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Sushi & Baggles #21

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  • Bloodshot reborn #1 (Lemire/Alen, Suayan, Martin/Bliss) – 2016.

badge numeriquecouv_279990J’avais chroniqué l’intégrale Bloodshot il y a environ un an avec un très bon ressenti. Avec le nombre de séries en retard chez Valiant je ne m’étais pas précipité, privilégiant Ninjak. J’ai eu tort tant ce premier volume de Bloodshot Reborn est une belle claque et pour l’instant ma meilleure lecture de l’univers Valiant! D’abord par les dessins de Mico Suayan que l’on a pu voir sur Bloodshot Salvation et Harbringer wars, est juste sublime. Je suis pourtant généralement réticent à ce genre de style souvent très figé. Ici l’expressivité, le mouvement, l’encrage sont totalement dans l’esprit de ce badass de bloodshot, c’est beau et ça crée un univers. En outre il introduit visuellement des dialogues mentaux du monstre avec le personnage de Bloodsquirt, sorte de surmoi violent en mode dessin-animé. Car ce qui fait la grande force de ce volume c’est à la fois la grande simplicité de l’intrigue et la focale mise sur la perturbation mentale de cet homme dévasté qui s’affronte avec ses pulsions intérieures entre humanité et inhumanité, entre rêve et réalité. C’est bien écrit, drôle, puissant, passionnant! L’album nous avertit qu’il s’agit de la suite directe de The Valiant, à la fin duquel [ATTENTION SPOILER] Lire la suite « Sushi & Baggles #21 »

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Tao Bang

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD de Blanchard, Vatine, Pecqueur et Cassegrain
Delcourt (1999-2005), série terminée en 2 volumes. 46 p./album

En 1999 le label série B lancé par Olivier Vatine chez Delcourt (bientôt rejoint par son comparse Fred Blanchard) a quatre ans. Après un album (Corail noir) que beaucoup considèrent comme un chef d’oeuvre mais qui ne clôture pas la série Aquablue, Vatine part faire un comic Star Wars puis revient chez Delcourt où il lance cette collection destinée à publier des BD de SF, des Western et tous les univers pulp d’action graphique débridés. Après une expérience d’animateur Didier Cassegrain se laisse tenter par l’expérience BD avec cette histoire de pirates sexy dans un univers de fantasy steampunk…

Résultat de recherche d'images pour "tao bang cassegrain"A Port-Xanath le lupanar d’Ellora fait grise mine: le terrible Chrik-dragon Ad Arphax a entrepris de faire concurrence en employant les mythiques sirènes dans sa propre maison close. Le colosse Norden et ses acolytes décident d’entrer dans le conflit, lorsqu’ils trouvent sur leur route la pirate Tao bang, qu’il connaît très bien…

Lorsque le premier tome sort c’est un événement tant l’alliance du design de Vatine et Blanchard avec la maîtrise technique et les couleurs de Cassegrain font mouche. Il faudra malheureusement attendre pas moins de six ans entre les deux volumes d’une série qui annonçait une suite (la vallée des géants). J’avais lu le premier tome à l’époque et viens de découvrir la clôture de cette histoire avec l’immense regret de savoir que la suite n’aura jamais vu le jour. Car avec le recul, Tao Bang est vraiment une grande réussite, totalement dans l’esprit Série B, avec des personnages attachants, de l’action très efficace (comme le montre le dessinateur sur son récent Conan) et un univers riche. Ce qui plaît c’est le côté coquinou bienheureux, un monde où le sexe est joyeux, les méchants bien bêtes et où les querelles ne durent jamais bien longtemps. Un esprit Walt Disney avec le puritanisme en moins. Car chez Tao Bang les filles sont très court vêtues, les messieurs torse-poil et les combats se finissent souvent tête tranchée. C’est la grande aventure remplie de scènes improbables et de vannes lancées dans les moments les plus dramatiques.

Résultat de recherche d'images pour "tao bang cassegrain"Si l’intrigue lancée dans le premier tome nous prépare à un voyage potentiellement long, il semble que les auteurs aient préféré clôturer l’histoire en seulement deux volumes, avec une accélération un peu dommage sur le second tome où nous avons des ellipses très brutales. Cela ne suffit pourtant pas à dégrader la qualité de ce diptyque tant l’action est effrénée, drôle, esthétique. Ce qui m’a beaucoup plu c’est à la fois la touche steampunk qui donne toujours une coloration originale aux univers et le côté « poignée de coqs dans une basse-cour »: sans jamais tomber dans le vulgaire, le thème de la sexualité et de la nudité sont permanents et introduisent un aspect paillard de marin fort sympathique à cette histoire. Didier Résultat de recherche d'images pour "tao bang cassegrain"Cassegrain, fort de son expérience en animation, sait déjà dynamiter ses pages avec une action extrêmement lisible malgré son style très particulier qui pourra faire tiquer certains lecteurs. On sent à chaque plan une maîtrise du cadrage, du mouvement et une vérité qui transpire de ces personnages dégingandés aux aspects de marionnettes mal dimensionnées. Personne ne pourra nier que Didier Cassegrain a un style unique que seule une colorisation très numérique (c’était l’époque de Schell et rosa…) sur le second album vient entacher. On ne lui tiendra pas rigueur de cela tant le début des années 2000 ont vu les dessinateurs s’engouffrer dans l’outil numérique sans toujours réaliser l’obsolescence de ces aspects lisses.

Ayant lu Tao Bang dans la foulée des Clous rouges j’ai été surpris de constater que le premier parvient bien mieux que le second à retranscrire cette magie de la fantasy, de ces mondes naïfs où chaque bâtisse est incroyable et où les barbares n’ont jamais froid aux yeux. Résultat de recherche d'images pour "tao bang cassegrain"Le dessinateur qui a passé beaucoup de temps dans des univers contemporains et SF entre les deux titres n’a finalement pas beaucoup bougé et le trait sur Tao Bang est déjà remarquablement mature. Sans doute la colorisation est-elle désormais plus subtile et maîtrisée mais l’on sent le plaisir (notamment sur le premier album) du dessin, de la construction d’univers. Étonnant de maturité, ce premier album mérite d’être redécouvert et constitue un témoignage des débuts d’une équipe créative initiée par Vatine, aujourd’hui arrivée à la notoriété alors que leurs meilleures productions se situent peut-être dans ces déclarations d’amour que sont Tao-Bang, 500 fusils ou les premiers Carmen MacCallum ou encore un certain Gipsy que Marini dessinait chez un autre éditeur…

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Uncanny X-force: la solution apocalypse

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Comic de Rick Remender, Jerome Opena, Esad Ribic, …
Panini (2015)/ Marvel (2010), 261 p.
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Contient les épisodes Uncanny X-force 1-10 et Wolverine Road to Hell. L’album comprend le contenu éditorial classique chez Panini à savoir une introduction contextualisant, la bio des trois principaux auteurs (Remender, Opena et Esad Ribic) et une galerie de couvertures alternatives, ainsi qu’un diagramme de lecture des albums Deluxe Panini sur les X-men et X-force. Rien d’exceptionnel mais la beauté des couvertures et des planches suffit à rendre le volume agréable.

L’X-force a été reformée par Wolverine pour mener les opérations nécessitant de se salir les mains, ce que refusent de faire les X-men de Cyclope réfugiés sur leur île d’Utopia. Financée par le richissime Angel et épaulé par le mercenaire immortel Deadpool, la télépathe Psylock et l’espion androïde Fantomex, la X-Force se retrouve au premier plan pour empêcher le retour du premier mutant Apocalypse…

En entamant cet album j’avais tout à la fois bon espoir devant un casting pareil et les très bons échos trouvés sur les blogs pour cet arc,tout en craignant une équipe de mutants que je ne connaissais guère. Pour vous rassurer il s’agit d’un excellent Marvel, relativement accessible pour peu que vous ayez Wikipedia pas loin pour se renseigner sur quelques personnages. Qui plus est, et c’est assez rare pour le souligner, c’est un album surprenant à plus d’un titre.

Résultat de recherche d'images pour "x-force la solution apocalypse"Tout d’abord l’écriture de ces épisodes est remarquable et nous fait retrouver un Rick Remender comme on le connaît, drôle, exigeant, limite intello. L’album est structurés autour d’une première histoire qui confronte directement X-force aux Cavaliers d’Apocalypse puis avec des mission one-shot qui déroulent les conséquences de cette confrontation. Sans être didactique, le scénariste se mets néanmoins à la portée du grand-public en insistant sur les caractères et les relations de ses personnages. Et ceux-ci sont tous intéressants, sauf peut-être un Logan qui, un peu à contre-emploi, se content de de jouer les boss, ce qui ne lui va pas. Si Deadpool et Fantomex sont très drôles dans leurs réparties décalées (ils font un peu double emploi mais le duo est efficace tout le long, sans en faire des caisses et en permettant d’en éliminer un des deux de temps en temps sans perdre la case humour) le plus intéressant reste la relation Psylock/Angel: ce dernier a été jadis Cavalier d’Apocalypse qui lui donna des ailes de métal et une puissance redoutable. Depuis le mutant est schizophrène, gardant au fonds de son esprit la personnalité du méchant Archangel qui ne demande qu’à prendre possession de ce corps pour aller réinstaurer une ère d’Apocalypse. Cela permet de dépasser le désormais connu débat entre les héros Résultat de recherche d'images pour "x-force la solution apocalypse ribic"partisans de la puissance assumée des mutants et ceux qui veulent cohabiter avec les humains. La relation amoureuse s’ajoute à la thérapie psychique d’Angel et le thème du ver dans le fruit. Comment faire confiance à l’un de ses plus puissants membres quand on sait qu’il peut nous trahir à chaque instant? On retrouve la problématique Jean Grey/Cyclope mais cela reste très intéressant à suivre. Ce qui est plus surprenant ce sont les états d’âme de ces bad-boys & girls de l’univers X-men… La raison d’être du X-Force ce sont les sales missions et Wolverine est connu pour être le plus insensible et pulsionnel des mutants. Du coup la spécificité « adulte » de l’équipe retombe un peu alors qu’en face les méchants sont particulièrement réussis.

Il est intéressant de lire avec un certain recul cet album paru au milieu des années 2000 et portant sur des recoins assez pointus de l’univers Marvel. Pour ceux qui ont vu la récente (et excellente!) série Legion sur Netflix vous retrouverez beaucoup de thématiques, que ce soit l’univers mental intérieur, mais aussi directement l’entité passionnante du Roi Ombre, de même que des proximités avec le jeu sur les réalités de Jupiter’s Legacy. Résultat de recherche d'images pour "uncanny x-force ribic"La structure du récit se rapproche assez de ce que fait Valiant, avec des intrigues assez simples mais des épisodes qui enrichissent tous l’ensemble cohérent. Si l’intrigue ne se termine pas vraiment à la clôture du volume, l’évolution (prévisible) reste très intéressante de par la richesse des personnages. Du coup on a assez envie de poursuivre sur les volumes suivants, surtout que les dessins semblent aussi qualitatifs que ceux de ce premier opus.

Car graphiquement la bar est mise très haut, avec notamment une première partie de Jerôme Opena très impressionnante et qui renvoie Esad Ribic au niveau de rajout industriel… Aucun des intervenants ne fait tache dans le décors mais il est vrai que la partie sur le combat contre les cavaliers est une vraie pépite visuelle et textuelle, peut-être encore Résultat de recherche d'images pour "uncanny x-force billy tan"plus belle que sur Seven to Eternity. Je reconnais que la partie sur « Le monde » (sorte d’intelligence artificielle ayant bâtie un monde intérieur comme une sorte de dimension parallèle) m’a laissé stoïque et le dessin du croate un peu en service minimum (hormis sur les magnifiques couvertures) ne suffit pas à renforcer l’intérêt… contrairement aux deux courts récits dessinés par Rafael Albuquerque et surtout Billy Tan avec ses faux airs de Guillaume Sorel. La solution Apocalypse est vraiment un superbe volume qui a le grand mérite de ne pas vous perdre. Je n’irais pas jusqu’à parler de porte d’entrée mais l’on prend un grand plaisir en compagnie de ces freaks. Ce n’est pas si souvent qu’un album Marvel est aussi cohérent et construit et l’on ne va pas bouder son plaisir.

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*****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro·Un auteur...

Jazz Maynard: la trilogie barcelonaise

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD de Raule et Roger
Dargaud (2007-2009), premier cycle en 3 volumes. Intégrale n&b 138 p.

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La série Jazz Maynard se termine cet automne avec un septième opus qui conclut les deux cycles (la trilogie barcelonnaise et l’islandaise). Chaque album est disponible en version simple couleur et la première trilogie est parue en intégrales grand format couleur et n&b. Cette dernière est assortie d’une passionnante préface du scénariste Raule qui raconte l’origine du personnage et de la série, ainsi qu’un cahier graphique final qui achève de nous faire tomber la mâchoire si celle-ci n’est pas totalement décrochée après cent trente pages d’encrages virtuoses.

« Jazz » Maynard est un enfant de la rue, de la nuit barcelonnaise. Revenu d’un séjour de dix ans aux Etats-Unis, il retrouve les saveurs, l’ambiance des clubs et la musique de sa trompette. Il retrouve aussi son pote Téo, spécialisé dans les embrouilles, la pègre locale et la police corrompue. Jazz aime la musique et la paix. Mais lorsqu’on touche à ses proches il est obligé d’intervenir…

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard  roger"J’ai découvert la série Jazz Maynard tardivement car les couvertures ne m’avaient pas attiré et que je croyais avoir affaire à une BD musicale. Lorsque je suis tombé dedans j’ai été scotché par deux choses: la puissance des encrages et le sens du mouvement. Roger est un virtuose capable en deux traits de suggérer un geste, une intention. Comme pour Ronan Toulhoat, autre dessinateur très encré, sa colorisation est assez monochrome et peut décevoir. Le fait de le lire en grand format noir et blanc confirme plus que jamais la puissance de son intuition graphique. Sous un aspect parfois grossier (notamment sur le premier tome) avec des visages caricaturaux, littéralement coupés au couteau, transformant certains sbires presque en androïdes et les femmes aux formes extrêmement plantureuses, il propose des planches à la force cinématographique rarement vue. J’ai coutume de dire que la supériorité de la BD franco-belge est basée sur le fait que ses dessinateurs ont digéré les atouts du manga et du comics pour en proposer une synthèse adulte et artistique. On en est là avec Jazz Maynard où les traits parfois non finis sur la planche encrée et destinés à être comblés par la couleur… se suffisent à eux-même et laissent la mémoire visuelle du lecteur faire le boulot avec une impression de mouvement saisissant.

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard  roger"Monté comme un film avec des changements de plans fréquents qui participent du mouvement, le premier cycle emprunte au polar hong-kongais avec une cité nocturne gangrenée par les mafia autant que par la corruption et où ce n’est pas le côté de la barrière du crime où on se situe qui définit les bons des méchants mais la seule morale. On ne sait rien de ce mystérieux jazzman-cambrioleur hormis qu’il a passé dix ans aux Etats-unis après une enfants crapuleuse à El Raval. Ce sera le second cycle qui s’attellera à nous raconter par flash-back successifs ce que le jeune homme y a trouvé: une famille et un mentor… La trilogie barcelonnaise a le bon goût de ne pas trop en vouloir, s’appuyant avant tout sur le visuel et les situations (souvent cocasses par l’énormité des gangsters). Comme dans les films de Hong-Kong, le héros est un Image associéeacrobate hors-pair, se retrouve au milieu d’imbroglios mêlant les pires crapules de la ville autour d’une obscure affaire de pièce de monnaie. Les combats contre les golgoth roumains ou contre les fils de Kaïn, ces ninja glabres à la rapidité tranchante sont un summum de bonheur graphique qui nous ramène aux glorieux jours où maître Masamune Shirow faisait combattre Dunan Nuts. Le dessinateur a tellement bien assimilé la science du cadrage qu’il joue subtilement de techniques telles que l’Eyefish, les perspectives faussées ou le hors champ sans que l’on ne remarque rien et sans jamais sacrifier la finesse de ses arrières-plans.

Si les planches sont à tomber, le scénario est aussi simple et efficace qu’un Tarantino, s’appuyant sur l’essentiel: les personnages. La galerie est impressionnante et présentée sans temps morts, entre les deux policiers cousins débiles, le commissaire « chevalier » blanc et sa technique de la négociation en caleçon, les trognes impayables du gang de Judas (quel nom!) Melchiot, l’acolyte Téo évidemment (qui a des accents du Simon Ovronaz de Largo Winch), mais aussi la vieille clocharde, etc; c’est à peu près tous les personnages de la BD qui marquent visuellement ou verbalement! Le premier cycle est construit logiquement en trois sections: l’arrivée mouvementée de Jazz en Espagne et l’explication rapide de son passé récent, le braquage du gang roumain, le rassemblement de tout le monde pour le final explosif. Sur le second cycle les auteurs perdront un peu la précision métronomique de leur série avec une intrigue d’espionnage un peu étrange qui transpose les héros en Islande sans que l’on ne comprenne vraiment pourquoi et surtout les séquences de la jeunesse, les plus intéressantes, mais qui hachurent le récit et l’action. L’ensemble de la série reste excellente bien sur mais on aurait aimé une série au plus long court pour découvrir d’autres lieux, d’autres facettes de ce personnages fascinant.

Résultat de recherche d'images pour "jazz maynard  roger noir et blanc"Si l’irruption de Ralph Meyer (autre virtuose) dans le Western a marqué ces dernières années (notamment du fait du battage sur sa « filiation » avec le dessin de Jean Giraud), Roger Ibanez est pour moi une révélation tout aussi impressionnante, marquante et dont les dessins bruts montrent également en toute évidence l’influence du papa de Blueberry. Auteur discret et besogneux il a une productivité lente et l’on comprend qu’il n’ait pas souhaité s’enfermer toute sa carrière sur un personnage aussi charismatique et commercialement efficace que Jazz Maynard. J’espère vivement que la conclusion que les espagnols nous offriront sera à la hauteur, jusqu’à la prochaine perle qu’ils vont nous fabriquer. En attendant tout amateur de dessin encré qui ne connaîtrait pas encore Jazz Maynard se doit de rattraper ce manque!

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Sushi & Baggles #20

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  • All-new Captain America (Remender/Immonen/Panini) – 2015 (2017).

badge numeriquecouv_305326Très impressionné par le talent de Stuart Immonen je poursuis mon rattrapage de sa biblio, après All-new X-men et Empress. L’opportunité de découvrir le nouveau Captain (paru en BD plus de cinq ans avant qu’il n’advienne dans le MCU) avec le Faucon Sam Wilson qui hérite du fameux bouclier avec Immonen au dessin et Remender au scénario m’emplissait d’envie… Las! Hormis des dessins effectivement très bons (au niveau des All-New X-men) avec des encrages toujours énormes de Wade von Grawbadger, on retombe dans les travers des publications Marvel, à savoir un scénario indigent qui nous propulse en plein milieu d’une intrigue probablement débutée dans dix séries parallèles et qui voit l’Hydra encore une fois lancée dans un plan machiavélique employant moultes méchants que je ne connais pas. On ne comprend rien, ça se téléporte de-ci de-là, ça meurt mais pas vraiment… après quinze rebondissements de ce type on est fortement lassé, pas du tout impliqué et on se demande vraiment ce qu’est allé faire l’auteur de Seven to Eternity et Tokyo Ghost dans cette galère. Pour les dessins et le travail graphique de l’équipe je laisse deux Calvin mais c’est déjà généreux.

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  • Tsugumi Project  #2 (Ippatu/Ki-oon) – 2019, 2 vol. parus.

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A peine quelques semaines après la parution du premier volume nous voici de nouveau en compagnie de Léon (le héros est français, en lien avec le fait que l’édition originale de ce manga soit faite chez nous!), Dudu et Tsugumi dans un Tokyo dévasté. Cette fois opérationnel après son atterrissage en catastrophe et sa retrouvaille avec son acolyte musculeux, le héros part à la recherche de documents sur l’arme secrète à l’origine de la mission. Après avoir aidé Tsugumi à sauver son lion géant d’un effondrement sismique, il réalise bientôt que cette dernière est plus dangereuse qu’il n’y paraît. Hormis le fait qu’il ne se demande pas un instant si ce ne serait pas elle l’arme secrète, le volume se lit d’une traite, avec assez peu de textes et beaucoup de décors délabrés et majestueux à la Néo-Tokyo (Akira), des pérégrinations aériennes de la jeune fille et les grimaces facétieuses du copain Dudu. J’avoue que j’ai vaguement tiqué sur la représentation vaguement raciste du pote noir marrant, très fort et un peu con que reprennent un certain nombre de mangas (comme beaucoup de films hollywoodiens du reste). Mais la série reste très bien dessinée, pleine d’action, de mystères autour du passé et de cette arme. Très équilibré le volume fait réellement avancer la connaissance de l’univers et donne envie de continuer.

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  • Docteur Strange: sorcier suprême de la galaxie #1 (Waid/Saiz/Panini) – 2019.

bsic journalismbadge numeriqueCritique réalisée pour le programme Superlecteurs Iznéo.

Ce que j’aime avec Iznéo c’est que ça permet de tenter des comics Marvel de temps en temps sans trop de risque (financier et en place sur l’étagère). Au milieu d’une majorité de déceptions, je tombe régulièrement sur de très bonnes surprises (par exemple, ici, , et ici.) et ce Docteur Strange en fait partie. Pourtant parti sur une idée totalement WTF (le sorcier part dans la galaxie sur un vaisseau que lui a prêté son pote Tony Stark comme une thérapie pour retrouver ses pouvoirs perdus), l’album propose en cinq épisodes de lire des aventures exotiques auprès d’extra-terrestres plus ou moins belliqueux, mais surtout de savourer des échanges avec le personnage de la technomancienne et l’idée principale de l’opus: la magie a différentes sources et peut être collée sur des artefacts. Certains peuples la considèrent ainsi comme une simple science physique au même titre que l’électricité… L’album n’a pas d’ambition mais est fun, très joliment dessiné par un Jesus Saiz dont la technique rappelle l’Ariel Olivetti qui avait fait des miracles sur X-O manowar. On peut trouver ça trop numérique mais ça donne tout de même de très jolies planches. Si comme moi vous avez découvert les aventures de Stephen Strange avec le MCU et trouvez le personnage super cool, vous pouvez sans soucis tenter la lecture de cet album sympathique.

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Empress

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Comic de Mark Millar et Stuart Immonen
Panini (2017), 179 p., One-shot.

couv_303880Le moins que l’on puisse dire c’est que j’attendais de le lire celui-là! Lors de sa sortie beaucoup de battage avait été fait et pour cause, les deux auteurs que je ne connaissais pas sont parmi ce qui se fait de mieux dans le circuit du comic indépendant. L’abominable couverture m’avais fait passer à côté et je ne comprends toujours pas comment un dessinateur aussi talentueux que Stuart Immonen a pu produite un dessin aussi banal et de mauvais goût, surtout quand on connaît la propension des américains à survendre une série sur ses couvertures… Comme a son habitude Pannini propose l’album avec ses sept chapitres et leurs couvertures originales, un texte d’introduction, une bio des auteurs en fin d’album ainsi qu’une galerie des (superbes) couvertures alternatives d’Immonen. L’album est encré par le collaborateur habituel du dessinateur canadien, Wade von Grawbadger, l’un des meilleurs en activité et qui participe grandement à la qualité des planches d’Immonen.

Il y a bien longtemps… l’empire du roi Morax qui a son siège sur la planète Terre domine une grande partie de la galaxie. Tyran sanguinaire, il est marié à une jeune et magnifique femme, Emporia qui, lassée de cette violence et de son absence de liberté, va s’enfuir avec ses enfants et son garde du corps…

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"Allons droit au but, Empress est loin du chef d’oeuvre qu’il aurait pu être et jouit des mêmes qualités et des mêmes défauts que les autres créations du scénariste écossais: un dessinateur majeur, un pitch impérial, un traitement classique autour de la famille, de la trahison, une mise en image monstrueuse et globalement un aspect jamais vu. Millar a du talent, on le sait. Il est feignant, on le sait aussi et déroule des intrigues classiques sur des one-shot fort agréables mais qui ratent toujours le coche de l’album qui fera date. Manque d’ambition, de concentration, je trouve dans Empress les mêmes sentiments que sur le récent Magic Order avec Olivier Coipel: d’abord Waou! puis Ah bon?

La grande réussite de l’album ce sont les personnages, décalés, inattendus et qui se révèlent très progressivement. Il y a un côté fun chez cet auteur qui sait mieux que quiconque ce que l’on a envie de voir en BD. Il se fait plaisir et nous fait plaisir (dans cet ordre ou dans l’autre…). Pas de longues mises en places et de temporisations verbeuses chez Millar, il va droit au but pour placer son contexte et commencer l’action. Là où ça pèche c’est dans le procédé utilisé, facile, trop facile, comme sur Magic Order ou sur Jupiter’s Legacy. Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"La faute au format trop court sans doute (des séries de trois volumes siéraient mieux aux super idées du scénariste), il transbahute sa famille de fuyards de lieux en lieux grâce à un téléporter. Du coup on se rapproche du concept d’un Black Science qui m’avait lassé justement en raison de ce manque de constance dû aux multiples environnements. Millar est gonflé et arrive toujours à nous placer une scène grandiose, inattendue et donc qui fait mouche. Mais à la fin de la lecture on a la désagréable sensation d’avoir été trimbalé passivement dans une histoire qui n’a pas d’intrigue. On ne peut pas dire que la fin soit bâclée, mais à force de placer un gros twist final dans ses albums on finit par ne plus être surpris.

Sur la partie graphique il en est de même. On sent à chaque case poindre le très grand talent du rare Stuart Immonen mais également la facilité et l’économie de moyens. Pour une fois ce n’est pas le dessin du canadien qui rehausse l’album car il reste assez en retrait, notamment du fait d’une colorisation flashy pas vraiment bien pensée. C’est parfois un peu brouillon et si la gamme reste de haut niveau on n’a pas la claque de la collaboration de Millar avec Quitely ou Coipel.

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"L’intro éditoriale présente l’album comme la contribution « Star Wars » de Mark Millar à l’univers des comics. On sent en effet l’envie de grand space Opera. Mais le chois d’axer l’intrigue autour de la famille et le tic du scénariste de tenter de prendre le lecteur à contre-pied empêche l’aventure de prendre une dimension épique qui aurait dû être. On se retrouve alors avec une très bonne course-poursuite qui nous fait visiter des lieux, races alien improbables, des lumières techno entrecoupés par des dialogues parfaitement orchestrés. Mais il manque un petit quelque chose qui fasse étincelle. Les deux signatures peuvent légitimement faire monter les enchères des attentes des lecteurs et en cela ils seront vaguement déçus. Si l’on exclut cela Empress reste une très sympathique aventure spatiale avec son lot de scènes d’action endiablées et d’acrobaties quantiques.

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Rapaces

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD Jeau Dufaux et Enrico Marini
Dargaud (1998-2003), série terminée en quatre volumes, 294 p.

couv_99105La série a été relue sur les albums originaux. Une intégrale augmentée existe ainsi qu’une intégrale en deux volumes. Un Hors-série très dispensable propose de développer l’univers sur des croquis de Marini. Une réedition avec de nouvelles couvertures, plus élégantes, est parue en 2015.

L’inspecteur de New-York Vicky Lenor est une incorruptible. Avec son collègue Spiaggi, elle enquête pourtant sur une série de meurtres rituels qui semblent inexplicables rationnellement. Lorsqu’elle découvre une conspiration impliquant les plus puissants dirigeants de la ville et jusque dans la police, elle se retrouve contrainte d’entrer en clandestinité pour mettre au jour une lutte ancienne qui va faire basculer son monde…

Image associéeSi vous lisez régulièrement ce blog vous savez que Marini fait partie des auteurs que j’admire et suis depuis ses premières séries. D’ailleurs c’est le premier auteur pour lequel j’ai fait plus d’une TrouvailleRapaces est l’incursion de l’auteur italien dans l’univers sombre et sexuel de Jean Dufaux, un auteur que j’apprécie assez moyennement, mais qui a permis durant quatre volumes à Enrico Marini de dépeindre les paysages urbains et gothiques qui lui donneront plus tard envie de réaliser son diptyque sur le Chevalier noir ou encore son projet actuel sur le polar noir. Car Marini c’est tout autant l’histoire (le Scorpion, L’étoile du désert, Les aigles de Rome) que le polar d’action urbain, même si ses longues et très rentables séries feraient presque oublier le second.

Résultat de recherche d'images pour "marini rapaces"Rapaces est une variation sur le thème des Vampires, de la domination clandestine d’une caste surnaturelle qui prévaut à la destinée du monde des hommes. Le conspirationnisme mêlé au fantastique le plus classique auquel le scénariste apporte ses visions sexualisées SM qui font à mon sens beaucoup de mal à cette série. Car l’atmosphère gothique qui parcoure ces pages est très riche et Marini y a déjà atteint un niveau graphique élevé et minutieux (on est avant le Scorpion et après une Étoile du désert déjà très beau). Le scénario, simple, relativement court et bien structuré avec une progression difficile à anticiper procure du plaisir en nous plongeant dans les tanières de cette caste qui rappelle énormément les familles de la série de Thierry Smolderen. Le choix d’insérer dans chaque album des scènes de sexe assez ridicules et surtout la tenue des deux Résultat de recherche d'images pour "marini rapaces"rapaces qui ornent fièrement chacune des couvertures de la série fait terriblement penser à un cupide argument commercial. Marini est sans doute sensible aux tenues de cuir si l’on regarde sa biblio et a toujours eu un dessin sexy, mais comparé au toujours élégant Scorpion on frise souvent le vulgaire. C’est vraiment dommage car cela empêche cette série d’être le chef d’œuvre qu’il aurait pu être.

Les thèmes et la richesse graphique de la série sont en effet impressionnants en permettant d’aller de l’Espagne de la Reconquista aux bidonvilles indiens en passant par les grattes-ciel art déco new-yorkais ou les bas-fonds des clubs échangistes. La maestria visuelle du dessinateur et les formidables plans proposés par son scénaristes font de chacun des tomes de Rapaces de vrais bijoux. Résultat de recherche d'images pour "marini rapaces"La vraisemblance n’est pas de mise et l’on sent l’envie de fantasmer sur chaque bâtiment, chaque personnage, chaque costume, chaque plan pensé comme une séquence de cinéma. L’intrigue, si elle ne révolutionne pas un genre auquel il est courageux de s’attaquer, propose néanmoins de vraies innovations. On se plaît à découvrir l’histoire de ces immortels chassés par deux des leurs, à souffrir avec un inspecteur Lenore dépassée et ballottée entre puissances, à découvrir à chaque tome qui est ce mystérieux nouveau personnage… Jean Dufaux est un scénariste chevronné qui sait se montrer efficace et fait plaisir à son dessinateur avide de monde nocturne. Ne serait-ce ces fautes de goût citées plus haut donc, ils proposent avec Rapace une série majeure des années quatre-vingt-dix, au dessin très maîtrisé et qui change beaucoup des univers auxquels nous habituera ensuite le grand Marini. Si vous aimez cet auteur, si les décors de son Batman vous ont subjugués, dépêchez-vous de lire cette courte série vampirique avant l’arrivée de son œuvre au Noir

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Bientôt…