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Huntr #2: la Brousse

Second tome de la série écrite par Sarah Morgan, Jordan Morris, et dessinée par Tony Cliff. Publication chez Albin Michel le 05/01/2022.

Retour au bercail

Après avoir fait leurs preuves de chasseurs de xémons, Morgan, sa colocataire Annie, son ami d’enfance Van et le doux rêveur Mitch sont désormais associés dans la chasse aux monstres afin de préserver les habitants de la Bulle. Mandatés par Bonnie, directrice de Tandem, le groupe se prépare à faire une excursion dans la Brousse, le monde hostile empli de monstres extraterrestres, afin de remettre la main sur une pierre radioactive extrêmement dangereuse, subtilisée par le père de Morgan, un survivaliste de la Brousse qui a appris à Morgan tout ce qu’elle sait.

Mais si la chasse aux monstres au sein de la Bulle n’était déjà pas une partie de plaisir, survivre à la Brousse relève du défi ! Nos quatre joyeux drilles seront-ils à la hauteur ? Et plus inquiétant encore, peut-on faire confiance à Tandem ?

Changement de décor pour ce second tome de la comédie d’action concoctée par Sarah Morgan et Jordan Morris. Après avoir exploré le cadre urbain de la Bulle, les auteurs plongent ainsi notre quatuor de héros hipsters en pleine nature hostile, revisitant par la même occasion le passé de Van et Morgan.

C’est donc l’occasion pour la protagoniste de se confronter à son père et aux valeurs qu’il lui a inculqué, approfondissant ainsi son background. Les interactions entre les personnages sont tout aussi savoureuses que dans le tome 1, et les séquences de combat toujours aussi divertissantes. On est donc dans la continuité du premier tome, parfait mélange entre comédie et action, mais les auteurs n’oublient pas d’incorporer un message critique sur les travers de la start-up nation et de ses codes.

Considéré dans sa globalité, Huntr est donc une vraie réussite, foncez, vous ne serez pas déçus !

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Huntr #1 La Bulle

Premier tome de 123 pages, du diptyque écrit par Sarah Morgan et Jordan Morris, et dessinée par Tony Cliff. Parution chez Albin Michel le 01/09/2021.

Monde Sauvage

Fairhaven a tout d’une bourgade tranquille: des rues paisibles, des habitants aimables et souriants, un parc pour faire son jogging… et de terribles Xémons au crocs acérés qui ne rêvent que de vous mordre sauvagement à la jugulaire. Car voyez-vous, Fairhaven est en réalité situé dans ce que l’on nomme la Bulle, un espace protégé au milieu d’une planète à l’environnement hostile, colonisé par les humains.

Et il se trouve toujours une créature ou une autre pour trouver une brèche et s’introduire dans la Bulle. Ce matin-là, Morgan fait son petit jogging quotidien lorsqu’un Xémon surgit entre elle et un joggeur-slash-dragueur-importun. Qu’à cela ne tienne, Morgan ne cède pas à la panique, mais laisse plutôt parler ses réflexes de chasseuse. En effet, ayant grandi dans ce que les habitants de la Bulle nomment la Brousse, la jeune femme est clairement familière de ce genre de chose.

Néanmoins, elle ne souhaite qu’une chose: laisser derrière elle cette partie pénible de sa vie et mener une réconfortante routine, même s’il lui arrive de braconner les carcasses de Xémons qu’elle tue pour en extraire des composés chimiques utiles à la fabrication de drogues de synthèses avec sa colocataire Annie.

Le reste du temps, Morgan se contente de son petit boulot alimentaire, lorsque sort sur le marché l’appli Huntr, sur laquelle il est possible de trouver les chasseurs de Xémons les plus proches de chez soi pour une mission express. En somme, un mélange entre UBER et une société de dératisation.

C’est ainsi que Morgan fait la connaissance de Mitch, chasseur en herbe maladroit mais attachant, et qu’elle va retrouver son amour d’antan Van, issu tout comme elle de la Brousse. La concurrence est rude, la chasse est ouverte !

Start-up vs aliens

Sorti discrètement en France chez Albin Michel, Huntr est une bonne surprise issue du talent de l’écrivaine britannique Sarah Morgan secondée par l’auteur américain Jordan Morris. Mêlant avec humour chasse aux monstres et regard satirique sur le monde capitaliste, le duo parvient à livrer un premier tome d’ouverture très accrocheur. Les enjeux du récit ainsi que les éléments relatifs au worldbuilding sont posés sans aucune lourdeur et de façon dynamique, grâce à une galerie de personnages résolument millenials.

Les auteurs injectent donc dans leur récit des thématiques sérieuses, comme la quête de soi dans un monde hostile et en perte de sens, et parviennent à les rehausser en dressant le portrait de jeunes aux personnalités originales, excentriques et geeks en phase avec le monde d’aujourd’hui. Les références à la pop-culture sont donc omniprésentes, et sont même le prétexte à quelques vannes savoureuses entre deux bastons contre des monstres mutants.

Les auteurs n’oublient pas non plus d’imposer un certain rythme à leur récit, qui ne se contente pas d’aligner les séquences de chasse de façon aléatoire, comme pourrait le faire une simple chronique. Ils y sèment au contraire les graines d’un conflit à venir, un conflit qui promet d’être intéressant à suivre car prenant racine dans une opposition idéologique.

Humour, sujets de société, bastons contre des monstres, vous l’aurez compris, Huntr est une sortie discrète, la manquer vous serait préjudiciable.

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Harmony #7: In fine

La BD!
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BD de Mathieu Reynès
Dupuis (2021), 58p., premier cycle achevé en 7 tomes.

Alors, alors, alors… Que dire de cette conclusion (officiellement) qui fait indéniablement le job tout en nous laissant un peu sur notre faim. On peut mettre le verre à moitié plein en se disant que meilleure est la série plus triste est la fin, ou à moitié vide en estimant que Reynès n’a pas complètement transformé son bel essai. Sur le plan graphique on est dans la continuité de toute la série, avec des planches qui claquent et des affrontement explosifs qui lorgnent vers le manga. Avec une structure étrange, entre une ouverture faisant Harmony tome 7 - BDfugue.compenser à une évolution X-men avec le méchant qui « capte » des êtres partout dans le monde et une conclusion ouverte sur un probable nouvelle « saison », on a du 100% action-aventure. L’album est entièrement tourné sur la baston finale, plutôt réussie avec ses effets pyrotechniques et son kung-fu nimbé de contre-pouvoirs. On regrettera juste une monotonie des décors qui minore un peu la portée via un cadrage hyper-serré des combats.

Le regret porte sur l’aspect conspirationniste qui a totalement disparu des derniers albums pour être remplacé par la dimension mystique. C’était attendu mais on en perd une partie du sel du début. Reste une réalisation sans faille depuis le premier tome et on ne va pas faire la fine bouche! Mathieu Reynès a annoncé une pause avant de revenir, on l’espère, dans une version plus adulte des aventures d’Harmony. Entre temps vous pouvez découvrir son nouveau projet numérique qui lorgne vers le manga et Lastman. Le tarif pratique me paraît un peu élevé pour du numérique et rappelle les débats sur le juste prix et la juste rémunération des auteurs. Le crowdfunding est quoi qu’il en soit toujours une bonne chose.. attendons de voir.

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Les Sauroctones #2/3

Deuxième tome de 233 pages, de la trilogie écrite et dessinée par Erwann Surcouf. Parution le 18/06/21 chez Dargaud.

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Suite, mais pas fin, des aventure des Sauroctones, un trio improbable de jeunes chasseurs de monstres, dans un monde post-apocalyptique déjanté et pétri de références diverses à la pop-culture.

Zone, Jan et Ursti ont échappé à la confrérie des Meuniers, et au terrible Tamarro, qu’ils sont parvenus à vaincre in extremis. Malheureusement, cette victoire s’est faite au prix du barrage de la Rambleur, qui a cédé à l’issue de l’affrontement contre la bête, inondant la vallée au passage. Notre Trio Fantastico, dont on chante désormais les aventures au travers des terres désolées, se remet donc en route, afin de trouver la fusée légendaire qui permettra à Zone de quitter la planète.

Mais encore une fois, l’odyssée loufoque des nos jeunes sauroctones va les mener de charybde en scylla, et mettra sur leur chemin diverses congrégations plus ou moins éclairées, des citées en guerre et bien sûr, des monstres.

Erwann Surcouf transforme l’essai avec ce tome 2 des Sauroctones. Le plaisir de lecture est toujours aussi grand car l’auteur est parvenu à rendre ses protagonistes attachant, au travers de péripéties rocambolesques qui peuvent sembler loufoques mais qui conservent un objectif final très clair. C’est aussi ce sentiment d’assister à une épopée en bonne et due forme qui fait la qualité de la série, et l’attachement vient donc de l’aspect feuilletonnesque, renforcé par le découpage en chapitres, agrémenté des couvertures (diégétiques) des aventures de notre trio.

L’univers des Sauroctones, dont les bases étaient déjà posées dans le premier tome, continue de s’étoffer, grâce aux différentes villes et communautés traversées. L’ensemble a un aspect familier, puisque les personnages évoluent dans les ruines du monde contemporain, ce qui ouvre la porte à moult références visuelles ou textuelles qui donnent immanquablement au lecteur un rôle de « sachant », par opposition aux personnages qui ne saisissent pas le véritable sens de ces icônes. L’investissement du lecteur s’en trouve donc décuplé, puisque c’est bien connu, le lecteur adore être flatté dans son égo !

Plaisanteries mises à part, il est vrai que ce mécanisme aide à l’immersion dans le récit, mais l’on peut regretter que l’univers ne s’étende pas davantage sur le bestiaire prometteur (qui fait penser au très bon Love and Monsters) mais il reste encore à ce stade un troisième tome pour pouvoir apprécier la pléthore de créatures dangereuses et de situations mortelles.

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La Brigade Chimérique: Ultime Renaissance

La BD!

Histoire complète en 260 pages, écrite par Serge Lehman et dessinée par Stéphane De Caneva, assisté de Lou aux couleurs. Parution le 05/01/2022 aux éditions Delcourt.

Aux héros d’autrefois

Après avoir atteint le statut de BD culte il y a de ça une décennie, la Brigade Chimérique fait son grand retour, entre fiction et réalité.

Alors que Carl Von Clausewitz nous soutenait que « la guerre n’est pas un but en elle-même« , Jean-Luc Goddard, lui, nous affirmait que la guerre ne se résumait finalement qu’à une chose: « faire entrer un morceau de fer dans un morceau de chair« . Ce point de vue, qui peut être perçu comme cynique, n’en conserve pas moins une certaine teinte de vérité.

Mais quand la chair visée par la guerre l’utilise pour se transcender, cela donne La Brigade Chimérique, univers étendu arpenté par une galerie de surhommes nés des champs de bataille de la Grande Guerre, entre 1914 et 1918. Métamorphosés par l’aura quasi surnaturelle du radium et des gaz militaires répandus dans les tranchés, de nombreux hommes et femmes se sont relevés, dotés de capacités extraordinaires qui ont fait d’eux des surhommes.

Réunis à L’Institut du Radium par Marie Curie, pionnière française de la science qui a payé de sa vie le besoin de découvertes de l’Humanité, les surhommes ont formé une ligue dédiée à la protection de Paris, de 1918 à 1934. Durant cette période, un étrange quatuor, apparu initialement dans les brumes radioactives des tranchées, a secondé Marie Curie dans sa quête de l’Hypermonde et du salut de Paris: La Brigade Chimérique, composée du Soldat Inconnu, de Matricia, du Baron Brun et du Docteur Sérum. Cependant, du jour au lendemain, la Brigade s’est évaporée sans laisser de trace, contraignant Marie Curie à laisser Paris entre les mains du Nyctalope. Deux décennies plus tard, durant l’entre-deux-guerres, les tensions croissantes entre les différentes puissances, menées notamment le Docteur Mabuse, vont inciter les héros parisiens à faire front de nouveau, cette fois sous la houlette d’Irène Joliot-Curie. Puis une série d’évènements va conduire à la nouvelle émergence de la Brigade, dont on découvrira la véritable nature au fil de la série.

La série nous apprenait ainsi que la Brigade Chimérique était la manifestation des différents archétypes psychiques d’un officier français nommé Jean Séverac, qui échangeait ainsi sa place, façon Captain Mar-Vell, avec ses avatars chimériques. Héros malgré lui, Séverac se sacrifie à la fin de la série afin d’arrêter Mabuse et son gang, qui ne sont rien de moins que l’antithèse de la Brigade et…les avatars psychiques d’un certain Adolf, qui mènera son pays vers le destin que l’on connaît.

Retour aux sources

Alors que l’inévitable spectre de la Seconde Guerre Mondiale s’étendait sur l’Europe, les surhommes, menés par le Golem, choisirent l’exil vers l’Amérique, amputant par là-même la mémoire collective du souvenir de leur existence, qui s’est lentement altéré pour ne laisser que les écrits rédigés par leurs biographes de l’époque. C’est ainsi que des figures historiques furent reléguées au rang de personnages fictifs, comme nous l’explique Lehman au cours de la première série.

Près de 70 ans plus tard, alors que le monde est devenu plus complexe encore, le Professeur Charles Deszniak, dit Dex, mène des recherches sur ce que l’on nommait déjà à l’époque l’Hypermonde, en exhumant des preuves matérielles de l’existence de ces surhommes européens que tout le monde a oublié. Il est alors contacté par Nelly Malherbe, jeune fonctionnaire sous les ordres du Préfet, pour une mission toute particulière: après avoir passé des années à chercher les chimères, Dex va devoir en réunir le plus possible afin de faire face à une menace surnaturelle qui grouille depuis peu dans le métro parisien.

Commence alors une course contre la montre pour Dex, qui va retrouver certaines des icônes d’antan, mais peut-être pas sous la forme qu’il leur connaissait: l’Homme Truqué, Félifax, et même la Brigade. Seront-ils de taille pour affronter des dangers plus grands encore que la guerre ?

Durant la dernière décennie, La Brigade Chimérique s’est taillée une solide réputation, vue comme étant la réponse française aux pontes du comics que sont Watchmen et la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, d’Alan Moore. On sent en effet d’emblée la filiation avec Watchmen dans le ton crépusculaire et le discours métafictionnel employé par les deux auteurs. Tout comme le fait Lehman, Moore implémente dans son œuvre une fiction dans la fiction qui vise à brouiller les pistes quant à la nature véritable de l’univers dans lequel se déroule l’action. Et comme dans la Ligue, la Brigade utilise de très nombreux personnages fictifs passés dans domaine public, en les mettant en abîme.

Ces deux similarités structurelles n’empêchent toutefois pas la série de se démarquer, même si cette suite tient davantage du blockbuster vitaminé que de la relecture méta de la figure originelle du surhomme. On peut certes déceler çà et là les multiples références faites par l’auteur à la culture américaine des super-héros, dont il nous a bien expliqué les véritables racines, mais il faut admettre que la mise en abîme est moins profonde que dans le précédent volume.

Une bonne partie de l’album est consacrée à la réunion du groupe, sans grand obstacle à surmonter d’ailleurs, avant que l’histoire n’entre dans le vif du sujet avec la bataille contre le Roi des Rats. Puis on passe dans une dernière partie qui élève les enjeux mais qui tombe littéralement du ciel, ce qui lui donne un aspect quelque peu artificiel.

L’arrivée de l’antagoniste final a certes été préparée en amont, dès les premières pages, mais elle a tout de même des airs de coïncidence, à moins que quelque chose m’ait échappé en première lecture. Là où le premier volume nous surprenait par la nature véritable des antagonistes de la Brigade, en en faisant l’antithèse parfaite du protagoniste, ici, on se retrouve avec une créature qui certes appartient au domaine public, mais qui n’a finalement rien de spécifique à l’intrigue ni aucun lien concret avec les héros.

Le plaisir de lecture reste néanmoins élevé, et c’est aussi du au talent de Stéphane de Caneva, qui accomplit une prouesse avec ces 260 pages au style réaliste, qui empruntent tant au style américain qu’à notre bon vieux découpage franco belge. Le tout offre une lecture résolument cinématique et pourra même séduire les quelques-uns qui n’étaient pas familiers de la première Brigade.

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***·Comics·East & West·Service Presse

TMNT #15: L’invasion des Tricératons

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Quinzième tome de la série écrite par Kevin Eastman, Tom Waltz, et Bobby Curnow, dessinée par Damian Couceiro et Brahm Revel. Parution en France chez HiComics le 05/01/2022.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

Un dinosaure, ça trompe énormément

Alors qu’ils reviennent de la dimension X où ils se sont assurés que Krang, le tyran interdimensionnel, soit jugé pour ses innombrables crimes, Les Tortues Ninja doivent faire face à un nouveau défi. Les Tricératons, une espèce mutante issue de spécimens de dinosaures prélevés sur Terre il y a près de 70 millions d’années, se téléportent à New York et sèment la zizanie.

Pourtant, les guerriers Tricératons, lassés par toutes les guerres auxquels Krang les a contraint à participer, viennent sur Terre animés par des intentions pacifiques, cherchant simplement à retourner chez eux. Mais leur quête d’un foyer va bien vite percuter la malice des maîtres actuels de la petite planète bleue, les humains.

Accueillis par la Force de Protection de la Terre, Zom et ses soldats à trois cornes subissent un quiproquo qui va mener très rapidement à une escalade de la violence, culminant à une guérilla urbaine en plein New-York. Les Tortues Ninja vont devoir contrer la belligérance de la FPT pour éviter le pire, mais leur plus grand défi consistera à s’opposer à leur père Splinter, qui entend bien résoudre ce conflit grâce à la violence du clan des Foot dont il a pris la tête.

Nouvel arc narratif pour les Tortues de Eastman et Waltz. Après un interlude divertissant dans la dimension X consacré au procès de Krang, les auteurs mettent de nouveau nos héros à carapace dans une situation périlleuse et agrémentent le tout d’un conflit de loyauté puisqu’en plus de devoir gérer une invasion, Léo, Raph, Donnie et Mike auront à tenir tête à leur propre père.

C’est sans doute l’élément le plus intéressant de cet arc, qui est tout de même relativement court puisqu’il ne couvre que cinq numéros de la série. Malgré le potentiel qu’il y avait pour un nouveau crisis crossover, il en ressort néanmoins une impression plutôt décevante, comme si le tout était expédié et traité en surface et que la série était en vitesse de croisière, voire en pilote automatique.

On entend par là des obstacles assez peu convaincants (les Tricératons de la série originelle sont sensiblement plus costauds), et une résolution un peu facile, malgré l’escarmouche intrafamiliale du clan Hamato.

Malgré ces défauts, on reste dans une lecture divertissante qui a le mérite d’exploiter tout le bestiaire de l’univers des TMNT. En ce sens, la série fait penser à Savage Dragon, série Image Comics dont le succès ne se dément pas depuis plus de vingt ans, et qui possède désormais un vaste univers composé de centaines de personnages et dont l’auteur, Erik Larsen, parvient encore à utiliser de manière créative.

TMNT a donc le potentiel d’une série qui dure dans le temps, à condition de se réinventer régulièrement et de proposer des histoires plus engageantes, comme cela a été le cas auparavant.

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X of Swords volume 4/4

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Suite et fin du crossover Marvel X of Swords, avec Jonathan Hickman aux commandes. Parution en France le 06/10/21 chez Panini Comics.

On ne compare pas les épées-sœurs

La nation mutante de Krakoa est en grand danger. Confrontée à sa jumelle Arakko, peuplée de mutants cruels et endurcis par des siècles de lutte contre les démons d’Amenth, la population krakoane est contrainte de participer à un tournoi au coeur de l’Outremonde, royaume magique et instable, au cours duquel il affronteront leur homologues arakkii.

Pour cela chaque combattant se dote d’une épée bien spécifique, que la prophétie de Saturnyne, l’organisatrice du tournoi, lui a attribué. Après deux tomes de tension croissante, le volume 3 du Dix d’Epées prenait les attentes du lecteur à rebours en plaçant les x-men et leurs alliés dans des situations où le combat à l’épée n’était pas nécessairement de mise. Certaines épreuves se révélèrent même assez rocambolesques, donnant un ton sensiblement plus léger que celui auquel on pouvait s’attendre.

Le tournoi se poursuit donc dans ce quatrième volume, avec toujours ce changement de ton, qui peut être perturbant par moments. Il est possible que cela soit du à la multiplicité des équipes créatives qui sont intervenues sur l’event, car on sent bien la différence de traitement entre les séries comme Excalibur ou Hellions, et la série principale X-Men.

La final, en revanche, reste dynamique et surfe sur une vague épique mettant à profit les éléments préparés en amont. Les rebondissements pré-climax, la cavalerie de dernière minute (plusieurs!), nous avons droit à tous les ingrédients qui font un bon chapitre final.

Pour résumer ce X-marathon, nous avons là un event relativement long (22 chapitres), qui met en place une menace crédible (Amenth et les Quatre Cavaliers), sans oublier d’approfondir des personnages passionnants (Apocalypse), tout en modifiant encore le statu quo des mutants. On peut cependant s’interroger sur le changement de ton durant le second acte, notamment au cours des épreuves, qui peut faire perdre de vue les enjeux et faire que le lecteur ne redoute plus, ou moins, les conséquences du tournoi. Heureusement, le chapitre final replace adéquatement les choses et promet de belles pistes pour la suite.

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X of Swords volume 2

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Second volume comprenant l’ensemble des séries reliées à l’évènement. 130 pages, parution en France chez Panini Comics le 15/09/2021.

Quand faut y aller, faut y aller

Il faut croire que le sort s’acharnera toujours contre les mutants. C’est ce qu’avait d’ailleurs découvert Moira McTaggert, l’alliée des X-men que l’on pensait humaine mais qui est en réalité une mutante dont la faculté est de pouvoir vivre dix vies successives en revenant systématiquement à son point de départ après sa mort.

Lors de la saga House of X/Powers of X, Moira s’était servi de ce pouvoir pour chercher une issue favorable au conflit qui oppose depuis toujours humains et mutants, et se trouvait immanquablement confrontée à une implacable réalité: les mutants seront toujours persécutés jusqu’à l’extinction, que ce soit par l’Humanité ou par l’intelligence artificielle qui la supplantera. C’est la raison pour laquelle elle s’est servie de ces différentes vies pour arranger l’échiquier selon la meilleure combinaison, manipulant Xavier pour qu’il abandonne ses rêves pacifistes et prenne les choses en main.

C’est ce qu’il fit en fondant la nation mutante de Krakoa, havre de paix pour tous les mutants du monde. Sur cette île vivante, les mutants sont accueillis à bras ouverts, et sont invités à y vivre selon les lois mutantes et non humaines. Parmi tous les bienfaits de Krakoa, le plus grand est la capacité pour les mutants de ressusciter (enfin, d’une certaine façon qui a fait couler beaucoup d’encre sur l’internet), faisant de ces parias des nouveaux dieux, selon les termes de Magneto.

Malheureusement, ce cadre idyllique ne va pas durer pour les mutants. En effet, l’histoire de Krakoa est pour le moins complexe et va venir rattraper nos pauvres malheureux mutants. En effet, Krakoa a une « soeur jumelle », l’île d’Arakko, dont elle a été séparée il y a très longtemps, lorsqu’elle était sous la garde du mutant Apocalypse, vieil adversaire des X-men aujourd’hui ressortissant Krakoan.

L’île d’Arakko, tout comme Krakoa, forme un pont vers l’Outremonde, sorte de nexus vers lequel convergent toutes les réalités. Les habitants d’Arakko, dont font partie les Quatre premiers Cavaliers d’Apocalypse, ses propres enfants, sont venus en découdre avec leurs homologues Krakoans et rêvent de conquête. Mais la Majestrix Opal Luna, régente de l’Outremonde, préfère régler le conflit selon ses termes et décide d’organiser un tournoi entre les champions des deux îles. Chaque champion a trois jours pour retrouver l’épée qui lui a été attribuée par la prophétie et se présenter dans l’arène. Le seul hic, c’est que les mutants, qui s’étaient fort bien accommodés de la résurrection, ne pourront plus compter dessus, car qui meurt dans l’Outremonde ne revient pas.

L’épée-ripéties des mutants

Comme on pouvait s’y attendre, ce second volume nous entraîne dans une quête effrénée des différentes épées que vont devoir utiliser les mutants lors du fameux tournoi. Tornade retourne au Wakanda pour convaincre son ex-mari, la Panthère Noire, de la laisser utiliser Brise-Ciel, une puissante épée de Vibranium. Wolverine a déjà récupéré le sabre Muramasa, Magie a également son épée, de même que Cable et Cypher. En revanche, le mutant capable de déchiffrer tous les langages n’est pas ce qu’on pourrait appeler un combattant, il doit donc profiter du peu de temps qu’il lui reste afin de s’entraîner. Pendant ce temps sur Avalon, le royaume magique qui constitue une province de l’Outremonde, les Captain Britain doivent déterminer lequel d’entre eux doit participer au tournoi.

Cette partie est un passage obligé dans le crossover, mais ne s’étire pas pour autant en longueur, puisqu’à la fin de ce second volume, l’ensemble des participants sera en possession des épées. Des idées intéressantes sont néanmoins distillées, comme par exemple le plan sournois de Mr Sinistre pour mettre fin au tournoi avant qu’il ne commence en sabordant les chances de l’ennemi d’y participer.

Il faut dire que le nouveau statu quo des X-men permet d’assister à des situations plutôt coquasses dont on aurait pas osé rêver il y a encore quelques années, comme voir des ennemis jurés se rallier à eux (je pense à Sinistre, Sebastian Shaw, ou Apocalypse). En parlant d’Apocalypse, ce dernier obtient une part congrue du temps d’écran, étant au tapis depuis sa défaite sur Arrako. Néanmoins, son apparition en fin de volume constitue la meilleure partie de l’album. Le mutant immortel et charismatique gagne en profondeur et en background, même si ce qui est révélé frôle davantage le retcon que la pure révélation. On ressent malgré tout la volonté des auteurs d’humaniser le personnage tout en faisant le lien avec ses éléments constitutifs, comme les racines de sa philosophie darwiniste et nietzschéenne (la « survie du plus fort »).

Comme je l’évoqué il y a peu dans l’article sur les Éternels, les passages successifs des scénaristes ajoutent des couches de background qui ne sont pas toujours digestes ou même cohérentes. En effet, on sait depuis plusieurs années déjà qu’En Sabah Nur était un gardien de l’évolution, un serviteur de la volonté des Célestes, supposé guider les mutants vers sa vision de l’excellence évolutive sous peine de voir la planète rasée par les dieux de l’espace. Or ici, l’explication de son approche darwiniste est, bien que compréhensible et humaine, bien plus prosaïque à mon sens. Malgré tout, cette exploration du nouveau passé d’Apocalypse constitue pour le moment tout le sel de l’intrigue de X of Swords.

Je ne sais pas encore ce que réserve la suite, mais il se dégage néanmoins quelques options si l’on prend en compte ce que l’on sait déjà. On sait par exemple que les Cinq et Professeur X peuvent ressusciter un mutant, en créant d’abord une nouvelle enveloppe corporelle identique à la précédente, puis en insufflant une copie des souvenirs du mutant décédé, faite par Cerebro, dans ce nouveau corps. Si une mort dans l’Outremonde corrompt la copie de Cérébro, il suffirait alors d’anticiper en créant une « copie » de chaque participant au tournoi, et de les envoyer combattre à la place des originaux (qui sont pour la plupart, déjà des copies en un certain sens, puisque déjà passés par le protocole de résurrection). En tout cas, c’est que je proposerai si j’étais chauve et télépathe. Wait and see !

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X of Swords volume 1/4

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Premier volume de 144 pages contant les épisodes X-men 12, X of Swords: creation 1, X-Factor 4, Wolverine 6, et X-Force 13. Parution en France chez Panini Comics le 15/09/2021.

Terra Incognita, Terra Separata

Lors de la saga House of X / Powers of X, l’espèce mutante, qui jusqu’ici avait frôlé l’extinction après des décennies de persécution, a connu une sorte d’épiphanie, sous l’égide de celui qui fut souvent traité de faux prophète par ses détracteurs, le Professeur Charles Xavier.

Xavier, alias Professeur X, fondateur des X-Men, s’est accroché longtemps à son rêve de coexistence pacifique entre humains et mutants. Mais après de nombreux sacrifices, dont ceux de ses élèves, d’innombrables revers et défaites cuisantes, il a lui-même fini par céder et a abandonné ses anciennes méthodes, au profit d’un projet plus radical qui libèrerait les mutants de leurs entraves humaines.

Après un manifeste psychique annoncé à l’Humanité entière, le Professeur X a déclaré la création de la nation mutante. Cela avait déjà été tenté auparavant, sur Genosha et Utopia, avec les résultats tragiques que l’on connaît. Mais cette fois, Xavier était sur de lui: son nouveau foyer pour les mutants incompris et détestés, ce serait sur Krakoa qu’il prendrait forme.

Malheureusement, les humains n’ont pas dit leur dernier mot, et ne sont pas décidés à abandonner le combat évolutif qui les opposent à leurs rivaux génétiques. Orchis, l’organisation rassemblant des scientifiques de tous horizons, était sur le point de finaliser la Sentinelle suprême qui donnerait naissance à Nimrod, un cauchemar technologique synonyme de fin pour l’engeance mutante.

Krakoa est une île vivante, avec laquelle les X-men ont eu maille à partir par le passé (voir la saga Deadly Genesis par exemple). En s’entourant des bons mutants, Xavier est parvenu à communiquer avec Krakoa, lui permettant de mettre en place un pacte bénéficiant aux deux parties. Grâce à Krakoa, le leader mutant a pu mettre au point des remèdes miraculeux, des portails interdimensionnels et d’autres prodiges, qui garantissent la prospérité des mutants sur Terre.

Après un déchirant sacrifice, les X-men parviennent, au prix de la vie de nombre d’entre eux, à stopper l’émergence de Nimrod. Et c’est là que la véritable ascension des mutants fut révélée: dans le secret de Krakoa, Xavier et les Cinq (les mutants Proteus, Goldballs, Tempus Elixir, et Hope Summers) ont crée le Protocole de Résurrection, qui permet à n’importe quel mutant de revenir d’entre les morts.

Élevés au rang de dieux vivants, les mutants ont désormais leur place dans le monde. Xavier a laissé de côté sa naïveté sans pour autant céder à la violence, et est parvenu à unifier les mutants sous une même bannière. Mais les dangers continuent de guetter, et pourrait provenir des fondements même de la nouvelle société Krakoane.

Diplomatie et cartomancie

Plus récemment, Apocalypse, qui a rallié Krakoa, a également retrouvé son petit-fils, l’Invocateur, ce qui l’a forcé à révéler les liens ancestraux qui l’unissent à l’île vivante. Il y a des milliers d’années, Apocalypse a également tenté de créer un havre pour les mutants, mais sa quête s’est soldée par une guerre interdimensionnelle qui l’a forcé à séparer l’île en deux, Krakoa d’une part, Arakko d’autre part. Les mutants présents sur Arakko, parmi lesquels l’épouse et les enfants d’Apocalypse, ont du évoluer seuls, isolés du reste du monde et encerclés par les démons d’Amenth, une dimension hostile. Et ils reviennent aujourd’hui avec un fort sentiment d’amertume et une grosse envie de conquête.

Le théâtre de cette guerre est l’Outremonde, le nexus des différentes réalités, où l’ont peut transiter grâce aux portails des deux îles. La régente de l’Outremonde, Opal Luna Saturnyne, décide de régler la querelle entre les deux îles au travers d’un tournoi. Dix combattants de chaque camp devront trouver dix épées, pour s’affronter dans l’Arène et ainsi décider du sort des deux peuples.

Petit souci, et pas des moindres, toute mort qui survient dans l’Outremonde ne peut être contournée par le biais de la résurrection, et sera donc frappée du sceau de l’irrévocabilité. Les enchères viennent donc d’augmenter sévèrement pour les mutants !

L’univers des X-men s’est sensiblement complexifié depuis la refonte opérée par Jonathan Hickman. Cette reprise en main, aisément comparable, en terme d’ampleur et d’impact à celle de Chris Claremont à l’époque, a introduit un nouveau paradigme, largement en faveur de nos mutants favoris. Ce bouleversement du statu quo est donc le bienvenu. A priori, il n’est pas nécessaire d’avoir lu l’entièreté de Dawn of X pour saisir les enjeux de ce cross over.

Ce premier volume sert avant tout à exposer le passé d’Apocalypse, étonnamment lié à Krakoa, ainsi qu’à établir les enjeux du tournoi. En Sabah Nur, le premier mutant, a toujours été un personnage charismatique de la galaxie X. Doté d’une identité graphique forte, ce colosse bleu et gris en armure se démarquait également par sa philosophie darwiniste, qui le plaçait au-delà d’un manichéisme pourtant de mise pour ce type de personnage. Cet aspect anti-héroïque fut d’autant plus marqué lorsqu’on apprit qu’il était un serviteur de la volonté des Célestes, chargé d’accompagner l’évolution sous peine d’annihilation totale par les dieux de l’espace. Toutefois, avec ce nouveau retcon, nul Céleste, nul darwinisme en jeu, mais un enjeu plus personnel pour Apocalypse. A la réflexion, il est un peu abusif de parler de retcon pour un personnage aussi vieux qu’En Sabah Nur, puisque les éléments biographiques révélés dans cette saga ne viennent pas nécessairement contredire les faits déjà en place.

Quant à l’intrigue en elle-même, il paraissait relativement évident, que pour un tournoi à mort, les auteurs auraient la clairvoyance de mettre hors-jeu le procédé qui permet, depuis deux ans maintenant, aux mutants de revenir. Cela a pour avantage non négligeable de nous faire redouter l’issue des combats, ce qui n’était plus le cas jusqu’alors (sauf si l’on considère que le protocole de résurrection n’est rien d’autre que du clonage).

Graphiquement parlant, Pepe Larraz nous démontre encore une fois qu’il est name of the game chez Marvel actuellement. En revanche, j’ai été assez surpris, en lisant la partie consacrée à la quête du sabre Muramasa par Wolverine, de constater que ce n’était pas Greg Capullo qui dessinait mais Viktor Bogdanovich.

En tout cas, ce premier volume s’il ne regorge pas encore de combats dantesques, a le mérite de nous faire saliver à l’évocation d’un tournoi qui promet d’être sanglant !

**·BD·Jeunesse

Green Class #3: Chaos Rampant

La BD!

Troisième tome de la série écrite par Jérôme Hamon et dessinée par David Tako. Parution aux éditions du Lombard le 23/04/2021.

Rempart K.O.

Pour Naïa, Noah, Lucas, Sato, Beth et Linda, le temps de l’insouciance est loin, si tant est que ces jeunes marginaux canadiens aient déjà été insouciants. Retenus malgré eux en Amérique durant une classe verte, ils ont assisté à l’avènement d’un virus mortel transformant ses victimes en créatures mi-fongiques, mi-bestiales.

Sans pouvoir rien y faire, le groupe s’est retrouvé enfermé dans une zone de quarantaine supposée contenir, derrière une immense muraille, l’infection galopante. Malheureusement, Noah a été infecté, et s’est inexorablement transformé, au grand désespoir de sa sœur. Au fil du temps, Noah a développé d’étranges facultés lui permettant de contrôler les autres infectés. Bien vite, l’armée a mis son grain de sel, laissant nos héros penser qu’elle n’était pas étrangère à l’apparition de ce virus.

A l’issue du tome 2, Noah était cependant brutalement démembré par d’autres infectés, plongeant nos héros juvéniles dans le désespoir le plus total. Que vont faire les survivants maintenant que leur ami n’est plus ? Vers qui se tourner dans un monde hostile où chaque faction semble avoir des choses à cacher ?

Lovecraft va à l’H.P. (SPOILER)

Pour ce troisième tome, Jérôme Hamon change de braquet et prend les attentes du lecteur à rebours en dévoilant les origines de la pandémie. Attention spoiler, l’auteur va lorgner directement et sans concession dans le lore lovecraftien pour expliquer les événements des deux premiers tomes. Ce qui s’annonçait comme un teenage survival post-apocalyptique devient donc un space horror directement inspiré du créateur du genre.

Plus tôt cette année, Créatures, de Stéphane Betbeder et Djief, amorçait également ce virage lovecraftien sur un terrain jeunesse. La révélation intervenait cependant dès le premier tome, ce qui empêchait le lecteur de se projeter et d’anticiper sur la suite du scénario.

Jérôme Hamon prend donc ici un risque considérable puisqu’il fait prendre à sa série un virage susceptible d’en altérer à la fois le message et la portée. En effet, introduire cet élément au troisième tome implique d’implémenter des règles et des concepts qui nécessiteront forcément une nouvelle exposition, ce qui risque de brouiller le lecteur.

Après vérification, il semblerait que les œuvres de H.P. Lovecraft soient tombées dans le domaine public il y a déjà quelque temps, ce qui permettra à d’autres auteurs d’intégrer l’écrivain de Providence dans leurs propres récits.

Si la référence directe est la principale preuve d’amour que l’on puisse faire à Lovecraft, elle peut aussi être à la longue perçue comme le signe d’une paresse scénaristique ou d’un manque d’originalité. Perdu dans un scénario pandémique dont on ne sait pas comment se dépatouiller ? Pas envie de passer les origines du mal sous silence, comme dans The Walking Dead ou Y, The Last Man ? Pas de problème, sortez votre Lovecraft en poudre pour une solution instantanée !

Les fans du genre seront contents, les autres y verront peut-être un éclair de génie, et, avantage ultime, il devient superfétatoire de caractériser les antagonistes, puisqu’après tout, un Grand Ancien reste un Grand Ancien, sa malveillance cosmique intrinsèque suffit pour avoir envie de détruire la planète.

Sur le reste de l’intrigue, alors que les deux premiers tomes étaient centrés sur la protection de Noah, on doit avouer ici que sa disparition plonge le scénar dans un gentil chaos (haha) qui force nos héros soit à la neurasthénie (deuil oblige), soit à une course ventre-à-terre dont les enjeux s’aliènent (sauver Noah, sauver le monde ? empêcher le méchant prêcheur de remplir son objectif…).

Il faudra donc lire la suite de la série pour voir si l’auteur parvient à faire fructifier sa référence au maître de l’horreur cosmique pour remettre son récit sur les rails.