BD·Nouveau !·Rapidos·Rétro

BD en vrac #2

La croisade des innocents (Cruchaudet)

Croisade des Innocents

Chloé Cruchaudet est une autrice tout en sensibilité qui est parvenue par ses précédents albums à nous parler de sujets très originaux avec beaucoup d’imagination graphique et scénaristique (je pense à Mauvais genre et Groenland-Manhattan), avec une technique mixte traditionnel-numérique. Assez conquis par cette artiste je me suis lancé dans son dernier album… qui m’a beaucoup surpris par con côté sombre. D’abord par le thème, celui d’enfants malmenés par la vie rude du Moyen-Age, entre imaginaire juvénile et impossibilité de rester enfant bien longtemps face aux exigences de la vie. Ensuite par le parti-pris graphique, un lavis gris, quasi monochrome qui nous fait plonger dans une sorte d’hiver sans fin. L’album qui nous relate la croisade des enfants est découpé en quatre saisons mais ce récit de voyage paraît ne s’enfoncer que vers le crépuscule. Je ne sais si l’album reflète l’état d’âme de Cruchaudet lors de sa réalisation mais je trouve dommage que son talent et sa capacité visuelle soit aussi ternie. Sur Mauvais genre, album très gris également, des touches vives venaient renforcer la partie graphique, ce que nous n’avons pas ici. Bref, le sujet pourra intéresser mais visuellement elle aura fait mieux.

 

Harmony #4 (Reyes)

Couverture de Harmony -4- Omen

J’avais fait une chronique l’an dernier lors de ma découverte de cette série. Omen (ce tome 4) démarre le second cycle (prévu en trois tomes donc) de cette série qui mine de rien est en train de construire son chemin vers la gloire en parvenant à synthétiser originalement le thème mutant, celui de l’enfance et celui des civilisations disparues. On parle encore très peu de ce dernier élément mais la mise et scène et la progression scénaristique et dramatique sont toujours aussi plaisantes. Harmony commence à prendre de l’autorité et l’on découvre que les personnes « douées » sont nombreuses et organisées…

Si le premier cycle portait sur l’éveil des enfants dotés de pouvoirs, le second semble parti sur l’émergence du grand méchant aperçu au tout début de la série. Reynes sait nous rappeler les bribes de mythologie par quelques planches très didactiques et pas redondantes et le ressort conspirationniste est toujours présent, à mon grand plaisir. Un seul regret, que la série n’avance pas plus rapidement (et des couvertures pas forcément très réussies)! Un excellent tome dans une excellente série qui plaira autant aux jeunes qu’aux lecteurs chevronnés. J’ai hâte de lire la suite!

 

Destruction Eve – Freak’s Squeele Funerailles #4 ( Maudoux)

La série Funerailles est découpée en triptyques dont le second commence avec cette flamboyante couverture absolument sublime! Certainement la plus belle illustration produite par Florent Maudoux et l’une des plus belles couverture de BD qu’il m’ait été donné de voir… L’intérieur est au niveau des autres albums de la série, dans des tons plus clairs, jaune-orangé qui répondent aux cheveux de la rouquine qui dirige la XIII° légion de Rem. Marquant une rupture pendant les 2/3 de l’album, en mode « origine story », Destruction Eve nous narre l’histoire de ce personnage inspiré par le manga Lady Oscar (que les quarantenaires connaissent…) dans une visée résolument féministe comme nous y a habitué l’auteur. Cela permet une respiration en même temps que de pouvoir connaître l’histoire de ce conflit nationaliste entre Namor et Rem du côté de la première. Pas bien plus glorieux au final que le prisme de Rem mais cette rouquine amoureuse des chevaux est assez sympathique et donne une sacrée consistance à ce qui n’était qu’un personnage secondaire jusqu’ici. Le scénario rejoint le tome 3 en nous donnant une autre version du destin de la XIII° légion et réunit les personnages en laissant toujours étrangement le personnage éponyme de la série de côté. Pour une cycle 3? Si l’on devait classer les très bons albums de cette excellente série je dirais que celui-ci tient le haut avec une plus grande clarté visuelle et narrative tout en continuant à présenter des thèmes originaux et une galerie de personnages et un univers incroyablement fouillé. Maudoux a été rôliste dans une autre vie et cela se voit (comme les auteurs du brillant Servitude, tiens tiens est-ce que ça aiderait à construire des contextes scénaristiques?) tant son monde est détaillé et le principal risque est qu’il s’y perde en oubliant son histoire.  Pour l’instant il tient la bride brillamment!

Le sang des cerises -journal #4 (Bourgeon)

Passagers du vent 08. Le sang des cerises. Journal 4/4Je clôture enfin ma chronique des quatre épisodes du Sang des cerises, le dernier album de François Bourgeon, qui s’inscrit dans la série des Passagers du Vent. Je ne détaillerais pas les pages BD, toujours aussi détaillées, permettant à l’auteur de dessiner Paris, les Halles et cabarets mais surtout les trognes et les filles qui chantent dans les troquets. Le réalisme des visages est toujours aussi impressionnant et le dessin de Bourgeon a fait un saut que l’on n’imaginait pas.

L’historien Michel Thiebaut qui suit Bourgeon depuis les Compagnons du Crépuscule et a publié plusieurs ouvrages sur l’œuvre de l’auteur nous livre dans ce dernier épisode un récit des années charnières qui aboutissent en 1879 à la victoire électorale des républicains sur le président Mac Mahon et le parti monarchiste réactionnaire, marquant selon l’historien une étape aussi importante pour l’histoire de la République que 1789… Une interview de Bourgeon nous replace le contexte des personnalités artistiques de Montmartre et l’approche qu’en a eu l’auteur dans l’interaction avec ses héroïnes. Encore une fois, la lecture des bonus est un régal pour tout amateur d’histoire. Pour finir… j’ai craqué et acheté l’album en version couleur (qui comporte donc le fameux lexique final de traduction du breton et de l’argot) et je dois dire que si les grandes planches n&b se savourent pleinement, la colorisation de François Bourgeon est superbe et enrichit ses dessins de moultes détails. Les deux sont indispensables…

Publicités
BD·Mercredi BD·Rétro

Cowboys on horses without wings

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #3
BD de Florent Maudoux
Ankama (2016), 81 p. 5 volumes parus.

Couv_291301

Rien à redire sur la thématique graphique des couleurs, la maquette, tout est formidable, soigné, maîtrisé par l’auteur qui se fait toujours autant plaisir à proposer de beaux objets. En fin d’album un cahier revenant sur les inspirations de la série est proposé, qui éclairera les lecteurs en manque de références. Je noterais simplement à l’usage que finalement le format comics est un peu étroit pour la force des encrages de Maudoux (surtout avec les fonds de page noirs) et qu’Ankama pourrait envisager une fois la série terminée des versions grand format. Ce tome marque la fin du premier arc (sur trois à priori) « Shonen » et est suivi d’un arc « Shojo« .

La guerre civile se met en place, entre Psamatée de la Mantis qui a pris le contrôle du clan de l’Araignée et du Conseil et une résistance qui voit en Pretorius l’héritier de son père, seul à même de redonner la vertu à la république de Rem. L’armée se trouve au cœur de ce conflit à venir et les allégeances se révèlent alors que les deux frères se retrouvent enfin…

Résultat de recherche d'images pour "funerailles maudoux tome 3 cowboys"Funerailles est une série particulière, à la fois grand public et très personnelle, reflet d’un auteur qui mets ses tripes, ses passions, ses réflexions dans des albums parfois risqués. C’est sans doute la seule raison pour laquelle un auteur d’un tel niveau graphique n’apparaît pas dans les top des ventes de BD. Pourtant, si Freak’s Squeele était destiné à un public Young Adult et gavé de références télé qui pouvait restreindre l’audience, sa série dérivée a tout du blockbuster: un socle mythologique romain, une guerre, des conspiration, des nichons et un zeste de fantastique,…

Cet album marque une accélération dans l’intrigue avec la résolution de quelques drames installés au premier volume. La famille du héros Spartacus est réunie et rentre en clandestinité pour contrer la menace qui menace les fondations de la République. Résultat de recherche d'images pour "funerailles maudoux tome 3"Le concept de cyclopes est révélé aux lecteurs de même que le fonctionnement des armures directement issues du manga Saint-Seya (référence totalement assumée et détaillée dans le cahier annexe). C’est d’ailleurs l’utilisation non filtrée de ses références par Florent Maudoux qui peut le plus perturber: si la majorité des auteurs digèrent leur culture personnelle pour la réutiliser plus ou moins à bon escient, ici le dessinateur assume sa Bible sans fard, il transpose les chevaliers et leurs armures dans son univers, il insère très explicitement la République romaine dans un univers techno-fantasy et agence sans complexe des armées de dark fantasy, de la technologie rétro-futuriste et l’esprit de caserne des films sur le Vietnam. Cela ajouté à des personnages toujours du côté des Freaks (bien plus que dans la série mère où ce terme s’appliquait plus à des super-héros) et un refus des canons esthétiques  classiques (même si la mère et le fils sont des incarnations de l’idéal physique), ce qui sort du shaker est une création qui ne ressemble à nulle autre.

L’aspect sombre (très sombre) des thématiques mais aussi du graphisme est également un parti pris. Les planches sont bien plus poussées que dans Freak’s Squeele avec une gestion de la colorisation et de différentes techniques impressionnante. Maudoux est seul maître à bord et se laisse aller à des expérimentations comme ces séquences de combats de gladiateurs où les cases basculent en noir et blanc tramé (rappel des inspirations manga de son style), rupture visuelle totale et réussie. Résultat de recherche d'images pour "funerailles maudoux tome 3"Le design de l’univers est plein de goût et les maisons seigneuriales issues de l’univers des insectes. C’est glauque à souhait mais diablement esthétique.

Ce troisième volume n’est ni plus ni moins réussi que les autres, simplement il semble adopter une trame scénaristique plus linéaire, ce qui fluidifie la lecture et permet de se concentrer sur les détails des dessins. Mon grand regret est (je l’ai dit en préambule) que le dessin est trop détaillé pour un tel format et que l’on doit se rapprocher des pages en pleine lumière (ne faites pas l’erreur de lire dans la pénombre, vous rateriez beaucoup) pour apprécier le talent de l’auteur. Mais si vous aimez les dessins encrés, les filles sexy, l’action virile et les combats en armures magiques, les conspirations entre familles nobles… qu’attendez-vous, vous n’en êtes encore qu’au tome 3?

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

Comics·East & West·Rétro

All-New X-men #1-3

esat-west

Comic de Brian Bendis et Stuart Immonen, David Marquez et David Lafuente
Panini (2014-2015)/ Marvel (2013), Série de 8 volumes, terminée.

Couverture de All-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -1- X-Men d'hierCouverture de All-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -2- Choisis ton campCouverture de All-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -3- X-Men vs X-Men

Cet article porte sur les trois premiers tomes de All-New X-men, le « relaunch » de sa série par Marvel en 2013, qui s’est accordé pour l’occasion une énorme brochette de talents: Stuart Immonen puis Mahmud Asrar, Frank Cho, Esad Ribic, Sara Pichelli,… excusez du peu! Accompagnés par des encreurs monstrueux, cette série me fait découvrir Stuart Immonen dont je n’avais rien lu et qui devient instantanément mon nouveau chouchou comics depuis Esad Ribic.

Résultat de recherche d'images pour "all new x men immonen"Le monde des mutants a changé. Rendu fou par la Force Phénix , Cyclope a tué le professeur Xavier et entamé une nouvelle carrière de « méchant » en s’alliant avec Magnéto afin de rendre leur dignité aux mutants. Terrassé par ce nouveau contexte, Hank MacCoy, « la bête » retourne dans le passé pour demander de l’aide aux jeunes X-men. Le fait d’accepter sa proposition va envoyer Cyclope, Jean Grey et leurs amis dans un maelstrom de questionnements identitaires sur leurs pouvoirs, le bien, le mal et comment choisir ce qui est le mieux pour tous…

Avant de commencer, très distant des chronologies Marvel et DC, je n’ai absolument aucune idée du lien temporel entre cette série sortie en 2013 et celle dessinée par Humberto Ramos (et chroniquée ici) et dont certains personnages qui semblaient nouveaux apparaissent bien chez Stuart Immonen et Brian Bendis… Ceci étant dit, je suis tombé fou dingue du trait du canadien Stuart Immonen dont le style m’indique ce que produirait Olivier Vatine s’il exerçait dans une industrie aussi exigeante que les comics. Il y a une réelle proximité entre les deux dessinateurs dont les encrages et la gestion des ombres sont à tomber. C’est bien simple, sur les trois volumes parcourus c’est un sans faute et chaque case inspire une telle maîtrise et expression que l’on en oublierait presque de se concentrer sur les dialogues et le scénario… très verbeux!

Résultat de recherche d'images pour "all new x men immonen"Il va sans dire que dans un scénario de BD de super-héros (qui plus est dans un relaunch, impliquant une dimension créative assez limitée) le dessin facilite grandement la perméabilité du lecteur aux thèmes du scénariste. Brian Bendis en scénariste chevronné maîtrise son sujet en alternant le récit autour de trois groupes: les X-men adultes, les jeunes X-men en tenue originale jaune et une bande de renégats autour de Mystic. La série porte sur les effets psychologiques (et dans le contrôle de leurs pouvoirs) sur les jeunes X-Men confrontés à la perte du Père, le professeur Xavier. Le plus intéressant est le traitement donné à Cyclope qui n’est pas présenté comme un méchant mais plutôt comme un héros mature et dérangé par son acte  mais qui semble souhaiter réellement le bien de tous. Au passage la réinvention graphique de Cyclope est absolument magique, les deux auteurs se faisant plaisir en lui procurant des costumes tous plus inventifs les uns que les autres.Résultat de recherche d'images pour "all new xmen immonen tome 2"

Ce run a le gros avantage de ne pas trop perdre le lecteur « débutant » en se concentrant sur les premiers X-men… que l’on trouve également dans les films (première série et deuxième série) ce qui permet de toucher un relativement grand public. Bien sur les références aux différents événements passés (la mort de Xavier, la Force Phénix, le génocide mutant) complexifient un peu la trame mais c’est présenté de manière didactique comme un simple « hors champ » qui densifie l’univers sans donner l’impression d’avoir raté un épisode. L’irruption des Uncanny Avengers donne très envie de voir ce crossover des deux franchises au cinéma et la qualité du dessin permet de profiter pleinement de la BD sans en faire un simple argument commercial pour donner des billets au Marvel Studio.

Ce run sublimement dessiné (je vais de suite me lire le reste de la biblio de Stuart Immonen!) profite d’une mise en scène (découpage, utilisation des voix entendues par Jean Grey) et de dialogues drôles autour d’une trame simple qui permet de se focaliser sur ce qui fait la force des séries X-men: les relations entre personnages. Assez peu d’action finalement et plus de réflexions intimistes sur l’identité de mutant et les incidences du voyage temporel sur la suite des événements. Comme sur la version d’Humberto Ramos, les perso et leurs pouvoirs tiennent le tout, et franchement ca donne envie de continuer la série…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml

 

 

BD·Nouveau !·Rapidos·Rétro

BD en vrac

Soucoupes

Joli objet aux couleurs douces et au regard tendre des auteurs sur un personnage, français moyen qui réagit le plus simplement du monde à l’arrivée des extra-terrestres. Il y a un peu du Tim Burton de Mars Attacks dans cette vision d’E.T. faits de scaphandres métalliques directement issus des visions kitsch de la SF des années 50. Sauf qu’ici les psychopathes criard laissent la place à de gentils observateurs ethnologues qui renvoient à ceux de Duval dans son Renaissance. Disquaire dépressif, le personnage principal est d’abord soupçonneux de ces gens étrangers puis entreprends de montrer la vie moyenne d’un humain moyen: les crises de couple, le sexe, la musique, l’art… On sent un esprit de court métrage animé dans ce petit album très vite lu et qui manque sans doute un peu de substance. Mais la lecture reste agréable, on sourit et profite de la jolie palette d’Obion qui maîtrise ses planches malgré un style désuet qui fait par moment penser à Colas Gutman, l’auteur de Chien pourri.

 

XIII , l’enquête : 2° partie

Cela fait 20 ans que la première partie de l’album spécial sous forme d’enquête journalistique autour des aventures de XIII est sorti. Vingt ans que les auteurs ont échoué à clôturer magistralement en 13 tomes une des saga les plus mythiques de la BD franco-belge. Je ne reviens pas sur les raisons commerciales qui ont poussé trop loin Jean Van Hamme. Pour beaucoup les aventures de XIII se sont arrêtées avec Rouge total, voir une poignée d’albums plus loin. Après un double album en forme de chant du cygne pour le prolifique scénariste belge (avec Jean Giraud en guest) l’Enquête restait en suspens. Entre temps un nouveau cycle avec nouveau scénariste et nouveau dessinateur a été adopté par une nouvelle génération de lecteurs. La question de la parution de cette seconde partie se pose donc. D’autant plus lorsque l’on lit ce qui ressemble plus à un recueil de notes perso du scénariste originel sur ses personnages pour ne pas s’y perdre. Les quelques planches de BD semblent hors sol, sans but. Les rappels biographiques des personnages de la série sont relativement mal écrits et inintéressants. Soit on a lu la saga et c’est inutile, soit on ne l’a pas lue et on  peut éventuellement avoir envie de la lire après cet album. On a ainsi la furieuse impression d’avoir droit à un dossier de presse payant, avec bien peu de matériau original, très peu d’illustrations nouvelles (surtout des vignettes prises dans les albums de la série) et aucun travail de mise en cohérence. Ce qui aurait pu être pensé comme un ultime cadeau un peu luxueux et nostalgique de maître Van Hamme à ses lecteurs échoue un peu piteusement, en ne parvenant même pas à lancer une éventuelle intrigue autour du journaliste. Au final je déconseille cet album à la plupart des lecteurs, hormis peut-être les fans hard-core qui voudront absolument rassembler les deux parties de l’Enquête…

 

Ceux qui restent

Couverture de Ceux qui restentCeux qui restent part du principe du « et si… », ce que les américains appellent l’elseworld ou encore l’envers du décors (que l’on trouvait dans le plutôt réussi Fairy Quest d’Umberto Ramos): que se passe-t’il pendant que les enfants aventuriers partent en volant, la nuit, vers les pays imaginaires, emportés par des créatures magiques? Pendant qu’ils vivent des aventures qui leur font oublier leurs parents, leur quotidien? Je dois dire que l’idée est assez géniale en ce qu’elle retourne totalement le concept de Peter Pan (et son interprétation psychanalytique) et s’intéressant aux parents et en faisant des enfants à la fois des monstres d’égoïsme et des victimes de leur crédulité. Car pendant leur absence les parents se morfondent, la police enquête sur la disparition et le temps s’écoule. La vie est infernale, l’attente d’autant plus dure que le regard des autres empli est de suspicion pour expliquer l’inexplicable. Et le retour, ponctuel mais régulier, de l’enfant en joie de raconter ses passionnantes aventures contraste avec la déprime qui gagne ceux qui restent…

Cet album est techniquement très réussi, son propos essentiellement en narration fait ressentir durement l’absence et l’épreuve de l’inconnu pour les parents. Le dessin à la fois simpliste et très maîtrisé, notamment dans les cadrages en plans larges et le découpage très aéré et horizontal, fait ressentir le temps qui passe, la pesanteur. C’est pourtant toute cette pesanteur qui m’a fait décrocher. Cet album est une dépression de 120 pages, pourtant joliment coloré mais vraiment pesant et sans espoir. Il semble que les auteurs ont voulu prendre le revers des contes, atteindre une noirceur à l’échelle du merveilleux des pays des rêves. Et franchement on ne comprend pas pourquoi proposer une histoire si nihiliste. C’est la même raison qui m’a dépité sur le pourtant acclamé Ces jours qui disparaissent. J’aime les ambiances sombres, les histoires barbares, éventuellement les bad-ending. Mais une intrigue totalement tournée vers le noir, je passe mon chemin.

Comics·Rétro

La BD d’Halloween!

Et oui les amis c’est Halloween, la fête des monstres et de l’épouvante! Une bonne occasion de ressortir des placards une excellente BD de l’américain Gary Gianni, camarade de Mike Mignola et émissaire de l’école des Freak tales faites de bizarreries et de graphismes noir et blanc très appuyés… (pour accéder à l’article cliquez sur l’image)

corpusmonstrum-couv

Comics·Graphismes·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

Le temps des sauvages

La trouvaille+joaquim

 

BD de Sébastien Goethals
Futuropolis (2016), 264 p., n&b.

Couverture de Le temps des sauvages - Le Temps des sauvagesLes éditions Futuropolis proposent toujours de très jolis livres, bien fabriqués et généralement dotés de couvertures percutantes. C’est le cas ici et le seul regret (pour une adaptation de roman) est qu’il n’y ait pas plus d’explication sur le travail d’adaptation et sur l’univers dans lequel se place cette BD, nécessairement plus concentrée qu’un roman.

Dans un futur indéterminé les multinationales ont pris le relais des structures étatiques et déterminent la vie des individus, de la conception à la mort: le vivant a été breveté, permettant tous les contrôles des puissances économiques. Quand un concours de circonstance aboutit à la mort d’une employée de grande surface, Jean, salarié aliéné dévoré par sa compagne, va se retrouver au cœur d’une chasse qui va remettre toute son existence en question.

Le temps des sauvages est une BD perturbante. Tout d’abord car Sebastien Goethals (qui sort justement cette semaine un nouvel album) ne nous donne que très peu d’informations (souvent délivrées de façon cryptique) sur cette société dystopique où tout est marchandisé et les seules valeurs sont celles de la concurrente et du succès. L’aboutissement absolu de l’idéal néo-libéral. Et pour cela déjà la BD vaut le coup d’être lue car c’est un gros coup de poing, de gueule ou de tout ce qu’on veut, un peu dans la même optique mais dans un autre genre que le Renato Jones de Kyle Andrews.

On peine à rentrer dans cette histoire à la construction un peu compliquée, passant sans que l’on sache si c’est une volonté ou non d’une séquence à l’autre, souvent aux tons très différents. La temporalité est parfois dure à suivre, comme ces quelques pages qui nous relatent de façon quasi muette la vie du personnage principal. Les images doivent nous donner les clés mais restent parfois obscures. De même, les personnages sont assez nombreux, présentés de façon très progressive au fil de la lecture (l’album est assez épais) si bien que l’on tarde à comprendre qui est au cœur de l’action. Sans doute l’auteur a souhaité exprimer une société déstructurée, mais cela ne facilite pas forcément la lecture. L’album commence par une remarquable séquence d’action, proche d’une mise en scène manga, avec ces personnages de loups humanoïdes donnant l’assaut à un fourgon bancaire. Puis le rythme se rompt pour entrer dans des séquences d’illustration de ce futur affreux. Si l’évolution sociétale est comprise rapidement, le thème de la manipulation générique permettant des croisements entre humains et animaux n’est abordé que factuellement, à mesure de l’exposition des scènes qui nous font comprendre cette réalité pourtant fondamentale. Cela explique des séquences sinon improbable dans un monde cartésien et seulement humain.Résultat de recherche d'images pour "goethals le temps des sauvages"

Je ne veux pas dresser un tableau trop négatif de cet album qui est doté de beaucoup de qualités, notamment graphiques, mais dont la structure est souvent bancale. Les thématiques sont riches, assumées et souvent originales. Ainsi le thème de l’addiction aux jeux vidéo, aux mondes virtuels, qui se transforme à mesure que l’on comprend mieux l’intrigue en un choix de vie contestataire, de reprise en main paradoxale de sa vie dans un univers où vous ne vous appartenez plus. Bien sur également la critique d’une société ultra-libérale extrapolée plus loin encore que ce que Fred Duval, le grand scénariste de l’anticipation à la sauce Delcourt produit formidablement depuis des années. La thématique de la famille est pour moi l’élément le plus faible car à la fois central et trop peu exploré. La meute des hommes loups est au cœur du récit face à un Jean insipide, creux, faible et auquel on se demande bien ce que les femmes peuvent trouver. Le décalage est cruel entre ces deux antagonistes (les loups veulent se venger en tuant Jean) et l’auteur laisse le lecteur seul pour juger de quel côté il veut se placer. Les femmes sont finalement les seules à même de garder le contrôle et de prendre des décisions dans cette histoire, comme la mère des loups assumant sa liaison, la compagne de Jean, otage volontaire de la meute ou Blanche de Castille (sic) à la fois instrument du système et totalement indépendante.

L’impression finale est celle d’un univers très riche, débordant d’idées, de sujets, lancés de façon un peu chaotique sans clé de lecture, sans fil de fer. Selon le lecteur, cela pourra déranger ou plaire comme une liberté de participer à la construction mentale de cette dystopie. Personnellement j’ai trouvé cela frustrant tout en me donnant bien envie de lire le roman à l’origine de l’ouvrage, qui permet probablement de structurer ce projet aussi rageur et sauvage que les hommes-loups qui en sont le cœur.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

badge-cml

Le toujours bien fourni blog Branchés culture propose également une critique (différente de la mienne) qui pourra vous éclairer sur les liens entre le roman et la BD.

Comics·Graphismes·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

Travis Charest

La trouvaille+joaquim

Travis Charest fait partie des dessinateurs frustrants, de ceux qui vous subjuguent de facilité à chaque dessin mais après lesquels il faut courir pour trouver des albums de BD. Le dessin est un art injuste où qualité ne va pas nécessairement avec rapidité ou lenteur. Un Marini ou un Frank Cho ont une productivité incroyable, un Charest ou un Varanda sont plus laborieux. Chacun son rythme et malheureusement pour nous, si l’industrie BD européenne permet à ces auteurs industrieux de trouver leur place dans des projets adaptés, les Etats-Unis ne s’y prêtent guère, cantonnant toute une ribambelle de très grands dessinateurs à l’illustration de couvertures ou à l’illustration libre.

Je ne me souviens plus quand je suis tombé pour la première fois sur une image de Travis Charest, sans doute sur une couverture d’une BD Image (l’éditeur est né en même temps que mon intérêt pour les comics). En revanche, j’ai immédiatement sauté sur les premières publications en français de sa trop rare biblio:

  • Couverture de WildC.A.T.S / X-Men -1- L'âge d'orWildCATS/X-men l’âge d’or (soleil): dans ce one-shot en quasi noir et blanc laissant toute sa place au dessin magnifique du canadien, la WildCAT Zealot, guerrière extra-terrestre absolue, fait équipe avec Wolverine pour botter des fesses de méchants nazis alliés aux créatures Daemonites autour d’un parchemin aux pouvoirs incommensurables. On est pas loin d’Indiana Jones, Charest se fait plaisir dans cet univers rétro. C’est pour moi le meilleur album de l’auteur, avec une simplicité assumée, de l’action, de l’humour et un dessin magnifique sur l’ensemble des planches.
  • Couverture de WildC.A.T.S (Semic Books) -1- Wildcats 1WildCATS (SEMIC): toujours dans l’univers de la série créée par Jim Lee, ce one-shot est une succession d’histoires courtes dans l’univers des WildCATS. Le graphisme est encore une fois superbe, mis en couleur de façon très sympa (bien que je préfère les lavis du précédent) mais pour celui qui ne connait pas les personnages on ne comprend pas grand chose. Restent de vraies fulgurances visuelles et le plaisir des yeux.
  • Les armes du Méta-baron (Humanoides associés): cet album a toute une (difficile) histoire. Après avoir terminé la série La caste des méta-barons avec Jimenez, Jodorowsky a embauché Travis Charest pour un album dérivé, dans le même univers. Résultat de recherche d'images pour "les armes du méta-baron"Sans délais mensuel de publication, l’artiste pouvait se sentir plus confortable que dans son pays, mais après une trentaine de pages dessinées (et quelles pages!) en sept ans, le fantasque chilien a simplement viré Charest et complété l’album par le dessinateur Janjetov qui avait lancé la série Les Technopères. Histoire de caractères ou réel problème de rythme, toujours est-il que ce volume finalement sorti est inabouti tant l’écart graphique entre Charest en Janjetov est grand. Heureusement, le scénario insert la partie Charest dans un récit, ce qui permet de justifier ce changement. L’intrigue est assez redondante avec la série de Jimenez mais l’album propose sans doute les planches les plus abouties réalisées par Travis Charest jusqu’à ce jour. Très impressionnant.
  • Couverture de Spacegirl -1- Volume 01Spacegirl: sans doute dégoutté par cette expérience Travis Charest publie un webcomic, Spacegirl, qui aboutit en deux volumes publiés en petit tirage aujourd’hui spéculés sur internet. Heureusement l’auteur publie ses planches sur son blog, de même que Les armes du méta-baron.

Le style de Charest est plutôt européen, calqué sur une technique noir et blanc hachurée qui peut ressembler par moments à Serpieri, Sicomoro ou du Giraud. Plutôt un style 70’s mais avec des envies de bricolages rétro-futuristes. Contrairement à d’autres auteurs hyper-réalistes (je pense à Alex Ross), il parvient cependant à insuffler un certain dynamisme dans ses séquences. Le dessin n’est pas exempt de défauts mais l’ensemble dégage une telle personnalité artistique et une spécificité dans les textures qui rendent son trait tout à fait identifiable. Il est dommage que l’écurie de Travis Charest soit celle des Wildcats, série relativement mineure au regard des Big Two et que l’artiste soit finalement assez peu visible en comparaison avec des cadors du même niveau. L’avantage est que la taille de sa biblio vous permettra d’en avoir très rapidement une vision exhaustive. Il est pour moi l’un des plus grands dessinateurs en activité et je guette avec envie un éventuel futur projet de BD…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Résultat de recherche d'images pour "travis charest"Résultat de recherche d'images pour "travis charest"

Another Dreamshifters PageImage associée

Image associée

Résultat de recherche d'images pour "travis charest"