***·BD·Numérique

Illyne, récit des terres d’Eslan

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Salut les lecteurs! J’inaugure une rubrique dont j’avais envie depuis longtemps mais qu’il m’a fallu un moment à définir. On parle de BD numérique depuis longtemps mais ce terme peut revêtir plein de formes. Beaucoup d’auteurs tiennent des blogs BD où ils publient. Parfois cela donne des projets très professionnels, soutenus techniquement par de grosses structures. Il y a aussi le développement de plateformes de lecture de BD classiques au format numérique comme mon partenaire Iznéo

Ce qui m’intéresse ce sont les auteurs et leurs projets. Entre le financement participatif qui se multiplie et les formats spécifiques sur les réseaux sociaux (Twitter ou Instagram par exemple) d’auteurs majeurs, il y a beaucoup de choses à découvrir et de la matière à une rubrique régulière qui m’incitera à parler de ces projets à la fois novateurs et anti-commerciaux.

Et je vais commencer la rubrique par une découverte récente trouvée via Twitter:

EL504o9X0AAwT8l (1).jpg

badge numeriqueIllyne est un Webtoon, nouvelle forme de publication de BD venue de Corée et dont la spécificité est d’adopter le format smartphone (donc allongé) en natif. C’est mine de rien une sacrée révolution narrative puisque outre la périodicité courte qui le rapproche des comics (des formules d’abonnement permettent d’accéder en premium aux nouveaux Clipboard01.jpgépisodes, les plus anciens sont généralement gratuits), le mode de défilement bouleverse l’agencement des cases et le récit lui-même. Contrairement à un Pepper & Carott par exemple (dont je parlerais ici prochainement) et dont le format est plutot à l’italienne mais reprend un découpage classique de BD franco-belge, Illyne se structure totalement en verticale.

L’histoire raconte les aventures d’Illyne, membre d’un ordre de gardiens des pierres magiques héritées d’Eslan, fondateur prométhéen du territoire qui aurait volé aux anciens dieux leurs pouvoirs qu’il aurait enfermé dans des cristaux qui, répartis sur le territoire, accordent leurs bienfaits aux hommes. Las, au cours d’un voyage de routine l’héroïne découvre que les cristaux commencent à se dévitaliser…

Clipboard03.jpgLa série est publiée sur la plateforme Webtoonfactory par Johann Blais (alias Papayou), concept artist dans le jeu vidéo. Trois épisodes sont parus en mode gratuit, un quatrième est réservé aux abonnés su site et un cinquième est en préparation. Du fait du format il est impossible de parler de pagination mais les épisodes sont relativement courts, ce qui laisse penser à une série assez longue, pour peu que sa publication soit viable économiquement pour l’auteur.

Graphiquement l’auteur sait tenir sa palette graphique et comme tout dessin numérique les couleurs et lumières claquent immédiatement. Le gros point fort de la série repose sur les visages et personnages en gros plan… l’auteur délaissant malheureusement ses arrières-plans qui sont parfois à Clipboard02.jpgpeine croqués. C’est dommage tant l’univers fantasy demande un imaginaire visuel des décors du monde en général. Ce que j’en ai vu est donc assez inégal mais semble en évolution, l’auteur étant très demander de commentaires. Chaque épisode propose en outre, comme une forme de générique, la même introduction rappelant l’origine du monde et des cristaux. A ce stade l’histoire est juste commencée et l’on imagine l’héroïne partir pour un long voyage semé de combats, avec dès le troisième épisode l’évocation d’une guerre des Marches. Les personnages sont assez intéressants et donnent envie de poursuivre la découverte en espérant que le dessin évolue vers plus de précision. A la lecture on a le sentiment que Papayou évolue en faisant, comme sur la gestion du défilement qui est par moment très intelligemment utilisé avec des fondus très intéressants dans la gestion du temps, alors qu’à d’autres moments on a des ruptures de case brutale et très classique que l’auteur biseaute sans doute pour éviter cette coupure. Je suis convaincu que des choses très novatrices peuvent être faites en matière de découpage, exigeant sans doute une grosse réflexion et de sortir de ses acquis de lecteur BD.

Au final j’avoue que la grosse com’ réalisées par l’auteur sur de très belles images risque de décevoir un peu, comme ces très nombreux comics aux couvertures mortelles qui  laissent place à des dessins plus industriels ensuite. Il n’en demeure pas moins que le projet est intéressant, la démarche absolument louable et que la maîtrise technique est évidente. Il reste à trouver un processus de réalisation qui joigne la qualité avec le format et la viabilité.

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***·BD·Comics·Nouveau !

Amazing Grace #1

BD d’Aurélien Ducoudray, Bruno Bessadi et Fabien AlquierGlénat (2019), 91p., série en cours, collection Grindouse.

Après l’Agent que nous a présenté Dahaka mardi, on continue dans la nouvelle collection pop de Glénat avec un récit post-apo à la fois tendre et courageux.

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La couverture reprend l’esthétique crado Grindhouse popularisée par les films de Tarantino et de laquelle de plus en plus d’éditeurs proposent une collection dédiée. Vernis sélectif sur le titre et bonus très fournis de pas moins de 44 pages incluant des interviews des deux auteurs, des croquis et une série de recherches très intéressantes pour la couverture. De jolis albums aussi léchés c’est toujours sympa et ça met dans de bonnes conditions pour découvrir l’album.

On ne sait pas ce qui a provoqué la fin du monde, mais la première incidence a été la naissance d’enfants différents, semblant appartenir à une autre espèce humaine… Grace est de ceux-la. Petite fille elle aime les histoires qui lui raconte son papa, tout en cachant une force et une rage démesurée, animale… Dans ce monde d’après où l’homme est un loup pour l’homme, ce papa et cette petite fille vont essayer de survivre en gardant leur humanité…

Amazing GraceJ’avais eu de très bons échos de ce gros album sorti l’été dernier et pour cause, avec ses faux airs de La route (le film traumatisant  avec Viggo Mortensen) il arrive à créer quelque chose d’original dans le genre très fourni du post-apo dévasté. Commençant sur un chantier du bâtiment alors que le père court assister à l’accouchement de sa femme, l’album nous propulse ensuite très vite dans les jours d’après. Le projet vise à transposer un amour filial et paternel inconditionnel dans un monde où les haines et les pulsions de rejet individualiste ont repris le dessus. Ce premier tome ne nous présente ainsi pas réellement d’intrigue mais plutôt des séquences nous permettant tantôt de découvrir la nature de la fillette, tantôt d’éprouver les relations humaines lorsque l’autre devient monstrueux, surtout quand c’est votre progéniture qui est concernée! Les décors sont surtout ne nature dévastée mais lorsque le duo arrive dans l’hacienda d’un cultivateur d’oranges on se prend, rendus paranoïaques, à attendre le loup dans cette bienveillance surprenante. Dans le monde de chaos apparu les humains peuvent-il rester humains ou se comportent-ils tous comme des bêtes… en rejetant ces enfants qui leur font miroir par leur apparence monstrueuse?  nous questionne sur laquelle de l’apparence ou du comportement est le plus monstrueux en même temps que sur les principes civilisationnels qui distinguent l’homme de l’animal: le père rappelle sans cesse la loi primordiale à sa fille, on ne tue pas! Manière de tirer l’identité duale de sa fille vers son côté humain… alors que les autres s’en exonèrent.

Graphiquement c’est très propre. Bruno Bessadi, dans un style très comic à la fois précis et caricatural a adopté (comme il l’explique dans l’interview) une technique non encrée dont les effets de crayons permettent de contrebalancer les couleurs très franches. Ce qui surprend le plus c’est la taille des cases, énormes, proposant un découpage de trois à cinq cases maximum par planche. On n’est pas habitué à une telle aération et cela nous permet de profiter du style très agréable du dessinateur.

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Le tueur – Affaires d’Etat #1

BD du mercredi
BD de Jacamon et Matz
Casterman (2020), 56 p., série en cours, 1 vol. paru.

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour cette lecture.

9782203191143Après trois cycles de la série originale, les auteurs reviennent avec leur héros dans une nouvelle série qui reprend sa numérotation à zéro… bien qu’il s’agisse bien d’une suite. On ne va pas chipoter, personnellement je trouve cela plus clair qu’une série en cinquante tomes. Le sous-titre « affaires d’Etat » est précis tout en se rattachant à la série mère. La couverture montrant le tueur au bureau est raccord avec l’album bien qu’elle ne soit pas la plus réussie de la série, pas hyper accrocheuse. Sur le plan éditorial c’est propre et bien mené. Rien à dire. A noter qu’avec moins de douze euros par album le Tueur reste une série assez peu chère au regard des tarifs actuels de la BD.

On ne disparaît jamais vraiment quand on a été un effaceur. Dans une carrière qui l’a amené à travailler avec tout type de pouvoir, mafieux comme politique, rien d’anormal pour le tueur d’entrer (malgré lui) au service des renseignements français. Mais comme toujours sa couverture de col blanc dans une société portuaire lui fait constater beaucoup de zones d’ombres entre ce qu’on lui raconte et la réalité. Aux trousses d’un élu corrompu on va bientôt lui demander d’utiliser ses talents au service de la raison d’Etat…

J’ai découvert le Tueur sur le tard et lu l’intégralité de la série en plusieurs phases en bibliothèque. Cette série est remarquable par sa qualité générale sur la durée avec pas moins de treize albums faisant la jonction entre deux époques spécifiques de la BD sur une décennie entière, avec une marque de fabrique, celle du découpage très inspiré et des monologues cyniques et philosophes du héros. Si le premier cycle était plutôt urbain et assez novateur, le second était ensoleillé et marqué par la lumière et les couleurs de la tablette graphique de Jacamon.

Ce nouveau cycle/série revient à la grisaille des cités françaises, ce qui n’est pas forcément un gain graphique puisque le dessinateur semble avoir du mal à trouver un angle d’attaque dans ces décors mornes et monotones. Du coup il saute sur les occasions pour rajouter des touches de couleur vives. Comme sur les derniers tomes le dessin est donc tout à fait maîtrisé, plutôt précis, technique dans les décors (ce que j’aime), plus brut sur les personnages mais moins intéressant par manque de sujets graphiques vraiment accrocheurs. Le découpage reste rythmé, avec quelques scènes Résultat de recherche d'images pour "traitement négatif jacamon""d’action, mais à la fin de l’album on ressent autant visuellement que scénaristiquement que nous avons affaire à une mise en place qui doit se développer. Volontaire ou non, cette relative monotonie sert l’ambiance puisque l’on se retrouve dans l’état d’esprit du tueur, animal à sang froid qui a besoin de mouvement.

L’idée de Matz saute très vite aux yeux et l’on pense tout de suite aux récentes séries d’espionnage réaliste comme le Bureau des légendes. Cela tombe bien car ce rythme d’attente réflexive, d’anti-blockbuster a toujours été dans l’ADN du Tueur qui continue ainsi de nous entraîner sur son analyse froide et critique du mode de vie de ses contemporains. Si l’histoire de politiciens véreux peine à nous accrocher faute d’os à Résultat de recherche d'images pour "le tueur affaire d'etat""ronger du fait de la rétention volontaire d’informations par le scénariste, on aime toujours autant lire ces vérités en miroir sur le monde très proche qui nous entoure, sur nos vies rangées, nos vies de famille, etc. L’album arrive ainsi à nous maintenir en éveil avec un cahier des charges risqué et instille des doutes, des hypothèses chez le lecteur, basées sur des détails qui nous font douter de tout. Tels le Tueur on en devient paranoïaque en cherchant le loup dans cette normalité, cette simplicité apparente. Touché juste ou non, on aime ça et l’on referme l’album un peu frustré d’en savoir si peu et impatients de savoir si le Tueur a été doublé par celui-là ou par celui-ci…

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BD·C'est lundi...·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #83

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.
 

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

Couverture de Sang Royal -1- Noces Sacrilèges

 

3. Que vais-je lire ensuite ?

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Couverture de Ex-Arm -5- Volume 05Couverture de Sang Royal -2- Crime et châtiment

Mes lectures numériques ont un peu bousculé mes lectures papier. La sortie prochaine du tome quatre de la série Sang Royal (pas mal d’années après le trois…) m’a incité à faire un petit rattrapage et j’essaye de ne pas perdre de vue mes quelques séries manga en cours.


Et vous? qu’avez-vous découvert? Vos coups de cœur et trouvailles, ça m’intéresse!

*****·BD·Documentaire

Wake up America #3

Le Docu du Week-End

BD de John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell
Rue de sèvres (2014-2017) – Top Shelf (2013), 246p., série achevée en 3 volumes.

mediathequecouv_296134-1La critique du premier volume est lisible ici. Le second est .

Après les actions dans le sud, John Lewis est désormais directeur du SNCC et se retrouve à devoir gérer directement le très complexe équilibre politique entre syndicats, gouvernement fédéral (avec l’appui partiel des frères Kennedy, l’un à la Maison Blanche, l’autre au ministère de la Justice) et gouvernements des Etats du Sud. Alors que Martin Luther King Jr. reçoit le prix nobel de la paix, que Kennedy est assassiné et que Lewis rencontre Malcolm X lors d’un voyage en Afrique, il réalise le caractère révolutionnaire de son action qui, loin de se cantonner à la ségrégation raciale, remets en cause toute la société américaine d’après-guerre, via un combat pour l’inscription sur les listes électorales des noirs, à qui est nié ce droit civique fondamental…

Chacun des volumes de cette somme est plus gros et ce troisième et dernier tome approche des trois-cent pages. L’auteur a sans doute cherché à rester au plus près des événements en souhaitant chroniquer chaque débat, chaque action, ce qui finit par être un peu répétitif. Pourtant cette insistance permet de comprendre l’opiniâtreté de Lewis Résultat de recherche d'images pour "march book 3"et des combattants de la liberté qui année après année, mois après mois, action après action, ont encaissé les coups, les emprisonnements par dizaines, les moqueries des ségrégationnistes, sans jamais baisser les bras en touchant les limites des techniques non-violentes: face à des adversaires déterminés à user de violence jusqu’au bout seules des drames peuvent faire basculer l’équilibre. Et dans ce combat pour l’inscription sur les listes électorales dans les Etats du Sud ce ne sont pas les morts parmi les noirs qui feront le déclencheur mais celle d’un pasteur blanc venu soutenir le mouvement et tabassé à mort par les suprématistes qui considéraient les « noirs blancs » comme pires que les noirs…

Ce qu’il y a de passionnant dans cette oeuvre monumentale, véritable immersion dans un moment fondateur du monde au XX° siècle, ces quelques années qui ont tout changé, c’est de constater les aberrations d’une démocratie complexe qui abolit l’esclavage après la guerre civile mais laisse perdurer un refus d’application des lois fédérales au prétexte d’un respect des prérogatives des Etats. Au risque de laisser perdurer des gouvernements Résultat de recherche d'images pour "march book 3"quasi fascistes, travaillant main dans la main avec le Ku Kux Klan et proclamant ouvertement le rejet du pouvoir fédéral du Nord en remettant en question l’autorité même de Washington. Le moment le plus puissant de l’album est ainsi la déclaration du président (poussé au vif par un mouvement noir pas franchement bienveillant envers Lyndon Johnson) rappelant les valeurs de la démocratie et le combat civilisationnel que mènent ces gens pour toute l’Amérique et non pour les seuls noirs, une Amérique qui s’est endormie sur les vertus des pères fondateurs. Ce n’est pas par-ce qu’il y a été forcé que la portée du discours doit être minimisée. C’est dans ces moments pivots que l’Histoire avance.

Le caractère documentaire pèse lourd, comme souvent dans ce genre. Il est certain que sans l’art de l’illustration et les qualités esthétiques des images de Nate Powell, ces quelques  cinq cent pages (au total des trois volumes) pouvaient devenir aussi austères qu’un album de Joe Sacco. Mais l’authenticité portée par le discours autobiographique de celui qui a vécu ces moments, en a été l’un des acteurs clés, crée une solennité qui nous fait regarder cette photo officielle de fin de volume avec émotion. Si le premier tome est étonnamment didactique, ce n’est plus le cas des autres qui nous font entrer, notamment ce troisième volume, dans des mécanismes électoraux, ceux des comités de désignation du parti Démocrate, qui nous échappent. Pendant de longues pages, celui qui est aujourd’hui député et a donné Résultat de recherche d'images pour "march book 3"l’accolade lors de l’investiture de Barrack Obama nous relate la stratégie du mouvement pour influencer le vote des candidats et faire pression sur la réélection de Lyndon Johnson afin de montrer que sans le vote noir, les démocrates n’ont pas d’avenir. On est surpris par la franchise de quelqu’un qui fait désormais partie du système comme membre du Congrès, lorsqu’il émet ses doutes quand à la sincérité du président ou du précédent assassiné. On attend aussi les événements connus, le meurtre de Martin Luther King ou de Bob Kennedy, mais ce n’est pas l’objet de l’ouvrage où les grands hommes ne font que passer.

Wake up America n’est pas une lecture facile, ce n’est pas non plus un documentaire austère. Cela reste de l’excellente BD exigeante qui a l’immense mérite de nous replonger au plus près d’un combat majeur pour l’égalité et la démocratie dans ce qui se proclame la première démocratie de la planète. Ce n’est qu’après avoir conclu sa lecture que l’on réalise le monument. Le triptyque rejoint ainsi un certain Maüs au panthéon des BD importantes.

La suite de « March« (titre original) intitulée « Run« , prévue pour août 2018 a été repoussée. Certains libraires en ligne annoncent la sortie pour août 2020.

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***·BD·Nouveau !·Service Presse

BD en vrac #14

  • UCC Dolores #2 (Tarquin/Lyse/Glénat) – 2019, 2 vol parus.

couv_376763Cette série a provoqué beaucoup d’attentes avec un dessinateur avec qui a grandi toute une génération de bdvores, de superbes couvertures et la promesse d’une grande saga SF. Le premier album nous laissait un peu sur notre faim avec une mise en place prometteuse et quelques séquences d’action péchues… Prenant la suite directe du premier, ce second tome peine à décoller. On nous raconte le passé de gladiateur de Kash et l’album propose quelques séquences très inattendues dans l’interaction des trois personnages principaux, mais l’intrigue piétine un peu et je crains que la série souffre du syndrome des albums de dessinateurs: très beaux, proposant des choses graphiquement intéressantes, mais qui oublient d’accrocher le lecteur par un mystère de fonds. Ainsi on s’aperçoit en refermant l’album que toutes les séquences qui nous ont accroché ou donné des informations reposaient sur un seul design, mouvement, action. Heureusement, cette série dans laquelle le couple Tarquin a mis beaucoup de cœur prévoit un premier cycle de trois volumes, ce qui évitera dans le pire des cas d’éterniser une histoire faible et au mieux permettra de rebondir dès le prochain tome.

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  • Angel wings #6: Atomic (Yann/Hugault/Paquet) – 2019

couv_378949bsic journalismMerci aux éditions Paquet pour leur confiance.

 

Comme à son habitude Romain Hugault a prévu pas moins de quatre couvertures pour quatre éditions différentes. Les éditions Paquet sont toujours aussi généreuses en éditions variées… qu’il serait bien de sortir en simultané afin de laisser le lecteur avec le choix…

Atomic conclut le deuxième cycle de la série Angel Wings et de l’enquête d’Angela afin de découvrir le responsable de la mort de sa sœur. Je précise que si j’ai bien lu le premier cycle et le précédent album (critiqués sur le blog), il me manque le premier volume de ce cycle, ce qui peut expliquer ma gêne devant cet ultime album: très peu d’avions pour une fois et une narration un peu décousue avec des séquences intercalées illustratives de l’époque Résultat de recherche d'images pour "angel wings atomic"mais qui perdent la linéarité même si elles développent le background, ce qu’aime comme jamais le dessinateur. Si les précédents albums montraient parfois une Angela un peu passive, ce n’est pas le cas ici puisqu’elle tient son enquête. En revanche on ne comprend pas bien les interventions de ses connaissances et certaines séquences qui semblent n’être rattachées à rien. L’alternance de récit passé, actuel et de récit dans le récit ne facilitent pas la compréhension. En outre le contexte du projet Manhattan semble totalement anecdotique et on aurait aimé voir Angela liée via l’OSS à une bonne histoire d’espionnage que nous laissaient deviner les autres albums. Ainsi, comme l’image de couverture trompeuse (mais très jolie comme l’intérieur), la fin de l’album nous laisse un peu dans l’expectative, avec une image finale en forme d’énigme de résolution… très original mais cette page montre la difficulté qu’a eu le scénariste à lier trois lignes de sa série: proposer une illustration de l’époque en faisant plaisir à son dessinateur, parler du projet Manhattan, parler des WASPS et construire une histoire cohérente avec cela… Un peu inabouti.

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Darnand, le bourreau français

BD du mercredi
BD de Pat Perna et Fabien Bedouel
Rue de sèvres (2018-2019), série finie en 3 volumes.

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mediathequeLes deux premiers tomes comprennent des unes de journaux d’époque sur Darnand, le troisième comprend un dossier documentaire. Les trois couvertures sont très efficaces, reprenant la même thématique (le personnage de Darnand) en suivant son évolution. J’aime beaucoup les couvertures qui déclinent une idée sur l’ensemble de la série. Comme a son habitude, Rue de sèvres présente la tomaison complète de la série dès le premier volume, ainsi que les illustrations de couvertures. C’est confortable pour le lecteur qui sait où il va. Je note simplement que le sous-tire « le bourreau français » n’apporte pas grand chose et peut être trompeur sur l’objet de la série.

Héros de la première guerre mondiale, décoré des plus hautes distinctions nationales, Joseph Darnand, comme d’autres mais sans doute pas à ce niveau, choisira la Collaboration en prenant la tête de la Milice aux plus sombres heures de la Guerre. Entre les deux c’est une personnalité complexe que nous découvrons au travers du regard de son ami Ange. une histoire qui se coule dans la complexité de l’histoire nationale…

Résultat de recherche d'images pour "darnand bedouel"Je réalise avec ce Darnand que je suis sans le vouloir la biblio du scénariste Pat Perna, dans ma recherche de BD documentaires. Un peu à la manière d’un Fabien Nury mais dans un style plus journalistique, plus précis et moins nihiliste, Perna aborde album après album les creux noirs ou gris de notre histoire. Des moments ou des personnages dont le vernis est connu mais dont pas grand monde n’est allé creuser le fonds (en BD tout au moins). Pour cela il s’est associé depuis 2015 (avec un album sur le médecin d’Himmler) la collaboration de l’impressionnant Fabien Bedouel dont l’énergie sèche fait claquer ses dessins aux encrages très précis. Que ce soit sur le très bon Morts par la France (avec Otero) où il exhumait un massacre perpétré par l’armée française sur ses propres soldats… noirs, dans les colonies ou dans l’excellent Forçats où il arborait l’étendard immaculé d’Albert Londres dans sa lute pour la réhabilitation d’un condamné au Bagne, le scénariste se fait une vocation de gratter là où ça fait mal. Si Nury excelle dans la noirceur de son excellent Katanga traitant de la Françafrique en mode cinoche, le duo de Darnand recherche plus la précision que l’explication…

Résultat de recherche d'images pour "darnand bedouel"Et c’est l’une des limites du style de Perna, déjà éprouvé sur son précédent album sur le Bagne. Il ne s’encombre pas de continuité narrative et saute sans soucis d’une époque à une autre. Cela ne facilite pas la lecture mais concentre l’intensité sur des dialogues, des séquences juxtaposées. Le dessin millimétré de Bedouel est du coup d’une grande aide puisque l’on reconnaît immédiatement lieux et personnages. Si les dialogues sont très claires et le récit se suit bien, c’est bien la chronologie qui rend la lecture cahoteuse sitôt passé le premier tome. Celui-ci, plutôt facile d’accès, nous présente le héros de la Grande Guerre et l’installation de sa relation d’amitié fraternelle avec Ange, qui structurera toute la suite du récit. Est-ce pour le pas tomber dans les poncifs ou par-ce que ce n’est pas ce qui l’intéresse, le scénariste saute ensuite à la période cagoularde de Darnand (organisation mafieuse qui visait à renverser la troisième République juste avant la seconde guerre mondiale) puis nous envoie directement dans la Milice (tome deux) pour finir sur l’exécution de Darnand (tome trois). Si l’itinéraire du personnage fascine bien sur, il n’est finalement pas le seul héros national a avoir permis Vichy et faute de discours créant le malaise ou le doute, on finit la série en se demandant un peu ce que les auteurs ont voulu montrer.

Résultat de recherche d'images pour "darnand bedouel"Je ne voudrais pas laisser croire que Darnand est une mauvaise série, elle en est très loin! D’abord ces dessins donc, à la fois très contrastés et nerveux, des magnifiques décors montagnards et ces personnages que le dessinateur sait habiter, cet Ange avec sa gueule cassée qui parcours tout le récit, comme l’âme damnée de Darnand, sa conscience qui ne veut admettre les choix de son ami. Car finalement il s’agit plus d’une histoire d’amitié impossible, de deux frères d’armes ayant choisi des chemins opposés que de montrer les égouts de la grande Histoire. Je parlais du sous-titre qui laisse penser à une BD historique, documentaire… ce qu’elle n’est pas, raison pour laquelle je n’ai pas proposé cette chronique dans la rubrique Docu. Ce triptyque, en tant que BD se laisse remarquablement lire, avec grande fluidité, intérêt, Résultat de recherche d'images pour "darnand bedouel"avec ses moments de tension où l’on se sent happé. Mais dans cet entre-deux, avec des coupures de presse, ces personnages historiques de la Résistance, ces références documentées, on aurait aimé une mise en perspective plus grise, une présentation plus complexe de Darnand au lieu du simple militaire réactionnaire qu’il fut. On nous parle finalement peu de Résistance, on n’a aucune explication sur une évolution, sur des doutes éventuels du « bourreau ». La seule interrogation qui perdure est celle de l’attitude de la Nation, ses doutes éventuels sur le héros d’avant ou le criminel d’après. Là-dessus les auteurs ne laissent pas la place au moindre malaise, sans doute car il n’y avait pas à en avoir. Comme Pétain Darnand était persuadé d’être un sauveur de la Nation. En simple pion de son époque fasciste. Si le Katanga de Nury m’a mis très mal à l’aise il apportait cet aspect dérangeant que le scénario de Pat Perna ne veut pas donner. Bonne série BD de d’un excellent duo, Darnand reste ainsi en deçà du précédent Forçats en restant trop attaché à la figure historique.

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