****·Manga

Origin #9-10

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Manga de Boichi
Pika (2020), série finie en 10 tomes.

L’album se conclut par une courte histoire assez débile (et pas franchement drôle) sur le quotidien d’un dessinateur de manga, à l’image de ce que l’on a pu voir sur les précédents tomes. Je souligne que l’éditeur s’est très étrangement dispensé d’insérer le chapitre 87.5 se déroulant sur Vénus dans une mission de sauvetage et faisant le pont avec les futurs projets de l’auteur. L’épilogue de l’album 10 français paraît assez étrange en regard…

[Attention Spoilers]

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Mai est morte, tuée par un des frères d’Origin. L’un des objectif du robot avec le fait de « vivre une vie convenable » a disparu. Il a échoué. Mais avec cette disparition un évènement se passe dans les neurones quantiques de cette machine, une évolution qui va faire évoluer cette Intelligence artificielle vers quelque chose d’autre…

Origin 80 | MangaSakiQuelle fin en apothéose! A l’image de la série et de cet auteur cette conclusion en deux tomes, trop courte pour tout ce que l’auteur avait à dire, pour refermer les très nombreuses pistes et personnages ouverts, nous laisse un peu piteux et choqué dans ce grand huit dont est capable le prodige coréen. Comme on le pressentait depuis le début, Boichi s’inscrit totalement dans la ligne du modèle Ghost in the Shell pour nous proposer une incroyable vision tout ce qu’il y a de plus techno-philosophique, l’acmé de ce que peut proposer la science-fiction lorsqu’elle assume son statut en poussant très loin les concepts scientifiques qui finissent par converger vers des sujets existentiels voir théologiques. L’auteur avait déjà abordé le Divin dans sa série Sanctum et on trouve ça et là des questionnements de ce type dans Dr. Stone. Ici le décès de sa protégée humaine déclenche en Origin une évolution des capacités cognitives en le faisant accéder à l’amour (posthume) avant de progresser bien plus loin en bouclant la boucle avec le thème de Y l’IA ultime que nous avons déjà rencontré plus tôt. On est au cœur de l’Anticipation avec la fascinante réflexion non seulement sur ce qu’est l’identité et l’être (la capacité de calcule suffit-elle à penser?) mais Boichi y ajoute des visions sur l’interaction entre la vitesse de traitement de l’information et l’influence quantique avec le monde physique. Ces raisonnements aboutissent souvent à des idées new age sur la transcendance. Boichi n’en est pas loin mais son technicisme affirmé lui permet de rester chevillé à l’idée scientifique et de nous proposer des idées assez vertigineuses! Dans le combat final (plutôt réussi) l’auteur se veut moins pédagogique que sur les précédents volumes, sans doute pressé par le temps et le peu de pages lui restant pour achever son récit et nous plonge dans des concepts quantiques très complexes que la simple visite de Wikipedia ne suffira sans doute pas à éclairer.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 10 - Mangakakalot.comLe soucis, déjà rencontré, ce sont ces ellipses pas toujours expliquées et qui nous laissent avec l’impression de pages perdues. C’est assez dommage car une ou deux cases suffisent souvent à faire le lien avec une progression rapide. La gestion du temps a toujours été capricieuse chez cet auteur qui semble parfois se perdre dans de grandioses combats ou pleines pages contemplatives avant de sauter du coq à l’âne sans coup férir. De même, ce boulimique a envie de développer un grand nombre de sujets avant de se rendre compte que dix tomes de manga avec une grande place laissée aux combats est bien peu pour développer et aboutir une thématique si complexe. J’avais fait le parallèle avec le Carbone et Silicium de Bablet qui, lui, prenait le temps et parvenait en cela mieux que son collègue mangaka à nous faire toucher l’Idée. Dans ces derniers volumes, assez linéaires, on réalise bien tardivement que les sujets de l’AEE, de l’équipe de la Team cerveau, de la mort du père, de l’histoire du robot Masamune… sont laissés presque en plan, sans suite. Pas le temps, Boichi coupe pour se concentrer sur l’achèvement inattendu de l’évolution d’Origin.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 15 -  Mangakakalot.com in 2020 | The originals, Good manga, ChapterLe sujet était casse-gueule comme tout thème SF très ambitieux. Et sur ce point l’auteur réussit excellement, sans faute de goût (juste un léger manque de lisibilité des séquences finales) en se permettant une fin ouverte et de mettre en quelques images cette série au point de jonction de pratiquement toute son œuvre. La fin de Wallman avait déjà rejoint Sun-ken Rock, Origin fait de même en créant un univers partagé potentiellement passionnant pour peu que ce grand gourmand ait le temps de planifier un projet structuré. Fortement poussé par ses envies, extrêmement talentueux, Boichi arrive avec Origin à accomplir, malgré ses nombreux défauts, une des œuvres SF les plus ambitieuses et réussies de la BD mondiale. Comme beaucoup de dessinateurs il lui manque encore l’autocontrôle scénaristique qui permettrait à ses créations de passer le stade de la claque visuelle, une fluidité narrative. Mais comment bouder son plaisir devant une telle maestria graphique, cette furie des corps, cette imagerie technique et ces dernières visions SF magistrales. Origin est à ce jour la meilleure BD du coréen. En attendant la suivante…

****·Manga

Origin #6-8

esat-west

Manga de Boichi
Pika (2020), série finie en 10 tomes.

Après avoir affronté un robot militaire Origin se retrouve envoyé au siège IA de l’AEE afin de remettre un rapport. Là-bas il va se retrouver au cœur d’une attaque terroriste avec un nouveau dilemme entre la nécessité d’intervenir et de protéger son identité…

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Le sixième tome conclut la séquence de l’attaque contre le centre de l’AEE. Très plaisante offensive qui permet notamment à l’auteur d’imaginer comment une militaire de l’élite  peut rivaliser avec ces androïdes ultraperfectionnés. Comme je l’ai déjà dit, la série avance vite car il reste moins de la moitié pour développer une intrigue qui était restée assez obscure jusqu’ici. Et cela tombe bien car dès la fin de ce volume l’intelligence artificielle Origin T7, manga chez Pika de Boichiultime Y va révéler à Origin leur rôle respectif ainsi que l’existence d’une adversité inconcevable… et diablement intéressante intellectuellement parlant! Alors qu’un ouvrage majeur sur le sujet vient de sortir, il est étonnant de voir comme les auteurs correspondent par œuvres interposées sur un sujet, l’Intelligence Artificielle, qui semble n’avoir jamais autant passionné. Il faut dire que la collapsologie  nous pousse à nous interroger plus que jamais sur ce qui fait l’existence et ce qui pourrait succéder à l’homme en poussant Asimov un peu plus loin encore…

Le septième volume marque un petit ventre mou en faisant une grosse pause dans l’action et le retour sur les relations entre membres de l’AEE et l’humour à la Boichi. Origin cherche des moyens de se reconstruire, il est fauché et se lance dans la production de mangas (!!). L’auteur en profite pour creuser le thème de l’amour possible entre une humaine (Mai Hirose) et une IA (Origin)… Comme toujours les réflexions sont assez passionnantes bien que le temps manque pour les creuser. A ce titre on est donc bien à l’opposé du Carbone et Silicium de Bablet qui prends beaucoup de temps pour détailler sa pensée complexe. Chez Boichi, manga grand public oblige, on part à peu près du même point mais en effleurant juste certains concepts. Le sujet de cet épisode est l’enquête de l’AEE sur les restes des androïdes de l’attaque après que la multinationale ait étouffé l’affaire sur le plan médiatique. Du coup si le scénario reste intéressant, les personnages principaux sont tout à fait mis de côté ce qui crée un petit essoufflement. Le plus intéressant, hormis les combats donc, c’est bien les idées d’objets et du quotidien dans un futur proche (on nous parlera plus tard de Fukushima), dans une démarche proche de celle de Spielberg sur Minority Report. L’autre concept que j’aime bien c’est la transposition des codes du super-héro (couverture civile et action superpower clandestine) dans un environnement Hard-SF. Ce principe est une ligne force de la série et trouvera sa conclusion au tome huit.Manga «Origin» by Boichi shared by M I S T M O R N

Plus que deux volumes avant la fin et ce huitième tome marque le retour des combats brutaux, fulgurants, entre robots. Repartant sur les mêmes bases que les tous premiers épisodes avec du combat de rue imprévu, cette fois cela ne va pas bien se passer pour Origin… Si les dessins atteignent de nouveau des sommets tant dans la virtuosité des cadrages et anatomies (avec donc un retour du fan-service mais aussi, avouons le, une passion de l’auteur pour le dessin des corps, qu’ils soient féminins ou masculins), Boichi reprend aussi ses tics de narration coupée brutalement Origin T8, manga chez Pika de Boichiavec de vraies hachures entre les cases d’action, et parfois l’impression que l’on a raté une page. C’est un effet de style pour gérer l’immédiateté des raisonnements des IA et la rapidité subluminique des actions, mais j’avoue que c’est un peu perturbant et coupe la dynamique des combats. Hormis cette gestion du temps, l’auteur sait nous surprendre, souvent et lance son dernier arc dans une fuite pour Origin et Mai devant les robots et les humains, qui pour des raisons différentes ont tout intérêt à leur mettre la main dessus. Faisant face à l’ennemi le plus redoutable qui lui ait été donné d’affronter, Origin se retrouve face au mur d’atteindre un statut de perfection s’il veut sauver la jeune femme. Le principal risque de cette série est que l’auteur ne sache pas où forcer le trait tant les thèmes sont nombreux et passionnants. Du coup cela accentue la surprise quand il vire de bord et bien malin celui qui sait comment toute cela va se terminer… A ce stade, Origin est un manga qui frôle la perfection mais reste freiné par quelques tics, un format assez court et une indécision entre les multiples envies du mangaka. Mais cela reste un très grand plaisir à chaque tome.

****·BD·Nouveau !

Carbone & Silicium

La BD!

BD de Mathieu Bablet
Ankama (2020), 287p. + cahier graphique de 37 pages, couleur. One-shot.

L’édition chroniquée est celle proposée par le réseau des librairies CanalBD et on peut dire que si la couverture n’est ni plus ni moins belle que celle de l’édition classique, les bonus sont tout à fait passionnants, ce que j’attends dans chaque édition spéciale pour entrer (un peu) dans la démarche créative de l’auteur. La préface d‘Alain Damasio, un peu lyrique, nous déblaye le terrain avant que Bablet ne détaille ses hésitations, sa démarche, l’évolution du projet, tout au long de nombreuses pages agrémentées de dessins à toutes les étapes de réalisation. Un vrai making-of absolument passionnant qui rehausse franchement une lecture… complexe. Un Calvin pour l’édition!

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****·Manga

Origin #4-5

esat-west

Manga de Boichi
Pika (2020), 9/10 tomes parus. Série finie au Japon.

Après avoir affronté un robot militaire Origin se retrouve envoyé au siège IA de l’AEE afin de remettre un rapport. Là-bas il va se retrouver au cœur d’une attaque terroriste avec un nouveau dilemme entre la nécessité d’intervenir et de protéger son identité…

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Origin - BD, informations, cotesPour preuve de l’implication de Boichi dans cette série qui lui tient particulièrement à cœur, les petites préfaces inclues sur la jaquette apportent des informations très intéressantes sur la démarche et éclairent d’un jour nouveau les planches du récit. Ainsi sur le volume quatre il nous décrit l’évolution récente du Cyberpunk dans les littératures de l’imaginaire et le plaisir à introduire le « personnage » de Y, l’IA surpuissante qui nous rappelle fortement l’IA de l’excellent manga Ex-Arm. Dans le cinquième tome il nous décrit dans un texte essentiel pour la compréhension de l’œuvre, de son envie de parler non seulement des robots mais surtout d' »êtres doués de pensée ». Par des rajouts réguliers de références à Asimov et ici à Arthur Clark il rattache sa série aux pères fondateurs du genre tout en citant Fritz Lang ou Terminator.

Ces deux volumes montent d’un cran en terme d’action puisque après l’introduction d’Origin à l’IA secrète développée par l’AEE les tomes quatre et cinq décrivent le déroulement de l’attaque des « frères » contre le centre. Moyen pour Boichi de faire parler la poudre avec des séquences d’action très puissantes et toujours aussi virtuoses. Le seul reproche que je ferais repose sur un rythme un peu haché du fait de la nécessité d’avancer rapidement dans cette série au format court (dix tomes en tout) et d’inutiles résumés des épisodes précédents, un peu comme dans certaines Scan Origin 44 VF - Lecture En Ligne Mangasséries américaines, ce qui fait perdre des pages de développement… Hormis cela, on est au cœur de l’action, avec toujours les réflexions d’Origin sur le meilleur moyen d’empêcher ses adversaires de tuer des humains (pour « vivre convenablement ») et les descriptifs techniques toujours passionnants sur les développements du corps des robots et les manœuvres pour parvenir à ses fins en utilisant le maximum des capacités de la « machine ». La baston est finalement un peu facile pour le héros mais on peut gager que cela va monter d’un cran avec l’arrivée des autres « frères ». Notons que le tome cinq profite étonnamment d’une séquence de résumé pour nous raconter l’origine des autres robots, ce qui n’avait pas été fait aussi clairement jusqu’ici et fait un peu retomber le mystère.

Sur ces volumes Boichi est particulièrement sage concernant ses tics puisqu’il y a très peu d’humour et aucun élément Ecchi, ce qui permet clairement de densifier le récit. Attention, la violence reste importante et l’auteur montre ce qu’il y a à montrer sans détours. Les bonnes idées foisonnent dans cette séquence, qui se rapproche donc beaucoup des idées dEx-Arm, manga récemment découvert, sublime graphiquement également et comme Origin descendant directe de l’œuvre de Masamune Shirow (Appleseed et Ghost in the shell… dont il faudra que je parle dans un billet dédié vu le nombre Origin: Chapter 42 - Page 18d’articles où je réfère au maître!). Je regrette simplement la première faute de gout avec le tank dont l’apparence semi-organique rappelle l’attrait de pas mal de manga pour les monstres à parties humaines (dents proéminentes, bouches multiples,…) et qui fait totalement tache ici dans une œuvre hyper-technologique (aspect graphique qu’assume mieux Ex-Arm). Dommage et j’espère que les combats contre les homologues androïdes reprendront rapidement. Je regrette également les bonus qui abandonnent (temporairement?) les fichiers techniques si passionnants des précédents volumes pour un journal de Boichi à l’humour tout à fait douteux…

Au final j’ai trouvé le volume quatre vraiment incroyable et le cinq un peu moins bon, dans une série qui reste particulièrement prenante autant intellectuellement que graphiquement et reste ce que Boichi à fait de mieux pour le moment dans ce que j’ai lu.

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****·Manga

Origin #2-3

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Manga de Boichi
Pika (2020), 9/10 tomes parus. Série finie au Japon.

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Origin vit au milieu des humains en cherchant à éviter de se faire repérer, lorsqu’il réalise qu’il n’est pas seul dans ce cas. Lourdement endommagé par un combat contre deux androïdes il va devoir trouver les moyens de reconstruire un corps encore plus solide et puissant, alors que ses adversaires cherchent à l’éliminer…

L’entrée en matière de cette (courte) série du virtuose coréen m’avait pas mal scotché… et dès le second tome on gagne encore en ampleur et en ambition avec (chose étonnante) une écriture qui domine le dessin. L’ambition de l’auteur, qui fait fréquemment référence à l’œuvre d’Isaac Asimov (et à Masamune Shirow, créateur du mythique Ghost in the shell dont le méchant d’Origin reprend le prénom), est de proposer une Origin -2- Volume 2réflexion sur la pensée robotique et, thème classique de la SF, sur la jonction entre humanité immorale et IA tendant cherchant la morale. Proposant de temps en temps de courtes séquences nous montrant Origin dans sa première forme d’un petit robot mignon, Boichi nous explique que si sophistiqué que soit le corps (et il l’est!) c’est bien la puissance de l’IA qui détermine si l’humain aura atteint le statut de créateur en donnant vie à une pensée originale. Pour preuve, ce débat interne aux autres androïdes entre l’optimisation de leur capacité d’IA et celle de leur corps cybernétique. On est donc bien dans une revisitation cyber de Pincocchio et c’est captivant!

Il y a finalement assez peu de combats dans cette série car ces derniers se passent à une vitesse surhumaine qui permet de développer un récit en pause, nous posant lentement les réflexions, analyses stratégiques de combat du héros et ses choix de sacrifices d’éléments de son corps afin d’obtenir son objectif. On a donc une sorte d’avancée image Scan Origin 18 VF - Lecture En Ligne Mangaspar image d’un combat qui se déroule en quelques secondes. Comme si Boichi était conscient de ses penchants (vers le fan service ou d’action démesurée) il se contraint et n’en est que meilleur! Les efforts mis pour nous faire entrer dans un « raisonnement » de robot sont impressionnants et subtiles.

Le paysage social n’est pas en reste dans Origin avec de superbes idées sur une société de demain avec une différence notable avec les anticipations d’un Fred Duval puisque le cadre japonais, déjà très technologique aujourd’hui nous pose dans une quasi actualité. L’auteur utilise également les schémas de domination et de respect de code moral de l’entreprise et des robots pour reprendre certaines thématiques des histoires de Samouraï avec leur code de l’honneur, leur recherche de « vie convenable » et leurs sacrifices. Avec le difficile apprentissage des relations humaines de son robot, Boichi parvient ainsi à une étonnante alchimie réutilisant les sujets classiques du manga liés aux difficultés de la société japonaise via son Candide.

Dans le tome 3 la tension retombe un peu malgré un affrontement étonnant contre un robot militaire géant qui permet à l’auteur de proposer des éléments technologiques et de l’anticipation militaire très originaux. Une partie du volume revient sur les relations interpersonnelles et les quelques tics de Boichi un peu lourds. Ça reste cohérent avec la proposition d’étude sociale du japon futuriste mais ce n’est pas forcément ce qui me passionne le plus dans Origin.

La richesse thématique, graphique et la maîtrise de l’ensemble cependant sont tout à fait remarquables et font  dès ce début de série d’Origin un des meilleures création traitant de la robotique et de l’Intelligence artificielle.

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****·Manga·Numérique·Rapidos

Lecture COVID: Origin

esat-westLes sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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Manga de Boichi,
Pika (2018-), 190 p. série terminée en 10 volumes (8 parus en France).

badge numeriqueJ’ai découvert Boichi il y a deux ans en tombant sur des planches sidérantes. J’ai entrepris de découvrir depuis la biblio de cet auteur en lisant Sun-ken Rock (sa série la plus connue, dont j’ai chroniqué tous les tomes), le récent Dr. Stone (plus axé jeunesse) et j’ai profité de la promo Covid de Pika pour entamer sa dernière série SF, Origin, dont l’apprenti Otaku dit le plus grand bien! Et je dois dire que si mes autres lectures de l’auteur virtuose me laissent une impression mitigée, cette entrée en matière est totalement validée, tant graphiquement que (pour une fois) scénaristiquement! Non que Boichi (Dr. Stone) met fin à son manga Originl’on ait une intrigue particulièrement complexe (on en est loin), mais le sérieux de développement du background et la focale posée avec insistance sur la problématique d’un robot vivant dans le monde des humains m’ont énormément intéressé. Ce premier tome alterne entre deux très gros combats qui vous feront découvrir (si vous ne connaissez déjà) tout ce qui fait le paradoxe de Boichi: une maîtrise technique (notamment anatomique) et artistique monstrueuse, une ambition dans le cadrage en même temps que d’agaçants tics ecchi pas plus dérangeants que cela mais bien lourdingues. Le reste du manga pose ce qui fera sans doute le thème de ce héros, un androide hyper sophistiqué, parti à la chasse d’autres androïdes humanoïdes. Conscient de sa différence, il n’a de cesse d’anticiper ce qui pourrait le faire repérer de spécialistes en robotique, ou comment bricoler son corps pour compenser un dégat lors des affrontements rageurs qui surviennent… très souvent! Clairement cette série un un gros potentiel, que la courte tomaison me laisse imaginer réduite à cette seule intrigue de chasse entre robots. Boichi aura toujours la possibilité de prolonger sur d’autres arcs pour peu qu’il ambitionne autre chose que de montrer sa virtuosité graphique. Je vais en tout cas rattraper assez vite mon retard sur ce qui est pas loin du coup de cœur.

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****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Bots #3

Jeunesse
Troisième et dernier tome de la série, 75 planches dessinées par Steve Baker et écrites pas Aurélien Ducoudray. Parution le 31/01/2020 aux éditions Ankama.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

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La Planète des Bots

Rip-R, jeune robot mécanicien, fait la connaissance de son binôme, l’imposant War-Hol, sur l’un des champs de bataille perpétuels qui essaiment la planète depuis des temps immémoriaux. Ce duo improbable va se découvrir un destin hors du commun lorsqu’une étrange créature va émerger des entrailles de War-Hol: une toute petite unité d’un genre que personne n’a jamais vu, qui ne contient ni métal, ni batterie, ni boulon quelconque, et qui fait des drôles de bruits…

Car voyez-vous, les robots accomplissent leur programme et se sont reproduits depuis si longtemps que plus aucun d’entre eux n’a conscience de leur histoire, de leurs origines, ni de ce qui les a précédé. L’existence de l’Humanité relève dans le meilleur des cas du mythe, lorsqu’elle n’a pas été tout simplement effacée des bases de données.

Rip-R et War-Hol vont donc devoir percer à jour ce mystère, en découvrant ce que cette créature, ce « beh-beh », faisait à l’intérieur du robot de combat, et qui sont ceux que l’on appelle les « ohms ».

Après leur passage en prison et leur évasion spectaculaire dans le tome 2, le trio se retrouve aux prises avec des androïdes vouant un culte au bébé, qu’ils voient comme leur élu, la clef du renouveau du genre humain. Mais pour que l’élu puisse accomplir cette destinée, il va falloir le conduire à un endroit très dangereux…

Messie 2.0

Aurélien Ducoudray et Steve Baker concluent leur brillante trilogie en poursuivant dans la lignée des deux premiers tomes: des situations cocasses servies par des dialogues savamment écrits, des références graphiques et thématiques bien maîtrisées et des personnages attachants, désarmants d’humanité.

Sur le plan thématique, Bots explore la propension de l’Homme à s’autodétruire, ainsi que la trace qu’il laisse de son passage sur Terre, sous la forme de créatures à son image. Ici, point de haine de la créature envers son créateur ingrat, mais plutôt une bienveillance teintée d’émerveillement, qui rend l’artificiel plus humain que l’humain.

Comme Néo doit se rendre à la Source pour assurer le salut de l’Humanité, le « beh-beh » doit lui aussi se rendre là où tout doit recommencer, et dans les deux cas, le prix à payer prendra nos attentes à rebours.

Ce tome 3 de Bots confirme la virtuosité de l’écriture de Ducoudray et l’aisance graphique de Baker, une série à ne pas manquer !

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Le Mur #1: Homo Humini Lupus

Premier tome d’une trilogie, 48 planches couleur écrites et dessinées par Mario Alberti, adaptées des travaux d’Antoine Charreyon, paru le 15/01/2020 aux éditions Glénat.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

 

Encore une fin du monde

Il est étonnant de constater qu’en cette période d’incertitude, où l’avenir de l’humain est pour le moins lugubre, le genre Post-Apocalyptique prospère et n’a jamais généré autant de propositions narratives, comme si la fiction cristallisait nos angoisses et nos projets.

C’est à se demander si, lorsque l’Humanité aura éventuellement accompli son expansion dans le cosmos, nous assisterons à une résurgence du Western et des récits de conquête.

Le Mur nous raconte le périple de Solal et sa sœur Eva, qui errent à travers la désolation d’un monde englouti par les débris de sa gloire d’antan. La civilisation s’est effondrée suite à un cataclysme qui ne nous est pas détaillé, mais dont on sait qu’il en a résulté la construction du Mur éponyme, une structure cyclopéenne érigée pour stopper les vagues de migration vers le Nord.

S’il veut assurer la survie d’Eva, gravement malade, Solal n’aura pas d’autre choix que de tenter de franchir le Mur, afin de se procurer des médicaments, que l’on dit abondants de l’autre côté du Mur. Très rapidement, le duo fraternel va se retrouver entre les griffes de B.A.S.T.A.R.D, un sanguinaire chef de guerre qui rêve lui aussi de s’emparer des richesses qui l’attendent de l’autre côté. Solal ne s’en sortira qu’en démontrant ses aptitudes en mécaniques, qui, à défaut de lui faire gagner les bonnes grâces du méchant, lui assureront un poste de pilote kamikaze, et ainsi, lui offrir une opportunité de franchir l’impénétrable rempart…

La Grande Mur-Aïe

Étant donnée la nature même du genre Post-Apo, on ne peut décemment pas reprocher à une nouvelle œuvre s’y rapportant de faire dans le déjà-vu. Au contraire, on dira que les bases sont là, avec un monde dévasté, des hommes devenus ou redevenus barbares, la loi du plus fort ayant enterré l’État de Droit et une technologie archaïque faite de bric et de broc.

Tous les ingrédients sont là, et le Mur en ajoute d’autres issus de diverses influences du genre, comme la ségrégation entre les pauvres et les privilégiés (Elysium), la promesse du salut dans cette enclave dévolue aux élites (Elysium encore), le chef de guerre brutal à la fois craint et adulé (Mad Max Fury Road), ou le duo familial (La Route).

L’intrigue nous propulse in media res sans davantage d’explication, ce qui n’est pas un mal en soi mais qui oblige le lecteur à raccrocher les wagons en cours d’album, ce qui le ramène parfois au même niveau que les protagonistes.

On peut reprocher des dialogues peut-être pas assez intuitifs ou insuffisamment clairs, mais cela participe sans doute au sentiment de confusion diégétique généré par et dans l’histoire.

Les planches de Mario Alberti ont un style très rétro, renforcé encore davantage par la mise en couleur et le lettrage, et s’enchaînent rapidement jusqu’à un cliffhanger final habile qui donne tout son intérêt à l’album. Les scènes d’action peuvent donner du fil à retordre de par leur manque de lisibilité, toutefois elles ne gâchent pas totalement le plaisir de découvrir cet univers violent et plein de surprises. On a hâte de lire le second tome !

 

****·Comics·East & West·Nouveau !

Vision: un peu moins qu’un homme, à peine mieux qu’une bête

Réédition de la mini-série Marvel Vision, écrite par Tom King et dessinée par Gabriel Hernandez Walta. Recueil de 280 pages couleur, paru le 05/02/2020 chez Panini Comics.

 

Behold…the Vision !

couv_386345La Vision est un personnage à part dans l’univers Marvel, et notamment parmi les Avengers. En effet, lors de sa création dans les pages de la série en 1968, les Avengers ne réunissaient pour l’essentiel que des personnages préexistants dans l’univers partagé, en premier lieu des têtes d’affiche telles que Hulk, Thor et Iron Man, pour ensuite accueillir des seconds couteaux comme Œil-de-Faucon, Vif-Argent et la Sorcière Rouge, tous déjà apparus en amont dans d’autres séries.

En revanche, La Vision est le premier vengeur crée spécifiquement dans le cadre de la série, dont l’existence résulte principalement de sa continuité interne. Vision est un être artificiel (un synthézoïde), une création de l’androïde Ultron, ennemi mortel des Avengers, lui-même fruit des travaux de Hank Pym, membre fondateur du groupe plus connu sous le nom d’Ant-Man, l’Homme Fourmi.

Cet acte malencontreux de Pym, sorte de pêché originel pour les plus grands protecteurs de la Terre, reviendra longtemps hanter le héros, et aura également engendré des fruits inattendus, comme la création de Vision, prêtant ainsi au comic book des aspects de dynastie tragique s’étalant sur plusieurs générations.

Vision a initialement été conçu pour détruire les Avengers au nom de son créateur, contre lequel il finira toutefois par se rebeller, usant de sa conscience pour défaire sa programmation. Puis il sera envisagé plus tard par Ultron comme un cheval de Troie, grâce à des commandes secrètes, enfouies profondément dans son intelligence artificielle au moment de sa création. Cela fait de Vision l’illustration parfaite de la lutte entre l’inné et l’acquis, le synthézoïde devant sans cesse lutter entre sa conscience et sa programmation.

Ce qui a également caractérisé La Vision au fil des années, c’est sa relation amoureuse avec la Sorcière Rouge, qui aura longtemps été un des fils rouge de la série. Au travers de cette romance et de ses dramatiques conséquences (Mariage–Impossibilité d’avoir des enfants–Folie de la Sorcière Rouge–Destruction de la Vision et Séparation des Avengers–House of M–Décimation des Mutants), les auteurs ont également exploré la thématique de l’humanité, qu’elle soit acquise, perdue ou retrouvée.

Si l’Homme est la mesure de toute chose

Après avoir purgé de son système d’exploitation les émotions liées aux souvenirs traumatiques de son passé, Vision entreprend de démarrer une nouvelle vie. Pour cela, il fonde une famille synthézoïde à son image, composée de son épouse Virginia, sa fille Viv et son fils Vin, puis part s’installer en Virginie afin de mener une vie ordinaire, et ainsi, se prouver, enfin, qu’il peut être un Homme.

Cependant, il est bien connu que les bonnes intentions à elles seules ne suffisent pas. Épiés par un voisinage inquiet de voir débarquer ces êtres étranges, les Visions ne vont pas tarder à être confrontés à une forme symbolique de racisme, dont les conséquences seront tout sauf plaisantes.

…quelle est la mesure de l’Homme ?

Tom King ne fait pas dans la demi-mesure et va pousser le protagoniste synthétique dans ses retranchements, mettant à mal sa foi en cette Humanité dont il rêve de faire Résultat de recherche d'images pour "vision king hernandez"partie depuis sa première apparition en 1968. Singulièrement bien écrit par King, Vision va s’obstiner dans sa quête de la normalité et de l’humain, lui qui finalement, pourrait aspirer à bien plus. Car ce que nous apprend cette mini-série, c’est qu’en fin de compte, être autre chose qu’un humain ne signifie pas nécessairement être moins qu’un humain.

On est d’emblée pris d’empathie pour ces personnages atypiques et attachants, et l’on vit leurs douloureuses épreuves avec eux. Certains personnages, particulièrement Virginia, l’épouse modèle conçue sur mesure afin de satisfaire les désirs d’intégration de son créateur, ont même une consistance tout à fait tragique oscillant entre le mythe de Pygmalion et la créature de Frankenstein.

Côté graphique, Hernandez pose avec maestria le décor faussement idyllique de la banlieue idéale tout en campant des personnages à la fois colorés et crédibles.

Vision, par Tom King et Gabriel Hernandez est une excellente mini-série, un must-have que Panini a eu la clairvoyance de rééditer en intégrale !

***·BD·Nouveau !

Univers ! #1

Univers ! tome 1, 178 pages, paru le 06/09/2019 aux éditions Dargaud dans la collection Visions du Futur. Scénario, dessin et couleur d’Albert Monteys

La Quatrième Dimension

Les récits de genre sont notoirement, et étonnamment, compatibles avec le format anthologique. C’est ce que nous démontre l’auteur espagnol Albert Monteys grâce à son album Univers !

S’appropriant le fertile terreau de la Science-Fiction, Albert Monteys nous offre ici une série d’histoires courtes, et connectées de façon surprenante. L’auteur ne se refuse rien en terme de thématiques, baignant ses récits dans les incontournables voyages temporels, explorations spatiales, conflits et réflexions quant à la nature de l’intelligence artificielle, sans oublier le transhumanisme.

C’est ce qui donne à Univers ! un parfum de Black Mirror, d’une part, grâce au format, d’autre part grâce à la critique acerbe que l’auteur porte sur nos sociétés en devenir, dans lesquelles la vie humaine ne sera plus qu’une variable d’ajustement sacrifiée trop aisément sur l’autel de l’Hubris.

Car c’est bien là tout le brio de cet album, qui utilise des récits inventifs et futuristes pour jeter un regard mordant sur notre monde actuel et les travers qu’il dessine pour l’avenir.

L’altérité, la conquête spatiale et le transhumanisme ne sont cependant pas les seules thématiques clefs développées par Albert Monteys: il y a aussi l’amour, la mort, le bonheur… bref, de quoi remplir bien plus que 175 planches !

Sur le plan technique, le format de l’album, à l’italienne, laisse place à première vue à une narration décompressée, donnant la part belle aux décors grandioses chers à la SF. Cependant, en suivant le fil des pages, on s’aperçoit que les partis pris narratifs rendent le récit très dense par moments (je pense aux cases comprenant des plans larges, très détaillées et où l’on peut suivre le mouvement du personnage).

En conclusion, nous dirons qu’Albert Monteys nous donne l’image d’un auteur mature et impliqué, en pleine maîtrise des codes de la SF. Son album vous fera voyager, rire et grincer des dents !

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