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Sushi & Baggles #30

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Des trouvailles comics et Manga assez rafraîchissantes cette semaine, avec trois séries que je vais continuer avec plus ou moins d’envie mais sans se forcer non plus…


  • Magical girl Holy shit! #2 (Souryu/Akata) – 2018, série en cours (7 vol Jap/6 vol fr)..

badge numeriquecouv_348205En introduction de ce second volume nous avons droit à un résumé de l’histoire et des protagonistes. Pour un manga de ce genre (à consommation rapide) c’est bien vu. Le premier tome présentait une entrée en matière rapide et très axée action. L’auteur de Magical Girl Holy shit prends ici le temps de se poser un peu en introduisant des nouveaux personnages, dont une journaliste qui permet d’élargir un peu l’univers et de démarrer un erzats de scénario. Après la méga baston entre « gros nichons » et l’héroïne, le manga nous place quelques backgrounds sur cet alter-ego qui attire pour l’instant toute l’attention de Kayo. Mine de rien Souryu arrive à garder un équilibre pas évident entre déconnade pas trop redondantes, troisième degré et action graphique plutôt agréable. Un poil plus sage que le précédent, cet opus fait le job suffisamment bien pour remettre une pièce dans la machine et nous emmener vers un troisième…

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  • Centaures #3 (Sumiyoshi/Glénat) – 2018, 4 vol parus, série en cours.

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badge numeriqueLes deux premiers volumes de cette étonnante et magnifique série m’avaient franchement emballé et la surprise de la chute sonnait comme un KO. Et pour cause, ces volumes formaient une sorte de prologue. Ici commence l’histoire des enfants centaures survivant de la terrible attaque des humains que nous avons vécu. Le ton est désormais beaucoup moins dur, comme le dessin, plus fin, moins estampes mais toujours aussi beau. Les quelques plans de nature en début d’ouvrage sont tout bonnement somptueux. Le monde en guerre que nous avons laissé a donné place quelques années plus tard à une étonnante cohabitation entre centaures et humains, que vont découvrir le fils de Matsukaze et celui de Kohibari. Si la tension a donc franchement baissé, malgré la peur permanente de ce que les centaures peuvent découvrir, l’auteur peut désormais s’atteler à imaginer à quoi peut ressembler une société japonaise civilisée habitée par des centaures. Il y a plein de bonnes idées de background et l’atmosphère de danger permanent instillée dans les deux premiers volumes infuse toujours chez le lecteur en créant une envie de connaître le destin de ces personnages. Les quelques effets brouillons des débuts ont presque disparu pour donner place à un manga très maîtrisé qui s’impose comme une valeur sure.

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  • Lastman #1 (Balak, Vivès, Sanlaville/Casterman) – 2012), série finie en 12 volumes.

mediathequecouv_183304On entend parler de Lastman depuis longtemps, avec un très bon buzz public. Le format me plait bien mais je reconnais que le style de la bande des Vivès/Sanlaville/Merwan/Gatignol, totalement issue de l’animation, me laisse parfois dubitatif. Pour quelqu’un qui aime les encrages précis d’un Toulhoat ou d’un Immonen, ce style épuré, à la fois très maîtrisé techniquement et déformé est perturbant. Le plaisir de lecture des Ogres-dieux ou de Mécanique celeste (mais surtout la sortie du dernier tome cette année!) m’a poussé à me lancer enfin. Du coup on a affaire à un classique tournoi d’arts-martiaux dans un univers composite rehaussé de magie. Le volume introduit un jeune garçon frêle désirant pratiquer les arts martiaux, le mystérieux et très charismatique Richard Aldana, redoutable combattant aussi fruste que déterminé et la jeune maman, une bombe qui attire l’attention et le désir. Le scénario est très fluide, intéressant en proposant un univers déjà riche de mystères et de méchants futurs. Beaucoup repose sur le disruptif Aldana en mode « faux connard » et le contraste avec le gamin attachant. Les dessins ont l’avantage de leurs défauts, pas très beaux mais terriblement efficaces par leur énergie et leur mouvement. On sent l’envie de mettre sur papier un dessin animé et il n’est pas étonnant que la série ait donné lieu à une version animée préquelle (qui m’intéresse pas mal du coup!) dont la première saison (11 minutes par épisode)  est disponible sur Netflix et la seconde le sera en 2021 sur le web de FranceTV. Cette série commence donc très bien, à la fois drôle, dynamique et mystérieuse. Je continue…

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Fausse garde

La trouvaille+joaquim
Bd de Merwan
Vent d’ouest (2009), 188p, format comics broché avec couverture à rabats, one-shot.

couv_84922Premier album virtuose de Merwan, Fausse Garde est sorti en grand format en 2004 sous le titre Pankat et prévu en plusieurs volumes. Cet album propose donc une réédition qui clôture l’histoire. Le choix de réduire le format est assez dommageable puisque la finesse des dessins de l’auteur nécessite de la place, ce qu’a compris Dargaud sur son dernier album Mécanique Céleste. Excellente nouvelle, l’éditeur ressort dans les prochains jours cet album en format original agrémenté d’une couverture originale et de de bonus.

A Irap, tentaculaire cité du désert, le Pankat occupe une place centrale. Des écoles de combat, celles du champion Eiam est la plus réputée, par la gloire de l’arène et la morale d’airin qu’il enseigne à ses disciples. Lorsque le jeune Mané arrive dans la cité, son idéalisme va se confronter à la dureté du traitement fait aux sans grade. Doté de facultés exceptionnelles pour le Pankat il va devoir assumer des choix entre la lumière de l’arène et l’ombre des gens de sa condition qui contestent l’ordre établi.

Résultat de recherche d'images pour "fausse garde merwan"Cet album m’a été très vivement conseillé par mon libraire lorsque je suis passé acheter le récent Méacnique Céleste du même auteur. Avant toute chose il faut bien distinguer les deux ouvrages, premier et dernier de la bibliographie de Merwan Chabane, virtuose passé par les Arts décoratifs, école donnant une technique graphique très poussée, et le dessin animé. Adepte d’arts martiaux, Merwan est aussi compagnon de route de la bande à Vivès. Un peu plus âgé que les Bastien Vivès, Michael Sanlaville, Bertrand Gatignol, il est le premier de la bande à publier son album en 2004, où l’on retrouve à la fois une grosse influence du manga (école Otomo, Merwan avait participé à l’ouvrage Tribute to Otomo publié à l’occasion d’Angoulême 2016) en même temps qu’un ADN de l’animation dans l’envie de mouvement. Si Bastien Vivès est le plus médiatique du groupe, Merwan est pour moi le maître technique en proposant dès cette époque un postulat, celui de s’affranchir des canons anatomiques et de perspective de la BD franco-belge pour y apporter, sous condition d’une très grande maîtrise technique donc, des effets de caméra que l’animation donne sur ses intervalles. C’était une vraie proposition artistique car il y a tout de même une sacrée différence entre un dessin-animé à vingt-cinq images par secondes et une case de BD qui peut faire appel à la mémoire visuelle du lecteur mais garde le côté extrême de ces déformations, nécessaires dans l’animation. A partir de là Merwan est celui qui est resté le plus proche de la BD, entre monsieur mouvement (Sanlaville) et monsieur épure (Vivès).

Résultat de recherche d'images pour "fausse garde merwan" Fausse garde est donc un premier ouvrage, qui comporte les défauts d’un projet précoce conçu sans l’aide d’un scénariste. Dès la série suivante il travaille d’ailleurs avec le déjà chevronné Fabien Nury et Fabien bedouel. Sur son dernier opus l’auteur a beaucoup mûri graphiquement, techniquement mais aussi scénaristiquement.

Le premier des trois chapitres est le plus impressionnant, à la fois puissant visuellement, doté d’une colorisation superbe (un des points forts de Merwan) très contrastée et vive et posant un cadre scénaristique très lisible. Ensuite cela se gâte avec un dessin qui s’affine mais évolue aussi vers quelque chose de plus estompé, perdant la force des encrages et des contrastes, tout comme l’intrigue qui se complexifie par trop d’ellipses et de sous-entendus parfois difficiles à capter. On attend une histoire d’ascension sportive vers la gloire, schéma archétypal connu et souvent réussi lorsqu’il reste simple. Les personnages sont là avec le héro naïf mais talentueux, les deux pères spirituels, le décors. Mais à force de chercher l’intelligence du lecteur l’auteur oublie parfois de suivre la linéarité nécessaire et de se concentrer sur des combats annoncés dès le titre (l’original s’intitulait Pankat). On a le sentiment que l’auteur a tout donné dans la première section, s’est vidé et a cherché à simplifier son travail pour la suite. On sort ainsi des quelques deux-cent pages un peu déçu, alléché par ce qui était proposé et un peu sur sa faim.

Résultat de recherche d'images pour "fausse garde merwan"Les qualités de l’album sont cependant nombreuses. Le dessin d’abord, qui malgré cette évolution vers du trait plus léger reste totalement maîtrisé en suggestion même si certaines cases de combat sont compliquées à lire. L’univers ensuite, ce monde très orientalisant, au design inspiré et coloré nous immerge et donne envie de suivre un héros attachant.Je dirais que la partie la plus contestable est pourtant ce qui semble intéresser le plus l’auteur, cette pulsion qui pousse le héros à renoncer à la lumière toute tracée pour suivre le sombre père, ce sicaire très violent aux motivations obscures jusqu’au bout. L’idée de cette opposition des mentors était intéressante pour peu que l’on comprenne ce qui pousse Mané à provoque le si charismatique et puissant Eiam. Toute la partie de l’école de Pankat et des tournois est superbement mise en scène. Les autres séquences d’école buissonnière du héros moins engageantes notamment par-ce que l’on s’éloigne du Pankat et ses séquences qui font le talent de Merwan.

Œuvre de jeunesse partiellement aboutie et qui aurait mérité d’être plus concentrée, Fausse garde reste une expérience visuelle très intéressante et qui donne envie de découvrir la bibliographie de Merwan Chabane et une variante proche de ce que proposeront plus tard Sanlaville et ses potes sur LastMan.

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Fausse Garde - NE

 

BD·Rétro·***

Les Ogres-Dieux #3: le grand homme

BD du mercredi
BD de Hubert et Bertrand Gatignol
Soleil – Métamorphose (2020), 3 volumes parus.

couv_348065J’ai découvert la série des Ogres-dieux à la sortie du second opus, Demi-sang et avais proposé un billet commun sur ces deux premiers tomes, vers lequel je vous renvoie pour l’explication du projet et de sa forme matérielle… importante.

La dynastie des géants est tombée, leur immense château s’est effondré dans les flammes. Le monde s’écroule avec ce qui structurait toute la société dans la peur et la Loi. Alors que l’anarchie gronde, un mystérieux chasseur sauve l’héritier putatif, Petit, qui attire toutes les ambitions des humains libérés du joug des tyrans. La chasse ne fait que commencer où nous sera narrée la Geste du Grand-Homme, ce descendant des peuples anciens…

Si vous n’avez pas entendu parler de cette série à sa sortie vous en avez forcément eu des échos lors du décès récent du scénariste Hubert. A l’heure actuelle, si un quatrième tome (et plus…) était prévu, la réalisation à quatre mains avec Bertrand Gatignol n’interdit pas la continuation de la série, bien que l’aspect très réflexif et parfois personnel de la saga interroge sur la pertinence de publier un album à titre posthume.

Résultat de recherche d'images pour "les ogres-dieux le grand homme"Pour revenir à l’ouvrage proprement dit, j’ai été surpris à sa lecture par l’aspect déconnecté, tant dans le récit, le décors, que la chronologie. Si le second tome était si particulier c’était par-ce qu’il s’entrecroisait totalement avec la temporalité principale du premier ouvrage. L’ADN des Ogres-dieux est bien sur de proposer de gros one-shot autonomes entrecoupés de longs textes narratifs et légendaires et sur ce plan Le grand-homme coche les cases (en faisant toujours aussi bel effet à côté de ses petits frères dans l’étagère à BD!). Pourtant l’idée d’en faire une vraie suite directe du tome deux crée une attente qui peine à être comblée. D’autant que l’histoire reste partiellement centrée sur le personnage de Petit qui est au-début la cible du Chambellan et de l’attention du lecteur avant de se diluer dans l’histoire de Lours. Très grande réussite que ce dernier personnage dont l’histoire révélée progressivement par les textes suffit à maintenir le lecteur à flot… alors que le rattachement aux Ogres et au Chambellan (et donc à la saga) se délite lentement à mesure que l’on constate la passivité de Petit. C’est ainsi le principal problème de cette suite qui n’en est pas une que de lier par les personnages et la temporalité cet ouvrage aux autres alors qu’il aurait sans doute été bien plus efficace de le couper sérieusement en oubliant cette fausse chasse qui n’intéresse personne.

Résultat de recherche d'images pour "les ogres-dieux le grand homme"Lecteur, si tu entame donc ce Grand homme fais-le sur des bases neuves, comme un unique one-shot lié de très loin à l’univers des Ogres-dieux. Le cœur de l’album est l’histoire de Lours, rebelle chassé de son peuple qui va entamer un voyage initiatique aux sources de son histoire et de son conflit avec son poursuivant. En cela l’album est plutôt réussi bien que les dessins de Gatignol, s’ils sont toujours très efficaces en plans serrés, peinent un peu sur les vastes extérieurs naturels qui ne parviennent pas, avant l’arrivée dans la forêt primale, à reproduire le gothique noir de la Cité et du palais des géants. La force des deux premiers ouvrages reposait beaucoup sur l’univers visuel de gothique flamboyant où l’architecture joue un rôle essentiel. Si les immenses arbres noirs rejoignent cette idée sur le dernier tiers de l’album, le reste est donc bien plus banal visuellement et il est étonnant de dire que ce sont bien les textes introductifs aux chapitres qui nous gardent en éveil. Sur le plan graphique l’absence de huis-clos semble élargir les cadrages ce qui ne permet pas au dessinateur de faire valoir sa technique issue du dessin-animé. Résultat de recherche d'images pour "les ogres-dieux le grand homme"La puissante séquence finale, très généreuse en gros plans, pleines pages et expérimentations graphiques, sonne ainsi comme un gros regret tardif

Petite déception donc  que ce Grand homme qui ne parvient pas à retrouver l’atmosphère violente et venimeuse de ses prédécesseurs malgré un personnage principal qui suffit à porter l’album. Du fait de la structure de la saga, d’autres ouvrages intéressants pourront être publiés pour peu que Gatignol se sente de poursuivre cette aventure seul. Les grands amateurs de la saga y trouveront leur compte, les autres pourront s’arrêter au second volume sans regret.

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***·BD·Rétro

Le fléau vert

BD de Michael Sanlaville
Casterman (2012), 150 p. format comic relié. One-shot.

couv_161657On commence une semaine « animation » avec un OBNI sous amphet’ signé Michael Sanlaville. L’idée remonte à ma lecture du Mécanique Celeste de Merwan et des liens graphiques très forts entre une troupe d’auteurs passés par l’animation et dont le dessin respire une énergie de mouvement très intéressante. Il n’est pas surprenant que certains lecteurs crachent sur des planches qu’ils considèrent comme pas finies. L’envie de ces auteurs est de créer une dynamique permanente en s’éloignant souvent des canons techniques d’anatomie ou de perspective. Déformant leurs formes, créant des effets de caméra improbables ils cherchent à rendre l’effet des métrages d’animation sur papier. Ce n’est pas toujours heureux car si un dessin d’intervale peut justifier ses libertés par son association avec l’animation globale, sur un dessin fixe cela peut paraître exagéré. Un peu punk sur les bords, la troupe assume sa culture et se jette dans des projets pas franchement grand-public et qui parviennent parfois à le devenir. Je commence donc cette semaine spéciale par ce Fléau vert, nanarissime histoire tout droit sortie d’une mauvaise VHS section SF des années 70…

La prophétie de la Grande plante s’est réalisée: surgie des profondeurs de la terre, une racine cannibale a dévoré la totalité du genre masculin, laissant la Terre  gouvernée par un régime matriarcal autoritaire dirigé par Hildegarde. Les deux derniers survivants, le macho Murphy et le gamin Abdou, vont devoir faire équipe avec un transexuel et une bonne sœur pécheresse pour mettre à bas le régime de Hildegarde et la menace du Fléau vert…

Résultat de recherche d'images pour "fléau vert sanlaville"J’avais découvert Michael Sanlaville sur le très bon premier tome du Rocher rouge où j’avais pu apprécier son identité nanaresque et son approche graphique exagérée. Rencontré à l’occasion d’un salon de BD j’ai tenté l’aventure du Fléau vert en attendant de démarrer Lastman. Je savais à peu près le style de BD que j’avais sous la main mais j’avoue avoir été passablement surpris par la liberté totale et l’énergie de cet album que l’on imagine réalisé rapidement tant le dynamisme transpire chaque page que l’on imagine mal ciselée laborieusement. A l’inverse de Gatignol sur les Ogres-dieux et ses décors flamboyants, Sanlaville prépare ici ce qu’il fera sur la série à succès LastMan en tirant vers la simplification du trait dans la suite de Bastien Vivès.

La séquence d’introduction mets KO comme savent le faire les séquences rapides des films d’animation. Ne s’embêtant pas de superflu, l’auteur rend pourtant chaque case parfaitement lisible (ce ne sera pas toujours le cas sur l’album) avec une maîtrise technique qui permet de suggérer un décors ou une mécanique par quelques traits. L’utilisation de floutés en premiers plans illustre la culture ciné et une profondeur de champ Résultat de recherche d'images pour "fléau vert sanlaville"que la BD classique permet rarement. Si le Manga a apporté le mouvement à la BD, ce type d’albums montre que l’on peut briser l’image fixe par la suggestion. Le principe du cinéma.

Passé ce choc on découvre une histoire totalement déglingue avec tous les poncifs du nanar: le savant-fou moustachu à l’esthétique issue de la culture homo et maniant la tronçonneuse, un héros blond, très Blond, roulant en 4X4, une chaste bonne-soeur très sexy ou un hélicoptère de combat soviétique…  Dès les premières scènes l’irruption parfaitement gore de la plante cannibale qui bouffe les parties génitales des hommes en les coupant en deux pose le décors. L’auteur se fait plaisir en mettant tous ce qu’il a envie de dessiner sans soucis de cohérence particulier. On nous raconte une histoire dont on n’a que faire et vole de bulle en bulle dans des dialogues tantôt marrants de dixième degré tantôt jouant de typographie pour produire des textes-onomatopées. Bref, un gros lâchage bien sympathique. Attention, c’est une BD de garçon, rempli de hordes de filles nues, de bite, de sperme, de bave et de sang. La modération, Michael Sanlaville ne connait pas et c’est tant mieux. Je remarque souvent dans mes chroniques que le plaisir éprouvé par les auteurs à réaliser leurs albums se ressent à la lecture, quelle que soit la qualité de l’histoire ou des dessins. C’était le cas du Ramirez de Petrimaux ou du Streamliner de ‘Fane (en beaucoup plus travaillé). C’est le cas ici, dans toute la démesure et l’efficacité du dessin. Si quelques passages semblent néanmoins mal raccrochés avec la fuite de Murphy et ses copains, l’auteur parvient même à proposer une fin étonnamment pertinente, réfléchie, cohérente après ce grand n’importe quoi. La preuve qu’un auteur inspiré peut partir en vrille tout en restant parfaitement lisible.

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Joker

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Comic de Brian Azzarello, Lee Bremejo et Patricia Mulvihill
Urban (2009), 122 p. one-shot.

badge numeriquecouv_375433Album hautement réputé qui développe le mythe moderne du Joker en prolongeant Killing Joke par un one-shot uniquement dédié à la Némésis de Batman, Joker est un monument! Étonnamment, très peu d’éditions de cet ouvrage sont sorties avec seulement une réédition en 2013 agrémentée d’un cahier graphique et une ressortie sous les couleurs du Black Label plus récemment. Cet album de dix ans déjà n’a absolument pas pris une ride et semble avoir fortement inspiré le Dark Knight de Christopher Nolan bien que les deux créations aient été réalisées en même temps. Le film Suicide Squad reprend le personnage du narrateur de l’album. Enfin, évidemment, le très récent succès du film Joker emprunte certains éléments psychologiques et le grand réalisme du projet.

Asile d’Arkham, Gotham city. Le portail s’ouvre. Une ombre apparaît. Le Joker vient d’être relâché. Le prince a perdu son royaume et compte bien le reconquérir. Pour cela il doit rendre visite aux plus grande criminels de Gotham, sa façon: barbare et démente. Lorsque le Chevalier noir est absent le crime se répand. Joker est le prince du crime et voici ce qu’il se passe lorsqu’il n’affronte par son alter-ego…

Résultat de recherche d'images pour "bermejo joker"La couverture de cet album, hautement provocatrice est inscrite dans la veine trash des Arkham Asylum et Killing Joke en donnant naissance quelques années plus tard au Deuil de la famille de Snyder et Capullo. Cette seule image, ultra-réaliste tout en gardant l’esthétique d’un dessin BD est un chef d’œuvre qui dit le projet dans sa totalité. L’album doit évidemment beaucoup à Lee Bremejo, passé par Wildstorm avant de lancer 100 bullets avec son comparse Azzarello où il se situe dans la lignée directe de Frank Miller. Son dessin évolue ensuite vers une ligne plus réaliste, naviguant entre du Eduardo Risso et tirant vers Alex Ross. Le risque de ce style graphique est l’aspect figé du photoréalisme… défaut que n’a jamais Bermejo, qui parvient dans Joker à associer un vrai talent de mise en scène en mode polar noir, esthétique BD dans les encrages très dentelés et le mouvement. La colorisation de Patricia Mulvihill est absolument parfaite avant que Bermejo passe en couleurs directes sur le dernier Batman: Damned.

Résultat de recherche d'images pour "bermejo joker"J’avais déjà apprécié l’art de la mise en scène d’Azzarello sur d’autres albums. Dès les premières pages on comprend que la focale ne lâchera pas ce Joker d’exception, qui n’aura jamais été aussi réaliste, aussi réussi. Totalement fou, il profite de la quasi totale absence de Batman pour attirer toute l’attention. L’idée était risquée tant la rareté fait souvent la qualité et tant ce méchant iconique brille souvent par ses apparitions aussi improbables qu’inexplicables. Et c’est pourtant cette absence du héros qui permet à l’ouvrage de donner toute son ampleur barbare, comme une illustration que le clown ne souffre d’aucune concurrence sur la scène du théâtre pour donner toute sa démesure. Beaucoup d’albums laissent penser qu’ils ont été réalisés pour leur future adaptation ciné. Et si ce Joker pourrait donner un superbe film (mais en a donc inspiré plus d’un…), la BD garde sa propre spécificité qui nous faire dire qu’animée cette histoire ne serait pas pareil. Du fait du pouvoir du crayon de Bermejo sans doute.

Résultat de recherche d'images pour "bermejo joker"Construit comme une longue chasse du Joker contre ses adversaires du crime, l’ouvrage est narré par un personnage pas si anodin qu’il n’y paraît. Sorte de Robin du Joker, il le craint comme il l’admire lors de ce ballet sanglant. Tirant le texte à lui Jonny rééquilibre une histoire qui aurait pu sombrer à n’être qu’une illustration du Joker. Et il permet d’utiliser tous les codes classiques du polar qui donnent une saveur noire et glacée aux nuits de Gotham. Le réalisme de l’approche parvient en outre à réinventer les personnages classiques de Batman avec une imagination et une pertinence indéniable.

Album hors norme (déjà passé à la postérité et ayant influencé tous ceux qui viennent après) que vous soyez féru de la mythologie Batman ou non, Joker est pour moi je plus grand album autour de Batman que j’ai lu avec le White Knight (qui utilise également cette inversion d’attention entre le Joker et le Batman). Une lecture indispensable, un régal de BD qui vous fera peut-être découvrir, cerise sur le gâteau, un des dessinateurs majeurs du comic US.

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Sushi & Baggles #29

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  • Mighty Thor #1 (Aaron/Dauterman-Molina/Pannini) – 2017, 128p.

badge numeriquecouv_304262Passé le buzz de la sortie de l’album autour de ce Thor féminin, que vaut cet arc par l’auteur du génial Massacreur de dieux? Le premier volume est assez étrange puisque les deux-tiers du volume dessinés par Russel Dauterman sont un enchaînement de bastons parcourues de bons mots et sans grand intérêt en l’absence de dimension épique. Thor est un dieu, il est déjà mort, est immortel, on ne sait plus trop, bref. Pour peu que vous suiviez un petit peu l’actu des comics vous savez déjà qui est cette Thorette et perdrez donc beaucoup du pseudo mystère qu’essaye d’instiller Aaron. Les dessins de Dauterman, assez banales ne permettent pas de dépasser ce niveau correcte mais sans plus. Dès la fin du volume en revanche, sur la section dessinée par un Jorge Molina en forme, l’ouverture des discussions cosmologiques entre dieux, les stratégies d’un Odin en mode dictateur ne supportant pas le port de Mjolnir par une femme, on se réveille soudain, titillé par un scénario que Jason Aaron semblait avoir oublié. Si le pseudo-féminisme à la mode ricain fait un peu sourire par son ambition minimaliste, les relations familiales de cette famille et l’aspect très négatif donné à Odin suffisent à donner envie de continuer cette série pour voir ce qu’elle a dans le ventre.

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  • Centaures #2 (Sumiyoshi/Glénat) – 2018, 4 vol parus, série en cours.

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badge numeriqueIl faut croire que la brutalité des transitions est le style de l’auteur car si le premier volume démarrait sans prévenir, le second enchaîne la seconde d’après le terrible Cliffhanger pour nous ballotter sèchement entre des émotions opposées et radicales. Entrecroisé de séquences d’humour délirant pas loin du SD Sumiyoshi assume son propos sur un monde noir où l’honnêteté et l’amour sont rares et où l’on ne peut compter à peu près sur personne. Le colosse héroïque nous montre ce qu’il y a sous la masse musculeuse en prônant le pardon et l’entraide quand le monde guerrier instauré par les humains pousse chacun à la faiblesse, à la trahison, à la capitulation. Il y a une vrais profondeur dans ce manga dont les planches sont parfois dures à lire mais au style résolument graphique, recherchant à se rapprocher de l’estampe. Je ne m’attendais vraiment pas à une telle immersion émotionnelle en commençant ce manga dont le deuxième volume marque déjà une rupture majeure dans l’intrigue. Je suis difficile en manga et je crois que Centaures est en passe de se rapprocher de mes grandes découvertes de ces dernières années avec Ajin, Innocent ou Radiant

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  • L’enfant et le maudit #2 (Nagabe/Komikku) – 2017, 7 tomes parus.

couv_305164mediathequeL’histoire reprend exactement sur le cliffhanger du premier tome qui a vu Sheeva touchée par un maudit… Le professeur interviendra et se retrouvera emmené avec d’autres maudits vers un début d’explication… très obscure pour lui comme pour nous. Le volume est moins ouvert que le précédent mais plus beau encore avec un travail sur les blancs plutôt absent jusqu’ici. On va également nous parler de la tante de la fillette que l’on soupçonne, comme toute la vie de l’enfant, d’être issue de son imaginaire… ou pas. La rêverie continue toute en douceur. Le manga se lit assez vite, agréablement, n’oublie pas de faire avancer (un peu) l’histoire et l’on a envie de continuer tranquilou cette rêverie qui fait penser par moment à l’univers d’Amano. On fait pire comme référence…

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Sushi & Baggles #26

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  • Tsugumi Project  #3 (Ippatu/Ki-oon) – 2019, 3 vol. parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

couv_381451Cette excellente série continue sur sa lancée avec des volumes assez différents et une pâte graphique dans un style crayonné rapide qui donne une dimension chaotique et terriblement esthétique à ce japon post-apo. Après les scènes d’action du précédent volume le rythme se repose un peu ici avec le retour du singe géant rencontré plus tôt et l’arrivée d’un nouveau personnage qui semble signifier la présence d’humains dans ce monde dévasté. L’album fait toujours la part belle aux paysages, pérégrinations muettes et échanges de vannes et de grimaces entre Léon et Doudou. Du coup ça se lit assez rapidement mais avec plaisir et toujours de nouvelles découvertes de créatures et personnages aux design géniaux. On sent que le projet prends sa source dans un univers graphique… ce qui peut laisser un peu de côté l’avancée de l’histoire. Entre recherches matérielles et infos progressives sur Tsugumi et la faune locale, l’intrigue est assez linéaire, mais Tsugumi project reste un très bon manga d’atmosphères montrant si besoin était la force du post-apo pour proposer des visions fascinantes.

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  • Ex-Arm #5 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2017

badge numeriquecouv_309944La troisième mission de la série commence très bien, juste après le redoutable Cliffhanger du précédent où toute la petite équipe se retrouvait prisonnière dans l’esprit d’Akira. Ce premier tiers de l’album permet d’installer une ambiance à la Inception, alors que l’équipe anti ex-arm tente de réveiller je jeune homme pour les libérer de la réalité virtuelle… ce qui permet bien entendu de provoquer quelques séquences sexy entre Akira et Minami. Je ne reviendrais pas sur les nombreux plans de petites culottes qui restent moins appuyés et vulgaires que dans Sun-ken Rock et ne dérangent pas outre mesure surtout quand on regarde la qualité graphique générale du manga qui flatte vraiment les yeux… Malheureusement une fois cette affaire résolue les auteurs nous lancent dans une dérisoire affaire impliquant une ex-arm, qui outre d’être très mal traduite avec coquilles en prime, n’est pas intéressante faute d’une narration suivie. On retombe dans les travers du début de série avec la très mauvaise habitude d’installer des coupes temporelles ou spatiales sauvages qui rendent le suivi compliqué. Comme l’intrigue ne brille pas par son originalité ni son ambition, ce cinquième volume apparaît comme un intermède bien dispensable. C’est dommage car la séquence VR promettait de bien belles choses et se paie le luxe de lancer quelques pistes qui, on l’espère seront reprises plus tard.

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  • Ex-Arm #6 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2017

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Ouf, le précédent volume n’était qu’un vague loupé entre deux et ce sixième tome installe enfin une histoire un peu plus sophistiquée en remettant l’aspect sexy aux seules tenues de l’androïde et surtout en proposant une intrigue simple mais efficace autour d’une vente aux enchères d’Ex-arms entre certaines des familles les plus puissantes du crime mondial. Les auteurs nous placent donc toute une ribambelle de personnages (très caricaturaux comme souvent en manga) dans le huis-clos d’un hôtel de luxe où nos héros vont se retrouver embarqués dans une partie de Blackjack fort sympathique en ce qu’elle permet de jouer sur les cadrages, de faire monter une tension de thriller un peu plus posée que ce l’action effrénée qu’on a eu jusqu’ici. On vire Mission impossible où Akira tente d’utiliser ses capacités pour deviner les statistiques qui permettront à Minami de l’emporter… Pour le côté graphique ça reste absolument royal, élégant et techniquement parfait. On a donc un début d’intrigue intéressant, faisant monter le niveau d’ambition dramatique, avec des méchants charismatiques, bref, un des meilleurs volumes jusqu’ici pour une série grand public qui reste vraiment sympa à suivre malgré quelques défauts.

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  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 1, 1° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2014

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badge numeriqueTrès grosse surprise que cette excellente lecture! Si vous suivez ce blog vous savez combien je suis sceptique sur l’univers DC et son traitement par les scénaristes, ne trouvant hormis dans les album Batman, que peu de choses à sauver. Avec ce projet issu d’une série de jeux vidéo et alimenté par une fournée de dessinateurs et une couverture de jaquette de jeu j’aurais du fuir… Le pitch m’ayant toutefois fortement éveillé j’ai tenté le coup, et pris mon pied comme jamais depuis Red Son, autre histoire de Superman. L’idée: Alors qu’il s’apprête à être papa l’Homme d’acier voit le Joker commettre l’irréparable. Il décide alors de rompre avec son non interventionnisme et d’imposer la paix mondiale en utilisant ses pouvoirs partout où des personnes malveillantes agissent. Très vite deux groupe se forment dans la Ligue de justice. Pour les soutiens de Superman la fin justifie les moyens. Autour du Chevalier noir d’autres restent attachés à une règle morale d’airain… On le voit, Red Son comme le film Dawn of justice apportaient déjà ce sujet passionnant du rôle des super-héros et de la seule morale comme limite à un pouvoir absolu. Si ce traitement est passionnant avec une radicalité qui montre Superman tuer (on n’est pas chez Disney) et devenir assez flippant, le rattachement de cette histoire à des thèmes d’actualité et un contexte réel de la guerre en Irak ou en Syrie, des dictateurs africains ou de la péninsule arabique font poindre l’étincelle qui sort immédiatement cet album du lot des histoires de super-héros. Outre des dessins vraiment de très bon niveau avec une grande harmonie entre les différents dessinateurs, les dialogues sont bien menés, avec un rôle comique d’Harley Quinn très réussi. Je n’attendais plus depuis longtemps d’histoire adulte de super-héros avec de vrais enjeux qui rangent les délires cosmiques liés à Darkseid, aux boites mères et aux inter-mondes dans un placard. C’est une histoire politique avec des super-héros. Ce qui a passionné la planète dans le MCU revient ici chez DC et crée une grosse envie. Tout simplement excellent.

La série est découpée en cinq années de deux tomes (soit onze tomes), une suite intitulée Ground zero et une autre, Injustice 2, en cours de publication chez Urban.

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