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Locke & Key Hors Série: Ciel et Terre

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Recueil de trois histoires courtes reliées à la série Locke & Key, écrite par Joe Hill et dessinée par Gabriel Rodriguez. Parution le 16/06/21 aux éditions HiComics

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Merci aux éditions Hi-comics pour leur confiance.

Une clef pour chaque serrure

Après le décès brutal de leur père, les trois orphelins Locke emménagent dans la vieille demeure familiale, située sur l’île de Lovecraft, Massachussetts, et vont y découvrir d’étranges pouvoirs contenus dans des clefs, disséminées à travers la maison. Ces clefs vont bien évidemment attirer la convoitise de personnes mal intentionnées, et il reviendra alors à la fratrie Locke d’assumer son rôle de gardiens des clefs.

La série Locke & Key, publiée en France par HiComics, est un des succès retentissants ces dernières années en terme de comics indépendants. Abouti et fascinant par son ambiance, Locke & Key réussit le savant mélange entre horreur et teen drama, démontrant ainsi que le talent, chez les King en tous cas, peut passer d’une génération à l’autre. 

Après la conclusion de la série au sixième tome, les auteurs décident de prolonger l’aventure avec une série d’histoires courtes faisant office de préquels et mettant le focus sur les aïeux de la famille Locke ou bien sur leur célèbre manoir du comté de Lovecraft, le bien nommé Keyhouse. La première partie, poétique, nous fait remonter d’un siècle pour rencontrer des ascendants de la famille Locke, dont le fils aîné est malade. Son père va alors réaliser l’impossible pour l’embarquer dans le voyage le plus mémorable qui soit tout en tentant de le préserver.

La seconde partie, plus tendue et anxiogène, montre comment des Locke ont du se défendre contre des home invaders braqueurs de banque et redoutablement retors. Bien évidemment, les plus dangereux ne sont pas ceux que l’on croit. La troisième partie, enfin, nous met en présence de Tyler, Kinsey et Bode, les héros de la série principale, qui vont encore se confronter brièvement au pouvoir des clefs. 

Une serrure pour chaque clef

Autant le dire tout de suite, ce hors-série Locke & Key vous laissera sur votre faim. Après une intrigue aussi dense, ingénieuse et aboutie, il est normal de nourrir un niveau élevé d’attente, même pour des one-shots de ce calibre. Toutefois, à part quelques rappels des clefs incontournables de la série et quelques ajouts, rien de significatif ne vient renforcer l’attrait de ce recueil. 


Bien que les trois histoires bénéficient de la qualité d’écriture de Joe Hill, elles se révèlent finalement anecdotiques. Décrocher la Lune, n’en demeure pas moins émouvante et poétique, tandis que Grindhouse sa tout du huis-clos tendu à souhait, mais Petit coin, qui conclue l’album et met en scène les héros de la série, n’apporte paradoxalement rien en terme de contenu. 
Ce HS ne constitue donc pas un point d’entrée idéal pour les nouveaux lecteurs, mais sera à réserver aux fans hardcore ET complétistes de la série principale. 

****·Comics·Nouveau !·Numérique·Rétro

Injustice – les dieux sont parmi nous, année 4

Comic de Tom Taylor, Brian Bucchelatto et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 4/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban. En fin de volume un carnet de croquis des personnages et des couvertures d’épisodes.

Attention spoilers!

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badge numeriqueAprès l’année zéro hier, on enchaîne avec le même plaisir sur cette quatrième année de la dictature de Superman… La couverture ne l’annonce pas mais l’avant-dernière année de cet improbable miracle (voir les billets précédents pour un rappel du projet) fait intervenir rien de moins que le panthéon olympien dans le conflit entre Batman et Superman… Je ne sais pas si les irruptions de Zeus, Hera et autres Atlas sont fréquentes dans l’univers DC mais il est certain que si leur intervention était apparue plus tôt on aurait risqué le grand n’importe quoi. Or après trois volumes pleins on est devenus habitués aux petites pilules vertes qui vous transforment n’importe qui en super-héro et aux affrontements WTF de dimension galactique. Taylor a d’ailleurs la grande intelligence de laisser tout le monde mortel dans les limbes, ne nous faisant apparaître les gouvernements sidérés que très rarement. On reste donc entre nous, confortablement, pour assister à des bourre-pif entre superman et Heraklès ou entre Aquaman et Neptune. On passera sur le syncrétisme tout américain qui ne s’embête pas à mélanger les noms latins et grecs des personnages et sur l’échelle de puissance qui nous laisse par moment circonspects à voir les dieux « mineurs » se faire botter le train par Robin ou Huntress..

The Gods Of Olympus (Injustice Gods Among Us) – ComicnewbiesOn sentait monter le rôle de Wonder Woman, prise entre deux feux avec sa fidélité envers son peuple et son père (Zeus pour rappel) et sa place dans l’équipe de Superman. Moralement toujours à peu près lucide, elle reste la seule voix capable de faire entendre raison à Kal-El et on reste tout à fait satisfait quand au traitement réaliste des choix de chacun des personnages dans cette bataille. Batman se trouve en retrait alors que son camp se voit très fortement diminué et soumis aux manigances d’un Luthor dont on ne sait jamais (en « homme le plus intelligent du monde » qu’il est) ce qu’il va manigancer. Les histoires de Superman regorgent de tellement d’attendus qu’on passe les quelques facilités de cette quatrième année pour profiter d’un palier où pour la première fois l’homme de Krypton semble relativement démuni quand à sa capacité à reprendre la main. Le cœur de l’intrigue se passant sur Themyscira (l’île de WW), on peut profiter des très jolis For Those Who Really Want Wonder Woman And Superman To Split Up, Read  Injustice Gods Among Usdessins de l’équipe artistique dans un style antique. Je regretterais juste l’intervention finale de l’inévitable Darkseid et son pendant divin dont je ne cesse constater l’aspect décalé. Un peu moins puissant que l’épisode Green Lantern, cet arc grec a le mérite de préparer un affrontement entre Diana et Clark qui semble inévitable et dantesque de puissance.

On notera que pour la première fois Tom Taylor passe la main à un autre scénariste sur l’essentielle de cette année qui voit (chose remarquable!) grandir Robin qui, devenu quasi-adulte depuis le début du règne de Superman, semble plus déterminé que jamais à écraser Bruce Wayne. Nouvelle illustration de la spécificité de cette saga d’une maîtrise incroyable en parvenant à chaque année à évoquer un aspect de l’immense univers DC sans perdre en cohérence. A l’approche de la conclusion on ne peut qu’être inquiet quand à la conclusion choisie par les auteurs et en même temps confiant quand on voit la solidité de l’entreprise depuis le début. On enchaîne…

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Injustice – année zéro

esat-westComic de Tom Taylor et collectif.
Urban (2021)/2017, 160p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance.

Avant l’incident déclencheur d’Injustice, la Justice League et la Justice Society se retrouvent pour un moment de partage. Lorsque le Prince du crime se retrouve en possession d’un artefact très ancien, un engrenage meurtrier s’enclenche, constituant petit à petit les fondements sur lesquels la dictature de Superman va pouvoir s’installer…

Injustice: Year Zero Reveals the Secret History of This Dark DC Universe -  IGNTom Taylor est décidément un sacré loustic! Alors que je découvre en même temps sa dernière saga Dceased et celle qui l’a révélé, Injustice, je ne cesse de prendre un plaisir que je croyais impossible dans l’univers DC une fois sorti des chefs d’œuvre dédiés au Chevalier noir. Mes tentatives sur JL m’ont toujours laissé de marbre (y compris des events réputés comme Crise d’identité) et les aspects nostalgiques et érudits sur l’Age d’or et d’argent trop étrangers et kitsch). Surtout, l’aspect commercial de nombre d’évènements à rallonge me laisse très sceptique dès que sort un spin-off d’une série à succès. Tout ça pour dire qu’après le ratage de Hope at world’s end je m’attendais à pas grande chose de ce Year zero… Si je vous dis tout ça c’est évidemment par-ce que ce volume me fait mentir de façon magnifique puisque j’ai toujours cru qu’un Catwoman à Rome était une anomalie de réussite (sur Un long Halloween) et qu’un spin-off avait vocation à être au mieux correcte. Or ce préquel, outre de nous passionner sur des personnages crédibles dans leur humanité, de jeter un pont avec le Watchmen que tout le monde connaît mais dont pas grand monde n’a lu les inspirations, de reprendre les codes addictifs de Injustice, pose des bases incroyablement fines et construites permettant de comprendre ce qui nous paraît le plus aberrant dans le dévissage de l’Homme d’Acier!

Sur des planches franchement de très haut niveau du trait aux couleurs (dans un style entre Immonen, Varanda et Hairsine), on suit donc la folie meurtrière du Joker qui décime la SJ en parallèle d’un éloignement de Harley qui va rejoindre sa chérie Poison Ivy. Si les couples homosexuels mis en avant dans le spin off de Dceased m’avaient paru lourdingues et inutiles, les deux présentés ici sont très attendrissants et l’aspect psychologique particulièrement bien présenté. Le premier est un couple de vieux très aimant qui va être mis à mal par les attaques de Mister J, le second nous montre l’itinéraire de Harley dans Injustice et son émancipation de la mainmise psychologique du Joker. On approfondit ainsi la psychologie du personnage le plus intéressant de DC depuis Batman après Harleen et White knight.INJUSTICE: YEAR ZERO Features JLA vs. JSA (Exclusive Preview) - Nerdist

Taylor envoie du pâté en matière de dialogues cash et de morts véritables. Sans se vautrer dans le cracra mais dans une cohérence avec Injustice. Surtout (et en cela il est bien entendu vivement conseillé de lire Année zéro après le premier Injustice) il apporte une sacrée profondeur à l’acte initial du Joker et aux bascules de Kal-El, Wonder Woman et Harley. En Tom Taylor on Twitter: "Batman spars with Wildcat with the Justice League  and JSA watching on. Have you checked out our first chapters of Injustice:  Year Zero yet? @Rogeantonio @rainberedo @jesswchen https://t.co/wpgPbpCIM7…une fluidité épatante le scénariste parvient à lier une grande part du DCverse en nous donnant envie de prolonger chacun des thèmes mis en avant (les nazi, l’Age d’or, Hawkman, la filiation, la tradition, la morale,…). Tout pousserait à une exploitation commerciale de cette efficacité or cette année zéro restera (a priori) respectueuse du lecteur en restant dans le cadre fixé d’expliquer le contexte initial et de donner des racines à un event révolutionnaire qui sonnait jusqu’ici comme un elseworld. Je m’aperçois en écrivant ce billet que Batman Metal aura décidément été plus important que je ne le pensais en créant un exemple de ce que ne devrait pas être le DCverse et que l’on pouvait bien viser un pareil syncrétisme dans une optique bien plus accessible et élégante. Avec un tel Talent on ne peut qu’espérer que Tom Taylor prenne du galon chez DC et qui sait, puisse donner un petit coup de pouce à la re-création du Snyderverse au cinéma…

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Vei

La BD!

Recueil de 344 pages de la série (inédite en France) écrite par Sara Elfgren Bergmark et dessinée par Karl Johnsson. Parution aux éditions Ankama le 14/05/2021. 

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Sur les épaules des géants

Sur le drakkar affrété par le prince Eidyr, la tension a cédé au désespoir. Affamé, assoiffé, l’équipage a perdu de vue l’objectif de sa traversée, à savoir trouver et conquérir Jotunheim, la terre légendaire des géants des glaces. Alors que les marins ont presque cédé à la folie, ils trouvent flottant au milieu des eaux, le corps d’une jeune femme, qu’ils ramènent à bord et qui se révèle, contre toute attente, encore vivante. 

Vei, la miraculée, va cependant faire rapidement face à la convoitise des hommes, qui voient dans cette pêche providentielle une source de nourriture que leur situation a rendue alléchante. Qu’à cela ne tienne, Vei se défend férocement avant d’être finalement maîtrisée. Aidée par Dal, l’esclave de l’ambitieux prince Eidyr, Vei passe un marché avec l’équipage: elle les guidera jusqu’à Jotunheim, sa terre natale, afin de se soustraire aux estomacs vikings. 

Arrivés sur Jotunheim, les conquérants sont rapidement capturés par un gigantesque Jotnar, à l’exception de Dal, qui devient cette fois, assez ironiquement, dépendant de Vei pour sa survie. Dal, qui vénère Odin, le chef du panthéon nordique, doit donc compter sur une hybride d’humain et de Jotnar pour survivre sur la terre des ennemis des ses dieux. 

Le guerrier viking va néanmoins découvrir, que, comme dans bon nombre de conflits, le tout est une question de point de vue, car les Jotnar, dépeints comme des monstres sanguinaires, règnent de façon relativement bienveillante sur les humains de leur terre, qui les vénèrent comme des dieux. Chaque géant à son « troupeau » d’humain, parmi lesquels un élu, le Ran, est désigné à chaque génération. 

Il se trouve que Vei est le Ran de son troupeau, celui du géant Veidar. Les Ran sont entraînés pour Mistarileikir, un combat légendaire et putatif entre les Ases, dieux d’Asgard, et les Jotnar. Les vainqueurs de ce tournoi millénaire gagnent le droit de régner sur Midgard, la Terre, que convoitent les deux parties. 

Ultimate Showdown of Ultimate Destiny

Manque de bol, le Mistarileikir est pour cette année, obligeant Vei à participer aux joutes, qui depuis des millénaires, tournent invariablement en faveur des dieux asgardiens. La jeune femme va donc devoir lutter pour sa vie ainsi que pour le devenir de son peuple, alors qu’autour d’elle se jouent des complots et duperies dont seules  les divinités ont le secret. 

Afin de vaincre ses adversaires, Valkyries sanguinaires et monstres en tous genres, Vei va devoir rivaliser d’adresse et d’ingéniosité. Alors que ses camarades Rans tombent les uns après les autres, la jeune guerrière, soutenue par Dal, va également bénéficier des conseils avisés d’un dieu d’asgard, qui favorise son propre agenda. 

Vei fait une entrée fracassante en France par le biais des éditions Ankama. Revisitant habilement les mythes nordiques, Sara Bergmark offre une geste épique, en prenant le parti d’une introduction mystérieuse et cryptique. Dans le premier chapitre, Dal nous sert de substitut, car nous découvrons en même temps que lui le monde de Jotunheim, ses dangers et sa beauté intrinsèque, ce qui a pour effet de nous plonger dans le récit avant même que les enjeux ne soient clairement établis.

Lorsque la perspective d’un tournoi à la Dragon Ball se présente, on est tenté d’anticiper la redondance et la succession des combats, ce qui, vue la pagination, peut décourager. Or, il n’en est rien, l’histoire trouve le parfait équilibre entre combats, intrigue et relations des personnages. Le rythme est donc très bien dosé, ce qui rend les 344 pages hautement digestes, d’autant que leur graphisme maintient un niveau élevé du début à la fin. D’ailleurs, on note que les différences d’échelle entre humains, Jotnars et asgardiens est très justement mise en scène, jusqu’au final épiques dignes des plus grandes sagas nordiques.

En conclusion, Vei est un must pour les amateurs de Fantasy, de mythologie nordique (et de géants !).

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Hammerdam #1

BD de Enrique Fernandez
Ankama (2021), 40 p. série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Lorsque le marteau magique vint se planter dans la bourgade d’Hammerdam tout le monde convergea pour tenter sa chance, en vain… Jusqu’au jour où une fillette ressentit l’appel et souleva la masse. La légende veut que le porteur du marteau voit sa vie changée. Bientôt rejointe par une troupe d’être aussi farfelus que puissants, elle partit à l’appel de l’aventure…

Peut être un dessin animéPeu connu du grand public, Enrique Fernandez est pourtant une pointure dans le dessin espagnol, doté d’un univers graphique très particulier prenant à la fois de l’Animation jeunesse et aux manga en mode Super-Deformed. Très impressionné par les aperçus de ses BD publiées depuis une quinzaine d’années j’ai participé au Crowdfunding de sa série solo Brigada et ait été un peu échaudé par une narration très complexe. L’arrivée d’une nouvelle série originale chez Ankama était l’occasion de voir si la double casquette posait un vrai problème à l’auteur ou si la simplification du registre jeunesse lui correspondait plus.

Et bien rassurez-vous car ce premier tome d’une nouvelle série s’inscrit tout à fait dans le cadre du conte en jouissant de la folie de l’univers unique de Fernandez. Si l’ouverture reprend l’habitude cryptique de l’auteur avec bien peu d’explications et des cases sans bulles, rapidement on comprend que les différents personnages et histoires autour de ce marteau vont converger pour constituer une troupe bigarrée totalement destinée à satisfaire le public jeune auquel l’album se destine. Car outre les dessins crayonnés qui rappellent le talent visuel indéniable de l’auteur, c’est l’imaginaire foutraque qui transpire de ce monde qui éblouit: ici un loup au pouvoir multiplicateur incontrôlé, là une héroïne indomptable, une fée prisonnière et une troupe d’archers-clones … tout ce petit monde va aider la jeune Melina dans sa quête alors que se lancent déjà contre eux des adversaires puissants et des effets magiques aux conséquences imprévisibles!

La richesse et la liberté graphique d’Enrique Fernandez plairont absolument aux enfants même si elles peuvent dérouter. Maniant différentes techniques, colorisations, cadrage et découpage, il nous immerge dans un monde foisonnant dont le seul risque est qu’une imagination folle ne noie le récit. Ce n’est pas le cas dans cette ouverture qui fonctionne parfaitement et donne bigrement envie de découvrir comment les amis de Melina vont pouvoir l’aider et où va la mener sa quête.

A partir de 8 ans.

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Wat la fée

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!


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BD de Cazenove , William et Jaquemoire
Bamboo (2021), 48p., one-shot…?

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

Wat the fée ? Wat, la fée qui avait perdu ses ailes, planche du tome 1 ©  Bamboo Waterpouf est une fée des villes… A l'aise dans l'environnement  urbain, entre béton et bitume, suite à une rencontre avec un garnement  qu'elle avait reçu pour mission de ...Wat est une fée des villes. Mais lorsqu’au cours d’une mission elle se voit arracher ses ailes par accident, la voilà contrainte à un périple en Terre sauvage en compagnie de son ami Dorg le Troll, un endroit plein de dangers et d’habitants bien différents de ses fréquentations…

Salut Talia! Aujourd’hui on va parler d’une étrange BD qui nous rappelle beaucoup une autre série que l’on suit dans cette rubrique…

Effectivement, Cazenove et William sont les personnes qui font la série BD Les Sisters et Wat (la fée) a beaucoup de ressemblance avec Sammie, l’amie de Wendy. Un personnage semble également issu de Tizombi

Est-ce que tu as l’habitude des histoires fantasy? Sur quels albums?

Oui. L’un de mes styles de livre préférés est la fantasy et je lis beaucoup de romans (fantasy donc, notamment La Guerre des clans). En Bd, j’ai déjà lu Lanfeust, Thorgal…

Que peux-tu nous dire du format un peu particulier de cette (ces) histoire(s)?

Ce sont des sortes de mini-histoires avec une espèce de conclusion, bien que celles-ci s’enchaînent sur une histoire continue. On dirait des parties : comme si l’histoire avait été découpée.Wat -1- La fée qui avait perdu ses ailes

Il y a deux humains dans cette histoire… pas franchement sympathiques…

Au tout début deux enfants humains arrachent les ailes de Wat par mégarde. Ce sont deux gros débiles pourri-gâtés qui ne pensent qu’à jouer à la bagarre. Ensuite ils recherchent Wat et Dorg pour jouer avec et cassent tout en repartant…

Il y a un surprenant côté sexy dans cette BD jeunesse. Est-ce que cela t’a dérangé? Comment vois-tu les personnages féminin représentés dans les BD?

Ça ne m’a pas dérangé, j’ai l’habitude de de lire des BD et des manga où les filles sont souvent plutôt dénudées avec des gros seins. Ce sont des personnages imaginaires du coup ça ne me gêne pas que ce soit différent de la réalité. Dans les sisters ce sont des jeunes qui sont représentés, elles sont inspirées de vraies personnages, du coup c’est plus réaliste. Les fées sont souvent représentées parfaites!

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Merci Talia!

Voilà pour le retour de la fifille. Et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Entré dans l’univers des Sisters pour découvrir ce que lit ma fille et ce qui cartonne dans cette série, j’ai fait la connaissance avec Samy, la cops’ de Wendy que je croyais retrouver sous les traits de cette fée qui a perdu ses ailes… eh bien que nenni, rien à voir hormis le dessinateur qui a repris le faciès de son personnage secondaire. Résolument axé jeunesse, l’album qui ne Wat, la fée qui avait perdu ses ailes - BDfugue.comcomprend pas de tomaison mais laisse envisager très sérieusement une série, a un format hybride entre les gags d’une page des Sisters et l’histoire longue, entrecoupant les séquences par des sortes d’épilogue sépia qui évoquent une légende. On sait l’envie des auteurs de varier les plaisirs avec les super-sisters et ils se sont fait plaisir dans cette petite aventure en « terres sauvages » en compagnie du sympathique troll, en fuite devant deux adolescents débiles. L’album est du coup plus axé aventure qu’humour, avec de vrais méchants, de la magie et une transposition de la fée citadine à la campagne finalement pas si compliquée que cela. Si le thème voulu n’est pas vraiment exploité à fonds, les dessins que l’on connaît jolis et précis nous font passer un très bon moment, sans que l’on sache trop si William et Cazenove voudront développer leur univers ou s’arrêteront en route. Cette parenthèse est de toute façon bienvenue pour profiter de ces auteurs hors de leur cocon, en donnant envie d’aller zieuter un coup du côté de Tizombie et en se disant qu’ils pourraient un jour nous proposer une grande aventure plus adulte…

A partir de 7 ans.

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Excellence #1

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Comic de Brandon Thomas, Khary Randolph et Emilio Lopez (coul.).
Delcourt (2021) 160p. 1/2 tomes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur fidélité.

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L’Aegis est l’institution qui préside au fonctionnement et à l’utilisation de la magie au sein des dix lignées. Basée sur des règles strictes, l’Aegis va être menacée par les doutes de l’héritier de la famille Dale qui voit dans ces règles un conservatisme enfermant et autoritaire…

imageUn vent de fraicheur souffle sur cette série lancée par deux auteurs noirs assez récents dans l’industrie, dans la foulée d’un essor « ethnique » dans ce milieu autrefois très WASP. Si la dimension graphique des BD américaines s’hispanise depuis pas mal d’années, on voit depuis quelques années arriver sous les projecteurs des thèmes issus de la culture et de l’histoire noire de ce pays, qui a provoqué une explosion médiatique l’an dernier avec l’Eisner attribué à Bitter Root et avant cela la sortie du film Marvel Black Panther qui marquait une arrivée assumée de l’entertainment teinté de fierté noire. On est loin de ce discours politique ici puisque hormis le fait que ces lignées d’élus magiciens soient intégralement afro-américaines, l’histoire aurait tout à fait pu mettre en scène des magiciens blancs. Le propos de Thomas et Randolph est bien plus psychanalytique, interrogeant l’adolescence et la différence d’un jeune héritier dans une lignée dynastique où le libre-arbitre a bien peu de place.

Spencer Dale est donc le premier né de celui qu’on imagine le leader des dix familles et au grand désespoir de son père il ne voit se manifester ses pouvoirs que très tardivement. Son paternel jette alors son aura protectrice sur un autre jeune, provoquant rancœur et jalousie chez son fils. Empli de colère qui fait monter sa puissance, Spencer multiplie alors les marques de rejet, de violence et de contestation, allant jusqu’à rompre les règles absolues d’utilisation de la magie…

Indéniablement Khary Randolphe (qui a travaillé notamment avec Kirkman sur son TechJacket) est plein de talent et son alliance avec le coloriste Emilio Lopez fait des étincelles. Les traits sont assez classiques mais très expressifs et on sent l’inspiration d’acteurs américains dans ces visages, notamment l’acteur montant Michael B Jordan. Cela donne à la fois une familiarité qui aide à comprendre les personnages et une envie de cinéma… Utilisant ses planches pour manifester la distorsion de réalité le dessinateur propose des planches très élégantes bien que parfois difficiles à suivre. Cela car l’intrigue est assez tortueuse, suivant ce qu’on imagine un esprit torturé par le doute, la colère et l’envie de liberté d’un adolescent différent. Ses relations avec sa famille (son père au premier chef) et son « frère » et rival sont complexes et on fait des aller-retour entre les missions confiées par l’Aegis et ses propres ambitions contestataires.

Excellence (2019-): Chapter 1 - Page 24Si ce premier tome donne parfois l’impression de faire du surplace de par une difficulté à marquer des étapes claires dans la relation entre le père et le fils, le lien qui se tisse entre le héros et son ami est autrement plus intéressant. Les auteurs posent également un jeu de temporalité en nous insérant de brèves incursions d’un combat entre Spencer et le big boss de l’Aegis. On devine ainsi une révolte en préparation mais qui tarde à se manifester, comme si les auteurs en gardaient un peu trop sous le coude. Avec un schéma assez proche de Harry Potter (la société occulte codifiée et règlementée, l’héritier illégitime, …), cette série récente jouit d’un vrai attrait graphique, tant dans le design général fort élégant que par la dynamique des pages mais complexifie un peu trop une intrigue classique traitant du passage à l’age adulte et le souffle du changement sur les conservatismes. L’habillage général est très réussi, le développement plus capricieux, ce qui n’empêche pas de prendre un grand plaisir de lecture et de vouloir rentrer plus en détail dans une série avec un vrai potentiel, mais aussi avec un gros risque de déception vue la tournure de l’intrigue.

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****·BD

Castelmaure

La BD!

Récit complet en 152 pages, écrit par Lewis Trondheim et dessiné par Alfred. Parution le 14/10/2020 aux éditions Delcourt

Histoires à dormir debout

Zéphyrin est un mythographe, dont la mission est de parcourir le royaume de Castelmaure, en quête d’histoires orales à retranscrire pour la postérité. Ainsi, il s’entretient avec qui y consent, pour écouter les récits des anciens et forger l’Histoire du royaume. 

Il y a quelques années, Zéphyrin s’était donné une mission bien particulière: celle de retrouver le Roi Eric, monarque adoré par son peuple, disparu dans de mystérieuses circonstances. Après avoir fait chou blanc durant dix ans, le mythographe s’est résolu à reprendre ses activités normales, mais les histoires qu’il entend ça et là ne font qu’épaissir le mystère autour de Castelmaure…

En effet, depuis que le Roi s’est évanoui dans la nature, laissant sa sœur Éléanore régner en intérim avec son époux Marcus, une incessante tempête s’est installée autour du château, qui fut dès lors déserté. Zéphyrin entend également parler du Chasseur Errant, que de nombreux sujets auraient aperçus dans les forêts, avec un sorcière acariâtre. L’historien entend également l’anecdote disant que toutes les femmes du royaume tombèrent enceintes le même jour, ce qui conduisit à de nombreuses tragédies et des enfants mort-nés…pour la plupart. 

Peu à peu, ces histoires singulières vont s’entrecroiser et se télescoper, pour former ultimement la légende de Castelmaure. 

Les parts de vérité dans le gâteau du mythe

On ne présente plus Lewis Trondheim, dont la bibliographie est jalonnée de succès critiques et éditoriaux. L’auteur nous plonge ici dans un récit choral au croisement du conte médiéval fantastique et du thriller, dans lequel chaque détail à son importance. A la manière d’un détective, Zéphyrin va faire office de fil rouge dans cette intrigue, dont les circonvolutions bien emmenées conduisent le lecteur vers un final satisfaisant où tout finit par prendre sens. 

Le scénariste convoque des thèmes connus, comme celui de la différence, d’autres un peu plus touchy comme ceux de la maladie mentale et du remord, le tout en cohérence avec le récit. L’album en lui-même y gagne donc en authenticité, grâce aux personnages bien campés et à l’alternance des situations, tantôts drôles, tantôt grandiloquentes et dramatiques. 

Certains arcs narratifs, notamment ceux de Théodore et Nathanaelle, trouvent une résolution un tant soit peu abrupte dans le feu de l’action, mais cela ne nuit pas à la cohérence du tout, qui conserve une allure de fresque maîtrisée de bout en bout. 

Le dessin d’Alfred réussit à lui seul à établir l’univers de Castelmaure, grâce à un trait épuré et à des décors qui laissent la plupart du temps admiratif. 

Sorti l’an dernier après avoir été repoussé, Castelmaure offre un plaisir de lecture conséquent pour qui aime les intrigues chorales et le ton décalé de Lewis Trondheim. 

***·BD·Nouveau !·Un auteur...

Brigada

La BD!
BD Henrique Fernandez
Spaceman Project (2021), 155p.+ artbook de 18 pages. Intégrale des trois tomes.

Projet édité en financement participatif sur la plateforme Spaceman Project. Intégrale fournie avec un jeu d’ex-libris et un storyboard relié du troisième tome. Certaines librairies diffusent les trois volumes de cette série.

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Le Voirander se propage sur le monde, créant une nouvelle réalité démoniaque. La Brigade des nains est envoyée combattre les elfes noirs et se trouve prise dans le brouillard. Dotés d’un tempérament combatif, égoïste et puérile, ils semblent une arme bien dérisoire pour empêcher le chaos total, alors que dans la Cité, les sœurs-sorcières cachent un secret lié à l’origine du mal…

Brigada #1 page 09, Enrique Fernández on ArtStation at  https://www.artstation.com/artwork/v2eYA | Art, Artwork, PaintingHappé par les magnifiques projets de l’éditeur participatif espagnol Spaceman Project (allez jeter un œil, vous verrez, c’est vraiment très créatif!), j’ai découvert l’univers graphique unique d’Enrique Fernandez. Avec une dizaine d’ouvrages sur son CV il ne s’agit pas d’un perdreau de l’année et si sa qualité de coloriste de premier plan est évident, son style propose une étonnante variété, de la jeunesse crayonnée (comme sur le tout neuf Hammerdam chez Ankama) à la dark fantasy de Brigada.

Très enthousiaste à la réception de cette intégrale j’ai été franchement échaudé par une entrée en matière vraiment ardue qui nous plonge dans l’histoire sans explication, dans un déroulé narratif chaotique… Heureusement l’auteur recadre fortement son scénario dès le second tome qui s’avère hautement plus intelligible, lisible graphiquement et qui se poursuit sur un troisième volume essentiellement concentré sur la bataille finale, tout à fait réussie. Si vous comptez découvrir cette série vous pouvez commencer directement par le second tome, sans véritable perte (on nous fait quelques rappels utiles), la première partie faisant plutôt office de prologue.

BRIGADA 3 (DERNIER VOLUME) | Spaceman ProjectLe style graphique de Fernandez est donc vraiment intéressant. Avec des visages qui rappellent Mathieu Bablet, il propose des personnages SD dans un environnement torturé et tribal, un monde ancien fait de magie et de vestiges. On sent une influence de l’Animation chez cet auteur, qui explique peut-être la trop grande rapidité par moments à lire des séquences, l’absence des intervalles nécessitant une gestion des ellipses ou un explicatif qui ne viennent pas spontanément. D’une grande maîtrise formelle, Brigada émerveille ainsi devant cette gestion des lumières et des couleurs avec des personnages anguleux proche des représentations des contes.

Cette quête de la magie est du reste à la fois classique et très intéressante dans les éléments qu’elle fait maladroitement ressortir. Ainsi ce brouillard permet d’aborder le thème du temps non linéaire mais aussi la maîtrise des forces naturelles par l’industrie et l’urbain. Si l’interaction entre nains et elfes est clairement confuse, on finit par apprécier cette brigade de bras cassés, à la fois surpuissants individuellement et totalement incapables de collaborer pour affronter la menace. Par moment on retrouve des idées de la Horde du Contrevent dans la gestion du groupe mal assorti face aux éléments intraitables.

Projet maladroit qui aurait clairement nécessité l’appui d’un scénariste, Brigada n’en est pas moins une proposition artistique intéressante d’un auteur important qui possède indéniablement un univers à lui qu’il sait ciseler et modifier en fonction des albums. De quoi donner envie de creuser ses autres ouvrages sur des one-shot et en collaboration.

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****·BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

Thorgal: le cycle de Jolan

La trouvaille+joaquim

BD de Jean Van Hamme, Yves Sente et Gzegorz Rosinski
Le Lombard (2006-2010), cycle de 4 volumes.

Ce quatrième et dernier billet traite de ce qui est pour moi le chant du cygne de cette magistrale série. Jean Van Hamme souhaitait achever la série depuis plusieurs albums on le sait et la passation se déroulera sur l’album Moi Jolan. Le scénariste de la reprise, Yves Sente n’est pas un inconnu: directeur de collection au Lombard (l’éditeur de Thorgal et du one-shot de Van Hamme-Rosinski Western), il a fait ses classes sur le relaunch de Blake & Mortimer (en parallèle à Van Hamme) et a rencontré Rosinski sur une très belle variation sur le Comte de Monte-Cristo qu’ils ont réalisé ensemble (la Vengeance du comte Skarbek). C’est à l’occasion du Sacrifice que ce dernier mets superbement en application sa technique en couleur directe qu’il a expérimenté sur Skarbek.

Tentant de sauver Thorgal, gravement malade suite aux épisodes précédents, Aaricia, Jolan et Louve trouvent une aide inespérée en la personne du dieu Vigrid qui leur indique qui pourrait le sauver: Manthor le magicien, tapis dans l’Entremonde. Pour cela Jolan va devoir faire un serment qui l’amènera à l’aube de l’âge adulte sur les terres des Dieux où il va défier à son tour la Loi d’Odin…

Liste des critiques concernant ThorgalDrôle de cycle charnière, ces quatre albums proposent un magnifique adieu de l’auteur originel dans un émouvant parallèle entre le père/le fils et le créateur/son personnage sur la dernière page du Sacrifice, qui peut être un très bel album conclusif à la série après vingt-six ans de bons et loyaux services. De nouveaux lecteurs ont ainsi pu entamer leur découverte avec la passation de flambeau à Jolan… avec l’interrogation de savoir si la série devait changer de nom. Laissant ces tergiversations commerciales de côté, Sente propose une superbe aventure magique sur les terres de l’Entremonde et d’Asgard avec la première apparition des dieux majeurs et d’Odin sur les planches de la série! Excellente idée que de rompre ainsi une digue savamment maintenue jusqu’ici et interdisant à Thorgal de rencontrer ses tortionnaires. Jolan qui restait jusqu’ici un personnage secondaire avec quelques épisodes forts comme sur la Couronne d’Ogotaï, renverse la donne et laisse Thorgal un peu piteux se débattre avec Aaricia et le rejeton de Kriss, l’inquiétant enfant muet Aniel. Ainsi tout en lançant son nouveau héros, le scénariste maintient un fil narratif vers les futurs albums. Si cela finira de façon sassez catastrophique (artistiquement parlant), l’idée n’était pas mauvaise et nous tient en haleine avec une forte envie de tourner les pages tout en savourant les cases toutes plus belles les unes que les autres. Rosinski a sans doute atteint ici le sommet de son art. avant de se caricaturer sur la fin du cycle de Ka-Aniel…

Thorgal (Édition Spéciale 30 Ans) (tome 30) - (Grzegorz Rosinski / Yves  Sente) - Heroic Fantasy-Magie [CANAL-BD]Ce cycle, en assumant sa dimension fantastique, permet à l’artiste d’aller plus loin que jamais dans un superbe design de créatures et architectures de ces lieux magiques. A ce titre la bataille entre l’armée de chiffon et celle des géants de Loki est un monument où l’auteur se régale comme jamais depuis les grandes heures du Chninkel. La galerie de personnages de l’univers de Jolan est haute en couleur et si les marqueurs naïfs de la série restent présents et assurent une continuité, on sent un vrai vent de fraicheur, une vraie envie collectif de relancer cette série moribonde. Si l’on peut déterminer un bon passage de témoin à une nouveauté qui ne dépayse pas le lecteur, on peut dire que la transition Van Hamme/Sente s’est faite excellement. Sous la forme d’un voyage initiatique parsemé d’épreuves, cette quadrilogie nous fait presque oublier Thorgal qui a infusé sa morale d’airain en son fils, ce qui permet de retrouver le sel du personnage dans son fils, encore jeune et naïf. Cette dimension divine sera assumée dans les séries spin-off lancées par la suite par Sente en prévision d’un nouveau passage de témoin sur la série mère.

Thorgal (en allemand) -32- Die schlacht von AsgardLes intermèdes avec Thorgal à la poursuite des ravisseurs d’Aniel sont plus laborieux car un peu décalés, comme un monde d’avant qui refuse de mourir… Après la Bataille d’Asgard l’album Le bateau-sabre permet une jolie aventure neigeuse pour Thorgal après que Manthor ait missionné ses « avengers » (Jolan et ses compagnons dotés de capacités exceptionnelles) pour bouter les forces de l’envahisseur chrétien hors des terres du Nord. Outre que cette immiscion historique dans une série uchronique tranche avec l’ADN de la saga, Jolan disparaît purement et simplement, et brutalement, pour laisser Thorgal partir vers Bagdad. Après quoi les trois albums qui forment le cycle des mages rouges verse dans le n’importe quoi tant scénaristique que graphique, avec le passage express de Dorison sur un unique album avant le sauvetage en urgence par Yann, le scénariste de La jeunesse de Thorgal. N’étant pas dans les arcanes des éditeurs je ne connais pas l’origine du problème. Est-ce que le projet était foireux et a usé trois scénaristes-pompiers? Est-ce un conflit interpersonnel ou artistique? Toujours est-il que pour moi la série Thorgal s’est arrêtée là, en cours de route, lassé de rajouter de mauvais albums à une série qui ne le mérite pas. Suite au départ de Rosinski les albums semblent mieux montés et fréquentables, pour peu que l’on conçoive de lire une série de BD sans ses deux créateurs. Car il faut bien reconnaître que pour les trois séries majeures conçues par Jean Van Hamme, aucune des trois, si leurs lectures pos-transition restent acceptables, bine loin est le temps où elles faisaient la gloire du neuvième art…

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