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Total Combat, round 1

La BD!

Premier tome du diptyque crée par Jack Manini, parution le 03/03/2021 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

T’ar ta gueule à la récré

Jimmy Perez est un jeune homme à l’avenir prometteur. Pratiquant assidu des Arts Martiaux Mixtes (MMA), il s’entraîne ardemment sous la houlette de son coach, aux côtés de son ami Esteban. Les deux compères sont mus par une saine émulation qui les pousse à se dépasser pour s’attirer les faveurs de Jazlyne, la fille du coach.

L’entraîneur sent que le moment est venu pour ses poulains de jouer dans la cour des grands. Toutefois, seul le meilleur d’entre eux pourra disputer un match dans l’octogone face à l’ancien champion Brent Duty. Suite à un concours de circonstances, c’est Jimmy qui s’y colle, et crée la surprise en terrassant Duty dès le premier round. L’ascension ne fait que commencer pour le jeune Pérez…

Bien qu’il ne puisse pas partager sa joie avec son Grand-père, qui ne doit rien savoir des prouesses martiales de son petit-fils adoré, Jimmy peut néanmoins savourer sa victoire dans les bras de Jazlyne, si tant est que le coach accepte de leur donner sa bénédiction.

Malheureusement, le bonheur sera de courte durée pour le jeune combattant. Terrassé non pas par les poings d’un adversaire transpirant, mais par une méningite foudroyante, Jimmy va frôler la mort pour n’émerger qu’après un long coma qui l’aura privé d’une partie de ses fonctions psychomotrices. A son réveil, il apprend que Jazlyne a succombé au même mal, et que son grand-père a tout perdu en essayant d’assumer les frais médicaux.

Rocky bat le boa

D’outsider à challenger, Jimmy a fini par dégringoler au statut d’underdog, dans une situation pire qu’au départ. Ses capacités d’antan envolées, Jimmy doit réapprendre à marcher, à parler, bref, à vivre. Mais avec le soutien de son grand-père, le jeune homme prouve qu’il n’est pas qu’un combattant dans la cage, c’est aussi un bagarreur de la vie, qui prend les problèmes un par un en leur cassant les rotules.

Le jeune Perez, armé de sa seule volonté, apprivoise de nouveau son corps, mais cela ne veut pas dire qu’il toujours ce qu’il faut pour être champion. Qu’à cela ne tienne, le Papy va remotiver son petit en lui révélant une partie de ses origines: il a le combat dans le sang, car son père, et son père avant lui, étaient des champions de Ju-jitsu brésilien, discipline qui domine le game lorsqu’on parle de MMA. Jimmy, qui découvre une nouvelle facette de l’ancêtre, s’entraîne avec lui, apprenant les arcanes d’un nouvel art. C’est alors que, poussé par la nécessité de faire bouillir la marmite, Jimmy rencontre un mécène fortuné amateur de combats en cage, qui va faire de lui son nouveau poulain.

Jack Manini livre ici un diptyque solo centré autour de sa passion pour le MMA. Vous vous en douterez, la thématique du jeune combattant sous-estimé, voire mésestimé, a déjà été traitée dans des films devenus cultes, et d’autres à la facture et à l’intérêt un peu moins certains. Toujours est-il que les films traitant du MMA sortis à ce jour ne se sont pas encore démarqués…

Le pari de Jack Manini n’était donc pas gagné d’avance, et l’auteur savait certainement qu’il lui faudrait miser sur une intrigue solide et un protagoniste attachant pour gagner l’adhésion du public. Il commence par la rivalité amoureuse en enchainant ensuite avec une brève romance pour finalement faire dégringoler son héros et le priver de tous ses espoirs: une tactique qui a fait ses preuves lorsqu’il s’agit de gagner du capital sympathie. Instinctivement, on a donc envie de voir Jimmy se relever et revenir dans l’octogone après avoir dépassé les pires obstacles.

Car là est le premier intérêt de cette première partie: confronter la figure du combattant à l’une de ses pires craintes, celle de ne pas être à la hauteur, celle d’être dépossédé de la force qui le définit en tant qu’être. Jimmy fait face assez dignement, et se remet d’ailleurs assez (trop?) rapidement de sa convalescence. Le cliffhanger de fin a un caractère surprenant, mais perd en vraisemblance lors d’une seconde lecture, à moins que l’auteur ait prévu son coup pour expliquer logiquement ce qu’il lance en fin d’album.

Graphiquement, Manini maîtrise son découpage, offrant des scènes de combat fluides qui n’ont rien à envier à des mangas comme Free Fight. En conclusion, Total Combat, malgré un titre un peu kitch et un pitch assez risqué, s’en sort avec les honneurs notamment grâce à la sympathie attirée par le personnage principal.

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House of X/ Powers of X

East and west

Comic de Jonathan Hickman, Pepe Larraz et RB Silva.
Panini (2020). 228 p., série finie en quatre volumes, environ 80p./volume

La double série croisée House of X (dessinée par Larraz) et Powers of X (dessinée par Silva) est publiée en croisant les volumes dans un ordre irrégulier, agrémenté de nombreux graphiques et documents de background, assez indispensables pour raccrocher les wagons d’une narration chronologiquement volontairement chaotique.

couv_395737Après des décennies à combattre ses semblables en tentant de faire cohabiter l’homo sapiens et les mutants, le professeur Xavier a eu un rêve. Abandonnant sa naïveté sans pour autant admettre la violence de son amis Magneto, il rassemble le peuple mutant en une Nation reconnue par les gouvernements humains, située sur l’Ile de Krakoa. Ceci n’est que l’aboutissement d’une odyssée dans le temps et l’espace. Ceci n’est que le commencement…

MYSTERY COMICS: HOUSE OF X #3, de Jonathan Hickman et Pepe LarrazParmi la foultitude de groupes de héros Marvel les X-men ont toujours eu mes faveurs ce qui a peut-être facilité mon entrée dans les différents events des mutants. Ma lecture assez enthousiaste des All-new Xmen il y a quelques temps m’avait redonné envie de me tenter occasionnellement une série et ce relaunch annoncé comme historique et fort bien critiqué par les chroniqueurs m’a convaincu de tenter le coup, sur une série sommes toutes assez courte et jouissant d’une homogénéité graphique très proche du style Immonen.

Si je reconnais la qualité du travail du scénariste sur cette série je commencerais par dire que la pub faite par Marvel/Panini et reprise en chœur par mes confrères est clairement forcée et s’adresse avant tout aux habitués, à jour dans les séries X-men et sa complexissime chronologie. Hickman leur propose d’ailleurs une construction narrative fort ardue qui demande une grosse concentration. Si l’artifice peut avoir son attrait, il s’apparente au final à un gadget qui permet d’ailleurs assez facilement de relire la série à l’envers. Si l’idée (notamment au travers de l’histoire d’amour entre Xavier et Moira Mac Taggert) est très proche de Malgré tout, elle apparaît beaucoup plus artificielle et dispensable. L’auteur a d’ailleurs intégré de nombreux diagrammes et textes fort bien insérés au milieu des séquences graphiques. Cela réduit d’autant la pagination de BD à proprement parler et on peut s’interroger sur la nécessité d’expliquer dans des textes quelque chose qu’un scénario aurait été à même de développer. Pour autant la structure visant à sidérer le lecteur par des planches balancées sans contexte pour juste derrière préciser ce contexte est maline et donne le sentiment d’une BD sophistiquée.

House of X and Powers of X and Hickman - Imaginary WarsSi l’on regarde au global le récit est en fait très simple et linéaire, trop sans doute pour le laisser sous cette forme (d’où le croisement des trames proposé par Hickman). Ce qui est donc annoncé comme un event majeur est en fait une commande de relaunch qui refuse de lâcher la bride car il n’est là que pour lancer Dawn of X et X of Sword, les crossovers qui en découlent. Les spécialistes des X-men apprécieront peut-être mieux que moi la portée de HoX/PoX, pour les lecteurs occasionnels on a le sentiment, une fois finie la lecture, de juste débuter l’histoire. Frustrant.

HoX/PoX n’est pas pour autant mauvais, ne serait-ce que par des planches vraiment superbes et d’une harmonie impressionnante qui fait douter de changer de dessinateur entre les deux séries. House of X est de loin la plus intéressante car elle reste centrée sur des personnages que l’on a envie de suivre en se centrant sur la création de cette Nation mutante. Outre la très perturbante structure sur quatre temporalité dans Powers of X (de maintenant à +1000 ans), le saut permanent de période et de personnages qui n’ont pas toujours les mêmes noms/apparence empêche le lecteur de s’impliquer émotionnellement et MYSTERY COMICS: POWERS OF X #1, de Jonathan Hickman et R.B. Silvaaccentue l’hermétisme de l’univers. On a tout de même plusieurs très fortes séquences, notamment le second volume de HoX et les révélations vertigineuses sur Moira, ou les percées SF très profondes de PoX sur le post-humanisme et des hypothèses astrophysiques là aussi très puissantes. En extrapolant des réflexions sur l’avenir de machines biologiques, d’une utilisation génétique proche du processus informatique  et du classique thème des IA, la série ouvre il est vrai des portes assez fascinantes…

Très bien dessiné, d’une sophistication qui en laissera plus d’un sur le carreau, House of X/Powers of X est un projet de commande aussi ambitieux qu’industriel. En apportant des concepts motivants, il propose un roller-coaster temporel qui peut plaire mais s’adressera avant tout aux habitués de l’univers mutant et ceux qui envisagent sérieusement de continuer l’aventure sur les publications suivantes.  Pour les autres il vaudra mieux se reporter sur des publications plus anciennes et plus accessibles.

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***·****·BD·Nouveau !

Elecboy #1: Naissance

La BD!

Premier tome de 62 pages d’une série écrite et dessinée par Jaouen Salaün. Parution le 15/01/2021 aux éditions Dargaud.

Apocalypse How

S’il y a bien une chose que l’Homme réussit à tous les coups, en fiction, c’est détruire la Terre. Dans Elecboy, il y est parvenu une fois de plus, ne laissant à ses héritiers qu’une terre stérile, dans laquelle leurs bas instincts auront le loisir de faire loi. Dans un hameau perdu à la frontière du désert, le jeune Joshua survit comme il le peut.

Son père Joseph, responsable d’un petit groupe, a la responsabilité de trouver de l’eau pour la communauté, ce qui est un défi de tous les instants. Mais, même en pleine crise apocalyptique, il semblerait qu’un adolescent reste un adolescent. Joshua, qui entretient avec son père des rapports délétères, est amoureux de Margot, qui appartient au clan des seigneurs locaux, qui imposent à tous un règne de terreur. 

Cet amour impossible est souvent contrarié par Sylvio, le frère de Margot, brute arrogante qui voit en sa sœur bien plus que des liens de sang. La vie de Joshua n’est pas ce que l’on pourrait qualifier de privilégiée, et c’est sans compter sur les mystérieuses créatures qui écument la région, tuant tous les survivants qu’elles croisent. Ces êtres, d’apparence vaguement mécanique, semblent être à la recherche de quelque chose, ou de quelqu’un, sur qui elles ne parviennent pas à mettre la main. 

Jaouen Salaün, remarqué jusque-là pour ses collaborations avec le scénariste Christophe Bec, se lance dans sa première aventure solo, avec cette sage fantastique/SF, dont ce premier album pose les jalons de façon plutôt efficace. L’auteur met en place un univers post-apo où la survie de tous est loin d’être garantie, le tout mâtiné d’une ambiance grandiloquente de tragédie. Ce n’est certainement pas pour rien que les antagonistes, le Clan tyrannique qui impose sa loi à la communauté de survivants, porte majoritairement des noms italiens, rappelant ainsi la dynastie décadente des Borgia. La comparaison ne s’arrête pas là, puisque le patriarche du Clan est une figure mystique proche de celle d’un Pape, tandis que le plus jeune fils nourrit des velléités incestueuses. 

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Post-Apo oblige, Jaouen puise également dans les fondateurs du genre, Mad Max en tête, en utilisant la thématique de l’eau manquante comme moteur pour une partie de son intrigue. Les créatures, dont le design rappelle celui du personnage de l‘Ingénieur dans le comics The Authority, semblent être à la fois divines et mécaniques. J’ai personnellement toujours eu une appétence pour ces thématiques mêlant transcendance et technologie, comme la théorie des anciens astronautes, aussi ce point-là représente-t-il un atout à mon sens. 

A la fin de cet album, le lecteur en saura davantage sur les liens qui unissent les différents protagonistes, les enjeux de leur survie, cependant, le mystère demeure encore quant à cette engeance énigmatique qui semble jouer sa propre survie sur Terre. Gageons que la suite de cette tétralogie saura nous abreuver de ces réponses ! 

Graphiquement, on peut dire que Jaouen a trouvé ici les arcanes de son art, qu’il exprime magnifiquement sur chaque planche, sans fausse note. Le détail des visages et des expressions est saisissant, les décors ne sont pas en reste. On est ici sur une claque visuelle. 

L’avis de Blondin:

Je rejoins Dahaka sur la qualité d’écriture et bien évidemment de dessins de Jaouen qui claquent fort, notamment sur cette séquence d’introduction particulièrement marquante… mais qui garde les promesses un peu trop sous le coude malgré un format assez confortable de soixante pages. Ces incursions SF dans un récit post-apo poussiéreux de Wasteland sont il est vrai rêches et intrigantes mais on sent l’influence (pas forcément pour un bien) de Christophe Bec et sa culture des récits trèèèèèès délayés. Sur un premier tome de mise en place on peut entendre la nécessité de construire des personnages et un univers (sur ce plan c’est fort réussi) mais j’espère sincèrement que l’auteur n’oubliera pas de lâcher le frein dès le prochain volume pour une histoire qui ne semble pas révolutionner la SF mais dont le design et le sérieux de la réalisation sont suffisamment intéressants pour donner envie de poursuivre.

*****·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Ajin, semi-humain #15-16

East and west

Manga de Gamon Sakurai
Glénat (2015-2021) – ed. japonaise Kodansha (2012). 228 p., 16 volumes parus (série finie en 17 vol.).

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

 

couv_414624La base d’Iruma dévastée, Sato dans son Jet, son bras a été récupéré et inséré dans le piège qui doit mettre un point final à l’odyssée de ce génie du crime… Mais alors que Kei Nagaï et son équipe ne voient toujours pas le retour de Sato, le doute étreint le jeune homme: est-il seulement possible de vaincre Sato? Son esprit n’est-il pas tout simplement supérieur au leur?

Attention Spoilers! Il vaut mieux être à jour avant de lire cette chronique…

Scan Ajin 78 VF scan • one piece scanEn miroir des héros d’Ajin, le lecteur qui entame les trois derniers volumes (de ce qui est pour moi la meilleure série manga depuis Akira!) doute en se demandant comment l’auteur va pouvoir boucler son intrigue avec un dix-septième tome paru au Japon… Quand on aime se faire manipuler par des scénarii minutieux on ne peut bouder son plaisir devant cette série qui a donné le jour à rien de moins que le plus charismatique méchant jamais vu en BD… Cela permet de maintenir le lecteur sur la brèche, ne sachant jamais où va tourner le vent.

Après une nouvelle bataille épique dans une base exsangue l’intervention de l’équipe anti-Ajin semble boucler le plan infaillible de Kei Nagaï. Personne ne voit comment Sato peut s’en sortir… et pourtant! Avec toujours un coup d’avance ce dernier décide de quitter le Japon pour poursuivre son oeuvre révolutionnaire aux Etats-Unis… Le fil est tout trouvé pour réintroduire le professeur Ogura, le très désinvolte spécialiste des Ajin qui révéler des sa vision de l’origine des Ajin. A ce moment, surpris de ces révélations tardives alors même que l’intrigue semble loin d’être finie, on assiste à l’apparition d’un Flood, cette génération spontanée évoquée plus tôt dans la série par le professeur et qui crée une situation proche d’un apocalypse zombie…

AJIN: Demi-Human No.74.5 - Comics de comiXology: WebA ce stade, toujours sidéré par la précision des dessins et une action effrénée dans la maîtrise des corps et du mouvement on imagine que la conclusion de la série ne peut être que le commencement d’un autre cycle, plus vaste? J’ai eu le sentiment que les dessins des derniers volumes avaient évolué, notamment le visage de Nagaï, adolescent au début du manga et qui semble avoir acquis une physionomie adulte arrivé au seizième tome. Est-ce juste une progression technique de l’auteur ou une volonté d’exprimer dans les corps les effets de toutes ces morts et mutilations? Toujours est-il que rien à ce stade ne laisse penser dans le déroulement des opérations comme dans la structure du récit (qui propose un nouveau flash-back et des concepts sur les Ajin) que l’on arrive à la fin. Du coup la tension est à un niveau insoutenable avant d’entamer un dernier tome que l’on imagine probablement très frustrant… conclusion dans quelques mois!

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****·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #1

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2020 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

La série est prévue en trois volumes. Le premier est achevé, le second vient de commencer sa publication sur le site. Trois dessinateurs différents sont prévus. Chaque volume comprend environ 90 doubles-pages soit environ 180 p. en équivalent album papier. L’interface de lecture est un site web dynamique professionnel permettant de naviguer dans des menus menant à un très touffu background. Sous les planches se trouvent des extraits du « Codex » détaillant à la fois l’univers de l’album et les très nombreuses références bibliques de la BD dans le contexte des pages. En lecture pleine page ces références disparaissent. A noter que la lecture sur tablette n’est pas forcément des plus simples puisque les planches étant présentées en double page il faut zoomer pour avoir une pleine page A4. Cela étant, la réactivité du site est très performante et hormis un petit ralentissement de la lecture cela n’est pas très dommageable. Un forum (pour l’instant a peu près vide) permet de discuter sur l’univers et il est possible de s’abonner pour recevoir des alertes sur les nouvelles mises en ligne.).

Sur le plan technique ce projet est le plus sophistiqué que j’ai pu lire depuis l’impressionnant Phallaina.

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Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

Les voies de l’éditions sont parfois impénétrables! A l’heure du numérique et du crowdfunding les vecteurs de publications pour de nouveaux projets semblent infinis, entre l’autoédition, le webcomic, la petite maison, le participatif,… et ce qui est le plus surprenant c’est que s’il y a quelques années c’étaient surtout les nouveaux venus qui utilisaient les vecteurs alternatifs, aujourd’hui il n’est pas rare de voir un Frank Cho ou un Sean Murphy passer directement par la case autofinancement… La fin des Irin est ainsi un projet tout à fait professionnel mis en place semble-t-il avec l’appui d’une société de web-développement, d’abord en langue anglaise et décliné en français.

CaptureLe dessinateur du premier volume, Wouter Gort, est un concept designer hollandais, ce qui apporte énormément à l’aspect technologique, principale réussite de cet album. L’entrée en matière impressionne, avec ce prologue hargneux, radical, dressant dès les premières planches l’interaction entre antiquité flamboyante et païenne faite de sang, d’or et de sexe avec de la haute technologie au design excitant! La qualité générale (très numérique) est digne des plus grandes productions et je serais bien surpris de voir quel éditeur sera chargé de porter l’édition papier de ce qui est au moins une réussite graphique indéniable. Dans un style utilisant une technique de colorisation très contrastée issue de l’Animation, Gort propose un monde d’un réalisme saisissant, que ce soit sur Terre, aujourd’hui, avant ou ailleurs. L’intrigue utilise le concept des anciens aliens qui a déjà été vue sur des films tels que Jupiter ascending des sœurs Wachowski mais aussi Prometheus de Ridley Scott ou Stargate. L’idée de donner une origine extra-terrestre à nos dieux n’est donc pas nouvelle (le mythe de Cthulhu n’utilise t’il pas aussi cette formule?) mais c’est la première fois que je vois un background aussi costaud développé pour lier de façon la plus réaliste possible les sources anciennes (textes juridiques réels, évènements historiques, extrapolations scientifiques,…) et nos fondements mythologiques. Par mythologie il faut comprendre les fondements du monothéisme puisque, remontant très logiquement à la source liant les plus anciennes connaissances historiques en matière de cosmogonie en Mésopotamie et la construction du dieu Yahweh, les auteurs visent à brouiller les pistes à la manière d’un Christophe Bec. A ce titre je conseille vivement de consulter au fur et à mesure les « aides de lecture » du Codex du site qui approfondissent fortement une intrigue à la construction parfois obscure du fait de sauts temporels avec des personnages vivant plusieurs siècles.

CaptureLes idées techno-scientifiques expliquant les capacités « divines » de ces êtres sont très bien vues et alléchantes bien qu’à la fin du premier tome on reste encore un peu dans le brouillard. Comme souvent l’illusion de la place disponible pour développer le récit faut tomber dans des à-côtés qui brouillent un peu la lecture déjà complexe avec des intrigues secondaires qui paraissent à ce stade un peu inutiles (mais vue l’ampleur du projet on ne demande qu’à être détrompé). La narration à plusieurs personnages, avec voix-off et sans précisions lors de changement d’époque ou d’endroit demande une certaine concentration, heureusement allégée par une très grande lisibilité des planches, très lumineuses et aux panorama grandioses. On comprend ainsi à la fin du premier volume que l’on va suivre la descendante de Yahweh de nos jours après ce long prologue, avec une revanche prévisible contre la domination du tout puissant Baal. La bonne idée des auteurs est de laisser un certain mystère sur la forme démoniaque de Baal et son fils Marduk (dont la mort déclenche tout) alors que tous les autres personnages sont anthropomorphes. On imagine que la technologie génétique et médicale de cette civilisation est capable de prouesses mais cela permet surtout de maintenir une certaine appétence pour le fantastique, pourtant absent de ces premières deux-cent pages.

Aucune description de photo disponible.On ressort de la lecture de cette longue introduction à la fois fortement attiré par un graphisme clairement bluffant, des thématiques très inspirées, et troublé par une narration parfois un peu laborieuse en oubliant de nous aider à suivre les fils compliqués tracés dans le temps et l’espace. Mais ce n’est pas pire que du Bec (pour reprendre la référence) et au moins aussi intéressant. Reste que le changement de dessinateur, s’il maintient un niveau de qualité très élevé, peut troubler. On attend donc de passer la seconde avec une héroïne née à la toute fin du premier opus, dans un univers et une histoire à la fois simple et à très haut potentiel. L’ambition est clairement là et les moyens semblent avoir été trouvés pour proposer une grande saga de space-opera aussi technique qu’intellectuelle.

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La Force de l’Ordre

Le Docu du Week-End

One-shot de 100 pages, adapté du livre éponyme de Didier Fassin, qui est ici assisté par Frédéric Debomy au scénario, et Jake Raynal au dessin. Parution le 2/10/20 aux éditions Seuil-Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Monopole de la violence légitime

Il est fascinant (voire parfois fascisant) de réaliser que le crime est en soi un phénomène endogène à toute société. En effet, c’est du concept même de société et de civilisation, propre à l’Homme, que découle celui de Loi, et donc, par voie direct de conséquence, celui de crime.

En effet, le crime n’existe pas dans l’état de Nature, et l’on ne saurait reprocher au lion d’avoir étripé une gazelle. C’est donc tout le paradoxe que l’Homme s’impose à lui-même et qui détermine son comportement avec les autres.

Dans un monde toujours plus complexe, parcouru de nos jungle civilisées, une question devient récurrente: qui est la gazelle, qui est le lion ? Dans un système rejetant et condamnant la violence des individus, qui peut se prévaloir d’une violence légitime ?

Suis-je le gardien de la Paix ?

La sociologie nous apporte des pistes de réflexions intéressantes. L’Etat, cette entité intangible et supérieure à la somme de ses parties, a bel et bien le monopole de la violence légitime sur son territoire. Il est paradoxal de penser que pour maintenir la paix dans une société, il faille parfois recourir à la violence. De ce point de vue, il semblerait que ce soit la raison d’être d’institutions étatiques telles que l’armée ou la police. Violenter pour protéger, protéger en violentant, voilà un sacerdoce oxymorique qui pourrait expliquer les heurts récents et la défiance actuelle envers elles.

Didier Fassin a accompagné une Brigade Anticriminalité (BAC) durant deux ans afin de mieux en appréhender le fonctionnement, les enjeux et les difficultés. En effet, beaucoup de problématiques liées aux forces de l’ordre se cristallisent autour de ces BAC, connues pour leur virulence et pour les frictions avec les habitants de certaines zones urbaines.

Ce que le professeur a découvert s’éloigne radicalement de l’imagerie véhiculée tant par la fiction que par les médias, et tend à dépeindre un quotidien morne, un ordre social maintenu par des agents partagés entre la désillusion et la pression institutionnelle.

Face à ces découvertes édifiantes, les a priori d’un lecteur peu familier du domaine judiciaire/pénal en seront certainement ébranlés. Loin du manichéisme généralement de rigueur sur les chaines de la TNT, les auteurs font la retranscription d’un système conçu pour reproduire les inégalités, favorisant ainsi la perpétuation d’un cycle sans fin de violence.

Servi favorablement par la transition graphique, l’ouvrage choc de Didier Fassin est à diffuser largement. Plus vous pensez savoir ce qu’il se passe entre les jeunes de cité et les policiers, dans la rue et au commissariat, plus il est urgent pour vous de lire cette BD/ce livre.

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Servitude #6: Shalin – deuxième partie.

La BD!
BD de David et Bourgier
Soleil (2020), 50p., Série Servitude achevée.

Pour cet album conclusif (seconde partie du double album « Shalin » on a droit à une couverture guerrière et rageuse montrant le roi Riben d’Arkanor à l’assaut. Pas la plus inspirée de la série mais tout à fait révélatrice de la teneur virile de l’album. La quatrième de couverture rappelle la tomaison des six volumes. La page de titre surprend en rompant la ligne chromatique de la série par une fleur rouge vif qui renverra à l’épilogue de quatre pages. Rien à redire sur la structure, c’est pensé, pertinent, fort. En attendant le futur monumental dernier Tirage de tête (je vous renvoie au billet sur le début de la série)…

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Une nouvelle étoile est apparue dans le ciel, confirmant la prophétie des Riddrak sur leur Libération finale… Mais à Shalin, la place-forte du désert où sont réfugiés les derniers fils de la Terre et leur roi Arkanor plus personne ne croit en la victoire face à l’immense armée de Vériel. Chacun se retrouve devant ses choix, pour l’honneur, la gloire, la liberté ou pour un enfant… Plongé dans la tourmente, Kiriel, l’ancien homme lige de la Couronne, sait désormais que les liens de soumission anciens sont rompus et se retrouve entre son roi et la jeune infante Esdras, entre la guerre et la liberté…

Il y a des albums qui sont durs à refermer. Non seulement comme conclusion d’une grandiose aventure entamée il y a quatorze ans mais également par la frustration que la fermeture de la dernière page ouvre en nous. Servitude est un monument d’orfèvrerie artisanale, de précision documentaire, de finesse scénaristique, de qualité artistique. Il est indéniable que le plan était écrit depuis le premier album et qu’une série de cette qualité qui a refusé tout le long la facilité, ne pouvait se conclure de façon manichéenne. Reprenant l’alternance ethnographie/bataille à chaque nouvel album, il était logique que Shalin (parties 1&2) se concentre sur l’aspect guerrier de la saga. Et sur ce plan, tout comme le précédent Bourgier et David savent nous régaler de planches rageuses, de gueules cassées, de dénouements inattendus. Leur propos était de nouer la servitude volontaire des êtres dans leur société et celle des Nations, rattachées à un héritage fantastique décrit dans le Chant d’Anoerer sur le premier tome. Sachez le il n’y a pas de gloire dans Servitude, pas de happy end et tout n’est pas révélé. On pourra reprocher certaines pistes grandioses, attendues, qui restent assez cryptique faute d’une pagination nécessaire pour tout développer à terme. L’œuvre est gigantesque et comme souvent compliquée à refermer par tous ses côtés. La cohérence est pourtant là, les auteurs ayant toujours laissé l’aspect fantastique sous couverture hors quelques irruptions impressionnantes. C’est encore le cas ici… aussitôt ouvertes aussitôt refermées. Il est toujours important de laisser au lecteur sa part d’imaginaire, de ne pas tout expliquer, de laisser des portes ouvertes. Mais que de frustrations!

En tant qu’unité cet ultime tome est parfait, utilisant des doubles pages ça et là pour imposer un temps mort, souligner certaines séquences muettes, comme l’arrivée de l’enfant en préambule et son intervention auprès de l’empereur Drekkar, dantesque, comme ces fleures rouges qui ouvrent et concluent l’album. On a pourtant le sentiment que les auteurs ne souhaitent pas refermer une histoire éternelle qui n’a jamais vraiment commencé et ne doit jamais finir. Car Servitude est d’abord une chronique sociétale, artisanale, de peuples qui cohabitent dans la croyance. L’aboutissement des prophéties riddrak n’est pas le sujet et, frustration encore, ces derniers sont rares alors que ces fiers guerriers du désert ont été teasé tout au long de la saga par de sublimes planches muettes. Il en est de même pour ces guerriers drekkars, invincibles, qui font de la figuration depuis le premier tome hormis la magistrale bataille de l’Adieu aux rois. On sait combien il est compliqué d’achever une histoire. Refusant la simplicité, les auteurs de Servitude ont rendu cette conclusion impossible. Et ils s’en sortent finalement très bien grâce à cet épilogue inattendu, magnifique en changement de style graphique hyperréaliste, et logique.

En vente - Servitude par Eric Bourgier - Planche originaleJe le dis depuis le premier tome, il y a du Bourgeon dans la démarche de Bourgier et David, de cette sincérité, de ce travail d’orfèvre aux mille et un détails. On imagine volontiers l’atelier de Fabrice Bourgier plein de maquettes et de sculptures comme celui de Bourgeon. Il y a du Peter Jackson, de celui qui sur le Seigneur des Anneaux demandait à ses costumiers de décorer l’intérieur des casques car cela jouait de l’authenticité… On a commenté les proximités de dureté réaliste de Servitude avec Game of Thrones. C’est certain, notamment sur un rythme saccadé, incertain, plein de ruptures. Mais là où la série BD se distingue c’est dans l’esprit du lieu. Rarement des décors auront été aussi vivant que dans ce Chant, rarement les société auront été si vivantes, jusque dans ces clans barbares si justes et pourtant juste effleurés. En refermant Servitude on sait qu’il y a un continent inexploré, à peine effleuré où l’on aimerait tellement retourner. C’est peut-être là l’aspect le plus machiavélique de leur plan: nous faire regretter, car nous savons que contrairement à l’autre immense saga de ces dernières décennies, Universal War 1, il n’y aura pas de retour sur cette terre.

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****·BD·Guide de lecture·Nouveau !·Rétro

No body (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale de la première saison je vous propose de relire ma chronique:

BD de Christian De Metter
Soleil-Noctambule (2016-2018), 72 p./album, 1 saison de 4 épisodes parue.

Les couvertures, le format comics, le découpage en épisodes et saisons, tout dans le projet de Christian De Metter vise à reprendre les principes d’une série TV américaine. Les livres sont élégants, on aurait aimé des commentaires de l’auteur ou de la documentation sur l’époque. A l’heure où de plus en plus d’éditeurs fournissent un travail éditorial (chez Urban ou dans les formats gazette par exemple) ce type de projet mériterait un peu plus de « hors texte ».

Je suis venu par accident sur cette série dont les dessins et l’ambiance ne m’attiraient pas. J’avais pourtant adoré la série True detectives dont No body s’inspire fortement, cette ambiance hyper-réaliste d’une Amérique post-rêve américain, sans vernis hollywoodien, une Amérique des bas-fonds, des familles détruites, des drogues et des névroses profondes, l’Amérique dépressive des films de boxe pluvieux et des guerres contre la drogue sans règles (comme le film Sicario)… Un pote me les a fourgué dans les mains en me disant « tu va voir… ». Et il avait raison! No Body est une très excellente série, qui contrairement à ce que laisse entendre sa numérotation se termine en 4 volumes. Quels sont les projets de l’auteur pour d’autres saisons, je n’en sais rien pour l’instant…

Résultat de recherche d'images pour "de metter no body"Je vais commencer cette chronique par le trait de De Metter: une sorte de crayonné poussé, rehaussé de peintures et crayons de couleurs qui donnent une texture assez artistique qui peut faire étrange sur une histoire policière hyper-réaliste. Derrière ce vernis un peu crado se cache un trait très maîtrisé, que ce soit dans les expressions des personnages ou dans les mouvements des corps. Ainsi ses planches sont assez colorées mais imprécises, ce qui renforce systématiquement les personnages. Pas très fan au début, je m’y suis fait et constate une étonnante évolution sur le quatrième tome de la série avec un gros saut qualitatif, plus classique mais que je préfère. On aimera ou pas le style graphique de Christian De Metter mais force est de reconnaître que sa démarche est originale et que le bonhomme sait tenir un crayon!

Mais la grande qualité de No Body est bien sa construction scénaristique basée sur une technique éprouvée: le récit d’un ancien super-flic qui va nous raconter ce qui l’a amené au crime dont il s’accuse lui-même. Technique toute cinématographique, permettant des aller-retour chronologiques entre le récit (le temps présent) et les récits, à différentes époques. Bien entendu tout ce récit est maîtrisé par le narrateur, avec quelques questions de la psychiatre permettant au lecteur de prendre le recul. Grace au graphisme et au rythme on est happé dans cette histoire violente de l’Amérique des années 60: le Vietnam, la contestation étudiante, les gangs de Bikers, Kennedy et les programmes noirs du FBI… cette époque est fascinante et l’ouvrage est relativement documenté bien que romancé. L’histoire de ce flic malgré lui sera celle d’un système sécuritaire sans limite faisant face à des criminels sans limite. Cela convient à notre homme, boxeur traumatisé par la disparition de son frangin au Vietnam et traversant son époque comme un fantôme, bras armé de l’Etat subissant tous les coups de ses opérations clandestines qu’il parcoure comme Dante les cercles de l’Enfer, citation assumée par le scénario et très bien utilisée.

https://chezmo.files.wordpress.com/2017/04/nobody0203.jpgL’histoire est dure. Pour le héros d’abord. Homme solide souhaitant simplement l’amour, la police lui tombera dessus et le liera pour toujours au destin des plus sombres criminels du pays. Sans états d’âme il la verra, son âme, s’assombrir sans que l’on ne sache jamais s’il est devenu insensible ou si la conséquence de ses actes et des dégâts collatéraux aura une incidence sur ses actes. Le personnage semble maudit, voyant mourir tout ce qu’il aime, tout ce qui l’entoure hormis les monstres, ses commanditaires ou les criminels. Il se justifiera en éliminant des ordures sans foi ni loi. Mais reste t-on indemne en vivant uniquement dans les bas-fonds à côtoyer le mal?

Formidable voyage dans une Amérique bien sombre autant que dans les tréfonds de l’âme humaine, histoire assez nihiliste d’un roc au cœur tendre, No Body parvient à atteindre le très difficile équilibre entre le ludique (le policier), le réflexif (l’Histoire), le symbolique (Dante) et le drame humain.

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****·BD·Nouveau !·Service Presse

Le vagabond des étoiles, seconde partie.

La BD!
 
BD de Riff Reb’s
Soleil (2020), 96 p., série finie en deux volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Ce second volume s’ouvre sur une magnifique illustration au fusain avant un « préambule » (en réalité un résumé du premier tome) et une citation de Nietzsche illustrant les vies multiples, avant de reprendre au chapitre IX. Voir la critique du tome 1 pour le descriptif général.

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Ce projet aurait pu être porté par Alejandro Jodorowski tant l’on retrouve ces thèmes et le traitement rude et poétique dans son œuvre. Comme expliqué sur la première partie, la découpe de l’ouvrage en deux volumes crée une césure artificielle qui fait commencer l’album sur une des incarnations, au Far-west au sein d’une caravane de colons. CaptureOn enchaîne ensuite sur des bribes de vies éparses que le narrateur confesse avoir vécues de façon discontinue avant d’arriver à l’époque romaine dans le corps d’un orphelin viking devenu légionnaire dans la Judée de Ponce Pilate. L’incarnation suivante, la plus intéressante est celle d’une femme naufragée sur une ile déserte (apparemment un des seuls changements de Riff Reb’s par rapport au roman où le personnage est un homme), puis la dernière section nous transporte à l’âge de pierre avec un chasseur en quête d’un Totem, façon de boucler l’idée des visions et lien entre l’esprit et le Temps. Entre ces épisodes historiques l’auteur insère quelques séquences de conscience du prisonnier-supplicié avant une dernière séquence le menant à la potence.

Ce volume est donc très différent du premier en ce qu’il se concentre essentiellement sur des séquences sans lien entre elles ni véritable message hormis le fait que contrairement aux premières les personnages vont au bout de leur existence malgré des aléas tout à fait exceptionnels. Si le tome un dressait un pamphlet saisissant sur la condition carcérale, ce thème est ici plus lointain hormis sur la dernière séquence qui nous rappelle l’aberration du système et de ses « lois ». wp-1604400206798.jpgOn sent dans le déroulement de l’album le détachement de cet homme qui a appris tel un ascète à ne plus subir les tourments du corps jusqu’à se demander malgré les témoignages « paranormaux » qu’il nous livre, si la succession de ces différentes séquences d’existence ne trahit pas l’évolution psychologique de Darrel Standing vers un mysticisme détaché lui permettant d’accepter la mort.

Graphiquement l’album est toujours un régal de variété avec un auteur qui se fait plaisir à dessiner décors, costumes et paysages extrêmement variés comme une anthologie d’histoires courtes. En cela la très probable édition intégrale à venir supprimera cet aspect en liant l’ouvrage en trois tiers: une première partie dans la prison, une seconde dans les voyages, une troisième de conclusion. Si certaines séquences peuvent paraître longuettes faute de liant scénaristique leur donnant une raison d’être, l’ensemble propose un magnifique projet d’auteur en pleine possession de ses moyens, autant textuels que graphiques, d’une grande variété technique et d’une précision remarquable. Objet inclassable, inhabituel, à la fois intello et fantastique, le Vagabond des étoiles est une grande réussite portée par un sujet et un ouvrage source majeurs. En alliant l’adaptation, le documentaire et le plaisir graphique et de genre, Riff Reb’s réussit son pari de proposer un ouvrage grand public intellectuellement exigeant.

***·BD·Nouveau !·Un auteur...

Sang royal (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale d’une des dernières séries de Jodoroswky, magnifiquement mise en image par Liu Dongzi, je vous propose de relire ma chronique de la série:

BD de Jodorowsky et Dongzi Liu
Glénat (2010-2020), 2 cycles de 2 tomes parus, 54p. par album.

Je remercie les éditions Glénat qui m’ont permis de lire la version numérique du dernier tome de la série.

badge numeriqueLe projet original comprenait deux albums, suite à quoi un second cycle a été publié avec sept ans d’attente entre le troisième et le quatrième. Le premier cycle suit donc la tragédie d’un roi incestueux et le second sa descendance destinée à le tuer…

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Le roi Alvar est un conquérant né qui ne tolère pas la défaite. Semblant enfanté des dieux, il va pourtant tomber sous le coup d’une malédiction après la trahison de son cousin. Indomptable, soumis à aucune morale, Alvar prendra femmes et enfantera pour la gloire de son titre et peut-être pour l’amour véritable. Mais le monde des hommes est plein de duplicité et c’est en croyant suivre son destin qu’il ira à sa ruine. Découvrez la légende d’Alvar, le roi mendiant, le plus grand d’entre les grands…

Cette courte série qui aura attendue longtemps sa conclusion, sans doute en raison de la flamboyance graphique du chinois Liu Dongzi, est au cœur de l’œuvre de Jodorowsky, vieux maître qui n’en finit plus de nous proposer son univers fait de sang et de sexe, une œuvre sans morale, blasphématoire, provocatrice. Il y a les adeptes de Jodo et ceux qui le fuient, las de ses outrances sanglantes, de sa fascination pour les mutilations, pour les relations incestueuses et les amours impossibles. La profusion de séries BD qu’il a créé se répète bien entendu… mais ne serait-ce que par-ce qu’il a un vrai talent pour attirer de grands dessinateurs et transposer dans différents contextes ses obsessions, il arrive souvent à nous transporter dans son monde, avec plaisir.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""On retrouve beaucoup de choses déjà vues dans Sang Royal. La force de la série (outre donc des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres) c’est sa concision et sa cohérence. Conçue comme un drame en deux actes (pour chaque cycle), la série nous présente la sauvagerie du roi, prêt à tout pour assouvir ses envies dont un amour improbable avec une paysanne va enclencher l’engrenage infernal qui le mènera à sa perte à la toute fin. Si le premier diptyque est assez sobre question fantastique et se concentre sur les relations incestueuses d’Alvar avec sa fille, le second voit poindre des créatures surnaturelles et gagne en héroïsme guerrier. L’ensemble reste très homogène y compris graphiquement malgré l’écart entre le premier et le dernier album.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Ce qui m’a plu également c’est l’absence totale de d’autocensure de Jodorowsky, qui assume de montrer ce qui doit être, de façon moins malsaine que dans certaines saga (les Méta-Barons pour le pas les citer). Les scènes de sexe sont élégantes, les batailles sont des boucheries réalistes et rapides, les mutilations sont soit racontées soit intégrées à l’histoire avec un rôle central pour la suite. L’œuvre de Jodo n’est pas pour les fillettes et Sang Royal n’échappe pas à la règle. Le sang et l’épée siéent parfaitement à cette histoire sans héros, où le mythe s’incarne dans la force brute et où le roi tout puissant se trouve victime de ses pulsions amoureuses en considérant ses enfants avec bien peu d’égard. C’est également une série épique avec un art du dessinateur pour raconter les combats entre corps parfaits. Cet auteur est fascinant dans son radicalisme… Série graphiquement superbe avec un dessin qui esthétise l’horreur en l’atténuant, Sang Royal est surprenante en ce que jamais l’on ne sait ce que le scénariste va imposer à ses personnages. Étonnamment méconnue, elle mérite d’être découverte en attendant peut-être une prochaine collaboration avec le prodige Liu Dongzi.

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