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Et ou tuera tous les affreux…

La BD!
BD de JD Morvan et Ignacio Noé,
Glénat (2021),  104p. , One-shot, collection Boris Vian.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Cette adaptation avec toujours Morvan au clavier et cette fois l’argentin Ignacio Noé aux crayons est le dernier des quatre albums prévus pour une sortie rapprochée pour les vingt ans de la mort de Vian. Lire le préambule de mon premier billet sur cette série pour les détails éditoriaux. Du fait du Covid la parution des quatre tomes prévus en 2020 a été décalée.

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Rock est beau comme un dieu. Toutes les femmes veulent son corps. Mais cet esprit décidé s’est promis de ne pas perdre sa virginité avant ses vingt ans. Lorsqu’il est enlevé et forcé à donner sa semence, commence une enquête autour de disparitions, qui les mènera lui et ses amis dans le sillage d’une bien étrange clinique…

Et on tuera tous les affreux - cartonné - Jean-David Morvan, Ignacio Noé, Ignacio  Noé - Achat Livre ou ebook | fnacFort surprenant albums que celui-ci, qui navigue entre enquête de détective, série Z érotique et science-fiction impliquée… Comme je l’avais signalé sur le premier opus il est difficile de savoir dans quelle mesure la matière première contraint le scénariste de cette histoire totalement absurde, rocambolesque et pour finir assez ridicule… On comprend assez rapidement l’aspect parodique de la chose, avec ces très beaux – et très numériques – dessins de Noé (qui a déjà travaillé avec JD Morvan sur les Chroniques de sillage et les trois tomes d’Helldorado). L’argentin a été recrutée pour sa science anatomique et on peut dire que ces Ken et Barbies sont plantureux, beaux, parfaits, comme cette Amérique d’Epinal qui nous est présentée, les personnages arborant soit un sourire « émail-diamant » (pour les gentils) soit des trognes patibulaires et grognant (pour les méchants). Si les écrits de Vian sont souvent marqués par leur aspect érotique, Ignacio Noé est en terrain connu, lui qui excelle dans l’exercice avec sa carrière commencée dans les histoires d’humour très chaudes.

Si les planches sont globalement assez agréables (on passera sur des arrière-plans ébauchés avec des techniques numériques un peu faciles…), l’histoire se perd progressivement du fait d’une pagination obèse pour un tel projet. La première moitié (soit l’équivalent d’un album) se laisse lire avec plaisir pour peu qu’on entre dans la parodie appuyée. Mais une fois l’enquête en mode club des cinq aboutie, on se perd dans des longueurs qui insistent sur des traits des personnages déjà bien compris, des invraisemblances assez dommageables à la linéarité de l’intrigue et des successions de planches de nu et de sexe qui deviennent franchement lassantes avec des personnages exclusivement nus sur plus de trente pages. J’avais trouvé cela lourdingue sur le Conan de Gess, il en est de même ici. On pourra arguer le plaisir des yeux et que dans le deux cas on a affaire à des adaptations d’écrits pas très subtiles. Il reste qu’en tant qu’album de BD une pagination classique aurait permis de condenser ces scories (tiens, comme sur le premier!).Docteur Boris et Mister Sulli…Vian : la java des bombes graphiques –  Branchés Culture

La parodie est un art compliqué. Sur le récent Valhalla hotel ou sur Lastman ça passe assez bien. Ici on finit par douter du second degré. J’aime pourtant les histoires de savants fous et de SF déglinguée, pour peu quelles soient vues comme des loisirs à la lecture facile. Et on tuera tous les affreux adopte une structure trop longue et compliquée (avec ses césures en mode feuilleton) pour nous maintenir à flot. Dommage car en plus condensé l’ouvrage aurait beaucoup gagné.

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Voro #5: l’Armée de la Pierre de Feu, deuxième partie

Second tome du second cycle de la série écrite et dessinée par Janne Kukonnen. 102 pages, parution le 19/08/2020 aux éditions Casterman.

Voler encore, voler toujours

Dans le précédent tome, nous assistions au nouveau départ de Lilya jeune aspirante voleuse, et de son mentor Seamus, dans une nouvelle cité du royaume. Souhaitant repartir sur des bases plus saines auprès d’une nouvelle Guilde des Voleurs, les deux comparses ont accepté une mission encore plus périlleuse que celle qui les avait menés au secret des Trois Rois.

Alors que l’intrépide vaurienne s’échine à gagner ses galons de voleuse, sur les terres de la Tribu du Feu, la grande nouvelle s’est répandue: le Père Feu, Ithiel, a été tiré de son sommeil millénaire, par nulle autre que Lilya, et il est prêt à reprendre son cortège de conquête.

La guerre du Feu

Après nous avoir attaché à sa jeune voleuse, Janne Kukonnen augmente les enjeux en déployant le spectre d’une guerre dévastatrice, dans un univers désormais fort de 4 tomes de développement. Son trait est toujours aussi simple et efficace, mais il n’éclipse pas la qualité de l’intrigue, qui ne manque ici pas de rebondissements !

Nouveaux enjeux, nouveau Macguffin, anciens adversaires en quête de revanche, sont ici rassemblés pour nous montrer que Voro a encore de la ressource dans ce cinquième tome ! Mais, parbleu… le tome 6 est déjà sorti !

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L’oiseau rare #2: La grande Sarah

La BD!

BD de Cedric Simon, Eric Stalner et Florence Fantini.
Grand Angle (2021), 53 p., série en 2 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Ce second tome comprend un résumé de l’épisode précédent et un cahier graphique de cinq pages.

BD L'OISEAU RARE

Tibor emprisonné et les économies de la bande passées dans la paye de l’avocat, c’est tout le rêve d’Eugénie qui s’est envolé. Alors qu’arrive le défi lancé par la Grande Sarah, la jeune fille n’a pas dit son dernier mot…

Second volume très différent d’un premier qui réussissait plutôt bien sa description historique en parvenant avec difficulté à s’envoler. Ici on change de registre en délaissant la chronique sociale pour un scénario d’arnaque. Eugénie avait dit à la fin du tome un qu’elle allait « faire raquer » la grande Sarah et sa supériorité pédante, voici donc son plan assez subtilement présenté par le scénariste, suffisamment pour qu’on n’y voit que du feu. Par l’enchevêtrement de séquences qu’il ne lie pas, Cédric Simon parvient progressivement à mener son histoire comme un agencement de saynètes que la conclusion fera se rejoindre. Le risque de ces schémas est celui du Deus ex Machina, de la conclusion un peu facile, un peu fabriquée. Cependant les personnages sont suffisamment installés (tant dans l’écriture que graphiquement) pour nous détourner l’attention comme les pickpockets qu’ils sont, le temps que la magie fasse son effet.

L'Oiseau rare T2 : La grande Sarah (0), bd chez Bamboo de Simon, Stalner,  FantiniTout part donc de ce défi lancé par Sarah Bernhardt à Eugénie, qu’elle va relever haut la main. La déception va pourtant être de mise lorsqu’elle réalise que c’est comme boniche du théâtre de l’actrice que la truande est embauchée. Alors qu’elle cherche des informations sur l’incendie de l’Oiseau rare, Constantin s’éloigne de l’équipe pour mener ses petites magouilles. L’histoire va donc alterner entre l’itinéraire de ce dernier et celui d’Eugénie.

Sans grande tension, l’intrigue se suit néanmoins avec plaisir, progressivement, à l’image du dessin d’Eric Stalner, fidèle à lui-même, croquant de superbes gueules pas toujours très différenciées mais magnifiquement encrées et réhaussées par une très jolie colorisation de Florence Fantini. La rupture entre les deux tomes et la grande différence de style ne permet pas de créer une continuité qui puisse tirer parti de la place laissée par le format en diptyque. Du coup on a le sentiment de lire deux épisodes séparés d’une même série avec un petit manque de souffle. Mais globalement il n’y a pas grand chose à redire sur les qualités intrinsèques de cet album bien dessiné, bien construit et aux dialogues plutôt efficaces. L’Oiseau rare se conclut comme une petite histoire très bien réalisée qui comblera les amateurs de Stalner et des chroniques historiques à la mode Glénat.

BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #131

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.
 

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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3. Que vais-je lire ensuite ?

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Salut à tous et bienvenue sur une nouvelle semaine sur l’Etagère!

Deuxième semaine de janvier a peu près parfaite et je n’attendais pas de si bonnes lectures! Valhalla Hotel est un coup de cœur immédiat dans la veine de Ramirez, qui permet de très bien commencer l’année, le dernier album de la série Boris Vian de Morvan est en revanche à l’aune des autres volumes, un peu décevant. Côté manga j’ai fait un petit marathon Atelier des sorciers après ma découverte du premier tome cet été et c’est un enchantement!
A venir beaucoup de nouveautés avec la suite d’une très bonne surprise de l’an dernier chez Ankama par un scénariste qui a le vent en poupe. Je vais enchaîner sur (déjà) le second Robilar, la série sur le chat botté et la suite des 5 terres après mon premier billet enthousiaste.
Pour le reste je me laisse le temps sans pression avec pas mal d’emprunts médiathèque notamment sur mon objectif de cette année, la découverte des grands mangaka Naoki Urasawa et Inio Asano, sur les conseils avisés des copain blogueurs manga. Avec des paginations pas trop volumineuses sur ma PAL je devrais pouvoir aussi baisser un peu celle-ci.
 
Et vous? bien commencé l’année? Déjà des découvertes ou vous travaillez le foncier comme disent les sportifs?

Portez-vous bien et bonne semaine!


Rappel des billets de la semaine dernière:

Semaine de fou avec presque que des cartons!

  • Mardi:

Dahaka poursuit sur l’excellentissime série d’espionnage

  • Mercredi:

Énorme coup de cœur dans la veine de Ramirez!

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  • Jeudi:

Dahaka poursuit la version au féminin de Thor par Jason Aaron

  • Vendredi:

Conclusion de ce très bon diptyque inspiré par Oz et le pays des Merveilles.

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  • Samedi:

Grosse déception que ce premier tome de l’adaptation d’un classique de la SF par le vétéran JD Morvan…

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  • Dimanche:

Surprenant projet webcomics en trois volumes sous la forme d’une grandiose saga intergalactique sur fonds de cosmogonie. A découvrir!

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****·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #1

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2020 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

La série est prévue en trois volumes. Le premier est achevé, le second vient de commencer sa publication sur le site. Trois dessinateurs différents sont prévus. Chaque volume comprend environ 90 doubles-pages soit environ 180 p. en équivalent album papier. L’interface de lecture est un site web dynamique professionnel permettant de naviguer dans des menus menant à un très touffu background. Sous les planches se trouvent des extraits du « Codex » détaillant à la fois l’univers de l’album et les très nombreuses références bibliques de la BD dans le contexte des pages. En lecture pleine page ces références disparaissent. A noter que la lecture sur tablette n’est pas forcément des plus simples puisque les planches étant présentées en double page il faut zoomer pour avoir une pleine page A4. Cela étant, la réactivité du site est très performante et hormis un petit ralentissement de la lecture cela n’est pas très dommageable. Un forum (pour l’instant a peu près vide) permet de discuter sur l’univers et il est possible de s’abonner pour recevoir des alertes sur les nouvelles mises en ligne.).

Sur le plan technique ce projet est le plus sophistiqué que j’ai pu lire depuis l’impressionnant Phallaina.

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Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

Les voies de l’éditions sont parfois impénétrables! A l’heure du numérique et du crowdfunding les vecteurs de publications pour de nouveaux projets semblent infinis, entre l’autoédition, le webcomic, la petite maison, le participatif,… et ce qui est le plus surprenant c’est que s’il y a quelques années c’étaient surtout les nouveaux venus qui utilisaient les vecteurs alternatifs, aujourd’hui il n’est pas rare de voir un Frank Cho ou un Sean Murphy passer directement par la case autofinancement… La fin des Irin est ainsi un projet tout à fait professionnel mis en place semble-t-il avec l’appui d’une société de web-développement, d’abord en langue anglaise et décliné en français.

CaptureLe dessinateur du premier volume, Wouter Gort, est un concept designer hollandais, ce qui apporte énormément à l’aspect technologique, principale réussite de cet album. L’entrée en matière impressionne, avec ce prologue hargneux, radical, dressant dès les premières planches l’interaction entre antiquité flamboyante et païenne faite de sang, d’or et de sexe avec de la haute technologie au design excitant! La qualité générale (très numérique) est digne des plus grandes productions et je serais bien surpris de voir quel éditeur sera chargé de porter l’édition papier de ce qui est au moins une réussite graphique indéniable. Dans un style utilisant une technique de colorisation très contrastée issue de l’Animation, Gort propose un monde d’un réalisme saisissant, que ce soit sur Terre, aujourd’hui, avant ou ailleurs. L’intrigue utilise le concept des anciens aliens qui a déjà été vue sur des films tels que Jupiter ascending des sœurs Wachowski mais aussi Prometheus de Ridley Scott ou Stargate. L’idée de donner une origine extra-terrestre à nos dieux n’est donc pas nouvelle (le mythe de Cthulhu n’utilise t’il pas aussi cette formule?) mais c’est la première fois que je vois un background aussi costaud développé pour lier de façon la plus réaliste possible les sources anciennes (textes juridiques réels, évènements historiques, extrapolations scientifiques,…) et nos fondements mythologiques. Par mythologie il faut comprendre les fondements du monothéisme puisque, remontant très logiquement à la source liant les plus anciennes connaissances historiques en matière de cosmogonie en Mésopotamie et la construction du dieu Yahweh, les auteurs visent à brouiller les pistes à la manière d’un Christophe Bec. A ce titre je conseille vivement de consulter au fur et à mesure les « aides de lecture » du Codex du site qui approfondissent fortement une intrigue à la construction parfois obscure du fait de sauts temporels avec des personnages vivant plusieurs siècles.

CaptureLes idées techno-scientifiques expliquant les capacités « divines » de ces êtres sont très bien vues et alléchantes bien qu’à la fin du premier tome on reste encore un peu dans le brouillard. Comme souvent l’illusion de la place disponible pour développer le récit faut tomber dans des à-côtés qui brouillent un peu la lecture déjà complexe avec des intrigues secondaires qui paraissent à ce stade un peu inutiles (mais vue l’ampleur du projet on ne demande qu’à être détrompé). La narration à plusieurs personnages, avec voix-off et sans précisions lors de changement d’époque ou d’endroit demande une certaine concentration, heureusement allégée par une très grande lisibilité des planches, très lumineuses et aux panorama grandioses. On comprend ainsi à la fin du premier volume que l’on va suivre la descendante de Yahweh de nos jours après ce long prologue, avec une revanche prévisible contre la domination du tout puissant Baal. La bonne idée des auteurs est de laisser un certain mystère sur la forme démoniaque de Baal et son fils Marduk (dont la mort déclenche tout) alors que tous les autres personnages sont anthropomorphes. On imagine que la technologie génétique et médicale de cette civilisation est capable de prouesses mais cela permet surtout de maintenir une certaine appétence pour le fantastique, pourtant absent de ces premières deux-cent pages.

Aucune description de photo disponible.On ressort de la lecture de cette longue introduction à la fois fortement attiré par un graphisme clairement bluffant, des thématiques très inspirées, et troublé par une narration parfois un peu laborieuse en oubliant de nous aider à suivre les fils compliqués tracés dans le temps et l’espace. Mais ce n’est pas pire que du Bec (pour reprendre la référence) et au moins aussi intéressant. Reste que le changement de dessinateur, s’il maintient un niveau de qualité très élevé, peut troubler. On attend donc de passer la seconde avec une héroïne née à la toute fin du premier opus, dans un univers et une histoire à la fois simple et à très haut potentiel. L’ambition est clairement là et les moyens semblent avoir été trouvés pour proposer une grande saga de space-opera aussi technique qu’intellectuelle.

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La Geste des princes-démons#1: le prince des étoiles

La BD!
BD de JD. Morvan, Paolo Traisic et Fabio Marinacci (coul).
Glénat (2020), série en cours, 55p./album

D’après les romans de Jack Vance.

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Kirth Gersen a vu ses parents disparaître dans la fureur d’une attaque de l’armée du terrible Attel Malagate. Résolu à se venger, il a forgé son corps et son esprit dans l’unique but d’éliminer le pirate sanguinaire qui a ruiné sa vie. Pour cela il devra parcourir la galaxie sur la piste des plus terribles criminels, ceux qu’on appelle les princes-démons…

Le projet avait tout pour allécher l’amoureux de Science-fiction que je suis! L’adaptation d’un des maîtres de la littérature SF par Jean-David Morvan, le très éclectique scénariste et directeur de collection (Conan c’est lui) avec aux crayons un jeune italien aux visions proches du gothique Sloane , une couverture inspirée par Druillet autant que Matteo Scalera, tout semblait destiné à assouvir les envies de space-opéra coloré et épique. Une intrigue simple tournée vers l’action, un héros-assassin, bref, le feuilletage en librairie m’a immédiatement convaincu…

Las, cette lecture est clairement une des grosses déceptions de ces derniers mois! Les dessins n’y sont pour rien puisque Paolo Traisci réussit parfaitement une partition attendue tant dans la dynamique que dans le design général. Citons tout de même le rôle loin d’être mineur du coloriste Fabio Marinacci dont on se demande par moments si ce n’est pas lui la véritable star graphique de l’ouvrage tant en quelques panorama spatiaux il arrive à nous projeter dans cet « Au-delà » empli d’aventures et de mystères. La seule séquence introductive arrive à nous accrocher par sa simplicité, sa rage et la pertinence des designs technologiques.

Le soucis est donc clairement à rechercher du côté d’un scénario hautement laborieux. Ainsi une fois l’introduction passée on se retrouve avec une pseudo enquête pour retrouver le grand méchant, sans que le pourtant chevronné Morvan ne s’embête à nous installer une ambiance, un fil à dérouler. On nous balance au beau milieu d’une situation qu’on ne comprend pas et on poursuit un héros que l’on n’a pas pris le temps d’apprécier faute d’acte de bravoure. On reste ainsi tout à fait extérieur à une intrigue que le scénariste semble tracer en oubliant son lecteur. Et ce ne sont malheureusement pas ces quelques visions grandioses qui suffisent, non plus qu’un humour pas très percutant et des méchants qui débarquent comme un cheveu sur la soupe. Scénario de débutant par un des plus réputés scénaristes du grand éditeur Glénat, personnellement je passe difficilement l’éponge de ce gros raté. Il est toujours temps de rectifier le tir mais on termine ce lancement avec la très désagréable impression d’un projet commercial sur lequel l’auteur n’aura pas pris le temps de réviser ses gammes…

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Après l’enfer #2: le bayou d’oz

La BD!
BD de Damien Marie et Fabrice Meddour
Bamboo (2020), 56 p., série en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo-Grand Angle pour leur confiance.

L’album s’ouvre sur un résumé de l’épisode précédent et se conclut sur un passionnant cahier documentaire et graphique de 8 pages précisant les références et le contexte de la série et la réalisation graphique. Une édition aux petits oignons qui mérite à Calvin.

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En pénétrant dans le Bayou, Alice et Dorothy entrent dans un autre monde, obscure, peuplé d’êtres décharnés et d’animaux sauvages, l’univers du vaudou où s’affrontent les hommes de la reine de cœur et ceux de la Mambo Glinda, un refuge pour les noirs comme pour les adeptes du Klan. Là, la jeune Alice va se découvrir un pouvoir capable de retourner les dominations, pour peu qu’elle arrive à apaiser ses démons intérieurs…

Après un premier album très psychologique qui proposait une vision graphique très monochrome visant à rendre une ambiance de fin du monde assez dépressive, ce second et dernier est assez différent en ce qu’il change de style en changeant d’environnement. La petite fille apeurée devient centrale dans cette relation avec le Chapelier (qu’on imagine son violeur) et l’itinéraire magique va faire d’elle la véritable héroïne de l’histoire. Les auteurs voulaient aborder la thématique du Vaudou, très intéressante dans cette période de libération des esclaves et de reconstitution de mondes séparés, la société tribale et magique du Bayou, l’armée blanche du Klan d’un autre côté. Cette immiscion de la magie permet d’aborder le monde des esprits, des Loa, à même de résoudre le trauma des protagonistes.

Capture d’écran du 2021-01-10 10-23-05La structure de l’album est bien plus simple en ce qu’elle reprend la chasse invisible dans un labyrinthe où Dorothy et ses protecteurs ne voient rien venir. Damien Marie (qui a proposé dernièrement le très bon 300 grammes) utilise sa culture cinématographique pour citer des références inattendues mais qui font mouche. Cette base référentielle plus axée sur la culture populaire que sur l’histoire ou le cinéma classique permet d’entrer dans ce qui pourrait à première vue ressembler à un patchwork casse-gueule. Associer en effet Le magicien d’Oz, Alice au pays des merveilles, Alien et Apocalypse now pourrait sembler très aventureux. Or ça fonctionne et avec une grande lisibilité du scénario et une relative simplicité des schémas narratifs on se passionne pour nos deux héroïnes.

Un peu moins inspiré graphiquement que le premier volume même si l’affinage de la technique d’encrage améliore la qualité générale, Le bayou d’Oz conclue logiquement et de manière tout à fait maîtrisée un projet très ambitieux  sur la résilience et la liberté individuelle. Un diptyque inattendu qui confirme un scénariste à suivre après cet excellent diptyque.

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Valhalla hotel #1: bite the bullet

La BD!
BD de Pat Perna et Fabien Bedouel
Comixburo – Glénat (2021), 54 p., série prévue en trois tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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Flatstone est une charmante bourgade américaine, perdue au milieu du désert et résidence d’adoption d’une étonnante communauté germanique. Des allemands blonds, très blonds… Malencontreusement victimes d’un pépin mécanique en route pour une qualification de Tennis de table, Lemmy et son très bavard coach Malone vont découvrir les joies de l’Amérique profonde et que finalement… on trouve toujours plus con que soi!

Ma découverte de Fabien Bedouel remonte à l’intégrale de Forçats, magnifique histoire sur le combat d’Albert Londres pour en finir avec le système du Bagne. Ce projet était réalisé par le duo désormais inséparable composé d’un dessinateur formé à l’ENSAD (Bedouel) et un journaliste (Perna). Les deux ont continué dans le sérieux avec la trilogie Darnand, toujours aussi dynamique bien qu’un peu compliquée dans sa structure… avant d’aller en récré avec ce bon gros délire et classique immédiat! La technique de Bedouel est donc connue, attendue et au rendez-vous. Sur ce plan ça claque comme une balle ou un coup de pelle. On imagine les envies du duo (sur une idée de Bedouel) qui nous plonge en plein vidéoclub pourri dans la droite ligne de Il faut flinguer Ramirez, du film U-turn ou Lastman. On parle de bagnoles tunées, de grosses pétoires, de flics moustachus, de sexe (un peu) et de yodles . Vous ne voyez pas le rapport? C’est normal, il n’y en a pas! Les auteurs ont juste voulu s’éclater avec une histoire totalement WTF sur une base de film d’horreur: deux débiles se retrouvent bloqués au fin fond du trou du cul des Etats-Unis avec des gens aux mœurs pas très normales. Appuyez sur « ON » et c’est parti pour un festival de dialogues à la con diablement drôles, de pneus qui crissent sans qu’on sache trop pourquoi et de lance-roquette débarqué de nulle part. C’est un poil moins n’imp que du Sanlaville mais surtout c’est foutrement bien maîtrisé! Un peu comme quand on compare le pitch de Pulp fiction et votre cerveau à la fin du film. Tout est dans la mise en scène et sur ce plan on à juste un des meilleurs albums du genre qui ait été produit!

Vous me sentez un peu trop enthousiaste pour être honnête, avec en plus ce méchant macaron « service presse » qui habille l’article? C’est comme vous voulez mais de toute façon si comme moi vous aimez les BD d’action à l’humour débile et à la mise en scène digne d’Akira (bon, Akira c’est pas WTF mais la technique de Bedouel rappelle clairement celle d’Otomo sans fausse modestie) vous ne pouvez pas être complètement intello (sinon effectivement il vaut peut-être mieux passer votre chemin…)! 

Le Comixburo publie peu, pas toujours des chefs d’œuvres, mais on sent la présence d’un certain Olivier Vatine derrière l’épaule des auteurs, avec cette patte du producteur invisible qui huile la mécanique. La série (qui a le grand mérite d’annoncer la tomaison en trois volumes, au-delà cela aurait été déraisonnable!) sera inévitablement comparée à Ramirez du tout aussi fou Nicolas Petrimaux. Plus précis techniquement que ce dernier, Bedouel se raccroche surtout à toute une sous-culture US fantasmée par des européens, qui n’a pas attendu Ramirez pour exister. Beaucoup l’ont tenté, des très bons, peu ont aussi bien réussi. Il y a Petrimaux donc, ‘Fane,… et c’est à peu près tout. Bedouel et Perna entrent donc immédiatement dans ce cercle très fermé avec une pétarade et un riff de Mötorhead. D’un gout douteux, mais qu’est-ce que c’est bien!

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BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #130

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.
 

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

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La Fin des Irin – V1 : quand la SF s'empare des Hébreux [Critique] couv_363089couv_376793

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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3. Que vais-je lire ensuite ?

couv_411260couv_413272Couverture de Kamarades -INT- L'intégrale

 

Salut à tous et bienvenue pour le premier C’est lundi sur l’Etagère!

Ce début d’année est inhabituellement animé sur le plan des publications car malgré l’absence d’Angoulême (reporté pour sa partie physique au mois de juin) les différents reports de l’an dernier aboutissent déjà un un engorgement des sorties… De mon côté j’ai profité d’une relative accalmie du début janvier pour reprendre enfin et enchaîner la magistrale série L’atelier des sorciers, d’un univers passionnant et qui est sans hésitation l’un des meilleurs dessins qu’il m’ait été donné de voir en manga depuis toujours! Je vous en reparle très vite dans un billet sur les tomes 2 à 7.
Avant d’enchaîner sur les premiers SP de l’année j’ai pris le temps de lire le premier volume de l’impressionnante saga SF la fin des Irin en webcomics dont je vous parle ce dimanche.
Cette semaine deux nouveautés avec l’excellente conclusion d’Après l’enfer et celle du dernier Stalner LOiseau rare. J’enchaînerai ensuite sur le dernier Boris Vian chez Glénat et la nouvelle série d’un de mon duo fétiche ces derniers temps, Valhallah hotel de Perna et Bedouel. Enfin je vais essayer de me lire une série sur les Romanov que j’ai emprunté… avant le premier confinement…
 
Et vous? L’année a bien commencé? Déjà des plans de lecture… sur 2021?

Portez-vous bien et bonne semaine!


Rappel des billets de la semaine dernière:

L’union fait la force cette semaine! Pas mal de sorties récentes et pas de gros risques puisqu’on était sur des blockbusters au succès presque garanti…

  • Mardi:

Dahaka a débuté l’année avec une valeur sure, les nouveaux Avengers dans une partition graphique assez impressionnante…

  • Mercredi:

Le retour du duo de Tao Bang pour une très sympathique intro d’un concurrent aux 5 terres

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  • Jeudi:

Une série très agréable que les aventures de ces revendeurs de drogue-cendre…

  • Vendredi:

Nos vieux préférés partent pour la Guyane en mode écolo…

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  • Samedi:

Asa Asada est une fille fantastique et le dernier Urasawa est une lecture obligée!

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  • Dimanche:

Retour de la jeunesse hier avec une très jolie adaptation de Mourlevat qui adapte lui-même le petit poucet…

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Les vieux Fourneaux #6: l’oreille bouchée

La BD!
BD de Wilfried Lupano et Paul Cauuet
Dargaud (2020), série en cours, 54p./album.
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Ça sent le pâté pour l’association Ni yeux ni maître qui est sous la menace d’une expulsion après le décès de Fanfan. Alors que Pierrot rumine comme jamais, Antoine lui rappelle qu’ils embarquent prochainement pour la Guyane sur l’invitation mystérieuse de Mimile, jamais à court de surprises…

Les vieux fourneaux ce sont les papy adorés de tous les lecteurs de BD. Avec des hauts, des bas, et surtout un plaisir jamais perdu de les retrouver, leurs tronches sous les pinceaux très efficaces de Paul Cauuet et surtout la gouaille sans équivalent de Wilfried Lupano. Alors bien sur à l’approche de ce déjà sixième volume l’on sent poindre le risque de l’enlisement dans une routine commerciale… Ce serait mal connaître le scénariste, anticapitaliste affirmé et un des auteurs les plus politiques du circuit, qui ne loupe pas une occasion de nous parler de l’actualité sociale et écologique dans ses péripéties grabataires. Ici les aventures guyanaises des anciens nous rappellent le scandale (en cours!!) du projet de « Montagne d’or », énorme projet de mine à ciel ouvert au cœur de la forêt guyanaise et de luttes juridiques entre opposants écologistes, financiers et État français qui ne cesse de botter en touche pour ne pas froisser les investisseurs sans contredire ses engagements écologiques.

Les Vieux Fourneaux tome 6, vacances militantesContrairement aux commentaires trouvés sur les sites et réseaux j’ai retrouvé le même plaisir que précédemment sur ce tome, qui est dans la ligne du précédent et donc plutôt mieux que les premiers, du fait de l’abandon des affaires familiales. On peut depuis quelques volumes avancer en one-shot sans soucis de narration longue et le talent des deux auteurs est toujours présents sans que l’on ressente des ficelles éculées. Les histoires des trois gus permettent facilement de sortir de nouveaux lapins du chapeau, de nouveaux personnages et de nouveaux secrets qui densifient une histoire construite pour aborder le sujet écologique majeur. La série n’a jamais été conçue comme un James Bond et la dénonciation des abus de notre monde a toujours été l’objectif claire de Lupano. Personnellement j’adore ces BD impliquées qui assument de mettre du fonds dans le loisir et les Vieux fourneaux sont en cela toujours une excellente série, avec un humour qui fait encore mouche! Au suivant…

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