BD·Nouveau !

Warship Jolly Roger #4

BD de Sylvain Runberg et Miki Montllo
Dargaud (2018), série finie en 4 tomes.

couv_325028Warship Jolly Roger fait partie de ces belles découvertes de librairie, dont vous n’aviez pas entendu parler mais dont quelque chose vous a fait comprendre qu’il s’agit d’une série majeure à venir. Scénariste du réputé Orbital (que je n’ai pas lu), Runberg emmène son comparse l’espagnol Montllo dans une odyssée SF d’un héros de guerre parti se venger du président corrompu de la confédération humaine qui en seulement quatre tomes s’impose comme l’une des séries Space-opéra majeure de la BD.

Le dernier acte approche. Réunis à bord du vaisseau de guerre Jolly Roger, les comparses de Munro ainsi que le couple de roboticiens enlevés précédemment préparent l’assaut final sur le président Vexon qui doit se marier avec une star de cinéma en pleine campagne présidentielle qui l’oppose à son ancien aide de camp…

Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger 4"La trame principale de Warship Jolly Roger (WJR) est simple: une histoire de vengeance, d’un militaire discipliné contre un politicien pourri prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Dès le premier tome il emmène avec lui un équipage d’anti-héros absolus: un psychopathe, la fille de la cheffe de la résistance militaire à la confédération, un adolescent mutique semblant communiquer avec les machines… On a vu cela mille fois. Mais ce qui fait (sur le plan du scénario) la grande force de WJR c’est le traitement, l’itinéraire surprenant que prennent les personnages mais aussi cette trame. Par une infinités de décrochements par rapport à ce qu’on pourrait attendre, Runberg maintient notre intérêt au sein d’une atmosphère calée sur la psychologie de ce formidable héros qu’est Munroe: décidé, sombre, revanchard, l’on sait dès les premières planches que cette victime des plus terribles machinations, rouage abandonné à la cause du grand méchant, ne capitulera pas, quel que soit le prix. La cohérence des personnages est leur force et leur donne de l’épaisseur et aucun des trois acolytes n’est un faire-valoir. Le scénario évite ainsi subtilement tout cliché alors que l’enrobage y tendrait. Comme souvent ce sont donc bien les personnages et leur « vraie vie » (aucun ne glisse sur l’histoire sans heurts) qui constituent la force de cette histoire: un méchant abominable qui semble contre toute attente se laisser griser à l’amour malgré les abominations qu’il a commises, un anti-héros que le scénariste n’a pas fini d’assassiner psychologiquement, une jeune fille subissant les affres physiques de la guerre et décidée à combattre sa mère qui l’a remplacée pour une cause politique, un mutant autour duquel l’intrigue tourne étrangement, comme hésitant à en faire le véritable héros,… La galerie est réussie par-ce qu’ils vont jusqu’au bout de leurs décisions et que les auteurs aiment à leur donner du corps. Les soubresauts que vivent chacun des personnages rompt l’inéluctabilité de l’intrigue principale en nous faisant craindre réellement que le méchant puisse gagner à la fin…

Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger montllo dernières volontés"Mine de rien les thématiques de WJR sont nombreuses: avant tout la politique et sa corruption, mais aussi la colonisation, le rôle de l’armée entre garante de l’ordre et la responsabilité en cas de morts, les manipulations scientifiques, la pollution des planètes, la rébellion (thème déjà vue dans Shangri-la avec une même optique), le rôle des médias,… Les thèmes sont familiers aux lecteurs de SF et répartis de façon très équilibrée dans les quatre albums dont les scènes d’action ne sont pas forcément les moments les plus réussis (hormis les batailles spatiales), au contraire des dialogues percutants. La découverte de ce régime pourri et le côté vicieux avec lequel le scénariste malmène ses héros sont passionnants et donnent envie de s’y immerger.

Le graphisme de Montllo produit exactement le même effet: avec une technique issue de l’animation, avec des textures très plates, le dessin pourrait passer pour simpliste, mais par sa maîtrise du mouvement, des visages (très travaillés, notamment dans leurs expressions), Montllo fait de WJR une série graphiquement très réussie et qui peut faire penser à Gung Ho. Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger montllo dernières volontés"Petit bémol sur ce dernier album où l’auteur commence à utiliser une habitude des illustrateurs numériques: l’insertion d’images internet retouchées… dont la finesse laisse à désirer, ce qui est dommage. Mais ce sont des éléments mineurs dans ces planches aux cases larges, aux couleurs appuyées mais très réussies, toujours en clair-obscure (l’essentiel des scènes se passent dans l’espace, de nuit ou en intérieur). Si les décors et vaisseaux ont un effet « cartoon 2D », les gros plans de visages, les plans latéraux et même les anatomies (malgré le style simplifié) montrent la grande maîtrise technique de Miki Montllo, qui présente régulièrement sur les réseaux sociaux des vidéos de work in progres de ses planches.

Alors laissez-vous entraîner dans l’équipage de Jon T Munro et apprécier ces moments comme dans toute bonne série télé où l’intrigue devient secondaire face à l’atmosphère et la proximité que l’on acquiert envers des personnages attachants et un méchant à qui on a très très envie de botter les fesses. La fin de Warship Jolly Roger, très réussie, permet en outre d’envisager une suite, que je suivrais très volontiers!

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques.

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Comics·Nouveau !

Derrière le brouillard

East and west

Comic de Rick Remender et Greg Tocchini
Urban comics (2018)

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Un billet général sur la série a été publié à l’occasion de la sortie du tome 3 chez Urban.

Dans ce volume 3 nous quittons Stel et la surface pour retrouver Tajo à Salus, à la poursuite de la fille de Roln qui projette un attentat, alors que la cité arrive au bout de ses ressources…

LOW est une série exigeante. De part les dessins très particuliers de l’illustrateur, par les sauts incessants dans le temps ou dans l’espace entre les volumes, par les bulles de narration qu’aucune indication ne rattache à un personnage en particulier… Le scénariste nous malmène dans un monde désespéré, entre des personnages torturés par la vie (au propre comme au figuré), affrontant les pires créatures de ces bas fonds. Cela car la ligne de force de ce comic est l’espoir dans un contexte d’apocalypse. Le trait est appuyé afin d’illustrer qu’au défi de toute rationalité, seul l’esprit peut maintenir cet espoir (comme l’explique le gourou de Stel dans le premier volume).

Ce (déjà) quatrième volume est un peu moins intéressant (à la fois graphiquement et quand à l’intrigue): il se résume en une poursuite diluée artificiellement par un premier chapitre en flash-back permettant un Deus-ex machina un peu facile. Probablement que Remender est allé un peu loin dans la destruction de toute possibilité et doit s’en remettre à cette facilité scénaristique pour retomber sur ses pieds (pas aberrante mais un peu grossière). Image associéeSurtout, le fait de revenir à Salus enlève la richesse des découvertes d’univers que permettait la série à chaque volume. Du coup le tableau est celui d’une cité (déjà vue) en fin de décadence, avec une population s’adonnant au suicide dans le plaisir… Les teintes graphiques sont également un peu ternes et visuellement le chapitre 1 revenant dans l’arène de combat des pirates où Marik affrontait des Léviathan est le plus sympa. Il faut reconnaître que le fait de changer de personnage focus régulièrement dans la série ne facilite pas l’addiction du lecteur!

Pour ne pas noircir le tableau de ce qui reste un bon album, les points forts de la série demeurent: des séquences d’action vraiment talentueusement menées, des dialogues fins et qui apportent une vraie réflexion, enfin, last but not least, des fulgurances visuelles et conceptuelles sur des enchaînements découpés ou des pleines pages, qui nous font oublier les tics de Greg Tocchini avec ses déformations improbables.

Rick Remender fait généralement des séries courtes. L’histoire et le concept semblent arriver à leur terme et il est probable (souhaitable) que le prochain tome soit le dernier. Une série en 5 volume est un format raisonnable et la fin de ce volume laisse augurer un changement d’environnement qui devrait permettre un apothéose graphique à ce qui restera une très bonne série de SF.

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Un autre avis sur le blog Chroniques comics.

 

BD·Manga·Rapidos

City Hall #6

Manga de Guillaume Lapeyre et Rémi Guérin
Ankama (2012-2015) 7 volumes (série finie).

Couverture de City Hall -6- Tome 6

Un billet sur le premier cycle (tomes 1-3) a été publié sur le blog, ainsi qu’un rapidos sur les tomes 4 et une BD de la semaine pour l’excellent tome 5.

La quête se poursuit alors que Jules Verne a rencontré Nikola Tesla, seul capable d’activer la porte vers le Monde à l’envers. Le volume se structure sur le conflit (historique) entre Tesla et Edison et voit l’intervention de HP Lovecraft, maîtrisant le voyage entre les dimensions et envoyé par le président des États-Unis Abraham Lincoln. Des conflits cachés entre les personnages apparaissent et la fine équipe va bientôt embarquer sur le plus réputé des submersibles, pour l’ultime voyage.

Clairement ce volume n’est pas le meilleur. La faute aux nombreux sauts temporels qui cassent un récit déjà souvent verbeux. Le design général est un ton en dessous, moins de personnages interviennent et les découvertes sont moins nombreuses que d’habitude. On a le sentiment que les auteurs ne se sont pas lâches, dans un entre deux avec un tome 5 vraiment excellent et un final pour lequel ils se sont peut-être préservés…

 

BD·Manga·Mercredi BD

City Hall #5

Manga de Guillaume Lapeyre et Rémi Guérin
Ankama (2012-2015) 7 volumes (série finie).

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Un billet sur le premier cycle (tomes 1-3) a été publié sur le blog, ainsi qu’un rapidos sur le tome 4 pour comprendre le concept de la série.

Je fais une petite entorse en publiant un manga (normalement réservé au lundi) et un volume de série en cours. Ceci car ce volume 5 est vraiment une très grosse surprise et atteint  une qualité digne d’un album one-shot justifiant une BD de la semaine…

Dans cette série Steampunk de style Manga, entre humour et action et caractérisée par un rythme effréné (qui peut parfois épuiser le lecteur!), Jules Verne accompagné d’Arthur Conan Doyle et d’une agent spéciale envoyée en Europe par par Eliott Ness se retrouvent à Paris à la recherche du texte descriptif du méchant Black Fowl afin de sauver son père. Le tome commence directement dans le Monde à l’Envers, de l’autre côté du Miroir (le monde d’Alice au pays des Merveilles) où le Chat de Cheshire soumet Houdini (envoyé là par son double maléfique) à des énigmes redoutables. L’histoire progresse ainsi en parallèle entre les mésaventures de Houdini qui rencontrera le créateur de ce monde parallèle, Lewis Caroll, et les héros qui sont eux recueillis par un Victor Hugo membre d’une  résistance occulte comprenant rien de moins que Maupassant, Agatha Cristie, Edgar Poe, Tolkien et Maurice Leblanc (Arsène Lupin)… ouf!

Résultat de recherche d'images pour "city hall 5 lapeyre"Vous l’aurez compris, la grande force de cette série est l’extraordinaire imagination et le patchwork cohérent qu’ont réussi à créer les auteurs autour de ce monde où le papier permet de générer une réalité par sa simple description. Sortes de sorciers dotés de crayons à la place de baguettes, les personnages sont tous des figures de l’histoire littéraire  (mais également Lincoln, Graham Bell, Malcolm X,…). Le concept est extrêmement audacieux et excitant et si les premiers volumes souffraient de quelques défauts de jeunesse, les auteurs atteignent ici pleine maturité de leur récit. On reste dans du manga ce qui implique une relation entre les personnages un peu manichéenne, des dialogues un peu ado et des découpages où le rythme est la vertu cardinale. Mais l’ensemble reste assez lisible et surtout le design général est vraiment alléchant. L’ambiance steampunk laisse le champ libre à toutes les possibilités scénaristiques concernant des innovations technologiques à vapeur (les auteurs s’inspirent des découvertes récentes… à la sauce Révolution industrielle). Les grande auteurs, tous dotés d’une créature imaginaire issue de leurs crayons sont dessinés de façon totalement libre et fantasmée, comme des héros de jeux-vidéo. Les conspirations, agences secrètes et histoire occulte foisonnent dans cet univers, si bien que malgré la grosse pagination, on trouverait presque que tout va trop vite et l’on souhaiterait que la série continue (elle s’achève au septième tome). Ce volume comporte plus de découvertes que d’action mais reste sur un très bon équilibre entre les dialogues too-much de Jules Verne, l’univers fantasmagorique de l’autre côté du miroir (même la Reine de cœur apparaît!) et la confrérie occulte de Victor Hugo.

Image associéeC’est plein, ça déborde de cœur et d’envie de la part des auteurs (comme cette double illustration en transparence!) qui ont voulu mettre tout leur amour des imaginaires dans leur création et je vous invite vraiment à découvrir ce très bon manga français (surtout si vous n’êtes pas férus de manga) qui fait de la littérature classique un monde d’action, d’énigmes et d’aventure!

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasque.

BD·Mercredi BD·Nouveau !

Cyan

BD de Jérôme Hamon en Antoine Carrion
Soleil-Métamorphose (2017), 52p. Série Nils, 2 tomes parus /3.

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Déjà portée par une des plus belles couvertures de 2016, la série Nils fait encore plus fort avec cette illustration de couverture du T2 tout simplement à tomber! Pour le reste c’est la même qualité que le tome 1 avec vernis sélectif et 4° de couverture très soignée. Dommage que la tranche ne soit pas de la même couleur sur chaque album (on suppose un choix de dégradés de bleus). Six illustrations  pleine page voir double page sont également présentes en fin d’album en plus de la double page de titre (comme pour le premier tome).

 

Le clan d’Alba est parti en guerre contre le royaume de Cyan et ses machines tandis que Nils est à la recherche de l’Yggdrasil, l’Arbre des 9 mondes situé loin dans le nord. Pendant ce temps les déesses continuent leurs observations et décident d’intervenir dans la destinée des hommes…

Résultat de recherche d'images pour "nils cyan carrion"Le tome 1 de cette série était doté de beaucoup d’atouts: le dessin très élégant d’Antoine Carrion, des références à Myazaki assumées et passionnantes, un background esquissé très intriguant, des dieux, un lien entre science et magie chamanique… Beaucoup d’attentes étaient portées sur ce second volume qui devait développer tout cela. Et bien je dois dire que j’ai été assez, voir très déçu de constater que les petits défauts de l’ouverture se confirmaient et se renforçaient, avec pour problème central, justement, l’absence de fonds. Les arrières plans de Carrion, beaux mais relativement vides, étaient finalement symptomatiques d’un scénario qui recouvre le même problème. Le monde proposé est pourtant passionnant, mais les auteurs n’abordent presque rien, restent au premier plan de leur histoire. C’est frustrant et rend la compréhension de l’intrigue difficile, d’autant que Hamon utilise très étrangement des ellipses brutales en début d’album. L’articulation entre la fin du tome 1 et le début du 2 est totalement absente et le lecteur doit deviner seul ce qui est à peine suggéré dans l’album précédent. Résultat de recherche d'images pour "nils cyan carrion"Les personnages ont été déplacés sans explication, des relations sont nouées hors champ, on passe d’une scène à l’autre sans transition et les combats sont là encore étonnamment écourtés. Je ne m’explique pas ces choix perturbants et qui enlèvent des atouts à cette, par ailleurs, excellente BD. Pourtant le scénariste sait amener des séquences très oniriques avec notamment cette articulation entre les déesses dissertant sur les actions des hommes et les incidences de leurs choix dans le monde physique. La cité de Cyan donne envie d’être découverte, de même que sa technologie. Mais l’on passe d’un personnage à un autre sans développement, avec trop d’induit pour avoir une lecture fluide.

Malgré ces difficultés, Nils reste une BD dans le haut du panier. D’abord grâce au dessin qui bien que très sombre (plus que dans le tome 1) et relativement monochrome (Cyan malgré son nom est très grise) reste totalement inspiré et globalement magnifique! J’ai d’ailleurs rarement vu autant de doubles pages contemplatives dans une série grand public (c’est assumé par les auteurs comme expliqué dans l’interview du scénariste), ce qui montre l’importance du graphisme pour les auteurs, au risque parfois de tomber dans la BD d’illustrations… Mais ne boudons pas notre plaisir visuel, qui permet de passer outre les problématiques citées plus haut.

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D’ailleurs la seconde partie de l’album, plus posée, centrée sur les explications scientifiques de l’Ethernum et de la disparition de la vie, en un double débat des déesses et du conseil de Cyan, retrouve l’intérêt des interrogations scientifico-écologiques du premier album. On découvre alors que la technologie de Cyan est bien plus développée qu’on le pensait, jusqu’à rendre centrale dans la série l’éternelle problématique des pulsions démiurgiques des scientifiques: la science peut-elle contrôler la vie et la mort? Face à cela le pouvoir des êtres surnaturels peut-il lui-même être bloqué, voir contrôlé ? La fin de l’album, tout de bruit et de fureur nous laisse en haleine.

Nils est pour l’instant une série bancale mais jouissant d’une formidable aura, que je qualifierait d’hypnotique, qui permet (si vous êtes sensibles aux dessins et aux fortes thématiques de cette BD) de dépasser ces désagréments. Rares sont les séries aussi sombres et pessimistes (voir dépressives). Attention, ce n’est pas un défaut: cela change du mainstream et l’on n’a strictement aucune idée de comment peut bien s’achever la série, notamment à la lecture de la dernière page apocalyptique… Ressemblant à une œuvre de jeunesse, Nils vaut néanmoins le coup d’être découverte en espérant que le troisième volume comblera ces quelques lacunes.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques.

D’autres critiques de blog chez: Mo‘,

Cinéma·Graphismes

Blade runner 2049

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L’Etagère étant un blog surtout centré sur la BD, je précise lorsque je m’éloigne du 9° art que vous trouverez aussi ponctuellement ici des billets sur des films ou des artistes dont le caractère graphique sont indéniables. Le premier billet de ce type fut pour Georges Hull et son incroyable travail sur Jupiter Ascending des Wachowski (… et sur Blade Runner 2049, si-si!).

Blade Runner n’a jamais été mon film SF préféré (bien que je reconnaisse son immense qualité graphique, que je sois un fan absolu de Ridley Scott et que BR fut à l’époque une étape majeure dans l’avancée vers une SF moderne au cinéma). L’intrigue m’avait toujours parue un peu trop intellectuelle et obscure, les débats sur la nature de Replicant de Deckard, sur les cocotes en papier et sur les différents montages du film confirmant mon impression. Pour moi la grande saga SF est et reste Alien (du même bonhomme, tiens tiens). C’est d’ailleurs sur ce dernier que Ridley Scott a fait sa première expérience d’un nouveau concept: l’auto-remake-suite-préquelle… Ayant intégré les impératifs de fructification des franchises par Hollywood, l’auteur a préféré s’occuper lui-même des remakes de ses films (avec les moyens qui accompagnent généralement le lancement d’un nouveau culte pour une nouvelle génération!) en leur intégrant une véritable démarche artistique. Quoi de plus fascinant que de revisiter soi-même ce que l’on a créé il y a 30 ans en en changeant le prisme pour développer de nouveaux thèmes? Sur Blade Runner, s’il ne s’est pas occupé de la réalisation, Scott reste la cheville ouvrière de cette véritable et passionnante suite.

statueMais revenons à nos moutons graphiques. Si l’articulation scénaristique entre les deux films est parfaitement agencée, c’est sur le plan graphique que le film de Denis Villeneuve surpasse assez largement son aîné. J’avais remarqué sur Sicario et Premier Contact la tendance à la lenteur et aux plans très graphiques (notamment aériens) du réalisateur canadien. Celui qui travaille déjà sur la nouvelle adaptation de Dune apporte à l’univers de Blade Runner une cohérence et une exigence d’univers graphique à la fois beau et cohérent qui happe pendant 2h40 (c’est long, je ne suis pas le premier à le dire).

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 Rarement un si long métrage a ainsi généralisé l’ambition graphique sur chaque plan, ce qui donne très envie d’aller regarder du côté des designers qui ont travaillé sur le film. La principale différence avec le film de 1982 est l’exploitation du jour (précédemment tout se déroulait de nuit pou en intérieur). Cela permet de travailler des aplats de blanc, d’orange, de bleu beaucoup plus fins que les noirs profonds du film de Ridley Scott. La séquence à Las Vegas est à ce titre sublime, tant par les décors que par la lumière. Alors oui l’intrigue est cérébrale, lente, longue, mais comment se plaindre d’une telle plénitude oculaire pendant près de 3h?

 

BD·Nouveau !·Service Presse

Souterrains

BD de Romain Baudy
Casterman (2017)
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Pour sa seconde BD, Romain Baudy dispose chez Casterman d’un très large format avec une pagination de 113 pages et un cahier graphique de 9 pages en clôture, très intéressant par-ce qu’il montre les hypothèses graphiques en regard des choix finaux. L’album est séparé en plusieurs chapitres indiqués par une page de garde entière. La couverture est efficace.

Dans un coron du Nord de la France, c’est la lutte des classes entre mineurs syndiqués, patron capitaliste et porions. L’un d’eux va accepter de participer, pour l’argent, au test d’une machine révolutionnaire au fond de la mine. Embarqué avec une équipe « d’élite », ils vont découvrir un monde souterrain peuplé de créatures fantastiques…

Le pitch est clairement gonflé et c’est sans doute ce qui a plu à l’éditeur. Mélanger BD historico-politique, sociologie du monde des mineurs, voyage au centre de la terre et steampunk, tout ceci donne envie d’en savoir plus. Proche d’un Blake et Mortimer de par son univers et son traitement (y compris graphique) Souterrains  jouit de belles idées et d’un bon découpage. Le prologue est réussi, en montrant d’emblée le versant fantastique et tire sur l’impatience avec une première partie plutôt historique, portant sur les questions de domination dans la mine. 2232_p8.jpgL’introduction du mystère technologique est bien amenée jusqu’à l’arrivée dans le sous-monde. La suite est assez linéaire, l’explication restant un peu décevante et l’auteur n’apporte aucune attention particulière à ses créatures pourtant graphiquement totalement fascinantes ! L’ambition de renouveler le mythe des nains est pourtant excellente, mais romain Baudy ne va pas au bout de son ambition SF steampunk et ne parvient pas vraiment à donner un souffle épique à cet album malgré la place dont il dispose. Aucune précision non plus sur la magie ni sur le robot ne sont données (peut-être l’idée d’une suite, bien que le format choisi soit plus celui du one-shot), ce qui est frustrant. Côté dessin c’est très correcte, avec couleurs un peu criardes (là encore proches de Blake et Mortimer), l’auteur semble hésiter entre deux styles: celui des gros nez et celui du réalisme. Du coup on a un peu les deux.

2232_p3Dans un autre style, Mathieu Thonon, aussi débutant sur un gros diptyque one-shot, avec les mêmes défauts inhérents à un début de carrière, était porté par une plus grande ambition (trop peut-être). Au final, Souterrains ressemble à une bonne idée de départ qui n’aurait pas sue être exploitée jusqu’au bout. Peut-être peut-on destiner cet album plutôt à de jeunes adolescents qui seront intéressés par des thématiques (politiques) auxquelles ils n’ont pas l’habitude et traitées de façon relativement simples. L’auteur mérite des encouragements pour avoir su trouver un thème a priori jamais abordé en BD et pour avoir mis une vraie implication dans son projet.

 

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