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Voro #9: Le Tombeau des dieux troisième partie

Dernier tome de 166 pages de la série écrite et dessinée par Janne Kukkonen. Parution en France le 10/11/2021 aux éditions Casterman.

Le seigneur des flambeaux

Coup de coeur! (1)

Après avoir réveillé par inadvertance une dangereuse divinité du Feu, Lilya, une apprentie voleuse de la Guilde, s’est mise en tête de réparer ses erreurs quel qu’en soit le prix. Malheureusement, Ithiel, le Père Feu, est à l’apogée de son pouvoir: non seulement soutenu par la Tribu du Feu qui le vénère depuis la nuit des temps, il est également maître d’une armée de géants invincibles grâce à la Pierre de Feu, que Lilya a également contribué à rassembler.

Après avoir jeté ses forces dans la bataille, Lilya a échoué à éliminer Ithiel, qui s’est lancé dans une campagne de conquête du monde des hommes, lui qui se pense capable d’engendrer un monde idyllique aux antipodes de la cupidité et de la violence humaines. L’apprentie voleuse y a laissé la vie, mais elle a été tirée des limbes par la Mort elle-même, qui a semble-t-il un intérêt à assister à la chute de son rival Ithiel. Lilya a aussi reçu un coup de pouce de la part de la Demoiselle de la Nuit, la divinité que servait autrefois la Guilde des Voleurs.

Ses chances de succès sont bien minces, mais Lilya ne désespère pas. Résolue à sauver le monde des hommes, elle en appelle à la sagesse des hommes de bonne volonté que sont les Rois, mais ces derniers ont l’esprit trop occupés par leurs luttes de pouvoirs pour pouvoir agir de concert. Pire encore, depuis le dernier tome, Lilya ne peut même plus compter l’aide de son mentor Seamus, au vu des révélations qui ont été faites sur le passé de ce dernier.

Que pourra faire la jeune vaurienne pour prévaloir dans ce jeu de dupes où les hommes ne sont rien face aux rois, où les rois ne sont rien face aux dieux, et où les dieux manipulent leurs pions sur l’échiquier cosmique ?

Comme vous le savez , la série Voro est un incontournable parmi les séries jeunesse du moment. L’auteur finnois Janne Kukkonen, issu du monde de l’animation, est parvenu à créer un univers fantasy cohérent et original, mâtiné d’influences et de références nordiques, dans lequel évoluent des personnages marquants et attachants.

Le scénario parvient à éviter le manichéisme primaire en nuançant son propos ainsi que les valeurs portées par les personnages. En effet, difficile de donner totalement tort à Ithiel lorsqu’il méprise le monde bâti par les hommes et qu’il fait part de son amertume quant à sa trahison. Cela ajoute de la profondeur au personnage, ce qu’oublient bon nombre d’auteurs pourtant chevronnés. Il arrive en effet assez souvent de voir un antagoniste bien méchant, fréquemment cruel, et qui de surcroît affiche de la satisfaction à faire le mâââl, si bien que l’on bascule bien trop souvent dans le cliché.

Ici, ce n’est pas le cas, et chaque personnage possède sa part d’ombre ainsi que des qualités rédemptrices, qui rendent le récit engageant et le distingue de la masse des récits fongibles aux personnages interchangeables.

Dans Voro, l’action est toujours spectaculaire et jamais prétexte, et l’auteur arrive à accroître sans cesse la tension dramatique jusqu’au dénouement, faisant de ces neuf tomes une saga épique et enthousiasmante qu’il sera toujours bon de relire à l’occasion.

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X of Swords volume 3/4

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Troisième volume de la saga X-men X of Swords, parution en France chez Panini Comics le 06/10/2021.

Tranchera bien qui tranchera le dernier

Autrefois unies, les îles vivantes Arakko et Krakoa sont aujourd’hui adversaires et séparées par l’Outremonde, un royaume magique où convergent toutes les réalités. Les mutants qui les peuplent se livrent une guerre sans merci pour la suprématie, jusqu’à ce que la régente de l’Outremonde, Opal Luna Saturnyne, ne décide d’arbitrer le conflit à ses propres fins en organisant un tournoi.

Dix combattants de chaque île, munis de dix épées spéciales, doivent donc se faire face dans l’arène de l’Outremonde. Wolverine, Tornade, Cable, Cypher, Captain Britain, Captain Avalon, Magie, Gorgon, et Apocalypse s’en vont donc en guerre contre les redoutables Premiers Cavaliers d’Apocalypse. Mais le tournoi risque de réserver quelques surprises à nos chers mutants.

Et des surprises, on en a bel et bien au cours de ce tournoi pour le moins singulier. Opal Luna Saturnyne étant une puissante magicienne, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle agisse en trickster et qu’elle détourne les règles du tournoi selon son bon vouloir, en fonction de l’issue qui arrange le mieux ses affaires.

Après deux tomes passés à anticiper, jusqu’à se languir, des combats, on a droit à quelques événements inattendus et des épreuves qui ne se déroulent pas comme prévu. Ce genre de retournement est à double tranchant: d’une part, il peut aliéner certains lecteurs, qui attendaient des duels sanglants entre mutants et pourraient ainsi quitter la série en cours (comme ce type qui quitte la séance de cinéma en plein milieu parce que « ça bombarde pas assez! »), et d’autre part, il permet de subvertir ce type d’attente, qui une fois comblée, entraine généralement la déception ou la lassitude. C’est vrai, après tout, qu’y a-t-il de plus ennuyeux de se voir servir exactement ce qu’on a demandé ?

Comme pour les deux premiers tomes, ce qui fait paradoxalement l’intérêt de X of Swords n’est pas le tournoi à l’épée, mais les enjeux liés aux sorts de Krakoa et Arakko, leur réunification éventuelle, ainsi que les émotions des personnages, tels qu’Apocalypse, qui tire décidément son épingle du jeu dans cette saga. Les révélations relatives au sort de son épouse et de ses enfants est certes quelque peu attendue mécaniquement parlant, mais permet d’approfondir la traitement du personnage et de la thématique de la séparation/réunification.

Ce troisième tome n’est donc pas la clé de voute de la saga, mais il contient déjà son lot de rebondissements, de combats, d’émotion, et même des morts. Suite et fin dans le quatrième tome !

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Wynd #1: L’envol du Prince

Premier tome en 260 pages d’une trilogie écrite par James Tynion IV et dessinée par Michael Dialynas. Parution le 20/08/2021 aux éditions Urban Comics, collection Kids.

Un vent de changement

Coup de coeur! (1)

Wynd pourrait être un adolescent classique, s’il ne vivait pas à Tubeville, une enclave qui isole le dernier royaume humain d’un monde empli de créatures magiques malfaisantes et difformes. Recueilli très jeune par Madame Molly et sa fille Olyve, Wynd donne un coup de main au Noir de Jet, l’échoppe tenue par Molly, et profite de la moindre accalmie en cuisine pour s’éclipser sur les toits, et observer de loin les jardins royaux, car il n’est pas indifférent au charme de Ronsse, l’apprenti jardinier.

Cependant, Wynd cache un secret qui lui gâche la vie: ses oreilles pointues, signe qu’il appartient aux Sang-Blet, réceptacles d’une magie corruptrice dont les humains doivent s’éloigner à tout prix. Le jeune garçon doit donc dissimuler sa nature véritable à tout moment, sous peine d’être traqué et tué par les soldats du Roi, dont le plus redoutable est celui que l’on nomme l’Écorché, dont l’efficacité notoire a causé la mort de nombreux sang-blet qui tentaient de trouver une vie normale dans l’enceinte de Tubeville.

De son côté, Ronsse, l’apprenti jardinier, rend visite à son ami d’enfance le prince Yorik, qui va devoir très bientôt devoir reprendre les rênes du royaume et perpétuer les Lois du Sang et l’épuration ethnique qui en constituent la base. Mais un complot se trame pour l’accession au trône, et Yorik n’est plus en sécurité. Yorik, Ronsse, Wynd et Olyve vont se retrouver embarqués dans une quête effrénée pour quitter Tubeville devenue inhospitalière, afin de rallier Norport.

Remarqué pour son passage sur Batman et Justice League, James Tynion IV livre une œuvre plus personnelle et nous introduit à un univers original empruntant à la fantasy. Dès les premiers chapitres, l’auteur parvient à mettre en lumière un protagoniste attachant et un casting cohérent qui fonctionne parfaitement sur l’ensemble de l’album, et promet même une épopée enrichissante sur les deux autres tiers de la trilogie.

L’album sait prendre son temps pour nous familiariser avec ses héros, les enjeux et les règles de son univers, et faisant preuve d’une étonnante maturité dans ses dialogues et dans le traitement de la psychologie des personnages.

Avec subtilité et sans forceps, le scénariste imprègne son histoire de la thématique essentielle de l’acceptation de soi, mais aussi de celle de la quête d’identité. Les univers fantasy sont souvent le terrain propice à la parabole sur le racisme, et Wynd en fait ici les frais, ce qui donne une profondeur supplémentaire à cette série qui montre déjà de grandes qualités d’écriture.

Michael Dialynas nous emmène dans des décors parfois intimistes, parfois grandioses, avec des paysages urbains mais aussi une nature sauvage et indomptée, empli de créatures bigarrées, qui peuvent se révéler majestueuses, effrayantes ou attendrissantes.

Wynd est donc une sacré bonne surprise, le seul point négatif, et il n’est toutefois pas des moindres, c’est qu’il va falloir attendre la suite !!

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La Princesse Guerrière

La BD!

Histoire complète (plus ou moins) en 162 pages, écrite et dessinée par Alexander Utkin. Parution le 25/08/2021 aux éditions Gallimard Jeunesse.

Pendant ce temps dans les steppes

Coup de coeur! (1)

Dans le précédent article, nous faisions connaissance avec le Roi des Oiseaux, grâce à Gamaïoun, la femme oiseau qui sait tout et se fait un devoir de nous raconter les meilleures histoires qu’elle a en mémoire.

Cette fois, elle prolonge le récit aux multiples ramifications qu’elle avait entamé dans le précédent opus. On débute notre épopée aux côtés de Vassilissa, qui pour sauver son père des machinations de sa perfide marâtre, doit se rendre auprès de la redoutée Baba Yaga, au cœur de la forêt, et passer plusieurs épreuves mortelles. Pour cela, elle sera aidée par sa petite poupée, artefact magique hérité de sa mère, et qui pourrait bien la tirer d’un mauvais pas ou deux.

Les circonvolutions de la légende nous mèneront ensuite aux côtés de John, fils benjamin d’un roi insulaire du Sud, qui brave à son tour les dangers de la forêt et passe un accord avec Baba Yaga pour sauver son père malade. Après l’échec de ses frères aînés, John réussit à récolter les pommes d’or tant convoitées mais doit faire face à leur trahison. Et c’est là qu’intervient la fameuse Princesse Guerrière, qui a bien l’intention d’obtenir réparation suite au vol de ses pommes.

Ba-ba-ba, Baba Yaga

Alexander Utkin nous régale encore une fois en puisant dans le folklore slave ! Ce second opus s’articule lui aussi autour d’un récit choral et interconnecté, ce qui nécessite, non pas pour une bonne compréhension mais plutôt pour un plaisir optimal de lecture, d’avoir lu attentivement le Roi des Oiseaux, afin de saisir toutes les connexions qui unissent ces histoires extraordinaires.

Le ton est toujours naïf, certes, manichéen diront certains, mais après tout, ce sont des contes, des morceaux de sagesse populaire pleins de magie et de créatures en tous genres, censés nous communiquer une morale. Les personnages sont toujours attachants, de John le prince sous-estimé à la Poupée en passant par la Baba Yaga (que je ne connaissais qu’à travers la série Hellboy, et donc pas forcément sous un jour très favorable), et participent à donner à cet ensemble un caractère intemporel.

Côté graphique, Utkin fait encore des merveilles, à travers un trait gras aussi épais que naïf. Son bestiaire notamment, est fascinant, empli de créatures chimériques qu’un Guillermo Del Toro lui envierait certainement.

La Princesse Guerrière confirme le talent de son auteur, un coup de cœur assurément !

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Fang, chasseuse de démons

La BD!

Premier tome de 64 pages, avec Joe Kelly à l’écriture et Niko Henrichon au dessin. Parution le 13/10/2021 chez les Humanoïdes Associés.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Des souris (des loups, des cerfs, des ours, des renards) et des hommes

Dans un royaume fantastique d’extrême orient, dans lequel humains et animaux anthropomorphes cohabitent, Fang, jeune renarde au regard acerbe et qui ne s’en laisse pas conter, parcourt les terres hostiles avec une mission: traquer et éliminer les démons qui se cachent sous une apparence anodine afin de contaminer le monde.

Formée au combat et aux techniques de chasse, Fang va de village en village, pour débusquer les créatures et les forcer à se révéler sous leur véritable visage, avant de les occire. La concurrence est rude parmi les chasseurs, parmi lesquels il n’est pas inhabituel de trouver quelques charlatans, ce qui, conjugué à l’étroitesse d’esprit des villageois, rend souvent la tâche plus ardue pour notre goupile héroïne.

Bien entendu, Fang n’est pas une chasseuse ordinaire et cache un lourd secret, qui fait sa force mais peut aussi constituer un défaut fatal. La chasseuse de démons va accepter à contrecœur une mission de sauvetage qui risque bien de la confronter à sa dichotomie interne et révéler quelques failles.

Une menace pour en détruire une autre

Joe Kelly est un auteur américain connu notamment pour avoir fait du personnage de Deadpool ce qu’il est aujourd’hui, à savoir le mercenaire méta déjanté conscient d’être un personnage de comics. Parmi les oeuvres notables de Kelly, on trouve aussi des runs de X-men, de Daredevil, ou encore de Justice League et le roman graphique I Kill Giants (Chasseuse de Géants en VF), qui a généré une adaptation cinématographique sur laquelle l’auteur est également crédité. Plus surprenant encore, Kelly a travaillé en tant que scénariste sur la célèbre série How I Met Your Mother.

Fang

Tout ça pour signifier que l’auteur en question n’est pas un manchot, loin s’en faut. Or, il demeure à la lecture de ce premier tome de Fang un léger goût d’inachevé, comme si l’auteur n’avait pas exploité intégralement les possibilités de son univers, où qu’il gardait des billes pour la suite. La seconde idée paraît logique dans le sens où il s’agit du premier tome d’une série, dont la suite pourrait dévoiler des pans plus intéressants de l’univers en question.

La Chine médiévale telle qu’elle peut être fantasmée par nous autres occidentaux est toujours un terrain de jeu propice pour un auteur, surtout lorsqu’il est accompagné d’un artiste talentueux comme Niko Henrichon, qui livre des planches superbes dans un style crayonné et couleurs directes qui magnifie à la fois les décors et les personnages. Des thématiques comme la tolérance et la cohabitation pacifique sont de mises avec ce genre de prémisse, mais sonnent comme une légère redite, une solution de facilité lorsqu’on met des animaux en scène (La Ferme des Animaux de George Orwell, ou Zootopie plus récemment).

Le dessinateur s’en tire avec les honneurs sur ce point, surtout si l’on prend en considération la difficulté que peut représenter un monde mêlant animaux anthropomorphes et humains pur jus. La mise en scène, en revanche, peut être confuse par moment, notamment lors des combats, ce qui se ressent dans le découpage, parfois trop elliptique.

Subtil mélange entre De cape et de crocs et Tigre et Dragon, Fang démarre correctement avec ce premier album, notamment grâce au graphisme, mais laissera sûrement le lecteur sur sa faim, espérant que la suite prévue en 2022 saura combler ces attentes.

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Future State: Justice League

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Recueil de 360 pages, comprenant les épisodes US Future State Flash #1 et #2, Future State: Teen Titans #1 et #2, Future State Aquaman #1 et #2, Future State La Ligue des Ténèbres #1 et #2, Future State Wonder Woman #1 et #2, Future State Suicide Squad #1 et #2. Parution le 24/09/2021 aux éditions Urban Comics.

État de l’union

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Les futurs possibles de l’univers DC n’ont jamais été très enthousiasmants. Dans le cas présent, ils riment pour ainsi dire tous avec apocalypse, fin du monde, et destruction du monde tel que nous le connaissons. Quel futur prévaudra ? Quels héros sortiront indemnes de ces confrontations ?

De son côté, Barry Allen, anciennement Flash, poursuit son ancien protégé Wally West, qui, après avoir perdu l’esprit, est devenu l’invincible avatar du cavalier de la Famine. Afin de neutraliser son ancien ami, Barry, désormais privé de la Force Véloce, doit collecter une à une les armes de tous ses ennemis, afin de constituer un arsenal à même de vaincre un bolide tel que Wally. Sa résolution sera mise à rude épreuve pendant cette quête, alors que ses autres amis tombent comme des dominos face à ce danger mortel qui a ravagé le monde.

Les Teen Titans, quant à eux, affrontent également les cavaliers, et vont devoir utiliser toutes leurs ressources pour les neutraliser. Alors que Nightwing ressemble toujours davantage à son mentor Batman, les autres titans, dont certains sont inexpérimentés et sous-armés, se rassemblent sous le leadership de Starfire.

Le grand Shazam, lui, se retrouve lui aussi aux prises avec les puissantes entités, qu’il doit maîtriser au prix de grands sacrifices. On assistera alors à la réelle dichotomie entre Billy Batson et le Mortel le plus puissant de la Terre.

La Justice League Dark est également confrontée à une fin du monde, mais cette fois des mains de Merlin en personne, qui a siphonné la magie pour l’asservir à sa cause. Dr Fate, Zatanna, Constantine, Etrigan et Détective Chimp doivent redoubler de ruse pour doubler rien de moins que le maître de la magie.

Toutes ces histoires ne convergent pas encore totalement, mais plongent les héros du moment dans le pire futur possible pour la majorité d’entre eux. L’idée est intéressante, et permet de voir ce que chacun d’eux devient une fois au pied du mur.

L’intérêt varie cependant en fonction des histoires, si bien que celles de Wonder Woman et du Suicide Squad palissent un peu en comparaison du reste. Il reste donc à voir ce que réservent les autres méandres du futur dans les tomes suivants.

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Le Roi des Oiseaux

Album de 176 pages écrit et dessiné par Alexander Utkin. Parution aux éditions Gallimard Jeunesse le 26/08/2020.

La guerre de Troie aura bien lieu.

Les pommes, c’est bon. Mais mythologiquement parlant, ce fruit mi-juteux mi-farineux a une tendance assez marquée à provoquer des catastrophes. Demandez à Adam et Eve, demandez aux grecs et au troyens, aux Hespérides, ou encore, aux rois des animaux qui règnent sur les steppes.

Le Roi des Oiseaux, personnage éponyme, est pris malgré lui dans une guerre contre les mammifères, à la suite d’une dispute entre une souris et un moineau au sujet d’un pomme d’immortalité en or. Affaibli par cette escarmouche, le Roi des Oiseaux se crashe dans la forêt, pour ensuite se trouver à la merci d’un Marchand, qui décide contre toute attente de lui offrir son hospitalité, considérant qu’il a obtenu d’un serpent le don de parler aux animaux.

Trois années passent, avant que le Roi des Oiseaux ne recouvre ses forces. Reconnaissant envers le Marchand, il va l’emmener avec lui visiter ses trois sœurs, dont l’une va le récompenser d’un coffre magique que l’honnête homme va fièrement ramener chez lui, sans se douter du nombre de péripéties que ce cadeau va engendrer….tout ça à cause d’une pomme.

Si Slave, c’est qui s’nettoie, si ce n’est toi, c’est donc ton frère.

Alexander Utkin utilise le folklore slave pour construire ce conte habile et enchanteur, parcouru de quêtes imbriquées les unes dans les autres. L’imaginaire russe n’est d’ailleurs pas le seul convoqué par l’auteur, qui va saupoudrer le tout d’imagerie sud-américaine ou encore nordique.

Le ton, comme le graphisme, sont légers, presque naïfs, et vont entraîner le lecteur dans une odyssée marquée de joie et d’émotions. Les thèmes convoqués, que ce soit l’honnêteté, la famille, l’amitié, l’amour ou la persévérance, conviennent donc bien à cet album familial, dont les pages au grain grossier viennent sublimer le trait gras et les couleurs pastel.

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Voro #8: Le tombeau des dieux, deuxième partie

Huitième tome de la série écrite et dessinée par Janne Kukonnen. 174 pages, parution aux éditions Casterman le 07/07/2021.

Second souffle, seconde chance

Après avoir réveillé par erreur Ithiel, le dieu vénéré par la Tribu du Feu, la jeune voleuse Lylia a du faire face aux conséquences de ses actes. Déterminé à se venger de ceux qui l’avaient trahi, Ithiel est plus que jamais résolu à purifier le monde par le feu, et il faut bien avouer que peu d’obstacles se dressent sur sa route.

En effet, les royaumes humains, gouvernés par des rois cupides et belliqueux, sont divisés et affaiblis. Incapables d’opposer une quelconque résistance au Père Feu et à son armée de géants invincibles, ils sont promis aux flammes purificatrices qui précèdent inévitablement l’oubli. L’Oubli, Lylia en revient justement. Tuée par Ithiel après avoir tenté de l’achever avec la dague de la Demoiselle de la Nuit, la vaurienne au grand cœur est parvenue à convaincre la Mort elle-même, de lui donner une seconde chance.

Revenue chez les vivants, elle est de nouveau confrontée aux conséquences de ses erreurs et s’allie avec son mentor Seamus, mais aussi avec le maître Chaman de la Tribu du Feu et deux rois autrefois en guerre, afin d’éviter le pire à l’Humanité. Parviendront-ils à mettre leurs différends de côté afin d’œuvrer pour le bien commun ?

Come on baby, light my fire

Ce huitième tome est marquant d’abord par sa pagination, sensiblement plus élevée que les précédents tomes. Cela annonce donc un récit plus dense, où les rebondissements et les révélations seront nombreux. La galerie de personnages créée par l’auteur s’enrichit encore davantage, par des interactions inattendues et un compte à rebours qui se fait de plus en plus pressant.

De nouveaux items narratifs viennent donc s’ajouter, dont un personnage longtemps évoqué et suggéré, la fameuse Demoiselle de la Nuit, divinité autrefois vénérée par la Guilde des Voleurs à laquelle Lylia appartenait. La dimension mystique apportée par ce personnage est bienvenue et apporte une touche de nouveauté à l’ensemble, qui était toutefois déjà orienté fantasy.

Pour le reste, on relève une mise en lumière du personnage de Seamus, au travers d’une révélation choc qui remet irrémédiablement en question sa relation avec sa jeune protégée. Graphiquement, le trait de Janne Kukkonen a parfaitement imbibé l’univers original qu’il s’est constitué. Ce tome 8 fait monter les enchères et sera suivi par le tome 9 en novembre 2021, pour une conclusion certainement épique !

****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Eli & Gaston #2 La Forêt des souvenirs

Second tome de la série écrite par Ludovic Villain et dessinée par Céline Dérégnaucourt. Parution le 17/09/2021 aux éditions Ankama.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Voir sans oublier

Eli et son chat Gaston sont inséparables. La jeune fille espiègle est revenue passer les vacances d’automne chez sa grand-mère Jo, qui vit à l’orée d’une immense forêt. Un soir, alors qu’Eli confesse son ennui à son félin ami, Mia, une chatte sauvage qui ne laisse pas Gaston insensible, débarque pour prévenir ses amis qu’un voleur est entré dans la maison.

Le sang d’Eli ne fait qu’un tour et la voilà descendue dans la cave, où une silhouette masquée est effectivement en train de fouiller les affaires de Jo. Malgré leur ardeur, ni Eli, ni Gaston, ni Mia ne parviendront à stopper le voleur, qui prend la poudre d’escampette avec une mystérieuse carte. Après quelques investigations, Eli découvre l’identité du coupable: Hermine, une jeune fille au caractère revêche, qui vit en plein cœur de la forêt avec son grand-père Edmond, qui est l’un de ses derniers gardiens.

Hermine et Edmond sont à la recherche de la Fleur de Lune, qui ne pousse qu’une fois tous les 100 ans, et qui permet à celui qui la cueille de retrouver tous ses souvenirs. Et le vieil homme, gagné par la sénescence, en a bien besoin afin de transmettre son vaste (et nébuleux) savoir à sa petite-fille qui doit lui succéder. Eli & Gaston s’engagent donc dans une quête sylvestre pour trouver la Fleur de Lune. Quels dangers devront-ils braver pour atteindre leur but ?

Le premier tome d’Eli & Gaston faisait mouche grâce à un univers à la fois naïf et profond, des personnages attachants et de belles thématiques, mises en valeurs par le trait accueillant et enfantin de Cécile Dergnaucourt. La recette est ici la même, avec quelques ingrédients supplémentaires qui satisferont les lecteurs séduits par le premier tome.

Le ton est léger, mais les enjeux sont clairement établis et le danger, s’il ne fait jamais réellement craindre pour la vie de notre duo, reste quand même suffisamment sérieux pour conserver notre intérêt jusqu’à la fin de l’album. L’album, qui peut se lire indépendamment du premier, traite avec poésie de sujets intéressants, comme celui de la transmission du savoir et des traditions, la discipline et la volonté d’apprendre, ou encore le lien qu’un individu conserve avec son propre passé et qui constitue une part même de son identité.

Graphiquement très travaillé, cet album jeunesse doux et philosophe ravira sans doute les jeunes lecteurs et lectrices.

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Les gardiennes d’Aether

La BD!

Premier tome de 46 pages d’une série écrite par Olivier Gay, dessinée par Jonathan Aucomte. Parution aux éditions Drakoo le 01/09/2021. 

bsic journalism

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

The Unchosen One

Le Royaume de Valania jouit d’une paix qui va de pair avec la prospérité de ses habitants. Cette paix ne va bien entendu pas durer, puisqu’elle sera fortement perturbée par le déferlement de monstres insectoïdes insensibles à toutes les armes conventionnelles de Valania, qu’elles soient magiques ou technologiques. 

Aether, un gentil nicodème, qui officie en tant que serviteur pour la famille royale, passe innocemment sa serpillère quotidienne tout en se faisant houspiller par la princesse Tatianna Louisdottir, lorsque surgissent les monstres dans le palais. Meeri, amie d’enfance d’Aether et garde royale de son état, ne tarde pas à débouler pour sauver celui qu’elle aime, et accessoirement, la capricieuse princesse aux pouvoirs magiques. 

Lorsque le trio se retrouve encerclé et que ni les talents de bretteuse se Meeri ni la magie de Tatianna ne parviennent à les sortir de ce mauvais pas, Aether, dans le feu de l’action, saisit une épée qui prenait la poussière dans un couloir du palais, pour se défendre. Et il fait bien plus que se défendre. En effet, l’épée se révèle être le seul moyen de tuer les créatures. Seul problème, l’épée ne s’active plus que pour Aether, lui qui n’a jamais été un combattant et semble pas prêt de le devenir… 

Le trio parvient néanmoins à fuir le palais, ravagé par les cafards géants et se retrouve aux mains d’Opale, une pirate roublarde habituée à tirer parti de toute situation, aussi inattendue soit-elle. Ce quatuor improbable est donc le seul espoir de sauver ce qu’il reste de Valania. 

Olivier Gay, connu pour ses travaux littéraires, s’est récemment mis à la BD sous la houlette d’Arleston et de son label Drakoo. Comme vu précédemment dans Démonistes, l’ombre du créateur de Lanfeust planait encore au-dessus des créations prétenduement originales de Drakoo, menaçant d’annihiler son concept-même. On constate ici avec un certain soulagement que l’empreinte se fait moins forte, on sent que l’auteur prend ses marques et parvient à imposer son style. Un style qui n’est cependant pas complètement étranger à celui d’Arleston, certes, mais qui a le mérite d’exister par lui-même sans s’échiner à singer « le maître ». 

C’est toutefois dans les thématiques que se devine le plus l’influence arlestonienne. Un héros naïf, presque inepte, entouré de femmes fortes se disputant plus ou moins son affection, cela nous ramène immédiatement à ce bon vieux Lanfeust de Troy. Le fait qu’il possède un pouvoir/Macguffin le rendant unique n’arrange rien, et pourtant, le tout demeure digeste sans verser dans le déjà-vu. L’auteur évite cet écueil grâce à une finesse d’écriture qui transparaît autant dans les dialogues qu’au travers des récitatifs, à l’humour bien senti et jamais lourdingue. 

De façon générale, sur le plan narratif, il est toujours opportun de mettre au centre de l’intrigue le personnage qui est le moins bien placé pour la résoudre, ou, s’il est tout de même compétent, de lui ajouter des handicaps importants. On pense par exemple à Frodon, le paisible hobbit qui n’a jamais quitté sa Comté natale, qui doit amener l’Anneau Unique, soit l’objet le plus dangereux de l’univers de Tolkien, à la Montagne du Destin se trouvant sur les terres les plus dangereuses. On peut aussi se rappeler de John McLane, policier astucieux, qui doit arrêter des terroristes et sauver sa femme…pieds nus dans une tour de verre. 

Il est par conséquent très astucieux de la part d’Olivier Gay de confier la seule arme en mesure de juguler la menace à Aether, qui ne sait pas se battre, l’ironie s’en trouvant décuplée lorsqu’on compend que son amie Meeri est la plus fine lame du pays.  Le quatuor fonctionne très bien malgré la brièveté du format, l’auteur parvenant à mettre en scène des personnalités fortes et distinctes. Pour les amateurs de pop-culture, attendez vous à de nombreuses références, diverses mais bien choisies.

Côté graphique, on est très agréablement surpris par le talent de Jonathan Aucomte, dont c’est ici le premier album. Décors soignés, expressions travaillées, tout y est pour mettre en images l’univers du scénariste et son humour.  

Pour cette nouvelle série, Olivier Gay monte d’un cran et expose son talent de façon plus affirmée, ce que l’on doit sans doute à une prise de distance de l’éditeur, ou à une émancipation du romancier.