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Au nom de la République #1: mission Bosphore

La BD!
BD de Jean-Claude Bartoll, Gabriel Guzman et Silvia Fabris (coul.)
Soleil (2022), 60p., série en cours.

couv_448232Voilà qui débute une nouvelle série d’espionnage qui s’inspire fortement de la série télé à succès Le Bureau des légendes. L’habillage général est alléchant en proposant un thriller hyper-réaliste plongeant dans les arcanes des opérations spéciales et clandestines des Renseignements extérieurs sur fond de terrorisme islamiste. Avec ses tampons « confidentiel défense », ses décors urbains banales entre Allemagne, France et Maroc, avec sa quatrième de couverture annonçant une cellule clandestine chargée d’éliminer les plus hauts responsables du terrorisme international on est alléché et en attente d’action et d’espionnage radical.

Mission Bosphore (par Jean-Claude Bartoll, Silvia Fabris et Gabriel Guzman)Sur l’aspect action on est plutôt servi avec une histoire qui commence par l’élimination à Istanbul d’une équipe de la DGSE par sa cible, un groupe djihadiste préparant un attentat. Le dessin et la colo sont plutôt correctes et efficaces et l’action revient à intervalle régulier tout au long de l’aventure. Rapidement le héros nous est présenté, sorte d’alter-ego du personnage de Malotru dans le Bureau, capable d’intervenir sur le terrain, déguisé ou non, comme d’élaborer une stratégie de contre-attaque avec les pontes du Renseignement. Là où on perd un peu pied c’est lorsqu’on réalise qu’il y a maldonne entre le titre, le pitch de la série et le déroulé de l’album. En effet, loin d’opérations d’assassinat ciblé sur fond de contournement de la loi on nous livre bien une énième série suivant un super-agent (au nom de code du « Renard ») en oubliant l’importance des personnages secondaires. Une grosse partie de l’intrigue suit d’ailleurs plutôt les djihadistes sans nous offrir grand chose pour raccrocher les wagons d’une intrigue qui semble prise en cours de route. Les dialogues se veulent techniques mais sont assez appuyés et trop didactiques pour une série de ce genre qui semble hésiter entre un aspect pointu et une version grand-public. Le secteur est très occupé depuis le onze septembre et les vagues d’attentats en Europe et si ce premier tome se laisse lire, ni les dessins, ni le texte ni l’intrigue apportent suffisamment de nouveauté pour donner envie de poursuivre. Au nom de la République sera donc à réserver aux fana du sujet.

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Hercule

La trouvaille+joaquim

BD de JD Morvan et Looky
Panini (2012-2014), 46p./tome, série finie en trois tomes.

Après une lecture fort enjouée sur la série Shaolin  (que je vous conseille!) j’ai comme toujours parcouru la biblio du très bon dessinateur (Looky) pour tomber sur cette adaptation Space-opéra du mythe d’Hercule dont les planches semblaient impressionnantes. JD Morvan proposant tout à la fois certaines folies créatives dont il a le secret et des projets trop rapidement construits du fait du nombre incalculable d’albums qu’il scénarise j’ai abordé cette lecture en terra incognita.

Hercule (Looky) (tome 3) - (Looky / Olivier Thill / Jean-David Morvan) -  Science-fiction [CANAL-BD]Tout d’abord il semble que la série ait bien été prévue en douze tomes (comme les Travaux) puisque ces trois albums suivent les thèmes du Lion de Némée, l’Hydre de Lerne et le sanglier d’Erimanthe. On a donc très vraisemblablement affaire à un arrêt précoce qui n’est guère surprenant à la lecture puisque outre des dessins tout à fait réussis mais à l’aspect fortement numérique qui rebutent généralement le grand public, l’intrigue peine à accrocher un lecteur qui suit plutôt les actions bourrines de cet avatar du demi-dieu sans vraiment de fil conducteur. Le premier tome suit pourtant la narration originelle avec une Hera cybernétique qui fait commettre l’irréparable à Hercule, ultime guerrier-esclave qui assassine femme et enfants dans un état second. Contraint de remplir des missions punitives pour une puissance mystérieuse il part donc de planète en station spatiale pour éliminer une menace, après des enquêtes parfois en mode polar, aidé de side-kick plutôt sympathiques…

Hercule (Morvan/Looky) - BD, informations, cotesLa construction de l’univers est absolument flamboyante avec un gros travail d’adaptation à la fois référencé et très libre pour faire coller la mythologie grecque à ce space-opéra proche de la Dark-fantasy, très sexy et très gore où les textures informatiques posées par Olivier Thill sur les superbes dessins de Looky nous plongent dans un univers techno proche de celui des Meta-Barons. On ressent à la lecture une interinfluence artistique puisque l’univers graphique très sombre et violent rappelle le premier album de Valentin Sécher, Khaal. La création des design est vraiment inspirée et on aurait aimé embarquer dans ce monde cohérent où les dieux sont remplacés par une caste dominante et la magie par une ultra-technologie permettant toute distorsion spatiale et temporelle. On savoure les jeux de termes, les noms mythologiques techno-ifiés et certaines idées pas brillantes mais très savoureuses (les cornes du sanglier).

Bref, tout était en place pour proposer une grande série SF. Mais EXCLUSIVE: First look at interior art from Hercules: Wrath of the Heavensle scénariste est victime comme souvent d’un frein lié à l’adaptation, qui empêche par soucis de fidélité de se libérer complètement. Très porté sur les adaptations, Morvan subit les mêmes affres récemment sur ses Princes-démons. En oubliant d’héroïciser son Heraklès il le transforme en pantin du scénario, sorte de biker bad-ass en diable mais qui perd l’attrait de la toute puissance herculéenne. On suit alors ses aventures comme un beau décors et l’on oublie en fin d’album ce qu’on vient de lire. Manque d’ambition sans doute également car en segmentant par trop ses travaux et en partant sur un tome par épreuve on sérialise tout cela sans donner de l’empathie pour le personnage et l’on saute littéralement d’une aventure à une autre. Objet étrange, à la fois superbe, créatif, mais un peu hermétique, comme si la froideur des planches transpirait sur le texte, cette fausse trilogie Hercule mérite surtout pour la découverte d’un dessinateur et sur le potentiel qu’elle pouvait produire. Comme nombre d’autres ouvrages de dessinateurs du reste les amoureux d’univers et de dessins se régaleront, ceux qui attendent une vrais BD passeront sans doute leur chemin.

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*·***·Documentaire·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #28: La Métamorphose – La Divine comédie – L’Iliade et l’Odyssée

Le Docu BD

Format mixte aujourd’hui puisque je vous propose une fournée de manga documentaires issus des différentes collections des éditeurs Kurokawa et Soleil, collection dont vous avez probablement déjà entendu parler en parcourant ce blog…

  • La métamorphose (Sugahara-Kafka/Kurokawa) – 2022, 176p., collection Kurosavoirs, one-shot.

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Merci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

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Après quelques très bonnes pioches chez Kurosavoirs, notamment avec la nouvelle sous-collection des Grandes figures de l’Histoire et sa réalisation de grande qualité, on tombe très bas avec cette « adaptation » de la Métamorphose de Kafka dont les dessins sont franchement rebutant. En choisissant de transposer l’intrigue de cette fable absurde dans le Japon contemporain, on perd en outre l’aspect documentaire et historique qui aurait pu permettre de s’appuyer sur des éléments vintage. Si l’histoire suit assez fidèlement le court roman, aucune analyse ne vient aider à comprendre l’intérêt de cette absurdité. Le choix de cette œuvre pour une adaptation manga aurait justement nécessité soit des dessins de qualité soit une variation dans l’horreur. Or les auteurs ont choisi la forme d’un manga semi-humoristique grossier. La lecture en devient pénible et on ne garde pas grand chose, encore moins l’envie de lire l’original, c’est un comble!

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  • La divine comédie (team Banmikas/Soleil) – 2021 (2008), 192p./volume, one-shot, collection « Classiques en manga ».

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

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La Team Banmikas s’est spécialisé depuis plus de dix ans dans l’adaptation manga de grands classiques de la littérature ou de la pensée scientifique. Si leurs manga ne brillent pas par une technique graphique très sophistiquée, ils ont acquis l’expérience de rendre (souvent) accessibles des œuvres pointues, comme cette Divine Comédie, Chant médiéval en huitains  développant autant l’importance de la foi chrétienne que les actions de nombreux personnages contemporains de Dante. La bonne idée du studio est d’avoir regroupé dans un manga court les trois chants (L’Enfer, le Purgatoire et le paradis)  en synthétisant à l’extrême, ce qui aboutit à une grande partie du volume dédiée aux cercles de l’Enfer. Cette première partie de l’œuvre est en effet la plus « graphique » et propice à quelques visions des peines que subissent les pécheurs. Le récit est donc totalement linéaire, Dante n’étant qu’un spectateur de son propre voyage accompagné du poète latin Virgile, à la recherche de son âme sœur Beatrice. Sans grand intérêt graphique, cette proposition aura néanmoins le mérite de permettre facilement à un large public d’avoir une idée de ce qu’est cet ouvrage majeur de la littérature mondiale, faute de montrer son influence (là aussi majeure) sur l’imaginaire graphique jusqu’à aujourd’hui. Une lecture facile bien que très modeste. Pour info Go Nagaï (l’auteur de Goldorak) a déjà proposé une version de la Divine Comédie.

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  • L’iliade et l’Odyssée (Banmikas/Soleil) – 2021 (2011), 224p./volume, série finie en 4 tomes.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

iliade_odyssee_soleilOn termine par une bonne surprise, cette version (très) compacte des deux récits d’Homère, qui fait un très bon boulot de vulgarisation en condensant à l’extrême les quarante-huit chants des deux œuvres. Si les dessins sont minimalistes mais tout à fait acceptables, le travail de condensation a impliqué des coupes assez franches qui surprennent parfois la lecture. Cela est renforcé par l’articulation narrative originellement entrecroisée, voir chaotique, des œuvres, ainsi lorsqu’on commence l’Odyssée sans grande explication de ce que fait Ulysse sur l’ile de Calypso. Il ne faut donc pas en vouloir aux auteurs du manga même s’ils auraient pu retravailler leur intrigue pour la rendre plus fluide. On reconnaîtra donc une démarche de grande fidélité au matériau d’origine tout en permettant une lecture assez accessible malgré la profusion de personnages et de peuples. L’adaptation partie de la source n’a pas dû être facile! Certaines coupes franches ont en revanche été faites sur la partie la plus sympa, l’aventure d’Ulysse, où sont passés sous silence le passage de l’Hadès, les Lotophages, Circé ou Charybde et Sylla pour n’aborder que le retour à Ithaque. Un peu frustrant sur la seconde partie donc mais l’Iliade permet de réviser ses classiques et à certains de découvrir ces récits majeurs de la littérature mondiale.

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**·BD·Nouveau !

Ouroboros #1: L’amulette de Saladin

Premier tome de 46 pages du diptyque écrit par Olivier Pinard et Ceyles, et dessinée par Lou. Parution chez Soleil le 02/02/2022.

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L’aventurier Azram vient de s’introduire dans le lair de l’émir Al Kabyl, pour lui voler la convoitée Amulette de Saladin. Cet artéfact est lié au pouvoirs des Dragons, des êtres très anciens qui sont à l’origine du monde, et dont la redoutable descendance vit cachée parmi les humains.

Car voyez-vous, c’est Pandore, la mère des dragons, qui a formé le monde en y déversant sa progéniture, les dragons Drak, Shog, Styx et Ketz. A la mort prématurée de Pandore, les quatre frères furent livrés à eux-même, peinant à trouver leur place dans le monde. Au yeux des hommes qui venaient d’apparaître sur Terre, ils étaient des monstres, des porteurs de mort et de destruction qu’il fallait craindre. Jusqu’à ce que ces dragons primordiaux trouvent le moyen de se fondre parmi nous, après quoi ils s’unirent à des humaines pour engendrer des hybrides aux terribles pouvoirs.

Cependant, peu d’entre eux parviennent à survivre à la mue supposée faire d’eux des dragons, si bien que seuls quelques uns d’entre eux vivent encore aujourd’hui. La donne a changé lorsque naquit Cassandre premier dragon de sexe féminin à être née depuis Pandore, la reine des Dragons. Le fils de Cassandre, Xiao, est donc le futur roi des dragons, ce qui fait de lui la cible de nombreuses convoitises et hostilités.

D’ailleurs, le jeune Xiao se trouve à une heure décisive de sa jeune existence, puisque la mue est proche. En proie au mal généré par sa moitié draconique, Xiao se meurt, et seul Azram semble en mesure de lui venir en aide.

Dragons: la Mascarade

Autant vous le dire d’emblée, il est difficile de juger ce premier album. Généralement, les récits qui commencent par une litanie d’exposition débutent assez mal, mais l’aspect cosmogonique reste suffisamment attractif pour ne pas perdre le lecteur. Ensuite, le premier acte, qui d’ordinaire a pour fonction d’établir des enjeux clairs et faire adhérer le lecteur à la cause du protagoniste, est ici quelque peu chaotique, car il prend le par risqué du in media res, sans ensuite permettre au lecteur de raccrocher les wagons d’informations précédemment ingurgités.

Il en résulte un sentiment de récit survolé, sans enjeux émotionnel bruts qui pourraient nous impliquer davantage dans cette quête. Pour prendre un exemple concret, le protagoniste, Azram, n’est présenté qu’au travers d’une attitude superficielle, un peu nonchalante, mais cela ne suffit pas à nous le rendre sympathique. Le fait qu’il vienne en aide à un enfant nous aide certes à le placer dans le camp des gentils, mais les liens avec Xiao ne sont qu’évoqués, mentionnés sans davantage de profondeur.

Côté antagonisme, rien de bien transcendant non plus, à part quelques mines patibulaires classiques qui éructent des ordres à des sbires consciencieux.

Pourtant, il y avait de quoi faire avec cet univers à mi-chemin entre Indiana Jones (aventuriers du désert, quête au trésor) et Hellboy (dragon démiurge et antédiluvien), surtout avec les graphismes soignés de Lou et ses idées de découpage (les cases qui serpentent sur la page, à l’image du fameux Ouroboros). Mais l’exécution est trop alambiquée pour accrocher vraiment, dommage !

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Manga en vrac #26: Dai Dark #1 – Appare Ranman #1 – Ranking of kings #1

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Salut les mangavores! Je vous propose aujourd’hui une salve de premiers volumes de nouveautés assez fraiches et qui toutes perturbent les schémas du manga!

  • Dai Dark #1 (Q Hayashida/Soleil) – (2019) 022, 208p., 1/4 volumes parus.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

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Après 23 volumes d’une série (Dorohedoro) fort réputée et adaptée en animé (visible sur Netflix) l’autrice Q Hayashida revient pour une nouvelle série qui sous ses aspects trash au possible recouvre bien l’approche shonen: un jeune garçon ère dans l’espace doté d’un pack magique nommé Sakadoh et de capacités en faisant une sorte de robot. Egalement équipé d’une « peau d’ombre » il apparaît tout puissant pour éliminer ses adversaires, comme les terribles pilleurs d’épave. Si le trait paraît souvent brouillon, l’ambiance à la Fluide glacial donne un ton bon enfant même si les démembrements, éviscérations et explosions en règle réserve ce manga aux jeunes peu sensibles. Une entrée en matière qui a le mérite de l’originalité en proposant une sorte de Berserk pour jeunes, entre la Légende de Ran et le fort sympathique Volcano Trash. Avec un design glauquissime fait d’os et lorgnant du côté de HR Giger, ce titre commence de façon intrigante, pour peu que l’autrice nous propose une véritable intrigue, pour l’heure pas du tout démarrée.

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  • Appare Ranman #1 (Ahndongshik-Apperacing/Doki-Doki) – (2020) 2022, 208p., série finie en 3 tomes.

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Merci aux éditions Bamboo pour leur confiance!

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Je suis toujours très friand de Steampunk et quand j’ai vu passer cette courte série du dessinateur de Renjoh Desperado (déjà un steampunk western découvert grâce aux opé Covid des éditeurs) ma curiosité s’est trouvée titillée. Ne perdant pas de temps en mise en place, ce premier tome nous envoie suivre deux japonais projetés en plein far-west alors qu’une coure de voitures « sauvage » s’apprête à partir traverser le continent. Si l’aspect samouraï reste pour le moment soft, l’apparition progressive des concurrents, tous fortement caractérisés (un milliardaire héritier industriel, redoutables bandits et noir expert en gunfight…) nous allèche avec l’impatience de voir l’action endiablée commencer dans la filiation d’un Streamliner. Avec un jeune héros aussi doué en bricole que Senku, ce qui surprend le plus c’est l’insertion d’un propos politique assez surprenant pour un shonen: entre la tradition d’obéissance japonaise pour lui, le jeune amérindien dont la famille a été massacrée, la jeune femme interdite d’être pilote en raison de sons sexe ou l’esclave affranchi, c’est une drôle de brochette de minorité opprimée qui se retrouve dans cette histoire! Fort bien dessiné et doté d’une progression lisible et dynamique, ce premier tome rappelle l’enthousiasme d’une autre trilogie Doki-doki: Tetsu et Doberman.

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  • Ranking of kings #1 (Toka/Ki-oon) – (2017) 2022, 208p., 1/10 volumes parus.

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Merci aux éditions Ki-oon pour cette découverte.

ranking-of-kings-1-kioonSorti dans la collection « transversale » Kizuna, Ranking of kings est d’abord un projet auto-publié sur le net avant de devenir un manga et un animé. Sous un aspect très enfantin qui peut rebuter de prime abord, on est d’abord surpris par ce personnage de prince-héritier d’une dynastie de roi-géant… qui s’avère être muet et très chétif! Alors que la seule valeur royale reconnue est la force brute, ce jeune Boji va s’avérer être un enfant touchant, sensible qui au travers de sa rencontre avec une « ombre » d’un clan d’assassins va révéler de surprenants talents. Si les planches sont donc assez basiques (mais rendront le manga aux allures de conte très adapté aux plus jeunes, une fois n’est pas coutume), c’est dans le traitement tout sauf manichéen des personnages que l’on est surpris. Contrairement aux habitudes des contes fantasy il est bien difficile de déterminer qui est gentil, qui est méchant et les motivations de chacun dans ce volume, dans un univers surprenant avec cet allié qui a la forme d’une ombre plate parlante. Une bonne surprise à découvrir!

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Enfer pour aube #1/2

La BD!
BD de Philippe Pelaez et Tiburce Oger
Soleil (2022), 54p., bichromie, 1/2 tomes parus.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Janvier 1903. Alors que Paris est à nouveau éventrée par un chantier pharaonique, celui du métropolitain, des notables se retrouvent pris pour cible d’un mystérieux voltigeur à écharpe rouge. Dans cette III° République bourgeoise triomphante, l’élite veut oublier ces classes laborieuses si dangereuses pour leurs profits et chassée au-delà des murs, dans la Zone. Car la révolution rouge de 1871 est encore dans toutes les têtes…

Aube de Sang L'Enfer pour Aube, planche du tome 1 © Soleil / Oger / Pelaez  Paris, janvier 1903. Des avenues sont éventrées pour permettre la poursuite  de ma construction de nouvelles lignes du Métropolitain. Le conseiller du  Ministre des Travaux Publics ...Philippe Pelaez est l’un des auteurs BD qui monte. Depuis ma découverte de son très bon Alter en compagnie de son comparse qui revient sur le tout neuf Furioso) j’ai pu apprécier la qualité de ses textes, qui explosent ici sous une plume particulièrement inspirée. A cheval entre les mythes littéraires, la grande Histoire et celle plus triviale des hommes qui la font, l’auteur réunionnais se définit par une exigence créative très relevée, qui s’inscrit ici dans la tradition feuilletonnante du XIX° siècle.  Dans cette intrigue qui nous fait passer du chasseur (un policier incorruptible) au chassé (le tueur à écharpe rouge) on a nos chapitres entrecoupés par de fausses unes de gazette qui habillent joliment l’ensemble et densifient le background.

Si le récit est relativement linéaire, l’ensemble du propos, passablement énervé, porte sur ce peuple opprimé dont la violence physique n’est que le pendant de la violence économique et matérielle qu’il subit depuis la répression sanglante de la Commune de Paris par les troupes versaillaises. En s’inscrivant dans la tradition des auteurs parisiens populaires qui cultivent cette culture « apache » des faubourgs si particulière, Pelaez nous fait pénétrer un monde peu abordé en BD, tout en assumant un propos politique avec un parallèle évident sur notre société à l’argent si L'Enfer pour Aube (tome 1) - (Tiburce Oger / Philippe Pelaez) - Historique  [DERNIER REMPART, une librairie du réseau Canal BD]clinquant.

L’aventure endiablée et pleine d’action (l’histoire se termine en deux volumes, il n’est pas temps de traîner) respire par de nombreux aparté rappelant ce que dut subir le peuple parisien sous ces régimes bourgeois en attendant le Front populaire. Comme sur les gazettes du Château, l’album se conclut par un joli cahier de faux articles de presse agrémentés de jolies illustration, originales cette fois-ci. Il est simplement dommage que la partie graphique ne soit pas aussi ciselée que le texte, ce qui fait passer l’album à côté d’un coup de cœur. Malgré sa grande popularité je n’ai jamais été grand fan du style de Tiburce Oger qui compense un dessin parfois un peu rapide par un joli sépia agrémenté de touches de rouge bienvenues. L’ensemble reste très regardable et fort bien mis en scène, pour une lecture très agréable et qui nous sort de l’ordinaire.

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La fille de la mer – Hammerdam #2 – Sacha et tomcruz #4

Salut à tous! Grosse fournée jeunesse de grande qualité aujourd’hui avec le nouveau one-shot de la toujours talentueuse Molly Ostertag, la conclusion du petit miracle Hammerdam et la série Sacha et Tomcruz qui mine de rien construit son petit bonhomme de chemin parmi les grandes. On commence, c’est par là:

  • La fille de la mer (Molly Ostertag/Kinaye) – 2022, 256p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour leur confiance!

9782357991095_1_75Je ne remercierais jamais assez l’éditeur Kinaye de nous avoir fait découvrir cette autrice majeure du comic jeunesse dont la trilogie du Garçon sorcière (une de ses toutes premières œuvres) fut une des meilleures BD lues ces dernières années, tout simplement!

Cette fois elle nous revient sur un one-shot à la lecture agréable et assez rapide, qui aborde de façon partiellement autobiographique les difficultés relationnelles d’une adolescente qui se découvre un amour homosexuel et doit composer avec son groupe d’amies et le qu’en dira t’on. Ajoutons à cela un soupçon de fantastique puisque la-dite fille de la mer est une selkie, ces créatures métamorphes (tiens-tiens, on retrouve ce thème du Garçon sorcière) appartenant aux deux mondes… Sur une narration toujours extrêmement lisible permettant une lecture facile, on savoure ce dessin simple et coloré qui sait transcrire les émotions d’un personnage qui ne parvient pas à gérer ses deux univers, comme reflet d’un âge où l’on change, entre enfance et âge adulte et où les identités sexuelles s’affirment. Les relations entre la selkie très franche et l’héroïne plus renfermée reprend le personnage très fort de Charlie (dans le Garçon sorcière) de même que le sujet de la famille et des relations avec un frère difficile transcrivent une problématique identitaire qui si elles est assumée ne verse jamais dans le dramatique. C’est la grande force d’Ostertag de savoir aborder sans gnangnan des sujets profonds et complexes touchant à la psychologie et à l’identité transmise/construite. Destiné à un publie un peu plus âgé que la précédente trilogie, cette Fille de la mer est une nouvelle réussite pleine de sensibilité et qui fait mouche.

A partir de 10 ans.

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  • Hammerdam #2 (Enrique Fernandez/Ankama) – 2022, 80p., série achevée en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance!couv_438632

Coup de coeur! (1)Le premier tome de ce diptyque m’avait enchanté de par son univers foutraque et la tendresse de ses situations. Ce tome de conclusion ne souffre pas de la mise en place un peu vaporeuse du premier et profite à plein de sa galerie de personnages géniale et des relations très sensibles qui parleront aux jeunes lecteurs. Jouissant des mêmes qualités qu’un Ultralazer, Hammerdam arrive à utiliser les éléments absurdes et les personnages hyper-caractérisés pour transmettre des idées et émotions simples mais si vraies. Parlant de franchise, d’amitié, de la lâcheté des groupes et du pouvoir du rêve, Enrique Fernandez réussit pleinement son pari en développant son univers fait de bric et de broc, en inventant des créatures et pouvoirs très originaux semblant sortis d’un atelier de marionnettiste fou ou d’un coffre à jouet. Semblant par moment à une version sous acide du Magicien d’Oz, cet Hammerdam régale parents comme enfants avec un voyage initiatique où la vérité du cœur peut surmonter toutes les difficultés. C’est cela le véritable pouvoir du marteau!

A partir de 8 ans.

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  • Sacha et Tomcruz #4: cambriolage sur le Nil (Halard-Quignon/Soleil) – 2022, 64p., série en cours, 4 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance!

couv_434353Entrée en matière pas évidente pour moi sur cette série puisque si j’ai bien lu il y a quelques temps le premier volume de cette série qui jouit d’un très bon succès d’estime, j’ai été contraint de me renseigner succinctement sur les évènements qui se déroulent dans les tomes deux et trois. Le format de la série est calé sur le one-shot en mode voyage temporel avec retour à la case départ à la fin (chez les Vikings pour le premier, chez le Roi-soleil au second et en Chine médiévale pour le troisième)… mais ce Cambriolage sur le Nil s’ouvre alors que Sacha, sa copine Jade et son chien tomcruz sont coincés dans le passé. Soudain une idée et hop, les voilà transportés en Egypte où ils vont devoir cambrioler le trésor du grand Pacha local. Intrigue idéale pour dérouler les inventions scientifiques de Sacha (petit cousin du japonais Senku…) et un plan machiavélique à la Ocean’s eleven. Si le graphisme aux crayons gras est toujours aussi élégant et la célèbre maquette de la collection Métamorphose donnent un écrin fort agréable, on pourra trouver le déroulé de l’intrigue un peu forcé avec force raccourcis. Dans le genre jeunesse on n’en tiendra pas rigueur et on suivra volontiers la suite des aventures du Chihuahua et son maître dans un prochain album.

A partir de 7 ans.

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BD en vrac #27: Tarzan #2 – Conan le cimmérien: l’heure du dragon

La BD!

Salut à tous! J’espère que la digestion s’est bien passée. Si vous lisez déjà ces lignes c’est malheureusement que vous n’avez pas été inondés de BD sous le sapin… pour rebondir je vous propose deux adaptations littéraires de romans pulpissimes de la première moitié du XX° siècle, Tarzan et Conan.

    • Tarzan #2: au centre de la Terre (Bec-Dela Torre-Raffaele/Soleil) – 2021, 77p.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

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Le premier tome des aventures de Tarzan scénarisées par Christophe Bec m’avait plutôt emballé ce printemps et la sublimes couverture de maître Eric Bourgier m’a fortement alléché pour enchaîner sur l’aventure de l’homme-singe dans la Terre creuse… Car si l’aventure originelle de Lord Greystoke est connue et très classique, ce second roman adapté part dans un délire pulp totalement débile sur le concept, comme seuls les magazines de littérature fantastique américains de l’époque savaient le faire, avec une naïveté désarmante. On entame donc avec une technique de flashback assez artificielle et d’énormes clichés de l’époque (paternalisme blanc, machismen…). C’est attendu et pas du tout grave car cela s’inscrit dans le respect du matériau d’origine. Personnellement je trouve même que c’est plutôt intéressant de maintenir cette coloration avec fidélité. Après que Tarzan ait découvert une cité perdue regorgeant d’or il part secourir ses amis perdus en Terre creuse… Une fois admis cette idée wtf on part volontiers dans ces aventures pour ado attardé et ça fonctionne parfaitement sous les dessins très réussis du dessinateur de Shadowman. On en a pour son argent avec des sauvages, des princesses dénudées, des dinosaures, vikings et autres dirigeables… n’en jetez plus, Edgar Rice Burrough semble avoir vidé tout son coffre à jouet sans se préoccuper le moins du monde de la cohérence de l’ensemble. Au final ce diptyque réussit fort bien ce pourquoi il est prévu et permet de découvrir deux très intéressants dessinateurs.

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  • Conan le cimmérien #12 (Blondel-Sécher/Glénat) – 81p., 2021

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

couv_436436On l’aura beaucoup attendu ce douzième album des aventures de Conan, qui arrive finalement avant celui de Subic et Bec (qui sort en janvier). Les aperçus des planches de l’impressionnant Valentin sécher dont le style semble se rapprocher le plus de l’imagerie collective attachée au cimmérien (et notamment à ce que Frazetta a posé) nous avaient mis en appétit et sur ce plan le plaisir est rendu.

Malheureusement une fois savourée cette ambiance résolument sombre et très technique, les visages assez interchangeables et plutôt figés du dessinateur ne facilitent pas l’immersion dans une intrigue fort touffue. Il faut dire que Blondel (après Elric) a choisi d’adapter le seul roman de la saga, dont l’objectif était de présenter au lectorat britannique un résumé de l’Age hyboréen. L’album entame donc avec un Conan sur le trône, bientôt déchu par un puissant sorcier (on a déjà vu ça, non?), esclave puis pirate,… Les muscles, batailles sanglantes et rageuses, les puissances ténébreuses et les débats d’antichambre entre puissants conspirateurs forment un tout cohérent mais soit trop plein soit pas assez explicatif et surtout avec un enchaînement bien trop rapide des séquences qui empêchent de bien pénétrer dans l’histoire. On ressort donc de ces presque quatre-vingt pages avec un sentiment se confusion, un manque de liant et un spectacle dont on reste un peu extérieur malheureusement. C’est fort dommage car le contenu est fort sympathique. Mais le carcan de l’adaptation semble poser les mêmes problèmes de lâcher prise à l’ensemble des auteurs, hormis peut-être le Recht qui propose sans doute la plus libre adaptation.

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**·BD·Nouveau !

Olympus Mons #8 Le syndrome de Sheppard

La BD!

Huitième tome de 46 pages de la série écrite par Christophe Bec et dessinée par Stefano Raffaele. Parution chez Soleil le 20/10/2021.

Y en a assez de la panacée

Aidée de l’androïde Einstein, et du médium Aaron Goodwin, la cosmonaute Elena Chevtchenko est parvenue à sauver la Terre d’un cataclysme, rien que ça. Perchée sur les hauteurs de l’Olympus Mons, sur la planète Mars, Elena a par la même occasion découvert l’existence d’une vie extraterrestre, ou plutôt de vies extraterrestres.

Deux civilisations ennemies se sont affrontées dans l’immensité des étoiles, jusqu’à échouer dans notre système solaire, laissant derrière elles des épaves, dont l’une d’elle a coulé au fond de la mer des Barents et failli détruire la planète. Une autre s’est écrasée sur les pentes du Mont Ararat en Turquie, et enfin, une dernière sur l’Olympus Mons.

Une fois la crise réglée, l’Humanité a compris qu’elle devrait gagner sa place dans l’ordre des choses, plutôt que de s’entretuer sur des sujets futiles. C’est ce qui donna naissance à un nouveau programme spatial, exploitant les ressources extraites des épaves extraterrestres, et basé sur des indices donnés par Einstein sur l’existence d’un remède universel sur la planète Farout. Et voici notre courageuse Elena à la tête d’une nouvelle mission, tandis qu’Aaron, sur Terre, est toujours harcelé par des visions apocalyptiques.

Une fois la planète Farout atteinte, les choses s’avèrent plus compliquées que prévues pour les astronautes d’Elena. En effet, Farout, en plus d’être inhospitalière, semble être en réalité une construction artificielle, qui plus est étroitement surveillée par une ou des intelligences extraterrestres. Malgré tout, le remède universel est à portée de main. Aaron, de son côté commence à glaner des indices extrasensoriels qui pourraient lui laisser penser que ce remède tient davantage de la boite de Pandore que de la véritable Panacée.

On peut l’admettre sans rougir, Christophe Bec est un auteur aguerri. Habitué aux séries au long cours comme aux one shot, il semble se donner du mal pour distiller son suspense afin de maintenir l’intérêt du lecteur. Hélas, ça ne fonctionne pas à chaque fois, si bien qu’avec le recul, un certain nombre de ses albums s’avère accessoire quant à l’intrigue, voire superfétatoire. Plutôt que d’attiser le suspense et faire monter la tension, il nous a semblé que le rythme assez faible des révélations avait tendance à frustrer et laisser un sentiment d’inachevé.

De là à y déceler une volonté dilatoire et mercantile, il n’y a qu’un pas, que je ne me permettrais pas de franchir. Néanmoins, ce rythme irrégulier vient poser la question de la viabilité du format 46 planches, à l’heure des romans graphiques et autres pavés de 100+ pages.

Pour ce huitième tome, les soucis techniques restent les mêmes, à savoir un charisme trop faible chez l’ensemble du casting, hormis bien sûr Aaron et Elena. On note également une tirade mystico-philosophique en plein milieu de l’album, qui déstabilise par son opacité, comme si Bec s’était pris l’espace d’un instant pour Jonathan Hickman. ll va falloir attendre la suite pour estimer l’importance de ce passage ésotérique vis à vis du reste de l’intrigue.

Vous l’aurez compris, Olympus Mons devient symptomatique de ce qui peut être reproché à un auteur qui donne l’impression d’être en pilote automatique: pas nécessairement mauvais, plutôt éloigné de son apogée, et donc forcément clivant.

****·BD·Nouveau !

La cour des miracles

La BD!
BD de Stephane Piatzszek, Julien Maffre et Laure Durandelle
Quadrant (Soleil) (2017-2021), 46p./volume, série achevée en 3 volumes.

Couverture de La cour des Miracles -1- Anacréon, Roi des GueuxCouverture de La cour des Miracles -2- Vive la Reine !Couverture de La cour des Miracles -3- Le crépuscule des miracles

Lorsque le jeune Louis XIV monte sur le trône de France le pays a deux rois: celui du monde d’en haut et celui du bas peuple, de la plèbe parisienne qui contrôle le crime et délit dans la capitale et un territoire où aucun honnête homme ne s’avise de se rendre. Cet affront à son autorité pousse le roi à décréter la guerre à ce Roi de Thune. Laquelle des deux puissances surplombera l’autre?

La cour des miracles tome 2 - BDfugue.comLa Cour des miracles fait partie des fantasmes de nombre d’auteurs qui à la suite de Victor Hugo ont pris moultes libertés avec l’historicité des lieux et des personnes. Si Brugeas et Toulhoat ont poursuivi l’idée « romantique » de l’auteur de Notre-Dame de Paris en situant leur action au Moyen-Age, les traces de cet monde souterrain remontent en réalité au XVI° siècle. Julien Maffre (qui s’est fait remarquer sur le réputé Stern) et Stephane Piatzszek (qui m’avait impressionné avec son Chevalier à la Licorne et sur le très bon Oubliés de Prémontré) situent ainsi leur intrigue sous un Roi Soleil dans la fleur de l’âge et désirant incarner une modernité destinée à balayer les réminiscences du Moyen-Age en éliminant cette zone de non-droit et cet affront à son autorité toute puissante. Les personnages présentés sont donc souvent historiques (avec une apparition de Molière) et reprennent la destruction de ce fief du crime par le roi.

La cour des miracles – tome 2 – bd – cape et épée – historique – drame –  stéphane piatzszek – julien maffre – laure durandelle – paris – combat –  Branchés CultureLe ton très dur montre un roi des gueux à la fois égocentrique et désirant assurer sa descendance via son fils et sa fille. L’amour n’a pas vraiment lieu dans ce monde de souffrance et très vite des rivalités internes vont mettre à bas le pouvoir de ce Grand Coëstre. La riche galerie de personnages dont on ne nous dira pas tout des relations anciennes permet de donner une grande richesse à ces conspirations internes et externes. Sous le drame de la mission donnée au lieutenant de Police d’endiguer la pègre c’est donc bien un thriller socio-politique qui nous est proposé dans cette passionnante trilogie aux fort belles couvertures. Si les dessins peuvent paraître brouillons, la très subtile colorisation les renforce et appuie les détails appuyés dans une envie de réalisme et une gestion du mouvement très lisible.

Mais surtout c’est le scénario de très grande qualité qui marque en plongeant le lecteur dans un tourbillon dont il ne pourra jamais anticiper la suite. Les schémas classiques des méchants, des traîtres et des bons sont battus en brèche ici en n’indiquant jamais de déterminisme ou de happy end. L’arrivée dans l’intrigue d’un brillant mousquetaire ajoute un gros intérêt en développant l’aspect politique du royaume de Louis XVI, ses manigances de cour et ses jalousies de pouvoir. Proposant de beaux panoramas du Paris XVII°, des scènes de bataille puissantes et une vision de l’arrière-cour du royaume, La Cour des miracles est une sacrée surprise qui rappelle la qualité d’un scénariste trop peu connu et la démonstration qu’avec un bon scénario on peut rendre passionnants les contextes de niche.

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