**·***·****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #16

  • Les métamorphoses 1858 #3 (Ferret, Durand/Delcourt) – 2020

couv_381456badge numeriqueFerret du Durand avaient marqué un sacré coup de neuf lors de la sortie des deux premiers albums d’une série qui se termine ici. Conclusion oblige, on est ici dans le tome des résolutions et malheureusement, malgré un méchant plutôt réussi, les auteurs semblent ne pas savoir comment refermer les mystères et portes ouvertes. Commençant l’ouvrage avec un raccourci qui nous téléporte les deux visiteurs de l’ïle dans la fameuse clinique, on navigue ensuite dans une grande linéarité à base de destruction de laboratoire. Le découpage et cadrage sont toujours aussi sympathiques et percutants et les décors grandioses. Mais Le soufflet retombe donc sur un final qui ne soulève ni surprise ni grand enthousiasme. Il est toujours très compliqué de conclure une histoire et les auteurs l’éprouvent ici clairement. Ce n’est pas très grave et la série qui les a fait pénétrer le monde du neuvième art restera un très beau moment marqué par la passion et un sacré travail. De quoi attendre leurs prochaine création avec envie.

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  • Conan: les mangeurs d’hommes de Zamboula (Gess/Glénat) – 2020

badge numeriquecouv_386004La série Conan continue son bonhomme de chemin avec toujours la même interrogation sur le motif de réalisation de chaque album. Si le matériau de départ n’est pas extraordinaire (ce qui est patent sur ce tome), la liberté de choix des nouvelles par les auteurs contactés par Glénat crée parfois des ouvrages assez dispensables. Ce Mangeurs d’hommes de Zamboula  est des mots même de Patrice Louinet (le spécialiste de Conan qui co-dirige la collection avec JD Morvan) totalement dérisoire et parfaitement mercantile. Si les autres histoires déjà publiées n’ont pas pour qualité premières leur profondeur, on nage ici en plein nanar que vous apprécierez d’autant que vous le prendrez au quinzième degré. Dès l’entame, malgré une mise en scène efficace du chevronné Gess, on tombe en pleine discussion de Conan avec un vieillard qui nous fait nous demander si l’on a raté un épisode. Dans ce qui suit tout est absurde, du héros qui se jette dans la gueule du loup à l’irruption tout à fait raciste des noirs mangeurs d’hommes (et pour le coup fidèle au texte source que le dessinateur n’a fait qu’adapter) en passant par la donzelle qui se balade à poil sur la totalité de l’album. On remarquera d’ailleurs l’incohérence de l’éditeur qui pousse le coquin Cassegrain à l’autocensure quand ici la nudité ne pose pas de problème… Du reste dans le genre pulp, cet album cohérent avec le genre, Conan est invincible et jamais effarouché, les filles sont belles, les cités sont orientales et les magiciens de redoutables illusionnistes dont on ne cherche pas d’autres motivations que d’être méchants. Côté dessin si vous aimez Gess, c’est plutôt chouette, notamment sur les décors. Sinon vous retrouverez les mêmes choses qui font tiquer, des couleurs étranges à certaines difficultés anatomiques… Je conseillerais donc cet album aux fana de Conan ou de Gess, pour les autres, reportez-vous plutôt sur le Colosse noir ou le Augustin.

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  • Harmony #5 (Reynes/Dupuis) – 2019

Le premier volume du second cycle a été chroniqué ici. Le premier cycle est visible ici.

couv_377306La construction des scénarios de Mathieu Reynes est de plus en plus sophistiquée et pourraient en déstabiliser certains. L’alternance temporelle et des personnages n’est pas toujours linéaire, ce qui complexifie la lecture. Ce volume se concentre sur le grand méchant qui cherche à redonner vie au dieu déchu Azhel. On rentre ainsi dans une phase décisive où l’antagonisme entre deux groupes d’humains puissants se révèle, jusqu’à une scène qui fait directement référence à Akira, le modèle assumé. Mais la série Harmony a montré depuis son premier volume combien elle était dotée d’atouts propres, de ces inspirations digérées pour accoucher d’une création originale. Je reprocherais peut-être un peu le manque de scènes épiques, l’auteur flirtant parfois avec un fantastique qui peut virer grandguignole… mais sans jamais y tomber. Au contraire, la maîtrise graphique (et la colorisation, superbe), le découpage cinématographique et l’esthétique générale ainsi que l’existence de simples humains très « normaux » donnent du corps à la série. Si le premier cycle a donné lieu à force affrontements magiques, ce n’est pas le cas ici où l’intrigue reste assez sage. Comme depuis le début on attend un peu plus de révélation (je crains une série très longue) mais le plaisir reste très grand à la lecture de l’album. Une réalisation très sérieuse, très pensée d’un auteur en pleine maîtrise de son projet et des moyens pour le réaliser. Une des meilleurs séries fantastiques actuelles.

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Bots #3

Troisième et dernier tome de la série, 75 planches dessinées par Steve Baker et écrites pas Aurélien Ducoudray. Parution le 31/01/2020 aux éditions Ankama.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

La Planète des Bots

couv_381512Rip-R, jeune robot mécanicien, fait la connaissance de son binôme, l’imposant War-Hol, sur l’un des champs de bataille perpétuels qui essaiment la planète depuis des temps immémoriaux. Ce duo improbable va se découvrir un destin hors du commun lorsqu’une étrange créature va émerger des entrailles de War-Hol: une toute petite unité d’un genre que personne n’a jamais vu, qui ne contient ni métal, ni batterie, ni boulon quelconque, et qui fait des drôles de bruits…

Car voyez-vous, les robots accomplissent leur programme et se sont reproduits depuis si longtemps que plus aucun d’entre eux n’a conscience de leur histoire, de leurs origines, ni de ce qui les a précédé. L’existence de l’Humanité relève dans le meilleur des cas du mythe, lorsqu’elle n’a pas été tout simplement effacée des bases de données.

Rip-R et War-Hol vont donc devoir percer à jour ce mystère, en découvrant ce que cette créature, ce « beh-beh », faisait à l’intérieur du robot de combat, et qui sont ceux que l’on appelle les « ohms ».

Après leur passage en prison et leur évasion spectaculaire dans le tome 2, le trio se retrouve aux prises avec des androïdes vouant un culte au bébé, qu’ils voient comme leur élu, la clef du renouveau du genre humain. Mais pour que l’élu puisse accomplir cette destinée, il va falloir le conduire à un endroit très dangereux…

Messie 2.0

Aurélien Ducoudray et Steve Baker concluent leur brillante trilogie en poursuivant dans la lignée des deux premiers tomes: des situations cocasses servies par des dialogues savamment écrits, des références graphiques et thématiques bien maîtrisées et des personnages attachants, désarmants d’humanité.

Sur le plan thématique, Bots explore la propension de l’Homme à s’autodétruire, ainsi que la trace qu’il laisse de son passage sur Terre, sous la forme de créatures à son image. Ici, point de haine de la créature envers son créateur ingrat, mais plutôt une bienveillance teintée d’émerveillement, qui rend l’artificiel plus humain que l’humain.

Comme Néo doit se rendre à la Source pour assurer le salut de l’Humanité, le « beh-beh » doit lui aussi se rendre là où tout doit recommencer, et dans les deux cas, le prix à payer prendra nos attentes à rebours.

Ce tome 3 de Bots confirme la virtuosité de l’écriture de Ducoudray et l’aisance graphique de Baker, une série à ne pas manquer !

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Shi #4: Victoria

BD du mercrediBD de Zidrou et Homs
Dargaud (2020), 56 p., premier cycle de 4 volumes fini.

couv_383083Simple remarque en préambule: la fameuse citation affichée en page de garde de tous les albums de la série trouve ici son explication…

Alors que les crocs du redoutable limier de l’impératrice se referment sur Jay et Kita, l’heure de gloire des Glorieux Eriés semble venue quand Victoria adoube leur projet de flotte ultra-moderne de reconquête des colonies d’Amérique. C’est sans compter sur les sans-grade, ces enfants des rues invisibles à l’Empire mais qui ont bien décidé de prendre leur destin en main, sans crainte d’affronter la force des adultes…

Ça y est, le premier cycle de cette magnifique série victorienne un peu dérangeante se termine, dans les temps et en maintenant une qualité moyenne assez élevée. Ça semble enfoncer des portes ouvertes mais tenir à la fois une ligne graphique homogène (les dessinateurs évoluent souvent entre les albums) et un scénario équilibré entre les tomes est très loin d’être évident, même pour les grosses séries grand-public d’auteurs chevronnés. Il est donc l’heure de faire un premier bilan.

Shi - Victoria, BD et tomes sur ZOOComme d’habitude je vais commencer par les deux seuls points qui peuvent faire discussion, à savoir l’aspect fantastique et le croisement entre les mésaventures de Jay et Kita et l’époque contemporaine. Ce n’est pas un détail car ces deux aspects sont selon moi deux des trois éléments scénaristiques qui rendent cette série si intéressante. L’aspect fantastique donc est a mon avis le plus discutable en ce que pour l’heure il n’apporte à peu près rien et fait porter le risque d’atténuer la touche « dikensienne » de la série. Ce qui m’a marqué sur ces quatre albums c’est cette vision ultra-réaliste, très britannique, d’une société victorienne déconstruite par Zidrou en montrant la réalité la plus sordide de cette domination du mâle blanc de la haute société, si droits, si dignes dans leurs costumes et si pitoyables une fois en robe de chambre dans le cocon opaque du foyer. Une coloration assez proche de ce que faisait Loisel il y a vingt ans, mais finalement moins sordide. Histoire de sensibilité et de graphisme sans doute. Sur cet album plus encore que sur les deux précédents le scénariste abuse de ces démons issus des tatouages sur le dos des filles et du vieux mentor en en faisant l’outil majeur de la vengeance contre le projet des glorieux Eriés. En cela il permet à Homs de nous faire plaisir avec de vastes pages très graphiques mais cela atténue la tension avec ce Deus Ex Machina pour lequel on ne nous a toujours rien dit et qui semble une grosse facilité scénaristique. C’est d’autant plus dommage que la montée en puissance des enfants des rue, comme une foule de rats inarrêtables, ainsi que le couple vengeur formé par les deux femmes suffisait à passionner avec cette idée de faibles victimes renversant l’empire britannique… Gageons que les auteurs savent où ils vont et le pourquoi de cette régulière mais brève irruption fantastique dans la série.

Sans titreÉtrangement après deux albums construits en croisement temporel avec une enquête de nos jours les deux suivants se déroulent intégralement au XIX° siècle. C’est étonnant et l’on se demande si Zidrou ne s’est pas aperçu en cours de route de la difficulté à maintenir ce croisement entre plusieurs cycles et l’attente instillée chez le lecteur. Une inversion temporelle est à prévoir pour le prochain cycle étant donnée la conclusion de ce Victoria qui sonne comme une vraie conclusion permettant une prolongation généalogique. On imagine donc un second cycle au XXI° siècle avec quelques insertions des descendants des héroïnes. Les quelques narration épistolaires vues dans les quatre albums deviennent plus systématiques à mesure qu’on approche du dénouement et structurent ce volume. C’est esthétique et intéressant même si la chute m’a parue assez brutale. Globalement, si l’intrigue de vengeance est aboutie, beaucoup de pistes lancées (comme ces scènes familiales et intimes de l’impératrice…) n’ont guère progressé, ce qui peut produire une certaine frustration… de celles qui naissent de BD talentueuses.

Sans titreGraphiquement Josep Homs continue de nous ravir, malgré des pages bien plus sombres que d’habitude mais qui lui permettent de montrer son travail de textures et de hachures. L’espagnol n’est pas seulement un très grand coloriste, ses dessins se suffisent à eux-même. Les personnages qu’il crée sont terriblement marquants et justes, entre la caricature et le réalisme. Le dessinateur est à l’aise dans tout ce qu’il dessine, de près, de loin, architecture comme corps, tissus comme nature… la véritable révélation de Shi c’est lui et sur le plan graphique c’est un sans faute total!

Le dernier tome de ce premier cycle est à la fois efficace comme conclusion d’un arc cohérent et marqué par les quelques hésitations scénaristiques d’un auteur qui semble avoir parfois du mal à ne pas mettre tout ce qu’il voudrait dans ses histoires. Je me garderais bien de critiquer, tant la richesse de ses intrigues, des personnages, du découpage ou surtout de la peinture sociale sont les marques d’un grand scénariste. Shi apparaît ainsi comme la version BD de ces grands films hollywoodiens qui parviennent à propose des histoires visuellement impressionnantes et grand-public tout en assumant une radicalité sociale et historique qui dépassent très largement le seul entertainment. Une série majeure assurément.

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Le Mur #1: Homo Humini Lupus

Premier tome d’une trilogie, 48 planches couleur écrites et dessinées par Mario Alberti, adaptées des travaux d’Antoine Charreyon, paru le 15/01/2020 aux éditions Glénat.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

 

Encore une fin du monde

Il est étonnant de constater qu’en cette période d’incertitude, où l’avenir de l’humain est pour le moins lugubre, le genre Post-Apocalyptique prospère et n’a jamais généré autant de propositions narratives, comme si la fiction cristallisait nos angoisses et nos projets.

C’est à se demander si, lorsque l’Humanité aura éventuellement accompli son expansion dans le cosmos, nous assisterons à une résurgence du Western et des récits de conquête.

Le Mur nous raconte le périple de Solal et sa sœur Eva, qui errent à travers la désolation d’un monde englouti par les débris de sa gloire d’antan. La civilisation s’est effondrée suite à un cataclysme qui ne nous est pas détaillé, mais dont on sait qu’il en a résulté la construction du Mur éponyme, une structure cyclopéenne érigée pour stopper les vagues de migration vers le Nord.

S’il veut assurer la survie d’Eva, gravement malade, Solal n’aura pas d’autre choix que de tenter de franchir le Mur, afin de se procurer des médicaments, que l’on dit abondants de l’autre côté du Mur. Très rapidement, le duo fraternel va se retrouver entre les griffes de B.A.S.T.A.R.D, un sanguinaire chef de guerre qui rêve lui aussi de s’emparer des richesses qui l’attendent de l’autre côté. Solal ne s’en sortira qu’en démontrant ses aptitudes en mécaniques, qui, à défaut de lui faire gagner les bonnes grâces du méchant, lui assureront un poste de pilote kamikaze, et ainsi, lui offrir une opportunité de franchir l’impénétrable rempart…

La Grande Mur-Aïe

Étant donnée la nature même du genre Post-Apo, on ne peut décemment pas reprocher à une nouvelle œuvre s’y rapportant de faire dans le déjà-vu. Au contraire, on dira que les bases sont là, avec un monde dévasté, des hommes devenus ou redevenus barbares, la loi du plus fort ayant enterré l’État de Droit et une technologie archaïque faite de bric et de broc.

Tous les ingrédients sont là, et le Mur en ajoute d’autres issus de diverses influences du genre, comme la ségrégation entre les pauvres et les privilégiés (Elysium), la promesse du salut dans cette enclave dévolue aux élites (Elysium encore), le chef de guerre brutal à la fois craint et adulé (Mad Max Fury Road), ou le duo familial (La Route).

L’intrigue nous propulse in media res sans davantage d’explication, ce qui n’est pas un mal en soi mais qui oblige le lecteur à raccrocher les wagons en cours d’album, ce qui le ramène parfois au même niveau que les protagonistes.

On peut reprocher des dialogues peut-être pas assez intuitifs ou insuffisamment clairs, mais cela participe sans doute au sentiment de confusion diégétique généré par et dans l’histoire.

Les planches de Mario Alberti ont un style très rétro, renforcé encore davantage par la mise en couleur et le lettrage, et s’enchaînent rapidement jusqu’à un cliffhanger final habile qui donne tout son intérêt à l’album. Les scènes d’action peuvent donner du fil à retordre de par leur manque de lisibilité, toutefois elles ne gâchent pas totalement le plaisir de découvrir cet univers violent et plein de surprises. On a hâte de lire le second tome !

 

***·BD·Documentaire·Nouveau !·Numérique

La malédiction du pétrole

Le Docu du Week-End

BD de Jean-Pierre Pécau et Fred Blanchard
Delcourt (2020), one shot, 114 p., noir et blanc.

 

couv_386603badge numeriqueL’ouvrage s’ouvre comme toutes les BD Delcourt sur la biblio des auteurs et est composé d’un prologue, trois chapitres et un épilogue. En fin d’ouvrage trois textes prolongent l’album en le rattachant à l’hyper-actualité et une bibliographie documentaire indicative est proposée. La couverture, profitant des talents de designer de Fred Blanchard est assez efficace dans l’esprit documentaire.

En 1872 les frères Nobel arrivent à Bakou, zone d’affleurement de pétrole connue de longue date et y importent technique et organisation qui feront rapidement de leur société la première entreprise d’exploitation pétrolière au monde. De l’autre côté de la planète un certain Rockfeller se lance également dans l’aventure du pétrole américain en associant banquiers et sociétés de chemin de fer. Ce n’est que le début d’une histoire d’argent facile, de rêve de grandeur et d’influence géopolitique qui décidera de notre civilisation libérale, capitaliste et financière…

Actu Malediction Petrole Double Visuel A1L’histoire n’est pas nouvelle et a déjà été brillamment détaillée dans la palme d’or de Michael Moore Farenheit 9/11 en 2004 notamment. Pour qui s’intéresse à l’actualité et à l’histoire, les choix initiaux, les rôles de Henry Ford, de Rockfeller, de la couronne britannique et des dirigeants américains dans le façonnement d’un monde biberonné au pétrole est connue. Comme tout bon documentaire, en recherche permanente d’équilibre entre profondeur du contenu et utilisation du graphisme, La malédiction du pétrole parvient à doser les deux.

Le rôle de Fred Blanchard, l’historique directeur de la collection Série B Delcourt (Carmen MacCallum, Travis, Soleil froid, Wonderball, Jour J, …) est majeur dans cet ouvrage très didactique, pas si pointu qu’il en a l’air et qui a le très grand mérite de rappeler au grand public les réalités des choix sociétaux faits par nos aînés, souvent encore au pouvoir…mais également par nous, citoyens-consommateurs qui nous passons difficilement des plaisirs procurés par cet or noir. Car l’objectif de cet ouvrage documentaire revenant aux sources du Mal est bien une prise de conscience du lecteur et de son rôle. On aurait vite fait de se vautrer dans la passivité d’une lecture plaisir sur une tranche d’histoire. C’est sans doute pour cela que les auteurs ont opté pour le format documentaire. Car les dessins de Blanchard, tout en crayonnés réutilisant massivement des morceaux d’images ou collant des cases identiques, s’appuient sur une imagerie fantasmagorique, voir mythologique dans ce récit tout en narration. Si bien qu’à force de voir ces représentations symboliques de l’Argent, de la Mort ou du Capital sous forme de cranes, de sirènes ou de Mamôn, on se prend à souhaiter que le duo ait plutôt opté pour une histoire fantastique sur le thème du formidable Black Monday Murders. Le plaisir aurait été grand mais le propos amoindri.

Si vous êtes de ceux qui pensent que les français tapent trop fort sur les Etats-Unis qui ne peuvent tout de même pas être responsable de tous les maux de la Terre… passez votre chemin ou préparez-vous à changer radicalement d’opinion. Car si le pétrole fait tourner les têtes de tous ceux qui l’approchent, c’est bien les américains qui se sont rapidement révélés les plus forts, les plus déterminés et les plus violents dans l’organisation du monde et de l’économie autour de leur intérêt immédiat totalement centré sur le pétrole. Et lorsque dans les dernières pages on comprend que la mondialisation financière, dont nous sommes peut-être en train de voir la fin sous le choc immense de la pandémie de Covid-19, est l’excroissance directe de la courbe descendante de l’extraction mondiale de pétrole, on est pris de vertige. La fantasmagorie sied décidément parfaitement au sujet tant le pétrole semble la véritable incarnation du Mal. Un tel ouvrage est nécessaire, surtout lorsqu’il s’adresse au grand public et parvient à se fondre dans le format BD avec une vraie réussite visuelle. Ce que j’appelle un bon docu-BD. Et l’année commence fort sur ce thème puisque le massif ouvrage sur la Bombe va inévitablement atterrir sur l’Etagère imaginaire

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Une interview des auteurs relatant la genèse du projet est disponible sur le site Delcourt.

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Ronin island #1

Comic de Greg Pak, Giannis Milonogiannis et Irma Kniivila (couleurs)
Kinaye (2020)- Boom studio (2019), 96p., 1 vol paru sur 3.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

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L’album est comme tous les ouvrages Kinaye en format comics a couverture brochée à rabats avec bio des auteurs sur le premier rabat et pub sur une prochaine parution sur le deuxième. L’histoire est composée de quatre chapitres et se termine par un cahier de onze pages de couverture.

Après le Grand vent les survivants se sont regroupés sur une ile où toutes les différences ont été balayées et où fut fondée une société égalitaire. Hana la roturière et Kenichi le jeune homme de bonne famille s’affrontent pour le titre de meilleur guerrier… quand survient une troupe envoyée de l’extérieur par le nouveau Shogun. Coupés du monde, les habitants n’ont pas eu connaissance de l’instauration d’un nouveau pouvoir ni de la menace que représentent les Byonin, démons morts-vivants qui ont conquis une grande partie de l’empire. Les deux jeunes gens vont alors se retrouvés embarqués dans une lutte qui les dépasse et dont la morale risque de se confronter à la devise de Ronin Island: l’union fait la force…

Résultat de recherche d'images pour "ronin island milonogiannis"Je dois dire que les premiers visuels envoyés par l’éditeur pour cette nouvelle série courte (trois volumes) m’avaient plutôt alléchés en proposant des dessins plus adultes que les précédentes parutions du catalogue. Habitué à traduire des séries qui ont déjà quelques années, Kinaye sort ici un album dans la foulée directe de sa publication US. Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle tant Ronin Island m’a paru décevant et banal. J’ai toujours eu du mal avec les histoires dans l’univers des samouraï, qui contrairement à beaucoup ne me fait pas spécialement fantasmer et qui implique une complexité géographique, sociale et politique qui ne me semble pas tellement propice à une publication jeunesse…

Soyons beau joueur, l’ouvrage se lit avec plaisir, rempli d’action et de personnages que l’on attend: le grand général austère, la mamie sage et combative, le jeune impétueux et les politiques retors… Le nom du réputé Greg Pak ne suffit pas à donner du souffle à cette BD qui semble trop formatée sur des lignes formatées de ce genre d’histoire. Pour faire simple, on a affaire à une invasion zombie Résultat de recherche d'images pour "ronin island milonogiannis"qui oblige les deux héros antagonistes mais forcés à collaborer à se porter au secours du Shogun et découvrent une conspiration machiavélique… Peut-être que des enfants qui découvriront cet univers pourront y trouver leur compte, notamment du fait du personnage de la jeune fille combative et de l’aspect cracra des Byonins. Les nombreuses allusions à des termes japonais risquent de les perdre en revanche.

Plutôt bien dessiné (avec toutefois des décors très pauvres, comme de coutume malheureusement dans la BD américaine), Ronin Island peine à nous enflammer par un scénario un peu feignant. Le titre appelait le thème des samurai rônins, des sans-maîtres rebelles à l’ordre établi. Cette idée est quasiment absente puisque l’on quitte très vite l’île dont le background était intéressant, pour partir affronter des vagues de zombies. Les combats sont plutôt bien dessinés et prouvent que c’est bien Giannis Milonogiannis qui sauve les meubles d’une série dont on se demande un peu quel est l’objectif. Dommage.

A partir de 12 ans.

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Les 7 ninja d’Efu #1-3

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Manga de Takayuki Yamaguchi,
Meian (2019-), 190 p./tome, 4 tomes parus en VF (8 en VO).

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour cette découverte.

L’édition est magnifique avec de superbes couvertures sur chaque tome, qui attirent vraiment l’œil et donnent envie de plonger dans cet univers barbare et sensuel. La jaquette comporte un effet brillant sur le titre. Le résumé de l’album est compris en quatrième de couverture et un résumé des épisodes précédents sur le rabat. Certains termes japonais (nombreux dans la série) sont expliqués en notes de bas de page. Les volumes se terminent par des pub pour les autres publications de Meian. Rien à redire, du travail éditorial très propre.

L’histoire commence avec le shogunat Tokugawa dont le fondateur décrète l’extermination de tous les samuraï rattachés à l’ancien régime. Des milices sanguinaires sont envoyées dans les campagnes pour dénicher toute personne, homme, femme, enfant relié de près ou de loin aux Toyotomi. A travers le Japon, différents guerriers tués par ces chasseurs se voient réincarnés en démons-guerriers dotés de terribles pouvoirs…

Résultat de recherche d'images pour "yamaguchi 7 ninja d'efu"Comme la plupart des mangas de Bushido il faut s’intéresser à la culture et l’histoire japonaise pour bien apprécier cette nouvelle série fantastique. Non que l’objet de l’auteur soit une véracité historique stricte, les 7 ninja d’Efu est avant tout une série fantastique parlant de démons, de pouvoirs et de combats impressionnants de créatures s’éloignant souvent d’un réalisme humain. L’approche est donc historico-mythologique et si le point de départ prends son origine dans un événement majeur de l’histoire de l’archipel (l’ère Edo qui mène du XVI° au XIX° siècle et l’isolement total), l’univers est résolument magique, ne serait-ce que dans le comportement des corps que le mangaka se plait à torturer et à soumettre à des traitements extrêmes (dépeçage vivant, découpages en règle et explosions,…). Que les héros soient des Ninja Onshin (guerriers-démons vengeurs) ne limite pas ces traitements atroces aux créatures fantastiques. Dans ce monde les guerriers du Bakufu (gouvernement militaire du Shogun) sont dotés d’armures pas très éloignées de celles des Chevaliers du Zodiaque et certains simples humains sont dotés d’une force ou d’une résistance permettant de briser une lame de katana avec son crane nu…

Résultat de recherche d'images pour "7 ninja d'efu"Le graphisme est étonnant, un peu daté années quatre-vingt mais très fouillé avec une très faible utilisation de trames, remplacées par des hachures très sophistiquées et une attention portée sur les objets, armes et armures. L’auteur est perfectionniste et on peut dire qu’il y a un sacré boulot graphique. On aime ou pas ce style extrême mais ça reste très plaisant visuellement. Les couvertures sont magnifiques et font regretter que tout le manga ne soit pas en couleur pour nous aider à distinguer la multitude d’éléments des dessins. C’est très fouillé avec une attention particulière de l’auteur aux tissus très décorés de motifs élégants, ce qui permet une vraie originalité. Le point faible est les personnages dont l’expressivité est assez limitée et la physionomie plus que caricaturale. C’est volontaire et fait référence au théâtre populaire traditionnel japonais fait d’outrances. Pour qui a l’habitude de lire des mangas vous ne serez pas surpris.

Résultat de recherche d'images pour "7 ninja d'efu"La complexité des termes, noms et organisations politique et géographique nous perdent un peu, comme souvent dans les mangas de genre Bushido. Il faut rester accroché, d’autant que l’aventure avance assez vite. L’auteur semble très intéressé également par l’utilisation du folklore et contes légendaires du Japon, ce qui permet de découvrir un peu plus cette culture si étrange. La structure des premiers tomes consiste à présenter la mort très gore des fameux ninja d’Efu et leur renaissance, en même temps que l’apparition des plus gros méchants (Au terme des trois premiers volumes cinq ninja d’Efu sont apparus).  Je dis « plus gros » car en seulement trois volumes on a un nombre de morts des deux côtés de l’affrontement assez phénoménal, et bien malin est celui qui peut dire qui sera un personnage récurent ou juste un méchant de passage. Tous semblent dotés d’une puissance phénoménale… avant de mourir en une case. Vous l’aurez compris, les 7 ninja d’Efu tranche sévère et fait partie des mangas très violents où l’auteur s’arrête longuement sur les supplices perpétrés par les abominables suppôts du Shogun. Dans la foulée, les scènes de nu virant parfois au Ecchi absurde (comme ce démon androgyne qui découpe ses victimes… avec son membre!). C’est un tout et si l’exagération vous dérange il vaut mieux passer votre chemin. Ce serait pourtant dommage car ce démarrage attire l’attention par bien des aspects et il faut reconnaître à l’auteur la sincérité de son projet.Résultat de recherche d'images pour "7 ninja d'efu"

Réservé à un public de garçons un peu initiés à un pan violent de la culture manga, les 7 ninja d’Efu donne envie de poursuivre, ne serait-ce que par-ce qu’à ce stade l’histoire a à peine commencé. On devine des combats dantesque à venir entre créatures increvables. En se concentrant un peu sur une histoire qui devrait se structurer vous prendrez un plaisir un peu burlesque a suivre les trouvailles anatomiques et guerrières de Takayuki Yamaguchi.

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