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Radiant Black #1

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Comic collectif.
Delcourt (2022), Ed US Image comics (2021), 1/3 tomes parus.

Dur d’être un écrivain en devenir. Nathan veut vivre de son écriture, mais n’en a ni les moyens ni la discipline. Contraint de retourner vivre chez ses parents, il se retrouve soudain doté de grands pouvoirs après la rencontre avec un artefact. Entre l’apprentissage de ses nouvelles capacité, le doute quand à son avenir et bientôt l’apparition d’autres super-humains, ses journées ne vont pas être de tout repos…

Attention spoilers!

https://www.avoir-alire.com/local/cache-vignettes/L672xH1021/radiant-black-01-p05-7d0a5.jpg?1655103420Le scénariste Kyle Higgins se passionne pour les collants et les Power Rangers. Récemment à l’œuvre sur une résurgence d’Ultraman (qui avait fortement plu à Dahaka!), celui qui a passé l’essentiel de sa carrière sur des séries de commande se plonge dans la création originale au sein du grand creuset du comics indé, les incontournables Image comics. Soyons honnête, ce n’est pas vraiment terra incognita puisqu’en compagnie du brésilien Marcelo Costa (qui a commencé avec Higgins sur les Power Rangers justement) il nous propose une origin story où un jeune américain devient un super-héro après avoir touché une sorte de « trou noir miniature » avant de se retrouver confronté à d’autres personnages dotés du même costume. On peut faire plus original comme pitch et personnellement j’étais sceptique avant de me lancer, plus friand des variations politiques  (comme sur Ignited ou Alienated) et absolument pas nostalgique du kitschissime sextuor.

Pourtant on peut dire que ce premier tome de lancement fonctionne plutôt bien et nous accroche même franchement lorsqu’au dernier épisode on bascule dans l’histoire de « force rouge ». Ce ne sont pas les dessins (honnêtes) qui font de Radiant black une bonne histoire, c’est tout simplement le doute d’un personnage d’auteur en difficulté, puis celui de son alter-ego trahie. Car bien que la Radiant Black - Tokunationtrame du gros de l’album soit assez linéaire et attendue, la révélation du cinquième chapitre puis l’ouverture d’une histoire qui laisse entendre qu’on va découvrir ses comparses progressivement rehaussent fortement l’intérêt. Malgré l’absence d’un véritable antagoniste et d’un drama solide sur l’essentiel du tome, on bascule entre le fun pur des expérimentations de pouvoir avec le pote déglingué et les jolies mises en scènes des tentatives d’écriture de Nathan. C’est touchant, réaliste et on imagine le miroir avec la quasi-totalité des scénaristes de BD à un moment de leur vie.

Jouissant d’un design très élégant sur une base archi-classique, Radiant Black sait pourtant se sortir du tout venant grâce à une sympathique écriture et un sens du rythme qui permettent de rester en haleine chaque fois que la maigre intrigue commence à s’enliser. Pour un tome de lancement c’est déjà pas mal et on peut faire confiance aux auteurs pour ouvrir les perspectives sur les épisodes suivants, avec pourquoi pas l’ajout de thématiques sociétales qui pourraient donner de la densité à l’ouvrage. L’ambition semble présente. Y’a plus qu’à…

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Mortel imprévu

La BD!
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BD de Dominique Monféry
Rue de sèvres (2022), 96p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur fidélité.

Femme déterminée et dotée de principes, Edith fuit son Angleterre et son mari pour la liberté d’Outre-Atlantique. Là elle découvre une vie simple, l’amour, les grands espaces. Mais l’absence de société n’a pas que des avantages. Au cœur du Grand Nord canadien la vie peut s’avérer fragile, les relations humaines à vif et les principes intenables…

Très belle découverte que ce one-shot qui ambitionne de proposer un thriller psychologique dans le cadre de Jack London. D’une mise en place rapide, sur un découpage aéré et peu verbeux qui permet de profiter des superbes planches de l’auteur tout en couleur directes, on plonge sans attendre dans l’aventure canadienne des chercheurs d’or. Sans rien savoir (ou presque) de notre héroïne, on suit son itinéraire de pionnière avec plaisir et l’envie de la voir profiter de la vie… jusqu’à la bascule soudaine, violente, brutale.

Maitrisant remarquablement ses gammes scénaristiques, Dominique Monféry nous laisse patauger, un brin manipulateur, dans une incertitude sur la menace elle-même. Utilisant la technique du huis-clos permettant le déclenchement de la sauvagerie dans un environnement sans cadre social il nous fait douter, cherchant à pénétrer les esprits de nos deux personnages d’amoureux que la réalité crue va projeter sur un mur d’incompréhension. Construit en trois parties dont il est impossible de prédire la suite, le scénario devient vraiment passionnant lorsque le conflit psychologique et moral survient, enfermés dans cette cabane en compagnie d’un meurtrier que rien n’explique. On sent parfois la tension du Polanski de La jeune fille et la mort quand seule la morale sociale peut décider de la vie ou de la mort d’un homme.

La finesse de l’auteur est d’éviter les lieux communs du genre et par là de nous maintenir en éveil par le suspens de savoir comment (et si!) les deux tourtereaux parviendront à s’accorder sur leur conflit moral. Comme souvent dans ce genre de débats, les questions philosophiques posées sont innombrables: ai-je le droit de tuer? qu’est-ce qui est juste entre la survie d’un assassin et l’absence de justice? l’amour peut-il triompher des principes? la liberté exonère t’elle de règles sociales?

Emballé dans un très bel habit bleuté dans un style qui peut rappeler Sorel par moment, variant les techniques, les cadrages et les éclairages pour créer l’angoisse de l’enfermement, Dominique Monféry réussit parfaitement son album en proposant une belle réflexion non cynique qui fait de son schéma de genre un grand plaisir graphique autant qu’intellectuel.

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Blue period #8/9 – La guerre des mondes #3 – Dragonball Super #16

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Salut la compagnie! retour des mangas avec deux belles séries que j’aime suivre chez deux éditeurs toujours qualitatifs. Pas mal de retard sur Blue period qui malgré mon enchaînement de deux tomes commence à voir son intérêt se tasser, à l’inverse de la Guerre des mondes qui m’a procuré un grand plaisir assez inattendu qui confirme le flair de ki-oon pour dénicher des pépites presque à chaque publication. Les aventures de Goku passent elles sans grand intérêt mais sans inquiétude non plus sur un probable rebond dès le mois prochain.

  • Blue period #8 et 9 (Yamaguchi/Pika) – 2022, 208p./volume, 9/12 vol. parus.
bsic journalism

Merci aux éditions Pika pour leur confiance!

 

blue_period_8_pikaVolume 8: ce huitième tome se partage en deux parties. Une première voit Yatora rencontrer un nouveau camarade un peu pot de colle et avec qui le courant ne passe pas vraiment. Le voilà embarqué dans des beuveries un peu contre sa volonté alors que les premières années doivent rendre un travail qui demande à notre peintre de se documenter sur le quartier de Shibuya qui l’avait tant inspiré lors de sa préparation du concours. Par la suite il découvre que les vacances estivales sont destinées à préparer la grande parade de l’Ecole en Septembre, exigeant un énorme travail d’équipe pour réaliser un char de toutes pièces. Si la créativité de ces jeunes artistes est tous les jours impressionnante, l’épuisement guette néanmoins ces passionnés. Tome un peu moins prenant du fait des séquences culturelles sur Tokyo, ses quartiers, sa gastronomie, qui n’intéresseront peut-être moins les lecteurs qui suivent Blue Period avant tout pour l’apprentissage artistique. Heureusement la seconde partie retrouve la fluidité et l’interaction entre personnages qui font tout le charme de cette série depuis le début.

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blue_period_9_pikaVolume 9: on enchaîne sur la fin de la construction du char et la fête qui s’ensuit puis après un épisode de découverte de Velasquez les étudiants entament un travail sur les techniques de la fresque et de la mosaïque. Toujours mal dans ses pompes Yatora navigue entre doute artistique et relations toujours faciles avec ses camarades… hormis avec le très complexe Yotasuke. Ce volume continue ainsi d’explorer les différentes facettes psychologiques du monde de l’art, avec les figures de professeurs parfois très originaux et des questionnements sur le moment où l’on devient un artiste, la différence entre profs et étudiants dans la relation à l’art (des étudiants ne peuvent-ils pas être plus doués que des prof?). L’enchaînement des séquences reste assez brutal et n’aide pas à suivre le cheminement de l’autrice qui par moment semble perdue dans ses pensées et souvenirs d’étudiante en école d’art. Ça reste intéressant et cohérent avec l’état psychologique un peu chaotique de son personnage mais on perd un peu en intérêt didactique.

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    • La guerre des mondes #3 (Yokoshima/Ihata/Wells) – 2022, 192 p./volume, 3/3 volumes parus, série finie.
bsic journalism

Merci aux éditions Ki-oon pour leur confiance!

guerre-des-mondes-3-ki-oonCette très belle série, beaucoup plus ambitieuse qu’il n’y parait, se termine donc sur ce troisième tome qui parvient à accentuer l’intérêt scénaristique alors que la conquête semble passer à un nouveau stade et que le héros découvre la source des terrifiants engins martiens et leur méthode génocidaire. Les deux précédents volumes décrivaient principalement des destructions et la sidération de certains personnages. Un peu moins de scènes de destruction ou de bravoure ici mais le constat de la perte de santé mentale de certains et une avancée certaines dans l’intrigue puisque l’on découvre l’organisation d’une forme de résistance aux martiens. En se basant sur le matériau d’origine les auteurs gardent une certaine contrainte qui explique la brutale conclusion, mais le tout est très intelligemment mené et fait de cette trilogie l’une des versions les plus intéressantes que l’on ait pu lire de ce grand classique de la littérature SF.

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  • Dragonball Super #16 (Toriyama-Toyotaro/Glénat) – 2022, 176 p./volume, 16 volumes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance!

dragon_ball_super_16_glenatOn continue sur ce nouvel arc original de la série bientôt quarantenaire (!!!)… qui malheureusement fait retomber les ardeurs perçues sur le quinzième tome. Pendant que Goku s’entraîne avec l’Ange Whis, Vegeta s’entraîne avec Beerus le dieu de la destruction… vous comprendrez comme moi vers quoi on s’oriente, notamment dans l’optique d’une fin possible (quand-même) de la série. L’idée est fort séduisante et aurait l’intérêt de la cohérence après tant de combats contre les plus dangereuses menaces de la Terre/galaxie/Univer(s)…  A côté de cela on nous fait suivre l’itinéraire de ce nouveau personnage « céréalien » qui va se retrouver doté de capacités gigantesques grâce à une des plus grosses feignantises scénaristiques de l’histoire de la saga. Pendant ce temps toujours pas de Freezer à l’horizon et on se demande bien comment Toriyama va se débrouiller pour éviter la redite en annonçant un nouvel affrontement contre « l’armée de Freezer ». Bref, ce tome ne brille vraiment pas par son scénario et n’a ni personnage charismatique ni combat rageur pour nous réveiller. Hormis le jeu avec Beerus et Whis qui fonctionne toujours bien on est donc franchement sur un intermède paresseux.

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Le Convoyeur #3 – Les veuves électriques #2 – Travis #16

La BD!

Hello les lecteurs! Cette semaine on va faire des rattrapages tous azimuts sur des séries en cours qui sortent des sentiers battus, avec le post-apo Convoyeur, la satire politico-écolo Veuves électriques et le grand ancien Travis qui conclut le dernier cycle.

  • Le convoyeur #3 (Armand-Roulot/Lombard) – 2022, 54p./volume, 3 vol. parus.

Attention Spoilers!

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Accueillie un peu froidement à sa sortie, la série du Convoyeur se rapproche de sa conclusion maintenant que le secret du personnage a été dévoilé de façon choquante sur le cliffhanger du précédent opus. Le genre post-apo trouve toujours des détracteurs mais il est indéniable que tant graphiquement (les design comme le style de Dimitri Armand) que dans la création d’univers cette série ne laisse pas indifférent et revêt un travail qui force le respect. Chaque tome apporte beaucoup de nouveauté et si la construction inhabituelle surprend, on se laisse porter avec une forme de satisfaction dans cette incertitude permanente. Rarement le traitement des personnages aura été si dérangeant pour le lecteur habitué à des schémas archétypaux… Sur ce troisième volume nous avons donc une une bascule majeure entre héro et antagoniste puisque le personnage de Minerva découverte juste avant devient centrale et nous narre son histoire familiale tragique qui la lie au Convoyeur. Par ce processus risqué les auteurs perdent ainsi un personnage central extrêmement charismatique, laissant le lecteur un peu démuni. On perd également la richesse du décors médiéval-steampunk, sacrifice nécessaire pour faire fortement avancer l’intrigue qui repart sur de nouvelles bases à la conclusion. Sommes nous seulement au mitan d’une longue série ou proche de la fin, seules les auteurs peuvent le dire mais on reste bien accroché sur une saga qui aura su se démarquer sérieusement de la concurrence et nous enivre sur les planches toujours sublimes d’Armand.

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  • les veuves électriques #2 (Relom-Geoffroy-Degreff/Delcourt) – 2022, 62 p., 2/2 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_448226Le premier tome était une franche surprise au vitriol et j’avais hâte de connaître le dénouement de cette grosse farce très critique. Ce tome enchaîne directement en flirtant par moment avec du Fabcaro dans le genre n’importe quoi. C’est mieux dessiné, souvent drôle et on monte encore d’un cran dans la critique du président des riches qui se retrouve soumis à un chatelain-milliardaire décidant de la politique de la Nation au sein d’un aréopage de chefs à plumes tous corrompus. On aura droit à la privatisation de l’eau, au comportement prédateur des milliardaires, la collusion de l’Etat avec les milieux d’affaire, la précarisation d’EDF et sa gestion des centrales,… L’attaque sur Macron et sa politique est toujours aussi violente et les auteurs ont l’intelligence de ne pas chercher ni circonstances atténuantes ni héros qui irait sauver cette satire… noire jusqu’à la dernière page. On peut se demander si la fin en est bien une mais le fait est que les auteurs tirent à balles réelles et que ça fait du bien de rire pour dérider notre actualité si sombre.

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    • Travis #16 : opération Gorgone (Quet-Duval/Delcourt) – 2022, 46 p./, cycle 5 acheté en 3 tomes.

couv_445280Bon, on ne va pas se mentir, un mauvais album de Travis ce n’est pas vraiment possible (un mauvais Duval en revanche…). On a quitté la bande de Vlad sur Terre en pleine action pendant que Travis faisait dodo en direction de Ceres. Cela fait quelques albums maintenant que Fred Duval utilise cette technique pour faire cohabiter les deux faces héroïque de sa série en alternant albums full-action et albums spatiaux et techno… et ça marche. Juste que l’intrigue spatio-politique étant condensée en un unique album de quarante-six planches on peine un peu à s’y retrouver entre les multiples factions qui interviennent dans ce balkan spatial alors que certains cherchent à récupérer la première forme de vie extra-terrestre en provenance d’Europe, que les pourritures Fulci-Baxter&Martin (il faudra l’émergence d’une sacrée puissance pour contrer l’alliance des plus belles ordures terrestres) visent à dominer les astéroïdes, que les mutants cherchent leur indépendance et que… Carmen MacCallum s’en mêle… Enfin, juste en théorie puisque toutes ces portes ouvertes se finissent un peu en eau de boudin après de très belles séquences de bataille en apesanteur qui rappellent combien le duo Quet-Duval est à l’aise dans l’exercice. On ressort de cet épisode un peu confus (avec l’envie de relire le cycle d’affilée pour voir si on s’en sort mieux), très motivé par le cycle à venir (ce cycle semble bien inachevé malgré toutes ses promesses) et convaincu qu’on pourrait suivre le camionneur spatial jusqu’au bout du système solaire.

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Invisible Kingdom #3: les confins du monde

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Dernier tome de la série écrite par G.Willow Wilson et dessiné par Christian Ward. Parution en France chez Hicomics le 17/11/2021.

A-foi-fée de pouvoir

Dans le tome 1 et le tome 2, nous faisions la connaissance de Vess, une jeune rooliane qui, poussée par sa foi, s’engageait sur la voie du Sentier, que propose la grande congrégations des Non-Uns, adeptes de l’église de la Renonciation.

Dans tout le système solaire, la Renonciation fait face à la toute puissante Lux, une corporation industrielle et commerciale qui livre ses produits sans délais à travers le cosmos. Entre détachement spirituel et attachement matériel, les habitants du système doivent choisir, mais ce qu’ils ignorent, Vess comprise, c’est que ces deux entités ne sont que les deux faces d’une même pièce, deux conspirateurs qui feignent l’antagonisme pour mieux manipuler les foules.

Après avoir compris cela, Vess se voit traquée par la Renonciation et par Lux, et se voit contrainte de fuir, à bord du Sundog, le vaisseau brinquebalant de Grix, une livreuse Lux qui ne s’en laisse pas conter. Aidée de son équipage, Grix tente d’abord de se débarrasser de cet encombrant paquet, avant de s’apercevoir que la jeune prêtresse dit vrai. N’écoutant que son courage, Grix décide alors de soutenir Vess et choisit de révéler la vérité à tout le système, s’attirant les foudres des deux géants.

Toutefois, nos rebelles se retrouvent le bec dans l’eau, poursuivies de toutes part sans pour autant avoir provoqué le raz-de-marée escompté. Que faudra-t-il faire pour éveiller les consciences ?

Alors qu’elle échappent in extremis au Point de Non Retour, Vess et Grix sont abordées par une frange extrémiste de la Renonciation, les soeurs de la Résurrection, qui semble bien décidée à nettoyer toute cette corruption par le feu. Littéralement. Vess est désormais contrainte de choisir entre sa foi envers le Sentier et son amour récent pour Grix.

Invisible Kingdom avait tous les atouts de son côté pour être une excellente série. Un univers riche et attractif, des thématiques actuelles et puissantes, telles que l’autodétermination, la lutte contre le consumérisme, la Vérité, la Foi, et l’Amour. Le premier tome exploitait très bien ces thématiques, avec une mise en place impeccable et un cliffhanger magistral dans le genre.

Cependant, le soufflet est quelque peu retombé avec le deuxième tome, qui plaçait les protagonistes dans une situation passive durant un temps suffisant pour laisser l’excitation retomber. Confrontées à des réalités cruelles, Grix et Vess ont du se compromettre pour atteindre leur but, permettant à leurs sentiments amoureux d’éclore, mais le tout paraissait déséquilibré, et il en résultait une perte d’élan.

Ce tome 3 poursuit dans la même veine, bien que le rythme reprenne de façon plus dynamique. On demeure sur une sensation de survol, de décousu, tant sur le traitement des personnages que sur la résolution de l’intrigue en elle-même. La question de la Foi est abordée, le dogme de la Renonciation paraît finalement bien abscons, assez fade le plus souvent, surtout dans la bouche du grand gourou dont Vess fait la rencontre dans ce tome.

Quant à la romance entre Grix et Vess, elle n’est pas à jeter mais semble écrite avec les yeux trempés dans la mélasse, à base de « je-me-sens-abandonnée-mais-je-me-sacrifie-quand-même-par-amour », et autres joyeusetés du même acabit. Quant à l’aspect révolutionnaire, on a bien sûr droit à la scène du réveil des consciences, mais l’intrigue s’est trop dispersée entre temps pour que l’on en saisisse toute la portée à ce moment-là.

Vous l’aurez donc compris, je n’ai pas été convaincu par l’ensemble de la trilogie, malgré un excellent premier tome qui semait les graines de l’excellence, sans les arroser suffisamment sur les deux tomes suivants.

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Rorschach

Histoire complète en 320 pages, écrite par Tom King et dessinée par Jorge Fornès. Parution en France chez Urban Comics, collection DC Black Label, le 03/06/22.

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Merci aux éditions Urban pour leur fidélité.

Armageddon et compromis

Trente-cinq ans après la conclusion de la saga Watchmen, qui voyait le plan minutieux d’Ozymandias se réaliser, le monde a poursuivi sa route, évitant, de peu, l’apocalypse nucléaire que promettaient les projections les plus pessimistes de la Guerre Froide.

Pour cela, Ozymandias, l’homme le plus intelligent du monde, avait du commettre un acte ignoble, à savoir lâcher secrètement une créature artificielle sur la ville de New York, qui tua des millions d’américains. Face à cette tragédie causée par un ennemi commun, supposément extraterrestre, les nations les plus puissantes du monde, qui jusque-là étaient prêtes à s’envoyer des pluies d’ogives nucléaires sur le coin de la tête, ont mis de côté leurs différends pour créer enfin un monde meilleur, comme le prévoyait Ozymandias. Et trente-cinq ans après ce compromis, que reste-t-il de ces velléités utopistes ? Pas grand-chose, c’est ce que nous allons voir.

En 2020, le monde n’a certes pas été englouti dans les cendres d’une guerre nucléaire, mais l’ambiance et les esprits sont plus désespérés que jamais. Depuis seize ans maintenant, le président Redford mène le pays dans une certaine hégémonie, soutenu par le 51e état qu’est devenu le Vietnam, après la victoire obtenue grâce aux pouvoirs du Dr Manhattan. En cette période d’élection, les regards se tournent vers l’adversaire le plus sérieux de Redford, le Gouverneur Gavin Turley, qui mène une campagne au vitriol contre le Président Redford.

Lors d’un meeting de campagne, l’impensable survient. Deux individus sont abattus, alors qu’ils s’apprêtaient à assassiner le gouverneur Turley. Compte tenu des profils atypiques des deux terroristes, à savoir un vieux dessinateur de 80 ans déguisé en Rorschach et une jeune cowgirl de 20 ans, un détective, dont nous n’apprendrons jamais le nom, est dépêché pour mener une enquête parallèle à celle du FBI.

Qui étaient Wil Myerson et Laura Cummings, et qu’est-ce qui a pu les pousser à planifier ce crime ? Cette question lancinante va mener le détective au cœur d’une enquête troublante où les lignes qui séparent le bien et le mal vont se brouiller irrémédiablement.

Une enquête qui tache(s)

On ne présente plus le chef d’œuvre d’Alan Moore qu’est Watchmen, le roman graphique qui a révolutionné le genre en cassant les codes super-héroïques. Doté de plusieurs niveaux de lecture, Watchmen offrait alors au public de multiples interrogations politiques et philosophiques, sur le mythe du surhomme et sur ce qu’impliquerait leur présence dans un monde traité de façon réaliste.

L’un des personnages emblématiques de Watchmen est bien évidemment Rorschach, le justicier au masque taché rappelant le fameux test du même nom. Ce personnage ambigu, violent et psychotique, est inspiré à la fois de Mr A et de Question deux créations de Steve Ditko, génie des comics plus connu pour avoir cocrée Spider-Man et Doctor Strange.

Au moment de la création de Mr A et Question, Steve Ditko était un partisan de la doctrine objectiviste, un mouvement de pensée philosophique qu’Alan Moore avait en horreur. L’auteur anglais a donc amalgamé ces personnages qu’il abhorrait pour en faire Rorschach, un fanatique violent dont la philosophie est une version caricaturale de l’objectivisme.

A son tour, Tom King s’empare du mythe Rorschach pour dresser un portrait de son époque, et traite le personnage davantage comme un concept qu’un être pensant. Dans le scénario, le Rorschach original est mort depuis longtemps, mais son héritage demeure, un héritage sanglant qui réfute toujours toute compromission. King nous plonge, au cours des 300 pages qui composent son enquête, dans la psyché torturée de personnages désespérés, qui n’ont rien à perdre. La folie qui grignote les fondations du monde de Watchmen semble tout droit sortie de notre monde à nous, où la vérité à perdu son V majuscule pour se subdiviser en considérations, en opinions travesties en faits (soit tout le contraire de l’objectivisme).

Il est plaisant également de constater que l’auteur a su conserver la veine uchronique, en extrapolant les éléments qui découlaient de la première mouture. Ici, la victoire au Vietnam permise par l’intervention du Dr Manhattan a engendré la création d’un 51e état, sur lequel s’appuie le Président Redford pour ses multiples réélections. Nous avons aussi quelques pivots majeurs de l’Histoire contemporaine, tel que le 11 septembre, qui sont affectés par cette version alternative. L’auteur nous permet aussi de constater la vacuité relative du sacrifice consenti par les héros, notamment Ozymandias, Manhattan et Rorschach, en faveur de la paix.

En effet, le mensonge originel, concocté par Ozymandias, soutenu par Manhattan mais conspué par Rorschach, qui consistait à simuler une attaque extraterrestre dans les plus grandes villes du monde afin d’unifier les nations qui s’apprêtaient à se faire la guerre, n’aura eu qu’un succès relatif, puisqu’il aura engendré paranoïa et désespoir, au point que des décennies plus tard, les citoyens les plus radicaux croient encore qu’une attaque est imminente et que les « calmars » continuent de s’insinuer dans les cerveaux humains.

Gageons que « l’homme le plus intelligent du monde » n’avait pas anticipé cette issue, ni les complications qu’elle engendrerait. Pourtant, Ozymandias n’était pas ce que l’on pourrait qualifier de naïf, bien au contraire, mais sa foi en l’Humanité était sans doute déjà trop grande, ou ses standards trop élevés pour le commun des mortels, tandis que des personnages comme le Comédien ou Rorschach avait percé le voile de la prétendue civilisation pour scruter la véritable nature humaine, celle que l’on tente vainement de dissimuler derrière un vernis normatif.

Pour en revenir au sujet, King écrit une enquête au long cours qui détonne par rapport à ses travaux habituels. On n’y retrouve ni ses formats de planche favoris, ni le style particulier de ses dialogues. Le protagoniste en lui-même est un canevas vierge, comme si, à la façon de Rorschach dont le masque change constamment, c’était au lecteur d’y projeter sa conscience et ses a priori politiques et philosophiques.

Graphiquement, le style de Fornès est tout à fait en phase avec le ton de l’œuvre, et rappelle le travail de Michael Lark sur Gotham Central.

RORSCHACH est donc, vous l’aurez compris, une œuvre pertinente écrite par un auteur concerné, à lire absolument si vous vous êtes intéressé à Watchmen.

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Nourrir l’humanité

La BD!
BD de Sylvain Runberg et Miki Montllo
Delcourt (2022), 123p., one shot. Collection « Les futurs de Liu Cixin » #4.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur fidélité.

Hua Tang est un assassin. Le meilleur. Lorsque les plus riches magnats de la planète font appel à lui pour éliminer trois personnes il s’interroge. Pourquoi d’aussi puissants personnages veulent-ils effacer d’insignifiants inconnus? Alors qu’un Premier contact a lieu, entraînant des bouleversements de l’ordre social, Hua va devoir interroger son passé et sa morale pour déterminer ses prochains actes…

Nourrir l'humanité (par Sylvain Runberg, Miki Montlló et Liu Cixin)Runberg et Montllo nous avaient enchanté sur la superbe saga Warship Jolly Rogers, où l’espagnol proposait un étonnant travail numérique issu de l’Animation. Toujours dans la SF mais dans un style beaucoup plus classique, ils décrivent ici à la suite de Liu Cixin le dilemme d’un tueur élevé dans la crainte du parrain et la violence de sa condition dès l’enfance. Alors que très loin dans le cosmos une révolte survient au sein d’ouvriers opprimés, nous allons suivre l’itinéraire d’un enfant-tueur plongé dans le monde du crime, des trafics et des mendiants dès son plus jeune âge. Le schéma est connu et le cœur devra être bien accroché à suivre les méthodes barbares du mafieux Dent et sa scie qu’il ne quitte jamais.

LES FUTURS DE LIU CIXIN - NOURRIR L'HUMANITÉ (Sylvain Runberg / Miki  Montlló) - Delcourt - SanctuaryOn retrouve dans Nourrir l’humanité une problématique écologique et sociale (comment cohabiter à plusieurs milliards sur une même planète tout en résolvant les injustices les plus criantes) et la structure classique de l’écrivain en juxtaposant une trame space-opera avec un quotidien trivial de notre époque. Comme sur Les trois lois du monde, l’auteur nous fait suivre l’évasion d’un peuple parti loin dans l’espace à la recherche d’une solution à son problème en même temps que la dureté de la vie sur terre pour les gens de peu. On troque l’instituteur pour l’assassin mais les deux se retrouvent sur le refus des injustices et le sacrifice pour le bien commun.

LES FUTURS DE LIU CIXIN - NOURRIR L'HUMANITÉ (Sylvain Runberg / Miki  Montlló) - Delcourt - SanctuaryComme sur le précédent Cixin nous présente les problématiques de surpopulation, de sacrifice juste pour le grand nombre et de l’inéluctabilité du rôle social… sans que l’on entende une critique. Conscients ou non du problème Runberg et Montllo se contentent d’une illustration certes efficace dans son aspect action (on aime toujours les lone-soldiers stylés et leur vengeance légitime contre les pires ordures que peut porter la Terre!) mais qui aurait pu proposer une variation critique. On ne peut cependant complètement rejeter la thèse de l’écrivain qui apporte une véritable problématique que l’on pourra prendre comme cynique. Reste que le système n’est jamais combattu et les hommes restent soumis à l’ordre social légal sans jamais vraiment s’en extraire… Une lecture en forme de beau polar social mâtiné de SF et solidement réalisé. Pas révolutionnaire mais intéressant pour qui veut lire à la fois une création du pape de la SF et une vision non occidentale de problématiques universelles.

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****·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos

Huntr #2: la Brousse

Second tome de la série écrite par Sarah Morgan, Jordan Morris, et dessinée par Tony Cliff. Publication chez Albin Michel le 05/01/2022.

Retour au bercail

Après avoir fait leurs preuves de chasseurs de xémons, Morgan, sa colocataire Annie, son ami d’enfance Van et le doux rêveur Mitch sont désormais associés dans la chasse aux monstres afin de préserver les habitants de la Bulle. Mandatés par Bonnie, directrice de Tandem, le groupe se prépare à faire une excursion dans la Brousse, le monde hostile empli de monstres extraterrestres, afin de remettre la main sur une pierre radioactive extrêmement dangereuse, subtilisée par le père de Morgan, un survivaliste de la Brousse qui a appris à Morgan tout ce qu’elle sait.

Mais si la chasse aux monstres au sein de la Bulle n’était déjà pas une partie de plaisir, survivre à la Brousse relève du défi ! Nos quatre joyeux drilles seront-ils à la hauteur ? Et plus inquiétant encore, peut-on faire confiance à Tandem ?

Changement de décor pour ce second tome de la comédie d’action concoctée par Sarah Morgan et Jordan Morris. Après avoir exploré le cadre urbain de la Bulle, les auteurs plongent ainsi notre quatuor de héros hipsters en pleine nature hostile, revisitant par la même occasion le passé de Van et Morgan.

C’est donc l’occasion pour la protagoniste de se confronter à son père et aux valeurs qu’il lui a inculqué, approfondissant ainsi son background. Les interactions entre les personnages sont tout aussi savoureuses que dans le tome 1, et les séquences de combat toujours aussi divertissantes. On est donc dans la continuité du premier tome, parfait mélange entre comédie et action, mais les auteurs n’oublient pas d’incorporer un message critique sur les travers de la start-up nation et de ses codes.

Considéré dans sa globalité, Huntr est donc une vraie réussite, foncez, vous ne serez pas déçus !

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Rage #1: le rideau de Titane

La BD!
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BD de Tome et Dan
Kennes (2020), 78p., série en cours.

Le Rideau de Titane est une barrière infranchissable qui sépare les terres désolées de la mythique An-Ahm. Dans ce monde mort les réfugiés tentent le tout pour le tout dans le but de reprendre une vie meilleure dans la cité que l’on dit paradisiaque. Mais avant cela il y a le Mur. Les laser. Les drones. La mort. Jin crains la mort, comme tout le monde. Mais il n’a plus le choix car son aimée Saakhi est passée de l’autre côté. Il doit braver le danger et tenter le tout pour le tout…

Rages - BD, informations, cotesLe monde de l’édition est rempli de petites maisons qui tentent de trouver la perle rare qui comme Lanfeust en son temps lui permettra de trouver une place sur les présentoirs de des librairies. Assez mineures en BD puisque hormis les deux succès critiques Putain de chat et Ninn peu de leurs séries sont connues, les éditions belges Kennes ont réussi à attirer un vétéran, le mythique Tome, scénariste de Soda et surtout de la meilleure période de Spirou avec son compère Janry avant de lancer Ralph Meyer (actuel cador du dessin sur Undertaker) sur l’excellent polar Berceuse assassine. Pour rester en famille, le dessinateur de ce Rages n’est autre que l’assistant de Janry sur les petit Spirou. Tout ça pour dire que vous trouverez dans cette ouverture d’une série conçue sur plusieurs volumes énormément de l’esprit des Spirou version Tome&Janry dans son aspect le plus sombre et adulte. Cela avant la disparition soudaine du scénariste à soixante-deux ans seulement en 2019…

Dans cette introduction à un monde post-apo animalier dépressif les planches claquent au visage avec la fraîcheur des premiers albums. Un souvenir du Block 109 de Toulhoat ou du Brane zéro de Mathieu Thonon où malgré quelques lacunes techniques on sentait une passion pour la mise en scène et une entièreté créative qui ne calcule pas. L’alchimie de cet album repose ainsi sur la science du découpage hautement cinématographique Rages - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.comde Tome et sur la passion de Dan qui propose une étonnante variation de techniques dans ce survival. Car si le début nous narre une expédition pour franchir le mur infranchissable on arrive très rapidement dans le cœur de cet album plus d’ambiance qu’explicatif: l’arène des gladiateurs. On retrouve ainsi le désespoir et la rage d’une autre série dépressive: Solo. On connaît les ressorts: une aimée perdue, un eldorado qui n’est qu’un mirage, une dictature qui s’appuie sur des jeux du cirque pour apaiser sa population, un héro qui sait montrer la vertu de la collaboration dans un monde d’égoïsme et de violence.

Proposant quelques superbes visions dystopiques, Rages est une enthousiasmante entrée en matière qui propose ce qu’on aime dans la BD SF: des références en veux-tu en voilà au cinoche des années quatre-vingt, de la radicalité dépressive, des combats d’arène rageurs, violents, désespérés. La conclusion aussi logique qu’engageante pour la suite nous laisse dans l’attente d’un développement de l’univers vers ce qu’on imagine comme une révolte populaire à l’issue des exploits de notre panda-guerrier. Toutes les bases sont posées, teasées, pour une grande série post-apo. Pour peu que la disparition du scénariste et les ventes incitent l’éditeur à poursuivre l’aventure.Certaines séries ont particulièrement besoin des lecteurs pour se poursuivre. Rages en fait partie et je vous invite vivement à tenter le combat.

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BD·Nouveau !·***

Les chroniques d’Atlantide #1: Eoden, le guerrier

Premier tome de la série écrite et dessinée par Stefano Martino. Parution chez Glénat le 30/03/22.

Si l’Atlantide m’était contée

L’Atlantide est un royaume prospère, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il est tranquille. En effet, comme toute civilisation qui l’aura suivie au fil des siècles, elle ne peut avoir bâtie son opulence et sa magnificence que sur les cendres de la guerre, notamment celle qui a couté son bras à Eoden.

Le guerrier mutilé, dont le corps sculpté sur les champs de bataille et encore aussi robuste que son esprit, s’est exilé sur une île lointaine au Sud, pour échapper au tumulte des cités et gérer son traumatisme. Eoden a laissé derrière lui la gloire des combats mais aussi son frère Leoden, qui fut couronné roi, aux côtés de Leyon, la femme dont Eoden est amoureux depuis toujours.

Alors qu’il profite de sa retraite, Eoden voit un jour débarquer un ancien compagnon d’armes, qui lui révèle de que Leoden est depuis longtemps sous la coupe de Hak-Na, un sorcier fourbe qui prêche une obscure religion, et dont les manigances, saupoudrées d’épices psychoactives, embrument l’esprit du jeune roi et menacent l’intégrité de l’Atlantide.

Toutefois, rien n’a moins d’intérêt aux yeux d’Eoden que le sort de l’Atlantide. En effet, lui qui a tout donné pour sa patrie n’a aujourd’hui pour elle qu’un regard amer, mais lorsque son ami mentionne le nom de Leyon, et le danger qui la guette aux mains de Hak-Na, le sang du guerrier ne fait qu’un tour. Il décide alors de se mettre en selle pour parler à son frère et tenter de le ramener à la raison. Les obstacles seront nombreux, à commencer par les hommes d’Hak-Na qui sont partout, prêts à se débarrasser de tout ce qui gênerait leur maître. Sans oublier Leoden, qui, poussé au bord de la folie par le vil prêtre, voit des ennemis partout et pourrait bien se retourner contre son frère.

Conan l’amoureux

Déjà connu pour des séries telles que La Geste des Chevaliers Dragons, Les Forêts d’Opale, ou encore Ghost War, Stefano Martino prend pour la première fois les rênes intégrale d’un projet, en tant que scénariste et dessinateur.

A première vue, l’auteur s’appuie, pour son premier galop d’essai, sur des références solides qu’il manie avec une certaine habileté. Nous avons un univers anachronique basé sur différents mythes, notamment celui de l’Atlantide, ce qui engendre un cadre fantasy mâtiné de péplum.

Eoden, le protagoniste de ce tome, est un personnage qui évite l’écueil de l’unidimensionnalité. Blessé physiquement, il porte aussi des stigmates psychologiques qui en font un personnage attachant, assez loin des stéréotypes invinciblement badass que le genre a pu produire. Son retour après des années d’exil permet au lecteur d’adopter son point de vue avec facilité, et rend l’exposition plus fluide, car nous découvrons en même temps que lui les changements qui se sont produits durant son absence.

L’immersion dans ce premier tome est donc très effective, de même que la dynamique entre les différents personnages. Le triangle amoureux, bien qu’encore balbutiant, est écrit avec tact et ajoute un souffle romantique à l’ensemble. Pour le reste de l’intrigue, on n’évite pas un certain classicisme, avec présentation du méchant sorcier et de la galerie d’antagonistes, mais l’ensemble est suffisamment bien orchestré pour conserver son intérêt.