***·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Karmen

BD du mercredi

BD de Guillem March et Tony Lopez (coul.)

Dupuis (2020), 160p. one-shot.

L’ouvrage est proposé en grand format, de ces paginations des gros one-shot généreux permettant un graphisme libéré. L’intrigue est découpée en quatre parties à la pagination décroissante et se conclut par un cahier graphique de… trois pages. Il est surprenant que l’auteur n’ait pu fournir plus de matériau à compter du moment où un cahier était proposé. La couverture est très percutante avec ce design très réussi du personnage de l’ange sur un beau rouge vif. Un petit texte de présentation en quatrième de couverture n’aurait pas été de trop. Édition honnête qui aurait pu être plus travaillée pour accompagner ce très original projet.

couv_385071Catalina est une introvertie. Systématiquement déçue par ses relations, elle se concentre sur son amitié d’enfance avec Xisco, beau ténébreux qui collectionne conquêtes et déceptions amoureuses. Un jour elle décide d’en finir…

Encore un digne représentant d’une Ecole espagnole qui ne cesse de ravir nos pupilles! Avec vingt ans de carrière, le majorquin Guillem March propose avec Karmen sans doute son plus ambitieux travail graphique. L’espagnol a travaillé sur de nombreuses publications DC souvent sur des personnages féminins, souvent teinté d’érotisme. Projet aussi étrange, surprenant que personnel, Karmen reprend (en version féminine) le thème de l’excellent Essence de Benjamin Flao, celui de l’ange venu accompagner une âme pendant les quelques micro-seconde qui séparent la vie de la mort…

Qui dit projet de dessinateur dit graphisme généreux et très clairement la première qualité de cet ouvrage est sa liberté totale. L’auteur prend prétexte de ces heures de libération de l’âme, cette pérégrination de Catalina dans la cité ensoleillée accompagnée par l’ange contestataire Karmen pour donner libre cour à sa virtuosité et à ses envies. On observe ainsi la jeune femme vaguement grassouillette parcourir le monde, croiser ses contemporains dans le plus simple appareil, déviant les lois de la gravité quand elle comprend que seule sa volonté la limite dans ce nouveau plan d’existence. Les cases sont larges, les pages souvent pleines et le cadrage donne le tournis en  proposant des cadrages improbables par-ci en eye-fish, par-là accompagnés de formes en surimpressions… tout cela est hautement imaginatif et magnifique. Le modèle Manara est bien sur présent avec cette justification toute relative de montrer l’héroïne nue sous toutes les coutures avec un petit côté voyeur mais absolument pas vulgaire ni érotique. Le sexe féminin n’est jamais montré malgré certaines vues vertigineuses et l’on sort de l’album avec la vague impression d’avoir parcouru des travaux de graphisme anatomiques ou un carnet de paysages urbains. C’est beau, c’est précis, c’est inspiré… pour le dessin.Karmen - La Loutre Masquée

L’histoire, elle, est moins enthousiasmante. D’abord par-ce que l’on a déjà vu cela. March apporte certaines idées intéressantes sur le couple, l’amitié, les relations sociales, et nous accroche un peu tardivement lorsqu’il accélère sur le monde des anges en envoyant Karmen parlementer au sein de l’Administration des âmes. Comme je le constate souvent, ce genre de gros projets tire son essence dans des envies graphiques de leurs auteurs. Cela comble les amoureux du dessin mais ne suffit pas forcément à convaincre le grand public sur une intrigue qui aurait été plus forte en la condensant en un format plus classique de moins de cent pages. Hésitant entre une chronique amoureuse (sans que l’on ne voit la vie qui a mené Catalina à cette décision radicale) et un trip fantastique, l’auteur se fait plaisir de façon irrégulière. Le premier « cahier » (de soixante-dix pages) est clairement trop gros et étouffe la narration malgré le plaisir visuel. La seconde moitié de l’album est beaucoup plus rythmée et propose une progression narrative dont la chute (une sorte d’épilogue) fait presque regretter ce qui aurait pu être un diptyque avant/après.Éditions Dupuis (@EditionsDupuis) | טוויטר

Il ressort de cette lecture un sentiment étrange, une grande sympathie pour ces personnages, un grand plaisir de lecture frustré par une idée inaboutie d’un auteur qui a un peu délaissé l’histoire en draguant le lecteur par les formes de sa belle plus que par une tension dramatique.

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**·***·****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #16

La BD!

  • Les métamorphoses 1858 #3 (Ferret, Durand/Delcourt) – 2020

couv_381456badge numeriqueFerret du Durand avaient marqué un sacré coup de neuf lors de la sortie des deux premiers albums d’une série qui se termine ici. Conclusion oblige, on est ici dans le tome des résolutions et malheureusement, malgré un méchant plutôt réussi, les auteurs semblent ne pas savoir comment refermer les mystères et portes ouvertes. Commençant l’ouvrage avec un raccourci qui nous téléporte les deux visiteurs de l’ïle dans la fameuse clinique, on navigue ensuite dans une grande linéarité à base de destruction de laboratoire. Le découpage et cadrage sont toujours aussi sympathiques et percutants et les décors grandioses. Mais Le soufflet retombe donc sur un final qui ne soulève ni surprise ni grand enthousiasme. Il est toujours très compliqué de conclure une histoire et les auteurs l’éprouvent ici clairement. Ce n’est pas très grave et la série qui les a fait pénétrer le monde du neuvième art restera un très beau moment marqué par la passion et un sacré travail. De quoi attendre leurs prochaine création avec envie.

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  • Conan: les mangeurs d’hommes de Zamboula (Gess/Glénat) – 2020

badge numeriquecouv_386004La série Conan continue son bonhomme de chemin avec toujours la même interrogation sur le motif de réalisation de chaque album. Si le matériau de départ n’est pas extraordinaire (ce qui est patent sur ce tome), la liberté de choix des nouvelles par les auteurs contactés par Glénat crée parfois des ouvrages assez dispensables. Ce Mangeurs d’hommes de Zamboula  est des mots même de Patrice Louinet (le spécialiste de Conan qui co-dirige la collection avec JD Morvan) totalement dérisoire et parfaitement mercantile. Si les autres histoires déjà publiées n’ont pas pour qualité premières leur profondeur, on nage ici en plein nanar que vous apprécierez d’autant que vous le prendrez au quinzième degré. Dès l’entame, malgré une mise en scène efficace du chevronné Gess, on tombe en pleine discussion de Conan avec un vieillard qui nous fait nous demander si l’on a raté un épisode. Dans ce qui suit tout est absurde, du héros qui se jette dans la gueule du loup à l’irruption tout à fait raciste des noirs mangeurs d’hommes (et pour le coup fidèle au texte source que le dessinateur n’a fait qu’adapter) en passant par la donzelle qui se balade à poil sur la totalité de l’album. On remarquera d’ailleurs l’incohérence de l’éditeur qui pousse le coquin Cassegrain à l’autocensure quand ici la nudité ne pose pas de problème… Du reste dans le genre pulp, cet album cohérent avec le genre, Conan est invincible et jamais effarouché, les filles sont belles, les cités sont orientales et les magiciens de redoutables illusionnistes dont on ne cherche pas d’autres motivations que d’être méchants. Côté dessin si vous aimez Gess, c’est plutôt chouette, notamment sur les décors. Sinon vous retrouverez les mêmes choses qui font tiquer, des couleurs étranges à certaines difficultés anatomiques… Je conseillerais donc cet album aux fana de Conan ou de Gess, pour les autres, reportez-vous plutôt sur le Colosse noir ou le Augustin.

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  • Harmony #5 (Reynes/Dupuis) – 2019

Le premier volume du second cycle a été chroniqué ici. Le premier cycle est visible ici.

couv_377306La construction des scénarios de Mathieu Reynes est de plus en plus sophistiquée et pourraient en déstabiliser certains. L’alternance temporelle et des personnages n’est pas toujours linéaire, ce qui complexifie la lecture. Ce volume se concentre sur le grand méchant qui cherche à redonner vie au dieu déchu Azhel. On rentre ainsi dans une phase décisive où l’antagonisme entre deux groupes d’humains puissants se révèle, jusqu’à une scène qui fait directement référence à Akira, le modèle assumé. Mais la série Harmony a montré depuis son premier volume combien elle était dotée d’atouts propres, de ces inspirations digérées pour accoucher d’une création originale. Je reprocherais peut-être un peu le manque de scènes épiques, l’auteur flirtant parfois avec un fantastique qui peut virer grandguignole… mais sans jamais y tomber. Au contraire, la maîtrise graphique (et la colorisation, superbe), le découpage cinématographique et l’esthétique générale ainsi que l’existence de simples humains très « normaux » donnent du corps à la série. Si le premier cycle a donné lieu à force affrontements magiques, ce n’est pas le cas ici où l’intrigue reste assez sage. Comme depuis le début on attend un peu plus de révélation (je crains une série très longue) mais le plaisir reste très grand à la lecture de l’album. Une réalisation très sérieuse, très pensée d’un auteur en pleine maîtrise de son projet et des moyens pour le réaliser. Une des meilleurs séries fantastiques actuelles.

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Supergroom, Justicier malgré lui

Premier tome de 82 pages, écrit par Fabien Vehlmann, dessiné par Yoann et mis en couleur par Fabien Alquier, paru le 07/02/2020 aux éditions Dupuis.

Ne vous êtes-vous jamais posé la question: pourquoi les mégapoles américaines auraient-elle le monopole des super-héros ? Pourquoi, après tout, ne verrions nous pas fleurir ces héros endimanchés dans les rues des capitales du Vieux Monde ?

C’est une prémisse certes déjà traitée, grâce à des séries comme Les Brigades Chimériques, mais qui conserve encore à ce jour tout son potentiel, surtout si on embrigade le célèbre Spirou !

Justicier pour exister

Spirou, l’iconique aventurier de la BD franco-belge, a connu la gloire à travers les épreuves, mais il ne peut aujourd’hui se départir de l’idée qu’il n’est plus dans le coup. En effet, il lui est difficile de continuer à briller dans un monde où tout va toujours plus vite, où les exploits sont oubliés avec un empressement sans cesse croissant, et où les jeunes, l’avenir de nos sociétés, ne jurent plus que par les nouvelles technologies et par les monolithiques super-héros, preuve supplémentaire de l’hégémonie culturelle de l’Amérique.

De surcroît, le jeune groom commence à réaliser que le mode de vie d’un aventurier, parcourant la planète à grands renforts de kérosène et de vols longs courrier, laisse une empreinte négative sur l’environnement, ce qui le conduit à repenser sérieusement ses habitudes afin qu’elles soient en adéquation avec ses convictions.

L’émergence de tous ces éléments fait douter Spirou, ce qui va faire converger son esprit vers une (pas si) brillante idée: devenir un super-héros, et profiter de l’effet d’émulation généré par ses efforts pour revenir dans les bonnes grâces du public, tout en adoptant un mode de vie plus sain.

Ce qui sonnait comme un plan parfaitement pensé va bien évidemment dérailler, car, comme nous l’a souvent appris la fiction, on est toujours puni pour une bonne action, et il n’y a aucune raison pour que Spirou soit exempté de cette maxime.

 

Tout va rapidement déraper pour notre groom favori. Après avoir revêtu un équipement spécial acquis pour la cause auprès de son ami le Comte de Champignac, Spirou va compléter sa métamorphose en Supergroom et se lancer dans le feu de l’action.

Malheureusement pour lui, on a beau être rompu à l’action et aux aventures en tous genres, on ne s’improvise pas pour autant bienfaiteur public. Ainsi, ses premières interventions en tant que Supergroom vont vite dégénérer en catastrophes publiques, occasionnant des dégâts que le jeune homme n’est pas forcément prêt à assumer…

Résultat de recherche d'images pour "supergroom"C’est donc une retraite forcée qui l’attend assez vite, même si Spirou est finalement assez soulagé de laisser cette sombre période derrière lui.

Toutefois, malgré les maladresses dont il a pu faire preuve, le courage manifesté par Supergroom va l’amener à être plébiscité de nouveau par le public. Son identité sera même usurpée par un imitateur, initiant une nouvelle vague de super-héroïsme amateur dans Bruxelles. Spirou va donc rendosser son costume pour faire éclater la vérité et tenter d’endiguer les conséquences de ses actes.

Fabien Velhmann et Yoann continue de s’approprier l’univers et le personnage de Spirou en utilisant cette fois le prisme super-héroïque, détournant les codes pour nous faire sourire tout en tissant une intrigue accrocheuse contenant son lot de mystères et de rebondissements.

Le Supergroom quant à lui, fleure bon les héros pulp et nous rappelle sans mal le fameux Rocketeer filant dans les airs à l’aide de son jet-pack. On peut regretter une fin un peu trop abrupte malgré un épilogue ouvrant sur un univers nouveau aux multiples possibilités.

Supergroom est donc une variation intéressante et amusante sur notre héros franco-belge, mâtinée de culture comics, à lire !

*****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Rapidos

Telemaque#3: la cité des hommes

La BD!

BD de Kid Toussaint et Kenny Ruiz
Dupuis (2018-2020), 62 p./album, 3 volumes parus.
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mediathequeA chaque album de cette série mon plaisir grandit et mon appréciation sur la qualité générale avec. Passées la surprise (du tome 1) et la confirmation (tome 2), si intrinsèquement ce troisième tome des aventures délurées de Mac’ et ses potes n’est pas meilleure que les autres, la vision d’ensemble me pousse vers les 5 Calvin! Cet opus est un peu moins complexe que le précédent avec un scénario plus porté sur l’action en abordant les opérations militaires de l’Égée uniquement en Itaque. Du coup cela recentre sur moins de lieux et de personnages et on peut se focaliser sur les aventures pêchues et poilantes des héros. Les auteurs se font plaisir et les dialogues répondent aux gags visuels, avec quelques subtiles jeux sur le nom de Personne, personnage vraiment réussi de cyclope. Les tronches semi-animales d’humains transformés par Circé et les running-gags (comme ce compagnon qui hurle dès que survient une surprise) font le job, avec une bonne grosse larme de rire sur les Lestrygon, sorte de gnomes bleus totalement débiles et adeptes des nœuds… On ne force pas son plaisir entre scènes d’action très efficaces, découpage, couleurs hyper dynamiques et un humour permanent qui justifient totalement la  énième réutilisation de la thématique de l’Odyssée. Avec le luxe d’un super cliffhanger final qui ajoute un atout à un scénario pas que prétexte. Franche réussite tant jeunesse qu’adulte pour cette série dont j’attends avec impatience une intégrale future.

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A partir de 12 ans.

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**·***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique·Rapidos

BD en vrac #13

BD du mercredi

  • Mata Hari (Greiner/Roman/Comixburo) – 2019, collection Rendez-vous avec X vol. 3.

couv_373546badge numeriqueAvec cet album je met le nez dans la nouvelle collection de Comix Buro (en partenariat avec Glénat), l’éditeur d’Olivier Vatine… qui produit la jolie couverture pour l’occasion. Malheureusement comme souvent lorsque l’on fait appel à un autre pour la première illustration cela vise à camoufler des lacunes ici rapidement évidentes. L’idée de transposer la série radiophonique à succès tombe vite à plat et n’apparaît inintéressante que sur les pages du dossier documentaire final, pour peu que l’on s’intéresse à ce personnage qui est présenté par les auteurs comme une pauvre fille, prostituée de luxe qui court après la gloire et l’argent. Assez triste et pas franchement passionnante que la BD en elle-même dont les dessins sont agréables mais ne proposent aucune séquence notable. On lit les épisodes amoureux de la belle comme une succession de séquences identiques vaguement intégrées au contexte politique de la première guerre mondiale. Ce qui aurait pu -du!) être présenté sous la forme du thriller d’espionnage nous fait donc bailler et l’on oublie cet album assez vite. A réserver aux collectionneurs d’albums sur la pseudo-espionne…

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  • Le scorpion #12: le mauvais augure (Desberg/Marini/Dargaud) – 2019

couv_377352Sortie évènement puisque le dernier volume, La neuvième famille remonte à cinq ans et relançait incroyablement la série avec l’arrivée d’un personnage très réussi en la personne du chevalier au trèfle et un soupçon de fantastique. Mais pour qui suit le formidable dessinateur qu’est Enrico Marini l’on savait que l’arrêt ou la passation de témoin se préparait et que l’auteur italien s’émancipait de scénaristes. La bonne nouvelle c’est que c’est toujours aussi bien dessiné, agréable à lire et que le repreneur, Luigi Critone (que j’avais grandement apprécié sur le très bon Je françois Villon) peut s’insérer très facilement dans le style posé par Marini. Je dois cependant avouer ma petite déception car cet album n’arrive pas à résoudre son statut, en ne clôturant pas la série (on a déjà vu ce genre de cliffhanger dans d’autres albums et l’on n’est plus vraiment dupes) ni en la relançant. La liaison se fait mal avec le précédent album qui supposait un combat de longue haleine avec le nouveau méchant et de nouvelles pistes. Or Desberg se contente de tirer un nouveau tiroir, jeu classique du scénariste manipulateur qui peut faire plaisir un moment mais devient lassant à force. Quelques pistes nouvelles sont tissées mais je dirais que ce Mauvais augure est bien trop frileux dans la prise de risque alors qu’il avait une occasion en or de décisions radicales. Si vous êtes de ceux qui continuent Thorgal et XIII quoi qu’il advienne cela ne vous dérangera pas mais pour moi ce tome douze marque peut-être le dernier volume d’une de mes séries préférées… Le risque de la poursuite commerciale et des changements d’auteurs, qui prouvent une fois encore que la BD est un art de créateurs.

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  • Largo Winch #22: les voiles écarlates (Giacometti/Franck/Dupuis) – 2019

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Déception pour ce nouveau Largo qui a mis pour une fois deux ans à être réalisé. Les craintes du précédent se confirment d’autant plus que ce tome doit résoudre l’intrigue commencée sur le diptyque précédent… de façon assez artificielle puisque le scénariste nous balade pas mal avec des faux secrets reliés les uns aux autres. Garder ce diptyque comme une histoire solo aurait été tout aussi pertinent. L’intérêt de cette histoire résidait dans l’approche des 1% et de la finance par ordinateur. Dans Les voiles écarlates on bascule dans la plus classique histoire de méchants oligarques russes  que l’on a déjà vue mille fois. C’est toujours aussi bien dessiné, les couleurs sont très agréables mais cet album nous rappelle malheureusement le talent unique de Jean Van Hamme pour raconter de façon fluide des histoires compliquées. L’alchimie est perdue et le lecteur se prend à relire de nombreuses fois les multiples explications économiques qui le font décrocher des élucubrations du milliardaire en blue-jeans. Également une évolution dans l’esprit de la série puisque ce héros au grand cœur qui est ici totalement ballotté sans aucune anticipation et sauvé par moultes Deus Ex Machina se retrouve à tuer de sang froid de vils pourris. C’est mine de rien un vrai basculement et avec tous ces changements je ne suis pas certain que les auteurs parviennent à se hisser par la suite au niveau des meilleures histoires de Largo. Zut…

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****·BD·Guide de lecture·Jeunesse

Seuls – Cycle 2

Rufus Stewart

On continue l’analyse de cette géniale série avec le cycle 2, toujours avec le fiston…

  • Mon fils c’est « Jean pédrovitch » (c’est un pseudo): à treize ans il a déjà lu une grosse partie de ma bdthèque, notamment Universal War 1&2, Thorgal, Blake et Mortimer, Largo Winch, Radiant,…

BD de Bruno Gazzotti et Fabien Vehlmann
Dupuis (2006-),  54 p. couleur. 2 cycle parus, cycle 3 en cours.

couv_314741Nous avons lu le second cycle sur les albums individuels, l’intégrale n’étant pour l’heure plus disponible (mais un retirage est prévu d’ici Noël), du coup aucun commentaire sur l’édition…

Après les événements marquants qui ont suivi la chasse vers le monolithe, deux clans se font face dans les Limbes. Maintenant que les lois régissant ce monde sont connues la donne a changé et nos héros vont bientôt devoir s’aventurer hors de la ville pour découvrir que les enjeux et les forces en présence sont bien plus complexes qu’ils ne le pensaient…


Toi qui a lu tous les albums jusqu’ici, parle-nous du changement entre le premier et le second cycle? A la lecture du début du cycle 3 on approche de la fin?

Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti tome 9"Jean-pédrovitch: Sur ce cycle l’intrigue avance beaucoup plus vite. Les personnages ne sont plus « seuls »…: il y a beaucoup de personnages et de clans qui s’affrontent. Le premier était plus mystérieux et dans celui-ci on a beaucoup de révélations. Le groupe se sépare progressivement et on perd un peut l’esprit d’équipe. Globalement je l’ai préféré même si tous les volumes ne sont pas aussi bons. Le tome sept (l’échappée de Fortville) est clairement le meilleur de la série pour l’instant!

Sur le cycle trois, les deux premiers tomes ne font pas avancer l’intrigue et je trouve que ça baisse d’intérêt: les albums sont centrés sur un ou deux personnages.

On avait déjà abordé la dictature avec le clan du Requin, mais là on passe à un autre cap avec Néosalem…

Jean-pédrovitch: Oui. Dans le clan de Saul c’était la personnalité de Saul qui organisait le groupe et les autres étaient des enfants qui le suivaient aveuglement. A Neosalem c’est une vraie société, il y a des lois inégalitaires mais elles s’appliquent à tous. L’ambiance est romaine avec des moyens de changer de caste.

Préfères-tu le mystère morbide du premier cycle ou l’action fantastique du deuxième? Il fait moins peur, non?

Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti tome 9"Jean-pédrovitch: Je ne sais pas trop. Je ne dirais pas qu’il ne fait pas peur, le tome sept avec la brume et les enfants zombies est quand-même flippant! Les trucs mystérieux et de fantômes ont un peu disparu. En fait je pense que ce sont les épisodes entre les deux cycles, du 3 au 7 lorsqu’ils sont à Fortville, qui font le plus peur, sont mystérieux et sombres. Par contre je suis d’accord qu’il y a beaucoup plus d’action.

Tes pronostiques sur la suite: plutôt un développement de l’univers et de ses règles ou un retour à la survie et aux inventions du groupe de héros?

Jean-pédrovitch: Le début du cycle trois revient clairement à la survie. Le rythme se ralentit, il y a quelques ponts avec Néosalem. Le sort de Camille va être assez central mais je pense qu’on est parti encore pour au moins deux cycles car l’intrigue n’est vraiment pas bouclée! En tout cas c’est toujours aussi accrocheur.

Les auteurs ont trouvé un bon moyen de changer notre vision des personnages (certains étaient centraux au début, d’autres montent en puissance).

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Le papa: Avec ce second cycle la série Seuls bascule du survival pour enfants à un monde fantastique plus classique bien que très intéressant. Inévitablement les révélations (qui se poursuivent tout au long du cycle) sur le monde des limbes et le destin des enfants qui a laissé place aux seules hypothèses d’Yvan et Anton font baisser le mystère. Les auteurs compensent cela par beaucoup d’action et la description d’un monde très riche et beaucoup plus ancien que les protagonistes le pensaient, avec des Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti tome 7"clans dominants et des castes plus ou moins écrasées par les autres.  On a finalement un peu le même mécanisme que sur le cycle un avec le gang du requin mais en montant d’un cran puisque nous savons désormais que la « magie » fait partie de ce monde d’après. On reste happé tout le long avec une grosse envie d’en savoir plus avant que de nouveaux mystères nous tombent sur le nez comme cette main vivante et le maître-fou, encapuchonné de rouge et dont la tête renferme des araignées… Le thème principal du cycle reste néanmoins la dictature de ces premières familles contre lesquels on attend avec impatience de voir une résistance s’organiser. La grande force de cette série est la richesse de ses très nombreux personnages, tous très travaillés et dotés de motivations crédibles, comme ce Toussaint qui survient en toute fin de cycle et doté d’un charisme redoutable…

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Orbital, cycle 2

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD de Sylvain Runberg et Serge Pellé
Dupuis (1999-2005), série en cours, 8 volumes parus. 46 p./album

J’avais découvert le premier « cycle » de cette série réputée, à moitié convaincu mais intrigué par le phénoménal design installé par Pellé et par la richesse d’un univers qui ne demande qu’à être exploré. Je confirme mon impression des quatre premiers albums concernant la structure de la série: il n’y a absolument ni cycles ni missions, mais bien une continuité de l’intrigue du premier au huitième tome. Très étrange que cette présentation en diptyques qui ne correspond pas au récit…

Caleb est aux portes de la mort après l’attaque du Varosash et laisse Mézoké seule face à une tentative de déstabilisation de la Confédération toute entière. Alors que les factions opposées cherchent à utiliser la situation de crise  et que le pouvoir saute de camp en camp à chaque incident, les deux agents diplomatiques vont se retrouver en fuite pour sauvegarder l’ordre établi… pour peu qu’il doive être sauvé…

Résultat de recherche d'images pour "orbital 7 pellé"L’intrigue évolue assez vite dans cet arc, avec l’arrivée de la plutôt réussie sœur de Caleb dont nous n’avions plus entendu parler depuis le premier tome. Sa personnalité explosive et son opposition de mentalité avec son frère sont intelligemment amenés et participent au développement de la relation avec Mézoké en faisant réaliser aux deux agents diplomatiques qu’ils ont finalement beaucoup en commun. A noter que ce sont résolument les femmes qui mènent la danse et tissent notre intérêt dans cette série, en laissant les mâles dans des rôles assez ingrats! De nouveaux personnages majeurs arrivent également et nous permettent de mieux comprendre le rôle d’Angus le Nevronome que l’on voit beaucoup depuis le début sans savoir comment ni pourquoi. Comme pressenti, cette série monte en puissance lentement mais surement, chaque tome gagnant en intérêt, en qualité, en complexité. C’est vraiment étrange et je ne crois pas avoir déjà ressenti cela sur une autre série. Passer ainsi de l’assez banal à l’une des meilleures séries SF en quelques tomes n’est pas commun.

Clipboard02.jpgCela est d’abord dû à la noirceur assumée d’une série dont les dessins des personnages tranchent avec l’intrigue politique complexe (Runberg nous y a habitués). L’aspect politique très poussé est l’autre atout avec une galaxie tombant dans la guerre civile dans une progression particulièrement réaliste pour une série SF et qui pourrait sans soucis ranger Orbital dans la catégorie Thrillers politiques. On décortique de multiples facteurs, de l’attentat ayant coûté la vie aux parents de Caleb et sa sœur aux tensions sécessionnistes, xénophobes, aux débats de conception politique au sein d’Orbital entre différents courants qui veulent mettre leur chef sur le siège de dirigeant… Tout cela est mené très finement, sans manichéisme (ou presque), les méchants ayant tous des motivations crédibles avec pour point de convergence la peur. Car mine de rien cette série aborde des problèmes actuels et universels qui mènent aux conflits, qu’ils soient locaux ou galactiques avec le plus souvent comme moteur la peur de l’autre, de l’étranger, de la perte, de l’inconnu. Ainsi le rôle des Nevronomes (dont l’action est centrale sur ces quatre tomes) est très intéressant de par la gestion du mystère laissé par Runberg. On ne sait à peu près rien de ces vaisseaux pensants qui Résultat de recherche d'images pour "orbital 7 pellé"semblent terrifier la confédération et dont on peine à comprendre la nature et les motivations. Cela nous titille dans l’envie d’en savoir plus et les auteurs vont distiller de tout petits cailloux jusqu’à la conclusion marquante du tome huit qui ouvre de nouvelles portes et monte d’un cran dans l’ambition de la série. Même chose, plus subtilement, avec les Sandjar, la race que représente Mézoké et qui est physiquement androgyne, perturbant les humains qui ne savent pas s’ils ont affaire à un mâle ou une femelle… ce qui permet de pointer sans en avoir l’air la question du déterminisme sexuel et du schéma hétérosexuel de nos sociétés (Florent Maudoux avait abordé cette question dans son étonnant et superbe Vestigiales)

Même si Pellé est toujours aussi imaginatif dans sa description des aliens et des lieux (la superbe cité du crime!) et tend à faire évoluer ses personnages humains vers des traits légèrement plus réalistes, ces derniers restent le point noir de la série. C’est vraiment dommage car cela empêche le lien d’empathie avec le lecteur (en contre-exemple du superbe travail d’expression de Corentin Rouge sur Rio et de Paul Gastine sur Jusqu’au dernier). Les personnages humains sont finalement peu nombreux mais demeure le putatif héros, Caleb, qui malgré ses pouvoirs temporaires ne parvient pas à endosser le statut de personnage central.Clipboard01.jpg

Orbital est ne singulière série que je ne classerais pas dans les blockbusters mais qui par ses défauts et son évolution que l’on ressent instinctive attire une grande sympathie par la générosité de ses auteurs qui semblent passionnés par leur univers sans être certain qu’un plan d’ensemble existe. Une BD qui semble progresser volume par volume avec talent et qui gomme progressivement ses quelques problèmes en nous emmenant sur des concepts SF très intéressants, vers l’infini, et au-delà…

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*****·BD·Guide de lecture·Jeunesse

Seuls – Cycle 1

Rufus Stewart

La rubrique a quelques mois et semble plaire tant dans sa formule que sur les albums traités, tant mieux. Je vais tenter une autre formule pour le cycle 1 de la série phénomène « Seuls« . J’en entends parler depuis longtemps, les jeunes en sont archi acro et je viens de comprendre pourquoi tant cette série a de qualités. Mon fiston de 13 ans écrit un peu et avait envie de tenter une critique croisée en parallèle et non en question-réponse comme ce que l’on fait jusque là.

  • Mon fils c’est « Jean pédrovitch » (c’est un pseudo): à treize ans il a déjà lu une grosse partie de ma bdthèque, notamment Universal War 1&2, Thorgal, Blake et Mortimer, Largo Winch, Radiant,…

BD de Bruno Gazzotti et Fabien Vehlmann
Dupuis (2006-),  54 p. couleur. 2 cycle parus, cycle 3 en cours.

couv_118641Le premier cycle comprend les cinq premiers tomes de la série avec la couverture intérieurs en séparation. Aucun bonus, c’est bien dommage, surtout pour une série jeunesse où cela pourrait expliquer à ces gros consommateurs de lecture comment fonctionne un scénario de BD. A noter que l’intégrale du second cycle était épuisée depuis quelques mois mais sera ressortie pour la fin d’année en même temps que le dernier album.

Un matin un groupe d’enfants se réveille seuls. Les adultes ont disparu. Errant dans une ville désertée, ils constatent que seuls les animaux sauvages et les enfants sont encore là. De nombreux évènements mystérieux de produisent mais ils doivent avant tout apprendre à survivre en apprenant ce que les adultes faisaient jusqu’ici. Une nouvelle vie commence…


Jean-pédrovitch: J’ai découvert Seuls chez un pote qui l’avait reçu à son anniversaire mais cela ne m’a, au début, pas donné envie. Je n’étais pas trop BD jeunesse à la Titeuf ou Louca et rien que de voir le dessin et le style de la couverture ne m’a pas inspiré du tout et m’a fait penser à ce style . Mes copains ne lisais que des BD comme ça et je ne me fiait pas trop à eux pour les choix de lecture et je ne pensai pas du tout que se serais du fantastique ou de l’action comme j’ai l’habitude de lire. Mais à force d’en entendre parler Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti"et de le voir partout, dans la cour, chez mes potes, à la médiathèque, j’ai d’abord feuilleté puis lu les premiers tomes, je m’y suis mit carrément à fond et ce que j’ai découvert m’a intrigué, ébahi, passionné, époustouflé, « suspensé », flippé, etc. Tout ce qu’on attend d’une BD. Le « seul » point négatif reste le dessin qui peut laisser penser que c’est une BD pour jeune, simple, gentille, rigolote… alors que la BD est un peu effrayante, flippante, compliquée, froide, plutôt pour ado,…

J’ai lu tous les Seuls sortis jusqu’au tome 11 ce qui fait deux cycles et demi. Le 1er cycle, à ce jour le plus gros, est composé de 5 tomes dont deux sont moyens car c’est le démarrage et la découverte des cinq personnages principaux. Les trois autres, surtout le dernier, sont vraiment super!!! Le 2ème cycle est fabuleux, le plus riche, révélateur et flippant et pourtant il est composé de 4 tomes à la différence du 1er cycle. Le 3ème est cependant le temps mort de la série et pour l’instant on a l’impression de n’avoir pas avancé d’un poil et que rien ne se passe.

Ce que j’ai préféré dans le 1er cycle ce sont les mystères cumulés et les choses inhabituelles inexpliquées qui sont en nombre importants. Ce sont des millions de petits détails en lien avec l’histoire comme les animaux de la zone rouge qui ont les yeux rouges, les insectes qui recouvrent le monolithe du centre de la zone rouge, les appareils électriques qui ne fonctionnent plus, ou comme la zone rouge elle même, mais qui n’ont, pour la plupart, même pas d’explications. Les personnages font eux-même pleins d’hypothèses et cela accapare l’attention même si ce n’est pas important. Les personnages sont très Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti"variés, il y a Terry qui a 5 ans et est très capricieux, Yvan qui est intello est peureux, Leïla qui est casse-cou et très dégourdie, Camille qui est un peu Gnan, Gnan, et qui fait princesse, et enfin Dodji, le héros qui était maltraité par ses parents et est du coup renfermé, solitaire, autoritaire et violent. Il y a aussi Saul et Anton, qui apparaissent en cours de cycle et seront très importants et impliqués dans l’histoire. Mon préféré est bien sur Dodji car il est fort et héroïque mais aussi car parfois il s’agit un peu d’un anti-héros. Comme on vit presque avec les personnages, on est assez proches d’eux et les connaissons parfaitement après avoir seulement lu le premier cycle, ce qui ajoute un côté assez intéressant.

Seuls me fait beaucoup penser à Autre monde, une série Best-seller de Maxime Chattam qui raconte aussi l’histoire d’adolescent qui doivent se débrouiller seuls dans un monde plein de nouveau dangers et phénomènes alors que les parents ont disparu. C’est ma série de roman préférée ce qui explique aussi mon point faible pour Seuls.

Je conseillerais de lire Seuls à partir de 9/10 ans.


Le papa: je suis totalement bluffé par cette série et m’interroge sur le choix de ce type de dessins et de la stratégie de l’éditeur Dupuis, plutôt spécialisé dans la BD jeunesse. Un peu comme avec Harmony, autre excellente série fantastique de l’éditeur, nous avons tous ce qui fait une bonne série de BD adulte mais avec des dessins de la veine Dupuis. Est-ce que les parents suivront, laisseront leurs enfants lire cette série résolument Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti"inquiétante, dérangeante par moments avec des thématiques comme la maltraitance infantile, la sexualité des enfants, la manipulation mentale, le totalitarisme et l’effet de groupe,…? Les auteurs assument la situation d’enfants placés dans la situation de devoir assumer des rôles d’adultes avec la disparition des règles et de l’autorité. Cela plaira aux jeunes qui pourront fantasmer sur cette fausse utopie mais nous montre également des scènes étonnantes avec des enfants alcoolisés, utilisant des armes, tuant d’autres enfants,… C’est une ligne éditoriale assez gonflée et pour ma part j’apprécie ce risque qui induit que la qualité et l’intelligence permettent de dépasser les codes d’age. La littérature (et la BD) jeunesse ont longtemps été soumis à une morale chrétienne assez conservatrice. Voir ce type de BD fait du bien en tant que parent. Nous avons de longs débats à la maison sur quelles BD montrer à quel âge. Est-ce que Thorgal est lisible par un enfant? Blake et Mortimer? Finalement on réalise que ce n’est pas l’aspect graphique qui détermine et que les enfants sont beaucoup plus ouverts que les adultes, moins enfermés dans des codes (d’où leur lecture de mangas autant que de Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti"franco-belge). Je pense que les auteurs ont conscience de leur responsabilité de ne pas dépasser une ligne choquante et assument une série très très ambitieuse à la fois artistiquement et thématiquement. La progression dramatique des révélations est très équilibrée, progressive en prenant les codes de la série télé avec apparition/disparition régulière de personnages. Les adultes pourront clairement bloquer sur les dessins mais je ne saurais que recommander cette lecture à tout âge (je dirais quand-même après 11 ans pour des jeunes qui seraient habitués aux Sisters ou à Ducobu) tant on est happé par un mystère aussi sophistiqué que sur des séries comme celles de Bec (qui devrait prendre exemple sur son collègue en matière de simplicité efficace).

J’adore la BD quand elle nous propose des choses aussi inattendues qu’ambitieuses en s’adressant à l’intelligence du lecteur. Un très grand bravo aux auteurs pour cette tentative de faire entrer un lectorat dans l’univers de l’épouvante et du fantastique. Seuls est la porte d’entrée idéale pour initier vos enfants à ce type d’univers imaginaires.

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****·BD·Jeunesse·Nouveau !

Telemaque#2

Rufus Stewart

Nouvelle rubrique sur le blog avec l’envie de parler d’albums destinés à la jeunesse et surtout d’en parler avec des kids, à savoir mes enfants! La rubrique sera en work in progress au début pour trouver la bonne formule (je ne suis pas encore esclavagiste et comme le blog ne rapporte rien je n’oblige pas mes enfants à rédiger des billets…). L’idée étant de donner à la fois mon avis d’adulte et l’avis d’un lecteur jeune je vais commencer par un format question réponse. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…
  • Mon fils c’est « Jean-Pedrovitch »: à  treize ans il a déjà lu une grosse partie de ma bdthèque, notamment Universal War 1&2, Thorgal, Blake et Mortimer, Largo Winch,…

BD de Kid Toussaint et Kenny Ruiz
Dupuis (2018-2019), 62 p./album, 2 volumes parus.
couv_357831

mediathequeNous avions laissé Télémaque et ses amis en mauvaise posture sur l’île de la magicienne Circé à la fin du premier album de cette étonnante série. Ce second volume va les emmener aux portes de l’Hadès…

Salut les enfants! On retrouve le monde mythologique pour cette suite. Comment avez-vous trouvé ce second épisode par rapport à vos souvenir du premier?

JP: j’ai trouvé que le premier avait posé les bases mythologiques qui permettent de continuer sur l’histoire de la bande de Télémaque. De nouveaux compagnons continuent à les rejoindre mais sur la première étape alors que le premier  volume était plus progressif.

Talia: je l’ai trouvé dans la continuité du premier.

Vous pouvez me décrire la construction du récit?

JP: il y a une double trame; la quête de Télémaque et les menaces de guerre sur les Cités grecques, qui se renforcent sur cet album. J’ai bien aimé les passages politiques. C’est plus compliqué à suivre alors que les pages avec Télémaque sont plus axées humour et jeunesse.

Talia: moi j’ai préféré les parties avec Télémaque. Dans les parties politiques c’est beaucoup de dialogues et il y a moins d’action.

L’histoire continue à suivre les pas d’Ulysse avec les différents épisodes de l’Odyssée, parfois un peu rapidement. Est-ce que vous avez eu du mal à reconnaître ces passages?

JP: moi je me souvenais des étapes que l’on voit ici (il y en a quatre comme dans le premier album), grâce à mes souvenirs d’Ulysse 31. Par contre je ne me souvenais pas des guerriers cimmeriens quand ils arrivent à Hadès.

Talia: je ne connais pas tous les passages, notamment Charybde et Sylla.

Résultat de recherche d'images pour "kenny ruiz telemaque tome 2"

Et alors le monde des morts…?

Talia: les pages tournent dans tous les sens, les cases forment un cercle et nous amènent à tourner l’album dans nos mains… C’est la première fois que je vois ça dans une BD. Les personnages sont séparés et les cases bizarres les relient. Ils rencontrent ceux qu’ils voulaient voir depuis toujours, des héros morts et les parents d’Ulysse.

JP: ils entrent dans l’Hadès sans passer par Charon le passeur du fleuve Styx. Ils sont détachés de leur corps et la séquence se passe dans leur imaginaire. Je pense que c’est pour ça que le découpage est dans tous les sens, comme dans un rêve où il n’y a pas de lien logique. C’est un peu énervant de tourner la BD dans tous les sens mais sinon c’est original! L’Hadès nous permet de voir des personnages qu’on ne connaît pas dans l’Odyssée.

Finalement les dieux sont moins acharnés contre Télémaque et ses potes que contre son père, non??

Résultat de recherche d'images pour "kenny ruiz Telemaque portes de l'enfer"JP: oui! Finalement tous les adversaires d’Ulysse vont plutôt aider Télémaque. Ou alors Charybde et Sylla qui font des blagues pour faire peur aux gens…

Talia: … en même temps si les potes de Télémaque n’étaient pas là il n’irait pas loin! Télémaque est fougueux et pas très prudent.

Vous avez relevé l’aspect féministe?

Talia: il y a beaucoup de filles. Polycaste est maligne alors que Télémaque est un peu débile, mais c’est vrai que contrairement à elle il n’a pas eu son père pour lui apprendre! Circé n’aime pas les hommes et les transforme en porcs…

JP: … pour leur montrer leur véritable image! La fille de Ménélas veut donner son avis sur son mariage comme Polycaste dans le premier tome. Et c’est vrai que Télémaque est un peu crétin!


Voilà pour le retour des zouzous… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Sans titre.jpgL’opération 48h BD qui nous avait permis de découvrir cette série est décidément l’occasion de vraies trouvailles tant ce second volume confirme amplement les qualités et l’ambition du premier. Avec la réserve que justement on irait presque vers de la BD ado-adulte à la Lanfeust tant les thématiques et la complexité des noms et des péripéties politiques sont moyennement adaptés à de jeunes lecteurs. La carte en deuxième de couverture présente l’itinéraire de la bande sur les albums précédents et en troisième de couverture elle montre la progression de l’album lu. Très jolie carte très utile pour suivre l’intrigue, surtout que certaines ellipses sont un peu abruptes (le passage des lotophages à Charybde et Sylla par exemple… qui montre la difficulté à suivre le cahier des charges des étapes de l’odyssée tout en tenant dans un format d’album). Un résumé en forme de mosaïque (très esthétique également) prends les trois premières pages.

Résultat de recherche d'images pour "telemaque aux portes enfer ruiz"Comme l’ont dit les enfants, les thématiques politiques, féministe, sont assez étonnantes pour un album jeunesse, alors que par ailleurs les personnages sont tout en décalage avec leur milieu d’origine (Personne et anthropophagisme), procédé fréquent lorsqu’on s’adresse à un public jeune. Si l’intrigue de Télémaque est plus linéaire ici que dans le précédent volume, le développement du conflit entre Cités est un peu ardu à suivre du fait de la multiplicité des noms grecs et des liens diplomatiques. Je suis un peu circonspect sur l’attelage des deux intrigues mais laissons aux auteurs le temps de justifier cela.

Le passage dans l’Hadès est asses fascinant tant le découpage est sophistiqué et intelligent. J’ai rarement vu cela hormis chez un Ledroit ou dans certains comics. Cette séquence majeure confirme l’ambition visuelle d’un dessinateur vraiment très fort et en totale maîtrise de ses planches et que Télémaque est, contrairement à ce que son pitch pouvait laisser penser, une des séries ado majeure du moment. De très grandes qualités qui en font une série à suivre assurément pour peu que la mythologie grecque ne vous rebute pas.

A partir de 12 ans.

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*****·BD·Documentaire·Un auteur...

McCurry, NY 11 septembre 2001

Le Docu du Week-End
BD de JD Morvan et Jung Gi Kim
Dupuis-Air libre (2016), 88 p., one-shot, illustrations, photos. Série en cours, 5 albums parus.

couv_285081Les éditions Air Libre (Dupuis) ont lancé depuis 2014 en collaboration avec la célèbre agence de photo fondée par Robert Capa et Cartier-Bresson Magnum, une série d’albums très originaux abordant sous le prisme d’un célèbre photographe, un évènement iconique de l’histoire de la photographie. Avec JD Morvan au scénario sur chaque tome (à délai de parution très variable) et un dessinateur différent chaque fois (Bertail sur le premier, Savoïa sur le second et l’argentin Rafael Ortiz sur le dernier paru cette année), cette série est une vraie alchimie entre BD et photographie, dans un concept très proche du célèbre album Le Photographe. L’album qui fait l’objet de cette critique comporte des annexes de vingt pages reprenant les interview avec Steve McCurry qui ont permis de scénariser l’album et habillées de croquis de Jung Gi Kim, les légendes des photos incluses dans le récit,  et une chronologie biographique. Douze photos en double page sont également ajoutées, permettant de savourer ces clichés exceptionnels en grande taille.

Le 11 septembre 2001 Steve Mccurry, new-yorkais de toujours revient d’un voyage en Asie. Lorsque la première tour s’effondre il observe au travers de son objectif, sidéré, l’impossible se produire. Avec son assistante il fonce alors vers Ground Zero pour assister, témoigner, inconscient du danger. Son cerveau revit des images, des scènes de danger qu’il a vécu tout au long de ses reportages, notamment en zones de guerre et lors des attentats de Paris…

Résultat de recherche d'images pour "mccurry 11 septembre 2001"Lors de la parution du premier album de la collection mon attention avait été attirée par le dessin de Dominique Bertail, que je venais de découvrir sur Ghost money. Le format particulier et la couverture ne m’avaient pas incité à insister, ne sachant pas si j’avais affaire à un album photo ou à une BD. Si l’originalité du projet est justement son point fort je trouve la maquette et la communication autour de cette collection vraiment pas réussies. Dommage car je pense que mes hésitations risquent de se retrouver chez une majorité d’amateurs de BD et d’amateurs de Photo. Pour ma part c’est ma visite de la formidable expo sur Les mondes de Steve McCurry à Lyon qui m’a fait tomber sur ce volume et immédiatement emballé.

Je confirme donc qu’il s’agit d’un album de BD et qu’il reprend exactement la recette du Photographe, à savoir le témoignage en BD d’un photographe avec insertion de photographies au milieu de l’album. Le découpage de la BD permet une intégration très facile et cela semble de plus en plus utilisé comme sur l’ouvrage de la Boite à bulles Les derniers Kalash, adapté de l’exposition au Musée des confluences de Lyon. Du coup le dessinateur choisi détermine au moins autant la lecture de l’album qui permet de découvrir un photographe. Pour ma part j’ai découvert McCurry lors de l’expo et cherchais depuis longtemps à lire un album du dessinateur coréen, terriblement talentueux malgré sa faible production BD. Deux auteurs aux qualités graphiques phénoménales réunis dans un récit où la grande expérience de Morvan mets en image la mémoire et le récit du photographe.Résultat de recherche d'images pour "mccurry 11 septembre 2001"

Le récit se structure en balancier entre le onze septembre, les attentats de Paris pendant lesquels McCurry était au match du Stade de France et quelques séquences en Afghanistan ou en Inde où il s’est vu mourir. Ce vieux monsieur est touchant à foncer ainsi, inconscient, au cœur de l’enfer de Manhattan, à craindre l’attentat après l’explosion à Saint-Denis à l’extérieur du stade. On comprend qu’il n’est pas un aventurier bravant la mort mais un simple professionnel jouant sans cesse le curseur de la citation de Capa…

Si ta photo n’est pas assez bonne c’est que tu n’es pas assez près

Résultat de recherche d'images pour "mccurry 11 septembre 2001"Le dessin de Jung Gi Kim est à la fois léger, rapide, brouillon, en illustrant le chaos, l’immédiateté des gravats et fumée omniprésents. Il est aussi incroyablement technique dans les mouvements et le détail de certains arrières plans. L’album permet en outre d’apprécier la variété de ses outils et textures, entre les séquences afghanes au pinceau et couleurs sépia, les visages hachurés au stylo et certaines cases à l’effet crayon gras. Sur quelques pages entières (voir double-page) il se fait plaisir avec ses fameux tableaux extrêmement fouillis aux perspectives et cadrages vertigineux.Résultat de recherche d'images pour "mccurry 11 septembre 2001"Cet album est une très grande réussite, un très bel objet permettant d’apprécier les photographies colorées d’un des plus grande dessinateurs actuels, de revivre au travers de son objectif ou des crayons de Jung Gi Kim des évènements majeurs récents de notre monde chaotique et de réfléchir sur la mort, le danger, le rôle du photographe et ce qui pousse les hommes à agir dans les situations de crises. A la fois album photo, BD, biographie et livre d’histoire, McCurry, NY 11 septembre 2001 est un ouvrage hybride très fort qui tire partie du meilleur de tous les éléments qui le composent. Un album à lire absolument!

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