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BD en vrac #29: Maudit sois-tu #3 – Les 5 terres #7 – Machines de guerre #5

Bienvenue pour une nouvelle semaine BD sur l’Etagère! Comme vous le constatez pas de C’est lundi… mais désormais des billets tout ce qu’il y a de plus classiques (je reviendrais sur ce changement dans le prochain bilan mensuel, qui remplacera ce rendez-vous hebdomadaire.

Au menu donc, trois albums de séries, avec la conclusion du très littéraire Maudit sois-tu par le prolifique et très en vue Philippe Pelaez, le commencement du nouveau cycle des 5 terres et une découverte sur le thème des tank…

Demain ce sera le retour des tortues pizzavores, mercredi un docu sur la répression à Hong-Kong, jeudi un Batman (… on se rapproche du film!), vendredi un nouveau Kurosavoir sur Marie-Antoinette, samedi des manga en vrac et dimanche mon retour sur la série d’animation phénomène, Arcane sur Netflix!

C’est parti!…

    • Maudit sois-tu #3: Shelley (Pelaez-Puerta/Ankama) – 2022, 54p., série achevée en 3 tomes.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance!

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Nous voici arrivés à la conclusion-début de ce projet un peu fou et diablement ambitieux de Philippe Pelaez. Si le second tome centré sur l’amour dramatique de Mary Shelly pour John Polidori (premier à utiliser le personnage du vampire dans la littérature fantastique) avait paru un peu redondant avec le premier, cette conclusion change radicalement de trame pour adopter le schéma de l’amant maudit dans une approche résolument dramatique et romantique. Si l’on peut saluer le changement, on perd l’efficacité de ces groupes de personnages historiques et du savant fou pour ne garder que la passion folle de Polidori pour sa belle. L’album a le mérite de boucler parfaitement avec le récit précédent  (et valide le cahier des charges initial dans une technique scénaristique assez brillante) mais nous perd un peu notamment du fait des problèmes de visages issus de la technique photographique de Carlos Puerta. La relecture a minima du second tome et au mieux des trois volumes dans l’ordre chronologique sont absolument conseillées mais malgré ces liens ce troisième tome apparaît comme le plus faible du fait de la disparition de l’aspect fantastique et de la chasse, axe fort du projet depuis le début. Proposant un texte très inspiré et extrêmement agréable à lire, Pelaez pèche sans doute par une pointe d’élitisme, bien peu de ses lecteurs auront initialement la connaissance littéraire pour apprécier toutes les références aux personnages et à leurs œuvres. Maudit sois-tu n’en reste pas moins un projet inclassable, particulièrement ambitieux, qui s’il ne s’accomplit que moyennement, propose tout de même une très belle immersion dans l’âge du gothique passionné…

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  • Les 5 terres #7 (Collectif/Delcourt) – 2021, 58p., cycle 1 achevé. Cycle 2 1/6 tomes parus.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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La fin du cycle d’Angléon (les félins) voyait le retour de l’otage Kéona dans son pays de Lys. Ce second cycle parmi le peuple primate entame directement à sa descente du bateau alors qu’elle est accueillie avec une très froide étiquette par la famille royale. Mais c’est bien la retour de la terrible Alissa que l’on suivra dans ce volume. Enfermée depuis cinq ans, la chef du clan du sistre qui règne sur les bas-fonds de cette société matriarcale, sa colère et sa force ne demandent qu’à exploser…

Le changement dans la continuité, le projet des 5 Terres ne me rendait pas particulièrement inquiet (et même plutôt impatient) à ce changement de continent. Intrigué de savoir comment les auteurs allaient relier les différents cycles, on est désormais rassurés: la continuité chronologique n’est pas rompue et l’enjeu sera bien plutôt d’entrecroiser les différentes intrigues. Si Angléon avait proposé quelques échappées chez les reptiles et chez les ours, on reste ici très concentré quasiment exclusivement dans la grande cité et très fixés sur cette Alissa que je n’ai pas trouvé très charismatique. Si la technique rutilante de la série reste évidente, on est moins enjoué à la conclusion de ce premier tome, pour plusieurs raisons. Tout d’abord l’utilisation des types de singes semble moins riche que chez les félins, rendant les personnages graphiquement moins intéressants. Si les multiples intrigues ne nous perturbent plus guère, cela semble moins fort que précédemment, moins prenant, en raison d’un enjeu qui nous échappe encore grandement. Hormis le couple à la recherche d’un remède pour son enfant, peu d’émotion transparaît dans ce début de cycle. Enfin, l’idée d’une société matriarcale s’incarne de façon évidente dans la langue avec ce parti-pris très perturbant de changer la faveur masculine du collectif par un féminin. Le texte en devient très étrange à lire, ce qui ne doit pas faciliter l’immersion. Fausse bonne idée ou coup de génie? Encore trop tôt pour le dire mais il est certain qu’il faudra d’autres concrétisations de cette innovation pour en faire autre chose qu’un gadget.

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  • Machines de guerre #5: Le Loup gris (Pécau-Mavric/Delcourt) – 2022, 56p., série de one-shot en cours

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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Jean-Pierre Pécau s’est spécialisé depuis pas mal d’années dans les séries semi-historiques basées sur des uchronies notamment sur la période de la seconde guerre mondiale. Avec Les machines de guerre il propose ainsi depuis 2016 des one-shot à la gloire des plus célèbres tank du conflit mondial. On passera sur une fascination militaire qui peut intriguer (mais apparemment ça se vend bien…) pour aborder cet album pour ce qu’il est. Traitent d’un prototype de méga-tank jamais utilisé sur le terrain d’opération et illustrant le délire de puissance du régime Nazi et d’Hitler, ce Loup gris nous plonge sur le Front Est au sein du camp russe où une commandante de tank va tenter de chasser ce fantôme qui semble apparaître et disparaître en semant la mort sans résistance possible parmi les troupes rouges. Comme beaucoup de récits de chasse on prend plaisir à cette immersion à la fois réaliste dans une dureté du régime soviétique où tout soldat devait sa vie pour la cause à l’aspect du thriller vaguement mystique. Adoptant le thème du croquemitaine, l’histoire permet aux auteurs de faire joujou avec plusieurs tank où l’on découvre les subtilités des manœuvres de ces engins si particuliers. On notera quelques enchaînements de découpage capricieux mais les dessins sont très réussis dans un genre réaliste-historique même si l’on reste loin de la virtuosité en technicolor d’un Romain Hugault et ses avions. L’album s’achève (un peu en ornière je dois dire…) avec un cahier technique qui revient sur les éléments techniques de la conception de ce mastodonte allemand. Au final on a là un album qui se laisse lire sans déplaisir même s’il passionnera surtout les fana de technique militaire. A noter tout de même une maquette particulièrement originale et élégante pour cette collection.

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Saint-Elme #1-2

La BD!
BD de Serge Lehman et Frederik Peeters
Delcourt (2021), 78p./album., série en cours 2 vol. parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Dans la petite ville lacustre de Saint-Elme règne le clan Sax, puissants industriels qui dirigent l’usine d’eau minérale qui fait vivre la population. Mais pas que… Le détective Franck Sangaré est missionné pour retrouver un fils à papa fugueur avant de découvrir que la pègre qui rode dans les bas-fonds de la ville n’est pas totalement étrangère à la famille Sax. Dans cet endroit hors du temps où les éléments semblent se comporter étrangement un voile obscure recouvre les apparences…

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2021/10/Saint-Elme-2.jpgSans vouloir revenir sur un sujet abordé maintes fois ici on pourra dire qu’avec la nouvelle série de Lehman et Peeters, Delcourt n’a pas misé sur le commercial, avec des couvertures à la ligne graphique certes cohérente, que d’aucune qualifieront de gonflées et que je rapprocherais plutôt du suicidaire. Reconnaissons que l’Homme gribouillé (que je n’ai malheureusement pas encore lu) ne proposait pas non plus de couverture vendeuse ce qui ne lui a pas empêché d’être un carton. Espérons que les seules réputations des deux auteurs suffira à ne pas dissuader les lecteurs.

Car on peut dire qu’en matière de maîtrise graphique comme scénaristique on est dans le top niveau. Si vous parvenez à dépasser la couverture et la colorisation totalement criardes vous voilà plongés Saint-Elme T. 1 : La Vache brûlée - Par Serge Lehman et Frederik (...) -  ActuaBDdans une sorte de Twin peaks dans cette bourgade suissomorphe où la pluie est prévisible à la seconde près, où les grenouilles pleuvent et où les vaches s’enflamment. L’aspect étrange est omniprésent dans cette série qui démarre sans que l’irruption fantastique ne soit déclarée. On parlera plutôt d’une physique parallèle qui participe à une atmosphère opaque, poisseuse et incertaine, comme tout bon polar.

Le personnage du détective Sangaré, caché derrière ses lunettes de soleil vintage, est fort réussi, accompagné d’une madame Dombre qui semble sortie des Contes de la pieuvre. S’ouvrant sur une réunion de truands qui tourne mal, Saint-Elme lance son héros dans cet univers maîtrisé par une famille dysfonctionnelle aux personnages très jouissifs. si l’action est tout à BD] Saint-Elme, tome 1 : la nouvelle claque de Serge Lehman et Frederik  Peeters (Delcourt)fait présente et réussie, c’est bien la galerie d’affreux allant du débile fini à l’homme de main bas du front en passant par le psychopathe de service, qui rendent la lecture très addictive. Comme toute bonne histoire ce sont les interactions qui font la sève d’un récit, a fortiori dans un polar archi-balisé où l’on retrouve tout un tas de marqueurs connus.

Je reviens un moment sur les dessins, bien entendu incroyables de Frederik Peeters. J’ai déjà parlé récemment de sa technique et de son inspiration incroyables malgré son insistance à croquer des sales gueules et une simplification du trait. Si elle instaure bien sur une part de cette ambiance crasseuse type néon glauque de bar underground j’ai trouvé que la colorisation en aplats affadissait des planches pourtant magnifiques. C’est un parti-pris osé que j’estime contre-productif et c’est vraiment dommage.Tumblr media

Hormis cela Saint-Elme est une superbe plongée vaguement surréaliste dans un polar montagnard et provincial qui ne fait pas dans la dentelle (âmes sensibles s’abstenir). Perso j’adore les personnages déglingués. On peut dire qu’ici on en regorge et que les héros vont passer un mauvais quart d’heure…

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BD en vrac #28: Aquablue #17 – U.C.C. Dolores #4 – La horde du contrevent #3

Fournée SF aujourd’hui avec trois séries très différentes qui trustent les têtes de ventes à chaque opus. Justifié ou pas, je vous donne mon avis sur le dernier Aquablue, le troisième Horde du Contrevent et un surprenant redémarrage de la série Spaceop des Tarquin

    • Aquablue #17: la nuit de la miséricorde (Hautière-Reno/Soleil) – 2021, 62p., série en cours, second cycle achevé.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_433437Aquablue c’est un peu la madeleine de Proust d’une génération d’auteurs et de lecteurs (quarantenaires). Un album fantasme qui été un choc qui m’a lancé dans la passion de la BD: le Corail noir (tome 4) sorti en 1993 et qui reste aujourd’hui encore un absolu de ce que peut être une folie de BD SF. Vatine n’a jamais pu conclure (j’avais ouï dire à l’époque qu’il s’était engueulé avec le scénariste Cailleteau) et le premier cycle a été bouclé un peu laborieusement par Tota. Vingt ans et quelques one-shot plus tard l’éditeur décida de lancer un second cycle qui s’achève ici après six albums d’une tenue graphique très rarement vue en BD. Reno est un fou furieux et si les plus puristes pourront lui reprocher son aspect très numérique (voir photoréaliste), chacun est obligé d’admettre qu’on a rarement été si proche d’un film en BD. Avec le changement de scénariste on pouvait espérer un nouveau souffle, appuyé sur une base d’univers magnifiquement riche. Malheureusement on constata vite que le syndrome des suites au cinéma s’applique aussi en BD avec un double effet de timidité à exploiter (voir exploser) le matériau et les personnages, et un aspect remake qui se termine par cette fin qui certes conclue rapidement les très nombreuses pistes complexes développées cinq tomes durant, mais nous laisse un peu avec un sentiment de gâchis. Trop long ou trop court, ce cycle aura patiemment développé une trame obscure en restant très timide en action. Hormis les grandioses dessins et la séquence de la prise d’otage du tome 15, il aura manqué un effet Waou indispensable, une dynamique des séquences, une énergie dont regorgeait le premier cycle. Du coup les révélations choc n’en sont pas vraiment à force d’étirer les allusions et la grande bataille attendue n’a pas vraiment lieu. De telles difficultés sont étonnantes de la part d’un scénariste chevronné comme Hautière et se pose la question de l’initiative et de l’objet de cette renaissance… que l’on a du mal à penser comme autre chose que commerciale et nostalgique. Un peu court pour proposer une grande série aux lecteurs très exigeants sur une série comme Aquablue. Résultat en demi-teinte donc, en attendant une suite, pour Aquablue comme pour Reno.

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  • UCC Dolores #4: la dernière balle (Tarquin/Glénat) – 2021, 46p., one-shot, série en cours.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

couv_436435Après un petit retard à l’allumage, la série SF de Tarquin s’est très joliment conclue l’an dernier par un gros album très dramatique et épique comme il faut, de quoi redonner une envie de space-cowboys. Et voilà que nous tombe ce volume totalement déstabilisant. Quel est le projet du couple Tarquin concernant la série? Alors que la conclusion de la trilogie laissait entendre des aventures de pirates de l’espace avec un nouvel équipage constitué autour de Mony, voilà t’y pas qu’on nous envoie nous crasher sur une planète neigeuse, l’héroïne ayant tout juste accouché (ah bon elle était enceinte?) et embarquée dans une quête pour récupérer son nouveau né. Quelle ellipse galactique! Aucun lien n’est tissé avec les évènements précédents et l’impression d’avoir raté plusieurs tomes reste tenace. En outre si le style Tarquin reste agréable, l’intrigue est tout de même fort court, même pour un western spatial et on termine l’album comme on l’a commencé, stoïque, ne comprenant pas ce qu’on vient de lire et où nous emmène le dessinateur. Le potentiel est clairement présent et les dialogues sont toujours aussi savoureux en mode desperados. J’ai lu que le projet d’Albator de Tarquin était avorté et qu’il aurait pu donner naissance à cet album, qui s’avère assez Frankenstein. L’auteur n’a jamais eu de problème avec l’aspect commercial de certaines parutions et j’espère sincèrement qu’il a de vrais projets pour la suite de sa série car avec tout l’amour du monde pour le spaceop ses plus fidèles lecteurs risquent de finir par se lasser…

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  • La Horde du contrevent #3: la flaque de Lapsane (Henninot/Delcourt) – 2021, 76p., one-shot, série en cours.

Coup de coeur! (1)

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

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Quel choc les amis! On savait le roman un des plus pissants de la SF française jamais écrit. On avait constaté le talent d’Eric Henninot dès le premier tome. J’avoue ma surprise sur la concentration d’un tome entier sur la traversée de la Flaque de Lapsane, ne me souvenant pas de l’importance de ce passage dans le livre. Ce petit détail laisse imaginer une série en au moins six tomes et je pressens déjà un très gros dernier opus pour arriver à boucler ce monument. Pour rappel aux non initiés: il s’agit pour la Horde de traverser en « trace directe » une vaste étendue marécageuse dont le centre est un lac aux fonds variables et surtout parcourus de Chrones, entités redoutables qui dévient le temps et l’espace…

Le tour de force de ce volume est de nous happer malgré des décors absolument ternes, monotones, et par moment (la traversée centrale à la nage) vides! Mais la richesse des personnages, la tension dramatique et la maitrise narrative impressionnants de Henninot nous plongent dans ce maelstrom émotionnel de bout en bout sans nous laisser respirer et en procurant des sensations comme le permet rarement la BD. La tension permanente entre la hordière enceinte et le redoutable Golgoth respire sur les interventions quasi-surnaturelles du maître d’Erg le protecteur, d’un siphon qui agit sur le Temps puis d’une énigmatique tour que l’auteur passe avec une surprenante rapidité. Il faut bien faire des choix! La force de cette histoire c’est de nous faire (par moments) oublier l’aberration du projet en nous plongeant dans le cœur de l’Humain épicé de réflexions philosophiques sur l’être, le Temps, l’âme et l’individu. Un immense roman a donné naissance à une immense BD qui prends la suite de Servitude et Azimut comme étalon de la plus grande série BD en cours. Tout simplement.

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BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #172

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 

1. Qu’ai-je lu les semaines passées ?

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

3. Que vais-je lire ensuite ?

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Salut à tous et bienvenue pour une nouvelle semaine sur le blog!

Semaine écoulée pas très productive pour moi même si de très bonne qualité puisque ma lecture des deux tomes de la dernière série de Frederik Peeters (sur Saint-Elme pour une critique dimanche) confirme l’incroyable talent de cet auteur, pour moi un des tous meilleurs dessinateurs au monde (oui j’assume!). Talent équivalent pour Henninot dans une adaptation sublime d’émotion et d’humanité de sa Horde du contrevent qui tire la substantifique moelle du chef d’œuvre d’Alain Damasio. Le billet le verra accompagné ce mercredi du nouveau UCC Dolorès et du dernier Aquablue pour une série en vrac très SF. Comme le planning est pour une fois détendu j’ai enfin pris le temps pour lire le gros Goldorak qui confirme l’énorme travail, le grand talent de gamins dans la force de leur expérience et le fait que quel que soit le sujet la passion est toujours très contagieuse. Dahaka avait déjà donné son avis sur le robot, je prendrais peut-être le temps de rédiger un second avis. Côté comics ce dernier vous convie chez les Avengers pour le célèbre run Original Sin demain et un gros plaisir coupable sur le Spider-island de Dan Slott jeudi.

Côté manga je continue mes lectures de la très bonne collection Kurosavoirs puisque après Cléopâtre la semaine écoulée c’est chez Rousseau que l’on va piocher samedi, avant d’enchaîner sur Marie-Antoinette sur une semaine suivante qui devrait se lire de droite à gauche… Entre tout cela j’avance ma lecture du phénomène La fin des Irin, monumental webcomic à l’ambition gigantesque et dont les deux premiers volumes m’avaient laissé bonne impression. Verdict final fin janvier (et il n’est pas trop tard pour aller regarder de quoi il retourne puisque l’ensemble des volumes est lisible en français en accès libre sur le web!).

Je termine ce billet sans vous parler du report du festival d’Angoulême (dont les sélections ne me passionnent décidément jamais…) mais pour une invitation insistante à visionner la série animée Arcane sur Netflix, petit miracle imprévu qui laisse KO. J’en reparle dans un billet dédié la semaine prochaine (ou plus vite si ça me démange…). N’hésitez pas à dire en commentaires ce que vous en avez pensé si vous avez regardé cette première saison!

Bonne semaine à vous!


 

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Mezkal

La BD!
BD de Steve D et Jef
Soleil (2022), 184p., one shot

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bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Vananka a ce qu’on peut appeler une vie de merde… Sang mêlé d’une Amérique mal en point, son père l’ayant abandonné voilà que sa pauvre mère calanche en lui laissant une vie de dettes sur les épaules. Il part alors sur les routes poussiéreuses du Mexique, sans but autre que de survivre. Jusqu’à ce qu’il rencontre la magnifique Leila, avec qui la vie semble vouloir prendre une tournure magnifique! Enfin, c’est sans compter sur les cartels sanglants, les flics véreux et cette chienne de vie qui ne semble pas vouloir le laisser tranquille…

Mezkal - LeVif/L'Express sur PC - FocusVifJef a passé pas mal de temps sur les routes d’Amérique en compagnie du mythique Walter Hill et du scénariste chevronné Matz. C’est peu de dire que de la bouteille il en a, des cadrages ciné il en a fait son ADN et que le pays de l’Oncle Sam il l’a dans le sang. Quand l’an dernier Glénat nous offrait le complètement dingue diptyque Gun crazy (sorti coup sur coup grâce aux reports Covid, pour une fois qu’on peut remercier ce sale virus!) on n’attendait pas un retour si rapide au pays des guns et des timbrés. Enfin je parle des Etats-Unis, je devrais plutôt dire « désert centre-américain » puisque techniquement Mezkal passe le Rio Grande et place ce road movie initiatique dans cette vaste étendue sans frontière, sans loi et sans limites qui départage Mexique et sud des Etats-Unis.

L’esprit timbré de Gun Crazy reste présent chez le dessinateur mais accompagné d’un scénariste inconnu au bataillon Jef ambitionne quelque chose de plus poussé, plus réflexif, plus profond. Car si la précédente création était un délire sous acide en pure divertissement (et quelques très « subtiles » attaques contre l’Amérique de Trump…), ici on est plutôt dans le western moderne ou le très touchant Vananka ère entre les timbrés de la police, les timbrés des cartels et globalement une race humaine qui ne mérite pas grand chose. Mais lui est en quête d’identité et de but, bien plus que de bonheur. La fuite du père le laisse vide à l’intérieur et ce n’est pas le rêve d’amour qui comblera longtemps ce trou dans le cœur.

Chez Jef ça saigne et l’action est cash avec de fréquentes saillies délirantes qui déforment ses personnages en mode Toon. Ca fait bizarre la première fois mais on s’y fait! C’est surtout terriblement efficace pour exprimer rapidement et simplement un état d’esprit ou une émotion. Côté graphique c’est plus calme que précédemment même si les eyefish et perspectives perturbées viennent environner une galerie humaine vaguement monstrueuse qui semble piochée chez David Lynch autant que chez les frères Cohen. L’album est très généreux avec son format large, et l’auteur est à l’aise dans ce film sur papier qui sait utiliser l’espace pour évoquer une guitare de blues et un vent de sable.

Ce qui démarque cet album et lui donne une âme comparativement aux délires à la Ramirez ou Valhalla ce sont des personnages que l’on a envie de voir réussir, eux qui semblent soumis à l’acharnement du sort et des salauds de tout poil qui peuplent cette terre. La mise en place douce de l’itinéraire de ce jeune demi-sang est très réussie en dressant une certaine mélancolie qui parcourt tout l’album (entre deux pétarades de moteur et de mitrailleuse). L’aspect mystique n’est pas forcé, et amené par le vieillard et le jeune frère aveugle, indiens bien sur, qui reviennent épisodiquement aider ou sauver Vananka dans son road trip. Et si l’esthétique de ces visions est toujours très plaisante, comme souvent la conclusion laisse un peu interrogatif. Difficile de conclure hors happy end un objet qui vise autant l’introspection que le délire cinoche. Chacun se fera son idée mais jusqu’à ces dernières pages Mezkal nous emporte avec très grand plaisir dans le sillage de ce voyageur solitaire, ce demi-mariachi qui mérite tant de retrouver son âme. Un des premiers chocs de cette nouvelle année.

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BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #171

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 

1. Qu’ai-je lu les semaines passées ?

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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3. Que vais-je lire ensuite ?

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Salut à tous et bienvenue sur le blog pour le retour des C’est lundi!

J’espère que vous allez bien. Sur le blog on a enfin repris une activité normale et on rattrape un peu la tonne d’albums parus l’an dernier avant de commencer les premières grosses parutions 2022. Gros retard côté manga qui va générer une série de chroniques sur la très qualitative collection Kurosavoirs, ouvrages pédagogiques chez Kurokawa dont le Cléopâtre m’a franchement surpris par des qualités que les précédents de la collection n’avaient pas. De quoi attendre avec envie les deux suivants sortis également cet automne, sur Marie-Antoinette et sur Rousseau. Avant cela j’ai pris grand plaisir à une des plus grosses sorties manga de ce mois de janvier avec le très attendu Leviathan, commande originale chez Ki-oon qui confirme un excellent auteur plein de talent (billet vendredi dernier).

En BD mon expérience de l’album issu de l’univers vidéoludique Farcry n’a pas été concluant (voir le billet)… Je prévois un billet groupé pour la semaine prochaine sur trois grosses séries: U.C.C. Dolores (dont le dernier tome juste paru laisse très perplexe quand au projet du couple Tarquin…), l’Aquablue qui conclue le long second cycle (aussi beau que frustrant) et le troisième Horde du Contrevent (série sans faute jusqu’ici). J’espère encore prendre le temps de lire le Goldorak qui me me fait les yeux doux sur ma table depuis quelques mois…

Pour cette semaine demain c’est comme d’habitude Dahaka qui entame le bal demain chez Marvel avec le King in black qui rappelle le symbiote Venom. J’enchaînerai avec un quasi coup de cœur pour le Mezkal tout juste sorti du duo qui nous a fait délirer l’an dernier sur leur Gun Crazy. Dahaka reprendra le flambeau jeudi pour le Lac de feu, intégrale de la série médiévale-SF du dessinateur de Folklords et on devrait conclure la semaine samedi en manga chez Cléopâtre donc et dimanche avec le retour des billets cinoche avec un énorme coup de cœur sur le Mortal Engines de Peter Jackson…

Portez vous bien, restez zen, révoltez vous et à tout de suite dans les commentaires pour vos trouvailles et discussions…

 

 


 

*****·BD·Jeunesse·Nouveau !

Voro #9: Le Tombeau des dieux troisième partie

Dernier tome de 166 pages de la série écrite et dessinée par Janne Kukkonen. Parution en France le 10/11/2021 aux éditions Casterman.

Le seigneur des flambeaux

Coup de coeur! (1)

Après avoir réveillé par inadvertance une dangereuse divinité du Feu, Lilya, une apprentie voleuse de la Guilde, s’est mise en tête de réparer ses erreurs quel qu’en soit le prix. Malheureusement, Ithiel, le Père Feu, est à l’apogée de son pouvoir: non seulement soutenu par la Tribu du Feu qui le vénère depuis la nuit des temps, il est également maître d’une armée de géants invincibles grâce à la Pierre de Feu, que Lilya a également contribué à rassembler.

Après avoir jeté ses forces dans la bataille, Lilya a échoué à éliminer Ithiel, qui s’est lancé dans une campagne de conquête du monde des hommes, lui qui se pense capable d’engendrer un monde idyllique aux antipodes de la cupidité et de la violence humaines. L’apprentie voleuse y a laissé la vie, mais elle a été tirée des limbes par la Mort elle-même, qui a semble-t-il un intérêt à assister à la chute de son rival Ithiel. Lilya a aussi reçu un coup de pouce de la part de la Demoiselle de la Nuit, la divinité que servait autrefois la Guilde des Voleurs.

Ses chances de succès sont bien minces, mais Lilya ne désespère pas. Résolue à sauver le monde des hommes, elle en appelle à la sagesse des hommes de bonne volonté que sont les Rois, mais ces derniers ont l’esprit trop occupés par leurs luttes de pouvoirs pour pouvoir agir de concert. Pire encore, depuis le dernier tome, Lilya ne peut même plus compter l’aide de son mentor Seamus, au vu des révélations qui ont été faites sur le passé de ce dernier.

Que pourra faire la jeune vaurienne pour prévaloir dans ce jeu de dupes où les hommes ne sont rien face aux rois, où les rois ne sont rien face aux dieux, et où les dieux manipulent leurs pions sur l’échiquier cosmique ?

Comme vous le savez , la série Voro est un incontournable parmi les séries jeunesse du moment. L’auteur finnois Janne Kukkonen, issu du monde de l’animation, est parvenu à créer un univers fantasy cohérent et original, mâtiné d’influences et de références nordiques, dans lequel évoluent des personnages marquants et attachants.

Le scénario parvient à éviter le manichéisme primaire en nuançant son propos ainsi que les valeurs portées par les personnages. En effet, difficile de donner totalement tort à Ithiel lorsqu’il méprise le monde bâti par les hommes et qu’il fait part de son amertume quant à sa trahison. Cela ajoute de la profondeur au personnage, ce qu’oublient bon nombre d’auteurs pourtant chevronnés. Il arrive en effet assez souvent de voir un antagoniste bien méchant, fréquemment cruel, et qui de surcroît affiche de la satisfaction à faire le mâââl, si bien que l’on bascule bien trop souvent dans le cliché.

Ici, ce n’est pas le cas, et chaque personnage possède sa part d’ombre ainsi que des qualités rédemptrices, qui rendent le récit engageant et le distingue de la masse des récits fongibles aux personnages interchangeables.

Dans Voro, l’action est toujours spectaculaire et jamais prétexte, et l’auteur arrive à accroître sans cesse la tension dramatique jusqu’au dénouement, faisant de ces neuf tomes une saga épique et enthousiasmante qu’il sera toujours bon de relire à l’occasion.

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Farcry, les larmes d’Esperanza

La BD!
BD de Mathieu Mariolle, Salahdin Basti et Afif Khaled
Glénat (2021), 96p., One-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur fidélité.

Après quelques tentatives de manga Isekaï me voilà à essayer un album parfaitement calibré, commercial, ce qu’on appelle une commande. On pourra appeler cela un projet crossmedia. Le fait est surtout qu’avec un vivier de gamers dans ce qui est depuis quelques années la première industrie culturelle mondiale, la major du jeu vidéo Ubisoft et l’un des premiers éditeurs de BD mondiaux s’associent pour un album en forme de prologue au jeu. De là à dire qu’il s’adresse principalement voir exclusivement aux joueurs de Farcry il n’y a qu’un pas que je franchis sans hésiter…

Far cry- Far cry - Les larmes d'EsperanzaEntendons nous bien, dans l’industrie culturelle des projets calibrés ne veulent absolument pas dire mauvaise qualité (pour preuve les franchises cinéma telles que le MCU ou Starwars) et avec une équipe d’auteurs chevronnés et l’envie d’une aventure fun on pouvait tout à fait avoir un bon blockbuster BD de la fin d’année dernière (l’album est sorti deux mois après le jeu). Je ne connais pas la franchise vidéoludique mais crois savoir que le point commun est l’envoi d’un mercenaire dans des pays exotiques en proie à une dictature bien cracra. C’est l’histoire qui nous sera ici contée.

Le premier élément qui dénote dans la BD est l’aspect graphique surprenant puisqu’outre l’utilisation de trames destinées à donner un aspect vintage, la colorisation se fait en aplats qui écrasent pas mal une ambiance que les graphismes des jeux veulent très lumineuses et colorées. Le parti pris graphique est donc décevant tant le très bon dessinateur Afif Khaled nous a habitué à des planches très numériques et chatoyantes dans ses précédents réalisations. Le dessin paraît souvent figé notamment dans les séquences d’action, ce qui est problématique pour un projet loisir. Ensuite le texte et l’intrigue semblent issus… d’un jeu vidéo (oui je sais c’est cliché, plein de jeux vidéo ont aujourd’hui des scénarios bien plus intéressants que pas mal de films…). Le côté caricatural des personnages et des postures ne sont pas en cause (série B oblige) mais un certain nombre de réparties sont très attendues et un peu lourdes. En outre on sent régulièrement le cahier des charges liant probablement la BD et le jeu. Enfin et surtout, le personnage principal qui devait être la carte maîtresse  du projet (un expert es guérilla alcoolique et doté d’une boule de cristal) n’est pas spécialement accrocheur. Au final on a donc un album de consommation très banal qui pourra mériter une hausse de la note pour les amateurs de la licence Ubisoft mais donc la lecture sera difficile à justifier pour les « simples » lecteurs de BD.

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Helle Nice, une vie en vitesse.

Le Docu BD
BD de Giuseppe Manunta
Félès Editions (2021), 126 p., One-shot.

L’ouvrage des jeunes éditions Félès comporte un croquis en intérieur de couverture, un court texte de l’auteur en forme de préface et un cahier final de huit pages comprenant quelques photos et un étonnant lien entre ce projet et des actions de promotion de la vie d’Hélène Delangle. Le tout est totalement fabriqué en France (assez rare pour être souligné) sur un papier très épais et une fabrication royale. Le tout mérite un calvin d’édition.

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bsic journalismMerci aux éditions Félès pour cette découverte

Hellé Nice - BD, informations, cotesC’est par l’entremise d’aperçus Instagram que j’ai découvert tout à la fois les éditions Félès, l’artiste italien Giuseppe Manunta (qui avait publié précédemment à feu les Editions du Long bec dont j’avais grandement apprécié la ligne graphique…) et la coureuse automobile Hélène Delangle, personnage typique d’une France des années folles que l’on retrouve sur l’album Joe la pirate. Si Hubert et Virginie Augustin ont pris le parti d’un féminisme homosexuel que la richesse de Marion Carstairs a permis de rendre exubérante de liberté, l’amour de la vitesse, l’absence de tabous et l’envie de se présenter en égale des hommes rassemblent les deux femmes indéniablement.

Ouvrage tout à la gloire de cette danseuse de music-hall peu vêtue qui se hissa de rien à la gloire des compétitions automobiles, Helle Nice reprend le nom d’artiste qu’elle adopta après une rencontre avec un soldat britannique (« elle est nice« ). On pourra reprocher au scénario un enchaînement de séquences que l’on aura parfois du mal à lier et l’impasse sur la jeunesse de la jeune femme qui pourrait expliquer cette envie de bruler la vie. Sans peur, elle fut une athlète réelle qu’un personnage décrit ainsi: dans les sports tout lui réussit. L’album saute ainsi d’amant en amant, tous fascinés par cette beauté, qui l’entraînent dans le monde de la course automobile et les différentes courses auxquelles elle aura participé. Bien peu d’explication de contexte hormis lors d’un passage en Italie fasciste et sur la difficile période de la Guerre qui font de l’ouvrage une sorte d’hagiographie plastique à une époque élégante et à un tempérament indomptable.

Hellé Nice- Une Vie en VitesseCar la partie graphique est absolument superbe et l’auteur une magnifique découverte. Amateur de belles formes il n’oublie pas de croquer les demoiselles dans leur plus simple appareil, avec un sens technique et une mise en couleur directe sublime. Sur le plan du plaisir visuel ce gros volume est donc un ravissement qui place Manunta dans le haut du panier des artistes italiens dans un style proche des argentins Ignacio Noe ou Gabriel Ippoliti. On prend un très grand plaisir à admirer la carlingue des voiture comme des dames, la mise en pli des messieurs et la matière des décors et des objets comme sur un album de Romain Hugault.

Très belle découverte qui souffre des défauts scénaristiques de nombre d’albums de dessinateurs et d’un projet original peut-être un peu trop élogieux, Helle Nice n’en reste pas moins un très bel album qui vous fera découvrir un personnage totalement méconnu, un milieu étonnant et une saveur nostalgique de cette belle France qui connaissait le mot Liberté.

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***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Les Enfers: au royaume d’Hadès

La BD!

Histoire complète en 46 pages écrite par Clotilde Bruneau et dessinée par Diego Oddi. Parution le 10/11/2021 aux éditions Glénat, dans la collection La Sagesse des Mythes, dirigée par Luc Ferry.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

L’Enfer, c’est les outres

La mythologie grecque a laissé une empreinte marquante sur la fiction encore aujourd’hui. Ces innombrables mythes, sont devenus pour beaucoup la quintessence de la narration à travers les âges, transformés de telle sorte que l’on prend aujourd’hui plaisir à les redécouvrir sous leur forme originelle.

Prenez Hadès par exemple. Toutes les histoires modernes tendent à le dépeindre de façon péjorative, majoritairement en tant qu’antagoniste, alors que les mythes grecs ne souffrent initialement pas de ce biais. Souvent comparé à Satan en fiction moderne, le Hadès classique est au contraire une figure plutôt neutre, bien qu’intransigeant vis à vis de son rôle et de la nature intrinsèque et inévitable du principe qu’il représente.

Bien loin du Caïn rongé par la jalousie, et l’amertume d’avoir été relégué aux Enfers, Hadès est au contraire dépeint comme un régent juste et sévère du monde souterrain, et l’un des seuls dieux, si ce n’est le seul, à ne pas avoir trompé son épouse, ni fait preuve d’une cruauté infondée envers les hommes. Son royaume, censé être impénétrable (mais bien entendu visité par bien des héros de la mythologie), est doté d’une géographie tout singulière et d’une histoire foisonnante qui méritaient certainement un album à part entière.

Cet album nous plonge donc dans les méandres sinueux des fleuves qui irriguent et encerclent les Enfers, et nous fait découvrir ses différentes régions. Nous avons également droit aux différents mythes qui y sont liés, de Tantale à Sisyphe en passant par les Danaïdes.

Malgré la structure du récit à tiroirs, où une digression en appelle une autre, l’album possède un fil rouge, qui permet de conserver un semblant de structure dramatique tout au long. Le dossier en fin d’album, intitulé « Hadès ou le monde grec face au non-sens de la mort », est complet mais digeste et parvient à rester succin lorsqu’il dépeint des caractéristiques méconnues du dieu grec de la Mort.

En résumé, Les Enfers: au royaume d’Hadès est un album synthétique et très instructif sur une figure tristement controversée et incomprise de la mythologie grecque. Peut être dispensable pour les experts hellénistes, mais idéal pour tout lecteur souhaitant se cultiver.