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Servitude #6: Shalin – deuxième partie.

La BD!
BD de David et Bourgier
Soleil (2020), 50p., Série Servitude achevée.

Pour cet album conclusif (seconde partie du double album « Shalin » on a droit à une couverture guerrière et rageuse montrant le roi Riben d’Arkanor à l’assaut. Pas la plus inspirée de la série mais tout à fait révélatrice de la teneur virile de l’album. La quatrième de couverture rappelle la tomaison des six volumes. La page de titre surprend en rompant la ligne chromatique de la série par une fleur rouge vif qui renverra à l’épilogue de quatre pages. Rien à redire sur la structure, c’est pensé, pertinent, fort. En attendant le futur monumental dernier Tirage de tête (je vous renvoie au billet sur le début de la série)…

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Une nouvelle étoile est apparue dans le ciel, confirmant la prophétie des Riddrak sur leur Libération finale… Mais à Shalin, la place-forte du désert où sont réfugiés les derniers fils de la Terre et leur roi Arkanor plus personne ne croit en la victoire face à l’immense armée de Vériel. Chacun se retrouve devant ses choix, pour l’honneur, la gloire, la liberté ou pour un enfant… Plongé dans la tourmente, Kiriel, l’ancien homme lige de la Couronne, sait désormais que les liens de soumission anciens sont rompus et se retrouve entre son roi et la jeune infante Esdras, entre la guerre et la liberté…

Il y a des albums qui sont durs à refermer. Non seulement comme conclusion d’une grandiose aventure entamée il y a quatorze ans mais également par la frustration que la fermeture de la dernière page ouvre en nous. Servitude est un monument d’orfèvrerie artisanale, de précision documentaire, de finesse scénaristique, de qualité artistique. Il est indéniable que le plan était écrit depuis le premier album et qu’une série de cette qualité qui a refusé tout le long la facilité, ne pouvait se conclure de façon manichéenne. Reprenant l’alternance ethnographie/bataille à chaque nouvel album, il était logique que Shalin (parties 1&2) se concentre sur l’aspect guerrier de la saga. Et sur ce plan, tout comme le précédent Bourgier et David savent nous régaler de planches rageuses, de gueules cassées, de dénouements inattendus. Leur propos était de nouer la servitude volontaire des êtres dans leur société et celle des Nations, rattachées à un héritage fantastique décrit dans le Chant d’Anoerer sur le premier tome. Sachez le il n’y a pas de gloire dans Servitude, pas de happy end et tout n’est pas révélé. On pourra reprocher certaines pistes grandioses, attendues, qui restent assez cryptique faute d’une pagination nécessaire pour tout développer à terme. L’œuvre est gigantesque et comme souvent compliquée à refermer par tous ses côtés. La cohérence est pourtant là, les auteurs ayant toujours laissé l’aspect fantastique sous couverture hors quelques irruptions impressionnantes. C’est encore le cas ici… aussitôt ouvertes aussitôt refermées. Il est toujours important de laisser au lecteur sa part d’imaginaire, de ne pas tout expliquer, de laisser des portes ouvertes. Mais que de frustrations!

En tant qu’unité cet ultime tome est parfait, utilisant des doubles pages ça et là pour imposer un temps mort, souligner certaines séquences muettes, comme l’arrivée de l’enfant en préambule et son intervention auprès de l’empereur Drekkar, dantesque, comme ces fleures rouges qui ouvrent et concluent l’album. On a pourtant le sentiment que les auteurs ne souhaitent pas refermer une histoire éternelle qui n’a jamais vraiment commencé et ne doit jamais finir. Car Servitude est d’abord une chronique sociétale, artisanale, de peuples qui cohabitent dans la croyance. L’aboutissement des prophéties riddrak n’est pas le sujet et, frustration encore, ces derniers sont rares alors que ces fiers guerriers du désert ont été teasé tout au long de la saga par de sublimes planches muettes. Il en est de même pour ces guerriers drekkars, invincibles, qui font de la figuration depuis le premier tome hormis la magistrale bataille de l’Adieu aux rois. On sait combien il est compliqué d’achever une histoire. Refusant la simplicité, les auteurs de Servitude ont rendu cette conclusion impossible. Et ils s’en sortent finalement très bien grâce à cet épilogue inattendu, magnifique en changement de style graphique hyperréaliste, et logique.

En vente - Servitude par Eric Bourgier - Planche originaleJe le dis depuis le premier tome, il y a du Bourgeon dans la démarche de Bourgier et David, de cette sincérité, de ce travail d’orfèvre aux mille et un détails. On imagine volontiers l’atelier de Fabrice Bourgier plein de maquettes et de sculptures comme celui de Bourgeon. Il y a du Peter Jackson, de celui qui sur le Seigneur des Anneaux demandait à ses costumiers de décorer l’intérieur des casques car cela jouait de l’authenticité… On a commenté les proximités de dureté réaliste de Servitude avec Game of Thrones. C’est certain, notamment sur un rythme saccadé, incertain, plein de ruptures. Mais là où la série BD se distingue c’est dans l’esprit du lieu. Rarement des décors auront été aussi vivant que dans ce Chant, rarement les société auront été si vivantes, jusque dans ces clans barbares si justes et pourtant juste effleurés. En refermant Servitude on sait qu’il y a un continent inexploré, à peine effleuré où l’on aimerait tellement retourner. C’est peut-être là l’aspect le plus machiavélique de leur plan: nous faire regretter, car nous savons que contrairement à l’autre immense saga de ces dernières décennies, Universal War 1, il n’y aura pas de retour sur cette terre.

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Les Ogres-Dieux #4: Première-née

BD du mercredi
BD de Hubert et Bertrand Gatignol
Soleil – Métamorphose (2020), 160p., 4 volumes parus.
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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

J’ai découvert la série des Ogres-dieux à la sortie du second opus, Demi-sang et avais proposé un billet commun sur ces deux premiers tomes, vers lequel je vous renvoie pour l’explication du projet et de sa forme matérielle… importante.couv_405165

Aux temps premiers des Ogres-dieux fut le Fondateur, ce puissant combattant de haute stature qui apparut un jour et fonda un royaume guerrier. La Première-Née ce la dynastie qui lui succéda était déjà immense, mais c’était une fille, encore liée à la société des hommes, une société du savoir, de la civilisation. Tiraillée entre les pulsions bestiales du Fondateur et de ses fils et son sexe renvoyée à une simple matrice pour les descendants, Bragante allait influer en coulisses à la destinée des Ogres-dieux…

Après un troisième opus assez décevant, cet album posthume du scénariste Hubert revient aux sources de ce qui fait la spécificité de cette saga gothique. En remontant à des origines narrées dans les textes du premier volume les auteurs attisent notre soif de savoir sur une histoire familiale dont on n’a finalement vu que peu d’éléments. Car le fait d’alterner séquences BD et séquences de pure récit textuel depuis Petit a permis à la fois de développer l’univers bien plus que les seules cent-soixante pages du volume ne l’auraient permis en dessins mais crée une frustration continue. Les histoires étant construites sur des successions de séquences reprenant les trois unités du théâtre, on alterne ainsi des scènes illustratives mais ce sont bien les textes qui bouchent les trous.

Des Ogres-dieux on n’en a finalement vu que sur le premier tome et c’est un plaisir de retrouver cette grandiloquence, cette violence brute, bestiale. Le mystère des origines du fondateur est laissé dans l’ombre, avec néanmoins un lien directe avec les Olok vus dans le Grand homme. Habile passerelle qui permet de faire se rejoindre dans cette préquelle le premier et le dernier représentant de cette lignée de géants. L’éditeur annonce qu’il s’agit de l’ultime tome… a voir car le dessinateur n’excluait pas il y a quelques mois de prolonger l’œuvre. Et on peut dire qu’il y a matière à peu près infinie avec ce format de one-shots dissociés se rattachant à une mythologie très costaude.

L’histoire de Bragante est celle de la civilisation, de la transmission et du savoir face à la force brute incarnée par les hommes descendants de ce fondateur barbare qui choisit d’enfermer ses filles dans un gynécée. Comme dans tout récit mythologique, les auteurs posent une dualité fondamentale entre le bien et le mal. Comme tous les personnages centraux de la saga, cette première fille du Fondateur est passionnante. Elle est abaissée à sa nature féminine, destinée à être engrossée par ses frères, consanguinité rendue à la fois naturelle (la barbarie dégénérée) et nécessaire car en grandissant à chaque génération les géants (pas encore ogres…) ne peuvent plus se reproduire qu’entre eux… tout en imposant le respect à ce père comme première descendante, première géante. Si les récits de la vieille femme manquent d’action et de flamboyance graphique, ce sont comme souvent dans la série les nouvelles qui habillent, lient ce que l’on voit. On y découvre ainsi le rôle des livres, de la bibliothèque perdue, de l’architecte, tout ce qui permit aux géants de traduire leur puissance brute inarrêtable en royaume organisé et rayonnant. Bien sur l’ADN de la saga est dans cette folie, cet inceste érigé en nature, ce gout du sang et de l’absence de toute limite. Mais cette figure de Première-née est la première véritablement positive et donne de la sensibilité à cet ensemble barbare.

De sa vie cloitrée on parcourt des planches très serrées de Bertrand Gatignol, où les extérieurs du Grand Homme et les architectures flamboyantes des deux autres volumes manquent un peu. Ce choix est tout à fait justifié mais l’on y perd un des sels graphiques des Ogres-dieux. On aurait aimé voir se produire les le successeur Orobaal et ses frères sur les champs de bataille. On n’aura que des querelles de palais. On a ainsi une sauvagerie étouffée graphiquement par une sorte de huis-clos de cloître et une absence d’antagoniste pour développer des manigances politiques dignes de Demi-sang. On sent comme il est compliqué de donner une unité à chaque tome sans se recopier et en cela on peut tirer notre chapeau aux auteurs qui jamais n’envisagent de reproduire ce qui a fonctionné précédemment. Ils sont convaincus de la richesse de leur univers et se rattachent à un personnage pour développer son contour.

Comme sur les deux autres suites je sors mitigé de ma lecture, avec peut-être le besoin de se replonger calmement dans une seconde lecture ou dans une relecture complète d’une série qui ne s’apprivoise pas facilement. Il y a beaucoup de réussites thématiques dans ce tome et une maîtrise graphique qui ressort dans les noirs et ces visages superbes en cases immenses. Il reste peut-être un manque de variété que l’on ne peut guère reprocher dans une BD-théâtre largement compensée par cet habillage grandiose dont on ne se lasse décidément pas.

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No body (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale de la première saison je vous propose de relire ma chronique:

BD de Christian De Metter
Soleil-Noctambule (2016-2018), 72 p./album, 1 saison de 4 épisodes parue.

Les couvertures, le format comics, le découpage en épisodes et saisons, tout dans le projet de Christian De Metter vise à reprendre les principes d’une série TV américaine. Les livres sont élégants, on aurait aimé des commentaires de l’auteur ou de la documentation sur l’époque. A l’heure où de plus en plus d’éditeurs fournissent un travail éditorial (chez Urban ou dans les formats gazette par exemple) ce type de projet mériterait un peu plus de « hors texte ».

Je suis venu par accident sur cette série dont les dessins et l’ambiance ne m’attiraient pas. J’avais pourtant adoré la série True detectives dont No body s’inspire fortement, cette ambiance hyper-réaliste d’une Amérique post-rêve américain, sans vernis hollywoodien, une Amérique des bas-fonds, des familles détruites, des drogues et des névroses profondes, l’Amérique dépressive des films de boxe pluvieux et des guerres contre la drogue sans règles (comme le film Sicario)… Un pote me les a fourgué dans les mains en me disant « tu va voir… ». Et il avait raison! No Body est une très excellente série, qui contrairement à ce que laisse entendre sa numérotation se termine en 4 volumes. Quels sont les projets de l’auteur pour d’autres saisons, je n’en sais rien pour l’instant…

Résultat de recherche d'images pour "de metter no body"Je vais commencer cette chronique par le trait de De Metter: une sorte de crayonné poussé, rehaussé de peintures et crayons de couleurs qui donnent une texture assez artistique qui peut faire étrange sur une histoire policière hyper-réaliste. Derrière ce vernis un peu crado se cache un trait très maîtrisé, que ce soit dans les expressions des personnages ou dans les mouvements des corps. Ainsi ses planches sont assez colorées mais imprécises, ce qui renforce systématiquement les personnages. Pas très fan au début, je m’y suis fait et constate une étonnante évolution sur le quatrième tome de la série avec un gros saut qualitatif, plus classique mais que je préfère. On aimera ou pas le style graphique de Christian De Metter mais force est de reconnaître que sa démarche est originale et que le bonhomme sait tenir un crayon!

Mais la grande qualité de No Body est bien sa construction scénaristique basée sur une technique éprouvée: le récit d’un ancien super-flic qui va nous raconter ce qui l’a amené au crime dont il s’accuse lui-même. Technique toute cinématographique, permettant des aller-retour chronologiques entre le récit (le temps présent) et les récits, à différentes époques. Bien entendu tout ce récit est maîtrisé par le narrateur, avec quelques questions de la psychiatre permettant au lecteur de prendre le recul. Grace au graphisme et au rythme on est happé dans cette histoire violente de l’Amérique des années 60: le Vietnam, la contestation étudiante, les gangs de Bikers, Kennedy et les programmes noirs du FBI… cette époque est fascinante et l’ouvrage est relativement documenté bien que romancé. L’histoire de ce flic malgré lui sera celle d’un système sécuritaire sans limite faisant face à des criminels sans limite. Cela convient à notre homme, boxeur traumatisé par la disparition de son frangin au Vietnam et traversant son époque comme un fantôme, bras armé de l’Etat subissant tous les coups de ses opérations clandestines qu’il parcoure comme Dante les cercles de l’Enfer, citation assumée par le scénario et très bien utilisée.

https://chezmo.files.wordpress.com/2017/04/nobody0203.jpgL’histoire est dure. Pour le héros d’abord. Homme solide souhaitant simplement l’amour, la police lui tombera dessus et le liera pour toujours au destin des plus sombres criminels du pays. Sans états d’âme il la verra, son âme, s’assombrir sans que l’on ne sache jamais s’il est devenu insensible ou si la conséquence de ses actes et des dégâts collatéraux aura une incidence sur ses actes. Le personnage semble maudit, voyant mourir tout ce qu’il aime, tout ce qui l’entoure hormis les monstres, ses commanditaires ou les criminels. Il se justifiera en éliminant des ordures sans foi ni loi. Mais reste t-on indemne en vivant uniquement dans les bas-fonds à côtoyer le mal?

Formidable voyage dans une Amérique bien sombre autant que dans les tréfonds de l’âme humaine, histoire assez nihiliste d’un roc au cœur tendre, No Body parvient à atteindre le très difficile équilibre entre le ludique (le policier), le réflexif (l’Histoire), le symbolique (Dante) et le drame humain.

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Crusaders #2: Les Emanants

La BD!
BD de Christophe Bec et Leno Carvalho
Soleil (2020), 49p., série en cours, 2 vol. Paru.

Album lu en numérique dans le cadre du programme Superlecteurs Résultat de recherche d'images pour "iznéo".

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Arrivés à destination dans une « colonne de fer » aux proportions titanesques, l’équipage des Crusaders se voit enfin révéler le motif de leur venue. Les Emanants, race antédiluvienne à la technologie inimaginable, ont convoqué toutes les races intelligentes de l’univers pour faire face à une menace qui met en danger l’existence même de la vie…

badge numeriqueOn peut dire qu’en ce moment en matière de très bonnes BD de « Premier contact » on est gâtés! En parution concomitante avec les excellents Dominants de Runberg et Renaissance de Duval, Crusaders se hisse largement au même niveau avec un second Capturetome qui confirme amplement l’impression du premier. Avec un récit pas évident à mettre en image puisqu’il alterne des visions galactiques et des artefacts aliens avec les discussions des humains sur la conduite à tenir, on est happé par cette SF gigantesque qui assume les concepts de pointe de la physique la plus récente. Bec aime jouer avec la sophistication et délaisse ici les mythes humains pour le mur de Planck, la physique quantique et le multivers. Se faisant pour une fois pédagogue, il utilise (comme dans le tome un) les discussions passées entre l’enfant Natalia mais aussi celles avec l’ambassadeur Emanant pour nous faire part de réflexions passionnantes sur notre méconnaissance de la physique et de l’univers en extrapolant les hypothèses majeures  des scientifiques visant à dépasser le modèle d’Einstein.

On peut bien sur tiquer sur le méchant peuple destructeur (encore tout à fait énigmatique) et certains dialogues très ricains mais le fait est que tous les reproches que l’on a pu faire au scénaristes sur ses séries passées et en cours tombent ici devant une belle grande série de Science-fiction généreuse, exigeante, belle (pleine de doubles-pages impressionnantes) et originale esthétiquement. Axant le cœur de son propos sur la découverte incommensurable de l’univers par des témoins humains, il nous emmène sur son vaisseau avec la promesse d’une belle odyssée qui fait briller les yeux de tous les amoureux d’espace.

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No Body, saison 2 #1

La BD!

BD de Christian De Metter
Soleil (2019), 92p., volume 1/3, saison 2.

Reprenant le format comics de la précédente excellente saison américaine, cet ouvrage annonce une histoire en trois parties (déjà titrées: L’agneau/ Les loups/ le berger) située dans l’Italie des années de plomb. Hormis une maquette assez travaillée et dotée d’un vernis sélectif, rien de notable en matière éditoriale et toujours le même regret d’absence de documentation sur la période. Ce serait une vraie valeur ajoutée étant donnée le projet.

couv_375692Italie, 1974. Dans une Italie où l’actualité se partage entre le football et les attentats et enlèvements, le commissaire Sordi doit enquêter sur l’enlèvement d’une fille de bonne famille. Entre son collègue qui semble plus préoccupé par les fesses des filles et les buts de la Lazio et des terroristes qui n’ont pas encore demandé de rançon, il faut manœuvrer finement et en eaux troubles…

Ce qui faisait le sel de la première saison de No Body c’était son atmosphère et une construction en aller/retour temporels calqués sur l’excellentissime série américaine True Detectives. Dans ce nouvel album très réaliste, c’est plutôt l’immersion dans une atmosphère très particulière que l’auteur recherche. Difficile de se prononcer sur une intrigue qui débute juste avec une construction que l’on pressent très linéaire et logique au vu des titres des parties. Si le scénario instille des mystères sur ses personnages, on suit un étonnant classicisme dans cette progression vers l’enlèvement. Toujours proche du cinéma, Christian De Metter maîtrise parfaitement son art du cadrage, du rythme et des dialogues. On ne s’ennuie pas une seconde à cette lecture dont on sort pourtant un peu sur sa faim si l’on se remémore la tension de la saison 1. Obligé de comparer lorsque l’on a l’historique (je rappelle que cette saison est totalement découplée de la première), on ressent une petite baisse, une sagesse que l’on n’attendait pas et qui fait de cet album un bon policier qui pour le moment ne ressort pourtant pas du lot.

L’objet de l’ouvrage est donc bien documentaire, croquer des trognes, moustaches et pattes d’eph, les camionnettes en tôle de la police, les imper qui nous rappellent des NOBODY Saison 2 Épisode 1 - L'AgneauVerneuil. Sur ce plan c’est très réussi et l’on se plait à suivre ce commissaire un peu absent chez qui on devine un secret qui n’attend que d’exploser dans les prochains volumes. Car on suppose que sous ce calme apparent se cachent des drames à venir dans les deux prochains volumes tant on n’imagine pas un auteur chevronné comme De Metter se contenter d’un ouvrage aussi simple. Vu comme une introduction à l’histoire (l’album s’ouvre sur la fuite de la jeune fille avant de nous relater les événements qui ont conduit à cela et de s’achever sur la scène du début, bouclant la boucle) l’album n’a pas le temps d’installer ni véritable mystère, ni drame.

Sur le plan graphique l’auteur revient à sa technique à effet crayonné qu’il avait modernisé sur la fin de la précédente saison. J’aurais préféré un trait plus réaliste mais les habitués seront servis tant son style est reconnaissable. N’étant que peu friand de cette esthétique je lui reconnais pourtant une efficacité certaine dans la reconstitution même si j’aurais préféré un trait plus réaliste.

Il ressort donc de cette mise en bouche un vrai plaisir de lecture qui s’appuie principalement sur des dialogues et personnages costauds faute d’intrigue surprenante. N’abordant finalement pas le sujet très politique de la guerre froide et ses implication sur le pays, l’auteur prends le temps de nous installer confortablement dans notre fauteuil pour ce premier acte d’une trilogie qui devrait monter en puissance.

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Olympus Mons #6: Einstein

La BD!

Album de 56 planches, écrit par Christophe Bec et dessiné par Stefano Rafaele, paru le 11/09/2019 aux éditions Soleil.

Compte à rebours mortel

En 2026, la course aux étoiles a été gagnée par les russes, qui ont pu mener à bien la première mission habitée sur Mars. Cependant, alors que l’on explore les portes du cosmos, il semblerait que la Terre n’ait pas livré tous ses secrets. Une énigmatique épave, baptisée « Anomalie Un« , est repérée au fond de la Mer de Barents par une équipe de chasseurs de trésors, tandis qu’une autre équipe se rapproche d’une autre épave inconnue aux propriétés nocives. Et pendant ce temps, le médium Aaron Goodwin, en plein milieu d’une enquête, reçoit des visions cryptiques laissant penser que le sort du monde est en jeu. Et pour couronner le tout, sur Mars, la mission prend un virage tragique, laissant la cosmonaute Elena Chevtchenko au pied d’une autre épave cyclopéenne, poursuivie par des drones tueurs.

Christophe Bec, auteur incontournable aux nombreux succès, renoue avec la SF avec Olympus Mons. Il s’associe avec son compère Stefano Raffaele, avec lequel il avait déjà officié sur Sanctuaire Genesis, Deepwater PrisonPromethee et Pandemonium, et compose une intrigue sur plusieurs niveaux, menée tambour battant grâce à un compte à rebours aux enjeux dantesques.

(Pas si) Seule sur Mars

Après des tomes quatre et cinq qui se concentraient davantage sur les personnages que sur l’avancement de l’intrigue, ce sixième tome précipite un peu les choses en Olympus mons tome 6 - BDfugue.comfournissant une conclusion à toutes ses lignes narratives distillées dans les premiers tomes.

En effet, sur Terre, le compte à rebours à l’issue duquel l’Anomalie Un doit exploser arrive bientôt à son terme, forçant Elena, secondée par l’androïde surnommé Einstein, à tenter le tout pour le tout sur l’Olympus Mons pour enrayer le processus apocalyptique.

Au vu des enjeux développés par le récit, on pouvait difficilement imaginer un autre dénouement que celui livré par cette conclusion, qui reste bien menée à défaut de nous surprendre. Raffaele semble ici en vitesse de croisière, et livre des planches correctes, sans toutefois que l’on puisse se départir de l’idée qu’il a déjà fait mieux en terme de finitions.

Pour conclure, Einstein conclue Olympus Mons de façon bienvenue mais sans réelle surprise !

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Les Ogres-Dieux #3: le grand homme

BD du mercredi
BD de Hubert et Bertrand Gatignol
Soleil – Métamorphose (2020), 3 volumes parus.

couv_348065J’ai découvert la série des Ogres-dieux à la sortie du second opus, Demi-sang et avais proposé un billet commun sur ces deux premiers tomes, vers lequel je vous renvoie pour l’explication du projet et de sa forme matérielle… importante.

La dynastie des géants est tombée, leur immense château s’est effondré dans les flammes. Le monde s’écroule avec ce qui structurait toute la société dans la peur et la Loi. Alors que l’anarchie gronde, un mystérieux chasseur sauve l’héritier putatif, Petit, qui attire toutes les ambitions des humains libérés du joug des tyrans. La chasse ne fait que commencer où nous sera narrée la Geste du Grand-Homme, ce descendant des peuples anciens…

Si vous n’avez pas entendu parler de cette série à sa sortie vous en avez forcément eu des échos lors du décès récent du scénariste Hubert. A l’heure actuelle, si un quatrième tome (et plus…) était prévu, la réalisation à quatre mains avec Bertrand Gatignol n’interdit pas la continuation de la série, bien que l’aspect très réflexif et parfois personnel de la saga interroge sur la pertinence de publier un album à titre posthume.

Résultat de recherche d'images pour "les ogres-dieux le grand homme"Pour revenir à l’ouvrage proprement dit, j’ai été surpris à sa lecture par l’aspect déconnecté, tant dans le récit, le décors, que la chronologie. Si le second tome était si particulier c’était par-ce qu’il s’entrecroisait totalement avec la temporalité principale du premier ouvrage. L’ADN des Ogres-dieux est bien sur de proposer de gros one-shot autonomes entrecoupés de longs textes narratifs et légendaires et sur ce plan Le grand-homme coche les cases (en faisant toujours aussi bel effet à côté de ses petits frères dans l’étagère à BD!). Pourtant l’idée d’en faire une vraie suite directe du tome deux crée une attente qui peine à être comblée. D’autant que l’histoire reste partiellement centrée sur le personnage de Petit qui est au-début la cible du Chambellan et de l’attention du lecteur avant de se diluer dans l’histoire de Lours. Très grande réussite que ce dernier personnage dont l’histoire révélée progressivement par les textes suffit à maintenir le lecteur à flot… alors que le rattachement aux Ogres et au Chambellan (et donc à la saga) se délite lentement à mesure que l’on constate la passivité de Petit. C’est ainsi le principal problème de cette suite qui n’en est pas une que de lier par les personnages et la temporalité cet ouvrage aux autres alors qu’il aurait sans doute été bien plus efficace de le couper sérieusement en oubliant cette fausse chasse qui n’intéresse personne.

Résultat de recherche d'images pour "les ogres-dieux le grand homme"Lecteur, si tu entame donc ce Grand homme fais-le sur des bases neuves, comme un unique one-shot lié de très loin à l’univers des Ogres-dieux. Le cœur de l’album est l’histoire de Lours, rebelle chassé de son peuple qui va entamer un voyage initiatique aux sources de son histoire et de son conflit avec son poursuivant. En cela l’album est plutôt réussi bien que les dessins de Gatignol, s’ils sont toujours très efficaces en plans serrés, peinent un peu sur les vastes extérieurs naturels qui ne parviennent pas, avant l’arrivée dans la forêt primale, à reproduire le gothique noir de la Cité et du palais des géants. La force des deux premiers ouvrages reposait beaucoup sur l’univers visuel de gothique flamboyant où l’architecture joue un rôle essentiel. Si les immenses arbres noirs rejoignent cette idée sur le dernier tiers de l’album, le reste est donc bien plus banal visuellement et il est étonnant de dire que ce sont bien les textes introductifs aux chapitres qui nous gardent en éveil. Sur le plan graphique l’absence de huis-clos semble élargir les cadrages ce qui ne permet pas au dessinateur de faire valoir sa technique issue du dessin-animé. Résultat de recherche d'images pour "les ogres-dieux le grand homme"La puissante séquence finale, très généreuse en gros plans, pleines pages et expérimentations graphiques, sonne ainsi comme un gros regret tardif

Petite déception donc  que ce Grand homme qui ne parvient pas à retrouver l’atmosphère violente et venimeuse de ses prédécesseurs malgré un personnage principal qui suffit à porter l’album. Du fait de la structure de la saga, d’autres ouvrages intéressants pourront être publiés pour peu que Gatignol se sente de poursuivre cette aventure seul. Les grands amateurs de la saga y trouveront leur compte, les autres pourront s’arrêter au second volume sans regret.

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Vampire State Building #1

 
Scénario de Ange et Renault, Dessin de Charlie Adlard, couleurs de Sebastien Gerard
Editions Soleil (2019), 2 vol. parus, 56p. /vol.

Un monstre, un lieu clos, et un secret, il n’en faut généralement pas davantage pour mettre sur pied une bonne histoire d’horreur ou d’épouvante. Ange et Patrick Renault ne s’en sont pas privés, et, secondés par l’immense Charlie Adlard, nous livrent ainsi l’étonnant diptyque Vampire State Building, aux éditions Soleil.

 

La Tour Infernale

Comme nous le disions, Vampire State Building réunit les ingrédients quintessentiels de l’épouvante. Tout d’abord, un lieu clos, et non des moindres: le célèbre Empire State Building, qui fut longtemps le gratte-ciel le plus haut de la Grosse Pomme, le même qui vit tomber le titanesque King Kong, image désormais inscrite dans l’imaginaire collectif. Ensuite, un monstre: et là, les scénaristes, connus respectivement pour La Geste des Chevaliers Dragons et Indicible, sont allés chercher un incontournable du genre, le Vampire. Et enfin, un secret, dont le dévoilement lance l’intrigue: le dieu des Vampires a passé des décennies emmuré au sein de la tour, plongé dans un sommeil réparateur par ses « enfants ». Propulsez dans tout ceci un groupe de jeunes gens innocents et vous obtenez un Die Hard croisé avec 30 jours de nuit , une bd qui va vous maintenir accroché à sa reliure page après page !

 

Sang pour Sang

Au milieu de ce tumulte, on retrouve le protagoniste Terry, jeune homme taciturne qui vient de s’engager dans l’armée, dont le départ pour l’Irak est imminent. En guise de fête d’adieu, ses amis lui organisent une visite au sommet du célèbre building, au moment même où une horde de fanatiques morts-vivants fait irruption pour libérer son impie divinité.

On comprend bien vite que l’engagement de Terry n’est qu’un exil auto-imposé, une façon pour lui de fuir ses problèmes et le deuil de son père. Sauf que là, la fuite sera résolument plus compliquée et deviendra littéralement une question de vie ou de mort.

 

Le Dernier des Morts-vivants

Si la mythologie des vampires conserve ici ses codes principaux, elle est néanmoins revisitée d’une façon fort intéressante, sous l’angle des croyances amérindiennes.

Le décor est utilisé à bon escient, les couloirs de la tour deviennent autant de pièges que les héros auront bien du mal à éviter. Le dessin de Charlie Adlard, qui n’a plus à faire ses preuves depuis The Walking Dead, est sublimé par les couleurs de Sébastien Gérard. Son design des vampires se révèle simple et efficace, et on note un effort particulier quant à l’aspect d’U’tlun’ta, le Manitou Noir.

L’intrigue reste fidèle à l’aspect survival, et la confrontation finale ne manque pas de punch !

En conclusion, Vampire State Building est une série qui tient ses promesses et offrira son lot de frissons aux amateurs du genre !

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BD et vrac #11

Aujourd’hui pas de jeunesse ni de docu mais une fournée spéciale nouveautés toutes fraîches avec de grosses sorties très grand public. Après la grosse artillerie de com’ autour de ces albums, en vrai qu’est-ce que ça vaut?

  • Le dernier dragon #2 (Pecau/Pilipovic/Delcourt) – 2019, 2 vol parus.

Critique réalisée sur version numérique pour Iznéo.

bsic journalismbadge numeriqueLe premier tome de cette série est paru en mars dernier et nous voilà déjà avec la suite d’une très bonne surprise du printemps. Si la couverture est tout aussi magnifique que la première, l’album souffle le chaud et le froid et l’on se demande du coup s’il n’a pas été réalisé un peu vite… Le scénario très étrange commence sur des récits de Léonard de Vinci avant de nous faire retrouver l’héroïne envoyée en Terre-sainte pour finir par retrouver les protagonistes des toutes premières pages de la série. Les sauts sont du coup un peu brutaux et le scénariste pourtant chevronné oublie un peu de développer son background et la liaison entre les séquences. Même chose pour les dessins de Pilipovic, parfois superbes et précis, parfois manquant étrangement de netteté. Le duo a un talent certain et le matériau est riche mais les affrontements dragoniers ne suffisent pas à maintenir l’intérêt au niveau du premier volume. Espérons que ce ne soit qu’un petit coup de mou car il serait vraiment dommage que cette série tombe dans une banalité du tout venant Fantasy.

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  • Danthrakon (Arleston/Boiscommun/Drakoo) – 2019, 1 vol/3 parus.

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bsic journalismAprès des années passées chez Soleil où son univers fantasy a très grandement participé à marquer la ligne éditoriale de l’éditeur toulonnais, Arleston a accepté de prendre en charge le nouveau label Drakoo de chez Bamboo, avec en ouverture de bal ce Danthrakon, série jeunesse prévue en trois tomes. Si vous suivez ce blog vous savez que je considère les séries de plus de six volumes comme des démarches commerciales, aussi ce format me met dans de bonnes dispositions. Je connais l’univers d’Arleston et ai toujours aimé Lanfeust (au moins les deux premiers cycles), en revanche si j’aime bien les images des BD de Boiscommun je n’avais rien lu de lui jusqu’ici. Cet album nous présente un univers (ou plutôt une cité) de magie ou différentes races cohabitent et se rangent par fonction. Les mages prennent des apprentis à leur service dans des maisonnées organisées comme les domaines du XVIII° siècle. Une caste d’inquisiteurs surveille l’utilisation de la magie dont la variante « magie du sang », considérée comme primale et incontrôlable, est interdite. Le héros, jeune marmiton un peu niais (ça ne vous rappelle personne?) se retrouve dépositaire de la puissance magique d’un ancien grimoire, qui le transforme en bête surpuissante… Résultat de recherche d'images pour

J’avoue avoir été un peu déçu par cet album qui se confirme être destiné à un lectorat jeune, avec une simplicité d’action et de textes qui se justifient en cela. Tout d’abord le dessin d’O.G. Boiscommun est étonnamment faible et brouillon par rapport à ce qu’il a produit jusqu’ici. Je soupçonne l’encrage et la colorisation (réalisées par deux autres personnes) assez plate et informatique d’être la cause de cela puisque le cahier graphique de fin de tome montre de superbes dessins. Ce dessinateur nous a habitué à apprécier ses couleurs directes et le style que l’on apprécie est ici perdu, c’est très dommage! Pour ce qui est de l’univers et de l’histoire il n’y a rien de très surprenant. Encore une fois l’efficacité d’Arleston plaira probablement aux jeunes lecteurs mais contrairement à Lanfeust et d’autres séries du scénariste les adultes risquent d’avoir du mal à se laisser tenter. Pour l’originalité on attendra de voir les autres tomes mais pour l’heure on reste avec de la BD très formatée dont on peine à détecter la plus-value dans l’océan de la BD fantasy. Pour un démarrage de collection j’attendais quelque chose de plus qualitatif, surtout que ce qui s’annonce chez Drakoo semble plutôt alléchant.note-calvin1note-calvin1


  • Time lost #1 (Sala/Khaled/Soleil) – 2019

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On ne va pas se mentir, ce pulp plein de nazis, de soldats amérloques malpolis, de pom-pom girls, de dino et de Mechas se lit très très vite. Si tout est dans la couverture et que certains pourront trouver le ratio prix d’achat/temps de plaisir un peu dur, il est indéniable qu’Afif Khaled est un super dessinateurs qui maîtrise à merveille la technique numérique et que son dessin ne souffre que de très peu de défauts avec une minutie des détails remarquable. Jean-Luc Sala est un scénariste expérimenté qui aime les univers d’aventure décalés (son très bon Spynest et le plus complexe Cross-fire avec Pierre-Mony Chan) et il aurais pu nous en donner un peu plus pour cette entrée en matière. Du coup je crains la série à rallonge très commerciale… Il n’en demeure pas moins que l’on prend un plaisir certain dans cette immersion pop-corn proche de ce que va nous proposer Herenguel avec son Kong Crew: c’est chatoyant, plein de testostérone, de clichés qu’on aime, bref une BD de garçon coupable qui souffre surtout de dialogues franchement bof avec beaucoup de bons mots qui tombent à plat. Mais ce n’est pas très grave puisqu’on est là pour les dessins et l’action.

Et un autre avis chez Constellation. https://blogconstellations.home.blog/2019/09/27/time-lost-01-operation-rainbow-2-jean-luc-sala-et-afif-khaled/

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***·BD·Nouveau !·Numérique·Rapidos

Crusaders #1: la colonne de fer

La BD!
BD de Christophe Bec et Leno Carvalho
Soleil (2019), 63 p., série en cours, 2 vol. parus.

Album lu en numérique dans le cadre du programme Superlecteurs Résultat de recherche d'images pour "iznéo".

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Si on peut remarquer quelque chose sur les albums de Christophe Bec c’est que les couvertures claquent! Et on peut dire que celle-ci est juste magnifique et va directement dans mon top de l’année dans cette catégorie! En plus on nous parle de Hard-science, du premier voyage interstellaire à la rencontre d’une intelligence supérieure… je ne peux qu’en avoir la bave aux lèvres! Reste que Bec, un peu comme monsieur Millar, est un maître pour lancer des super projets mais a beaucoup de mal à tenir la longueur en se perdant dans de multiples toiles scénaristiques avec un goût prononcé pour la complexification de construction. Moins il aide le lecteur mieux c’est. Je ne suis pas en désaccord profond sur cette idée mais pour cela il faut que le scénario soit nickel.

Crusaders commence mal sur ce plan puisque les vingt premières pages ne cessent d’alterner des séquences dans le passé , le présent et le futur, sans aucune indication, que ce soit en matière de découpage ou de bulles. On finit par comprendre que le fil rouge est Natalia, la commandante en chef de l’armada des cinq navires spatiaux Crusaders, « offerts » par un signal venu de trente-deux années-lumières de distance… Hormis ce démarrage un peu abrupte et l’arrivée du signal que je trouve ratée, on bascule ensuite dans une trame plus classique qui suit la formation des équipages sélectionnés pour être les premiers humains envoyés si loin, le décollage des vaisseaux qui donneraient presque des frissons et la première étape du voyage emprunte d’angoisse de l’inconnu. A la fin de l’album la boucle n’est pas encore bouclée avec un prologue en mode apocalypse très mal relié et qui casse un peu ce mystère qui fait tout le sel de cet album au demeurant fort réussi. On retrouve dans La colonne de fer l’ambiance du premier film Star Trek avec un design général vraiment riche, mélange de réalisme technique et d’esthétique futuriste crédible. De même avec les artefacts alien qui ont une cohérence d’ensemble remarquable. Et pour une fois le scénariste Bec (… oui, si vous n’avez pas suivi il est de Résultat de recherche d'images pour "leo carvalho bd"plus en plus rarement dessinateur sur ses séries) fait de gros efforts de pédagogie en nous expliquant via les discussions entre Natalia et son père ou avec le scientifique de bord les concepts de physique assez pointus qui sont utilisés ici. De la bonne Hard-SF, réaliste, gigantesque (l’arrivée sur la colonne de fer!!!), ambitieuse et qui évite le cryptique. Le risque est grand de tomber dans de la BD SF plus classique à l’arrivée des aliens, mais pour le moment hormis ces quelques accrocs on peut dire que Crusaders (prévu en maximum six volumes pour le premier arc) est la bonne surprise Space-opera que l’on n’attendait plus, ambitieuse, assez bien dessinée, mystérieuse et documentée.

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