BD

Interwiew de Benoit du Peloux chez Alexis Seny

A l’occasion de la sortie de cet album et ma critique, je reblogue l’interview de l’auteur par Alexis Seny.

Comme des fauves en cage. On les imagine bien les auteurs qui devaient revenir en librairies au mois de mars, ou en avril, et qui ont dû attendre quelques semaines, plusieurs mois. Ainsi, à la dernière Foire du Livre de Bruxelles, in extremis, Benoit du Peloux était très heureux de pouvoir nous présenter sa création […]

Les folles aventures de Tracnar et Faribol par Benoit Du Peloux: « Dans la façon dont les animaux bougent, on comprend beaucoup de chose »

*****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Tracnar & Faribol #1

Jeunesse

BD de Benoit du Peloux
Bamboo (2020), 86 p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

Une bien belle édition avec ce large format qui propose une impression de grand qualité avec un dessin crayonnés-aquarelle pas simple à rendre. Très joli logo-titre  avec un en-tête qui promet une série. Un très joli cahier graphique de 8 pages termine l’album. Un habillage général qui mets en appétit et mérite un Calvin.

couv_389539

Il était une fois au royaume d’Arican, un roi tombé veuf sous les charmes de la belle Perfidy. Celle-ci captura l’âme de la jeune princesse Felicity à qui était promise la couronne. Voilà que tout était bien… jusqu’à ce qu’elle croise sur son chemin deux coquins, voleurs et bandits, le loup Tracnar et le renard Faribol, bien loin de se douter qu’ils allaient rien de moins que sauver le royaume…

Tracnar & Faribol (Vagabondage en contrées légendaires #1) • Benoît Du  PelouxLe ton est donné est connu: le campagnard Benoit de Peloux avait très envie de conter une aventure entre Perrault et Rabelais, au pays des rois et des reines mais aussi des brigands et des parleurs, des cuisiniers et des lingères. Mais ce n’est pas parce que tout ceci est familier qu’il est facile de le raconter à nouveau. Surtout, intéresser petits et grands comme l’ambitionne Peloux n’a rien d’évident. Et pourtant ce premier album d’une série qui va sans aucun doute se poursuivre au vu de sa qualité plaira au lecteur adulte comme aux jeunes.

Pour cela il y a d’abord les dessins, aquarelles sur crayonnés, superbes et précis tant dans les couleurs chatoyantes du château que dans la forêt enneigée et les terriers enracinés. L’auteur, habitué au dessin animalier sur les séries Zoé et Pataclop ou Triple Galop dans l’écurie Bamboo est parfaitement à l’aise avec les trombines caricaturales et grimaçantes de ses animaux anthropomorphes. La recette de Disney marche autant dans Blacksad qu’ici et la caractérisation animalière des tempéraments fait rire les adultes et comprendre rapidement aux enfants à qui ils ont affaire. Les aventures de Tracnar et Faribol donnent lieu bien entendu à moultes cabrioles, cascades et combats à coups de cruchons et de broche à cochons… Rabelais (ou Kaamelot!) n’est donc jamais loin tant les deux énergumènes recherchent plus la bonne pitance qu’un hypothétique trésor. Car les gens du peuple se contentent de peu et connaissent la valeur du concret…

30 Millions d'amis...la Bd Animalière / Tracnar et Faribol Vs. Richard au  pays des livres magiques - Conseils d'écoutes musicales pour Bandes  DessinéesLa bonne idée de Peloux repose sur cette fusion entre la princesse, jeune fille mal élevée et agaçante et Faribol, le renard peureux et malin. Par des péripéties que vous découvrirez la princesse se retrouve à parler par la voix du renard ce qui donne lieu à moultes quiproquos et situations décalées bien drôles. La progression dramatique est remarquable et la lecture se passe à une vitesse folle tant les séquences s’enchainent logiquement et avec fluidité, sans aucune faute de gout. Car outre la qualité technique et la bonne idée de faire se dérouler l’aventure en hiver (permettant ainsi une économie non négligeable de moyens pour créer des décors pourtant fort jolis), l’auteur propose un design remarquable tant dans les costules que dans le style des personnages. Encore une fois ce n’est pas parce que l’on croque un récit moyenâgeux que l’aspect général coule de source. Ici tout semble à la fois connu et original. Le trait léger y est sans doute pour beaucoup mais l’on a vu beaucoup d’autres histoires si proches de Walt Disney ou hésitant sur le réalisme. Le dessinateur est clairement à l’aise avec l’univers qu’il a créé et son envie transparaît dans le carnet graphique où il raconte les étapes de création, ses hésitations et ce qu’il faut s’attendre à trouver dans de prochains albums.

On sort de ce conte totalement enchanté, le sourire aux lèvres, les yeux caressés par ces si jolies planches et l’on n’a qu’une envie, de retourner dans le terrier de Faribol déguster un fumeux gigot…

BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #118

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.
 

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

couv_372065luthorcouv_389539

couv_403533couv_401482

Lire la suite « C’est lundi, que lisez-vous? #118 »

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.
 

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

couv_372065luthorcouv_389539

couv_403533couv_401482

Lire la suite « C’est lundi, que lisez-vous? #118 »

****·BD·Documentaire·Rapidos

Homicide #2-3

Le Docu du Week-End

BD Philippe Squarzoni
Delcourt (2016-2020), série en cours, 4 volumes parus sur 5.

couv_294433couv_323835

Lire la critique du premier volume.

Totalement accroché par le premier volume je n’ai pas eu l’occasion de mettre la main sur le reste de la série depuis un an… ce qui est terrible étant donnée la structure de la narration, en format journal. Je ne saurais donc trop vous conseiller d’attendre la sortie du (a priori) dernier tome en octobre pour lire l’intégralité de la série d’une traite. Ma reprise a été compliquée car on saute rapidement d’un enquêteur à un autre, reprenant les problématiques laissées au volume précédent mais séparées par plusieurs enquêtes et personnages depuis. A moins des faire des fiches de lecture on est ainsi un peu perdu lorsque après plusieurs pages immergé dans la traque d’un violeur de fillette on saute sans prévenir sur une autre affaire. Le suspens est suspendu mais on ne sait pas quand on va y revenir et c’est un peu frustrant. Ce qui est intéressant dans le choix de l’auteur Homicide, tome 3 – Philippe Squarzonic’est que chaque agent permet de développer une des multiples problématiques du métier, entre les découvertes liées à l’enquête elle-même, la morale personnelle du flic impliqué personnellement ou la pression de la hiérarchie qui revient sur les statistiques de résolution catastrophique de la brigade. Dans ces quelques jours où tous les moyens sont mis sur la recherche du violeur (en déshabillant Paul pour habiller Pierre) on continue d’être passionné par ces réflexions intimes d’officiers droits, professionnels avec quelques passages particulièrement sympathiques comme ces interrogatoires successifs où l’agent nous montre ses ficelles psychologiques et le véritable jeu d’acteur nécessaire pour parvenir à faire se condamner le prévenu de lui-même… On navigue sur ces deux tomes entre l’enquête principale (qui ne s’achève pas ici), les états d’âme de l’agent travaillant sur l’exécution d’un collègue et quelques autres affaires. Les albums se dévorent comme les films de police réalistes mais avec l’avantage de ne jamais tomber dans le pathos lourdingue de vies ratées de policiers qui vivent dans la fange. Chez Squarzoni les policiers sont juste des fonctionnaires qui font leur boulot dans un contexte difficile. Presque jamais on nous parle de leur vie privée, de leurs névroses. Le documentaire se porte sur l’enquête, rien que l’enquête. Et on en redemande.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Effet miroir

La BD!

Histoire complète en 86 pages, écrite par Makyo et dessinée par Laval NG. Parution le 26/08/2020 aux éditions Delcourt.

bsic journalism

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Miroir, mon beau miroir…

Louis Ferrant est un homme à qui tout devrait sourire. Héritier d’un confortable empire industriel, Louis a été préparé toute sa vie à reprendre les affaires familiales, comme tous ses ascendants avant lui.

Seulement, la dynastie Ferrant est peut-être un héritage trop lourd à porter pour Louis. Obnubilé par la bonne marche de ses affaires, et tourmenté par d’inexplicables cauchemars où il se voit mourir dans un environnement totalement inconnu, Louis a laissé ses problèmes nuire à sa vie de couple. Récemment séparé, toutes ses tentatives pour récupérer sa compagne ont échoué, le laissant seul avec ses angoisses.

Le seul exutoire de Louis, c’est son jogging quotidien en forêt, unique moment durant lequel il peut faire le vide, et simplement avancer. Alors qu’il s’apprête à commencer sa course du jour, Louis croise un motard imprudent qui le frôle dangereusement. Croyant n’avoir affaire qu’à un chauffard, Louis peste mais ne s’emporte pas.

Toutefois, il ne s’agit pas d’un simple motard. L’homme juché sur sa moto va revenir, et harceler Louis à la faveur du crépuscule et de l’isolement. Seul face à ce danger surgi de nulle part, Louis va devoir se battre pour survivre, tout en essayant de savoir qui lui en veut au point de vouloir le tuer…

Reflet déformé

Effet Miroir fonctionne comme un huis-clôs, rythmé façon chasse-à-l’homme. L’auteur a pris le parti de construire une intrigue minimaliste, misant sur l’efficacité de sa mise en scène. Unité de lieu, unité de temps et d’action, toutes ces règles dramaturgiques sont ici respectées, ce qui donne du liant à l’album, qui se lit ainsi d’une traite.

On peut éventuellement regretter une exposition un peu trop subtile, car les éléments qui permettent d’appréhender le fin mot de l’histoire sont inscrit sur la quatrième de couverture et ne sont finalement pas mentionnés en amont dans le récit.

L’ensemble conserve tout de même un caractère haletant, jusqu’à un final sur lequel certains lecteurs pourront tiquer mais qui reste cohérent.

Le travail graphique de Laval NG est d’une qualité ébouriffante, que ce soit vis à vis des aquarelles que vis à vis du trait précis et dynamique. L’artiste, contraint par un décor minimaliste, parvient à en tirer le meilleur parti grâce à l’ambiance installée via les couleurs, et utilise une variété de cadrages qui permet d’éviter la redondance. Ses personnages sont également très bien campés, avec une mention spéciale pour l’antagoniste, aux airs véritablement inquiétants.

****·BD·Nouveau !·Numérique

Le Dernier Atlas

La BD!

Série en trois tomes, écrite par Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann, dessinée par Hervé Tanquerelle. Deux tomes parus, le 15/03/2019 (205 pages) et le 24/06/2020 (228 pages), aux éditions Dupuis.

Obsolescence programmée

badge numerique

Ismaël Tayeb n’est peut-être qu’un petit tâcheron dans les rouages criminels de Nantes, mais il a tout d’un grand. Consciencieux et méthodique, brutal mais magnanime, il supervise, avec ses compères, un réseau de jeu clandestin très lucratif.

Lorsque son sang-froid et sa clairvoyance lui permettent de sauver la mise au grand patron Legoff, dit « Dieu le père », Ismaël va se voir donner l’occasion de grimper les échelons en prouvant sa valeur. Ainsi, le truand au grand cœur n’aura pas le droit à l’erreur pour sa nouvelle mission: se procurer une pile nucléaire, dans le cadre d’une transaction sensible dans laquelle Legoff lui-même joue gros.

Puisant dans ses souvenirs d’enfance, Tayeb va vite trouver le moyen de contourner cet épineux problème: retrouver la carcasse du Georges Sand, le dernier des Atlas. Les Atlas étaient des engins colossaux, des Mechas utilisés jusque dans les années 70 pour les grands travaux. Démantelés suite à une catastrophe qui a irradié la ville de Batna en Algérie, ils ont aussitôt été relégués au rang des vieilleries, à l’exception du Sand, qui ne doit son salut qu’à un conflit juridique du à sa présence sur le sol indien.

Alors qu’il rend visite à « Dieu le père », exilé en Algérie, Ismaël est témoin d’étranges événements en plein cœur du désert. Au plus profond d’une mystérieuse faille, il perçoit une entité malveillante qui semble affecter la faune et la flore alentours. C’est un moment charnière pour le truand nantais, qui, horrifié par la menace, imagine un plan aussi fou que désespéré pour la contrer: remettre le dernier Atlas sur les rails, et l’utiliser pour stopper ce qui s’extirpera inévitablement de la faille dans le désert. Pour cela, il va devoir prendre d’énormes risques, et jouer double-jeu avec d’impitoyables truands, dont l’altruisme n’est pas la qualité première…

Uchronie et fin du monde

Ce qui débute comme une petite histoire de truands prend rapidement une dimension à la fois épique et eschatologique, avec rien de moins en jeu que le sort du monde. C’est ce virage, opéré dès le premier volume, qui donne tout son intérêt à la série, en accrochant d’emblée le lecteur.

L’aspect feuilletonnesque, permis par la très généreuse pagination, est une qualité supplémentaire, qui permet aux auteurs de tisser une intrigue complexe, mêlant banditisme, luttes de pouvoirs, géopolitique, le tout sous-tendu par les codes du  » caper « .

Un autre point important du Dernier Atlas est son caractère uchronique, puisque les auteurs ont choisi de construire leur récit dans une version alternative de notre monde, dans laquelle la colonisation de l’Algérie n’a pas connu les mêmes évènements ni la même issue, ce qui influence grandement la narration.

Il est intéressant de constater à quel point, même lorsque l’on joue avec une version alternative, ces deux pays sont liés. Un lecteur attentif à ce genre de thématique constatera d’ailleurs, non sans une ironie certaine de la part des auteurs, que le colonialisme a la vie dure, même au sein du banditisme: le chef, Legoff, est un blanc, vivant sur le sol algérien dans une certaine opulence, tandis que la plupart de ses sous-fifres et de ses exécutants, notamment Ismaël, est d’origine algérienne. Il y a aussi, à l’instar de notre monde, des nostalgiques de l’Algérie française, ce qui finit de planter le clou. On trouve également fascinant le background des Atlas eux-mêmes, tant par leur mécanique que par le culte dont ils faisaient l’objet.

Le Dernier Atlas est une histoire haletante, redoutablement bien écrite, assurément un incontournable du moment !

BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #117

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.
 

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

Couverture de Androïdes (Soleil) -1- Résurrectioncouv_374535couv_386619

couv_401009couv_401958 Lire la suite « C’est lundi, que lisez-vous? #117 »

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.
 

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

Couverture de Androïdes (Soleil) -1- Résurrectioncouv_374535couv_386619

couv_401009couv_401958 Lire la suite « C’est lundi, que lisez-vous? #117 »

**·BD·Nouveau !·Numérique·Rapidos

Hope one #2

La BD!
BD de ‘Fane et Grelin
Comix Buro/Glénat (2020), 68p. couleur, 2/2 volumes parus.

couv_401606

badge numeriqueLe premier tome de  Hope One avait été une réussite dans le genre efficace du huis-clos spatial qui s’achevait par un twist en apnée. Le second a pris beaucoup de retard puisqu’il était annoncé la même année que le premier et on le retrouve donc après un délai plus classique… avec la surprise de voir un nouveau dessinateur prendre en charge les planches. Et la surprise ne s’arrête pas là puisque l’on change totalement de registre avec une très classique enquête policière dans l’Amérique profonde (et neigeuse) des années soixante-dix! Je ne sais si ‘Fane a très bien caché son jeu mais de mémoire de bdvore je n’ai jamais assisté à un tel retournement de style dans une même série. Pour gonflé c’est gonflé et passée la surprise on se laisse porter https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2020/08/Hope-One-2-1-800x1098.jpg.webppar cette recherche de disparus en suivant un agent du FBI alcoolique et tout à fait antipathique accompagné par une policière de bourgade plus habituée à régler les querelles de voisinage que de retrouver des morts. Surtout quand l’un des disparus est son cher papa… le sheriff du bled! On connait le talent de ‘Fane pour les dialogues et les personnages couillus depuis son excellent Streamliner. On retrouve cette patte ici et le changement de dessinateur perturbe un peu en matière de style (on n’est pas du tout dans le même registre que le tome 1) mais sans perte de qualité. La principale qualité de l’album est donc cette ambiance proche des frères Cohen et la dynamique verbale entre les personnages, franchement réussie. On en oublierait presque que les deux tomes sont liés. Malheureusement la jointure est parfaitement téléphonée (il aurait été compliqué de faire autrement au vu du Grand Canyon qui sépare les deux intrigues) et on repose l’ouvrage un peu nostalgique des promesses (déçues) du début de diptyque et sans bien comprendre ce qu’a voulu faire l’auteur. Une fausse bonne idée probablement…

note-calvin11note-calvin11

****·BD·Nouveau !

Carbone & Silicium

La BD!

BD de Mathieu Bablet
Ankama (2020), 287p. + cahier graphique de 37 pages, couleur. One-shot.

L’édition chroniquée est celle proposée par le réseau des librairies CanalBD et on peut dire que si la couverture n’est ni plus ni moins belle que celle de l’édition classique, les bonus sont tout à fait passionnants, ce que j’attends dans chaque édition spéciale pour entrer (un peu) dans la démarche créative de l’auteur. La préface d‘Alain Damasio, un peu lyrique, nous déblaye le terrain avant que Bablet ne détaille ses hésitations, sa démarche, l’évolution du projet, tout au long de nombreuses pages agrémentées de dessins à toutes les étapes de réalisation. Un vrai making-of absolument passionnant qui rehausse franchement une lecture… complexe. Un Calvin pour l’édition!

couv_401899

Lire la suite « Carbone & Silicium »

BD·Nouveau !·***

Les Mentors

La BD!

Série en cours, écrite par Zidrou et dessinée par Francis Porcel. Deux tomes de 44 pages parus en 2019 et 2020 aux éditions Grand Angle.

Jamais sans mon fils

Ana était jadis une jeune fille à qui l’avenir souriait. Mais alors qu’elle allait donner naissance à son enfant, un commando fit irruption dans la salle d’accouchement, et, après avoir massacré le personnel soignant, lui déroba le nouveau-né, laissant à sa place une bombe à laquelle Ana ne réchappa que par miracle.

Vingt ans plus tard, Ana n’est plus que l’ombre d’elle-même. Traumatisée par cet incident, elle souffre d’autant plus que personne ou presque ne crut à ses allégations sur le mystérieux commando. Depuis lors, le seul objectif d’Ana fut de retrouver la trace de son enfant, quoi qu’il lui en coûte. La mère éplorée n’hésite pas à recourir aux services d’une agence de détectives internationaux, dans l’espoir qu’il pourront glaner des informations sur des rapts similaires, en vain.

Non loin de là, Joye tente de s’extirper des milieux interlopes dans lesquels elle naviguait en tant qu’escort girl, afin de repartir de zéro à l’étranger. Pour cela, il va lui falloir échapper aux griffes de son ancien souteneur, qui en plus de vouloir récupérer sa « marchandise », a un compte personnel à régler avec Joye.

Le destin va réunir ces deux femmes que tout oppose, l’une sans attache et fuyant vers l’avant, l’autre, bloquée dans le passé et incapable de surmonter la perte de son enfant.

Lève-toi et marche

La série du prolifique Zidrou débute comme un thriller psychologique, avec cette pauvre jeune femme à qui l’on a pris son enfant pour des raisons inexpliquées. L’auteur parvient, au travers de dialogues incisifs dont il a le secret, à nous plonger dans cet univers tout en éveillant un début d’empathie pour Ana, qui bien que totalement dévastée, n’en demeure pas moins poignante.

La seconde partie opère un franc virage vers le fantastique, sans que cela ne dénature le propos ni la cohérence de l’intrigue en elle-même. Le sous-texte religieux évident donne même de la consistance à l’ensemble, en inscrivant les déboires d’Ana dans un contexte historico-fictionnel qui pose autant de questions qu’il n’en résout.

Par certains aspects, la série Les Mentors rappelle d’autres œuvres récentes, la série Messiah en tête. Dans ces deux tomes, l’auteur ne s’embarrasse certes pas encore des chamboulements géopolitiques que causerait l’arrivée d’un être messianique, mais la thématique reste présente néanmoins.

Les dessins de Francis Porcel font dans l’efficacité, et posent bien le cadre réaliste voulu par le scénariste. Les Mentors offrent donc une intrigue prenante, agréablement mise en image et fort bien dialoguée, à lire !