BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Bring the kids home

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #5
BD de Florent Maudoux
Ankama (2018), 78p. 5 volumes parus.

bsic journalism

Merci aux éditions Ankama pour leur partenariat.

 

couv_348710

Rien de particulier niveau édition pour ce tome qui ne comporte aucun bonus contrairement à ses prédécesseurs. A mesure que l’histoire se recentre sur Mammouth les couvertures lui font la part belle, en gardant toujours la structure ternaire des trois personnages.

La XIII° Légion renégate de la République de Rem a survécu et se repose dans la cité d’Urkesh dont l’Archonte lui a offert la protection en échange de la sécurité. Jusqu’à ce qu’apparaissent les chevaliers d’Isis, une déesse ancienne aux pouvoirs incommensurables. Plongés dans le chaos les nouveaux Méta-guerriers vont tenter d’éliminer la menace…

La structure de cet album est étonnamment simple: après le repos, le combat, auquel Bring the kids home fait la part belle entre deux blagues de bidasse dont Mammouth a le secret et la finesse… La transition entre le T4 et le T5 est un peu étrange en ce que le précédent se conclut sur la vision de la procession d’Isis et que le suivant reprends semble-t’il plusieurs semaines plus tard avec des personnages qui semblent découvrir cette menace. Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bring the kids"Passons. Ce volume permet à Florent Maudoux de se régaler dans des dessins architecturaux de type fantasy que l’on avait déjà vus sur la série mère mais peu sur Funerailles. Le plan de la cité est suivi très précisément, ce qui est rare en BD et l’on surprend des scènes situées dans un même plan à différents moments de l’album. J’aime beaucoup cette idée. Les cités grandioses, leur vie et leurs habitants insufflent toujours une grande force d’imaginaire dans ce genre de récits.

Le thème de l’album porte sur l’oisiveté, nocive pour des soldats habitués à l’action mais surtout permet à l’auteur de se livrer à une grosse bataille à la Chevaliers du Zodiaque (son grand dada sur cette série, vous l’aurez compris) avec des méchants plutôt réussis et une radicalité bien pensée dans le déroulé de l’affrontement et les choix des protagonistes. Je l’ai déjà dit, Maudoux est un auteur qui se fait plaisir, assume l’insertion de thèmes pas forcément grand public et de références visuelles non digérées. C’est ce qui rend intéressante cette série de par l’impression d’entrer directement, sans filtre, dans l’imaginaire de quelqu’un de grand talent.

Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bring the kids"Visuellement les scènes de combat en armure, en noir et blanc tramé comme on en a désormais l’habitude, ne sont pas forcément toujours très clairs de par l’utilisation peut-être un peu abusive des reflets qui rendent les armures/personnages pas toujours compréhensibles. De ce fait les séquences en couleur sont beaucoup plus lisible. Personnellement j’adore les dessins très encrés et si visuellement cela reste magnifique et assez virtuose, la lisibilité en pâtit un peu.

Ce tome est dans la continuité des autres niveau qualité (très bon), mais ne parvient pas vraiment à nous surprendre (on est déjà au cinquième épisode de la série, le renouvellement commence à être compliqué), notamment avec une mise de côté des tenants diplomatico-militaires (l’esprit police-politique du début du volume est rapidement et étrangement délaissé alors qu’il introduisait une complexité morale). On ressent d’autant plus l’intelligence de la respiration du tome précédent malgré une évolution des personnages (inversion des rôles entre Mammouth et Scipio et… toujours Funerailles en retrait). Le lecteur passera néanmoins un excellent moment, plus grand public, en croisant les doigts que le prochain volume ne marque pas un essoufflement de la série.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

Publicités
BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Saint-Barthélémy

BD du mercredi

BD Pierre Boisserie et Eric Stalner
Les Arènes (2016-2018), 174 p., série complète en 3 tomes.

bsic journalism

Merci aux éditions Les Arènes pour cette découverte.

 

Couv_343545Très belle édition intégrale des Arènes, avec une couverture toilée et titre gaufré au vernis sélectif sous une jaquette avec illustration originale. La quatrième est illustré par des vers de Voltaire dans la Henriade. Les trois tomes s’enchaînent comme trois chapitres (sans les couvertures originales des albums). L’ouvrage se termine par un cahier graphique de croquis de  six pages. Très joli travail même si du fait du sujet et du sérieux de la BD j’aurais apprécié une préface ou un texte de contexte historique en accompagnement. L’éditeur pourra toujours prendre cette initiative dans une future réedition.

Alors que les protestants ont marqué une étape importante dans la guerre civile qui les oppose aux seigneurs catholiques, sous le regard calculateur de la Couronne, le mariage de leur chef Henri roi de Navarre (futur Henri IV) avec la sœur du roi Charles IX va donner lieu à un assassinat planifié des principaux chefs de guerre huguenots à Paris, le 24 août 1572. Ce récit nous rend témoins de ces évènements au travers des yeux d’Elie Sauveterre, un jeune noble dont la famille est impliquée des deux côtés de la religion…

Résultat de recherche d'images pour "saint-barthélémy stalner"Je ne suis pas très attiré par les BD historiques classiques de chez Glénat, leur préférant des œuvres plus sombres ou penchant vers la fantasy comme le Roy des Ribauds ou Servitude. Mes très bonnes relations avec l’éditeur Les Arènes (qui publie peu mais globalement de très bons albums sur des projets d’auteurs) me permettent de découvrir cette BD que je n’aurais probablement pas ouvert en librairie. Comme quoi on gagne à sortir de ses habitudes…

Si Saint-Barthélémy est sorti en trois albums, le découpage et la chronologie des évènements en fait plus un gros one-shot qui mérite grandement d’être lu d’une traite. Une lecture concentrée et rapide tant ce survival est dense et tortueux, comme les ruelles de Paris que le Résultat de recherche d'images pour "saint-barthélémy stalner"personnage principal parcourt dans tous les sens afin d’accomplir sa mission et échapper aux fanatiques guisards. Pour qui ne connaît pas bien cette partie de notre histoire, le complexe jeu politique entre les membres de la couronne (le roi fou Charles IX d’un côté, son frère guisard et futur Henri III ou la Reine-mère Catherine de Medicis de l’autre), les protestants (Henri de Navarre futur Henri IV) ou les rajouts narratifs du scénariste Pierre Boisserie) pourra paraître très complexe. Pourtant la construction scénaristique et l’intelligence de mettre la focale sur Elie de Sauveterre et le drame familial qu’il découvre permettent au lecteur une lecture agréable qui aide à suivre en parallèle un récit d’action dramatique entrecoupé des débats ciselés dans les chambres du Louvre.

La grande force de cette BD est de nous mettre en plein cœur d’un des évènements majeurs de l’histoire de France et de l’histoire du christianisme (les Arènes avaient déjà publié une histoire politique de l’Église que j’ai chroniqué ici). La puissance visuelle du film de Chéraud La reine Margot est dans toutes les têtes et il est toujours difficile d’aborder cet évènement sans citer le film. Les auteurs y parviennent en se concentrant sur le témoignage de Sauveterre. https://i2.wp.com/sdimag.fr/Img_PAO/Matos_BD/SaintBarthe%CC%81lemy_T2_pl3.jpgL’histoire peut être répartie en trois thèmes: les errements de ce dernier dans Paris et son témoignage des massacres, l’évolution presque heure par heure de cette nuit et des jours qui l’entourent ainsi que les motivations politiques des différents responsables politiques, enfin, pour cadrer le tout, le récit de la fratrie de Sauveterre, répartie entre les trois parties de la BD et dont les révélations expliqueront en partie les décisions d’assassinats. Encore une fois la subtilité des discussions politiques est vraiment remarquable! Si le fanatisme est bien sur au cœur du récit (avec quelques exagérations graphiques de Stalner dans les séquences de foules), tout est politique et l’on comprend vite que la finalité de l’affaire reste bien la prise du trône de France: dans un contexte de guerre civile qui affaiblit la couronne Valois avec un souverain fou sur le trône, dynasties protestantes comme catholiques cherchent à récupérer la dignité royale à l’aune d’une crise majeure.

Résultat de recherche d'images pour "saint-barthélémy stalner"Avant de commencer la lecture je ne voyais pas bien l’intérêt d’une BD sur un évènement en particulier. J’ai été détrompé en découvrant une remarquable construction aux multiples points d’intérêt, notamment graphiques. Eric Stalner propose des planches très détaillées avec notamment des visages impressionnants. La colorisation est un atout majeur des planches en apportant élégance et détails à des encrages déjà très maîtrisés du dessinateur. On pourra tiquer sur quelques tics comme ces textures sanglantes omniprésentes même sur les habits des nobles qui n’ont pas quitté le Louvre mais cela participe à une ambiance morbide de folie collective qu’avait déjà fort bien représenté Corbeyran sur son Charly 9. N’ayant rien lu de Stalner précédemment, je découvre un dessinateur confirmé et de caractère. Les quelques faiblesses des arrières-plans ou de décors seront mis à sa décharge sur la quantité de travail de l’ensemble du projet.

D’une lecture complexe, cette BD donne le sentiment d’un temps suspendu, de minutes de conciliabules politiques en même temps que du déroulement des massacres. Une sorte de théâtre dramatique en trois actes. Un ouvrage maîtrisé de bout en bout, jusque dans le travail d’édition. La portée du projet peut sembler restreinte du fait d’un cadre serré, presque documentaire, mais l’ampleur historique de l’événement suffit à balayer ces impressions en aboutissant à une BD importante.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le

badge-cml

BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Le caravage

BD du mercredi

BD de Milo Manara
Glénat (2015-), 52 p., 2 vol parus, série finie.

Couv_351631Couv_241292A l’occasion de la parution du tome 2 de conclusion de cette histoire dessinée par le maître Manara j’ai entrepris la lecture du double album dans son intégralité. Si j’admire le talent de l’artiste italien, comme beaucoup sa bibliographie m’a déçu et je ne parle que des albums non érotiques. La saga ultra violente de Jodorowsky sur les Borgia dépeignait les mêmes lieux (Rome et l’Italie) un siècle avant où Manara reprenait déjà ses thématiques graphiques à la fois fascinantes et redondantes: la plèbe, les ruines de la Cité, les paysages de l’Italie, la violence et la crudité de la vie. Peu attiré par le sujet je profite de l’occasion pour découvrir un double album apaisé où l’on découvre les mœurs de l’époque mais aussi beaucoup le quotidien artistique, le travail des peintres de la Renaissance que l’on n’a jamais aussi bien vu en action.

Michelangelo Merisi arrive à Rome en provenance de Milan après une formation dans l’atelier d’un disciple du Titien. Jeune homme fougueux, ambitieux, son talent est rapidement repéré par un cardinal humaniste qui tente de le protéger de son envie de vérité qui le mets en danger face à deux ennemis: l’intégrisme de la foi et les souteneurs des prostituées qu’il utilise comme modèles…

Les BD sur le Moyen-Age ont ceci de fascinant qu’elles ont souvent un côté naturaliste qui dénote totalement avec les images d’Épinal ou de la Fantasy anglo-saxone. Elles permettent en outre de mettre en lien une vie quotidienne crue et simple avec des œuvres ou événements mis sur des piédestal dans les musées ou narrés par la Geste historique officielle. A ce titre l’album de Milo Manara sur le Caravage ressemble à la magnifique trilogie de Luigi Critone sur François Villon, où l’on retrouvait en outre un style graphique italien de paysages vaporeux (visuels qui inspirent aussi Marini sur sa série Scorpion). Il y a beaucoup de similitudes dans le traitement de ces deux personnages, grands artistes inspirés et hommes simples, soumis à des pulsions violentes qui les entraînent dans des déboires judiciaires. Seule l’admiration de puissants seigneurs humanistes les sauve de leurs démons. La violence des époques, la sexualité et la corruption de sociétés basées sur la force  et la religion sont dépeintes dans ces deux séries.

Dans Caravage les deux albums sont relativement distincts, et c’est ce qui rend la série intéressante. Si les décors romains occupés par des foules besogneuses ont déjà été illustrés par Manara dans d’autres BD, le second album intitulé « Grâce » (dans l’attente de la grâce judiciaire du Caravage suite à son combat du premier album), se déroule dans le sud, entre les territoires lumineux du château de Malte et les villages de Sicile. Quand le premier volume se situait au cœur du pouvoir et des arts, la suite nous dépeint une société d’ordre militaire, celle des chevaliers de Malte, et montre combien ce monde de la Renaissance tout juste échappé du Moyen-Age est morcelé, éloigné et illustre l’absence de Nation italienne à l’époque. Le découpage est un peu abrupte avec une continuité assez décousue et des deus ex machina qui indiquent que Manara reste un grand dessinateur avant d’être un grand scénariste. Mais l’histoire est intéressante et prends par moment la forme de récits d’aventure et de cape et d’épée de par la propension violente du grand peintre. L’auteur a la bonne idée de ne pas faire de sa série  un précis d’histoire de l’art qui aurait étouffé la vision épique. Avec un premier tome plus porté sur l’acte de création et un second plus aventureux, la lecture s’enchaîne très légèrement.

Le Caravage - Tome 2 de Milo ManaraLes dessins ne sont pas les plus précis qu’ait réalisés Manara mais son style est toujours aussi clair, esthétique et ses colorisations rendent parfaitement des ambiances toutes particulières, celle des paysages méditerranéens ou des intérieurs du XVII° siècle, avec nombre de citations graphiques de Piranese et d’autres peintres de la Renaissance. La plèbe permet au dessinateur de montrer les belles formes habituelles de ses demoiselles, mais sans excès, restant sur son sujet. Les expressions faciales en revanche sont réellement très percutantes.

Manara s’est toujours intéressé à la création et l’histoire de l’art (le Giuseppe Bergman critiqué sur ce blog portait déjà sur le sujet). Sa description de l’homme Caravage plus que du peintre permet un récit populaire d’une époque fascinante. Très équilibrée, sa série est probablement l’une des plus intéressantes et accessible de la bibliographie du maître de l’érotisme, associant intérêt graphique, historique et artistique. Il est bien dommage que Glénat n’ait pas anticipé la publication d’une intégrale augmentée pour les fêtes de Noël tant Caravage ferait un très beau cadeau.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le

badge-cml

BD·Mercredi BD·Nouveau !

Texas jack

BD du mercredi

BD de Pierre Dubois et Dimitri Armand,
Lombard-Signé (2018), 120 p. one-shot.
texas-jack

Texas Jack est un album prequel au Sykes du même duo sorti en 2015. Beaucoup plus gros que son prédécesseur, il jouit d’une illustration de couverture tout aussi réussie. Pas de bonus pour l’édition classique, seulement une courte bio des auteurs en fin d’ouvrage, comme dans tout album Signé. L’édition n&b comporte un cahier graphique.

L’Ouest s’est construit sur l’aventure, mais aussi sur l’alliance de bandits et de capitalistes désireux de s’accaparer pouvoir et territoires à moindres frais. Ainsi a été lâchée la bande de Gunsmoke, terrifiants assassins, horde sauvage incontrôlable ravageant les terres des pionniers. Pour arrêter son chien, le gouvernement a besoin d’un héros, Texas Jack, plus connu pour ses aventures de feuilletons que pour le combat de sang. L’acteur de cirque va pourtant se retrouver au cœur de l’action, où il rencontrera un Marshall lui aussi lancé aux trousses de Gunsmoke…

Je n’aime pas Blueberry… je suis plus Sergio Leone et Peckinpah qu’Hawks, plus western crépusculaire ou spaghetti que classique. Du coup j’ai toujours eu un peu de mal avec le western en BD. Sans doute un effet générationnel et la technique des couleurs de l’époque qui ne permettaient pas de profiter des encrage comme il aurait fallu. Je me souviens du très beau one-shot de Guerineau, Après la nuit paru discrètement il y a quelques années, ou plus loin le diptyque mythique 500 fusils/Adios Palomita mais globalement les séries western ne m’ont jamais vraiment inspiré. En 2015 pourtant deux albums fort remarqués paraissent. Sykes à pâti de la concurrence avec l’Undertaker de Meyer et Dorison. Pourtant Dimitri Armand est de la même école que Meyer, avec peut être moins de proximités avec le maître Giraud mais des encrages tout aussi puissants.

Résultat de recherche d'images pour "texas jack dimitri armand"Je me dois de rectifier tout de suite une erreur probable: non, Texas Jack n’est pas l’album des débuts du Marshal Sykes. Il s’agit bien d’un projet distinct et c’est ce qui fait toute sa force (et vaguement inspiré d’un personnage historique). Ce n’est ni le succès de leur précédente collaboration ni l’appât du gain qui les ont poussé vers ce qui aurait pu être une démarche commerciale. En fait cet album vient d’une envie de refaire un western, grand format, en prenant le temps de montrer les grands espaces, les chevauchées interminables, la nature et les relations humaines de cet alliage improbable d’artistes et de gunmen. L’existence de Sykes leur permet d’introduire quelques personnages connus mais ils ne sont aucunement au cœur de l’intrigue et restent même plutôt périphériques. Une sorte de coloration permettant de bâtir un univers étendu.

Résultat de recherche d'images pour "texas jack armand"Cela permet en outre d’alléger une intrigue longue de 120 pages, un travail de forçat pour Dimitri Armand dont le trait s’affine depuis la première aventure du Marshal et dont les détails d’arrière-plans et la mise en couleur me font préférer sans hésitation la version classique au collector N&B. Du statut de jeune auteur prometteur il intègre aujourd’hui le groupe de tête des héritiers de Vatine et Lauffray, de ces dessinateurs visuels et encrés. Je le dis avec d’autant plus de plaisir que son incursion chez Bob Morane m’avait déçu, y compris graphiquement. Sa partition est absolument parfaite, et l’on passe un moment magnifique que l’on ne voudrait pas voir terminer dans ces décores du grand Ouest, dans ces nuits d’orage où la maîtrise d’Armand donne toute sa force, dans ses visages bien sur qu’il semble pouvoir manipuler à sa guise. Son trait a une élégance folle, ses teintes sont extrêmement agréables et le dessinateur se laisse parfois (sagement) aller à quelques outrances visuelles que l’on adore mais qui doivent rester discrètes et au service de l’action.

De l’action il y en a finalement peu dans Texas Jack qui reste plus une buddy story très intelligemment scénarisée et moins sombre et violent que Sykes. Démarrant dans le bruit et la fureur d’un méchant terriblement charismatique et abominable, l’on se surprend à attendre tout l’album la ou les confrontation(s)… Résultat de recherche d'images pour "texas jack dimitri armand"De la même manière que Sykes est discret, Gunsmoke est absent pour que l’attention se concentre sur ce bellâtre de Texas Jack et ses amis pas si branquignoles qu’il n’y paraît. Le groupe apporte tantôt sensualité, tantôt humour et complicité en vivant sur les planches de l’album. Le lecteur est tenu en haleine de promesses qui tardent à venir, surpris tout le long d’avoir ce qu’il n’attend pas. Du coup la conclusion est un poil rapide et décevante mais se prolonge heureusement sur une sorte d’épilogue qui, encore une fois confirme où se situe le cœur de ce récit, celui du héros éponyme au cœur brisé.

Texas Jack c’est finalement plus du Howard Hawks que du Spaghetti. Et j’ai adoré cette itinérance en cinémascope, aux personnages aussi réussis graphiquement que dans leur écriture, où tout semble limpide et cohérent. La barre graphique était très haute et Pierre Dubois parvient à hisser son texte aussi loin. Vraiment merci pour ce moment de western et revenez quand vous voulez!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le

badge-cml

BD·Nouveau !·Rapidos

Shi #3: Revenge

BD du mercrediBD de Zidrou et Homs
Dargaud (2018), 56 p., 3 volumes parus/4

couv_344641Pour la fabrication, qualité Dargaud habituelle, belle maquette extérieure et intérieur de couverture soigné. Identique aux autres tomes.

Le (déjà) troisième tome de cette étonnante série rompt quelque peu le rythme de narration adopté sur les deux précédents. D’une part le scénario nous propose une linéarité à laquelle les auteurs ne nous avaient pas accoutumés. L’objet et le titre de l’album sont ceux de la vengeance de Jay qui va entreprendre d’éliminer un à un tous ces hommes dominants qui ont scellé son sort. Alors que les manigances politiques du roquet de l’impératrice Victoria (très bien rendue en dirigeants d’une froideur aristocratique brutale) progressent en parallèle, c’est sur ce volume un développement des secrets de la famille Winterfield que nous propose Zidrou. Le découpage au hachoir de la haute société victorienne est redoutable, emplie de perversions sexuelles, de domination masculine, de mensonges destinés à masquer les dérives des membres de la famille qui en internant sa femme à l’asile, qui en donnant un enfant illégitime à l’orphelinat,… L’autre changement est pour la première fois l’absence de séquences de nos jours, ce qui est surprenant tant le lien entre les deux époques est ténu et seuls les rappels réguliers nous permettent de progresser tome par tome vers une résolution finale après plusieurs cycles comme on le suppose. Du coup cette rupture est assez dérangeante et il risque d’être compliqué de raccrocher l’intrigue au quatrième tome. C’est un détail mais que j’espère calculé.

La continuité est sur la relation des deux jeunes femmes que l’histoire rude de chacune relie et qui va entraîner une alliance que l’on peut voir dès la couverture. Le surnaturel reste très discret et (totalement absent de ce tome) l’on se demanderait presque si l’irruption du second volume n’est pas une fantasmagorie tant le déroulement ressemble plus à un récit de vengeance tout ce qu’il y a de plus classique. Résultat de recherche d'images pour "shi revenge homs"Le dessin de Homs comporte moins de séquences d’action aux plans audacieux que le second tome et semble plus sage, sauf quand l’illustrateur espagnol nous envoie le visage sublime de Jay…

Revenge est un album de transition, qui reste de très haut niveau mais pâtit de son positionnement dans une histoire qui reste encore bien obscure. Il reste passionnant par sa dénonciation d’une réalité très noire de la société londonienne de l’époque et est rehaussé de quelques touches d’humour assez efficaces au travers de la petite clocharde qui accompagne les vengeresses dans leur croisade. Shi est une série qui se lit d’une traite et gagnera sans doute encore un niveau de qualité lorsque le premier cycle sera clôturé.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le

badge-cml

Comics·East & West·Nouveau !

Batman: White knight

esat-west
Comic de Sean Murphy
Urban (2018) – DC (2017), One-shot.

batman-white-knight-8211-version-couleur

A album exceptionnel travail éditorial aux petits oignons avec un nouveau bandeau pour la collection Black Label de DC (à l’origine destiné à publier des ouvrages matures selon les critères américains mais que l’affaire du Bat-zizi a montré comme aussi puritain que les autres comics…) et trois superbes couvertures pour l’édition couleur, la N&B et la spéciale FNAC. Un gros cahier graphique montrant les recherches de design affolantes de maîtrise (notamment pour la batmobile!!!!) en fin d’album et bien sur les couvertures originales des huit épisodes. On aurait voulu en avoir plus mais cela n’aurait pas été raisonnable…

Suite à une énième poursuite avec Batman, le Joker voit sa personnalité originale de Jack Napier prendre résolument le dessus sur son identité pathologique. Décidé à démontrer la violence et la folie de Batman, il se présente comme le héraut du peuple contre les élites corrompues de Gotham et la radicalité hors des lois du chevalier noir commence à ne plus être acceptée…

Résultat de recherche d'images pour "murphy white knight"Il est toujours difficile de commencer une BD aussi attendue tant l’on craint d’être déçu. J’ai découvert Sean Murphy tardivement, sur l’exceptionnel Tokyo Ghost et autant apprécié la minutie de son trait que son côté bordélique. Les premier visuels du projet White Knight publiés l’an dernier m’ont scotché autant que le concept (j’ai toujours préféré les histoires de super-héros one-shot ou uchroniques (type Red Son) et depuis je suis Impatience… Une fois refermé cet album au format idéal (histoire conclue en huit parties avec une possibilité de prolongation… déjà confirmée avec Curse of the White Knight) l’on sent que l’on vient de lire un classique immédiat! C’est bien simple, tout est réussi dans ce projet, des dessins aux personnages en passant par la cerise sur le gâteau: l’insertion de Gotham dans l’actualité immédiate avec le dégagisme et la lutte contre les 1%. Ce dernier élément pose la référence avec le Dark Knight  de Miller et Watchmen, deux monuments qui assumaient un message politique et proposaient une véritable vision d’auteur de personnages iconiques dans les années 80. On est ici dans la même veine et très sincèrement il est rare, des deux côtés de l’atlantique, de voir un projet aussi ambitieux et abouti.

Résultat de recherche d'images pour "murphy white knight"Sur la partie graphique on retrouve quelques tics de Murphy comme ces sortes de bottes-porte-jarretelles de Batman (que l’on trouvait dans Tokyo Ghost), la fille qui sauve un héros brutal et torturé ou les références à d’autres œuvres à droite à gauche. Murphy est un fan de toute éternité du Dark Knight et l’on sent dans le Joker, présenté dans la BD comme le premier fan de Batman et dont la chambre est peuplée de jouets à effigie du héros, son alter-ego de papier. Au travers des différentes Batmobiles l’auteur rappelle la généalogie majeure de Batman, de la série des années 60 au film de Tim Burton et à ceux de Nolan. Ce sont surtout des références cinéma qui pointent et aucune allusion à la série de Snyder Capullo  n’est faite, la seule attache aux BD de Batman est sur le meurtre de Robin dans le Deuil dans la famille. Le nombre d’éléments que nous propose Sean Murphy est assez impressionnant, outre ces multiples références subtiles il utilise les passages obligés du Batverse à savoir les méchants, l’arme fatale, Gotham comme personnage à part entière et ses secrets, l’ombre de Thomas Wayne et la relation avec Gordon… Tous les dialogues sont intéressants, permettent de développer une nouvelle thématique et rarement des personnages de comics auront été aussi travaillés. Jusqu’à la conclusion dans une grosse scène d’action tous azimuts comme Murphy en a le secret le scénario est maîtrisé et nous laisse stoïques avec l’envie de reprendre immédiatement la lecture.

Avec le dessin (la batmobile est la plus réussie de l’histoire de Batman!) l’inversion des rôles est un apport majeur à la bibliographie du super-héros. Outre de renouveler l’intérêt avec, me semble-t’il, une grande première que de présenter le Joker comme le gentil, cela permet de creuser très profond dans la psychologie et les motivations des deux personnages que sont  Batman et le Joker et brisant le vernis manichéen qui recouvre l’œuvre depuis des décennies.  Le Dark Knight de Frank Miller était un Vigilante bien dans l’ère du temps n’intéressait finalement moins l’auteur que son environnement socio-politique. Dans White Knight, les deux faces intéressent l’auteur et il est passionnant de voir défiler des réflexions qui sonnent toutes justes, qu’elles viennent de Nightwing, de Gordon, Napier ou Harley. Batman est finalement le moins présent dans l’intrigue et pour une fois n’est pas celui « qui a lu le scénar », schéma souvent agaçant.Image associée

D’une subtilité rare, White Knight sonne comme une œuvre de très grande maturité scénaristique autant qu’un magnifique bijou graphique à la gloire de toute cette mythologie. Sortie la même année qu’un autre album d’auteur (le Dark Prince Charming de Marini) cette œuvre adulte gratte les acquis en osant remettre en question beaucoup de constantes de Batman. Un album à la lecture obligatoire pour tout amateur du chevalier noir, mais aussi chaudement recommandé pour tout lecteur de BD.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

badge-cml

BD·Documentaire·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Esclaves de l’île de Pâques

Le Docu du Week-End

 

BD de Didier Quella-Guyot et Manu Cassier
La boite à bulles (2018), one shot, 80 pages.

Merci à la Boite à Bulles pour son partenariat SP.

L’illustration de couverture est jolie, colorée et explicite sur le contenu de l’album. Elle est composée comme une affiche de cinéma et c’est efficace. L’album comprend un gros dossier documentaire très essentiel (comme dans toute BD documentaire) en fin de volume, permettant de tisser un lien entre la BD et l’Histoire tragique de cette île martyr.

A la moitié du XIX° siècle les premières déportations de pascuans (habitants de l’île de Pâques) ont lieu pour en faire une main d’œuvre corvéable dans l’extraction du guano sud-américain. Après cela les prêtres entament l’évangélisation d’une communauté réduite à la portion congrue. Alliance de colonisation, de conquête religieuse et d’aventures capitalistes, c’est l’histoire de la disparition d’un peuple qui nous est relatée…

Résultat de recherche d'images pour "esclaves de l'ile de paques"Didier Quella-Guyot aime les îles et les connaît. Du Facteur pour femmes (île bretonne) à Papeete (Tahiti) ou sur le très bon Ile aux remords avec son compère Sébastien Morice, il aime à nous faire revenir dans ces terres aux cultures fortes et soumises aux soubresauts de l’Histoire, souvent coloniale. Ici c’est à une histoire largement méconnue qu’il nous convie en compagnie de Manu Cassier et son trait simple qui rappelle la BD jeunesse mais permet une grande lisibilité des planches et de superbes couleurs. De l’île de Pâques l’on connaît les Moaï, ces géants de pierre qui ne seront que très peu abordés dans l’album. Ce n’est pas le mystère de cette civilisation perdue qui intéresse les auteurs mais bien le processus brutal et semblant tellement facile d’acculturation et d’exploitation des indigènes par un système capitaliste allié de Image associéecirconstance à l’Église.

L’histoire est découpée en trois parties agrémentées d’un prologue relatant les razzias sud-américaines qui ont dépeuplé l’île et d’une épilogue. Les annexes proposent un résumé de l’histoire des pascuans au XIX° siècle par Didier Quella-Guyot, une biographie rapide des protagonistes historiques et un texte sur Pierre Loti (qui apparaît dans l’album), ses carnets de voyage et des reproductions de gravures de l’époque illustrant les récits de voyage. Cette structure très didactique permet une lecture facile et de s’intéresser à un drame connu car malheureusement commun à bon nombre de peuples dits primitifs au XIX° siècle, que ce soit en Afrique ou dans les Îles. Résultat de recherche d'images pour "esclaves de l'ile de paques"L’on comprend combien la faiblesse de ces population a permis à quelques pauvres prédicateurs de leur imposer une religion dont ils n’avaient pas besoin et comme cette petite terre n’a été pour beaucoup de blancs  – dont cet aventurier qui se fit proclamer Roi de l’île – qu’une ressource gratuite pour leurs projets personnels. Le plus intéressant dans ce récit est l’histoire de cet homme, enfiévré de navigation et terrorisé à l’idée d’être enfermé dans une affaire en France avec femme et enfants et qui s’imposa par la force, se maria à une fille d’ascendance royale avant de s’autoproclamer seigneur de ce caillou perdu au cœur du Pacifique et que bien peu souhaitaient lui contester.

Le dessin accompagne cette narration de façon élégante. L’illustrateur n’est pas un virtuose mais sa maîtrise des plans et découpage est remarquable et la mise en couleur donne une lumière très agréable en évitant de sombrer dans le misérabilisme. Car cet album se veut plus un récit d’histoire qu’un pamphlet, adoptant un ton relativement neutre, factuel, ne cachant rien des exactions mais restant classique dans son propos. Le sentiment d’impuissance qui reste après cette lecture nous rappelle combien le rouleau compresseur de la colonisation a causé de ravages de par le monde et le fait de poser des images sur ces drames est salutaire en nous forçant à regarder à hauteur d’hommes ce que l’on apprend dans une Histoire souvent par trop extérieure.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le

badge-cml