BD·Jeunesse·Nouveau !·**

Green Class #4: l’Eveil

Jérôme Hamon au scénario, David Tako au dessin, Jon Lankry aux couleurs, 54 pages, parution aux éditions du Lombard le 26 aout 2022.

Y-a-t-il un Lovecraft pour sauver l’album ?

 NaïaNoahLucasSatoBeth et Linda sont cinq adolescents marginaux canadiens emmenés aux states par leur éducateur pour une classe verte. Les choses dégénèrent assez rapidement lorsque survient une mystérieuse pandémie, qui transforme les gens en créatures monstrueuses.

Peu de temps après, alors que la quarantaine a empêché nos jeunes sauvageons de regagner leur pays, Noah est infecté par le virus et devient un monstre, d’un genre tout particulier car il a le don de commander aux autres infectés. Cette particularité attire l’attention de l’armée, qui semble impliquée dans cette catastrophe nationale.

Les malversations du gouvernement conduisent ensuite à la mort tragique de Noah, tué par ses congénères infectés. Toutefois, son esprit semble avoir survécu dans un autre plan d’existence, comme le découvre Naïa, qui depuis le début fait tout ce qu’elle peut pour sauver son frère. Le groupe découvre finalement, dans le tome 3, que tout ça est le fait de Lyauthey, un méchant tout de noir vêtu qui a pour projet d’invoquer les Grands Anciens, des divinités cosmiques susceptibles d’annihiler le genre humain. Les infectés, qui répondent en fait au nom de Shoggoths, sont des créations de ces êtres omnipotents, mais leur rôle reste encore nébuleux.

Si vous suivez Green Class, alors vous savez que l’avis de l’Etagère sur la série s’est gentiment dégradé à l’occasion du tome 3. En effet, l’introduction du lore lovecraftien ne s’était pas faite sans mal, en l’espèce au détriment du rythme et de la cohérence de l’ensemble.

Le survival post-apo cède donc le terrain à l’horreur cosmique, mais le souffle de la série semble avoir disparu. L’action s’enlise, entre captures maladroites, fuites désespérées et recaptures, le tout sur un rythme qui se veut urgent mais qui relève finalement davantage de l’hystérie.

L’auteur semble avoir oublié que pour faire avancer l’intrigue, il faut introduire une nouvelle information, qui pousse un ou plusieurs personnages à prendre des décisions et agir en cohérence avec un objectif clair, avant de confronter lesdits personnages aux conséquences de ce choix, ce qui mène à une nouvelle information… et ainsi de suite. Ce tome 4 se révèle donc très laborieux, et le manque de charisme de l’antagoniste n’aide évidemment pas, à tel point qu’il est délicat après lecture de déterminer quel événement majeur est intervenu.

On note aussi un peu de flou concernant le plan du méchant, dont on se doute, sur la base d’une réplique et d’un regard larmoyant posé sur une photo de famille, qu’il a des raisons valables d’agir de la sorte. Son plan général paraît certes compréhensible (invoquer les Grands Anciens), mais sa méthode reste nébuleuse, à moins que je n’ai raté quelque chose. Par quel biais invoquer le portail ? comment compte-t-il communiquer avec eux, quel rôle précis jouent les Shoggoths ?

Malheureusement, sur ce coup, l’abondance des interrogations a tendance à diluer l’intérêt du lecteur plutôt que d’éveiller sa curiosité.

Côté graphique en revanche, David Tako demeure irréprochable et constitue l’atout principal en cette période délicate pour la série. L’intervention de Jon Lankry sur les couleurs permet d’ajouter un tonalité crépusculaire qui sied bien au ton de l’album.

BD·Service Presse·Nouveau !·Rapidos·**

Le troisième œil #2: le veilleur du crépuscule

La BD!
BD d’Olivier Ledroit
Glénat (2022), 144 p., série prévue en 3 volumes.

couv_454732

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Ce second tome (sur trois) est l’exemple caricatural de ce que peut donner un dessinateur de talent en roue libre et sans contrainte ni d’un scénariste ni d’un scénario et repose la question du rôle de l’éditeur dans la cohérence d’un projet éditorial. Car ce Troisième œil ne semble pas être un projet éditorial mais uniquement une envie graphique. Situation étonnante lorsqu’on se souvient qu’après la trilogie Sha, Ledroit s’était aventuré sur une série SF post-apo en solitaire qui s’était arrêtée au tome un faute d’un lectorat suffisant et un parti pris risqué. Le troisième oeil tome 2 - BDfugue.comSérie injustement avortée qui jouissait d’une structure scénaristique très correcte, cette Porte écarlate fera peut-être réfléchir l’auteur alors qu’il entame le tome de conclusion d’une série où il aura mis pas moins de deux-cent pages avant de commencer son histoire. De mémoire de lecteur BD je n’ai jamais vu un tel phénomène (hormis sans doute en manga), qui risque fort logiquement de dissuader beaucoup de monde de s’aventurer sur une série aussi bancale. C’est bien simple, si le premier tome (de cent pages) correspond à l’ouverture d’un album généralement réglée en une dizaine de planches, le second met le même nombre de planches (certes très belles) à reproduire grosso-modo la même structure: une itinérance nocturne semi-psychédélique à contempler à travers son troisième œil le paris occulte et le voile surnaturel qui couvre notre monde. On pourra reconnaitre la tendre histoire d’amour qui donnera au héros un motif de se battre (les passages les plus solides au niveau de l’intrigue, les plus impliquant et, guère surprenant, les plus solides graphiquement) et des combats très brefs, avant de déclencher les personnages secondaires, l’enquête de police sur les cadavres étranges et les antagonistes quarante pages seulement avant la conclusion…

Cette chute très crue, lorgnant vers la radicalité d’un Requiem Chevalier-vampire, n’est certes pas fine (on aura oublié avec Wika combien Ledroit règne sur un monde de cuir gothique nihiliste) mais a enfin les atours d’une BD et donne envie de Preview] Le Troisième OEil T2 - Le Veilleur du crépusculedémarrer enfin cette série. L’avantage c’est qu’avec l’inflation vraisemblable on peut s’attendre à cent-cinquante voir deux-cent pages d’un combat chaotique grandiloquent qui peut suffire à sauver in-extrémis cette trilogie. Les cadres sont là et hormis l’interrogation du pourquoi des deux-cent pages perdues on est parés pour un gros ride sous acide bien gore, bien déviant, pour un apocalypse new-Age en grande pompe. Les quelques fulgurances de mise en scène et la liberté absolue de l’auteur peuvent laisser optimistes et la qualité indéniable des planches devraient suffire à trainer les réticents. Pour la cohérence générale et la place prise sur les étagères on demandera une immense tolérance. A ce stade on est donc sur le fil entre la possibilité d’une bonne série et l’achèvement d’un nanar psycho-ésotérique. Morale de l’histoire: l’équilibre scénariste-dessinateur est souvent justifié…

note-calvin1note-calvin1

Comics·Service Presse·Nouveau !·East & West·****

Sleeper #1: En territoire ennemi

Intégrale qui comprend les douze premiers épisodes de la série Sleeper, écrite par Ed Brubaker et dessinée par Sean Philips . En préambule, on trouve les cinq épisodes de la série Point Blank, du même auteur, avec Colin Wilson au dessin. Parution chez Urban Comics dans la collection Black Label, le 26/08/22.

bsic journalism

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Ne dormir que d’un œil

Holden Carver est un criminel. Du moins c’est qu’il est parvenu à faire croire, grâce à l’aide de Jack Lynch, un super-espion qui s’est donné pour mission, entre-autre, de démanteler l’organisation criminelle de Tao, un mystérieux personnage à l’intelligence redoutable dont on ignore les motivations véritables.

Pour ce faire, Lynch a fabriqué de toute pièce la défection d’un agent d’élite, Carver, avant de l’envoyer dans la nature, comptant sur le fait que Tao ne laisserait pas passer un telle opportunité. Carver, qui a été accidentellement doté de super-pouvoirs, constitue donc une recrue de choix pour Tao. Il ne reste donc plus pour notre agent qu’à rentrer dans le rôle, et collecter des informations qui permettront de mettre à bas les terroristes.

Cependant, le déroulé des missions d’infiltration n’est jamais un long fleuve tranquille. Bien évidemment, Lynch, le commanditaire de la mission, sorte de Nick Fury, est le seul à être au courant du statut réel de Carver. Lorsque le vieil espion paranoïaque tombe dans le coma suite à une tentative d’assassinat, l’agent double se retrouve livré à lui-même, agneau déguisé en loup en plein milieu d’une meute affamée.

Agneau ? Peut-être pas tout à fait, car plus le temps passe, plus il est difficile pour Carver de faire la différence entre le bien et le mal, de distinguer entre ce qui relève de sa mission et de la survie au sens strict. Et si en plus du reste, vous ajoutez des sentiments amoureux, alors vous obtenez une recette parfaite pour le désastre.

Pour cette rentrée 2022, Urban va piocher dans les classiques, en déterrant cette série, créée en 2003, issue de la fertile collaboration d’Ed Brubaker et Sean Philips, duo à qui l’on doit entre autre les séries Criminal, Kill or Be Killed, Pulp, Fatale et Incognito.

Il faut signaler que l’action se déroule dans l’univers Wildstorm, label érigé à la grande époque des comics indé (Image Comics, Dark Horse, etc) par Jim Lee, et qui abrite notamment les Wild C.A.T.S, Stormwatch, et The Authority, des séries qui ont commencé timidement, avant de connaître leur heure de gloire grâce à l’intervention d’auteurs comme Alan Moore, Warren Ellis et Mark Millar, rien que ça.

Le label Wildstorm a plus tard été racheté par DC Comics, mais en 2003, au moment de la création de Sleeper, il s’agit encore d’un label indépendant, dans lequel les auteurs jouissent d’une marge créative importante. Les lecteurs réguliers de comics n’auront aucun mal à se rappeler l’appétence d’Ed Brubaker pour les intrigues sombres, liées au monde de l’espionnage et du crime. Sleeper est donc l’un de ses faits d’armes, dans lequel il utilise tous les atouts du récit d’espions: la double-identité, les faux-semblants, le sexe, le sous-texte de chaque personnage, notamment de Tao, dont on ne peut pas déterminer les réelles motivations ni le niveau d’information dont il dispose: ignore-t-il vraiment le rôle de Carver ? Ou attend-il simplement son heure pour l’éliminer au moment opportun ?

Vous l’aurez compris, Sleeper pose les jalons du genre espionnage-super-héros, en maintenant son héros dans un étau constant dont il tente désespérément de sortir, en utilisant son ingéniosité et ses super-pouvoirs.

Avis aux amateurs, toutefois, par souci de clarté, Urban a opté pour intégrer en préambule les cinq numéros de la mini-série Point Blank, qui détaille la tentative d’assassinat de Lynch qui est à l’origine de l’intrigue de Sleeper. Il faudra donc patienter plus d’une centaine de page avant d’entrer dans le vif du sujet, mais une fois entamée, la série produit son effet feuilletonesque et vous poussera à tourner les pages à un rythme effréné.

Sleeper est donc une réussite en terme de comics indé et récit d’espionnage super-héroïque, contrairement au Leviathan que nous chroniquions dans la douleur cet été. Vivement le second volume !

Comics·Service Presse·Nouveau !·East & West·***

Billionaire Island

Histoire complète écrite par Mark Russel et dessinée par Steve Pugh. Parution en France chez Urban Comics le 26/08/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

L’Île mystérieuse

L’invention de l’agriculture a forcé les chasseurs-cueilleurs à faire société, à s’organiser afin de gérer des ressources croissantes. En effet, jusque-là, chaque individu, chaque groupe, ne prélevait que ce qu’il nécessitait. L’agriculture a fait en sorte qu’un individu avait désormais la possibilité de produire bien plus que ce qu’il nécessitait pour lui-même, ouvrant la voie au commerce et aux échanges.

Mais qui dit organisation complexe dit également hiérarchie, et donc, intrinsèquement, inégalités. Les différences de traitement et les inégalités sont donc inhérentes à toute forme de civilisation, ce qui, couplé à la nature avide de l’homme, garantit souffrances et luttes intestines à tous les groupements humains, passés, présents et à venir.

Ce qui signifie, par voie de conséquence, que si l’on prétend aujourd’hui avoir atteint l’acmé de la civilisation moderne, on se doit aussi d’admettre que l’on a atteint le paroxysme des inégalités qu’elle génère. Autrement, comment expliquer que 1% de la population possède autant que les 99% restants ?

Car oui, c’est bien de cela qu’il s’agit dans Billionaire Island. Les milliardaires, les ultra-riches, après s’être octroyé l’essentiel des richesses et des ressources du monde, ont décidé de quitter le navire, si l’on peut dire, en se construisant, assez ironiquement, une sorte de radeau de luxe, sous la forme d’une île artificielle.

Sur ce prodige technologique, tous les excès sont permis, mais seulement à ceux qui auront les moyens de payer leur place. Pendant que la planète se meurt, ceux qui avaient les moyens de la sauver mais qui ont choisi de ne pas le faire se sont donc réfugiés ensemble, espérant survivre à la fin. Bien évidemment, ce projet secret s’accompagne d’un bon petit complot des familles visant à stériliser les masses afin de résoudre la question du surpeuplement, que la journaliste Shelly Bly s’efforce de révéler au grand jour. Au fil de ses investigations, Shelly va lever le voile sur l’existence de l’île, et va même y faire un petit séjour forcé….

Après Space Bastards chez les Humanos l’an dernier, c’est au tour d’Urban de nous proposer de la grosse satire qui tâche et qui en met plein la tronche à notre société moderne bien-aimée. Alors que SB critiquait l’ubérisation de la société, Billionaire Island tire à boulets rouges sur les ultra-riches, ces individus ayant amassé des fortunes dépassant l’entendement grâce aux nouvelles technologies, où aux bonnes vieilles industries lourdes.

Ces êtres cyniques, qui ont perdu toute accroche avec la réalité, s’échinent à vouloir transformer le monde à leur image, certains s’imaginent même offrir un avenir à l’humanité en l’envoyant dans l’espace. Avec humour, Mark Russel dénonce donc cette élite économique dans un récit d’évasion délirant qui fait la part belle aux dérives capitalistes en tous genres.

Le revers de la médaille, c’est qu’il ne faut pas s’attendre à une profonde caractérisation des personnages, qui ne sont finalement que des parodies pour la plupart, voire pour certains, des prétextes à l’intrigue générale. Néanmoins, pas question de bouder son plaisir de lecture, même si on garde, au fond de soi, une crainte lancinante qui nous fait nous demander: et si tout ça arrivait un jour ? N’a-t-on pas déjà vu des choses du même genre ?

Dans un monde où un président à proposé sérieusement d’ériger un mur entre deux pays pour stopper l’immigration, dans un monde où un tweet peut abattre une nation, une île artificielle pour milliardaire sort-elle vraiment du champs des possibles ?

Ne vous attardez pas sur la réponse, il vous en cuirait certainement.

*****·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Valhalla hotel #3/3: overkill

La BD!
BD de Pat Perna et Fabien Bedouel
Comixburo – Glénat (2021), 54 p., série en trois tomes.

couv_454710

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)Quatre pages. C’est le moment de calme pré-générique que vous accordent Perna et Bedouel avant un run final à fond sur le champignon. Quatre pages qui vous décrocheront une banane qui ne vous quittera pas tout le long tellement on nage dans une accumulation de tous les clichés débiles que l’on aime voir dans ces séries B en VHS qui font les plaisirs coupables du cinoche et de la Pop culture. Les deux auteurs ne vous épargneront rien (sauf Chuck Norris, désolé…) avec l’intelligence de limiter les vraies références à quelques gags en évitant la surenchère… si je puis dire. Car aussitôt la page de titre passée la technique de Fabien Bedouel explose littéralement à coups de KLASH, de FWOOM, de THUMTHUMTHUM et de KRAK. Tant qu’on friserait l’indigestion devant tant d’aberration si les séquences n’alternaient pas aussi vite que la rotation d’une Gateling.

Preview] BD Valhalla Hotel T3 : Overkill - GlénatComme on l’a vu précédemment ne cherchez pas d’explication au fait qu’El Loco cache son armurerie sous ses toilettes sèches ou que les nazis aient un mécha télécommandé dans leur base (pas de spoil, c’est sur la couverture): les auteurs en avaient envie alors ils l’ont mis. Comme son titre l’indique en double sens, ça défouraille à mort dans ce troisième Valhalla, ça explose pour un rien, les bagnoles sont rutilantes et font du bruit, les méchantes nazi sont sexi en combi, les agents du FBI s’appellent Johnson et à la fin les gentils gagnent. Les dessins et l’action auraient presque suffi à notre bon plaisir mais les dialogues s’en mêlent aussi, tordants de troisième degré. Car au Valhalla plus c’est énorme plus ça fait marrer et plus ça rend l’ensemble cohérent. Du coup ce riff est tellement généreux qu’il passe trop vite et n’a pas le temps de tout traiter, comme cette petite fille aux pouvoirs électriques qui reste sur le carreau avec une fin ouverte permettant heureusement une suite. Vu le plaisir communicatif que les auteurs ont pris à la réalisation je n’ai guère de doute que les aventures d’El Loco et Betty se prolongent un de ces quatre, probablement pas sous le même titre. Mais le monde regorgeant de nazis en planque en Amérique du sud, de soviétiques  infiltrés  et d’espions en tous genres, ce ne sera pas trop compliqué de nous dégoter quelque chose d’aussi fun!

 note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

FMA (Perfect) #11 – Dragonball Super #17 – Dai Dark #2 – Le cauchemar d’Innsmouth #2

esat-west

  • Fullmetal Alchemist  – Perfect #11 (Arakawa/Kurokawa) – 2022, 354p., 11/18 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

fullmetal_alchemist_perfect_11_kurokawaLe volume conclut la guerre (le génocide) Ishval avec le très grand mérite de clore enfin les révélations sur l’origine de Scar, ses motivations, la réalité du génocide qui nous place enfin dans de bonnes conditions pour saisir les motivations du (jusqu’ici) assez plat Mustang, mais aussi de la très charismatique Hawkeye, ainsi que l’apparition d’un nouveau méchant en la personne de l’Alchimiste d’Etat que nous découvrons en couverture. Après un retour à Central city pour remettre les pieds dans le contextes avant flashback (une petite révision trois tomes plus tôt ne fera pas de mal) on part pour le Nord, nouveau territoire où vont les frères Elric dans la recherche du mystère de l’alchimie de Xin et où ils vont rencontrer la sœur du commandant Armstrong…

Maintenant que toutes les pièces sont en place et les enjeux enfin posés (la restauration de la Démocratie dans ce régime militaire corrompu par les Homonculus) Arakawa semble décidée à nous faire voyager pour réunir ce qui devrait former la résistance au régime de King Bradley. Avec une galerie de personnages et d’intrigues secondaires faramineux mis en place on espère que la structure est bien préparée pour éviter de se perdre. La matière est là, les longueurs aussi dans ce tome qui semble être un pivot avant un dernier arc, mais cette série reste de très bon niveau pour peu que les belles séquences d’action ne soient pas trop rares pour dynamiser l’ensemble.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

  • Dragonball Super #17: le pouvoir du Dieu de la destruction (Toriyama-Toyotaro/Glénat) – 2022, 192p./volume, 17/19 volumes parus.
bsic journalism

 

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

 dragon-ball-super-17-glenatAprès un quinzième très bon tome, un assez piteux seizième, ce volume exclusivement centré sur l’affrontement entre nos deux Sayan et Granola s’ouvre sur peut-être une des meilleures séquences de combat de toute la série! Dans une pleine maîtrise de son dessin et de la technique de matérialisation de la vitesse, Toyotaro propose des pages nerveuses de baston pure sans chichi de superpouvoirs et de fireballs. Mine de rien depuis les tournois des meilleurs combattants de la Terre on n’était jamais vraiment revenu à cet esprit arts-martiaux. Les coups sont secs, directs, le combat équilibré… avant de retomber dans l’habituel échange entre guerriers surpuissants et passages de niveaux cachés. On flirte sans cesse avec le stade ultime ce qui ne surprend guère. Chose étonnante en revanche, ce volume ne comporte pas les habituelles coupures scénaristiques. De ce fait si le combat seul est très réussi, le rythme de l’album (à la lecture fort brève) est un poil linéaire. Avec un Vegeta qui semble revenir à ses anciennes rancœurs maléfiques, on a comme souvent sur DB un enrobage fort classique et quelques fulgurances visuelles ou scénaristiques, très brèves. Mais on reste très tolérant avec cet ancêtre toujours fringant que sont les aventures de Son Goku.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

    • Dai Dark #2 (Q-Hayashida/Soleil) – 2022, 208 p./volume, 2/5 volumes parus.
bsic journalism

 

Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

dai-dark-2-soleil

Les aventures de Sanko Zaha, son robot-chien Spectrum, le Sakadoh Avakian et la redoutable Death Delamort se poursuivent alors que les tueurs de la Photoforce se sont lancés dans une chasse impitoyable pour détruire les quatre Fléaux…

Sur le même ton délirant que précédemment et sur des thèmes absolument typiques du shonen, Q-Hayashida envoie ses héros dans une sorte d’Ikea spatial pour faire leurs emplettes avant de se lancer dans une cuisine du futur faite de boulettes lyophilisées et de pain en boite. Comme sur le premier tome ce qui continue de surprendre dans ce manga c’est qu’il semble destiné à une catégorie très particulière de jeunes lecteurs, comme si des enfants de métalleux gothiques percés proposaient un manga issu de cet univers. Le contrats entre les dialogues très simples, les intrigues linéaires et l’univers graphique extrêmement noir et délibérément répugnant ne cesse de surprendre. Sans doute le même attrait que celui des films d’horreur et une certaine passion pour les insectes pourra donner envie de lire ce manga qui sort résolument des sentiers battus. Le lecteur adulte pourra s’impatienter devant ce manque d’intrigue qui nous laisse dans la même situation initiale après deux tomes même si l’imagination délirante de l’autrice et l’humour(noir) tout à fait efficace rendent la lecture sympathique.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

  • Le cauchemar d’Innsmouth #2 (Tanabe/Ki-oon) – 2022, 240p., collection Les chef d’oeuvres de Lovecraft.

cauchemar-dinnsmouth-2-ki-oonLe cauchemar d’Innsmouth est l’un des romans les plus connus de Lovecraft et son dernier publié. Si l’on peut comprendre l’intérêt économique pour Ki-oonde vendre deux volumes d’une pagination importante on rappellera que Dans l’abîme du temps (le meilleur pour l’instant) est paru en un unique volume pour une taille à peine moindre.

On reprend donc exactement là où le précédent s’arrêtait, avec cette fois une confrontation assez rapide avec les habitants pisciformes de la localité maudite, et c’est parti pour une fuite implacable du protagoniste devant une horde inouie de créatures maléfiques. C’est sombre comme jamais et un peu longuet dans un sens unique bien que la séquence très tendue de l’hotel soit redoutablement efficace pour nous faire stresser. Malheureusement les limites mythologiques très courtes sur cette histoire (pas d’archéologie, pas de Grand Ancien) atténuent sensiblement l’inétrêt jusqu’à oublier quelque peu le principe même du fantastique et les aller-retour entre la certitude de l’horreur et le doute rationel. Problème de rythme donc avec cette très longue découverte d’Innsmouth sur le tome un suivi d’une très longue échapée répétitive. Quelques planches feront leur effet terrifiant mais le sel de Lovecraft manque pour nous happer dans l’abîme indiscible recherché. On a au final une des histoires les plus faibles de la série, à réserver aux complétistes donc.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·East & West·Nouveau !

The Shadow Planet

Récit complet en 80 pages, écrit par Giovanni Barbieri et dessiné par Gianluca Pagliarani. Parution le 06/05/22 aux éditions Komics Initiative.

Je suis pas venu ici pour survivre !

Comment ne pas aimer le cinéma de genre ? A la fois bon et mauvais, foisonnant et ultra codifié, il aura connu des périodes fastes, des échecs critiques suivis de véritables cultes, dans plusieurs domaines et jusqu’à aujourd’hui. Cependant, on ne va pas se mentir, l’âge d’or du cinéma de genre se situe bel et bien dans les années 80. Les auteurs de Shadow Planet le savent bien, et annoncent tout de suite la couleur avec ce titre accrocheur dont les connaisseurs saisiront immédiatement les références.

L’histoire débute à un moment crucial pour les personnages: après cinq ans de mission spatiale, ils ont enfin obtenu une permission pour rentrer sur Terre. Pour cela, ils ont 36 heures pour quitter le quadrant et rejoindre le point d’extraction de la flotte. Mais, bien évidemment, l’équipage reçoit un signal de détresse émanant d’une petite planète perdue, qui se trouve être dans leur secteur. L’équipage n’est pas très enthousiaste, car le signal provient d’un vaisseau qui s’est crashé il y a trente ans, mais le règlement de la fédération spatiale est très clair, ignorer un appel de détresse est passible de la cour martiale.

Qu’à cela ne tienne, un petit détachement est envoyé pour cette dernière mission avant des vacances bien méritées. Mais en fiction, qui dit « dernière X« , ou « Y de routine« , doit forcément s’attendre à une catastrophe…

Une fois arrivés, la commandante et son équipage vont rapidement se rendre compte que quelqu’un a survécu à la catastrophique mission qui a eu lieu il y a trente ans. La survivante qu’ils trouvent dans un caisson cryogénique va les mettre au parfum: son père est possédé par une entité extraterrestre depuis qu’il est entré en contact avec une inquiétante brume. Va s’en suivre un jeu de massacre qui n’épargnera rien ni personne, avec au milieu une ou deux paires de fesses, parce que pourquoi pas ?

Vous l’aurez compris, Shadow Planet est un agglomérat de tout ce qui a fait le sel du cinéma de genre durant ces dernières années, et qui a inspiré une part non négligeable des auteurs d’aujourd’hui. Un équipage de vaisseau spatial qui va investiguer à ses dépens un signal de détresse ? Adressez-vous à Alien. Une brume menaçante ? The Fog, voire encore Le Prince des Ténèbres, de Carpenter. Un monstre qui assimile et copie l’apparence de ses victimes ? The Thing sans hésitation. Ajoutons la série familiale Lost in space et une secte lovecraftienne en diable… D’autres références sauteront certainement aux yeux des plus avertis, mais l’essentiel est là: l’album fonctionne autant comme un hommage pur et dur que comme une histoire à part entière et ne souffre pas un instant de cette abondance de références.

Si l’on peut reprocher une chose, c’est que les auteurs, sans doute trop focalisés sur les aspects fun de leur histoire, négligent un tant soit peu la construction des personnages, ce qui en fait davantage des accessoires de l’intrigue et moins des figures centrales. Si l’on compare à Alien, par exemple, on s’aperçoit que Ridley Scott s’attarde d’abord sur son groupe de personnage avant de lancer les hostilités. La longue scène du réveil, suivie de celle du repas, sont autant d’occasions pour a)identifier clairement les personnages: sexe, fonction, caractère, et b)s’attacher à eux, ce qui renforce l’implication dans le récit, ou au moins pronostiquer qui mourra en premier.

Ici, l’introduction est vite expédiée, ce qui fait que l’on a quand même un peu de mal à se rappeler clairement qui est qui (effet combi spatiale en sus). Le reste de l’intrigue est néanmoins fluide, avec un mystère suffisamment bien dosé pour maintenir l’intérêt de lecture et une mécanique du « thriller » parfaitement maîtrisée (manquent plus que les petits coups d’archer!).

Graphiquement, on a droit à un trait réaliste et maîtrisé, avec un accent mis sur le pulp, notamment vis à vis des vaisseaux et des combinaisons spatiales. Le design des créatures, que Rob Bottin ne renierait pas, est la cerise gore sur le gâteau SF de cet album. A noter que l’ensemble des éléments techniques (décors, vaisseaux, robot,…) ont été modélisés en 3D, ce qui procure aux planches une solidité technique redoutable, comme on peut le voir dans le superbe cahier graphique composé d’hommages, de croquis préparatoires et donc de modèles 3D des objets.

Shadow Planet est donc un pur concentré d’adrénaline et d’hémoglobine, un petit bijou de références SF et horreur qui ravira les fans du genre avec l’éternel regret pour ce genre d’histoire que de n’avoir qu’un unique volume.

Billet rédigé à 4 mains par Dahaka et Blondin.

BD·Nouveau !·Rapidos·****

Tenebreuse #2/2

La BD!
BD de Hubert et Vincent Mallié
Dupuis (Air- Libre) (2022), 69p., 2/2 volumes parus.

couv_452096

Isla est apparue sous sa forme monstrueuse à Arzhur et au monde. Obligés de fuir, les deux parias se retrouvent seuls dans une nature hostile. Que vont-ils faire, eux qui ne se connaissent même pas? Retourner sur les terres de la famille du chevalier? Peut-être. Au risque de devoir affronter un passé qu’il souhaiterait oublier, alors qu’une attirance impossible naît entre eux…

Comme je le disais sur la chronique du premier tome, quel dommage que d’avoir vu publiée cette fort belle (et sombre) histoire en deux parties alors que la pagination aurait permis un unique volume. Gageons que Air Libre ressorte rapidement une intégrale et en attendant maintenant que l’histoire est complète les lecteurs pourront la découvrir comme il faut.

Ténébreuse (tome 2) - (Vincent Mallié / Hubert) - Heroic Fantasy-Magie  [CANAL-BD]Car si le faux-rythme reste la marque de fabrique de Hubert, la dureté du propos, le pessimiste des destins de ces deux êtres seuls contre tout tiennent en haleine dans cette fuite en avant où les soupçons de bonheur naissants semblent rapidement voués au néant dans une forme de tragédie d’un amour impossible par nature. Les héritages familiaux semble inéluctablement condamner les deux amants. La belle est en réalité une bête, finissant par douter de l’impossibilité de toute relation humaine grâce à Arzhur, le passé du héros va finir de rompre ce qui est possible. Pour toujours? Il faudra lire l’album pour le savoir… 

Ce qui fonctionne mieux que sur la première partie c’est la complexité des itinéraires et des psychologies. Ainsi pris de pitié pour cette fille de démon on bascule ensuite dans une compassion pour ce pauvre guerrier pas si coupable au regard des mœurs médiévales et des comportements des autres protagonistes. Laissant la révélation (déjà vue) sur le tard, les auteurs parviennent à l’enrober d’un habillage qui fait oublier le classicisme. On peut dire merci à Mallié dont les dessins puissants et la mise en scène soignée donnent à cette histoire le cachet de l’élite.

Cette seconde partie ne change donc pas une intrigue peu originale mais en lui apportant le tragique qui manquait et appuyée sur des dessins de haute volée elle en fait une très bonne BD que les fans de Hubert hisseront au firmament et que les autres classeront dans les bonnes fantasy agréables à l’œil.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

BD·Jeunesse·Nouveau !·****

Masques #1: le masque sans visage

Premier tome de la série écrite par Kid Toussaint et dessinée par Joël Jurion. 83 pages, parution chez Le Lombard le 27/05/22.

Crises d’identité(s)

Durant la célèbre fête des morts, au Mexique, Hector et son frère font ce qu’ils savent faire de mieux: rouler des naïfs dans la farine, prospérant de petites combines ça et là. Sans le savoir, les deux roublards s’attaquent à plus dangereux qu’eux.

En effet, un groupe d’hommes patibulaires, poursuivis par la police, leur proposent un marché plus qu’intéressant: garder pour eux deux caisses de bois quelques heures seulement, contre pas moins de mille pesos. Pour les deux nécessiteux, c’est une occasion inespérée. Après avoir donné un portefeuille volé en guise de gage, Hector décide d’ouvrir les caisses, misant sur le fait que le contenu des caisses doit valoir bien plus que mille pesos.

Et Hector n’a pas tort, car il met la main sur un masque mésoaméricain, aztèque plus précisément, en or, rien que ça ! A la fois par curiosité et par cupidité, Hector enfile le masque, mais ne parvient plus à l’enlever. Les gangsters ont tôt fait de revenir, et veulent récupérer leur marchandise pronto. Sous l’effet de la panique, Hector utilise alors sans le vouloir le pouvoir du masque, provoquant la mort de son frère. Loin d’être effrayés, les bandits y voient une opportunité d’accéder au pouvoir et vont contraindre Hector à travailler pour eux en prenant sa mère et sa sœur en otage.

En France, pendant ce temps, Siera est rattrapée par son passé lorsqu’elle reçoit un mystérieux colis, contenant un masque. Poursuivie pas les services de l’immigration, elle se rend compte que le masque lui donne la faculté de devenir invisible ! Au même moment, en Belgique, Al vit une crise existentielle, car il doit cacher sa transidentité à sa petite amie, et à ses amis, sous peine de subir leur rejet. Lui aussi va se réfugier sous un masque, un masque magique qui va le transformer littéralement en un homme surpuissant, capable de défendre les opprimer, ce que Al, entravée par le corps d’Alison, n’ose pas faire. Les destin de ces trois adolescents, éparpillés à travers le monde, vont se télescoper car l’enjeu autour de ces masques est très important. Le père d’Al en sait quelque chose, car il tente depuis des années de tous les rassembler pour éviter qu’un mauvais usage en soit fait.

Le prolifique Kid Toussaint (Ennemis, Hella et les Hellboyz, Magic 7, Absolument Normal, Elles,Love Love Love, etc) s’associe aujourd’hui au dessinateur de la série à succès Klaw pour une nouvelle série jeunesse qui surprend par son fort potentiel. Comme Magic 7, l’histoire nous met en relation avec une groupe d’adolescents qui vont se retrouver dotés de multiples pouvoirs, chaque masque octroyant une capacité différente. Le trio de ce premier tome est bien campé, chacun des protagonistes étant défini par une problématique sociétale d’actualité: Al lutte pour faire accepter sa transidentité, Siera fuit la guerre et la pauvreté mais n’a pas d’avenir garanti en France, Hector survit comme il peut dans un milieu pauvre et assailli par la criminalité. Ces éléments contribuent à rendre les personnages sympathiques, ce qui est, nous l’avons vu précédemment, crucial pour maintenir l’attention et l’adhésion du lecteur.

Pour le reste, j’ai toujours tendance à reprocher à Kid Toussaint le manque de subtilité de ses expositions, qui sont certes cruciales pour délivrer au lecteur la quantité d’informations nécessaires à la bonne compréhension du récit mais qui paraissent, par certains aspects, un peu forcées et littérales. Cependant, le reste de l’intrigue demeure clair, et conserve suffisamment d’interrogations et de ressorts exploitables pour ne pas s’essouffler.

On note aussi une petite vibe de X-men, avec un adulte (chauve!) réunissant autour de lui une bande d’adolescents multinationaux dotés de super-pouvoirs pour lesquels il fait office de mentor.

Côté graphique, les fans de Klaw savent déjà que Joël Jurion est très bon dans les scènes d’action, grâce à un trait dynamique et un découpage qui ne laisse pas la place aux temps morts. Il n’est pas non plus en reste pour les scènes plus intimistes, où l’expressivité des personnages rend la lecture plus immersive.

Ce premier tome de Masques par Kid Toussaint et Joël Jurion est donc un très bon début, une série à suivre !

BD·Nouveau !·**

Convoi

image-23
couv_455160
BD de Kevan Stevens et Jef
Soleil (2022), 114p., one-shot.

J’ai découvert Jef récemment, en 2021 sur son trip sous acide Gun crazy. Extrêmement productif il a remis le couvert en ce début d’année sur l’excellent Mezkal, accompagné déjà de Kevan Stevens. Chez Jef un album ça fait minimum cent pages. Et on ne peut pas dire qu’il chôme tant le découpage est travaillé et les cases fourmillant de détails. Pourtant il faut parfois savoir faire court, surtout quand le projet est simple.

Convoi (Jef)- ConvoiCar ce Convoi au titre aussi limpide que son pitch, se résume en une course folle à la sauce Mad Max Fury Road matinée de dialogues tarantinesques fatigués. Le chef d’oeuvre de George Miller a fortement inspiré la galaxie des artistes graphiques et on comprend bien que certains aient eu envie de se faire un petit plaisir coupable. Le problème c’est que dans un Mad Max l’épure scénaristique s’appuie sur une virtuosité graphique. Jef est un bon dessinateur, là n’est pas le problème. Mais son dessin rapide s’inscrit dans un univers personnel et peut devenir lassant sur des plans larges et des étendues grises désolées. Je ne sais pas quand a été réalisé cet album mais l’on sent un niveau d’implication bien moindre que sur le précédent Mezkal où l’émotionnel nous touchait malgré l’habillage défouloir.

De même, les dialogues à la cons à base de grossièretés et de bons mots ne font pas un album et finissent par devenir lassant en donnant l’impression d’avoir confié les textes à un collégien en rupture scolaire. L’esprit fou de cette France post-apo se reflète dans ces dialogues comme dans les trognes totalement débiles des marionnettes qui font office de personnages. En roue libre, les auteurs nous abreuvent de critiques tous azimut sur les exagérations de notre société en fin de cycle, du végétarisme aux interrogations sur le genre. En 2074 les pingouins parlent, les poissons fument, les frères Bogdonaff sont trois, l’héroïne porte le blouzon de Michael Jackson sur Thriller et Tortue Géniale dirige une place-forte en zone iradiée…

Illustrant la formule qu’un concept ne fait pas un scénario, les deux auteurs du Convoi échouent là où ils avaient réussi en début d’année pour une raison simple: Mezkal s’appuie sur un scénario habillé de WTF quand le convoi pose un WTF en se dispensant de scénario. Si vous voulez du délire lisez Gun Crazy, si vous voulez un film lisez Mezkal. Si vous êtes archi-doingues des Wasteland le Convoi peut se tenter. Pour les autres on attendra un projet plus solide.

note-calvin1note-calvin1