East & West·Guide de lecture·Nouveau !

Bloodshot – intégrale

Comic collectif,
Bliss (2018) / Valiant, 904 pages.
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La très grosse intégrale (50€ les 900 pages, on peut dire que c’est rentable!) de Bliss comics comprend les séries Bloodshot, Harbringer wars, Bloodshot & H.A.R.D corps et un épisode d’Archer et Armstrong. L’agencement des séries permet de suivre au mieux l’intrigue croisée entre différentes publications. Personnellement je ne suis pas fan de celle choisie quand on connaît la qualité de ce qu’ont produit des illustrateurs de renom (genre Esad Ribic…), mais bon, c’est une histoire de goûts. Très chouette travail d’éditeur qui fait oublier les quelques coquilles de relecture. A noter que l’album contient le crossover Harbringer wars que j’avais critiqué ici, mais la version de cette intégrale est plus complète. Enfin, pas moins de 70 pages de planches n&b, de couvertures alternatives, croquis etc et comme d’habitude en fin d’ouvrage un guide de lecture ordonné pour progresser dans les publi Valiant. Du tout bon.

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot"Cette intégrale est sans doute ce que j’attendais, ce qui me manquait depuis ma première lecture d’un album Valiant. Ce qu’il y a de frustrant dans les comics c’est l’impression d’avoir toujours loupé un épisode tant les fils sont éparpillés en une multitude de publication. C’est le cas chez Valiant donc, mais avec le gros avantage d’un univers plus restreint, d’un nombre de héros moindre et par conséquent d’une possibilité de proposer un fil conducteur. Et bien ce fil conducteur c’est cette intégrale, qui réussit le pari de nous faire rencontrer progressivement, étape par étape les différents protagonistes de l’univers Valiant: le Projet Rising Spirit (une black op américaine qui a mis en place notamment le supersoldat Bloodshot), la fondation Harbringer du psiotique (mutant) Toyo Harada, le H.A.R.D. corp (des soldats modifiés pour recevoir des capacités spéciales et envoyés contrer les mutants de Harbringer). Ne sachant pas jusqu’ici par où commencer mes lectures Valiant, je peux vous l’annoncer: c’est par Bloodshot qu’il faut démarrer.

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot"Outre cette démarche pédagogique appréciable, le personnage de Bloodshot est vraiment chouette à suivre. Sorte de mélange de Wolverine (pour le côté bourrin increvable) et XIII (pour l’amnésie et la manipulation de l’armée), on apprend finalement assez vite que sa véritable identité n’est pas le sujet de la série: le projet PRS et le supersoldat Bloodshot sont anciens ; la problématique est finalement plus celle de la part d’humanité restant (on se rapproche de Ghost in the shell) et de la capacité vengeresse de ce monstre envers ceux qui l’ont exploité. On a bien sur le côté fun et assez crado du bonhomme qui se fait démanteler et prends des balles en pleine poire sans jamais mourir. Mais ce sont les motivations et la psychologie relationnelle de Bloodshot qui le rendent original et intéressant à suivre, dans une intrigue somme toutes assez bourrin et simple (une chasse à l’homme et assaut des forteresses des grands antagonistes de Valiant). Le personnage est devenu un électron libre, un tueur au passé sans âme découvrant l’humanité dans un monde où il n’y a ni cause juste ni héros. Du tout puissant Harada au PRS en passant par le H.A.R.D corps (équipe d’humains optimisés grâce à des capacités empruntées aux psiotiques, centrale dans l’intrigue de Bloodshot), tout le monde justifie ses exactions et ses morts et personne n’est sympathique.

Résultat de recherche d'images pour "harbinger wars"L’intrigue suit des sauts temporels (en avant/en arrière) mais retombe toujours sur ses pattes et l’on sent juste un besoin de se plonger dans la foulée dans l’intégrale Harbringer pour combler la seule petite lacune de l’intrigue.

Graphiquement comme d’habitude chez Valiant une ligne cohérente est tenue avec maximum trois styles graphiques et aucun mauvais dessinateur dans le tas. C’est plutôt joli, toujours précis avec quelques planches vraiment fortes visuellement. Les encrages sont très réussis notamment et les (nombreuses) séquences d’action sont très efficaces. Étant donné le sujet, les scènes sanglantes voir gore sont assez fréquentes, âmes sensibles s’abstenir.Présenter un Bloodshot en lambeaux n’est pourtant pas l’objectif des scénaristes qui visent plutôt à développer ses relations tantôt avec des psiotiques (Harbringer wars), tantôt avec des humains (HARD corps).

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot HARD corp"A la fin de la lecture on pourra avoir un petit sentiment d’inachevé (un peu comme pour la série XIII) car peu de révélations sur le passé de Bloodshot sont venues. C’est me semble-t’il plu l’objet de la suite Bloodshot Reborn et Bloodshot Salvation, dessinée par l’excellent illustrateur de X-O Manowar , que Bliss vient de sortir.

Si vous voulez tous les détails de l’univers Valiant je vous invite à aller jeter un œil à l’antre des psiotiques, blog dédié à ces comics.

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Comics·East & West·Nouveau !

Seven to Eternity #2

East and west

Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2018), Ed US Image comics (2016), 2 vol parus

seven-to-eternity-tome-2Je vais aller droit au but sur les deux points négatifs de cet album: l’intervention d’un nouvel illustrateur sur les deux chapitres centraux de l’album (de qualité très moyenne) et la maigreur des bonus proposés au regard des superbes couvertures originales (qu’Urban a choisi de détourer alors que la version US était mise en page au format affiche de cinéma) et des interviews et croquis du t1. Les couvertures alternatives en fin d’album ne compensent pas vraiment ce manque.

Ceci étant dit, parlons de l’album et de la suite du périple des Mosak après leur enlèvement du Roi Fange (la critique du premier tome est ici). Comme je l’avais expliqué, l’univers est touffu, le nombre de concepts très important, mais puisqu’on est dans le second volume ce contexte nous est désormais un peu plus familier. Nous reprenons le voyage alors que des morts ont eu lieu dans la communauté et qu’Adam Osidis est suspecté de vouloir se soumettre au Maître des murmures pour sauver sa vie (il est très malade). Très vite ils sont attaqués et seront contraints de se séparer et c’est bien l’objet de ce volume pour le scénariste (qui semble construire son intrigue un peu comme dans LOW, avec séparation en plusieurs récits parallèles): les trahisons ou suspicions de trahisons au sein de cette « famille » comme Gobelin aimerait la voir.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity trahison"Le design général est toujours aussi puissant et si le scénario prends plus de temps et propose moins de pages démentielles que l’introduction, la relation avec Garils, le maître des murmures, est centrale et absolument fascinante. Ce colosse sème le doute avec une telle subtilité que le lecteur n’a absolument aucun moyen de savoir s’il est sincère ou manipule les autres. Sans doute un peu des deux et c’est ce qui en fait un méchant incroyable. Avec Seven to eternity Remender est en train d’inventer un nouveau concept: l’anti-méchant, pendant du anti-héros et auquel on tendrait à s’attacher!

Nouveau concept de ce volume, le marais, sorte de monde parallèle omniprésent qui peut corrompre l’âme de ceux qui s’y sont physiquement noyés. Via ce « personnage » les auteurs développent le background sans non plus en dévoiler beaucoup. La lecture reste exigeante et demande de la concentration tant on ne nous fais pas beaucoup de cadeaux explicatifs. Mais les réponses viennent plus loin.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity harren"Par certains éléments on revient vers une fantasy plus classique (le village des elfes ailés, proches de la nature) et des thèmes récurrents chez Remender (l’écologie), qui font un peu perdre de l’originalité. Ces passages correspondent aux deux sections centrales dessinées par James Harren et c’est là que le bas blesse. Malheureusement situées en plein cœur du récit, qui plus est avec plusieurs scènes d’action importantes, ce graphisme vraiment pas terrible brise la lecture à la fois thématiquement et quand à l’immersion dans cet univers fantastique. La section finale dessinée par Opena et mettant en face Osidis et ses choix est très puissante et permet de revenir dans l’histoire mais cette rupture de milieu d’album est dommageable sur le plaisir global. J’espère vraiment que cette incursion n’est que passagère et que Opena réalisera l’entièreté du prochain album (à paraître cet été aux Etats-Unis). Du coup je retire un « calvin » à la note du premier tome, sur une série qui reste néanmoins majeure.

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BD·Mercredi BD·Nouveau !

No body

BD du mercrediBD de Christian De Metter
Soleil-Noctambule (2016-2018), 72 p./album, 1 saison de 4 épisodes parue.

Couverture de No Body -4- Épisode 4/4 La Spirale de DanteLes couvertures, le format comics, le découpage en épisodes et saisons, tout dans le projet de Christian De Metter vise à reprendre les principes d’une série TV américaine. Les livres sont élégants, on aurait aimé des commentaires de l’auteur ou de la documentation sur l’époque. A l’heure où de plus en plus d’éditeurs fournissent un travail éditorial (chez Urban ou dans les formats gazette par exemple) ce type de projet mériterait un peu plus de « hors texte ».

Je suis venu par accident sur cette série dont les dessins et l’ambiance ne m’attiraient pas. J’avais pourtant adoré la série True detectives dont No body s’inspire fortement, cette ambiance hyper-réaliste d’une Amérique post-rêve américain, sans vernis hollywoodien, une Amérique des bas-fonds, des familles détruites, des drogues et des névroses profondes, l’Amérique dépressive des films de boxe pluvieux et des guerres contre la drogue sans règles (comme le film Sicario)… Un pote me les a fourgué dans les mains en me disant « tu va voir… ». Et il avait raison! No Body est une très excellente série, qui contrairement à ce que laisse entendre sa numérotation se termine en 4 volumes. Quels sont les projets de l’auteur pour d’autres saisons, je n’en sais rien pour l’instant…

Résultat de recherche d'images pour "de metter no body"Je vais commencer cette chronique par le trait de De Metter: une sorte de crayonné poussé, rehaussé de peintures et crayons de couleurs qui donnent une texture assez artistique qui peut faire étrange sur une histoire policière hyper-réaliste. Derrière ce vernis un peu crado se cache un trait très maîtrisé, que ce soit dans les expressions des personnages ou dans les mouvements des corps. Ainsi ses planches sont assez colorées mais imprécises, ce qui renforce systématiquement les personnages. Pas très fan au début, je m’y suis fait et constate une étonnante évolution sur le quatrième tome de la série avec un gros saut qualitatif, plus classique mais que je préfère. On aimera ou pas le style graphique de Christian De Metter mais force est de reconnaître que sa démarche est originale et que le bonhomme sait tenir un crayon!

Mais la grande qualité de No Body est bien sa construction scénaristique basée sur une technique éprouvée: le récit d’un ancien super-flic qui va nous raconter ce qui l’a amené au crime dont il s’accuse lui-même. Technique toute cinématographique, permettant des aller-retour chronologiques entre le récit (le temps présent) et les récits, à différentes époques. Bien entendu tout ce récit est maîtrisé par le narrateur, avec quelques questions de la psychiatre permettant au lecteur de prendre le recul. Grace au graphisme et au rythme on est happé dans cette histoire violente de l’Amérique des années 60: le Vietnam, la contestation étudiante, les gangs de Bikers, Kennedy et les programmes noirs du FBI… cette époque est fascinante et l’ouvrage est relativement documenté bien que romancé. L’histoire de ce flic malgré lui sera celle d’un système sécuritaire sans limite faisant face à des criminels sans limite. Cela convient à notre homme, boxeur traumatisé par la disparition de son frangin au Vietnam et traversant son époque comme un fantôme, bras armé de l’Etat subissant tous les coups de ses opérations clandestines qu’il parcoure comme Dante les cercles de l’Enfer, citation assumée par le scénario et très bien utilisée.

https://chezmo.files.wordpress.com/2017/04/nobody0203.jpg?w=340&h=467L’histoire est dure. Pour le héros d’abord. Homme solide souhaitant simplement l’amour, la police lui tombera dessus et le liera pour toujours au destin des plus sombres criminels du pays. Sans états d’âme il la verra, son âme, s’assombrir sans que l’on ne sache jamais s’il est devenu insensible ou si la conséquence de ses actes et des dégâts collatéraux aura une incidence sur ses actes. Le personnage semble maudit, voyant mourir tout ce qu’il aime, tout ce qui l’entoure hormis les monstres, ses commanditaires ou les criminels. Il se justifiera en éliminant des ordures sans foi ni loi. Mais reste t-on indemne en vivant uniquement dans les bas-fonds à côtoyer le mal?

Formidable voyage dans une Amérique bien sombre autant que dans les tréfonds de l’âme humaine, histoire assez nihiliste d’un roc au cœur tendre, No Body parvient à atteindre le très difficile équilibre entre le ludique (le policier), le réflexif (l’Histoire), le symbolique (Dante) et le drame humain.

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Vestigiales

BD du mercrediBD de Florent Maudoux
Ankama (2018), 80 p.

881632_w450Le livre comprend une préface et une poste-face en forme de descriptif des passions humaines… L’album est un one-shot dérivé de la série mère Freak’s Squeele, dans le même univers que Rouge  et Funerailles (ce dernier est sur ma PAL). Vestigiales fait référence à une fonction ancienne de certains organes qui n’a plus lieu d’être et renvoie à l’état primitif de l’homme. L’album propose donc d’aborder l’intime mystique des deux personnages de sa série phare, Ombre et Xiong Mao.

Vestigiales a été annoncé assez mystérieusement par son auteur au printemps dernier, comme un Spin-off érotique… Après lecture je ne pense pas qu’érotique soit le terme le plus approprié et je qualifierais plutôt l’album comme un essai mystico-baston sur l’identité sexuelle de ses personnages… Le projet est (comme la série mère d’ailleurs) assez personnel et le texte post-face est bienvenu pour détailler l’objet et l’appréhender pour autre chose qu’une simple digression baston sexy.

vestigiales1.jpgD’un premier abord, outre une couverture assez chaude, dans la ligne de l’évolution des couvertures de Maudoux (de plus en plus belles et de plus en plus « nues »!), cet album nous propose assez vite des combats dans le monde des rêves, via un voyage initiatique d’Ombre et Xiong Mao. L’auteur peut se faire plaisir et nous faire plaisir en dénudant franchement ses protagonistes lors des combats par ailleurs très bien menés. Dans la série principale l’on sentait une envie frustrée sans doute par le public assez large de la BD. La qualité du trait de Florent Maudoux et la sensualité graphique du personnage de Xiong Mao étaient ainsi couverts par l’histoire déglingos de Freak’s Squeele malgré quelque scènes de nu. La parution de la série Funérailles a vu une évolution des couvertures, très sexy, qui amènent très directement cet album.

Le principal intérêt de Vestigiales est donc son graphisme sublime, notamment du fait d’une colorisation très agréable et naturelle. Les entrelacs de corps féminins plus ou moins transformés en créatures imaginaires proposent de superbes planches au sein d’un univers noir et blanc qui permet pour la première fois de découvrir le talent brut, sans trame ni couleur, de Florent Maudoux qui est l’un des tout meilleurs illustrateurs de sa génération et que je m’impatiente de voir sortir de l’univers qu’il a créé pour voir ce qu’il peut proposer d’autre. L’encrage est très beau et les décors très élégants, le contraste entre arrières-plans et personnages étant ainsi renforcé. Vestigiales est un plaisir des yeux, un bonbon graphique!

jjp.jpgHeureusement, sa raison d’être n’est pas qu’une envie graphique (…ce qui aboutit généralement à quelque chose de joli mais a ranger rapidement au fond de l’étagère). Le projet est finalement assez ambitieux car s’il vise (selon son auteur) à combler un trou de son histoire, c’est surtout une réflexion sur le couple et sur l’identité intime de chacun qui est proposée. Présenté comme un rêve initiatique dans le passé des personnages, l’album les voit combattre des membres de leur famille ou des incarnations d’archétypes (féminin/masculin, Destruction/fertilité,…) jusqu’à envisager la vieillesse dans une sorte de nid primordial où est convoquée la vénus de Willendorf. les références sont nombreuses et subtiles et l’on sent que l’auteur pense ses histoires pour leur donner une symbolique qui dépasse la simple BD d’action.

Sans titre.jpgLe propos de Maudoux sur l’identité masculine notamment est vraiment intéressant et poussé, surprenant dans un spin-off de série grand-public à l’inspiration manga/comics. La prolongation de la réflexion dans le texte final détaille l’idée d’une révolution identitaire du mâle occidental dans un monde où les rites initiatiques ont disparu et laissent l’homme sans cadre pour se construire une identité sexuée…

La création de cet auteur est décidément inclassable (sans doute pour cela que j’ai eu un peu de mal à m’y immerger dans Freak’s Squeele), bancale par moments, mais visuellement superbe et permet de découvrir un bonhomme qui réfléchit son art. Ça donne indubitablement envie de se plonger plus loin dans sa biblio. Pour moi ça commence très bientôt avec Funerailles!

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Nick Fury

East and westComic de James Robinson et ACO
Panini (2017)/Marvel (2017), one shot 121p.
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Le site Comics blog est un peu l’entonnoir de l’univers du comics, tout y passe et cela permet de dénicher des pépites dont personne ne parle. Ainsi je suis tombé sur cet objet improbable, sorte de croisement entre James-Bond époque Casino Royal, Avengers (non, l’autre, celui avec un chapeau melon et des bottes de cuir…), et le Batman avec Adam West…

Nick Fury jr. est le meilleur agent du SHIELD. Au cours de 6 missions il va œuvrer, toujours avec classe,  à faire échouer les plans machiavélique de Hydra…

Attention, cet album titille la rétine et si vous êtes gothique dans l’âme, foncez lire (l’excellent) Black Monday Murders à la place… Cette petite récréation n’a d’autre ambition que de nous plonger dans un univers cool, manichéen, flashy et pop, un retour dans les histoires d’espionnage très Pop des années soixante sur fond de vert pomme et de rose fuchsia. Résultat de recherche d'images pour "nick fury aco"Nick Fury est un super espion imbattable, jamais surpris, qui a toujours un coup d’avance sur les terroristes d’Hydra et ses assassins mortels. Les histoires n’ont aucune espèce d’importance et tiennent sur un timbre poste avec une linéarité qui laisse un sourire aux lèvres devant tant d’improbable. Dans cet univers là on va en mission scaphandre combattre des exosquelettes sur la Lune ou on utilise une technologie du SHIELD pour respirer dans les abysses d’Atlantide… Fury a des gadgets super cool, un costume trois pièces d’une élégance folle et prends le temps de flirter en buvant un martini dans un train rempli d’assassins.

Vous l’aurez compris, l’histoire et les scènes donnent un côté très sympathique au projet… mais c’est bien le graphisme et la mise en scène qui dépotent et sont d’une originalité folle. Résultat de recherche d'images pour "nick fury aco"Contre toute attente l’amoncellement de couleurs criardes est terriblement classe et l’artiste ACO joue sans aucune retenue à découper ses cases en jouant sur des formes psychédéliques. L’essentiel de l’album se présente en successions de doubles pages, qui permettent un grand format et des insertions de cases en forme de rond, d’étoiles ou que sais-je. Il y en a de partout, ça fait « sheba, paw, plop, wizzz » et tout cela est fort agréable, comme un générique de James Bond en grand format. Alors bien sur certaines missions sont un peu trop artificielles et on aurait pu attendre un semblant d’ambition scénaristique en introduisant une continuité sur le personnage, mais finalement ne préfère t’on pas toujours une série B assumée à quelque chose qui tente de paraître crédible?

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Black monday murders

esat-westComic de Jonathan Hickman et Tomm Cocker
Urban (2018) / Image comics – US (2016), 240p. 2 vol. parus aux USA (8 épisodes).

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Comme d’habitude chez Urban, les couvertures originales (magnifiques) et des croquis de l’illustrateur sont proposés en fin de volume sur 18 p. Le design général de l’album, de la langue de Mammon et des documents intégrés participent d’une esthétique très efficace. La couverture est parlante, intriguant, efficace.

En 1929 et à d’autres époques les crises financières majeures entraînent des morts. Suicides? Pas certain… Une confrérie dirigeant la banque d’affaire Caïna-Kankrin semble liée à des forces occultes qui proclament que l’argent est la force qui dirige le monde depuis la nuit des temps…

Black Monday Murders est une création assez unique à plus d’un titre. Ambitieuse (très ambitieuse!), elle aurait tout à fait pu sortir du cerveau d’un Alan Moore tant le propos intellectualiste s’allie parfaitement au polar pour produire un récit complexe, mystérieux, qui flirte en permanence avec l’abscons sans pourtant perdre le lecteur qui se raccroche en permanence à un élément subtilement donné. Le scénariste parvient à équilibrer la complexité qui fait partie intégrante du projet et l’intelligibilité pour le lecteur. L’ouvrage en devient totalement fascinant ; personnellement je ne suis absolument pas certain d’avoir compris quelque chose à ce premier tome tout en ayant pris un pied d’enfer…

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"J’insiste sur la référence à Alan Moore, le seul auteur de comics qui parvient si bien à proposer une réflexion complexe, philosophique parfois, dans un habillage fantastique adulte. Le sujet est passionnant: l’argent. L’hypothèse fascinante: l’argent est une puissance magique occulte qui régit le monde et dont se sert le Démon (nommé Mammon) pour régenter les humains. La thématique de la secte occulte conspirationniste de maîtres du monde servant un grand pouvoir noir est un classique. La transposer sur le thème de l’argent est vraiment originale et intellectuellement stimulant.

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"A noter que les couvertures originales des épisodes sont tout bonnement magnifiques! Tomm Cocker n’a pas beaucoup publié et son style rappelle celui de Greg Tocchini (illustrateur intriguant de Low). A la lecture de la série de Rick Remender j’avais les mêmes réserves sur ce type de dessin, extrêmement contrasté et numérique. Mais là où Tocchini pèche par imprécision dans les arrières plans et sa propension à créer des plans « eyefish », Cocker propose lui des visages et des corps très expressifs ainsi que des scènes vraiment artistiques de par son utilisation des ombres urbaines notamment. Le dessin sert totalement le propos et si comme moi on est au départ plus attiré par des dessins style BD, on profite complètement du talent de l’auteur qui nous immerge dans un monde sombre, de magie noire et de secrets cachés. Prenez le temps de savourer les croquis en fin de volume, qui confirment la très très grande maîtrise technique du dessinateur une fois ôté le vernis numérique.

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"La création d’une langue magique, antédiluvienne, à la graphie très élégante et intrigante participe (comme la mythologie autour de la Caïna-Kankrin détaillée à coup de documents imprimés intercalés avec les chapitres) à la solidité de cet univers dont la complexité donne envie de le comprendre, malgré l’effort de concentration et de déduction que cela suppose.

Le récit est structuré entre un agencement de séquences non chronologiques présentant des personnages des différentes lignées dirigeantes de la Caïna à différentes époques, et l’enquête d’un étrange inspecteur qui est le seul à s’intéresser à la langue de Mammon. Ce dernier se fera aider d’un professeur d’économie qui le mets en garde contre la puissance de ceux sur qui il enquête. L’inspecteur est ce qui permet au lecteur de se raccrocher car les autres séquences sont vraiment mystérieuses. Pourtant on reste fasciné tout le long par des bribes d’informations très compliquées à remonter (je pense que deux à trois lectures sont indispensables pour tout bien saisir) et qui, avec le graphisme très noir, très contrasté, crée une ambiance unique. Hickman a la grande intelligence de très peu montrer pour éviter de tomber dans le grand-guignol. Avec l’expressivité des visages de Cocker ce sont deux gros points forts de l’album.Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"

Cela fait longtemps qu’une BD ne m’avait laissé aussi stoïque, en instillant une insistante envie de comprendre, de construire un puzzle dont l’auteur nous donne très peu de clés. Souvent dans ce genre de cas, le risque est grand de rester sur sa fin une fois la série terminée. On verra, mais il est certain que cet album est l’un des comics les plus fascinants et ambitieux de l’année!

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War Mother

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 Comic de Fred Van Lente, Stephen Segovia et Tomas Giorello
Bliss (2018) /Valiant (2017), 144 p.

couv_warmother_rvb-1-600x922War Mother s’annonçait puissant, avec notamment de superbes couvertures de David Mack et un Tomas Giorello au dessin très texturé qui était pour beaucoup dans la qualité du nouveau X-O Manowar. Après avoir bouclé la lecture je dois dire que je suis assez déçu, du manque d’ambition et de contexte d’une histoire qui se présente finalement essentiellement comme une succession de scènes d’action avec une fâcheuse tendance à être redondant avec X-O: même action non-stop qui prend le dessus sur l’histoire et le « drama », même, relation compliquée entre le porteur et l’arme (ici Warmother et le fusil intelligent, là-bas entre Aric et l’armure)…

C’est dommage car, outre les dessins, nombre de concepts sont vraiment intéressants dans cette vision très écolo du Post-apo (inscrit dans la chronologie du comic Rai, qu’il est probablement préférable de lire avant pour apprécier Warmother) où la Terre a repris ses droits en faisant évoluer la vie dotée d’une forme d’intelligence et de technologie géno-organique en opposition au monde techno de l’orbite. Dans ce monde Gaïa se protège de toute manifestation technologique, cette dernière étant capable via des matériaux synthétiques extrêmement évolués, de reproduire à peu près n’importe quoi. Ce premier thème de l’opposition entre nature et technique, en sorte de miroir, est un thème classique mais toujours passionnant pour voir comment se comportent les humains (et qui est humain?) dans cet environnement clivé.

Ensuite le personnage de Warmother, sorte de guerrier ultime badass et à peu près invincible (comme Aric…) notamment grâce au fusil intelligent qui lui est attribué en début d’album sans que l’on sache vraiment pourquoi.

Malgré un niveau graphique globalement bon (sans être exceptionnel), certains choix de design laissent perplexes, comme ces coiffures iroquois généralisées ou les androïdes en mode « XVIII° siècle un peu WTF…).

Surtout, l’intrigue est sommes toutes très maigre. Bien que la pagination soit relativement réduite, la centaine de pages devrait permettre de complexifier un peu l’intrigue de ce qui est présenté comme un one-shot. On ne sait pas vraiment comment ça commence ni où ça finit et cette quête d’un nouveau Nid paraît finalement assez dérisoire puisque l’on sait assez rapidement ce qu’il va advenir. L’auteur peine à poser des scènes dramatiques et différentes séquences individuellement intéressantes (la relation des deux gamins, celle de warmother avec son chéri,…) se trouvent assez dissociées pour empêcher une montée dramatique. Surtout, le personnage principal (on en revient toujours là!), étant invincible, nous laisse dubitatif devant le danger.

Cet album nous laisse finalement l’impression d’avoir raté un épisode (d’où le conseil de lire Rai au préalable… album que je n’ai malheureusement pas encore lu) et de voir un amoncellement de bonnes idées graphiques ou thématiques juxtaposées sans objectif clair de la part du scénariste. Tout ceci nous laisse extérieur à un album pas mauvais au demeurant mais qui se lira vite et sera vite oublié. Dommage.

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