***·BD·Comics·East & West·Nouveau !

Empyre volume 1/4

esat-west

Premier volume de 168 pages de la mini-série écrite par Dan Slott et Al Ewing, dessinée par Pepe Larraz. Contient le premier numéro de la série ainsi que les prologues consacrées aux Avengers et aux Quatre Fantastiques.

Peur bleue et enfer vert

Dans notre réalité, il existe des conflits ancestraux, interminables, entre deux ennemis héréditaires, et dont peu de gens se souviennent des événements déclencheurs, comme par exemple le conflit israélo-palestinien. L’univers 616 de Marvel (la continuité classique, donc) reflète bien cet état de fait, au travers de la fameuse guerre Krees-Skrulls.

Les Krees sont une civilisation intergalactique fondée sur des valeurs guerrières, des sortes de spartiates de l’espace, à l’esprit conquérant et impitoyable. Les Krees ont déjà, par le passé, interféré avec l’Humanité, notamment par le biais d’expérimentations ayant engendré le peuple Inhumain. L’un des grands héros de l’écurie (et l’un des rares à ne pas avoir été ressuscité) Captain Marvel, premier du nom, est un guerrier Kree qui, par amour pour l’Humanité, a tourné le dos à son peuple pour devenir protecteur de la Terre. Après sa mort tragique, son titre revint à son faire-valoir de l’époque, le Colonel Carol Danvers, qui après des années passées sous les alias de Miss Marvel, Warbird ou Binaire, assuma enfin son héritage pour s’émanciper et devenir la nouvelle Captain Marvel.

Les Skrulls, quant à eux, sont des êtres métamorphes organisés eux aussi en civilisation intergalactique. Expansionnistes et belliqueux, ils utilisent leurs dons pour infiltrer les mondes cibles et utilisent ensuite leur technologie supérieure pour en prendre le contrôle. Depuis la destruction de leur planète par Galactus, les Skrulls ont des vues sur la Terre, qu’ils convoitent pour eux-mêmes. Motivés par une ferveur religieuse, sous la forme d’une prophétie qui leur promettait le salut sur Terre, ils ont tenté, en 2008, de conquérir la Terre après avoir remplacé de nombreux héros par leurs propres agents (Secret Invasion). Lors de cette attaque de grande ampleur, on s’apercevait que Hank Pym, Spider-Woman, Elektra, Flèche Noire et d’autres avaient été remplacés par des Skrulls, causant la confusion et semant la paranoïa parmi les héros.

Pris séparément, ces deux factions représentent déjà une menace pour l’Humanité. Mais si l’on prend en compte le conflit millénaire qui les oppose, le risque augmente alors de façon exponentielle. En effet, Krees et Skrulls se mènent une guerre sans merci à travers les galaxies, sans que les uns ou les autres ne prévalent jamais. Ce conflit s’est délocalisé sur Terre à plusieurs occasions, mais la plus connue reste la Guerre Krees Skrulls, racontée dans la saga éponyme dans les années 70.

Au milieu de tout ça, il existe un personnage, Teddy Altman alias Hulkling, qui, dans la série Young Avengers, découvrait son double héritage. Fils de Captain Marvel, héros Kree, et d’une princesse Skrull, il était le pont improbable entre les deux espèces, hybride porteur d’un message d’espoir et de paix. Malheureusement, qui veut la paix doit proverbialement se préparer à faire la guerre. Ainsi, Teddy, hissé à la hâte et bien malgré lui sur le trône des deux empires, subit le lobby des deux parties afin de les unifier contre un ennemi commun, la Terre…

Skrulls et autres Kree-minels

Comme à l’accoutumée, les Avengers, les plus puissants héros de la Terre, sont en première ligne pour accueillir la flotte combinée des Skrulls et des Krees. Mais ils ne sont pas seuls, car cette fois les Fantastiques, habitués aux contacts avec ces civilisations belliqueuses (Reed Richards, lors d’une des premières aventures des FF, avait hypnotisé des espions Skrulls pour les transformer en…vaches, qui furent plus tard mangées par des humains, entrainant des conséquences inattendues…mais c’est une autre histoire), sont aussi de la partie.

Les héros découvrent, via un appel de détresse, que Sequoia, le Messie Céleste, fils de deux anciens Avengers, est toujours en vie, et que son peuple, les Cotatis, sont la cible réelle de la coalition Kree-Skrull. Entre un jeune empereur réticent et dépassé par les événements, et deux races aliens prêtes à pulvériser la planète pour régler leurs différends, les Avengers et FF auront fort à faire tout au long des quatre volumes de la série.

Pour les lecteurs aguerris, les schémas de Marvel finissent par apparaître clairement, au bout de quelques années. Qui dit schéma dit redondance, et c’est ainsi que les cycles marveliens ont tendance à se répéter, pas forcément sur la forme, mais au moins sur le fond. En même temps, il faut bien avouer que les grandes sagas, tradition de l’éditeur, n’ont qu’un nombre limité de thèmes à aborder, si bien qu’il faut souvent recycler.

Ainsi, l’on passe de House of M (2005) à House X (2020) , de Civil War (2006) à Civil War 2 (2016), de Fear Itself(2011) à War of the Realms (2020), de la Guerre Kree-Skrull (1971) à Secret Invasion (2008) puis à Empyre. Il s’agit donc, pour le fan, de lutter contre l’éventuelle lassitude en prenant ces events pour ce qu’ils sont, un divertissement proposé à échéance régulière, et mettant en scène nos héros favoris.

Le minimum syndical que nous sommes en droit d’exiger, c’est donc, outre la partie graphique, des personnages bien campés, de l’action, si possible spectaculaire, et une intrigue un tant soit peu rythmée et cohérente.

Ce premier numéro d’Empyre (prononcer Aime-Paille-Heure), si l’on fait preuve d’indulgence quant à ses inévitables prologues, offre donc une entrée en matière tout à fait satisfaisante et promet une saga divertissante, à défaut d’être complètement révolutionnaire. Action ? check. Nos héros favoris ? check. Rebondissements ? check.

Vous l’aurez compris, rien de transcendant à ce stade, mais l’on peut faire confiance à Dan Slott et Al Ewing pour nous faire voyager, en faisant écho à l’héritage riche de Marvel et de sa longue continuité.

***·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

TMNT 14: Le Procès de Krang

esat-west

Kevin Eastman et Tom Waltz au scénario, Cory Smith au dessin, parution chez HiComics le 07/07/2021.

bsic journalism

Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Accusé, levez-vous !

Après leurs rocambolesques aventures, les Tortues Ninja du clan Hamato auraient bien mérité une pause. Que nenni, puisqu’ils sont conviés sur la planète Neutrino dans la dimension X, afin d’assister au procès au cours duquel seront jugées les atrocités commises par Krang, tyran interdimensionnel que nos jeunes héros sont parvenus à vaincre dans la première partie de la série. Voici donc Leonardo, Raphael, Donatello et Michelangelo repartis pour de nouvelles aventures, qui s’annoncent peut-être plus tranquilles qu’à l’accoutumée. Ou pas ? 

Car c’est bien connu, les TMNT n’ont droit à aucun répis. Même emprisonné, Krang reste une menace, et il s’avère que le cerveau sur pattes a plus d’un atout dans sa manche. Prêt à tout pour échapper à la condamnation, le redoutable Utrom n’hésitera pas à commanditer des assassinats pour couvrir ses traces et discréditer l’accusation. 

Les tortues vont donc se remettre au boulot pour protéger les témoins clés du procès, Ace, B’een Go, Anemon, Souche, Polly et Leatherhead, tout en défendant la planète d’une attaque (pas si) inopinée de Maligna, la reine parasite. Krang parviendra-t-il à ses fins, ou la justice intergalactique finira-t-elle par triompher ?

Verdict tranchant

Avec ce 14e tome, les TMNT font l’économie d’une transition en nous emmenant directement dans les étoiles pour une aventure cosmique à mi-chemin entre le space-opéra et le procedural, montrant par la même occasion le caractère tout à fait syncrétique de leur univers. En effet, avec les Tortues, des ninjas peuvent côtoyer des mutants, autant que des cyborgs et des dieux, sans que cela paraissent choquant ni WTF. Assez étonnamment, on ne se lasse pas des dynamiques perpétuelles entre les quatre frères, qui gardent chacun leurs sempiternelles spécificités à travers le temps. 

Le fil rouge du procès permet de ne pas perdre le rythme entre les différentes péripéties, dont certaines sont néanmoins traitées au travers de salvatrices ellipses. Le verdict final en surprendra certains mais ne manquera pas d’en décevoir d’autres. Toujours est-il qu’il offre de nouvelles perspectives pour la suite de la série. En revanche, si l’interlude qui ouvre l’album enrichit encore davantage l’univers et promet de nouvelles batailles épiques, il pâlit tout de même en comparaison du cœur de l’album, à savoir le procès. 

En résumé, ce quatorzième tome de TMNT maintient son niveau qualitatif, que ce soit sur l’intrigue, le rythme, ou le graphisme. 

**·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Invisible Kingdom #2: La Bordure

esat-west

Second tome de 110 pages de la série écrite par G. Willow Wilson et dessinée par Christian Ward. Parution le 19/05/21 aux éditions HiComics.

bsic journalism

Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Le prix de la rébellion

Dans le premier tome, nous faisions la connaissance de Vess, une jeune Rooliane qui quittait le confort relatif de son foyer pour s’engager auprès de l’église de la Renonciation, un culte intergalactique aux milliards de fidèles. Ce faisant, Vess savait qu’elle faisait défaut aux attentes placées en elle par son peuple, dont les traditions exigeaient d’elle qu’elle se reproduise pour perpétuer l’engeance Rooliane.

Alors qu’elle découvrait les arcanes secrètes de la Renonciation, qui prône le détachement matériel et la frugalité, Vess fit la rencontre de Grix et de son équipage, qui travaillent pour comme livreurs galactiques pour la méga-corporation Lux.

Lux est une métaphore à peine dissimulée de géants commerciaux bien réels comme Amazon, qui s’oppose depuis toujours aux idéaux prônés par la Renonciation. Toutefois, Vess découvre bien malgré elle un lien secret entre les deux entités, rendant caduc tout ce en quoi elle croyait. Depuis le début, Lux et l’église conspirent ensemble pour manipuler les foules planétaires, et maintenir un équilibre dont eux seuls semblent bénéficiaires. Consommez par-ci, mais renoncez par-là, les habitants de la galaxie semblent piégés dans cette seule alternative.

Témoins gênantes et alliées bien malgré elles, Vess et Grix sont poursuivies par la corporation à travers la Bordure, et échouent dans une région inhospitalière, où le vaisseau de Grix, véritable épave spatiale, tombe en rade. Était-ce là le prix de leur révolte ?

On retrouve donc dans ce tome 2 nos protagonistes en fâcheuse posture, perdues au milieu d’un champ de débris, promise à une lente agonie, et surtout, la proie des pirates qui écument la région. Désormais prisonnières, les deux rebelles vont devoir lutter pour leur survie, en mettant de côté leurs différends, alors même quelque chose de nouveau semble poindre entre elles…

Après un premier tome qui offrait une métaphore acerbe sur notre société de consommation et sur la assujettissement des masses, Invisible Kingdom met la contestation et le débat philosophique en pause pour se consacrer au développement de la relation entre ses deux héroïnes. Tout en augmentant les enjeux de leur survie, la scénariste se consacre à semer les graines de leur romance, une romance quelque peu attendue et qui n’offre pas de grande surprise en soi.

Ce tome 2 donne donc la sensation de n’être qu’un interlude, puisque l’équipage de Grix se retrouve durant un bon moment dans une situation passive, eux qui avaient pris dans le premier tome une décision courageuse. Lux et La Renonciation sont bien évidemment citées, mais de telle façon qu’on ne peut qu’avoir l’impression de s’éloigner de l’intrigue principale.

Si une histoire est traditionnellement découpée en trois actes, le second est classiquement considéré comme celui où l’auteur tient ses promesses, celles faites dans le premier acte. Or, ici, force est de constater que ce n’est pas le cas. Espérons que le troisième tome se recentrera sur l’intrigue principale, celle qui fait tout l’intérêt d’Invisible Kingdom.

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Peaux-épaisses

La BD!

Histoire complète en 96 pages, adaptée du roman de Roman Genefort. Au scénario, Serge Le Tendre, Pasquale Frisenda au dessin. La parution est le fruit de la collaboration entre les éditions Critic et les Humanoïdes Associés, le 12/05/2021.

Tanneurs des étoiles

Depuis des décennies, Lark est un redoutable mercenaire, qui écume tous les théâtres de guerre de l’univers connu. Cependant, depuis quelques temps, Lark se ramollit, sa conscience le ronge et il culpabilise d’avoir participé à tous ces massacres. Le mercenaire éhonté repense aux siens, le clan Nomaral, qu’il a quitté il y a bien longtemps pour mener cette vie solitaire et sanguinaire.

Malgré son apparence normale, bien que burinée par la guerre, il se trouve que les origines de Lark sont bien particulières. Il fait partie des Peaux-épaisses, une engeance génétiquement modifiée dont les propriétés physiques, principalement la peau, leur permettent de survivre au vide spatial et aux conditions extrêmes qu’il induit.

Utilisés pour les travaux périlleux durant la conquête spatiale, les Peaux-épaisses ont fini par tomber en désuétude et sont devenus des sortes de trophées de collection pour riches désabusés, qui les ont traqués et massacrés pour se faire ensuite des combinaisons spatiales de leurs peaux.

Lark, quant à lui, s’est fait retirer son épiderme spécial et a quitté son clan, qui a ensuite disparu dans les limbes intergalactiques. Mais un message crypté lui parvient, bien des années plus tard, laissant penser que les Nomaral ont besoin de lui. Lark va donc rompre les rangs et se mettre à la recherche des siens, sans savoir que la mega-corporation Colexo est également sur leurs traces. Le reste de l’aventure sera donc une course-poursuite spatiale entre Lark et l’un des anciens camarades, le cruel Roko Greach, qui souhaite faire d’une pierre deux coups en se vengeant des Nomaral puis en revendant leurs peaux…

Quelle est la mesure d’un transhumain ?

Nous sommes ici en présence d’un space-opéra bâti sur des concepts familiers de la SF. En effet, la science-fiction, grâce aux avancées technologiques qu’elle propose dans ses œuvres, est le terrain idéal pour projeter des notions philosophiques et éthiques d’aujourd’hui. Ici, le transhumanisme et l’édition génétique servent de prétexte pour explorer le racisme et la cupidité humaine.

Ces thèmes font également écho dans des classiques tels que Blade Runner et ses Réplicants, I,Robot et ses androïdes, La Planète des Singes, X-men, Underworld, et bien d’autres exemples encore. Ici, les Peaux-épaisses finissent par s’émanciper du joug des humains qui les exploitaient, mais doivent ensuite se cacher afin de se soustraire à leur cruauté. Ils ont formé une culture singulière, qui n’est qu’effleurée dans l’album, et adopté un mode de vie reclus en adéquation avec leurs particularités.

Au fil de l’album, on trouve en parallèle du racisme le thème de l’acceptation de soi, puisque Lark est allé jusqu’à se mutiler dans le but de passer pour un humain, et en devenant mercenaire, il a troqué une servitude contre une autre, plus avilissante encore. Malheureusement, ces débats sont quelque peu sacrifiés au profit de l’action, l’intrigue étant davantage centrée sur la course-poursuite que sur le besoin interne de Lark de se reconnecter avec ce qu’il est.

En parlant d’intrigue, il est possible qu’elle ait souffert du travail d’adaptation, puisque, sans toutefois spoiler, les motivations véritables de la Colexo, qui sont révélées en fin d’album, entrent quelque peu en contradiction avec ce que l’on sait des Nomaral, notamment le fait qu’ils vivent reclus.

La partie graphique assurée par Pasquale Frisenda reste dans une veine classique de la BD SF, avec un fort gout de métal hurlant. Le tout est un album aux thématiques fascinantes, qui ne sont abordées que de façon superficielle au profit de l’action.

****·Comics·East & West·Nouveau !

Sentient

Roman graphique de 168 pages, écrit par Jeff Lemire et dessiné par Gabriel Hernandez Walta. Parution chez Panini Comics le 02/12/2020.

Nouvelle frontière, défis d’antan

Alors que l’Humanité glisse lentement vers le chaos et l’asphyxie sur Terre, ce qu’elle compte d’explorateurs et d’âmes volontaires est envoyé à travers les étoiles, afin d’établir une colonie qui sera le nouveau foyer de l’espèce humaine. L’équipage de l’U.S.S. Montgomery abrite un équipage de colons en route vers la colonie en cours de construction, avec parmi eux des enfants appelés à devenir les bâtisseurs de demain.

Seulement, aucun des moments de crise qu’à traversé l’Humanité ne s’est déroulé sans conflit. Entre la colonie et les gouvernements terrestres gronde un conflit larvé qui s’apprête à prendre une tournure bien plus funeste. Alors que le voyage interstellaire de l’U.S.S. Montgomery suit son cours, un sabotage commis par une séparatiste cause la mort de tous les membres adultes de l’équipage, n’épargnant les mineurs que de justesse. Les enfants livrés à eux-mêmes, c’est à Val, l’intelligence artificielle du vaisseau, qu’il revient d’en prendre soin afin de les faire arriver à destination.

Mère de substitution

Commence alors une éprouvante odyssée durant laquelle les enfants vont devoir faire face à des problèmes d’adultes, aidés et chapeautés par Val, dont la principale directive contenue dans son programme la poussera à veiller coûte que coûte sur son jeune équipage. L’on suivra plus particulièrement le parcours de Lil, impétueuse aînée du groupe, et d’Isaac, dont la mère est responsable du désastre.

Au fil des mois qui suivent, Val devient donc une figure parentale et tutélaire, apprenant aux enfants comment survivre sans les adultes et comment faire parvenir le vaisseau à bon port. Ainsi, pour survivre, Val et ses protégés devront se dépasser et aller au-delà de ce qui est attendu d’eux. Malheureusement, même parmi des millions de kilomètres de vide sidéral, peuvent se cacher des obstacles mortels, que même l’IA ne peut anticiper. Il reviendra alors aux petits explorateurs en herbe de s’adapter, et encore une fois, de faire preuve d’une sagesse tragiquement précoce.

Jeff Lemire, qui a déjà prouvé son talent grâce à des séries originales et bien pensées, nous emmène avec lui dans une odyssée spatiale paradoxalement intimiste. Reprenant le thème délicieusement SF de l’IA-parent (que l’on peut voir-subtilement-dans Alien avec Maman, l’ordinateur de bord du Nostromo, ou encore-pas si subtilement-dans le film I am Mother, ou la série Raised By Wolves), l’auteur de Sweet Tooth offre un scénario touchant sur la réalisation de soi et la nature de la conscience, loin des poncifs du genre voulant que l’IA soit mauvaise ou devienne hostile à l’humain.

Gabriel Hernandez Walta, dont on avait pu admirer le travail sur la série Vision, donne à voir encore une fois une très belle performance. Son coup de crayon est palpable, ce qui donne une matière certaine et non calibrée au dessin, notamment sur les plans rapprochés qui traduisent très bien les expressions des personnages (du moins, tant qu’ils sont vivants, bien sûr !)

Un très beau one-shot écrit par un scénariste très talentueux, cruel dans son exécution mais poétique dans son développement.

***·Comics·East & West

Hadrian’s Wall

Série en deux tomes, parus respectivement en 2016 et 2018, regroupant les 8 numéros de la série écrite par Kyle Higgins et Alec Siegel, dessinée par Rod Reis. Disponible sur le site des éditions Glénat.

Mur des fragmentations

En 2085, l’Humanité sera parvenue à dépasser les dissensions belliqueuses qui culminèrent, cent ans plus tôt, à une catastrophe nucléaire. Ces efforts conjoints de renouveau permettront un bond significatif dans le domaine de la conquête spatiale, ce qui conduira à la création d’une colonie sur la planète Thêta.

Malheureusement, beaucoup d’exemples dans l’Histoire nous ont démontré que les liens entre une colonie et son chaperon finissent toujours par devenir délétères, et Thêta ne fait pas exception. Le conflit entre les rebelles indépendantistes et la Terre fait donc rage, mais notre héros Simon Moore a d’autres problèmes à gérer.

Ancien policier reconverti en enquêteur privé, Simon affronte ses propres démons, lorsqu’il est contacté par un vieil ami travaillant pour la corporation Antares, responsable des missions spatiales. On propose au détective d’enquêter à bord du vaisseau Hadrian’s Wall, suite à la mort d‘Edward Madigan. La mission est en apparence des plus simples: constater l’accident de décompression, signer quelques papiers, empocher la prime et rentrer sur Terre… Sauf qu’un lien particulier unit Simon et Edward: Annabelle, l’ex-femme de Simon, qui est partie avec Edward il y a huit ans, et qui se trouve sur le vaisseau. Où est le problème ?

Dans l’espace, personne ne vous entendra enquêter sur le crime de l’Hadrian Express

Par opportunisme autant que par esprit de revanche, Simon accepte la mission. Une fois à bord du vaisseau, il découvre un microcosme sous pression, au comportement tantôt évasif, tantôt hostile. Les premiers indices découverts par Simon laissent penser qu’on a voulu maquiller le meurtre d’Edward en accident. Les alibis se font et se défont, mais Simon sait que parmi les passagers se trouve forcément le tueur.

C’est bien connu, les lieux clos donnent souvent les meilleures histoires, ce qui vaut tout particulièrement pour les histoires policières. Rien de plus clos, par définition, qu’un vaisseau spatial, dont l’étanchéité est la condition sine qua none à la survie de ses occupants. Là où Alien utilisait le vaisseau comme contenant de l’horreur, Hadrian’s Wall rejoue la carte de l’Orient Express pour en faire le théâtre d’une enquête aux multiples ramifications.

Tous les ingrédients y sont: la mégacorporation opaque, (Weiland-Yutani chez Alien, OCP chez Robocop), l’enquêteur désabusé à la Decard (Blade Runner), les rebelles extra-planétaires (Total Recall). Hadrian’s Wall parvient tout de même à surprendre par les relations tendues que les auteurs instaurent entre les personnages, qui présentent des fêlures bien humaines.

Bien entendu, les enjeux réels de l’histoire dépassent de loin le triangle amoureux Simon-Annabelle-Edward, mais tournent toujours autour de la confiance perdue, et du cycle revanchard entre deux personnes/planètes qui en viennent à se détester sans plus trop savoir pourquoi.

Une lecture qui remonte un peu mais qui vaut le détour !

****·BD·Nouveau !·Numérique·Rapidos

Crusaders #2: Les Emanants

La BD!
BD de Christophe Bec et Leno Carvalho
Soleil (2020), 49p., série en cours, 2 vol. Paru.

Album lu en numérique dans le cadre du programme Superlecteurs Résultat de recherche d'images pour "iznéo".

couv_401008

Arrivés à destination dans une « colonne de fer » aux proportions titanesques, l’équipage des Crusaders se voit enfin révéler le motif de leur venue. Les Emanants, race antédiluvienne à la technologie inimaginable, ont convoqué toutes les races intelligentes de l’univers pour faire face à une menace qui met en danger l’existence même de la vie…

badge numeriqueOn peut dire qu’en ce moment en matière de très bonnes BD de « Premier contact » on est gâtés! En parution concomitante avec les excellents Dominants de Runberg et Renaissance de Duval, Crusaders se hisse largement au même niveau avec un second Capturetome qui confirme amplement l’impression du premier. Avec un récit pas évident à mettre en image puisqu’il alterne des visions galactiques et des artefacts aliens avec les discussions des humains sur la conduite à tenir, on est happé par cette SF gigantesque qui assume les concepts de pointe de la physique la plus récente. Bec aime jouer avec la sophistication et délaisse ici les mythes humains pour le mur de Planck, la physique quantique et le multivers. Se faisant pour une fois pédagogue, il utilise (comme dans le tome un) les discussions passées entre l’enfant Natalia mais aussi celles avec l’ambassadeur Emanant pour nous faire part de réflexions passionnantes sur notre méconnaissance de la physique et de l’univers en extrapolant les hypothèses majeures  des scientifiques visant à dépasser le modèle d’Einstein.

On peut bien sur tiquer sur le méchant peuple destructeur (encore tout à fait énigmatique) et certains dialogues très ricains mais le fait est que tous les reproches que l’on a pu faire au scénaristes sur ses séries passées et en cours tombent ici devant une belle grande série de Science-fiction généreuse, exigeante, belle (pleine de doubles-pages impressionnantes) et originale esthétiquement. Axant le cœur de son propos sur la découverte incommensurable de l’univers par des témoins humains, il nous emmène sur son vaisseau avec la promesse d’une belle odyssée qui fait briller les yeux de tous les amoureux d’espace.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Red Sun #2

BD du mercredi
BD de Stéphane Louis et Alessandra de Bernardis
Kamiti (2020), 54 p., volume 2/2.

bsic journalism Merci aux éditions Kamiti pour leur confiance.

Le financement de ce second tome a été fait suite à une campagne Ulule visant a amortir une partie des coûts, pour ce jeune éditeur qu’est Kamiti. 177 contributeurs ont participé à cette campagne à hauteur de 300% des 4000€ mis comme premier objectif sur les 25.000€ nécessaires au lancement de l’album. Quatre éditions de l’album ont été éditées. L’album du commerce comprend une reproduction d’ex-libris et une double page d’illustrations en plus de la BD. Contrairement au premier tome l’intérieur de couverture est illustré par un paysage spatial. Je profite de ce descriptif pour m’étonner et déplorer le gros problème de relecture, déjà constaté sur le premier volume et malheureusement non corrigé ici, entraînant un nombre de coquilles anormal. Vraiment dommage pour un éditeur qui doit faire ses preuves de professionnalisme auprès des lecteurs…

couv_396090L’inhibiteur de violence a été vaincu! L’humanité a repris son destin en main avec à sa tête Cass, qui ne s’est toujours pas remise de la perte de son frère. Alors que la guerre de reconquête dans le système Trappist fait rage, les choix binaires de vengeance sont remis en question par des avis divergents au sein de la rébellion mais aussi parmi le Conclave des Nations aliens dont un émissaire s’apprête à rendre visite au commandant suprême des forces humaines…

Le premier album avait été une très agréable surprise. Cette conclusion marque une rupture assez nette avec ce dernier dans un étonnant scénario assez ambitieux et construit donc en deux parties qui abordent des questions tout à fait différentes. Le style même est autre puisque après avoir parcouru les couloirs des stations spatiales des mineurs et assisté au conflit entre le frère et la sœur, on bascule ici en plein cœur d’une guerre spatiale où seule l’extinction totale d’une des deux parties semble un aboutissement possible. Alternant les séquences de dogfights et de bombardements d’aliens étonnamment faibles et les discussions stratégiques musclées entre Cass et son Etat-Major, l’album se lit agréablement en provoquant d’intéressantes réflexions sur la destinée de la guerre et le concept de libre-arbitre. Car le sujet de la série est bien celle du choix et des compromis nécessaires pour vivre en communauté. Si le trouble jeu des aliens reste camouflé jusqu’à une conclusion plutôt réussie (ce qui n’est pas toujours le cas dans le genre SF), assez tôt l’héroïne dont la solitude est palpable se retrouve confrontée à la contestation de ses hommes, des premiers Dots, mais aussi en conflit intérieur. La discussion sur l’idée de chef suprême avec l’ambassadeur alien est à ce titre tout à fait passionnante avec en filigrane l’argument défendu par Cass que les humains ont besoin d’un chef autoritaire et tout puissant. A l’heure où les nations semblent remettre en question les vertus de la démocratie cette BD a le gros intérêt de nous interroger mine de rien sur un choix majeur des sociétés humaines. Désormais scénariste chevronné, Stephane Louis montre sa très bonne maîtrise des structures scénaristiques pour proposer une lecture fluide.

Graphiquement l’ouvrage est un peu plus exigeant que le précédent avec moultes vaisseaux en mouvement qui pointent les quelques faiblesses techniques d’Alessandra de Bernardis en matière de perspective.  Du coup les séquences les plus réussies sont bien les débats politiques avec des personnages (et des visages) toujours aussi expressifs. Heureusement l’excellent design général des technologies humaines et aliens et le très bon découpage compensent une légère redondance des séquences de bataille spatiale qui manquent un peu d’antagonisme.Alex De Bernardis - Red Sun 2 cover and splash pages

Avec cette conclusion réussie, Red Sun confirme les qualités d’un projet qui a su éviter l’essoufflement d’une longue série et tire remarquablement parti de la structure binaire en se focalisant sur les problématiques politiques de l’émancipation humaine. Nombres de séries BD et de saga SF oublient de poser des problématiques intéressantes en cachant ce vide sous de beaux plans spatiaux. Cela peut suffire. Ici un scénariste intelligent s’associe à une dessinatrice débutante mais talentueuse pour proposer une série spatiale qui a su trouver un axe réflexif dans un genre pourtant très balisé. Une réussite.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·Manga·Numérique·Rapidos

Lecture COVID: Space brothers #1

esat-west

Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits).

Attention, avec l’annonce du déconfinement plusieurs éditeurs ont stoppé leur opération lecture gratuite. D’autres continuent au moins jusque fin mai. Si vous avez déjà ouvert un des albums proposés il se peut que la lecture soit toujours possible dans votre navigateur.


couv_199547

Manga de Chuya Koyama
Pika(2013-), série en cours,20/37 vol. parus en France.

badge numeriquePour être franc en commençant cet album j’avais confondu avec le pavé Planètes et croyais donc m’attaquer à un manga achevé (j’évite systématiquement de commencer des grosses séries manga non achevées)… Cela obère la probabilité que je continue sur le long terme, pour autant j’ai pris un très grand plaisir à lire cette introduction particulièrement prenante sur un sujet que je n’attendais pas. Deux frères se sont promis de devenir astronautes… quelques années plus tard l’un d’eux a accompli son rêve et est en partance pour la Lune avec une équipe américaine. L’autre est ingénieur au chômage. Bousculé dans son honneur il est poussé à s’inscrire les tests d’intégration de l’agence spatiale japonaise…

Doté de dessins correctes mais loin d’être virtuoses, d’un sujet qui peut paraître banal, ce manga a pour première qualité l’intelligence de sa construction et de ses dialogues. Sur ce volume on entre assez vite dans le vif du sujet en suivant les différentes épreuves d’accession à l’Agence. Entre des qualités que l’on n’a pas le temps de connaître et un supposé piston lié à la stature de son illustre frère, le héros passe étape après étape en rencontrant ceux que l’on imagine faire partie de sa future formation. Happé de la première à la dernière page on prends fait et cause pour cet aîné qui n’a pas confiance en lui et tiré par un rêve commun. C’est drôle, touchant et donne très envie d’enchaîner les volumes de cette très belle histoire!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique·Service Presse

L’ange aux ailes de lumière, l’intégrale

BD du mercredi

Série en deux tomes, écrite par Harry Bozino et dessinée par Carlos Magno, adaptée de l’œuvre de Julia Verlanger. Premier tome de 46 planches paru le 28/08/019, second tome de 48 planches paru le 25/03/2020 aux éditions des Humanoïdes Associés.

bsic journalismMerci aux Humanos pour leur confiance.

 

Vers l’infini…et l’au-delà

badge numeriqueDans un lointain futur, l’Humanité a accompli un exode vers les étoiles, s’établissant sur de nouvelles planètes après avoir débarqué d’immenses arches stellaires. Cependant, cette conquête ne s’est pas faite sans heurts, et de nombreuses arches furent perdues dans le cosmos.

La Confrérie des Étoiles, conglomérat des nouvelles sociétés humaines, s’est donné pour but de fédérer à nouveau cette diaspora intergalactique, après avoir acquis la vitesse supra-luminique lui permettant de rejoindre les coins les plus distants du cosmos.

Cependant, certains pionniers, une fois débarqués sur leur nouvelle terre promise, ont du faire avec les moyens du bord, consentir parfois à des sacrifices, si bien qu’au fil des générations, les colons n’ont pu fonder que des sociétés régressives et oublié leurs origines terrestres.

Jatred , le protagoniste, est issu d’un de ces mondes, où il vivait en esclave. Récupéré par la Confrérie, il s’est non seulement affranchi mais en est devenu un agent, un cadet, de ceux chargés d’établir le contact avec les colonies perdues. Pour sa première mission, il se voit affublé de l’arrogante Valika pour partenaire. La collaboration ne s’annonce pas facile entre le fougueux « rétro » et l’élitiste cadette.

A la recherche des origines

Sitôt arrivés sur leur nouvelle affectation, la planète Vaeroya,, les deux novices vont découvrir un monde en proie aux divisions et aux conditions hostiles d’un monde qui refuse de se laisser apprivoiser. Les colons de Vaeroya, étrangers aux coutumes terriennes, voient d’un mauvais œil l’irruption de la Confrérie des étoiles chez eux, alors même qu’ils luttent depuis aussi loin que remonte leur mémoire collective contre des démons ailés résidant dans l’hémisphère hostile de la planète. Comme toujours en temps de crise, les extrêmes y voient l’opportunité d’asseoir leur influence, ce qui exacerbe les tensions.

Jatred, mu par un idéalisme juvénile, va sauver une habitante promise à l’échafaud, cette dernière ayant commis le crime de fricoter avec un démon, autrement appelé par certains un « ange aux ailes de lumière ». Ce sera le début de péripéties qui amèneront les cadets à la découverte de la genèse des colons.

Jatred, mu par un idéalisme juvénile, va sauver une habitante promise à l’échafaud, cette dernière ayant commis le crime de fricoter avec un démon, autrement appelé par certains un « ange aux ailes de lumière ». Ce sera le début de péripéties qui amèneront les cadets à la découverte de la genèse des colons.

Harry Bozino a ici la lourde tâche d’adapter l’univers des Planètes Orphelines, une saga-fleuve chroniquant par divers prismes le devenir d’une Humanité conquérante des étoiles. Le résultat est très plaisant, aboutissant à une intrigue compacte mais présentant l’avantage de ne pas souffrir de temps mort. Contrairement à ce que laissait présager le premier tome, et conformément aux poncifs de la SF, les personnages ne sont pas mis de côté au profit d’une intrigue plus grande dont ils seraient les simples pourvoyeurs. Au contraire, il y a une dynamique entre eux dont on perçoit la progression. Le format en deux tomes empêche bien sûr de s’appesantir sur leur psychologies, toutefois, la lecture de l’ensemble rend le tout cohérent.

Le dessin de Carlos Magno sied tout à fait au genre SF, car le style réaliste permet de poser des décors et des vaisseaux crédibles. Ses personnages, si on peut reprocher certaines postures figées, sont agréablement représentés et caractérisés. En outre, le dessinateur brésilien semble mieux maîtriser les plans larges et les panoramiques que les plans rapprochés.

Encore une fois, les Humanos ajoutent une œuvre de science-fiction efficace à leur ligne éditoriale, une série courte mêlant aventure, exploration spatiale, intrigue politique et fable sur l’égalité et la solidarité.