****·Comics·Guide de lecture

Les meilleurs albums Valiant

J’ai découvert l’univers des super-héros Valiant assez tôt après avoir lancé le blog et grâce à l’activité très dynamique de l’éditeur Bliss Editions j’ai pu lire un certain nombre d’ouvrages en numérique entre les secondes et troisième génération des héros.

Valiant est une maison d’édition fondée dans les années 90 et basée au départ sur des licences d’adaptation de jeux-vidéos en comics. Rapidement des personnages super héroïques originaux apparaissent, avec des dessinateurs comme Joe Quesada… Après une disparition et une recréation dans la foulée, les licences sont relancées à plusieurs reprises (X-O Manowar, la version Valiant d’Iron man, en est actuellement à sa troisième version). En France, Panini disposait de la licence avant de l’abandonner. Cette licence est reprise par Bliss comics en 2016 qui ressort d’anciennes séries avant d’enchaîner sur les relaunch qui font montre d’un saut de qualité graphique notamment tout à fait notable chez Valiant. Avec un catalogue d’auteurs non exclusifs (la plupart ont travaillé chez le Big Two) mais fidèles, souvent non américains, des Lewis Larosa, Raul Allen&Patricia Martin, Renato Guedes, Ariel Olivetti ou Trevor Hairsine, proposent une qualité graphique moyenne bien supérieure aux publications de Marvel et DC. Le faible nombre de titre et le fait que de petites équipes travaillent sur une série dans son intégralité aident en cela.

Thomas, le spécialiste de Valiant de la blogosphère m’a beaucoup aidé à m’immerger dans cette galaxie de héros plus ou moins reliés. Avec pas mal de critiques de ce catalogue sur l’Etagère je m’autorise donc à vous proposer un petit florilège des meilleurs albums du catalogue. Je précise que je n’ai pas encore lu les suites de Harbinger, Imperium et Vie et mort de Toyo Harada (critique sur tout l’arc prochainement), considérés par certains comme la colonne vertébrale de cet univers que je vous invite à découvrir!

Je précise également (ce n’est pas un détail!) que les éditions Bliss font un boulot remarquable en proposant à des prix défiant toute concurrence de très épais volumes absolument gavés de bonus graphiques et de création. Quasiment tous leurs bouquins sont un sans faute sur le plan éditorial…


  • Pour démarrer le mieux est de lire The Valiant, véritable porte d’entrée que vous pourrez prolonger par l’excellent Bloodshot Reborn (bien meilleur que la série originale). Bloodshot Salvation (la suite de tout cela) commence très fort avant de faiblir fortement sur le dernier volume.

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  • Divinity est pour moi la mini série la plus puissante, peu reliée au reste et qui se prolonge par Eternity.

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  • Côté psiotiques Secret weapons est vraiment chouette mais peut nécessiter de lire Harbinger avant pour être introduit dans ce monde de mutants. Blackout est très réussi en format crossover (lire donc Secret weapons, Ninjak et Bloodshot avant).

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  • Le monde de Shadowman est ce qu’il y a de plus original chez Valiant et pour une fois la première série est aussi forte que la seconde (et un peu plus complexe), avec le très sympathique Rapture à lire dans la foulée.

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  • Enfin, X-O Manowar est magnifique visuellement, comporte quelques séquences très réussies mais outre le fait de ne pas être introduit si vous n’avez pas lu la précédente série, a une trame très linéaire finalement assez faible. A réserver pour la fin une fois que vous aurez découvert des pans plus grand public de ce catalogue.

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**·Manga·Nouveau !·Service Presse

Cautious Hero, #1- 2

Série en cours avec Tuchichi Light au scénario, Koyuki au dessin. Les deux premiers tomes paraissent en France le 09/09/2020 aux éditions Doki-Doki (même niveau de publication au japon).

bsic journalism Merci aux éditions Doki-Doki pour cette découverte.

Prudence est mère de sureté

Le domaine unifié des dieux s’est donné une mission, d’importance capitale: sauver autant de mondes que possible à travers le cosmos. Les joies de la bureaucratie étant ce qu’elles sont, les mondes en détresse sont classifiés, selon la difficulté rencontrée pour les sauver.

La déesse Ristarte, relativement jeune, n’a pas un tableau de chasse mirobolant à son actif. Et pourtant, elle va se voir confier le sauvetage de Geanburande, une mission labélisée D, le plus haut niveau de difficulté !

Pour l’aider dans sa mission, chaque divinité peut invoquer un héros, choisi au hasard parmi l’ensemble des mondes. Alors qu’elle browse les dossiers des potentiels candidats, Ristarte découvre le profil de Seiya Ryûgûin, dont les statistiques défient toute proportion. La jeune déesse en est persuadée, Seiya est un héros comme on n’en trouve qu’un sur des millions. Persuadée par cette aubaine, Ristarte invoque aussitôt le jeune homme.

Toutefois, elle s’est peut-être emballée un peu vite. Seiya a un potentiel sans limite, certes, mais il est si prudent que son attitude vire presque à la paranoïa. Questionnant tout ce que la déesse lui fait découvrir, il se révèle être moins un atout imparable qu’un formidable boulet pour l’impétueuse Ristarte. Quand les choses se gâteront sur Geanburande, Seiya sera-t-il à la hauteur de ses fantastiques talents ?

Le Magicien Dose (et ose)

Pour cette nouvelle entrée dans le genre Isekai, l’auteur est parti sur un postulat intéressant: Et si un héros pouvant tout, n’osait rien ? Bien souvent, les histoires de Fantasy classiques n’ont qu’un questionnement dramatique: le héros aura-t-il la force de triompher de son adversaire ? Ici, la réponse, en théorie du moins, est claire: oui, Seiya peut sauver Geanburande. La véritable interrogation est de savoir si son défaut, la prudence excessive, le lui permettra.

Durant les premiers chapitres, l’auteur joue avec ce paradigme autant qu’avec les nerfs de sa protagoniste Ristarte, qui désespère de voir son champion passer à l’action. Il est assez amusant de voir comment Seiya prépare et anticipe chaque combat, chaque situation, et de voir comment un être sensé s’engagerait dans une quête de cette ampleur.

Le souci qui se présente assez vite, c’est que ce qui est sensé être un défaut venant compenser un statut quasi-divin finit par s’effacer. J’entends par là que ce qui, dans nos attentes de lecteurs, devrait entraver Seiya dans sa mission et le forcer à changer, s’avère finalement être son grand atout puisque c’est justement cela qui le tire de mauvais pas éventuels. D’excessivement prudent, il en devient excessivement préparé, ce qui, en fait, lui donne l’avantage sur tous les antagonistes, dont on s’aperçoit de façon systématiques qu’il a anticipé tous les coups bas, prévoyant en conséquence.

Pour faire une comparaison avec les comics, c’est comme si on décidait finalement que la kryptonite ne tuait pas Superman, mais qu’elle ne lui allait tout simplement pas au teint.

Ce ressort dramatique manqué donne à Seiya des allures de Mary Sue, le distanciant ainsi du potentiel sympathie des lecteurs. Il n’en demeure pas moins que Cautious Hero est une série au démarrage dynamique, empruntant aux codes des univers Fantasy mais plus particulièrement aux RPG. On attend encore l’écueil qui forcera Seiya à prendre des risques, peut-être dans le tome 3 ?

***·Jeunesse·Manga

Fullmetal alchemist (perfect edition) #1-2

Manga de Hiromu Arakawa
Kurokawa (2020) – Square Enix (2002), env. 260 p./volumes. Série finie en 27 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

Sortie en 2001 au japon, la série comporte 27 volumes (un des tous premiers manga publiés par Kurokawa à partir de 2005) et 13 volumes d’intégrales (regroupant 2 volumes volumes par album) sortis à partir de 2012. La présente édition est « remasterisée » et propose un superbe papier glacé, un format plus grand, de jolies illustration couvertures qui réparent le tort causé par les vraiment pas belles jaquettes d’origine. On pourra jaser sur le passage de moins de 7 euros  à presque douze mais étant donnée la qualité de fabrication il est difficile de râler. Simplement dommage que l’éditeur arrête l’édition classique… en tant que lecteur je préfère quand plusieurs formats sont proposés mais on peut imaginer que c’est compliqué à gérer commercialement et puis les lecteurs ont quand-même eu une bonne vingtaine d’année pour le lire…

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Les frères Elric sont des alchimistes de renom. Châtiés par leur imprudence dans la manipulation magique,  ils se retrouvent pour l’un avec un bras et une jambe en moins, sans corps pour l’autre, dont l’âme est désormais rattachée par un sceau à une armure de métal. Ces deux adolescents parcourent le monde issu de la Guerre civile à la recherche de la pierre philosophale, seul moyen de récupérer leurs corps…

Fullmetal Alchemist (Perfect Edition) - (Hiromu Arakawa) - Shonen [KRAZY  KAT, une librairie du réseau Canal BD]Lorsque l’on cherche sur internet les meilleurs shonen jamais publiés on tombe inévitablement sur Dragon ball, one piece, Naruto et… Fullmetal Alchemist. Toujours un peu sur ma réserve lorsque je parcours des planches de manga jeunesse surtout lorsqu’ils ont vingt ans (!!), j’ai d’abord été séduit par l’habillage de cette Perfect edition qui vise à réediterdans une belle édition un classique. Un peu ce que fait Glénat avec Akira. C’est commercial mais aussi une manière de ne pas abandonner les classiques et de permettre aux nouveaux venus dans le manga de découvrir les grandes séries. Cette édition a pour atout essentiel sa taille et la qualité du papier, l’intérieur ne comportant aucun bonus autres que quelques croquis imprimés sur la couverture intérieure (sous la jaquette). Je suis toujours surpris de la frilosité des éditeurs français en matière de bonus quand on regarde les standards en comics (notamment chez Bliss et parfois chez Urban sur les gros volumes un peu chers). Je suis convaincu que le matériau (interviews, croquis préparatoires, etc) existe et il est dommage de ne pas profiter de ces belles éditions pour mettre le paquet. Bref.

Ces deux premiers volumes introduisent donc les aventures des frères alchimistes dans ce monde Steampunk où l’Alchimie fait office de magie. Si le style de dessin peut faire enfantin au premier abord (on est dans un shonen), dès les premières pages et le premier combat on est frappé par la technique de l’auteur. Avec des décors assez vides mais des noirs très présents, j’ai été plutôt conquis par ce dessin qui prend toute sa force sur les gros plans et les séquences d’action, assez fréquentes. L’intrigue, comme souvent dans les manga, commence par plusieurs courtes aventures qui font avancer l’histoire très discrètement mais permettent surtout de découvrir l’univers et notamment cette alchimie très sympathique visuellement. Le ton est assez sombre puisque dès la première planche couleur du prologue on voit Edward Elric, le fameux Fullmetal alchemist ensanglanté, avant que des méchants n’hésitent pas à désintégrer des protagonistes, les découper ou les exploser simplement dans une marre de sang. Aucune insistance sur la violence mais c’est plutôt le ton de ces deux orphelins parcourant un monde se remettant à peine d’une terrible guerre civile qui marque. Pour contrebalancer cela l’humour est très présent, notamment via le très réussi personnage d’Alex Louis Armstrong, aussi costaud qu’intelligent.

I laughed so hard when I read this part xD #ALex #Armstrong #Ed #Elric  #Ihavecomeforyou #FMAB #OhShit | AnimeAu bout de seulement deux volumes on est déjà bien immergé dans ce qui s’annonce comme une conspiration impliquant le gouvernement ou l’armée avec une méchante peu présente mais aux apparitions marquantes. Les pages de combat sont rudes, percutantes en proposant de puissants antagonistes à ce qui restent deux fragiles adolescents, tout surdoués en matière d’alchimie qu’ils soient. J’ai beaucoup aimé cette approche d’Arakawa qui évite ma mièvrerie et la simplification. Son monde est dur, les méchants ne sont pas des enfants de cœur et les affres de la guerre, la perversion des âmes et la douleur des corps mutilés ne sont pas cachés. Avec son apparence toute bonhomme, Alphonse, enfermé dans son armure n’en souffre pas moins et les mutilations régulières qu’il subit avec son frère sur leurs parties mécaniques ne sont pas anodines pour leurs jeunes psychés. Le manga reste pourtant lisible par des ado dès dix ans dans la veine de Dragon ball ou Dr. Stone que de One Punch man ou Death note. Cette première immersion confirme donc totalement la qualité reconnue de cette série, un vrai shonen, qui sait allier habillage jeunesse avec un propos intéressant et une approche de la magie plutôt originale.

*****·Manga·Rapidos·Service Presse

Radiant #14

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Manga de Tony Valente,
Ankama (2020) – 184 p., coul+ nb, 14 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Le volume comprend comme tous les manga une jaquette couleur, un sommaire, cinq pages couleur en introduction et pour la première fois un résumé associé à un dramatis personae bien utile pour s’y retrouver dans tous les personnages. Il se termine par le coutumier Toum stak (courrier des lecteurs) et les pages perdues sont utilisées en publicité vers les autres manga de l’éditeur.

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****·Manga·Rapidos·Service Presse

These savage shores

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Comic de Ram V, Sumit Kumar et Vitorio Astone (coul),
Hicomics (2020) -Vault Comics (2018), 148p. One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Attention, cet album commence fort dès l’édition, avec une superbe couverture aux dorures ouvragées incrustées. Une des plus belles de cette année… ce qui se poursuit sur les cinq chapitres au design redoutable et une galerie des couvertures en deux version. Hormis quelques bonus de création qu’on aurait aimé, l’édition nous mets dans l’atmosphère avant d’avoir tourné la première page. Très efficace!

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Inde, XVIII° siècle. Un jeune noble est exfiltré d’Angleterre après avoir manqué de discrétion sur sa condition: il est vampire… Sur place il découvre une société ancienne, élégante, une chaleur moite et une armée coloniale britannique déjà installée et jouant de rivalité entre les seigneurs locaux. Bien vite il apparaît que cet être surnaturel est bien jeune au regard des êtres anciens qui habitent cette terre…

These Savage Shores - BD, informations, cotesCet album arrivé sans coup férir va marquer cette rentrée BD tant il semble exempt de défauts et inspiré par la grâce! Les histoires de vampires ont généralement du mal à sortir du lot de par des intrigues ultra formatées et basées sur l’éternel duo Eros/Thanatos. Le début de l’histoire laisse craindre cela avec un jeune vampire contraint de fuir sur un navire, terrifiant l’équipage en référence à l’originel roman de Bram Stoker qu’a brillamment adapté Georges Bess l’an dernier. La présence d’un redoutable chasseur de vampire fait penser que l’on va avoir droit à une chasse orientale assez classique mais plutôt bad-ass… pour immédiatement être décontenancé par la tournure de l’intrigue. Car le scénario de Ram V, non content d’être très élégamment écrit via la forme de l’épistolaire, multiplie les chausses-trappe pour un lecteur pensant avoir compris où il se trouvait. Ces multiples rebondissements rendent la lecture exigeante, impliquante car sans être complexe on navigue entre plusieurs narrateurs et entre les deux axes de cette histoire, ce mystérieux personnage fantastique d’abord, le contexte de la guerre coloniale ensuite. Les deux sont liés de par le rôle que joue le personnage principal au sein de la société noble indienne et ce contexte très particulier, peu abordé dans les littératures imaginaires, invite à se renseigner sur la période historique pour mieux apprécier l’œuvre. Rien d’obligatoire mais en parcourant la richesse de ce background et l’intelligence du récit on a envie de l’apprécier jusqu’au bout en apprenant une page de l’Histoire.

Ram V. on the craft (and ferocious nature) at the heart of 'These Savage  Shores' — DoomRocketPour revenir au mètre-étalon, l’histoire d’amour n’est pas loin bien sur mais sous une forme très originale, peut-être platonique, entre cette danseuse et cet être antédiluvien. Truffé de références discrètes mais enrichissantes, l’album aborde la belle et la bête, Dracula et son amour impossible, le colonialisme naissant et les manigances politico-territoriales de la Compagnie des Indes orientales (les passages les plus complexes), et jusqu’aux récits de genèse, le tout sous une forme graphique vraiment superbe et dans une alchimie parfaitement nouvelle.  Sumit Kumar a su retranscrire avec une technique classique à la fois l’élégance incroyable des architectures indiennes mais aussi d’une végétation voulue comme ancestrale. Que ce soient les ruelles de Londres, les palais ou les odorants marchés indiens, on ressent la texture du lieu, la moiteur, la poussière de cet orient exotique. Chaque page est un régal pour les yeux avec une variété de découpages cinématographiques et une maîtrise totale des codes de la narration BD.

These Savage ShoresDes albums très beaux il y en a beaucoup. Des comics homogènes de bout en bout, moins. Mais ce qui impressionne dans ce one-shot c’est la nouveauté de cette proposition qui nous offre autant un pan de la culture des auteurs (d’origine indienne) qu’une variation tout à fait originale d’un thème de la culture populaire, dont on a déjà vu une version sur le Rapaces de Marini, en plus grossier et moins abouti. Je trouve formidable quand des auteurs parviennent à offrir un album de genre qui peut convenir à un public non habitué en ouvrant la porte, via l’Histoire et l’Orient. Sur la même année Hicomics a sorti trois albums majeurs issus de la sphère indépendante. Le premier empruntait à la culture Cajun, le second (récent Eisner Award!) donnait une vision très politique de la chasse aux monstres dans l’Amérique raciste, le troisième donc, revisite les légendes vampiriques à la couleur de l’Inde des Moghol. Trois créations mondialisées, ethniques, qui ont digéré l’imaginaire collectif en y apportant une sensibilité artistique très personnelle. C’est généralement le meilleur creuset pour produire de grands albums.

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****·Manga·Rapidos·Service Presse

Demon Tune #2

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Manga de Yuki Kodama,
Kurokawa (2020) – 2/4 volume paru.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

Koyukimaru a retrouvé son père… dans un sale état! Décidé à le venger, son tempérament bouillonnant de ninja va devoir se conformer aux règles du MBI, l’organisation très structurée sous les ordres d’un chef autoritaire. L’enfant décide d’accompagner les enquêteurs en mettant son flair de ninja au service de la traque du Bogeyman…

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Le plaisir continue sur cette petite série qui ne paye pas de mine mais arrive à créer un réel intérêt global dans le genre pléthorique du Shonen. Les impressions du premier volume sont amplement confirmées avec une montée en puissance par un remarquable équilibre entre action, enquête et révélations. Les séries courtes courent toujours le risque de couper la surprise par des révélations trop rapides. C’est partiellement le cas ici puisque l’on apprend déjà qui est le Bogeyman, ce méchant particulièrement charismatique découvert au volume précédent. Un peu dommage tant j’aurais aimé prolonger le mystère, mais bien d’autres révélations et nouveaux mystères se révèlent en nous Demon Tune 7 | MangaSakidonnant envie d’avancer rapidement. Le développement de l’univers nous montre sa richesse surprenante. Comme on le dit toujours, ce qui est important ce n’est pas les idées révolutionnaires mais un traitement novateur d’idées connues. C’est le cas ici avec une thématique des démons possédant des humains, coutumière dans les manga. Mais l’arrivée d’éléments technologiques associés à cette magie « démonique » et surtout la présence de personnages vraiment réussis, du père (pourtant inerte tout le long du volume…) au chef du MBI en passant par le duo d’enquêteurs alliant comique et action sexy, tous impriment leur présence avec des dialogues adultes et cohérents. Je tique souvent dans mes lectures manga sur des dialogues un peu faciles voir assez piteux. Ce n’est pas le cas ici et ce Demon Tune s’avère une surprise que je n’attendais pas du tout et qui me donne très envie de continuer. Graphiquement c’est toujours à la fois simple et élégant, et l’on ressent sous des aspects enfantins des personnages, une très bonne maîtrise technique de l’auteur. Je noterais juste (pour les puristes) les surprenants changements de maquette de l’éditeur d’origine, où les jaquettes des volumes un et deux ne se structurent pas de la même manière, avant des volumes trois et quatre qui semblent avoir stabilisés la maquette. Kurokawa aurait peut-être pu reprendre cela pour plus de cohérence…

Au final, Demon Tune est un vrai plaisir à la lecture facile et l’un des meilleurs Shonen que j’ai lu depuis pas mal de temps!

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***·Comics·Nouveau !·Numérique

Punk Mambo

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Premier tome de 112 pages d’une série comprenant les cinq premiers épisodes de la série Punk Mambo, écrite par Cullen Bunn et Peter Milligan, dessinée par Robert Gill et Adam Gorham. Parution le 03/07/2020 chez Bliss Comics.

Punk is not dead (yet)

badge numeriqueAprès quelques années d’errance suite à une fugue, la jeune Victoria est tombée sous la coupe d’une troupe de punks, dont le leader n’était autre qu’un redoutable houngan, doublé d’un pervers, qui lui a fait subir de nombreux sévices auxquels elle a finalement échappé. Ce calvaire a éveillé les dons de Victoria pour la magie vaudou, si bien qu’elle s’est émancipée et est devenue une redoutable mambo, le pendant féminin du houngan en vaudou.

Depuis, Victoria se fait appeler la Punk Mambo et joue les redresseuses de tort en utilisant ses pouvoirs et son lien avec son Loa, sorte de puissant génie vaudou. Lorsque son génie lui est arraché par une entité maléfique, Punk Mambo découvre que quelqu’un kidnappe les loas dans un but malveillant, et se lance dans une quête pour les libérer, sous l’impulsion des dieux vaudous qui lui octroient un allié de circonstance, Josef.

Papa loves Mambo

Cullen Bunn nous offre avec cette série Valiant une protagoniste trash pétrie directement dans les poncifs du mouvement punk. Mambo a du caractère, de la répartie, et ne s’en laisse pas conter, que ce soit par des cannibales du bayou ni par des dieux vaudous. Le coté destroy n’est cependant pas poussé à l’extrême, et la protagoniste à la crête conserve tout de même les traits héroïques nécessaires à l’avancement de l’intrigue, qui demeure efficace et sans ambages.

On plonge donc avec plaisir dans les méandres fumeux de la magie vaudou, au cours des cinq épisodes que compte cet arc. L’album se conclue par un numéro 0 faisant office d’origin story, nous éclairant sur le passé de l’héroïne apparue dans la série Shadowman.

La partie graphique est agréable pour l’œil, mais comporte des inconsistances, certains plans larges manquant de soin alors que d’autres cases bénéficient d’un traitement plus minutieux.

****·Comics·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Le garçon-sorcière #2: la sorcière secrète

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à douze ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

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Comic de Molly Knox Ostertag
Kinaye (2020), 210 p. premier volume de la trilogie.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

L’édition suit l’originale chez Scholastic (à noter que Kinaye indique systématiquement les éditeurs originaux en quatrième de couverture, ce que je trouve intéressant…). Édition toujours aussi propre (et reconnue comme telle par les lecteurs apparemment!), avec vernis sélectif, couverture à rabats et présentation du troisième et dernier album de la série à paraître en 2021. Une carte des lieux visités est présentée en ouverture de l’album.

Après la défaite du grand-père Mikasi, Aster suit enfin l’enseignement des sorcières comme il n’a toujours voulu… mais ce n’est pas si simple et le travail est autre chose que jouer avec ses pouvoirs! Pendant ce temps une nouvelle venue arrive au collège de Charlie et ne semble pas du tout à l’aise avec ses camarades…

Salut Talia. On retrouve déjà Aster qui avait vaincu son grand-père. Peux-tu nous dire en deux mots de quoi parle ce second tome de la série?

Ça parle plutôt d’amitiés des fois remises en cause. C’est compliqué pour certains de se faire des amis et ils ont peur d’être trahis.

On parle moins de la famille dans ce volume et plus des copains-copines. Qu’est-ce que tu as retenu des problèmes que rencontrent Ariel et Sedge?

Sedge a peur de se re-transformer par-ce qu’il a utilisé de la magie noir. Ariel ne maîtrise pas ses pouvoirs, elle ne comprend pas les conséquences de les laisser se développer. Ils n’ont pas trop d’amis. Ils échangent leur place en quelque sorte, Sedge ne veut plus faire partie d’une famille de sorciers et Ariel est adoptée, du coup elle ne se sent pas à sa place.

On découvre dans ce volume la famille de Charlie… qui est assez particulière!

Oui! Elle a deux papa… Ils ont l’air tous les deux très gentils et laissent Charlie faire beaucoup de choses. L’un des deux est le principal du Collège.

Comment est présentée la famille dans cet album? Est-ce que les enfants sont libres de leurs choix?

Chez Charlie oui. Chez Ariel ils la menacent si ça se passe encore mal au collège (elle en change souvent) alors qu’elle ne fait que se défendre. Chez Aster au début on lui interdisait la sorcellerie. Dans ce tome il a le droit de suivre les cours mais sa tante a du mal a admettre qu’il soit sorcière. Sa grand-mère accepte de lui donner des cours particuliers en cachette. Aster aide finalement Mikasi qui n’avait jamais été accepté comme sorcière autrefois, ce qui l’avait rendu méchant. Du coup c’est assez partagé mais au départ les familles ont du mal à accepter les choix des enfants.

Charlie et Ariel sont très différentes et finalement très copines. Comment peux-tu les décrire?

Ariel est plutôt fermée sur elle-même mais grâce à Charlie on a l’impression qu’elle se détend. Charlie lui propose d’elle-même son amitié ce qui surprend Ariel, elle n’a pas l’habitude. Du coup elle se dit que ça va peut-être enfin bien se passer dans ce nouveau Collège. Charlie est tout le temps positive! Elle aime aider les gens en difficulté.

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Merci Talia! On a résolu l’énigme de la Sorcière secrète, il n’y a plus qu’à se préparer à découvrir la Sorcière du solstice…


Voilà pour le retour des enfants… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

L’autrice Molly Knox Ostertag, malgré une carrière relativement courte a une remarquable maturité pour proposer des thèmes complexe de façon très accessible aux jeunes lecteurs sans tomber dans la mièvrerie. Elle aborde dans sa trilogie des sujets complexes comme le carcan de la famille, l’homosexualité et les familles recomposées, le mal-être adolescent… avec une grande fluidité qui articule chronique sociale et fantastique. Les droits de l’œuvre ont été achetés pour un projet d’animation.

Ce second volume évite la redondance en décentrant la focale de la famille d’Aster pour découvrir ce qu’il se passe dans la ville et l’envie de normalité du cousin Sedge qui souhaite poursuivre une scolarité classique. Le thème des communautés est assez étranger pour des lecteurs occidentaux et pourra intriguer de jeunes lecteurs chez nous. On aborde également les difficiles relations entre adolescents, le personnage de Charlie marquant en roc de joie de vivre et d’empathie spontanée. On découvre par son biais un discours humaniste sur le libre arbitre par rapport à la norme familiale et sociale, les relations garçons/filles, parents-enfants, avec un fil conducteur depuis le tome précédent sur la colère poussant à la corruption de l’âme et empêchant les relations humaines.

Depuis le premier tome je suis impressionné par un projet qui propose une formidable ouverture à la différence (raciale, sexuelle, identitaire,…) avec une très grande humanité et simplicité. Ce n’est vraiment pas courant en littérature jeunesse et on ne saura trop remercier l’éditeur Kinaye pour la qualité de son travail de prospection de projets tous très différents dans son catalogue. Ostertag crée une vraie appétence pour ces personnages et on lit très facilement ces gros volumes avec hâte d’en connaître la conclusion l’année prochaine!

A partir de 9 ans.

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***·BD·Nouveau !·Service Presse

Danthrakon #2: Lyreleï la fantasque

La BD!

Deuxième tome de 56 pages d’une série écrite par Christophe Arleston et dessinée par Olivier Boiscommun. Parution le 01/07/2020 aux éditions Drakoo.

Blondin avait proposé une critique du premier volume.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Grimoire, mon beau Grimoire…

Le savoir est une arme, et la curiosité, un vilain défaut. Nuwan en a récemment fait les frais en découvrant qu’un grimoire magique très ancien, le Danthrakon avait investi son corps, lui conférant un certain pouvoir, mais hélàs ! pas la maîtrise requise pour en profiter.

Ainsi, Nuwan doit-il tenter de rompre le charme qui le place sous la coupe du Danthrakon, avec l’aide de Lerëh, une apprentie mage étudiant auprès du puissant Waïwo, chez qui Nuwan travaille en tant que cuisinier?

Le jeune marmiton va devoir se soustraire à la convoitise d’Amutu l’Inquisiteur, un redoutable mage qui souhaite accaparer la puissance du grimoire. Amutu va utiliser toutes les ressources à sa disposition, parmi lesquelles la terrible Mygatule, pour mettre la main sur le fauteur de troubles involontaire.

Lerëh, quant à elle, devra, s’il elle veut pouvoir sauver Nuwan, fouiller dans son nébuleux passé et exhumer quelques secrets relatifs à ses origines.

 

Necronomi-quoi ?

L’aventure se poursuit sur les chapeaux de roues dans ce Danthrakon volume 2. Arleston ne ménage pas ses efforts pour tenir le lecteur en haleine, à grand renforts de péripéties faites de traques et de batailles magiques. Les affaires de familles sont à l’honneur, puisque le spotlight est ici mis sur Lerëh et les liens qui l’unissent à ses parents.

On reconnaît la touche de l’auteur notamment à travers ses récitatifs et certains de ses dialogues, et l’on peut même percevoir quelques auto-références ça et là, faisant écho à ses succès précédents: un jeune héros naïf et ingénu, dépositaire malgré lui d’une magie ancienne et très puissante, qui devra s’émanciper pour assumer le plein potentiel de ses pouvoirs…

L’inconvénient d’une telle prémisse est qu’elle éclaire sans doute un peu trop le lecteur sur le déroulement global de la trilogie. Néanmoins, gageons qu’Arleston saura aller à rebours des attentes qu’il aura ainsi lui-même suscitées, et qu’il nous surprendra en changeant ingénieusement la direction de son récit dans l’ultime volume de la trilogie.

On s’interroge par exemple sur les desseins véritables du Danthrakon, qui nous paraît doué d’une volonté propre, et sur le sort final qui l’attend: fusionnera-t-il avec Nuwan ? Retombera-t-il encore une fois dans la servitude, entre les griffes d’un mage ambitieux ?

La balle est dans le camp des auteurs, rendez-vous en septembre 2020 pour le savoir !

***·Comics·Nouveau !

Hope

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Histoire complète en 80 pages noir et blanc, écrite par Guy Adams et dessinée par Jimmy Broxton, parue initialement chez 2000AD et publiée le 27/05/20 aux éditions Delcourt.

L’Espoir fait vivre

Mallory Hope est un détective privé qui se respecte: moribond, alcoolique, désabusé tout en restant badass, il enchaîne les enquêtes obscures dans une sorte d’uchronie américaine en 1940.

Ce qui distingue Mallory Hope de votre Jack Gittes habituel, c’est qu’il manie de périlleuses forces issues des arcanes magiques, qui peuvent l’aider dans ses enquêtes, mais qui sont tout aussi susceptibles de causer sa perte.

Il s’avère, dans ce monde en noir et blanc, que la magie est derrière beaucoup d’événements historiques, sous-tendant les grands changements et bien souvent, attisant les plus grandes catastrophes.

Hanté par son passé, comme tout bon personnage de roman Noir, Hope va bien évidemment se voir confier une enquête qui y fait écho, et ainsi se lancer à la recherche d’un enfant-star disparu dans les méandres de Los Angeles. Hope, adepte des backstages, saura-t-il manœuvrer sous les feux des projecteurs ?

Noir c’est noir…

En lisant Hope, on ne pense pas seulement aux œuvres noires comme Chinatown ou Boulevard du Crépuscule, mais aussi inévitablement à Hellblazer. En effet, difficile de ne pas remarquer les similitudes entre Hope et le fameux John Constantine, les deux étant des enquêteurs de l’étrange, adeptes des forces occultes au caractère bien trempé, évoluant dans un univers crépusculaire.

L’intrigue quant à elle, suit une trame assez linéaire sans parti-pris spécifique, l’usage de la magie étant lui-même relativement sporadique, voire anecdotique, puisque l’enquête aurait finalement eu le même cours dans un univers « normal », sans magie.

Le point fort de Hope, outre l’ambiance, ce sont les magnifiques dessins de Jimmy Broxton, qui sortent des cases à chacune des pages. Le noir et blanc met totalement son style en valeur, pour un rendu final assez bluffant.

Hope se lit vite et installe une ambiance noire de façon efficace. On peut déplorer la linéarité de l’intrigue et une fin abrupte, mais la partie graphique rehausse indubitablement le tout !