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20th century boys #11-22

Manga de Naoki Urasawa
Panini (2002-2007), 208 p./volume, série finie en 22 volumes.

L’édition chroniquée dans cette série de billets est la première édition Panini. Une édition collector (avec albums doubles) a ensuite été publiée puis récemment la Perfect, grand format et papier glacé, au format double également. Le billet sur le premier volume est ici.

Attention spoilers!

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Pour ce dernier billet en mode marathon sur la seconde moitié de la série, je vais faire un petit décorticage de la structure. Après une sorte de prologue originel et fondamental pour poser l’ambiance de cette bande de garçons par qui tout à commencé (cinq premiers tomes), l’histoire commence vraiment avec Kanna, la nièce de Kenji, dix ans après le Grand bain de sang de l’an deux-mille, pendant dix tomes. Le tome quinze marque une nouvelle rupture essentielle et le début d’un nouvel arc en élargissant franchement le périmètre de la conspiration et en rappelant pas mal de personnages vus très tôt. On peut ainsi dire que le cœur de la série commence à ce stade, concentrée, moins erratique maintenant que l’on connait les protagonistes et les perspectives de AMI et son organisation.

Serie 20th Century Boys (Édition Deluxe) [KRAZY KAT, une librairie du  réseau Canal BD]Et après cette lecture échevelée de ce qui a tous les atours d’une série TV, je reconnais que l’auteur a eu du mal à conclure son grand oeuvre… C’est du reste le problème de la quasi-totalité des grandes saga chorales et déstructurées qui à force de vouloir surprendre leur lecteur/spectateur finissent par s’enfermer dans un cercle infini. Comme Game of Thrones qui a noyé son auteur avant sa conclusion (pour le roman), à force de cliffhangers permanents et de croisements d’intrigues à la révélation sans cesse repousser, Urasawa ne savait plus trop bien comment achever son récit après la dernière pirouette du tome quinze. Conscient du risque de redite, l’auteur troque son grand méchant énigmatique AMI pour le retour du héros. Et autant que la renaissance christique d’AMI, le choc est là, tant l’attente a été longue, l’incertitude permanente et l’effet recherché parfaitement réussi. Pourtant les très nombreuses portes ouvertes et mystères créés nécessitent d’être refermés, ce qui devient compliqué à moins de changer complètement de rythme et de structure au risque de tomber dans quelque chose de plus manichéen.

Ainsi la dernière séquence post-apocalyptique, si elle reste saisissante 20th Century Boys (Édition Deluxe) (tome 8) - (Naoki Urasawa) - Seinen  [CANAL-BD]notamment en ces temps de COVID et de perméabilité des foules à toute sorte de croyance avec une sorte d’abolition du raisonnement humain, elle est bien moins prenante avec le sentiment de partir tous azimuts et de continuer à maintenir un suspens qui demande à se finir. Comme une prolongation de trop, comme un épisode superflu, le cycle situé entre les tomes seize et vingt-deux tourne un peu en boucle. Ce n’est pas faute de sujets accrocheurs, le rassemblement de la bande à Kenji, esquissé jusqu’ici, est une bonne idée de même que l’itinéraire autour de la mère de Kanna. Si la question de l’identité d’AMI fait un peu réchauffé, Urasawa a suffisamment de bons personnages, qui ont vieilli et donc plein de choses à nous raconter, pour tenir jusqu’à la fin. Mais certains effets de style commencent à peser, comme cette technologie faire de bric et de broc et ces forces de sécurité bien piteuses pour un Gouvernement du monde aux ressources théoriquement infinies. Quelques incohérences commencent également à se voir et la course effrénée des héros vers on ne sait quoi tout comme la lenteur avec laquelle Kenji finit par endosser son rôle finissent par lasser.

20th Century Boys (Édition Deluxe) (tome 11) - (Naoki Urasawa / Takashi  Nagasaki) - Seinen [CANAL-BD]Attention, 20th century boys reste une oeuvre d’exception qui mérite la lecture ne serait-ce que pour le talent de scénariste indéniable de Naoki Urasawa. Malheureusement la série semble une nouvelle fois confirmer le fait que les plus grandes œuvres sont relativement compactes et à l’intrigue simple. Sorte de concept scénaristique employant toutes les techniques d’addiction du spectateur mises en place par les séries américaines à l’orée des années 2000 (l’époque de Lost, The Wire, Breaking Bad, The Shield, 24H chrono ou Prison Break…), 20th century boys marque par l’amour de l’auteur pour ses personnages, le refus du grand spectacle et l’utilisation (parfois abusive) des points de suspension. Niveau efficacité c’est impérial, on dévore les 2/3 de la saga avec envie et autant de plaisir de retrouver tel personnage trente ans après. Le second arc est pour moi le meilleur et aurait pu être une conclusion (noire) très acceptable même si il aurait laissé bien des portes ouvertes. En assumant la vraie disparition de Kenji il aurait assumé jusqu’au bout le concept tout à fait original d’histoire sans héros et du rôle du mythe. Balayant un nombre incalculable de sujets de société avec courage et parfois une certaine rage, Urasawa livre une oeuvre de SF presque Kdickienne, du Philip K. Dick réalisé par Wong Kar Wai, plein de nostalgie pour une belle époque de simplicité, de franchise et de Rock’n roll. Son propos dès l’an 2000 sur la manipulation des foules est particulièrement percutant aujourd’hui et l’on se dit par moment que la réalité a rattrapé la fiction lorsque l’on voit le pilotage au forceps d’une pandémie par des gouvernements qui s’assoient sur certains principes et des foules prêtent à tout accepter par peur et panurgisme. Si sa saga est donc imparfaite, Naoki Urasawa reste un grand bonhomme, un des mangaka les plus intéressants et sa dernière création encours laisse une sacrée envie lorsque l’on voit la maturation de son trait comme de son récit.

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Khaal, chroniques d’un empereur galactique

BD Louis et Valentin Sécher.
Soleil (2011-2013), 90p., intégrale des deux volumes (2019).

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Sur les ruine d’un empire galactique déchu flotte E.T.H.E.R, une gigantesque prison perdue. Là, les descendants de générations de prisonniers ont bâti une société archaïque, primale, où les races cohabitent bon gré mal gré. A sa tête, Khaal, le guerrier ultime, le mâle Alpha, sommet de la chaîne alimentaire. Pourtant sa puissance est fragile, dépendante de deux êtres qu’il maintient dans l’ombre et qui pourraient lui procurer gloire comme déchéance. Face aux velléités de contestations de son autorité il va montrer à tous qu’il est le dernier des titans et fonder un empire absolu, sans limites…

The Art of Valentin Secher | Comic books illustration, Sci fi concept art,  Concept artDepuis sa première bande-dessinée professionnelle Valentin Sécher impressionne par une technique inspirée autant de l’école hyper-réaliste (les Alex Ross ou Charest) que par l’école Lauffray. Comme beaucoup de grands techniciens avant lui, l’artiste peine pourtant à atteindre une reconnaissance grand public de par un rythme forcément lent (les fans de Travis Charest en savent quelque chose…) et des choix d’albums reprenant un univers qui lui est familier mais qui ne l’obligent pas à sortir de ses habitudes: après Khaal, variation spatiale de Conan, il enchaînera sur la suite des aventures du Méta-Baron dans la plutôt sympathique série de Jerry Frissen, avant de préparer le très attendu album de la collection Conan (tiens-tiens) pour cette fin d’année. Quand on apprécie son style on ne se plaindra pas de ces superbes albums pleins de rage et de fureur. Pourtant on sent livre après livre que ce confort mériterait d’être bousculé à commencer par un scénariste qui saurait trouver une histoire innovante…

Cette introduction en mode regrets ne doit pas vous donner une mauvaise image de ce Khaal! Album typique des débuts de carrière où le dessinateur semble mettre tout son imaginaire sans filet, les deux volumes qui composent cette intégrale (agrémentée d’un magnifique cahier graphique de neuf pages) sont une tonitruante claque graphique, un sans-faute visuel débordant d’un génie du design et d’une maîtrise du découpage des plus grands. Tant dans la palette de couleurs chaudes que dans l’ambition des plans, que ce Violence Takes To The Stars In 'Khaal' #1 [Preview]soient les visages d’aliens en mode serré ou les vastes batailles, que l’on parcoure des vestiges en ruines ou des Léviathans spatiaux, rien ne dépasse, tout est élégant, cohérent, d’un world-building qui donne envie de grands espaces, du space-opéra flamboyant comme on en voit rarement…

Mais alors pourquoi ce sentiment de manque? Tout simplement parce que Khaal ressemble plus à un art-book des capacités impressionnantes de son dessinateur, un album plaisir pour un scénariste (Stéphane Louis, issu de l’écurie Soleil) amoureux des univers galactiques et qui peut donner une concrétisation visuelle à ses images mentales grâce à ce grand talent. Car le problème de cette série c’est son intrigue à sens unique qui oublie certaines bases, l’antagoniste, le danger qui donne envie de s’intéresser à cet anti-héros ultime. Si Conan est un barbare, violent, primaire, il est parfois manipulé, parfois touché, parfois humain. Ce n’est jamais le cas de Khaal dont le principal intérêt scénaristique est sa noirceur absolue et son monolithisme d’ordure finie. On a plus d’Elric que du barbare ou plutôt le plus sombre des deux… Rejeton d’un Méta-baron invincible dans un univers spatial démesuré, des pulsions déviantes du melnibonéen et de la rage du barbare, Khaal est magnifique dans ses combats mais… ennuyeux dans ses victoires inévitables.

Khaal Issue #4 - Read Khaal Issue 4 Online - Page 12Ainsi la première moitié de la série est une sorte de huis-clos dans ce monde fermé qu’est E.T.H.E.R. Si l’on voit bien deux peuples aliens dotés de capacités phénoménales (les uns sont télépathes, les autres passe-muraille) et si quelques discussions menaçantes du tyran avec ses deux acolytes prolongent quelque peu l’intrigue, on comprend vite que le méchant ne sera pas vaincu. La seconde moitié déroule alors de splendides plans de destructions planétaires à mesure que le vaisseau-monde ronge les galaxies, mais la linéarité et l’absence de tension dramatique se font pesantes, jusqu’à un final dont on comprend l’envie choc mais qui fait pschitt avec un sentiment de ne pas comprendre le propos.

C’est donc avec quelques regrets que l’on savoure ce plaisir graphique qui aurait pu être tellement plus sous la coupe d’un Jodorowsky, d’autant que les idées visuelles, les pouvoirs, la démesure du projet promettaient une superbe saga. Comme un rappel que sans bonne histoire les plus grands dessins restent un peu dérisoires…

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Page noire

BD de Frank Giroud, Denis Lapière, Ralph Meyer et Caroline Delabie (coul.)
Futuropolis (2010), 102 p., one-shot.

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Kerry Stevens est une critique littéraire débordant d’ambition, déterminée à bousculer son destin vers la gloire. Pour cela elle est déterminée à dénicher le grand romancier Carson MacNeal, qui vent des millions de volumes mais que personne n’a jamais vu et qui ne donne jamais d’interviews. Loin de là Afia se bat avec sa mémoire torturée, traumatisée par son passé et tombée dans la spirale de la drogue et la prostitution… Rien ne relie ces deux personnes. Leur itinéraire va pourtant converger vers ce Carson MacNeal qui semble aimanter bien des intérêts…

Amazon.fr - Page Noire - Frank Giroud, Denis Lapierre, Caroline Delabie,  Ralph Meyer - LivresAvant Undertaker (la série qui l’a consacré et dont le dernier volume vient de sortir –  chronique la semaine prochaine ) et après Berceuse assassine (celle qui l’a révélé, avec le défunt Tome, scénariste mythique des meilleurs Spirou!), Ralph Meyer avait réalisé cet étonnant polar entièrement construit dans une mise en abyme vertigineuse entre récit et fiction, auteur et création… Meyer n’est pas encore une star mais participe déjà à de gros projets, notamment le premier XIII mystery où il rencontre Dorison, son futur scénariste sur Asgard et Undertaker donc.

Alternant deux récits qui vont progressivement converger, Meyer et sa coloriste attitrée Caroline Delabie proposent deux univers graphiques tranchés: le premier encré dans le style habituel du dessinateur et colorisé en palette bleutée, le second en couleur directe, peu encré et habillé de rouge-rosé… avant de converger dans un croisement très discret et révélateur, entre ces deux styles. Etonnant! Joignant le graphisme à l’écriture sophistiquée des deux scénaristes chevronnés Lapière et Giroud, les planches nous font ainsi suivre deux jeunes femmes qui ne semblent reliées en rien, l’une aux Etats-Unis, l’autre que l’on imagine en France, l’une mordant la vie avec morgue, l’autre détruite et acceptant difficilement de l’aide. Un peu perdu (moins que chez Urasawa…) mais acceptant de suivre deux récits juxtaposés, on comprend que le fil conducteur est bien l’histoire de la blonde Kerry. Parvenant un peu trop facilement à ses fins, on commence alors à plonger dans le texte lui-même. Dès les premières pages de l’album on nous insère des vues du roman en cours de Carson MacNeal qui nous font progressivement douter de la frontière entre fiction et réalité. Comme au cinéma, tout le plaisir de l’image est de la rendre mensongère, laissant le lecteur se débattre entre ce qui est vrai, ce qui est fictif, la narration principale et la secondaire… On prend alors plaisir à voir s’entrecroiser ces trois personnages en doutant toujours de quel récit s’insère dans quel autre, en rejoignant les effets du polar où l’auteur s’amuse à laisser son lecteur se construire des scénarii. On est ainsi par moment proche de l’atmosphère des Nymphéas noirs où époques et réalité s’enchevêtrent brillamment.

Page noire » par Meyer, Giroud et Lapière | BDZoom.comA ce récit dans le récit les auteurs approfondissent l’immersion en nous faisant pénétrer dans le processus créatif, partiellement autobiographique comme souvent, du romancier. Par les yeux de Kerry on observe l’homme derrière le nom, ce qui inspire, les fulgurances nocturnes et finalement l’interrogation sur l’invention créative en nous posant la question: toute invention n’est-elle pas directement inspirée par l’expérience de son auteur, que ce soit ses lectures, rencontres, sa propre vie? L’expérience est passionnante et personnellement je n’avais jamais lu de BD aussi bien pensée sur le travail d’auteur, sachant allier un vrai polar avec une expression des créateurs sur leur propre travail. Comme je le dis souvent sur ce blog, il est important pour que la BD puisse rester un média artistique, que ses lecteurs se questionnent sur ce qu’ils lisent et ne se contentent pas de consommation simple et infinie. Comme support grand public le neuvième art rejoint les éternels questionnements du cinéma entre art et entertainment consumériste. Des albums comme Page noir, en sachant proposer une vraie histoire littéraire immersive qui joue sur les récits tout en s’interrogeant, associe le ludique et le réflexif. L’alchimie que tout amateur de BD recherche?

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Lydie

BD de Zidrou et Jordi Lafebre
Dargaud (2010), One-shot.

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Dans l’impasse du bébé à moustaches la petite Lydie n’a pas vécu bien longtemps. Sa mère, un peu simplette, ne supporte pas cette non naissance et  déclare que sa fille est revenue du ciel. Par délicatesse son entourage joue le jeu. Puis les voisins et bientôt tout le quartier. Le temps passe et ce fantôme fait malgré tout partie de cette communauté…

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Lydie (Zidrou & Lafebre) | Bar à BDFormé comme ses monstrueux compatriotes Roger et Homs à l’école Joso de Barcelone, l’espagnol Jordi Lafebre est l’éminente figure de proue de l’écurie Zidrou. Et on peut dire qu’en la matière le scénariste belge est le Guy Roux du dessin tant il a permis à la France de découvrir une brochette de talents ibériques impressionnante. Lydie est le premier album solo de l’auteur sorti il y a dix ans (avec Zidrou donc) et impressionne déjà par sa technique, ses encrages (comme toute l’école hispanique) et surtout ses expressions de visages. Il est toujours éclairant de prendre le premier et le dernier album d’un auteur, surtout lors d’un passage à maturité scénaristique qui a permis Malgré tout, peut-être le meilleur album de l’année 2020 et un chef d’œuvre de construction. Si le dessin a peu évolué en dix ans (il était déjà très poussé), le point commun entre les deux ouvrages repose sur le formidable humanisme de l’auteur et un esprit très proche entre le scénario de Zidrou sur Lydie et celui de Lafebre sur Malgré tout. Comme dans toute histoire belge il y a de la dureté comme de la légèreté dans cet ouvrage. La dureté de classes populaires où les sales gosses et les vieilles peaux crachent leur venin sans filtre, la douceur d’être humains qui sentent la nécessité gratuite de cette petite entorse à la raison qui donnera tant de bonheur à la gentille Camille. J’ai ressenti le même humanisme que dans le magnifique Magasin général qui il y a quelques années proposait lui aussi un enchevêtrement d’humains dans toute la diversité de bêtise et de tendresse dont ils sont capables. De belles histoires dont on se demande parfois si nos cousins francophones ne sont pas les seuls capables…

Lydie - Jordi LafebreAinsi comme Jean-Louis Tripp (qui est plus de l’ancienne école) Lafebre croque des trognes qu’il aime déformer, en gros plan, en contre-jour, se faisant une discipline de faire ressortir les défauts de visage et les expressions grossières. Cela amène autant d’humour que de vérité dans ces anti-Brad Pitt qui nous parlent de la vraie vie comme un film de Ken Loach. Au travers de ce fantôme d’enfant qu’on se plait à « voir » grâce à une mise en scène et des cadrages très appropriés c’est à une simple tranche de vie qu’on assiste. Comme le montre la « photo » de couverture, c’est l’histoire d’une famille et des différents moments de la vie d’un enfant, les angoisses médicales de la maman, les bêtises et petits bobo, les premières fois et les rituels. Si l’enfant avait été « normal » cela aurait sans doute été moins intéressant, plus banal. Mais ce twist quasi-fantastique permet de nous accrocher en se demandant tout le long si untel va bien vouloir jouer le jeu ou si la réalité administrative va rattraper cette farce. Et l’on suit avec amour ce papy cheminot et sa simplette de fille qui embarquent avec eux tout le quartier par simple envie de faire du bien.

Graphiquement la maîtrise est juste parfaite avec certaines cases somptueuses lorsque Zidrou autorise un plan large de train où les encres deviennent massives. La vérité des expressions surtout est saisissante malgré ces gueules presque cartoon par moments. On rit et on est émus par ces petites gens sur qui la vie s’écoule simplement, dans des décors où quelques effets graphiques numériques habillent remarquablement les arrière-plans. Un régal pour les yeux, discret et vrai.

Au final la réputation de cet album n’est aucunement usurpée et il mérite de trôner dans toute bonne bibliothèque et peut être un bon motif de cadeau grand public en anticipant les fêtes.

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Punk Rock Jesus

Comic de Sean Murphy
Urban (2020) – Vertigo (2012), One-shot.

Cette édition est la troisième publiée en France (toujours chez Urban), après une première couverture couleur « punk », la précédente édition reliée très proche et enfin cette dernière intégrée au désormais célèbre Black Label de DC. Le volume comprend un édito de l’équipe éditoriale Urban clamant l’importance de ce titre et le choc qu’il leur a procuré. Viennent ensuite un sommaire des six chapitres et en fin d’ouvrage une post-face de Sean Murphy expliquant le lien entre ce projet et sa relation à la foi, une sélection de titres punk à écouter en lisant les parties, les covers originales de l’édition américaine et trois pages d’illustrations promotionnelles ou non retenues. Fabrication élégante dans le canon Urban mais rien d’exceptionnel en matière de bonus.

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Dans un futur proche, alors que le réchauffement climatique provoque des dégâts sur la planète, une société de production lance un projet de téléréalité fou: suivre un clone de Jésus-Christ à partir de sa naissance… Dans une Amérique droguée au spectacle et au fondamentalisme chrétien le show faut fureur. Mais humainement l’équipe qui entoure la mère porteuse et l’enfant vont rapidement vivre un enfer…

Punk Rock Jesus by Sean Gordon Murphy Issue 6 page 21 Comic ArtSean Murphy est l’un des auteurs américains les plus en vue, notamment depuis la sortie de son désormais mythique Batman White knight, locomotive du Black Label et des albums DC adultes. Non moins célèbre, cet album constitue sa troisième réalisation solo après le touchant Joe, l’aventure intérieure et Off road. Si graphiquement il n’est pas le plus impressionnant des trois et que son trait reste moins percutant que sur ses dernières réalisations, il marque un tournant et l’apparition d’un univers artistique marqué par la haine des extrémismes, de l’hypercapitalisme et une radicalité tant dans le trait que dans le propos. Par la suite Murphy collaborera avec les plus célèbres scénaristes de l’industrie comics, dont Scott Snyder sur The Wake (où il commence sa collaboration très fructueuse avec son coloriste désormais attitré Matt Hollingsworth), Mark Millar sur les Chrononautes, ou Rick Remender sur son coup de poing Tokyo Ghost qui reprend pas mal de thèmes de PRJ.

Réalisé intégralement en noir et blanc avec l’utilisation assez massive de trames (qui affadissent le dessin comme à peu près partout), PRJ propose une narration qui suit vaguement la vie du Christ, mais surtout une évolution narrative classique proposant exposition, crise et résolution. L’originalité de l’histoire est, outre de présenter ce touchant enfant clone enfermé dans une prison qui le formate pour les besoins du show et dont la crise d’adolescence va prendre la tournure de la scène punk, de croiser son destin avec le colosse Thomas, responsable de sa sécurité et ancien tueur de l’IRA traumatisé et touché par la foi. Très vite l’auteur sort la grosse artillerie (non pas graphique, il y a assez peu d’action dans Punk Rock Jesus) en dézinguant son pays pétri d’intégrisme chrétien autant que consumériste. Si l’on n’est pas aussi loin que dans Tokyo Ghost, l’Amérique de Georges Bush jr. en prend pour son grade. Murphy n’hésite pas à balancer en citant des noms. C’est ce qui fait sa marque, une sincérité toute punk qui donne une vérité et une énergie folle à l’ouvrage. Si vous connaissez les autres albums plus récents de l’auteur vous retrouverez des personnages graphiquement très proches et plein de tics graphiques. On est en terrain connu avec une homogénéité que personnellement j’aime beaucoup.

Punk Rock Jesus, de Sean MurphySéparé en deux parties contraintes par la progression temporelles de l’histoire, l’album se concentre au début sur la mère, pauvre fille catholique tout à fait représentative des innombrables victimes des TV show américains dont la vie a été détruite par cette artificialité totale créée pour les besoins du spectacle. Dépressive, sombrant dans l’alcoolisme et victime de l’impitoyable (et méchant très réussi) producteur, elle cherche l’alliance des employés de la société de production pour s’échapper avec une mauvaise conscience de mauvaise mère. On enchaîne dans la seconde partie sur le clone alors que les mésaventures de sa mère vont déclencher une rage en lui, synonyme de croisade contre tout ce qui l’a créé… Le liant entre ces deux parties est tissé par les personnages secondaires, presque plus intéressants que le faux Jesus, avec notamment la scientifique prix Nobel enfermée entre son conflit moral de collaboration à un projet qu’elle abhorre et sa volonté de trouver une solution au réchauffement climatique, mais également le colosse qu’adore croquer Murphy, dont on soupçonne les origines irlandaises patronymiques…

Malgré de légères déceptions dans la réalisation des scènes d’action un peu molles et une difficulté à traiter de façon satisfaisante les très nombreux (et passionnants) thèmes abordés dans l’album, l’aspect personnel que revêt PRJ pour Sean Murphy apporte un supplément d’âme qui le hisse parmi les tout meilleurs ouvrages de comics indé US. Sorte d’album fondateur et de jeunesse (Murphy a trente deux ans quand l’album sort), Punk Rock Jesus marque par la sincérité de son propos, par la créativité graphique d’un très grand artiste et la maîtrise scénaristique de l’auteur qui va ensuite peaufiner sa technique d’écriture auprès des plus grands avant d’accoucher de son chef d’œuvre. A découvrir!

Punk Rock Jesus – Par Sean Gordon Murphy – Urban Comics

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La cité des chiens

BD de Yohan Radomski et Jakub Rebelka
Akileos (2018), 120p., one-shot, NB.

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Le seigneur Volas a entrepris la conquête des cités voisines. Impitoyable, il soumet à la mort ou à l’esclavage les peuples vaincus. Les quelques personnes fuyant son joug se sont réfugiées dans les marais. Parmi elles sa belle fille qui a compris que son destin passait inévitablement par la mort du tyran…

La Cité des Chiens : Intégrale N&B - Par Jakub Rebelka et Yohan (...) -  ActuaBDJ’avais remarqué à sa sortie ce diptyque sorti chez le très intéressant petit éditeur Akileos, dont les dernières années ont été marquées notamment par l’excellent et réputé Heraklès et surtout l’émergence d’un duo majeur de la BD: Ronan Toulhoat et Vincent Brugeas. Comme souvent le talent et la force graphique d’auteurs méconnus ne suffisent pas à trouver leur place sur les étales inondés par les gros éditeurs et Akiléos avait été contraint de clôturer le diptyque non par un tome deux mais par la sortie courageuse d’une intégrale GF n&b, pour un prix très raisonnable. Sorti à l’origine en version colorisée (par Rebelka), la présente version permet de profiter de son trait si particulier, à la fois extrêmement lisible et maitrisé tout en présentant un univers sombre, enchevêtré qui correspond particulièrement bien à l’environnement des marécages où se place une partie de l’intrigue. Inscrit dans une filiation graphique avec le maître Mike Mignola, le polonais dépasse à mon avis son aîné par une maîtrise étonnante des différents plans malgré l’aspect plat de la technique.

La cité des Chiens - BD, informations, cotesAidé par un scénariste qui n’était pas novice, il propose une légende barbare qui a le mérite de suivre les canons de la simplicité (un méchant tyran confronté à des rebelles liés à une vengeance familiale et une malédiction). Malgré ce terrain connu, l’environnement très particulier des marécages donne une matière organique et inquiétante à ce monde où l’histoire et les personnages prolongent l’incertitude du trait. Comme ces zones aqueuses où tout semble mélangé, une créature maléfique change les visages, les agents-doubles de Volas tuent dans le dos et personne ne sait dire qui cherche quoi. L’ouvrage s’ouvre sur une lettre de l’héroïne à son amant qu’elle implore de la rejoindre et se conclut par une réponse de ce dernier après l’aventure, comme pour s’inscrire plus encore dans le récit légendaire et chevaleresque. On pourra regretter le nombre de pages de texte (pourtant fort bien écrites et qui nous plongent encore un peu plus dans cette saga) qu’on aurait aimé prendre vie sous d’autres planches. L’album est en effet relativement court et aurait pu mériter un tiers de plus. Vous connaissez les difficultés de vente de cette BD…

Conquis à la fois par cette découverte graphique, par une histoire fort bien menée et épique et par une belle édition qui rend grâce au travail des auteurs (jusque dans la jolis police des lettres), j’attends désormais avec impatience la traduction du nouveau travail de Rebelka chez Boom! studios et vous invite vivement à vous procurer cette histoire d’amour et de mort…

 

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**·***·Manga·Nouveau !·Rapidos·Rétro·Service Presse

Manga en vrac #14: L’atelier des sorciers #8 – survivor’s club #1- Outsiders #2

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  • L’atelier des sorciers (Shrahama – Pika) – (2020) 2021, série en cours, 8/8 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

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Après un billet découverte enjoué et un gros billet de rattrapage, on prend une vitesse de croisière sur cette sublime série qui emprunte à l’ambiance graphique des dessinateurs italiens classiques. Avec une réalisation loin de la frénésie d’un Boichi sur Dr. Stone (qui ponds tout de même cinq volumes par an!!!) l’édition française apprend la patience puisque nous suivons de près la parution japonaise (qui sort tout de même deux volumes par an).

Ce volume marque une pause assez conséquente dans l’intrigue puisque de retour dans l’atelier, Coco se retrouve à travailler avec Tarta, le jeune artisan qui a enfin décidé de devenir sorcier. Les deux apprentis vont ainsi travailler à aider le jeune garçon dont les jambes avaient été écrasées lors de l’incident de la rivière du tome deux, en attendant de se rendre à la Fête de la Nuit d’argent. Dans cet intermède Kieffray et les amies de coco disparaissent pratiquement de l’intrigue pour laisser la place à un pure shonen où les enfants vont disserter du rôle de la magie, de l’amitié, des rêves de progrès etc.

Ca reste très beau à regarder, avec tout de même le développement de quelques personnages nouveaux (et fort mystérieux…) et l’on sent le doigt de l’autrice qui nous rappelle les risques pour les jeunes sorciers de vouloir se soustraire des règles d’utilisation de la magie (pour rappel il est interdit de ressusciter et même soigner par la magie). Cet épisode n’est donc pas inutile et a son rôle dans la progression psychologique de Coco… mais ne vous attendez pas à de grands moments d’action ni de paysages fantasmagoriques. C’est donc très sage, avant sans doute un rebonds dès le prochain volume prévu pour la fin d’année.

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  • Survivor’s club #1 (Aosei/Anajiro – Delcourt) – (2017) 2020 série en cours, 1/3 volumes parus.

Une vague de human-bomb survient dans les lycées japonais… L’une des victimes trois ans auparavant, réunit d’autres victimes pour leur dévoiler ses découvertes sur un lien entre tous ces élèves harcelés désespérés au point de vouloir emporter leurs camarades dans la mort…

La jeune équipe de cette trilogie (le dessinateur a une autre série en cours éditée chez nous par Ki-oon et le scénariste en est à sa première réalisation) nous convie dans la problématique du harcèlement scolaire colorée de la violence sociétale japonaise et de la difficile sexualité des lycéens.  Contrairement à ce que le titre pourrait laisser entendre il ne s’agit ni réellement d’un survival ni d’un battle royal, mais bien d’un thriller psychologique où un jeu malsain s’installe entre une preneuse d’otage et des élèves sommés de se dénoncer les uns les autres dans des détails bien sordides. On aborde les pulsions sexuelles cachées et la vie en société plus que le harcèlement proprement dit (qui est ici évoqué à des niveaux assez graves!). Le scénario malin met en parallèle la discussion d’une victime-enquêteur qui tente de confondre d’éventuels complices de celui qui a emporté son bras dans son acte kamikaz, et l’action en directe de la prise d’otage. On est assez mal à l’aise devant toute cette malveillance mais sur le point de l’intrigue on peut dire que c’est efficace et qu’on a bien envie de savoir comme cette affaire va tourner, d’autant que le format court implique une avancée rapide et une intrigue relativement simple.

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  • Outsiders #2 (Kanou – Ki-oon) – 2021 série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

outsiders-2-ki-oonJ’avais bien accroché sur le premier tome de cette série originale de chez Ki-oon (dont le premier volume est sorti début 2021), notamment sur un humour bourrin qui donnait une saveur sympa au duo vampire/garou et le développement d’un background qui évitait la fréquente temporisation inhérente au format long des manga. La chute laissait entrevoir des enquêtes fantastiques faisant qu’on avait hâte de lire la suite. Malheureusement ce second tome s’avère assez décevant en bifurquant vers du Shojo pure jus où l’héroïne Ema passe son temps à s’intéresser aux problèmes des copines et sa sœur aux relations, qu’elle croit homosexuelles, des deux êtres fantastiques. D’ailleurs la relation homosexuelle est traitée de façon étonnamment normale dans un manga qui n’est pas spécifiquement Yaoi, avec par exemple deux filles dont on nous parle du mariage sans commentaire particulier. L’histoire laisse un peu de côté l’agence de détectives (alors qu’on venait d’apprendre la vrais nature de l’alliance entre le vampire et le garou) pour nous parler des thématiques classiques de lycées: harcèlement, mal être, jeunes abandonnés par leurs parents, performance sportive,… Ce qui m’avait accroché dans le premier volume, les dessins chargés et l’humour lié aux deux personnages masculins est totalement mis de côté et on avance assez laborieusement vers un démarrage d’enquête autour de deux cadavres retrouvés et qui obligent Ema la curieuse à se lancer dans des recherches. Je n’ai pas compris pourquoi il fallait un tome entier pour commencer une enquête, qui est tout de même l’intérêt premier de cette série… ou pas? Il faudra donc attendre le prochain volume pour voir vers quel genre s’oriente Outsiders car entre les relations adolescentes et les enquêtes paranormales on n’est pas tout à fait sur le même public…

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****·Manga·Rapidos·Rétro

20th century boys #6-10

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Manga de Naoki Urasawa
Panini (2002-2007), 208 p./volume, série finie en 22 volumes.

L’édition chroniquée dans cette série de billets est la première édition Panini. Une édition collector (avec albums doubles) a ensuite été publiée puis récemment la Perfect, grand format et papier glacé, au format double également. Le billet sur le premier volume est ici.

Attention spoilers!

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Après le « bain de sang de l’an deux-mille » une nouvelle société s’est installée au Japon, dirigée par un AMI qui nous veut du bien… Alors que la bande de Kenji a disparu, c’est une société totalitaire que contestent certaines personnes, à commencer par Kanna, désormais adolescente et en adoration devant la mémoire de son oncle Kenji. A bas bruit, la domination sans partage d’AMI n’est pourtant pas si inéluctable…

20th Century Boys - BD, informations, cotesQuel maelstrom mes aïeux! Si vous croyiez que le saut de quatorze ans était une rupture, il ne marque aucunement une temporisation puisque l’auteur enchaîne sans cesse sur de nouveaux personnages et de nouvelles séquences toujours liées les unes aux autres indirectement. Alors que nous découvrons enfin ce qui s’est passé le 31 décembre 2000, on apprend qu’une sorte de résistance discrète s’est mise en place avec les survivants de la purge d’AMI…

Devant un tel tourbillon de personnages, de thématiques et de retournements on se demande tout le temps si l’auteur sait où il va ou s’il trace son chemin au doigt mouillé… Bien entendu il retombe toujours sur ses pattes et on savoure à chaque instant d’être ainsi malmené avec un petit plaisir masochiste. Après quelques intermèdes qui permettent de se faire plaisir sur un plan d’évasion carcérale type L’évadé d’Alcatraz ou sur une maison hantée, cet amoureux de cinéma (en plus du rock et des 60’s… un vrai garçon du vingtième siècle!) qu’est Urasawa confirme que le personnage principal (pour l’instant) est Kanna. Du coup, en nous rappelant avec la régularité d’un métronome combien on est en deuil de Kenji, l’auteur installe un peu plus ce contexte confirmé de régime totalitaire contre lequel ce qui ressemble à une résistance commence à s’organiser. Que demander de mieux?

Ainsi à la moitié de l’intrigue on se rapproche de l’identité d’Ami mais on ne sait toujours pas si l’élément fantastique ou SF est confirmé après quelques évènements bien intrigants et un passage dans une sorte de réalité virtuelle en mode lavage de cerveau. Bref, comme depuis le début on est bien incapable d’avancer des certitudes et on se demande encore quel lapin le maître va nous sortir de son chapeau au prochain volume. La maman de Kanna visiblement… Dernière remarque avant de conclure, concernant les dessins qui ont le tort de leur classicisme, ce qui empêche la série d’atteindre les 5 Calvin malheureusement. Non qu’Urasawa soit un mauvais dessinateur mais la simplicité du trait limite l’emballement oculaire que le tourbillon de l’intrigue attendait. Dommage.

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro·Service Presse

Spoon & White #1 et #9

BD de Yann, Jean et Simon Léturgie
Bamboo (1999-2021), 44p./album., série en cours

La série Spoon & White fait partie des grands ancêtres très réputés, avec une histoire éditoriale un peu compliquée puisque débutée fort logiquement chez Dupuis, la série est ensuite passée chez Vent d’Ouest (plus étrange) avant d’atterrir pour ce neuvième album chez Bamboo qui réédite pour l’occasion l’intégralité de la série. Commencée avec Yann au scénario, le duo Léturgie se retrouve seul à compter du septième volume et voit passer dix ans entre le dernier paru et ce nouvel épisode. Les deux volumes ressortis comportent un cahier graphique de dix pages avec croquis préparatoires, jeux et strip humoristiques dans l’univers de la série.

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Parodie assumée des films d’action policiers des années 90, Spoon & White arrive juste après le double chef d’œuvre de monsieur Maester qui lançait le genre sur Meurtres fatals, déclaration d’amour à Michael Douglas et au FBI qui donne des envies de VHS à tous ceux qui ont découvert L’arme fatale, Seven ou Basic Instinct en salles…

Spoon & white tome 1 requiem pour dingos - BDfugue.comDans un style graphique résolument BD jeunesse, la série s’ouvre sur le tome 1 par un surprenant et très graphique plan cinématographique qui fait monter l’envie assez haut… avant de revenir à des planches plus classique. Cette première page est très étonnante car elle semble montrer une hésitation originelle des auteurs entre de la BD d’action exigeante et de la farce parodique assumée. Le contexte des BD de l’époque est important: Yann est sur la très populaire série Les Innomables issus du Journal de Spirou avec un aspect très cinématographique et plutôt sombre bien que mettant en scène des « gros nez ». Les premières couvertures de Spoon & White sont d’ailleurs tout à fait dans le ton de l’époque (assez minimaliste)  et s’inscrivent dans cet entre-deux BD spirou jeunesse/Bd d’action référencée pour adultes.

Le premier volume qui ressort chez Bamboo avec une nouvelle couverture fonctionne très bien en nous introduisant sans préambule avec ces deux débiles mentaux: Spoon le minus très laid et fana de Dirty Harry tire sur tout ce qui bouge ; le grand White et ses costards élégants se croit plus malin mais est tout aussi crétin. Les deux de bagarrent pour le cœur blindé de la plantureuse journaliste Courney Balcony.  Voilà, vous avez l’histoire qui va servir de prétexte à l’ensemble de la série! Le premier album est assez drôle et l’action plutôt réussie avec cette prise d’otage d’une secte suicidaire. L’ambition visuelle est évidente et plutôt inspirée avec des dessins très lisibles et parfois assez jolis dans leur style cartoon. On n’est pas au niveau de Maëster mais ça fonctionne très bien et je comprend que la série ait bien marché à partir de ce coup d’essai. A noter que l’on n’a aucune information sur qui est qui, les blagues devant caractériser les personnages immédiatement.

Vingt ans après qu’en est-il de la sortie exclusive chez le nouvel éditeur? D’abord la couverture, fort réussie qui cite évidemment un des grands films d’action de ces dernières années, Mad Max Fury Road. Cet épisode nous transporte au fin-fond de l’Amérique, dans la ville natale de Spoon (Mudtown) au sein d’une exploitation de « gaz de Shit » (dans une citation fort drôle d’un ancien premier ministre français…) qui cache bien entendu un plan machiavélique d’un milliardaire que Balcony va aller interviewer. L’aventure nous permet de découvrir les tout aussi débiles sœur et père de Spoon qui est (après mes deux lectures) le véritable héros de cette série. Si l’action enfiévrée de ce dernier épisode est toujours aussi efficace, on note une certaine facilité dans exubérance et les explosions XXL. Les auteurs veulent du gros, du lourd, du sale, au risque de tomber dans le déjà vu et attendu.

Après mes lectures de ce premier et dernier tome je note une étonnante continuité et très peu de changements graphiques notamment. Ma principale interrogation repose sur le cœur de cible de cette série. Graphiquement on est sur de la jeunesse (c’est d’ailleurs édité chez Bamboo) alors que le côté gore (surtout sur le premier tome) et les références à des films plutôt adultes orientent vers une cible adulte. Du coup si l’humour facile fera mouche chez les jeunes ils risquent de passer à côté des références, à l’inverse les plus grands risquent de ricaner sur les blagues et de prendre plus de plaisir sur les parodies. On peut voir ça comme un coup double autorisant une lecture à tout âge ou un risque de perdre son public faute de le repérer. Souhaitons en tout cas à Bamboo et aux auteurs une nouvelle jeunesse à cette série qui jouit sur le plan éditorial d’une très jolie fabrication.

A partir de 12 ans.

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****·Comics·Nouveau !·Numérique·Rétro

Injustice – les dieux sont parmi nous, année 4

Comic de Tom Taylor, Brian Bucchelatto et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 4/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban. En fin de volume un carnet de croquis des personnages et des couvertures d’épisodes.

Attention spoilers!

injustice-integrale-annee-quatre

badge numeriqueAprès l’année zéro hier, on enchaîne avec le même plaisir sur cette quatrième année de la dictature de Superman… La couverture ne l’annonce pas mais l’avant-dernière année de cet improbable miracle (voir les billets précédents pour un rappel du projet) fait intervenir rien de moins que le panthéon olympien dans le conflit entre Batman et Superman… Je ne sais pas si les irruptions de Zeus, Hera et autres Atlas sont fréquentes dans l’univers DC mais il est certain que si leur intervention était apparue plus tôt on aurait risqué le grand n’importe quoi. Or après trois volumes pleins on est devenus habitués aux petites pilules vertes qui vous transforment n’importe qui en super-héro et aux affrontements WTF de dimension galactique. Taylor a d’ailleurs la grande intelligence de laisser tout le monde mortel dans les limbes, ne nous faisant apparaître les gouvernements sidérés que très rarement. On reste donc entre nous, confortablement, pour assister à des bourre-pif entre superman et Heraklès ou entre Aquaman et Neptune. On passera sur le syncrétisme tout américain qui ne s’embête pas à mélanger les noms latins et grecs des personnages et sur l’échelle de puissance qui nous laisse par moment circonspects à voir les dieux « mineurs » se faire botter le train par Robin ou Huntress..

The Gods Of Olympus (Injustice Gods Among Us) – ComicnewbiesOn sentait monter le rôle de Wonder Woman, prise entre deux feux avec sa fidélité envers son peuple et son père (Zeus pour rappel) et sa place dans l’équipe de Superman. Moralement toujours à peu près lucide, elle reste la seule voix capable de faire entendre raison à Kal-El et on reste tout à fait satisfait quand au traitement réaliste des choix de chacun des personnages dans cette bataille. Batman se trouve en retrait alors que son camp se voit très fortement diminué et soumis aux manigances d’un Luthor dont on ne sait jamais (en « homme le plus intelligent du monde » qu’il est) ce qu’il va manigancer. Les histoires de Superman regorgent de tellement d’attendus qu’on passe les quelques facilités de cette quatrième année pour profiter d’un palier où pour la première fois l’homme de Krypton semble relativement démuni quand à sa capacité à reprendre la main. Le cœur de l’intrigue se passant sur Themyscira (l’île de WW), on peut profiter des très jolis For Those Who Really Want Wonder Woman And Superman To Split Up, Read  Injustice Gods Among Usdessins de l’équipe artistique dans un style antique. Je regretterais juste l’intervention finale de l’inévitable Darkseid et son pendant divin dont je ne cesse constater l’aspect décalé. Un peu moins puissant que l’épisode Green Lantern, cet arc grec a le mérite de préparer un affrontement entre Diana et Clark qui semble inévitable et dantesque de puissance.

On notera que pour la première fois Tom Taylor passe la main à un autre scénariste sur l’essentielle de cette année qui voit (chose remarquable!) grandir Robin qui, devenu quasi-adulte depuis le début du règne de Superman, semble plus déterminé que jamais à écraser Bruce Wayne. Nouvelle illustration de la spécificité de cette saga d’une maîtrise incroyable en parvenant à chaque année à évoquer un aspect de l’immense univers DC sans perdre en cohérence. A l’approche de la conclusion on ne peut qu’être inquiet quand à la conclusion choisie par les auteurs et en même temps confiant quand on voit la solidité de l’entreprise depuis le début. On enchaîne…

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