***·BD·Nouveau !

Dans le ventre du dragon #1: Udo

Premier tome de 54 pages d’une trilogie écrite par Mathieu Gabella, dessinée par Christophe Swal et mise en couleurs par Simon Champelovier. Parution chez Glénat le 23/02/2022.

L’aventure intérieure

Il y a bien des siècles, le héros Siegfried terrassa le dragon Fafnir, armé de son courage et de son épée. Mais cette victoire, dit-on, eut un prix. Tenté par les vaines promesses de la créature, Siegfried conclut un marché avec elle, promettant de l’épargner en échange d’un grand pouvoir qui le rendrait invincible face aux dragons.

Siegfried n’avait semble-t-il pas lu toutes les histoires qui nous mettent en garde contre les voeux que l’on est tenté de faire, si bien que son souhait s’est retourné contre lui d’une cruelle façon. Sous l’influence de la magie de Fafnir, Siegfried est bien devenu invincible face aux dragons, mais ce pouvoir l’a transformé en escogriffe difforme et s’est transmis depuis à tous ses descendants, qui sont de facto devenus de redoutables chasseurs.

Udo Von Winkelried use lui aussi de ce don familial pour perpétuer la tradition. Un beau jour, il est convié au château d’un certain Phylogène d’Esquamate, un savant qui consacre son temps à l’étude des dragons comme l’avaient fait ses parents. Ce dernier a un plan dont l’ambition est inversement proportionnelle aux chances de succès. Aidé de Wei, un pirate chinois capable de dresser les petits dragons, Phylogène compte traquer le plus grand de tous les dragons marins jamais répertorié. Comme la cuirasse de ce monstre est quasi impénétrable, l’équipe devra le tuer de l’intérieur, et donc, se faire avaler au préalable. Face à la perspective de terrasser un tel ennemi, et séduit par la promesse de montagnes d’or issues de la dépouille, Udo s’embarque lui aussi pour cette périlleuse mission. Mais c’est bien connu, aucun plan ne survit au contact de l’ennemi…

Swallowed Whole

Le dragon est une figure mythique incontournable, présente dans de nombreuses cultures et porteuse de symboles très divers. En occident, le dragon représente plus généralement des forces obscures et chtoniennes, des pulsions mortifères et négatives combattues par de vertueux héros. Empruntant leur caractéristiques aux reptiles ils ont marqué l’imaginaire jusqu’à aujourd’hui, et ce n’est visiblement pas près de s’arrêter.

Dans l’univers imaginé par Mathieu Gabella, les dragons sont métamorphes, et leur corps produit toutes sortes de matières précieuses, comme des joyaux en guise d’excréments, ou une mue qui se change en or. L’avidité dont on affuble généralement les dragons a donc changé de camp, puisque ces créatures féroces et agressives sont traquées pour les richesses que leur capture promet aux hommes. L’auteur prend donc son temps pour distiller toutes les informations nécessaires à la bonne exposition de son intrigue, pour introduire tous ses concepts et ses personnages principaux.

Règle n°1 du héros nordique: Toujours se fier aux promesses de pouvoirs faites par un reptile géant.

On aurait pu s’imaginer au premier abord que l’intrigue aurait la même structure qu’un film de casse (un caper en anglais), qui commencerait par le recrutement de l’équipe, la préparation du plan puis son exécution, avec la partie consacrée à l’improvisation ou à la révélation d’éléments connus des personnages mais pas du lecteur et qui expliqueraient le succès final de l’opération (structure typique des films Ocean’s Eleven/Twelve etc). Ici, l’auteur semble prendre une autre voie, et démarre son premier tome avec le plan déjà établi, et l’équipe quasiment réunie à l’exception d’Udo, et se ménage de la place pour des flash back qui viennent enrichir le passé du protagoniste, dépeignant l’effet de la malédiction de Siegfried sur ses descendants. Puis, une fois la mission lancée, l’auteur nous emmène dans les entrailles de ce Léviathan et nous conduit de surprise en surprise, promettant en fin d’album une aventure épique mais éloignée des codes du récit de braquage.

On ne peut donc s’empêcher de penser à des récits tels que Jonas et la Baleine dans l’Ancien Testament, qui semble être l’exemple le plus ancien de ce type de ressort dramatique (si l’on excepte Cronos et ses enfants dans la mythologie grecque, nulle mention n’y étant faite du point de vue des olympiens à l’intérieur du Titan, alors que l’épreuve de Jonas est décrite de son point de vue après qu’il ait été avalé), ou encore le film l’Aventure intérieure, où le héros explore un corps…de l’intérieur.

L’album est de bonne facture, tant narrativement que graphiquement, on attend donc la suite prévue pour le mois de mai 2022.

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***·BD·Jeunesse

Gravity Level #1/2: désertion

Série en deux tomes, écrite par Lorenzo Palloni et dessinée par Vittoria Macioci. Parution aux éditions Sarbacane le 08/01/20 et le 05/02/20. Lecture conseillée à partir de 10-12 ans.

Une grave idée de la gravité

Prenons cinq minutes pour revenir sur ce diptyque paru en 2020, et qui mérite certainement le détour. Depuis quelques siècles, la gravité a cessé de s’exercer sur Terre, provoquant la fin du monde tel que l’Humanité le connaissait. Les animaux, les humains, les océans, tout a été emporté vers la stratosphère, inexorablement. Une communauté de survivants s’est ainsi réfugiée sous terre, protégée par une bulle artificielle de gravité ainsi que des équipements conçus pour en contrer l’absence.

Bien entendu, nous savons tous que lorsque des humains ont besoin de sécurité, cela ne peut se faire qu’au détriment de la liberté. Et plus grand est le besoin de sécurité, plus grandes seront les atteintes liberticides. Zero-City, la ville des survivants, est donc une parfaite petite dictature inégalitaire, dans laquelle tout ce qui sort du cadre ne peut prospérer.

Vikt, Ibu, Waka, Bek et Pwa, sont cinq adolescents rebelles, qui, après un terrible accident causé par leur insouciance, sont contraints à l’exil. Obligés de quitter Zéro-City, les cinq gamins vont devoir s’aventurer dans le monde extérieur, que personne n’a osé explorer depuis l’apocalypse. Nos pieds-nickelés zéro-G survivront-ils à ce périple insensé ?

A force de chercher des causes possibles à la fin du monde, (virus, guerres, astéroïdes, robots, zombies), il paraissait inévitable qu’on en vienne à puiser dans le terreau SF pour imaginer une planète sans gravité. Ce pitch était déjà celui de Skyward, et peut poser des soucis en terme de suspension d’incrédulité. En effet, il semble assez piégeux d’exploiter un tel concept en prenant bien en compte tous les paramètres hypothétiques qu’il engendrerait.

En effet, sans gravité, il n’y aurait déjà pas d’atmosphère pour commencer, l’air se serait donc carapaté bien avant les océans, sans parler des rayonnements cosmiques face auxquels l’atmosphère fait guise de rempart. Bref, vous l’aurez compris, à moins d’avoir été écrit par un docteur en physique un peu cinglé, il ne faut pas trop chercher de plausibilité dans le traitement de ce pitch, mais plutôt se laisser porter.

La confrontation entre innocente jeunesse et rudesse d’un monde apocalyptique est un thème souvent abordé dans ce genre pléthorique, mais il fonctionne ici suffisamment bien pour tenir en haleine au fil des deux albums. La quête initiatique et le prix qu’elle induit pour notre groupe de mauvais élèves sont donc ce qui donne au diptyque tout son intérêt, mais les graphismes ne sont pas pour autant en reste.

Vittoria Macioci fait carton plein sur le design des personnages, très cartoonesque, ainsi que sur la mise en scène des décors, tantôt claustrophobes (la ville et son régime dictatorial), tantôt angoissants d’ampleur (le monde extérieur). Une série courte qui se lit donc facilement !

****·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Leviathan #1

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Manga de Shiro Kuroi
Ki-oon (2022), 172p., 1/3 volumes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance!

Un équipage de pilleurs d’épaves flotte dans le vide spatial, le gigantesque navire Leviathan, éventré, à sa merci. Dans le vaisseau vide ils découvrent un carnet de bord tenu par un collégien parti en voyage scolaire à bord du vaisseau. A mesure de leur progression dans les entrailles du Léviathan ils découvrent qu’une macabre danse s’est formée parmi les survivants du naufrage et que leur équipée de routine risque bien de s’avérer plus dangereuse que prévu…

📚 Rémi 📚 on Twitter: "Shiro Kuroi (@Kuroi_Siro) va publier "Léviathan"  chez @ki_oon_Editions en 2021. Une aventure qu'il a commencée en amateur en  vendant des fascicules comprenant les premières pages au Comitia.Continuant sa très ambitieuse politique d’édition de mangas originaux sous sa bannière (après Tsugumi project ou Roji! par exemple), Ki-oon a annoncé tôt l’année dernière ce manga prépublié dans son magazine et dont les premiers aperçus ont impressionné la mangasphère. Ce premier tome comprend quatre chapitres (dont quatre pages couleur en introduction) et un court cahier bonus final en forme de dramatis personae.

Premier album publié de l’auteur, Leviathan impressionne par sa forme graphique. Influencé par Otomo et Miyazaki, Shiro Kuroi travaille dans un style très européen (voir italien) fait de hachures enchevêtrées avec des trames tout à fait adaptées et invisibles dans son dessin. Dès l’image de jaquette on est attiré par cette jeune fille au regard énigmatique et un élément technologique derrière elle qui nous renvoie immédiatement à l’univers mental de HR Giger, le papa d’Alien. Si les décors du vaisseau, en forme de huis-clos) restent relativement plats, ce sont les gros plans et costumes qui impressionnent de précision et de matière. Encore soumis à quelques imprécisions techniques, le mangaka déroule une intrigue simple mais diablement bien construite avec pour ambition de créer une tension de thriller entre le Battle Royal et les dix petits nègres. Assez vite on comprend en effet que la survie des naufragés repose sur un secret dont la connaissance va entraîner la mort dans son sillage…

Léviathan #1 | BoDoï, explorateur de bandes dessinées - Infos BD, comics,  mangasSur une trame très proche du très bon Astra, Leviathan s’en détache par l’aspect huis-clos qui change résolument l’approche et l’ambiance délétère. Si l’on a bien l’idée d’un groupe d’adolescents terrifiés, l’arrivée de morts violentes pose l’atmosphère recherchée par l’auteur: un danger de tous les instants, une bataille à mort, des relations psychologiques manipulatoires malsaines.

Je m’attendais à lire un manga d’exploration spatiale et il s’avère que (pour le moment) l’équipage de pilleurs n’est que le témoin du récit, le scénario alternant régulièrement entre les deux trames temporelles. A mesure que la population du journal de bord va se réduire on peut imaginer que la première intrigue va inversement grossir. Il reste que malgré de très légers défauts que l’on pardonnera bien volontiers à une première œuvre, Leviathan nous happe de bout en bout dans son fiel inquiétant et impressionne par sa maîtrise générale qui n’a rien à envier à des auteurs chevronnés. L’éditeur a bien compris le potentiel de cette série et a lancé une grosse com’ justifiée. Un auteur à suivre et une nouveauté tout à fait enthousiasmante que je vous invite à entamer sans délai!

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****·BD·Nouveau !·Rapidos

Kong Crew #2 – Blacksad #6

Pour finir la semaine on continue dans le registre années 50 ouvert par le Noir Burlesque de Marini mercredi et fort bien accompagné par deux excellentes séries, le désormais patrimonial Blacksad qui revient en grande forme et le run Pulp d’Eric Herenguel Kong Crew. Enjoy!

  • Kong Crew #2: Hudson Megalodon (Herenguel/Ankama) – 2021, 2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

couv_435691Comme pour le précédent volume Ankama et Herenguel ont peaufiné une très belle édition qui met dans d’excellentes dispositions pour continuer la lecture de cette pulpissime série. Pas de bonus particulier hormis deux couvertures alternatives (plutôt mieux que celle retenue pour l’album). Eric Herenguel aime les dinos et vous comme le montre l’illustration, vous allez en avoir pour votre argent! Retrouvez la critique du premier volume (en format comics) ici.

Après ce qui ressemblait plus à une introduction dans le premier tome, on rentre en plein dans l’action en retrouvant Virgil aux prises avec la reine des Amazones. Alors qu’un commando spécial est envoyé dans la Jungle de Manhattan et proprement décimé en mode survival la fille du colonel lance un plan pour sauver le chien-héros… On reste donc proche du n’importe quoi avec un sens diablement élevé du cadrage cinématographique de la part d’Eric Herenguel qui confirme que Kong est un gros décors scénarisé présent par des surgissements épisodiques pour laisser planer une menace gigantesque. Les personnages ont pourtant affaire principalement aux dinos bien méchants et on peut dire que comme dans les modèles du septième Art (on pense à Predator ou aux Jurassic Park) ça meurt beaucoup à Manhattan! L’histoire avance bien dans un scénario très bien huilé qui distille les infos régulièrement sur des protagonistes qui avaient été survolés jusqu’ici. Qui est bon, qui est méchant? Hormis les passages avec la fille du colonel qui ont vocation à maintenir de l’humour dans cette grande aventure mais qui ne sont pas franchement passionnants, on est tout à fait pris dans ce superbe blockbuster, fantasme géant miraculeusement sorti de l’imaginaire d’Herenguel. On en redemande!

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  • Blacksad #6: Alors tout tombe (Canales-Guarnido/Dargaud) – 2021, Première partie d’une histoire en deux volumes.

couv_431431Cela faisait huit ans que nous n’avions plus de nouvelles du ténébreux détective John Blacksad! Prenant leur temps pour développer de très profondes chroniques de l’Amérique des années cinquante, Guarnido et Canales se lancent pour la première fois dans un diptyque qui, surprise, se trouve lié avec le troisième tome Ame Rouge, le meilleur de la série selon moi. Plus passif, le détective se retrouve engagé comme garde du corps d’un syndicaliste qui dérange les projets immobiliers du maire de New-York et son éminence grise, jamais à cours d’un mauvais coup. Entre un milieu intellectuel autour duquel gravite Blacksad et les enquêtes journalistiques de Weekly et sa nouvelle copine, les planches de Guarnido claquent toujours autant et montrent que le dessinateur espagnol n’a rien perdu de sa passion pour le mouvement et le détail. Comme d’habitude l’enquête du héros est prétexte à aborder mille et une facette de cette société florissante d’un pays tiraillé entre utopie intellectuelle et pouvoir fascisant. Entre ces deux veille le chat et ses neuf vies…

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***·BD·Nouveau !·Service Presse

Le Sang des Immortels

La BD!

Histoire complète en 104 pages, écrite par Françoise Ruscak, d’après le roman de Laurent Genefort, dessins de Francesco Trifogli. Parution le 13/10/2021 chez les Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance!

Who wants to live forever ?

Après des années de silence radio, le survivant d’une mission d’exploration est retrouvé dérivant dans l’espace. L’homme en question, le Professeur Glarith, prétend avoir été en contact, sur la planète Verfébro, avec un féroce prédateur baptisé le Drac, et en avoir retiré de stupéfiantes capacités de régénération et une longévité supérieure. En gros, le don d’immortalité.

Cette découverte représente bien évidemment un intérêt prioritaire pour certaines entreprises terriennes, dont la méga corporation Selfano dirigée par Klart Lagart, qui monte une nouvelle expédition sur Verfébro pour mettre la main sur un spécimen vivant de Drac et dupliquer le don d’immortalité. Ainsi, Nemrod, chasseuse intrépide, Samsara, mercenaire cupide mais terre à terre, Frère Jok religieux inquiet des répercussions d’une telle découverte, et le Docteur Teafor, intéressée par le remède afin de sauver sa fille malade, se retrouvent coincés sur la planète, après que la deuxième expédition ait connu un sort tragique. Les survivants n’en oublient pas pour autant leur mission et se mettent à la recherche du fameux Drac. Mais la planète ne livrera pas ses secrets d’immortalité sans faire payer un tribut aux explorateurs.

L’enfer vert

Après Les Peaux Épaisses, c’est un autre roman de Laurent Genefort qui est adapté chez les Humanos. L’intrigue, suffisamment dense, contient tout de même quelques longueurs et n’évite pas tous les poncifs du genre, comme la corporation cupide et malveillante (hello la Weiland Yutani !) ou le prêtre mesquin.

Le cadre, quant à lui, est magnifiquement mis en image par Francesco Trifogli, qui donne vie à des créatures pas nécessairement très originales, mais tout de même suffisamment convaincantes pour nous immerger dans ce monde hostile. Les interactions entre les personnages et leur rôle précis, font l’objet d’un traitement plutôt cohérent, et réservent même quelques coups de théâtre.

On bénéficie même, grâce à l’écriture de Françoise Ruscak, d’une réflexion intéressante sur les implications qu’aurait le don d’immortalité pour le genre humain: l’avidité destructrice des hommes qui menacerait la planète Verfébro, la solitude qu’implique le fait de vivre éternellement, et le sort peu enviable qui attend ceux qui ne peuvent pas mourir mais qui ressentent tout de même la douleur. Tout ceci est bien évidemment brossé assez prestement, notamment à cause du format qui ne permet pas de s’étaler trop longuement sur ce genre de considération.

Cette nouvelle adaptation de Laurent Genefort apporte donc son lot de questionnements et de rebondissements, servis adéquatement par les dessins de Francesco Trifoli.

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La Brigade des cauchemars #5 : Léonard

Cinquième tome de 62 pages de la série écrite par Franck Thilliez, dessinée par Yomgui Dumont et mise en couleurs par Drac. Parution le 16/09/2021 aux éditions Jungle, collection Jungle Frissons.

Dans le terrier noir du Lapin Blanc

Coup de coeur! (1)

Les rêves sont une part importante de notre vie, de par le temps que notre cerveau y consacre et de par l’impact qu’ils peuvent avoir sur nous lorsque nous sommes éveillés. Le Professeur Angus le sait bien, car il dirige une clinique du sommeil tout à fait particulière. En effet, ce scientifique, qui vit isolé dans la campagne, dirige la Brigade des Cauchemars, un groupe dont la spécialité est de s’infiltrer dans les cauchemars récurrents de jeunes patients afin de régler le problème à la source.

Pour ce faire, la Brigade exploite une technologie révolutionnaire, qui permet de donner une dimension physique aux rêves, permettant ainsi l’exploration. Attention toutefois: il faut être sorti du rêve avant le réveil du patient, sous peine de se voir littéralement coincé dans sa tête. Autre phénomène qui a son importance, tout ce qui fait partie du rêve se matérialise, si bien que le monde onirique d’une personne peut, si on le laisse sortir, se manifester réellement…

La Brigade des Cauchemars est composé de Tristan, le fils du Professeur, d’Esteban, puis de Sarah, une ancienne patiente. Tristan, paraplégique depuis un tragique accident, voit dans l’exploration des rêves une forme d’affranchissement de ses contraintes physiques, tandis qu’Esteban y a trouvé des réponses troublantes sur ses origines (voir tome 3). L’ultime mission du trio est d’explorer les rêves de Léonard, un ancien patient du Professeur qui retient son épouse Alice, la mère de Tristan, en otage dans sa tête. Quels pièges mortels attendent nos héros dans la psyché torturée du jeune cobaye ?

Dans les bras de Mort-Fée

Voici la conclusion des aventures de la Brigade des Cauchemars, après plusieurs rebondissements et révélations au cours des quatre précédents tomes. L’écriture au cordeau de Franck Thilliez permet d’établir une intrigue solide et captivante, même si l’on peut reprocher une conclusion, comme souvent dans ces cas-là, trop hâtive. Le cœur de l’album génère toutefois suffisamment de tensions quant au sort de nos héros et à l’accomplissement de leur mission de sauvetage.

L’ambiance de ce tome est cohérente avec l’ensemble de la série, et ajoute un soupçon de thriller politico-militaire, avec les sempiternels méchants qui veulent exploiter la technologie des rêves à des fins belliqueuses. L’intervention de ses lascars en treillis ne gâche cependant pas l’intrigue, même si l’on se doit de souligner leur caractère franchement caricatural.

Côté caractérisation, j’ai noté un effacement assez net du personnage d’Esteban depuis les révélations à son sujet, ce qui à mon sens est largement préjudiciable, comme si l’auteur n’avait pas souhaité, par peur de manquer de temps ou de matière, se pencher sur le vertige existentiel qui devrait le traverser depuis qu’il a découvert la vérité (je n’en dis pas davantage afin d’éviter le spoil, mais il y a, je pense, pas mal à discuter sur ce point).

Dans son ensemble, la Brigade des Cauchemars est une excellente série jeunesse, qui saura captiver les jeunes lecteurs, les emportant manu militari dans les méandres désespérés des mauvais rêves.

**·BD

Ion Mud

La BD!

Histoire complète en 274 pages, écrite et dessinée par Amaury Bundgen, parue aux éditions Casterman le 20/01/2021.

Le vieil homme et l’Espace

Perdu dans un vaisseau-monde aux proportions cyclopéennes, Lupo oscille entre survie et exploration depuis bien longtemps, probablement des décennies. Marqué par les années d’errance spatiale, le vieil homme semble néanmoins avoir un objectif, celui de retrouver ses amis, desquels il fut séparé suite à des événements dont nous ne connaîtrons pas la teneur exacte.

Ce gigantesque vaisseau, composé d’innombrables niveaux, tous dotés d’une technologie à peine entendable, n’est pas habité que par Lupo. En effet, une armée de drones en assure la maintenance, et d’autres espèces vivantes, plus ou moins hostiles et venues d’autres systèmes semblent avoir été embarquées contre leur gré, comme notre vieux passager. Comme si cela ne suffisait pas, une xéno-forme de vie infecte l’ensemble des passagers et se répand de façon pandémique, forçant les drones à confiner certaines zones du vaisseau pour éviter le crash.

Lupo cherche une Torana, une porte noire pouvant le mener à ses amis. Pour survivre et atteindre son objectif, l’explorateur devra donc compter sur son expérience, son ingéniosité et sa bonhommie. Cela lui suffira-t-il à encaisser les révélations quant aux raisons de sa présence sur le vaisseau et sa véritable destinée ?

Blame ! it on the Boogey

Convenons-en d’emblée: pour ce premier album, Amaury Bundgen se révèle meilleur dessinateur que scénariste. A l’image de son protagoniste Lupo, l’auteur donne l’impression de s’être perdu dans les vastes méandres de son scénario, qui s’étale sur plus de 200 pages mais dont la narration hachurée déconcerte plus qu’elle n’happe.

Le premier acte, notamment, comporte bien des problèmes puisqu’il n’introduit qu’à grand peine l’univers développé par l’auteur, qui semble confondre mystère bien dosé et confusion. En effet, il se passe une cinquantaine de pages avant qu’un objectif ne soit clairement défini, bien que sur le plan diégétique, Lupo a commencé sa quête quarante ans auparavant. De nombreuses scènes, dont certaines rencontres faites par Lupo, déconcertent car elles n’amènent rien de spécifique à l’intrigue, que ce soit en terme de distillation de l’information (essentielle lors d’un premier acte), ou de caractérisation, et n’ont pas d’impact sur le reste de l’intrigue. Au contraire, d’autres rencontres relancent le rythme de façon plutôt artificielle, pour mener à un final convenable mais tout de même hâtif car composé essentiellement de réponses péremptoires.

L’auteur ne semble donc pas avoir bien saisi l’intérêt de préparer en amont ses péripéties et ses révélations, si bien que certaines d’entre elles semblent abruptes jusqu’en en perdre leur saveur. Le personnage principal demeure néanmoins sympathique, ce qui fait que l’on adhère plus ou moins à sa cause par la force des choses.

Ce constat est bien frustrant, car Ion Mud portait les germes d’un récit de genre à l’univers captivant, mais dont l’exécution hasardeuse manque de maîtrise, ce qui nuit à la qualité de l’ensemble. Il semble d’ailleurs très étonnant, de la part de l’éditeur qui a repéré Amaury lors d’un salon BD, que ce dernier n’ait pas bénéficié d’un suivi éditorial plus resserré qui aurait permis d’éviter les écueils narratifs qu’affiche l’album.

Graphiquement, Amaury Bundgen livre toute l’étendue de son talent en proposant des somptueuses planches en noir et blanc, dans lesquelles il fait montre de maestria quant aux décors.

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Folklords #1

East and west

Premier tome de la série écrite par Matt Kindt et dessinée par Matt Smith, qui comprend les 5 premiers épisodes du comic initialement publié par BOOM! Studios. Parution en France chez Delcourt le 03/02/2021.

La quête des quêtes

Ansel n’est pas un garçon comme les autres. Alors que tous les jeunes de son âge se questionnent sur la Quête qu’ils choisiront de mener à bien, Ansel connaît déjà la sienne. Pour lui, point de Toison d’Or, ni de trésor caché, ni de dragon, ni princesse à délivrer. Bercé par ses rêves récurrents, dans lesquels il voit un monde étrange, fait de hauts bâtiments, de charriots sans chevaux et d’engins volants, il ne rêve que de quitter son village pour trouver le « Maître-Peuple » et ainsi découvrir ce monde caché.

Tout serait plus simple pour Ansel si son village n’était pas sous le joug autoritaire des Bibliothécaires, une secte qui bannit la simple mention de ce « Maitre-Peuple ». S’il souhaite mener à bien sa quête, et ainsi trouver des réponses, Ansel va devoir braver l’interdit, ce qu’il fera accompagné de son ami elfique Archer. Leur mission va les confronter au secret le mieux gardé du monde, que tous, elfes, trolls ou gnomes, sont loin d’envisager.

Désenchantement du monde

Sur la route, les péripéties vont s’enchaîner pour les deux héros débutants. Peu rompus aux principes de la quête fantastique, Ansel et Archer vont d’abord rencontrer Laide, une force de la nature qui espère rencontrer le prince charmant qui la soulagera du « sortilège » qui la prive de sa beauté. Mais avant de s’en faire une alliée, il leur faudra échapper au tueur qui sévit dans la Forêt…

Rien d’étonnant à ce que l’on retrouve une nouvelle traduction d’une œuvre signée Matt Kindt, tant ce scénariste a su s’imposer grâce à des séries originales et bien pensées (Ether, Black Badge, Mind MGMT). Avec Folklords, il s’empare des contes de fées et de la fantasy (ce qu’il faisait déjà avec Ether dans une certaine mesure) et provoque un effet miroir qui retourne le paradigme habituel. Ici, ce n’est pas un garçon ordinaire qui va découvrir un monde fantastique, mais un garçon issu d’un monde fantastique qui rêve de notre monde.

Matt Kindt plonge donc son héros dans un abîme de perplexité et sème les graines d’une révélation méta comme les auteurs de comics indé aiment en faire depuis un certain temps. En lisant le quatrième chapitre, j’ai eu l’impression de retrouver le concept développé il y a quelques années par Mark Millar dans son controversé Unfunnies. Bien entendu, Matt Kindt y ajoute sa patte en se détournant in extremis de cette conclusion attendue.

Comme de coutume, Kindt sait travailler ses personnages pour les rendre attachants dès les premiers chapitres. Ainsi, Ansel, a-t-il tout du protagoniste sympathique, ayant tout de même suffisamment de particularités pour ne pas devenir générique. L’auteur altère suffisamment les clichés fantasy pour que chaque concept soit original, ce qu’il devra néanmoins faire pour conserver l’intérêt durant la seconde partie.

La partie graphique de Matt Smith apporte une touche efficace de simplicité à la mise en abyme de Kindt. Son trait à des similitudes avec celui de Duncan Fregedo, qui de façon assez ironique, est aussi présent dans la galerie d’illustrations faisant office de bonus.

Folklords est une aventure exploitant des lieux communs galvaudés pour produire un récit inédit et innovant.

***·BD·Nouveau !·Service Presse

L’Or du bout du monde #1: Laureen

La BD!

Premier album de 50 pages d’une série écrite par Jérôme Félix et dessinée par Xavier Delaporte. L’explorateur Philippe Esnos est crédité, de façon posthume, pour son apport personnel au scénario. Parution le 03/02/2021 aux éditions Grand Angle.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

L’appel de l’aventure

Il est des personnes sur lesquelles l’infortune s’acharne telle une malédiction. Et il est des fortunes dont la malédiction pousse certaines personnes à s’acharner. C’est le cas pour le trésor d’Atahualpa, le dernier empereur inca, dont le trésor et la dépouille momifiée attendraient patiemment d’être découverts dans la jungle équatoriale.

De nombreux hommes sont morts, ou se sont entre-tués, pour espérer mettre la main sur ces gargantuesques richesses. Pour Laureen, jeune domestique irlandaise du début 20e, tout ceci ne constitue guère que des rêveries, elle qui passe son temps libre à lire des romans d’aventure et chasse au trésor. Malheureusement pour elle, Laureen va subir les affres d’une société de classes hypocrite et bigote. Ainsi, la jeune femme va tomber enceinte après avoir été contrainte de coucher avec le fils de son maître. Mise à la porte avec son bébé illégitime, Laureen va devoir retourner chez elle, ou elle subira l’opprobre des siens et sera contrainte d’abandonner son enfant.

Mais la chance va tourner, sous la forme d’un mystérieux parchemin hérité de son père abandonnique. Cet étrange document, que l’on pourrait confondre avec un MacGuffin sorti d’un de ses livres d’aventure favori, indique l’emplacement du trésor d’Atahualpa. Laureen se prend alors à rêver: avec ne serait-ce qu’une fraction du trésor, elle aurait de quoi vivre une vie de rêve, avec son enfant. Finies, la honte et la misère ! Mais comment exploiter cette carte, elle qui jamais n’a voyagé ?

La dernière Or

Laureen décide donc d’aller à Dublin, afin d’obtenir l’aide de Sir Burton, un célèbre explorateur habitué à chasser des trésors. Malheureusement, le filon est trop juteux pour que Burton daigne le partager. Conquis par l’avidité comme d’autres avant lui, il s’empare de la carte et s’emploie à trouver lui-même le trésor.

Laureen va donc devoir partir elle aussi à la poursuite du trésor, et va pour s’embarquer pour le plus périlleux des voyages.

Connu récemment pour l’excellent Jusqu’au dernier, Jérôme Félix nous plonge dans une nouvelle aventure à la trame classique, mais abordée sous un angle réaliste. Aidé dans sa conception par un véritable aventurier, le scénariste met toutes les chances de son côté en réunissant tous les ingrédients d’une bonne histoire: une protagoniste sympathique que l’on a envie d’encourager, une motivation solide et compréhensible, et des personnages secondaires nuancés et crédibles.

La partie graphique assurée par Xavier Delaporte comporte une touche de classicisme qui sied bien au genre. Son trait réaliste lui permet d’offrir des décors très réussis ainsi que des plans large maîtrisés. J’émets des réserves sur la colorisation, qui, bien que moderne et prenant le contre-pied du dessin, le dessert quelque peu.

Rassurez-vous cependant, L’Or du bout du monde a tout d’un solide récit d’aventure. Les bonus sur la vie de Philippe Esnos sont aussi très instructifs, et nous montrent qu’il existera toujours des esprits indomptables en quête de découverte et de liberté.

***·Comics·East & West·Nouveau !

Oblivion Song #3

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Série en cours, écrite par Robert Kirkman, dessinée par Lorenzo De Felici. Trois tomes parus en France chez Delcourt, en 2018, 2019 et 2020.

Je rêvais d’un autre monde

Il y a quelques années, Philadelphie a connu un évènement surnaturel aux conséquences tragiques: la transférance, qui envoya toute une partie de la ville dans une dimension baptisée Oblivion, zone hostile peuplée par une faune cauchemardesque. Nathan Cole, scientifique de son état, maîtrise une technologie pouvant reproduire, à petite échelle, le transfert vers Oblivion, et s’est donné pour mission de ramener tous les habitants de Philadelphie perdus là-bas.

Nathan a poursuivi ses périlleux sauvetages des années durant, même après l’abandon du gouvernement américain. Une victime après l’autre, au compte-goutte, Nathan ramène des survivants sur Terre, espérant secrètement retrouver son frère Ed. Ce que Nathan, enfermé dans son complexe du sauveur, ignore, c’est qu’entre temps, les survivants d’Oblivion se sont adaptés à leur nouvel environnement, et certains d’entre eux s’y sont même épanouis.

Les deux premiers tomes étaient le théâtre des retrouvailles entre Nathan et Ed. Le frère rebelle, marginal dans notre monde, était devenu à Oblivion le leader respecté d’une communauté de survivants solidaires et débrouillards. Attaché à son nouveau mode de vie, Ed ne voyait pas les choses du même œil que Nathan. Notre scientifique eut bien du mal à accepter ça, mais les deux frères parvinrent à se réconcilier, chacun d’entre eux reprenant le chemin qu’il s’était tracé.

Hélas, les choses ne sont jamais aussi simples quand on parle de transfert dimensionnel. Ce que Nathan cachait à tout le monde, et ce qui motivait ses recherches effrénées de survivants, c’est sa véritable responsabilité dans la transférance. Membre d’une équipe de recherche, le scientifique a contribué à créer la machine qui engendra le phénomène. Débusqué par l’armée, Nathan a du se rendre pour assumer sa responsabilité.

L’Abysse le scrute à son tour

Le troisième tome opère un changement de paradigme, grâce à une ellipse temporelle de trois ans. Libéré de prison et relaxé des charges qui pesaient contre lui, Nathan découvre qu’Oblivion a été explorée et exploitée pendant qu’il était absent. De nouvelles ressources ont été découvertes, permettant des avancées médicales et scientifiques significatives. Malheureusement, Oblivion n’est pas seulement peuplée de monstres carnivores. Teasés dans les précédents tomes, les Sans-Visages font ici leur entrée fracassante.

Forme de vie intelligente, ces êtres énigmatiques semblent piqués de curiosité pour ces êtres étranges venus d’un autre monde, les humains. Capturant en masse des survivants et des explorateurs, les Sans-Visages attirent l’attention d’Ed et de Nathan, chacun de leur côté. Ce sera donc l’heure des retrouvailles pour les deux frères que tout oppose. Seront-ils de taille face à ces aliens hostiles ?

On ne présente plus Robert Kirkman, auteur à succès dont la plus grande création a touché plusieurs médiums comme la BD, la TV et le Jeu Vidéo. Il nous sert ici un concept original qu’il exploite de manière très fun. Switchant entre les dimensions, Nathan se sert de ses connaissances pour passer les obstacles et résoudre des problèmes, rappelant des univers comme celui de Portal ou Soul Reaver. Cette mise en scène est servie par les dessins maîtrisés de Lorenzo De Felici, qui fait tantôt penser à James Harren (pour les monstres), tantôt à Ron Garney (pour les visages et le dynamisme du trait). Avec du recul, le scénario contient sans doute quelques fils blancs, mais la trame générale, menée avec le brio que l’on connaît à Kirkman, reste suffisamment addictive pour nous tenir en haleine. A ceci s’ajoute bien sûr la psychologie torturée des personnages, ce dont le scénariste a fait sa marque de fabrique.