car cela s’inscrit dans le respect du matériau d’origine. Personnellement je trouve même que c’est plutôt intéressant de maintenir cette coloration avec fidélité. Après que Tarzan ait découvert une cité perdue regorgeant d’or il part secourir ses amis perdus en Terre creuse… Une fois admis cette idée wtf on part volontiers dans ces aventures pour ado attardé et ça fonctionne parfaitement sous les dessins très réussis du dessinateur de Shadowman. On en a pour son argent avec des sauvages, des princesses dénudées, des dinosaures, vikings et autres dirigeables… n’en jetez plus, Edgar Rice Burrough semble avoir vidé tout son coffre à jouet sans se préoccuper le moins du monde de la cohérence de l’ensemble. Au final ce diptyque réussit fort bien ce pourquoi il est prévu et permet de découvrir deux très intéressants dessinateurs.

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  • Conan le cimmérien #12 (Blondel-Sécher/Glénat) – 81p., 2021

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

couv_436436On l’aura beaucoup attendu ce douzième album des aventures de Conan, qui arrive finalement avant celui de Subic et Bec (qui sort en janvier). Les aperçus des planches de l’impressionnant Valentin sécher dont le style semble se rapprocher le plus de l’imagerie collective attachée au cimmérien (et notamment à ce que Frazetta a posé) nous avaient mis en appétit et sur ce plan le plaisir est rendu.

Malheureusement une fois savourée cette ambiance résolument sombre et très technique, les visages assez interchangeables et plutôt figés du dessinateur ne facilitent pas l’immersion dans une intrigue fort touffue. Il faut dire que Blondel (après Elric) a choisi d’adapter le seul roman de la saga, dont l’objectif était de présenter au lectorat britannique un résumé de l’Age hyboréen. L’album entame donc avec un Conan sur le trône, bientôt déchu par un puissant sorcier (on a déjà vu ça, non?), esclave puis pirate,… Les muscles, batailles sanglantes et rageuses, les puissances ténébreuses et les débats d’antichambre entre puissants conspirateurs forment un tout cohérent mais soit trop plein soit pas assez explicatif et surtout avec un enchaînement bien trop rapide des séquences qui empêchent de bien pénétrer dans l’histoire. On ressort donc de ces presque quatre-vingt pages avec un sentiment se confusion, un manque de liant et un spectacle dont on reste un peu extérieur malheureusement. C’est fort dommage car le contenu est fort sympathique. Mais le carcan de l’adaptation semble poser les mêmes problèmes de lâcher prise à l’ensemble des auteurs, hormis peut-être le Recht qui propose sans doute la plus libre adaptation.

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Olympus Mons #8 Le syndrome de Sheppard

La BD!

Huitième tome de 46 pages de la série écrite par Christophe Bec et dessinée par Stefano Raffaele. Parution chez Soleil le 20/10/2021.

Y en a assez de la panacée

Aidée de l’androïde Einstein, et du médium Aaron Goodwin, la cosmonaute Elena Chevtchenko est parvenue à sauver la Terre d’un cataclysme, rien que ça. Perchée sur les hauteurs de l’Olympus Mons, sur la planète Mars, Elena a par la même occasion découvert l’existence d’une vie extraterrestre, ou plutôt de vies extraterrestres.

Deux civilisations ennemies se sont affrontées dans l’immensité des étoiles, jusqu’à échouer dans notre système solaire, laissant derrière elles des épaves, dont l’une d’elle a coulé au fond de la mer des Barents et failli détruire la planète. Une autre s’est écrasée sur les pentes du Mont Ararat en Turquie, et enfin, une dernière sur l’Olympus Mons.

Une fois la crise réglée, l’Humanité a compris qu’elle devrait gagner sa place dans l’ordre des choses, plutôt que de s’entretuer sur des sujets futiles. C’est ce qui donna naissance à un nouveau programme spatial, exploitant les ressources extraites des épaves extraterrestres, et basé sur des indices donnés par Einstein sur l’existence d’un remède universel sur la planète Farout. Et voici notre courageuse Elena à la tête d’une nouvelle mission, tandis qu’Aaron, sur Terre, est toujours harcelé par des visions apocalyptiques.

Une fois la planète Farout atteinte, les choses s’avèrent plus compliquées que prévues pour les astronautes d’Elena. En effet, Farout, en plus d’être inhospitalière, semble être en réalité une construction artificielle, qui plus est étroitement surveillée par une ou des intelligences extraterrestres. Malgré tout, le remède universel est à portée de main. Aaron, de son côté commence à glaner des indices extrasensoriels qui pourraient lui laisser penser que ce remède tient davantage de la boite de Pandore que de la véritable Panacée.

On peut l’admettre sans rougir, Christophe Bec est un auteur aguerri. Habitué aux séries au long cours comme aux one shot, il semble se donner du mal pour distiller son suspense afin de maintenir l’intérêt du lecteur. Hélas, ça ne fonctionne pas à chaque fois, si bien qu’avec le recul, un certain nombre de ses albums s’avère accessoire quant à l’intrigue, voire superfétatoire. Plutôt que d’attiser le suspense et faire monter la tension, il nous a semblé que le rythme assez faible des révélations avait tendance à frustrer et laisser un sentiment d’inachevé.

De là à y déceler une volonté dilatoire et mercantile, il n’y a qu’un pas, que je ne me permettrais pas de franchir. Néanmoins, ce rythme irrégulier vient poser la question de la viabilité du format 46 planches, à l’heure des romans graphiques et autres pavés de 100+ pages.

Pour ce huitième tome, les soucis techniques restent les mêmes, à savoir un charisme trop faible chez l’ensemble du casting, hormis bien sûr Aaron et Elena. On note également une tirade mystico-philosophique en plein milieu de l’album, qui déstabilise par son opacité, comme si Bec s’était pris l’espace d’un instant pour Jonathan Hickman. ll va falloir attendre la suite pour estimer l’importance de ce passage ésotérique vis à vis du reste de l’intrigue.

Vous l’aurez compris, Olympus Mons devient symptomatique de ce qui peut être reproché à un auteur qui donne l’impression d’être en pilote automatique: pas nécessairement mauvais, plutôt éloigné de son apogée, et donc forcément clivant.

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La cour des miracles

La BD!
BD de Stephane Piatzszek, Julien Maffre et Laure Durandelle
Quadrant (Soleil) (2017-2021), 46p./volume, série achevée en 3 volumes.

Couverture de La cour des Miracles -1- Anacréon, Roi des GueuxCouverture de La cour des Miracles -2- Vive la Reine !Couverture de La cour des Miracles -3- Le crépuscule des miracles

Lorsque le jeune Louis XIV monte sur le trône de France le pays a deux rois: celui du monde d’en haut et celui du bas peuple, de la plèbe parisienne qui contrôle le crime et délit dans la capitale et un territoire où aucun honnête homme ne s’avise de se rendre. Cet affront à son autorité pousse le roi à décréter la guerre à ce Roi de Thune. Laquelle des deux puissances surplombera l’autre?

La cour des miracles tome 2 - BDfugue.comLa Cour des miracles fait partie des fantasmes de nombre d’auteurs qui à la suite de Victor Hugo ont pris moultes libertés avec l’historicité des lieux et des personnes. Si Brugeas et Toulhoat ont poursuivi l’idée « romantique » de l’auteur de Notre-Dame de Paris en situant leur action au Moyen-Age, les traces de cet monde souterrain remontent en réalité au XVI° siècle. Julien Maffre (qui s’est fait remarquer sur le réputé Stern) et Stephane Piatzszek (qui m’avait impressionné avec son Chevalier à la Licorne et sur le très bon Oubliés de Prémontré) situent ainsi leur intrigue sous un Roi Soleil dans la fleur de l’âge et désirant incarner une modernité destinée à balayer les réminiscences du Moyen-Age en éliminant cette zone de non-droit et cet affront à son autorité toute puissante. Les personnages présentés sont donc souvent historiques (avec une apparition de Molière) et reprennent la destruction de ce fief du crime par le roi.

La cour des miracles – tome 2 – bd – cape et épée – historique – drame –  stéphane piatzszek – julien maffre – laure durandelle – paris – combat –  Branchés CultureLe ton très dur montre un roi des gueux à la fois égocentrique et désirant assurer sa descendance via son fils et sa fille. L’amour n’a pas vraiment lieu dans ce monde de souffrance et très vite des rivalités internes vont mettre à bas le pouvoir de ce Grand Coëstre. La riche galerie de personnages dont on ne nous dira pas tout des relations anciennes permet de donner une grande richesse à ces conspirations internes et externes. Sous le drame de la mission donnée au lieutenant de Police d’endiguer la pègre c’est donc bien un thriller socio-politique qui nous est proposé dans cette passionnante trilogie aux fort belles couvertures. Si les dessins peuvent paraître brouillons, la très subtile colorisation les renforce et appuie les détails appuyés dans une envie de réalisme et une gestion du mouvement très lisible.

Mais surtout c’est le scénario de très grande qualité qui marque en plongeant le lecteur dans un tourbillon dont il ne pourra jamais anticiper la suite. Les schémas classiques des méchants, des traîtres et des bons sont battus en brèche ici en n’indiquant jamais de déterminisme ou de happy end. L’arrivée dans l’intrigue d’un brillant mousquetaire ajoute un gros intérêt en développant l’aspect politique du royaume de Louis XVI, ses manigances de cour et ses jalousies de pouvoir. Proposant de beaux panoramas du Paris XVII°, des scènes de bataille puissantes et une vision de l’arrière-cour du royaume, La Cour des miracles est une sacrée surprise qui rappelle la qualité d’un scénariste trop peu connu et la démonstration qu’avec un bon scénario on peut rendre passionnants les contextes de niche.

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BD en vrac #25: De Ira – Lanfeust de troy #9 – Le tueur, Affaires d’Etat #3

La BD!

  • De ira (Hirlemann/Delcourt) – 2021, 140p., niveau de gris, one-shot.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_431661L’année 2021 est tout à fait prolifique pour Stephane Hirlemann puisque pour son entrée dans le monde de la BD le dessinateur propose pas moins de trois albums. Sans doute du fait des reports éditoriaux dus au COVID, mais cela montre une envie palpable. Après le plutôt raté Homme sans sourire qui était sauvé par des dessins où Hirlemann était à son aise dans une atmosphère de dystopie d’opérette issue d’Orwell, il propose avec ce one-shot un très gros coup de gueule gonflé mais risqué pour un premier album. 

S’inscrivant dans une ribambelle d’ouvrages s’inscrivant dans la colapsologie (avec des albums comme La Chute ou Carbone et Cilicium), De Ira (« de colère ») nous présente un groupe de rebelles anarchistes contestant la marche de leur société vers l’injustice, l’oppression des faibles et la progression inéluctable vers le fascisme, en affrontant parfois brutalement les tenants du système. Opérations coup de poing dans un camp de migrant, attaque de flics ou invasion d’amphithéâtres universitaires, ils sont déterminés à ne pas laisser faire…

On sent la rage de l’auteur devant une actualité qui mérite d’être effectivement condensée en des ouvrages qui nous rappellent l’anormalité des temps que nous vivons et le drame de l’indifférence. Ouvrage rebelle, anarchiste, De Ira est touchant par sa rage qui rappelle par moments le très sympathique Renato Jones. Maladroit, le scénario nous fait suivre sans trop de structure ces actions de rébellion avant d’approfondir un propos (y compris graphique) dans la seconde partie, plus intéressante. Le dessin propose un surprenant niveau de gris fort dommage et qui cache une rapidité d’exécution à la qualité très irrégulière. Ouvrage maladroit, pamphlet politique anarchiste intéressant, De Ira reste tout de même très imparfait et aurait mérité sans doute un peu plus de bouteille.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

  • Lanfeust de Troy #9: la forêt noiseuse  (Arleston-Tarquin/Soleil) – 54p., 2021

couv_434346Retour au bercail pour les deux golden-boy de la naissance de Soleil! Après deux excellents cycles de huit tomes (Lanfeust de Troy puis sa suite directe SF Lanfeust  des Etoiles), les auteurs avaient lancé en 2009 un troisième cycle Odyssey prévu justement sur des diptyques permettant de ne pas étirer éternellement la recette… avant de changer de braquet pour partir sur le plus gros cycle (en dix tomes) très redondant qui avait fini par me lasser. Partis depuis faire l’éditeur avec Drakoo pour Arleston et sur sa série space-op solo pour Tarquin, le duo se reforme pour reprendre la suite directe de Lanfeust de Troy avec ce tome « 9 » en format one-shot. On ne comprend pas bien l’utilité de raccrocher cette Forêt noiseuse au cycle premier mais le format reste la meilleure idée qu’ils aient eu depuis dix ans.

Si l’idée de faire vieillir Lanfeust de treize ans d’un coup et de transformer Hébus en un érudit bibliothécaire fait un peu forcée, celle de contester le conservatisme d’Eckmül avec ce méchant siphonnant la magie du Magohamoth pour la redistribuer à sa guise est alléchante. Si les auteurs ne vont finalement pas plus loin que l’aventurette pleine de jeux de mots et de séquences débiles, on sent une dynamique toujours présente dans la tête d’Arleston et qui pourrait proposer des choses fort sympathiques par la suite, pour peu que le cadre one-shot soit respecté. Redémarrage forcément commercial donc, mais qui permet clairement à la jeune génération de découvrir cet univers toujours drôle et aux anciens de retrouver, parfois avec délectation, ces personnages qui ont bercé nos jeunesse BD.

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Merci aux éditions Casterman pour leur confiance!

  • Le tueur – affaires d’Etat #3:   (Matz/Jacamon/Casterman) – 64p., 2021

Quatrième cycle achevé en trois tomes. Le billet du premier volume est ici.

couv_433983Ce nouveau cycle court laisse un gout incertain dans la bouche. Les qualités et les défauts sont ceux décrits précédemment, notamment la pauvreté des décors où malheureusement le scénariste ne parvient pas à offrir à son dessinateur beaucoup de vues architecturales susceptibles de mettre du peps dans cette monotonie urbaine. Le propos de Matz concernant le cœur du sujet (le politicien populiste) est très ambigu et c’est cela qui intéresse le plus: présenté par tous les personnages comme une crapule, son discours ne laisse pourtant pas le lecteur désintéressé en disant des vérités sur le système politique et le discours mainstream médiatique. Loin de se contenter d’un ersatz raciste de Marine Le Pen, il semble bien convaincu par son rôle de poil à gratter. L’utilisation des caïd pour mettre de l’huile sur le feu et permettre un contexte qui lui est favorable n’annule pas pour autant des vérités qui rejoignent les pensées lucides du tueur. Sans nous guider particulièrement, Matz sème donc le doute en laissant son lecteur réfléchir tout seul sans savoir vraiment ce que pensent les auteurs de tout ceci. Le duo de flics est également un des points forts de cette intrigue où le Tueur reste bien passif et où on ne nous donnera pas beaucoup d’éléments sur les visées des services de renseignements et des affrontements internes à l’Etat. C’est le principal regret que l’on pourra avoir sur ces Affaires d’Etat que l’on aura espéré avoir plus d’ampleur. Si l’on regarde les cycle du pétrole on aura été beaucoup plus proche de ces affaires internationales mêlant politique, argent et enjeux économiques que sur cette trilogie. L’aspect froid et lent fait partie des codes du Tueur. On prend donc toujours du plaisir avec ce qui a plu jusqu’ici, un cran en dessous pourtant. Espérons que la suite aura plus d’envergure.

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****·BD·Edition·Graphismes·Service Presse

Le dernier souffle

La BD!
BD de Thierry Martin
Soleil (2021), 218p., One-shot.

L’ouvrage est à l’origine une publication instagram de l’auteur qui avait proposé une image par jour en construisant l’intrigue au fur et à mesure. Une édition reliée est ensuite sortie en financement participatif sur Ulule, avant cette édition bichromie chez Soleil.

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bsic journalism Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Avec la piraterie le genre Western a le vent en poupe et inspire fortement les auteurs avec beaucoup d’albums depuis quelques années. Alors que Grand-Angle s’apprête à sortir le 3 novembre prochain un exceptionnel album anthologique avec la fine fleur du dessin BD (préparez vous, c’est impressionnant), Soleil permet à ceux qui sont déconnectés ou qui ont raté le financement participatif de découvrir le travail, lui aussi impressionnant, de Thierry Martin. Je ne connaissais pas cet auteur et j’ai été bluffé par sa maîtrise du cadrage, du découpage et même du dessin technique tant avec une économie de moyens il parvient à nous plonger, sans textes, dans cette traque qui respire la vengeance, le sang, la nature.https://media.sudouest.fr/6655119/1200x-1/dernier-souffle-110.jpg

Au fil de ces deux-cent pages (où la bichromie n’apporte pas grand chose…) nous suivons la vengeance d’un chasseur nocturne envoyé protéger son mentor contre une bande de portes-flingues envoyés en hordes, tantôt dans une forêt impénétrable, tantôt dans la petite ville enneigée. L’exercice de style place tout sur la mise en scène et en la matière on peut dire que l’auteur percute à chacune de ses cases. L’histoire est moins limpide et on ne lui en voudra pas étant donné le processus évolutif. Le format italien apporter un vrai plus avec cet effet cinématographique recherché comme l’essence du projet. Le genre western n’a jamais axé ses points forts sur les intrigues et sied parfaitement à une histoire muette. La rage est visuelle, on ressent le mouvement à chaque instant entre deux silences (oui-oui!) et l’on se dit par moments que finalement le verbe est peut-être plus un encombrement dans les histoires de l’Ouest… Rappelant par moments les débuts de Ronan Toulhoat dans son brut visant l’efficacité avant-tout, Thierry Martin marque les esprits en inscrivant un projet personnel et non commercial dans la Légende de l’Ouest. A savourer pour tous les amoureux des colt et des cache-poussière…

2019 - Dernier souffle page 171 par Thierry Martin - Illustration

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BD en vrac #22: Shaolin #2 – Robilar #3 – Voltaire & Newton #1 – Les dominants #3

La BD!

Grosse fournée de nouveautés chez trois éditeurs partenaires avec principalement des suites et une nouvelle série, entre animalier, fantasy chinoise et SF post-apo…

  • Shaolin #2: le chant de la montagne (Di Giorgio-Looky/Soleil) – 2021, 50p., 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

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J’avais passé un agréable moment sur le premier tome, qui surprenait en dépassant le cadre formaté que promettait son titre. La très chouette couverture continue de mettre en avant le non-héros qu’est nuage-blanc, alors que tout l’album est porté par le superbe personnage secondaire de cette guerrière (aperçue au volume précédent) aussi belle que redoutable avec sa propension à découper net ses adversaires à chaque combat… Car un des attraits de cette série est la radicalité d’auteurs qui croient et aiment leur projet, ajoutant un soupçon de sexy et des combats tout à fait sanglants dans des chorégraphies jouissives qui permettent à Looky de montrer sa maîtrise technique tout en travaillant encore ses arrière-plans. On retrouve ainsi les qualités du précédent et on est rassuré en constatant que la trilogie… n’est que le premier cycle. On comprend donc mieux pourquoi le héros est si effacé. Le scénariste l’accompagne donc fort logiquement d’associés qui compensent cette fragilité dramatique. On ressent toujours quelque manque de fluidité dans certains enchaînements ou dans les motivations de tel ou tel personnage. Mais le souffle épique de la fantasy se ressent dans la puissance de ces combattants, dans cette armée qui prend forme, dans cette magie encore bien énigmatique. Heureusement donc que le premier tome n’est que la fin du début car Looky et Di Giorgio auront su nous mettre en appétit dans une série qui commence à prendre une sacré ampleur…

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  • Voltaire & Newton #1: Panglos-Tula (Mitch-Bauduret/Delcourt) – 2021, 56p., 1/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

couv_432015Sacrée couverture qui nous montre la version animorphique de Voltaire dans une peinture de type portrait classique! Et avec des intérieurs à l’avenant et une promesse de débat philosophico-scientifique entre les deux grands hommes on pouvait s’attendre à un hommage à De capes et de crocs. Les premiers pages nous donnent l’espoir et pétillent plutôt bien sur des dialogues qui fusent… avant de basculer dans une surprenante aventure dans un monde alternatif où les théories de Voltaire, de Newton et de sa nièce ont vocation à prendre forme et démontrer sans doute la différence concrète entre théorie et pratique. On voit là une fausse bonne idée puisque ce faisant les auteurs rompent soudainement le jeu de théâtre entre personnages forts pour nous laisser dans les seules mains de Voltaire qui va devoir participer à des joutes rhétoriques au sein d’un royaume qui lui inspirera le Pangloss de son roman Candide. On tombe alors dans une forme de BD jeunesse moyennement rigolote et assez attendue dont les textes ne sont pas suffisamment subversifs pour relever l’intérêt. C’est fort dommage car les planches restent fort agréables, mais je crains que le public soit difficile à trouver pour cette série qui laissera les jeunes un peu interdits sur les concepts philosophiques et les adultes vaguement distraits devant le manque d’originalité. Heureusement que les autres n’ont prévu qu’une trilogie, qui permettra d’éviter une prolongation indue si le projet n’est pas réhaussé rapidement.

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  • Robilar #3: Fort animo (Chauvel-Guinebaud-Lou/Delcourt) – 2021, 62p., série complète.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

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C’est le drame au royaume! Alors que le Prince et son mari convolent dans le bonheur, voilà t’y pas que les animaux de la ferme se rebellent contre le sort qui leur est destiné, poussant les têtes couronnées à manger des légumes! Le Chambellan Robilar est alors envoyé en ambassade…

Annoncé en fanfare par une com’ en mode « must read », Robilar m’avait un peu déçu sur les deux premiers albums dont la qualité progressait néanmoins. Et je suis ravi de pouvoir vous annoncer que cette montée en puissance aboutit à l’un des plus drôles et intelligents albums animaliers qui soit paru depuis quelques années! Désormais délié de tout carcan et engouffré dans une envie de proposer sa propre version de la Ferme des animaux, David Chauvel se lâche enfin avec son comparse et leur envie est communicative puisque, quasi débarrassés des humains, l’album nous propose un grand délire de jeux de mots et de trognes. Sous un vernis cabochard qui joue encore sur la langue (les baragouinage des culs-terreux et les running-gags des bouffons), les auteurs nous surprennent en proposant de vraies réflexions sur la condition animale, sur le végétarisme tout autant que sur la Justice et la peine de mort. Il est finalement assez rare de trouver de nos jours des BD qui articulent aussi bien l’humour et le fond (récemment l’excellent Cage aux cons). Sylvain Guinebaud dans son jardin, les planches accompagnent superbement cette révolte des animaux qui nous laissent réflexifs à la fois sur les sujets abordés et sur le fait que, finalement, cette série aurait bien pu continuer en formats one-shot…

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  • Les Dominants #3: Le choc des mondes (Runberg-Toledano/Glénat) – 2021, 54p.., premier cycle de 3/3 tomes achevé.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

L’affrontement final pour la Libération de l’Humanité est sur le point de commencer. Alors que Neil rassemble ses troupes en vue d’une attaque coordonnées sur le centre névralgique des Dominants à San-Francisco, que peut faire Andrew, enrôlé dans cette faction belliqueuse et démuni face à l’attitude fanatique de sa fille?

couv_431794Sylvain Runberg est très bon pour lancer des pitch accrocheurs et travailler avec des dessinateurs fort talentueux. Sur le développement en revanche c’est parfois plus laborieux et c’est ce qu’on retrouve sur cette conclusion de cycle  où s’achève ce qui doit l’être, de façon très attendue, sans nous donner beaucoup de réponses pour autant. Comme son dessinateur qui est moins tranchant que sur l’ouverture (du fait d’une colo un peu rapide je trouve), le scénariste déroule une intrigue d’actionner très efficace graphiquement mais qui ne remet rien en question, ne soulève guère de nouveauté et continue de trimbaler son héros sans grande capacité d’action. Le personnage le plus intéressant, sa fille fanatisée n’évolue guère non plus, ce qui nous laisse dans une sorte de statut quo qui s’est contenté de décrire un univers en trois volumes. A charge du prochain cycle de démarrer véritablement une intrigue qui ne se contente pas d’un hommage à la série V.

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BD en vrac #21: Teleportation inc. #2 – Undertaker #6 – Les 4 de Baker Street #1

La BD!

 

  • Teleportation inc. #2 (Latil-Sordet/Drakoo) – 2021, 46p., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

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On continue les montagnes russes chez Drakoo puisque après le très bon premier tome des Gardiennes d’Aether, le second et dernier Teleportation inc. confirme les craintes du précédent… Si les séquences d’action restent correctement montées et quelques touches d’humour font mouche, l’intrigue générale nous laisse totalement sur le carreau avec une complexité superflue et un projet qui manifestement a eu un gros problème de calibrage entre la simplicité destinée au public jeune (avec des couleurs flashy et des dialogues assez basiques) et une ambition de grand Space-opera que l’on sent poindre jusque dans une dernière planche qui laisse entendre un prolongement possible malgré l’annonce d’une série en deux volumes. Du coup la conspiration reste totalement vaporeuse, les échanges entre personnages sont artificiels et on survole ça avec un désintérêt à peu près complet. Les dessins de Sordet font à peu près le job malgré quelques problèmes de lisibilité de certaines scènes, mais c’est surtout le texte qui pèche avec une grosse faiblesse d’écriture, une absence de relecture et des sous-entendus qui passent complètement à côté. Un gros ratage en définitive.

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  • Undertaker #6: Salvaje (Dorison-Meyer/Dargaud) – 2021, 57p., série en cours, 3 cycles de 2 tomes parus.

couv_430404Quand je lis les commentaires récurrents sur les albums Undertaker je constate une attente un peu schizophrène de nostalgiques de Blueberry qui tout à la fois refusent d’imaginer une qualité égale tout se précipitant pour lire les aventures du croque-mort Comme si la série de Dorison et Meyer n’était que la suite de la série mythique. Il faut dire que Dargaud cherche les noises en ne cessant de s’inscrire dans la filiation du personnage de Giraud. Personnellement ça m’agace pas mal car j’essaie de profiter de cette série pour ce qu’elle est. Et en la matière on est avec cette conclusion du troisième cycle toujours dans du très haut niveau, de grands professionnels de la BD. Mon principal regret sur cet album est une légère évolution du dessin de Meyer, moins net, utilisant beaucoup plus de brosses « sales » et effets estompés, ce qui atténue la force de son encrage. Cela ne change pas fondamentalement les planches, toujours aussi bien découpées et lisibles. Dans cette histoire on apprécie le refus du manichéisme, chaque personnage étant gris, avec ses propres motivations, et en cela crédibles, à commencer par l’ami de Jonas Crow tout à fait sincère dans ses ambitions comme dans sa fidélité envers notre héros. En cela Dorison évite soigneusement de tomber dans le piège des déjà-vus des mille et un personnages de salauds de western. On attend longtemps de retrouver la trahison de Silverado… que nenni! Xavier Dorison est seul aux commandes et ne veut pas être taxé de copieur. Tant mieux! Seul le comportement de l’Undertaker fait un peu tiquer, totalement engagé dans la lutte pour la défense des opprimés en laissant ce qui faisait son sel, ce cynisme désabusé permanent. Hormis cette petite facilité, on reste dans de superbes moments d’aventure, de belles bagarres, de superbes salauds et des auteurs qui allient l’unité des diptyques et la continuité générale en nous projetant déjà vers le prochain tome où Jonas cherchera à rejoindre Rose…

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  • Les 4 de Baker Street #1 (Djian Legrand – Etien/Vent d’Ouest) – 2009, 52p., série en cours, 9 tomes parus.

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Edition parue pour les 48h BD 2020, incluant les premières pages du tome deux.

Un bon bouche à oreille a permis à cette série de se poursuivre jusqu’à aujourd’hui avec tout de même 9 tomes parus. Inspirée des irréguliers de Baker Street apparaissant dans les romans de Conan Doyle, la série a la bonne idée (dans ce premier tome tout au moins) de rester dans le hors champ du détective qui n’apparaît que discrètement au début et à la fin de l’album. Ce qui pourrait apparaître comme une variante jeunesse de Sherlock trouve pourtant une pertinence qui densifie tout au long de ce premier volume les caractères de ces trois moussaillons des rues, tous trois dotés d’un caractère bien trempé et lancés à la rescousse de la jeune chérie de l’un d’eux, enlevée par un réseau de proxénétisme. Si l’intrigue est sommes toutes classique, c’est la percussion du rythme et des cadrages qui impressionne, appuyés sur les dessins magnifiquement colorisés par Etien (bien avant sa participation à Avant la Quête) mais pas que… Utilisant leurs talents d’acrobates et l’innocence de la jeunesse dans les yeux des badauds du XIX° siècle, les quatre (… on imagine que dernier larron est le chat!) lancent leur enquête à un rythme effréné, n’hésitant pas à aller affronter le roi des mendiants et autres coupe-jarret, permettant de belles acrobaties et contre-plongées vertigineuses. Cette originalité de cadrage et le chatoiement colorimétrique permet une grosse immersion dans ce décors que l’on aime tant, le Londres victorien, sale, foisonnant de pègre, prostituées et d’une population de la plèbe aux grands bourgeois, les auteurs aimant à habiller les décors de mille et un détails. Au final on sort tout à fait enjoué de cette introduction avec un format qui promet des stand-alone qui autorisent une découverte au choix. 

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Khaal, chroniques d’un empereur galactique

BD Louis et Valentin Sécher.
Soleil (2011-2013), 90p., intégrale des deux volumes (2019).

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Sur les ruine d’un empire galactique déchu flotte E.T.H.E.R, une gigantesque prison perdue. Là, les descendants de générations de prisonniers ont bâti une société archaïque, primale, où les races cohabitent bon gré mal gré. A sa tête, Khaal, le guerrier ultime, le mâle Alpha, sommet de la chaîne alimentaire. Pourtant sa puissance est fragile, dépendante de deux êtres qu’il maintient dans l’ombre et qui pourraient lui procurer gloire comme déchéance. Face aux velléités de contestations de son autorité il va montrer à tous qu’il est le dernier des titans et fonder un empire absolu, sans limites…

The Art of Valentin Secher | Comic books illustration, Sci fi concept art,  Concept artDepuis sa première bande-dessinée professionnelle Valentin Sécher impressionne par une technique inspirée autant de l’école hyper-réaliste (les Alex Ross ou Charest) que par l’école Lauffray. Comme beaucoup de grands techniciens avant lui, l’artiste peine pourtant à atteindre une reconnaissance grand public de par un rythme forcément lent (les fans de Travis Charest en savent quelque chose…) et des choix d’albums reprenant un univers qui lui est familier mais qui ne l’obligent pas à sortir de ses habitudes: après Khaal, variation spatiale de Conan, il enchaînera sur la suite des aventures du Méta-Baron dans la plutôt sympathique série de Jerry Frissen, avant de préparer le très attendu album de la collection Conan (tiens-tiens) pour cette fin d’année. Quand on apprécie son style on ne se plaindra pas de ces superbes albums pleins de rage et de fureur. Pourtant on sent livre après livre que ce confort mériterait d’être bousculé à commencer par un scénariste qui saurait trouver une histoire innovante…

Cette introduction en mode regrets ne doit pas vous donner une mauvaise image de ce Khaal! Album typique des débuts de carrière où le dessinateur semble mettre tout son imaginaire sans filet, les deux volumes qui composent cette intégrale (agrémentée d’un magnifique cahier graphique de neuf pages) sont une tonitruante claque graphique, un sans-faute visuel débordant d’un génie du design et d’une maîtrise du découpage des plus grands. Tant dans la palette de couleurs chaudes que dans l’ambition des plans, que ce Violence Takes To The Stars In 'Khaal' #1 [Preview]soient les visages d’aliens en mode serré ou les vastes batailles, que l’on parcoure des vestiges en ruines ou des Léviathans spatiaux, rien ne dépasse, tout est élégant, cohérent, d’un world-building qui donne envie de grands espaces, du space-opéra flamboyant comme on en voit rarement…

Mais alors pourquoi ce sentiment de manque? Tout simplement parce que Khaal ressemble plus à un art-book des capacités impressionnantes de son dessinateur, un album plaisir pour un scénariste (Stéphane Louis, issu de l’écurie Soleil) amoureux des univers galactiques et qui peut donner une concrétisation visuelle à ses images mentales grâce à ce grand talent. Car le problème de cette série c’est son intrigue à sens unique qui oublie certaines bases, l’antagoniste, le danger qui donne envie de s’intéresser à cet anti-héros ultime. Si Conan est un barbare, violent, primaire, il est parfois manipulé, parfois touché, parfois humain. Ce n’est jamais le cas de Khaal dont le principal intérêt scénaristique est sa noirceur absolue et son monolithisme d’ordure finie. On a plus d’Elric que du barbare ou plutôt le plus sombre des deux… Rejeton d’un Méta-baron invincible dans un univers spatial démesuré, des pulsions déviantes du melnibonéen et de la rage du barbare, Khaal est magnifique dans ses combats mais… ennuyeux dans ses victoires inévitables.

Khaal Issue #4 - Read Khaal Issue 4 Online - Page 12Ainsi la première moitié de la série est une sorte de huis-clos dans ce monde fermé qu’est E.T.H.E.R. Si l’on voit bien deux peuples aliens dotés de capacités phénoménales (les uns sont télépathes, les autres passe-muraille) et si quelques discussions menaçantes du tyran avec ses deux acolytes prolongent quelque peu l’intrigue, on comprend vite que le méchant ne sera pas vaincu. La seconde moitié déroule alors de splendides plans de destructions planétaires à mesure que le vaisseau-monde ronge les galaxies, mais la linéarité et l’absence de tension dramatique se font pesantes, jusqu’à un final dont on comprend l’envie choc mais qui fait pschitt avec un sentiment de ne pas comprendre le propos.

C’est donc avec quelques regrets que l’on savoure ce plaisir graphique qui aurait pu être tellement plus sous la coupe d’un Jodorowsky, d’autant que les idées visuelles, les pouvoirs, la démesure du projet promettaient une superbe saga. Comme un rappel que sans bonne histoire les plus grands dessins restent un peu dérisoires…

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****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #20: Valhalla Hotel #2 – Crusaders #3 – Les 5 terres #6

La BD!

Salut les bdvores! Pour finir la semaine belle brochette d’excellentes séries blockbusters avec le second bâton de dynamite de Perna et Bedouel, le troisième épisode de la saga galactique de Bec et la conclusion du premier cycle du Game of Thrones de la BD. Faites vous plaiz’!

  • Valhalla Hotel #2 (Perna-Bedouel/Glénat) – 2021, 48p., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

couv_423737Le petit Patrick et son pote Fabien aimaient jouer aux voitures et aux pitou. Du coup ils en mettaient plein dans leurs histoires de vieux militaires et de savants-fous nazis. Comme ils avaient toujours rêvé de monter dans un hélico ils mettaient le Huey popularisé par la guerre du Vietnam dans les pattes de leur héros et comme les bases secrètes c’est cool ils en inventaient une pour les méchants et une pour les gentils, remplie de plein d’armes rigolotes! La bataille c’est marrant mais en grandissant on se met à parler de choses plus sérieuses alors ils disaient que leur sheriff débile était un doux intégriste et comme le racisme c’est mal ils donnaient une copine noire bad-ass à leur héroïne policière. Tout ça donnait des histoires drôlement animées avec plein de gros mots qu’on dit quand les parents sont pas là et des méchants qu’on avait le droit de taper parce qu’ils étaient très très cons ou très très méchants (ou les deux). Et c’était tellement rigolo qu’on n’avait plus envie de lâcher le guidon de la moto et la gâchette de la M-60 et qu’on se demandait aussitôt quand allait sortir le prochain épisode…

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  • Crusaders #3 (Bec-Carvalho/Soleil) – 2021, 46., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

couv_423739Alors que la contre-attaque des Lagran se prépare, des doutes commencent à apparaître dans l’apparente harmonie de la Grande Assemblée des Emanants, dont le passé n’est pas si pacifique qu’ils le montrent…

On enchaîne directement après la conclusion du tome deux, sans résumé (discipline qui aurait été pertinente sur une série aussi touffue) mais avec une introduction très pédagogique qui nous résume la problématique de ce peuple maléfique qui cherche la destruction. Peut-être conscient de ses démons, Christophe Bec simplifie donc résolument son intrigue dans un cadre que tout bon space-op pourrait développer et apporte la complexité qu’il recherche dans les termes et concepts physique autant qu’astronomiques tout à fait pointus. A ce titre on est entre le métaphysico-épique des Meta-Barons ou de Druillet et la hard-science d’un Adam l’ultime robot. Et c’est sacrément réussi et digeste en alliant le texte au graphisme puisque de la même manière on alterne entre grandioses paysages cosmiques en doubles-pages, titanesques artefacts technologiques sur planches quasi muettes et séquences de conciliabules stratégico-politiques verbeux. Cette structure est tout à fait agréable et permet à l’intrigue d’avancer tranquillement, avec quelques scories qui semblent oublier des cases intercalaires dans cette volonté d’aller vite. Si on peut tiquer par moment, l’effort du scénariste est réellement louable pour proposer une SF accessible. Bien entendu ceux qui n’ont aucune bases de culture scientifique partiront peut-être de loin mais l’effort est utile pour croire à l’histoire de Christophe Bec. L’avantage de partir si loin dans les concepts théoriques c’est que l’on garde l’apparence du crédible avec la liberté de la fantasy! Et les auteurs nous régalent toujours d’idées dantesques comme cette planète vivante de la taille d’un système… Jusqu’ici s’il manipule la matière et l’espace à l’envie le scénariste n’ose pas entrer dans la tout à fait casse-gueule idée de manipuler le temps. La logique voudrait pourtant qu’une série aussi conceptuelle s’aventure dans ce genre d’idées, au risque de retomber dans le banal. En attendant on se régale en endossant le rôle de spectateurs que les personnages humains de Crusaders assument depuis le début, un peu comme dans un films catastrophe où les personnages ne sont là que pour créer un transfert émotionnel du spectateur vers le (très) grand spectacle.

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  • Les 5 Terres (Lewelyn – Lereculey/Delcourt) – 2021, 52p., premier cycle achevé.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

couv_423609Après deux albums par an on boucle ainsi le premier cycle de cette série TRES inspirée par Game of Thrones. Il faut dire que ce rythme est absolument parfait pour maintenir un esprit de série avec juste ce qu’il faut d’addiction et de repos pour savourer le scénario parfaitement huilé. Si le principal problème reste cette très grande proximité avec le roman/série de George Martin, le fait que les itinéraires convergent sur ce dernier tome et que nous savons déjà que nous allons partir pour une autre Terre suffit à maintenir un intérêt très haut! Bien sur certaines résolutions sont attendues. Mais les auteurs savent toujours instiller le choc après le calme, sans faute de goût et sans redondances, c’est déjà pas mal. Le discours du roi laisse présager de sacrés changements politiques après qu’il ait étouffé la révolte étudiante, aussi tout semble imaginable. L’Histoire romaine ou médiévale regorgent de matériau pour imaginer d’incessants retournements et la principale interrogation qui perdure depuis le tout début de la série et ces quelques apparitions des ours est de savoir comment cette saga jusqu’ici totalement centrée sur le peuple félin va bien pouvoir garder des liens entre les cycles sans redondance. Soit en changeant le modèle soit en tissant une méta-intrigue dont on n’a pas encore perçu les prémices… mystères… qui couvrent d’autres ficèles, parfois grosses… mais tout l’art narratif n’est-il pas un peu comme la magie, une illusion?

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***·BD·Nouveau !

Olympus Mons #7: Mission Farout

La BD!

Septième tome de 48 pages de la série écrite par Christophe Bec et dessinée par Stefano Raffaele. Parution le 14/10/2020 aux éditions Soleil

Par delà les nouvelles frontières

Quelques années plus tôt, la Terre a frôlé l’annihilation après avoir découvert au fond de la Mer des Barents l’Anomalie 1, qui se révéla être un vaisseau extraterrestre échoué muni d’un système d’autodestruction dévastateur. 

Ce n’est qu’avec les efforts et les sacrifices conjugués d’Elena Chevtchenko, cosmonaute russe en mission sur mars, et d’Aaron Goodwin, médium hanté par des visions macabres, que l’apocalypse fut évitée de justesse. Ainsi, l’Humanité découvrit qu’elle n’était pas seule dans l’univers, et que le système solaire avait autrefois été le théâtre d’une guerre entre deux civilisations très puissantes dont notre bonne vieille Terre avait recueilli les débris militaires à l’issue de quelques escarmouches. 

Fortes de ces révélations et de leurs conséquences, les pays du monde entier, autrefois rivaux, ont mis leurs différends de côté pour travailler enfin de concert vers un but commun, l’expansion et la prospérité du genre humain, aidés en cela par des fragments de technologie alien récupérés dans des épaves, qui mettent enfin à portée de main des coins de l’espace jusque-là inaccessibles. 

C’est à stade que nous plongeons dans ce nouveau cycle de la série Olympus Mons, donc nous avions déjà brossé le portrait ici. Nouvelles connaissances rimant avec nouveaux enjeux, nous retrouvons Elena, qui s’apprête à embarquer de nouveau vers les étoiles, après que l’androïde Einstein, qui avait participé au sauvetage de la Terre, révèle l’existence d’une ressource précieuse pour l’Humanité, enfouie quelque part sur Farout, objet céleste situé aux confins de notre système solaire. 

Nouvelles frontières, nouveaux défis

Après un premier cycle intéressant mais souffrant des défauts d’écriture de son auteur, à savoir une intrigue délayée qui aurait gagné à être plus concise, nous voilà repartis pour une nouvelle odyssée spatiale qui va remettre en question la place de l’Humanité dans l’univers. Dans ce tome au rythme plutôt efficace, point de révélation choc encore, mais une dose de mystère suffisante pour éveiller l’intérêt du lecteur. 

Le premier mystère est celui du fameux remède promis par l’androïde Einstein. Cette panacée existe-t-elle et en quoi consiste-t-elle ? Résoudra-t-elle la crise profonde que traverse le genre humain en 2030, ou tout du moins, lui permettra-t-elle d’y faire face ? Comme le veut la tendance actuelle de l’auteur, le récit est traversé de données scientifiques censées lui apporter un ancrage pragmatique, ce qui fonctionne, pour peu, j’imagine, que l’on ne soit pas astrophysicien (ce qui ne devrait toutefois pas empêcher de lire de la BD !). 

Encore une fois, cependant, le casting secondaire sonne assez creux pour le moment, un album n’étant pas suffisant pour caractériser autant de nouveaux personnages. Bien que ce soit compréhensible, cela a pour effet de diminuer l’attachement aux personnages, leurs sorts prochains nous étant relativement indifférents à ce stade du récit.

Autre bémol à souligner, la présence de flash-back/flash-forward qui visent à éclater le récit à la manière d’un Nolan, mais qui ne font, en fin de compte, que brouiller les pistes, car ils ne sont pas balisés de manière suffisamment claire à mon sens. 

Le tout demeure digeste cependant, ce qui est du aussi, et en grande partie, au travail graphique de Raffaele et à la mise en couleur inédite de Natalia Marques