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Manga en vrac #7

esat-west

Au fil de mon immersion dans le manga, de mes déconvenues et de mes découvertes, j’ai progressivement repéré quelques auteurs/séries majeurs qu’il convenait de découvrir… d’où cette fournée rapidos en mode exploratoire…

  • Dead Dead Demon DeDeDeDe Destruction #1 (Asano/Kana) – 2017-…, 9 tomes parus, série en cours (10 vol parus au Japon).

dead-dead-demon-1-kanamediathequeLorsque j’ai demandé à des mangavores chevronnés quels étaient les auteurs majeurs de ces dernières années (j’ai débuté le manga précocement avec Akira et les premiers Glénats et Tonkam dans les années 90 mais depuis je me suis un peu assoupi…) on m’a cité unanimement Naoki Urasawa et Inio Asano. Dont acte! Une recherche d’image me fait tomber sur les planches impressionnantes de précision de cette série qui a sans doute le titre le plus imprononçable de l’histoire…

Dead Dead Demon raconte l’amitié de deux lycéennes alors qu’un vaisseau spatial gigantesque est apparu quelques mois plus tôt dans le ciel de Tokyo en provoquant ce que l’on imagine des affrontements et des morts. On suit donc la vie quotidienne de ces super copines très modernes et un peu foutraques dans ce qui semble être l’An zéro d’une nouvelle ère. Entendons-nous bien, l’OVNI n’est qu’une tapisserie en fonds d’histoire et aurait très bien pu être remplacé par n’importe quelle catastrophe ou événement géopolitique majeur, le but étant surtout de créer cette étrange atmosphère toute asiatique de contemplation semi-burlesque. Il n’y a donc pas vraiment d’histoire, dans un esprit proche de celui d’Urasawa sur Asadora!, à savoir des chroniques de vies de jeunes japonaises dans un pays sans avenir, bloqué par un événement qui peut symboliser l’Etat lui-même. Outre le dessin totalement virtuose (on peut tout de même remercier les assistants pour les décors photo-réalistes), ce sont les dialogues (excellemment bien traduits!) qui marquent, plein d’une modernité et d’une énergie inhabituels dans le genre manga et qui marquent une sensibilité assez européenne de l’auteur que l’on retrouve sur le dernier carton de Ki-oon, My broken Mariko. Je sors de cette lecture du premier tome pas totalement immergé mais très intéressé par un auteur qui semble en parfaite maîtrise de son art.

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  • 20th century boys #6 (Urasawa/Panini) – 2002-2007, série finie en 22 tomes.

20th_01mediathequeJ’ai découvert Urasawa sur sa dernière série Asadora!, qui m’a pour le moment totalement conquis par une fraicheur, un dynamisme et des personnages aux interactions passionnantes.  Passons outre l’abominable couverture de cette première édition Panini (rassurez-vous, la toute récente réédition en format double « Perfect » corrige totalement le tir à en croire les premières chroniques) pour nous plonger dans un démarrage assez prenant du fait d’une importante galerie de personnages et un art du récit franchement rare, surtout quand on retrouve ce qui semble être sa marque de fabrique: la narration elliptique entre différentes époques. 20th Century boys nous plonge dans une ambiance d’enquête du Club des 5 après le suicide d’un des anciens amis d’un groupe de gamins. Chacun a fait sa vie et rapidement les retrouvailles vont pointer des éléments bien mystérieux reliant leur passé et des morts qui semblent liées à une secte… La construction d’Urasawa est très particulière et un cas d’école dans l’efficacité (quand d’autres séries utilisent cette méthode de façon plus artificielle). C’est découpé sans prévenir, parfois au milieu d’une page… et pourtant on n’est jamais perdu! Le style BD du trait de l’auteur simplifie des visages assez caricaturaux que l’on n’a pourtant aucun mal à repérer et malgré l’aspect très mystérieux de ce début d’enquête on enchaîne la lecture rythmée assez rapidement. On retrouve ainsi immédiatement les marqueurs vus sur Asadora! bien que le dessin de vingt ans plus vieux soit moins marquant. D’un caractère résolument original, tout à la fois très BD dans la technique mais totalement japonais dans les thèmes et contexte, Urasawa nous plonge dans son univers rétro, nostalgique, léger, très difficile à résumer mais qui mérite le détour. Un premier tome pas marquant mais qui donne le ton d’une série qu’on imagine volontiers monter son caractère adictif.

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  • Magus of the library #1 (Izumi/Ki-oon) – 2019, 5 tomes parus (série en cours).

magus-of-the-library-1-ki-oonmediathequeJ’en ai beaucoup entendu parler l’an dernier et l’aperçu vraiment magnifique des planches intérieur m’a donné envie de tenter l’expérience bien que la proximité thématique avec le best-seller l’Atelier des sorciers ou l’imprimerie des sorcières m’ait fait hésiter… Ce premier tome est plutot réussi comme introduction (bien qu’un peu volumineux pour une intrigue assez light) en nous imergeant progressivement dans un monde de fantasy inspiré de l’orient arabe et d’Asie centrale où une confrérie de bibliothécaires parcourt le pays à la recherche de tout contenu écrit pour enrichir la bibliothèque centrale… Le bibliothécaire que je suis fut donc très surpris de trouver en Magus of the Library un quasi documentaire sur le métier de bibliothécaire, jusqu’aux lieux communs que nous vivons (le fameux « vous avez de la chance vous devez lire beaucoup! ») et les détails de conservation liée aux insectes. Je soupçonne l’autrice d’avoir travaillé en bibliothèque tant tout ce qui est rattaché au livre et à ce métier transpire dans chaque page: l’imaginaire, le développement de la culture et du savoir, l’apprentissage de la jeunesse, le conservatisme VS l’ouverture du livre à tous, … Cette introduction qui rapelle par moment le très élégant Alpi introduit le personnage principal, jeune sang-mélé persécuté par tout le village et qui n’aspire qu’à s’imerger dans les livres. Les rares séquences de développement du background se font sur le mode des théâtres d’ombres chinoises, juste assez pour titiller notre curiosité. Simple prologue, ce premier tome est graphiquement superbe, très surprenant dans sa précision et son propos égalitaire et donne envie de prolonger la lecture pour enfin entrer dans le vif du sujet.

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  • Grand blue #1-2 (Inoue-Yoshioka/Meian) – 2021, 2 tomes parus (série en cours, 16 tomes publiés au Japon).

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour leur confiance.Manga - Manhwa - Grand Blue Vol.1

Parmi la foison de nouvelles licences que lance Meian cette série a fait un gros buzz sur les réseaux sociaux, aussi lorsque j’ai trouvé les deux premiers tomes dans un envoi de mon partenaire j’étais plutôt optimiste sur cette découverte qui me fait sortir de mes habitudes. Alors disons le tout de suite, Grand blue s’adresse aux young adults en abordant l’entrée à l’université d’un jeune homme confronté aux affres du déjanté club de plongée de son oncle. Archi codifiés, ces deux premiers volumes nous rappellent immédiatement les délires du collège foufoufou, de DR. Slump et autres joyeusetés pas fines de l’humour populaire nippon. C’est d’ailleurs cet aspect énorme  qui fonctionne plutôt bien côté humour. Le schéma est le suivant: le club de plongée est composé de garçons qui passent leur temps à se mettre à poil et à picoler comme des trous, embarquant contraint et forcé le héros qui souhaiterait attirer le regards de l’une de ses cousines quand l’autre le méprise pour sa vulgarité (… bien involontaire vous l’aurez compris). Là où le bas blesse c’est qu’après cent-cinquante pages à rire plutôt volontiers on finit par se lasser des mêmes gags qui tirent la ficelle un peu trop longtemps. L’humour c’est toujours compliqué à régler et il est certain que les auteurs ne nous trompent pas sur la marchandise. Personnellement j’aurais aimé avancer un peu plus dans l’esprit plongée pour aérer un peu la farce permanente du manga et varier les interlocuteurs. Il reste néanmoins de belles séquences de running-gag comme cette séquence de décoration de la chambre qui passe par tout ce pour quoi ne veut pas passer Iori auprès des donzelles… Au final je reconnais que cet humour japonais de taverne m’a souvent laissé de marbre et que si j’ai rigolé par moment, cela ne suffit pas pour enchaîner une série de plus de quinze tomes à ce jour. J’en resterais donc là mais si vous pensez que ce type d’humour vous correspond n’hésitez pas à chausser les bouteilles, dans le genre Grand blue fait plutôt bien le job.

A noter qu’une série animée en douze épisodes et un film en live-action sont sortis au Japon.

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2 commentaires sur “Manga en vrac #7

  1. On t’a bien conseillé je vois.
    J’aime beaucoup ce titre d’Asano qui décape et parvient encore à surprendre à près de 10 tomes. Cependant mon préféré de l’auteur est indéniablement Solanin qui dégage vraiment quelque chose.

    Je suis également fan d’Urasawa et de sa narration toujours magique au début de ses séries ou comment installer un mystère de ouf. Il faudrait que je profite de cette réédition pour relire la série vu que j’ai la première édition dont tu parles…

    Aimé par 1 personne

    1. J’aime vraiment Urasawa après 3 tomes d’Asadora! et un de 20th… je pense que je vais continuer 3-4 tomes sur la vieille édition mais je n’exclue pas de passer sur la nouvelle ed par la suite. Je reconnais que la qualité du bouquin fait partie du plaisir du lecture…

      Aimé par 1 personne

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