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Katsuo #1: Le Samouraï Noir

Premier tome de 58 pages de la série écrite par Franck Dumanche et Stéphane Tamaillon, dessinée par Raoul Paoli. Parution chez Jungle le 23/09/2021.

Kat sue, sang et eau

Le jeune japonais Katsuo n’a pas une existence trépidante, mais elle lui convient tout à fait comme elle est: chiller dans sa chambre et jouer aux jeux vidéos, telles sont ses aspirations du moment. Cependant, sa mère et son grand-père ne le voient pas de cet œil. Pour eux, Katsuo gâche son potentiel, alors qu’il pourrait poursuivre son entraînement au Kendo et ainsi reprendre, le moment venu, la direction du dojo familial.

En effet, le grand-père, quelque peu rigide et à cheval sur les traditions, insiste pour que Katsuo se plie au sacerdoce de la famille, et veille sur l’institution fondée par leur ancêtre Honjo il y a plusieurs siècles. L’adolescent, lui, traîne des pieds en allant s’entraîner et préfère ses écrans aux sabres de bois.

Un soir cependant, Katsuo est intrigué par les allées et venues de son grand-père au sous-sol du dojo, et décide d’aller y jeter un oeil. Alors qu’il pose la main sur le sabre révéré par le vieil homme, il se retrouve mystérieusement transporté dans le japon médiéval, où il fait la rencontre d’un jeune homme nommé Honjo, qui n’a alors rien d’un farouche guerrier, et qui est lui-même confronté aux attentes démesurées de son père.

Car il se trouve que le grand-père d’Honjo, et donc l’ancêtre de Katsuo, était parmi les quatre valeureux guerriers qui ont mis fin au règne de terreur du Samouraï Noir, un guerrier affublé d’une armure magique qui a semé le chaos dans l’achipel sous l’ère d’Azuchi Momoyama (1582). Katsuo a donc voyagé dans le temps, alors même que les quatre vieux guerriers sont attaqués et tués les uns après les autres. Le Samouraï Noir serait-il de retour ?

Aventures à la sauce Samouraï

A priori, le lecteur ne sera pas dépaysé à la lecture du pitch de Katsuo: un jeune garçon a priori lambda mais attachant, va sortir de sa zone de confort et être confronté à une situation extraordinaire qu’il devra résoudre en utilisant un pouvoir magique. Rien de bien neuf sous le soleil, même si l’on ajoute le paramètre du voyage dans le temps, qui promet des situations cocasses de décalage et d’incongruité.

Le thème des traditions et de l’impact qu’elles doivent et peuvent avoir sur la jeune génération reste néanmoins intéressant, la culture nippone, elle-même partagée entre tradition et modernité, étant un terreau idéal pour exploiter cette dichotomie.

On pourra reprocher un manque d’originalité dans l’antagoniste, qui, sous ses airs assumés de Shredder, n’apporte pas grand chose à la thématique du récit. On aurait sans doute préféré un adversaire plus étoffé, et qui, pourquoi pas, aurait lui-même été confronté à une sorte de pression familiale. Au lieu de ça, on a quelque chose de plus basique, et donc, de moins mémorable.

Ce petit manichéisme mis à part, le rythme de l’album reste dynamique, avec une introduction rapide, même si l’exposition est quelque peu pataude, ou en tous cas, très explicite, par moments. Difficile de déterminer si les auteurs ont pris ce parti en raison du lectorat cible ou bien par maladresse, toujours est-il que certains éléments auraient du être amenés avec plus de subtilité.

Une fois Katsuo projeté dans le passé, les actions s’enchaînent de façon fluide et rapide, amenant à un climax bref mais survitaminé. Côté graphique, Raoul Paoli fait le choix de la clarté et de la décompression pour ses planches, usant d’un trait résolument orienté manga, avec des expressions typiques de ce médium et des poses dynamiques.

En bref, un album jeunesse agréable à lire, quand bien même il ne révolutionne pas le genre.

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BD·Nouveau !·***

Dans le ventre du dragon #1: Udo

Premier tome de 54 pages d’une trilogie écrite par Mathieu Gabella, dessinée par Christophe Swal et mise en couleurs par Simon Champelovier. Parution chez Glénat le 23/02/2022.

L’aventure intérieure

Il y a bien des siècles, le héros Siegfried terrassa le dragon Fafnir, armé de son courage et de son épée. Mais cette victoire, dit-on, eut un prix. Tenté par les vaines promesses de la créature, Siegfried conclut un marché avec elle, promettant de l’épargner en échange d’un grand pouvoir qui le rendrait invincible face aux dragons.

Siegfried n’avait semble-t-il pas lu toutes les histoires qui nous mettent en garde contre les voeux que l’on est tenté de faire, si bien que son souhait s’est retourné contre lui d’une cruelle façon. Sous l’influence de la magie de Fafnir, Siegfried est bien devenu invincible face aux dragons, mais ce pouvoir l’a transformé en escogriffe difforme et s’est transmis depuis à tous ses descendants, qui sont de facto devenus de redoutables chasseurs.

Udo Von Winkelried use lui aussi de ce don familial pour perpétuer la tradition. Un beau jour, il est convié au château d’un certain Phylogène d’Esquamate, un savant qui consacre son temps à l’étude des dragons comme l’avaient fait ses parents. Ce dernier a un plan dont l’ambition est inversement proportionnelle aux chances de succès. Aidé de Wei, un pirate chinois capable de dresser les petits dragons, Phylogène compte traquer le plus grand de tous les dragons marins jamais répertorié. Comme la cuirasse de ce monstre est quasi impénétrable, l’équipe devra le tuer de l’intérieur, et donc, se faire avaler au préalable. Face à la perspective de terrasser un tel ennemi, et séduit par la promesse de montagnes d’or issues de la dépouille, Udo s’embarque lui aussi pour cette périlleuse mission. Mais c’est bien connu, aucun plan ne survit au contact de l’ennemi…

Swallowed Whole

Le dragon est une figure mythique incontournable, présente dans de nombreuses cultures et porteuse de symboles très divers. En occident, le dragon représente plus généralement des forces obscures et chtoniennes, des pulsions mortifères et négatives combattues par de vertueux héros. Empruntant leur caractéristiques aux reptiles ils ont marqué l’imaginaire jusqu’à aujourd’hui, et ce n’est visiblement pas près de s’arrêter.

Dans l’univers imaginé par Mathieu Gabella, les dragons sont métamorphes, et leur corps produit toutes sortes de matières précieuses, comme des joyaux en guise d’excréments, ou une mue qui se change en or. L’avidité dont on affuble généralement les dragons a donc changé de camp, puisque ces créatures féroces et agressives sont traquées pour les richesses que leur capture promet aux hommes. L’auteur prend donc son temps pour distiller toutes les informations nécessaires à la bonne exposition de son intrigue, pour introduire tous ses concepts et ses personnages principaux.

Règle n°1 du héros nordique: Toujours se fier aux promesses de pouvoirs faites par un reptile géant.

On aurait pu s’imaginer au premier abord que l’intrigue aurait la même structure qu’un film de casse (un caper en anglais), qui commencerait par le recrutement de l’équipe, la préparation du plan puis son exécution, avec la partie consacrée à l’improvisation ou à la révélation d’éléments connus des personnages mais pas du lecteur et qui expliqueraient le succès final de l’opération (structure typique des films Ocean’s Eleven/Twelve etc). Ici, l’auteur semble prendre une autre voie, et démarre son premier tome avec le plan déjà établi, et l’équipe quasiment réunie à l’exception d’Udo, et se ménage de la place pour des flash back qui viennent enrichir le passé du protagoniste, dépeignant l’effet de la malédiction de Siegfried sur ses descendants. Puis, une fois la mission lancée, l’auteur nous emmène dans les entrailles de ce Léviathan et nous conduit de surprise en surprise, promettant en fin d’album une aventure épique mais éloignée des codes du récit de braquage.

On ne peut donc s’empêcher de penser à des récits tels que Jonas et la Baleine dans l’Ancien Testament, qui semble être l’exemple le plus ancien de ce type de ressort dramatique (si l’on excepte Cronos et ses enfants dans la mythologie grecque, nulle mention n’y étant faite du point de vue des olympiens à l’intérieur du Titan, alors que l’épreuve de Jonas est décrite de son point de vue après qu’il ait été avalé), ou encore le film l’Aventure intérieure, où le héros explore un corps…de l’intérieur.

L’album est de bonne facture, tant narrativement que graphiquement, on attend donc la suite prévue pour le mois de mai 2022.

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***·BD·Nouveau !

Les songes du Roi Griffu #1: Le Fils de l’Hiver

Premier tome de 66 pages, de la série écrite par Cyrielle Blaire, dessinée par Maïlis Colombié, et mise en couleurs par Drac. Parution chez Delcourt le 19/01/2022. Lecture conseillée à partir de 12 ans.

(Ne Jamais) Suivre la Grande Ourse

Pellah et Owein vivent modestement avec leurs parents, au service d’un seigneur perché dans sa haute tour. Les forêts environnantes font l’objet de nombreuses rumeurs, mais pour Owein, ces légendes sont vraies. En effet, au cours d’une ballade avec sa soeur, le jeune garçon aperçoit un homme capable de se transformer en ours (ou l’inverse ?), et se met en tête de le capturer pour pouvoir réaliser son rêve, intégrer la garde du Roi, qui est friand de ces plantigrades, et ainsi devenir riche.

Malheureusement, leur excursion tourne mal et Pellah est emportée par l’ours gigantesque, qui disparaît avec sa proie sans laisser de trace. Les mois et les années passent, l’espérance se mue en deuil pour Owein et ses parents. Le garçon grandit et se met au service du Roi, découvrant ainsi qu’une guerre a jadis opposé le peuple de Leoden à celui du roi Griffu, dont on dit qu’il était dépositaire d’une puissante magie. Après la chute du roi Griffu, la magie s’est estompée et a disparu des mémoires, reléguées aux légendes et aux rumeurs. Mais la haine du peuple du roi Griffu est demeurée vivace, raison pour laquelle les soldats du Roi Leoden les traquent encore dans les bois.

Owein, qui est persuadé que sa sœur est toujours en vie, doit alors débuter sa quête et vaincre les ennemis du roi pour prouver a valeur. Mais évidemment, les choses sont beaucoup plus compliquées qu’il n’y paraît.

Le pitch et l’ambiance concoctés par la scénariste Cyrielle Blaire apparaissent d’emblée comme très classiques. Nous avons un héros, sympathique et attachant, d’autant plus attachant qu’il est issu d’une classe populaire et modeste. Son objectif est simple, accessible et compréhensible, retrouver sa sœur, disparue par sa faute. Et pour compléter sa quête, le héros va devoir s’accomplir en affrontant des monstres, gagnant progressivement en expérience pour devenir le héros que l’on espère.

L’auteure introduit toutefois une dose de nuance bienvenue, en évitant le piège du manichéisme. Les luttes de pouvoirs et les guerres qui secouent ce royaume de Medieval Fantasy sont pour le moment intrigantes et donnent envie d’en lire davantage. Sans révolutionner le genre, Les Songes du Roi Griffu apportent un vent de fraîcheur dans la genre et promet de belles aventures en perspectives.

**·BD·Nouveau !

Ouroboros #1: L’amulette de Saladin

Premier tome de 46 pages du diptyque écrit par Olivier Pinard et Ceyles, et dessinée par Lou. Parution chez Soleil le 02/02/2022.

Ouro-boloss

L’aventurier Azram vient de s’introduire dans le lair de l’émir Al Kabyl, pour lui voler la convoitée Amulette de Saladin. Cet artéfact est lié au pouvoirs des Dragons, des êtres très anciens qui sont à l’origine du monde, et dont la redoutable descendance vit cachée parmi les humains.

Car voyez-vous, c’est Pandore, la mère des dragons, qui a formé le monde en y déversant sa progéniture, les dragons Drak, Shog, Styx et Ketz. A la mort prématurée de Pandore, les quatre frères furent livrés à eux-même, peinant à trouver leur place dans le monde. Au yeux des hommes qui venaient d’apparaître sur Terre, ils étaient des monstres, des porteurs de mort et de destruction qu’il fallait craindre. Jusqu’à ce que ces dragons primordiaux trouvent le moyen de se fondre parmi nous, après quoi ils s’unirent à des humaines pour engendrer des hybrides aux terribles pouvoirs.

Cependant, peu d’entre eux parviennent à survivre à la mue supposée faire d’eux des dragons, si bien que seuls quelques uns d’entre eux vivent encore aujourd’hui. La donne a changé lorsque naquit Cassandre premier dragon de sexe féminin à être née depuis Pandore, la reine des Dragons. Le fils de Cassandre, Xiao, est donc le futur roi des dragons, ce qui fait de lui la cible de nombreuses convoitises et hostilités.

D’ailleurs, le jeune Xiao se trouve à une heure décisive de sa jeune existence, puisque la mue est proche. En proie au mal généré par sa moitié draconique, Xiao se meurt, et seul Azram semble en mesure de lui venir en aide.

Dragons: la Mascarade

Autant vous le dire d’emblée, il est difficile de juger ce premier album. Généralement, les récits qui commencent par une litanie d’exposition débutent assez mal, mais l’aspect cosmogonique reste suffisamment attractif pour ne pas perdre le lecteur. Ensuite, le premier acte, qui d’ordinaire a pour fonction d’établir des enjeux clairs et faire adhérer le lecteur à la cause du protagoniste, est ici quelque peu chaotique, car il prend le par risqué du in media res, sans ensuite permettre au lecteur de raccrocher les wagons d’informations précédemment ingurgités.

Il en résulte un sentiment de récit survolé, sans enjeux émotionnel bruts qui pourraient nous impliquer davantage dans cette quête. Pour prendre un exemple concret, le protagoniste, Azram, n’est présenté qu’au travers d’une attitude superficielle, un peu nonchalante, mais cela ne suffit pas à nous le rendre sympathique. Le fait qu’il vienne en aide à un enfant nous aide certes à le placer dans le camp des gentils, mais les liens avec Xiao ne sont qu’évoqués, mentionnés sans davantage de profondeur.

Côté antagonisme, rien de bien transcendant non plus, à part quelques mines patibulaires classiques qui éructent des ordres à des sbires consciencieux.

Pourtant, il y avait de quoi faire avec cet univers à mi-chemin entre Indiana Jones (aventuriers du désert, quête au trésor) et Hellboy (dragon démiurge et antédiluvien), surtout avec les graphismes soignés de Lou et ses idées de découpage (les cases qui serpentent sur la page, à l’image du fameux Ouroboros). Mais l’exécution est trop alambiquée pour accrocher vraiment, dommage !

*****·BD·Jeunesse·Service Presse

Janardana

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BD d’Antoine Ettori
Delcourt (2022), 152p., one-shot.

La première édition au format comics propose un cahier de recherches graphiques final, comprenant des projets de couvertures… qui pourront donner des idées pour de prochaines éditions, celle choisie étant (étrangement) loin d’être la plus percutante!

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance

Lorsque le vigoureux Marcel Piton reçoit un courrier de son ami Dev il n’hésite pas un instant en part pour l’Inde. Là il retrouve les senteurs, les lumières inoubliables qui ont nimbé ses jeunes années d’aventure. Une époque qu’il aurait pourtant voulu voir rester derrière lui… Sa recherche de son ami va le voir confronté à de mystérieux adversaires et à ses choix passés…

Coup de coeur! (1)Comme la littérature jeunesse propose plus de perles que la littérature classique, la BD jeunesse nous envoie assez fréquemment de petites pépites inattendues, des projets de pleine fraîcheur où la créativité de jeunes artistes nous éclate au visage. Après avoir fait ses gammes dans l’animation et sur le diptyque Perséus, Antoine Ettori se lance ensuite dans ce magnifique one-shot bien entendu biberonné au style Miyazaki mais qui sait s’en détacher pour proposer une histoire originale d’une maturité impressionnante et d’une réalisation sans faille.

Janardana, bd chez Delcourt de EttoriDès les premières planches en France on ressent l’atmosphère que cherche à retranscrire l’auteur avec sa technique d’aquarelle excellemment maîtrisée. L’auteur a un vrai don (et une technique coriace issue d’Emile Cohl et de l’Animation) pour nous plonger dans des décors vivants, très détaillés malgré une apparence de dessin jeunesse. On sent le fourmillement des marchés, les senteurs et l’éblouissement d’une lumière blafarde réfléchie sur les murs des bâtiments ciselés. Et c’est vers la grande Aventure qu’il nous convie dans cette Inde mystérieuse où chaque jungle cache des temples obscures et où les sociétés secrètes manœuvrent dans l’ombre. Parfaitement à l’aise dans sa progression scénaristique, Ettori enchaîne les séquences entre temps forts et respirations, sans aucun ennui et avec une galerie de personnages archétypaux mais tout à fait agréables qui nous renvoient là encore au maître de l’animation japonaise.

Avec son drôle de nom, Marcel Piton est un vrai héros comme on n’en voit plus guère, à l’ancienne, avec juste Janardana de Antoine Ettori - BDfugue.comce qu’il faut d’ombre mais surtout un talent, un courage et une force qui ne le font frémir devant aucun adversaire. Utilisant idéalement les cent-cinquante pages de l’album, l’auteur nous plonge dans un vrai film via une mise en scène absolument cinématographique. La lisibilité des planches, y compris lors des nombreuses séquences d’action, est étonnante de précision au regard de la technique aquarelle. Après moultes rencontres avec des pirates rigolos, dans une touchante relation avec une jeune fille débrouillarde, le héros va se retrouver confronté à un soupçon de fantastique jusqu’à un final explosif mais de très bonne tenue. Ce n’est pas si fréquent.

Avec son titre mystérieux et son héros en acier qui n’a peur de rien, Janardana est une nouvelle pépite réussie de bout en bout, qui plaira aux jeunes comme aux plus grands et noue permet de découvrir un auteur très solide à suivre dans la suite de ses projets!

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****·Comics·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Trese

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Comic de Budjette Tan et Kajo Baldisimo
Delcourt (2022), one-shot.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

La nuit de Manille, la tentaculaire capitale philippine, est peuplée de créatures à cheval entre notre monde et l’autre. Dotées de pouvoirs surnaturels puissants, ces êtres sont tout autant victimes de leurs pulsions que les êtres humains, mais avec des conséquences autrement redoutables. Mais leur présence est soumise à des lois. Et lorsque la police repère des évènements inexplicables, elle convoque immédiatement Alexandra Trese, la gardienne des lois magiques et impitoyable limier de l’étrange…

La principale qualité de ce comic philippin est de nous faire découvrir un univers qui nous est totalement étranger, à le fois familier dans le thème et totalement exotique de par le monde caché qui nous est révélé. La thématique est connue: il s’agit simplement d’une transposition du principe du gardien capable de fesser les créatures magiques pour protéger notre monde. Des John Constantine et autre Dr. Strange sont légion dans la BD et ce premier tome de la série Trese reste modestement sur le format de courtes histoires d’affaires paranormales. Agrémentées de pages du journal du père de l’héroïne et fondateur semble t’il de de cette dynastie de gardiens, les enquêtes sont là pour nous introduire dans la mythologie philippine faite de tribus élémentaires qui par moment voient une brebis galeuse rompre le pacte et l’équilibre. Accompagnée de deux portes-flingues très cool capables de voler et d’affronter les plus dentus des êtres d’outre-monde, Trese règne sur le monde de la nuit depuis son bar-sanctuaire.Trese' Creators Share Their Journey From Photocopied Comic Books to Netflix

Si les mythes et légendes orientales nous dépaysent à la manière d’un Liam Sharp, le contexte contemporain permet également d’avoir un aperçu de cette société entre tradition et modernité, gangrénée par la violence des gangs et la corruption. La brièveté des enquêtes et la faible ampleur de ces one-shot ne permet pas complètement de s’immerger dans l’itinéraire d’un personnage ténébreux mais encore bien mystérieux quand à son origine, ses pouvoirs véritables et sa destinée. Cela sera peut-être l’objet d’un second tome mais ça reste un peu frustrant. On se consolera donc avec les planches très clair-obscur d’une technique assez intéressante et un bestiaire rigolo: un cheval-garou par-ci, un lutin des égouts de l’autre, en passant par une créature du feu et des sirènes du vent. Pour conclure l’aspect culturel, un passionnant cahier final décrit l’histoire des comics philippins en nous rappelant combien l’industrie du comic US doit aux artistes des anciennes colonies et d’Amérique latine (comme Mico Suayan, Ariel Olivetti ou Renato Guedes) qui forment aujourd’hui le cœur vivant de la créativité du Big Two comme de l’indé.

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*****·Comics·East & West·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Les Contrées de l’Elphyne

Histoire complète en 128 pages, écrite et dessinée par Michael Walsh. Parution en France le 16/03/2022 chez les Humanoïdes Associés. Lecture envisageable à partir de 8-10 ans.

Merci aux Humanos pour leur confiance!

Vers l’infini et dans l’au-delà

Ben, Lynn, et Beth Oates sont à un tournant de leur vie. Suite au licenciement de leur mère, l’adelphie se voit contrainte de déménager de l’Ontario pour retourner vivre à Newfoundland chez leur grand-mère. Ils y retrouvent ainsi la maison familiale et de nombreux souvenirs, mais également Jen, leur cousine orpheline depuis le décès de l’oncle Mike.

A peine sont-ils arrivés de leur long périple que Beth, la benjamine, disparaît mystérieusement dans les bois. Les sentiments de culpabilité et d’impuissance poussent Ben, puis Lynn, à vouloir participer à leur façon aux recherches. Ainsi, le duo s’aventure dans les bois à son tour, muni d’une lampe torche, d’une épée en bois et du pendentif de Saint-Christophe offert par la Grand-Mère, et c’est là que les choses basculent. En effet, Beth a bien été enlevée, par une créature magique qui rôdait dans la forêt, et qui l’a emmenée dans un monde surnaturel nommé l’Elphyne. Ben et Lynn vont alors être guidés par Elsy, habitante de l’Elphyne, pour sauver cette étrange contrée et ramener leur petite sœur.

Les deux enfants vont alors découvrir que tout ce que l’on rapporte du monde matériel obtient des propriétés magiques en Elphyne, ce qui va leur permettre d’affronter toutes sortes d’épreuves, comme affronter un dragon, des crabes fous et finalement, l’entité maléfique qui a projeté le royaume tout entier dans les ténèbres.

Influences et inspirations

Autant le reconnaître d’emblée, Les Contrées de l’Elphyne est un très bon album. A première vue cependant, on peut vite déceler des influences qui peuvent laisser craindre un manque d’originalité. En effet, une fratrie endeuillée voyageant par accident dans un monde fantastique peuplé de créatures féériques vous rappellera certainement quelque chose, et on peut même aller chercher du côté de Peter Jackson pour l’aspect traitement du deuil et influence du monde réel sur le monde fantastique et l’au-delà.

Néanmoins, le travail de Michael Walsh conserve bien une patte toute personnelle, tant dans la construction de l’aventure que dans son final riche en émotions et en poésie. On y trouve une fraîcheur dans les dialogues, une naïveté dans les dessins qui donnent sans cesse envie de tourner la page pour lire la suite. La richesse de l’album ne vient d’ailleurs pas que du traitement de l’action et de l’émotion liée aux personnages, elle vient également des thématiques abordées, telles que le deuil familial et les peurs infantiles liées aux traumatismes.

S’agissant de l’album en lui-même, on ne peut qu’affirmer que c’est un bel objet, d’abord par le format, la couverture colorée et le gaufrage argenté sur le titre. Un bon et gros coup de cœur !

****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Sandman: The Dreaming #1

Premier recueil de 263 pages de la série écrite par Neil Gaiman et Simon Spurrier. Au dessin, Bilquis Evely, Tom Fowler, Max et Sebastian Fiumara, Dominike Stanton et Abigail Larson. Parution en France le 11/02/22 aux éditions Urban Comics, collection DC Black Label.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

I had a Dream

Le comics désormais culte The Sandman, qui a été débuté il y a pas moins de trente ans, est devenu un parangon du 9e art, parvenant même à toucher un public habituellement réticent à lire des comics. L’univers onirique mis en place par Neil Gaiman a permis de transcender les frontières hermétiques entre roman et BD, ouvrant ainsi la voie alors balbutiante des romans graphiques.

Sandman, ou le Marchand de Sables, ou Morphée, est la personnification anthropomorphique du Rêve, une entité immortelle qui règne sur le Songe, un royaume onirique nourri et visité par tous les rêveurs, à savoir tous les humains durant un tiers de leur vie. Bien que Sandman soit omnipotent en son royaume, il doit cohabiter avec ses six autres frères et sœurs, les Infinis, qui représentent chacun et chacune un aspect primordial de la vie humaine: la Mort, le Désir, le Destin, la Destruction, le Désespoir et le Délire.

Au début de sa série, c’est un Morphée affaibli que l’on rencontre: privé de ses pouvoirs après avoir été enfermé soixante-dix années durant par un occultiste fou, le maître du Songe n’est plus vraiment celui qu’il était depuis le début de la création. Transformé par cette expérience traumatique, il fera durant près de 2000 pages une quête initiatique qui se terminera par son oblitération au cours d’un combat dantesque. Cependant, le Songe doit toujours avoir un régent, et les Infinis ne peuvent pas réellement être détruits: ils se réinventent, renaissent sous une autre forme, afin que leur principe se perpétue.

Ainsi naquit Daniel, nouvelle itération du Songe, qui a repris son trône de Rêve, puissant mais vierge de quasiment toute expérience. Heureusement, il a pu compter sur ses fidèles compagnons, des Rêves personnifiés qui l’ont guidé dans sa régence: Matthew le Corbeau, Lucien le Bibliothécaire, qui conserve tous les livres qui n’ont encore jamais été écrits, Mervyn Potiron, le concierge et homme à tout faire bougon mais loyal, Abel et Caïn, Eve, et bien d’autres.

Tout se passait plus ou moins normalement, jusqu’à ce qu’une faille lézarde le ciel du Songe, et que s’en déversent des millions de silhouettes hagardes, faites de tissu onirique pur et dépourvue d’âmes. Plus étrange encore, une forme géométrique protéiforme émerge à son tour, provoquant l’inquiétude de tous les habitants du Songe. En de pareils temps, tous les regards se tournent naturellement vers le leader, avec l’espoir que ce dernier saura tout arranger. Mais ce qu’ils ignorent tous, c’est que Morphée a déserté, et ce chaos est certainement causé par son absence. Seul Lucien est au courant et fait de son mieux pour cacher l’absence du maître.

De son côté, Dora, habitante inhabituelle du Songe, se demande quel rôle elle joue dans tout cela. Amnésique, ignorant tout de ses origines, elle profite de son don de passe-muraille pour visiter les rêves des gens, vivant au jour le jour. Mais elle se sent redevable de Morphée, qui l’a recueillie lorsqu’elle a échoué dans le Songe, pour des raisons connues de lui seul.

Rêves et réalités

Faut-il avoir lu l’œuvre originale pour apprécier ce revival ? J’aurais tendance à dire que oui, car de nombreux personnages font leur retour, même si la continuité n’a pas énormément d’impact sur l’intrigue.

En effet, Simon Spurrier utilise tous ces personnages connus, comme Lucien, Matthew, Mervyn ou encore Rose Walker, dans un contexte nouveau en s’attachant non pas aux évènements qu’auraient vécu ces personnages, mais plutôt à leur fonction initiale. Il est donc possible de comprendre l’intrigue et de déduire le rôle de chacun sans être nécessairement féru de l’univers de Sandman.

Second question qui mérite d’être posée: retrouve-t-on l’esprit original de l’œuvre ? Là encore, c’est un entre-deux, car si le Sandman de Gaiman était plus philosophique et contemplatif, le nouveau scénariste n’hésite pas à pousser le curseur onirique vers le coté délirant et anarchique propre aux rêves.

Il ne faut pas non plus oublier que The Sandman ne parle pas que de rêves, c’est aussi une œuvre métafictionnelle, une histoire à propos des histoires. Le Songe est le lieu où tous les archétypes narratifs se manifestent, où tous les procédés narratifs ont cours. Cette nouvelle série ne fait pas exception, puisqu’elle reprend ce concept avec aisance pour l’appliquer à une mise en scène et une narration plus modernes.

Si le Songe n’est pas LA réalité, on voit toutefois qu’il en est un reflet, une émanation biaisée par l’esprit humain. Il est d’ailleurs intéressant de se demander si les humains rêvent parce que le Songe existe, ou si à l’inverse le Songe n’existe que par la capacité des humains à rêver ? Pour illustrer ce propos, on peut prendre pour exemple le Juge Ezekiel Potence, qui personnifie la peur primale du châtiment, le repli sur soi et par extension, la xénophobie. Est-il étonnant qu’en temps de crise, alors que les bases sont fragilisées et que l’avenir est incertain, les habitants d’un pays se tourne vers un personnage qui impose l’ordre, traque des boucs émissaires pour les punir en place publique et, après avoir accepté à contrecœur d’assurer l’intérim du pouvoir, cherche avant toute chose à s’y maintenir ?

Comme vous le voyez, les niveaux de lecture sont multiples dans Sandman. La lecture est exigeante et ne se limite pas à une lecture popcorn ou un simple divertissement. On peut déplorer que la dynamique narrative ne se mette véritablement en branle qu’au bout de trois chapitres entiers, mais il semble difficile de faire mieux avec de telles exigences en terme de worldbuilding.

En résumé, The Dreaming reprend le matériau de base de ce comics culte des années 80/90 pour l’extrapoler et livrer une œuvre spéciale, qui sous ses aspects de délirium tremens, livre un propos plus profond qu’il n’y paraît.

*****·Comics·East & West·Jeunesse·Nouveau !

Wynd #2: Le Mystère des Ailes

Second tome de 235 pages de la série écrite par James Tynion IV et dessinée par Michael Dialynas. Parution aux US chez Boom! Studios, et chez Urban Comics en France, le 21/01/2022.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Tempête sous un crâne

Wynd est un jeune garçon introverti qui a passé sa jeunesse à Tubeville, mégapole fortifiée dans laquelle seuls les humains sont tolérés. Manque de chance, Wynd est un Sang-Blêt, un être infecté par la magie qui habite les immenses forêts qui enclavent Tubeville.

Recueilli très tôt par Mme Molly et sa fille Olyve, Wynd mène une existence discrète et doit constamment dissimuler les stigmates de sa condition, à savoir ses oreilles pointues qui pourraient le trahir au yeux de ses compatriotes. Rêveur, Wynd observe souvent la ville, bien à l’abri sur les toits, et s’est amouraché de Ronsse, le fils du jardinier en chef de la maison royale, qui est aussi le meilleur ami du Prince Yorik.

I Believe I can Fly

Yorik est a priori l’enfant gâté archétypal que l’on peut s’attendre à trouver au sein de n’importe quel palais: colérique, capricieux, et inepte, il n’en porte pas moins les espoirs de son peuple sur les épaules. En effet, promis à la succession du trône de Tubeville, Yorik pourrait abolir les Lois du Sang et permettre aux différents Royaumes de s’unir enfin au lieu de se faire la guerre. Malheureusement, les fanatiques sont partout, et le jeune prince devient la cible de partisans d’une cause extrême, tandis que Wynd est démasqué à l’occasion d’une purge.

Poursuivi par le redoutable Écorché, Wynd fait cause commune avec Olyve, Yorik et Ronsse pour s’échapper de Tubeville et rallier Norport, connue pour être plus cosmopolite et plus tolérante. Le quatuor poursuit donc sa quête et fait la rencontre du peuple des fées, et ainsi en découvrir davantage sur les origines du monde et le rôle que chaque espèce doit y jouer.

Néanmoins, le roi de Tubeville n’a pas dit son dernier mot. Prêt à tout pour récupérer son fils, il se compromet avec les dangereux Vampyres, risquant ainsi la sécurité de tous les royaumes.

Après nous avoir emportés avec le premier tome, James Tynion IV poursuit l’exploration de son univers mi-fantasy, mi-steampunk avec ce tome 2. Les personnages sont toujours aussi attachants, et permettent d’explorer les thèmes chers à l’auteur depuis le début de la série, à savoir le passage à l’âge adulte, l’amour, la tolérance et l’altérité.

La série déploie donc littéralement ses ailes, en même temps que le protagoniste, qui illustre avec d’autant plus d’impact la métaphore de l’adolescence et des transformations qu’elle favorise. Fait suffisamment rare pour être souligné, les dialogues sont très bien écrits, et donc bien traduits par l’éditeur, ce qui n’est pas souvent le cas chez d’autres (Panini, c’est toi que je regarde).

Les lecteurs les plus tatillons remarqueront toutefois quelques répliques coups-de-poing clairement destinées à notre monde moderne, mais à peine maquillées dans le contexte géo-politique de l’oeuvre. Il est vrai que l’on aurait pu s’attendre à davantage de subtilité de la part de l’auteur, mais l’ensemble est si qualitatif que ce petit défaut pâlit en comparaison.

Pas besoin d’en dire davantage, Wynd est, depuis la fin de Voro, l’une des meilleures séries jeunesse en cours !

***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Le Sarcophage des âmes

Histoire complète en 48 pages, écrite par Serge Le Tendre et dessinée par Patrick Bouton-Gagné. Parution le 02/02/2022 chez Drakoo.

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Les sorcières de Sal Aiment

A quelques jours de Noël, le comté de Shaalem est en pleine ébullition. Olivia Newton, jeune femme métisse ayant récemment perdu son époux, élève seule sa fille Mercy. Déjà méprisée par la population locale, qui la toise sans lui accorder le moindre respect, elle s’attire les foudres du comté lorsqu’elle obtient l’autorisation de procéder à des fouilles archéologiques près du cimetière.

Sans crier gare, une foule de villageois en colère, accusant Olivia de sorcellerie, débarque sur le pas de sa porte, avec torches et tout le toutim. Affolée, Olivia confie Mercy à son amie Abbie, fantasque tenancière d’une maison close, et tente de repousser ses agresseurs. Dans l’escarmouche qui s’en suit, Olivia doit se défendre et use d’un don particulier, un pouvoir magique qui lui permet de projeter des flammes.

Manque de chance, sa maison prend feu, et la voilà portée disparue. Déclarée coupable de sorcellerie de manière posthume, Olivia subit l’opprobre tandis que sa fille est placée sous la tutelle de Ruth Taylor, rigide épouse dévote du juge du comté de Shaalem. Et le pire est encore à venir, car la redoutable Ruth joue un double jeu elle aussi. Sous ses airs de bigote, elle dirige en réalité un culte dont le projet et de réveiller un mage maléfique dont l’âme fut damnée il y a des siècles. Olivia va donc devoir affronter les ennemis héréditaires de sa famille s’il elle veut pouvoir libérer sa fille.

Ma sorcière bien brûlée

C’est bien connu, depuis la fameuse Boîte de Pandore, il est devenu quelque peu commode, en fiction, d’enfermer de façon plus ou moins contigüe et originale toutes sortes de maux ou d’entités maléfiques: les Titans dans le Tartare, les fantômes dans Ghostbusters, La Momie dans le film éponyme, l’Antéchrist dans le Prince des Ténèbres, le Général Zod dans Superman II, les exemples sont bien sûr trop nombreux pour espérer en faire une liste exhaustive, mais après tout, un sarcophage, pourquoi pas.

L’histoire, qui ne compte que 48 pages, se lit donc très rapidement et ne demande pas un fol investissement, que ce soit en temps ou en émotions. Les bases sont rapidement posées, sans fioritures, et l’on peut pour cela compter sur l’expérience vertigineuse de Serge Le Tendre, qui rappelons-le, a tout de même forgé le game s’agissant du genre Fantasy en France. Le reste se déroule de façon plutôt linéaire, puisqu’en si peu d’espace, on peut imaginer qu’il fut difficile d’implémenter plus de péripéties et de rebondissements.

Il y a néanmoins quelques éléments qui m’ont chiffonné, j’en viens donc à une partie spoiler que je conseille d’éviter à celles et ceux qui souhaiteraient découvrir l’album par eux-mêmes.

On apprend donc qu’Olivia fait partie de la Guilde (j’imagine qu’il n’y avait pas plus générique comme nom pour un groupuscule… ah ben tiens, c’est pas si mal, ça: « le Groupuscule« ), une lignée de puissants mages liés aux forces de la nature dont la vocation était d’éclairer l’Humanité. Bien évidemment, un schisme idéologique se produit et l’un des Mages se rebelle (bonjour Lucifer, Voldemort et toutes les autres figures prométhéennes négatives), parce qu’il considère qu’il y a mieux à faire avec tout ce pouvoir. Il est vaincu, est exécuté, MAIS, son âme est enfermée dans ce fameux sarcophage afin de… tourmenter son âme ? l’empêcher de mourir définitivement ? Ce n’est pas très clair car il est simplement mentionné que ce mage « prétendait pouvoir dominer la mort ».

Ce qui m’a principalement gêné, c’est que cette Guilde, sensée représenter les forces capables du Bien, excommunie l’une des leurs qui tente d’empêcher la résurgence du Mal, puis se montre totalement absente et inepte lorsque le dit mal ressurgit, et surtout, ne trouve pas un moyen plus efficace, ou en tous cas pas aussi aisément corruptible ou détournable, d’enfermer ce méchant. A mon sens, ce sont ce genre de détails qui peuvent à terme nuire à la crédibilité d’un scénario, même sur un format court et peu exigeant de one-shot 48 pages.

En parlant de détail, je passerai sous silence le faux-raccord qui s’est glissé en page 6 case 1, car je passerais certainement pour un tatillon 😉

En conclusion, cet album, qui marque la présence d’un auteur old-school et incontournable de la BD franco-belge chez un éditeur de taille modeste, finit d’asseoir une tendance que nombre d’entre vous auront sans doute déjà remarquée. En effet, de plus en plus d’auteurs reconnus se tournent vers les maisons d’édition indépendantes, voire vers le crowfunding, pour des projets plus petits, parfois moins ambitieux car plus récréatifs. Cela s’explique sans doute par une volonté de respirer artistiquement parlant, et ainsi créer des projets moins chronophages à coté de leurs productions majeures.

Le seul hic est que désormais, les petits éditeurs, qui jusque-là étaient plus prompts à s’engager auprès d’auteurs encore inconnus, sont accaparés par les pontes, et ont donc tendance à délaisser les débutants qui cherchent à faire leurs armes dans le secteur indé.