*****·Comics·Nouveau !

Harleen

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Comic de Stjepan Sejic
Urban (2020), 232 p., one-shot.

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On commence ce panégyrique par une édition aux petits oignons, une des plus intéressantes faites par Urban comics! On commence par un petit « entretien » avec l’auteur, puis une table des matières et les trois livres séparés par une page de titre (les couvertures originales et alternatives des épisodes sont classiquement en fin d’ouvrage). Aperçu exclusif: Harley Quinn, son propre nouveau patient dans ...On termine pas un cahier de trente-trois pages comprenant donc les couvertures, toutes à tomber, une chronologie de la genèse de l’oeuvre sur plusieurs années, quelques courtes histoires d’une ou deux pages qui calent le style de Sejic et du personnage, des recherches graphiques, une bio et enfin des extraits de découpage. En clair la totalité des éléments permettant de comprendre la conception d’une BD sont là, le tout agrémenté par moultes dessins très finis. Une perfection… simplement atténuées par la décidément mauvaise habitude qu’a l’imprimeur roumain d’Urban de proposer des bouquins mal fabriqués (quand ce n’est pas une impression double c’est la couverture qui cloque ou la colle qui ne tient pas). Les ratés sur un gros tirage peuvent arriver, me concernant c’est presque un album sur deux… Il est temps de changer d’imprimeur!

Harleen Quinzel est une jeune psychiatre fragilisée par des études compliquées. Souhaitant démontrer sa théorie liant la folie des psychopathes à une rupture de l’empathie, elle obtient un financement de la fondation Wayne pour travailler sur les patients d’Arkham, alors que certains justiciers de Gotham remettent en question la morale d’une Justice qui ne les protège plus du pandémonium enfermé à l’Asile…

HARLEEN #1-3 (Stjepan Šejić) - DC - SanctuaryAttention, choc! Si j’attendais cet album c’était au vu des superbes planches et couvertures révélées par l’édition américaine. Je ne connais pas Sunstone, la série « érotique » qui a lancé le croate mais avais été assez bluffé par la section qu’il avait illustré sur Batman Métal. Et c’est la profondeur du travail psychologique sur son personnage et son approche féminine qui marquent sur ce one-shot qui fera date, après un White Knight de Sean Murphy qui avait déjà bouleversé les canons scénaristiques et qualitatifs de DC en jouant déjà sur cette analyse psychologique des personnages de Batman, du Joker et de Harley Quinn.

Au-delà des dessins qui sont donc absolument sublimes de la première à la dernière page (très peu de déchets, y compris sur les arrières-plans, souvent délaissés dans l’industrie du comic), c’est donc la progression narrative qui impressionne, avec cette structure ternaire permettant de montrer simplement trois phases de ce qui va amener Harleen à tomber dans la toile du Joker. Si l’idée de départ du personnage créé par Paul Dini fascine, la nouveauté ici est l’absence totale de manichéisme. Alors que le Batman est quasiment absent du récit, on évite absolument de nous montrer le Joker en fou-dangereux mais plutôt en rock-star, en Apollon dont le docteur se méfie dès la première rencontre. La subtilité de son jeu est remarquable et la force expressive des visages de Sejic donne une fragilité constante à Harleen qui ne nécessite pas d’appuyer ce déséquilibre qui mènera inévitablement à la chute. De fait le rythme est assez lent, avec peu d’action hormis cette introduction marquante (qui jouera beaucoup dans la faille de l’héroïne), mais passionne de par la finesse de la progression qui infuse comme un goutte à goutte. L’auteur a l’intelligence d’utiliser d’autres personnages iconiques de Gotham sans pour autant se perdre dans des intrigues secondaires inutiles pour aérer la tension en rendant très crédibles l’évolution intérieure de la psy.

En lisant Harleen vous tomberez inévitablement amoureux de cette fille douce et fragile, une jeune femme abîmée par des expériences amoureuses qui ne pourra résister à la manipulation du clown. A moins que le Joker ne soit lui aussi réellement amoureux? Impossible de le dire en refermant l’ouvrage dont une autre grande réussite est de ne pas juger. De Harvey Dent et sa bascule criminelle à Gordon, Batman ou Harleen, tout le monde a raison dans sa vision de ce qu’est le crime, ce que doit être la sécurité collective, de la manière de traiter la folie. Au fil des pages on voit cette fille sincère, mise en garde par beaucoup mais qui ne parvient pas à décrocher de son besoin d’aider, de soigner. Mal préparée elle succombera. Et le jeu des réflexions intérieures nous montre que celle-ci est consciente du risque et de la faille dans laquelle elle tombera. Mais en devenant l’amante du Joker ne se sauve-t’elle pas aussi? La continuité avec la vision de Sean Murphy est étonnante et vous pourrez presque envisager White Knight comme la suite de Harleen.

Harleen, le destin tracé de la plus célèbre des super-vilaines ...Les comics me lassent souvent par leur approche très américaine (de moins en moins, il faut le reconnaître… avec l’apport d’auteurs étrangers!) souvent infantile. En lançant le Black Label, DC souhaitait créer une collection adulte intégrant anciens ouvrages (le Red son de Millar vient d’y être introduit) et créations récentes. Quand on voit la qualité de ce qui est sorti depuis deux ans cela amène les plus lassé de l’éditeur aux deux lettres à revoir leur vision. Plus BD franco-belge, de part son format comme son ambition, le one-shot du croate Stjepan Sejic marque plus que jamais l’arrivée de comics adultes proposant des réflexions réalistes et profondes sur une mythologie de héros originellement en slip. Ce que le cinéma est parvenu à réaliser avec des Christopher Nolan sur Batman ou Zack Snyder sur Watchmen Sejic l’offre en BD… en n’imaginant pas que l’actuelle actrice du personnage de Harley Quinn, la superbe Margot Robbie, n’apparaisse pas dans une version grand écran de cet ouvrage. Une grande BD, peut-être la BD de l’année tous genres confondus et un album majeur de l’industrie des comics.

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Comics·Nouveau !·Numérique

Lazarus #7

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Comic de Greg Rucka et Michael Lark
Glénat (2020) – Image (2019), 132 p., série en cours.

badge numeriqueLe précédent volume commence à remonter puisque ma critique date d’un an et demi… Je n’ai pas lu le tome noté « 6 » chez Glénat, qui reprenait des épisodes spin-off apparemment peu intéressants. L’intrigue reprend donc bien au tome « 7 ». A noter que le nouveau cycle est sous-titré « Risen » chez l’éditeur original Image, Glénat ayant choisi de maintenir une continuité de tomaison. Espérons que cela n’oblige pas dans quelques volumes à une révision de la maquette sur les réeditions…

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Alors que la guerre des familles s’intensifie Forever noue un pacte avec sa sœur pour enfin rencontrer son clone. La défaite contre le Dragon a marqué les esprits et les alliances se font et se défont dans un monde sur le point de basculer…

Est-ce le fait d’avoir attendu un temps inhabituel entre le précédent opus et celui-ci? Le fait est que cette reprise, si elle est plus que jamais marquée du sceau de l’action (entre intervention commando hyper-technologique et affrontement primaire entre lazares), semble patiner un peu dans la résolution de l’affrontement géopolitique. Le nouveau contexte marqué par un réequilibrage interne à la famille est désormais connu mais les aller-retours géographiques avec des informations temporelles assez absentes pour le lecteur ne facilitent pas la compréhension. Une carte des noms des clans en début d’album aiderait grandement à contextualiser de qui on parle car dans ces discussions stratégiques on est un peu perdu. De même, le changement de coiffure de Forever rend parfois compliquée la lecture des actions entre des soldats tous harnachés de combinaisons de storm-troopers. Le style de Michael Lark peut diviser, personnellement j’ai du mal depuis le début de la série, ce qui ne m’empêche pas de’apprécier l’excellent scénario, très sombre, froid et psychologique de Greg Rucka. Hormis cela on assiste à des assassinats violents, à l’apparition de la matriarche Carlyle, au retour du Dragon et aux incidences de la guerre sur les populations civiles.

On attend toujours la série Amazon qui devrait propulser encore plus haut cette série dans la popularité geek et il faut reconnaître une solidité indéniable dans la progression dramatique (un peu lente….?) et des personnages forts. L’univers de Lazarus est noir, très très noir. Gageons que cette « résurrection » soit un chemin vers la lumière.

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****·Comics·East & West·Nouveau !

Mind MGMT: Guerres psychiques et leurs influences invisibles

esat-westPremier tome de 329 pages, comprenant les douze premiers numéros de la série écrite et dessinée par Matt Kindt, parution le 19/03/2020 aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

Where is my Mind ?

Depuis la publication de son best-seller, dans lequel elle résout des meurtres jusque-là non-élucidés, Meru Marlow cherche le rebond, la nouvelle inspiration qui lui fera noircir les pages de ce roman qu’elle espère, et, au passage, qui l’aidera à payer son loyer.

Seulement, la gestation de cette nouvelle œuvre est plus délicate que ce que la jeune femme avait pressenti. Les jours s’égrainent, tant et si bien que la hype de son premier roman a laissé la place à un vide existentiel qu’elle a grand mal à combler.

Toutefois, un jour a priori comme un autre avachie devant son écran de télévision, Meru tombe sur la commémoration d’un incident qui a laissé le monde entier sans voix: il y a deux ans, les passagers du « Vol 815 » ont posé le pied au sol amnésiques. Plus étonnant encore: l’un des passagers, Henry Lyme, s’est volatilisé durant le vol, sans laisser aucune trace.

Meru y voit là les prémisses d’un roman-fleuve, une enquête passionnante qui sera la base de son nouveau roman. Toutefois, en débutant ses investigations, Meru va s’apercevoir qu’elle a posé le doigt sur une couture qui pourrait détricoter la nature même de la réalité telle qu’on la connaît. Et bien vite, les agents du Mind Management, soucieux de maintenir le statu-quo tant qu’il sert leurs intérêts, vont se mettre à sa poursuite.

Ceux qui croivent savoir se trompent

Meru ne l’a pas encore réalisé, mais elle va bientôt découvrir une effrayante et silencieuse conspiration. Le Mind MGMT, entité anonyme, insaisissable, regroupe des agents dotés de capacités mentales hors-normes, formés à toutes sortent de techniques de manipulation, de coercition et de déstabilisation.

Certains de leurs agents sont capables, par exemple, de guérir n’importe quelle blessure par la seule force de leur volonté. D’autres encore ont le don d’anticiper l’avenir en décryptant les pensées de toutes les personnes autour d’eux, ou de créer des commandes subliminales par le biais de messages publicitaires ou de romans, manipulant ainsi les masses.

L’influence du Mind MGMT et ses ramifications sont insondables, quiconque étant susceptible de s’être fait effacer la mémoire, pour peu qu’il ou elle ait représenté une gêne. Meru est donc confrontée d’emblée à un ennemi invisible, invincible, même, qui peut prédire ses actions et jouer avec sa réalité comme bon lui semble.

Ainsi, les frontières du vrai et du faux se confondent-elles au fil des pages, au fur et à mesure que la jeune enquêtrice fauchée soulève les pierres que le MGMT aura bien voulu semer sur son chemin.

Encore une fois, Matt Kindt fait la retentissante démonstration de son talent d’auteur, en livrant une œuvre conceptuelle fourmillante de détails. L’ambiance y est pesante, et la paranoïa telle que l’on se surprend à revenir régulièrement en arrière, incertain de ce que l’on vient de lire un chapitre auparavant.

L’auteur pose patiemment les strates successives de son récit, alternant fausses pistes et révélations, certaines scènes posées dans un chapitre ne prenant sens que grâce à la nouvelle perspective apportée par une information jusqu’alors cachée. Dans Mind MGMT, la réalité perd de sa substance, elle se vide même de son sens étant donné qu’un souvenir peut être effacé, tronqué, altéré, ou tout bonnement fabriqué.

A l’ère de la toute-puissante information confrontée au péril de la Fake News, à l’heure des Deep Fakes et des algorithmes prédictifs, Mind MGMT vient apposer un filtre paralogique sur un questionnement quasi aporétique: où est la Vérité ?

Malgré une méta-narration maîtrisée de bout-en-bout, le graphisme de Kindt n’est clairement pas son point fort. On se laisse néanmoins porter par le trait esquissé et les chaudes aquarelles, qui accentuent encore le goût d’irréel qui traverse ce roman graphique d’une portée tout à fait étourdissante. Une lecture aussi dense que déroutante !

****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Léna dans le brasier

BD du mercredi

BD de Pierre Christin et André Juillard
Dargaud (2006-2020), 54 p/album, 3 tomes parus.

Troisième album de ce qui ne devait à l’origine pas être une série, Dans le brasier fait suite à un billet rétro sur les deux premiers volumes parus.

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La Grande conférence doit résoudre le conflit territorial qui déchire la Syrie. Des diplomates de différents pays protagonistes se retrouvent dans le huis clos très confortable d’un hôtel de luxe dont l’organisation logistique est dirigée par Léna Muybridge…

Léna -3- Léna dans le brasierÉtonnante non-série que ce triptyque autour du personnage de Léna, dont le scénariste Pierre Christin, connu pour sa rareté et l’intelligence de ses textes semble développer la biographie progressivement, de façon non préméditée. Nous l’avions connue endeuillée et recherchant un sens à sa vie dans le premier ouvrage qui date déjà de quatorze ans! Puis elle avait été enrôlée comme agent infiltré pour les services de renseignements. Comme un aboutissement après un second volume imparfait, la voici au cœur du Brasier, au cœur des négociations secrètes qui doivent déterminer de la paix alors que personne ne semble franchement désireux de résoudre ce conflit. Le risque de la caricature était grand, Christin y tombe un peu avec ces gros lutteurs post-soviétiques et cet iranien passé maître des coups d’éclat. Mais la série Le Bureau des légendes est passé par là et a redistribué les bases des histoires d’espionnage. Du coup le jeu de chacun deviens subtile et subtilement mis en scène par le trait toujours si élégant d‘André Juillard.

Léna Tome 3. Léna dans le brasier - André Juillard - Livres ...La caractéristique de la série c’est le contemplatif, là où le dessinateur excelle. Ainsi les pensées intérieures dominent les dialogues et l’on suit cette hôtesse de luxe sans vraiment être jusqu’au bout sur qu’elle est un agent infiltré. Au regard des précédents volumes c’est probable, au regard du personnage il n’est pas exclu qu’elle ait entamé une autre vie… Ainsi on navigue dans ce théâtre d’ombres à la suite de Léna, où les problématiques techniques de la résolution du conflit ne seront que survolées pour nous intéresser plutôt aux personnages, à ces profiles qui en disent long des pays et de leur diplomatie. Si le scénario traite partiellement d’une situation fictive (on est quand-même en Syrie), Christin veut tout de même parler du monde d’aujourd’hui. Les marqueurs empruntés à la Guerre froide et au monde décolonisé sont là, nous disant la permanence universelle des motifs de conflit (le plus souvent religieux!) mais nous rappelant immédiatement à l’actualité des pages internationales des journaux.Pierre Christin & André Juillard, Léna – t.03 : « Dans le brasier ...

Léna dans le Brasier n’est pas un thriller géopolitique mais bien un théâtre diplomatique marqué par la modernité des créations récentes sur le sujet. Abordant ce qui le passionne (la géopolitique) avec le style qu’on lui connait, Pierre Christin propose à son compère André Juillard le plus bel album de la trilogie, sans doute le dernier… a moins que les deux hommes ne puissent de séparer de ce fascinant personnage dont le mutisme grandit le mystère intérieur.

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****·Comics·Nouveau !

Black Hand & Iron Head #1

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Premier tome de 168 pages en format à l’italienne, écrites et dessinées par David Lopez, parution le 25 octobre 2019 aux éditions Urban Comics.

Sister Act(ion)

Alexia est une impétueuse jeune femme sur laquelle beaucoup d’espoirs sont placés. En effet, son père, le célèbre Iron-Head, est parvenu à mettre fin aux incessantes guerres entre super-héros et super-vilains grâce à sa Fondation, et canalise désormais les pulsions violentes de ces êtres surhumains par le biais de combats en cage retranscrits à la télévision, à mi-chemin entre les personnalités extravagantes du catch et la brutalité du MMA.

Le rôle d’Alexia dans tout ceci est très simple: reprendre le flambeau de son père à la tête de la Fondation, afin de maintenir la paix tout en entretenant le mythe d’un âge d’or des super-héros. Cependant, la jeune femme rêve d’autre chose, elle brûle de se jeter dans le feu de l’action pour réparer les injustices qui demeurent partout autour d’elle. Mais son père ne l’entend pas de cette oreille. Vieillissant, il compte bien prendre sa retraite après avoir confié les rênes à sa fille unique.

Après son décès soudain, Alexia, souhaitant respecter les dernières volontés de son père, va se retrouver propulsée à la tête de la Fondation. Mais elle découvrira durant les obsèques que son paternel cachait bien des secrets !

Je suis ta sœur !

Alors que les obsèques suivent leur cours, une jeune femme vindicative fait irruption dans la salle, clamant qu’elle est la fille illégitime…d’Iron Head ! Plus choquant encore, la jeune femme clame également être la fille de Black Hand, l’ennemie jurée d’Iron Head !

Ces révélations, corroborées par l’entourage d’Alexia, vont jeter une ombre sur cette figure paternelle bienveillante. Si Iron Head a menti quant à l’existence de sa propre fille, qu’a-t-il pu cacher d’autre sur sa vie et son accession au pouvoir ?

Alexia, déterminée marcher dans les traces de son père, devra d’abord déterrer ses secrets, tout en apprivoisant sa nouvelle sœur. Sacré programme !

Héritages et successions

Black Hand & Iron Head traite bien évidemment du thème de la transmission intergénérationnelle, de la façon que nous avons de nous conformer -ou pas- aux diktats familiaux et aux cases dans lesquelles les figures parentales veulent parfois faire entrer l’individu.

La famille est donc le paradigme utilisé par David Lopez pour développer son récit, durant lequel on prend plaisir à voir ces deux sœurs que tout oppose, apprendre à se connaître et se refléter en opposition à leur père.

Ce comics pourrait s’inscrire dans la même veine que Jupiter’s Legacy de Mark Millar, principalement par les thématiques abordées, l’ambiance du récit mais aussi par la disruption qu’il opère sur le compas moral habituellement attribué aux histoires de super-héros.

En outre, David Lopez nous offre un très beau comics au format à l’italienne, dans lequel il déploie tout le talent qu’il avait déjà mis au service des Big Two, durant une carrière étonnamment fournie.

 

****·Jeunesse·Littérature·Nouveau !·Service Presse

Pandora

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Album jeunesse de Victoria Turnbull
Les Arènes (2020) – Lincoln Children’s books

bsic journalismMerci aux éditions Les Arènes pour leur fidélité

L’ouvrage au format carré comprend trente-deux pages d’illustrations. La couverture est en tissu brillant très agréable. Pandora est le troisième ouvrage de Victoria Turnbull, illustratrice britannique multiprimée.

Pandora est un petit renard qui vit seule sur une terre dévastée et polluée par les détritus. Très habile de ses pattes, elle récupère tout ce qu’elle trouve pour fabriquer des objets et réparer. Très seule, elle ne peut malheureusement pas partager ses trouvailles avec un ami. Jusqu’au jour où un oiseau bleu tombe du ciel. Cassé. Victoria ne sait pas comment réparer un être vivant. Pourtant grâce à son amour et sa patience l’oiseau se remit et prit son envol. Pandora se retrouve de nouveau seule… Mais l’oiseau revient un jour avec une étonnante plante… qui va pousser jusqu’à recouvrir la maison puis la terre entière d’un magnifique manteau de verdure…Victoria Turnbull and her book Pandora - Кристина Радкевич

Je chronique peu d’ouvrages d’illustrations et encore moins d’ouvrages de littérature jeunesse. Le graphisme et la poésie de Pandora m’ont pourtant attiré et la lecture de ce livre est un enchantement! J’ai beaucoup parcouru les ouvrages pour enfants quand mes pitchou étaient à l’école primaire et j’ai retrouvé avec grand plaisir la magie de ces univers d’histoires courtes où l’illustration a un rôle si important pour transmettre des sentiments, des idées, des sensations que la Bande-dessinée, plus technique, oublie souvent de passer.Pandora – Victoria Turnbull – Crescere Leggendo

La sensibilité artistique de l’autrice est palpable avec une étonnante technique qui donne un aspect vaguement flouté aux images. Alternant pleines pages, doubles pages et séquences, Turnbull nous raconte une histoire très moderne, parlant de nature dégradée, de réparation et de solitude. Autant de thèmes hyper-contemporains dont elle parle avec tendresse aux enfants. Fourmillant de détails, ses décors peuvent faire penser par moments au travail de Claude Ponti.

Pandora by Victoria Turnbull | 9781847807502 | Booktopia

Je suis toujours fasciné par la quantité d’informations que peuvent véhiculer ces ouvrages pour la jeunesse avec poésie. Avec cette courte histoire à la beauté onirique Victoria Turnbull nous propose un classique immédiat pour parler avec ses enfants d’écologie et d’amitié.

 

***·Comics·Nouveau !

Hope

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Histoire complète en 80 pages noir et blanc, écrite par Guy Adams et dessinée par Jimmy Broxton, parue initialement chez 2000AD et publiée le 27/05/20 aux éditions Delcourt.

L’Espoir fait vivre

Mallory Hope est un détective privé qui se respecte: moribond, alcoolique, désabusé tout en restant badass, il enchaîne les enquêtes obscures dans une sorte d’uchronie américaine en 1940.

Ce qui distingue Mallory Hope de votre Jack Gittes habituel, c’est qu’il manie de périlleuses forces issues des arcanes magiques, qui peuvent l’aider dans ses enquêtes, mais qui sont tout aussi susceptibles de causer sa perte.

Il s’avère, dans ce monde en noir et blanc, que la magie est derrière beaucoup d’événements historiques, sous-tendant les grands changements et bien souvent, attisant les plus grandes catastrophes.

Hanté par son passé, comme tout bon personnage de roman Noir, Hope va bien évidemment se voir confier une enquête qui y fait écho, et ainsi se lancer à la recherche d’un enfant-star disparu dans les méandres de Los Angeles. Hope, adepte des backstages, saura-t-il manœuvrer sous les feux des projecteurs ?

Noir c’est noir…

En lisant Hope, on ne pense pas seulement aux œuvres noires comme Chinatown ou Boulevard du Crépuscule, mais aussi inévitablement à Hellblazer. En effet, difficile de ne pas remarquer les similitudes entre Hope et le fameux John Constantine, les deux étant des enquêteurs de l’étrange, adeptes des forces occultes au caractère bien trempé, évoluant dans un univers crépusculaire.

L’intrigue quant à elle, suit une trame assez linéaire sans parti-pris spécifique, l’usage de la magie étant lui-même relativement sporadique, voire anecdotique, puisque l’enquête aurait finalement eu le même cours dans un univers « normal », sans magie.

Le point fort de Hope, outre l’ambiance, ce sont les magnifiques dessins de Jimmy Broxton, qui sortent des cases à chacune des pages. Le noir et blanc met totalement son style en valeur, pour un rendu final assez bluffant.

Hope se lit vite et installe une ambiance noire de façon efficace. On peut déplorer la linéarité de l’intrigue et une fin abrupte, mais la partie graphique rehausse indubitablement le tout !

***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Red Sun #2

BD du mercredi
BD de Stéphane Louis et Alessandra de Bernardis
Kamiti (2020), 54 p., volume 2/2.

bsic journalism Merci aux éditions Kamiti pour leur confiance.

Le financement de ce second tome a été fait suite à une campagne Ulule visant a amortir une partie des coûts, pour ce jeune éditeur qu’est Kamiti. 177 contributeurs ont participé à cette campagne à hauteur de 300% des 4000€ mis comme premier objectif sur les 25.000€ nécessaires au lancement de l’album. Quatre éditions de l’album ont été éditées. L’album du commerce comprend une reproduction d’ex-libris et une double page d’illustrations en plus de la BD. Contrairement au premier tome l’intérieur de couverture est illustré par un paysage spatial. Je profite de ce descriptif pour m’étonner et déplorer le gros problème de relecture, déjà constaté sur le premier volume et malheureusement non corrigé ici, entraînant un nombre de coquilles anormal. Vraiment dommage pour un éditeur qui doit faire ses preuves de professionnalisme auprès des lecteurs…

couv_396090L’inhibiteur de violence a été vaincu! L’humanité a repris son destin en main avec à sa tête Cass, qui ne s’est toujours pas remise de la perte de son frère. Alors que la guerre de reconquête dans le système Trappist fait rage, les choix binaires de vengeance sont remis en question par des avis divergents au sein de la rébellion mais aussi parmi le Conclave des Nations aliens dont un émissaire s’apprête à rendre visite au commandant suprême des forces humaines…

Le premier album avait été une très agréable surprise. Cette conclusion marque une rupture assez nette avec ce dernier dans un étonnant scénario assez ambitieux et construit donc en deux parties qui abordent des questions tout à fait différentes. Le style même est autre puisque après avoir parcouru les couloirs des stations spatiales des mineurs et assisté au conflit entre le frère et la sœur, on bascule ici en plein cœur d’une guerre spatiale où seule l’extinction totale d’une des deux parties semble un aboutissement possible. Alternant les séquences de dogfights et de bombardements d’aliens étonnamment faibles et les discussions stratégiques musclées entre Cass et son Etat-Major, l’album se lit agréablement en provoquant d’intéressantes réflexions sur la destinée de la guerre et le concept de libre-arbitre. Car le sujet de la série est bien celle du choix et des compromis nécessaires pour vivre en communauté. Si le trouble jeu des aliens reste camouflé jusqu’à une conclusion plutôt réussie (ce qui n’est pas toujours le cas dans le genre SF), assez tôt l’héroïne dont la solitude est palpable se retrouve confrontée à la contestation de ses hommes, des premiers Dots, mais aussi en conflit intérieur. La discussion sur l’idée de chef suprême avec l’ambassadeur alien est à ce titre tout à fait passionnante avec en filigrane l’argument défendu par Cass que les humains ont besoin d’un chef autoritaire et tout puissant. A l’heure où les nations semblent remettre en question les vertus de la démocratie cette BD a le gros intérêt de nous interroger mine de rien sur un choix majeur des sociétés humaines. Désormais scénariste chevronné, Stephane Louis montre sa très bonne maîtrise des structures scénaristiques pour proposer une lecture fluide.

Graphiquement l’ouvrage est un peu plus exigeant que le précédent avec moultes vaisseaux en mouvement qui pointent les quelques faiblesses techniques d’Alessandra de Bernardis en matière de perspective.  Du coup les séquences les plus réussies sont bien les débats politiques avec des personnages (et des visages) toujours aussi expressifs. Heureusement l’excellent design général des technologies humaines et aliens et le très bon découpage compensent une légère redondance des séquences de bataille spatiale qui manquent un peu d’antagonisme.Alex De Bernardis - Red Sun 2 cover and splash pages

Avec cette conclusion réussie, Red Sun confirme les qualités d’un projet qui a su éviter l’essoufflement d’une longue série et tire remarquablement parti de la structure binaire en se focalisant sur les problématiques politiques de l’émancipation humaine. Nombres de séries BD et de saga SF oublient de poser des problématiques intéressantes en cachant ce vide sous de beaux plans spatiaux. Cela peut suffire. Ici un scénariste intelligent s’associe à une dessinatrice débutante mais talentueuse pour proposer une série spatiale qui a su trouver un axe réflexif dans un genre pourtant très balisé. Une réussite.

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***·Comics·Nouveau !

Nextwave: Rendez-vous avec la H.A.I.N.E

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Intégrale de 265 pages, parue le 05/02/2020 chez Panini Comics, comprenant les douze numéros de la mini-série Marvel Nextwave, écrite en 2006 par Warren Ellis et dessinée par Stuart Immonen.

Voyage au cœur de l’absurde

L’escadron Nextwave est un aréopage disparate de surhumains outsiders, chargé par l’organisation H.A.I.N.E (il y des noms, comme ça, qui devraient faire fuir) de contrer ce qu’il convient d’appeler des « Armes Non-Conventionnelles de Destruction Massive« . Ainsi, Monica Rambeau, alias Photon, mène ses compères l’androïde Aaron Stack, la chasseuse de monstres Elsa Bloodstone, la mutante Tabitha Smith et l’ivrogne Captain, dans un combat acharné contre une flopée de monstres et de créatures bigarrées, toutes plus fantaisistes les unes que les autres.

Bien évidemment, durant leur croisade, Nextwave s’apercevra qu’on les a dupés, et ils devront lutter pour lever les faux-semblants, jusqu’à un final abracadabrantesque qui restera dans les annales, à tel point que la validité de la série dans la continuité Marvel sera longtemps débattue et référencée.

Une parodie de parodies

Warren Ellis est un auteur britannique connu pour ses travaux iconoclastes. Il est l’un des architectes de l’univers Wildstorm , avec à son actif quelques bijoux comme The Authority, Planetary, ou encore Transmetropolitan. Chez Marvel, Ellis est responsable notamment de la refonte du mythe d’Iron Man, grâce à sa saga Extremis.

Ellis aime donc jouer avec les codes narratifs, à la manière d’un Alan Moore, le côté sale gosse en plus. Son appétence pour le trash et la violence ne sont plus un secret, et, bien qu’elle reste estampillée Marvel, Nextwave ne déroge pas à la règle.

De son propre aveu, pour écrire Nextwave, Ellis a régurgité The Authority, tout en s’interdisant d’y inclure quelque forme que ce soit de logique, d’intrigue, ou de développement de personnage. Il a également fait peu cas de la continuité, réécrivant certains de ses personnages à rebours de ce qui avait été fait des années auparavant (on pense à certains flash-back revenant sur le passé des héros, ou encore au personnage d’Aaron, qui jusque là était un personnage assez dramatique et grandiloquant, transformé ici en ivrogne cynique).

Tout lecteur familier de Marvel reconnaîtra la trame de la série et ce qu’elle pastiche: H.A.I.N.E est un ersatz du SHIELD, tandis que S.I.L.E.N.C.E prend la place d’HYDRA, le personnage de Dirk Anger s’affichant quant à lui comme un Nick Fury déjanté.

En y réfléchissant, Ellis, en voulant casser des jouets qui n’étaient pas les siens, n’a finalement fait que tracer la voie à ce qui se fit peu de temps après dans la continuité principale, à savoir la découverte, par Fury lui-même, que le SHIELD était lui-même gangréné par HYDRA, de la même façon que H.A.I.N.E n’est qu’une façade de S.I.L.E.N.C.E.

Côté action Nextwave nous en donne pour notre argent. On a droit à des kaijus, des mechas, des conquérants interdimmensionnels, et des MODOKS en mode Rockabilly. Des explosions comme s’il en pleuvait, et surtout, des dialogues hilarants et du non-sens à tous les étages.

Warren Ellis et Stuart Immonen sont donc responsables d’une des plus grosses farces de l’histoire moderne des comics, à redécouvrir en intégrale chez Panini Comics !

***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Numérique·Rapidos

Malcolm Max #1: les pilleurs de sépulture

La BD!

BD Peter Mennigen et Ingo Römling

Delcourt (2020), 72p., un volume paru sur quatre.

badge numeriqueLa série Malcolm Max est parue en Allemagne chez Splitter-Verlag avec quatre tomes et un spin-off

 

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Étonnante série que ce Malcolm Max, premier tome d’une série allemande qui en compte  déjà  quatre et propose un personnage à la Sherlock holmes dans une atmosphère très victorienne teintée de mystères. Ce début d’enquête autour de meurtres atroces perpétrés sur des femmes dans des conditions rationnellement impossibles fait fortement penser à la série récente Les métamorphoses 1858.  L’album, très didactique sur l’époque, s’ouvre sur un rappel du contexte et une présentation du duo improbable formé par ce dandy brillant et une demi-vampire… dont on ne saisit pas bien l’utilité fantastique au terme de cette première partie. Les auteurs jouent beaucoup sur le comique des échanges entre ces Malcolm Max -1- Les pilleurs de sépulturesdeux êtres vifs à la répartie percutante et prennent le temps de bien expliquer le cheminement de l’enquête, au risque d’un petit rythme. Je disais étonnante car de par les dessins proches du cartoon (entre Bones et Clevinger) et des dialogues à la simplicité déconcertante on envisage une lecture destinée à la jeunesse… Malcolm Max peut ainsi être une bonne introduction à cette ambiance d’enquête brumeuse même si certaines idées peuvent apparaître déplacés  (le « ver libidineux » ou le récit des crimes) pour un tel public. Doté de dessins très sympathiques d’un Igo Römling passé sur l’adaptation comic de la série d’animation Star wars Rebels, l’album pèche un peu au niveau des textes un peu appuyés comme son scénario pourtant assez accrocheur faute d’une folle originalité. Au final on a un bon démarrage pour débuter dans la BD fantastique avec des personnages assez cool… ce qui ne suffira pas à accrocher des lecteurs chevronnés faute d’une idée vraiment novatrice. A noter que l’album comprend un volumineux cahier final rempli d’explications sur la réalisation de l’album.

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