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Spider-man: le cauchemar

La trouvaille+joaquim

Comic de Paul Jenkins et Umberto Ramos
Panini (2022)- Marvel (1999), 112p., collection anniversaire Spider-man, volume #8.

Spider-Man : Le Cauchemar – Par Paul Jenkins & Humberto Ramos – Panini ComicsAu choix totalement dérisoire ou moment original de la saga du Tisseur, ce cauchemar est principalement porté par les dessins si particuliers et clivants du mexicain Umberto Ramos. Au début des années quatre-vingt-dix apparaissent les éditions Image, nées d’un départ d’auteurs majeurs de l’époque de Marvel ou DC tels Todd MacFarlane, Jim Lee ou Marc Silvestri. Devenu aujourd’hui le principal éditeur des comics indépendants, Image lance toute une génération de jeunes auteurs, dont Umberto Ramos avec son style cartoon qui détonne à l’époque sur des séries aussi radicales que Dv8 ou Crimson, mais encore un certain Joe Madureira ou autre David Finch. Ce Cauchemar marque l’arrivée sur la licence Spidey de Ramos, alors une des superstars du comics US sur une narration qui dénote ans son approche adulte qui parle de mort (de Gwen Stacy), de folie (du Bouffon vert), de couple en crise. Une vision loin du Spider-man éternel adolescent qu’ont choisi de reprendre les studio Disney dans son MCU.

L’intrigue est assez maigre: il s’agit d’un affrontement très violent entre Spider-man et son pire ennemi, bien décidé à créer un tel choc chez Peter Parker qu’il ira jusqu’à le tuer, mettant fin à leur affrontement et brisant définitivement la morale du héros. Cela permet pourtant des planches et une atmosphère qui nous rappelle furieusement Batman dans son conflit éternel contre sa moitié folle, le Joker. Des encrages en ombre et lumière Top 10 Green Goblin Storylines: #4à la rage du Tisseur lorsqu’il décroche la mâchoire de son adversaire, des provocations verbales permanentes de Norman Osborn qui menace ses proches, beaucoup de marqueurs des histoires de Batman apparaissent dans un album qui se démarche franchement du canon Marvel. Alors on pourra trouver que les dessins ont vieilli (Ramos s’est amélioré depuis, jusqu’à l’incroyable diptyque ecclésiastique réalisé chez Soleil avec le même scénariste quelques années plus tard), il maîtrise pourtant remarquablement l’action et des cadrages étonnants semblant plonger la camera au cœur de la mêlée dans des heurts rageurs. Avec un principe proche de Spider-men, j’ai trouvé cet opus bien plus ambitieux et intéressant dans ce qu’il propose.

A noter un carton rouge à Panini qui pour rentrer dans le tarif promo de la collection a cru bon de scinder ce triptyque pour ne proposer que le premier affrontement contre le Bouffon, brisant l’enchaînement qui faisait probablement partie du projet du scénariste au même titre que la saga des couleurs de Tim Sale et Jeff Loeb. Le goût d’inachevé à la lecture de l’épisode du Bouffon est est sans-doute atténué par les épisodes sur Octopus et Venom, dont la physionomie too-much rend tout à fait intéressant le style d’Umberto Ramos… Je ne saurais trop vous conseiller donc d’opter plutôt pour la version intégrale des trois affrontements… pour peu que le trait du dessinateur vous convainque.

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Age of Ultron

Intégrale de 320 pages comprenant les épisodes #1 à #10 de la mini-série Age of Ultron, écrite par Brian Michael Bendis, et dessinée par Bryan Hitch, Carlos Pacheco, Brandon Peterson et Butch Guice. Parution en France chez Panini Comics le 14/09/2016.

Robot pas bô

Si vous connaissez vos classiques, alors vous savez déjà sûrement que l’IA, ça craint. La science fiction regorge en effet d’exemples édifiants de monumentaux ratages lorsqu’il s’agit pour l’Homme de créer la vie à son image, en commençant par le Golem jusqu’à Skynet en passant par Frankenstein.

Il est possible que ce soit parce que l’Homme, étant foncièrement corrompu, ne peut finalement rien créer d’autre qu’une engeance défectueuse et abjecte. En tout état de cause, les Avengers ne peuvent que partager ce sentiment, puisque depuis les années 60, ils sont harcelés par une intelligence artificielle tantôt guignolesque, tantôt génocidaire, nommée Ultron.

Ultron a de particulier qu’il est une création de Hank Pym, alias l’Homme-Fourmi, génie scientifique et Avenger fondateur quelque peu instable qui a, par erreur, donné naissance à l’un des ennemis les plus acharnés de nos héros. En effet, Ultron au fil des ans, connaît maintes incarnations et mises à jour qui le rendent chaque fois plus dangereux, et, à chaque fois, les héros arrachent une victoire sur le fil, en ignorant s’ils y parviendront la fois suivante. Parmi eux, les plus visionnaires, comme Tony Stark, savent que Ultron finira par atteindre un point au delà duquel il sera impossible de l’arrêter, et qu’il atteindra inexorablement son but, à savoir exterminer l’Humanité (très original…).

En 2013, année de la publication de Age of Ultron, Brian Michael Bendis est en fin de course, après avoir présidé aux destinées des Avengers durant quasiment dix ans. Le scénariste, multirécompensé, aura engendré des sagas telles que Avengers Disassembled (2004), puis House of M (2005), Secret Invasion (2008), Siege (2010), avec toujours plus ou moins de succès.

En 2010 après la fin de Dark Reign (le règne sombre de Norman Osborn), l’auteur mettra d’emblée les héros face au robot tueur dans la V4 de la série Avengers, après une petite escarmouche dans la série Mighty Avengers en 2006 . Il implantera alors l’idée de son retour inévitable et de sa victoire éventuelle, et montrera ainsi toutes les extrémités auxquelles il faudra consentir pour tenter de l’arrêter. En effet, dans Avengers V4, les héros constatent que Kang le Conquérant, voyageur temporel, a tout tenté pour empêcher l’ascension d’Ultron dans le futur, en vain. Ce dernier remporte la victoire dans toutes les versions, forçant le Voyageur du Temps à tenter encore et encore de le vaincre jusqu’à briser le flux temporel. On voit donc déjà que l’idée de départ de Age of Ultron était déjà présente chez l’auteur auparavant. Recyclage ou exploitation avisée ?

Il faut admettre que le bilan est mitigé pour cette Ere d’Ultron (dont le titre sera repris pour le second opus de la saga Avengers au cinéma). La première partie dépeint un monde post-apocalyptique, dans lequel ce que craignaient les Avengers est arrivé: Ultron est revenu, est il a gagné. Secondé par une armée de robots à son image, l’entité artificielle s’est bâtie une forteresse gigantesque, d’où il observe maintenant les ruines fumantes du monde qu’il rêvait de dévaster.

Ce qu’il reste des héros vit terré dans des souterrains, démoralisés et hagards. Même Captain America, parangon de vertu et de courage, a baissé les bras face à l’ampleur de son échec et n’ose pas envisager une riposte. Certaines personnes, en revanche, comme Hawkeye et Black Widow, résistent et espèrent trouver une solution au problème. Cette solution va vite se présenter, sous la forme d’une plateforme temporelle, qui appartenait autrefois à Victor Fatalis. Les héros, enhardis par cette perpsective, se scindent en deux groupes: le premier va dans le futur, pour stopper l’ultime Ultron qui tire les ficelles, tandis que Wolverine décide de prendre le problème à la racine en allant supprimer Hank Pym avant la création d’Ultron.

Comme on peut s’en douter, lorsque vous mêlez voyage temporel et univers bâti sur des décennies de continuité, et que vous ôtez de surcroît un personnage fondateur, cela donne lieu à un petit festival d’effets papillon qui pourrait être exploré sur une bonne douzaine de chapitres. Wolverine se réveille donc dans un présent débarrassé d’Ultron, mais gouverné par quelque chose de pire, évidemment. Le mutant griffu va donc devoir payer de sa personne pour remettre le flux temporel sur les rails et réparer ses erreurs.

En effet, sans la présence d’Hank Pym dans l’univers Marvel classique, beaucoup d’événements majeurs n’auraient pas eu la même tournure, et les répercussions cumulées ont de quoi donner le vertige. En fouillant un peu, on peut même trouver la liste des effets de la mort d’Hank Pym sur la timeline Marvel, écrite par Bendis en personne.

Néanmoins, si l’idée est bien pensée, son exécution reste quelque peu en deçà de ce que l’on pouvait espérer. Après de longs moments de confrontation pas très fructueux, Wolverine et son alliée de circonstance sont capturés, par des héros qui ne les reconnaissent pas ou les prennent pour des imposteurs, tandis que certains commencent à entrevoir ce qu’il se joue réellement. Ce passage un peu décevant ne sert finalement qu’à donner à Wolverine la solution idoine à son problème de paradoxe temporel, qu’il se presse de mettre en œuvre sans trop d’obstacles sur son chemin. Quant à la partie action, la mission-suicide de Captain America et consorts dans le futur ? Pas un mot, pas une case sur son issue, l’apparence de cet Ultron Ultime n’étant révélée que dans les couvertures variantes.

Il peut parfois être salutaire de défier et prendre à revers les attentes des lecteurs, mais quand ces manœuvres confinent davantage de la roublardise fainéante que de la véritable subversion, cela pose un problème. Toute une ligne narrative tuée dans l’œuf, et une autre ligne narrative qui se contente d’un aller-retour dystopique sensé donner tort à la philosophie radicale de Wolverine, ce ne sont là que les symptômes d’une écriture en fin de course, comme nous le disions plus haut, qui rendaient d’autant plus opportun le passage de flambeau de Bendis sur les séries Avengers.

Et puis, avec le recul, il y avait peut être plus intéressant comme personnage principal que Wolverine, le mutant dont le pouvoir caché semble être l’ubiquité, tant il était surexploité et omniprésent dans les productions globales du Marvelverse.

Maintenant que l’on sait tout ça, tentons de résumer cet Age of Ultron: un pitch intéressant mais recyclé, une exécution sommaire et finalement peu inspirée, un protagoniste bateau déjà-vu, un antagoniste invisible, une écriture hasardeuse et une conclusion expéditive. Clairement pas le meilleur event de Brian Bendis et une assez triste façon de clôturer un run monumental de dix ans qui figure parmi les meilleures périodes des Avengers.

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Hercule

La trouvaille+joaquim

BD de JD Morvan et Looky
Panini (2012-2014), 46p./tome, série finie en trois tomes.

Après une lecture fort enjouée sur la série Shaolin  (que je vous conseille!) j’ai comme toujours parcouru la biblio du très bon dessinateur (Looky) pour tomber sur cette adaptation Space-opéra du mythe d’Hercule dont les planches semblaient impressionnantes. JD Morvan proposant tout à la fois certaines folies créatives dont il a le secret et des projets trop rapidement construits du fait du nombre incalculable d’albums qu’il scénarise j’ai abordé cette lecture en terra incognita.

Hercule (Looky) (tome 3) - (Looky / Olivier Thill / Jean-David Morvan) -  Science-fiction [CANAL-BD]Tout d’abord il semble que la série ait bien été prévue en douze tomes (comme les Travaux) puisque ces trois albums suivent les thèmes du Lion de Némée, l’Hydre de Lerne et le sanglier d’Erimanthe. On a donc très vraisemblablement affaire à un arrêt précoce qui n’est guère surprenant à la lecture puisque outre des dessins tout à fait réussis mais à l’aspect fortement numérique qui rebutent généralement le grand public, l’intrigue peine à accrocher un lecteur qui suit plutôt les actions bourrines de cet avatar du demi-dieu sans vraiment de fil conducteur. Le premier tome suit pourtant la narration originelle avec une Hera cybernétique qui fait commettre l’irréparable à Hercule, ultime guerrier-esclave qui assassine femme et enfants dans un état second. Contraint de remplir des missions punitives pour une puissance mystérieuse il part donc de planète en station spatiale pour éliminer une menace, après des enquêtes parfois en mode polar, aidé de side-kick plutôt sympathiques…

Hercule (Morvan/Looky) - BD, informations, cotesLa construction de l’univers est absolument flamboyante avec un gros travail d’adaptation à la fois référencé et très libre pour faire coller la mythologie grecque à ce space-opéra proche de la Dark-fantasy, très sexy et très gore où les textures informatiques posées par Olivier Thill sur les superbes dessins de Looky nous plongent dans un univers techno proche de celui des Meta-Barons. On ressent à la lecture une interinfluence artistique puisque l’univers graphique très sombre et violent rappelle le premier album de Valentin Sécher, Khaal. La création des design est vraiment inspirée et on aurait aimé embarquer dans ce monde cohérent où les dieux sont remplacés par une caste dominante et la magie par une ultra-technologie permettant toute distorsion spatiale et temporelle. On savoure les jeux de termes, les noms mythologiques techno-ifiés et certaines idées pas brillantes mais très savoureuses (les cornes du sanglier).

Bref, tout était en place pour proposer une grande série SF. Mais EXCLUSIVE: First look at interior art from Hercules: Wrath of the Heavensle scénariste est victime comme souvent d’un frein lié à l’adaptation, qui empêche par soucis de fidélité de se libérer complètement. Très porté sur les adaptations, Morvan subit les mêmes affres récemment sur ses Princes-démons. En oubliant d’héroïciser son Heraklès il le transforme en pantin du scénario, sorte de biker bad-ass en diable mais qui perd l’attrait de la toute puissance herculéenne. On suit alors ses aventures comme un beau décors et l’on oublie en fin d’album ce qu’on vient de lire. Manque d’ambition sans doute également car en segmentant par trop ses travaux et en partant sur un tome par épreuve on sérialise tout cela sans donner de l’empathie pour le personnage et l’on saute littéralement d’une aventure à une autre. Objet étrange, à la fois superbe, créatif, mais un peu hermétique, comme si la froideur des planches transpirait sur le texte, cette fausse trilogie Hercule mérite surtout pour la découverte d’un dessinateur et sur le potentiel qu’elle pouvait produire. Comme nombre d’autres ouvrages de dessinateurs du reste les amoureux d’univers et de dessins se régaleront, ceux qui attendent une vrais BD passeront sans doute leur chemin.

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Savage Dragon #1: Nouveau Départ

Premier tome (enfin, pas tout à fait) de la série écrite et dessinée par Erik Larsen chez Image Comics. Parution en France le 15/01/2022 aux éditions Black & White.

Horde sauvage

Avec Savage Dragon, on va chercher dans une frange assez spécifique des comics américains, pour plusieurs raisons. Créé officiellement en 1992, Savage Dragon est le fruit de l’imagination d’Erik Larsen, un auteur qui a fait ses premières armes chez Marvel à la fin des années 80. Mû par une saine émulation avec les autres auteurs du moment, Larsen a accompagné ses compères, Todd McFarlane, Jim Lee, Whilce Portacio en tête, qui ont tous quitté Marvel avec grand fracas pour créer Image Comics, un label indépendant qui donne la part belle aux droits des auteurs, et qui compte encore beaucoup aujourd’hui dans l’industrie du comics américaine.

Depuis lors, Erik Larsen mène seul sa barque depuis plus de 30 ans, en tant que scénariste et dessinateur d’une des séries les plus longues du même auteur. Savage Dragon se démarque par un ton décalé et résolument adulte, mais également par un graphisme très marqué qui emprunte sans complexe au « sense of wonder » propre à Jack « The King » Kirby. Malgré cela, la série n’aura qu’un impact assez réduit en France au fil des ans, avec seulement quelques tentatives d’incursion sur le marché dont la dernière doit remonter à 2007.

Mais, Savage Dragon, de quoi ça parle ?

Un beau jour en 1992, Frank Darling, un officier de police de Chicago, trouve dans un champs brulé un humanoïde à la peau verte et doté d’un aileron sur le sommet du crâne. Cet être à la force herculéenne n’a pas le moindre souvenir de son identité, mais a la singulière capacité de parler un nombre impressionnant de langues, et d’être relativement calé sur l’histoire récente du monde. Voyant là une opportunité sans précédent, Darling fait des pieds et des mains pour que cet être, qu’il surnomme Dragon (ce qui deviendra plus tard son nom légal), intègre les rangs de la police pour maintenir l’ordre à Chicago.

En effet, depuis quelques temps, un aréopage surnommé le Cercle Vicieux, constitué de ce que l’on nomme des freaks (des streumons selon la VF proposée par Black & White) se fait connaître de la pire des façons, si bien que la police n’est plus de taille à faire face. Pour lutter contre des monstres, la police se dote donc de son propre monstre, et ainsi débutent les rocambolesques aventures de Savage Dragon !

Il serait bien évidemment fastidieux de résumer 25 ans de continuité, ce que l’éditeur français Black & White semble avoir bien compris. Néanmoins, pour apprécier cette nouvelle incursion de la série en France, il convient d’être au clair avec certains éléments. Durant ces années (la particularité de Savage Dragon est que le temps passe aussi vite dans la série que dans notre monde), Savage Dragon a lutté contre le Cercle Vicieux, plusieurs fois, il est tombé amoureux, plusieurs fois aussi, et il a eu un fils, Malcolm Dragon, dont la mère est décédée, et également une fille adoptive (plus ou moins), Angel Summers Dragon. Il s’est retrouvé pris au piège d’autres dimensions, a rencontré des versions alternatives de lui-même et à même parlé à Dieu.

Après des années de mystère autour de ses origines, le voile est enfin levé au milieu des années 2000 dans un numéro spécial. Dragon se nomme en réalité Kurr, empereur de la race nomade des Krylliens, qui parcourent les étoiles dans un vaisseau-monde en quête d’une planète habitable. Arrivé aux abords de la Terre, Kurr décide que la quête de son peuple est terminée et que l’Humanité doit céder sa place. Sadique et cruel, Kurr s’apprête à commettre un génocide lorsque deux Krylliens prennent la décision de l’évincer en le privant de sa mémoire avant de le téléporter sur Terre, où il sera retrouvé par Frank Darling. Après un rebondissement, la personnalité de Kurr ressurgit et ce dernier manque de peu d’atteindre son objectif.

Revenu à la normale, Dragon doit affronter les conséquences de ses actes passés et il est emprisonné puis privé de ses pouvoirs d’élu Kryllien, ce qui active ceux de Malcolm, qui se retrouve propulsé sur le devant de la scène. C’est à ce nouveau départ que les éditions Black & White nous proposent d’assister.

Héritage familial

Ainsi, Malcolm, tout juste entré au lycée, doit-il faire face, comme son père avant lui, aux responsabilités d’un héros, et concilier comme il le peut ces deux aspects de sa vie, à la façon d’un Peter Parker, dont les aventures en tant que Spider Man ont un impact sur sa vie de lycéen. Ce changement de paradigme donne un sentiment de complétude, car le passage de flambeau semble tout à fait logique sur toute l’étendue du récit. Il se passe d’ailleurs peu ou prou la même chose dans Walking Dead (le comics) lorsque Rick Grimes est mis en retrait au profit de son fils Carl.

A ce stade, Erik Larsen repose donc les bases de sa série, en mettant l’accent sur un aspect soap opéra qui fait la part belle à la vie sentimentale de Malcolm. Donc pour le moment, pas de grande bataille ni de voyage temporel, juste de la baston bien bourrine comme on n’en trouve que dans Savage Dragon.

Malgré ce changement de focus sur le protagoniste et l’évolution en temps réel, l’univers de SD conserve un doux parfum de nineties, avec ce qu’il faut de héros bodybuildés et de costumes bariolés improbables. Ce parti pris, qui était très premier degré lors de la création d’Image Comics, peut sembler aujourd’hui désuet mais il faut reconnaître à l’auteur un talent particulier pour le sous-texte et l’autodérision.

En dépit d’un gros pincement au cœur de ne plus voir notre cher Dragon au centre de l’action, pouvoir lire du Savage Dragon en VF est un réel plus, et une initiative salutaire de la part des éditions Black & White !

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Star wars #2: épreuve de force sur Nar Shaddaa

La trouvaille+joaquim

BD Jason Aaron, Stuart Immonen et Simone Bianchi
Panini (2015), 120p., Contient les épisodes 7 à 12 de la série Star Wars de 2015.

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Après la bataille de Yavin qui conclut l’épisode IV: Un nouvel espoir, l’Empire est loin d’être déchu… Alors que les rebelles multiplient leurs opérations de sabotage, Luke rencontre Vador et tombe sur le journal d’Obi-wan Kenobi en cherchant le moyen de devenir un chevalier Jedi…

Star Wars 2015 Issue 11 | Read Star Wars 2015 Issue 11 comic online in high  quality. Read Full Comic online for free - Read comics online in high  quality .Très peu friand de l’exploitation infinie des grandes saga ciné sur tous les médias, je ne suis tombé sur ce second tome de la série tenue par Jason Aaron que du fait de la présence de Stuart Immonen aux dessins. Parfois l’industrie permet de petits miracles et lorsque l’on prend deux auteurs en pleine dynamique on aboutit à cette superbe aventure qui nous replonge directement dans le plaisir des visionnages de l’ancienne trilogie. Sorti en 2015 ce second tome d’une série détaillant les aventures des héros juste après la fin du premier film (l’Episode IV) se situe au milieu d’une créativité folle des deux auteurs qui voit sortir en quelques mois All-new X-men (les premiers volumes incroyablement dessinés par ImmonenAaron prenant la suite de Bendis après le volume quatre), le Massacreur de dieux ou Original sin.

En fait je ne parlerais pas tellement des dessins tant ils éclatent d’évidence, et si vous connaissez le talent du canadien sur sa meilleure période (sinon dépêchez-vous!!!) je n’aurais pas besoin de vous convaincre beaucoup qu’il est un des top 5 dessinateurs de comics en activité (et prochainement en gest de luxe sur la suite du Magic ordre de Mark Millar, prenant la suite d’Olivier Coipel). Non, ce qui enjoue dans cette lecture c’est cette capacité qu’a eu le scénariste à retrouver l’esprit des films, des personnages, aidé il est vrai par la technique d’Immonen à rendre très ressemblants les acteurs des films. Les expressions appuient les joutes verbales entre Leia et Solo alors qu’une troisième larronne (la « femme » de Solo!) entre dans la danse et que Luke… se jette dans les emmerdes tout seul et fleur au fusil. Business à usual!Star Wars: 6 New Planets Introduced by Marvel's Comics - Page 3

On pourra trouver que c’est fan-service, qu’il n’est pas difficile de reprendre des séquences devenues culturelles. Pourtant nombre ont essayé sans succès, en plagiant ou en perdant la fluidité des longs-métrages. Ainsi Aaron développe son cahier des charges avec un pas de côté. Il nous place un Hutt qui n’est pas Jabba, il casse le duo comique-amoureux Leïa-Solo en le renforçant dans de très drôles dialogues absurdes qui ne jouent pas tant sur Stuart Immonen – Star Wars #8 – Mat&CoMicsla nostalgie que sur la mécanique même des personnages. La naïveté de Luke aussi nous touche et dans sa quête d’une solution pour devenir Chevalier Jedi, bien avant que Ben lui indique d’aller chercher Yoda (dans le film l’Empire contre-attaque). L’auteur arrive ainsi très subtilement à insérer cette aventure intercalaire avec la prélogie et la mythologie Jedi qui était finalement assez peu présente dans les premiers films Star Wars. Les épisodes dessinés par Bianchi, très jolis également illustrent le Journal d’Obi-Wan Kenobi, qui raconte à Luke les années de surveillance sur Tatooïn. Alors que la série Disney abordant cette période s’apprête à débarquer sur les écrans il est amusant de voir qu’il y a presque dix ans Jason Aaron avait déjà proposé quelque chose de très intéressant. Cette alchimie se fait avec un grand naturel si bien que l’on termine cette histoire pleine d’action et d’humour avec l’impression d’avoir visionné un film perdu de la saga. Comme quoi tout n’est pas perdu pour les projets audiovisuels de Lucasfilm, pour peu que la boite recrute de bons scénaristes humbles et créatifs.

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Spider-men

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Comic de Brian M. Bendis et Sara Pichelli
Panini (2022), Marvel (2012), one-shot.

Album présenté dans la collection anniversaire du printemps des comics Panini 2022.

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Lors d’une patrouille Peter-Parker tombe sur Mystério… qui le propulse dans une autre dimension. Dans ce monde semblable au sien il va faire la rencontre d’un autre spider-man…

A Spoiler-Free Review of Bendis and Pichelli's 'Spider-Men' #1Dans la recherche permanente de nouveaux publics et de renouvellement, Marvel a lancé dans les années deux-mille un nouvel univers nommé Ultimate permettant de réinventer ses personnages hors de la continuité historique. Jusqu’en 2015 et le crossover Secret wars on a pu ainsi voir apparaître plein de nouvelles versions des super-héros, dont ce fameux Miles Morales, une des initiatives les plus rafraichissantes depuis pas mal de décennies dans le monde des super-slip.  Avant de donner naissance au Spider-verse deux ans après, cet album sélectionné dans la très historique collection anniversaire Spider-man de cette année a surtout valeur patrimoniale pour plusieurs aspects.

D’abord les auteurs. A peu près inconnu lorsqu’il crée l’univers Ultimate, Brian M. Bendis est aujourd’hui un des grands manitou de l’industrie, à l’origine notamment Spider-Man Artdes event majeurs House of M (chez les X-men) et Secret invasion (dont la série adaptée s’apprête à sortir sur les écrans Disney). Sara Pichelli est elle une débutante dans l’industrie et deviendra une des principales dessinatrice du tisseur toutes ces années, considéré comme une des dessinatrices les plus importantes dans le genre super-héroïque? Ensuite la création du personnage de Miles Morales est un évènement historique: d’une part en assumant de changer radicalement l’identité du personnage le plus iconique de la Maison des idées les auteurs ouvrent la porte à toute une série de bascules que nous voyons encore aujourd’hui, y compris au MCU avec le passage de témoin du bouclier de Capitain America ou Jane Foster devenant Thor. Ce changement crée en outre un nouveau héros noir, ce qui est encore très loin d’être le cas, rajeunissant encore un peu plus le juvénile Spidey. Enfin en créant de fait le multivers moderne (on sa connaissance par Nick Fury et les Avengers), ce spider-men est une charnière majeure de l’histoire récente des super-héros et de leur interface avec le MCU.Spider-Men » par Brian M.Bendis & Sara Pichelli | 9emeArt.fr

Pour l’album en tant que tel l’intrigue tient sur un timbre-post et ne revêt pas grande émotion, retournement ou action marquante. Les dessins de Pichelli sont très agréables, les personnages et les dialogues comportent leur lot de fun, le méchant est pathétiquement insignifiant, bref, nous avons là la parfaite excuse en pilote automatique pour consommer du spider-man. Un peu le pendant graphique du récent film No way home et son fan-service totalement inutile. Pour la réinvention et l’originalité on foncera plutôt sur le Spider-Verse de Coipel et le Spider-Island de Ramos et Camuncoli.

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Siege

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Comic de Brian M. Bendis et Olivier Coipel
Panini (2021), one-shot.

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A la tête du HAMMER et de ses Dark Avengers Norman Osborn est le nouvel homme fort du pays. Lorsque Loki se présente à lui il se laisse convaincre de la nécessité de déclarer la guerre à Asgard, terre étrangère hébergée sur Terre à la suite des évènements de Civil War et Secret invasion. Le duo provoque un incident qui déclenche l’attaque. La bataille des Dieux contre les Dark Avengers puis avec les Avengers commence…

Comme l’éditeur français de la Distinguée Concurrence, Panini a lancé depuis quelques années une collection fort alléchante de « must-have » bien pratiques pour ceux qui comme moi restent un peu en retrait des foultitudes d’arcs infinis de l’univers Marvel. Avec la garantie de se lancer dans les lectures indispensables et marquantes on peut alors piocher sur ses personnages préférés ou les top-dessinateurs du monde des super-slip. Le soucis c’est que les liens entre ces arcs majeurs sont tellement étroits que l’on tombe parfois sur un os avec le sentiment d’arriver au milieu du gué. Ne vous inquiétez pas, votre hôte est là pour essuyer les plâtres et vous défricher non seulement ce qui vaut le coup mais… l’ordre dans lequel il faut lire ces albums. Et pour faire bref, Siège nécessite des lectures préalables pour apporter toute sa saveur.MARVEL DELUXE - SIEGE de Brian M. Bendis & Olivier Coipel -  hellrick.over-blog.com

En effet on ouvre cette courte mais fort sympathique baston avec un contexte qui laisse sans voix: Asgard est situé sur Terre (en Oklahoma…), Osborn (le Bouffon vert, ennemi de Spider-man) est à la tête d’Avengers qui comprennent Vénom, Wolverine, Hawkeye ou Sentry (personnage pour lequel je vous invite vivement à lire le billet de Dahaka avant de vous plonger dans Siège). Côté gentils on a rien de moins que deux Captain America, un autre Hawkeye, Miss Marvel et Spider-girl… Bref pas mal de bazar dans le who is who pour un lecteur qui suivrait tout cela principalement via le MCU. L’intrigue est simplissime puisque cet event très axé fan-service est surtout là pour résoudre les incidences de Civil War et Secret Invasion avant le chamboulement global de Secret wars. N’ayant pas encore lu Secret invasion (qui vient de sortir en Must-Have) je ne saurais aller plus loin dans les liens entre les deux. Conscients de cette difficulté les éditions Panini proposent en fin de volume un important dossier permettant à la fois de comprendre ce qu’on vient de lire mais aussi de plonger dans l’histoire des super-héros Marvel. Bon point.Practitioners 20: Olivier Coipel | Beyond the Bunker

Pour revenir à nos moutons, le principal intérêt de ce Siège (qui est plus une bliszkrieg en fait…) repose sur les planches parfaites d’un Olivier Coipel au trait mature et qui propose juste ce qui se fait de mieux en matière de super-héros avec un certain Stuart Immonen. Aux dessins sur tout l’album (hormis un prologue dessiné par Michael Lark) il nous propose des plans hyper-dynamiques parfois en doubles pages, quelques grandioses panorama et les inévitables poses collectives. On est là pour ça et on ne boude pas son plaisir de voir Thor et Sentry se projeter au-travers des tours d’Asgard. Si l’album devait être adapté au cinoche il n’y a qu’un Michael Bay qui serait apte à rentrer dans la subtilité du joujou… On parle de Sentry, c’est l’autre point fort de l’album, https://i0.wp.com/www.4thletter.net/wp-content/uploads/2011/02/bhm-coipel-siege-02.jpgavec un aspect très sombre et inquiétant sur un certain nombre de cases, jusqu’à l’évènement central, inattendu et choquant que l’on ne pensait pas pouvoir trouver ailleurs que dans Injustice. S’exonérant comme jamais du Comic code authority, Brian M. Bendis arrive ainsi à proposer des séquences très gonflées dans un cadre archi-formaté. Son méchant devant dépasser le pitch de départ (on a quand-même les plus grands méchants de Marvel qui remplacent les Avengers sur Terre!), on nous envoie donc un super-man déviant et implacable qui va contraindre Thor à user de toute sa puissance.

Frustrant, court mais intense, ce Siege n’est peut-être pas un véritable Must-have (ou pour Coipel) mais c’est un vrai bon moment de pop-corn à la très bonne tenue, finalement pas si fréquent dans l’océan des albums de la Maison des idées. Si vous aimes les beaux dessins et les comics de héros pas trop prise de tête (adorateurs de HoX/PoX passez votre chemin…), attrapez Secret invasion et Siege lors de votre prochain passage chez votre dealer, mettez la bière au frais et Rock’n’roll!

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Le gout du chlore

La trouvaille+joaquim

BD de Bastien Vivès
Casterman (2008), 135p., one-shot.

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Le sport ce n’est pas trop son truc, pourtant avec sa scoliose lorsque son kiné lui dit d’aller faire de la natation, il s’exécute. Dans ce temple aquatique il découvre un univers de silence, d’anonymes, d’ombres étranges. Lorsqu’elle surgit de l’eau telle une sirène gracieuse il se retrouve fasciné…

Le goût du chlore – Bastien Vivès - A propos de livres...Bastien Vivès est un étrange auteur qui parvient à faire une jonction entre la « haute BD » celle des sélections d’Angoulême, des revues littéraires et de Télérama et de la BD populaire qui lorgne vers le Manga et le comics avec Lastman par exemple. Celui qui a récemment repris Corto Maltese publiait donc en 2008 sa troisième BD dont on sent (comme pour son comparse Sanlaville) ce très doux album quasi muet, contemplatif, qui nous décrit l’immersion d’un naïf dans le monde aquatique des piscines publiques et l’amour naissant, pudique, pour une nageuse qu’il croise lors de ses séances. Très fortement influencé par l’Animation, Vivès joue sur les formes, les perspectives brisées par la nappe aqueuse, nous faisant presque ressentir le piquement du chlore et le brouhaha étouffé du lieu que nous connaissons tous.

Outre une technique déjà impressionnante dans son style minimaliste, c’est la force de l’évocation qui marque à la lecture rapide de cet album. Chaque image est juste, nous parle de VGAOfficialArt on Twitter: "Bastien Vivès - Le Goût du chlore  https://t.co/pcuogNXZOO" / Twitternos heures de piscines, d’un lieu où chacun partage les mêmes moments, parfois étranges lorsque sous la douche des gens de toutes formes vous regardent dans votre uniforme synthétique. A cela s’ajoute dans la deuxième partie ce touchant sentiment amoureux d’un garçon pas à l’aise et qui n’ose exprimer ses sentiments.

Marqué par de longues observations et beaucoup de très beaux moments, Le goût du chlore est un feelgood album qui rappelle les petites choses et la puissance de l’observation de ces artistes dont on attend souvent beaucoup et qui parfois nous offrent de si petites mais jolies choses.

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****·Actualité·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Zaï-Zaï-Zaï-Zaï

La trouvaille+joaquim

BD de Fabcaro
6 pieds sous Terre (2015), 70p., one-shot.

L’album a reçu de nombreux prix en festival BD et critiques, il a été adapté à la radio, au théâtre et au cinéma.

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C’est l’histoire d’un type qui en oubliant sa carte du magasin devient ennemi public numéro un. C’est l’histoire d’une société qui ne sait plus ce qui est grave de ce qui ne l’est pas. C’est l’histoire d’une République où le buzz médiatique détermine la manière de penser des citoyens. C’est l’histoire d’un road-movie en absurdistan qui dézingue une France terrorisée par son ombre…

Seule l’humour permet d’aborder des questions centrales, profondes, sans avoir à se confondre en excuses pour les gros mots et la radicalité de l’uppercut. Véritable phénomène (… dans le milieu des lecteurs de BD, soyons raisonnables!), le court album de Fabcaro jouit d’une réputation qui dépasse ses seuls lecteurs. Partant d’un postulat absurde l’auteur déroule sa dissection d’une société qui n’a plus de boussole au fil de séquences qui prennent le format de magazines d’humour. Sur un schéma très proche de ce que proposent Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud sur leur série Faut pas prendre les cons pour des gens dans Fluide Glacial, Fabcaro fait rire, avec un fond. Si l’absurde est toujours la source du rire, il pointe toujours des formules, des raisonnements télécommandés et surtout l’absence totale de réflexion de nos concitoyens qui passent sans transition d’une crainte de terroristes cachés parmi nous à la terreur d’un virus avant de s’indigner du sort d’un peuple soudain frère aux portes de l’Europe. Ici un vigile menace de faire des roulades arrières, les voitures Renault font des cabrioles et les parents déconnent avec leurs enfants sur le danger de tomber sur un Nordhal Lelaldais en sortant de l’école…

Bédéthèque idéale #92 : “Zaï zaï zaï zaï”, le goût pour l'absurde de FabcaroLa force de l’absurde est de créer des parallèles évidents, incontestables, de rendre immédiatement grossiers des schémas de pensée pourtant quotidiens aujourd’hui. Ici l' »autre » dangereux, étrange car différent est l’auteur de BD (la petite touche autobio pour déconner). Transposez les discours gentiment racistes en remplaçant « migrant » ou « musulmans » par « auteur de BD » et vous avez évidemment des séquences tordantes d’absurdité et bêtise. La technique est connue mais toujours aussi mordante et efficace.Zaï Zaï Zaï Zaï de Fabcaro : la BD la plus drôle du monde

Notre époque use et abuse du comique (notamment au cinéma) en ayant totalement oublié sa dimension politique, dans un politiquement correcte usant. L’humour n’est jamais aussi bon que lorsqu’il attaque, qu’il dénonce, comme le montre un Wilfried Lupano tout au long de sa bibliographie. Tout juste adapté au cinoche, Zaï-zaï-zaï-zaï (et grand merci à l’auteur pour la rédaction fort aisée de son titre…) est une lecture nécessaire qui joint le salubre à l’agréable.

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***·Comics·La trouvaille du vendredi·Rapidos·Rétro

Solo #2-3

La trouvaille+joaquim

Comic d’Oscar Martin
Delcourt (2016-2017),
Série en cours, 5 tomes parus +1 HS et 1 série dérivée: « chemins tracés ».

Les volumes comprennent des fiches techniques sur les « races » peuplant ce monde désolé. La chronique du premier volume est visible ici. le premier cycle de trois tomes est conclu, le second est en cours avec 2/3 tomes parus.

Solo s’est trouvé une famille, un clan qui a envie de protéger. Mais le monde est impitoyable et la vie n’a pas lieu dans cet apocalypse. Ce rêve d’amour et de relations est-il réellement impossible? Les êtres vivants ne sont-ils que proie et prédateur?

Attention spoilers!

mediathequeEn refermant le premier tome j’avais espéré qu’un scénario parvienne à emballer ce morceau de nerf, ce monde violent et dépressif qu’a construit Oscar Martin. Malheureusement, si l’atmosphère désespérée, la tension permanente et bien sur les combats sanglants sont toujours de grande qualité, on finit par se lasser de ce Solo tome 2 - BDfugue.comdésespoir et de cette fuite du rat musculeux dans les wastlands agrémentées de ses réflexions pseudo-philosophiques. L’artiste a un réel talent pour poser une ambiance mais une fois le principe posé il n’ose pas bâtir une intrigue qui finit par tourner en rond comme s’il ne savait pas comment sortir de sa spirale de désespoir. Etant donnée la pagination des albums il devient lassant de voir le héros se battre, se faire allumer, au bord de la mort avant que moultes Deus Ex machina ne viennent le sauver. Ses images du bonheur qu’il a pu effleurer sont touchantes mais là aussi redondantes.

Symbole de cette incapacité, aussitôt l’émotion des retrouvailles avec ses proches retombées, Solo repart dans une quête sans espoir. Aussitôt confronté à ces méchants humains dont la menace nous est montrée progressivement qu’il fuit à nouveau, nous laissant plein de frustration. Le problème de cette série c’est qu’elle ne semble pas parvenir à résoudre ce qu’elle met en place, se contentant d’un porte-monstre-trésor (sans trésor) qui paraît faire surtout plaisir à l’envie du dessinateur de croquer des éventrements de créatures hideuses par son rat-conan. Il est possible que cela fasse partie d’un grand plan de l’auteur visant à maintenir un désespoir qui sera résolu avec l’arrivée de la seconde génération (dont j’ai chroniqué l’intermède qui vient de sortir). En attendant on ronge un peu son frein. Si le premier tome avait été une découverte, le second maintient une sorte Solo T3 : Le monde cannibale (0), comics chez Delcourt de Martinde frustration tout en développant une intrigue… que le troisième maintient en sur-place. Entendons-nous bien: la progression familiale impossible avance (même lentement) dans la série et la destinée de Solo trouve une conclusion, sans doute inéluctable. Mais l’omniprésence d’adversaires interchangeables, finalement pas si forts que ça crée un paradoxe: malgré la dangerosité de ce monde on ne ressent pas la tension, la craint nécessaire à construire tout drama. Hormis quelques rares séquences brutales la routine de la survie et du malheur du héros finit par nous laisser un peu trop extérieurs, trop peu impliqués.

Comme malheureusement nombre de projets de dessinateurs Solo manque de structure, de projet et se repose par trop sur ses dessins et son worldbuilding. C’est très lisible mais pas suffisant pour en faire le monument que certains veulent bien clamer. En espérant que le second cycle me détrompera…

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