BD·Service Presse·Nouveau !·Rapidos·***

Shaolin #3: colère aveugle

La BD!
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BD de Di Giorgio, Looky et Luca Saponti (coul.)
Soleil (2023), 48p., couleur, série finie en 3 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

 

La BD regorge de courtes séries de qualité qui semblent destinées aux bacs d’occasion à cinq balles. La faute à la profusion de sorties sans doute. Très mal présentée, la trilogie Shaolin s’avère n’être finalement qu’un prologue, ce qui permet de comprendre un peu mieux l’étonnante construction chaotique des albums et de son héros totalement insignifiant sur les cent-cinquante pages parues…

A cette première étape on voit se confirmer une grande cohérence dans la qualité comme dans les défauts des auteurs. Je ne reviendrais pas sur la partie graphique qui m’a parue très réussie et confirme le statut d’auteur à suivre pour Looky, porteur notamment d’un design en fantasy asiatique particulièrement attrayant en fusionnant l’exotisme fantastique des grandes saga à la Conan avec l’esprit extrême-oriental. Même s’il est plus à l’aise dans les panorama et scènes de batailles (donnant à certaines planches un esprit Warhammer du plus bel effet) que dans les gros-plans, le dessinateur apporte un vrai plus à cet univers avec ses encrages conséquents et un instinct de mise en scène sans faute.

Après une mise en place assez péchue bien que mystérieuse sur le tome un, une orientation vers l’action avec la fort réussie guerrière Yuki (qui ressemble plus à une héroïne que Nuage blanc), ce volume de « conclusion » développe de grandes batailles au sein d’une montagne enneigée avec un traitement chronologique qui laisse perplexe. Car à force de garder le mystère de Nuage blanc dans l’ombre et d’ouvrir de petites portes à chaque album le scénariste agace un peu en refusant de nous révéler qui sont les personnages importants, qui sont les méchants, qui sont les héros. La trame principale est pourtant révélée avec ce roi maudit qui abusa du pouvoir de l’Arme tombée du ciel et ce obscure confrérie chargée de cacher cet artéfact. Mais si la chasse à laquelle se résume l’album est claire et très lisible, les interactions et rôles restent bien brumeux, voir incohérents par moments. En annonçant plus clairement une saga en plusieurs cycles l’éditeur aurait permis d’apprécier cette brique introductive pour ce qu’elle est. A défaut il prend le risque de rater son lectorat et d’avorter une série qui a un vrai potentiel. Avec des défauts certains sur le plan de sa construction mais beaucoup d’atouts dans sa manche, Shaolin mérite de poursuivre les aventures de Nuage blanc (… et de Yuki!) et d’attirer votre curiosité.

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****·Comics·Nouveau !·Service Presse

Paul Jenkins présente: Hellblazer #1

Premier volume de l’intégrale de la série écrite par Paul Jenkins et dessinée par Sean Philips. 512 pages, parution chez Urban Comics le 25/11/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Bad trip et bonne magie

On retrouve John Constantine, le célèbre mage-escroc, loin de son Angleterre natale. Le fripon est allé s’acoquiner avec une tribu aborigène afin de plonger dans le Tjukurrtjanu, un espace mi-onirique mi-spirituel dans lequel il espère rencontrer le Serpent Arc-en-Ciel dont il espère tirer profit pour le compte de ses amis locaux, dont la terre est menacée d’expropriation.

Une fois cette histoire réglée, Constantine retrouve ses pénates, ainsi que ses amis d’enfance punks, et comme à son habitude, va se retrouver mêlé à diverses histoires impliquant d’arnaquer un démon ou deux, voire de se confronter à Lucifer en personne.

John Constantine, personnage inventé par Alan Moore lorsqu’il officiait sur Swamp Thing en 1985, est la figure typique de l’anti-héros. Imperméable douteux, cigarette constamment pendue à la commissure des lèvres, un accent (en V.O.) à couper au couteau mêlé à un sens de la répartie aussi flexible que sa morale, le fameux Hellblazer avait tout pour plaire.

En 1995, Paul Jenkins, auteur anglais alors peu connu sur la scène comics internationale, s’attaque au personnage en y injectant poésie fantasmagorique et chronique sociale comme seuls les auteurs anglais de l’époque pouvaient en proposer, marqués qu’ils étaient par le règne de Thatcher. Une grande partie de cette intégrale est composée d’histoires courtes pouvant être lues de façon indépendante, sans avoir à se soucier nécessairement de la continuité, ce qui donne l’impression d’assister à une ballade intemporelle, une chronique amusée du monde parfois cruel dans lequel évolue notre magicien anti-héros.

Coté graphique, c’est à Sean Philips que l’on doit les planches. On s’aperçoit qu’en 1995 déjà, le dessinateur avait un trait tout aussi saisissant que celui des œuvres ultérieures qui le firent connaître. A lire si vous appréciez le personnage et son univers !

Manga·Service Presse·Nouveau !·East & West·****

La danse du soleil et de la lune #2-3

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Manga de Daruma Matsuura
Ki-oon (2022), 208p/volume, nb et couleur, série en cours, 3/5 volumes parus.

image-5 Merci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Héritier d’une lignée de Samouraï, Konosuke se trouve touché par une malédiction qui l’empêche de manipuler le noble Katana puisque son corps repousse le métal jusqu’à le tordre… Dépressif, ce paria voit alors surgir un jour une magnifique jeune femme qui lui demande sa main! Dans l’incompréhension la plus totale il rejette ce bonheur soudain avant que d’étranges magiciens n’enlèvent sa dulcinée, poussant ce héros malgré lui à se lancer dans un sauvetage improbable…

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH1152/thumbnail_20220708_132331-3ee02.jpg?1657369423Pour son deuxième manga, l’autrice Daruma Matsuura était attendue au tournant, appuyée sur d’excellents retours de son œuvre précédente. Le premier tome m’avait plutôt enjoué avec un graphisme très attrayant et une mise en place assez rapide jouant sur une alternance d’amour impossible et de scènes d’action fantastique percutantes. Les tomes deux et trois laissent notre héros amnésique, fouillant dans des bribes de souvenir qui peut bien être ce visage féminin si doux, avant de rencontrer une voyante aveugle dont les flash de prescience l’amènent dans le sillage de Konosuke. Reprenant le rythme syncopé du premier volume, le second suit donc une évolution en deux temps, l’amnésie puis l’histoire de la voyante, laissant de côté la belle enlevée. Le troisième volume (avant un quatrième en février) change totalement d’aspect en lançant une série d’affrontement contre des « boss » dotés de pouvoirs maléfiques, sorte de caravane de freaks magiques qui rappellent par moment le déroulé du mythique Habitant de l’infini.

Ce qui m’avait laissé un peu en retrait sur l’ouverture reposait sur une certaine mièvrerie associée de clowneries typiques du théâtre japonais (la geisha rencontrant le paysan pour caricaturer), avant l’irruption de l’action sur le super cliffhanger. La suite maintient le fantastique à un niveau élevé et si le déroulé perturbe un peu par ses ruptures brutales d’environnement, le dessin et un découpage très recherché qui insinue les perturbation psychologiques des personnages maintiennent résolument immergés dans cette quête qui commence à prendre forme. Le background s’étoffe en effet fortement puisque l’on découvre qu’une organisation étatique semble utiliser des personnes dotées de pouvoirs maléfiques graphiquement très réussis. L’un utilise l’eau à tous ses états physiques, d’autres se rendent invisibles ou contrôlent des nuées d’insectes. Toute ce ménagerie prend des aspects assez trash par moments mais on se régale à attendre le prochain combat contre ce faux samouraï qui bien entendu s’avèrera bientôt bien plus puissant qu’il n’en a l’air.

L’aspect graphique de Daruma est ce qui saute immédiatement aux yeux en nous livrant du très haut niveau, dans ce qui se fait de meilleur cette année. Pourtant le traitement original mâtiné de fantastique de cette histoire d’amour encore mystérieuse qui semble jouer de l’espace-temps est ce qui accroche le lecteur blasé de manga de samouraï. Le principal point faible reste pour le moment l’anti-héros qui peine à nous intéresser à son sort alors que tous les personnages, alliés ou adversaires, sont fort réussis, que ce soit dans leur design ou dans leur pouvoir extrêmement puissant. On désirerait presque une évolution vers des combats shonen enchainés jusqu’au boss final… bien que cela ne semble pas être le type d’ambiance que recherche l’autrice. Avec ses sublimes couvertures, son titre poétique et mille et une qualités que je viens d’évoquer, La danse du soleil et de la lune est donc encore une pépite Ki-oon qui va assurément faire parler d’elle dans les années qui viennent.

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****·BD·Nouveau !

Furieuse

Histoire complète en 240 pages, écrite par Geoffroy Monde et dessinée par Mathieu Burniat. Parution le 14/10/22 chez Dargaud.

La Ballade du Seum et de l’Héroïsme

Oubliez la légende du Roi Arthur telle qu’on vous l’a racontée. Le héros au coeur pur qui tire l’épée enchantée du rocher pour affronter de méchants sorciers n’est qu’une gentille fable, un conte patriarcal et condescendant, qui ne saurait être plus éloigné de la réalité. Oh, bien sûr, comme tout conte, celui-ci a aussi un fond de vérité. Il y a très longtemps, Arthur se dressa bel et bien, muni de son épée enchantée, pour repousser une horde de démons tout droit sortis de l’Enfer.

Accueilli en héros, il conquit ensuite les royaumes voisins afin de les unifier, devenant Roi de Kamelott. Mais les années ont passé, et Arthur a depuis sombré dans l’alcoolisme et la dépravation, noyant ses années de gloire sous des couches de crasse et des litres de piquette. Désormais veuf, et n’ayant plus que sa fille cadette Ysabelle à ses côtés, il est bien loin de la légende.

Ysabelle, quant à elle, enrage de voir l’épave qu’est devenu son père. Elle, qui vit enfermée dans le chateau, ne rêve que de partir à l’aventure, mais elle peine à se soustraire à la convoitise du Baron de Cumbre, vieil énergumène libidineux à qui elle fut promise. Lorsque la jeune fille apprend, la veille de son mariage, que sa soeur aînée Maxine, absente depuis plusieurs années, avait justement fugué pour échapper à son union avec le Baron, son sang ne fait qu’un tour.

Ysabelle prend alors la décision la plus importante de sa vie: accompagnée de l’épée magique de son père, qui ne supporte plus l’ennui et les outrages qu’elle subit aux mains d’Arthur, elle fait son baluchon et part retrouver sa soeur. Ce sera le début d’un voyage initiatique rocambolesque, durant lequel Ysabelle s’émancipera de son père.

On connaissait Geffroy Monde pour des séries comme Poussière, où il officiait en tant qu’auteur complet. On le retrouve ici au scénario, secondé au dessin par Mathieu Burniat. Le duo donne naissance à une aventure décalée, assez éloignée des poncifs de la fantasy, et qui inflige de franches estafilades au mythe arthurien. L’idée que la descendance du Roi Arthur soit assurée par une fille impétueuse n’est pas nouvelle (il n’y a qu’à voir Olwenn, fille d’Arthur, série en 2 tomes chez Vents d’Ouest / Glénat), mais elle est traitée ici avec humour et dérision, ce qui ajoute un vent de fraîcheur bienvenu.

On adhère donc bien à la figure du héros déchu, et par conséquent à la cause de notre héroïne, qui souhaite s’affranchir du patriarcat et prendre en main son destin. Tantôt naïve, tantôt pourrie-gâtée, Ysabelle n’en demeure pas moins un personnage attanchant qui évolue tout au long du récit, avec en toile de fond la trame de l’émancipation.

L’auteur a aussi été bien inspiré de baser son récit sur une dynamique de duo, héroïne ingénue / épée qui parle, car il permet d’instaurer toutes sortes de situations rocambolesques et donne au scénario un pivot en trois articulations qui se suit avec plaisir tout au long des 240 pages (tout de même!).

S’agissant du ton, on sent de franches similitudes avec Les Sauroctones, notamment par la nature des dialogues ou par l’absurdité de certaines situations. Le trait simple mais très expressif de Mathieu Burniat se marie d’ailleurs à merveille avec ce ton décalé, sans pour autant verser dans la parodie.

Concernant les thématiques, nous sommes bien sûrs face à un récit resolument féministe, mettant en exergue l’émancipation féminine face à une engeance masculine faible, lâche, veule, qui ne voit la femme que comme une nuisance ou une ressource à exploiter. C’est d’ailleurs un trait représentatif de la société féodale, où les femmes étaient simultanément écartées du pouvoir tout en étant indispensable à la perpétuation des dynasties.

Furieuse est donc une vraie réussite, drôle, bien écrite, et dotée d’une identité propre. On n’est pas loin du 5 Calvin !

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Le Paris des merveilles #1

La BD!
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BD d’Etienne Willem, Pierre Pevel et Tanja Wenisch
Drakoo (2022), 46 p. 1/2 tomes parus.
Série Le paris des merveilles, adaptant en 3×2 tomes la trilogie des romans de Pierre Pevel.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Dans le Paris de 1909 Louis Denizart Hyppomithe Griffont est un enquêteur privé. Mais pas n’importe quel enquêteur: dans ce Paris des Merveilles où la magie et les créatures féériques côtoient humains et machinerie steampunk il est un mage rattaché au Cyan, un des trois grandes Cercles de magie. Lorsqu’on vient lui demander de dévoiler les artifices d’un tricheur de cartes le voilà embarqué dans une redoutable machination mêlant barbouzes russes, intermédiaire véreux, aventurière mystérieuse… et forces de l’autre côté, le Royaume magique d’Ambremer…

Sorties parmi les premières publications Drakoo, la trilogie des Artilleuses fut une très bonne surprise d’aventure grand public qui savait se démarquer de l’encombrante ombre de Christophe Arleston. Profitant de la richesse de l’univers de la trilogie de romans parus chez Braguelonne, la série originale scénarisée par Pevel lui-même aura été une mise en bouche qui permet désormais au dessinateur Etienne Willem d’adapter directement les romans de Pevel avec ce dernier en accompagnement sur les (très bons) dialogues.

Le Paris des Merveilles - Les enchantements d'Ambremer 1/2 - Le Paris des  merveilles - vol.01 - Etienne Willem, Pierre Pevel - cartonné - Achat Livre  ou ebook | fnacNous voilà donc plongés à nouveau dans ce Paris des Merveilles, une poignée d’année avant l’intrigue des Artilleuses, cette fois dans une enquête à la Arsène Lupin en sein de jolis décors détaillés de cette Belle-Epoque Steampunk. Le héros, enquêteur de l’étrange est charismatique et suffisamment puissant pour permettre une adversité robuste. Au menu un général russe et un sorciers venu d’Ambremer sont lancés à la poursuite d’une mystérieuse aventurière acrobate… cette fine équipe laissant cadavres et carambolages avec le mage Griffont à leur poursuite. Bien plus touffue que celle de la précédente trilogie, l’intrigue nécessite de se concentrer, d’autant que Willem a choisi un rythme serré de presque une séquence par page afin de pouvoir dérouler une intrigue de trois-cent pages en deux albums BD classiques. Il en ressort une pourtant très fluide immersion dans ce monde, sans besoin d’avoir lu les aventures des trois cambrioleuses même si l’auteur s’amuse à placer ça et là quelques fils entre les deux histoires.

On ressort de cette lecture tout à fait conquis par une aventure grand public et remarquablement équilibrée entre l’envie de développer un background riche, le besoin d’une intrigue intéressante et la nécessité d’une action rocambolesque. Avec mille et une possibilités, le Paris des Merveilles a encore de beaux jours devant lui, sur les six tomes prévus avant sans doute de prolonger les romans par de nouvelles histoires originales.

A partir de 12 ans.

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Avatar, le dernier maître de l’air #2: Recherche

Second volume de la série initiée en 2013 chez Dark Horse, publication en France chez Hachette le 17/08/2022. Gene Luen Yang au scénario, Gurihiru au dessin.

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Merci aux  éditions Robinson pour leur confiance.

Mamaoutai

Après avoir œuvré pour la paix, Aang et Zuko partent à la recherche d’Ursa, la mère de Zuko qui a disparu de façon inexpliquée il y a des années. Dans le premier tome, le jeune seigneur de la Nation du Feu s’aperçut qu’un monarque ne peut régner correctement que s’il est équilibré, ce qui dans son cas signifie qu’il doit renouer avec ses racines et comprendre pourquoi sa mère a choisi l’exil.

Cependant, cette quête aura un prix pour Zuko: s’allier avec Azula, sa soeur sadique et psychotique, dont la cruauté n’a d’égale que sa dangerosité. Qu’à cela ne tienne, Zuko est déterminé, d’autant plus qu’il peut compter sur le soutien sans faille de son ami Aang, l’Avatar, ainsi que de Katara et Sokka.

Leur quête va les mener au cœur d’une forêt magique, au sein de laquelle les secrets de famille de Zuko seront peu à peu révélés.

Après un départ en grande pompe, le comic book adapté de la série animée poursuit son exploration des personnages, une nouvelle fois avec talent. Cette fois, l’intrigue sera plus intimiste, et moins centrée sur les conflits entre les quatre nations. Le focus sera donc naturellement mis sur Zuko, qui est, soit dit en passant, le personnage le mieux écrit de la série et qui bénéficie du meilleur arc narratif.

Le thème central est donc la famille, avec ce qu’elle porte de complications et de déchirements, mais aussi sur la sérénité et la force que l’on retire d’avoir une famille équilibrée et aimante, ce dont Zuko n’a malheureusement pas bénéficié mais qu’il peut atteindre s’il s’en donne la peine. Le tout est encore une fois très bien écrit, même si on aurait apprécié que l’auteur insiste davantage sur le fait que Zuko s’est aussi construit une famille sous le forme du clan Aang.

Le lien de Zuko avec sa sœur Azula est aussi au centre de l’intrigue, cette dernière nourrissant une forte rancœur envers son frère à cause des machinations de leur père. Là encore, cette relation houleuse est une illustration du thème central, en ce sens que l’un fait preuve de résilience et tente de se réconcilier avec son passé, tandis que l’autre blâme son frère et sa mère disparue de tous les maux qui frappent son existence.

En bref, ce second volume est à lire si vous avez aimé la série animée, car il en constitue la prolongation adéquate à de nombreux égards.

****·Comics·East & West·Jeunesse·Service Presse

Avatar, le dernier maître de l’air #1: La promesse

Intégrale de 216 pages, adaptée de la série animée du même nom. Gene Luen Yang au scénario, Gurihiru au dessin. Première publication en 2012 chez Dark Horse, parution en France le 01/09/2021 aux éditions Hachette.

Merci aux  éditions Robinson pour leur confiance.

Dans l’air du temps

Pour celles et ceux qui l’ignoreraient, Avatar, le dernier maître de l’air est une série animée produite par les studios Nickelodeon entre 2005 et 2008. Le phénoménal succès de la série est du en grande partie à ses qualités narratives, entre worldbuilding expert et arcs narratifs savamment orchestrés.

Le pitch: le monde est divisé en quatre peuples: la nation du Feu, les tribus de l’Eau, le royaume de la Terre et les nomades de l’Air. Comme leurs noms l’indiquent, chaque peuple a développé la maîtrise d’un de ces éléments. L’harmonie régnait jusqu’à ce que la belliqueuse nation du Feu n’entament une campagne de conquête et de domination des autres peuples.

Pendant des millénaires, l’équilibre était pourtant maintenu par l’Avatar, un être se réincarnant à chaque génération dans un peuple différent, capable de maîtriser les quatre éléments de façon simultanée. Protecteur de la paix tout autant qu’arme de dissuasion, l’Avatar a pourtant disparu avant la grande guerre, permettant à la nation du Feu d’instaurer son hégémonie. Jusqu’à ce qu’un jour, il refasse surface, presque par accident: extirpé d’un bloc de glace après 100 ans par Katara et Sokka, deux jeunes membres des tribus de l’Eau, le pas-si jeune Aang découvre un monde en guerre et constate qu’il a failli à sa mission et qu’il est bel et bien le dernier maître de l’Air.

S’engage alors pour le nouvel Avatar une quête pour la maîtrise des trois autres éléments, afin de rétablir la paix dans le monde. Se faisant, il se fera toute une ribambelle d’amis et d’ennemis, parfois les deux, comme en témoigne sa relation avec le prince héritier Zuko, de la nation du Feu.

Le comic book reprend précisément là où la série animée s’arrête, à savoir à la fin de la guerre. Le seigneur du Feu a été vaincu par Aang et remplacé par son fils Zuko. Cependant, après des années de conflit et de domination, il n’est pas évident d’envisager l’avenir et de faire germer l’idée de la paix entre les quatre peuples, surtout lorsque la rancœur est encore si fraîche. Cependant, il est temps pour nos héros de se retrousser les manches, car le plus dur rester à faire. En effet, Zuko, en tant que nouveau seigneur du Feu, doit décider du sort des colonies instaurées par ses aïeux dans les autres royaumes. Doit-il les démanteler et rapatrier tout le monde, où bien les conserver au risque de provoquer la colère des maîtres de la Terre ? Les choses vont d’autant plus se compliquer lorsqu’il constatera qu’annoncer à des gens qui vivent à un endroit depuis des générations qu’ils vont devoir rentrer dans un pays qu’ils ne connaissent pas n’est pas si évident que ça.

Divisé entre le devoir de veiller sur son peuple et la volonté de ne pas devenir comme son père, Zuko va devoir compter sur l’aide de ses amis pour l’aider à faire le bon choix.

Le constat ici est simple: Avatar le Dernier Maître de l’Air est une bonne franchise, quel que soit le média (je vous l’accorde, le film fait exception). Fort de personnages nuancés, le récit traite de thématiques sérieuses, politiques, sur un ton parfois décalé et adapté à tous les publics.

Le thème de l’ethnocentrisme, par exemple, est abordé avec clairvoyance et recul, et au service de l’intrigue. Plus encore, il fait même l’objet d’une déconstruction et fait écho à l’histoire contemporaine, en simplifiant sans pour autant verser dans le cliché. L’histoire tournant autour des colonies en est une bonne illustration, puisqu’elle rappelle des événements récents: on a en tête la décolonisation de l’Algérie en premier lieu, avec la question du retour des pieds-noirs, ce qui fait le lien entre fiction et histoire contemporaine. On ne peut non plus s’empêcher de penser à Hong Kong, le parallèle avec la colonie de Yu Dao étant assez clair.

L’album a aussi le mérite d’apporter une touche supplémentaire de réalisme dans le traitement, notamment vis à vis de la fin de la série animée. Sans toutefois en détourner le happy end, le comic nous montre que tout n’est pas aussi simple qu’on le souhaiterait à la fin d’une guerre, et que finalement, après avoir enterré la hache de guerre, il faut se mettre à reconstruire, et que cette partie est sans doute la plus délicate.

Outre les réflexions politico-philosophiques, on trouve aussi dans Avatar des relations interpersonnelles bien travaillées et intéressantes, qui s’appuient sur les années de continuité de la série animée. Elles peuvent donc échapper aux néophytes, mais son globalement simples à saisir: l’amitié entre Aang et Zuko, la promesse que ce dernier lui fait faire s’il devenait comme son père, la romance entre Katara et Aang, ou encore le lien spirituel entre Aang et les précédents avatars.

En résumé, ce premier volume d‘Avatar le dernier maître de l’Air est une suite très appropriée à la série animée, dotée des mêmes qualités, le risque étant qu’elle ne parle qu’aux amateurs du matériau d’origine.

***·Comics·East & West

Strange academy #1

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Comic Skottie Young Humberto Ramos & Edgar Delgago (coul.)

Panini (2021), 152, 3/3 albums parus.

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Toujours compliqué de faire le tri dans les quelques lectures Marvel que je décide de tenter entre les séries de conso, les must-read très volumineux que j’évite (le run en cours de Hickman sur les X-men) et les dessinateurs alléchants sur lesquels il faut résister pour ne pas tomber dans le pot de confiture… J’ai un faible pour le style d’Humerto Ramos (auteur apparu pile avec ma (re) découverte des comics à la création d’Image et de Cliffhanger) et Skottie Young est pour moi un des auteurs américains les plus intéressants du circuit. Si le mexicain a toujours donné du très bon comme du tout à fait passable, le souvenir de son magnifique diptyque européen Revelations me rappelle de quoi il est capable dans un style plus « sale » qu’il semble vouloir adopter sur ce triptyque dédié aux apprentis magiciens.

A blog dedicated to all your favorite moments — Strange Academy #1 (2020)  written by Skottie Young...Pour peu que vous soyez un tout petit peu au fait du monde des super-héros (ou juste que vous ayez vu les films de Bryan Singer) vous ferez le lien entre cette école de magiciens et l’école des mutants du professeur Xavier. Car le premier tour de force qui rappelle le poids du monde imaginaire de Marvel est que l’on ne pense pas un instant à Harry Potter mais bien toujours aux X-men dont cet album a beaucoup de mal à faire oublier la référence! Si vous êtes fan du Docteur Strange vous allez être déçu puisque le concept de l’album est bien de traiter des a-côtés des grands héros et nous ne l’apercevrons que peu sur ce premier volume.

D’intrigue il y a peu ici puisque sur un format court on découvre sans introduction la bande de jeunes magiciens venus de tous les univers possibles: la Terre bien sur mais aussi Asgard, Jotunheim, l’enfer et jusqu’au monde de Dormamu… L’intérêt de la BD est donc celui d’un teen-comic installant les personnages dans un contexte connu: découverte des room-mates, des locaux, des cours et bien sur des prof, ce qui permet de convoquer quelques figures connues, de la Sorcière rouge à la décidément toujours super-cool Magik (ici rebaptisée « magie »…). Les interactions STRANGE ACADEMY #1-18 (Skottie Young / Humberto Ramos) - Marvel - Sanctuaryentre ces jeunes (qui ont bien-sur tous des petits secrets et capacités spéciales) sont très fun et les auteurs s’amusent à déclencher moultes catastrophes magiques entre deux poursuites entre les mondes aux décors. Pour renforcer l’aspect ado le scénariste a inséré des formulaires et questionnaires magiques très cool entre les chapitres.

Avec une mise en scène sans faute, un fun assumé et une partie graphique de haute volée, on sent que les auteurs s’éclatent comme des petits fous et communiquent leur plaisir aux lecteurs. Avec une ambition très modeste et sur un format court pertinent, cette trilogie devrait donc jouer son rôle de sympathique récréation revisitant l’école des X-men sans X-men en restant accessible à la fois aux novices et aux lecteurs anciens de Marvel. Et c’est déjà un sacré tour de force!

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****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Refrigerator Full of Heads

Suite en 160 pages, avec Rio Youers au scénario et Tom Fowler au dessin. Parution en France chez Urban Comics Black Label le 14/10/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Pas la Tête à ça

L’an dernier, nous perdions presque la tête avec Basketful of heads, création de Joe Hill, que vous connaissez certainement déjà. Dans cette histoire macabre, la jeune June Branch devait, pour échapper à une bande de criminels sadiques évadés de prisons et à une floppée de notables corrompus, s’armer d’une hache viking maudite, dont le pouvoir est de transformer ses victimes, ou plutôt leurs têtes, en morts-vivants.

S’en suivait une nuit diablement sanglante, au cours de laquelle quelques têtes sont tombées. Finalement, June, après son massacre à la hache, jetait son arme maudite au fond de l’eau et partait sans se retourner. Un an plus tard, la vie à semble-t-il retrouvé son cours normal sur Brody Island. Les meurtres ont été collés sur le dos des fugitifs et June s’est faite oublier dans le New Jersey.

Pendant ce temps, un couple débarque sur l’île pour y passer quelques jours de vacances. Averti du danger que représentent le gang de motards qui écument les routes de Brody et le grand requin blanc qui sillonne ses côtes, Cal et Arlène sont étrangement détendus et s’apprêtent à faire du tourisme à la cool. Bien évidemment, leur route croisera bien vite celle des motards, qui sont à la recherche d’une certaine relique scandinave. Nous voilà donc repartis pour un petit jeu de massacre, et soyez prévenus, il va y avoir du swing !

Il est toujours délicat d’envisager une suite, et on peut même dire que la difficulté à la mettre sur pied est proportionnelle à la qualité du premier opus. Voyons donc ce qui caractérise une bonne suite, et si ces éléments se retrouvent dans notre réfrigérateur…

  • Une ellipse ! Les meilleures suites laissent généralement le temps s’écouler depuis la fin du premier opus. En effet, reprendre tout de suite l’intrigue là où on l’a laissée laisse sous-entendre aux lecteurs/spectateurs que l’on a soit bâclé le premier opus en ne résolvant pas correctement toutes les intrigues, soit omis d’exploiter le sujet précédent au maximum. Une bonne suite n’a donc pas exactement pour but de rectifier des omissions, sinon elle gâche l’impact de l’original, d’où la nécessité d’une ellipse, pour signifier au lecteur qu’il s’agit d’une nouvelle histoire. Dans notre Refrigerator, nous avons une ellipse d’un an, ce qui est un délai plus que satisfaisant.
  • Le changement, c’est maintenant ! Il est nécessaire, dans le cas d’une suite, d’offrir au lecteur quelque chose de nouveau dans l’intrigue, et de ne pas céder à la tentation de cloner l’original en espérant en reproduire le succès. Prenez le cas de Aliens, qui est la suite de Alien, le huitième passager. Là où l’original proposait un huis-clos angoissant et claustrophobe qui a défini les contours du film d’horreur, sa suite renversait la vapeur en proposant non plus un film d’horreur mais un film d’action, non plus un montre unique mais des dizaines, etc. On a aussi le cas de Terminator 2 (tiens, encore James Cameron), qui non content de proposer une ellipse de plusieurs années, change complètement la donne en faisant de l’antagoniste le nouveau héros de la saga. Dans notre cas, Refrigerator sort du cadre du simple slasher pour proposer davantage d’action, et propose même d’approfondir l’univers en dévoilant de nouvelles armes maudites.
  • Plus d’enjeux ! Ce point est assez délicat, car augmenter les enjeux peut être mal interprété, et l’auteur peut aisément céder à la tentation du « toujours plus ». Reprenons l’exemple de Terminator 2, si ça ne vous fait rien. Dans le premier, il s’agit de survie, Sarah Connor doit échapper au cyborg éponyme afin de garantir un avenir à sa progéniture messianique. Dans le 2, en revanche, il ne s’agit pas simplement de survie, mais bel et bien d’empêcher l’apocalypse, ce qui fait monter la barre d’un cran en terme d’échelle. On peut dire que les enjeux sont augmentés dans Refrigerator, car il ne s’agit pas seulement de la survie de June, mais aussi de la nécessité de ne pas laisser les armes maudites tomber entre de mauvaises mains.
  • Du neuf ! Introduire des nouveaux personnages, voire remplacer le protagoniste, peut être un parti pris salvateur dans le cas d’une suite. D’une part, cela permet d’apporter de nouvelles tensions dramatiques, tout en marquant une césure avec l’original, puis cela à l’avantage d’éviter la redondance, si jamais tout a déjà été dit avec le premier protagoniste. Bingo, dans notre cas, June est mise en arrière-plan pour céder la place à deux nouveaux héros, Cal et Arlene.

Vous l’aurez saisi, Refrigerator est une suite pertinente à Basketful. En revanche, la partie graphique ne démérite pas mais j’ai personnellement préféré la prestation de Leomacs sur le premier volume. Les dessins de Tom Folwer, déjà aperçu sur Hulk Saison Un, Venom, ou encore Quantum & Woody (chez Bliss Comics), sont plus baroques et parfois moins lisibles, rappelant parfois le style de Neal Adams, ce qui pourrait ne pas plaire à tous les amateurs de styles épurés.

En conclusion, si vous aimez les comédies horrifiques déjantées et les hommages aux classiques des années 80, et si vous aviez apprécié Basketful of heads, alors vous pouvez vous en servir une dans le Réfrigérateur.

***·Comics·East & West·Nouveau !

The Magic order #2

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Comic de Mark Millar, Stuart Immonen, 
 Panini (2022) –  second tome des aventures de la famille Moonstone.

2019… cela fait un monde que nous attendons la suite de ce Magic Order avec la promesse d’un niveau artistique de folie sous les pinceaux du grand Stuart Immonen. Les deux bonshommes ont déjà collaboré sur l’assez décevant Empress mais la radicalité et la qualité de l’univers de ces sorciers faisaient de cet album un des plus alléchants depuis longtemps. Malheureusement l’inspiration (ou le travail?) du golden-boy Millar semble s’être tarie et ce nouvel opus d’une série qui tarde à arriver en format audiovisuel sur la plateforme au N rouge ne nous rassure en rien sur sa capacité à proposer de nouveaux monuments du comic indé. La source se serait-elle tarie?

Magic Order 2 by Mark Millar and Stuart Immonen Has A Brexit TingeOn ne pourra en effet rien reprocher au dessinateur canadien qui s’il a tendance à rechercher la simplification des dessins, n’en explose pas moins de talent à chaque fois qu’il sort du pure illustratif. L’enchaînement des séquences reste lisible et les moments d’action plutôt fun. La tâche n’était pourtant pas facilitée par un scénario qui semble vouloir se concentrer tout le long sur la petite histoire, celle des sorciers en jogging et des problèmes de couple, comme si Mark Millar avait voulu faire, plus encore que sur le premier, un néo-polar londonien à la sauce Avada Kédavra… Peu de moments épiques à se mettre sous les yeux donc.

A cela le péché majeur du scénariste est d’abuser totalement du Deus Ex-machina qui rend le tout presque risible tant il ne s’encombre à aucun instant de construire un puzzle. La linéarité du tout est confondante de faiblesse et malheureusement ce n’est pas la poudre de perlimpinpin jetée grâce à la maîtrise graphique d’Immonen qui masque l’absence de projet pour ce opus qui pourrait à ce rythme se prolonger sur des dizaines d’albums. Ainsi le méchant sorcier d’une lignée vaincue rassemble des pierres cachées pour se venger et reprendre le pouvoir sur les Moonstone… Hum, on a vu plus original. Accordons toutefois à Millar son caractère de sale gosse qui assume tout, tuant n’importe qui à tout va, donnant par-là un peu de sel à une intrigue qui en manque diablement.

Magic And Machinations: Advance Review Of 'The Magic Order 2' #2 – COMICONIl ressort de ce très attendu album un sentiment de gros gâchis qui fait hésiter entre le conserver pour les planches ou s’en séparer devant une telle incurie. Si l’on fait le compte le Magic Order #1 est le dernier vraiment bon album de Millar (en sauvant Sharkey pour son aspect fun qui a un bon potentiel en série). A force de se reposer sur une armée des plus grands dessinateurs de comics pour garantir les ventes, l’auteur semble en oublier la deuxième patte d’un bon album BD.

Le troisième tome de Magic Order est en cours de publication aux Etats-Unis (avec l’italien Gigi Cavenago aux crayons) et les premiers aperçus (très impressionnants) des planches du quatre avec Dike Ruan indiquent une sortie dans la foulée, probablement fin 2023. Lorsqu’on sait que la newsletter publiée par Millar parle de Greg Capullo, Travis Charest ou encore le retour de Coipel, on a de quoi se faire briller les mirettes. Les séries Netflix semblent sur le point d’être lancées en production. De quoi rester confiant sur le catalogue Netflix. Côté BD pas forcément…

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