****·BD·Nouveau !

Mécanique céleste

BD du mercredi
BD de Merwan
Dargaud (2019), 200 p., One-shot.

couv_373155Le volume est de format très large, presque carré et propose une grosse histoire d’un seul tenant de deux-cent pages, après un court prologue. Il s’agit de la onzième BD de Merwan Chabane. Titre au design rétro-futuriste avec vernis sélectif. L’ouvrage s’inscrit dans une petite collection d’albums SF d’auteurs lancée cette année par les éditions Dargaud. Rien de notable côté édition hormis le format généreux. Canal BD a en revanche sorti un Tirage de Tête grand format doté d’un cahier graphique.

2068, le monde d’après. La France a été ravagée par une guerre et une catastrophe nucléaire. Des communautés ont vu le jour dans de chaos où la Nature a repris ses droits. La petite Pan est une sorte de démocratie organisée en castes. Aster y est une hors caste au comportement étrange. Lorsque la puissante et technologique République de Fortuna arrive pour annexer ces agriculteurs il ne leur reste plus qu’à défier la Mécanique Céleste, jeu de balle représentant la destinée de tous…

Résultat de recherche d'images pour "mécanique céleste merwan"Il y a des ces albums qui inspirent la sympathie, sans doute celle dégagée par leur auteur. Il y a eu l’an dernier le formidable Il faut flinguer Ramirez de Pétrimaux, il y a cette année Mécanique Céleste. Contrairement à son comparse, Merwan a de la bouteille. Mais comme lui il vient de l’image animée, et cela se ressent tant ses planches dégagent une énergie folle. Dans une BD proposant un sport futuriste (pour ne pas se mentir, une simple balle au prisonnier) il y avait un vrai risque de scénario prétexte. Cela n’aurait pas forcément été grave tant la BD regorge d’albums totalement orientés action. Ayant fait ses armes sur d’autres scénarios en solo et en duo l’auteur formé aux arts décoratifs (c’est important, j’y reviens) intègre son histoire dans un monde vaste dont on ne saura que très peu. Une envie visuelle manifestement, de ces paysages urbains à moitié inondés, mangés par une végétation très à l’aise. Le premier quart de l’album voit les deux héros vaquer dans ces décors post-apo toujours fascinants mais qui ne font que semer des questions avant que ne commence véritablement l’histoire. Car des thèmes on sent que Merwan en a plein sa Résultat de recherche d'images pour "mécanique céleste merwan"besace sans forcément savoir jusqu’où pousser sans perturber son objectif. Des renaissances des sociétés à la dictature en passant par l’écologie, la liberté individuelle ou la famille, l’album est très bien équipé pour démarrer une saga SF… qu’il ne sera pas (ou pas tout de suite). On me souffle à l’oreillette qu’il y a matière à une suite…

La pagination gourmande est totalement justifiée par le style (rapide) de l’auteur et son envie d’action. C’est à ce moment que sa technique sans faille parle en nous laissant fascinés par une énergie totalement à propos, empruntée autant au manga qu’à l’animation (comme ses copains Vivès, Gatignol, Sanlaville,… au style proche). Comme d’autres auteurs formés aux Arts déco (Lauffray, Corentin Rouge) on sent autant une envie de design que la capacité à Résultat de recherche d'images pour "mécanique céleste merwan"s’extraire des nécessités de réalisme par une maîtrise redoutable des anatomies, mouvement et perspectives. Ainsi ces traits épurés dans le style de l’animation et ces jeux permanents de caméra, d’expressions, de torsions. C’est particulièrement marquant quand on réalise que l’album ne comporte quasi aucune des ligne de vitesse que le Manga a inventées et qui semblait le passage obligé pour faire bouger les cases. Sur Mécanique Céleste Merwan travaille à l’ancienne, probablement sans aucun travail numérique et quel plaisir que de retrouver à la fois l’imparfait du dessin « à la main » et la précision de la BD moderne.

Je parlais de sympathie car si on le regarde à froid cet album, hormis sa technique, aurait pu être banal. Une histoire sportive assez classique, des personnages archétypaux… saut que tout dans cet album respire l’envie de faire plaisir et de se faire plaisir. Comme l’album de Pétrimaux donc, on nage souvent en plein WTF, avec designs Résultat de recherche d'images pour "mécanique céleste merwan"à la cons (un petit fétichisme de l’auteur pour les bottes de pluie? ce n’est finalement pas pire que les aspirateurs…), des dialogues cinglants et des personnages presque tous débiles. Dans cette histoire improbable il fallait jouer de l’humour et l’on ne sait jamais si ce sont les gestuelles (on imagine des heures passées à décortiquer Buster Keaton et Chaplin) ou les dialogues qui nous font le plus sourire…

J’ai toujours pensé que la franco-belge avait quelque chose en plus par rapport au Manga et au comics. Sans doute cette liberté artistique que les deux autres industries ne permettent plus guère. Et ce genre d’album fait plaisir en rappelant que nous avons tout plein d’auteurs moins médiatisés mais tout aussi talentueux que des Jung-Gi Kim, des Immonen ou des Gamon Sakurai. Je ne sais pas encore s’il s’agit de l’album de l’année mais c’est sans aucun doute celui qui donne le plus la patate!

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Travis #14: Europe

BD de Fred Duval et Christophe Quet
Delcourt (2019), Travis tome 14, série en cours, arc 5.

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Cet album entame un cinquième cycle des aventures du camionneur de l’espace, une longévité remarquable même si tous les cycles ne se valent pas. Comme pour les derniers volumes la couverture est réalisée à quatre mains avec Nicolas Siner et est plutôt réussie. A noter que cet album a la particularité de tisser de très nombreux liens avec la série parallèle de Fred Duval, Carmen Mac Callum, ce qui est nouveau et ouvre des pistes originales pour cette série de hard-anticipation.

Lorsque la villa de Dario Fulci, le tout puissant patron de la multi-continentale Transgenic est occupée par un commando d’EGM (humains génétiquement modifiés), c’est le sort des ouvriers de la ceinture d’astéroïdes qui se retrouve sur le devant de la scène. Dans le même temps sur la Lune Travis apprend que la mission scientifique de retour de la lune Europe a été victime d’une mutinerie…

Résultat de recherche d'images pour "travis europe quet""On constate en compulsant les premiers albums que Christophe Quet a perdu en qualité et en minutie sur ses planches, ce qui est surprenant et peut laisser penser à une lassitude après vingt ans passés sur cette série. L’arrivée de Siner en aide sur les couvertures serait-elle un signe de passation prochaine du crayon au dessinateur du très bon Horacio D’alba? Si le design général reste de grand qualité on perd ainsi en précision des arrières-plans et de l’environnement général comme sur les personnages dans un album de lancement d’un arc que l’on peut imaginer long et qui nous emmène des capitales européennes à la Lune en passant par le vaisseau de la mission Europe. Après un arc mexicain très terrestre on va passer un bon moment en apesanteur.

Passée cette relative déception, j’ai retrouvé dans un scénario complexe la richesse du cycle des Cyberneurs avec le retour en grande forme des pourritures préférées de Fred Duval à commencer par le milliardaire Fulci, véritable Machiavel moderne dont le vol des données secrètes va mettre au jour les pratiques probablement illégales de Transgenics dans l’emploi des mineurs clonés. Déjà on retrouve cette alliance de juridique, de technologique et d’éthique qui font le sel de la série. Je disais complexe d’abord par-ce que pour qui n’aurait pas suivi les aventures de Carmen Mac Callum (dont je fais partie, hormis les deux premières aventures il y a fort fort longtemps…) l’arrivée d’humains génériquement modifiés aux bras multiples et aux corps semi-animaux risque de brouiller les repères. Je ne suis pas certain du reste que cette perméabilité entre les deux univers (Travis est habituellement plus terre à terre que son alter-égo irlandais) soit une bonne idée tant on brise ici les barrières du scientifiquement crédible. Laissons à Duval le loisir de développer ses idées scientifiques mais on est sur un fil qui pourrait faire basculer l’intérêt. Comme souvent on est sur le premier tome en déséquilibre entre les personnages de Travis et de Vlad, ce dernier n’intervenant qu’en toute fin d’album où l’on devine une structure binaire avec Travis dans l’espace et son comparse sur Terre pour les aventures qui s’ouvrent.

Chaque arc de la série a ses spécificités et une thématique politique mise en avant (les réseaux, l’aménagement rapace des promoteurs, la gestion de l’eau, le Chiapas et les narco-etats, le droit du travail). L’effort pour coller à l’actualité mondiale récente est constant dans cette série et un grand plaisir tant la Science-fiction se doit d’être toujours rattachée à une part de réalité. Je trouve que ce nouveau cycle commence sur d’excellentes bases, mieux que les précédents, même si cet album manque un peu d’action. J’ai en revanche une petite inquiétude sur les constantes réalistes bousculées en plusieurs endroits et qui risquent de faire perdre la spécificité hard-anticipation à la série pour de la SF plus classique. A moins que maître Fred Duval ne nous prépare quelque coups de théâtres…

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BD·C'est lundi...·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #75

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

couv_3731559782818967416Couverture de Homicide - Une année dans les rues de Baltimore -1- 18 janvier - 4 février 1988Couverture de Maestros -1- Tome 1Couverture de Orbital -5- JusticeCouverture de Orbital -6- Résistance

Couverture de Orbital -7- ImplosionCouverture de Orbital -8- ContactsCouverture de Magical Girl Holy Shit -1- Qu'est-ce t'as toi ?!

2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

Couverture de Pankat - Fausse Garde -INT- Fausse garde

3. Que vais-je lire ensuite ?

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Pas mal de lectures numériques en ce moment et que de l’excellent. Dur de choisir quoi lire entre nouveautés et grosses BD de l’année pas encore lues. Légères déceptions sur Marius et Maestros et Orbital qui monte en puissance à chaque album pour devenir tout à fait excellente sur le dernier cycle! Très bonne surprise pour le WTF Magical Girl Holy Shit (sur les conseils avisés de Xander). Pour la suite Bliss commence ses sorties de fin/début d’année et certaines m’attirent depuis longtemps dont ce fameux Toyo Harada, un des personnages de méchants les plus réussis de ces dernières années!


Rappel des billets de la semaine dernière:

  • Mardi:

Second tome tout aussi enthousiasmant pour cette série italienne.

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  • Mercredi:

Sebastien Morice se mets à l’anisette sur le vieux port de Marseille…

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  • Samedi:

Un zeste de Mark Millar et de Froideval dans cette saga magique à l’échelle cosmique.

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  • Dimanche:

Adaptation par le toujours passionnant Squarzoni du livre de l’auteur de la série mythique The Wire.

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Et vous? qu’avez-vous découvert? Vos coups de cœur et trouvailles, ça m’intéresse!

****·BD·Documentaire·Numérique·Service Presse

Homicide #1

Le Docu du Week-End

BD Philippe Squarzoni
Delcourt (2016-2019), série en cours, 4 volumes parus sur 5.

bsic journalismAlbum lu en numérique sur Iznéo.

badge numeriquecouv_279633Homicide propose la chronique d’une année de la brigade des homicides de la police municipale de la ville la plus violente des Etats-Unis. Adaptée d’un livre de David Simon qui a donné naissance à la mythique série TV The Wire (Sur Ecoute), la série de Philippe Squarzoni, spécialiste de BD documentaire, se mets à hauteur d’homme en nous livrant le quotidien de ces hommes, loin du show des films et séries policières. Quatre volumes sont parus (sur cinq prévus), chacun couvrant un ou deux mois d’activité de la brigade.

Dans les rues de Baltimore il y a en moyenne un meurtre deux jours sur trois. Pour résoudre ces meurtres la police municipale a deux brigades d’enquêteurs. Ainsi les affaires en cours s’accumulent avant que l’on ait le temps de les résoudre. Entre fonctionnement administratif, réalité des crimes et relations humaines, entrez dans le quotidien de ces policiers qui tâchent de confondre des criminels en se demandant pour qui, pour quoi…

J’avais été impressionné par la qualité documentaire de l’ouvrage Saison Brune que Philippe Squarzoni avait publié il y a quelques années à propos du réchauffement climatique, en adoptant le point du vue du novice. Ici la démarche est autre puisque l’on est sur l’adaptation d’un bouquin source qui n’envisage pas de récit de l’observateur mais agit plutôt comme la caméra d’un Depardon, captant froidement des scènes, des dialogues, des regards. Il y a bien une narration qui nous explique les dessous, des chiffres, mais toujours dans le sens didactique. N’ayant pas vu la série TV je ne savais pas à quoi m’attendre et ai été bluffé par l’intensité du récit, la profondeur des problématiques. Ce sont des tranches de vie qui nous sont ainsi montrées, entre différentes affaires dont on ne sait jamais la conclusion car elles ne se résolvent pas en quelques jours (ce premier tome couvre quelques semaines seulement de l’année 1988, année couverte par David Simon comme journaliste au sein de cette brigade). Mais très vite on nous explique qu’en raison de la profusion de crimes et des moyens limités certaines constantes doivent vite être intégrées par un enquêteur: premièrement que tout le monde ment pour différentes raisons, à différents degrés, ensuite que la plupart du temps les affaires sont réglées sur un coup de chance. La chance de tomber sur l’indice confondant, la chance d’un témoin qui craque, la chance d’un collègue qui fait bien son boulot… Les enquêtes ne tiennent qu’à des détails derrière une pression hiérarchique toute administrative: le maire, l’élu chargé de la sécurité, les différents échelons de la police et cette mise en concurrence des deux brigades.

On passe d’un enquêteur à l’autre, chacun avec un profile et des problématiques différentes. On est loin du manichéisme des films en effet, malgré la moustache et le costume de rigueur. Pas de salauds, pas d’enquêteur pourri, pas de méchant capitaine qui vous empêche de faire votre boulot. Juste des policiers qui s’efforcent de résoudre des meurtres qui n’en sont pas toujours, une réalité de la rue qui fait que 90% des crimes sont liés à des noirs pauvres habitant dans des cités… La réalité des Etats-Unis des années 80.

Visuellement c’est plus poussé que les précédents albums de Squarzoni que j’ai pu lire. On reste dans du dessin très contrasté, très encré, pas très détaillé au niveau des visages mais moins illustratif que Saison Brune. Toujours pas mon truc au niveau graphisme mais le dessin apporte au récit pur et fait le job. Surtout la mise en scène, homicide_2froide, découpée, avec de jolies mises en page par moment, nous donne très envie de continuer notre cheminement avec ces hommes dont on ne fait qu’effleurer la vie, les tourments, l’activité de fonctionnaires de police.

La grosse réputation de cet album et sa série ne sont donc pas du tout usurpés et je reconnais que si je m’attendais à un livre intéressant j’ai terminé l’album totalement accroché, cherchant le second que je n’ai pas encore sous la main et marqué par la force de l’immersion. Sans doute trop court, ce récit aurait mérité d’être rassemblé en un unique volume tant la césure est artificielle et casse la lecture. Totalement addictif, Homicide donne envie de se jeter sur The Wire, de lire l’ouvrage de Simon et tout documentaire vidéo sur la police américaine… Une claque qui aurait pris cinq Calvin avec un dessin plus artistique.

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***·Comics·East & West·Nouveau !·Numérique

Maestros #1

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Comic de Steve Skroce
Hi Comics (2019) – Image (2018), 167 p. 1 volume paru, série en cours.

badge numeriquecouv_357320Le Maestro et toute sa famille ont été massacrés après la libération du plus dangereux démon enfermé par celui qui était le plus puissant sorcier de l’univers. L’héritier est un fils humain, banni il y a des années. Le problème c’est que le Maestro était une ordure, un tyran, macho, dominateur, imbu de sa personne, et que son fils le déteste…. Une révolution des pratiques se prépare dans les différents mondes où cet humain désormais doté de pouvoirs absolus a bien l’intention d’appliquer les utopies politiques humaines à un univers basé sur la force… 

Steve Skroce n’a pas une très longue biblio, ayant fait ses armes chez Marvel et du storyboard de cinéma (notamment sur Matrix!) avant de partir sur de l’indé qui semble bien mieux lui convenir quand on voit le plaisir qu’il a à insérer des scènes gores et vaguement chaudes dans ses planches. Avant Maestros il a dessiné avec Brian K Vaughan une uchronie où les USA envahissent le canada. On saisit déjà l’amour des renversements.

Résultat de recherche d'images pour "skroce maestros"Comme dessinateur Skroce s’en tire plus qu’honorablement, livrant des dessins assez classiques (on pense parfois à du Frank Quitely) mais très propres techniquement et très au-dessus de la moyenne des dessins de comics. Le gars sait tenir un crayon et se permet des expérimentations formelles en habillant ses pages un peu à la manière d’un Olivier Ledroit. Car son univers est basé sur les codes de la Fantasy avec magiciens à chapeau pointu, dragons, ogres et monstres en tous genres. C’est assez cliché mais c’est voulu, afin de créer un clivage entre ces images de contes et un langage très fleuri, des exécutions tout sauf douces et un univers noyé dans la violence, la force brute et le sexe.

Du coup, si l’univers est vraiment sympa (même s’il reprend pas mal l’idée de décalage d’un Millar sur Jupiter’s Legacy), une fois passés les premiers chapitres vraiment réussis, on tombe progressivement dans une pseudo histoire d’amour un peu mièvre et irréelle au regard de l’univers et du projet. Plusieurs fois on se dit que l’auteur va nous balancer une chute destabilisante pour constater qu’il ne s’agit bien que d’une banale vengeance du vizir contre son sultan… on a connu idée plus novatrice.Résultat de recherche d'images pour "skroce maestros"

Du coup ce premier tome d’une série annoncée commence de façon tonitruante pour finir assez sagement, comme si Skroce avait oublié en cours de route qu’il était dans du comic indé adulte et n’avait plus à se censurer. Un peu dommage tant l’ouvrage commence sous de très bons auspices tant graphiques que scénaristiques en se livrant à de très joyeux et nombreux massacres bien rouges et bien réalistes que tous les amateurs de films d’horreur apprécieront. Résultat de recherche d'images pour "skroce maestros"On se marre pas mal sur les dialogues de sales gosses, profite des jolis dessins et se demande quel sort galactique le Maestro et ses adversaires vont s’envoyer à la tronche. Construit en allers-retours entre la nouvelle vie du héros et son difficile et douloureux apprentissage, le comic se lit assez rapidement et avec plaisir. Il est juste dommage qu’il arrive après un certain Jupiter’s Legacy dont la comparaison en nombre d’idées et de radicalisme n’ira pas en faveur de l’ouvrage de Steve Skroce. Ce n’est pas honteux tant le maître est haut et de nombreux auteurs ont fait les éloges de cet album clairement au-dessus de la moyenne mais qui n’est pas non plus le choc que certains ont annoncé. Peut-être que la suite sera plus délirante encore, c’est tout ce qu’on peut souhaiter à cette série.

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****·Cinéma·Manga·Nouveau !

Visionnage: Alita, Battle angel

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Comme beaucoup j’étais très sceptique à la sortie de cette adaptation du célèbre manga Gunm (l’un des premiers sortis en France par Glénat dans les années 1990, à l’époque d’Akira, Appleseed et autres Dragonball) tant, de mémoire, aucune adaptation live de manga n’a jamais été faite suffisamment sérieusement pour mériter un visionnage. Les noms de Robert Rodriguez et de James Cameron à la production ne suffisaient pas pour justifier une adaptation réussie et le débat sur les yeux surdimensionnésyeux surdimensionnés de l’héroïne à la sortie n’ont pas aidé à donner plus envie que cela.

Résultat de recherche d'images pour "alita battle angel movie concept art"Pour rappel, le manga Gunm (intitulé Alita, Battle Angel aux Etats-Unis) se déroule sur trois séries: Gunm, Last Order et Mars Chronicles. Le film de Rodriguez, en développant assez largement le background (bien plus que le premier manga il me semble) semble vouloir s’orienter vers une saga reprenant l’univers global de la BD et c’est la première bonne nouvelle. Le manga d’origine proposait une version très trash de Rollerball en mode cyberpunk avec des cyborg dans un univers où la limite entre robot et humain est bien faible et où toute morale organique a disparu. L’ambiance glaçante du manga se retrouve étonnamment dans ce film grand public où les deux auteurs (réalisateur et producteur) ont recherché une grande fidélité avec le matériau d’origine en aucunement une transposition dans des codes susceptibles de plaire au public nord-américain.Image associée C’est la second réussite du film. Si l’on reste sur l’intrigue du premier arc avec ce tronc semi-humain reconstruit par le professeur Edo, génie de la robotique et déchu de la cité haute de Zalem, et qui devient la plus redoutable des chasseuse de prime et joueuse de Motorball. La quantité de sujets issus plus ou moins directement du manga est impressionnante pour un film d’action et la gestion du rythme est à ce titre assez impressionnante, en parvenant sans ennui, sans ventre mou, à lier l’ensemble, sans frustration et avec une grosse envie de découvrir plus. La troisième réussite du film est de dépasser visuellement le manga (je n’ai personnellement jamais accroché avec le style du mangaka) avec un univers, certes tout à fait numérique, cohérent, un jeu des acteurs convaincants et une tension dramatique qui n’a pas l’artificialité de beaucoup de films à images de synthèses. Pour un métrage porté par une actrice numérique c’est un sacré succès et une nouvelle preuve que WETA est la meilleure compagne d’effets spéciaux du monde.

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Le box-office a très logiquement abouti à un semi échec directement issu de cette ambition artistique: les américains ont boudé le film, le reste du monde s’est laissé tenter. Les journalistes cinéma envisagent difficilement une suite facilement négociée avec les studios mais plutôt une possibilité selon les envies de James Cameron (qui porte le projet depuis de très nombreuses années) après le pactole que ne manqueront pas de rapporter les suites d’Avatar. On ne peut donc qu’attendre avec frustration tant personne n’attendait rien de ce projet et tant ce film a montré qu’avec de la passion et un respect créatif (contrairement à la citation qu’a été le Ghost in the shell de Rupert Sanders) une adaptation de manga est possible. Sachant qu’un certain Akira est en production…

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****·BD·Nouveau !·Service Presse

Marius #1

BD du mercredi
BD de Serge Scotto, Eric Stoffel et Sebastien Morice
Grand Angle(2019), 56 p., série en deux volumes.

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur fidélité.

Résultat de recherche d'images pour "marius morice"A l’initiative d’Eric Stoffel et Serge Scotto, la collection Marcel Pagnol en BD a vu le jour en 2015 et propose d’adapter l’oeuvre de l’écrivain marseillais. Onze albums sont déjà parus et la trilogie marseillaise dessinée par Sebastien Morice qui travaille pour la première fois sans son comparse Didier Quella-Guyot commence avec ce Marius, bonne occasion de profiter des superbes dessins, couleurs et lumière du dessinateur du Facteur pour femmes pour découvrir ce classique de la littérature française. L’album suit la ligne graphique de la collection et comporte une préface de Nicolas Pagnol (petit-fils ), un cahier graphique avec de supermes images préparatoires du dessinateur et des explications deux scénaristes sur le travail d’adaptation, enfin un récapitulatif des albums parus dans la collection.

Marius tient le Café de la Marine avec son père César… qui le trouve empoté et pas très professionnel dans le métier. Fanny n’a d’yeux que pour le beau Marius mais, courtisée par le riche Panisse s’efforce de rendre le jeune homme jaloux. Dans la torpeur marseillaise chacun pavane et discute à l’ombre des platanes une anisette à la main…

Résultat de recherche d'images pour "morice marius"Je n’ai jamais été très attiré par les adaptations littéraires, aussi c’est clairement Sebastien Morice, dessinateur découvert comme beaucoup sur le Facteur pour femmes, qui m’a amené à lire cet album. J’ai une tendresse pour son travail et notamment sa colorisation très lumineuse, lumière qui a dû jouer dans la proposition de l’éditeur de travailler sur l’univers de Pagnol. Pourtant l’auteur était sceptique, d’une part de partir sur une série (hormis Papeete 1914 en deux volumes il n’a fait que des one-shot), d’autre part car cette adaptation d’une pièce de théâtre est assez éloignée de ses habitudes et particulièrement difficile à mettre en image tant elle repose sur les dialogues et les espaces fixes. Pour celui qui nous a régalé de paysages insulaires, des landes bretonnes et de nature, cet album urbain a été une sacrée prise de risque, une mise en danger artistique comme on dit et rien que pour cela on peut le remercier car cela démontre un auteur qui évite le ronronnement.

… quand on fera danser les couillons tu ne sera pas à l’orchestre.

TMM_colo_Double_page_T1_extraitCet album est surprenant car c’est assez peu une BD… Les habitués de Morice seront perturbés par un découpage qui ne mets pas en valeur ses qualités en serrant le cadrage sur les seuls personnages et quelques plans de Marseille où le dessinateur peut se faire plaisir. Pourtant on ne peut pas dire qu’il ait chômé pour reconstituer la place et le vieux port à l’aide de documents d’époque et de structures 3D qui lui permettent de tourner sa caméra avant de dessiner ses scènes. Sur le plan documentaire (et j’ai ressenti que c’était cet aspect qui avait dû attirer Sebastien Morice) c’est une réussite. En revanche sur une adaptation théâtrale assez grandiloquente je ne suis pas certain qu’il soit le dessinateur le plus adapté, plus à l’aise dans les postures et la technique que dans les expressions des visages. Il en ressort une impression que le dessin apporte peu au texte.

Bonne mère, c’est un meurtre, mais c’est lui qui l’a voulu! Adieu Panisse!

Résultat de recherche d'images pour "morice marius"Est-ce dû au dessin ou au projet lui-même, je ne le sais pas. Car le texte, pour beaucoup repris mot pour mot de la source de Pagnol, est truculent, drôle, rythmé comme un ping-pong de comédie. On se plaît à voir ces personnages qui nous rappellent bien évidemment Asterix dans leur énormités et leurs abus. L’histoire est simple, simplissime, le cadre étroit, on est bien au théâtre. Les auteurs tentent bien par moment d’élargir le panorama sur les voiliers partant au Levant mais la totalité de leur intrigue reste centrée sur Panisse, Marius et Fanny. Si le plaisir de lecture est indéniable et les images jolies, mettre du théâtre en BD reste un exercice incertain. Ce diptyque aura le mérite de faire découvrir ou redécouvrir l’œuvre de maître Pagnol et peut être vu comme un acte pédagogique. Pour le reste le carcan de l’adaptation pour les scénaristes et le dessinateur les aura peut-être un peu trop freiné dans l’expérimentation et l’apport original. A voir si le second tome s’émancipera un peu de la pièce.

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