**·Comics·Nouveau !·Rapidos

Once and future #4

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Comic de Kieron Gillen, Dan Mora et Tamara Bonvillain (coul.)
Delcourt (2022) – BOOM Studios (2020), 134p., série en cours, 4 « collected editions » parues.
Quand on lance une série le plus dur c’est de savoir s’arrêter. Surtout quand on est épaulé par l’un des dessinateurs les plus impressionnants du circuit US. Partie pour 3 ou 4 tomes, la geste arthuro-badass-gore-littéraire de Kieron Gillen a déjà cramé la limite et ce quatrième volume qui en attend (au moins) un cinquième est le volume de trop, pas loin de la sortie de route. C’est fort dommage tant la brochette de personnage est sympathique, l’esprit film d’horreur fauché des années 80 assumé et très opérant et le décalage trash de l’esthétique arthurienne originale. Once and Future T04 de Dan Mora, Kieron Gillen, Tamra Bonvillain - Album |  Editions DelcourtJe reconnais que mettre 2 Calvin avec un artiste de la qualité de Dan Mora fait beaucoup hésiter. Est-ce bien raisonnable? Pourtant on m’accordera que l’absence de décors finit, une fois basculé entièrement dans l’Outremonde, par devenir gros et les effets visuels font également saturer un peu. Depuis le début de la série l’alternance d’humour, d’action débridée, d’irruptions gores en laissant les atermoiements d’Arthur ( il faut le dire assez ridicules) en pouce-café permettaient de garder un rythme accrocheur. Le fait de sortir du monde réel nous plonge dans un grand vide assez inintéressant, où le temps n’a plus lieu, où les baston sont coupées aussitôt commencées et où ne restent pratiquement plus pour nous tenir hors de l’eau que les fight super-héroïques des chevaliers à la mode Gillen. En passant dans l’Outremonde les auteurs perdent clairement l’équilibre de leur série en étant réduits à faire surgir épisodiquement un nouveau personnage de la littérature anglo-saxonne, qui Shakespear par ici, qui Robin Hood par là, sans oublier une Gorgone. Face à ces démons les héros sont bien peu de choses et se contentent de courir… Tout ça sent de plus en plus le gloubi-boulga et l’érudition certaine du scénariste ne justifie pas d’oublier son objectif. Très grosse déception donc pour ce volume d’une série qui avait su effacer ses quelques défauts sous une immense sympathie et un sens du fun évident. A croire que Gillen a laissé les manettes à un assistant. Espérons qu’il ne s’agit là que d’un accident et qu’un cinquième tome viendra conclure en feu d’artifice une série qui ne méritait pas ça. note-calvin1note-calvin1
BD·Service Presse·Nouveau !·****

Jusqu’à Raqqa – Un combattant français avec les Kurdes contre Daesh.

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BD de André Hébert et Nicolas Otero

Delcourt (2023), 120p., one-shot.

Celui qui se fait appeler André Hébert quitte la France en 2017 pour le Kurdistan Syrien (ce qu’on appelle le Rojava) afin de rejoindre les brigades internationales, assistant les combattants kurdes dans leur lutte contre la terreur du « Califat ». Là-bas il découvre une utopie politique qui dépasse de loin la seule défense de la liberté face à la barbarie djihadiste…

Serie Jusqu'à Raqqa : Un Combattant Français avec les Kurdes contre Daech  [BULLES EN VRAC, une librairie du réseau Canal BD]Impliqué depuis sa première série sur des sujets très politiques, Nicolas Otero s’est résolument orienté vers la BD documentaire depuis 2018 et son formidable Morts par la France. L’an dernier il proposait une enquête au scalpel sur l’itinéraire des tueurs du 13 novembre 2015 en évoluant son dessin vers une technique de photos retouchées. Il adapte cette fois le livre autobiographique d’André Hébert (c’est un pseudonyme) dans un style hybride entre le dessin et la retouche hyper-réaliste. Alors que ce type de dessins brouillent les pistes entre la réalité et la fiction au risque d’un effet figé constaté dans les albums hyper-réalistes, Otero réussit le pari de proposer un véritable album de BD dans une synthèse remarquable entre le reportage et le récit graphique.

De la libération sanglante de Raqqa on en a eu des échos pendant quelques jours dans les médias, à une époque lointaine ou la menace djihadiste qui pesait sur notre civilisation poussait l’européen à s’intéresser à l’abominable guerre civile qui se déroule toujours en Syrie. On a déjà tracé des parallèles entre la Guerre d’Espagne comme répétition générale à la Seconde guerre mondiale et ce conflit moyen-oriental qui regroupe les marqueurs communs: une puissance russe utilisant ce conflit comme terrain de jeu avec comme perspective le conflit ukrainien actuel, un cynisme occidental qui regarde mourir les combattants de la liberté à ses portes, un afflux de combattants internationaux venus défendre une idée de la liberté et de la démocratie sur cette terre aride… C’est dans cette optique que Hébert, élevé dans une culture marxiste, décide de quitter ses proches un beau jour pour se rendre au Rojava. Sur deux séjours entrecoupés d’une arrestation et d’une surveillance renforcée de la part des services de Renseignement français qui voient d’un mauvais œil ces profiles de loups solitaires qui peuvent aussi bien être de vrais démocrates comme des djihadistes infiltrés, il devient un soldat d’une zone de guerre civile, vivant la dureté de la vie de bivouac, la faim, la peur, l’adrénaline des combats… mais surtout la fraternité.

https://www.bdgest.com/prepages/Planches/3664_P10.jpg?v=1671316810Car c’est la principale qualité de cette BD que de nous rappeler que loin du formatage médiatique autour d’un monde monolithique sur une vision très américaine existe une multitude expériences entre-deux qui donnent des leçons à notre modèle de République laïque universaliste. Le problème Kurde est ancien et pour une fois pas complètement la faute du partage des Empires après la première guerre mondiale. Si certains territoires disputés par des nationalismes peuvent prêter à discussion, l’intégrité ethnique, religieuse, politique et même géographique du Kurdistan justifie entièrement l’existence d’une Nation, que le délitement irakien et syrien auraient pu officialiser. Malheureusement le soutien russe à la guerre civile syrienne mais surtout indéfectible soutien américain au terrible pouvoir turc qui n’a jamais accepté l’existence d’un autre peuple sur une partie de son territoire obère l’existence de cet Etat. Et pas seulement pour des raisons religieuses.

Car on l’oublie mais l’entité kurde est historiquement acquise à des valeurs rarement hissées si haut hors d’Occident: l’égalité hommes-femmes, la démocratie directe, la laïcité… C’est cela qui bouleverse Hébert lors de ses séjours et renforce l’injustice d’un Etat français dont la realpolitik préserve les alliances diplomatiques au risque de sacrifier un (rare) allié de valeurs évident au Moyen-Orient. Avec le positionnement stratégique majeur, il est même étonnant que ce Kurdistan ne soit pas plus courtisé par les grandes puissances.

A la fois récit d’une époque courte mais majeure, chronique personnelle et tableau de terrain d’une guerre sale comme toutes les autres, Jusqu’à Raqqa est passionnant de bout en bout et donne envie de se documenter plus avant sur ces années de bouleversements majeurs au Moyen-Orient et sur l’histoire d’un peuple si loin et si proche.

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***·Cinéma·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Batman Le Film 1989

Histoire complète en 60 pages, adaptation du film éponyme de 1989 réalisé par Tim Burton. Dennis O’Neil au scénario, Jerry Ordway au dessin. Parution chez Urban Comics le 10/11/22.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance.

Avec le Diable au clair de lune

Vue d’en haut, la ville de Gotham City a tout d’une ville magnificente, une métropole gothique qui porte en elle les germes de la modernité. Mais si vous plongez un peu plus profond, si vous vous risquez à explorer ses entrailles, ses rues sombles et malfamées, vous vous apercevrez qu’elle n’est en réalité qu’un cloaque suintant, une cour des miracles où les gorges se tranchent aussi vite que les réputations se font et se défont.

Bruce Wayne le sait bien. Cette ville l’a vu naître, dans une position privilégiée, mais elle lui a aussi tout pris, lors d’une nuit tragique où ses parents ont trouvé la mort, de façon aussi banale que tragique. Depuis lors, l’orphelin héritier n’a plus montré en public qu’une vaine façade de lui-même, celle d’un play-boy inconséquent dont les quelques accès de prodigalité philanthrope ne visait qu’à soulager sa conscience.

Ce que la ville ignore cependant, c’est que Bruce Wayne n’a pas remisé son traumatisme dans les tréfonds de sa conscience, ni dans les affres d’une vie dissolue, au contraire. Il ne vit désormais plus que pour venger ses parents, et tous les autres parents morts à cause du crime et de la corruption. Poussé par sa soif de vengeance, Bruce a crée le personnage de Batman, un justicier sombre et invincible qui hante les rues de Gotham pour y traquer les criminels. Et il y a de quoi faire à Gotham City…

Durant sa croisade contre le crime, Bruce va faire la rencontre de Jack Napier, un dangereux criminel, dont la psychose explosera au grand jour après sa première rencontre avec Batman. Ce sera le début d’une lutte sans merci entre le héros chauve-souris et celui qui se fait désormais appeller le Joker.

Il est indéniable que le film Batman de 1989, réalisé par Tim Burton, s’est hissé au rang de film culte, un immense succès commercial et culturel de l’époque. Bien que Tim Burton soit revenu depuis sur la hype provoquée par son oeuvre, le film est resté l’une des meilleures adaptations audiovisuelles du personnage (surtout si l’on prend en considération d’autres entrées ultérieures, comme Batman & Robin).

L’adaptation par O’Neil et Ordway, parue à l’époque du film, opte pour la fidélité totale envers le script original. On y retrouve donc l’ensemble des séquences, jusqu’aux dialogues. Graphiquement, Ordway s’inspire bien sûr des fameux décors du film, qui empruntaient à des classiques comme Brazil et Métropolis, et imprime les visages bien connus, et donc bien reconnaissables, des acteurs.

Tout est donc fait pour reproduire l’ambiance et le succès du support audiovisuel. Le récit en lui-même est plutôt condensé, mais les 60 pages du comic sont suivies des 60 pages de crayonné du dessinateur, elles-mêmes agrémentées des recherches préparatoires. Si un cahier graphique est toujours un bonus très appréciable pour une BD, la pertinence de l’ajout de l’intégralité des crayonnés ne me paraît pas si évidente, puisqu’elle double la pagination pour offrir une redite, en V.O., ce qui peut rebuter les lecteurs non anglophones. Le prix de l’album a du aussi en pâtir, ce qui, du point de vue éditorial, peut relever du faux-pas.

Il n’en demeure pas moins que Batman Le Film est une bonne adaptation, certes datée mais qui bénéficie du capital nostalgie dont le métrage jouit encore. La preuve par l’exemple, Michael Keaton est supposé reprendre le rôle dans le prochain film The Flash, qui traitera du Multivers. Côté comics, l’univers créé par Tim Burton a aussi eu droit à une continuation en 2021, avec la mini-série Batman ’89, écrite par Sam Hamm et illustrée par Joe Quinones, pas encore disponible en VF.

*****·BD·Nouveau !

Hoka Hey !

Histoire complète en 222 pages, écrite, dessinée et mise en couleurs par Neyef. Parution au Label 619 le 26/10/2022.

So long, cowboy

Comme chacun sait, le prix pour à payer pour bâtir une nation est élevé, surtout s’il s’agit d’une nation blanche érigée au détriment des autres peuples. L’une des nations les plus récentes du globe, mais aussi la plus puissante, ne doit en effet son existence qu’à l’oppression et à l’extermination de peuples indigènes et/ou réduits en esclavage.

Après les guerres indiennes, à l’issue desquelles plus de 90% des peuples amérindiens ont disparu, les survivants étaient soit parqués dans des réserves, soit assimilés de force dans la culture dominante. Ce fut le cas du jeune Georges, qui fut arraché enfant à sa tribu Lakota pour être évangélisé par le Révérend Clemente, qui le considérait tout au plus comme une ouaille tolérable plutôt que comme un fils adoptif.

Alors qu’il sert encore une fois de faire-valoir au révérend en récitant des évangiles devant sa nouvelle conquête, Georges est interrompu par un trio de bandits, des hors-la-loi recherchés qui mènent à leur façon les prolongations des guerres indiennes. Little Knife, No Moon et Sully interrogent le révérend à propos d’évènements tragiques du passé et sur la localisation d’un homme, dont le jeune garçon n’a jamais entendu parler.

Une fois l’affaire réglée, Little Knife, ucléré de voir un Lakota ainsi fourvoyé par des blancs et désireux de ne laisser aucun témoin, s’apprête à abattre Georges. Mais No Moon s’interpose, suppliant son ami de ne pas abattre l’un des leurs. Bien malgré lui, voilà que Little Knife, guerrier Lakota redouté dans toutes les plaines de l’Ouest, à l’origine d’exactions punitives qui lui ont valu une belle mise à prix, se retrouve à jouer les nounous-précepteurs pour ce petit homme qui l’agace autant qu’il lui rappelle sa propre enfance.

Que cherche vraiment le gange de Little Knife ? Georges survivra-t-il à sa chevauchée forcée aux côtés de ce dangereux trio ?

Jusque-là, le Label 619 avait exploré tous les genres, et toutes les cultures, mais conservait une appétence pour le rêve américain et ses travers. Le genre du Western ne leur est donc pas étranger, et c’est au tour de Neyef, de s’interroger sur le devenir des amérindiens dans un pays qui n’est plus le leur. Le dernier western que j’avais en tête venant du Label 619 était Horseback 1861, qui ne brillait ni par l’originalité de l’histoire, ni par son exécution. On change carrément la donne ici avec Hoka Hey ! et ce à plusieurs égards.

En premier lieu, la pagination généreuse, qui permet d’installer une histoire complète sur le long cours, ce qui inclut des personnages écrits avec maturité plutôt qu’à l’emporte-pièce. Tout en conservant un ton crépusculaire, amer, Neyef parvient à insuffler un ton humaniste dans un univers très dur, voire cruel. La thématique du refus de l’assimilation et l’attachement à une culture d’origine, bien qu’elle ne soit pas universelle, est néanmoins transposable à d’autres cultures et d’autres histoires, donnant à Hoka Hey ! une allure de parabole. Comme dans la majorité des westerns, on n’échappe pas à la sempiternelle quête de vengeance, mais l’auteur insiste bien quant à la vacuité d’une telle poursuite, car tout personnage a toujours davantage à y perdre que ce qu’il croit. L’intrigue en elle-même reste simple. Malgré la longue pagination, elle ne fait pas de détour inutile ni ne donne de sensation de longueur ni de remplissage.

En second lieu, on se doit de mettre en avant la qualité graphique de l’album, le grand format aidant l’auteur à installer des décors somptueux où la nature sauvage reprend tous ses droits.

Odyssée périlleuse, ôde somptueuse à la liberté, mise en garde contre le fiel dévorant de la vengeance, mise en exergue du sort des amérindiens dont les ossements gisent dans les fondations des USA, Hoka Hey ! est tout ceci à la fois, et ce serait criminel de ne pas y attribuer un 5 Calvin. Bang ! Bang !

**·Comics·East & West·Nouveau !

Devil’s Reign #1 et #2

Premier et second volumes de la mini-série écrite par Chip Zdarsky. Le premier contient les épisodes US: Devil’s Reign (2022) #1-3, Devil’s Reign : Superior Four (2022) #1, Devil’s Reign : Villains For Hire (2022) #1, Daredevil : Woman Without Fear (2022) #1, Devil’s Reign : X-Men (2022) #1.

Le second contient  les épisodes US: Devil’s Reign (2022) #4, Devil’s Reign : Superior Four (2022) #2, Devil’s Reign : Villains For Hire (2022) #2, Daredevil : Woman Without Fear (2022) #2, Devil’s Reign : Winter Soldier (2022) #1, Devil’s Reign : Spider-Man (2022) #1, Devil’s Reign : Moon Knight (2022) #1. Parution le 07/09/22 et le 05/10/22 chez Panini Comics.

Here it goes again

Dans l’univers Marvel, les super-héros ne sont pas toujours bien perçus, et ce malgré leur dévouement et leur abnégation. Car voyez-vous, ils ont aussi une fâcheuse tendance à provoquer des dégâts, et, allez savoir, ramènent aussi sans doute le commun des mortels à leur condition et à leur impuissance.

En 2006, il y a seize ans pour nous mais un peu moins au sein de l’univers 616, un incident grave impliquant de jeunes super-héros avait conduit les autorités à promulguer la Loi de Recensement, qui obligeait les super-héros en activité à dévoiler leur identité et à travailler pour le SHIELD, ce qui impliquait un contrôle hiérarchique, une formation et une sanction de leurs actes. Ulcéré par cette atteinte aux libertés fondamentales, Captain America s’opposa vivement à cette Loi, entrant de facto dans la clandestinité avec tous ses partisans. De l’autre côté, Iron Man, plus pragmatique, considéra que le compromis était raisonnable et opta pour la coopération. Cette divergence de point de vue engendra la célèbre CIVIL WAR, la guerre civile des super-héros, qui eu des conséquences et des ramifications durables, faisant entrer une frange non négligeable de héros dans la clandestinité durant plusieurs années.

Ce schisme ébranla le rampart formé par les héros et ouvrit la voie à l’Invasion Secrète des Skrulls (Secret Invasion), puis au règne sombre (Dark Reign) de Norman Osborn, lorsque ce dernier, profitant d’une vague favorable de publicité, fit croire à sa rédemption et devint le nouveau directeur du SHIELD, permettant aux criminels de tout bord de prospérer. Pourquoi vous raconter tout ça ? Parce que Devil’s Reign reprend quasiment au mot le pitch de Civil War, qu’il l’assaisonne avec du Dark Reign, pour nous resservir la recette en trois volumes.

Petit récapitulatif: Après quelques années passées sous l’égide de l’irascible Jonah Jameson, la mairie de New York passe aux mains de Wilson Fisk. Ce dernier, connu pour être l’empereur du crime connu sous le nom du Caïd, est parvenu, avec habileté, à laver sa réputation lors d’une invasion d’Hydra (voir Secret Empire) pour se hisser vers le fauteuil du Maire. Le Caïd a longtemps lutté sans merci contre Matt Murdock, alias Daredevil, ces derniers se rendant coup pour coup dans un déluge sans fin de violence et de vengeance. Devenu Procureur, Murdock a poursuivi sa lutte contre son ennemi juré, qui depuis quelques années détient jalousement le secret de sa double identité.

Pour garder un coup d’avance, Fisk a réuni des preuves, des pièces à conviction, non seulement sur Daredevil, mais aussi sur d’autres héros susceptibles d’entraver ses projets. Mais lors de son petit check-up mensuel dans son coffre-fort, Fisk s’aperçoit que le dossier a disparu. Et ce n’est pas tout, il est désormais incapable de se rappeler du véritable nom de Daredevil, ni de faire le lien avec Matt Murdock. Fou de rage d’avoir été ainsi berné, l’ancien Caïd décide de prendre les choses en main et fait promulguer une loi interdisant les super-héros, et par extension toute personne détentrice de pouvoirs surhumains dans l’enceinte de la ville.

Cette initiative force les héros urbains à se regrouper: Luke Cage et Jessica Jones reprennent du service, avec leur ami Iron Fist, Spider-Man bien entendu, mais également des francs-tireurs tels que Moon Knight ou le Punisher, personne ne sera épargné. Pour couronner le tout, Fisk enrôle des criminels notoires en les amnistiant, pour former les Thunderbolts, une milice chargée de traquer les contrevenants.

Il y a des lectures qui vous font sentir le poids des années. Il y a des lectures qui vous font réaliser que les comics et leurs histoires, c’est avant tout une machine à mouvement perpétuel, qui tend à reproduire des cycles, comme l’Histoire avec un grand H. Et enfin, il y a des lectures qui vous font réaliser que vous lisez depuis assez longtemps pour voir les cycles narratifs se suivre et se répéter.

Chip Zdarsky combine donc des éléments déjà vus dans d’autres séries et sagas, sans que l’intention réelle derrière cette resucée ne soit très claire: remettre les thématiques au gout du jour ? Se les approprier ? Est-ce plutôt une commande de Marvel qui souhaite réinterpréter ses classiques ? Allez savoir. Il n’en demeure pas moins que tout dans Devil’s Reign a déjà été vu ou revu:

  • Un méchant qui se rachète une bonne réputation et se hisse au sommet ? Norman Osborn l’a déjà fait lors de Dark Reign, avec des effets plus pernicieux et à une échelle sensiblement plus grande.
  • Une loi qui empêche les super d’être des héros ? Plus ou moins la même chose dans Civil War, avec néanmoins plus de nuance quant aux implications politico-sociétales. Là où Civil War donnait à chaque camp des arguments entendables sur la façon de réagir à la Loi de Recensement, Devil’s Reign ne s’embarrasse pas d’une telle réflexion et admet sans embage le caractère inique de l’initiative de Fisk.
  • Des méchants utilisés pour traquer les super-héros rebelles ? Là aussi, les Thunderbolts sont un copier-coller, avec US Agent pour les encadrer, ce qu’il faisait déjà en 2011.
  • Le Caïd qui tient un dossier sur Daredevil et d’autres super-héros ? L’idée fait exactement écho au Rapport Murdock , à l’époque où Brian Bendis écrivait la série.
  • Bon sang, même le concept d’utiliser l’Homme Pourpre pour contrôler en masse les populations a déjà été utilisée !

Néanmoins, on peut accorder à Devil’s Reign un élément de sa prémisse qui soit original, ou du moins peu courant, à savoir la bataille électorale dans laquelle se lancent nos héros pour espérer battre Fisk sur son propre terrain. Après Jameson et Fisk, l’idée de voir un super-héros à la tête de New York serait, avouons-le, plutôt cool.

A côté de ça, on ne peut pas ignorer certains défauts éditoriaux, qui prennent leur source chez Marvel, mais qui sont confirmés par Panini: l’histoire principale, qui est magnifiquement dessinée et qui tient globalement la route malgré les redites précitées, est littéralement parasitée par une floppée de tie-ins, des épisodes annexes se déroulant en parallèle de l’intrigue dominante. Ces épisodes se concentrent sur Elektra, qui soit dit en passant est devenue la nouvelle Daredevil, ainsi que sur les Thunderbolts, et l’on trouve aussi des épisodes mettant en scène Moon Knight, le Soldat de l’Hiver, et le Docteur Octopus cherchant à assimiler ses doubles à travers le Multivers.

Oui, vous avez bien lu, une partie non négligeable de ces deux premiers volumes n’a rien à voir avec le sujet. D’une qualité qui va du franchement médiocre au tout à fait passable, ces tie-ins, qui se paient en plus le luxe de ne pas être disposés dans le bon ordre chronologique, auraient pu disparaître sans que l’ensemble n’en soit affecté, bien au contraire. L’histoire principale, qui va à l’essentiel, aurait gagnée à être publiée seule.

Le bilan de ces deux premiers tomes est donc plus que mitigé, notamment du fait des égarements éditoriaux de Panini, ce qui est d’autant plus dommage que la série principale, bien que pompant allègrement dans les classiques, présente tout de même certaines qualités.

***·****·East & West·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Special Ki-oon: Alpi #7 – Clevatess #3 – Tsugumi #5

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Salut les mangavores! (encore) un gros retard côté manga qui me permet de proposer aujourd’hui un billet spécial Ki-oon, un de mes éditeurs préférés qui ne sort pas que des cartons (le récent Lost Lad London m’a franchement laissé sur ma faim) mais dont la stratégie du peu mais bien leur permet autant de dénicher des pépites que tout simplement lancer des manga originaux qui confirment le statut de troisième marché au monde pour l’édition française de manga.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

  • Alpi the soul Sender #7 (Rona/Ki-oon) – 2022 (2019), 208p., série finie en 7 volumes.

alpi_the_soul_sender_7_kioonOn touche au but de cette très jolie série qui aura simplement péché par manque d’expérience et de construction d’une intrigue qui n’aura débuté que tardivement. Cet ultime épisode prend la forme d’une attaque finale sur le temple des soulsenders en mode Kaiju. La gestion de l’action manque parfois de lisibilité dans le mouvement mais l’ensemble reste très agréable et notamment sur les points forts du manga, les dessins des décors et des costumes. L’autrice a le mérite de refermer (un peu rapidement) les intrigues de fond (notamment l’histoire des parents) sans hésiter à aller dans le dramatique. Le volume en tant que tel est très honnête et l’on sent un vrai effort pour achever correctement le manga. Pour une première œuvre publiée en ligne on ne tiendra donc pas rigueur à Rona pour cette ambition modérée et cette progression au fil de l’eau. Alpi th soulsender restera une très belle lecture relativement courte, pas la plus impressionnante du catalogue Ki-oon mais très recommandable.

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    • Clevatess #3 (Iwahara/Ki-oon) – 2022 (2020), 224p., 3/5 tomes parus.

clevatess_3_kioonToujours très axé action ce volume voit Alicia lutter contre le redoutable chef des sorciers entouré d’une nuée d’insectes. L’absence de Clevatess (parti affronter l’armée de l’envahisseur Dorel) permet au personnage de l’héroïne de se développer en la sortant du contexte d’outil aux mains du démon qui prévalait depuis le premier volume. En parallèle se déroule la bataille à grande échelle entre les deux armées et la réaction de la princesse de Hiden lorsque la rumeur concernant la survie de l’enfant héritier du pouvoir des Hiden survient.

Ce qui est intéressant dans cette série c’est la constance de l’auteur à essayer de renverser les canons de la fantasy en questionnant ce qui est habituellement acquis. Ici la position des héros est rattachée par le peuple à celle de la noblesse d’Ancien Régime qui revendiquait une gloire de principe alors que la plèbe toute attachée à sa survie ne faisait que constater les effets des guerres sur leur quotidien. En rappelant ainsi que le nationalisme monarchique (ou héroïque) fut souvent imposé, le mangaka dresse une véritable analyse politique dans ce cadre dark-fantasy, qui apporte un vent de fraîcheur au-delà du retournement initial du récit fantasy qui voit le mal gagner. On avait compris jusqu’ici une problématique des liens entre humains et rois-démons (qui assument un rôle similaire aux rois des animaux ou Gaïa dans les récits écologiques type Miyazaki) pas aussi binaire qu’attendue et nous voici questionné au sein d’un monde humain qui aussitôt vaincu se remet en guerre les uns contre les autres.

Si le dessin très foisonnant est parfois un peu brouillon et les dialogues dans le standard manga c’est donc bien le déroulé et les rôles assumés par les personnages qui apportent une vraie originalité, faisant de ce titre un succès critique mérité. En espérant que le roi Clevatess (ici étonnamment mis en difficulté!) ne tombe pas dans une mièvrerie incohérente, si l’auteur assume l’esprit sombre qui recouvre le titre depuis le tome un on  est parti pour une sacrée saga fort ambitieuse.

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  • Tsugumi project #5 (Ippatu/Ki-oon) – 2022, 208p., 5 tomes parus, série originale.

tsugumi_project_5_kioonDepuis le dernier tome le rythme et le déroulement de la série ont fortement évolué en densité et en construction d’univers. L’impression d’une bascule dans une sorte de fantasy post-apo se confirme ici puisque nous voyons débarquer notre escouade mal assortie sur l’île où doit se trouver le centre de recherche, objectif de la mission de Léon. Comme au précédent épisode qui nous voyait découvrir la société des singes, nous voilà cette-fois projetés dans un monde d’hommes-oiseaux qui ont un lien très fort avec Tsugumi, l’occasion pour l’auteur de nous raconter sans temps mort la naissance de la jeune créature. On sent ainsi que l’on avance très fortement vers la conclusion de l’intrigue, ce qui n’empêche pas Ippatu de proposer des complications avec un héros très mal en point. Dans ce monde très hostile on n’oublie pas que le Japon radioactif reste une mission suicide, que nous avait fait oublier le ton farceur des relations avec Doudou. L’auteur avance donc étape par étape, avec une structure très carrée faite de rebondissements, d’intrigues politiques approfondies, de designs travaillés et spécifiques à chaque peuple et d’une dualité technologie d’avant/fantasy d’après qui ne cesse de surprendre. Ippatu aime de plus en plus son univers et nous régale de décors incroyables de finesse, si bien que l’on ne sait si les révélations majeures de ce tome indiquent que la fin est proche ou si l’envie de continuer à explorer son worldbuilding va inciter le mangaka à prolonger très loin l’aventure… Du tout bon et peut-être le meilleur volume depuis le début. Vite la suite!

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BD·Numérique·Nouveau !·****

Perpendiculaire au soleil

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BD de Valentine Cuny-Le callet

Delcourt (2022), 436p, one-shot.

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Jeune étudiante en arts, Valentine Cuny-Le Callet entame en 2019 une correspondance avec le condamné à mort américain Renaldo MacGirth qui purge sa peine en Floride. De cet échange nait un livre impressionnant, hybride entre l’ouvrage d’art et BD documentaire un magnifique et dur manifestes contre le système carcéral.

badge numeriquePour son premier album l’artiste Valentine Cuny-Le Callet a déjà touché le monde de la BD, raflant comme peu une salve de prix (voir-en pied d’article). Pourtant la forme de son projet en collaboration étroite avec Renaldo MacGirth est loin d’être grand public, comme sa forme absolument hybride. Car si le sujet est bien un journal de sa relations épistolaire avec ce détenu condamné à mort (pour une énième affaire mal jugée impliquant des noirs américains), l’ouvrage est également une expérimentation artistique totale croisant les techniques, les expressions à quatre mains, d’une richesse comme seule la sève des artistes démarrant leur carrière peut le proposer.

Perpendiculaire au soleil de Valentine Cuny-Le Callet: des petits avions de  papier créatifs pour rendre espoir et humanité dans les couloirs de la mort  – Branchés CultureL’émotion dans Perpendiculaire au soleil vient bien sur de ce contexte, qui rassemble les dernières manifestations du racisme d’Etat en Floride, bastion réactionnaire des Etats-Unis, injustice d’une procédure manifestement expéditive et de conditions de détentions rappelant que l’absurde administratif n’est jamais loin… et cette peine de mort qui nous ramène aux fondements de l’humanisme. De la peine de mort il est pourtant peu question dans ce récit. Non que l’idée ne pèse sur le vécu terrible de Renaldo MacGirth mais sans doute parce que le quotidien de la survie psychologique et du combat pour commuer sa peine absorbent toutes les énergies. L’autrice aborde le sujet brièvement lorsqu’elle se documente sur la question. La réalité d’un système aberrant éclate également, appliquant la logique d’économie de moyens à ces assassinats légaux en créant ses propres limites par la multiplication des exécutions « ratées ». Pourtant le sens de ce projet n’est pas celui d’un pamphlet abolitionniste mais bien une exploration d’une relation humaine dans un contexte dramatique.

Perpendiculaire au soleil de Valentine Cuny-Le Callet: des petits avions de  papier créatifs pour rendre espoir et humanité dans les couloirs de la mort  – Branchés CultureValentine découvre l’action de l’ACAT (qui soutient les prisonniers via des échanges de courriers) à l’occasion de la résurgence du thème de la peine de mort après les attentats de Charlie Hebdo. L’autrice s’engage alors résolument dans cet échange, sans savoir où elle va mais convaincue que c’est là son devoir d’être humain. Ce sera Renaldo qui lui expliquera sa version des évènements l’ayant conduit au couloir de la mort. Les recherches de Valentine lui permettront seulement d’illustrer le cœur du problème, à savoir la multitude d’errements dans les enquêtes policières, dans la procédure judiciaire, augmentant d’autant le risque d’exécutions d’innocents. Avec un ton d’une sérenité de sage, elle cherche à connaitre Renaldo comme un ami, ce qui la poussera à passer une année d’étude outre-atlantique et lui permettra de rencontrer son correspondant.

Perpendiculaire au soleil, une amitié long-courrier entre un condamné à  mort et une illustratriceTout a été dit sur la dureté des conditions de détention (peut-être plus humaines que nos prisons françaises…) mais via le graphisme et la sincérité des textes, toujours pudiques, Valentine Cuny-Le Callet ajoute une part de non-dit, cette expression directe de ce qui est indicible par le prisonnier enfermé dans cinq mètres-carrés sans lumière extérieure. La pudeur et la franchise, indispensables pour le prisonnier pour pouvoir échanger et trouver cette relation humaine qui manque terriblement entre les quatre murs, transpirent dans ces textes à la fois poétiques et mélancoliques. Ils forment à la fois un journal intime, les pensées de l’autrice, celles du prisonnier avec qui a été réalisé ce projet malgré les grandes difficultés d’échanger autre chose que du simple texte. La difficulté rend créatif et l’on assiste à un arsenal de bricolages pour garder la faisabilité du projet à travers la censure importante des courriers arrivant à l’administration pénitentiaire.

Ce livre est assez unique dans sa forme et sans doute dans la carrière à venir de l’autrice, comme une singularité d’humanité et d’expressivité qui transpire une maturité impressionnante et un travail hors norme de la part de Valentine Cuny-Le Callet. Un état de grâce.

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L’Ogre Lion #2: Les trois lions

La BD!

bsic journalism

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance!

Nous avions laissé le roi-lion déchu et amnésique Kgosi se diriger vers un shaman susceptible de l’aider dans sa quête de mémoire et de rédemption. Le second tome de L’ogre lion enchaine donc directement dans la cabane du sorcier pour un volume qui est construit très intelligemment comme un flashback sur les origines du lion et de son démon allié, l’écorché Bakham Tyholi. C’est la grande surprise de ce second tome (prévu en trois…?) où l’on n’attendait pas autant de révélations de sitôt, l’épisode précédent étant présenté sur une base simple envisageant des révélations progressives. Un risque aussi, probablement calculé au vu du format en trilogie et qui déséquilibre un peu l’aspect fantasy-barbare du titre puisque l’on perd sur la plus grosse partie du tome l’équilibre remarquable de la petite trouve formée par le lion et ses amis.

On sort ainsi de cette aventure au fait des responsabilités de Ngosi dans la mort de ses enfants, du rôle de son frère qui apparaissait comme le traitre à la fin du précédent épisode, et des origines du démon cornu. Avec ce parti pris inhabituel il est incontestable que le lecteur aura bien avancé dans l’intrigue, intéressante, centrée sur la tyrannie féline contre les herbivores, qui développe le thème du racisme sous la forme d’une parabole animalière. Fort impliqué dans son projet (au point de délaisser l’attendu second tome du très réussi Amazing Grace avec Aurélien Ducoudray), Bruno Bessadi dispose d’une intrigue politique détaillée autour de différents peuples (notamment un mystérieux peuple simien) et il n’est pas du tout impossible au vu du développement, du plaisir manifeste de l’auteur dans le travail de son projet et du potentiel que la trilogie s’élargisse dans quelque chose de plus ambitieux.

Si l’album marque une petite faute de gout – qui confirme les questionnements de Dahaka sur la chronique du premier tome concernant le type de public visé entre le grand public et la barbarie hyboréenne – lorsque l’impitoyable démon incarné Bakham Tyholi devient sensible aux amitiés des vivants, on n’a que peu de choses à reprocher à un album qui respire l’implication, la confiance et le professionnalisme. Bessadi croit en son grand œuvre et il n’est pas impossible qu’il le tienne au vu des qualités qu’il a montré jusqu’ici, suffisamment pour entrainer le public avec lui en tout cas dans ce qui est aujourd’hui un des tous meilleurs titres du catalogue Drakoo.

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Shaolin #3: colère aveugle

La BD!
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BD de Di Giorgio, Looky et Luca Saponti (coul.)
Soleil (2023), 48p., couleur, série finie en 3 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

 

La BD regorge de courtes séries de qualité qui semblent destinées aux bacs d’occasion à cinq balles. La faute à la profusion de sorties sans doute. Très mal présentée, la trilogie Shaolin s’avère n’être finalement qu’un prologue, ce qui permet de comprendre un peu mieux l’étonnante construction chaotique des albums et de son héros totalement insignifiant sur les cent-cinquante pages parues…

A cette première étape on voit se confirmer une grande cohérence dans la qualité comme dans les défauts des auteurs. Je ne reviendrais pas sur la partie graphique qui m’a parue très réussie et confirme le statut d’auteur à suivre pour Looky, porteur notamment d’un design en fantasy asiatique particulièrement attrayant en fusionnant l’exotisme fantastique des grandes saga à la Conan avec l’esprit extrême-oriental. Même s’il est plus à l’aise dans les panorama et scènes de batailles (donnant à certaines planches un esprit Warhammer du plus bel effet) que dans les gros-plans, le dessinateur apporte un vrai plus à cet univers avec ses encrages conséquents et un instinct de mise en scène sans faute.

Après une mise en place assez péchue bien que mystérieuse sur le tome un, une orientation vers l’action avec la fort réussie guerrière Yuki (qui ressemble plus à une héroïne que Nuage blanc), ce volume de « conclusion » développe de grandes batailles au sein d’une montagne enneigée avec un traitement chronologique qui laisse perplexe. Car à force de garder le mystère de Nuage blanc dans l’ombre et d’ouvrir de petites portes à chaque album le scénariste agace un peu en refusant de nous révéler qui sont les personnages importants, qui sont les méchants, qui sont les héros. La trame principale est pourtant révélée avec ce roi maudit qui abusa du pouvoir de l’Arme tombée du ciel et ce obscure confrérie chargée de cacher cet artéfact. Mais si la chasse à laquelle se résume l’album est claire et très lisible, les interactions et rôles restent bien brumeux, voir incohérents par moments. En annonçant plus clairement une saga en plusieurs cycles l’éditeur aurait permis d’apprécier cette brique introductive pour ce qu’elle est. A défaut il prend le risque de rater son lectorat et d’avorter une série qui a un vrai potentiel. Avec des défauts certains sur le plan de sa construction mais beaucoup d’atouts dans sa manche, Shaolin mérite de poursuivre les aventures de Nuage blanc (… et de Yuki!) et d’attirer votre curiosité.

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La compagnie rouge

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BD de Simon Treins et Jean-Michel Ponzio

Delcourt (2023), 128p., one-shot.

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image-5Depuis des siècles les guerres ont laissé place à des conflits commerciaux où des compagnies de mercenaires s’affrontent par robots interposés. Pourtant dans cette économie du combat certains désaccords politiques continuent d’employer des Condotta pour départager les différents. La Compagnie rouge est la plus ancienne de ces compagnies de soldats…

C’est peu de dire que cet album s’est fait attendre, depuis la diffusion il y a bientôt un an de la sublime couverture et des premiers visuels fort alléchants et promettant un acme du space-opera militaire. Après moultes reports voici donc arriver ce gros volume équivalent à trois tomes de BD et qui malgré l’absence de tomaison s’annonce bien comme une série au vu de la conclusion.

LA COMPAGNIE ROUGE t.1 (Jean-Pierre Pécau / Jean-Michel Ponzio) - Delcourt  - SanctuaryCommençons par ce qui fâche: le style de l’auteur, Jean-Michel Ponzio. Conscient de sa maîtrise numérique, le dessinateur ouvre sa série sur des planches qui font baver tout amateur de SF, avec un design et une mise en scène diablement efficaces et qui n’ont rien à envier aux plus grands films spatiaux. Accordons-lui également la qualité des textures sur un aspect qui montre souvent des définitions grossières, pixélisées ou floues. Malheureusement aussitôt les personnages humains apparus on tombe de sa chaise et dans un véritable roman-photo qui détricote rapidement toute la puissance des objets techniques. Je ne cache pas que ce problème est ancien et commun à à peu près tous les auteurs qui travaillent en photo-réalisme à partir de photos d’acteurs. D’immenses artistes en subissent les affres comme Alex Ross et récemment j’ai pu constater à la fois le talent artistique d’un Looky et l’immense différence entre son travail numérique (sur Hercule) et un autre plus traditionnel (Shaolin, dont le troisième tome vient de sortie et très bientôt chroniqué sur le blog). Mais outre le côté figé des expressions et mouvements, Ponzio ajoute des costumes kitschissimes qui semblent nous renvoyer à de vieux sérials SF des années cinquante ou aux premiers jeux-vidéos filmés des années quatre-vingt-dix. Cet aspect semble tragiquement recherché puisque le bonhomme sait parfaitement redessiner ses formes et la différence entre le plaisir des combats spatiaux et les séquences avec personnages s’avère assez rude.

LA COMPAGNIE ROUGE t.1 (Jean-Pierre Pécau / Jean-Michel Ponzio) - Delcourt  - SanctuarySur le plan de l’intrigue on est dans du très classique (une compagnie de mercenaires recherchant des contrats et victimes de manigances) avec des personnages fort fonctionnels (le chef de guerre fun, la sage capitaine mais réussis, le novice qui permet de faire avancer l’histoire et notre connaissance de l’univers,…) et les pérégrinations d’un équipage sur le même modèle que le récent Prima Spatia. Le récit passe beaucoup par des dialogues très dynamiques que l’on a paradoxalement plaisir à suivre en faisant abstraction des « photos ». On excusera un découpage parfois brutal dans les sauts temporels et on ralentit le rythme sur les concept-arts grandioses de trous de ver, de stations spatiales et de croiseurs de guerre au design fort inspiré si ce n’est des hommages un peu trop appuyés à Star Wars.

On se retrouve ainsi avec une BD bipolaire qui nous enchante par son aspect technique et un univers hard-science franchement attrayant et une façade de roman-photo kitsch qui fait rapidement sortir du récit. Si vous parvenez à dissocier ces deux aspects vous pourrez passer un excellent moment à bord de l’Argos, mais pour les allergiques à ce type de dessins il vaut mieux passer votre chemin. Très grosse déception…