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Ether

Deux premiers tomes de 114 pages, d’une série écrite par Matt Kindt et David Rubin. Parution dès 2017 aux US chez Dark Horse, parution en France le 21/09/2018 et le 30/08/2019 aux éditions Urban Comics, dans la collection Urban Indies.

Blondin avait publié un avis à la sortie du premier tome.

Enquêtes mortelles au pays des rêves

Boone Dias est un aventurier d’un genre bien particulier: après avoir découvert une nouvelle dimension, nommée l’Éther, ce scientifique rigoureux bien que controversé s’est lancé à corps perdu dans son exploration, devenant au fil des années une sorte d’enquêteur attitré pour cet univers régi par des règles étranges.

Si Boone Dias a pu résoudre des affaires toutes plus inextricables les unes que les autres dans l’Ether, c’est grâce à son esprit affuté et son absolu pragmatisme, qui sont à contre-emploi dans un monde dont le substrat semble défier toute logique. Le scientifique-explorateur met en pratique la fameuse Troisième Loi de Clarke, qui veut que toute science suffisamment avancée soit indiscernable de la magie, si bien qu’il perce aisément tous les mystères qui se présentent à lui en se raccrochant à ses connaissances.

Mais si l’Ether représente le rêve de tout aventurier, sa découverte et son exploration ont eu un coût exorbitant pour Dias: le temps passant différemment dans chaque monde, le scientifique a du laisser derrière lui sa vie terrienne, sacrifiée sur l’Autel de la Science…

Le Sherlock Holmes transdimentionnel

Lors d’une de ses excursions dans l’Ether, Boone va se voir confier une enquête bien particulière: élucider le meurtre de la Flamme d’Or, la gardienne réputée invincible du royaume. Ses investigations périlleuses vont le mener dans les recoins sombres et inexplorés d’Agartha, la capitale, et le confronter à son insidieux adversaire, Lord Ubel, gardien du savoir de l’Ether, maître de la duplicité et fourbe ourdisseur de complots les plus retords.

Dès les premiers chapitres d’Ether, on est frappé par la dynamique très holmesque de l’univers mis en place par Matt Kindt. Comme l’incontournable détective de Baker Street, Boone est un homme gouverné par la raison, doté d’un esprit si cartésien et détaché qu’il en devient presque antipathique, car sa manie de décortiquer les évènements magiques de l’Ether l’empêche d’en saisir toute la beauté (il faut savoir également qu’Arthur Conan Doyle n’aimait pas Sherlock, ou en tout cas, il souhaitait dénoncer à travers ce personnage le détachement scientifique).

Boone Dias se paie même le luxe d’avoir à ses côtés un Watson, en la personne de Glum, une Irène Adler en la personne de Violette, sans oublier son Moriarty, se cachant sous les traits de Lord Ubel.

Malgré ses manies, Boone reste un personnage attachant, notamment du fait des sacrifices auxquels il a consentis pour pouvoir explorer l’Ether. Chacun de ses retours dans le monde réel, chacun de ses départs pour le monde magique est déchirant, ce qui confère une dimension humaine à cet aventurier hors du commun.

Le dessin de David Rubin donne une forme spectaculaire à l’Ether, le dessinateur espagnol sait parfaitement rendre tangible l’architecture étrange et les personnages bigarrés qu’on y croise. Grâce à son trait, on saisit bien aussi la différence entre les deux mondes, par les jeux de couleurs notamment.

Les deux tomes d’Ether parus chez Urban comics sont une belle découverte, idéal pour combler votre confinement !

**·***·****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #16

  • Les métamorphoses 1858 #3 (Ferret, Durand/Delcourt) – 2020

couv_381456badge numeriqueFerret du Durand avaient marqué un sacré coup de neuf lors de la sortie des deux premiers albums d’une série qui se termine ici. Conclusion oblige, on est ici dans le tome des résolutions et malheureusement, malgré un méchant plutôt réussi, les auteurs semblent ne pas savoir comment refermer les mystères et portes ouvertes. Commençant l’ouvrage avec un raccourci qui nous téléporte les deux visiteurs de l’ïle dans la fameuse clinique, on navigue ensuite dans une grande linéarité à base de destruction de laboratoire. Le découpage et cadrage sont toujours aussi sympathiques et percutants et les décors grandioses. Mais Le soufflet retombe donc sur un final qui ne soulève ni surprise ni grand enthousiasme. Il est toujours très compliqué de conclure une histoire et les auteurs l’éprouvent ici clairement. Ce n’est pas très grave et la série qui les a fait pénétrer le monde du neuvième art restera un très beau moment marqué par la passion et un sacré travail. De quoi attendre leurs prochaine création avec envie.

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  • Conan: les mangeurs d’hommes de Zamboula (Gess/Glénat) – 2020

badge numeriquecouv_386004La série Conan continue son bonhomme de chemin avec toujours la même interrogation sur le motif de réalisation de chaque album. Si le matériau de départ n’est pas extraordinaire (ce qui est patent sur ce tome), la liberté de choix des nouvelles par les auteurs contactés par Glénat crée parfois des ouvrages assez dispensables. Ce Mangeurs d’hommes de Zamboula  est des mots même de Patrice Louinet (le spécialiste de Conan qui co-dirige la collection avec JD Morvan) totalement dérisoire et parfaitement mercantile. Si les autres histoires déjà publiées n’ont pas pour qualité premières leur profondeur, on nage ici en plein nanar que vous apprécierez d’autant que vous le prendrez au quinzième degré. Dès l’entame, malgré une mise en scène efficace du chevronné Gess, on tombe en pleine discussion de Conan avec un vieillard qui nous fait nous demander si l’on a raté un épisode. Dans ce qui suit tout est absurde, du héros qui se jette dans la gueule du loup à l’irruption tout à fait raciste des noirs mangeurs d’hommes (et pour le coup fidèle au texte source que le dessinateur n’a fait qu’adapter) en passant par la donzelle qui se balade à poil sur la totalité de l’album. On remarquera d’ailleurs l’incohérence de l’éditeur qui pousse le coquin Cassegrain à l’autocensure quand ici la nudité ne pose pas de problème… Du reste dans le genre pulp, cet album cohérent avec le genre, Conan est invincible et jamais effarouché, les filles sont belles, les cités sont orientales et les magiciens de redoutables illusionnistes dont on ne cherche pas d’autres motivations que d’être méchants. Côté dessin si vous aimez Gess, c’est plutôt chouette, notamment sur les décors. Sinon vous retrouverez les mêmes choses qui font tiquer, des couleurs étranges à certaines difficultés anatomiques… Je conseillerais donc cet album aux fana de Conan ou de Gess, pour les autres, reportez-vous plutôt sur le Colosse noir ou le Augustin.

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  • Harmony #5 (Reynes/Dupuis) – 2019

Le premier volume du second cycle a été chroniqué ici. Le premier cycle est visible ici.

couv_377306La construction des scénarios de Mathieu Reynes est de plus en plus sophistiquée et pourraient en déstabiliser certains. L’alternance temporelle et des personnages n’est pas toujours linéaire, ce qui complexifie la lecture. Ce volume se concentre sur le grand méchant qui cherche à redonner vie au dieu déchu Azhel. On rentre ainsi dans une phase décisive où l’antagonisme entre deux groupes d’humains puissants se révèle, jusqu’à une scène qui fait directement référence à Akira, le modèle assumé. Mais la série Harmony a montré depuis son premier volume combien elle était dotée d’atouts propres, de ces inspirations digérées pour accoucher d’une création originale. Je reprocherais peut-être un peu le manque de scènes épiques, l’auteur flirtant parfois avec un fantastique qui peut virer grandguignole… mais sans jamais y tomber. Au contraire, la maîtrise graphique (et la colorisation, superbe), le découpage cinématographique et l’esthétique générale ainsi que l’existence de simples humains très « normaux » donnent du corps à la série. Si le premier cycle a donné lieu à force affrontements magiques, ce n’est pas le cas ici où l’intrigue reste assez sage. Comme depuis le début on attend un peu plus de révélation (je crains une série très longue) mais le plaisir reste très grand à la lecture de l’album. Une réalisation très sérieuse, très pensée d’un auteur en pleine maîtrise de son projet et des moyens pour le réaliser. Une des meilleurs séries fantastiques actuelles.

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Shi #4: Victoria

BD du mercrediBD de Zidrou et Homs
Dargaud (2020), 56 p., premier cycle de 4 volumes fini.

couv_383083Simple remarque en préambule: la fameuse citation affichée en page de garde de tous les albums de la série trouve ici son explication…

Alors que les crocs du redoutable limier de l’impératrice se referment sur Jay et Kita, l’heure de gloire des Glorieux Eriés semble venue quand Victoria adoube leur projet de flotte ultra-moderne de reconquête des colonies d’Amérique. C’est sans compter sur les sans-grade, ces enfants des rues invisibles à l’Empire mais qui ont bien décidé de prendre leur destin en main, sans crainte d’affronter la force des adultes…

Ça y est, le premier cycle de cette magnifique série victorienne un peu dérangeante se termine, dans les temps et en maintenant une qualité moyenne assez élevée. Ça semble enfoncer des portes ouvertes mais tenir à la fois une ligne graphique homogène (les dessinateurs évoluent souvent entre les albums) et un scénario équilibré entre les tomes est très loin d’être évident, même pour les grosses séries grand-public d’auteurs chevronnés. Il est donc l’heure de faire un premier bilan.

Shi - Victoria, BD et tomes sur ZOOComme d’habitude je vais commencer par les deux seuls points qui peuvent faire discussion, à savoir l’aspect fantastique et le croisement entre les mésaventures de Jay et Kita et l’époque contemporaine. Ce n’est pas un détail car ces deux aspects sont selon moi deux des trois éléments scénaristiques qui rendent cette série si intéressante. L’aspect fantastique donc est a mon avis le plus discutable en ce que pour l’heure il n’apporte à peu près rien et fait porter le risque d’atténuer la touche « dikensienne » de la série. Ce qui m’a marqué sur ces quatre albums c’est cette vision ultra-réaliste, très britannique, d’une société victorienne déconstruite par Zidrou en montrant la réalité la plus sordide de cette domination du mâle blanc de la haute société, si droits, si dignes dans leurs costumes et si pitoyables une fois en robe de chambre dans le cocon opaque du foyer. Une coloration assez proche de ce que faisait Loisel il y a vingt ans, mais finalement moins sordide. Histoire de sensibilité et de graphisme sans doute. Sur cet album plus encore que sur les deux précédents le scénariste abuse de ces démons issus des tatouages sur le dos des filles et du vieux mentor en en faisant l’outil majeur de la vengeance contre le projet des glorieux Eriés. En cela il permet à Homs de nous faire plaisir avec de vastes pages très graphiques mais cela atténue la tension avec ce Deus Ex Machina pour lequel on ne nous a toujours rien dit et qui semble une grosse facilité scénaristique. C’est d’autant plus dommage que la montée en puissance des enfants des rue, comme une foule de rats inarrêtables, ainsi que le couple vengeur formé par les deux femmes suffisait à passionner avec cette idée de faibles victimes renversant l’empire britannique… Gageons que les auteurs savent où ils vont et le pourquoi de cette régulière mais brève irruption fantastique dans la série.

Sans titreÉtrangement après deux albums construits en croisement temporel avec une enquête de nos jours les deux suivants se déroulent intégralement au XIX° siècle. C’est étonnant et l’on se demande si Zidrou ne s’est pas aperçu en cours de route de la difficulté à maintenir ce croisement entre plusieurs cycles et l’attente instillée chez le lecteur. Une inversion temporelle est à prévoir pour le prochain cycle étant donnée la conclusion de ce Victoria qui sonne comme une vraie conclusion permettant une prolongation généalogique. On imagine donc un second cycle au XXI° siècle avec quelques insertions des descendants des héroïnes. Les quelques narration épistolaires vues dans les quatre albums deviennent plus systématiques à mesure qu’on approche du dénouement et structurent ce volume. C’est esthétique et intéressant même si la chute m’a parue assez brutale. Globalement, si l’intrigue de vengeance est aboutie, beaucoup de pistes lancées (comme ces scènes familiales et intimes de l’impératrice…) n’ont guère progressé, ce qui peut produire une certaine frustration… de celles qui naissent de BD talentueuses.

Sans titreGraphiquement Josep Homs continue de nous ravir, malgré des pages bien plus sombres que d’habitude mais qui lui permettent de montrer son travail de textures et de hachures. L’espagnol n’est pas seulement un très grand coloriste, ses dessins se suffisent à eux-même. Les personnages qu’il crée sont terriblement marquants et justes, entre la caricature et le réalisme. Le dessinateur est à l’aise dans tout ce qu’il dessine, de près, de loin, architecture comme corps, tissus comme nature… la véritable révélation de Shi c’est lui et sur le plan graphique c’est un sans faute total!

Le dernier tome de ce premier cycle est à la fois efficace comme conclusion d’un arc cohérent et marqué par les quelques hésitations scénaristiques d’un auteur qui semble avoir parfois du mal à ne pas mettre tout ce qu’il voudrait dans ses histoires. Je me garderais bien de critiquer, tant la richesse de ses intrigues, des personnages, du découpage ou surtout de la peinture sociale sont les marques d’un grand scénariste. Shi apparaît ainsi comme la version BD de ces grands films hollywoodiens qui parviennent à propose des histoires visuellement impressionnantes et grand-public tout en assumant une radicalité sociale et historique qui dépassent très largement le seul entertainment. Une série majeure assurément.

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Gung-Ho – Intégrale #1

BD de Benjamin Von Eckartsberg et Thomas Von Kummant
Paquet (2013-). série en cours, 4 albums parus et 1 intégrale.
La présente intégrale comprend les trois premiers volumes. Le billet est la mise à jour du billet paru sur la version album.

bsic journalismMerci aux éditions Paquet pour leur confiance.

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L’intégrale comprend les trois premiers volumes de la série en format compact (proche des comics), même maquette, pagination continue sur 248 p., couvertures de chaque tome intercalée et intérieur de couverture qui montre le plan du camp de base de la communauté. On aurait aimé quelques bonus mais à 35€ contre 51 pour l’équivalent en album cela vaut le coup, surtout que contrairement à certains éditeurs Paquet annonce la couleur et permet un très large choix (album classique, grand format, intégrale) ce que je trouve extrêmement appréciable. J’apporterais juste un bémole sur le HS d’une trentaine de pages qui aurait parfaitement pu intégrer cette intégrale pour en faire un volume vraiment intéressant hormis le prix et la facilité à le ranger dans la bibliothèque. A noter que la série en est actuellement au tome 4, ce qui laisse entendre soit que la série se cloturera au sixième, soit que l’éditeur prévoit d’intégrer ce HS dans la seconde intégrale…wait and see!

Dans un futur proche, ce qu’il reste de l’humanité s’est réfugié dans des villes fortifiées et des colonies qui tentent de recoloniser le territoire en se protégeant du fléau blanc, les Rippers. Lorsque arrivent dans la communauté très réglementée de Fort Apache deux orphelins, Archer et Zack, ils se retrouvent confrontés à l’acceptation de ces règles, à leur transgression par leurs pulsions d’adolescents et au défi de se construire dans ce monde hostile.

gung_ho_page02_blogGung-Ho est une BD post-apocalyptique dans la veine de Walking Dead… sauf qu’ici pas de zombies. Le contexte préalable n’est que faiblement évoqué et si l’on apprend tardivement ce que sont les Rippers, l’on ne sait même pas s’ils sont à l’origine de la réduction de la population. Ce qui intéresse les deux auteurs ce sont les relations entre les personnages et notamment entre groupe des adolescents et des adultes. Cette mini société est absolument passionnante par ce qu’elle transpose en concentré les impératifs de toute société entre justice, liberté et ordre. Derrière ces concepts, les adultes et les adolescents n’ont pas les mêmes visions et vont souvent tester la réactivité de cette société expérimentale et communautaire. Les personnages 9641ee1d5a597fd6db0382413ba5e9f8-gung-ho-manga-comicssont vraiment nombreux et caractérisés à la fois graphiquement et par le scénario. Hormis quelques exceptions (le méchant corrompu), tous sont subtiles et crédibles, le lecteur comprenant leurs motivations qui ne sont jamais simples à condamner. Cela car le travail de contexte est important et la pagination permet de prendre le temps de soigner chaque figure. L’élément déclencheur de l’intrigue est l’arrivée des deux jeunes frères et notamment d’Archer, le joli rocker tête-brûlée (en préambule à chaque album les auteurs nous rappellent que Gung-Ho signifie « tête brulée »), qui ne respecte aucun code et va par ce fait mettre l’équilibre de la communauté et de ses lois en danger. Certaines personnalités sont plus alléchantes, comme la jeune asiatique experte en maniement du sabre ou le chef militaire du groupe. Mais tous semblent vivre leur vie entre les cases.

Ce qui a marché dans Walking dead (la transposition de la société dans une situation de crise extrême) fonctionne aussi ici avec l’accent mis sur l’adolescence et les thèmes qui lui sont liés (la transgression, la musique, le flirt, l’alcool, le passage au stade adulte,…). En revanche, si la série de Robert Kirkman est dotée de dessins loin d’être virtuoses, ici Thomas Van Kummant (passé par le design et l’infographie) fait des miracles avec sa palette graphique. maxresdefaultSi vous êtes allergiques au dessin numérique vous pouvez passer votre chemin… pourtant vous aurez tort! Comme Miki Montllo sur la formidable série Warship Jolly Rogers (leur technique est proche, entre des formes plates et des textures et contrastes très sophistiqués) il parvient à donner une grande expressivité aux visages et une harmonie improbable quand on regarde les dessins à la loupe. Élément par élément on peut même trouver cela moche, mais l’ensemble est très léché, entre le photoréalisme des arrière-plans et les éclats de couleur des personnages. Comme Bastien Vivès, Van Kummant parvient à donner un réalisme à ses dessins en faisant appel à notre mémoire visuelle, transformant quelques traits ou touches de peinture en une anatomie et mouvement très parlant. Mais surtout les auteurs nous donnent un vrai plaisir à suivre tous ces personnages, pas seulement les héros. L’esprit est celui d’une bonne série TV que l’on veut voir durer des années. Ainsi sur un canevas simple ils parviennent à nous attraper, nous faire craindre pour untel, souhaiter un avenir à un autre, etc.

ckizmgtwsaa2j5oGung-Ho est une vraie réussite et une très bonne surprise sur tous les plans, tant graphique que thématique. Deux auteurs inconnus arrivent à confirmer l’essai d’un projet montrant que l’on peut raconter mille fois la même histoire en intéressant toujours différemment. Par l’intelligence et la spécificité de chaque auteur tout simplement.

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Bitter root #1: affaire familiale

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Comic de David Walker, Chuck Brown, Sanford Green et Rico Renzi
Hi comics (2020) – Image (2018), 160 p. contient les épisodes 1-5.

bsic journalismMerci aux éditions Hi comics pour cette découverte.

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Les « racines amères » font à la fois référence aux racines utilisées comme décontaminateur par cette famille de chasseurs de monstres et aux racines de la famille (… et aux racines raciales des noirs américains). La très jolie couverture en mode photo de famille ancienne est attirante. L’album comprend beaucoup de bonus finaux avec une dizaine de texte d’auteurs et universitaires parlant de l’album, de la place des noirs dans la BD, du rôle politique des œuvres imaginaires dans la lutte pour les droit des noirs américains et la symbolique du monstre. Assez pointu et pas les plus sexy, mais intéressants pour élargir l’horizon, ces textes sont une excellente initiative de l’éditeur qui permettent de comprendre la portée historico-culturelle de l’ouvrage. Le tout est bien entendu agrémenté de couvertures alternatives.

Les monstres sont parmi nous! Incarnation des haines des hommes blancs, ils sont pourchassés depuis des générations par la famille Sangerye. Des noirs. Comme tous les afro-américains ils sont immunisés contre le mal… jusqu’à ce jour où une nouvelle forme apparaît, plus grande, plus forte et contre laquelle ils ne sont plus protégés. Lorsque le combat commence les tensions familiales refont surface et le sombre passé qui a vu certains des leurs périr…

Résultat de recherche d'images pour "bitter root sanford green"Après le très bon Coyotes les éditions Hi comics nous proposent une nouvelle illustration de BD ethnique (ou « Steamfunk » pour Bitterroot) que propose le pays du comic depuis quelques temps, en reflet d’une société plus multiculturelle que jamais et où l’archétype du super-héro blanc est définitivement passé de mode. Le changement c’est que l’industrie ne se contente plus de mettre des minorités dans des collants, elle permet à des team d’auteurs noirs de proposer des ouvrages proches de la blaxploitation (des ouvrages faits par des noirs à destination d’un public noir) et assumant la fierté noire. Sous la forme d’une longue baston digne des plus classiques Marvel/DC comics, l’allégorie d’un racisme transformant des blancs en monstres pourra en faire tiquer certains. Comme celle des hommes transformés en loup dans Coyotes, il faut comprendre le coup de gueule d’auteurs qui ne dénoncent bien entendu pas tous les hommes, tous les blancs mais ont choisi d’assumer une conflictualité que la lutte pour les droits civiques a permis de révéler au grand jour. C’est en disant tout haut ce que vivent une majorité de noirs que l’on cesse de minorer l’indicible. En système de miroir, l’équipe de Bitter Root montre visuellement la monstruosité que les racistes voient dans les noirs. Du reste l’équipe créative place son action dans les années 1920 et partiellement dans le sud profond avec une séquence de lynchage du Ku Kux Klan. Conscients du risque de mauvaise presse, ils montrent une rédemption de petit redneck après quelques mandales bien placées…Résultat de recherche d'images pour "bitter root sanford green"

Graphiquement c’est très bon, avec toute l’attention portée sur les membres de la famille Sangerye, révélés progressivement en jouant beaucoup sur le pagination et l’effet pageturner. Le design est redoutable, avec un léger steampunk dans l’équipement de certains, une virilité revendiquée et un soupçon de magie vaudou. Le méchant est également un noir, on ne comprend pas bien pour le moment l’antagonisme avec la famille hormis qu’ils n’ont pas la même vision de la monstruosité et de pouvoirs que peut apporter l’autre monde, accessible par un portail. La malédiction de la contamination est assumée par Résultat de recherche d'images pour "bitter root sanford green"certains, les Sangerye luttent grâce à leurs racines magiques. On devine une influence Shadowman par moments avec ce monde des monstres qui commence à se déverser sur le notre et une narration qui, une fois la présentation des personnages faite, vire vers une sorte d’invasion zombie de Harlem.

La grande lisibilité des cases est agréable et permet de dérouler une action punchy, badass et omniprésente. Comme avec les super-héros, les Sangerye sont submergés par les monstres mais jamais au tapis. Le background technologique n’est pas très développé malheureusement alors que le style des équipements est terrible, ainsi que l’intrigant personnage casqué de la couverture dont on ne nous révèle rien sur ce premier volume. Je regrette simplement le style de colorisation flashy qui atténue les dessins. C’est un style à part entière, on aime ou pas.

Bitter Root est une excellente surprise grand public qui jouit de dessins dans le haut du panier et a l’immense mérite d’apporter une fraîcheur politique absolument assumée qui sans changer les codes du Ghostbuster donne très envie de poursuivre cette chasse aux monstres vaguement lovecraftienne.

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Nouveau Monde

BD de David Jesus Vignolli
Akiléos (16/10/2019), 160p., one-shot.

L’inévitable choc des civilisations a laissé sa marque mortifère dans de nombreux pays, parmi lesquels le continent américain, qui se pose bien évidemment en exemple. L’auteur brésilien David Jesus Vignolli, connu précédemment pour son œuvre Vijaya, une petite fille dans l’Himalaya (paru en France chez Akiléos), revisite ainsi l’histoire du continent sud-américain et de sa conquête par les européens, à travers les yeux de son héroïne Iracema.

La jeune indienne, aventureuse et indomptable, vit au sein de sa tribu dans une sorte de chassé-croisé avec les « Géants Pâles« , qui sont venus il y a des générations accaparer leurs terres ancestrales pour les asservir parfois, ou les massacrer, souvent. Acculés toujours plus profondément dans la jungle, les membres de la tribu sont néanmoins rassérénés par la sagesse des paroles de Paje, leur patriarche. Mais Iracema, elle, ne s’en laisse pas compter et n’a qu’un désir, chasser les monstres hors de son pays. Ce qu’elle découvrira, c’est que certains Blancs sont littéralement monstrueux…

I believe I can fly…

Pocahontas vs Apocalypto au pays des monstres

On peut d’emblée être surpris par le tournant fantastique pris par l’intrigue de Nouveau Monde, surtout si l’on s’attend à une lecture historique de la conquête de l’Amérique du Sud et que l’on se fie au prologue de l’album. Toutefois, les différentes représentations artistiques de ces événements se font toujours par le prisme de leur auteur, et ici, David Jesus Vignolli livre une odyssée certes manichéenne, mais bien construite car reposant sur des thématiques universelles telles que la Liberté ou l’Avidité.

En effet, chaque personnage semble mû et animé par l’une ou l’autre de ces valeurs, rendant le tout cohérent sur le plan dramatique. Cette impression est renforcée par les relations entretenues par les protagonistes, l’une indigène, l’autre esclave venu d’Afrique, qui doivent unir leurs forces pour vaincre le Mal venu ronger leur pays. Cette vision fantasmée de l’Histoire du Brésil est donc en fin de compte une habile métaphore, au dénouement de laquelle on ne peut nier une certaine poésie.

S’agissant du graphisme, le trait de David Jesus Vignolli est simple, et j’ai apprécié ses lignes non fermées, donnant un caractère onirique à l’ensemble. Soulignons également que le livre en lui-même constitue un très bel objet.

En conclusion, Nouveau Monde est un album joliment mis en scène, traitant l’Histoire d’un pays par le prisme du fantastique et de l’aventure. Une lecture vivement recommandée !

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***·BD·Comics·Nouveau !

Amazing Grace #1

BD d’Aurélien Ducoudray, Bruno Bessadi et Fabien AlquierGlénat (2019), 91p., série en cours, collection Grindouse.

Après l’Agent que nous a présenté Dahaka mardi, on continue dans la nouvelle collection pop de Glénat avec un récit post-apo à la fois tendre et courageux.

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La couverture reprend l’esthétique crado Grindhouse popularisée par les films de Tarantino et de laquelle de plus en plus d’éditeurs proposent une collection dédiée. Vernis sélectif sur le titre et bonus très fournis de pas moins de 44 pages incluant des interviews des deux auteurs, des croquis et une série de recherches très intéressantes pour la couverture. De jolis albums aussi léchés c’est toujours sympa et ça met dans de bonnes conditions pour découvrir l’album.

On ne sait pas ce qui a provoqué la fin du monde, mais la première incidence a été la naissance d’enfants différents, semblant appartenir à une autre espèce humaine… Grace est de ceux-la. Petite fille elle aime les histoires qui lui raconte son papa, tout en cachant une force et une rage démesurée, animale… Dans ce monde d’après où l’homme est un loup pour l’homme, ce papa et cette petite fille vont essayer de survivre en gardant leur humanité…

Amazing GraceJ’avais eu de très bons échos de ce gros album sorti l’été dernier et pour cause, avec ses faux airs de La route (le film traumatisant  avec Viggo Mortensen) il arrive à créer quelque chose d’original dans le genre très fourni du post-apo dévasté. Commençant sur un chantier du bâtiment alors que le père court assister à l’accouchement de sa femme, l’album nous propulse ensuite très vite dans les jours d’après. Le projet vise à transposer un amour filial et paternel inconditionnel dans un monde où les haines et les pulsions de rejet individualiste ont repris le dessus. Ce premier tome ne nous présente ainsi pas réellement d’intrigue mais plutôt des séquences nous permettant tantôt de découvrir la nature de la fillette, tantôt d’éprouver les relations humaines lorsque l’autre devient monstrueux, surtout quand c’est votre progéniture qui est concernée! Les décors sont surtout ne nature dévastée mais lorsque le duo arrive dans l’hacienda d’un cultivateur d’oranges on se prend, rendus paranoïaques, à attendre le loup dans cette bienveillance surprenante. Dans le monde de chaos apparu les humains peuvent-il rester humains ou se comportent-ils tous comme des bêtes… en rejetant ces enfants qui leur font miroir par leur apparence monstrueuse?  nous questionne sur laquelle de l’apparence ou du comportement est le plus monstrueux en même temps que sur les principes civilisationnels qui distinguent l’homme de l’animal: le père rappelle sans cesse la loi primordiale à sa fille, on ne tue pas! Manière de tirer l’identité duale de sa fille vers son côté humain… alors que les autres s’en exonèrent.

Graphiquement c’est très propre. Bruno Bessadi, dans un style très comic à la fois précis et caricatural a adopté (comme il l’explique dans l’interview) une technique non encrée dont les effets de crayons permettent de contrebalancer les couleurs très franches. Ce qui surprend le plus c’est la taille des cases, énormes, proposant un découpage de trois à cinq cases maximum par planche. On n’est pas habitué à une telle aération et cela nous permet de profiter du style très agréable du dessinateur.

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