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Conquêtes: islandia

BD du mercredi
BD Jean-Luc Istin et Zivorad Radivojevic
Soleil (2018), 78 p.

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Je ne suis pas grand fan des séries commerciales de chez Soleil dans lesquelles officie Jean-Luc Istin, du coup je ne connais pas le travail de ce scénariste. Pourtant le concept de cette série annoncée en 5 tomes me paraît alléchante: une planète à coloniser par album, un contexte différent, des personnages différents. Avec une très percutante couverture et un petit truc dans le dessin, cela m’a suffit pour entrer dans l’histoire.

La flotte arrive enfin en orbite d’Islandia après des milliards de kilomètres et trente années de cryosommeil. Une flotte de colonisation. Une planète habitée par des indigènes pacifiques. Mais très vite pour l’oberleutnant Konig quelque chose semble clocher dans cette arrivée. Commence une enquête pour découvrir une conspiration qui va remettre en cause ce voyage sans retour…

Islandia, le premier tome d’une nouvelle série de SF militaire est une très agréable surprise dont je n’attendais pas tant, ayant commencé la lecture surtout pour les dessins de Zivorad Radivojevic. Je découvre cet illustrateur qui a, malgré quelques failles techniques de perspectives, une patte très intéressante qu’il faudrait voir en noir et blanc pour apprécier plus précisément son dessin (la couleur n’est pas honteuse mais très informatique, elle donne cet aspect interchangeable qu’ont beaucoup de comics et de BD de chez Soleil).

Le premier aspect novateur est dans le choix d’une culture germanique à cette flotte de colons avec un design très réussi vaguement inspiré de l’armée du troisième Reich. Istin évite la fausse bonne idée de calquer des idéaux nazis sur cette armée, qui a simplement le comportement classique de toute armée de conquête envoyée là après ce qu’on comprend avoir été un Armageddon sur terre… Aucune information directe de contexte, du pourquoi de la présence de cette flotte mais le scénariste distille quelques miettes qui laissent penser que le contexte général prendra forme à mesure de la lecture des cinq one-shot de la série. J’aime bien l’idée d’un univers cohérent dans lequel nous assistons à des histoires séparées (un peu ce que fait Fred Duval sur ses séries SF). Istin a construit cela avec ses séries fantasy depuis pas mal d’années et a donc de la bouteille.

L’histoire de cet album, après le réveil des militaires et le premier contact du lecteur avec l’héroïne, nous plonge rapidement dans une sorte d’enquête policière entre l’Oberleutnant Konig, son compagnon et l’IA de la flotte. Pas mal de concepts intéressants sont proposés (comme cette IA qui est tout sauf la voix de son maître!) et l’ensemble des personnages secondaires sont étonnamment développés quand on aurait pu s’attendre à des archétypes de jeu vidéo. Istin accorde un vrai rôle à chacun (l’héroïne est très réussie en mère acariâtre et Badass) et malgré l’intrigue nécessairement assez simple du fait du format one-shot, on apprécie les dialogues. La relation avec les autochtones ne propose guère plus de choses que depuis Aquablue (à savoir une vision écologiste face à une société technologique d’invasion) mais pas de faute de gout non plus. Le fin mot de l’intrigue m’a semblé un peu tiré par les cheveux et surtout en décalage avec une ambiance techno-réaliste sur la plus grande partie de l’album. Rien de risible mais l’effet Slasher vu dans une majorité de films de SF se retrouve malheureusement ici.

On reste avec un album très grand public de très bonne facture et dans la moyenne haute pour un produit aussi formaté. De quoi donner envie de lire les autres volumes de la série, pour peu que le niveau graphique soit aussi bon que sur Islandia.

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Emma G. Wildford

BD de Zidrou et Edith
Soleil-Noctambule (2018), 100 p.
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Le coup éditorial était bien vu en proposant un très bel objet assez unique dans le genre: un album au format court proposé dans une couverture à rabats aimantés et de faux documents d’époques insérés dans les pages de l’album. La fabrication est remarquable et vous plonge dans l’univers romantique de l’Angleterre victorienne, de la société royale de géographie des jeunes héritiers explorateurs. La couverture est très élégante, … bref niveau éditorial c’est du tout bon.

Emma attend dans la chaleur de la campagne anglaise des nouvelles de son amant, explorateurs parti découvrir le sanctuaire d’un dieu norvégien. Dans cette société machiste, paternaliste, de l’Empire britannique triomphant, Emma apparaît comme une féministe, séchant son beau frère comme les vieux mandarins de la Royal geographical society lorsqu’elle décide de partir elle-même à la recherche de son fiancé, elle la poétesse méprisant les conventions mais jamais sortie des jardins britanniques. Est-elle une enfant trop gâtée ou une intelligence émancipée?

Je parlais donc de coup éditorial… et c’est ce qui m’a finalement un peu agacé au final dans cet album pas extraordinairement original mais bien construit et aux personnages sympathiques (comme souvent chez Zidrou). La facture très spéciale de l’objet n’a finalement aucune justification scénaristique et apparaît comme un pure gadget qui aurait pu être adapté à n’importe quel album (pour un surcoût pas totalement bénin tout de même). Cela n’enlève rien à sa qualité ni au côté agréable mais c’est frustrant car avec un tout petit travail d’insertion des objets dans le scénario cela aurait permit de proposer de vraie interaction avec le lecteur, dans l’esprit de ce que certains ont essayé en format numérique.

Si l’on revient à la seule BD nous avons donc une histoire sympathique, moyennement dessinée mais aux jolies couleurs qui prennent leur intérêt dans la seconde partie située en Norvège. La principale qualité de l’album réside donc dans la personnalité très moderne d’Emma, dotée du soupçon nécessaire de complexité et créant quelques scènes amusantes aux dialogues vifs. Dans le genre classique du portrait féminin romantique on est plutôt dans le haut du panier mais sans révolutionner non plus le genre, ni graphiquement ni thématiquement.

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La mille et unième nuit

BD du mercrediBD d’Etienne Le Roux et Vincent Froissard,
Soleil-Metamorphose (2017), 80 p., one-shot.

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Attention chef d’œuvre! Je croyais que la claque du printemps Il faut flinguer Ramirez était un objet rare, pourtant quelques mois plus tôt Étienne Le Roux et Vincent Froissard avaient sorti un album dont la couverture et le thème (les mille et une nuits) m’avait attiré… mais comme on ne peut pas tout lire j’ai laissé passer le temps! Le sujet donne lieu à des essais réguliers, pas toujours réussis. La sortie de l’album dans la très prestigieuse collection Métamorphose était un bon signe… totalement confirmé en devenant l’une des pièces maîtresses de la très graphique collection de Soleil. Cette collection me plait par-ce qu’elle est l’une des rares à mettre autant d’importance à l’aspect matériel de ses albums et à ses finitions. Cela a son revers, l’absence systématique d’infos sur les auteurs et de bonus.

Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"La série Nils d’Antoine Carion s’était faite remarquer par son esthétique générale mais également par ses couvertures et maquette absolument sublimes. Sur La mille et unième nuit on est dans le même standard, qui vous fait pleurer les yeux avant d’ouvrir l’album avec une couverture et une tranche gaufrées et dorées, ceci étant harmonieusement accompagné par des cadres ouvragés revenant sur un certain nombre de pages de l’album. Le dernier album dont le travail de fabrication m’avait autant marqué c’était Les Ogres-Dieux.

Mais contrairement à ce dernier l’album de Le Roux nous propose une histoire impressionnante de simplicité, de fluidité et qui nous transporte littéralement au pays des Djinn. Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"La bonne idée est d’imaginer une fin aux mille et une nuits mais de ne prendre finalement que le cadre (les personnages du Sultan Shéhérazade et sa sœur Dinarzad) pour partir sur une histoire libre mais totalement influencée par les contes orientaux. Ainsi il sera question de marchand voyant sa caravane prise dans une tempête pas si naturelle que cela, du roi des Djinn et du roi des lions, de fléaux naturels, de duplicité et de transformations…

Ces bonnes idées scénaristiques sont accompagnées par une voulez de détails rigolos et diablement esthétiques comme ces tapis volants aussi courants que des dromadaires. L’illustrateur a adopté une technique que je n’arrive pas à définir et qui semble utiliser un papier non lissé qui donne un relief incroyable aux planches. On a un mélange de crayon et de craie je pense mais je me demande s’il n’y a pas une retouche numérique (comme Chloé Cruchaudet sur Groenland-Manhattan) pour donner cet effet flou qui donne une folle classe a chaque case. J’ai passé un temps déraisonnable a lire cet album tant il n’y a pas une seule case banale!Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"

Les joyaux sont souvent simples et se laissent contempler a l’envi. C’est le cas avec ce magnifique album qui habille une histoire qui aurait pu faire partie du recueil des Mille et une nuit. De quoi hésiter à le ranger banalement au milieu de sa bdtheque…

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Cyan

BD de Jérôme Hamon en Antoine Carrion
Soleil-Métamorphose (2017), 52p. Série Nils, 2 tomes parus /3.

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Déjà portée par une des plus belles couvertures de 2016, la série Nils fait encore plus fort avec cette illustration de couverture du T2 tout simplement à tomber! Pour le reste c’est la même qualité que le tome 1 avec vernis sélectif et 4° de couverture très soignée. Dommage que la tranche ne soit pas de la même couleur sur chaque album (on suppose un choix de dégradés de bleus). Six illustrations  pleine page voir double page sont également présentes en fin d’album en plus de la double page de titre (comme pour le premier tome).

 

Le clan d’Alba est parti en guerre contre le royaume de Cyan et ses machines tandis que Nils est à la recherche de l’Yggdrasil, l’Arbre des 9 mondes situé loin dans le nord. Pendant ce temps les déesses continuent leurs observations et décident d’intervenir dans la destinée des hommes…

Résultat de recherche d'images pour "nils cyan carrion"Le tome 1 de cette série était doté de beaucoup d’atouts: le dessin très élégant d’Antoine Carrion, des références à Myazaki assumées et passionnantes, un background esquissé très intriguant, des dieux, un lien entre science et magie chamanique… Beaucoup d’attentes étaient portées sur ce second volume qui devait développer tout cela. Et bien je dois dire que j’ai été assez, voir très déçu de constater que les petits défauts de l’ouverture se confirmaient et se renforçaient, avec pour problème central, justement, l’absence de fonds. Les arrières plans de Carrion, beaux mais relativement vides, étaient finalement symptomatiques d’un scénario qui recouvre le même problème. Le monde proposé est pourtant passionnant, mais les auteurs n’abordent presque rien, restent au premier plan de leur histoire. C’est frustrant et rend la compréhension de l’intrigue difficile, d’autant que Hamon utilise très étrangement des ellipses brutales en début d’album. L’articulation entre la fin du tome 1 et le début du 2 est totalement absente et le lecteur doit deviner seul ce qui est à peine suggéré dans l’album précédent. Résultat de recherche d'images pour "nils cyan carrion"Les personnages ont été déplacés sans explication, des relations sont nouées hors champ, on passe d’une scène à l’autre sans transition et les combats sont là encore étonnamment écourtés. Je ne m’explique pas ces choix perturbants et qui enlèvent des atouts à cette, par ailleurs, excellente BD. Pourtant le scénariste sait amener des séquences très oniriques avec notamment cette articulation entre les déesses dissertant sur les actions des hommes et les incidences de leurs choix dans le monde physique. La cité de Cyan donne envie d’être découverte, de même que sa technologie. Mais l’on passe d’un personnage à un autre sans développement, avec trop d’induit pour avoir une lecture fluide.

Malgré ces difficultés, Nils reste une BD dans le haut du panier. D’abord grâce au dessin qui bien que très sombre (plus que dans le tome 1) et relativement monochrome (Cyan malgré son nom est très grise) reste totalement inspiré et globalement magnifique! J’ai d’ailleurs rarement vu autant de doubles pages contemplatives dans une série grand public (c’est assumé par les auteurs comme expliqué dans l’interview du scénariste), ce qui montre l’importance du graphisme pour les auteurs, au risque parfois de tomber dans la BD d’illustrations… Mais ne boudons pas notre plaisir visuel, qui permet de passer outre les problématiques citées plus haut.

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D’ailleurs la seconde partie de l’album, plus posée, centrée sur les explications scientifiques de l’Ethernum et de la disparition de la vie, en un double débat des déesses et du conseil de Cyan, retrouve l’intérêt des interrogations scientifico-écologiques du premier album. On découvre alors que la technologie de Cyan est bien plus développée qu’on le pensait, jusqu’à rendre centrale dans la série l’éternelle problématique des pulsions démiurgiques des scientifiques: la science peut-elle contrôler la vie et la mort? Face à cela le pouvoir des êtres surnaturels peut-il lui-même être bloqué, voir contrôlé ? La fin de l’album, tout de bruit et de fureur nous laisse en haleine.

Nils est pour l’instant une série bancale mais jouissant d’une formidable aura, que je qualifierait d’hypnotique, qui permet (si vous êtes sensibles aux dessins et aux fortes thématiques de cette BD) de dépasser ces désagréments. Rares sont les séries aussi sombres et pessimistes (voir dépressives). Attention, ce n’est pas un défaut: cela change du mainstream et l’on n’a strictement aucune idée de comment peut bien s’achever la série, notamment à la lecture de la dernière page apocalyptique… Ressemblant à une œuvre de jeunesse, Nils vaut néanmoins le coup d’être découverte en espérant que le troisième volume comblera ces quelques lacunes.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques.

D’autres critiques de blog chez: Mo‘,

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L’esprit de Lewis

BD de Bertrand Santini et Lionel Richerand,
Soleil – coll. Métamorphose, 72p.

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Lewis vient de perdre sa mère et se retrouve propulsé à la tête d’une famille composée de trois sœurs et d’un patrimoine immobilier important. Dans cette Angleterre victorienne il n’aspire pourtant qu’à une chose: publier son premier roman. Retiré dans un manoir familial il va y faire la rencontre d’un fantôme, une âme en peine qu’il va s’efforcer d’aider grâce à ses connaissances occultes.

La collection Métamorphose fait toujours attention à proposer des couvertures attirantes, à l’esthétique rétro soignée. J’avais vu passer cette image et d’assez bonnes critiques m’ont poussé à lire ce premier Acte d’une série prévue en deux parties. J’avoue que j’ai été un peu déçu par cette intrigue assez faible malgré des dessins inspirés qui instillent une ambiance adéquate à l’histoire. Le visage de Lewis notamment est très réussi et l’on s’intéresse rapidement à ce jeune aristocrate à la tristesse prégnante et au regard lunaire. La vieille Angleterre florale transparaît dans ces décors sombres aux couleurs automnales. Le basculement vers le paranormal change le style de la BD pour introduire de l’humour et se centrer sur la relation entre ce fantôme improbable et l’écrivain sans inspiration. La multitude de type de spectres décrits par l’occultiste Lewis est amusante… pourtant quelque chose n’accroche pas. Peut-être la mélancolie du texte et des images empêche-t’elle de s’immerger. Le graphisme, pourtant bien maîtrisé, ne m’a pas non plus inspiré malgré quelques très bonnes idées (comme la double page sans dessus-dessous). Bref, je suis un peu passé à côté tout en reconnaissant le travail des auteurs. J’ai eu un peu la même impression que sur le cycle des Ogres-Dieux (également publié en Métamorphose). La BD n’est pas mauvaise mais n’attirera peut-être qu’un public très ciblé.

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D’autres avis de blogueurs: chez Noukette, Ligne claire, Khadie et Mo’, Caro.

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Shalin

BD de David et Bourgier
Soleil (2017), 50p., Série Servitude en cours, 5 tomes parus sur 6.

couv_312847La maquette est toujours aussi élégante, avec pour la première fois de la série un personnage de dos. Également comme d’habitude un extrait de texte ancien introduisant le peuple Riddrak cette fois-ci. Pas de glossaire (peut-être dans le t6?). Comme expliqué sur le précédent article concernant Servitude, le tirage de tête à venir est vivement conseillé pour profiter pleinement de la finesse des extraordinaires dessins…

Après le siège d’Al Astan qui a vu la fuite des Fils de la terre, après  l’exil des Drekkars accompagnant l’Hégémon Sekal d’Aegor et les esclaves Riddrak libérés, toutes ces factions semblent se diriger vers Shalin, la cité sortie des sables du désert. Là, alors que le navire Iccrin transportant F’lar et Kiriel atterrit en catastrophe, une rude négociation commence entre les différents peuples. Le félon Othar de Vériel commence le siège de Shalin et Sékal commence un intriguant voyage solitaire aux confins du désert…

Le cinquième tome de Servitude est là, tragiquement car ce devrait être le dernier (zut) et que c’est finalement l’avant-dernier (youpi): les auteurs expliquent en petite post-face qu’ils ont été contraints de scinder le dernier album en deux parties pour éviter de repousser la sortie d’un volume de 100 pages. Personnellement cela ne m’aurait pas gêné mais l’on peut imaginer que l’éditeur a souhaité une telle solution. 9782302065055_pgPas grave, on replonge dans le royaume des Fils de la terre et l’on ne va pas s’en plaindre. A la fermeture de l’album la frustration est immense. D’abord par-ce que cet album coupé en deux ne se clôt pas vraiment (logique). Mais surtout par-ce que le rythme reste celui adopté depuis le début: lent mais fourmillant de détails, mystérieux, soulevant autant de question qu’il en pose. Comment vont faire les auteurs pour boucler avec brio un tel monument? Personnellement je leur fais confiance étant donné le sans faute total de cette série.

Cet album est un peu différent des autres puisqu’il s’agit principalement de discussions entre seigneurs et chefs de guerre (Vériel et les Drekkars, les mercenaires qui l’accompagnent, le chef Riddrak et le roi Arkanor,… Peu de découverte ethnologiques cette fois hormis les magnifiques passages muets montrant des éléments de la vie pratique des gens de ce monde (cuisson des briques, marchands dans leur échoppe, gestion de l’eau). Car l’une des spécificités de cette série c’est l’intérêt tout particulier porté au détail et à la cohérence de chaque société. C’est en cela que je la comparais à l’œuvre de Bourgeon. Alors oui il y a des batailles toujours excellemment bien menées, il y a des paysages contemplatifs, un peu moins de décors (on est dans le servitudet5-4.jpgdésert) mais des trognes toujours incroyables (et très balafrées!). Tout est frustrant dans Servitude, avec des auteurs maîtres de l’ellipse, qui permet sans doute de tenir cette intrigue et cette ambiance si particulière. Le combat s’interrompt au premier coup d’épée, des personnages charismatiques disparaissent brutalement (là encore un peu de Game of Throne), des scènes muettes intrigantes restent sans explication, des personnages majeurs n’intervenant que sur une page… On voudrait le même espace que celui dont a joui Bablet sur Shangri-la, des volumes de 80 pages… mais le travail incroyable déjà accompli aurait sans-doute signifié des attentes de 5 ans par album.

Dans Shalin l’on comprend un peu mieux les intérêts des différentes factions et notamment les évènements du tome 3 (qu’éclairent pas mal les bonus intégrés au second tirage de tête rassemblant les tomes 3 et 4). Mais Servitude est un tout formidablement ficelé et plus qu’aucune autre série il est conseillé de lire l’ensemble des tomes depuis le premier. Une telle maîtrise scénaristique sur plus de deux-cent pages au total est vraiment un tour de force. Pas un plan, pas une phrase, pas un arrière-plan n’est inutile, tout se tient, tout se relie. Vous pouvez avoir une phrase ou une scène graphique illustrant ou expliquant une séquence du tome 1 ou 3 par exemple. Quel plaisir pour le lecteur que de voir une telle harmonie! Ce tome illustre également la complexité des personnages, sans aucun manichéisme. Toute décision s’explique, toute trahison est logique selon la morale du personnage. Hormis Othar de Vériel il n’y a pas réellement de méchant dans Servitude. Car l’objet de la série est bien la servitude volontaire de ces différents peuples auprès du Créateur dont l’intervention pointe enfin dans les toutes dernières cases…

11887859_879954945387684_5514333905975523886_nServitude, je ne le dirais jamais assez, est une lecture totalement indispensable à tout amateur de BD, quel que soit son genre de prédilection. Une lecture relativement exigeants, qui demande de s’immerger dans un monde total (je renvoie à mon précédent billet sur ce point). Je ne mets pas 6 Calvin par-ce que j’ai pas le droit mais bon… 🙂

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mo

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Le chevalier à la licorne

BD de Stephane Piatzszek et Guillermo Gonzalez Escalada.
Soleil – Quadrants (2015).

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Jolie couverture intriguante, typo de titre originale, intérieur de couverture identique des deux côtés représentant une sorte de peinture rupestre avec des licornes. Imprimé en Belgique.

Cet album est un petit miracle sorti de nulle part! Réalisé par un scénariste chevronné mais peu connu et par un artiste espagnol dont c’est la première (et unique à ce jour) BD, il raconte l’itinéraire du chevalier Hospitalier Juan de la Heredia (personnage historique qui a bâti les remparts d’Avignon) après sa « mort » à la bataille de Crécy qui marque le début de la guerre de cent ans. Lors de cet événement d’une violence rare, le chevalier rencontre une licorne, animal légendaire, qui semble le ramener à la vie et le hante désormais pour le reste de son existence…

chevalier20licorne203Les grands one-shot sont portés par l’ambition de leur projet autant que par la qualité de leur réalisation. Il est surprenant de trouver ce volume chez Soleil, plus habitué aux séries qu’aux projets d’auteurs. Ici le mythe surpasse très rapidement le cadre historique (pourtant si élégant). Le fil rouge est l’hypothétique folie de cet homme ramené d’entre les morts par un animal imaginaire. Tout au long de sa quête du sens de sa résurrection, Juan va s’interroger sur une impossibilité: les licornes sont imaginaires, et pourtant il est bien mort sur le champ de bataille de Crécy… x6-9-c794aq1469028668-pagespeed-ic-kwocx1859tAprès sa fuite d’une prison anglaise il va errer en bordure du monde des hommes, bravant la mort dans unique but: rattraper la licorne qu’il voit au loin, pour comprendre. Boucher au début de l’ouvrage, ermite puis chevalier à nouveau, il s’agit autant de la quête du sens de son époque barbare que d’un parcours intérieur vers la civilisation.

Je reparle à nouveau de l’école espagnole, tant la qualité du trait et de la licorne23colorisation (que certains trouveront trop numérique) d’Escalada est rare. La rage qu’il met dans ses visages, l’esthétique et la poésie de ses plans larges constituent l’une des BD les plus impressionnante graphiquement des 10 dernières années. Le trait est dur mais précis, l’élégance de son style permettant de laisser la violence au contexte sans la reproduire graphiquement. Je n’ai trouvé aucune information biographique sur cet illustrateur bien trop rare. En espérant que ce projet totalement réussi lui donne envie de nous offrir à nouveau son talent.

 

 

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Ce billet fait partie de la sélection  22528386_10214366222135333_4986145698353215442_nhébergé cette semaine chez Mo