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Crusaders #4: Spin

La BD!
BD de Christophe Bec, Leno Carvalho et Simon Champlovier (coul.)
Delcourt (2022), 64p., série en cours.

Attention, ce billet contient des spoilers!

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bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Victime d’une « graine de Largan » la Terre a été détruite… Terrassée, la commandante de la délégation humaine Natalia Tarkowski va entrer en rébellion et obtenir des informations confidentielles sur les Emanants qui remettent en doute l’objectif de cette race supérieure…

Chose rare, on arrive à l’avant-dernier tome de cette monumentale saga spatio-quantique de Christophe Bec, qui aura su condenser son propos sur un format tout à fait digeste (contrairement à ce que je lis de-ci-de là sur cette série). Je suis pourtant un déçu des magnifiques concepts de l’auteur qui m’ont dégoûté (notamment sur Prométhée) à devoir attendre dix tomes avant de passer la seconde. Le vocabulaire scientifique qui lui est reproché est pourtant essentiel à l’approche hard-science de Crusaders tome 4 - BDfugue.comla série et finalement pas bien différent de l’autre grande série SF du moment, le Renaissance de Duval, auquel on ne reproche pas tant. Moins fluide que la série dessinée par Emem, Crusaders arrive pourtant à nous emporter dans ces paysages si lointains, ces dimensions si énormes que l’on en oublie (grâce aux très talentueux dessins de Carvalho) l’ambition du projet et l’aspect vertigineux des idées physiques abordées. Alors oui bien sur on se perd par moment dans certains dialogues (c’est recherché) mais je reprocherais plutôt une certaine insistance à pointer l’insignifiance des humains dans la pyramide de l’évolution galactique. Ce n’est donc pas tant la construction scientifique de l’album que la simple progression de l’intrigue qui peuvent indiquer que le moment est venu de conclure. On ne sait du reste pas grand chose de plus qu’au début et une fois passée la sidération devant les voyages subatomiques, les univers-bulles et la maestria destructrice à laquelle nous convient les auteurs, on aimerait bien savoir où tout cela finit étant donnée l’impuissance chronique des humains là-dedans.

Ca tombe bien puisque le sixième sera le dernier, en espérant que la tentation de conclure pour recommencer un nouveau cycle ne prenne pas monsieur Bec.

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Capitain Vaudou #1: Baron mort lente

La BD!
BD de Jean-Pierre Pécau, Darko Perovic et Nuria Sayago (coul).
Delcourt (2022), 64p., série en cours.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Les pirates ce n’est pas ce qui manque sur les étales des librairies BD. Alors quand Jean-Pierre Pecau propose une série dans l’univers de son jeu de rôle récemment ressorti en financement participatif on tient un motif d’intérêt. L’adaptation d’un jeu de rôle a un avantage et un inconvénient. Le fait de s’appuyer sur un univers nécessairement très fourni, gavé de pléthore de personnages et de possibilités d’intrigues est un indéniable avantage, que l’on retrouve dans ce premier tome, en ce que l’on sent mille et une informations esquissées entre Capitaine Vaudou (tome 1) - (Darko Perovic / Jean-Pierre Pécau) -  Historique [CANAL-BD]les cases et les dialogues. Je dis toujours que la richesse d’une BD d’aventure repose sur son hors-champ et celui-ci est forcément touffu pour un jeu de rôle. La contrepartie de cela est le risque justement d’être un peu perdu avec des personnages dotés d’une histoire pas forcément connue des non joueurs et le syndrome des BD Marvel DC qui pointe: la perte des lecteurs qui n’auraient pas suivi la continuité.

Rassurez-vous, pas de trop de dégât de ce côté, pour ce jeune irlandais envoyé au bagne en Amérique après un passage à Gorée pour ravitailler les navires marchands en « bois d’ébène« . Très rapidement le fantastique survient, ainsi que les pirates, avant de découvrir la très étrange société caraïbéenne où sages juif côtoient capitaines magiciens et maquerelle dominatrice. Dans ce monde le fantastique est omniprésent et l’on pourrait presque parler de « pirate fantasy » tant les actions surnaturelles fleurissent. Le tout reste correctement exploité en évitant le grandiloquant grâce à la mise en scène assez efficace de Darko Perovic. Et l’on finit cette agréable lecture (sans doute un peu trop rapide dans sa volonté d’avancer) avec l’envie d’en savoir plus sur ce puissant Loa qui a jeté son dévolu sur notre héros et les mystères du vaudou encore à peine effleurés.

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Adlivun

Histoire complète en 168 pages, écrite et dessinée par Vincenzo Balzano. Parution en France le 04/02/2022 chez Ankama.

Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Terreur des glaces

Le Capitaine Briggs, à la tête du Mary Céleste, décide de quitter la torpeur du port de Douvres, en 1847, et embarque son équipage dans une quête périlleuse qui ne comprend qu’une alternative: rentrer couvert d’or, ou ne pas rentrer du tout.

En effet, une généreuse récompense est offerte par la Marine Royale à qui ramènera sains et saufs les marins du Terror et de l’Erebus, deux navires partis en exploration dans le cercle polaire. De nombreuses rumeurs courent à propos de ces deux bâtiments et des eaux glacées dans lesquelles ils semblent s’être perdus. Mais cela n’arrête pas Briggs, et ce malgré la réticence de Jack, son second et médecin de bord.

Le Mary Céleste reprend donc la mer, pour une mission de sauvetage incertaine, qui va confronter son équipage à des secrets enfouis depuis longtemps sous les glaces polaires. Bien vite, Jack, Briggs et les autres vont être assaillis par des visions spectrales, des réminiscences morbides qui pourraient être les pauvres hères du Terror et de l’Erebus…

Après Clinton Road, Vincenzo Balzano revient pour explorer des évènements réels sous un angle fantastique. Cette fois-ci, nulle route maudite, mais des vaisseaux fantômes victimes de malédiction, et un capitaine taciturne qui ne révèle pas tout à son équipage. L’auteur puise cette fois-ci dans le folklore inuit, pour nous plonger dans une aventure contemplative qui ne met pas de côté l’épouvante.

S’il parvient à créer une ambiance pesante et immersive grâce à son dessin à l’aquarelle, Vincenzo Balzano semble toutefois moins à l’aise avec les règles qui régissent la magie inuit ici à l’œuvre. En effet, les révélations faites sur les origines de la malédiction m’ont paru quelque peu confuses, bien qu’elles semblent maîtrisées par l’artiste.

Un peu comme pour Clinton Road, l’auteur semble ici plus conteur visuel que véritable narrateur, la force de son récit provenant en premier lieu de l’impact des planches et du dessin, davantage que sur l’intrigue en elle-même.

Avec ses très belles planches et sa thématique, qui rappellent le Moby Dick de Sienkiewicz, Adlivun mêle habilement aventure contemplative et épouvante, malgré quelques soucis d’exposition quant aux aspects fantastiques de son intrigue.

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Bitter root #3: héritage

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Comic de David Walker, Chuck Brown, Sanford Green et Rico Renzi
Hi comics (2022) – Image (2021), 160 p.

Lauréa du Eisner award 2020 pour la meilleure série.

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bsic journalismMerci aux éditions Hi comics pour leur confiance.

Avec cette conclusion, en trois ans la série Bitter Root aura marqué les esprits et lancé fort logiquement une adaptation ciné qui s’annonce fort alléchante avec le réal de Black Panther comme producteur et le toujours brillant studio Legendary au Bitter Root Tome 3: Legacy - Comics de comiXology: Webtiroir caisse… Si vous avez lu les précédents volumes vous n’avez peut-être pas pris le temps de lire le volumineux dossier composé d’analyses d’auteurs, chercheurs, artistes noirs qui contextualisent le comic dans une culture de l’imaginaire noire assumée comme une fierté spécifique. Car sous son aspect Ghostbusters noir Bitter Root est une saga tout à fait intello qui propose des réflexions très profondes sur l’identité noire, le racisme endémique des Etats-Unis et la culture de cette minorité. Sorte de prolongement de la Blaxploitation, la série s’inscrit dans une réappropriation de genres aussi balisés que l’horreur lovecraftienne et la SF steampunk.

C’est là le plus grand succès de cette proposition qui du reste adopte autant de qualités que de défauts du média comics. A commencer par une narration inutilement hachée qui nous perd à force d’aller-retours dans le temps et dans l’espace. En cela le premier volume, le plus linéaire et inscrit dans les codes de la BD d’action fantastique était le plus accessible. Si le troisième retrouve une cohérence Bitter Root No.14 - Comics de comiXology: Webgraphique mise de côté sur le second tome, il tarde aussi à préciser son propos en nous enivrant dans des design et des séquences d’actions toujours remarquables. Plus centré sur les relations familiales avec plusieurs membres retrouvés cet ultime volume présente une nouvelle menace alors que la venue du démon Adro sur Terre a déclenché une réaction en chaîne qui semble rapprocher la famille Sangerye de la fin du monde. Alors que les humains mutent, que les jeunes rivalisent de rage pour « amputer » les monstres de leur haine, l’ancienne génération devra convaincre le clan de sortir de l’engrenage mortifère.

Alors que l’Epilogue annonce déjà de prochaines suites pour le clan Sangerye, on reste vaguement sur notre faim à cette demi-conclusion qui confirme le talent créatif et intellectuel indéniable des auteurs mais donne le sentiment que la parabole a peut-être pris un peu le dessus sur la simplicité pull d’un Skybourne

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Les seigneurs de la misère

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Salut la compagnie! Ce n’est pas Halloween mais on commence une semaine spéciale chasse aux monstres avec la chance d’avoir, hasard des sorties, un manga, une BD et un comic de très bonne qualité qui se rassemblent sur cette thématique. On commence donc aujourd’hui par l’univers du Goon chez Eric Powell, avant d’aller chasser le vampire mercredi en compagnie de Nicolas Siner et on finira par un nouveau manga de Mangetsu (la branche manga de Bragelonne), chez les suceurs de sang… Allez on commence c’est par ici:


Comic de Eric Powell
Delcourt (2022), 152 p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance !

De 2005 à 2015 Eric Powell a dressé les aventures fantastiques du Goon, un gros bras envoyé chasser toutes les créatures de la Nuit que compte l’Amérique. Je précise que je n’ai jamais eu l’occasion de lire cette série que je connais néanmoins de sa (grande) réputation et sur les dessins impressionnants de Powell. Sorte de cousin du Hellboy de Mignola, Goon permet surtout toutes sortes d’aventures dans un monde qu’on aime tant: celui des vampires, zombies et autres invocations qui rappellent que toute cette génération d’auteurs a été élevée à Stephen King et aux Contes de la Crypte.

The Lords of Misery - (EU) Comics by comiXologyAlors que Delcourt sort justement l’intégrale du Goon en de très copieux volumes (on imagine quatre volumes au total), nous arrive la première suite-spin-off qui va mettre Goon et un équipage mal assorti aux prises avec une sorte de Rasputin, nécromant immortel que le groupe occulte des Seigneurs de la Misère, recrutés parmi les plus grands criminels au monde, aura l’obligation de combattre s’ils ne veulent pas voir leur commanditaire s’en prendre à leurs proches… Que de bons sentiments comme on peut le voir et pour qui a déjà parcouru le travail de Powell, on ressent dès le prologue sur la Diabla cet esprit sale gosse qui dit ce qu’il a à dire sans se préoccuper de la bienséance. On sera juste surpris par le caviardage systématique (du comic d’origine je suppose) du langage très fleuri du personnage Atomic Rage qui paraît étrange au regard de la philosophie de l’auteur.

The goon -HS- Les seigneurs de la misèreJe ne m’attarderais pas sur les dessins virtuoses de l’artiste qui propose une grande variété de techniques, tantôt crayonnés bruts, tantôt dessins sépia, tantôt colorisés et qui nous rappellent que Powell est un des tous meilleurs illustrateurs américains en exercice. Ce qui plait dès les toutes premières pages c’est cet art de la simplicité, du droit au but dans un univers pulp qui s’assume entièrement dans tout l’art du cliché. Le prologue sur la Diabla donc nous place dans les meilleurs dispositions tant ce personnage d’esprit vengeur féministe s’imprime comme une des meilleurs surprises depuis longtemps dans la galaxie des héroïnes! On espère qu’elle aura autant plu à son créateur pour lui donner envie de la lancer dans des aventures solo (la discrétion du personnage dans cet album nous laisse plutôt optimiste là-dessus). Outre la Diabla, Powell se plait à nous proposer autant de personnages originaux et qui vont jusqu’à inviter une mise en abyme du genre comics lorsque le gamin loup-garou rencontre celui dont il lit les aventures dans les Les seigneurs de la misère de Eric Powell - BDfugue.comalbum Atomic Rage, celui dont le cerveau atomique lance des rayons destructeurs. Le tout est ficelé dans des dialogues à la fois simples et savoureux de second degré et de morgue.

Après des aventures rocambolesques dans les Carpates, les héros voient la perspective d’une poursuite de leur action se confirmer et une suite à ce volume avec. Au final si l’ambition de ce relativement court album est assez mince, le potentiel de cet attelage est juste énorme et pourrait si Powell le décide, devenir un des comics les plus populaire des prochaines années. Wait and see!

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Stillwater #1

esat-westComic de Chip Zdarsky, Ramon Perez et Mike Spicer (coul.)
Delcourt (2022), 152 p., série en cours, 6/13 épisodes parus.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

Lorsque Daniel West, jeune graphiste impétueux reçoit une convocation d’avocat pour toucher un héritage, il est loin de se douter qu’il va pénétrer dans une sorte de dimension parallèle: dans la ville de Stillwater plus personne ne peut mourir! Une bénédiction ou une malédiction, aux conséquences très concrètes pour ses habitants que le pouvoir local a décidé de couper du reste du pays…

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH1108/planchea_441423-f3307.jpg?1644310402Après une couverture de ce premier volume « collected » pas forcément engageante mais au design fort réussi et intriguant, Zdarsky et Perez nous plongent rapidement dans une atmosphère classique de la petite ville retirée aux mœurs étranges et aux lois très particulières. Lorsque la bascule vers le fantastique survient on réalise assez vite que l’objet de ce nouveau comic est bien celui de la fable politique sur une Amérique dont le poison trumpiste est bien loin d’avoir disparu et dont les fondements sociétaux plongent dans les racines mêmes du pays. Ainsi, sous couvert d’un récit fantastique que n’aurait pas renié le Maître du fantastique, c’est l’isolationnisme et l’approche très variable de la liberté individuelle qu’ont une bonne partie des américains qui est évoquée. Cette communauté a choisi il y a longtemps de se retirer du monde pour se dispenser des « expérimentations » que ne manqueraient pas de leur faire subir le gouvernement aux dires du juge local, devenu dirigeant de fait de la ville. Sans avoir besoin d’en rajouter, Zdarsky convoque dans la bouche de ce fanatique pourtant très crédible le toucher divin qui se serait porté sur les habitants de Stillwater, de même que le conspirationnisme visant un grand pouvoir gouvernemental qui rappelle les grandes heures des X-files.

Stillwater by Zdarsky & Pérez #5 - Read Stillwater by Zdarsky & Pérez Issue  #5 Page 13Stillwater est un comic adulte, tant par la violence crue que par le propos fortement politique et radical. Avec les yeux du héros traumatisé d’être tombé dans ce monde de fou, on est témoin de cette idée de la race pure menacée de l’extérieur et confrontée, ironie de l’histoire, par un de ses membres renégat dont le comportement met en danger tout le fragile équilibre paranoïaque installé par le juge et ses chiens de guerre. Le nombre de thèmes abordés par ce premier tome est impressionnant et propose un tableau malheureusement très crédible de cette Amérique trumpiste à l’influence encore pesante sur la « première démocratie du monde ». Ainsi des milices et de la violence légitime, ainsi de la menace des gauchistes (qui nous renvoie directement aux accusation de « wokisme », pour ne pas dire « gauchisme » renvoyé par notre propre gouvernement…) que l’on est prêts à éliminer car ils dérangent le mythe du peuple élu uni.

Sur le plan graphique Ramon Perez propose des cases dynamiques aux visages très expressifs avec ses encrages très forts qui renvoient à l’école hispanique. La colorisation rehausse fort avantageusement des planches où une certaine économie apparaît pourtant dans la réutilisation de cases en copier-coller, certes intelligemment modifiées mais qui peuvent donner par moment une impression figée. Petit détail bien mineur pour ces six premiers chapitres tout à fait enthousiasmants, qui rappellent la capacité des auteurs américains à s’approprier les démons de leur pays pour proposer des paraboles très perspicaces. Et combien le genre fantastique reste majeur pour aborder les problématiques socio-politiques.

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****·Comics·East & West·Jeunesse

Middlewest

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Comic de Skottie Young et Jorge Corona
Urban (2020-2021) env. 130p./album. Série finie en 3 volumes.
Info, Sélection officielle du 48e Festival d'Angoulême - Editions DupuisPrix jeunesse 12-16 ans Angoulême 2021

Série publiée en trois volumes chez Urban Link (label ado d’Urban comics) rassemblant les 18 chapitres de l’édition américaine publiée en 2018 chez Image. Les ouvrages sont au format comics, brochés, la première édition comportant les couvertures originales et des carnets de croquis.

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Abel est un p’tit gars du Middlewest qui n’a qu’une envie: que son paternel soit fier de lui. Il se lève tôt pour livrer le journal… mais rien n’est assez. Depuis le départ de sa mère, Dale maîtrise mal sa colère intérieure qui explose dans des accès de violence destructeurs. Abel se voit contraint de fuir à la recherche d’une enfance perdue…Middlewest, la recensione: di genitori, figli e tornado | Lega Nerd

mediathequeL’univers graphique coloré et géométrique du vénézuelien Jorge Corona claque immédiatement aux yeux. Si l’inspiration est celle du titre, ces plaines américaines balayées par les vents et cœur des Rednecks, ces populo qui habitent dans des caravanes et se constituent des communautés voyant les lois comme très lointaines, Skottie Young habille son monde d’un vernis steampunk et magique subtile qui Middlewest #15 | Image Comicspermet de basculer immédiatement dans la fable. Jamais loin du Magicien d’Oz et de tout l’imaginaire populaire américain, le scénariste vise néanmoins un propos relativement sombre, celui d’un jeune garçon victime de violences paternelle et qui doit partir en quête de sa propre identité. Afin de lui donner une magnifique concrétisation graphique, cette colère prend la forme d’une sorte de malédiction qui frappe cette famille, un mal d’amour qui transforme ses hôtes en des sortes de golems de tempête, des créatures de vent dont le potentiel destructeur ravage tous l’environnement, semant mort et désolation. Accompagné par un compagnon à la forme de renard parlant, une sorte de bon génie qui lui permet de rester maître de son corps, Abel est touchant dans sa fuite et sa recherche d’une famille d’adoption aimante, ce à quoi devrait avoir droit tout enfant.

L’idée de ces tempêtes est excellente puisqu’elle incarne dans un monde de magie cette réalité d’éléments du continent américain, cette nature indomptable, ces tornades qui deviennent des sortes d’esprits punitifs. L’approche psychanalytique du comic lui donne un propos à la lisière de la BD ado et adulte, le récit et l’univers graphique permettant toutefois une lecture très accrocheuse dans ces deux catégories de lecteurs. Pourchassé par ce père qui ne sait contrôler sa furie mais ne se pardonne pas son incapacité à aimer son fils, Abel se voit bientôt touché par ce « pouvoir » et seule l’amitié des forains qu’il va rencontrer lui permettra de maîtrises la malédiction. Comme dans tout bon conte, les drames relationnels, les failles intérieures se matérialisent.

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***·BD·Jeunesse·Service Presse

Les Pierres du Cauchemar

Premier tome de 54 pages, écrit par Dooms et Sora (aidés par Théa Rojzman), dessiné par Dreamy. Parution chez Glénat le 30 juin 2021.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

Pierre qui roule n’amasse pas mousse

Entre deux tournages de vidéos pour Youtube, Dooms (la fille) et Sora (le garçon) se détendent en se dégourdissant les jambes dans le parc du Bois de Vincennes. Malheureusement pour eux, ils ignorent que ces bois renferment un secret mortel depuis 1750, sous la forme d’un coffre que leurs deux chiens vont déterrer pour s’amuser.

Intrigués par cet artefact, Dooms et Sora, enfin, surtout Sora, se mettent en tête de l’ouvrir, imaginant qu’il contient un trésor qui les rendra scandaleusement riches. Malheureusement, le véritable secret enfoui dans coffre n’a aucune valeur pécuniaire, et va même leur causer de sacrés ennuis.

Le coffre s’ouvre dans un grand fracas et libère cinq pierres mystiques, qui téléportent nos deux compères dans une dimension bizarre, qui est un reflet déformé de la notre. Dans ce monde pittoresque dominé lui aussi par les géants du numérique, on trouve également des réseaux sociaux étrangement familiers, mais différents: Fakebook, Instadram, ChatSnap, Gougeule…ça ne vous rappelle rien ?

Dooms et Sora sont prisonniers et exilés, et apprennent bien vite que pour rentrer chez eux, ils vont devoir passer toute une série d’épreuves (une par pierre), qui mettront leurs nerfs à rude épreuve. Que le cauchemar commence !

En ouvrant cette BD, j’avoue que j’ignorais totalement qui étaient Dooms et Sora, ce qui a nécessité une petite mise à jour sur ces deux youtubeurs (je crois qu’on dit « créateurs de contenus » dans le jargon) spécialisés dans le gaming, qui se lancent ainsi, sous la houlette d’Olivier Jalabert, dans le monde de la BD. Le duo se cartoonise donc, grâce au talent de Dreamy, afin de raconter ses propres aventures. On peut donc deviner que les deux auteurs débutants ont mis beaucoup d’eux dans leurs personnages, à en juger par la teneur des dialogues, grêlés de « meuf », « frère », « en vrai », etc.

On devine aussi les influences vidéoludiques du duo au travers de l’intrigue, qui outre sa thématique d’un monde déformé, adopte une structure qui rappelle sans conteste celle des jeux vidéos, avec des épreuves, des quêtes annexes et même un boss de fin. On pourra sourire sans trop se forcer sur la parodie/satire que Dooms et Sora font des géants du numérique, avec quelques caricatures bien senties montrant que l’on peut être un millenial et être tout de même en mesure de prendre du recul sur son époque, ce qui n’est pas donné à tous. Gageons que cela est du au script doctoring de Théa Rojzman, auteure confirmée qui est créditée pour avoir aidé les jeunes auteurs sur ce projet.

En résumé, ce premier tome des Pierres du Chaos ne révolutionne pas la BD jeunesse, mais présente une indéniable énergie communiquée par son duo d’auteur, quelques idées prometteuses et une ambiance graphique plutôt maîtrisée de la part de sa dessinatrice Dreamy.

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Frankenstein

La BD!
BD de George Bess
Glénat (2021), 205 p., One-shot.

Le volume comprend dix-sept chapitres dotés d’une page de titre pour chacun et un cahier graphique final de cinq illustration n&b. Comme pour Dracula une édition prestige grand format dotée d’une couverture différente est parue en simultané aux éditions Glénat.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur fidélité.

Il y a deux ans le magistral dessinateur du Lama Blanc proposait un magnifique cadeau de Noël en une monumentale adaptation du roman original de Bram Stoker, Dracula. Après une assez discutable version SF new-age de Au cœur des Ténèbres, Bess enchaîne sur ses adaptations de la littérature gothique avec cette fois le monstre de Frankenstein, sous-titré Le Prométhée moderne par son autrice Mary Shelley. A noter que la trilogie de Philippe Pelaez centré sur les auteurs gothiques du XIX° se conclut le mois prochain autour de Mary Shelley également.

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2021/11/Mary-Shelley-Frankenstein-3.jpegSi Dracula souffrait comme principal problème de la vision du film de Coppola passée dans l’imaginaire collectif, il profitait d’un récit très efficace, rythmé et varié dont l’inspiration graphique était évidente chez l’auteur. Frankenstein est publié presque un siècle avant Dracula et l’on retrouve dans l’adaptation graphique certaines failles désuètes d’un récit par moment redondant. L’album est structuré sur trois récits (le carnet du capitaine du navire arctique qui recueille Victor Frankenstein, le récit de ce dernier et enfin le récit que le monstre lui fit jadis) que Bess parvient avec souplesse à articuler dans son roman graphique. Bien plus naturaliste que gothique, l’histoire nous fait suivre sur une bonne partie les pérégrinations du monstre dans la Nature sauvage et son observation de l’humanité. Le cadre de roman initiatique (tout de même très sombre) est sur ce point intéressant avec un personnage naïf découvrant dans sa chair la violence inhérente à l’humanité et la contradiction avec sa propre nature bienveillante en contradiction avec son apparence monstrueuse. Si les hommes paraissent bons ils ont ainsi un fond malveillant et craintif, à l’inverse du monstre.

Graphiquement si Georges Bess sait toujours aussi bien inspirer des paysages, des ambiances et des corps, il semble plus engoncé avec son matériau qui tourne en grande partie autour d’une créature qui ne permet pas tellement d’expérimentations. Les planches restent très belles mais reproduisent les mêmes thèmes, ce qui par moment lasse un peu. Les parties les plus intéressantes sont les observations naturelles de Frankenstein puis de sa créature ainsi que les visions arctiques où le trait tranché de Bess subjugue dans une grande esthétique.

Frankenstein en BD: quand Georges Bess s'attaque à un monstre sacré -  Bubble BD, Comics et MangasDoté d’un récit plus plat et sans doute plus philosophique (donc moins graphique) que Dracula, ce Frankenstein réussit donc moyennement le succès précédent du fait d’une matière plus difficile. Avec un projet d’adaptation littéraire il n’était pas possible de dévier de la ligne et ces limites sont donc peu imputables à l’auteur. Par moment on ressent toutefois la dureté de ce que vit le monstre et l’on sent poindre l’émotion de cet être pur enfermé dans une gangue monstrueuse et toute la violence du monde s’abattre sur ses épaules. On pourra peut-être regretter un manque de rythme et d’action qui auraient pu nous emporter dans une action qui fait ici défaut.

Le projet n’en reste pas moins monumental, un travail colossal, intéressant, et que l’on espère reproduire sur d’autres textes gothiques.

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*****·BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

Les compagnons du crépuscule – Intégrale

BD François Bourgeon.
Delcourt (1984-2021), 272p. Intégrale.

La trilogie des Compagnons du Crépuscule est composée du Sortilège du bois des Brumes (1984), des Yeux d’étain de la ville glauque (1986) et du Dernier chant des Malaterre (1989), sortis tous trois en version brochée après publication dans la revue (A suivre) de Casterman, les deux premiers volumes comportant douze pages de bonus. Les ouvrages sortent ensuite en version reliée. Après un conflit de l’auteur avec son éditeur le catalogue de Bourgeon est repris par les éphémères éditions 12Bis avant d’être récupéré par Delcourt après 2010. Après l’intégrale 12 bis de 2010 qui ne comprend que les pages des BD, Delcourt sort une version toilée agrémentée de bonus et cette année une nouvelle version de 2021.9782413001850-001-x

Celle-ci dura dit-on cent ans… ainsi commencent les chroniques des Compagnons du crépuscule, trio de rêveurs parcourant la France de 1300. Un pays en guerre, un pays de légendes plus que de croix. C’est sur les pas du chevalier, d’Anicet et de la rousse Mariotte que François Bourgeon bâtit sa légende d’orfèvre de la langue ancienne comme du dessin. Une trilogie mythique, exigeante, que tout amoureux de BD se doit de connaître!

Coup de coeur! (1)François Bourgeon est un auteur unique de par une bibliographie résumée à trois séries. Trois séries majeurs qui se remarquent par le phénoménal travail documentaire qu’elles ont demandé, y compris pour la dernière, le cycle de Cyann, dans le genre SF. La trilogie des Compagnons du Crépuscules paraît juste après la conclusion du cycle historique des Passagers du vent (sa prolongation récente n’ayant que peu de liens). Je vous renvoie à mes précédents billets sur l’auteur sur ce point.

Un pas vers la Bédéthèque idéale. Episode 2. - Voyage au centre de la BDL’intégrale comprend donc trois volumes, malheureusement sans aucun bonus pour l’édition 12 bis que je possède. La dernière édition Delcourt qui sort ce mois-ci semble mieux équipée mais je ne saurais vous renseigner sur les annexes…

Nous rencontrons Mariotte, la véritable héroïne (les femmes, toujours les femmes chez cet auteur on ne peu plus féministe et moderne sans jamais tomber dans l’anachronisme!) dès les premières pages du Sortilège du bois des Brumes, qui devient rapidement fidèle d’un chevalier errant ayant voué sa vie à combattre la malmort et les Trois forces, obscure puissance fondatrice du monde structurant un Moyen-Age parcouru de paganisme et de légendes. Car ce breton d’adoption qu’est Bourgeon adopte un univers fantastique (ou plutôt onirique) réaliste que reprendront des années plus tard ses disciples intellectuels sur Servitude. Ses fae et autres Douars sont transcrits comme des créatures probables. Si le versant magique et monstrueux qui fait le sel des deux premiers volumes se situe dans les rêves du chevalier, étrangement relié à ses compagnons par l’esprit, il n’en vise pas moins à imaginer un autre monde fait des mêmes pulsions sexuelles et violentes que ce XIV° siècle. Sommé par des lutins aussi lubriques que cannibales de chasser le grand démon qui les harcèle, le chevalier sans visage partira dans un voyage initiatique où le souvenir de la mort atroce de sa belle continue de le hanter… Remarquablement structuré sur un format classique de quarante six-planches, ce premier volume pose les bases d’un univers où la langue revêt une aussi grande importance que le dessin.

Compagnons du crepuscule (les) #3: le dernier chant des malaterre |  9782356480620 :: BdStock.frDans le second volume, les Yeux d’étain de la ville glauque, le trio s’allie à une jeunette et part en une revisitation de la cité dYs où les Douars ont mis les lutins en esclavage. Structuré en un parallèle fort complexe entre la quête des Compagnons et celle d’un garçon mystérieux, ce second tome est plus magique et moins prenant que le précédent et perdant un peu son lecteur dans les arcanes du temps et de l’espace. Tant graphiquement que dans les thèmes abordés, on a un peu de mal à entrer dans cette aventure.

Le troisième tome, d’une pagination triple et structuré en quatre parties, est le chef d’œuvre absolu de l’auteur voir de toute la BD franco-belge. Création d’un auteur au sommet de son art, Le dernier chant des Malaterre est de ces très rares chocs que la BD peut procurer et qui rendent difficiles les lectures suivantes. Véritable somme historique, sociologique, conte d’une sophistication folle qui raccroche l’Histoire à la Légende et inscrivant subtilement la destinée des Compagnons dans ceux du mage Merlin, l’album est d’une lecture exigeante, tant par son langage proche de l’ancien français que par le nombre d’allusions qui se rejoignent finalement et par l’intrication des intrigues. De son envie de Moyen-Age François Bourgeon reste cohérent avec le soupçon fantastique et boucle l’histoire de son chevalier sans que l’on sache bien si le tout était dans son esprit dès l’origine ou (plus brillant encore) s’il a raccroché une histoire à ses premières idées. Difficile de résumer l’intrigue de cet ultime opus qui décrit autant le quotidien brut des gens de l’époque qu’une intrigue amoureuse et politique dans l’ombre des donjons.

Les Compagnons du Crepuscule 3 Le Dernier Chant des Malaterre 1 par  Francois Bourgeon | Bandes dessinées de sexe en françaisJe parlais de la langue. La qualité littéraire et presque poétique de ces ouvrages reste unique dans l’histoire de la BD. Jouant tout à la fois sur le langage vulgaire de l’époque et sur une musique de la langue qui forme comme des alexandrins, l’auteur régale les oreilles autant que les yeux. Rarement la finesse et la précision du trait comme du texte auront été autant à l’unisson. Si le dessin évolue bien évidemment pour trouver sa maturité pleine dans Malaterre, le texte est magnifique dès le début.

L’univers décrit dans la trilogie est rude et donne le sentiment d’un documentaire caméra à l’épaule. L’auteur ne nous aide guère en coupant parfois une scène, créant des hors champ frustrants et des ellipses qui demandent de rester concentré pour bien saisir l’évolution de l’intrigue. On reste sidéré par les détails qu’ils soient langagiers, de coutumes, de décors ou d’habits. En cela les Compagnons du Crépuscule donnera naissance bien plus tard aux magnifiques séries récentes Servitude et L’Age d’or où l’on retrouve cette envie de réalisme et de poésie, cet aspect documentaire, cette place des femmes et ce rattachement à la Légende…

Les Compagnons du crépuscule, tome 2nd | Le Dino BleuVous l’avez compris, si la trilogie dans son ensemble vaut le détour, Le dernier chant des Malaterre vaudrait une critique à lui seul tant il est une perfection de culture, d’art et de narration. Il n’est pas étonnant que Bourgeon ait ensuite voulu partir dans les étoiles avec le Cycle de Cyann où il tenta de reproduire ce réalisme dans un univers SF… sans le même succès selon moi. Un des derniers géants de la BD, bien moins médiatique que d’autres, Bourgeon doit être lu par tout amateur du neuvième art et l’ultime tome des Compagnons du crépuscule se doit de figurer dans toute bibliothèque, au risque d’entraîner relecture sur relecture…

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