****·BD·Nouveau !

Carbone & Silicium

La BD!

BD de Mathieu Bablet
Ankama (2020), 287p. + cahier graphique de 37 pages, couleur. One-shot.

L’édition chroniquée est celle proposée par le réseau des librairies CanalBD et on peut dire que si la couverture n’est ni plus ni moins belle que celle de l’édition classique, les bonus sont tout à fait passionnants, ce que j’attends dans chaque édition spéciale pour entrer (un peu) dans la démarche créative de l’auteur. La préface d‘Alain Damasio, un peu lyrique, nous déblaye le terrain avant que Bablet ne détaille ses hésitations, sa démarche, l’évolution du projet, tout au long de nombreuses pages agrémentées de dessins à toutes les étapes de réalisation. Un vrai making-of absolument passionnant qui rehausse franchement une lecture… complexe. Un Calvin pour l’édition!

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****·Manga

Origin #4-5

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Manga de Boichi
Pika (2020), 9/10 tomes parus. Série finie au Japon.

Après avoir affronté un robot militaire Origin se retrouve envoyé au siège IA de l’AEE afin de remettre un rapport. Là-bas il va se retrouver au cœur d’une attaque terroriste avec un nouveau dilemme entre la nécessité d’intervenir et de protéger son identité…

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Origin - BD, informations, cotesPour preuve de l’implication de Boichi dans cette série qui lui tient particulièrement à cœur, les petites préfaces inclues sur la jaquette apportent des informations très intéressantes sur la démarche et éclairent d’un jour nouveau les planches du récit. Ainsi sur le volume quatre il nous décrit l’évolution récente du Cyberpunk dans les littératures de l’imaginaire et le plaisir à introduire le « personnage » de Y, l’IA surpuissante qui nous rappelle fortement l’IA de l’excellent manga Ex-Arm. Dans le cinquième tome il nous décrit dans un texte essentiel pour la compréhension de l’œuvre, de son envie de parler non seulement des robots mais surtout d' »êtres doués de pensée ». Par des rajouts réguliers de références à Asimov et ici à Arthur Clark il rattache sa série aux pères fondateurs du genre tout en citant Fritz Lang ou Terminator.

Ces deux volumes montent d’un cran en terme d’action puisque après l’introduction d’Origin à l’IA secrète développée par l’AEE les tomes quatre et cinq décrivent le déroulement de l’attaque des « frères » contre le centre. Moyen pour Boichi de faire parler la poudre avec des séquences d’action très puissantes et toujours aussi virtuoses. Le seul reproche que je ferais repose sur un rythme un peu haché du fait de la nécessité d’avancer rapidement dans cette série au format court (dix tomes en tout) et d’inutiles résumés des épisodes précédents, un peu comme dans certaines Scan Origin 44 VF - Lecture En Ligne Mangasséries américaines, ce qui fait perdre des pages de développement… Hormis cela, on est au cœur de l’action, avec toujours les réflexions d’Origin sur le meilleur moyen d’empêcher ses adversaires de tuer des humains (pour « vivre convenablement ») et les descriptifs techniques toujours passionnants sur les développements du corps des robots et les manœuvres pour parvenir à ses fins en utilisant le maximum des capacités de la « machine ». La baston est finalement un peu facile pour le héros mais on peut gager que cela va monter d’un cran avec l’arrivée des autres « frères ». Notons que le tome cinq profite étonnamment d’une séquence de résumé pour nous raconter l’origine des autres robots, ce qui n’avait pas été fait aussi clairement jusqu’ici et fait un peu retomber le mystère.

Sur ces volumes Boichi est particulièrement sage concernant ses tics puisqu’il y a très peu d’humour et aucun élément Ecchi, ce qui permet clairement de densifier le récit. Attention, la violence reste importante et l’auteur montre ce qu’il y a à montrer sans détours. Les bonnes idées foisonnent dans cette séquence, qui se rapproche donc beaucoup des idées dEx-Arm, manga récemment découvert, sublime graphiquement également et comme Origin descendant directe de l’œuvre de Masamune Shirow (Appleseed et Ghost in the shell… dont il faudra que je parle dans un billet dédié vu le nombre Origin: Chapter 42 - Page 18d’articles où je réfère au maître!). Je regrette simplement la première faute de gout avec le tank dont l’apparence semi-organique rappelle l’attrait de pas mal de manga pour les monstres à parties humaines (dents proéminentes, bouches multiples,…) et qui fait totalement tache ici dans une œuvre hyper-technologique (aspect graphique qu’assume mieux Ex-Arm). Dommage et j’espère que les combats contre les homologues androïdes reprendront rapidement. Je regrette également les bonus qui abandonnent (temporairement?) les fichiers techniques si passionnants des précédents volumes pour un journal de Boichi à l’humour tout à fait douteux…

Au final j’ai trouvé le volume quatre vraiment incroyable et le cinq un peu moins bon, dans une série qui reste particulièrement prenante autant intellectuellement que graphiquement et reste ce que Boichi à fait de mieux pour le moment dans ce que j’ai lu.

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****·Manga

Origin #2-3

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Manga de Boichi
Pika (2020), 9/10 tomes parus. Série finie au Japon.

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Origin vit au milieu des humains en cherchant à éviter de se faire repérer, lorsqu’il réalise qu’il n’est pas seul dans ce cas. Lourdement endommagé par un combat contre deux androïdes il va devoir trouver les moyens de reconstruire un corps encore plus solide et puissant, alors que ses adversaires cherchent à l’éliminer…

L’entrée en matière de cette (courte) série du virtuose coréen m’avait pas mal scotché… et dès le second tome on gagne encore en ampleur et en ambition avec (chose étonnante) une écriture qui domine le dessin. L’ambition de l’auteur, qui fait fréquemment référence à l’œuvre d’Isaac Asimov (et à Masamune Shirow, créateur du mythique Ghost in the shell dont le méchant d’Origin reprend le prénom), est de proposer une Origin -2- Volume 2réflexion sur la pensée robotique et, thème classique de la SF, sur la jonction entre humanité immorale et IA tendant cherchant la morale. Proposant de temps en temps de courtes séquences nous montrant Origin dans sa première forme d’un petit robot mignon, Boichi nous explique que si sophistiqué que soit le corps (et il l’est!) c’est bien la puissance de l’IA qui détermine si l’humain aura atteint le statut de créateur en donnant vie à une pensée originale. Pour preuve, ce débat interne aux autres androïdes entre l’optimisation de leur capacité d’IA et celle de leur corps cybernétique. On est donc bien dans une revisitation cyber de Pincocchio et c’est captivant!

Il y a finalement assez peu de combats dans cette série car ces derniers se passent à une vitesse surhumaine qui permet de développer un récit en pause, nous posant lentement les réflexions, analyses stratégiques de combat du héros et ses choix de sacrifices d’éléments de son corps afin d’obtenir son objectif. On a donc une sorte d’avancée image Scan Origin 18 VF - Lecture En Ligne Mangaspar image d’un combat qui se déroule en quelques secondes. Comme si Boichi était conscient de ses penchants (vers le fan service ou d’action démesurée) il se contraint et n’en est que meilleur! Les efforts mis pour nous faire entrer dans un « raisonnement » de robot sont impressionnants et subtiles.

Le paysage social n’est pas en reste dans Origin avec de superbes idées sur une société de demain avec une différence notable avec les anticipations d’un Fred Duval puisque le cadre japonais, déjà très technologique aujourd’hui nous pose dans une quasi actualité. L’auteur utilise également les schémas de domination et de respect de code moral de l’entreprise et des robots pour reprendre certaines thématiques des histoires de Samouraï avec leur code de l’honneur, leur recherche de « vie convenable » et leurs sacrifices. Avec le difficile apprentissage des relations humaines de son robot, Boichi parvient ainsi à une étonnante alchimie réutilisant les sujets classiques du manga liés aux difficultés de la société japonaise via son Candide.

Dans le tome 3 la tension retombe un peu malgré un affrontement étonnant contre un robot militaire géant qui permet à l’auteur de proposer des éléments technologiques et de l’anticipation militaire très originaux. Une partie du volume revient sur les relations interpersonnelles et les quelques tics de Boichi un peu lourds. Ça reste cohérent avec la proposition d’étude sociale du japon futuriste mais ce n’est pas forcément ce qui me passionne le plus dans Origin.

La richesse thématique, graphique et la maîtrise de l’ensemble cependant sont tout à fait remarquables et font  dès ce début de série d’Origin un des meilleures création traitant de la robotique et de l’Intelligence artificielle.

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****·Manga·Numérique·Rapidos

Lecture COVID: Origin

esat-westLes sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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Manga de Boichi,
Pika (2018-), 190 p. série terminée en 10 volumes (8 parus en France).

badge numeriqueJ’ai découvert Boichi il y a deux ans en tombant sur des planches sidérantes. J’ai entrepris de découvrir depuis la biblio de cet auteur en lisant Sun-ken Rock (sa série la plus connue, dont j’ai chroniqué tous les tomes), le récent Dr. Stone (plus axé jeunesse) et j’ai profité de la promo Covid de Pika pour entamer sa dernière série SF, Origin, dont l’apprenti Otaku dit le plus grand bien! Et je dois dire que si mes autres lectures de l’auteur virtuose me laissent une impression mitigée, cette entrée en matière est totalement validée, tant graphiquement que (pour une fois) scénaristiquement! Non que Boichi (Dr. Stone) met fin à son manga Originl’on ait une intrigue particulièrement complexe (on en est loin), mais le sérieux de développement du background et la focale posée avec insistance sur la problématique d’un robot vivant dans le monde des humains m’ont énormément intéressé. Ce premier tome alterne entre deux très gros combats qui vous feront découvrir (si vous ne connaissez déjà) tout ce qui fait le paradoxe de Boichi: une maîtrise technique (notamment anatomique) et artistique monstrueuse, une ambition dans le cadrage en même temps que d’agaçants tics ecchi pas plus dérangeants que cela mais bien lourdingues. Le reste du manga pose ce qui fera sans doute le thème de ce héros, un androide hyper sophistiqué, parti à la chasse d’autres androïdes humanoïdes. Conscient de sa différence, il n’a de cesse d’anticiper ce qui pourrait le faire repérer de spécialistes en robotique, ou comment bricoler son corps pour compenser un dégat lors des affrontements rageurs qui surviennent… très souvent! Clairement cette série un un gros potentiel, que la courte tomaison me laisse imaginer réduite à cette seule intrigue de chasse entre robots. Boichi aura toujours la possibilité de prolonger sur d’autres arcs pour peu qu’il ambitionne autre chose que de montrer sa virtuosité graphique. Je vais en tout cas rattraper assez vite mon retard sur ce qui est pas loin du coup de cœur.

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****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Bots #3

Jeunesse
Troisième et dernier tome de la série, 75 planches dessinées par Steve Baker et écrites pas Aurélien Ducoudray. Parution le 31/01/2020 aux éditions Ankama.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

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La Planète des Bots

Rip-R, jeune robot mécanicien, fait la connaissance de son binôme, l’imposant War-Hol, sur l’un des champs de bataille perpétuels qui essaiment la planète depuis des temps immémoriaux. Ce duo improbable va se découvrir un destin hors du commun lorsqu’une étrange créature va émerger des entrailles de War-Hol: une toute petite unité d’un genre que personne n’a jamais vu, qui ne contient ni métal, ni batterie, ni boulon quelconque, et qui fait des drôles de bruits…

Car voyez-vous, les robots accomplissent leur programme et se sont reproduits depuis si longtemps que plus aucun d’entre eux n’a conscience de leur histoire, de leurs origines, ni de ce qui les a précédé. L’existence de l’Humanité relève dans le meilleur des cas du mythe, lorsqu’elle n’a pas été tout simplement effacée des bases de données.

Rip-R et War-Hol vont donc devoir percer à jour ce mystère, en découvrant ce que cette créature, ce « beh-beh », faisait à l’intérieur du robot de combat, et qui sont ceux que l’on appelle les « ohms ».

Après leur passage en prison et leur évasion spectaculaire dans le tome 2, le trio se retrouve aux prises avec des androïdes vouant un culte au bébé, qu’ils voient comme leur élu, la clef du renouveau du genre humain. Mais pour que l’élu puisse accomplir cette destinée, il va falloir le conduire à un endroit très dangereux…

Messie 2.0

Aurélien Ducoudray et Steve Baker concluent leur brillante trilogie en poursuivant dans la lignée des deux premiers tomes: des situations cocasses servies par des dialogues savamment écrits, des références graphiques et thématiques bien maîtrisées et des personnages attachants, désarmants d’humanité.

Sur le plan thématique, Bots explore la propension de l’Homme à s’autodétruire, ainsi que la trace qu’il laisse de son passage sur Terre, sous la forme de créatures à son image. Ici, point de haine de la créature envers son créateur ingrat, mais plutôt une bienveillance teintée d’émerveillement, qui rend l’artificiel plus humain que l’humain.

Comme Néo doit se rendre à la Source pour assurer le salut de l’Humanité, le « beh-beh » doit lui aussi se rendre là où tout doit recommencer, et dans les deux cas, le prix à payer prendra nos attentes à rebours.

Ce tome 3 de Bots confirme la virtuosité de l’écriture de Ducoudray et l’aisance graphique de Baker, une série à ne pas manquer !

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Le Mur #1: Homo Humini Lupus

Premier tome d’une trilogie, 48 planches couleur écrites et dessinées par Mario Alberti, adaptées des travaux d’Antoine Charreyon, paru le 15/01/2020 aux éditions Glénat.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

 

Encore une fin du monde

Il est étonnant de constater qu’en cette période d’incertitude, où l’avenir de l’humain est pour le moins lugubre, le genre Post-Apocalyptique prospère et n’a jamais généré autant de propositions narratives, comme si la fiction cristallisait nos angoisses et nos projets.

C’est à se demander si, lorsque l’Humanité aura éventuellement accompli son expansion dans le cosmos, nous assisterons à une résurgence du Western et des récits de conquête.

Le Mur nous raconte le périple de Solal et sa sœur Eva, qui errent à travers la désolation d’un monde englouti par les débris de sa gloire d’antan. La civilisation s’est effondrée suite à un cataclysme qui ne nous est pas détaillé, mais dont on sait qu’il en a résulté la construction du Mur éponyme, une structure cyclopéenne érigée pour stopper les vagues de migration vers le Nord.

S’il veut assurer la survie d’Eva, gravement malade, Solal n’aura pas d’autre choix que de tenter de franchir le Mur, afin de se procurer des médicaments, que l’on dit abondants de l’autre côté du Mur. Très rapidement, le duo fraternel va se retrouver entre les griffes de B.A.S.T.A.R.D, un sanguinaire chef de guerre qui rêve lui aussi de s’emparer des richesses qui l’attendent de l’autre côté. Solal ne s’en sortira qu’en démontrant ses aptitudes en mécaniques, qui, à défaut de lui faire gagner les bonnes grâces du méchant, lui assureront un poste de pilote kamikaze, et ainsi, lui offrir une opportunité de franchir l’impénétrable rempart…

La Grande Mur-Aïe

Étant donnée la nature même du genre Post-Apo, on ne peut décemment pas reprocher à une nouvelle œuvre s’y rapportant de faire dans le déjà-vu. Au contraire, on dira que les bases sont là, avec un monde dévasté, des hommes devenus ou redevenus barbares, la loi du plus fort ayant enterré l’État de Droit et une technologie archaïque faite de bric et de broc.

Tous les ingrédients sont là, et le Mur en ajoute d’autres issus de diverses influences du genre, comme la ségrégation entre les pauvres et les privilégiés (Elysium), la promesse du salut dans cette enclave dévolue aux élites (Elysium encore), le chef de guerre brutal à la fois craint et adulé (Mad Max Fury Road), ou le duo familial (La Route).

L’intrigue nous propulse in media res sans davantage d’explication, ce qui n’est pas un mal en soi mais qui oblige le lecteur à raccrocher les wagons en cours d’album, ce qui le ramène parfois au même niveau que les protagonistes.

On peut reprocher des dialogues peut-être pas assez intuitifs ou insuffisamment clairs, mais cela participe sans doute au sentiment de confusion diégétique généré par et dans l’histoire.

Les planches de Mario Alberti ont un style très rétro, renforcé encore davantage par la mise en couleur et le lettrage, et s’enchaînent rapidement jusqu’à un cliffhanger final habile qui donne tout son intérêt à l’album. Les scènes d’action peuvent donner du fil à retordre de par leur manque de lisibilité, toutefois elles ne gâchent pas totalement le plaisir de découvrir cet univers violent et plein de surprises. On a hâte de lire le second tome !

 

****·Comics·East & West·Nouveau !

Vision: un peu moins qu’un homme, à peine mieux qu’une bête

Réédition de la mini-série Marvel Vision, écrite par Tom King et dessinée par Gabriel Hernandez Walta. Recueil de 280 pages couleur, paru le 05/02/2020 chez Panini Comics.

 

Behold…the Vision !

couv_386345La Vision est un personnage à part dans l’univers Marvel, et notamment parmi les Avengers. En effet, lors de sa création dans les pages de la série en 1968, les Avengers ne réunissaient pour l’essentiel que des personnages préexistants dans l’univers partagé, en premier lieu des têtes d’affiche telles que Hulk, Thor et Iron Man, pour ensuite accueillir des seconds couteaux comme Œil-de-Faucon, Vif-Argent et la Sorcière Rouge, tous déjà apparus en amont dans d’autres séries.

En revanche, La Vision est le premier vengeur crée spécifiquement dans le cadre de la série, dont l’existence résulte principalement de sa continuité interne. Vision est un être artificiel (un synthézoïde), une création de l’androïde Ultron, ennemi mortel des Avengers, lui-même fruit des travaux de Hank Pym, membre fondateur du groupe plus connu sous le nom d’Ant-Man, l’Homme Fourmi.

Cet acte malencontreux de Pym, sorte de pêché originel pour les plus grands protecteurs de la Terre, reviendra longtemps hanter le héros, et aura également engendré des fruits inattendus, comme la création de Vision, prêtant ainsi au comic book des aspects de dynastie tragique s’étalant sur plusieurs générations.

Vision a initialement été conçu pour détruire les Avengers au nom de son créateur, contre lequel il finira toutefois par se rebeller, usant de sa conscience pour défaire sa programmation. Puis il sera envisagé plus tard par Ultron comme un cheval de Troie, grâce à des commandes secrètes, enfouies profondément dans son intelligence artificielle au moment de sa création. Cela fait de Vision l’illustration parfaite de la lutte entre l’inné et l’acquis, le synthézoïde devant sans cesse lutter entre sa conscience et sa programmation.

Ce qui a également caractérisé La Vision au fil des années, c’est sa relation amoureuse avec la Sorcière Rouge, qui aura longtemps été un des fils rouge de la série. Au travers de cette romance et de ses dramatiques conséquences (Mariage–Impossibilité d’avoir des enfants–Folie de la Sorcière Rouge–Destruction de la Vision et Séparation des Avengers–House of M–Décimation des Mutants), les auteurs ont également exploré la thématique de l’humanité, qu’elle soit acquise, perdue ou retrouvée.

Si l’Homme est la mesure de toute chose

Après avoir purgé de son système d’exploitation les émotions liées aux souvenirs traumatiques de son passé, Vision entreprend de démarrer une nouvelle vie. Pour cela, il fonde une famille synthézoïde à son image, composée de son épouse Virginia, sa fille Viv et son fils Vin, puis part s’installer en Virginie afin de mener une vie ordinaire, et ainsi, se prouver, enfin, qu’il peut être un Homme.

Cependant, il est bien connu que les bonnes intentions à elles seules ne suffisent pas. Épiés par un voisinage inquiet de voir débarquer ces êtres étranges, les Visions ne vont pas tarder à être confrontés à une forme symbolique de racisme, dont les conséquences seront tout sauf plaisantes.

…quelle est la mesure de l’Homme ?

Tom King ne fait pas dans la demi-mesure et va pousser le protagoniste synthétique dans ses retranchements, mettant à mal sa foi en cette Humanité dont il rêve de faire Résultat de recherche d'images pour "vision king hernandez"partie depuis sa première apparition en 1968. Singulièrement bien écrit par King, Vision va s’obstiner dans sa quête de la normalité et de l’humain, lui qui finalement, pourrait aspirer à bien plus. Car ce que nous apprend cette mini-série, c’est qu’en fin de compte, être autre chose qu’un humain ne signifie pas nécessairement être moins qu’un humain.

On est d’emblée pris d’empathie pour ces personnages atypiques et attachants, et l’on vit leurs douloureuses épreuves avec eux. Certains personnages, particulièrement Virginia, l’épouse modèle conçue sur mesure afin de satisfaire les désirs d’intégration de son créateur, ont même une consistance tout à fait tragique oscillant entre le mythe de Pygmalion et la créature de Frankenstein.

Côté graphique, Hernandez pose avec maestria le décor faussement idyllique de la banlieue idéale tout en campant des personnages à la fois colorés et crédibles.

Vision, par Tom King et Gabriel Hernandez est une excellente mini-série, un must-have que Panini a eu la clairvoyance de rééditer en intégrale !

***·BD·Nouveau !

Univers ! #1

Univers ! tome 1, 178 pages, paru le 06/09/2019 aux éditions Dargaud dans la collection Visions du Futur. Scénario, dessin et couleur d’Albert Monteys

La Quatrième Dimension

Les récits de genre sont notoirement, et étonnamment, compatibles avec le format anthologique. C’est ce que nous démontre l’auteur espagnol Albert Monteys grâce à son album Univers !

S’appropriant le fertile terreau de la Science-Fiction, Albert Monteys nous offre ici une série d’histoires courtes, et connectées de façon surprenante. L’auteur ne se refuse rien en terme de thématiques, baignant ses récits dans les incontournables voyages temporels, explorations spatiales, conflits et réflexions quant à la nature de l’intelligence artificielle, sans oublier le transhumanisme.

C’est ce qui donne à Univers ! un parfum de Black Mirror, d’une part, grâce au format, d’autre part grâce à la critique acerbe que l’auteur porte sur nos sociétés en devenir, dans lesquelles la vie humaine ne sera plus qu’une variable d’ajustement sacrifiée trop aisément sur l’autel de l’Hubris.

Car c’est bien là tout le brio de cet album, qui utilise des récits inventifs et futuristes pour jeter un regard mordant sur notre monde actuel et les travers qu’il dessine pour l’avenir.

L’altérité, la conquête spatiale et le transhumanisme ne sont cependant pas les seules thématiques clefs développées par Albert Monteys: il y a aussi l’amour, la mort, le bonheur… bref, de quoi remplir bien plus que 175 planches !

Sur le plan technique, le format de l’album, à l’italienne, laisse place à première vue à une narration décompressée, donnant la part belle aux décors grandioses chers à la SF. Cependant, en suivant le fil des pages, on s’aperçoit que les partis pris narratifs rendent le récit très dense par moments (je pense aux cases comprenant des plans larges, très détaillées et où l’on peut suivre le mouvement du personnage).

En conclusion, nous dirons qu’Albert Monteys nous donne l’image d’un auteur mature et impliqué, en pleine maîtrise des codes de la SF. Son album vous fera voyager, rire et grincer des dents !

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

TER

BD du mercredi
BD de Rodolphe et Dubois
Daniel Maghen (2017-2019…), 62 p./album couleur, série en cours.

Couverture de Ter -1- L'étrangerCouverture de Ter -2- Le guideCouverture de Ter -3- L'imposteur

Comme à son habitude Daniel Maghen propose avec cette série SF une édition de grande qualité, voir luxueuse. Chaque album, grand format avec papier épais, propose un cahier graphique de seize pages très complet, comportant croquis, pages encrées et explications sur l’univers. Je le dis souvent, tous les éditeurs devraient proposer en standard pour ce prix (moins de vingt euros) de telles éditions augmentées. Les couvertures de ce premier cycle (achevé) sont très jolies, illustratives et inspirantes. Rien à reprocher, un Calvin pour l’édition.

Résultat de recherche d'images pour "TER dubois"Mandor n’a pas de souvenirs. Il est un être neuf hormis cet étrange tatouage sur l’épaule. Après avoir été découvert dans une tombe par le jeune Pip, il découvre ce monde aride où la vie semble s’être organisée autour du village fortifié de Bas Courtil. Il apprend le langage et les plaisirs de la vie et commence à poser des questions que personne ne posait. Où est-on? Qu’est-ce que TER? Pour cela il va entamer un voyage vers le nord avec ses compagnons…

Résultat de recherche d'images pour "TER dubois"Ne connaissant aucun des deux auteurs de cette série je découvre tout à la fois un style d’imaginaire (une version de l’exploration dans un univers de science-fiction teinté d’ethnographie) et un trait, assez classique en hachures (on est proche du Vicomte de Sasmira) et très technique. Le côté visuel rappelle les BD Glénat des années quatre-vingt-quatre-vingt-dix.

Très surprenante, cette série commence sur la découverte d’un monde avec sa technologie rétro-futuriste, son organisation sociale effleurée et très vite (dès la fin du tome un) bascule dans de la SF beaucoup plus classique lorsqu’est découvert le vaisseau. La suite nous décrit l’itinérance des héros dans les gigantesques couloirs de ce monde de métal déchiré par une guerre civile entre deux factions. On est donc surpris par la grande rapidité avec laquelle le récit évolue et change radicalement d’univers, de thématiques. Un peut trop sans doute pour un projet basé sur la découverte de mondes cohérents, on aurait aimé prendre plus le temps de découvrir chaque environnement rencontré, ce qui aurait sans doute nécessité des albums de quatre-vingt pages au lieu de cinquante…

Résultat de recherche d'images pour "TER dubois imposteur"De façon très cohérente avec leur objet, les dessins d’immenses décors architecturaux sont la grande force de cette série, le dessinateur se faisant de toute évidence plaisir à inventer un monde que le scénariste a construit de façon très poussée (bien qu’à peine effleuré dans la narration), comme le montrent les cahiers graphiques à la fois composés de planches avant colorisation (et superbes!), de recherches graphiques sur les personnages et d’éléments de l’univers qui donnent de la substance au scénario. Je le dis très souvent, ce qui solidifie une histoire c’est le hors champ, ce qui est à peine évoqué, un objet ou un costume dans un coin de l’image dont on ne sait rien mais que les auteurs ont placé là pour une bonne raison. Ici tout semble pensé et avoir une justification et le lecteur ressent alors ce monde bien au-delà des seuls dessins. Sur ce point le projet est une vraie réussite. Je tiquerais juste sur l’idée un peu saugrenue expliquant le monde du tome un et qui fait perdre en crédibilité l’intrigue. Passons…

Clipboard01Les personnages son un peu moins impressionnants que les décors (probablement en raison de la technique très classique de Dubois, qui peut rappeler Serpieri ou le Bourgeon de Cyann). Ils sont en outre peut-être un peu légers: hormis le héros qui apporte une certaine tendresse par sa naïveté, chacun est défini par une seule idée, le copain costaud, l’amoureuse, la femme fatale, le méchant chef religieux,… Dès que l’on pénètre dans le vaisseau l’augmentation de l’effectif renforce l’intrigue en complexifiant les problématiques bien que ceux de l’intérieur soient également assez manichéens.

Finalement TER voit ses faiblesses dans sa force. Un peu comme les références citées plus haut l’on suit des personnages ballottés comme des fétus de paille au gré d’événements extérieurs  et sans réelle prise sur leur destinée. C’est un peu dommage car on perd ainsi en intensité dramatique ce que les dessins, les décors et l’univers construit donnent en corps. On a néanmoins grand plaisir à découvrir ces mondes lointains et à craindre les disparitions de personnages, pas loin d’être aussi fréquentes que dans Game of Thrones… A la fois trop courts et laissant deviner une série longue de plusieurs cycles, TER est une belle odyssée qui parvient à donner de l’originalité à un genre assez balisé et occupé par des auteurs et séries réputées.

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Sushi et Baggles #9

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Demokratia #1

Résultat de recherche d'images pour "demokratia tome 1 manga"Demokratia suit en 5 volumes l’expérience de deux chercheurs japonais, l’un en robotique, l’autre travaillant sur un algorithme permettant la prise de décision collaborative qui vont donner vie à un androïde qui sera piloté par des utilisateurs anonymes inscrits sur le site web du projet. Par un programme informatique alliant majorité et minorités, les internautes vont faire évoluer le robot dans le monde réel, le faire parler, se déplacer, en bref, agir presque comme un humain! C’est le grand intérêt de ce court manga que de donner forme via l’anticipation à des projets qui existent déjà dans le monde réel (la démocratie participative internet est utilisée par nombre de communautés dont beaucoup autour du logiciel libre et la robotique japonaise a déjà commercialisé plusieurs androïdes d’aide à domicile aux diverses fonctions).

Niveau dessin c’est correcte sans être renversant et avec une assez faible ambition. L’histoire traite autant des promoteurs du projet, des interlocuteurs du robot que des internautes, avec comme souvent dans les manga une approche sociologique de la misère sexuelle et affective de nombre de citadins nippons. Ce n’est pas le côté qui m’intéresse le plus, mais je pousserais pour voir si les idées concernant la démocratie internet vont plus loin que les premières idées fort intéressantes de ce premier tome.

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Dr. Stone 4 (Boichi)

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Les aventures de Senku continuent avec une avancée vers la « civilisation scientifique » à vitesse grand V! Le dernier volume a vu la découverte de l’électricité, ce quatrième commence par la fabrication du verre afin de pouvoir développer la chimie à même de soigner la prêtresse du village. J’aime toujours autant l’aspect vulgarisation scientifique en manga mais les passages qui cherchent à développer une pseudo intrigue restent assez lourdingues de même que l’humour très particulier japonais.

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Moonshine #2

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bsic journalismEn relisant mon billet du premier tome je me dis que j’ai peut-être été un peu dur sur le dessin, car j’ai pris pas mal de plaisir à lire ce second volume (série à suivre), jouant beaucoup sur les ombres et lumières en transposant cette fois l’intrigue en Louisiane où le personnage principal a été évacué en train après le final du premier tome. Attrapé par la patrouille il se retrouve forçat sur les routes ensoleillées du sud américain. Ce changement de couleur permet d’explorer d’autres thèmes de la période de la Depression: la violence toujours, les sales gueules et le comportement absolutiste des geôliers. On se demande un peu tout le long où le scénariste nous emmène et malheureusement on termine l’album en se disant que l’intrigue n’a guère avancé… pour ce qui concerne Lou. Car ce qui intéresse les auteurs semble plutôt être une guerre occulte entre créatures de la Nuit et mystérieux personnages qui semblent savoir s’y prendre pour éliminer les lycans. L’histoire avance en alternance entre Lou perdu au bagne et le clan Holt où l’on en apprend plus sur l’origine des animorph.

Moonshine est une lecture agréable avec une réelle identité graphique proche de Frank Miller et de vraies fulgurances. L’atmosphère est là, visqueuse, vaguement malsaine, violente (ou carrément gore). Le dessinateur a de vraies lacunes concernant les visages mais est particulièrement efficace dans les ombres chinoises et les séquences de terreur…. Sans révolutionner le genre elle sait nous accrocher, même si l’intrigue avance bien peu dans ce second tome et l’on espère que les auteurs sauront nous proposer une véritable fin sans nous laisser au milieu du gué.

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