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BD en vrac #4

couv_357321Le château des animaux (gazette) #2

Ce deuxième épisode du Château des animaux s’est fait attendre. prévu par Casterman sur une périodicité de trois mois, il aura fallu pas moins d’un an pour lire la suite de nos animaux… Le troisième est annoncé pour le début de l’été et l’on espère que les délais seront cette fois-ci tenus (avec un album en fin d’année). L’édition est toujours aux petits oignons avec la même très jolie maquette, un rédactionnel qui revient sur les événements de l’épisode (et à lire après donc). Mais contrairement au Château des étoiles ou au dernier Bourgeon c’est surtout pour la BD qu’on lit cette version grand format et l’on aurait aimé des commentaires périphériques ou des éléments enrichissant le hors champ. Ce n’est pas très grave tant la BD en elle-même est superbe visuellement et très plaisante avec cette transposition de la célèbre Ferme des animaux d’Orwell. Dans l’épisode on entre dans le vif de la révolte avec l’élément extérieur, un rat saltimbanque qui au travers de son spectacle ouvre les yeux des animaux sur le despotisme du Taureau. Moi j’adore et je profite de ces immenses planches!

 

  • couv_357372Green class #1

bsic journalism Lu en numérique pour Iznéo.

Très efficace couverture pour ce survival-zombie, premier album d’un dessinateur que Jérôme Hamon a rencontré sur internet. Je m’attendais à une histoire de classe verte partant en mode trash, un peu comme sur le très efficace Rocher rouge. Walking Dead fait des émules mais le soucis de cette Green class est d’arriver dans un thème déjà bien encombré et par de très bons albums/séries. Gung-Ho (dont ce dernier est très proche) est excellent tant graphiquement que dans son traitement des relations entre ado et adultes, cela par-ce que le background est travaillé. C’est là la principale faille de pas mal d’histoires de Zombies (y compris Walking Dead et donc ce Green Class) que d’oublier d’expliquer le hors champ et le contexte pour fermer la focale sur un seul petit groupe. Non que cela soit inintéressant mais c’est déjà lu mille fois. Avec un dessin proche du manga très sympa pour les personnages mais assez vide pour les arrières-plans (pour un premier album, pour peu que l’auteur progresse ca reste très acceptable) et des couleurs que j’ai trouvé un peu passées la partie graphique ne suffit pas totalement à combler ce problème. Le scénario se concentre sur l’évolution des relations dans le groupe d’ado en situation de crise et tarde un peu à proposer des scènes choc que nécessitent ces histoires. C’est au final un travail honnête, pas fondamentalement original et qui vire vers le fantastique sur la fin en laissant de possibles perspectives d’aller vers quelque chose de plus novateur…

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  • Couverture de Les vieux fourneaux -5- Bons pour l'asileLes vieux fourneaux #5: Bons pour l’asile

La série des vieux fourneaux a dû attendre un film (fidèle mais moins bons que la BD) pour atteindre le grand public. Il faut dire que les couvertures, parti pris osé, sont plutôt un repoussoir… Il n’en demeure pas moins que nos trois vieux sont toujours aussi drôles et plaisants à suivre, sous la plume du génial Lupano, énervé comme jamais contre notre monde injuste et égoïste. Si toute la série est excellente, ce cinquième tome est pour moi le plus réussi par-ce qu’il assume une actualité immédiate et laisse un peu de côté les circonvolutions familiales pour se recentrer sur la force de la série: l’humour militant assumé et rageur. La dimension familiale n’est pas totalement oubliée mais sert l’humour et c’est pour cela qu’elle s »intègre mieux que jamais au projet de Lupano et Cauuet. Chapeau les artistes, on en redemande!

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  • Le dernier dragon

bsic journalism Lu en numérique pour Iznéo.

Delcourt/Soleilsont familiers des séries fantasy, tellement qu’on se demande parfois comment ces dizaines de créations trouvent leur lectorat. C’est donc sans beaucoup d’attentes que j’ai entamé cet album doté d’une très belle couverture. Et heureusement, on trouve régulièrement dans ce genre hyper-balisé de très bonnes surprises dont Le dernier dragon fait partie! Dans une Europe de la Renaissance et des cités-Etat italiennes les dragons n’ont pas disparus. Ils sont protégés par on ordre de dragonnières descendant d’Eve et que de plus en plus de puissances politiques souhaiteraient voir disparaître à mesure que le nombre de dragons faiblit et le pouvoir de l’ordre avec. Car le crane de ces bêtes ancestrales renferme une pierre aux propriétés fantastiques que des chasseurs tentent de posséder au péril de leur vie… Outre les dessins très agréables de Léo Filipovic, le scénario de Pécaua l’originalité de transposer cet élément de fantasy dans un contexte historique bien connu, semant les premières pierres d’une intrigue géopolitique où dragons et dragonnières seront les derniers gardiens d’une ère qui s’éteint. Cet album parvient en 64 pages à poser un contexte, des personnages charismatiques et un univers très solides tout en offrant de l’action et le côté épique de toute BD grand public. Un des succès d’aventure de 2019 à prévoir.

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Sushi & Baggles #11

esat-west

  • Isola #1

isola-tome-1Les quelques planches diffusées sur le web pour ce comic récent m’avaient laissé par terre et il avait aussitôt rejoint ma pile de BD à venir. Et je dois dire que dès la couverture et tout au long des 150 pages du premier tome on a les yeux qui brillent. Pas tant pour le dessin lui-même, très pro sans être exceptionnel, mais plus pour l’ambiance générale, les couleurs sublimes et le design génial où l’on sent des auteurs inspirés. L’inspi majeure annoncée est celle de Miyazaki et son Princesse Mononoké mais aussi du mythe d’Orphée et Eurydice. Cette histoire d’amour impossible entre la capitaine de la garde et sa reine métamorphosée en tigre, dans une itinérance vers Isola, l’Ile des morts, ne ressemble à rien de ce que vous aurez déjà lu. D’abord car c’est une histoire d’amour platonique homosexuelle comme on n’en voir que très peu en BD. Ensuite par l’approche assez rude de la Nature. On a Résultat de recherche d'images pour "isola comic"souvent l’impression de lire un long métrage d’animation dans Isola, avec cette approche complexe, japonaise, toute en sous-entendus, presque zen et contemplative. Les expressions du soldat sont très réussies malgré un vague sentiment que les personnages ne font que suivre un cours qui les dépasse. Du coup le lecteur a un peu de mal à accrocher ces héros sans prise sur leur destinée. La construction scénaristique volontairement compliquée (entre présent et passé, réalité/monde des esprits) ne facilite pas les choses et c’est la bande de chasseurs qui donne le plus envie de connaître la suite de ces aventures en faux-rythme. Ces quelques partis pris n’empêchent pourtant pas de s’immerger dans cet univers baroque, sauvage et poétique. Point bonus pour la maquette superbe et les bonus comme Urban en fait rarement. Au final, si la partie graphique vaut le coup à elle seule, on attend la suite pour voir si l’on aura affaire à une très grande série ou à un projet abscons…

Résultat de recherche d'images pour "isola comic"Le #1 comporte les épisodes 1-5. La série continue sa publication chez Image aux Etats-Unis depuis janvier 2019 en étalant les issues tous les deux mois (contre 1 mois pour ceux du premier volume). Du coup on peut attendre un second volume en France probablement débit 2020.

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  • Atomic Robo

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour cette poilade.

Atomic Robo est une série d’action délirante publiée depuis 2007 aux Etats-Unis, sur douze volumes. le Robot en question a été créé par Nicola Tesla en 1923 et depuis, passe son temps à sauver le monde contre les génies du Mal, créatures géantes et autres inventions démoniaques. On est clairement dans le même esprit que le très drôle Shirtless Bear Fighter publié l’an dernier. Publié dans la collection comics « Paperback » de Casterman qui jouit d’un très bon écho dans la presse et blogs (format comics, couverture reliée avec quelques effets pelliculés mais pas de bonus… et petit détail, est imprimé en France!), la grande qualité de ces aventures repose sur leur écriture très vive jouant beaucoup sur l’absurde des situations et la répartie du héros. Si le dessin n’a rien d’extraordinaire, il reste lisible et le travail d’expressions (improbable) de ce robot limité à la fermeture de ses paupières métalliques est étonnant. Avec un dessin plus qualitatif on arrivait au niveau du Skybourne de Frank Cho, une de mes pépites de l’an dernier. Malgré la simplicité format timbre-poste des intrigues (en mode porte-monstre-trésor), les auteurs arrivent à varier les plaisirs absurdes comme cette expédition sur Mars où les techniciens ont oublié de donner des lectures au Robo pour les deux ans de voyage. Arrivé sur place il se vengera sur Stephen Hawking, responsable de son calvaire, au travers d’étonnantes constructions… Personnage invincible, le Robo est un gros bourrin qui disserte entre deux mitraillages, sur la possibilité théorique que des fourmis géantes existent. On se marre tout le long et on en redemande!

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Shipwreck

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Comic de Warren Ellis et Phil Hester
Snorgleux éditions (2019), 120 p. one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Snorgleux pour cette découverte.


Résultat de recherche d'images pour "shipwreck comics"

Pas forcément désireux de lire tout ce que la galaxie de petits éditeurs français de comics dénichent j’ai été attiré par une couverture très énigmatique et graphiquement réussie. L’éditeur m’a permis de découvrir cet album one-shot au format numérique, aussi je ne parlerais pas de la fabrication, simplement des habituelles pages de making of graphique. Des notes d’intention des auteurs auraient été appréciées dans un ouvrage hautement mystérieux, jusqu’à son dénouement.

Le docteur Charpentier ouvre les yeux sur un monde énigmatique, presque désert, où étape après étape des protagonistes lui racontent qui il est et ce qu’il fait là. La mort rôde sur ce monde étrange où on l’accuse de différents maux. Qui est-il? Que fait-il ici? Est-ce le Purgatoire après sa mort? Pour le savoir il devra affronter ses démons et sa lâcheté…

Résultat de recherche d'images pour "hester shipwreck"Shipwreck se présente comme une nouvelle variation sur le voyage entre les dimensions, avec le même point de départ que la série à succès Black Science. Comme les comics indé adorent les anti-héros, nous avons ici un grand savant qui a conçu une « maille » capable d’ouvrir une brèche entre les dimensions. Le problème c’est qu’il ne sait plus où il est et que la réalité présentée par Warren Ellis est incertaine. Quel récit est véridique? La temporalité est-elle linéaire ou inversée? C’est la grande réussite de ce récit que de nous balader dans ce monde de pierres et de Motels parcouru par des nuées de corbeaux et mille autres détails qui semblent indiquer que Charpentier a entamé son voyage dans les Cercles des Enfers… Entre récit scientifique donc et parcours ésotérique, le lecteur balance jusqu’à la conclusion, aidé en cela par de magnifiques planches très torturées et au découpage chaotique de Phil Hester. Le morbide est là et plusieurs scènes sont assez gores, laissant pourtant le héros de marbre. Un flic, une vamp ou une scientifique locale vont tenter de le mettre sur les traces de son destin, à l’image du superbe album de Flao Essence. Résultat de recherche d'images pour "hester shipwreck"Car ce sont les rencontres qui vont faire avancer le récit et découvrant par bribes ce qui a amené Charpentier ici.

Les dessins sont donc une des forces de l’album. Je ne connaissais pas cet auteur qui propose un très intéressant travail de contrastes et sur les différents plans de ses cases (avec un point noir en revanche pour des pages de chapitres vraiment atroces avec des cartons blancs énormes et très laids). Cet univers parallèle est fascinant, avec ses grandes étendues, ses formes circulaires et ce découpage en « portes » qui nous le présente. Étrangement, la seconde partie de l’album tombe dans un réalisme scientifique qui brise un peu la magie de l’incertitude. C’est étrange car la chute reste fortement interprétative et que l’ensemble de l’album repose sur les hypothèses que peut se faire le lecteur. Du coup j’ai été un peu déçu sur le parti pris par le scénariste de briser l’inconnu. Shipwreck reste néanmoins une très belle immersion de lecture, souvent fascinante thématiquement et visuellement.

Résultat de recherche d'images pour "hester shipwreck"

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P.T.S.D

BD du mercredi
BD Guillaume Singelin.
Ankama (2019), 190 p. One shot.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette belle découverte!


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Comme souvent chez Ankama l’édition est magnifique. D’abord cette très chouette couverture colorée qui reflète exactement l’album (soldat, SDF, zootherapie), avec titre gaufré et effet métal que l’on retrouve sur la tranche. L’album se termine par un texte d’intention de l’auteur et un carnet de croquis. Vraiment complet, joli, un calvin. A noter que l’album est d’abord paru aux Etats-Unis en 2019 avant l’édition française chez Ankama.

Après la fin de la guerre June revient dans la grande Cité où une légion de soldats démobilisés errent dans le’s rues, horde de sans abris luttant contre leurs stresses post-traumatiques à l’aide de pilules dont le marché est géré par une mafia. En guerre contre le reste du monde, June l’ancienne tireuse d’élite refuse toute aide et va partir à l’assaut de ces truands qui attaquent ses comparses…

Résultat de recherche d'images pour "singelin ptsd"J’ai découvert Guillaume Singelin à l’occasion de ma lecture de Midnight Tales dont il dessinait la première histoire, assez fondatrice du projet. Dans le même style manga que PTSD j’avais remarqué déjà une grande maîtrise du découpage et de l’action malgré un dessin tout sauf réaliste. Hormis ceux de Florent Maudoux (plus classiques) je ne suis pas très proche du style graphique et du design de l’équipe du Label 619. Pourtant dès ma lecture du génial Shangri-La de Mathieu Bablet l’identité artistique m’avait marqué et on peut dire qu’il y a une vraie cohérence dans cette bande de jeunes auteurs, à commencer par l’approche sociétale de la misère. Que ce soit la situation des animains dans l’ouvrage de Bablet, les réflexions sur les freaks et la sexualité de Maudoux ou ici le stress post-traumatique et la réinsertion des soldats chez Singelin, ces auteurs élevés dans la culture manga autant que comics proposent des visions très personnelles dans des genres qui facilitent habituellement le grand spectacle. Il peut alors y avoir un peu de frustration pour qui attendrait une BD d’action voir de guerre dans PTSD. Pour comparer avec le cinéma c’est un peu la même démarche que celle de Mamoru Oshii ou Denis Villeneuve, qui dans Sicario ou Ghost in the Shell utilisent un emballage de genre pour proposer des captures et réflexions totalement humanistes.

Image associéePTSD nous présente donc l’itinéraire de June, brillante tireuse d’élite revenue borgne d’une guerre sans nom que l’on découvrira au travers de plusieurs séquences intercalées comme des respirations du récit. Accro comme aux médicaments destinés à calmer ses douleurs et son stress comme la horde de vagabonds qui hantent l’immense cité asiatique que l’auteur se plait à nous présenter dans des séquences contemplatives qui occupent la majeure partie de l’album. Le texte post-face explique très précisément les envies de Guillaume Singelin, notamment ces visions urbaines incroyables qui habitent les films hong-kongais et qu’il a lui-même pu expérimenter en résidence à Tokyo. C’est pour moi le plus intéressant dans ce gros ouvrage où l’on retrouve (encore) une proximité avec les préoccupations de son compère Mathieu Bablet, très friand de longues pérégrinations urbaines. Dans PTSD, l’héroïne est seule, refuse toute aide, comme ses frères d’arme. Il n’y a pratiquement aucune critique politique dans ce livre qui s’intéresse bien plus aux relations humaines et aux effets enfermant du traumatisme. Sans mièvrerie, on nous montre comment le théâtre de guerre en obligeant les soldats à dépendre les uns des autres, tisse des liens qui seront détruits au retour. C’est ce travail psy que devra faire June à qui des mains sont tendues et qui les refusera jusqu’à l’arrivée d’un chien dont l’action thérapeutique provoquera la bascule.

Il y a bien sur des scènes d’action, diablement efficaces, lors de la vendetta de June contre les dealers. Trop brèves à mon goût tant l’auteur parvient à retrouver un peu de l’essence d’un Appleseed (Dunan Nuts, l’héroïne de Masamune Shirow est un des modèles de Singelin pour son personnage) dans ces passages. Mais le propos de Singelin reste bien celui de la vie foisonnante contrastant avec les errements de zombies des anciens soldats. Le travail des couleurs est très réussi et le dessin manga, très rond, facilite l’approche de ces destins tragiques. J’ai un peu tiqué sur les crayonnés laissés à l’impression, qui salissent un peu les dessins sur les gros plans. C’est sans doute recherché mais je ne trouve pas cela très réussi. Les visages très enfantins en revanche sont étonnants d’expressivité malgré la grande limite des possibilités graphiques du genre. Enfin, un détail vous étonnera, les personnages de l’album sont dotés de quatre doigts de la main, cela car l’auteur voulait dessiner de grosses mains et que les doigts ne rentraient pas… Une singularité qui montre la liberté et la sincérité totale de production de l’ouvrage.Résultat de recherche d'images pour "ptsd singelin"

Au final, si je ne suis pas aussi enthousiaste que pas mal des autres blogueurs, sans doute du fait de la sensibilité très particulière de l’ouvrage, j’ai passé une très agréable lecture en découvrant un vrai auteur, très impliqué sur son projet et nous faisant partager ses environnements, la vie urbaine asiatique, et en nous immergeant dans une thématique originale peu vue en BD.

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Iran, Révolution

Le Docu du Week-End
BD Christian Staebler, Sonia Paoloni, Thibault Balahy
Les Arènes (2019),

bsic journalismMerci aux éditions Les Arènes pour cette découverte.


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Comme d’habitude les Arènes produisent un très beau livre relié comprenant la préface d’un historien et en fin d’ouvrage une carte de l’Iran avec une post-face de l’auteur rappelant le contexte dans lequel il a réalisé le travail photo original et la note d’intention sur cet ouvrage: essentielle pour comprendre le passage de la photo à ces « dessins » numériques qui font toute la richesse et la spécificité artistique de l’album. La couverture reprend le style des documentaires journalistiques chocs. Pas forcément la plus belle qui soit pour une BD mais ici nous sommes plus dans le reportage journalistique

En 1978 lorsque commence la Révolution iranienne qui donnera naissance à la République Islamique Michel Setboun est un photographe de presse, l’un des rares présent sur place tout au long des événements. Quarante ans après il reprend ses photos pour les travailler numériquement afin de leur donner un aspect jamais vu à la croisée de l’impressionnisme et du réel…

Résultat de recherche d'images pour "iran révolution setboun"Attention, cet ouvrage est un événement! En faisant cette proposition artistique unique avec un thème à la fois si fort historiquement et si actuel lorsque l’on regarde dans le rétroviseur, il procure au lecteur un coup de poing exigeant. Car l’ambition est haute. Tout d’abord graphiquement: Iran, Révolution est un exemple de tentative de déconstruction d’une oeuvre par son créateur. Dans l’aboutissement de sa réflexion sur la photographie qu’il considère comme une interprétation de la réalité contrairement à l’image véhiculée d’instants saisis, Michel Setboun a joué sur les curseurs de ses logiciels de retouche numériques pour saturer les images noir et blanc originales. Le résultat, sorte de dessins cubistes est très déstabilisant en ce que l’on retrouve le mouvement, l’action prise sur le fait mais avec l’aspect de dessins à l’encre (alors qu’aucune retouche manuelle n’a été faite). Les photos deviennent une expression hautement graphique mais issues du réel. Beaucoup de dessinateurs travaillent en retouchant à la main des photos. Ici c’est la technique qui fascine puisque c’est le seul logiciel qui a transformé l’image. Et le fait de savoir que derrière ces ombres et contrastes il y a une scène et des humains réels donne encore plus de force au graphisme.

Résultat de recherche d'images pour "iran révolution setboun"Cette portée graphique ne serait pas si forte sans un tel sujet. Evènement majeur du XX° siècle et de l’histoire de la Perse, la Révolution de 1979 est vécue de l’intérieur, jour après jour par Michel Setboun en nous faisant rencontrer Khomeini, le Shah et les différents moments du conflit. L’ouvrage a le mérite pédagogique de nous raconter le déroulement de cette Révolution, l’une des dernières destitutions populaires d’un régime tyrannique avec une portée sans doute aussi fondamentale pour l’Iran que celle de notre Grande Révolution de 1789. Le fait que cela ait abouti à la seule théocratie (avec le Vatican si on le considère comme un Etat…) au monde, considérée par beaucoup comme une dictature, déstabilise le lecteur occidental. Or l’auteur (qui n’est pas journaliste mais bien photographe) reste à sa place d’œil, de gardant bien de juger en ne commentant que le caractère inouï de l’événement hors de ce qu’il est devenu. L’album s’achève néanmoins sur les premières heures du nouveau régime en nous rappelant que comme souvent après des révolutions la répression s’installe…

Résultat de recherche d'images pour "iran revolution setboun"Cet ouvrage, aussi intéressant visuellement que pour son propos, nous rappelle le pourquoi de la Révolution et donne envie de se documenter plus en détail sur les fondements de cette République à nulle autre pareil: on découvre alors un régime totalement démocratique (le suffrage est universel pour les deux sexes) en même temps qu’une autocratie totalement dictatoriale, un régime bicéphale et schizophrène qui tente d’allier des normes démocratiques modernes pour la gestion politique (exigence de la Révolution menée autant pas les religieux que par les partis de gauche) avec une prédominance du religieux qui condamne toute évolution, ouverture et modernisation possible du fait de la supériorité absolue du Guide et des conseils d’ayatollah. Si on regarde en détail sur le seul plan institutionnel pas mal de nations occidentales ne sont pas mieux armées en matière de contre-pouvoir… Je vous invite donc vivement à lire ce livre impressionnant et qui demande d’ouvrir sa focale, de sortir de son confort d’analyse. Et ça fait du bien!

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Sushi et Baggles #10

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  • Volcano Trash

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour cette découverte.

La toute jeune maison d’édition Kinaye nous propose de découvrir l’auteur et illustrateur Ben Sears avec son couple d’aventuriers Plus Man et son robot philosophe Hank. L’éditeur vise à proposer des ouvrages de BD jeunesse américains et si graphiquement on peut dire que c’est le cas de ce Volcano Trash (qui comprend les deux premières aventures du duo), les dialogues se rapprocheraient plutôt de la tradition du strip de presse à la Calvin et Hobbes. Cet humour stoïque est assez percutant ; je ne suis pas certain que de jeunes lecteurs capteront toute la subtilité mais la linéarité du scénario et l’aspect général s’adressent en effet à des enfants. Outre un certain côté décalé de cet univers, j’ai beaucoup aimé le trait vraiment particulier de Sears, qui donne une matière à un monde aux formes arrondies, avec parfois l’impression de se trouver dans une chambre… d’enfants. La technologie de Plus man est rétro et lui permet d’à peu près tout faire, le héros s’en sort toujours avec le sourire dans une relation avec son robot qui reprend donc celle des héros de Watterson avec un humain bourrin à souhait et son acolyte très réfléchi. Il n’y a pas vraiment de sens à l’histoire, plutôt des prétextes à des situations absurdes et acrobatiques. La première histoire nous propose un château hanté dans un univers SF (ne cherchez pas à comprendre la logique), la suivante, plus longue, mets nos héros aux prises avec une sorte de secte belliqueuse dont l’insistance fait parfois penser aux policiers de Miyazaki. Hank sera emprisonné ce qui obligera Plus man à préparer son évasion dans un design très jeu vidéo de plateforme… Bien délire et une jolie découverte!

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  • Radiant #11

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur envoi.

Les aventures de Seth continuent, de retour sur l’Artémis avec la suite de la course en balais très inspirée de Mario Kart de l’aveu de l’auteur. Partis à la recherche de Grimm vers Bôme (le pays des Domitor) la bande de Seth est toujours aussi riche en idées et intéressante à suivre. Difficile de noter un manga et encore plus un volume isolé dans une série, mais pour l’ensemble de la série et par-ce que ce onzième volume parvient à allier poilade, dialogues que j’irais jusqu’à qualifier de virtuose et vrai gros travail de background, beaucoup plus que sur les autres épisodes, Tony Valente mérite 5 Calvin (… le premier de 2019!). Si le contexte de l’Inquisition et des Némésis avait été un peu mis de côté sur l’Arc de Cyfandir on revient ici à fond avec l’apparition de nouveaux inquisiteurs, des infos sur le monde du dessous, sur le conseil des Mages,… bref, un tombereau de background, ce qui différencie souvent une bonne BD d’une grande BD.

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  • couv_359231Dragonball Super #6

Comme d’habitude le volume est à cheval entre plusieurs séquences. On termine donc la méga baston entre les dieux de la destruction, vraiment chouette et où l’on voit apparaître un nouveau méchant potentiel. Puis Goku est chargé de rassembler son équipe pour le grand tournoi des champions des univers: un Battle Royal (tous contre tous!) avec 12 champions par univers… un joyeux bordel qui s’annonce et Goku a beaucoup de mal à trouver des héros du niveau suffisant, surtout que notre univers est réputé l’un des plus faibles, et va être contraint de faire appel à quelqu’un que personne ne souhaitait revoir… On retrouve donc Tortue Géniale (maître Kamesenin), Krillin (dont la fille n’a pas de nez!!), C17 en défenseur de la nature et C18 glaciale au possible. L’auteur développe les vies privées des personnages, nous montre ce qu’il se passe sur d’autres planètes et introduit tout doucement les personnages qui seront l’attraction principale de ce nouveau tournoi. Il égratigne au passage Goku, toujours aussi débile et gourmand. On trouve quelques lacunes graphiques sur certains nouveaux personnages qui s’éloignent un peu du canon Toriyama mais ce n’est pas bien grave, le plaisir est toujours là.

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  • Generation gone #1

La nouvelle publication de Hi Comics se veut innovante en proposant une revisitation du thème des jeunes gens aux pouvoirs brutalement déclenchés via une conspiration gouvernementale associée à un génie à moitié fou… Le thème d’Akira et Harmony en somme, avec la difficulté de se comparer à ces deux glorieux aînés. J’ai été fort attiré par le pitch, le traitement radical et violent (qui peut rappeler par moments un Jupiter’s Legacy) mais suis resté un peu sur ma faim avec l’impression d’un potentiel réel (notamment l’utilisation des mathématiques pour déclencher la mutation) butant sur quelques difficultés techniques à la fois scénaristiques et graphiques. Ainsi le dessin est plutôt chouette quand aux visages mais subit de réelles lacunes anatomiques et dans l’animation des corps. On sent pourtant une influence de Quitely et des dessins hyper-dynamiques chez Araujo et le découpage et mise en scènes sont très efficaces. Mais souvent on coince sur une image ou un saut temporel. De petites choses qui empêchent de profiter pleinement d’une intrigue résolument moderne et SF. Je gage que le projet tienne à cœur aux auteurs et que l’expérience effacera ces petits problèmes, Generation Gone (et sa conclusion) reste une plutôt bonne surprise dans l’univers du comic Indé.

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Hot space #1: Crash program

BD du mercredi
BD de Le Pixx
Kamiti (2019), 78p./album. Série en cours 1/3 parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kamiti pour cette belle découverte!


couv_356121Kamiti est un jeune éditeur que j’aime bien car il fait de la très bonne SF, propose de superbes couvertures et que ce n’est pas facile de se faire une place dans la BD grand public aujourd’hui… J’avais apprécié Red Sun l’an dernier et attendais leur prochaine sortie. Sur le plan éditorial, c’est très propre, une maquette simple et cohérente, de bons visuels et une impression de qualité (en Lettonie). L’intérieur de couverture est vierge, comme c’est de plus en plus le cas en BD… dommage, j’aime bien les images grand format un peu énigmatiques que l’on trouvait autrefois dans les albums.

 

Le pilote Nohraïa Kovalski, forte tête de la flotte de la fédération, est mutée sur l’astéroïde Ouranos après une altercation musclée. Envoyée en opération sur une planète désertique, elle se retrouve au cœur d’un feu nourri, dans une conspiration qui la dépasse. Seule et livrée à elle-même elle va devoir laisser sortir sa rage face à des soldats envoyés pour l’éliminer…

Résultat de recherche d'images pour "hot space bd"Hot Space est l’oeuvre de Pierre Le Pivain (alias Le Pixx), illustrateur œuvrant de longue date dans le jeu de rôle et la communication. Pour sa première BD il propose des planches très propres qui sans être virtuoses entrent dans le canon des BD d’action SF Soleil-Delcourt. J’ai trouvé l’encrage un peu grossier, ce qui est dommage car ses personnages ont de vraies trognes et certains visages sont vraiment réussis. Mais ce qui caractérise son dessin 100% BD c’est une très grande lisibilité vraiment remarquable car ce n’est vraiment pas le cas de la majorité des BD d’action! Avec une couverture très percutante, la partie graphique fait le job.

Mais ce qui accroche dans Hot Space c’est résolument le scénario et le découpage. Le Pixx se fait plaisir en proposant avec une grande maîtrise de la structure narrative des découpages serrés ou de pleines pages selon le besoin. Certaines BD d’action se lisent trop vite  quand d’autres sont inutilement bavardes. Ici l’équilibre est parfaitement trouvé avec une intrigue simple reprenant la structure des films de série B d’action: une héroïne bad-ass est la cible de tous les salauds de l’espace mais a décidé de ne pas se laisser faire!Résultat de recherche d'images pour "hot space le pixx" La conspiration, assez vite révélée, n’est pas ridicule et permet surtout de mettre le lecteur dans de bonnes dispositions psychologiques pour attendre la prochaine tuile qui tombera sur son héroïne. La narration alterne entre Kovalski, une technicienne située sur la base orbitale et que l’on devine venir en aide à sa collègue dans les autres tomes et les méchants. Simple mais efficace.

Niveau action c’est clair, net et précis, un peu bourrin, vaguement gore (à base de cerveaux explosés ou de bras arrachés) sans occuper pour autant toute l’attention de l’auteur qui déroule étape par étape son récit. Des éléments fantastiques finissent par poindre en fin de volume et l’on devine que ce sera le développement principal de la vengeance de la pilote, avec une chute très ironique pour un personnage que l’auteur a décidément décidé de faire vivre un max de difficultés… pour notre plus grand plaisir.

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