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Sushi & Baggles #12

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  • Démon (Shiba/Cambourakis)

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Créée par l’américain d’origine japonaise Jason Shiba, Démon est une série en quatre volumes parue entre 2016 et 2018 chez Cambourakis. C’est sur les conseilles de ma bibliothécaire que j’ai entamé ce qu’on peut définir comme un total délire sans bornes morales d’un auteur qui aime à réfléchir sur les casse-tête et jeux mathématiques. Jimmy Yee est suicidaire. Mais il ne peut pas mourir: il se réincarne aussitôt dans la personne la plus proche… Il va alors tenter mille et un stratagèmes pour parvenir à en finir et échapper au gouvernement, qui semble en savoir beaucoup…

J’adore quand un auteur lâche la bride et qu’un éditeur lui permet de laisser libre court à son imagination. Ici Shiba joue avec son personnage en proposant une sorte de bible de toutes les façons possibles pour se suicider. Totalement immoral, d’un humour noir absolu, sanglant au possible. Cette BD n’est pas conseillée aux jeunes car aucune borne n’existe pour l’auteur, ni sexuelle, ni de violence, tout est voué à son jeu. Graphiquement c’est très simple mais amusant et assez bien mis en scène. Une super découverte humour noir qui se lit assez rapidement et que je vais enchaîner d’une traite!

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  • Basilisk: The Oka ninja scroll #1

bsic journalismCritique réalisée pour Iznéo. Lu en numérique.

Couverture de Basilisk - The Ôka Ninja Scrolls -1- Volume 1

Attention, si vous n’avez pas lu la série mère (Basilisk) passez votre chemin, vous ne comprendrez rien à ce premier volume… Pour cette suite d’un manga mettant en scène un tournoi devant départager deux clans Ninja, on entre directement dans une intrigue en cours sans mise en place, avec mille noms japonais et un univers fantastique qui rappelle par ses combats quasi magiques Cyber Weapon Z. Les dessins sont correctes mais je m’attendais à des combats d’arts-martiaux classiques plutôt qu’à une ambiance plus proche des histoires de fantômes chinois. Les morts revivent, on se téléporte et l’on ouvre des portails vers d’autres dimensions… bref, j’ai trouvé cela un peu too much pour une introduction qui en outre, à peine présentés les deux héros jumeaux, fait intervenir le grand méchant qui dévoile toute l’étendue de son pouvoir. Ce volume s’adresse donc exclusivement aux fans de la première série qui y trouveront sans doute leur content. Pour les autres vous devrez suivre les étapes et commencer par le début…

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  • Eternal Warrior (Bliss)

bsic journalismMerci à Bliss éditions pour cette découverte. Lu en numérique.

Le guerrier éternel a eu plusieurs vies. Au service du Géomancien pour protéger Terre-mère contre le Mal (et accessoirement les hommes), il a douté, eu des enfants, combattu… Entre l’antiquité, notre époque et le futur il a du faire des choix entre la violence, la mort et la vie, sa propre vie, pour peu que le destin lui permette d’en avoir une…

Cela fait quelques temps que je n’ai pas lu de Valiant comics et j’attendais ce volume, d’abord car l’annonce des dessinateurs a attiré mon attention (Renato Guedes, Trevor Hairsine et Cary Nord) mais aussi car ce personnage m’intrigue depuis ma lecture de l’excellent The Valiant. Sur ce point je vous arrête tout de suite: Eternal Warrior est plus une chronique des différents doutes et périodes de la vie millénaire du guerrier immortel qu’une insertion dans la lutte contre l’Ennemi (qui faisait la force de The Valiant). Ainsi on tombe un peu dans les défauts de certains Valiant avec une perte du côté épique et de la portée des histoires. Le syndrome Superman en quelque sorte, quand le héros est immortel comment accrocher de l’intérêt? Et bien le scénariste y parvient notamment sur la première des quatre sections, illustrée par le très bon Hairsine, en nous présentant la trahison de sa fille et son renoncement au service des Géomanciens. C’est là la trame principale et l’arrivée d’un nouvel antagonisme, le culte maléfique de Nergal nous titille un peu et donne de l’intérêt aux combats. Malheureusement cette intrigue ne se termine pas vraiment (même si elle nous donne à voir une sorte de combats des Dieux au sein duquel est jeté Gilad) et les deux autres sections (dans un futur post apocalyptique puis à l’époque des invasions barbares) ont une ambition assez dérisoire. Étrangement j’attendais Guedes (qui m’avait subjugué sur X-O Manowar) et c’est Cary Nord qui rend la partition la plus chouette, inspirée par les tableaux antiques des peintres romantiques, les planches de Guedes étant avant sa nouvelle technique en couleurs directes. Au final cet album est très joli graphiquement mais inégal sur le plan du scénario et vaguement décevant pour qui pensait lire une continuité de la lutte entre le Bien et le Mal.

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BD·Edition·Mercredi BD·Nouveau !

La mille et unième nuit

BD du mercrediBD d’Etienne Le Roux et Vincent Froissard,
Soleil-Metamorphose (2017), 80 p., one-shot.

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Attention chef d’œuvre! Je croyais que la claque du printemps Il faut flinguer Ramirez était un objet rare, pourtant quelques mois plus tôt Étienne Le Roux et Vincent Froissard avaient sorti un album dont la couverture et le thème (les mille et une nuits) m’avait attiré… mais comme on ne peut pas tout lire j’ai laissé passer le temps! Le sujet donne lieu à des essais réguliers, pas toujours réussis. La sortie de l’album dans la très prestigieuse collection Métamorphose était un bon signe… totalement confirmé en devenant l’une des pièces maîtresses de la très graphique collection de Soleil. Cette collection me plait par-ce qu’elle est l’une des rares à mettre autant d’importance à l’aspect matériel de ses albums et à ses finitions. Cela a son revers, l’absence systématique d’infos sur les auteurs et de bonus.

Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"La série Nils d’Antoine Carion s’était faite remarquer par son esthétique générale mais également par ses couvertures et maquette absolument sublimes. Sur La mille et unième nuit on est dans le même standard, qui vous fait pleurer les yeux avant d’ouvrir l’album avec une couverture et une tranche gaufrées et dorées, ceci étant harmonieusement accompagné par des cadres ouvragés revenant sur un certain nombre de pages de l’album. Le dernier album dont le travail de fabrication m’avait autant marqué c’était Les Ogres-Dieux.

Mais contrairement à ce dernier l’album de Le Roux nous propose une histoire impressionnante de simplicité, de fluidité et qui nous transporte littéralement au pays des Djinn. Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"La bonne idée est d’imaginer une fin aux mille et une nuits mais de ne prendre finalement que le cadre (les personnages du Sultan Shéhérazade et sa sœur Dinarzad) pour partir sur une histoire libre mais totalement influencée par les contes orientaux. Ainsi il sera question de marchand voyant sa caravane prise dans une tempête pas si naturelle que cela, du roi des Djinn et du roi des lions, de fléaux naturels, de duplicité et de transformations…

Ces bonnes idées scénaristiques sont accompagnées par une voulez de détails rigolos et diablement esthétiques comme ces tapis volants aussi courants que des dromadaires. L’illustrateur a adopté une technique que je n’arrive pas à définir et qui semble utiliser un papier non lissé qui donne un relief incroyable aux planches. On a un mélange de crayon et de craie je pense mais je me demande s’il n’y a pas une retouche numérique (comme Chloé Cruchaudet sur Groenland-Manhattan) pour donner cet effet flou qui donne une folle classe a chaque case. J’ai passé un temps déraisonnable a lire cet album tant il n’y a pas une seule case banale!Résultat de recherche d'images pour "la mille et unième nuit froissard"

Les joyaux sont souvent simples et se laissent contempler a l’envi. C’est le cas avec ce magnifique album qui habille une histoire qui aurait pu faire partie du recueil des Mille et une nuit. De quoi hésiter à le ranger banalement au milieu de sa bdtheque…

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Comics·East & West·Nouveau !

Seven to Eternity #2

East and west

Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2018), Ed US Image comics (2016), 2 vol parus

seven-to-eternity-tome-2Je vais aller droit au but sur les deux points négatifs de cet album: l’intervention d’un nouvel illustrateur sur les deux chapitres centraux de l’album (de qualité très moyenne) et la maigreur des bonus proposés au regard des superbes couvertures originales (qu’Urban a choisi de détourer alors que la version US était mise en page au format affiche de cinéma) et des interviews et croquis du t1. Les couvertures alternatives en fin d’album ne compensent pas vraiment ce manque.

Ceci étant dit, parlons de l’album et de la suite du périple des Mosak après leur enlèvement du Roi Fange (la critique du premier tome est ici). Comme je l’avais expliqué, l’univers est touffu, le nombre de concepts très important, mais puisqu’on est dans le second volume ce contexte nous est désormais un peu plus familier. Nous reprenons le voyage alors que des morts ont eu lieu dans la communauté et qu’Adam Osidis est suspecté de vouloir se soumettre au Maître des murmures pour sauver sa vie (il est très malade). Très vite ils sont attaqués et seront contraints de se séparer et c’est bien l’objet de ce volume pour le scénariste (qui semble construire son intrigue un peu comme dans LOW, avec séparation en plusieurs récits parallèles): les trahisons ou suspicions de trahisons au sein de cette « famille » comme Gobelin aimerait la voir.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity trahison"Le design général est toujours aussi puissant et si le scénario prends plus de temps et propose moins de pages démentielles que l’introduction, la relation avec Garils, le maître des murmures, est centrale et absolument fascinante. Ce colosse sème le doute avec une telle subtilité que le lecteur n’a absolument aucun moyen de savoir s’il est sincère ou manipule les autres. Sans doute un peu des deux et c’est ce qui en fait un méchant incroyable. Avec Seven to eternity Remender est en train d’inventer un nouveau concept: l’anti-méchant, pendant du anti-héros et auquel on tendrait à s’attacher!

Nouveau concept de ce volume, le marais, sorte de monde parallèle omniprésent qui peut corrompre l’âme de ceux qui s’y sont physiquement noyés. Via ce « personnage » les auteurs développent le background sans non plus en dévoiler beaucoup. La lecture reste exigeante et demande de la concentration tant on ne nous fais pas beaucoup de cadeaux explicatifs. Mais les réponses viennent plus loin.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity harren"Par certains éléments on revient vers une fantasy plus classique (le village des elfes ailés, proches de la nature) et des thèmes récurrents chez Remender (l’écologie), qui font un peu perdre de l’originalité. Ces passages correspondent aux deux sections centrales dessinées par James Harren et c’est là que le bas blesse. Malheureusement situées en plein cœur du récit, qui plus est avec plusieurs scènes d’action importantes, ce graphisme vraiment pas terrible brise la lecture à la fois thématiquement et quand à l’immersion dans cet univers fantastique. La section finale dessinée par Opena et mettant en face Osidis et ses choix est très puissante et permet de revenir dans l’histoire mais cette rupture de milieu d’album est dommageable sur le plaisir global. J’espère vraiment que cette incursion n’est que passagère et que Opena réalisera l’entièreté du prochain album (à paraître cet été aux Etats-Unis). Du coup je retire un « calvin » à la note du premier tome, sur une série qui reste néanmoins majeure.

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Comics·East & West·Numérique·Service Presse

Skybourne

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Comic de Frank Cho
Delcourt (2018)/ Boom!s studios 2016, 133 p., comprend les épisodes 1-4 de la série US, en cours.

 

couv_333070Ah Frank Cho! Cet artiste est pour moi un truc fascinant, inatteignable, improbable… Je connais depuis pas mal de temps sa séries Liberty Meadows, Shannah et son amour des jolies filles pêchues mais je n’avais pas eu l’occasion de lire un album entier. Est-ce que le passage de l’illustration à la BD ne perdrait pas de la qualité, comme c’est souvent le cas? La précision anatomique des mouvements, la clarté de son trait et de ses encrages en font un de mes dessinateurs favoris, aussi je me suis précipité par cet album, le premier entièrement réalisé par l’artiste.

Niveau fabrication, on a un gros volume format comics avec reprise des couvertures des fascicules originaux et galerie de couvertures alternatives comme le font souvent les américains. Rien à redire ni à souligner.

Après sa résurrection, Lazar eut trois enfants portant le patronyme de Skybourne. Immortels, ils combattent le mal depuis deux-mille ans. Lorsqu’un étrange magicien s’en prend à l’un des membres de la fratrie, Thomas Skybourne est contraint de sortir de sa retraite et de se remettre au service de l’organisation occulte qui protège l’humanité des monstres. Le combat sera violent, rageur, cru…

Résultat de recherche d'images pour "cho skybourne"Allons droit au but: Skybourne est un petit miracle et une grosse claque dans la gueule! Pas étonnant qu’il soit édité aux Etats-Unis par l’une des petites maisons s’exonérant des réminiscences du Comic code authority: ça saigne et ça parle un langage de charretier (… mais étonnamment pour cet amateur de jolies filles il n’y a à peu près pas de nénés!). Car Frank Cho a la grande qualité d’être directe et de se faire plaisir en même temps qu’il nous fait plaisir. Comme quelques rares films au cinéma parviennent à trouver la pierre philosophale entre le plaisir coupable et la qualité artistique, Skybourne nous propose une révision du mythe arthurien à la mode « pain dans la gueule » en la personne de Grace Skybourne. La bimbo jure tout ce qu’elle peu (on appelle ça « badass » de nos jours…), étripe, désarticule ou tranche du dragon pour le petit déjeuner avec un froncement de sourcil permanent. Il ne faut pas enquiquiner la donzelle! Cela donne lieu à des séquences d’action d’une lisibilité folle, d’une élégance superbe et très loin du politiquement correcte. J’y ai retrouvé un peu de la passion primale que Toulhoat mets dans ses BD.

Résultat de recherche d'images pour "skybourne"Pour équilibrer cela son grand frère Thomas est d’un caractère posé, organisateur, mais tout aussi increvable, ce qui lui permet de faire du plane-jump sans parachute, de se réchauffer avec des bombes atomiques ou de faire digérer un dragon… Si le premier épisode de la série ne nous montre pas le troisième Skybourne on peut supputer que Cho en garde sous le coude pour les prochains volumes. Les cent-trente pages filent à deux-mille à l’heure dans un impressionnant équilibre scénaristique. Soyons clair: Skybourne est une BD d’action façon blockbuster mais qui instille rapidement plein de bribes d’informations sur l’univers. Pas de temps d’exposition, on entre sans aucun temps mort dans l’intrigue et l’on comprend (je parlais de lisibilité graphique, elle est aussi scénaristique) très bien qui est qui et ce qu’il se passe dans ce monde occulo-technologique. On pourra alors dénoncer une vision caricaturale mais n’est-ce pas le propre des albums de genre et d’action? L’équilibre entre maintien du mystère et avancée de l’action est remarquable. L’auteur a clairement pris le parti de mettre dans une grosse BD qui fait « boom » tout ce qui lui plait (… et qu’il dessine tellement bien): des immortels, des militaires, une organisation occulte dotée de moyens infinis, l’implication du Vatican, des dragons, minotaures et autres sirènes, des mafieux turcs et des bourre-pif qui ne se finissent pas qu’avec un coquard…

Résultat de recherche d'images pour "cho skybourne"Bien entendu (on est chez Frank Cho) le personnage le plus attrayant est celui de Grace Skybourne, bourrine au possible, plastiquement sublime, tête de cochon et sans peur. Le personnage de Dorison sur Red Skin reprenait clairement les grandes lignes de l’héroïne « Choïenne », pour notre plus grand plaisir. A côté d’elle son frère désabusé par sa vie immortelle n’arrive pas à se concentrer pour contrer la menace. Très charismatique également, il est entouré d’un cardinal très moderne (sic), d’un général bourru et d’un méchant très puissant en la personne de Merlin! Si les traces arthuriennes sont très ténues (on espère que la série prendra le temps de développer le background), l’idée de rattacher l’époque moderne à un Merlin passé du côté obscure est très bonne.

Résultat de recherche d'images pour "skybourne cho"Que dire du dessin de Cho? Si vous ne connaissez pas vous risquez de tomber amoureux de son trait (très subtilement colorisé)! Le bonhomme sait tout dessiner et sa pratique de longue haleine du format strip (sur Liberty Meadows) lui permet d’insérer nombre de scènes très drôles reprenant les codes de ce format.

Skybourne est une grande réussite dans un esprit « sale gosse » que j’ai adoré et où j’ai beaucoup ri. Ce n’est pas très fin, le langage est très fleuri (et les échanges verbaux très drôles du coup), l’immortalité permet à l’auteur de faire joujou avec ses personnages et on se régale autant à la lecture qu’aux images. Skybourne est pour moi l’un des gros plaisir BD de cette année 2018!

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BD·Mercredi BD·Nouveau !

Nuées noires, voile blanc

Série Azimut T4.
BD de Wilfried Lupano et Jean-Baptiste Andreae
Glénat (2018), 48p., série en cours.
9782749308487-l

Comme sur tous les albums de la série, l’intérieur de couverture comporte un extrait du dictionnaire des oiseaux du monde d’Azimut. L’illustration de ce quatrième tome est moins chatoyante que précédemment… mais je chipote. La maquette est toujours aussi élégante et prépare agréablement la lecture. En revanche le titre du volume est en tout petit sur la couverture et n’apparaît pas sur la tranche, ce qui est dommage. Beau travail éditorial néanmoins.

La belle Manie Ganza s’apprête à épouser le grand seigneur du désert Baba Musiir alors que l’armée du Petitgistan marche vers la guerre contre son adversaire des sables. Pendant que le chevalier commence à comprendre qui est l’arracheur de temps, toute la petite bande de la pulpeuse héroïne reprend sa course effrénée, dans l’ombre de la terrible reine des Amazones, désormais prête à déchaîner les plus terribles forces pour mettre la main sur sa fille…

Résultat de recherche d'images pour "andreae nuées noires"Azimut est depuis quelques années ma série préférée avec Servitude. A l’époque je connaissais le scénariste Lupano par sa première série Alim le tanneur mais je n’avais pas fait attention à sa présence (pourtant essentielle!) sur la série. Non, l’argument de vente a été l’univers fantastique absolument incroyable d’un adorable illustrateur à la modestie infinie: Jean-Baptiste Andreae. Pour les plus anciens, son premier ouvrage « Mangecoeur » avait fait parler de lui pour l’univers à la fois coloré et inquiétant qu’il proposait, un monde empli d’objets mécaniques improbables, de poupées aux dents pointues ou de visages déformés. Son monde peut s’approcher de celui d’un Tim Burton par un esprit doux-amer, mais en bien moins sombre cependant.

Azimut réussit le pari incroyable de mettre cet illustrateur de grand talent (et adepte des femmes charnues) au cœur même de son imaginaire graphique! Comme un enfant dans un bac à sable absolu, il peut laisser libre court à ses visions, au sein d’un scénario qui semble totalement fait pour lui, épousant, utilisant, tout en guidant son style. J’appelle cela l’alchimie parfaite entre le dessin et l’écrit. Avec un humour désormais connu de Wilfried Lupano, que demander d’autre que d’avoir l’une des plus importantes séries BD des vingt dernières années? (oui-oui, j’assume!).

L’histoire basée sur le temps (avec ses corollaires du paradoxe temporel, du retour en arrière et autres sauts tous azimuts…) est complexe, révélée progressivement. Pourtant chaque album reste rapidement et agréablement lu même si l’on ne se replonge pas au préalable dans l’intégralité de la série. Une série à plusieurs niveaux en somme: le premier empruntant aux créations passées d’Andreae (comme le mésestimé Terre mécanique) construite comme une poursuite perpétuelle entre un groupe de freaks mignons et des poursuivants très méchants, le second très sophistiqués articulé sur plusieurs époques entre lesquelles les personnages naviguent en laissant le lecteur soupçonner qu’untel est le passé ou le futur d’un autre ou que cette séquence se déroule dans l’esprit de celui-la… Très casse-gueule comme scénario mais jusqu’ici admirablement construit et pas un instant l’on peut soupçonner le scénariste de partir sans plan préconçu. Après tout Bajram sur Universal War 1 avait bien un plan entièrement ficelé qui lui a permis de boucler magistralement son histoire de paradoxes spatio-temporels.

Ce qui permet de fluidifier cela c’est donc le monde peint par l’illustrateur. Un monde aux oiseaux mécaniques, aux titans enchaînés dans un zoo côtoyants des poupées de chiffon animées et des tortues-cyborgs! Un enchevêtrement de tout de qui peut être amusant, joli, exotique… et le tout reste cohérent entre les mains de ces deux grands artistes que sont Andreae et Lupano, et surtout follement drôle. Fidèle à lui-même, le scénariste en profite même pour glisser quelques idées très politiques comme cette image muette après le passage des nuées noires, où les hommes ont été ensevelis et qu’il ne reste dans le royaume de Baba Musiir que des femmes hébétées.

Bon, je vais m’arrêter là pour ne pas vous saturer de louanges. Les fana de Lupano sauront de quoi je parle, pour les autres, laissez vous porter par la poésie de ces mondes où chaque image regorge de détails, où chaque nom évoque un tas d’idées et de références. Azimut est une grande BD, une très grande BD.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mo’ .

Un autre avis chez Blog Brother.

BD·Manga·Rapidos

City Hall #6

Manga de Guillaume Lapeyre et Rémi Guérin
Ankama (2012-2015) 7 volumes (série finie).

Couverture de City Hall -6- Tome 6

Un billet sur le premier cycle (tomes 1-3) a été publié sur le blog, ainsi qu’un rapidos sur les tomes 4 et une BD de la semaine pour l’excellent tome 5.

La quête se poursuit alors que Jules Verne a rencontré Nikola Tesla, seul capable d’activer la porte vers le Monde à l’envers. Le volume se structure sur le conflit (historique) entre Tesla et Edison et voit l’intervention de HP Lovecraft, maîtrisant le voyage entre les dimensions et envoyé par le président des États-Unis Abraham Lincoln. Des conflits cachés entre les personnages apparaissent et la fine équipe va bientôt embarquer sur le plus réputé des submersibles, pour l’ultime voyage.

Clairement ce volume n’est pas le meilleur. La faute aux nombreux sauts temporels qui cassent un récit déjà souvent verbeux. Le design général est un ton en dessous, moins de personnages interviennent et les découvertes sont moins nombreuses que d’habitude. On a le sentiment que les auteurs ne se sont pas lâches, dans un entre deux avec un tome 5 vraiment excellent et un final pour lequel ils se sont peut-être préservés…

 

BD·Manga·Mercredi BD

City Hall #5

Manga de Guillaume Lapeyre et Rémi Guérin
Ankama (2012-2015) 7 volumes (série finie).

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Un billet sur le premier cycle (tomes 1-3) a été publié sur le blog, ainsi qu’un rapidos sur le tome 4 pour comprendre le concept de la série.

Je fais une petite entorse en publiant un manga (normalement réservé au lundi) et un volume de série en cours. Ceci car ce volume 5 est vraiment une très grosse surprise et atteint  une qualité digne d’un album one-shot justifiant une BD de la semaine…

Dans cette série Steampunk de style Manga, entre humour et action et caractérisée par un rythme effréné (qui peut parfois épuiser le lecteur!), Jules Verne accompagné d’Arthur Conan Doyle et d’une agent spéciale envoyée en Europe par par Eliott Ness se retrouvent à Paris à la recherche du texte descriptif du méchant Black Fowl afin de sauver son père. Le tome commence directement dans le Monde à l’Envers, de l’autre côté du Miroir (le monde d’Alice au pays des Merveilles) où le Chat de Cheshire soumet Houdini (envoyé là par son double maléfique) à des énigmes redoutables. L’histoire progresse ainsi en parallèle entre les mésaventures de Houdini qui rencontrera le créateur de ce monde parallèle, Lewis Caroll, et les héros qui sont eux recueillis par un Victor Hugo membre d’une  résistance occulte comprenant rien de moins que Maupassant, Agatha Cristie, Edgar Poe, Tolkien et Maurice Leblanc (Arsène Lupin)… ouf!

Résultat de recherche d'images pour "city hall 5 lapeyre"Vous l’aurez compris, la grande force de cette série est l’extraordinaire imagination et le patchwork cohérent qu’ont réussi à créer les auteurs autour de ce monde où le papier permet de générer une réalité par sa simple description. Sortes de sorciers dotés de crayons à la place de baguettes, les personnages sont tous des figures de l’histoire littéraire  (mais également Lincoln, Graham Bell, Malcolm X,…). Le concept est extrêmement audacieux et excitant et si les premiers volumes souffraient de quelques défauts de jeunesse, les auteurs atteignent ici pleine maturité de leur récit. On reste dans du manga ce qui implique une relation entre les personnages un peu manichéenne, des dialogues un peu ado et des découpages où le rythme est la vertu cardinale. Mais l’ensemble reste assez lisible et surtout le design général est vraiment alléchant. L’ambiance steampunk laisse le champ libre à toutes les possibilités scénaristiques concernant des innovations technologiques à vapeur (les auteurs s’inspirent des découvertes récentes… à la sauce Révolution industrielle). Les grande auteurs, tous dotés d’une créature imaginaire issue de leurs crayons sont dessinés de façon totalement libre et fantasmée, comme des héros de jeux-vidéo. Les conspirations, agences secrètes et histoire occulte foisonnent dans cet univers, si bien que malgré la grosse pagination, on trouverait presque que tout va trop vite et l’on souhaiterait que la série continue (elle s’achève au septième tome). Ce volume comporte plus de découvertes que d’action mais reste sur un très bon équilibre entre les dialogues too-much de Jules Verne, l’univers fantasmagorique de l’autre côté du miroir (même la Reine de cœur apparaît!) et la confrérie occulte de Victor Hugo.

Image associéeC’est plein, ça déborde de cœur et d’envie de la part des auteurs (comme cette double illustration en transparence!) qui ont voulu mettre tout leur amour des imaginaires dans leur création et je vous invite vraiment à découvrir ce très bon manga français (surtout si vous n’êtes pas férus de manga) qui fait de la littérature classique un monde d’action, d’énigmes et d’aventure!

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasque.