BD·Mercredi BD·Nouveau !

No body

BD du mercrediBD de Christian De Metter
Soleil-Noctambule (2016-2018), 72 p./album, 1 saison de 4 épisodes parue.

Couverture de No Body -4- Épisode 4/4 La Spirale de DanteLes couvertures, le format comics, le découpage en épisodes et saisons, tout dans le projet de Christian De Metter vise à reprendre les principes d’une série TV américaine. Les livres sont élégants, on aurait aimé des commentaires de l’auteur ou de la documentation sur l’époque. A l’heure où de plus en plus d’éditeurs fournissent un travail éditorial (chez Urban ou dans les formats gazette par exemple) ce type de projet mériterait un peu plus de « hors texte ».

Je suis venu par accident sur cette série dont les dessins et l’ambiance ne m’attiraient pas. J’avais pourtant adoré la série True detectives dont No body s’inspire fortement, cette ambiance hyper-réaliste d’une Amérique post-rêve américain, sans vernis hollywoodien, une Amérique des bas-fonds, des familles détruites, des drogues et des névroses profondes, l’Amérique dépressive des films de boxe pluvieux et des guerres contre la drogue sans règles (comme le film Sicario)… Un pote me les a fourgué dans les mains en me disant « tu va voir… ». Et il avait raison! No Body est une très excellente série, qui contrairement à ce que laisse entendre sa numérotation se termine en 4 volumes. Quels sont les projets de l’auteur pour d’autres saisons, je n’en sais rien pour l’instant…

Résultat de recherche d'images pour "de metter no body"Je vais commencer cette chronique par le trait de De Metter: une sorte de crayonné poussé, rehaussé de peintures et crayons de couleurs qui donnent une texture assez artistique qui peut faire étrange sur une histoire policière hyper-réaliste. Derrière ce vernis un peu crado se cache un trait très maîtrisé, que ce soit dans les expressions des personnages ou dans les mouvements des corps. Ainsi ses planches sont assez colorées mais imprécises, ce qui renforce systématiquement les personnages. Pas très fan au début, je m’y suis fait et constate une étonnante évolution sur le quatrième tome de la série avec un gros saut qualitatif, plus classique mais que je préfère. On aimera ou pas le style graphique de Christian De Metter mais force est de reconnaître que sa démarche est originale et que le bonhomme sait tenir un crayon!

Mais la grande qualité de No Body est bien sa construction scénaristique basée sur une technique éprouvée: le récit d’un ancien super-flic qui va nous raconter ce qui l’a amené au crime dont il s’accuse lui-même. Technique toute cinématographique, permettant des aller-retour chronologiques entre le récit (le temps présent) et les récits, à différentes époques. Bien entendu tout ce récit est maîtrisé par le narrateur, avec quelques questions de la psychiatre permettant au lecteur de prendre le recul. Grace au graphisme et au rythme on est happé dans cette histoire violente de l’Amérique des années 60: le Vietnam, la contestation étudiante, les gangs de Bikers, Kennedy et les programmes noirs du FBI… cette époque est fascinante et l’ouvrage est relativement documenté bien que romancé. L’histoire de ce flic malgré lui sera celle d’un système sécuritaire sans limite faisant face à des criminels sans limite. Cela convient à notre homme, boxeur traumatisé par la disparition de son frangin au Vietnam et traversant son époque comme un fantôme, bras armé de l’Etat subissant tous les coups de ses opérations clandestines qu’il parcoure comme Dante les cercles de l’Enfer, citation assumée par le scénario et très bien utilisée.

https://chezmo.files.wordpress.com/2017/04/nobody0203.jpg?w=340&h=467L’histoire est dure. Pour le héros d’abord. Homme solide souhaitant simplement l’amour, la police lui tombera dessus et le liera pour toujours au destin des plus sombres criminels du pays. Sans états d’âme il la verra, son âme, s’assombrir sans que l’on ne sache jamais s’il est devenu insensible ou si la conséquence de ses actes et des dégâts collatéraux aura une incidence sur ses actes. Le personnage semble maudit, voyant mourir tout ce qu’il aime, tout ce qui l’entoure hormis les monstres, ses commanditaires ou les criminels. Il se justifiera en éliminant des ordures sans foi ni loi. Mais reste t-on indemne en vivant uniquement dans les bas-fonds à côtoyer le mal?

Formidable voyage dans une Amérique bien sombre autant que dans les tréfonds de l’âme humaine, histoire assez nihiliste d’un roc au cœur tendre, No Body parvient à atteindre le très difficile équilibre entre le ludique (le policier), le réflexif (l’Histoire), le symbolique (Dante) et le drame humain.

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BD

Manga en vrac #4

Radian #9

Résultat de recherche d'images pour "radiant 9 valente"La guerre fait rage en Cyfandir: la situation est plus désespérée que jamais, l’alliance entre les barons marchands et l’Inquisition ayant bloqué toute utilisation du Fantasia et donc toute protection aux chevaliers-sorciers. La défaite semble inexorable pour la reine Boadicée qui tente une charge désespérée contre les puissants Thaumaturges… ces derniers n’ont pourtant pas livré toute l’étendue de leur puissance. Ce volume est « l’Empire contre-attaque » de la série de Tony Valente! La convergence des forces de ce vaste et mystérieux univers magique donne lieu à une magnifique bataille épique au possible, faite de désespoir, de trahisons et de l’héroïsme forcené de set et ses alliés. L’originalité des pouvoirs est toujours aussi grande et on est immergé comme jamais (j’avais trouvé la première bataille de Rumble Town un peu brouillon) dans l’action avec mille interventions et rebondissements. L’équilibre entre action/histoire/Humour est toujours aussi réglé. Du très très bon manga!

Green blood #1-2:

Résultat de recherche d'images pour "green blood manga"Ce manga en cinq volumes propose de découvrir (un peu à la manière du Gangs of New-York de Scorsese) la préhistoire de la Grosse pomme: une ville boueuse où arrivent par bateaux des hordes d’immigrants crève la faim et prêts à tour pour survivre. Un sous-prolétariat qui va permettre l’essor d’un capitalisme débridé… Dans le manga, le « green blood » est le sang irlandais, basse couche de ce prolétariat, localisé aux Five points, quartier où règlent les gangs sur les bordels et toute l’activité économique. Le Grim Reaper est le tueur du gang des Grave Diggers. Il travaille la nuit pour récolter l’argent qui lui permettra d’échapper à cette misère avec son jeune frère. Cette double vie et les mensonges qui l’accompagne vont faciliter la tâche à ses adversaires… Ce manga a le grand mérite de nous proposer un propos assez politique sur une période mal connue. Dans les premiers volumes la couleur western est assez ténue pour prendre plus la forme d’un polar noire, très noir, ne serai-ce que par le graphisme qui semble sorti d’un film d’horreur, avec des rictus absolument atroces et une violence crue et sans détour.

Sun-Ken Rock #14-16:

Résultat de recherche d'images pour "sun-ken rock 16"Le combat contre le groupe de Ban-Phuong, téléguidé par le gang yakuzas du dragon blanc dirigé par le père de Yumin… commence. Réfugié dans une tour désaffectée (a l’aspect d’un donjon) le gang semble imbattable. A différents niveaux les membres de la sun-ken rock affrontent un adversaire doté d’une technique spécifique.

Comme lors du précédent combat majeur dans l’hôtel, le manga s’oriente vers un format jeu vidéo avec des niveaux et des boss dotés d’une technique particulière. Étant donnée le côté manichéen de l’intrigue ce que le lecteur attend c’est bien cette mise en scène optimale des combats dans un décors tragique et barbare de ruines urbaines. La série Sun-ken Rock a des hauts et des bas, mais depuis l’épisode 14 l’on sent que l’on rentre dans le dur, la couenne: l’affrontement final pour le leadership en Corée. Le graphisme se fait très sombre, les cases s’élargissent pour des combats furieux dans des décors décadents. Du coup on enchaîne les pages et les volumes sans temps mort et avec quelques retours de l’humour lourdingue mais sympathique de l’auteur. Enfin!

 

BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #21

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

black-monday-murders-tome-1Résultat de recherche d'images pour Nick Fury par Robinson

881632_w450Fairy QuestRésultat de recherche d'images pour "fairy quest t2"

couv_332550Green Blood T02

2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

Green Blood T03batman-metal-tome-1seven-to-eternity-tome-2

Couverture de Le château des étoiles -11- La princesse évanouieCouverture de Le château des étoiles -12- Les fils de l'étoile bleue

3. Que vais-je lire ensuite ?

Résultat de recherche d'images pour "freaks squeele funerailles"Couverture de Le chant des Stryges -18- Mythes

Mille et unième nuit

Ces derniers temps je mets essentiellement du comic sur le blog. Ce n’est pas volontaire et ça m’interroge car je suis au demeurant assez réservé sur le fonctionnement et les résultats de l’industrie DC/Marvel. La fraîcheur de la découverte des BD Valiant peut-être… Mais surtout la qualité des comics Indé qui ont dans leur ADN toujours une once de SF ou de fantastique qui m’attirent énormément. Peut-être qu’en Europe c’est moins évident… Et puis mes auteurs favoris en BD franco-belge se font rares, du coup ça me pousse à des découvertes… Côté Docu je commence à sécher, je savais que ce serait compliqué, ce n’est pas une production pléthorique. Du coup je vais probablement ralentir sur cette rubrique.

Et vous? Donnez vos lectures du moment en commentaires, ça m’intéresse!

BD·Documentaire

La petite bdthèque des savoirs #7

Le Docu du Week-End
Le nouvel Hollywood
BD de Jean-Baptiste Thoret et Brüno
Le Lombard (2016), 98 p., La petite bdthèque des savoirs #7

couv_279621Dans mes prospections sur la BD documentaire j’avais repéré cette collection encyclopédique format BD au Lombard. Du coup je commence la collection par le volume 7 dessiné par Brüno, sur le Nouvel Hollywood.

La collection Bdthèque des savoirs a commencé en 2016 et sort quatre numéros par trimestre, en associant un spécialiste reconnu d’un sujet et un illustrateur de BD, avec pour ambition de ne pas se limiter sur les sujets. Des illustrateurs comme Brüno, Alfred, Guerineau ou Marion Montaigne ont déjà publié dans cette collection qui leur permet de sortir de la rigueur des cases de BD pour illustrer une thématique.

Résultat de recherche d'images pour "le nouvel hollywood brüno"Le numéro sur le Nouvel Hollywood est écrit par Jean-Baptiste Thoret, spécialiste du cinéma américain tendance « Inrockuptible ». Sa connaissance semble sans fin tant l’album raconte dans les plus grands détails cette période passionnante de Hollywood, entre la fin du classicisme et l’émergence de la Réaction reaganienne à l’arrivée des années 80. On y parle de films connus: Easy Rider, considéré comme le film qui lança cette tendance des golden-boys d’Hollywood souhaitant importer la Nouvelle vague française dans l’industrie des studios américains. Les Copolla, Scorsese, Friedkin, Peckinpah, Terrence Malick,… bref, ceux qui sont considérés aujourd’hui comme les monstres sacrés du cinéma américain mais qui ont connu pour la plupart des heures bien difficiles après cette poignée d’années de succès et de révolution culturelle.

Résultat de recherche d'images pour "le nouvel hollywood brüno"L’intérêt de ce récit est qu’il nous montre en quoi le cinéma a transposé des évolutions sociétales américaines sur les écrans, en concomitance avec le mouvement des droits civiques et le Flower Power. Ces réalisateurs ont été ensuite rejetés car ils ont cherché à briser le vernis du mythe américain en narrant les histoires de ratés, de déviants, celles du vrai peuple et non seulement des seigneurs et importants. Certains films ont été censurés et certains réalisateurs du Nouvel Hollywood ont totalement disparu par la suite. On découvre alors que pour Thoret celui qui a mis fin (malgré lui) à cet espoir c’est Georges Lucas (qui a pourtant imaginé sa production galactique hors des studios et donc bien dans l’esprit du Nouvel Hollywood): en produisant un succès mondial via une histoire archétypale, mythologique et manichéenne, en inventant le merchandising et la promo TV, il a remis toutes les clés dans les mains des producteurs…

Image associéeLa mise en image de Brüno est efficace et s’appuie sur l’imagerie contrastée des affiches des films des années 70-80. Je ne suis pas fan de son trait en général mais il faut reconnaître qu’ici ses planches sont très évocatrices. Sa documentation sur les photos et promo des films de l’époque est très importante et vaut pour l’aspect documentaire. Contrairement à des albums d’enquête ou de reportage (type Davodeau), je suis néanmoins dubitatif sur ce qu’apporte le dessin dans des bouquins de ce type. Une iconographie classique dans un livre encyclopédique aurait proposé des affiches et photos de films. Ici ces dernières sont désignées par la pattes de l’illustrateur mais a moins d’être fan de l’auteur cela ne donne pas franchement de valeur ajoutée. Il faudrait voir sur d’autres numéros de la Bdthèque des savoirs si la remarque vaut toujours…

Le projet est néanmoins très intéressant pour qui aime le dessin et la BD et personnellement je soutiens toujours les démarches qui aident à élargir le public BD via des ouvrages de ce type. Je conseille en outre vivement le bouquin à tout amateur de cinéma et d’histoire du cinéma, tant on y apprend de choses dans un récit parfaitement équilibré.

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Résultat de recherche d'images pour "bonnie and clyde affiches"Résultat de recherche d'images pour "french connection affiches"

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BD·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Vestigiales

BD du mercrediBD de Florent Maudoux
Ankama (2018), 80 p.

881632_w450Le livre comprend une préface et une poste-face en forme de descriptif des passions humaines… L’album est un one-shot dérivé de la série mère Freak’s Squeele, dans le même univers que Rouge  et Funerailles (ce dernier est sur ma PAL). Vestigiales fait référence à une fonction ancienne de certains organes qui n’a plus lieu d’être et renvoie à l’état primitif de l’homme. L’album propose donc d’aborder l’intime mystique des deux personnages de sa série phare, Ombre et Xiong Mao.

Vestigiales a été annoncé assez mystérieusement par son auteur au printemps dernier, comme un Spin-off érotique… Après lecture je ne pense pas qu’érotique soit le terme le plus approprié et je qualifierais plutôt l’album comme un essai mystico-baston sur l’identité sexuelle de ses personnages… Le projet est (comme la série mère d’ailleurs) assez personnel et le texte post-face est bienvenu pour détailler l’objet et l’appréhender pour autre chose qu’une simple digression baston sexy.

vestigiales1.jpgD’un premier abord, outre une couverture assez chaude, dans la ligne de l’évolution des couvertures de Maudoux (de plus en plus belles et de plus en plus « nues »!), cet album nous propose assez vite des combats dans le monde des rêves, via un voyage initiatique d’Ombre et Xiong Mao. L’auteur peut se faire plaisir et nous faire plaisir en dénudant franchement ses protagonistes lors des combats par ailleurs très bien menés. Dans la série principale l’on sentait une envie frustrée sans doute par le public assez large de la BD. La qualité du trait de Florent Maudoux et la sensualité graphique du personnage de Xiong Mao étaient ainsi couverts par l’histoire déglingos de Freak’s Squeele malgré quelque scènes de nu. La parution de la série Funérailles a vu une évolution des couvertures, très sexy, qui amènent très directement cet album.

Le principal intérêt de Vestigiales est donc son graphisme sublime, notamment du fait d’une colorisation très agréable et naturelle. Les entrelacs de corps féminins plus ou moins transformés en créatures imaginaires proposent de superbes planches au sein d’un univers noir et blanc qui permet pour la première fois de découvrir le talent brut, sans trame ni couleur, de Florent Maudoux qui est l’un des tout meilleurs illustrateurs de sa génération et que je m’impatiente de voir sortir de l’univers qu’il a créé pour voir ce qu’il peut proposer d’autre. L’encrage est très beau et les décors très élégants, le contraste entre arrières-plans et personnages étant ainsi renforcé. Vestigiales est un plaisir des yeux, un bonbon graphique!

jjp.jpgHeureusement, sa raison d’être n’est pas qu’une envie graphique (…ce qui aboutit généralement à quelque chose de joli mais a ranger rapidement au fond de l’étagère). Le projet est finalement assez ambitieux car s’il vise (selon son auteur) à combler un trou de son histoire, c’est surtout une réflexion sur le couple et sur l’identité intime de chacun qui est proposée. Présenté comme un rêve initiatique dans le passé des personnages, l’album les voit combattre des membres de leur famille ou des incarnations d’archétypes (féminin/masculin, Destruction/fertilité,…) jusqu’à envisager la vieillesse dans une sorte de nid primordial où est convoquée la vénus de Willendorf. les références sont nombreuses et subtiles et l’on sent que l’auteur pense ses histoires pour leur donner une symbolique qui dépasse la simple BD d’action.

Sans titre.jpgLe propos de Maudoux sur l’identité masculine notamment est vraiment intéressant et poussé, surprenant dans un spin-off de série grand-public à l’inspiration manga/comics. La prolongation de la réflexion dans le texte final détaille l’idée d’une révolution identitaire du mâle occidental dans un monde où les rites initiatiques ont disparu et laissent l’homme sans cadre pour se construire une identité sexuée…

La création de cet auteur est décidément inclassable (sans doute pour cela que j’ai eu un peu de mal à m’y immerger dans Freak’s Squeele), bancale par moments, mais visuellement superbe et permet de découvrir un bonhomme qui réfléchit son art. Ça donne indubitablement envie de se plonger plus loin dans sa biblio. Pour moi ça commence très bientôt avec Funerailles!

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BD·Rétro

Comment faire fortune en juin 40

BD de Fabien Nury, Xavier Dorison et Laurent Astier
Casterman (2015), 120 p.
Comment faire fortune en Juin 40

Gros volume a couverture et papier épais. Pas très qualitatif mais vu le prix et la pagination il n’y a pas arnaque. La couverture est très efficace et donne bien le ton. Je note que Nury est assez fort pour inspirer des couvertures très percutantes dans ses albums. La BD est inspirée d’un roman (comme indiqué en couverture) et surtout est la transposition d’un scénario de film non réalisé intitulé « Omaha Beach » (… vous verrez pourquoi en toute fin d’album!).

C’est la déroute! L’armée française a été défaite et les allemands s’apprêtent à débarquer à Paris. Très précautionneuses, les autorités ont fait évacuer l’or de la Banque de France. Tout? Non… Deux tonnes ont été oubliées… ce qui mets une bande d’escrocs et de criminels sur le casse du siècle: dans une France sans État, sans armée ni police, attaquer le fourgon chargé de rapatrier ces derniers lingots  à l’autre bout de la France sera une partie de plaisir! Mais c’est sans compter sur la morale très peu patriote d’un certain nombre de fonctionnaires français…

Résultat de recherche d'images pour "comment faire fortune en juin 40"Comment faire fortune en juin 40 est un album 100% Nury et Dorison n’apparaît que par-ce qu’il bosse avec son comparse depuis longtemps et que sa maîtrise des ficelles scénaristiques sont reconnues, une sorte de Script doctor en somme, comme il aime à se définir dans ses activités de cinéma. Attention, le fait de titrer en gros avec le nom d’Astier est a mon avis un peu malhonnête de la part de l’éditeur car l’illustrateur n’est pas franchement connu du grand public et l’homonymie avec le célèbre Alexandre Astier entraînera sans doute des ventes trompeuses…

Ceci étant dit, l’album a donc tout de la pâte de Fabien Nury, formule reconnaissable et efficace depuis pas mal d’années: les années 40, une bande de pieds nickelés sans morale, un sous-texte politique, une zone grise de l’histoire entre méchants et gentils. Tout cela rappellera Il était une fois en France et Katanga par exemple. La comparaison est évidente et sa formule marche chaque fois sans vraiment lasser, le principal défaut de cette BD étant qu’elle n’est pas d’une folle originalité, mais ceci est compensé par une très bonne maîtrise scénaristique et surtout sur le point fort des scénarios de Nury: les personnages. Ils sont archétypaux, vilains, bêtes, mais vraiment bien pensés comme attelage de pieds nickelés dans une France en déroute. Car l’historien Nury n’oublie dans aucun de ses albums de titiller là où ça fait mal, dans les bassesses et les heures les moins glorieuses de l’histoire nationale. Résultat de recherche d'images pour "comment faire fortune en juin 40"C’est à mon sens ce qui fait le plus de ses albums. Cela a aussi un verso plus compliqué (comme sur Katanga): au-delà de la dénonciation, le scénariste ne va pas très loin dans l’analyse et cela peut devenir un problème lorsqu’il mets en scène des ordures qu’il se garde de dénoncer. Ce n’est pas dérangeant ici car nous avons affaire à une farce, mais cela reste une tendance lourde de sa bibliographie…

Sur le plan du dessin Astier fait le job croquant des tronches compréhensibles par le très grand public. Le style est tout de même proche de l’ancienne école Spirou, ce qui dénote selon moi avec l’histoire assez adulte. L’illustrateur n’est pas toujours très précis et le papier épais n’aide pas à affiner son trait, mais sa maîtrise reste très correcte.

Au final on a un album calibré pour marcher dès la couverture mais qui n’a pas vocation à être tête de gondole non plus. Un cinoche grand public plutôt rigolo où l’on aime repérer le prochain traître avec une vague inspiration chez Lautner. Dans un esprit assez proche Il faut flinguer Ramirez est cinq catégories au-dessus. Mais vous passerez un bon moment tout de même.

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BD

Le sang des cerises (journal) #3

BD du mercrediBD de François Bourgeon
Delcourt (2018), Série Les passagers du vent T.8 (Livre 1: « Rue de l’abreuvoir), prépublication 3/4.

Passagers du vent 08. Le sang des cerises. Journal 3/4Je continue ma lecture de cet album, vrai-faux Passagers du vent (relié à la série mère surtout par la généalogie puisqu’il n’est plus du tout ici question de bateaux). Ce troisième épisode confirme mon impression très positive et l’investissement historique et de documentation de l’auteur est très impressionnant. Ce volume est beaucoup plus chargé en articles : pas moins de 5 pages avec illustrations d’époques comprenant une page sur la construction du Sacré-cœur, une double page très dense sur le Montmartre de 1880 (lieu d’installation d’artistes que l’on retrouve dans l’album mais aussi le développement des cabarets), une page sur le contexte politique (comme dans les autres épisodes) et une interview de Bourgeon sur le langage et les chansons. Tout cela est passionnant et l’on réalise à la lecture que c’est assez indispensable comme complément de l’album tant l’objet de cette BD est clairement pour Bourgeon la reconstitution d’un lieu et d’une époque dans une visée ethnographique. J’espère vraiment que l’éditeur publiera ces compléments avec l’album à paraître en octobre.

Si l’article sur les cabarets, vraiment détaillé, n’intéressera pas tout le monde, celui expliquant la période de tergiversations sur une Restauration (… mais avec quel roi? la branche légitime dont le dernier roi de France, Charles X a provoqué la dernière révolution en date ou la branche d’Orléans, celle de Louis-philippe?) est fascinant tant on ignore le contexte de naissance de cette Troisième République qui fut pourtant la plus longue de notre histoire politique. L’entretien avec Bourgeon nous éclaire sur son rapport à l’argot, à l’Eglise (il a été élevé chez les curés) et au bas peuple et nous apprend que l’album publié comportera un lexique des termes bretons et argots utilisés dans les planches.

Sur le plan BD en revanche le découpage en gazette n’apporte pas grand chose du fait de la construction qui vise plus l’illustration historique que l’intrigue proprement dite. Cet épisode revient sur le passé de Clara et cette zone trouble entre son retour de Louisiane et la Troisième République, dont ses années en déportation. L’auteur utilise un passage dans une goguette pour nous dresser un réquisitoire sanglant de la répression contre la Commune. Le propos est extrêmement politique et a des répercutions jusqu’à nos jours tant cette République est née les deux pieds dans le sang comme le dit un  personnage… Sinon la visite « touristique » que propose Bourgeon nous emmène dans les carrières souterraines ou dans le « village » (plutôt bidonville) de Montmartre dont la reproduction est saisissante de vie et de précision.

Résultat de recherche d'images pour "le sang des cerises bourgeon 3/4"Encore une fois le récit proprement dit souffre un peu de se sectionnement en quatre parties qui interrompt l’immersion… mais le format journal jouit d’ajouts indispensables. Dur de choisir le format idéal mais vu le prix des gazettes je ne saurais que conseiller cet achat en préparation à une lecture de l’album couleur. J’ai toujours considéré Bourgeon comme un auteur majeur mais il n’a jamais été non plus un de mes préférés (un peu comme Moebius/Giraud). Cet album est pourtant, à mesure de la lecture, une des choses les plus impressionnantes que j’ai lu en BD, se rapprochant par l’ambition, d’un Dernier chant des Malaterre, l’ouvrage majeur de l’auteur. Un récit qui pourrait presque intégrer la rubrique Docu de ce blog et qui donne très envie de connaître cette période charnière pour la société et la République française.

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