BD·Mercredi BD·Nouveau !

Cyan

BD de Jérôme Hamon en Antoine Carrion
Soleil-Métamorphose (2017), 52p. Série Nils, 2 tomes parus /3.

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Déjà portée par une des plus belles couvertures de 2016, la série Nils fait encore plus fort avec cette illustration de couverture du T2 tout simplement à tomber! Pour le reste c’est la même qualité que le tome 1 avec vernis sélectif et 4° de couverture très soignée. Dommage que la tranche ne soit pas de la même couleur sur chaque album (on suppose un choix de dégradés de bleus). Six illustrations  pleine page voir double page sont également présentes en fin d’album en plus de la double page de titre (comme pour le premier tome).

 

Le clan d’Alba est parti en guerre contre le royaume de Cyan et ses machines tandis que Nils est à la recherche de l’Yggdrasil, l’Arbre des 9 mondes situé loin dans le nord. Pendant ce temps les déesses continuent leurs observations et décident d’intervenir dans la destinée des hommes…

Résultat de recherche d'images pour "nils cyan carrion"Le tome 1 de cette série était doté de beaucoup d’atouts: le dessin très élégant d’Antoine Carrion, des références à Myazaki assumées et passionnantes, un background esquissé très intriguant, des dieux, un lien entre science et magie chamanique… Beaucoup d’attentes étaient portées sur ce second volume qui devait développer tout cela. Et bien je dois dire que j’ai été assez, voir très déçu de constater que les petits défauts de l’ouverture se confirmaient et se renforçaient, avec pour problème central, justement, l’absence de fonds. Les arrières plans de Carrion, beaux mais relativement vides, étaient finalement symptomatiques d’un scénario qui recouvre le même problème. Le monde proposé est pourtant passionnant, mais les auteurs n’abordent presque rien, restent au premier plan de leur histoire. C’est frustrant et rend la compréhension de l’intrigue difficile, d’autant que Hamon utilise très étrangement des ellipses brutales en début d’album. L’articulation entre la fin du tome 1 et le début du 2 est totalement absente et le lecteur doit deviner seul ce qui est à peine suggéré dans l’album précédent. Résultat de recherche d'images pour "nils cyan carrion"Les personnages ont été déplacés sans explication, des relations sont nouées hors champ, on passe d’une scène à l’autre sans transition et les combats sont là encore étonnamment écourtés. Je ne m’explique pas ces choix perturbants et qui enlèvent des atouts à cette, par ailleurs, excellente BD. Pourtant le scénariste sait amener des séquences très oniriques avec notamment cette articulation entre les déesses dissertant sur les actions des hommes et les incidences de leurs choix dans le monde physique. La cité de Cyan donne envie d’être découverte, de même que sa technologie. Mais l’on passe d’un personnage à un autre sans développement, avec trop d’induit pour avoir une lecture fluide.

Malgré ces difficultés, Nils reste une BD dans le haut du panier. D’abord grâce au dessin qui bien que très sombre (plus que dans le tome 1) et relativement monochrome (Cyan malgré son nom est très grise) reste totalement inspiré et globalement magnifique! J’ai d’ailleurs rarement vu autant de doubles pages contemplatives dans une série grand public (c’est assumé par les auteurs comme expliqué dans l’interview du scénariste), ce qui montre l’importance du graphisme pour les auteurs, au risque parfois de tomber dans la BD d’illustrations… Mais ne boudons pas notre plaisir visuel, qui permet de passer outre les problématiques citées plus haut.

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D’ailleurs la seconde partie de l’album, plus posée, centrée sur les explications scientifiques de l’Ethernum et de la disparition de la vie, en un double débat des déesses et du conseil de Cyan, retrouve l’intérêt des interrogations scientifico-écologiques du premier album. On découvre alors que la technologie de Cyan est bien plus développée qu’on le pensait, jusqu’à rendre centrale dans la série l’éternelle problématique des pulsions démiurgiques des scientifiques: la science peut-elle contrôler la vie et la mort? Face à cela le pouvoir des êtres surnaturels peut-il lui-même être bloqué, voir contrôlé ? La fin de l’album, tout de bruit et de fureur nous laisse en haleine.

Nils est pour l’instant une série bancale mais jouissant d’une formidable aura, que je qualifierait d’hypnotique, qui permet (si vous êtes sensibles aux dessins et aux fortes thématiques de cette BD) de dépasser ces désagréments. Rares sont les séries aussi sombres et pessimistes (voir dépressives). Attention, ce n’est pas un défaut: cela change du mainstream et l’on n’a strictement aucune idée de comment peut bien s’achever la série, notamment à la lecture de la dernière page apocalyptique… Ressemblant à une œuvre de jeunesse, Nils vaut néanmoins le coup d’être découverte en espérant que le troisième volume comblera ces quelques lacunes.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques.

D’autres critiques de blog chez: Mo‘,

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BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

L’esprit de Lewis

BD de Bertrand Santini et Lionel Richerand,
Soleil – coll. Métamorphose, 72p.

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Lewis vient de perdre sa mère et se retrouve propulsé à la tête d’une famille composée de trois sœurs et d’un patrimoine immobilier important. Dans cette Angleterre victorienne il n’aspire pourtant qu’à une chose: publier son premier roman. Retiré dans un manoir familial il va y faire la rencontre d’un fantôme, une âme en peine qu’il va s’efforcer d’aider grâce à ses connaissances occultes.

La collection Métamorphose fait toujours attention à proposer des couvertures attirantes, à l’esthétique rétro soignée. J’avais vu passer cette image et d’assez bonnes critiques m’ont poussé à lire ce premier Acte d’une série prévue en deux parties. J’avoue que j’ai été un peu déçu par cette intrigue assez faible malgré des dessins inspirés qui instillent une ambiance adéquate à l’histoire. Le visage de Lewis notamment est très réussi et l’on s’intéresse rapidement à ce jeune aristocrate à la tristesse prégnante et au regard lunaire. La vieille Angleterre florale transparaît dans ces décors sombres aux couleurs automnales. Le basculement vers le paranormal change le style de la BD pour introduire de l’humour et se centrer sur la relation entre ce fantôme improbable et l’écrivain sans inspiration. La multitude de type de spectres décrits par l’occultiste Lewis est amusante… pourtant quelque chose n’accroche pas. Peut-être la mélancolie du texte et des images empêche-t’elle de s’immerger. Le graphisme, pourtant bien maîtrisé, ne m’a pas non plus inspiré malgré quelques très bonnes idées (comme la double page sans dessus-dessous). Bref, je suis un peu passé à côté tout en reconnaissant le travail des auteurs. J’ai eu un peu la même impression que sur le cycle des Ogres-Dieux (également publié en Métamorphose). La BD n’est pas mauvaise mais n’attirera peut-être qu’un public très ciblé.

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D’autres avis de blogueurs: chez Noukette, Ligne claire, Khadie et Mo’, Caro.

BD·Mercredi BD·Nouveau !

Shalin

BD de David et Bourgier
Soleil (2017), 50p., Série Servitude en cours, 5 tomes parus sur 6.

couv_312847La maquette est toujours aussi élégante, avec pour la première fois de la série un personnage de dos. Également comme d’habitude un extrait de texte ancien introduisant le peuple Riddrak cette fois-ci. Pas de glossaire (peut-être dans le t6?). Comme expliqué sur le précédent article concernant Servitude, le tirage de tête à venir est vivement conseillé pour profiter pleinement de la finesse des extraordinaires dessins…

Après le siège d’Al Astan qui a vu la fuite des Fils de la terre, après  l’exil des Drekkars accompagnant l’Hégémon Sekal d’Aegor et les esclaves Riddrak libérés, toutes ces factions semblent se diriger vers Shalin, la cité sortie des sables du désert. Là, alors que le navire Iccrin transportant F’lar et Kiriel atterrit en catastrophe, une rude négociation commence entre les différents peuples. Le félon Othar de Vériel commence le siège de Shalin et Sékal commence un intriguant voyage solitaire aux confins du désert…

Le cinquième tome de Servitude est là, tragiquement car ce devrait être le dernier (zut) et que c’est finalement l’avant-dernier (youpi): les auteurs expliquent en petite post-face qu’ils ont été contraints de scinder le dernier album en deux parties pour éviter de repousser la sortie d’un volume de 100 pages. Personnellement cela ne m’aurait pas gêné mais l’on peut imaginer que l’éditeur a souhaité une telle solution. 9782302065055_pgPas grave, on replonge dans le royaume des Fils de la terre et l’on ne va pas s’en plaindre. A la fermeture de l’album la frustration est immense. D’abord par-ce que cet album coupé en deux ne se clôt pas vraiment (logique). Mais surtout par-ce que le rythme reste celui adopté depuis le début: lent mais fourmillant de détails, mystérieux, soulevant autant de question qu’il en pose. Comment vont faire les auteurs pour boucler avec brio un tel monument? Personnellement je leur fais confiance étant donné le sans faute total de cette série.

Cet album est un peu différent des autres puisqu’il s’agit principalement de discussions entre seigneurs et chefs de guerre (Vériel et les Drekkars, les mercenaires qui l’accompagnent, le chef Riddrak et le roi Arkanor,… Peu de découverte ethnologiques cette fois hormis les magnifiques passages muets montrant des éléments de la vie pratique des gens de ce monde (cuisson des briques, marchands dans leur échoppe, gestion de l’eau). Car l’une des spécificités de cette série c’est l’intérêt tout particulier porté au détail et à la cohérence de chaque société. C’est en cela que je la comparais à l’œuvre de Bourgeon. Alors oui il y a des batailles toujours excellemment bien menées, il y a des paysages contemplatifs, un peu moins de décors (on est dans le servitudet5-4.jpgdésert) mais des trognes toujours incroyables (et très balafrées!). Tout est frustrant dans Servitude, avec des auteurs maîtres de l’ellipse, qui permet sans doute de tenir cette intrigue et cette ambiance si particulière. Le combat s’interrompt au premier coup d’épée, des personnages charismatiques disparaissent brutalement (là encore un peu de Game of Throne), des scènes muettes intrigantes restent sans explication, des personnages majeurs n’intervenant que sur une page… On voudrait le même espace que celui dont a joui Bablet sur Shangri-la, des volumes de 80 pages… mais le travail incroyable déjà accompli aurait sans-doute signifié des attentes de 5 ans par album.

Dans Shalin l’on comprend un peu mieux les intérêts des différentes factions et notamment les évènements du tome 3 (qu’éclairent pas mal les bonus intégrés au second tirage de tête rassemblant les tomes 3 et 4). Mais Servitude est un tout formidablement ficelé et plus qu’aucune autre série il est conseillé de lire l’ensemble des tomes depuis le premier. Une telle maîtrise scénaristique sur plus de deux-cent pages au total est vraiment un tour de force. Pas un plan, pas une phrase, pas un arrière-plan n’est inutile, tout se tient, tout se relie. Vous pouvez avoir une phrase ou une scène graphique illustrant ou expliquant une séquence du tome 1 ou 3 par exemple. Quel plaisir pour le lecteur que de voir une telle harmonie! Ce tome illustre également la complexité des personnages, sans aucun manichéisme. Toute décision s’explique, toute trahison est logique selon la morale du personnage. Hormis Othar de Vériel il n’y a pas réellement de méchant dans Servitude. Car l’objet de la série est bien la servitude volontaire de ces différents peuples auprès du Créateur dont l’intervention pointe enfin dans les toutes dernières cases…

11887859_879954945387684_5514333905975523886_nServitude, je ne le dirais jamais assez, est une lecture totalement indispensable à tout amateur de BD, quel que soit son genre de prédilection. Une lecture relativement exigeants, qui demande de s’immerger dans un monde total (je renvoie à mon précédent billet sur ce point). Je ne mets pas 6 Calvin par-ce que j’ai pas le droit mais bon… 🙂

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mo

BD·Mercredi BD·Rétro

Le chevalier à la licorne

BD de Stephane Piatzszek et Guillermo Gonzalez Escalada.
Soleil – Quadrants (2015).

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Jolie couverture intriguante, typo de titre originale, intérieur de couverture identique des deux côtés représentant une sorte de peinture rupestre avec des licornes. Imprimé en Belgique.

Cet album est un petit miracle sorti de nulle part! Réalisé par un scénariste chevronné mais peu connu et par un artiste espagnol dont c’est la première (et unique à ce jour) BD, il raconte l’itinéraire du chevalier Hospitalier Juan de la Heredia (personnage historique qui a bâti les remparts d’Avignon) après sa « mort » à la bataille de Crécy qui marque le début de la guerre de cent ans. Lors de cet événement d’une violence rare, le chevalier rencontre une licorne, animal légendaire, qui semble le ramener à la vie et le hante désormais pour le reste de son existence…

chevalier20licorne203Les grands one-shot sont portés par l’ambition de leur projet autant que par la qualité de leur réalisation. Il est surprenant de trouver ce volume chez Soleil, plus habitué aux séries qu’aux projets d’auteurs. Ici le mythe surpasse très rapidement le cadre historique (pourtant si élégant). Le fil rouge est l’hypothétique folie de cet homme ramené d’entre les morts par un animal imaginaire. Tout au long de sa quête du sens de sa résurrection, Juan va s’interroger sur une impossibilité: les licornes sont imaginaires, et pourtant il est bien mort sur le champ de bataille de Crécy… x6-9-c794aq1469028668-pagespeed-ic-kwocx1859tAprès sa fuite d’une prison anglaise il va errer en bordure du monde des hommes, bravant la mort dans unique but: rattraper la licorne qu’il voit au loin, pour comprendre. Boucher au début de l’ouvrage, ermite puis chevalier à nouveau, il s’agit autant de la quête du sens de son époque barbare que d’un parcours intérieur vers la civilisation.

Je reparle à nouveau de l’école espagnole, tant la qualité du trait et de la licorne23colorisation (que certains trouveront trop numérique) d’Escalada est rare. La rage qu’il met dans ses visages, l’esthétique et la poésie de ses plans larges constituent l’une des BD les plus impressionnante graphiquement des 10 dernières années. Le trait est dur mais précis, l’élégance de son style permettant de laisser la violence au contexte sans la reproduire graphiquement. Je n’ai trouvé aucune information biographique sur cet illustrateur bien trop rare. En espérant que ce projet totalement réussi lui donne envie de nous offrir à nouveau son talent.

 

 

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Ce billet fait partie de la sélection  22528386_10214366222135333_4986145698353215442_nhébergé cette semaine chez Mo

BD·Rétro

Servitude

BD de David et Bourgier,
Editions Soleil (2006-…) 4/6 tomes parus. 2 Tirages de tête parus réunissant chacun deux albums (édités par la librairie stéphanoise Des bulles et des hommes).

12940Un TT grand luxe
Les deux formats d’édition nécessitent un petit explicatif. Le tirage classique, hormis le soin apporté par les auteurs aux suppléments en amont ou à la fin de l’album, n’appelle pas de commentaires particuliers. Les tirages de tête (TT) en revanche, ont été suivis par les auteurs eux-même (tirage limité à 400ex signés) et agrémentés de suppléments inédits et fournis, contenant des textes et des illustrations. A 150€ l’investissement vaut réellement le coup puisque l’on a 2 albums dans le volume. Le format est gigantesque, la couverture gaufrée, la tranche toilée, le papier très épais donne presque l’impression d’avoir des originaux sous les yeux. Un grand luxe! Les deux premiers TT regroupent deux albums, le dernier sera uniquement composé du cinquième et dernier volume de la saga, qui comprendra vraisemblablement bien plus de page qu’un album classique et sortira en 2019.

MAJ: les auteurs viennent d’annoncer (26/06/17) que le la série sera finalement en 6 volumes, le dernier prévu étant scindé pour une question de pagination. Parution prévue rapprochée fin 2017 et début 2018. Le prochain tome est en prépublication dans Lanfeust Mag de l’été.

Un travail d’orfèvre

bourgier-servitude-mEric Bourgier est un artisan, un patient besogneux qui met trois ans à produire chacun des albums de la série. Travaillant sur des papiers très grand format, il peaufine chaque détail de décors ou d’accessoires qui ont pour lui autant d’importance dans la case que les visages de premier plan. Son trait n’est pas le plus technique et reste d’un classicisme qui rappelle les années 80 de l’époque des publications « A suivre », mais il dégage une authenticité terriblement attrayante. Certaines séries grand public se consomment. « Servitude » se savoure avec d’autant plus de plaisir que la création a été longue… signe de perfection. L’esprit qui se dégage est celui qui transparaît dans le travail de Peter Jackson sur le « Seigneur des Anneaux« , le même amour de l’authenticité, la même conviction que les plus infimes détails ne sont pas une perte de temps mais construisent un ensemble crédible. Le parti pris graphique du sépia renforce cette impression d’authenticité et accentue des encrages qui donnent une texture rarement vue depuis les travaux de Bourgeon.3070_67295696a5612826f37be6a5997b00c1

Une ethnographie médiéval-fantastique.
Le scénario est dans la même veine, obscure, intelligent, distillant des bribes à chaque tome comme la lente construction d’une tapisserie médiévale. Si l’intrigue suit un personnage-témoin, c’est bien le fracas des ambitions politiques et surtout la description au scalpel des différentes sociétés qui composent ce monde qui passionnent. Chacun des volumes détaille l’une des factions en présence et s’accompagne de documents aidant à comprendre le fonctionnement social et politique de ces peuples, tantôt sous forme de glossaire, tantôt sous forme de récits annexes. Le travail préparatoire est immense et seule une infime partie de la « bible » des auteurs semble être révélée dans la série. Servitude est une BD exigeante, mais d’une exigence passionnante.
Comparable au grand-oeuvre de Bourgeon « Les compagnons du crépuscule« , Servitude est probablement le projet de BD franco-belge le plus abouti de cette décennie avec « Universal War one« . A lire absolument.

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Fiche BDphile

BD

Les Ogres-Dieux

BD de Hubert et Bertrand Gatignol
Soleil – Métamorphose (2014-2015), 2 volumes parus.

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J’ai déjà parlé ici de la grande qualité matérielle des ouvrages de la collection Métamorphose chez Soleil. Le projet des Ogres-Dieu ne pouvait pas être édité ailleurs tant la forme matérielle des ouvrages participe à la création de l’univers. Une grosse pagination, format large, titre gaufré et doré, maquette très aérée avec pages de chapitres, on est dans la place, le luxe, le confort.

Parmi la multitude de BD qui sortent chaque semaine certaines nous demandent instamment, violemment, de les ouvrir. La qualité de la couverture joue un rôle primordial et les Ogres-Dieu fait partie de cette catégorie, mais pas que. C’est ici bien l’objet dans son ensemble qui dis « prends moi ».

Mais alors de quoi ça parle les Ogres-Dieu? Hubert propose tout simplement un opéra en BD, en monochrome avec un travail très important sur les noirs et les négatifs sur le dessin de Gatignol. L’histoire comme le livre est grand format, à l’image de ces 9782302048492_p_3géants dont l’histoire est ici transcrite. Le premier volume raconte comment le dernier né de ces géants, « Petit« , va mettre fin au règne sanglant et dégénéré de ces monstres. Le second relate l’ascension d’un humain au service des Ogres-Dieux… mais surtout de sa propre ambition. Les deux récits sont entrecroisés chronologiquement et l’on ressent très vite que la construction du scénariste autorise une multitude de développements annexes, justifiant ce titre de série assumé comme un grand-oeuvre. Les histoires sont découpées en chapitres entrecoupés de chroniques historiques de l’histoire des Ogres-Dieux (pour le premier volume) et des Chambellans (pour le second).

Cet univers est barbare, violent, décrivant à la fois l’horreur de ce monde de consanguinité médiocre et sauvage où la loi du plus fort règne, mais également des serviteurs humains acceptant cette domination et profitant pour certains des miettes laissées par les géants quand la majorité ne sert que de festin… Le graphisme baroque retranscrit parfaitement l’esprit voulu par le scénariste, une décadence totale dans laquelle des anomalies vont faire s’effondrer un système.

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Si le projet d’ensemble est ambitieux, c’est bien le travail graphique (totalement au service du récit) qui impressionne. Non que Gatignol soit le plus flamboyant des dessinateurs actuels, mais comme il y a quelques années le succès « Où le regard ne porte pas » l’on découvre une rare alchimie entre le trait et le texte. L’un ne va pas sans l’autre. La plume du dessinateur porte la marque du dessin d’animation et est d’une grande lisibilité.

Les albums sont des one-shot qui permettent d’assurer de nouveaux opus sans que soit nécessaire la lecture de toute la série. Au final, s’il ne s’agit pas d’un monument de la BD comme l’ambition de forme aurait pu le laisser penser, les Ogres-Dieux reste un projet original, intéressant, et porte la passion de ses auteurs, ce qui justifie amplement que l’on s’y intéresse, surtout quand on privilégie l’approche graphique comme c’est le cas sur ce blog!

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Fiche BDphile

 

 

 

 

 

BD

Les élémentaires

BD de Jérôme Hamon, Antoine Carion
Soleil – Métamorphose (2016-…). Série Nils, 2 volumes parus.

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Si l’on sait l’importance d’une couverture pour attirer l’attention, Nils en est une parfaite illustration. Et la promesse de ce magnifique tableau bleuté est en totale cohérence avec le reste de l’album. Le tout est rehaussé d’une typographie en vernis sélectif discret et élégant. Le format est large pour profiter des superbes planches de Carion. Rien à redire sur la fabrication, la collection Métamorphose de Soleil nous a habitué à de la grande classe.

Nils propose de suivre le héros éponyme dans ce qui ressemble à un affrontement entre une société en phase avec les esprits et la Nature et un royaume technologique responsable de la dégradation de cet environnement. Une fable écolo comme l’indique l’éditeur qui pointe très justement l’influence Myazaki. Ceci jusque dans le design rétro de la technologie. La technique d’Antoine Carion, (qui a déjà remporté un franc succès avec son Temujin) démontre s’il le fallait aux sceptique que le numérique peut s’allier excellemment avec un trait brut, voir « tribal ». Nils est un vrai régal pour les yeux. S’il fallait chercher un détail l’on pourrait cependant regretter des arrière-plan un peu vides, ce qui est dommage pour l’immersion dans le monde développé.

Ce premier tome est plein de promesses et si l’histoire et l’univers sont passionnants, l’on reste principalement happés par le trait de l’illustrateur en espérant que cette introduction ne soit qu’un amuse-bouche pour ce qui peut être une des grandes séries des prochaines années.

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